1916 - la GRaNDE GuERRE - avions- ?· 4 1916 - la GRaNDE GuERRE Introduction L’année 1916 commence…

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    14-Sep-2018

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1916 - la GRaNDE GuERRE4Introduction Lanne 1916 commence comme la prcdente, dans la boue des tranches. En France, lchec de la bataille de Champagne a augment la dfiance des parlementaires vis--vis du Grand Quartier Gnral (GQG) du gnral Joffre. dfaut doser dboulonner le tout-puissant gnral, ils font tomber le gouvernement de Ren Viviani le 29 octobre 1915. Lui succde Aristide Briand, un fin manuvrier rompu lart du compromis subtil de la IIIe rpublique. Il a fort faire dans ce domaine, car la dfiance entre le parlement et Joffre redouble. Joffre a galement du souci se faire vis--vis du nouveau ministre de la guerre, le gnral Gallieni, son grand rival qui lui dispute les lauriers de la victoire de la Marne. Homme forte personnalit, ce dernier va semployer exercer toutes les prrogatives de son ministre et voit dun mauvais il les quatre sous-secrtaires dtat crs sous Viviani (artillerie, intendance, sant militaire, aviation) qui avaient pour but de rogner les attributions du prcdent ministre Millerand, jug trop favorable Joffre. Ils nont plus de raison dtre et Gallieni va semployer les dmonter. Une consquence nous intresse directement : le courageux sous-secrtaire laviation Ren Besnard va faire les frais de cette manuvre et tomber au dbut du mois de fvrier 1916, victime dune convergence dintrts. Cela ne sera pas sans consquences sur les choix industriels que nous examinerons en dtail dans le chapitre 2.Joffre, menac, promet au gouvernement une nouvelle offensive qui devrait mener vers une perce victorieuse. Lui-mme ainsi que le commandant Bars, responsable de laviation au GQG, ont tir une leon de la bataille de Champagne : dans cette guerre o lartillerie est reine, la supriorit arienne amene par des avions de chasse est indispensable pour permettre aux avions de rglage de diriger efficacement le tir des canons et empcher ceux de lennemi de le faire. Cest donc vers la chasse que soprent les priorits de laviation franaise en prvision de la prochaine offensive, que Joffre veut organiser de manire concerte avec les allis, pour oprer simultanment sur plusieurs fronts et submerger lennemi en lattaquant de toutes parts. Il entame de difficiles ngociations qui ne sont pas vraiment couronnes de succs. Si les Anglais sy montrent favorables, les Italiens font la sourde oreille et les Russes ont pris une telle racle en 1915 quils ne promettent rien avant le mois de juin 1916. La grande offensive est donc reporte cette date. Mais les Allemands ne lui en laisseront pas le temps. Leur chef dtat-major, le gnral Erich von Falkenhayn, lance le 21 fvrier 1916 une attaque en force sur le saillant de Verdun, avec une concentration dartillerie sans prcdent. Laviation allemande y est galement en force mais la chasse franaise, concentre sur le secteur, va vite ravir la supriorit arienne et contribuer la dfense de la ville en permettant lartillerie franaise, bien quinfrieure en nombre, dintervenir efficacement une bataille que nous examinerons dans le chapitre 3.La grande offensive de Joffre est fort mal engage car ses rserves sont grignotes par les besoins de larme de Verdun. Mais elle a finalement lieu dans la Somme le 1er juillet 1916, en en laissant la plus grande part larme britannique, trs inexprimente, qui va au-devant dun couteux et sanglant chec, ne progressant que peu au prix de trs lourdes pertes. Comme nous lexaminerons dans un chapitre 4, laviation franaise et laviation britannique, nouvellement renforce, ont une supriorit numrique certaine au dbut de la bataille sur une aviation allemande alors au creux de la vague. Mais laviation britannique, trs infrieure techniquement, va