(2004) Misères du désir

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    25-Nov-2015

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  • Alain Soral

    Misres du Dsirfiction

    2004, Editions Blanche

    A Robert Wyatt, dont la musique maccompagne depuis tant dannes

    Prambule

    Misres du dsir, cest un beau titre.Quand on pense tous les emmerdes que vous attire lentreprise de conqute sexuelle : humiliation du

    non, frais de table, maladies vnriennes, mariage, divorce et pension, prison pour pdophilie, voire pire... on se dit, comme Bertrand Cantat, que sabstenir et t prfrable.

    Quon se contente seulement dcrire sur le plaisir, comme certain puceau lettr chauve aux yeux verts, cest alors lart lui-mme qui vous rappelle sa hirarchie : si Dante avait bais Batrice, point de Divine Comdie.

    Misres du dsir donc, on me demande den faire un livre... a me va.Comment dire non un diteur qui vous veut, cest si rare, surtout avec un gentil chque la clef...

    Mais dabord pourquoi moi ?Sans doute parce que javais par le pass, dans un autre livre, avant mon mariage lglise, revendiqu

    sept cents conqutes. Sur ces fameuses sept cent conqutes dment pntres et homologues, je dois au lecteur qui maime, comme aux fministes qui me hassent, une petite explication. Moi je voulais pas crire "conqutes", je trouvais le terme prcieux et prtentieux, je voulais crire "sondes". Sondes cest le terme exact du point de vue sociologique, mais mon diteur trouvait "sondes" trop gyncologique, fort de lautorit du payeur il opta pour "conqutes" qui lui semblait plus romantique. Du coup, ce qui tait dans mon esprit pure volont de rigueur scientifique, humilit, forfanterie, passa pour de la forfanterie, et le panel reprsentatif de celui qui sadonne la pratique avant dcrire, par souci de ralit, pour de la prtention et de labattage, voire du mpris. Quelle gloire peut-on tirer des filles quand on sait quelles sont physiquement, psychologiquement et socialement dtermines pour a ? Assez sur ce sujet, on laura compris, faire crire un loge de la retenue par un ex-baiseur est un paradoxe plus attractif que de commander le titre Christopher Reeves ou au pre de la Morandais.

    En plus, aprs deux livres sur les dangers du communautarisme, labstinence ctait pour moi loccasion de changer de sujet. Parler sans ambages des fministes, des gays, des Arabes et des Juifs, outre mattirer certaines sympathies dont je ne veux pas, ma cot dtre abusivement rang dans la catgorie "nouveaux ractionnaires". Quelques mots sur ces fameux nouveaux ractionnaires : ds quil y a "nouveau" dans le titre (beaujolais, philosophe...) et que les mdias en parlent un peu trop, on peut tre sr que cest du marketing et de la merde. Dnoncer la trahison de la "deuxime gauche" nimplique pas quon soit devenu de droite, au contraire ; comme Lindenberg, je ne vois aucune raison de rhabiliter la raction, le colonialisme, lanti-universalisme, comme le font de plus en plus ouvertement Finkielkraut, Adler et Klarksfeld junior dans le seul but de dfendre un tat racial et confessionnel. Dsol, mais entre le progressisme et Isral, je choisis encore et toujours le progressisme ; mais cest peut-tre parce que je ne suis pas juif...

  • Bref, il tait temps pour moi de changer de sujet si je ne voulais pas changer de mtier. Outre jouer les minorits opprimes, quand vous attaquez les minorits agissantes, elles agissent. Le lobby gay, un peu chatouill, dbutant, maladroit, ma dj fait comprendre, par lentremise de la milice communautaire Act Up, sa dsapprobation par trois fois (chez mon diteur, chez un animateur qui minvite et au journal qui memployait). Quand au lobby sioniste, messieurs Mermet et Boniface vous conformeront quel point il nexiste pas.

    Une chance pour moi, je crois au hasard ; comme jai beaucoup dennemis dans la communaut du livre mais quelques lecteurs fidles (soit la situation inverse de la plupart des dits), on me propose ce petit ouvrage. Va pour Misres du dsir ; seulement, de labstinence suppose du moine celle du taulard, mme en comptant les citations et autres renvois bibliographiques, le sujet tient en quelques dizaines de feuillets, un gros article. Une critique du dsir crite par un repenti, on va tout droit vers lessai paradoxal pour cadres format 192 pages la Pascal Bruckner, genre La tentation de linnocence ou Misre de la prosprit, lquivalent de la littrature de confort pour madame. A moins de digresser, faire mieux et pire que le sujet. Mais il faut encore viter les procs. Quand je vois la libert dont jouissent les Mrot, les Y.B., les Houellebecq sur les mmes sujets, je me dis que bourgeois nest pas si mauvais bougre, juste faux-cul. Il veut bien quon dise ses bassesses condition que ce soit au pass, de ntre plus physiquement impliqu. Il veut bien quon lui fasse admettre par de petites histoires ce quil refuse dentendre sur le plan du concept, pour a il faut juste quil y ait marqu "fiction" sur la couverture ; un roman cest de lart, et lartiste na-t-il pas tous les droits ?

    Cest pourquoi, contrairement aux apparences, ce livre nest pas un essai mais un roman, moderne, davant-garde, un pur dlire sorti de ma tte ne juger que par son style. Ce style qui fait lcrivain juste subversif comme on les aime, bien dsespr et sans aucune, aucune solution politique.

    Ecrivain, voil ce que je suis dsormais, cest entendu nest-ce pas ?

    1

    Lessai paradoxal pour cadres la Pascal Brucknerou

    du dsir transgressif lidologie du dsir Chapitre o jexpliquerai pourquoi, dsormais, cest la chastet qui est subversive... ou presque.

    La femme en string est lavenir de lhomme.

    Bon, lessai paradoxal pour cadres la Pascal Bruckner l quivalent de la littrature de confort pour madame , je vais vous le faire ; a sera vite torch.

    Misres du dsir.Je vais tenter de reproduire ici la dmonstration faite il y a dix ans Virginie Despentes. Elle ne men

    voudra pas, depuis elle a fait son chemin, rempli son petit bas de laine. Maintenant le truc est vent, elle ne ramassera plus rien ; je peux balancer.

    Un jour, dbut 90, je reois par la poste une lettre damour dune certaine Virginie. Une lettre poste du quatorzime arrondissement crite au Bic bleu sur du papier dcolire, avec des ronds sur les "i" comme en font les jeunes filles lge o elles rves de se les faire remplir.

    Il faut prciser quun mois auparavant, jtais pass dans le poste lmission Bas les masques de Mireille Dumas pour La vie dun vaurien, un roman autobiographique que jtais parvenu faire publier sur les dragueurs de rue. On sait limpact qua le petit cran sur les jeunes filles, surtout les varits, mais pour un crivain qui ne compte pas jouer les animateurs, une fille qui vous crit aprs un passage tl quelle a "senti" quelque chose en vous et quelle veut vous connatre (traduit en langage mle : quelle aimerait sentir votre truc en elle et que pour a il faut vous rencontrer), cest toujours inquitant. La groupie, moi je prfre laisser a aux chanteurs ; je nai pas rpondu.

    Javais mme oubli quand, une anne aprs, je reois par la poste un roman ddicac dune certaine Virginie, la mme, moins les ronds sur les "i", mais cette fois avec un nom propre : Despentes. Un roman au titre explicite : Baise-moi ! o lex-lycenne qui, visiblement, nhabitait plus chez sa mre, stait

  • invent un pass sulfureux : violence, drogue, parfum de prostitution... avec en prime juste pour bibi, son numro de tlphone crit en gros lintrieur.

    Une pro du pipe show ? Ni une ni deux, cette fois je prends mon tlphone et je lui file rencard, vers quinze heures, au caf juste en face de chez moi, des fois que... (A lpoque le pote chez qui je vivais bossait laprs-midi et moi jtais chmeur, je pouvais donc inviter qui je voulais.)

    Arriv en retard, exprs, histoire de respecter la hirarchie (cest quand mme elle qui demandait), je tombe sur une grosse vache assise en terrasse avec deux gros yeux globuleux et une dent jaune casse sur le devant. Toujours poli avec les dames, en me penchant plus prs pour lui faire la bise, je dcouvre chose rare de nos jours chez les jeunes filles quelle a en plus deux, trois poils au menton. Vous voulez le fond de ma pense ? Jai connu une Virginie qui travaillait dans un peep-show en haut de la rue Saint Denis, avant quil ne la mettent pitonne et ne la changent de sens pour tuer le mtier. Une bombe, droguer mais belle comme un cur, et gentille. Cest grce elle que je sais aujourdhui que les demi-putes margent la Scurit sociale sous lintitul artiste chorgraphe . Je laimais beaucoup mais jai quand mme d men dfaire, un pauvre qui veut devenir crivain ne peut pas se permettre de multiplier les handicaps. Lautre Virginie, l ? Montreuse dans un sex-shop ? Jamais ! Mme au fin fond du 93. Les grants de ce genre de commerce ne travaillent pas pour les bonnes oeuvres.

    Comme vous lavez compris, le sexe savrant impossible, je me retrouve donc parler du livre ; du sien bien sr qui vient de sortit, et comme il mest tomb des mains mais que je ne peux pas lui dire (toujours galant avec les dames) pour ne pas dcourager une dbutante qui na aucun avenir dans le peep-show, ni a fortiori comme chanteuse, actrice ou animatrice tl, jentreprends de lui expliquer, en une vaste priphrase, pourquoi en 1990 le sexe ne peut plus tre subversif.

    Elle a parfaitement compris. Elle nest pas si bte la Despentes, mais comme lpoque elle prparait Baise-moi !, le film, quelle sapprtait passer srieusement la caisse en jouant les rebelles fministo-trash sympathie Jack Lang avec manifs et ptitions Saint-Germain, elle sest vite dpch doublier et la Virginie sur la mauvaise pente, je nen ai plus entendu parler.

    Seulement le lecteur qui ne compte pas spcialement sur le cul pour chapper aux misres du travail salari a le droit de sinstruire. Pour lui je vais donc tout recommencer.

    Dabord, pourquoi prtend-on que le sexe est subversif ?Je crois que a nous vient tout droit de Georges Bataille, sociologue autodidacte et bibliothcaire qui a,

    entre autres, crit Lrotisme aprs guerre. Sartre laimait beaucoup, ce qui est mauvais signe. Disons que son "psychologisme sociologique" qui le poussait voir la production comme un fait de nature, et, consquemment, les fruits du travail exploit comme un excdent vgtal, appel "part maudite", que la classe dirigeante et parasitaire se dvouait pour consommer tait une vision quand mme bien plus marrante que le faux marxisme individualiste de lternel tudiant chassieux de Flore. Mais pour tre impartial, coutons ce quen dit le Petit Robert :

    Georges Bataille axa sur lide de transgression son interprtation de la socit et de lhistoire. Considrant la sexualit comme un facteur de dsordre, la socit la frappe dinterdit, appelant ainsi la transgression dans les religions : ftes, rituels, sacrifices... ou la rvolte chez les individus.

    Do toute la quincaillerie no-romantique hard : du retour en grce du marquis de Sade pour son vice salvateur aux films de Los Carax qui voit, comme Bataille, le sommet de la rvolte dans lacte de coucher avec sa mre (joue par Catherine Deneuve, mais quand mme).

    Corollaire politique immdiat : face une bourgeoisie puritaine et dissimulatrice qui cache son or et ses organes , il ne sagit plus de changer le monde par le combat des classes mais en dchanant la transgression du sexe.

    La rvolution en baisant !Imaginez limpact sur ces ternels branleurs que sont les tudiants en sciences molles : lettres, psycho,

    socio... ; le formidable alibi. Le droit, mieux, le devoir moral de renoncer lengagement politique au ct des travailleurs exploits, pour retourner faire ce que les ados nantis ont toujours fait pendant que leurs parents schinent faire bosser les pauvres : baiser. Baiser plus seulement pour passer le temps et se faire plaisir, non ! Pour subvertir lordre bourgeois. Coup double ! La rvolution la queue la main allong sur le plumard papa, Cohn-Bendit, sacr bandard, sacr veinard, vit la-dessus depuis quarante ans ! Quelle rigolade, quelle somptueuse arnaque !

    Bon, daccord, mais comment arrive-t-on Lle de la tentation sur TF1 ? Mougeotte rvolutionnaire ?

  • Disons-le tout net, si cette petite thorie pouvait encore faire illusion face lhypocrisie de la bourgeoisie catholique davant-guerre, le genre "Travail, Famille, Patrie" de lpoque Bataille, depuis quelque chose a chang. Et comme souvent, pour comprendre lvolution des mentalits, il nous faut faire un petit dtour par le srieux peu littraire de lconomie politique. Comprendre notamment la "socit de consommation" comme passage planifi, patronal et gouvernemental, du "dsir transgressif" lidologie du dsir. Du dsir comme interdit et comme paresse du travailleur producteur, au dsir comme pulsion encadre et obligation du salari consommateur. Une idologie du dsir dont le mcanisme simple, implacable, fonctionne comme un moteur deux temps :

    Un. La libert rduite au dsir. (Passant ainsi de la libert conue comme matrise de ses dterminations inconscientes et domination de ses pulsions, la libert comme laisser-aller la toute-puissance de son inconscient et de ses pulsions, soit son exact contraire.)

    Deux. Le dsir rduit lacte dachat.Vous pigez ?Achat de quoi ? Mais des objets que produit en masse la socit de consommation. Non plus ces objets

    utilitaires trop durables, trop indmodables et fatalement en nombre limit que produisait la socit de grand-papa : gazinires, TSF, pataugas... au charme si pris aujourdhui aujourdhui par les matres du design qui sacharnent les copier, mais des objets chargs de rves, de fantasmes, drotisme par la propagande publicitaire ; cette vaste animation-stimulation de la consommation appele "spectacle" depuis Guy Debord, le philosophe le plus lu Canal+. Une culture de masse faite daccessoires de mode, de gadgets technologiques standing et autres objets transitionnels "panliss" promus par la femme-objet et censs vous conduire au plaisir par lacte dachat. Du broute-minou au lche-vitrines.

    Si le dsir put tre une aventure toujours individuelle, indite, dans une socit de linterdit et du srieux de la production utilitaire, lidologie du dsir de la socit de consommation des objets du dsir a transform irrmdiablement cette aventure en injonction ; le frisson en plan marketing.

    Do ce sentiment confus et dprimant pour les moins avilis, les plus sensibles, que le March salit tout : la contre-culture en Nova Magazine, la gauche engage en Lib, la grce de la jeunesse marginale en marge bnficiaire des boutiquiers la vente, et des rentiers aux capitaux.

    Pour ne pas collaborer cette infamie, ne pas vivre cette dchance qui mne implacablement de la libration sexuelle la pornographie tl de lpope rock aux Inrockuptibles les pionniers, les meilleurs, surent disparatre temps. Cest Jimi Hendrix, Jim Morrison, Janis Joplin morts doverdose ; cest Syd Barrett retir dans son monde intrieur ; cest Robert Wyatt irrmdiablement mutil la suite dune controverse dfenestration o les dpressifs virent un suicide, les dops la consquence dune prise dacide et son fameux effet envol de loiseau , les initis la tentative de passer par la fentre des chiottes pour ne pas se faire prendre par sa femme avec sa matresse. Robert Wyatt aujourdhui converti lIslam et au no-stalinisme (quelle merveilleuse cohrence) qui prononait, ds 1974, lloge funbre de cette brve pope dans Rock bottom (le cul du rock), saluant de son fauteuil roulant, avec son fessier dhmiplgique, lentre du show-biz dans la pop, le virage libral du patron de Virgin pass de la musique au soda, du planant au charter, tandis que chez nous, aux Halles, les marchands du Sentier allaient bientt succder aux punks, avant que les enfants de la tl de la pte hollandaise Endemolle ne succdent aux enfants du rock.

    Quen conclure ?Que si la socit de consommation dans sa phase actuelle radicalise et, souhaitons-le, ultime

    dindustrie du dsir pornographique nous ordonne de baiser, de cocufier, dexhiber (puisque comme pour toute drogue, toute alination, il faut augmenter les doses pour que leffet perdure), cest donc rsister au sexe qui est dsormais subversif. Cest la fois simple et logique.

    Jexagre ? Lisez : Le boom du string au Salon du sous-vtement Lyon Mode City

    Lyon (AFP), le 08-09-2003Devenu en quelques annes le dessous incontournable, selon les fabricants de lingerie, le string

    (ficelle en anglais) a t la vedette du Salon international de la lingerie balnaire Lyon Mode City, qui se tenait Bron (Est de Lyon) jusqu lundi.

    [...]"On la longtemps cach, on le considrait comme vulgaire. Aujourdhui, les femmes lassument

    totalement. Il est devenu un basique port tout ge", affirme la directrice du Salon Lyon Mode City, Claire Jonathan.

    [...]

  • "Les hommes aussi commencent sintresser au string dclin au masculin (10% des ventes de dessous chez Dim)", affirme Claire Jonathan, "mme si les principaux clients demeurent les homosexuels".

    Apparu dans les annes 70, pour "rsoudre le problme de la marque de la culotte visible sous les jeans ultra-serrs", le string tait lorigine port par les femmes "les plus hardies", notamment les strip-teaseuses, crit une spcialiste de lhistoire de la mode, Caroline Cox, dans son ouvrage Lingerie : langages de style (Editions du collectionneur).

    Il a ensuite connu une notorit "folklorique" la fin des annes 90, aprs que Monica Levinski sen fut servi pour attirer les faveurs du prsident Clinton, comme la not le procureur Kenneth Starr dans son rapport, cit par Mme Cox.

    Mais "ce sont les clips vido de la chanteuse amricaine Britney Spears, les photos de lactrice Jennifer Lopez en string, ou encore les missions de tl-ralit qui lont vritablement popularis", estime Laure Schlichter, une responsable dEurovet, socit organisatrice de Lyon Mode City.

    Si le pouvoir des marchands nous prsente le laisser-aller ses pulsions dsirantes, jouisseuses, individualistes, irresponsables comme un acte de libert transgressive, cest donc bien que la libert et la subversion sont chercher de lautre ct de cette entreprise de dmolition de la conscience de soi et du respect de lautre (ou de la conscience de lautre et du respect de soi, cest selon).

    Vous pigez ? Cest pourtant clair : vive le foulard et mort au string !

    Voil ce que je lui ai dit la grosse Despentes cet aprs-midi l au caf de la rue Lagrange, avec quelques annes de retard sur le PCF de feu Georges Marchais, mais quelques annes davance sur les slalomeurs Jacques Julliard et consorts... Ca ne tenait rien, sans ses yeux globuleux, sa dent jaune et ses poils au menton, je la menais dans ma chambrette et je me retrouvais, qui sait ? avec un petit rle bien trash dans Baise-moi !, le film. Acteur davant-garde lavant-premire, ptitionnaire contre la censure aux infos FR3 le-de-France et, apothose, aux cts de Catherine Breillat la manif avec le t-shirt !

    Misres du dsir, donc.Voil pour lessai la Pascal Bruckner, en plus marxiste (Bruckner, en bon ex-soixante-huitard, sait

    combien un essai trop marxiste vous aline durablement la clientle des dcideuses et des cadres, nos plus gros acheteurs). Et la solution, la rsistance tout ce caca sec, ces trahisons, ce commerce menteur serait... la chastet ? Abruti dimages de fesses et en plus... ceinture ? Aprs La tentation de linnocence et Misres de la prosprit, bon pour La tyrannie du plaisir de lautre chrtien de gauche Jean-Claude Guillebaud ?

    Comme la merveilleuse pope du rocknroll laquelle, dois-je lavouer, je ne crois qu moiti, tout a est un peu simple. Pris dans le clinquant des ides, cest confondre un peu vite idologie du sexe et sexe rel. Car derrire les images glaces de femmes aguichantes et de garons bodybuilds en slip, se tient, violente et grandissante, la frustration. Lle de la tentation , vous ny tes pas vraiment. O tes-vous en ralit ? Vous, madame ? A essayer de perdre votre culotte de cheval au Gymnase Club en vous disant que si ce naze den face de vous sur son rameur vous propose la botte, vous pouvez srement, sur le modle de la bourse, faire encore monter les enchres (et vous savez comment a finit chaque fois avec les petits porteurs). Vous, monsieur ? Seul devant la tl avec une bire la main, dans lautre la demi-molle, regarder ces ptasses intouchables qui finissent par vous lever le cur, vous dgoter, au point que lenvie de meurtre insidieusement prend le pas sur lenvie daimer...

