...

Le Livre Noir - Pommier

by lunacu

on

Report

Category:

Documents

Download: 0

Comment: 0

212

views

Comments

Description

Articulo Psicoanalisis
Download Le Livre Noir - Pommier

Transcript

  • LE LIVRE NOIR : UN CHEVAL DE TROIE Gérard Pommier Martin Média | Le Journal des psychologues 2006/2 - n° 235 pages 18 à 21 ISSN 0752-501X Article disponible en ligne à l'adresse: -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- http://www.cairn.info/revue-le-journal-des-psychologues-2006-2-page-18.htm -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Pour citer cet article : -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Pommier Gérard, « Le Livre noir : un cheval de Troie », Le Journal des psychologues, 2006/2 n° 235, p. 18-21. DOI : 10.3917/jdp.235.0018 -------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- Distribution électronique Cairn.info pour Martin Média. © Martin Média. Tous droits réservés pour tous pays. La reproduction ou représentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorisée que dans les limites des conditions générales d'utilisation du site ou, le cas échéant, des conditions générales de la licence souscrite par votre établissement. Toute autre reproduction ou représentation, en tout ou partie, sous quelque forme et de quelque manière que ce soit, est interdite sauf accord préalable et écrit de l'éditeur, en dehors des cas prévus par la législation en vigueur en France. Il est précisé que son stockage dans une base de données est également interdit. 1 / 1 D oc um en t t él éc ha rg é de pu is ww w. ca irn .in fo - - - 1 90 .1 38 .1 51 .1 49 - 13 /0 5/ 20 13 2 2h 49 . © M ar tin M éd ia D ocum ent téléchargé depuis www.cairn.info - - - 190.138.151.149 - 13/05/2013 22h49. © M artin M édia
  • La publication du Livre noir de la psychanalyse, les expertises de l’INSERM ou encore la loi sur les psychothérapies dénotent une volonté politique affirmée en matière de santé mentale. Mais quelle est-elle réellement ? Une volonté de refondre les formations universitaires ? À partir d’une efficacité supposée de certains traitements à courte durée, d’accroître la médication pour la prise en charge de la souffrance psychique ? Retour sur cette actualité. Psychanalyste, Paris Maître de conférences à l’université de Nantes DOSSIER Avant l’été 2005, nous étions plu-sieurs à être informés de la publica-tion d’un Livre noir de la psychanalyse. Sans que nous ayons eu le manuscrit entre les mains, des journalistes nous avaient même demandé nos réactions, car, après tout, il s’agissait de thèses déjà connues et, pour l’essentiel, d’articles déjà publiés et compilés par un nouvel éditeur. Nous ne nous attendions certes pas à un déchaîne- ment médiatique à ce propos, car le titre, plutôt de mauvais goût, et le contenu, vidant une fois de plus l’éternel sac à venin de sempiternels ennemis de la psychana- lyse, ne laissaient pas prévoir beaucoup d’intérêt. C’était mal évaluer que cette médiocre compilation faisait partie d’une stratégie d’ensemble destinée à remode- ler le paysage de la santé mentale en France, à la faveur de la nouvelle loi sur l’exercice de la psychothérapie. Le contenu du livre lui-même ne mérite pas un débat, car il ne contient aucune thèse scientifique qui mériterait d’être dis- cutée. Il existe de nombreux articles d’his- toriens attaquant les thèses et les mé- thodes de Freud, mais d’autres historiens ont déjà montré depuis longtemps la rela- tivité de ces critiques. Il existe aussi des développements sur les théories compor- tementalistes, qui ne sont pas bien nou- velles et ne méritent pas beaucoup plus d’attention que celle de Pavlov. Naturelle- ment, la puissance du transfert étant ce qu’elle est, nul ne disconviendra que cer- tains comportementalistes charisma- tiques puissent obtenir des résultats. À Lourdes, aussi, on peut enregistrer tous les jours des succès thérapeutiques, et cela n’a rien pour surprendre un psycha- nalyste un peu averti. Il n’y a rien d’éton- nant à ce que la suggestion fonctionne de temps en temps et puisse même faire état de succès éclatants (par exemple, Hitler a été soigné par l’hypnose en 1918, théra- pie qui a entraîné chez lui un revirement de personnalité fracassant). L’ensemble de ce livre ne mérite donc pas discussion : il serait plutôt justiciable d’un procès en diffamation, comme nous l’ont confirmé plusieurs amis avocats. Non seulement Freud est traité d’escroc, de faussaire et de menteur, mais les psychanalystes, dans leur ensemble, sont accusés de génocide Le Livre noir : un cheval de Troie Le Journal des psychologues n °235-mars 200618 Gérard Pommier La psychanalyse sur le divan D oc um en t t él éc ha rg é de pu is ww w. ca irn .in fo - - - 1 90 .1 38 .1 51 .1 49 - 13 /0 5/ 20 13 2 2h 49 . © M ar tin M éd ia D ocum ent téléchargé depuis www.cairn.info - - - 190.138.151.149 - 13/05/2013 22h49. © M artin M édia