subir de trs lourdes pertes tout en accomplissant vaille que Le Sgt Jean Chaput de lescadrille N 57 (futur as aux 16 victoires), immortalis le 28 avril 1916 devant son nouveau Nieuport 11 n 940 sur le terrain dAncemont, en pleine bataille de Verdun, par le photographe professionnel Camille Duprat. Mobilis comme simple soldat, celui-ci est un spcialiste du procd Autochrome des frres Lumires. (Photo Jean-Camille Duprat, domaine public)1916LA GRANDE GUERRE1916 - la GRaNDE GuERRE61-1-De coteux raids sur lAngleterreCommence en 1915, la campagne de bombardements des dirigeables allemands contre lAngleterre se poursuit en 1916. Toujours avec aussi peu de rsultats militaires pour lAllemagne... Mais avec des pertes croissantes. Le premier raid de lanne, lanc le 31 janvier 1916 contre Liverpool et effectu par neuf Zeppelin fait 70 tus et 113 blesss au sol, mais il voit la perte du L 19 command par le Kapitnleutnant Odo Lwe qui, touch par la DCA hollandaise au retour, disparat en mer.Le 31 mars 1916, dix Zeppelin (sept de la Marine et trois de lArme) senvolent de nuit pour bombarder Londres. Quatre abandonnent en cours de route suite au mauvais temps ou des problmes techniques ; six atteignent lAngleterre sans pourvoir localiser la capitale. Ils larguent leurs bombes au hasard et retournent sparment leur base. Lun deux, le L 15 (LZ 48) est touch par un canon de DCA sur la Tamise. Ses ballonnets de gaz percs lui font perdre de laltitude, ce qui permet un BE2c du No 39 Squadron, pilot par le 2nd Lt no-zlandais Alfred de Bathe Brandon, de le survoler et de le bombarder de flchettes et bombes incendiaires, sans pouvoir le toucher. Le gant des airs poursuit sa route en continuant perdre de laltitude et touche la mer au large de Margate, o des navires britanniques peuvent sauver la majorit de lquipage. Le Zeppelin, qui coule alors quil est remorqu, constitue la premire victoire de lanne de la Home Defense.Mais elle ne sera pas la dernire. Dautres raids nocturnes sont lancs dans les semaines et mois qui suivent ; ils visent les villes de Sunderland, Leith, Edimburg et Londres mais manquent leurs cibles dans la plupart des cas et en ne font que peu de victimes et des dommages matriels lgers. Le chef de larme des dirigeables de la marine allemande, Peter Strasser, reste optimiste malgr la perte de deux appareils supplmentaires : le L 7 (LZ 32), abattu en mer par des navires britanniques le 4 mai, et le L 20 (LZ 59), perdu en Norvge le lendemain court de carburant. Il prdit que ses appareils gagneront la guerre et mise sur une nouvelle classe de Zeppelin (classe L 20), bien plus grands et quips de six moteurs Maybach de 240 HP, dont trois, les L 30 (LZ 62), L 31 (LZ 72) et L 32 (LZ 74), sont oprationnels au mois daot.Leur premier raid a lieu dans la nuit du 2 au 3 septembre 1916, avec le L 32 accompagn de onze autres dirigeables, dont deux doivent faire demi-tour avant datteindre lAngleterre. Un aviateur du No 39 Squadron, le Lt William Leefe Robinson g seulement de 19 ans, dcolle du terrain de Sutton Farm pour intercepter lennemi bord de son BE2c. Il repre un premier dirigeable, le LZ 98 (LZ 68) et tente de lattaquer, mais ce dernier schappe en prenant de laltitude. Reprenant son vol au-dessus de Londres, il repre le Schutte-Lanz SL 11 du Major Wilhelm Schramm encadr par des clats de DCA, puis pris dans les faisceaux lumineux. Il part alors lattaque du monstre volant et lui tire trois chargeurs des toutes nouvelles munitions incendiaires livres aux aviateurs britanniques. Le dirigeable explose en plein ciel sous les yeux de centaines de milliers de londoniens et scrase dans la campagne.Chapitre 1 : les Zeppelin ont du plomb dans laileNote : Les Zeppelin sont dsigns dans larticle sous leur dnomination militaire, suivie entre parenthse de leur dnomination constructeur.Le premier Zeppelin killer de lanne, le