    Rflchissez, si le pouvoir vous pousse l o en bonne logique il devrait interdire, cest que vous nen faites plus assez. Et ce vaste programme drotisation par le slogan, limage, force dinsister, rvle ce quil cache : vous navez jamais aussi peu bais.

    Du ct des femmes cest bureau, rgime, solitude et jogging. Du ct des hommes : fumette, vidos porno, chmage et Playstation. Une apathie du dsir qui, par effet retour, commence toucher ce quelle visait en ralit, la sacro-sainte consommation dont dpend la survie du systme.

    Jamais aussi peu bais ? Quest-ce dire ? Quon baisait plus en France du temps des Gaulois ou sous Louis XIV ? Sauf pour les sociologues de la trempe dlisabeth Badinter (hritire Bleustein-Blanchet) capable de dduire des us et coutumes la cour de Versailles (quelques milliers de nobles) le comportement des franais au XVIII sicle (plusieurs millions de paysans), tout a na pas grand sens. Pour comparer ce qui est comparable, disons quon baisait plus en France dans les annes 70. Pour tre

  • plus prcis, entre 1966, anne de diffusion de la pilule, et 1973, anne du premier choc ptrolier. Durant ce que la regrettable Franoise Giroud (merci Christine Ockrent de lavoir dfinitivement enterre) appela "la parenthse enchante". La parenthse enchante, soit la phase montante de lidologie du dsir. poque de hausse du pouvoir dachat et dallongement du temps de loisir. poque dun certain gauchisme bourgeois o, les parents cool voulant ressembler leurs jeunes, la petite amie et le petit ami pouvaient venir dormir la maison pour que papa se rince lil, que maman rve comme dans Le Laurat. poque o les magazines fminins dcouvraient la rvolution sexuelle, tandis que Louis Pawels promouvait le yoga tantrique dans sa revue Plante, des annes-lumire du "sida mental". poque bnie faut-il le dire, pour les paums comme moi, quand la fille de famille couchait avec le loubard, lArabe, juste pour faire chic. poque sans capotes et sans digicodes, avec petits htels pas chers en centre-ville hants par Calaferte, o un malin dot de quelques rudiments de dialectique marxiste niveau Godard pouvait convaincre une belle bourgeoise de se donner gratis au nom du progressisme, du meurtre du pre et de lantiracisme ; sans pognon, sans violence, juste la parlotte, dans la plus pure tradition franaise. Une parenthse enchante qui se prolongea sur un mode plus nocturne jusquau milieu des annes 80, grce la monte des branchs et du night-clubbing, avant de sombrer dans la fracture sociale et autres violences provoques dans les banlieues...

    Dure loi de la dialectique, si tant est quil existe le bon vieux temps ne dure pas. Aprs la phase ascendante, les contradictions sexacerbant pour donner raison Hegel, vint la phase descendante de lidologie : linflation, la crise conomique, le sida... Soit le passage du keynsianisme de la croissance par la consommation au no-libralisme de la rente montaro-financire pour sauver les profits ; la jouissance des gros par la liquidation des petits. Chmage, hausse des ingalits, exclusion sociale et urbaine : dune poque cool o lrotisme signifiait, pour la femme mancipe, communion et don, au feeling, sans trop de proccupations de classe, de niveau de revenus, on passa progressivement la femme patronne de son corps, conu comme petite entreprise et source de dividendes en priodes de crise.

    poque maudite o, via linfluence grandissante du puritanisme amricain et son avatar le fminisme, le jeu de loffre et de la demande se substitua au jeu de la sduction. Extension du domaine de la pute et de la logique librale la sphre de la sentimentalit, via la pseudo-mancipation des femmes, qui cassa la drague au mrite, au charme, pour tout ramener au pouvoir dachat.

    Fin du happening, de la communion hippie et de la drague la manif. Fin de llitisme des signes, du gratuit et retour la slection par largent ; soit la prime aux play-boys affairistes, aux ringards du show-biz et autres vieux cochons de la jet-set. Et pour cacher cette rgression objective des possibilits demploi, de promotion, de rencontres, le matraquage du sexuel mdiatique : sexe la tl, sexe la radio, sexe dans les magazines remplaant le sexe rel par le harclement pornographique et les jeux, pour masquer la crise, la monte de la solitude, la frustration, et pousser encore et encore si possible les bande-mou la consommation.

    Allez ! hardies bourriques, cochons de payants, vos cartes bleues !

    Dans ce contexte, reconnaissez que jouer la transgression par le sexe, la subversion par la surenchre dans le hard, cest tre trs malhonnte ou trs con. Le minimum de dcence quand on la joue rebelle ? Ne plus parler de cul, ne plus crire une ligne sur cet cul sujet. Ce qui ne veut pas dire chastet, au contraire. (Jai pu vrifier que les femmes qui crivent avec leurs fesses, les Franoise Rey je me retiens , les Alina Reyes... ne sont pas des baiseuses, des panouies, mais des profs de province problmes qui semmerdent avec leur mari et se servent de cette dviation graphomaniaque pour sduire leurs lves, sans passer lacte. Du cul plein la bouche en somme, mais rien dans la culotte.)

    Juste arrter de se payer de mots.loge de la chastet dans le langage, les images, et pratique du sexe convivial dans la sphre prive,

    lancienne. Renouer avec lemballage populaire des grisettes aux guinguettes, faon Liliom ; le charme discret de la bourgeoisie de province avec sminaires en relais chteaux, style La peau douce. Pudeur, dissimulation, aventure ; ne plus en parler, le faire, le plus possible hors des circuits slectifs et baliss.

    Comment aller dornavant dans une bote partouzes, quand on ny croise plus que des voyeuses qui prennent le cul pour du concept et dex-publicitaires payeurs, devenus prsentateurs tl ?

  • 2

    La ncessit et le manque de lautreou

    cette leon dhumilit quest notre nature Chapitre o jexplique comment le couple est la fois ncessit et chemin rus vers la chastet.

    Lnergie et le talent exigs pour devenir un dlinquant de relle envergure pourraient tre utiliss de manire bien plus positive. Si un maquereau parvient contrler neuf femmes, il peut tout aussi bien faire autre chose.

    Iceberg Slim

    Ni cul ni chastet donc.Sans tomber dans la thorie du verre deau en vogue au dbut de la rvolution russe, et qui voulait que

    la pratique du sexe soit aussi banale, aussi peu digne de glose que la ncessit pour chacun de boire rgulirement un verre deau, il est temps de remettre le sexe sa place, disons juste au-dessus de la nourriture du Michelin (et encore peut-tre plus pour les vieux).

    Dans un roman bourgeois classique, de qualit, sur deux cents pages dun drame fait de rapports de force, de survie, dalas... deux pages de bouffe, quatre pages de fesses. Plus et on tombe immanquablement dans le psy-cul pour lectrice de Elle, le dernier Houellebecq. Du sexe, daccord, mais condition de ne pas en faire tout un plat.

    Remettre aussi sa place cet orgueil nietzschen dans la faon daborder le sujet. A ceux qui verraient dans lapologie de labstinence un choix existentiel, un sujet de conversation, je rappellerai la Nature, le corps imprieux. Comme disait Kant, les filles tombent amoureuses parce quil faut quelles aient des enfants , et sans vouloir rivaliser avec le philosophe, la vie ma appris que Madonna ou caissire si vingt ans les filles font les malignes, trente ans elles finissent toujours par pondre des gosses. Cest mme nous de payer pour a.

    Du ct des hommes, ajoutons que la honte, frquente, de ne pouvoir se soustraire au dsir de sa bite, ny change rien. Mme si ce dsir du corps se double du dsir de connatre lautre, de voir ce quil y a derrire le voile, le miroir, la culotte, on se soumet son pouvoir, on se rpand, il y va de la perptuation de lespce.

    Les Grecs du "sicle de Pricls", pds sublimes, avaient compris cette ruse de la Nature qui nous met les femmes au cur pour mieux nous pousser y fourrer la bite. Et cest pour ne plus la subir, par esprit de libert, par culture, quils sen dtournrent pour voir au-del des femmes, le dsirable dans cet homme encore jeune fille quest ladolescent. Un refus hautain de se soumettre linjonction lourdingue de la Nature qui signa leur arrt de mort ; aprs le sommet, le dclin.

    Mon corps mappartient ? Eh non jeune fille, quon se situe dans lordre dmographique ou celui du dsir, ton corps ne tappartient pas, il schappe, il senvole, et cest ce que tu cherches, ce que tu dsires au plus profond de toi, garce menteuse, parce que cest dans labandon, la perte, quest le vrai et lultime plaisir.

    A ceux dont lesprit rtrci par la vision individualiste nierait cette vidence du dsir comme dsir dabandon, de disparition, de fusion, je rappellerai que bien avant nos monades autistes importes dAngleterre avec le puritanisme et le kilt, au commencement tait le couple. Le couple comme unit de reproduction. Quils sappellent Adam et Eve ou quils portent des prnoms moins catholiques, il faut dabord quun homme et une femme saccouplent pour que les gnrations soient. Lun spar de lautre, lhumanit disparat.

    Comprendre aussi le couple comme unit de production : couple dleveurs cueilleurs avec partage des tches, division sexuelle puis familiale du travail ; couple dagriculteurs o la femme sactivait dedans parce que lhomme sactivait dehors ; couples dartisans, de commerants avec lhomme au savoir et la femme la caisse ; couples dartistes mme avec la femme la relecture des contrats... Chaque fois le couple comme origine de la famille, puis la famille largie la tribu, au clan, avant la ncessaire exogamie dbouchant sur la division sociale du travail et notre socit de classes... Vous suivez ? La rgulation sexuelle soit une relative chastet oriente comme structure et dynamique sociale.

  • Pour ceux qui ont du mal avec le matrialisme historique, nous pouvons aussi recourir lontologie des symboles. Deux cercles qui reprsentent deux entits, lhomme et la femme. Lun surmont dune flche oriente vers le haut et droite, lautre support par une croix. La flche, cest la violence de lhomme, le phallus, mais une violence tourne vers le ciel, soit les questions mtaphysiques, et la droite qui, dans la symbolique de notre criture, signifie lavenir. Lhomme, selon le symbole, est un tre violent tourn vers le ciel et lavenir ; lui la guerre, la politique, mais aussi le progrs et la spiritualit. Le symbole de la femme est un cercle support par une barre plante dans quelque chose, pour elle a se passe en dessous. Alors que lhomme tourn vers le ciel et lavenir nest pos sur rien, instable, la croix reprsente cet axe qui ancre la femme dans le sol par les menstrues, lenfantement. A elle la terre, la reproduction, le concret. Par le couple, si lon en croit les symboles, lhomme donne son antenne sur le ciel la femme, le projet, lavenir, tandis que la femme ancre le rve de lhomme dans la vie matrielle, canalisant sa violence en projet civilisateur. Par ce simple recours aux symboles, le cercle surmont dune flche tourne vers la droite pour lhomme, le cercle support par une croix pour la femme, on comprend non seulement la ncessit du couple comme complmentarit et totalit, mais aussi pourquoi notre socit de consommation nourrit dsormais une telle haine pour le masculin. Emasculer lhomme, cest dtruire llan spirituel, le got du combat politique, le dsir de savoir ; aussi vrai que sparer les couples, multiplier les femmes volages et sans enfants, cest dtruire lamour responsable au profit du dsir de jouissance goste ; soit travailler, dans les deux cas, lavnement dune apathie consommante gnralise.

    Sans savancer si loin, la perte de vue du couple comme unit fonctionnelle, dans le but de traverser deux les difficults de la vie, nous vient sans doute aussi hormis le refus haineux et idaliste du matrialisme historique de la popularisation du romantisme. De cette confusion entre le couple comme alliance dans la dure, pour les enfants, la survie, et le couple passion, laventure passionnelle. Confusion entre le srieux de la conjugalit, cette union fait la force , pour le meilleur et pour le pire, et ce moment ncessairement bref o deux inconnus, pleins de pathos et de fantasmes se jettent lun sur lautre pour de mauvaises raisons, le temps de raliser que a revient au mme.

    Confusion couple / passion do nous viennent la plupart des divorces contemporains et la dcouverte, souvent tardive, des avantages perdus mais combien concrets de la vie deux : partage des cots fixes, loyer, lectricit, gaz ; diminution de moiti des investissements lectromnagers, frigo, tl, hi-fi, DVD ; moindre imposition fiscale par le systme des parts, accession plus facile aux prts bancaires et la proprit ; dgringolade moins vertigineuse en cas de chmage de lun des deux ( moins que lautre comme souvent ne le quitte, preuve que rien nest plus dsrotisant que la pauvret). Sans oublier pour monsieur, manger chaud et lheure, servi par une partenaire sexuelle forme sa main, disponible et fiable sur le plan prophylactique. Autant davantages plus apprciables encore en priode dinstabilit politique.

    Jentends dici la remarque : oui, mais le couple, la longue, gnrerait lapathie sexuelle. Et alors ? Nen avez-vous pas assez de courir aprs les dsillusions du dsir ? On vous dit dans Elle, madame, quil faut prendre un amant ? Raison de plus pour ne pas le faire. Apprenez vous mfier de ces conseils conso pour salarie mnagre qui vous remettent chaque fois dans le circuit, pour vous pousser engager des frais. Frais de coiffeur dabord, puis mode, cosmtiques, restaurant, rgime, htel... En attendant le recours inluctable la chirurgie esthtique. Votre mari, lui, stait habitu vos vieilles fesses...

    Paix intrieure, temps gagn... En tant la voie royale vers la routine puis lapathie sexuelle, le couple classique, par une merveilleuse ruse de la raison hglienne, vous conduit en douceur la chastet ; soit une libido sublime qui, les enfants pondus et la survie de lespce assure, peut enfin sinvestir dans le projet de russite sociale et de luvre.Une bonne grosse femme ses cts et on devient Bismarck, plusieurs on finit comme le gnral Boulanger.

    Le jeune homme fier et romantique na que faire de ce genre de sermon. Les arguments de la raison a lui viendra plus tard avec langoisse des points retraite. Pour lheure, aux traumatismes infantiles invitables chez cet animal prmatur si complexe, viennent sajouter les pousses de testostrone pour donner cette combinaison de nvrose et dapptence, cette immense insatisfaction que ni largent ni le confort ne peuvent encore apaiser. Ce sentiment violent de ne pas assez vivre compenser par le mouvement, avec au cul la dpression qui guette et interdit de se payer de mots.

  • En remontant plus loin que la Despentes, je me revois dans ma chambre de bonne de 12m dans le

    quartier Pigalle, au dbut des annes 80. Jeune homme imaginatif et pauvre mont de province comme tant dautres sur lair d nous deux Paris , avec pour tout contact sur lextrieur une bote aux lettres o narrivait, tous les deux mois, quune maigre facture dlectricit.

    Comme jaurais aim avoir la force, et le ddain, de rester enferm lire et crire de grinants aphorismes dans la posture dun Lautramont after punk. Mais le manque de lautre, ce besoin irrpressible de toucher sa peau pour me sentir exister, tre un peu plus vivant, me poussait dehors, comme tous, dans la rue, les commerces, les squares conqute... La conqute ? Disons plutt une mendicit dguise. Ma maigre culture livresque palliant linexprience, javais un peu compris grce au Kierkegaard de la premire priode (sa priode baise, avant la mystique), quil ne fallait pas montrer trop tt ses plaies pour plaire. Comme tous les branleurs, je jouais lhomme, je simulais. Il faut tre un vieux singe pour savoir faire lenfant.

    Quand les fministes voudront-elles bien comprendre quau dpart de tout dsir de femme, il ny a pas domination, exploitation, mais fragilit et manque ? Faut-il que leur haine de lenfantement et de leur nature de pondeuse les aveuglent ce point, pour ne pas comprendre cette nostalgie de la mre ? Quy a-t-il de plus fragile, face aux jeunes filles qui devinent si vite les enjeux de la sduction dans les yeux de loncle cochon, quun jeune puceau dans un corps dhomme ? Seuls la pudeur des mles, un certain dgot viril pour le verbiage, les poussent taire ce quils ont souffert au dbut. Toute dcouverte de la femme que cachait la mre est un traumatisme pour lhomme, le second aprs celui de la naissance ; tout aussi constitutif mais sans cri, en silence. Et comme tout ce qui nest pas verbalis, racont, il ne gnre pas le progrs mais langoisse, le ressentiment, et parfois pour les plus dmunis, les plus sensibles, un dsir de violence...

    La chance de ntre pas trop laid et davoir une bonne bite (je ne le savais pas lpoque, ce sont les pds et quelques filles gentilles qui me lont appris) me valurent des succs de hasard, puis dautres plus mthodiques, dj raconts dans Sociologie du dragueur (ditions Blanche, 15 euros, 5 dition). Mais quelle que soit lefficacit du tireur, celles dont on se souvient avec le plus denvie sont toujours celles quon a rates. Si bien quen matire de conqute nos souvenirs les plus tenaces sont nos mauvais souvenirs et, la longue, on na plus que ceux-l. Au fond le sducteur, si performant soit-il, reste un naf men par lillusion, jamais totalement efface de son crne, que cest dans celle quon a loupe quouvrait la porte du miracle. Celle que lautre a su prendre justement parce quil ny croyait plus.

    Quant aux mauvais tireurs, aux transis, ils ont au moins cet avantage sur les bons dignorer combien de victoires de faade dbouchent sur la dception de la communion rate. Cette solitude deux du petit plaisir drob qui laisse un got amer dans la bouche, comme de la mauvaise dope ; si bien que les plus aguerris, lasss, finissent par lui prfrer la bonne vieille drogue tout court : lhrone, la blanche...

    Addicte, dune drogue lautre on y revient toujours, avec en tte lindcrottable panoplie des fantasmes : la Ngresse, liane sauvage, promesse de sues tropicales, lasiate soumise et apprentie geisha, la belle arabe aux yeux de feu qui ne se donne quune fois et cache un poignard sous son voile... Toute la quincaillerie puise limaginaire colonial perptu jusqu nos jours, de Baudelaire Gainsbourg, par lrotisme potique du lettr branleur, avec au sommet de cette pyramide ethnocentrique, la Blanche bcbge perverse et catholique.

    A force de traner partout, javais dcouvert que les galeries dart dans le quartier autour de La Palette, rue de Seine, rue Gungaud... taient les seuls lieux semi-privs o un jeudi par mois, le jour des vernissages, un jeune homme ple, lair inspir, pouvait entrer, boire et causer sans quon lui demande de justifier sa prsence coups de boule et de poing dans la gueule.

    Dans la foule devant une toile, un verre la main, rien de plus naturel, donc de plus facile que dadresser la parole une fille ; les trentenaires surtout qui, les annes passant de plus en plus vite, nont plus de temps perdre feindre de bouder les garons. Oh ! Comme je me souviens de vous, petites et moyennes bourgeoises souvent seules, et forcment naves puisque croyant que llvation de lesprit passe par lintrt pour lart contemporain. Vous godiches du tertiaires, futures Catherine Millet, qui je tapais le tlphone aprs deux, trois gobelets offerts, histoire de me crer des dbouchs en prvision de soirs un peu moins vernis.

  • Peur panique des nuits de solitude, comme ce soir o pouss dehors vers la cabine tlphonique par ce sentiment dabandon (en ces temps, point de portable et un an dattente pour avoir sa ligne), jtais parvenu aprs une pre ngociation me faire inviter passer chez lune delle une certaine Chantal, assistante de production dans laudiovisuel.

    Le moment du mtro quand on se sait attendu dans un endroit chaud o il y aura boire, par une inconnue qui forcment vous dsire un peu pour navoir pas dit non, est un vrai moment de quitude ; cest dailleurs le seul ; autant le faire durer. Temps bni o lon peut enfin penser autre chose, se dtendre, rver, parfois mme jusqu renoncer ce combat quil va falloir reprendre, o il va encore falloir mentir, emballer...

    En posant un regard circulaire sur le dcor, je dchantais dj. La fille ntais pas mal, mais lappart... deux pices de 35m dans un immeuble des annes 60 dune de ces rues tristes du XV quon dirait la province. Des meubles fonctionnels en bois blanc avec des peluches, peu de livres et beaucoup de photos de famille, de vacance, pingles au mur sur des plaques en lige ; lenfer.

    Pour un jeune homme qui cherche lapaisement, la douceur, on ne dit pas assez combien la beaut du dcor est primordiale. La mme dans un environnement harmonieux, jaurais pu tomber amoureux ; mais l... La petite assiette de crackers pose sur le tabouret utilis comme table basse, les deux verres moutarde promus verres whisky me dprimrent si fort, en comparaison des images des films dErich von Stroheim que javais encore lesprit en quittant lascenseur, que je me jetai sur lalcool avec lenvie den finir au plus vite pour pouvoir me sauver.