  • 19Le Journal des psychologues n °235-mars 2006 contre les toxicomanes : ils seraient res- ponsables de la mort d’au moins dix mille d’entre eux, parce qu’ils ne se seraient pas prononcés en faveur des traitements sub- stitutifs (ce qui est totalement faux). De même, les psychanalystes auraient ba- taillé pour considérer l’homosexualité comme une maladie mentale, ce qui est également totalement faux, puisque ce sont, en réalité, les psychiatres américains qui ont soutenu cette position il y a trente ans. Un amalgame est ainsi fait malhonnê- tement entre psychiatres et psychana- lystes. Autre exemple de diffamation : la façon dont les psychanalystes se compor- teraient avec les parents d’autistes, en les culpabilisant. Mais jamais un psychana- lyste ne cherche à culpabiliser personne ; ce sont, au contraire, les patients qui, spontanément, se sentent coupables de ce qui leur arrive et coupables aussi de ce qui peut arriver de terrible à leurs enfants. Des accusations pareilles sont presque incroyables, lorsque l’on pense aux mé- thodes de rééducation torturantes que certains comportementalistes infligent aux enfants autistes. Bref, il y avait large- ment matière à un procès en diffamation, car c’était l’ensemble d’une discipline qui était attaqué et non certains psychana- lystes qui auraient commis des erreurs. Mais l’ensemble des associations psycha- nalytiques a préféré ne pas faire de pro- cès, ne voulant pas faire de publicité inutile à ce torchon. Malheureusement, un certain nombre de journalistes ont voulu s’emparer de cet ouvrage qui, à d’autres moments de l’actualité, serait peut-être resté aussi inaperçu que d’autres livres noirs. Depuis, l’insistance médiatique amène à penser que ce Livre noir tombe en même temps qu’une série de rapports de l’INSERM qui, eux aussi, considèrent la psychanalyse comme déjà enterrée. Si l’on veut aller au fond du problème, il faut donc plutôt considérer les thèses de ces rapports de l’INSERM. Les dernières expertises de l’INSERM sur la santé mentale orientent tendancieuse- ment les politiques de santé et de forma- tion professionnelles. Des expertises orientées Des « expertises collectives » ont été ini- tiées en 1993 par l’INSERM à la suite de l’af- faire du sang contaminé. La fiabilité de leurs résultats émanait d’une exigence : l’indépendance des chercheurs et la rigueur de leurs méthodes, de même que la mobilisation des savoirs de la commu- nauté scientifique concernée. En a-t-il été ainsi pour les derniers rapports concer- nant la santé mentale ? Pour des motifs convergents, l’expertise sur le dépistage et la prévention des troubles mentaux chez l’enfant et l’adolescent en 2002, puis celle sur l’efficacité comparée des psy- chothérapies en 2004 et, enfin, celle sur les troubles des conduites de l’enfant en 2005 ont soulevé une inquiétude crois- sante, bien au-delà des professionnels concernés. Habituellement, l’INSERM s’assure de l’in- dépendance des experts, mais est-ce le cas, lorsque ces derniers sont tous parti- sans du même modèle médical d’évalua- tion ? L’origine organique neurologique de la souffrance psychique a été tenue pour établie, alors que cette hypothèse est constamment contredite depuis plus d’un siècle, y compris par les derniers Prix Nobel de neurosciences. Il en découle un mode d’évaluation médicale et des solu- tions psychorééducatives et pharmacolo- giques. Une expertise garantit son impar- tialité en tenant compte des principales méthodologies traitant une question. Cela aurait pu être le cas, en dépit de l’apparte- nance des experts à un seul courant. Mais la littérature psychanalytique a été passée sous silence. Lorsque l’expertise y a