pilote no-zlandais Alfred de Bathe Brandon (1883-1974) qui attaque le L 15 durant la nuit du 31 mars au 1er avril 1916. (DR)Dj endommag par la DCA, le L 15 (LZ 48) perd son gaz et se pose dans lestuaire de la Tamise o il coule. La majorit de son quipage est sauve par des navires britanniques. (DR)Le Korvettenkapitn Peter Strasser, chef de larme des Zeppelin de la Marine allemande. (DR)1916 - la GRaNDE GuERRE12brouillage de la Tour Eiffel. Il va organiser de manire plus efficace son rseau dmetteurs, veillant brouiller les missions des postes allemands. Il fera en fait bien mieux en organisant de fausses missions Quil nemploiera, faute de nouveaux raids de Zeppelin sur la France, que durant lanne 1917, ce dont nous reparlerons dans un prochain numro de Batailles Ariennes.Outre la question du brouillage, cette runion parle dorganiser une transmission tlphonique immdiate des observations du poste dcoute de la Tour Eiffel, o se trouve Ferri, vers le GQG qui pourra ainsi en avertir presquen temps rel les units combattantes. Cette organisation est rapidement mise en place : un rapport du GQG montre que le 21 fvrier 1916, le service Radiotlgraphique a repr ds leur dpart les trois Zeppelin ayant fait mouvement sur le nud ferroviaire de Revigny-sur-Ornain. 17h20, ils sont localiss Givet la frontire belge, 19h45 prs de Grandpr dans les Ardennes. Toutes les batteries du secteur sont mises en tat dalerte pour le rsultat que lon sait. Ferri a donc une part certaine dans la victoire contre le LZ 77 (indicatif TSF : OU) et le LZ 95 (OG). Il en aura dautresDernire consquence du raid sur Paris : parmi les victimes du Zeppelin, le ministre Les snateurs tombent bras raccourcis sur le sous-secrtaire dtat Ren Besnard et en tirent prtexte pour rgler leurs comptes : il a en effet drang beaucoup de monde par ses choix industriels courageux.Le Farman F 40, quip dun moteur Renault de 130 HP, est lappareil le plus nombreux en service dans les escadrilles de corps darme (171 exemplaires). Il plafonne 130 km/h, ce qui est insuffisant pour chapper aux Fokker contre lesquels il ne peut tirer vers larrire en raison de la configuration propulsive du moteur. Lavion reprsent ici, appartenant la SAL V 210 de rglage dartillerie, est quip de tubes pour lancer des fuses Le Prieur. (Jules Brunswick, coll. albin Denis)2.1-La France prend la tte2.1.1-Ltat de laviationSous-secrtaire dtat laviation militaire depuis le 14 septembre 1915, charg de rgenter la production des appareils destins aux units combattantes, le dput Ren Besnard a fort faire si lon considre ltat des appareils en service sur le front. Laviation franaise commence lanne 1916 avec une srieuse obsolescence de la plupart de ses 937 avions recenss au front au mois de fvrier 1916. Une note date du 22 avril 1916 et adresse au lieutenant-colonel Bars, chef de laviation au GQG, permet de se rendre compte du jugement port par les aviateurs sur leurs appareils alors en service. Les avions de corps darme (des escadrilles dobservation et de rglage dartillerie), qui reprsentent le gros des effectifs avec 560 appareils en ligne, sont particulirement mal lotis.Les 171 Farman sont des appareils facile piloter et commodes pour lobservation, mais impossibles armer larrire. Les 80 HP sont nettement trop lents et supprimer. Le dernier modle F 40 reprsente au point de vue vitesse un rel progrs, il monte vite et haut, mais ne peut piquer rapidement. Cet appareil ne peut franchir les lignes sans escorte aux altitudes moyennes. Par beau temps, il pourra excuter aux grandes altitudes, avec un appareil photographique grande distance, des missions photographiques dans les lignes ennemies. Appareils, dans leur ensemble, infrieurs tous les avions de guerre ennemis. Chapitre 2 : la guerre industrielle et politique13Il y a 141 Caudron G.3 monomoteurs en ligne, qui vont tre rapidement