    A jeun, donc rapidement bourr, jacclrai la procdure ; bien men prit. Mes manires cavalires correspondant sans doute ses fantasmes, elle mentrana dans lautre pice aprs le rituel passage en bouche, pour me faire visiter plus fond son petit intrieur. L, gn par son regard o je voyais se reflter mes mots menteurs, je la retournai dune main leste, continuant de lautre mimer la douceur. Hanches larges mais taille fine, peau laiteuse et blanche sans aucun mlanome ni bouton ; petit miracle. Dans la chambre carre et froide sur le futon carr mme le sol, son cul sous le lampadaire de la rue sclaira comme une pleine lune. Ragaillardi par lirruption de lastre des potes dans mon ciel vide une poque o labsence de sida, donc de prservatif, faisait gagner en temps ce quil vous vitait de sordide , je mactivai sans gne, motiv et gracieux, jusqu ce que la sensation baveuse de ferrailler dans du mou de veau ne me ramne au vilain dcor. Absence de rideaux, carrelage clair, store en mthacrylate gris beige. Un tel laisser-aller chez une fille de cet ge, incapable de contrler son tonus musculaire aux abords du plaisir, provoqua en moi dgot et agacement glac. Jallais me retirer quand une trange sensation, humide et brlante au bas des couilles, me fit perdre nouveau toute notion de distance de la Terre la Lune. Abandonn inconscient au plaisir, je mobligeai bientt porter une main ferme sa source pour me saisir, au milieu des peluches, dune petite touffe de poils vivante. Ouaf, ouaf !

    La honte rtrospective pourrait me faire taire mais je dois mon lecteur. Ctait son petit chien qui me lchait larrire du scrotum de sa langue rpeuse et enfivre.

    Que dire ? Que faire ?La fille dont les fesses allaient et venaient devant moi comme du pudding anglais, tait dj partie trop

    loin pour sintresser autre chose qu son fuyant plaisir. Je remis donc linnocente petite bte au sol qui reprit aussitt sa besogne.

    Ptale de rose, concours canin. Oserai-je lavouer ? Nous joumes en mme temps, elle seule, moi avec le chien. Un petit yorkshire mle poils long de trois ans, vierge, prnomm Poupeto. Poupeto mi corazon, la langue rche et aux yeux de velours ! Je ne sus jamais si tu avais t dress cet exercice par une paume perverse, ou si cet lan damour ttait venu dinstinct. Quoi quil en ft, ce pur moment de tendresse rest jusqu ce jour secret est le plus beau moment de communion charnelle dont je me souvienne.

    Ouaf, ouaf !

    Imaginez, pour un garon bien lev et sensible, ptri de culture romantique et daspiration au sublime comme on lest cet ge, le sentiment de gne rtrospective qui mhabitait, revenu moi, dans le mtro du retour. Si daventure je croisais un regard de fille cette heure tardive, aussitt javais limpression quelle savait et je baissais la tte jusqu changer de place, terrifi quelle ne lise dans mon regard et quaprs lesquisse dun sourire plus moqueur quengageant, elle ne se mette aboyer pour dsigner ma dviance passive la vindicte de tout le wagon.

  • A lvidence, la continence vous vite ce genre de dceptions et autres dchances. Mais comme dit

    Montherlant dans Les jeunes filles, le dsir a au moins ce mrite quil vous pousse frquenter des gens. Frquenter des gens et aller dans le monde, pour voir comment a marche en socit...

    3

    Le culturo-mondainou

    le sourd combat pour la possession du sexe des femmes Chapitre o jexplique que le milieu culturel est dabord mensonge et dguisement quant ce but inavou, donc trahison dune culture rduite la sduction.

    Si largent poussait dans des arbres, les femmes du monde pouseraient des singes.Jean-Edern Hallier

    Il nest pas dlirant de penser que la puissance politique des Allemands, contre laquelle le reste du

    monde dut se coaliser deux fois pour les ramener au raisonnable, leur vient tout droit dun manque de savoir-faire avec les dames. De ce mpris pour la mondanit la franaise o rgnent en matres la bibine et la fesse, et que nous avons tendance, de ce ct-ci du Rhin, confondre avec lintelligence.

    Chez nous le romantisme voque La nouvelle Hlose et Chopin, chez eux le Tristan de Wagner annonant les grosses fcheries dAdolf...

    Mais revenons Paris pour nous poser la question cruciale : pourquoi va-t-on en discothque ?Dabord parce quaprs minuit, quand on ne parvient pas dormir et quon ne veut pas finir seul, il ny

    a gure dautre choix. Les cafs ferment deux heures et, pass minuit, nattirent plus que des pochetrons, la rue est noire et froide, les squares sont ferms.

    Mais les garons et les filles y vont-ils pour les mmes raisons ?Derrire le vocable unisexe et menteur de "jeunes", deux motivations bien distinctes : les garons sy

    rendent pour rencontrer lamour et, dfaut, des filles bien faites dans un but de consommation immdiate. Les filles pour danser et sy faire des relations ; ce qui chez la petite bourgeoise infrieure se rsume souvent un type qui pourrait lui fournir un boulot de vendeuse, ou jouer les protecteurs.

    Continuons lanalyse.En dehors des filles et des garons, que trouve-t-on dans les botes qui invite les femelles se

    dhancher pour pousser des mles bourrs vouloir les saillir ? De la musique et de la boisson (un peu de drogue aussi, aux chiottes, mais a nentre pas dans la comptabilit). La musique est gratuite, la boisson payante, cest la source de revenus du club, qui nest dailleurs pas un club au sens strict mais un dbit de boissons en infraction systmatique avec la loi, puisque on se permet de vous en refuser lentre (et plus ce risque est grand, plus est grand votre dsir den tre, telle est la misre du dsir laquelle aucun testing ne peut rien).

    Mais poursuivons la visite. Qui paie boire ?Les vieux. Est appel "vieux" en discothque tout adulte de plus de trente-cinq ans engag dans la vie

    active ayant les moyens de payer boire des jeunes sans puiser dans son budget "frais fixes", donc avec le sourire. Et qui ces vieux offrent-ils boire ? Aux jeunes filles, pour quelles viennent sasseoir leur table afin de les couper de la piste de danse, o les jeunes mles sans le sou usent de latout de leur ge, le physique.

    Rflchissez. A moins quil ne soit pd, quel intrt aurait un vieux payer boire une jeune homme mieux fait et plus en forme que lui ? Et, quil paye ou pas, table ou sur la piste, quel intrt a-t-il mme subir en ce lieu quil fait vivre, cette concurrence dloyale ?

    Jai mis un petit moment comprendre cette ingalit structurale entre filles et garons, face ce quon a coutume dappeler le "monde de la nuit" et ses lieux de dsirs. Lieux de dsirs qui sont pour la jeune fille autant dacclrateurs sociaux (quand Bambou, sans profession, y rencontre par exemple feu

  • monsieur Gainsbourg, auteur-compositeur succs), tandis quils signifient, pour les garons htrosexuels de mme extraction, frustration et luxe inaccessible.

    Un soir, au tout dbut de mon arrive Paris, un peu avant Poupeto, bien avant Despentes, javais rendez-vous avec ma sur lElyse-Matignon, le club hype de la capitale en cette toute fin des annes 70 ; rang quil partageait alors avec Le Priv du sympathique Claude Challe.

    Pour bien saisir de climax, je dois vous prciser que ma sur et moi, arrivs sparment dans la grande ville quelques mois dintervalle, vivions chacun dans une chambre de bonne, elle de 9m dans le XV, moi de 12m dans le IX comme dit prcdemment. Pour nous retrouver dans des conditions agrables, il lui semblait tout naturel de me proposer ce lieu de rencontres vaste et convivial, situ de plus gale distance de nos deux placards.

    Prudent, je lavais quand mme rencarde devant, me doutant bien que pour passer la porte incertaine, avec ses fesses et ses joues fraches, elles serait mon ssame. Inquiet de son possible retard (elle aurait pu, en ce lieu elle savait quelle avait lavantage), je mtais prpar lattendre, cach quelques pas, pour ne pas me griller dentre avec le physio. Mais non, elle est l, lheure. Bise et petite vanne, comme il est dusage dans les familles pudiques o lon cache lamour par toutes sortes de vacheries quotidiennes, au point de ne plus faire la longue quinsulter. Nous nous approchons de la porte laque au judas de cuivre quand jentends, dans la pnombre, une voix qui mappelle.

    Hep lami !Je ne sais pas si vous tes comme moi, mais je ne rsiste pas au mot "ami" prononc par une voix

    inconnue sur un ton populaire. Mloignant de ma parentle, je mapproche, pour dcouvrir dans lombre des arbres un clodo sur un banc.

    Tas pas une cibiche ? (Cibiche ctait le mot lpoque pour cigarette.)Il faut vous dire quen ce temps-l, avant la grande vague des SDF et autres dus de la croissance

    jets de plus en plus jeunes, et de force, dans laventure no-beatnik par le no-libralisme rgano-fabusien, les clodos taient des adultes. Souvent de vrais volontaires, avec derrire eux un long parcours professionnel qui leur donnait de lpaisseur, une prsence. Sils ne ressemblaient pas tous, comme aujourdhui, des musiciens de hard rock, certains taient de vrais ex-musiciens, dautres danciens ingnieurs qui avaient choisi, pour des raisons complexes, la misre et la rue. Pouss par cette fascination morale pour ceux qui ont renonc la vie matrielle comme Notre Seigneur Jsus, je me retrouve donc face ce clochard assis sur son banc qui me demande une cigarette, si bien que je nentends pas ma sur prononcer :

    On se retrouve lintrieur et sloigner.Comme tous les vifs qui pensent vite jai lengouement bref, et comme je ne fume pas, que le mec dj

    diminu par lalcool pue dcidment trop des pieds pour me faire penser plus longtemps au Christ, je dcide rapidement de rejoindre ma sur, pensant que lessentiel est que je ne me sois pas dtourn de lhomme, au moment o il mappelait. Mal laise, je lui dit Salut pour ne pas serrer sa main sale, et je me retrouve nouveau face la porte, seul.

    Cest vrai que pour les filles la jeunesse passe plus vite, mais quand mme, elle aurait pu mattendre. Avec en tte lide quasi panique de rejoindre dedans la seule personne que je connais dehors, je sonne, tandis que menvahit cette sensation flasque dtre soudain minuscule, qui confine au handicap social. La porte souvre, un type assis sur un haut tabouret, chauss de lunettes cercles acier qui lui donnent un petit air dintello, me contemple en professionnel. Il laisse passer le temps rglementaire avant de lcher un :

    Ouuuuuiii ? interrogatif et tranant. Je rejoins ma sur qui est dj lintrieur, bafouillais-je dune petite voix de rat quon mascule ;

    ton saccad, dbit rapide. Qui a ? Agns S.Souriant et cool, le physio change un regard avec une demi-vieille en retrait, mi dame-pipi, mi Rgine

    Choukroun qui me dvisage de ses yeux de vieille pute passe maquerelle, avant de balancer au commis, volontairement sans sadresser moi :

    Soire prive.Jai bien entendu, mais pour tre sr que je comprenne que ce nest pas la peine dinsister, que je minsurge, le portier au look darchitecte retranscrit, placide :

    Pour le moment cest une soire prive, essayer de repasser plus tard.

  • Plus tard, a veut dire : dans quelques annes, quand tauras du flouze, plus cette tte de pote apeur et les moyens de toffrir les demi-putes rserves lintrieur aux vrais clients qui payent. Tas pig ?!

    Que fis-je alors ? Exactement comme toi, minable, en pareille occasion. Jai baiss les yeux et tandis que la porte se refermait mollement sur moi dehors, ma sur dedans, je dglutis ma honte, redouble par lhumiliation de sentir le clochard qui me contemplait, goguenard, tapi dans un coin dombre et de renoncement digne. Pour ne pas le voir jai fix mes souliers culs, puis mes vtements des puces new wave pour moi, doccasion pour eux dans la vitrine de la galerie dart de merde cher pour Libanais d ct, et jai march de la rue Matignon la rue Fromentin, vers mon petit chez-moi.

    Ma chambre regagne, aprs dshabillage et toilette succincte (dents, visage, bite, anus), jai ouvert un livre, un 10/18 du marquis de Sade, le pire, Les Cent Vingt Journes de Sodome o, sur des centaines de pages, des vieux sages fascistes font bouffer pour les punir dtre innocents et frles, leur merde des connards de jeunes.

    Rien de personnel.Dans ce genre de lieu, vu du camp du commerce, quest-ce quun jeune homme pauvre ? Un prdateur,

    un rival sexuel. Quest-ce quune jeune fille ?... Cest la dernire fois que jai vu ma petite sur avec les yeux dun grand frre. Aprs, je lai vue comme un ouvrier regarde une poule de luxe.

    Quelque temps plus tard, en feuilletant une revue de charme, dj ancienne, dans la salle dattente dun quelconque dispensaire o je mefforais de faire soigner mes dents pour moins cher, je dcouvris une grande photo delle en couleurs, poil, avec en main un sche-cheveux en guise de vibromasseur. Sous le clich, un commentaire succinct mais logieux apprenait au lecteur que cette jeune artiste jaime cet abus du mot artiste avait dcroch cette anne le titre envi de "Miss Elyse-Matignon". Vridique ; ce nest pas prcisment le titre de gloire quelle aime quon lui rappelle, mais moi qui fus son frre je men souviens trs bien.

    En suivant ce chemin, fatalement elle nest pas devenue agrge de mathmatiques, mais actrice, copine de Bruel et Lindon qui taient l aussi ce soir, comme tous les soirs depuis consolider leur richesse intrieure. Moi je suis devenu polmiste, crachant dans la soupe quon na pas voulu me servir.

    Rien de personnel.Dans le monde merveilleux de la jet-set et du night-clubbing, un jeune type qui na pas dargent sil ne

    donne pas son cul, ne fait pas le rabatteur ou le dealer, est sur un sige jectable, cest la logique conomique. Sil est beau mec, cest pire. Il y a des quotas pour les moches, ils servent de faire-valoir. On les admet pour que les filles se disent que les vieux ont au moins lexcuse de lge et du pognon, quils vont vous apprendre des trucs. Un vieux laid a peut quand mme avoir de la gueule, alors quun jeune laid cest lenfer. Arnaud Viviant vous le dira, un petit pou qui ne baise pas pose moins de problmes lentre. Le grand beau mec sans un qui emballe, lui, se fait toujours virer, de partout, mme sil ne fait pas de politique.

    Tiens, avoir bais la matresse du patron des Bains-Douches, lignoble petit Fabrice, ex-broc recycl dans le show-business (toujours lalibi artistique pour continuer baiser plus jeune que son ge) me valut quelques mois plus tard, alors que je commenais connatre la musique, une exclusion temporaire de six mois. Pourtant je lavais emballe la rgulire, sa mannequin noire gante aux grandes lvres !

    Rien de personnel.Juste une loi sociologique. Entre garon et fille du mme ge, "dmunition" gale cest un peu

    la tte et les jambes, le livre et la tortue. Vingt ans pour elle et tout gratis, condition de payer un peu de sa personne, de faire marcher son petit orifice. Quarante ans pour lui, condition davoir boss et fait marcher sa tte. Do elle vient ma culture qui me fait gagner mes sous aujourdhui ? Quand on nentre pas lElyse-Matignon et quon est grill aux Bains-Douches, on se prpare de longues soires de lecture, cest tout.

    Mais vingt ans de plus jouer les outsiders, ctoyer les mecs sur les bancs, ou assis sur les bagnoles ct de lentre, les ternels mecs qui ne rentrent pas, outre mavoir convaincu que je ntais pas n pour vivre au-dessus des autres pas du peuple lu en quelque sorte , mont rendu le privilge dsagrable. Maintenant, socialement a va mieux, bien mme, surtout grce vous, lecteurs payants ; mais dans lhtel cher, Saint-Trop ou ailleurs, le regard du liftier, les yeux de la femme de chambre me gchent chaque fois le confort du matelas. Jai beau essayer, je narrive pas me sentir laise avec ceux qui jouissent dcraser les faibles et de sucer les forts.

  • Pardon petite sur, ce nest pas leur faute aux filles qui nont pas fait dtudes, si les mondains ont plus besoin de chair frache que les potes. Pas de ta faute si le champagne, la fte, le luxe, a plait beaucoup aux femmes ; comme faire les magasins, loin des angoisses mtaphysiques sur lexistence de Dieu, le bien, le beau, les ides de rvolution. Tous ces trucs de garons lancienne, davant Steevy, superficiel et con comme une fille.

    Alors adieu petite sur.

    Il nest pourtant pas juste de sparer radicalement plaisirs du mondain et culture. Ce nest pas pour rien que la bote chic est bourre dhommes de lart : chansonniers pour minettes, professionnels non-techniciens du cinma (les techniciens ne rentrent pas). Beaucoup de Benamou, Benichou au coude coude avec des bourgeois cathos dcadents qui feignent de sentendre avec eux comme larrons en foire, parce quils mangent la mme gamelle, pour linstant... Une collusion du dsir et de lart ncessaire, car le combat pour le sexe des femmes est un combat qui ne peut pas se dire. Cest un combat honteux, cach, magnifi, mythifi...

    Honteux juste titre. Car si lamour sentimental peut avoir quelque chose de beau, comme tout ce qui touche la perdition, laveuglement, lerreur accepte, le sexe organique est trs laid. Pour les participants qui ont un peu perdu la tte, a peut encore passer, mais vu de lextrieur... La bite turgescente avec la grosse veine bleue, le prpuce imprgn durine, les couilles aux poils clairsems allant et venant dans cette plaie dissymtrique avec ses plis, ses crtes, ses relents de fromage au poisson... Les artistes de lpoque classique sabstenaient de figurer le sexe, et quand Corot le moderne sy mit pour faire le malin, il peignit le sexe le plus invisible qui soit, un petit sexe dAsiatique quasi abstrait, pas la charogne de Baudelaire. Rellement subversif, il aurait os le tablier de sapeur, le dindon, pour nous montrer quelle nest pas bien belle lorigine du monde. Inter faeces et urinam nescimur (nous naissons entre la pisse et la merde) disaient les Latins.

    Plus raliste, et mme raliste en diable, la vido pornographique est l pour nous rappeler cette laideur du sexe, de lacte sexuel que cherche toujours travestir le menteur cinma dart. Le pilonnage mcanique et guerrier, les ahanements bestiaux pathtiques, les oui, oui, mets-moi tout , les tiens, taimes a salope ?! . Et quand la camra sapproche, les boutons sur les fesses, les poils incarns, la sueur, avec en apothose limage cardinale de la fellation, ljac faciale pour bien humilier la femme, nous rappeler o le rapport se situe, o a voulait en venir : ma queue dans ta tte. Lorgane de la parole, ta bouche, rduite en urinoir pour te punir davoir dabord dit non a fait partie du protocole , puis oui , parce que jai su finalement mimposer par la force, linsistance, la tchatche, le pognon... Cest la fonction morale du porno de nous rappeler, loin des mensonges de la posie rotique et autres dlires de puceaux en transe, combien le sexe est vil.

    Honteux et cach, parce quon ne peut pas dire, cest lvidence, ce quon aimerait lui faire ; avouer quon veut en venir ce sommet de domination vengeresse et de laideur. Imaginez lefficacit de lhonnte homme osant dclamer la belle inconnue : Oh ! comme jaimerais te voir quatre pattes, dsirable ptasse, ton apptissant popotin offert, couinant comme une truie quon gorge dans la cour de ferme un jour de fte chrtienne, tandis que jirais et viendrais dans ton anus dilat juste un peu pris en tratre... Il faut bien enrober la chose, recouvrir daluminium dor le mauvais chocolat pour que le vieux chauve aveugle ait, le temps ncessaire, son petit air de Prince Charmant.

    Une laideur honteuse et cache magnifier, mythifier par la simulation si possible dune forme de spiritualit.

    Tel est le rle de Don Juan, ternelle figure du socialement dominant qui soccupe en baisant des gourdes, parce que sans envergure strile sur le plan cratif et politiquement impuissant et qui sinvente pour se cacher la viande, loisivet, la misre, le dfi mystique, transcendant, la statue du commandeur.Dans la ralit du grand seigneur mchant homme espagnol comme de ses descendants industriels, nos sducteurs en bote contemporains, pas plus du statut du commandeur que de beurre en branche. Juste la bonne vieille arnaque transgressive remise au got du jour par Bataille, pour que des jouisseurs un peu cons, un peu lches, ne se voient pas en face comme des tireurs de gamines de gamines pauvres en plus

  • mais comme de courageux spiritualistes la limite du suicidaire, genre Maurice Ronet dans Le feu follet.