fait allusion, la définition du référentiel psy- chanalytique est caricaturale, et sa confu- sion avec des techniques psychodyna- miques hétérogènes, sinon hétéroclites, révèle un manque de rigueur étonnant. Les psychanalystes ont été écartés des enquêtes, au prétexte que leur méthodo- logie ne correspondait pas à celle des experts. Les psychiatres d’exercice privés qui, à plus de 80 %, pratiquent des psy- chothérapies psychanalytiques n’ont pas davantage été consultés. Non seulement ces rapports ont été rédigés par les experts d’un seul courant, qui est loin d’être le plus représentatif en France, mais ils l’ont de plus été sur la base d’un choix de travaux effectués en grande partie dans des pays anglo-saxons, et souvent sans données épidémiologiques fiables. Les experts ont ignoré le problème des populations étudiées. Ils n’ont pas tenu compte de l’hétérogénéité de leurs com- posants et de la spécificité de leurs ratio- nalités procédurales. Ces travaux s’inscri- vent dans la logique d’évaluation du DSM-IV, alors même que les rédacteurs de ces classifications psychiatriques, réunis en 2002 à Londres, ont eux-mêmes suspendu jusqu’en 2010 la publication d’une nouvelle version, faute d’un accord minimal sur les critères scientifiques. La réponse des expertises s’est avérée préinscrite dans la manière de traiter les questions, sans garanties d’évaluation suf- fisantes. Les expertises ont accompli ce que la composition de ses membres et sa méthode laissaient prévoir : cherchant à faire passer un postulat idéologique pour un énoncé scientifique, elles veulent ins- taller dans l’opinion et au sein des ins- tances de décision un point de vue selon lequel la réduction de l’être humain à une entité biologique s’avère une donnée scientifique. Il s’est ensuivi que seules les pratiques comportementales et pharma- cologiques ont été considérées comme efficaces. Avec cette méthodologie tron- quée, la singularité du sujet dans sa rela- tion à sa famille et à son milieu sociocultu- rel a été ignorée. L’éventail complexe et diversifié des méthodes de soutien, d’écoute et de psychothérapie, a été passé sous silence, alors même que les publica- tions dans ce domaine abondent. TCC, psychothérapies et psychanalyse L’expertise sur l’efficacité comparée des psychothérapies a cherché à orienter les formations universitaires. L’INSERM a-t-il véritablement comparé les rééducations comportementales, les tech- niques psychothérapiques et la psychana- lyse, ou bien a-t-il ignoré les critères et les méthodes qui ne correspondaient pas à un choix préétabli ? Les thérapies comporte- mentalo-cognitivistes sont des techniques de conditionnement, comme l’indique elle- même l’Association française des thérapies comportementales et cognitives (AFTCC) 1. Ce ne sont donc pas des psychothérapies. 1. Il s’agit » d’un nouvel apprentissage […] ; elles ont en commun un support théorique : la démarche scientifique expérimentale et les théories de l’apprentissage. En situation clinique, un comportementaliste considère qu’un comportement inadapté (par exemple une phobie) a été appris dans certaines situations, puis maintenu par les contingences de l’environnement. La thérapie cherchera donc, par un nouvel apprentissage, à remplacer le comportement inadapté par celui que souhaite le patient « (cf. le site Internet de l’AFTCC). D oc um en t t él éc ha rg é de pu is ww w. ca irn .in fo - - - 1 90 .1 38 .1 51 .1 49 - 13 /0 5/ 20 13 2 2h 49 . © M ar tin M éd ia D ocum ent téléchargé depuis www.cairn.info - - - 190.138.151.149 - 13/05/2013 22h49. © M artin M édia
  • Le Journal des psychologues n °235-mars 200620 DOSSIER traumatiques entraînant des symptômes. La méthode psychanalytique ne se com- pare ni à des conditionnements nerveux ou comportementaux ni à l’administration de médicaments. Pourtant, l’expertise a pré- tendu démontrer la supériorité des théra- pies cognitivo-comportementalistes sur la psychanalyse et les psychothérapies rela- tionnelles, alors que ces approches procè- dent de logiques trop dissemblables pour pouvoir être comparées. Cette partialité a amené le ministre de la Santé à retirer du site du ministère ce rap- port, qui continue pourtant d’engendrer une idéologie partisane prédisposant l’opinion à une réorientation des forma- tions