relgus lentranement o ils rendront de bons services, et 167 Caudron G.4 bimoteurs qui sont jugs svrement : Appareil dun mauvais rendement puisquil emploie 180 HP pour faire une vitesse horizontale de 120 km lheure. Trs mal arm larrire. Sa vitesse ascensionnelle est sa principale qualit. Il est illusoire de lemployer comme avion de chasse, puisquil est moins rapide que tous les avions ennemis. Sa maniabilit en profondeur lui permet de faire le service de corps darme sur les lignes, il peut aussi, la rigueur, faire du barrage. Il peut franchir les lignes, en mettant profit ses qualits ascensionnelles qui lui permettent dchapper aux avions de chasse ennemis. Avec des appareils de photographie grande distance focale, on a pu faire 5000 mtres daltitude, en arrire des lignes, de trs intressantes photographies. Cet appareil aurait d tre remplac depuis longtemps par un bimoteur fusel. Appareil infrieur aux avions de guerre ennemis. Dernier avion de corps darme, les Nieuport biplace, types 10 ( moteur 80 HP) et 12 (110 HP). Le premier est jug insuffisant comme vitesse, dpassant difficilement 2500 mtres quand il est charg , tandis que le second a les mmes dfauts que le prcdent, avec un moteur marchant trs mal. Ces deux appareils sont infrieurs aux avions de reconnaissance ennemis. Les quelques 199 avions de bombardement quipant les GB sont tout aussi inadapts aux conditions actuelles du front. La plupart dentre eux (159) sont des Voisin LAS, appareil insuffisant au point de vue vitesse horizontale et ascensionnelle. Impossible dfendre larrire. Il est actuellement inadmissible de faire passer les lignes cet appareil sans lui assurer une bonne escorte davions de chasse. Appareil trs infrieur tous les avions de guerre ennemis. Les 33 Breguet-Michelin galement en service prsentent les mmes dfauts, auxquels sajoutent de graves problmes de fiabilit... Quant aux 7 trimoteurs Caproni existants, leur sous-motorisation leur interdit toute efficacit oprationnelle.Seul motif de satisfaction, laviation de chasse forte de 178 appareils. En fvrier 1916 on compte encore 18 Morane Parasol obsoltes, ainsi que 5 Ponnier et 4 SPAD A.2 dissmins pour exprimentation dans les units do ils seront vite retirs le prototype du Caudron R.4 multiplace sera en revanche dvelopp. On compte galement 20 Voisin-Canon en escadrille. Le principal avion en ligne est le Nieuport 11, dot dun moteur de 80 HP (90 exemplaires), qui supplante le Nieuport 10 monoplace dont 40 exemplaires sont encore en ligne en fvrier 1916. Trs vite va arriver, au mois davril 1916, le Nieuport 16 quip dun moteur de 110 HP plus puissant. Le second est jug Bon appareil de chasse , le premier rpond encore sa mission davion de chasse, mais sera bientt insuffisant, tant donn les progrs raliss par les avions ennemis. Les Nieuport de chasse dans leur ensemble sont suprieurs presque tous les avions ennemis .2.1.2-Cabale contre le sous-secrtaire dtatIl peut tre lgitime de dire quil y a une crise de laviation, comme lindiquent les journaux, car la plupart des appareils dits de corps darme (chargs des missions de rglage dartillerie et de reconnaissance) ainsi que de bombardement sont dpasss en raison de leur moteur propulsif, situ larrire du fuselage, qui les rend trs vulnrables face la chasse ennemie.Pour remdier cet tat de fait, Ren Besnard, ds sa prise en fonction, est all chercher les meilleures solutions techniques ltranger. Ila fait le choix du biplan biplace britannique Sopwith Strutter pour les tches de corps darme et de bombardement, ainsi que celui du moteur Hispano-Un bimoteur Caudron G.4 de lescadrille C 30, photographi en 1916 derrire le personnel navigant de lescadrille dont on peut admirer la diversit des tenues. Larme de laviation nexistant pas formellement, les hommes sont dtachs de leur arme dorigine dont ils conservent luniforme. (Jules