    Simuler la spiritualit pour cacher lavidit du vice et le vide, cest le truc de tous les tartuffes.Tiens, transpos au domaine politique, a donne un peu lactuel lu socialiste, dniais aux jeunesses

    communistes puis devenu franc-mac pour renforcer ses rseaux. Vous voyez ? Le chapon en costard-cravate qui sert des cuillres la chane dans des hospices daprs-canicule, avant de retourner faire les marchs, et qui veut vous faire croire quil planche en loge en plus, par got de la philo !Mme mcanique de simulation de la spiritualit pour les sectes, systmatiquement perscutes par les francs-macs qui naiment pas trop la concurrence. Les Raliens par exemple, je me rappelle leurs dbuts quand ils racolaient avec leur petite revue bichrome sur les plages dIbiza. Rien de bien mchant, des quarantenaires sirupeux aux cheveux longs qui draguaient les tudiantes allemandes tentes par loccultisme, afin de les initier la grande communion par la fesse en attendant les martiens. Sacr Ral ! Il a fait son chemin depuis, lancien critique automobile, avec ses histoires de soucoupes volantes, ses arnaques au clonage complaisamment relayes par la tl. Sous ses faux airs de Michel Fugain, je ne peux pas mempcher de trouver le mec sympathique, toujours souriant, habill Courrges, grant en grand patron gauchiste son big bazar extraterrestre.

    On se fait une fausse ide sur les sectes. Ces ternels refuges pour paums en qute de transcendance ne sont-elles pas la revanche des imaginatifs sur les politicards et les businessmen ? Pas pires sur le plan du mpris et de la manipulation que la jet-set internationale et Wall-Street, ces PME du bricolage mystique ont au moins le mrite de soulager la charge de la Scurit Sociale et des hpitaux psychiatriques.

    Comment je peux savoir ? L aussi jai donn.

    Tricard lElyse-Mat puis aux Bains-Douches comme je vous lai dit, donc souvent en vue, je fus initi par une certaine Wendy qui me recruta dabord en me donnant sa chatte dans une entre dimmeuble du quartier Arts et Mtiers.

    Appt par la beaut du programme, je la suivis dans sa secte de yoga tantrique (le nirvana par la baise, un truc base de transmutation dnergies), Iso-Zen a sappelait (pour Orient-Occident), monte par un ancien psychiatre comme souvent les trucs pour manipulateurs pervers.

    Peuple de filles et de garons pile dans mon profil cherchant plus la transe que linvite Deauville (bien quau fond il sagisse toujours du mme dsir dtre transport gratis) , du jour au lendemain je me retrouvai membre actif dune gentille colonie partouzarde qui avait transform en camp de gitans un trs bel htel Arts dco le long du bois de Vincennes. Les vieux baisaient les jeunes ; les jeunes qui vendaient des bijoux fantaisie, dans le style oriental, aux terrasses du quartier Saint-Michel pour remplir les caisses, rabattaient des paums pour les vieux et les baisaient au passage ; des vieilles pognon trouvaient se faire baiser en donnant un bout de leur hritage, puis ramenaient leurs filles. Tout le monde y trouvait son compte, hormis la joaillerie dart et les monuments historiques.

    Je me souviens de la discussion trs honnte que jeus avec le numro deux de la secte, un ancien cadre de chez Jacques Vabre dont je trouvais la tenue demploy de bureau, limite VRP ringard, en dcalage avec la panoplie roi mage plus fouille de lex-psychiatre : cape en velours, bottines argentes, chasuble en soie mauve... A la question : pourquoi un mec comme lui, diplm, intgr, se retrouvait en tailleur faire le gugus, un sceptre recouvert de papier alu dans une main et un bouchon de carafe en cristal autour du cou, les soirs de grand-messe ?, il me fit valoir, pos, devant un caf-crme loin des oreilles indiscrtes, ce quil avait gagn embrasser la cause. Au niveau du boulot, il faisait toujours la mme chose, de la gestion, des colonnes de chiffres, actif, passif... Mais au niveau du quotidien, il avait troqu une femme moche et chiante, pouse lpoque de ses tudes quand il tait pauvre (il navait pas le choix, comment lui jeter la pierre ?), un chiard ingrat comme ses gniteurs, que sa mre avait pouss la haine du pre pour se venger de ntre plus baise, et un lourd crdit sur un pavillon en grande couronne, contre un aropage de vestales quil pouvait, en tant que numro deux, tirer certes aprs, mais presque aussi souvent que le chef. Cest le cul qui lavait pouss. Il adorait le cul, jeune. Sa femme tait un dragon imbaisable et son dsir de domination lui rendait les putes insatisfaisantes. Lui qui tait toute la journe dans le ralisme, les chiffres, nacceptait pas de se retrouver encore dans une logique dachat-vente pour assouvir son vice. Ca se tenait ; ctait mme plutt humain.

    Jy serais dailleurs rest plus longtemps dans cette secte, si je navais faut sans permission avec la favorite en titre, par arrogance, par dsir dlection. Une superbe Portugaise, Amalia de la Torra Ferentes (a ne sinvente pas !) qui flashait sur les blonds. (Notre gourou, Iso, tait un gros velu brun courtaud

  • dAfrique du Nord, comme souvent les abuseurs psy). Cristal maudit, statuettes, envotement, fourchettes... Nous nous enfumes ensemble, traqus par la secte, cachs gauche droite par des ex dus le plus souvent de navoir pas t promus sous-chef , des journalistes, avec derrire la tte lide de vendre un sujet, un avocat mondain abolitionniste mme, qui comptait bien moyen terme se rembourser sur la bte. Oh Amalia ! Que de souvenirs mus ! Pendant deux mois nous ne fmes, toi et moi, que fuir, dnoncer et baiser. Puis, laffaire se tassant, tu voulus sortir en bote pour achever de te remettre. Un demi-proxo du nom dArturo, rput pour baguer sa bite quil laissait ostensiblement pendre le long de sa cuisse fleur de pantalon sans slip, tant il lavait grosse, te mit la main dessus. Malgr mes efforts, au fond, jtais gentil garon avec les filles, ton dsir dtre soumise, domine, redevint le plus fort. Cest l que je tai perdue.

    Passe de premire vestale chez Iso-Zen demi-pute en discothque, quand jy repense finalement je men veux ; pas sr que tu y aies gagn.

    Que certaines femmes aient besoin de lillusion de la spiritualit pour se faire mettre et que des malins en abusent, cest de bonne guerre, mais en Occident sur ce sujet la religion majoritaire est sans ambigut : si pour les bonnes surs le vu de chastet signifie se garder pure pour Jsus, pour les prtres qui font vu de clibat, on reste pur en se gardant des femmes (do ce got pour les petits garons).

    Selon la conception catholique de la spiritualit, quiconque veut se vouer au ciel doit viter la femme qui est la terre, le trivial, lorgane. A moins quelle ne soit mre et vierge, enceintre par loreille et lange Gabriel, comme la Vierge Marie.

    Les religieux protestants se marient comme les Juifs ? Cest que pour ces nouveaux prdestins, crotre et se multiplier est une affirmation de puissance pour la plus grande gloire de Dieu ; car ils croient eux aussi que la puissance plait Dieu. Seulement leurs femmes sont moches, elles ont du poil aux pattes et leur approche du sexe est purement reproductive.

    Sil y a accord des protestants et des catholiques sur le malfice du sexe ce plaisir sans effort contraire la morale du travail, donc dangereux parce quouvrant la paresse des pauvres et au parasitisme des riches , les catholiques gardent au moins le got de lrotisme quils considrent comment la transgression mineure. Pour eux le pch majeur cest lusure, cette jouissance sans quivalent travail qui dcime toute thique sociale. Une rintroduction du prt intrt qui inaugure le renoncement la morale chrtienne et quil sagit de dissimuler, comme toujours, en focalisant sur les simagres. Do cette idologie amricaine du sexe triste et de la prosprit ingalitaire, loppos du catholicisme europen qui garde ce charme antisocial dun Dieu nu et crucifi dont se sont loigns les protestants pour se rapprocher des tribus de Juda, qui nont toujours eu que mpris pour cet apostat.

    Or, dans un monde sans Dieu o la stricte observance du dogme sest mue en questionnement dune ralit mouvante par les seuls moyens de la morale raisonnable, la spiritualit authentique ne peut plus tre ladhsion sectaire mais ce que jaccomplis l, sous vos yeux, le travail dcriture. Lcriture comme religion de la vrit.

    Et ce nest pas par hasard si cette pratique austre ne plait pas plus aux filles qui veulent jouir quaux patrons de bote, pour qui lartiste dsigne implicitement lacteur, le chanteur, le metteur en scne... Soit toute pratique sociale de divertissement au service de la consommation dsirante, forcment mieux rtribue sur le plan symbolique et pcuniaire.

    Lcrivain, niet ! Intriorit, solitude... Cet art du questionnement qui ne passe pas par le corps est bien trop prise de tte pour susciter lintrt des putes du commerce. Houellebecq le sait bien qui voulait faire chanteur.

    Tout le problme du petit clerc lac confront malgr lui au divin cest quil est le dernier baiser dans la hirarchie de lart et quil le sait. Mme le peintre, notorit gale, fait moins pire que lui.

    Face lquation "vrit gale chastet", sa tentation est de combler son handicap. Mentir pour tirer et se rendre utile, non seulement en contribuant maquiller sa baise en culture (valoriser Don Juan), mais en faisant aussi de la culture un lieu o lon baise (doubler Don Juan).

    Ainsi, le culturo-mondain sordonne selon une double lutte. La lutte intrieure de celui qui comprend quil doit choisir entre crire srieusement et plaire aux gourdes ce besoin de niquer qui transforme coup sr lhomme de lettres sans corps mais dou pour le verbe, en Grard Miller. Et la lutte extrieure, une fois ce renoncement accept, pour faire son trou et grimper dans la hirarchie. Une combinaison de soumission idologique et dintrigues mondaines qui donne cette culture rpugnante du coup de pied de

  • lne et de la barbichette, quon peut contempler loisir heureusement de plus en plus tard chez Guillaume Durand et Franz-Olivier Giesbert.

    Do ce mensonge ncessaire de llitisme collectif. Cette connivence des collabos du culturo-mondain qui, ayant renonc slever au-dessus deux-mmes par un travail sincre, se sont levs au-dessus des autres par le nombre et la ruse.

    Elevs au-dessus de qui ? Des ternels domins qui ne se sentent pas de taille et ont plutt choisi, pour traverser la vie, cette domination humble des poissons, du balsa ou des facteurs quest la pche la ligne, laromodlisme et la philatlie.

    Prtention mal laise, secrtement humilie, car la clique des dominants de la culture, qui dominent tout sauf la culture, connat suffisamment lhistoire pour savoir quen art les forts vont toujours seuls ; smaphores dissmins sur ltendue du conformisme et qui se font des signes, de loin en loin, nesprant quen la justice du temps, tandis que nos stratges de lphmre sont contraints de rester groups, tour tour liftiers du renvoi dascenseur.

    Do ce recours systmatique au mot "brillant" tellement rvlateur. Il faut que a brille pour sblouir et attirer les filles. Chez le culturo-mondain tout est clinquant et toc comme une chambre de bordel, et pas plus que sa prose ne gagne tre tudie, il ne gagne tre connu. Pour qui sait lire et connat ses classiques, lune laisse deviner lautre. Dans le faux style ampoul dun BHL fait de paratre et de nant , ne voit-on pas, comme si on y tait, le pied-noir nouveau riche commander son th anglais en anglais son laquais tamoul, aprs avoir ostensiblement laiss tomber sa veste de crateur au sol, pour jouir du plaisir de le voir la ramasser ? Ne devine-ton pas le matre, la tasse la main, le petit doigt lev, vrifier par la lourde persienne du boulevard Saint-Germain, lil inquiet, si la Jaguar est bien l lattendre en bas, sur le bateau abusivement annex, avec le chauffeur pay pour a qui se fait chier lintrieur ?

    Ah ! Dlices du standing qui vous permet doublier qu force dinauthenticit, lmotion sest dessche en sensation ! Jouir, toujours jouir, avec pour donner le change lallusion permanente la petite jeunesse rebelle, quon magnifiera dautant plus quelle fut courte et insignifiante. Oh ! hros frelats de Mai 68, cette erreur adolescente heureusement corrige par le ralisme de la vie adulte. Envole romantique quon aura commise une seule fois, scientifiquement, pour bien montrer quau dpart il y avait une petite beaut intrieure, mais quon a trs bien su y renoncer pour le luxe et la fesse...

    Comme il doit parfois se sentir seul, et inquiet, le dj vieux Sollers ; et comme il doit lui falloir jouir lui aussi, sagiter, pour fuir la ralit de la mort qui approche ; la mort totale de lhomme sans oeuvre qui voulait tre artiste.

    Rassurante finalement la dpression dun [Philippe] Labro, et tellement comprhensible quand on sait laisser derrire soi Ltudiant tranger et Jsus Christ est un hippie. Ecoutez et priez pour lui : [...]

    Ctait, je crois, je charme de Jean-Edern Hallier de ntre pas parvenu totalement cder cette tentation du vendu ; do cette agitation, ce dlire, comme si une partie de lui se rvoltait contre lautre.

    Je me souviens de cette soire o trs tard, trs bourr, dans sa grande cuisine de la Place des Vosges, il mavait saisi le bras en me fixant dune voix tremblante :

    Tu sais, Alain, au fond je suis un mec bien.Quun type riche et clbre ait eu besoin, mme saoul, de trouver un peu de respect dans le regard dun

    inconnu de vingt-huit ans me troubla si profondment que depuis lors, malgr ses frasques, ses approximations et ses reniements, je nai plus pu le considrer autrement que comme un tre humain.

    Brillant, je me rappelle avoir t tent de ltre cette priode, au milieu des annes 80, aprs quun premier livre qui stait bien vendu meut ouvert la porte des dners.

    "Le brillant jeune homme", cest comme a que me prsentait la marquise de Sussac aux installs quelle me conviait divertir. Quand je baise quasi en mme temps ses deux grandes filles, au fond a la faisait marrer. On sous-estime souvent la largeur desprit des gens de la haute, eux qui connaissent si bien le cot humain du privilge. Dailleurs, pour payer la retraite du vieux et le train du chteau, naccepta-t-elle pas quelques annes plus tard, aprs quelles se furent bien amuses, de les marier deux mtques ?Ma jeunesse, mon arrogance et ma navet contre une assiette. Cest l que jai compris quil fallait que je me barre si je ne voulais pas, moi aussi, rejoindre lempire. Contrairement beaucoup Adler en tte passs du PCF la jet-set, je suis pass dun dbut de jet-set au PCF ; par dsir de justice et de chtiment.

  • Je commenais devenir brillant, amusant ; lire Marx fut mon gros effort pour devenir profond, plus intelligent. Ca ma pris dix ans.

    Pourquoi jai tenu l o tant dautres ont failli ?Sans doute parce que je baisais dj assez sans a. Il suffit de voir une photo de Nourricier jeune,

    portant le cartable dAragon, pour comprendre que le mec navait pas dautre choix que de monter lanciennet. Attendre la barbiche et les cheveux blancs pour cacher le menton fuyant, le regard du secrtaire lunettes. Ne vous ai-je pas dit que le jeune affreux peut faire un beau vieillard ? A dfaut de gnie ! Quelle carrire cet apparatchik bourgeois aurait fait sous Staline ! Lui le Brejnev des lettres, arriv au pouvoir dj dcompos, et qui vous vend chaque rentre son dernier livre en vous promettant bien que ce sera le dernier, quil va crever aprs et quavec la ddicace demain a va flamber chez les bouquinistes ! Un grand homme rtrci par la maladie de Parkinson a peut tre bouleversant, mais un vieux nain parkinsonien qui nen finit pas de baver sa littrature, cest rpugnant.

    Pour les autres ? Disons que les premiers qui trahissent sont toujours ceux qui nont pas grand chose trahir. On sait trs vite quon na pas la carrure dun Nietzsche ou dun Rimbaud et, quitte navoir aucune postrit par manque vident de talent, autant bien vivre. Cest au fond laveu dhumilit de tous ces Faust courte bite.

    Je pourrais vous en raconter la pelle des histoires de trahisons pour les honneurs quon feindra bien sr de ne pas goter , le petit argent, la fe-fesse... Je le ferai peut-tre sil me manque des pages... Mais leur point commun tous, la longue, inluctablement, cest la haine de la grce. Cette fracheur, ce dsintressement auxquels ils ont renonc et qui leur est de plus en plus insupportable, parce quils leur rappellent, comme une gifle, quune autre voie tait possible.

    Haine de la grce comme la mort hait la vie. Haine assassine du tmoin de la trahison, comme cette haine dans le regard de lex passionaria rpublicaine promue en moins dun livre maquerelle ractionnaire au Figaro Magazine ! Haine de la fidlit, du courage, de lhonneur, mais besoin de chair frache ; on na pas vendu son me au diable pour rien. Ce besoin de puret dtruire qui devient un jeu ; le jeu prfr des mondains. Corrompre et salir tout ce qui cherche se tenir pour que tout finisse comme eux, avec eux, quil ne reste aucun survivant. Puis lennui de se retrouver entre vampires et le besoin de chair frache nouveau... Ronde du pourrissement lent et ce constat amer, au final, qu tout vouloir on a tout manqu ; que ce monde du mondain nattire que les tocards et les garces ; gracieuses certes et agrables monter. Mais mme avec les sous, quelle solitude la nuit quand dans le silence on entend le tic-tac du compteur...

    Il serait instructif de faire lhistorique du culturo-mondain, un bon travail pour universitaire. Partir du clerc sduisant que refusa dtre Rousseau, tandis que Grimm se glissait dans ses pantoufles en le maudissant de navoir pas sa petitesse dme, et remonter jusqu Sartre, labsolu disgracieux.

    Ecrire dans le dtail cette histoire du mensonge toujours renouvel o des faiseurs comme Hugo, Malraux prennent la pose sous le regard amus des Vigny, Genet.

    Insister sur le rle sociologique majeur que fut lentre des filles en sciences humaines aprs-guerre, quand la fac de philo se rapprocha du coup du night-club par cet apport massif de gourdes sduire.

    Lnergie dpense par la clique des moyens bourgeois existentialistes pour ne pas se laisser doubler, au Flore, par les communistes aurols de leur virilit prolo et de la Rsistance ; cette rsistance si subtile chez oncle Jean-Paul que les Allemands ne sen taient mme pas aperus ! (On peut cracher sur Cline, lui au moins que je sache na pas suppli la kommandantur quon lui laisse monter Lglise sous lOccupation.)

    Et la surmultiplie aprs Mai 68 ! Quand les nouvelles vedettes du discours ptrent les plombs en voyant les scores de Bob Dylan et autres Mick Jagger auprs des gonzesses, au point de ravaler le concept un attribut du dsir.

    Risible histoire de lhomme de lettres, pass du catho tourment au dandy transgressif, puis du cadet de gauche emphatique la gourde culturelle, jusqu la groupie...

    Misre culturelle bien plus laide que la misre tout court puisque nayant pas lexcuse de la misre , si bien reprsente par les Jeudis du Seuil et autres raouts o je retrouvai un jour Baudrillard lui que javais connu gentil prof dans une HLM du quartier Faidherbe , jouant les gourous flanqu dune demi

  • femme fatale sur le retour en rsilles et sangle de noir, sous lil humide du grand dadais Jean-Marc Roberts.

    Misre culturelle dune violence bien plus terrifiante, pour moi, que celle des banlieues que javais fuies pour un monde que jesprais meilleur, puisque peupl de si beaux esprits.

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    Le sexe du point de vue des hommes pauvresou

    la vrit sur les banlieues Chapitre o je dmontre que la banlieue est lendroit o lon baise le moins, surtout les garons.

    Blue dit : Folks, ta position est sense. Mais ma conviction moi cest que Dieu na jamais exist. Je crois que la Bible a t crite par la plus belle bande descrocs de bois blanc qui aient jamais chi entre deux scandales.

