Football : lInde investit en Europe

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    05-Apr-2017

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  • 28 juillet-aot 2015 INDES

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    Mi-mai, alors que le championnat de France de football se terminait, la rumeur du rachat du club des Girondins de Bordeaux par un homme daffaires indien enflait. Mais rien nest encore fait.

    David Mtreau

    Football

    lInde investit en Europe

  • 29INDES juillet-aot 2015

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    FC Copenhague (club majeur de la Superliga danoise) contre le FC Vestsjlland en finale de coupe du Danemark en 2015

    Aprs le Qatar avec le Paris-Saint-Germain, la Russie avec lAS Monaco, lAzerbadjan avec le RC Lens, la Chine avec le FC Sochaux-Montbliard, lInde sapprterait-elle miser sur un autre club franais majeur ?

    Jean-Louis Triaud, prsident du FC Girondins a rapidement dmenti linformation largement relaye par la presse sportive et conomique franaise. Si le rachat du club au scapulaire par Mehul Thakur, un jeune million-naire indien pass par Harvard - jusqualors in-connu du milieu des affaires en Europe - ne se concrtise pas pour linstant, la rumeur reste rvlatrice de lintrt de plus en plus marqu des riches investisseurs indiens pour le sport en gnral et pour le football europen en particulier.

    Malgr lIndian Superleague, doctobre

    dcembre dernier, et son lot de stars, le football en Inde est loin de connatre lengouement populaire et mdiatique du sport phare: le cricket. Pourtant, de Blackburn en Angleterre, Santander en Espagne en passant par Vestsjlland au Danemark, les tycoons indiens investissent (dans) le football professionnel europen. Pour Stphane Audry, expert du marketing et des relations franco-indiennes ct sport, trois profils principaux se distinguent parmi ces investisseurs : Il y a tout dabord les passionns qui cherchent se faire plaisir et qui grent une quipe comme on jouerait au poker ou aux checs. Dautres cherchent davantage une dimension statutaire : de la renomme, devenir prsident de club, et ventuellement faciliter de futurs investissements hors football dans les rgions des clubs concerns. Il y a enfin ceux qui

    esprent rentabiliser leur mise de fonds, faire des bnfices et/ou acqurir une expertise.

    Troisime division danoiseSandeep Sunny Narang, prsident de

    la holding Anglian Omega Network et Dhruv Ratra son directeur gnral, font partie de cette troisime catgorie. Leur entreprise base New Delhi, Dubai et San Francisco a dvelopp sa section football aprs avoir mis sur un club qui venait de natre en 2008 dans lanonyme troisime division danoise : le FC Vestsjlland ou FCV Vikings. Quand le directeur du club, le Danois Kurt Andersen a propos Sandeep Narang et son frre dinvestir dans le football, ces derniers ont prfr envoyer leur ami Dhruv - mordu de football depuis sa jeunesse et un entrepreneur rompu - en reprage. Pouvez-vous nous trouver deux joueurs indiens ? nous a un jour

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  • 30 juillet-aot 2015 INDES

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    Lquipe indienne du Shillong Lajong FC (Meghalaya), appartenant aussi la holding Anglian Omega

    demand Kurt Andersen se souvient Dhruv Ratra. Malgr un engouement de plus en plus marqu pour ce sport dans notre pays, nous navons pas t capables de lui envoyer deux joueurs indiens ayant le niveau pour jouer en deuxime ou troisime division danoise. Le club trouvera finalement une solution de remplacement avec deux joueurs Nord Corens ! Cest l que nous nous sommes dits : pourquoi ne pas faire du football un business ? relate Dhruv, un sourire dans la voix. Cest comme a que lhistoire a commenc.

    Aprs un million deuros injects (25 % des parts), le FC Vestsjlland a grimp les chelons jusqu atteindre la Superliga (premire division) en 2013-2014, mais il redescendra lchelon infrieur la saison prochaine malgr une finale de coupe du Danemark. Toujours est-il que la valeur du club a t multiplie par quatre en quatre ans. Anglian, qui possde dj le club professionnel de Shillong Lajong FC dans ltat du Meghalaya, compte dvelopper le football en Inde travers des acadmies, des centres dentrainement

    Quand Ahsan Ali Syed dbarque en janvier 2011, il est accueilli comme le Messie. Le club, min par les dettes, dont 13 millions deuros de salaires impays et 15 millions deuros dus au fisc espagnol, voit lopportunit de repartir sur des finances saines grce ce prtendu milliardaire indien sorti de nulle part. Je veux btir une quipe europenne, comme Malaga ou Manchester City (rachets par des milliardaires qataris ndlr) promettait-il. Lespoir a vite laiss place la dsillusion. Syed, recherch pour une escroquerie de 72 mil-lions deuros en Inde est aussi en dlicatesse avec les autorits financires britanniques. Lhomme se volatilise. La dette nest pas ponge, les salaires restent impays, le club descend en deuxime division puis sombre en troisime division lanne daprs.