Brunswick, coll. albin Denis)Ren Besnard, sous-secrtaire dtat lAronautique militaire de septembre 1915 fvrier 1916. Ses choix courageux pour laviation franaise lui vaudront dtre dviss au terme dune honteuse campagne politique finance par les constructeurs franais mcontents. (coll. Gallica)1916 - la GRaNDE GuERRE14Suiza chez un industriel espagnol. Les motoristes et constructeurs franais vincs lui en font de vifs reproches. Mais ils ne seront pas les seuls vouloir sa peau ...Les militaires nacceptent pas vraiment la cration de ce sous-secrtariat laviation confi un parlementaire. Le poste avait t cr lorigine pour rogner les prrogatives du prcdent ministre de la guerre, Alexandre Millerand, un partisan acharn de Joffre. Le nouveau ministre de la guerre, le gnral Gallieni, est par contre un farouche dtracteur de Joffre ; il entend rcuprer toutes les attributions de son ministre : Besnard le gne.Dautres parlementaires, par opposition politique au gouvernement Briand, vont complter la galerie des adversaires et finalement avoir raison du jeune sous-secrtaire dtat. Le snateur Charles Humbert, propritaire du quotidien Le Journal et assez prompt accepter des subsides douteux pour financer sa publication, mne contre lui une indcente campagne de presse. Il est probablement pouss par des industriels franais mcontents comme le suggrent certains autres titres Les arguments du snateur Humbert sont compltement creux. Sous le prtexte de favoriser la bureaucratie, il lui reproche la cration dune commission de spcialistes pour le conseiller (Le Journal du 17 octobre 1915 : quelque chose comme une acadmie de lAronautique, o des gens trs distingus perdront leur temps en solennelles discussion ). Il vitupre ensuite contre le programme de construction du secrtaire dtat, qui doit entrer en application au printemps 1916, Le Voisin LAS, ici photographi sous les couleurs de la section dartillerie lourde V 210, est dsormais largement dpass en 1916 avec sa vitesse maximum de 100 km/h. Son remplacement dans les escadrilles de bombardement simpose de toute urgence. (Jules Brunswick, coll. albin Denis)Caudron G.4 baptis Petit Napolon de lescadrille C 10 pilot par le Sgt Franois Battesti, Pierrefonds (Oise), printemps 1916.Corse et fier de ltre, Battesti terminera la guerre dans la chasse avec 7 victoires homologues.1916 - la GRaNDE GuERRE283.1-Lattaque allemande en perspectiveAu dbut de lanne 1916, la situation du gnral Joffre, le chef du Grand Quartier Gnral, est assez prcaire et les critiques sont vives contre lui au parlement voire au gouvernement. Le nouveau ministre de la guerre, le gnral Gallieni, nest pas dispos lui faire le moindre cadeau et lui a impos comme chef dtat-major le gnral de Castelnau, quil napprcie gure. Laffaire de lHartmannswillerkopf, un sommet des Vosges o ont eu lieu de sanglants combats sans grande importance stratgique en dcembre 1915, lui vaut de vives critiques dont il sort en mettant sa dmission dans la balance au conseil de dfense du 14 janvier 1916. Les politiques, ne voulant pas risquer de crise du commandement, nosent pas le dboulonner mais sen prennent son entourage : les colonels Gamelin et Buat, coupable davoir fait tuer des hommes pour rien, sont vertement tancs par Castelnau, et Gallieni oblige Joffre envoyer ses adjoints au front pour quils prennent conscience des ralits ! Au parlement, lunion sacre se fissure quand 169 dputs ne votent pas la question de confiance au gouvernement, mens par le frondeur Lon Accambray. Si le chef du gouvernement Aristide Briand a toujours une large majorit de 394 dputs derrire lui, il sait que ses ennuis que font que commencer... Le gnral Joffre lui promet la victoire avec lorganisation dune prochaine offensive quil ambitionne de mener de concert avec tous les allis de la France. Les Anglais acceptent, les Italiens se dfilent, et les Russes lui