    Iceberg Slim, Trick Baby

    Linfo tant faite de plus en plus souvent par des filles de famille payes par leur pre actionnaire des Alix de, des Gwenalle, peu de Martine ou Janny , je men vais rtablir un semblant dquilibre sur la Marche des femmes . Pas la marche des femmes vue de Elle, la marche des femmes vue des banlieues.Quelle lgitimit ? Dabord la banlieue jen viens, et pas de Neuilly. Jy ai pass la totalit de mon enfance, toute mon enfance, de deux dix-sept ans, a cre des liens. Ca cre surtout une sensibilit durable.

    Ensuite la banlieue jy suis rcemment retourn, pas pour mon plaisir, personne ne va en banlieue par plaisir, on nen est pas encore lexotisme de la favela pour reporter-photographe en mal de sensations ; a viendra. Non, pour lheure, juste invit un dbat sur "lavenir de la mixit" par Radio Droit De Cit , la radio la plus coute, parat-il, par les jeunes des "quartiers" (cest comme a quon dit pour ceux qui vivent dans les cits-dortoirs immigrs), et qui met du Val-Fourr, le quartier rput le plus chaud de Mantes-La-Jolie la chaude.

    Pourquoi moi ? Sans doute parce que jtais le seul type qui passe un peu la tl surtout Cest mon choix daccord pour aller tenir tte la dferlante Ni putes ni soumises , cette association de beurettes tlgniques trs soutenue par lintelligentsia des centres-villes et le show-biz. Un engouement militant-paillettes qui nest pas sans rappeler SOS racisme , Touche pas mon pote et autres assos sorties de nulle part, mais opportunment promues par le PS qui sait dcidment y faire, depuis la scession du congrs de Tours, dans la manipulation de la dtresse des pauvres.

    Ni putes ni soumises , quest-ce ? A premire vue, cinq cent jeunes filles issues des fameux "quartiers" qui osent courageusement dnoncer sur les six chanes, et dans tous les magazines fminins, le "malaise des banlieues".

    Attention ! Pas la malaise dhier o les "jeunes", lpoque unisexes et supposs victimes des ratonnades des vilains beaufs, devaient tre protgs par les anima-culs gauchistes de la police fasciste et des nostalgiques de lOAS. Pas le mal des banlieues du petit Blanc non plus, providentiellement dcouvert juste avant les prsidentielles avec linscurit, et dont il faut cesser de parler par civisme sance tenante, sous peine de faire le jeu du FN. Non, le nouveau, le dernier mal des banlieues la mode : celui des filles. Cette ternelle souffrance des femmes cause par les hommes (vieille antienne fministe), et plus prcisment par ces hommes jeunes, nos anciens "potes", quil est dsormais permis de "toucher" dune main ferme (cest mme vivement conseill par le PS, au point que Le Pen en reste sans voix. Allez comprendre ?) Tous ces vilains machos exploiteurs du tiers-monde, qui se pavanent avec leur nonchalance toute mditerranenne en bas des immeubles ; et accessoirement sur nos chanes de montage, dans nos botes dintrim et autres entreprises de nettoyage.

    Pauvres petites Maghrbines et Africaines empches de sintgrer la merveilleuse Rpublique franaise citoyenne et la Star Academy par des islamo-bamboulas avides de mchouis dadolescentes et de caves tournantes, alors que la femme en string est lavenir de lhomme !

  • Dabord, pour qui connat bien le rapport la culture des petites gens, on peut dj arguer que Ni putes ni soumises , jamais des filles issues de socits traditionnelles a fortiori maghrbines ne se prsenteraient sous cet intitul vulgaire et dvalorisant. Largot, loral lcrit, cest un truc de bourgeois, dinitis. Moi-mme, pour oser cette criture relche qui est la mienne, jai attendu mon huitime livre. Mon modle au dbut ctait Claude Bernard, le Vidal, le Dalloz, lcriture juridico-scientifique. Pour mal crire, pensais-je, il fallait tre "crivain". Non, Ni putes ni soumises a sent le brainstorming dagence de pub affide PS, la roublardise de communicants professionnels. Ni putes ni soumises a sonne aussi faux que "pote" en dautres temps. "Pote" ! Il ny a quun vieux ringard comme Sgula pour croire que les mecs sappelaient "pote" en banlieue, qu Montfermeil on en tait encore au bon vieux temps de la guerre des boutons !

    Ensuite, cinq cent filles sur deux millions de jeunes Franaises dorigine immigre, cest loin dtre reprsentatif. Vous me direz, cest la mme proportion que les quatre cent encarts payants de SOS racisme qui parlent aussi, tort et travers, pour dire depuis vingt ans la chose et son contraire au nom des banlieues, et surtout leur place dans les mdias complaisants. Malek Boutih ! Vous vous souvenez de Malek Boutih ? Celui qui est entr au bureau du PS juste au moment o Pascal Boniface librait une place ! Sous le sige de Julien Dray, comme avant lui Harmel Dsir... Mais qui se souvient dHarlem Dsir ? Pour nos jeunes "potes", Harlem Dsir a remonte au temps des tramways.

    Mais cessons de chipoter sur les intituls, les statistiques. Pour lever un peu le dbat, remarquons juste comme lintelligentsia franaise nous joue une autre musique sur les petits gars des banlieues depuis le 11 septembre [2001] et la deuxime Intifada. Ce qui sappelle changer radicalement son fusil dpaule, avec le gros chargeur. Finis le gnial Joey Starr, le tag promu oeuvre dart par Jack Lang pour bien rappeler au beauf, assis dessus dans le mtro saccag qui le conduit son travail prcaire, quil na dcidment aucun got pour lavant-garde, ce gros con dex-coco qui ne comprenait dj rien Picasso !

    De plus en plus, mes yeux bleus et mon crne chauve la Carl Lang (qui nest pas du tout le frre de Jack) me valent les drapages contrls faon Oriana Fallaci de psychanalystes lacaniens frisotts, de pigistes Lib ou Technikart sur les Araaaabes... que leurs parents ont si bien connu au pays, du bon vieux temps du dcret Crmieux ; et qui il ne faut jamais tourner le dos mais tenir bien serre la bride... Il a juste fallu pour a quau lieu de crier Sales Franais ! , ces petits beuricts se mettent crier Sales Feujs ! par solidarit imaginaire comme dirait Alain Finkielkraut, le roi de lanti purification ethnique slective (avec Milosevic ctait non, avec Sharon cest oui, allez comprendre ?) , solidarit imaginaire mais combien expressive avec ces autres arabes en survtement de la bande de Gaza. Pourtant, a na rien voir. Nous, dans notre France raciste et collabo, on ne leur envoie pas de chars !

    Il a juste fallu, pour que lintello de gauche communautaire forcment communautaire comme aurait dit Duras vire la ratonnade, que le petit bougnoule, au lieu de dvaster les coles et les collges, se mette taguer deux, trois synagogues (deux en fait, la troisime, lenqute a dmontr que ctait le rabbin lui-mme qui sadonnait pour rire lart mural, un libral...).

    Depuis le temps quils faisaient semblant de les aimer nos commentateurs bourgeois, ces petits sauvageons avec qui, cest un fait, ils nont aucune culture commune : Franois Truffaut contre Arnold Schwarzenegger, danse contemporaine contre boxe tha, Vincent Delerm en chambre contre rap sur le tuning de la BM doccase surbaisse Pirelli... Avoir enfin le droit dexprimer ce dgot mtin de trouille quils ont si bien identifi la racine de tout racisme, sauf de celui qui pue au fond de leur sale petite me menteuse et slective. Finie lidylle entre le petit beur et le bourgeois de gauche toujours plus bourgeois, toujours moins de gauche , pass avec Adler, Kouchner, Bruckner, Sinclair... et autres noms en "her" du boycott de lAfrique du Sud relais du Likoud et de son mur qui fait Fhrer. Liquid Mouloud, le zy-va intgriste et avec lui Ahmed, son frre proltaire qui occupe la quasi-totalit des postes dOS en usine. Ali aussi, son pre, exploit durant quarante ans par la Rpublique galitaire, et dont mme la rsignation fataliste sent maintenant le "mektoub" islamiste. Mais attention, lintellectuel de gauche humaniste nest pas Brasillach, il ne met pas tout le monde dans le mme wagon ; sil condamne le fils et le pre, le cousin, il est daccord pour sauver la petite sur : Lazziza. Une vraie Franaise, elle, intgre, qui fait vendeuse ou caissire en attendant son CAP de coiffeuse, et qui adore le shopping, la mode, les fringues... Ne porte-t-elle pas le mme string que Britney Spears sur le poster ? Ah, la gentille beurette ! La socit franaise a un projet pour elle : consommatrice et htesse ! Dans les banlieues aussi la ptasse est lavenir de lhomme.

    Alors Ni putes ni soumises ... qui ?

  • Quand on regarde Mots croiss lmission mots tellement couverts quil faudra bientt la voir avec un dcodeur la reprsentante en chef de cette formation qualifiante pour entrer au PS dbiner sa communaut dorigine, en nous parlant de son enfer vcu dans les "quartiers", elle qui frise la quarantaine et nous vient de Clermont-Ferrand (originaire des cits chaudes au Puy-de-Dme au dbut des annes 80, cest dire comme elle a d voir a de prs les tournantes, les caves, lirrespect...), entendre cette idiote utile dbiter son discours de marginalisation de ses frres maghrbins comme la rpte, sous lil bleu maternel dElisabeth Badinter et de tous les caciques francs-macs du Parti Socioniste de France, on la sent bien linsoumission, bien profond !

    Triste constante historique : quand un pays bascule dans le chaos, il se propose toujours des hommes pour en torturer dautres et des femmes pour faire les putains.

    Bref, pour vrifier tout a sur le terrain, un peu comme BHL Karachi (je plaisante !), en juin dernier jacceptai de participer la table ronde organise par Radio Droit De Cit , la radio la plus coute des "quartiers". Oui, tu entends bien lecteur, ton hros pour savoir, rien que pour savoir et tinformer, sest rendu seul moto au Val-Fourr, un vendredi soir dans le chaudron de la dlinquance. Il a gar son engin convoit sur le trottoir, nest revenu que quatre heures plus tard... la bcane tait encore l, intacte ! Il a mme pu rentrer chez lui, vierge.

    Cest vrai que depuis que je lai quitte la banlieue, avec lintention ferme de ne plus y revenir sauf pour les mdias, le contact que je gardais avec elle ctait la tl. Et vu ce que la tl men disait, rapport au "non droit", jtais un peu inquiet.

    Depuis 1976, a a tant chang les cits-dortoirs ? Oui et non.Par rapport la banlieue des annes 60-70 do je viens, il y a beaucoup plus de Noirs et dArabes, on

    voit des foulards, cest certain. Mais avec le dcret simultan de la loi Veil et du regroupement familial par les nostalgiques de lOAS et autres anti-gaullistes de lUDF qui entouraient Giscard, comment sen tonner ? En poussant les femmes de la moyenne bourgeoisie franaise ne plus faire de gosses, tandis quon faisait entrer massivement sur notre territoire rgi par le droit du sol des pondeuses du tiers-monde qui tournent une moyenne de sept, on sattendait quoi ? Messieurs les porte-serviettes du Capital et autres plancheurs en loges, ne me dites pas que vous tiez btes au point de ne pas prvoir ? Cest vrai que plein dAfricains du Nord constituaient, sur le papier, une arme proltarienne de rserve, de lOS moins cher non syndiqu, plus toute une smala de futurs consommateurs sous-quips. Quand on cherche les gros sous et lobissance, pour peu quon chie sur la France et son peuple, a pouvait le faire... Seulement les esclaves ne viennent pas en terre de dmocratie pour continuer jouer les esclaves. Que voulez-vous, force davoir les oreilles rebattues de notre belle galit, ces cons en babouches ont fini par y croire... Do ces rcentes agitations bienveillantes pour les rappeler la ralit.

    Fatale mutation mcanique, puis coups de pied au cul : situation rsume.

    Aprs cette premire impression dexotisme ml dpret sous-proltaire, je retrouve un peu les mmes sayntes : bande de jeunes qui tapent le ballon sur les parkings, petits groupes de filles qui jactent en bas des immeubles en jouant llastique, mnagres qui font les courses deux, patriarches assis sur leur banc regarder passer un monde qui leur chappe... Mmes restes de chaleur des socits traditionnelles qui ont fait mon enfance, et que nos bobos du Marais sefforcent de recrer grands frais avec leurs marchs ethniques, leurs conseillers canins... Mise en commun du peu qui fait la solidarit collective, avec ces cris, ces mobs et ces rires qui tranchent tant sur cette solitude froide qui a tu Paris. Et surtout, surtout, quel potentiel physique ! Avec un rgime style Allemagne de lEst, la France daujourdhui ne serait pas championne de la dlinquance et de la drogue, mais championne du monde dathltisme !

    Outre ce sentiment de tant dnergies gches, de vies inemployes, je remarque aussi, tonn, quil ny a pas de tags sur les murs. En y rflchissant cest logique, les tags on va les faire chez lautre, au del du priph, pour faire chier et montrer quon existe. On crache, mais pas chez soi. Si bien que le Val-Fourr, de prs, a na pas ce ct suburbain dvast des images dEpinal sur le Bronx qui font tant fantasmer les esthtes du patchwork communautaire lamricaine, les frus de misre haute en couleur. Le Val-Fourr, en vrai, a ressemble encore la France, presque la campagne.

    Pour que jaccepte daffronter les femmes de la Marche des femmes quon fait marcher pour quelles fassent marcher lauditeur, niveau invits on mavait promis du lourd : Malek Boutih, Yamina Benguigui et la jolie beurette de lassos Ni putes ni soumises quon voit la tl en alternance avec la

  • vieille auvergnate (celle-l, si elle continue tre bien sage, on lui proposera peut-tre de prsenter le Top of the Pops avec Ness ?).

    Arriv sur place, rien de tout a. Le petit animateur, chemise blanche impeccable grand col double boutonnage suspect, faon Nikos, mannonce avec sa gueule de lofteur recal loral que le Bounty (brun dehors, blanc lintrieur) et la Benguigui par alliance se sont fait porter ples. Bounty, il parat quil fait a chaque fois. Je comprends, le gnome difforme na pas claudiqu des annes derrire le vnrable Julien Dray pour passer ses veilles de week-end en banlieue.

    Aprs cette premire dconvenue, plus une petite halte la Maison de quartier o des petits Noirs inoccups attendaient assis sur les tables, les pieds ballants, en coutant le sound system gnreusement offert par la mairie, je me retrouve dport lgrement vers la MJC dune zone pavillonnaire, selon la vieille tactique de dterritorialisation applique pour limiter les risques de drapage en cas de dbat houleux. Le public des pavillons tant forcment plus rceptif un discours truqu sur les quartiers, que ceux qui en viennent et y vivent.

    Au niveau des intervenantes spcialistes des "questions de mixit" comme on dit dans la com ,

    deux chercheuses fministes du CNRS, une reprsentante du planning familial (autre haut-lieu de la franc-maonnerie) et une membresse des Ni putes ni soumises arrive en retard de Paris cause des dparts en week-end sur lautoroute de lOuest. Bref, que de la Blanche bourgeoise de plus de quarante berges, pas plus issue des banlieues que du monde arabe. Un joli petit aropage de fonctionnaires en sciences humaines dont lune se vante de toucher une bourse dEtat pour pondre un mmoire intitul Sida et Maghreb (rien que a !) encadres, comme la parade, par une paire danima-cul de gauche au patronyme ashknaze, genre excentriques mal branchs 80 comme on nen trouve plus, en 2003, qu cinquante kilomtres de Paris minimum. Lui cheveux mi-longs rares, chemise mauve en soie et pantalon pinces en lin clair, elle habille en artiste amricaine des annes 50 avec le gros cul, le pantalon corsaire et le chignon ptard tenu par un pinceau. Un bon petit couple de cooprants pavillon et jardinet avec traitement et primes, comme au bon vieux temps des colonies, chargs de tenir le bicot tranquille tout en lui inculquant, en douce, la meilleure faon de marcher.

    Merveille de la cohrence sociologique pour qui sait dcrypter les signes, une affiche, placarde a et l dans le hall, mapprend quen ce moment mme se joue dans la salle polyvalente une pice sur les dangers de lislamisme (genre Allah ma dit ). Une oeuvre pdagogique galement mise en scne par une femme dont le prnom se termine en "itz"... Pas mchant tout a, me dis-je, le bas du culturo-mondain socialiste, plus missionnaire que rentier. Le seul saltimbanque qui ait jamais fait du pognon sur la haine des banlieues ce jour nest-il pas le discret Mathieu Kassovitz ? (rebaptis depuis par les indignes Mathieu Casse-toi vite ).

    Le gros problme des mecs des cits, le problme de tous les domins en fait, cest quils nont pas la matrise mdiatique de leur image. Dautres parlent pour eux qui ont rarement la mme origine de classe, ni la mme provenance communautaire. Quant ceux issus de leur rang de misre, comme le petit boys band col blanc, ils sont promus et financs par ceux den face, si bien que plus ils montent, plus a revient au mme...

    Je ne vais pas trop mappesantir sur la runion-dbat, le coup classique de la soire dencadrement-propagande qui tourne en eau de boudin. Dabord, pour bien ramollir la salle, un monologue introductif de vingt minutes par la doyenne des chercheuses galement ashknaze (je constate) sur le progressisme intrinsque de la mixit dans le plus pur style universitaire imbitable. Puis, comme je memmerde ferme au catchisme, mais visiblement moins que le parterre de marxistes tiers-mondistes lecteurs de Franz Fanon, un peu agits, que ctoie une majorit dtudiants musulmans barbiches et foulards venus en masse, mais disciplins, je dcide de cder mon temps de parole deux membres de lassociation Ni machos ni proxos , convis la dernire minute pour boucher les chaises vides de Yamina et Malek. Une association issue des quartiers dont les mdias, curieusement, nont jamais parl.

    Sans doute fatigus, comme tous, dentendre jargonner vide, ces deux garons entreprennent alors de dire lvidence un public qui le sait aussi bien queux puisquil le vit, savoir : que lassociation Ni putes ni soumises ne vient pas des "quartiers"... quelle est amplement manipule et instrumentalise par les mmes politiques qui transformrent, nagure, la Marche des Beurs en Maison des potes ... quelle a t cre par les sionistes du PS (une expression qui frise le plonasme) pour marginaliser encore un peu plus le Maghrbin des banlieues... lui faire du tort... en le jetant la vindicte du franchouillard aprs lui avoir interdit pendant vingt ans dy "toucher"... le dsignant non plus comme un

  • "bon pote" (comme nagure on disait "bon ngre") mais comme un violeur islamiste... Ce qui est dailleurs contradictoire.

    Applaudissements nourris. Jets de foulards.Du coup, la bande des chercheuses qui nont jamais rien trouv et autre harcele de banlieue venue

    pour fabuler du centre-ville, sestimant victimes dune attaque machiste orchestre par votre serviteur, dcidrent unilatralement de mettre un terme au dbat en quittant les lieux puisque, chose insupportable, il commenait sy dire des vrits, "lautre" ayant pour une fois la parole.

    Passons sur le mea-culpa oblig du petit organisateur col blanc, blanc comme son col lide des sanctions qui lattendaient pour avoir eu cette nave initiative citoyenne. (Rassurez-vous pour lui, il parat quil en a tellement fait quil aurait retrouv, depuis, du boulot TF1. Sans doute promouvoir la cause palestinienne chez Endemolle ?) Oublions la tentative de dstabilisation dun couple de libraires militants, lisant voix haute des passages de ce que javais crit sur les zy-va dans un prcdent livre, afin de pousser des Maghrbins, qui ne se voyaient pas forcment comme des voyous congnitaux, au lynchage de ma pauvre personne. Ne commentons pas non plus le compte-rendu parfaitement mensonger dans le Courrier de Mantes, le lendemain matin. Sans piloguer, que conclure de tout a ?

    Un. Que Malek Boutih le reprsentant des mdias en banlieue plutt que linverse ne peut plus y mettre un orteil. Les types de l-bas lattendaient de pied ferme pour lui parler, entre autres, des activits de loisirs du frre de son mentor, ex numro deux dune milice communautaire ultrasionniste selon leurs dires (allez savoir...).

    Deux. Si les Ni putes ni soumises vont effectivement en banlieue, beaucoup nen viennent pas. La reprsentante des Ni-ni aligne ce soir-l tait une bonne Gauloise originaire de Paris-centre. Ce qui signifie quen un lieu aussi emblmatique des problmes de dlinquance que le Val-Fourr, cette association, combien lgitime, ne pouvait pas fournir une militante du cru, au point de devoir limporter.Trois. Les filles prsentes, conscientes dtre embarques pour longtemps encore dans une galre o il leur faudra trouver travail, logement et mari, taient solidaires des garons, et ne se reconnaissaient pas en elle, mais alors pas du tout...