universitaires et de la santé mentale, au nom de l’efficacité et d’un moindre coût. En effet, les thérapies comporte- mentalo-cognitivistes s’octroient la répu- tation d’être plus rapides et moins chères. Promettre la guérison d’une phobie en quelques séances manque de sérieux pour n’importe quel clinicien 2. Ce résultat ne saurait être atteint, sauf si une telle thé- rapie comportementale est accompa- gnée de la prise de médicaments, qui endorment l’angoisse et occultent les pro- blèmes. Le comportementalisme et le médicament sont d’ailleurs conseillés conjointement par les expertises de l’INSERM. De même, l’impression et la diffu- sion des prospectus des thérapies compor- tementalo-cognitivistes sont générale- ment assurées par des laboratoires pharmaceutiques. Si l’on considère que l’efficacité comportementale est liée à la prise de psychotropes, elle est en réalité plus longue et beaucoup plus coûteuse pour la société et la Sécurité sociale. Elle conduit à prescrire des tests et des médi- caments dans des proportions extraordi- naires et croissantes, sans effet sensible sur les problèmes. L’énorme quantité de psychotropes distribués sans discerne- ment à toutes les catégories et à tous les âges de la population pose désormais un problème supplémentaire et engendre sa propre souffrance psychique 3. Les médi- caments ont certes permis des progrès importants, en particulier par rapport aux hospitalisations, mais ils ne traitent pas la cause de la souffrance, ils la masquent et la font donc durer. Cette souffrance s’est en outre accrue, dans la mesure où les spécialistes compétents se sont raréfiés et que leur formation a été réduite à la biolo- gie sous la pression des mêmes lobbies. En quelques décennies, les murs de l’asile se sont seulement déplacés et ont été remplacés par une toxicomanie légale financièrement coûteuse pour la société et néfaste pour le lien social et éducatif. Vers une surmédicalisation de la souffrance psychique L’expertise sur les troubles des conduites de l’enfant cherche à orienter la politique de santé vers la répression et la médica- mentation. Cette expertise a pris la suite des théories médicales déterministes de la fin du XIXe siècle sur le criminel né 4. La génétique 5, les risques familiaux, la gros- sesse de la mère, sont appelés en renfort, sans compter les considérations sur « l’éle- vage occidental » et la proposition de faire des recherches sur les modèles animaux. Les troubles concernés requièrent des trai- tements psychologiques et sociaux. On ne saurait prétendre, à ce jour, à une causalité biologique qu’à la condition idéologique de vouloir « naturaliser » les troubles des conduites comme les problèmes sociaux pour mieux méconnaître ce qu’ils doivent à la culture et à l’histoire d’un sujet. Dans les suites de l’expertise de 2003, le rapport affirme sans enquête épidémiologique qu’un enfant sur huit souffre de trouble men- tal et que 5 % à 9 % des jeunes âgés de quinze ans seraient atteints de « troubles des conduites » 6. Cette notion vague de « trou- bles des conduites » réduit des critères psy- chosociaux, insuffisamment affinés, à une définition et une solution médicales. La délinquance, le crime, la désinsertion, constituent des problèmes de société. Le rapport postule, au contraire, une détermi- nation psychomédicale du crime, au demeurant confuse, qu’il faudrait dépister précocement chez des sujets réduits à la dimension de malades 7. Ces corrections idéologiques surmédicalisent une souf- france psychique causée ou amplifiée par des difficultés sociales et sociofamiliales. Ainsi, le dépistage précoce des troubles du comportement prétend à une valeur pré- dictive de la criminalité et d’une « médicali- sation de la déviance ». Comme l’indique l’expertise, « le dépistage, la prévention et la prise en charge médicale du trouble des conduites restent insuffisants en France en regard […] du coût pour la société, de l’instabi- lité professionnelle, de la délinquance, de la criminalité […] 8 ». Sans même attendre les résultats d’une enquête complémentaire, au moins épidémiologique, qui se serait imposée, l’expertise conseille un dépistage dès trente-six mois, des thérapies compor- tementales et en « deuxième intention » les La psychanalyse sur le divan 2. La faiblesse