demandent du temps pour rcuprer de leur svre racle reue en 1915. Il est alors dcid dattaquer au mois de juin sur le front occidental, loffensive tant prvue sur la Somme o le chef du GQG fait accumuler de nombreuses rserves en obus.Les Allemands nauront pas la politesse dattendre cette date. Le chef de ltat-major des armes du Kaiser, le gnral von Falkenhayn, connat lui aussi ses problmes dordre politique. Sil conserve lestime du Kaiser, nombre de personnes pointent son manque de rsultats, et en particulier les gnraux von Hindenburg et Ludendorff, les vainqueurs de Tannenberg, qui complotent ouvertement contre lui. Pouss agir, Falkenhayn dcide de lancer une attaque sur la ville de Verdun qui forme un saillant sur le front allemand.On a longtemps crit, y compris lauteur de ces lignes, que lobjectif de Falkenhayn tait de saigner blanc larme franaise, en provoquant une bataille dattrition : de par sa valeur symbolique, les Franais seront contraints de dfendre la ville cote que cote. Ce dernier la affirm dans ses mmoires, se basant sur un mmorandum quil aurait adress au Kaiser... et quil est impossible de retrouver. Il semble plus probable quil ait tout simplement cherch semparer de la ville par une attaque brusque, en esprant contraindre lennemi ngocier aprs ce coup dclat. Cest en tout cas lobjectif que lon prsente aux soldats allemands avant la bataille, tout comme il sagit du but assign au gnral Schmidt von Knobelsdorf, le chef dtat-major de la 5e arme allemande [3]. Avec huit divisions, moiti moins que ce quont rassembl les franais pour lattaque de Champagne, les Allemands ne se donnent mme pas les moyens dexploiter une ventuelle perce.La ville de Verdun, que laction du gnral Sarrail a permis de conserver en 1914, est un secteur plutt calme du front que peu dactions militaires sont venues troubler depuis la bataille de la Marne. Elle est cette poque dfendue par les troupes de la Rgion Fortifie de Verdun (RFV) commande par le gnral Herr, un spcialiste de lartillerie qui dispose de quatre escadrilles dobservation, la C 11 ( la disposition du 2e corps darme, lest de la ville), la C 18 (pour le 30e CA, au Nord), les MF 63 et MF 72 fortes chacune de 10 appareils, et une escadrille de chasse de 10 avions, la N 67, renforce courant fvrier de la N 23, soit une dotation thorique de 60 appareils.Durant le mois de fvrier 1916 battu par la pluie, les occasions de voler sont rares mais les vols des aviateurs de la RFV montrent quil se passe quelque chose dinhabituel dans les lignes allemandes. Comme le souligne un rapport rdig peu aprs lattaque, Depuis la fin de novembre 1915, le dveloppement des voies ferres tait constat par photographie dans la rgion comprise entre la Meuse et Etain, et lamlioration des premires lignes tait reconnue. Depuis le Chapitre 3 : la bataille de VerdunVerdun vue par limagerie populaire franaise.(affiche de Maurice Toussaint pour la Compagnie des chemins de fer de lEst, 1919)Le Kronprinz de Prusse Guillaume de Hohenzollern (1882-1951).(DR)[3] Son vritable chef dans les faits, le Kronprinz de Prusse savrant inconsistant.35habituellement convoys par deux avions de combat. Les Allemands nacceptent pas le combat dans nos lignes. Ils sont obligs de remplir la majorit de leurs missions assez loin du front, dans des conditions dsavantageuses. Dautre part, les avions de combat allemands nattaquent nos appareils de rglage que par surprise, ou lorsque ceux-ci sont isols. Nous pouvons donc remplir nos missions peu prs intgralement, mme sans protection immdiate, condition de rester groups par deux, ou mieux trois appareils. Assurer laccomplissement de nos missions, mettre les Allemands dans des conditions dfavorables pour remplir les leurs, tels sont les rsultats obtenus. Dans ce premier affrontement de masse entre chasseurs, les Nieuport 11 franais, suivis des Nieuport 16 au mois