    Quel rapport, ce long prambule, avec la misre du dsir ? Jy viens.Juste pour vous faire sentir lampleur du bidonnage et ce quil cache : contrairement au montage

    mdiatique des Mi putes mi soumises , qui nous prsentent la banlieue comme un vaste harem ( fantasmes de lOrient) avec caves pipes et petites ppes, la banlieue est lendroit de France o lon baise le moins. Car derrire la frivole Marche des femmes perdure la plus srieuse "circulation des femmes". Ni paradoxe ni provocation, il suffit de rflchir.

    Partout et de tous temps, les hommes de tous milieux ont t contraints ce que feu monsieur Bourdieu appelait la "reproduction sociale", les femmes tant dabord contraintes par la Nature la reproduction tout court (maternit, maternage). "Reproduction sociale" qui signifie, dans le langage courant, que "pour prendre femme il faut dabord pouvoir la faire vivre". Un lien entre misre et clibat qui constitue la proccupation premire des hommes pauvres et, plus encore, des hommes pauvres des socits traditionnelles. Une trs belle chanson dIbrahim Ferrer, puise au rpertoire des Carabes et rcemment remise au got du jour par un documentaire de Wim Wenders, ne nous dit-elle pas en espagnol Je travaille jour et nuit pour pouvoir me marier ?

    Mme si le bourgeois des villes a du mal ladmettre, prfrant croire la toute-puissance de sa sduction plutt qu sa surdtermination par son pouvoir dachat, chaque fois quil veut sduire, il commence par payer. Quand il invite une fille dner, il paye (malgr le baratin fministe, cest toujours comme a), ensuite, si ce nest pas suffisant, il lemmne en bote o il re-paye, puis, si elle rsiste encore, en week-end o a lui cote un peu plus cher. Or, cet investissement pralable toute cration de couple, en espces (thune) et en matriel (htel), traditionnellement et durablement dvolu au mle, est problmatique pour le sous-proltaire de banlieue arabo-musulman. Pas dargent, pas de resto propice la dclaration romantique, pas dendroit avec lit, peau de bte et feu de bois... Vous le savez ou vous ne le savez pas, mais cest trs dur de sduire une fille, de la faire rver, quand on na rien dautre offrir quune misre qui est dj la sienne.

    Sans oublier les interdits sexuels de lIslam, la surveillance des frres, des cousins, limage dvalorisante de lArabe (dont il est un peu responsable) et la promiscuit dun quartier qui fonctionne en vase clos, o tout le monde se connat.

  • Conclusion de ce raliste constat : en banlieue, chez les mles il ny a que le dealer qui tire, grce la thune, et le plus souvent hors de la cit. Il baise jusqu ce quil aille en prison o il reperd dun coup toute son avance, la taule tant sans doute le seul endroit au monde o lon baise encore moins quen banlieue.

    Pendant ce temps trs long, les autres fument du shit, et si cet quivalent de la fiole (le bromure distribu aux taulards pour calmer leurs ardeurs) ne les abrutit pas assez, ils se branlent devant des cassettes porno sur des salopes moiti blondes qui ne contribuent pas, vous en conviendrez, leur donner une image respectable de la femme occidentale.

    Comme tous les mles vivant essentiellement entre eux les militaires, les moines , et peu pousss par cet environnement la verbalisation sentimentale, ils sont timides avec les filles, donc agressifs. Genre :

    Tes belle toi, madmoiselle...Evidemment la demoiselle ne rpond pas ce grand dadais maladroit qui, de dpit, ajoute dune petite voix tranante :

    Salooope... pour tenter de sauver la face.Ca sappelle la misre, je connais, jen viens.

    Ados frustrs mais gorgs de dsir, ils sont aussi de gros menteurs, sinventant de retour de borde en RER, des aventures de drague et de sexe formidables pour pater les copains rests tenir les murs. Toujours prts en rajouter dans le bobard pour plaire aux camras des journalistes qui ne demandent que a, puisque cest ce que veut la chane et, derrire, le pouvoir. Puceaux timides un peu mytho, ils jouent, avec cette soumission fascine que provoquent les mdias sur les esprits faibles et qui fait dire autant de conneries lexecutive woman fministe ou au gay , ce strotype caricatural que lidologie dominante a cr pour eux.

    Daprs vous, entre le jeune Franco-Maghrbin quon nous prsente comme un violeur et le jeune bourgeois de la rue de la Pompe, lev dans les salons au contact des femmes et des livres, habitu ds sa pr-adolescence aux boums, aux rallyes, aux chambres mixtes et permissives du sjour Courchevel, qui les botes sont ouvertes ds seize ans par la rputation de papa, sans parler des week-ends entre ados la maison de campagne complaisamment dserte par les vieux... qui est le plus habile pour baratiner les filles et les amener en douce au plumard ? Lequel en a bais le plus vingt ans ? Pierre-Henri Don Juan ou Mouloud RMIste ? Allez ! Rflchissez au moins avant de rejoindre consciemment le camp des salauds !

    En banlieue, except le dealer la moiti du temps en taule, les deux seuls qui baisent cest Stomy Bugsy et Doc Gynco. Eux baisent pour les autres leur rve tous : de la moyenne bourgeoise blanche parisienne qui flashe sur la racaille. Cette racaille doprette dont le malin belle gueule et joli cur a compris le pouvoir de sduction sur les branchs, comme jadis le Rital, le Libanais, le Feuj... Et qui sait que pour avoir sa chance en ville, il faut bouger deux, maximum.

    Jentends votre question demi-convaincu : Il ny aurait donc pas de tensions en banlieue entre garons et filles ? Pas de tournantes ? Si, bien sr, mais pas avec toutes, et pas si frquentes.

    Essayons se comprendre. Comprendre lautre cest important, nest-ce pas ?Alors que les garons sont contraints de rentrer le double de pognon pour exister auprs des

    filles, surtout dans une socit no-librale o le statut, le prestige symbolique est, comme en Amrique, immdiatement li au niveau de revenus (soit la prime au dealer sur le fort en thmes), chez les filles comme le sait si bien ma sur on peut toujours se sortir du quartier en se laissant sduire par un gars des pavillons qui a la voiture, qui peut payer boire en bote, o on rencontrera un autre mec, moins jeune et plus riche qui a un magasin de fringues, et qui cherche une vendeuse jeune et sympa ; ou mieux, un mec dans laudiovisuel, qui vous emmnera Deauville avec le champagne dans la chambre dhtel. Aucune honte de rver a.

    Do il dcoule logiquement.Un. Que celles qui jouent les bombes sont mal vues. Un peu considres comme tratresses de

    classe et collabos par les garons pauvres de leur quartier, pour qui il nexiste aucun raccourci de ce type pour sen sortir, aucun quivalent, moins de croiser au dtour dune pissotire Jack-Alain Lger.

  • Deux. Que celles qui essaient dexister par la tte et qui ont forcment plus de conscience morale, une vision plus sociale et collective, trouvent la sduction suspecte et se tournent vers lIslam, le foulard, pour affirmer leur solidarit avec cette communaut o on les reclus.

    Cest ces filles-l que jai parl sur le trottoir de la MJC des colons, aprs le faux dbat court par les Ni-ni et leurs mentors, parce quil commenait sy dire des choses. Elles taient froides, polies, avaient toutes Bac plus quatre. La meneuse, nantie dun diplme dingnieur (le prestige authentique des sciences dures dans les socits du respect) faisait preuve dune lucidit toute laque sur la ralit du monde, ses rapports de force, et sur ce quon lui propose lextrieur : pute ou boniche.

    Alors que deux blackettes, en pantalons taille basse montrant un nombril paradoxalement oriental pour des imitations ptasses amricaines, gloussaient en me dvisageant au passage, ces franaises musulmanes parlaient un franais impeccable. Elles ntaient ni drles ni sexy, et je navais aucune chance den ramener une sur ma moto dans ma chambrette pour la soumettre mes exercices de barre fixe. Leur rve elles, ctait plutt dpouser un gars de leur milieu pour fonder une famille et ne faire lamour quavec lui. Est-ce si scandaleux ? Si critiquable quil faille linterdire par une loi ?

    A la rflexion, je crois que cest a qui les agace les ptitionnaires du show-biz qui couvent dun oeil humide la Enrico Macias, entre deux manifs de soutien Sharon avec Bruel, Darmon et Arthur la jolie beurette multi-tlvise des Ni-ni ; que ces filles au foulard ne rvent dtre ni chanteuses, ni animatrices, ni vendeuses, ni actrices de hard.

    Cette dfection de chair promise pour tous ces fministes, cest de la Yamina en moins !Quant la tournante qui fait tant fantasmer le journaliste tl amateur de botes partouzes, de lavis

    mme de la police et de ses statistiques, elle a toujours exist mais de faon parfaitement marginale. La diffrence entre hier et aujourdhui, cest sa sur-mdiatisation. Bien sr, elle est inexcusable ; mais inexcusable ne veut pas dire inexplicable ; l aussi, plutt que de sombrer dans une indignation motionnelle qui ne cote rien, osons un brin de sociologie. Comprendre, a peut aider rparer...

    Nos socits no-librales, lamricaine, ayant aussi drglement la "circulation des femmes", soit les interdits qui protgeaient les milieux pauvres de la fuite massive des femelles en ge de reproduction vers un change cul-promotion plus rentable, il y a surabondance de chair frache dans la jet-set mais pnurie de chattes en banlieue ; une mme gamine ne pouvant pas passer ses nuits la fois Bondy et au Cabaret (la bote spcialise dans les changes inter-ethniques qui a pris le relais des Bains-Douches).

    La socit de classes cloisonne lancienne limitait cette hmorragie, il suffit pour sen convaincre de comparer les loisirs populaires daujourdhui avec ceux des annes 30 : les bords de Marne, les ftes foraines, les bals o le tourneur pouvait ctoyer la cousette sans risquer la concurrence dloyale du plus riche.

    Il en rsulte que les filles qui veulent bien coucher avec les sous-proltaires franco-maghrbins sont rares, et que lorsque lune delle accepte den suivre un dans un cave sordide pour le sucer, comme une actrice de hard :

    Un. Il la mprise en bon facho form par sa mre (mre qui a report sur son fils toute la passion quelle na jamais eue pour son mari quon a choisi pour elle, comme ce fut toujours le cas dans les socits traditionnelles, la ntre incluse). En bon macho qui croit que sa sur, sa mre ne feraient jamais a ; du moins cest ce quil pense (un macho croit toujours sa mre).

    Deux. Partant de l, il arrive quil la prte ses copains, par la vertu de cette solidarit des mles qui gnre aussi bien la belle abngation du combat syndical ou du rugby quinze, que lignoble viol collectif.

    Ainsi, les filles faciles ou trop facilement forces cet ge les psychologies sont fragiles , mais forcment dvalorises, tournent dans les caves comme les starlettes, qui pompent plus quelles ne tournent, passent de main en main dans le show-biz ; de David H. Arthur, de M.C. Chabat avec, de temps en temps, une petite histoire de viol sur un bateau.

    Ce nest pas joli-joli, mais cest comme a.

    Reste quoi ? La vieille rgle des trois B : biture, baise ou... baston.Biture et baise pour ceux qui peuvent payer, qui baignent au milieu des filles qui cherchent lincruste

    pour ne pas retourner en banlieue. Et baston pour les cons.

  • Le seul plaisir du zy-va de cit promis un somptueux "bite sous le bras" aprs six heures derrance en centre-ville, pour changer de la cage descalier six heures o il prend en pleine gueule, entre deux RER, ou mme six dans le cabriolet BM en plaques allemandes ( six dans un cabriolet, en admettant que vous leviez, vous la mettez o la fille, dans le coffre ?), qui prend en pleine gueule tout ce que lui promettent les pubs mais que la ralit sociale interdit , cest de faire peur au petit bourgeois des villes, la demi-fiotte aux cheveux longs, lecteur des Inrockuptibles quil jalouse de toute sa haine ; et il ne sen prive pas !

    On a tous connu a, nous de la bande des mecs pauvres sans filles. De mon temps a sappelait la "dpouille", a se passait Montparnasse. Le blouson et les santiags, symboles de virilit marginale, repris lusurpateur minet. On appelait a "assurer". Tassurais ton cuir, tes tiags, ou tu passais la dpouille. Demandez au fils Putman, ce grand trouillard, combien de fois lui qui avait en plus fils de riches oblige le pantalon de cuir, il est rentr en slip chez maman Andre. Tu te souviens, Cyril, de tes annes punko-junky, avant que tu deviennes galeriste dart contemporain comme papa ?

    La dpouille et, plus tard, le braquage de pd en plus petit comit au Troca ou aux Tuileries, pour le liquide.

    Aujourdhui cest le Franco-Maghrbin dsuvr qui sy colle. Rien de fatal, rien de racial : condition gale, le Breton, le Sudois feraient tout comme lui. Le cutter except peut-tre, a cest la touche ethnique, la petite diffrence culturelle...

    Pas tonnant donc que ceux qui parviennent, malgr a, faire des tudes, souvent grce la prsence dun pre dont les valeurs patriarcales les ont prservs de lacculturation et de la dsocialisation du no-matriarcat fusionnel, prfrent renouer avec le prestige millnaire de lIslam. Se rclamer dune civilisation, plutt que de continuer jouer les sous-proltaires amricains de ghetto, comme un certain Joey Tarte, pay par le show-biz pour singer son singe (aprs une petite subvention de dpart du PS dj sur ce coup-l). Tariq Ramadan, lui, il sexprime bien, il ridiculise Arno Klarksfeld et Finkielkraut loral avec sa belle tte de smite. Il ne se drogue pas, ne frappe ni les animaux ni les femmes et ne baisse pas son froc, comme Jamel sur laffaire Dieudonn, dans Elle et Paris-Match...

    En banlieue, il y en a de plus en plus qui ont compris a garons et filles ensemble , larnaque du rap, de la pose dlinquante dont leffet concret fut de retarder de quinze ans leur intgration, dtriorant un peu plus leur image de marque auprs des "de souche", dont la crainte des envahisseurs remonte Charles Martel.

    Voil pourquoi on ne leur donne pas la parole. Et pour que le brave Franais ne sen aperoive pas, on en importe dAlger, de Genve... Ou on en fabrique de toute pice dans une sorte de Beur Academy en fonction de lvolution de la demande. Hier Harlem Dsir, aujourdhui Malek Boutih ou Rachid Kaci (le Bounty UMP, chacun le sien), dress pour mentir et parler leur place, avec comme hochet lespoir de baiser bientt une jolie secrtaire qui laura vu la tl (le regard des filles change quand elles vous voient la tl).

    Jexagre ? Rien de nouveau sous le soleil pourtant, lisez plutt cet extrait de Trick baby dIceberg Slim, le grand romancier des ghettos noirs amricains. Il sagit dun dialogue entre un conservateur et un libral. Pour transposer, imaginez un lu socialiste, disons Doum Lvi-Nitz, discutant en coulisses avec un ultrasioniste de base tent par le vote FN, propos de Malek Boutih...

    M. Wherry dit : Pete, ne nous laissons pas emporter par nos motions. Cest une discussion, pas un affrontement. Je voulais donc vous dire que vous ntes pas conscient de lampleur du plan luvre aujourdhui dans les Etats Unis qui vise contenir et contrler les ngres.

    Cette vaste planification est dans les mains comptentes des leaders libraux blancs. Ce sont eux qui, avec leur matrise des motions basiques, leur analyse en profondeur de la psychologie ngre, ont la possibilit de projeter une image comprhensive et misricordieuse.

    Il est vital pour les pasteurs ngres harcels, assigs, et les autres leaders noirs davoir la possibilit de faire appel eux. Pete, un mot de six lettres est la clef de vote de ce grand oeuvre.

    Ce mot cest "espoir". Cela veut dire que lon croit pouvoir atteindre ce que lon dsire. Lorganisme humain quand il en est priv peut devenir imprvisible, destructeur, meurtrier. Pete, les libraux sont conscients que les masses ngres esprent schapper des ghettos.

    Elles veulent se rpandre dans le sein de la vie amricaine et le polluer par leur esprit port au crime et la convoitise de nos femmes. Ils veulent tre sur un pied dgalit avec nous. Ils veulent oublier

  • leur noirceur aux dpens de notre culture et de notre intimit. Ils veulent contaminer notre sang anglo-saxon.

    Pete, la faute fatale du conservateur consiste vouloir brutalement et stupidement trangler lespoir chez les ngres. La rigidit de son comportement motionnel ne lui permet pas de pratiquer les arts subtils de la tromperie et de la ruse. Ce sont des armes essentielles dans notre stratgie visant bercer, tenir en vie lespoir chez le ngre sans pour autant cder ses rves insenss de libert. Est-ce que vous souscrivez mes ides jusqu maintenant, Pete ? (...) [coupe dorigine]

    Les yeux fixes, plisss, du capitaine navaient pas quitt le visage affable, lisse, de son interlocuteur pendant toute cette magnifique leon de haine.

    Le capitaine passa la langue sur ses lvres et bafouilla : Non, Brad, je ne marche pas. Que faites-vous de tous ces ngros que vous, les libraux, vous avez

    sortis des ghettos pour leur donner des places dans le gouvernement et dans lindustrie ? Vous, les libraux, vous avez mis des cols blancs autour de leurs cous noirs ; nous, les conservateurs, nous ny sommes pour rien. Vous avez trahi la race blanche et laiss les ngros envahir notre socit blanche.

    M. Wherry soupira et dit : Pete, il est tragique de voir combien vos informations sont inexactes. Il y a en ralit deux ghettos. Lun est physique, lautre psychologique. Il est vrai que nous avons slectionn certains ngres pour leur faire porter des cols blancs.

    Presque tous se sont vads physiquement du ghetto, avec notre aide, bien sr. Nos motifs sont tout dabord de renforcer notre image librale par des campagnes de presse bien orchestres.

    Deuximement, ces ngres que nous semblons librer sont prcisment ceux dun type peu courant qui possdent une intelligence et une formation universitaire. Il nous faut les sparer des masses noires tourbillonnantes.

    Si nous ne le faisons pas ils pourraient servir ces masses sans cervelles de ttes pensantes contre la race blanche. Maintenant, Pete, irais-je trop loin, me suivez-vous encore ? Le capitaine semblait comprendre enfin que toutes ses bombes ntaient que des ptards mouills. La sueur coulait sur son front tavel. Il fit oui dun signe de tte, lair accabl. (...) [coupe dorigine]

    Pete, je vous suis reconnaissant de votre comprhension. Voyons que les diffrences extrmes entre le monde ngre et le monde blanc vont nous fournir les moyens de neutraliser et de retirer le venin de ces vads en col blanc des ghettos.

    Brivement dcrite, la technique est la suivante. Le ngre libr, quil soit dans la politique ou dans les affaires, ne va pas entrer dans le monde blanc sans trembler. Ses peurs, son sentiment dinscurit viennent de lapparence insolite, inconnue, de cet trange nouveau monde.

    Au-del, bien entendu, agit son fort sentiment dinfriorit mme sil le dissimule bien. Il prouve le besoin immdiat, pressant, peut-tre inconscient de se conformer aux murs, au protocole de ce monde nouveau. Il a une peur mortelle de violer ses codes de faon vidente.

    Sa terreur est que ses protecteurs blancs remarquent ses erreurs et le renvoient dans le ghetto. Il se contraint contrler ses motions et se conduire avec patience et urbanit.

    Nous le flattons mesure quil devient plus semblable nous. Son identit, ses froces antipathies raciales, sil en a, se dissipent, se perdent peu peu. Sil a du mal accepter ce moule, nous nous moquons de lui et nous soulignons son ridicule.

    On ne peut pas se conduire comme un ngre dans un environnement blanc civilis. Nous coutons avec compassion ses demandes, maintenant imprgnes de culpabilit, daide pour ses frres noirs dans les ghettos.

    Nous lui jetons quelques miettes de consolation. Mais bientt il devient un tranger pour ses frres noirs et ils commencent le har. Ils comprennent quil les a vendus. Il na plus de valeur pour eux, il est inestimable pour nous.

    Il a perdu sa capacit les diriger pour nous faire mal. Si ce nest sa ngritude, sa faon de penser, son got pour le confort individuel en ont fait lune de nos armes. Il nous aide sans le savoir mener la guerre sans concession contre sa propre espce.

    Il vous faut le pardonner, Pete, si jai t quelque peu pdant dans mes explications. Mais je suis profondment et personnellement impliqu dans ces questions raciales.