des protocoles adaptatifs ne peut concerner que des mauvaises habitudes plutôt que la psychopathologie. Il s’agit de » trucs « adaptatifs dont la normativité n’est jamais interrogée (celui qui abuse d’alcool doit se passer le » film « d’une beuverie qui s’est mal terminée ; celui qui est tenté par l’usage de drogues doit » autoverbaliser « et se dire : » Stop ! Attention, du calme… «). S’il y a échec, c’est que le patient ne suit pas de manière assidue le protocole proposé, qu’il est dominé par des » émotions négatives «, etc. Ce n’est pas la science qui a tort, c’est la faute du patient… 3. On se référera au travail d’expertise solide et documenté, commandé par deux ministres de la Santé successifs il y a moins de dix ans (1996), et publié sous le titre de » Rapport Zarifian «, concernant la consommation croissante de médicaments psychotropes en Europe, et particulièrement en France. Sur le plan épidémiologique, l’augmentation parallèle de la courbe des suicides démontre (au minimum) l’incapacité médicamenteuse de répondre à la souffrance dépressive. 4. Le psychiatre criminologiste C. Lombroso est le premier auteur cité. 5. De nombreux généticiens sont d’ailleurs indignés que leur discipline serve de caution à ces évaluations plus qu’approximatives (le mot » génétique « est cité quarante-trois fois dans les soixante-cinq pages du dernier rapport INSERM sur les TOP). 6. » Le trouble des conduites « reprend à son compte la classification arrêtée en 1968 par la psychiatrie américaine (DSM), reprise en 1977 par l’OMS dans la Classification internationale des maladies. 7. Cette expertise est d’autant plus contestable qu’aucune étude épidémiologique n’a été accomplie en France et qu’aux États-Unis, une simple commission a donné un avis sur la base duquel le gouvernement Bush a préconisé des tests de dépistage dont les laboratoires ont été les premiers bénéficiaires. La rééducation relève du conditionnement neuronal, comme pour n’importe quel apprentissage automatisé, et elle est sans rapport avec le conflit psychique. Un deuil, par exemple, n’est pas davantage une « erreur d’apprentissage » qu’une phobie. On ne peut mettre sur le même plan des méthodes de rééducation et un travail psy- chique permettant la libération des vécus D oc um en t t él éc ha rg é de pu is ww w. ca irn .in fo - - - 1 90 .1 38 .1 51 .1 49 - 13 /0 5/ 20 13 2 2h 49 . © M ar tin M éd ia D ocum ent téléchargé depuis www.cairn.info - - - 190.138.151.149 - 13/05/2013 22h49. © M artin M édia
  • 21Le Journal des psychologues n °235-mars 2006 médicaments qui existent déjà (Ritaline, neuroleptiques thymorégulateurs). Comme les résultats du comportementalisme sont aléatoires, les experts promettent ainsi à la France une situation semblable à celle des États-Unis, où cinq millions d’enfants pren- nent de la Ritaline. Un signal d’alerte lancé aux autorités Le ministre de la Santé et les pouvoirs publics doivent prendre en considération le point de vue des associations d’univer- sitaires, de psychanalystes et de profes- sionnels. Il faut attirer l’attention des ministres chargés de la Santé et de l’Édu- cation nationale sur la partialité insistante des rapports précités de l’INSERM. La grande majorité des cliniciens et des uni- versitaires concernés contestent et dénon- cent leurs présupposés et leurs résultats. Leur communication aux médias participe d’une tentative de recomposition du pay- sage français de la santé mentale au profit de la pharmacologie et des traitements cognitivo-comportementalistes qui leur servent de couverture. Si leurs conclusions étaient suivies, elles aboutiraient à inflé- chir gravement l’avenir des politiques de santé et des formations professionnelles, notamment par les consignes de recrute- ment des enseignants-chercheurs dans les universités, par la définition des profils de poste des psychologues et des psychiatres dans les institutions de soin et par la for- mation professionnelle des personnels soignants. Une disqualification des forma- tions, jointe aux recommandations com- portementalo-pharmacologiques abouti- rait à une croissance de la consommation de médicaments et alourdirait de manière considérable le déficit de la Sécurité sociale, à l’inverse des progrès annoncés par ces expertises. L’indépendance d’un organisme