davril, ont le dessus. Leur formule sesquiplane (biplan plan infrieur rduit) leur donne une meilleure maniabilit que celle des Fokker et Pfalz monoplans. Ils ont galement une vitesse maximale et une vitesse ascensionnelle suprieure qui leur permettent de dominer leur adversaire dans toutes les dimensions. Les Allemands nont pour eux que la supriorit de leur armement, une mitrailleuse synchronise tirant travers lhlice alimente par une bande de plusieurs centaines de cartouches alors que les Caudron G.4 de lescadrille C 11 sur le terrain dAncemont-sur-Meuse le 28 avril 1916. (photo Jean-Camille Duprat, domaine public)Nieuport 16 n 880 du S/Lt Charles Nungesser, escadrille N 65, Lemmes (Verdun), avril 1916.Ce Fokker E.II 90/15, trs endommag suite un atterrissage manqu, na probablement pas fini sa carrire : les Allemands entretiennent sur le front plusieurs ateliers de rparation qui seront capables de le remettre neuf. (J.a. Schweisthal, coll. aD 54)1916 - la GRaNDE GuERRE464.1-La monte en puissance du Royal Flying Corps (janvier-juin 1916)La bataille de la Somme est laboutissement du plan dattaque interalli dcid par le gnral Joffre lors de la confrence de Chantilly, fin 1915. Son droulement est quelque peu modifi par la bataille de Verdun, qui contraint Joffre y affecter une grande partie des forces quil avait accumul pour la bataille. Celle-ci, lorigine prvue comme une attaque franaise supporte par larme britannique, va tre en fait linverse : les Britanniques vont en supporter leffort principal, au nord de la rivire Somme, tandis que les troupes franaises de la 6e arme dirige par le gnral Fayolle (appartenant au groupe darme Nord du gnral Foch) vont agir en soutien en attaquant au sud de cette rivire.Larme britannique, entre en guerre avec des effectifs trs modestes, est largement monte en puissance en prvision de la bataille. Des 200 000 hommes de larme professionnelle de 1914, on arrive 1,5 millions hommes rpartis en quatre armes, au terme dune importante campagne de recrutements volontaires mene en 1915 par le ministre de la guerre Lord Kitchener, puis le recours la conscription obligatoire dcide par le gouvernement de Lord Asquith au mois de janvier 1916. Ces effectifs sont encore bien infrieurs aux 3,5 millions dhommes sous les Chapitre 4 : la bataille de la SommeDouglas Haig devient commandant en chef des forces britanniques en France en dcembre 1915.(DR)LAirco DH2 est un chasseur maniable qui permet au RFC de disposer dun avion capable de lutter armes gales avec le Fokker. Le n 7925 du C Flight du No 29 Sqn a t victime de las allemand Erwin Bhme le 9 novembre 1916. (coll. Greg Van Wyngarden)Le FE2 est un lourd appareil biplace moteur propulsif utilis par le RFC pour la chasse. Le mitrailleur dispose de deux mitrailleuses Lewis pour tirer dans de nombreuses directions... mais il na pas de ceinture de scurit ! (coll. Cross and Cockade via Colin Huston)49ils sont positifs si lon considre que seulement six DH2 sont perdus au combat. Les meilleurs avions de chasse dont disposent les Britanniques restent les Nieuport 11 et 16 franais, dont les quelques exemplaires en service obtiennent un peu moins dune dizaine de victoires ariennes, contre deux avions perdus au combat.Durant les six premiers mois de lanne 1916, les historiens britanniques estiment gnralement que le RFC a obtenu la supriorit arienne. Cest dailleurs ce que revendique ouvertement Sir Hugh Trenchard dans ses rapports : il utilise ses aviateurs de manire offensive pour porter le feu chez lennemi, faisant systmatiquement intercepter tout Allemand aperu en lair et ralisant des bombardements des terrains : une sorte doffensive arienne outrance. Mais pour quels rsultats ? Il est indniable que lesprit offensif insuffl aux aviateurs britanniques se ressent sur le terrain. Avec leur nouveau chasseur DH2, ils peuvent disputer