    (Editions de lOlivier, 2001)

    Pig ? La banlieue en vrit ? Un haut-lieu de lenculade sociale et de la chastet !

  • 5

    Dsavantages dtre une femmeou

    les contingences du ventre Chapitre o je montre, entre autres, qutre femme nest effectivement pas sans contraintes.

    Certes, la pubert transforme le corps de la jeune fille. Il est plus fragile que nagure ; les organes sont vulnrables, leur fonctionnement dlicat ; insolites et gnants les seins sont un fardeau ; dans les exercices violents ils rappellent leur prsence, ils frmissent, ils font mal. Dornavant, la force musculaire, lendurance, lagilit de la femme sont infrieures celles de lhomme. Le dsquilibre des scrtions hormonales cre une instabilit nerveuse et vasomotrice. La crise menstruelle est douloureuse : maux de tte, courbatures, douleurs de ventre rendent pnibles ou mme impossibles les activits normales ; ces malaises sajoutent souvent des troubles psychiques ; nerveuse, irritable, il est frquent que la femme traverse chaque mois un tat de semi-alination ; le contrle du systme nerveux et du systme sympathique par les centres nest plus assur...

    Simone de Beauvoir, Le deuxime sexe

    Remettons-nous du sermon apocalyptique de Simone et reprenons la visite. En voiture...Si les jeunes filles pauvres et dsirables peuvent sen sortir en sallongeant, quand leurs frres ont tant

    de mal se tenir debout, cette posture gnre quelques contraintes et dsagrments.Dans le monde rel mme sil ne recouvre pas celui des fministes , tre femme na pas que des

    avantages, forcment. Toute mdaille possde son propre revers, ou pour le dire en plus Sartre : tout "tant" est ambivalent.

    Dabord, il faut coucher, on ne peut pas promettre indfiniment ; et il faut bien admettre que pour une fille, coucher nest pas toujours trs ragotant.

    Contrairement lhomme qui joue lextrieur , ne communie que du bout du gland, pour la femme ce quon appelle pudiquement lacte se passe domicile, dans son petit intrieur. Pntration, va-et-vient, jaculation... Quels que soient le plaisir quelle y prit et laltitude laquelle elle perdit la tte, aprs la petite fte : le mnage, les cendriers pleins, les tches sur la moquette... cest pour elle.

    Autant de petits drangements, ravages, dvastations qui ne vont pas sans traumas.

    La preuve de cette plus grande difficult coucher, induite par ce non-partage des tches domestiques : la proportion entre misre et prostitution. Cette prostitution que les fministes veulent rduire la libert librale de monnayer son corps, sans jamais raliser que cette ide vient plus facilement lAlbanaise, la Gabonaise, la Thalandaise qu elles-mmes, bonnes bourgeoises universitaires des pays dvelopps que jaimerais bien voir arpenter les boulevards extrieurs, juste pour mieux se pntrer, sur le terrain, des extases de la libert.

    Heureusement, cette obligation de coucher pour vivre, ou pour survivre, est un peu compense chez la femme par sa fascination pour lhomme de pouvoir (que ce dernier soit symbolique, physique ou financier). Une nature bien faite qui, pour lui adoucir cette soumission inluctable mle dinjustice, a tendance lui faire dsirer dans notre socit marchande, celui qui peut payer.

    Un tour psychologique congnital contract la naissance par ce rapport au pre qui structure ldipe qui explique sans doute aussi cette facilit tonnante quont les filles se taper des moches et des vieux.

    Certains apologistes de la cause fminine me rtorqueront quune telle capacit passer outre lenveloppe physique laide ou dgrade pour voir lme est la preuve dune spiritualit, dune gnrosit suprieures, l o les hommes, obnubils par le corps, ne voient que bouche, seins, jambes et cul. Oui, peut-tre. Sauf que ces belles mes ne poussent jamais labngation jusqu aller se taper des moches et des vieux... pauvres !

    La frquentation des crmonies culturo-mondaines dans leur diversit, de la remise de prix dart dramatique la clture de sminaire scientifique, nous permet de conclure quen matire de mle

  • dominant, la pin-up prfre le nabab, pourtant parasite et prdateur, au gnial prix Nobel de physique. Cest dprimant mais cest ainsi.

    A un de ces fameux dners de cinma o se ctoient vieux qui payent, jeunes qui incrustent et filles qui promettent, je tentai de dmontrer sans succs lune delles, venue comme tant dautres chercher un rle ou un protecteur, ce quelle entendait sans le savoir par charme indfinissable dAlain Prost . Ce charme physique ne surtout pas dfinir ctait, cette anne-l, un quatrime titre de champion du monde de Formule 1. Champion, star et milliardaire, cest a et rien dautre qui la faisait mouiller ; mais elle prfrait parler du charme romain de son nez busqu, attribut imprial quelle aurait bien sr trouv nul au milieu de la gueule dun plombier. Quant lavouer... Personne ne ment avec autant daplomb quune belle fille qui veut monnayer ses charmes (il serait idiot den faire cadeau), mais qui interdit quon en tire des conclusions. Sur ce chapitre, mme leur mmoire sarrange de leurs pratiques ; de nos jours encore, les hardeuses ne finissent-elles pas astrologues comme hier les putes finissaient bigotes ? Voyez Elisabeth, voyez Brigitte...

    A propos de ces putains recycles, je me revois quelques mois plus tard assis sur ma petite chaise au Salon de Brive en 1991, entre mes deux piles de premier roman invendu guetter le chaland. Moi qui croyais dbarquer, comme chaque fois, dans un monde plus spirituel (scruter les mes ne devrait-il pas tre un sacerdoce ?) que celui que jtais parvenu quitter : lagriculture de moyenne montagne, puis le btiment, la brocante... Je me revois et me souviens du dgot ressenti face au spectacle de cette jeune actrice-crivaine, pionnire oublie de lauto-fiction (terme lanc depuis pour autobiographie sans intrt), sautant sans vergogne sur les genoux dHerv Bazin lui dcrocher la moumoute, cherchant entre ses cuisses gonfles par lappareillage anti-fuite se faire une place en littrature ; riant avec un rire de vice comme une fillette chevauchant plaisir une balanoire souille durine. Face ce tableau affligeant, je ne pus mempcher de faire le parallle avec Franoise Verny, logresse alcoolique qui tenait, lpoque, le haut du pav dans ldition grande surface. Elle avait fait Cyril Collard, le gnial Cyril Collard mon rival, dit le Rimbaud du camscope . Qui se souvient aujourdhui de ce sosie dHerv Vilard crev du sida ? Merci justice du temps qui passe...

    Ecrivain dbutant petit tirage, en regardant sagiter cette demi-pute aujourdhui demi-vieille puisque ge d peu prs mon ge et sans doute marie en province , en dvisageant cette accomplie salope dada sur la carcasse use du vieux fils Folcoche, je mimaginais moi aussi broutant la Verny sous sa robe au milieu des bouteilles vides et des mouches, pour un peu dassomption littraire.

    La supriorit morale du mle est avant tout physique. Cest simple, mme sil veut bander sur une vieille, il ne peut pas. Idem avec un cul de mec sil nest pas pd (jy reviendrai).

    Invitation au voyage... Passons par lesprit de pachyderme en pachyderme pour nous figurer, dans le mme registre, la jeune et jolie secrtaire du tnor cardiaque devenue depuis pouse et mre ahanant sous le quintal et demi de saindoux du grand Bavarotto, afin de piquer sa place lpouse lgitime bientt rpudie aprs trente ans de bons et loyaux services, gobant plein goulot ses postillons, sa transpiration, son sperme... au milieu des mlanomes et des crtes-de-coq vibrant sous ses quintes de toux comme des anmones de mer, sance aprs sance, jusquau compte-joint et la signature, par ce travail dont le marxisme nous dit quil nest quindirectement productif.

    Horrible vision qui men rappelle une autre, et ce que me disait sur un ton candide une jeune amie moi, comdienne et mannequin, propos de ce vieux Russe blanc actionnaire majoritaire dune pte dentifrice qui aimait tant les asiatiques (il senorgueillissait den partager plusieurs avec Franois Chalais). Que le problme avec les vieux, quand on les suait, cest quils avaient des pertes, quils suintaient, et que a ntait pas comme avec les plus jeunes, les quadras, les quinquas... qui envoyaient la gicle dun coup la fin... quon pouvait prvoir, grer, viter... alors que l il fallait pomper tout le long comme la salive en fond de gorge quand on est bloqu la bouche ouverte chez le dentiste... Et que cest pour a quelle prenait plus cher !

    Pass le dgot, leffroi du jeune ado encore emptr dans limage sacre ce qui veut dire impntrable de la mre, je fus, je lavoue, fascin par cette force de caractre, cette aisance dans lordure ; cette capacit pour amliorer lordinaire quon certaines jeunes filles fraches comme des fleurs peine closes, sucer des vieillards.

    Deuxime contrainte aprs ce dlicat entremets, le risque de mettre bas qui, outre la dformation du corps, les vergetures, les seins retombs comme deux souffls, llargissement de

  • lorifice plaisir et par consquent lessoufflement de la pompe pognon, vous plonge dans le srieux du lardon.

    Do ce minaudage dfensif, ces circonlocutions devant la coucherie, en un mot cette plus grande retenue des femmes qui explique statistiquement la prostitution : lcart entre les rapports dsirs par les hommes et ceux consentis par les femmes tant combl par lamour tarif.

    Une plus grande chastet quon attribue la morale quand il sagit bien plus dun calcul, o le risque entrane mcaniquement la prudence. Coucher, malgr la capote, la pilule... restant toujours plus dangereux pour la femme que pour lhomme, qui ne risque rien.

    Pis encore que le risque de mettre bas, lobligation de mettre bas quand la relation se prolonge.Lhomme ne paye pas longtemps la mme femme pour faire des galipettes. Si cest juste pour rire, il

    change ; si a devient srieux, il repense maman pour voir bientt dans la femme aime la mre de ses enfants. Et l, finie la rigolade, une autre vie commence o il faut enlever ses bagues, donner ce sein quon ne saurait plus vendre et torcher les enfants.

    Epouse, voil la femme relgue en neuf mois de bombasse nounou, recluse la maison o le respect crot proportionnellement au dsir qui smousse ; attendre le mari de plus en plus souvent dehors... jouer au cochon avec sa nouvelle matresse. Mre de famille bientt traite comme une domestique, avec le risque que la nouvelle amante avide, comme elle, de certitudes et de reconnaissance, ne lui pique la place et ne la laisse sur le carreau avec sa pension pour pleurer.

    La femme jeune est un loup pour la femme moins jeune... et forcment moins belle.

    Sa dfense face cette loi cruelle ? tre le mdiateur oblig de la descendance. Cest un fait de nature, lhomme sil veut un enfant doit passer par elle.

    De ce point de vue incontournable, le slogan fministe aujourdhui devenu prcepte de masse : mon corps mappartient est un pur produit de lgosme libral lamricaine ; avec en arrire-plan, inconscient, ce petit plaisir de la castration qui mne au chantage, lextorsion de fonds.

    En ralit ma fille, en ltat actuel des avances de la science sur le plan de la reproduction extra-utrine, ton corps appartient encore lespce, puisque par toi passe le renouvellement des gnrations. Et tu penses bien que lhumanit ne saurait abandonner ton gosme frivole cette question de vie et de mort o se joue son destin. Cest pourquoi ton corps appartenait hier au clan, comme il appartient aujourdhui celui qui peut payer pour ce service. Ta libert, celle de se soustraire ce marchandage, tant directement proportionnelle tes revenus ; sous les rapports de sexes de nos socits bourgeoises fministes perdurent, discrets, les rapports de classe...

    Mais ton corps appartient aussi au vice, par cette perversit du dsir fminin ne du plaisir inassumable dun sexe qui jouit dtre pris et pntr. Got pour la soumission et la douleur qui gnre, par contrecoup, ce plaisir cruel de la revanche o, face la supriorit de ce que Lacan appelait le phallus, la femme sait pouvoir jouir de se donner lautre, au rival, lennemi, au loubard, ltranger... comme la boulangre de Pagnol.

    Face cette menace, pour matriser sa descendance, tre sr que cest bien son sang qui coule dans les veines de son fils, que celui-ci ne sera pas enlev demain et lev par un autre, lhomme doit contrler la femme. Par quel masochisme accepterait-il de renoncer sa postrit pour se voir ravaler au rle daccessoire jetable du matriarcat ?

    Do les interdits des socits classiques, cette permanente rglementation de la circulation des femmes pour matriser la transmission du patrimoine foncier et gntique qui fonde toute paix civile et tout quilibre social. Sans oublier laffect de lhomme inquiet de ce rapport de force triangulaire induit par ldipe, et toujours dans la fragile nostalgie de la mre...

    Vue sous cet angle historique et pratique, en un mot, srieux, la rcente drglementation du dsir apparat en bonne drive no-librale comme lintrt des riches.

    Une circulation des femmes non plus rgie par les interdits traditionnels mais par le March, leur attirant les filles de pauvres sans risquer de voir leurs propres femelles quitter durablement le confort de leur classe pour pouser des mles dsargents. Une drglementation qui, sous couvert de libert, optimise ainsi scientifiquement leurs possibilits dchanges et de prdations.

    A linverse, on comprend mieux que les pauvres, qui ont tout perdre de cette mme drglementation, naccueillent pas avec un mme enthousiasme une ouverture du march du dsir qui voit partir leurs plus belles filles et leurs surs. Les Arabes des banlieues chez nous pauvres

  • parmi les pauvres se montrant forcment les plus "rtrogrades", puisque les moins intresss par ce march de dupes. On peut les comprendre.

    La libert en amour ? A part celle du laid plein aux as dpouser la mannequin et de la belle maligne dpouser qui elle veut, pour la plupart des autres cest mariage de raison. Le riche pour des raisons doptimisation ou de maintien du patrimoine, le pauvre parce quil na pas le choix.

    Un mariage forc qui ne condamne pas que les femmes, si lon songe un peu, pour changer, ces gnrations dhommes victimes dans la force de lge du "coup du canap", maris des boudins imprudemment mises enceintes pour faire leur devoir. Sans oublier tous ces play-boys sacrifis, fils de famille contraints pour redorer le blason, sauver chteau et standing, dpouser des tromblons nouveau riche aux patronymes douteux, dbarqus dArgentine.

    Si lon y rflchit et nous sommes l pour a , lillusion sociale de la libert en amour ne fait quexprimer les conditions objectives des couches moyennes salaries.

    Parce quils ne sont pas propritaires de leurs moyens de production (parcelles de terre mitoyennes runir par le mariage, fusion par la cuisse de la banque et de la grande industrie...), les salaris des couches moyennes, qui constituent une vaste classe conomiquement aise et culturellement homogne, vivent seuls cette relative libert dalliance.

    Alors que le prince Charles dut renoncer Camilla pour raison dEtat, alors que Mouloud npousera pas Charlotte qui vingt ans flashait sur la racaille, mais qui saccouplera finalement trente avec Guillaume, crois lors dun stage en agence de pub ; alors que Jean navait le choix dans son village quentre marier la Germaine ou la Simone... les moyens bourgeois du tertiaire, de par leur situation sociale moyenne, leur concentration dans le tissu urbain et leur communion dans lidologie majoritaire, ont droit, eux, et eux seuls, ce fameux mariage damour vant par les mdias. Une alliance non plus dicte par la fatalit et lintrt, mais par de pures affinits lectives parmi un vaste choix. Ce qui ne les empche pas, dailleurs, de divorcer tour de bras ; lengouement psychologique tant le plus volatil et le plus instable qui soit.

    Une vaste clientle, allant de lemploy suprieur au cadre moyen, qui constitue le cur de cible de la propagande, do sa tendance rflexe projeter ses conditions affectives sur lhumanit entire.

    Mais face cette relative galit sentimentale des hommes et des femmes salaris urbains de la social-dmocratie no-librale, comme une insulte la dmocratie, lingalit des corps.

    Pas lingalit musculaire des corps, la force physique ne jouant plus quun rle secondaire dans un monde mcanis et polic (sinon les chefs dEtat seraient tous danciens boxeurs ou dex-haltrophiles). Pas lingalit face la beaut, terrible injustice que lhomme comme la femme compensent par lenrichissement ; lui pour se payer une belle, elle pour se payer toute seule. Non, je veux parler de cette ingalit dnie mais qui crve les yeux : lingalit des corps face la dure du dsirable. Un vieillissement qui, comme le dmontre le march des cosmtiques, est dabord le problme des femmes ; ces femmes qui, sur le march du dsir, vieillissent plus vite que les hommes.

    Un vieillissement prmatur dabord d au gras qui les constitue. Cest joli, cest doux, cest courbe le gras, mais a tient par la peau et pas par les muscles, que peu peu la peau se dtend, inluctablement a finit par tomber. Et plus le sein tait gros, haut, beau, plus il tombe, bas, mou, laid, avec lapparition du vilain pli o coincer le crayon ds vingt ans, puis le deuxime vingt-cinq, trois trente et enfin toute la bote. Une vraie pub pour Caran dAche !

    Par une sorte de rquilibrage moral (toujours la justice immanente), et en contrepartie de ce privilge social quont les femmes de pouvoir exister par le corps, de vivre du ngoce de leur pntration, leur vie sur le march du dsir est deux fois plus courte, disons seize trente-cinq ans, selon les critres mmes imposs par les magazines fminins soi-disant fministes. Aprs, elles rejoignent, claudiquant petits pas boudeurs, la cohorte des dj vieilles, tandis que lhomme, dabord phbe dix-huit ans, peut devenir beau mle entre trente et quarante, puis vieux beau burin jusqu soixante-cinq ; les longues carrires dun Jacques Chirac, dun Eddy Barclay ou dun Sean Connery en tmoignent.

    Ce potentiel de sduction plus fort, mais qui dcline plus vite, dtermine en grande partie la diffrence de sens donne au mot dsir par les deux sexes. Une inquitude de la dcrpitude dont les

  • hommes ont assez peu conscience (surtout sils existent par lesprit ou par la thune), mais qui gnre chez la femme moyenne un autre rapport au temps, comme lacte gratuit.

    Pas daccord sur la bagatelle. Tandis que vous cherchez, monsieur, vous amuser sans souci du lendemain, elle cest a quelle pense. Do sa retenue puis, le palot concd, son flot de questions pressantes, la rflexion fort peu sentimentales, sur Si vous tes srieux ? Si a va durer ? Ce que a va lui rapporter ? . Au point que vous vous appliquez la faire couiner, redoublant dardeur, juste pour quelle se taise et vous laisse jouir un peu de linstant.

    Vous vouliez passer du bon temps avec elle, en amis, dgal gal ? Chimre ! Pour quelques folles gracieuses sans plan de carrire, une Brigitte Bardot, une Zouzou la twisteuse..., limmense majorit des autres na pas de temps perdre. Ajoutez a la dvalorisation de la femme trop pntre, tel un sanctuaire profan, dsacralis, et vous comprendrez mieux son souci. Vous pouvez jouer au cow-boy sans compter les cartouches, elle ne doit tirer qu coup sr...

    Et avec loptimisation librale du concurrentiel et du prostitutionnel, la situation ne fait que saggraver. Comme la vitesse de renouvellement des voitures, passe de onze sept ans ces dix dernires annes, on assiste en la matire une acclration du turn-over. Ecroulement du bloc de lEst, crises conomiques endmiques du tiers-monde... Toutes ces belles filles qui rvent de venir tenter leur chance dans nos pays de cocagne, ajout labaissement de lge de la consommation sexuelle, ont produit une telle multiplication de loffre que la vie des femmes, en tant que sductrices comptitives sur le march du dsir, est de plus en plus courte et de plus en plus incertaine. Finie la stabilit de lemploi. Tandis que les mmes vedettes masculines, qui changeaient trois fois de femmes dans leur vie il y a encore vingt ans (chaque fois pour en reprendre une plus jeune), changent aujourdhui tous les deux ans, la multiplication des vocations fminines dans le mme temps, en renforant la concurrence, fait que les actrices percent de plus en plus tard. Comme Sharon Stone, Corinne Touzet... le temps de devenir clbres et elles sont dj vieilles.

    Do, sous lapparente frivolit de lpoque, vestimentaire, langagire... ce ralisme inquiet masqu par lextravagance des dfils Dior, o convergent ces angoisses prcaires. Comme le TGV, le train passe de plus en plus vite, mais il est de moins en moins lheure et la rservation nest plus assure !