de re- cherche n’oblige pas les pouvoirs publics à cautionner ses évaluations, surtout lorsque leur scientificité est contestée par des sociétés savantes et des associa- tions professionnelles nombreuses et reconnues, dont les travaux ont, eux aussi, une valeur d’expertise. Un « prin- cipe de précaution » élémentaire vou- drait que le ministre de la Santé confirme que son ministère, comme celui de son prédécesseur, prendra en compte les cri- tiques suscitées par ces expertises éla- borées avec des méthodes et des objec- tifs problématiques. Il est enfin demandé au ministre de prendre les mesures nécessaires pour que les organismes de recherche participent à une véritable information scientifique de nos concitoyens, en commençant par ne pas les priver des choix véritables. La récente loi sur les psychothérapies accorde à la psychanalyse la place qu’elle doit à sa méthode et à ses résultats, véri- fiables dans son abondante littérature, établie selon ses propres critères d’éva- luation. La psychanalyse oriente les pra- tiques thérapeutiques d’une large propor- tion de psychiatres et de psychologues, 8. Ces objectifs ressemblent fortement à la déclaration de Nicolas Sarkozy au journal Le Parisien du mercredi 2 novembre 2005 à l’occasion des révoltes des banlieues : » Il faut […] détecter chez les plus jeunes les problèmes de violence. Dès la maternelle, il faut mettre des équipes pour prendre en charge ces problèmes. « 8 stages réservés exclusivement aux psychologues : � La fonction psy… en institution � Travailler à partir du passage à l’acte � Dynamique et gestion de groupes en institution � Etc. NOUVEAU STAGE : Se former à l’analyse, l’élaboration, la transmission de la clinique et de ses repères : comment animer un groupe clinique, se repérer dans sa pratique, conceptualiser la clinique éducative et soignante, l’acte thérapeutique, soutenir une équipe, etc. Catalogue sur demande à : INSTITUT REPÈRES 11, rue de Touraine 37110 Saint-Nicolas-des-Motets Tél. : 02 47 29 66 65 Fax : 02 47 29 52 25 Internet : http://i-reperes.fr 60 STAGES « FORMATION 2006 » Orientation psychanalytique Psychothérapie institutionnelle Pédagogie institutionnelle Pratiques artistiques de même qu’elle inspire de nombreux médecins généralistes ou spécialistes. Elle est présente également dans le domaine de l’éducation où elle accompagne utile- ment la scolarité, l’orientation, le dépis- tage des difficultés. Son apport a profon- dément modifié le rapport à l’enfance dans notre pays. L’attention du ministre est attirée sur l’intérêt de la méthode psy- chanalytique, bien au-delà de la santé mentale. En effet, les réseaux de santé doivent faire face à des souffrances psy- chiques et sociales qui fabriquent ou aggravent les symptômes somatiques et les handicaps physiques au nom desquels les patients viennent consulter. Le soula- gement de cette souffrance pourrait dégager le secteur de la santé de coûts en médicaments et en examens complé- mentaires. Cet aspect financier n’est d’ailleurs pas le plus important, si on le compare au bénéfice subjectif que la population pourrait tirer d’une approche de la santé mentale qui respecte la psy- chanalyse, perspective de progrès à laquelle les pouvoirs publics devraient être finalement sensibles. ■ Journée d’espace analytique LA PSYCHANALYSE ET LE TEMPS 25 et 26 mars 2006 Maison de la Mutualité 24, rue Saint-Victor – 75005 Paris Avec : Patrick AMOYEL, Danièle BRUN, Olivier DOUVILLE, Dominique GOBERT, Christian HOFFMANN, Étienne KLEIN, Patrick LANDMAN, Didier LAURU, Jean-Pierre LEBRUN, Pierre MARIE, Laurence MAZZA-POUTET, André MICHELS, Catherine MILLOT, Jean-Jacques MOSCOVITZ, Guy PETITDEMANGE, Hélène PETITPIERRE, Claude-Noële PICKMANN, Gérard POMMIER, Gérard RABINOVITCH, Jean-Jacques RASSIAL, Moustapha SAFOUAN, Jean-Michel SALANSKIS, Thierry SAUZE, Jacques SEDAT, Bernard TOBOUL, Alain VANIER, Hector YANKELEVICH Entrée : 70 € (étudiants : 40 €) Renseignements : Espace analytique Tél. : 01 47 05 23 09 – Fax : 01 47 05 23 26 E-mail : espace.analytique@wanadoo.fr D oc um en t t él éc ha rg é de pu is ww w. ca irn .in fo - - - 1 90 .1 38 .1 51 .1 49 - 13 /0 5/ 20 13 2 2h 49 . © M ar tin M éd ia D ocum ent téléchargé depuis www.cairn.info - - - 190.138.151.149 - 13/05/2013 22h49. © M artin M édia
Fly UP