la matrise de lair aux Fokker. Mais lessentiel des appareils en service sont dpasss et dangereusement vulnrables : les pertes subies sont trs leves. Lanalyse dtaille des pertes britanniques pour les six premiers mois de lanne 1916, patiemment recenses par Trevor Henshaw dans son livre Sky their battlefield, montre que le RFC perd exactement 107 appareils au combat du fait de la chasse et de la DCA (dont 38 BE2c et 29 FE2b), causant la perte de 60 pilotes (tus, disparus, prisonniers) alors que ceux-ci ne revendiquent quune quarantaine de victoires certaines. Les Allemands, sur ce secteur, revendiquent 41 victoires sur des appareils britanniques tout en ne perdant que 20 pilotes au combat.Il est difficile de parler dune victoire arienne dans de telles conditions, o alors une victoire la Pyrrhus, obtenue au prix de trs lourdes pertes. La stratgie offensive de Trenchard est critique la chambre des communes et le premier ministre Asquith sen meut auprs du Field Marshall Haig qui dfend son subordonn, lequel prtend quil faut absolument, pour la bataille qui sannonce, gagner la libert de mouvement pour les appareils de reconnaissance vue et photographiques, de bombardement et de rglage dartillerie afin quils ralisent leurs tches pour le compte de larme de terre, tout en interdisant cette libert de mouvement aux appareils ennemis . Haig sait que ses appareils sont trs infrieurs aux chasseurs ennemis. Il sait que les pertes seront lourdes. Mais envoyer la mort plusieurs centaines daviateurs lui permettra probablement dconomiser celle de plusieurs milliers de soldats : une artillerie ennemie moins ravitaille en obus et dont les tirs seront moins bien dirige par son aviation, sera moins meurtrire pour les soldats britanniques.Cest dans ces conditions que les aviateurs britanniques vont partir lassaut le 1er juillet 1916, un sacrifice programm dont peu reviendront.4.2- The big push : lassaut sur la Somme4.2.1-Une attaque demande par les Franais aux BritanniquesLa date de la bataille est fixe par dcision franco-britannique au 1er juillet 1916. Les Britanniques ont le front dattaque le plus large, situ au nord de la rivire Somme, o leffort principal revient leur 4e arme du gnral Sir Henri Rawlinson. Les Franais ont la responsabilit du secteur situ au sud de la Somme, sur lequel se trouve la 6e arme franaise du gnral Fayolle, elle-mme dpendante du groupement darme du Nord du gnral Foch.Au GQG, Joffre est persuad que cette offensive va finir par vaincre les troupes allemandes lusure, avec laide des offensives lances sur les autres fronts. On nespre cependant pas de perce fulgurante, comme le dclare la confrence de Saleux le 31 mai 1916 le gnral Foch : Verdun sera dgag et ladversaire us, mais rien de dcisif nest esprer . Le gnral Haig est plutt optimiste... Mais ses troupes sont trs inexprimentes. 26 divisions britanniques et 14 franaises sapprtent partir lassaut sur un secteur dfendu par 8 divisions allemandes.La chasse franaise est rassemble dans un groupement de combat Cachy, dont le commandement est confi au Cne Brocard, chef de lescadrille N 3. (coll. Graud Guillerez)Rare autochrome d un Farman F 40. (DR, coll. Alan Toelle)1916 - la GRaNDE GuERRE68SPAD 7 n 115 du S/Lt Georges Guynemer, escadrille N 3, Cachy septembre 1916. Guynemer remporte la premire victoire homologue dun monoplace SPAD bord de cet avion le 4 septembre 1916.SPAD 7 n 117 de lAdj Andr Chainat, escadrille N 3, Cachy septembre 1916. Cest sur cet appareil quil est bless au combat le 7 septembre 1916, aprs avoir probablement abattu un avion ennemi.Nieuport 17 du S/Lt Hughes de Rochefort, escadrille N 26, Cachy septembre 1916.Las est abattu et tu bord de cet avion le 15 septembre sur la Somme.Nieuport 17 n 1720 de lAdj Ren Dorme, escadrille N 3, Cachy septembre dcembre 1916.

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