    La Premier League anglaise attireLes expriences sont plus heureuses - ou

    du moins plus nombreuses - en Angleterre, terre natale du phnomne football. La Premier League anglaise et le Championship (deuxime division) attirent plus quailleurs les

    et des partenariats avec des clubs trangers comme le Clube Atltico Paranaense Curutba au Brsil. Au Danemark ou ailleurs, nous sommes surtout l pour apprendre, confie encore Dhruv Ratra. Nous ne sommes pas impliqus dans le dveloppement du club. Nos partenaires sen chargent. Nous sommes plus des traducteurs de culture entrepreneuriale, de culture des affaires. Selon lui, les investissements indiens dans le football europen nen sont qu leurs dbuts : Les mauvaises expriences des frres Ventakesh et Balaji Rao la tte de Blackburn (actuellement en Championship, deuxime division anglaise, ndlr) ont frein llan de nombreux riches Indiens en qute de notorit et de passion. Les frres Rao, la tte de la socit Venky, spcialise dans la volaille, se sont offert le Blackburn Rovers FC en 2010 pour 67 millions deuros. Aprs une relgation en Championship, le club accuse une dette de 20 millions deuros pour lanne 2014.

    Les msaventures du Racing Santander en Espagne ont, elles, refroidi la fois les supporters et les ventuels partenaires.

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    Dans le sens des aiguilles dune montre : des supporters du FC Vestsjlland. des photos de lquipe indienne du Shillong Lajong FC (Meghalaya), appartenant aussi la holding Anglian Omega. lquipe danoise de FC Vestsjlland

    investisseurs trangers, et parmi eux des mag-nats asiatiques, dont de plus en plus dindiens. Lintrt pour ce pays est facilit par les liens historiques et culturels, mais pas seulement. Championnat le plus mdiatis au monde, la Premier League est aussi le plus riche. Les droits tlviss atteignent par exemple le montant vertigineux de 6,92 milliards deuros pour la priode 2016-2019, aprs la rengocia-tion des droits tlviss au Royaume-Uni.

    Le cas du club londonien de Queens Park Rangers, est assez reprsentatif de lattrait quexerce le football europen sur les investissements indiens. Ds dcembre 2007, le clbre milliardaire Lakhshmi Mittal, a rachet 20 % des parts de ce club de louest de Londres. Le patron du gant de lacier du mme nom, stait dj prsent comme un concurrent srieux aux rachats de clubs comme Wigan ou Everton. Mittal possde aujourdhui 33 % des parts du club et son gendre Amit Bhatia en assure la vice-prsi-dence. Ironie de lhistoire, le malaisien Tony Fernandes, actuel prsident des Queens Park Rangers qui dtient 66 % des parts est

    lui aussi dorigine indienne, son pre venant de Goa et sa mre du Kerala. A la tte de la compagnie arienne Air Asia, il a aussi investi dans la Formule 1 avec lcurie Catheram F1. Avant quil ne rachte QPR en aot 2011, un autre propritaire de compagnie arienne et dcurie de Formule 1 avait dj tent sa chance pour obtenir les clefs du club. Un Indien qui nest autre que Vijay Mallya, prsident de Kingfisher Airlines, de Force India F1 et du fabriquant dalcool United Breweries Group!

    Chez les magnats, les investissements dans le football sont rarement des coups dessais. Quittons brivement les investis-seurs indiens pour un Pakistanais. Quand Shahid Khan, rachte Fulham un autre club londonien de Premier League lt 2012 pour 230 millions deuros, le milliardaire amricano-pakistanais possde dj une fran-chise de football amricain: les Jacksonville Jaguars. Issu de la classe moyenne, il a fait fortune dans les pices automobiles et a t class 346e fortune personnelle mondiale en 2014 par le magazine Forbes.

    Le football sduit les dus du cricketTant que le football indien naura pas perc,

    les gagnants de la croissance indienne continueront dinvestir en Europe. Le football, suivi rgulirement par plus de 20 millions dIndiens, a un norme potentiel. Dautant que la jeunesse cherche du divertisse-ment, prend conscience de limportance du maintien de la forme physique et commence se lasser du cricket sali par les magouilles et les matches truqus.

    LInde est le dernier des grands pays ne pas avoir organis de Jeux majeurs (mis part les Commonwealth Games Delhi en 2010), souligne Stphane Audry. Le sport, dont le foot-ball, pourrait se dvelopper de manire indite aprs un vnement tel que des Jeux Olym-piques ou une Coupe du Monde. Aujourdhui, les investissements restent souvent des coups de cur dans des clubs de football profession-nel devenus des PME de spectacle.

    Peut-tre quun jour le spectacle sur gazon dans le nouveau stade de Bordeaux aura des accents Bollywood. Qui sait ? LInde comme le football est imprvisible.

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