    A cette situation, trs laide sur le plan du rapport humain, vient sajouter une autre laideur : la chirurgie esthtique dont usent et abusent de plus jeunes toutes ces tendues fripes, obliges dexister par le corps.

    Une massification de la chirurgie sans doute lie lengorgement dune profession contrainte dlargir son march, et qui ne ddaigne pas, pour ce faire, le petit coup de pouce du cousin animateur, mais cest un autre sujet...

    A quoi sert une vieille moche refaite, alors que pour moins cher on peut avoir une vraie jeune ? A rien.Cher, licne gay, navoue-t-elle pas dans ses interviews quelle na pas senti un corps dhomme peser sur son corps depuis des annes ? Quelle dort avec son chien dans une solitude faire peur ? Refaite et belle de loin, cest bien la tl, pour maintenir limage dans une profession qui vit dapparences, mais dans la ralit, celle du contact humain, lillusion seffondre dans la dpression.

    Dans le mme temps, la drglementation librale qui optimise le choix des riches a aussi aboli cette protection pour les femmes uses qutait linterdit du divorce (interdit du divorce qui protgeait nagure madame Bavarotto).

    Do ces charrettes entires de quarantenaires spares qui, aprs lillusion de la libert, la consommation de petits jeunes et autres gigolos de Saint-Domingue pour donner le change, rejoignent la catgorie "rebut" le cimetire des lphants.

    Et avec la progression de lgalit des sexes, les deux salaires, les deux carrires, la mixit du cong parental et des tches ducatives, on ne voit pas pourquoi lhomme payerait encore trs longtemps. Le tu travailles trop et je memmerde, donc je demande le divorce, tu te casses, je garde la baraque, les enfants, et toi tu payes la pension pour avoir le droit de les voir de temps en temps a vcu. Fin dune rente annonce.

    Consquence, le drame contemporain des vieilles femmes libres : finir seules, avec des dividendes de plus en plus durs toucher.

  • Alors que le prolo na pas de problme de retraite puisque, statistiquement, il meurt trs peu dannes aprs, perclus et puis, la vie des vieilles bourgeoises est de plus en plus longue. Et on ne peut dcemment pas compter chaque anne sur la canicule pour limiter les excdents.

    Do, aprs la rptition des sujets "chirurgie esthtique", cette rcente mdiatisation, tout aussi suspecte, de leuthanasie. Croyez-en un professionnel, quand un sujet passe et repasse la tl, cest que le pouvoir a un projet. Quel est-il en loccurrence ? Se dbarrasser des vieilles ; ces ex-salaries suprieures du tertiaire qui ont lutt, lutt... coups de lecture de Elle, de cosmtiques, de thalasso, de Gymnase-Club, de collagne, de mode, de botox, pour se retrouver finalement seules, vieux monstres inutiles, tendus et desschs. Avec un cot exorbitant pour les caisses de retraite et la Scurit Sociale, que ne peut compenser la satisfaction subjective de faire cinquante-neuf ans quand on en a soixante-quatre !

    Conclusion : pas de soumission lhomme, pas denfants... Par un juste retour des choses (toujours la loi morale immanente), seule la femme qui ne baise pas chappe lalination de la sduction et des strotypes. Sans dsir ou sans moyens de capter le patrimoine par les voies gnitales, elle est littralement comme un homme, oblige dexister par son travail.

    Tiens, la tl, Arlette Chienlaid, mon petit doigt me dit que celle-l elle na pas d coucher pour russir. On peut mme parier quau finish, sa carrire sera plus longue que celle dune Daphn Roullier. Mais cest peut-tre aussi pour a quelle na pas lair gentille... Moche, seule et mchante, tel serait donc le prix de la libert ?

    6

    Des avantages dtre une femmeou

    le vaste univers du semi-prostitutionnel Chapitre o je dmontre que du ct des femmes, le "semi-prostitutionnel" fait pendant au "culturo-mondain" masculin, comme laideur et mensonge symtriques.

    Nous sommes tous des intermittents du spectacle.

    Autre vrit cache, dans le combat coteux pour la conqute des femmes, le mec ne fait quen chier. Dans cette lutte, aucune galit. Pour la femme, si elle nest pas trop moche, sduire ne demande aucun fonds, juste attendre et disposer. Pour le mec au contraire, tout nest quinvestissement hasardeux et travail.

    Osons la vrit : le garon voit la fille, il la trouve dsirable, troublante. Il est mu, son petit cur bat. Intimid, il faut quil aille lui parler, lair laise, souriant, malgr la castration qui plane, lhumiliation du non . La fille peut lavoir vu aussi, mais ce stade a ne change rien, statut oblige, elle sait quelle doit dissimuler. Seul tout assumer, neuf fois sur dix le bonhomme renonce, submerg par la peur et lenjeu ; ensuite, il ruminera durant des heures son jaurais d , se traitant de trouillard et de pauvre con. Vous connaissez ?

    Il trouve en lui la force de commettre cet acte de courage ? Bien. Poursuivons son parcours de misre.Sept fois sur dix, la fille lenvoie chier par un je suis presse un peu sec, un vous ny pensez pas ? outr. Pourquoi ? Par principe, pavlovisme, simple souci du quand dira-t-on .

    Un peu plus sre delle ou curieuse elle accepte de dialoguer ? Cest dj un petit miracle, auquel succde immdiatement langoisse de jouer contre la montre, avec ce dbut despoir qui noue, tandis quelle se contente de minauder. Vite, pendant le peu de temps o il est possible de marcher ses cts sans que a devienne lourd, malsain, ridicule, il doit meubler, proposer...

    On va boire un caf ? Pas le temps. Alors votre tlphone ? Madmoiselle...

  • En admettant quelle lui ait donn ce ssame, ce numro magique qui lui offrira... quoi ? Une seconde chance de lutter, laveugle cette fois, pour un rencard quil faudra proposer, encore proposer... avant de vivre dans lattente... et la peur du lapin.

    Que sest-il dit au tlphone ? Peu importe, quil lait jou pote ou flambeur, la conversation sest conclue par une invitation dner. Les restaurateurs, sociologues par la force des choses comme les chauffeurs de taxi, vous diront que leur mtier tourne 90% grce aux femmes... sduire. Sans cette obligation quont les hommes demmener les filles dner dans des lieux pas trop glauques avec une autre ide en tte, neuf tablissements sur dix fermeraient, les types librs du sexe prfrant plutt bouffer entre potes la mme cantine.

    Admettons maintenant quelle ait daign le rejoindre dans le fameux restaurant pseudo-chic ou branch, quelle nait pas coup court sous prtexte de rsister la tentation, condamnant sans remords le pauvre mec, qui a dj beaucoup rv, jouer le poireau qui compte les minutes, puis les heures, humili et haineux ; malheureux au fond de son cur comme le gosse que sa mre a oubli daller chercher lcole et qui reste abandonn, seul, sous le prau et le regard des autres.

    Salope ! Admettons quelle arrive, avec retard bien sr, vingt minutes minimum, cest la rgle pour

    rester fminine. Lui qui dsesprait il y a trois secondes doit instantanment se remettre sourire, plaisanter, essuyer discrtement ses mains moites et proposer :

    Vous buvez ?Proposer toujours, et payer, tandis quelle jouit de ces attentions, lair de rien, comme un d.

    Son but lui bien sr cest de lamener au lit, au moins la prendre dans ses bras, et cest a quil pense, rien qu a. Il y pense tellement quil na plus dapptit tandis quelle picore ce plat dlicieux vingt euros du bout en lcoutant, faussement intresse, faire son numro de con cultureux. Elle aussi sait trs bien o il veut en venir, elle entend sous les poncifs "cinma et actualits" la petite question quil se pose : comment lemballer ? Lui proposer de boire un verre ailleurs ? Club, bote, o bien sr il repayera avec le sourire, tandis quelle continuera faire la belle ? La ramener chez elle en lui demandant sur le perron, mi angoiss, mi dtach :

    Je peux monter boire le dernier verre ?Elle sait tout a, et tout le reste, mais pour linstant elle jouit de la situation, des pleins pouvoirs

    de celle qui se sait dsire ; qui na pas dit oui mais qui na pas dit non .A ce stade, une fois sur deux quand il veut lenlacer au pied de son immeuble, aprs ces longues

    heures de palabres, elle le repousse sous prtexte quelle ne le connat pas assez , quelle prfre quils restent bons amis ou quelle a dj quelquun... et quil faut lui laisser le temps (sous-entendu je suis fidle, mais si tu sais attendre je pourrais me montrer plus salope . Daccord, mais quand ?). Alors frustr mais gonfl despoir, il remballe, les poches vides et les couilles pleines, se rptant que ce sera pour la prochaine fois . Une prochaine fois qui ne viendra pas, pour peu quelle rflchisse entre temps que le jeu nen vaut pas la chandelle , quelle na pas trop aim ceci ou cela et quelle vaut mieux que a .

    Juste un peu plus sole, elle accepte de le laisser monter ? Aprs lavoir bien entendu prvenu que cest trs en dsordre et quelle na rien boire , lui avoir fait promettre quil ne restera que quelques minutes parce quelle doit se lever trs tt demain matin ...

    Sil rpond : Mais oui bien sr, en tout bien tout honneur et se retient de lcher a fait quatre heures que

    je rame, que je paye, que jespre, et je vais juste monter cinq minutes pour boire un verre deau tide parce que jadore monter les escaliers , le voil dans lappartement, rcompens pour ce joli parjure. Il faut encourager la morale.

    Arriv au terme de cette course infernale, sa tension monte encore dun cran et tout reste faire. Elle, comme si de rien ntait, batifole, range, lui cherche tout prix ce fameux verre boire, alors que ce dont il a le plus envie en second , a serait plutt de pisser. Elle parle, parle... de tout sauf deux et du dsir. Elle parle de sa dco, de son chat, de ses photos de famille, l, sur le mur... et lui, qui ne veut surtout pas passer pour un goujat, fait semblant de sy intresser. Le temps passe, le compteur tourne, sa tte va clater, il se dit que si elle la laiss monter cest quelle sait bien quil va tenter quelque chose... Il nest pas venu expertiser le mobilier... Mais il hsite encore, parce que l, chez elle, ses cts, tout prs, il est dj sur un petit nuage... Fondre sur elle si prs du bonheur ? Et si elle se dtourne, comme elles savent si bien le faire, avec la main en repoussoir, mi choque, mi dgote, le regard plein de Oh ! quel dommage, vous avez fait la faute, tout tait

  • tellement parfait jusqu prsent... sans ce petit franchissement de ligne blanche, au dernier tournant, je remplissais le petit bordereau rose et vous laviez votre permis, linstant... mais l, il va falloir repasser, dsole . douleur ! dception terrible ! Tout ce boulot ananti ! Alors tout prs, tout prs, il hsite encore, se torture, et elle continue de minauder. Osera, osera pas ? , un brin perverse, elle se demande comment elle va daigner ragir sa tentative. Elle nen sait rien elle-mme, elle verra selon quil sy prend bien ou pas... sil a du mtier. Il le sait aussi, alors malgr la tension, lextrme angoisse, il sefforce dtre laise, easy... Mais la nuit avance, son verre est vide. De sa bouche, btement, sortent maintenant des :

    Bon, ben... je vais y aller... dans lespoir quelle le retienne. Mais elle ne fait rien, la belle, ce nest pas son boulot la reine dun soir de driver. Elle le regarde de la berge se dbattre pour ne pas se noyer. Sil sen sort, il aura sa rcompense, le petit bisou, comme le preux chevalier lissue du combat sil a bien occis tout son monde. Sinon, malheur au vaincu. Plouf ! au mauvais nageur.

    L, si le mec est un peu amoureux, un peu tendre, submerg par lenjeu, il part sans avoir rien tent pour lui prouver tout son respect. Et bien sr elle le mprise, limpuissant, de navoir pas su la prendre au pied du lit. Sil rappelle, le gentil minus ? gentil mais minus croyant lavoir mrite ? Pas sr quelle lui donne une seconde chance. Ce quil prendra, puceau, naf, pour une terrible injustice. Cruelle loi du dsir, o les femmes jusque l mnent la danse...

    Cur battant, con battu... Je connais bien tout a. Jai eu la chance de vivre quelques mois, seul homme au milieu de six filles toutes jeunes et abordables, en situation optimale de se faire dsirer.

    Ctait mon poque chambre de bonne alors que jarpentais Paris, recueilli comme garon-tmoin par six demi-putes, toutes actrices, la plus honnte tant juste danseuse au Crazy. Six mois dans un trois pices annes 70 moquette poils longs, rue Daumesnil, rempli de lits une place, de yaourts et de cotons sales. Phnomne trange, alors que javais pntr cet antre en suivant lune delles, une certaine Marianne dont je mtais amourach sous acide un concert de rock (et qui a fini, je crois, esclave sexuelle dun des derniers Yougoslaves ramens par Delon avec Marcovitch, qui svissait encore fin 1976 au Formule 1 derrire lOlympia, dans la bande Patrick Juvet). Mais nallons pas trop vite... De les voir fonctionner jour et nuit, elle et ses copines, tua trs vite lamour lysergique que javais pour elle ; restrent lintrt et la curiosit. Content du logement et un temps fascin par le spectacle (je men tapais quand mme trois sur les six avant de me faire virer collgialement pour incompatibilit), je les tudiais comme on tudie des souris de laboratoire ; apprenant leur contact, moi le poussin fragile, mieux faire le coq.

    Jamais leves avant midi, nourries exclusivement de fromage blanc 0%, de bouillies et dufs la coque, elles passaient la moiti de la journe en slip parler rgimes, cosmtiques, fringues, mecs, mecs... avant de commencer se pomponner vers dix-huit heures, par paquets de deux, en jactant, jactant, mecs, fringues, cosmtiques et rgimes (beaucoup de problmes de constipation chez ces obsdes du poids) dans la salle de bain dgueulasse, afin de se prparer leur unique activit : se faire inviter dner, puis en bote ; se donner ou ne pas se donner ; commenter...

    De quatorze heures minuit, le tlphone ne faisait que sonner pour elles, cest moi qui rpondais, ctait mon job, la voix de mec la maison pour liminer les primo-dlinquants. A lautre bout du fil aussi que des voix dhommes, jeunes et moins jeunes, qui rappelaient telle ou telle rencontre la veille ou lavant-veille pour proposer linvitation au club, en week-end, la croisire... A six dans un trois pices, la surenchre pouvait monter trs haut. Une seule rgle, jamais de mec la maison ctait pour a les lits une place, pour viter les tentations , sauf pour llu du jour, celui dont lune ou lautre dclarait tre folle amoureuse : belltre du cours Florent, gigolo italien recherch par la police, imitation Hells Angel... et moi. A part cette parenthse de romantisme forc, bref et compensatoire, elles discutaient seulement business. Aller, retour, compte-rendu, commentaires, gains et note, de zro vingt. Les pauvres mecs ! Sils les avaient entendues glousser, malgr tous leurs efforts. Ce mpris, cette matrise... surtout avec les fils de famille un peu tendres et les vieux gteux quelles levaient chez Castel. De tous ces michetons interchangeables, seules deux catgories trouvaient grce leurs yeux : le super riche ou super people milliardaire, chanteur disques dor, star de cinma... et lapprenti maquereau. Lun parce quil savait les prendre, jouer de la schlague et du clito, lautre parce quau-del dun certain cart de revenus, de prestige, elles redevenaient des boniches serviles et fascines. Le reste, tout le reste, la providence lavait mis leurs pieds comme des sandales pour leur adoucir la marche et leur viter de toucher le pav.

  • Le premier baiser peut aussi dboucher sur un authentique moment de grce. Extnu, il dit : Jen avais tellement envie...

    Dans un souffle, elle rpond : Moi aussi ! Et les voil ensemble, au moins pour un moment.Ou bien, toujours menteuse, au spectacle, continuant recevoir les hommages et distribuer les

    points comme au patinage, elle rcite son Non, non, mais que fais-je ? Je suis folle ! , tout en lui empoignant la queue.

    Au lit, dans les deux cas, cest encore lui dassurer. Elle, sur le dos, passive ; lui, brave mec, anim du dsir besogneux de lemmener au ciel. Sole, caresse... elle perd doucement la tte mais elle dispose encore, lui pntre dans un nouveau cycle dangoisses. Malgr le repas, lalcool et les heures de blabla, il faut maintenant quil bande, dur, et quil tienne... longtemps pour la faire un peu jouir, surtout la premire fois. Alors, avec la peur de mal faire, il en rajoute dans les prliminaires, plongeant la langue dans linconnu, les odeurs de tabac, de sueur, de pertes et de pipi... Sans mme oser se dire que deux heures de gesticulation sur la piste de danse auraient bien mrit une petite douche.

    Sil vient jamais, il nest pas encore venu le temps du couple galitaire.Pour le moment, notre homme doit surtout penser ne pas trop penser lui pour ne pas se vider

    trop vite, lui qui bande pour elle, qui ne rve que de a depuis quil la croise dans la rue. (Vous vous souvenez ? Ctait il y a un sicle !) Alors surtout bien rester concentr, la langue dans la bouche, la bite dans lentrecuisse, han ! han ! guetter son souffle, esprer ces petits cris qui payent de tant defforts et permettent de tenir... Avec toujours ce risque du coup de tte, de linterruptus insens :

    Retire-toi, je suis dsole cest trop tt, je ne sais pas ce qui ma pris, tu mexcuses ? Mais bien sr, je texcuse...Tu parles ! Et tandis quelle savoure dans un demi-sommeil lacm de sa toute-puissance, le

    voil, gentleman, oblig de remballer le matriel, le slip, les chaussures... avec, pour ne pas exploser, la pense quil se finira furieusement la main, sitt rentr chez lui.

    Elle profite, elle profite ! Et elle a raison la garce, elle sait que a ne durera pas ; pas toujours. Elle sait quinluctablement, statistiquement, elle perdra ce pouvoir. Ce pouvoir de dire non , peut-tre , presque oui qui basculera dans la routine, la main appuye sur la tte, puis la prise sec en pensant une autre en regardant le match de foot la tl. Alors elle fait durer, elle retarde tant quelle peut le moment o, son cul redevenu citrouille, elle ne sera peut-tre plus quune pauvre meuf qui sest laiss prendre.

    Voil pourquoi, plus elles sont ptasses et moins elles couchent, vous comprenez ? Parce quelles ne vivent que dans le calcul, langoisse de la dfaite, les ptasses sont celles qui couchent le moins. Elles savent pertinemment que tant quelles maintiennent le mec juste au bord, sans le laisser rentrer, elles ont les pleins pouvoirs. Aprs, avec leur mauvais fond, elles seront prises pour ce quelles sont, forcment ; elles nagripperont que des tocards.

    En fait, ce sont les filles sres delles et sans arrire-penses qui couchent le plus volontiers, avec cette grce dsarmante, ce refus du rapport de force, qui seul cre le respect durable. Il y en avait beaucoup dans le temps de ces filles savoureuses, mues par le dsir de lchange pour lchange, le got du don ; de ces filles 70 aujourdhui tellement rares quon doit les honorer comme de vraies hrones de la Rsistance. La crise, le fminisme, cette dferlante ultra-librale judo-protestante venue dAmrique les ont balayes. Et du dsir ne reste plus que la peur du rapport de force, le travail et lhumiliation.

    En admettant, miracle encore, que lillusion de la communion ait survcu au cot ou plutt ce demi-cot avec prservatif par le hasard de la complmentarit, lhomme entre alors dans le temps du mnage, du foyer. Et mme sil se refait un peu au lit, pour le reste, il doit encore contraindre sa nature, se soumettre et payer. Car le couple aussi est le lieu de la femme.

    Dabord parlons du "double choix" pour changer de la "double journe". De ce privilge quont les femmes de travailler ou de ne plus travailler si, comme Clotilde Courgette (qui jouait il y a deux films encore la gauchiste chez Ardisson), elles ont la chance de rencontrer leur "prince". Oserons-nous dire ici que lhomme au foyer est une escroquerie ? Quelle femme dans la vraie vie supporterait longtemps ce simili-chmeur dvirilis ? Lhomme pour exister auprs des femmes doit gagner sa crote en

  • bossant, lextrieur, face aux autres hommes, telle est la loi du dsir. Gigolo mpris, au mieux considr comme animal dappartement, lhomme-objet nexiste pas. La femme entretenue, elle au contraire, est respecte la mesure de son entretien, et plus elle cote cher plus elle impressionne ; voyez Mouna Ayoub, Ivana Trump...

    Et comme elle semmerde rien foutre, quil faut quelle soccupe et quelle nest au fond passionne par rien, sinon par elle-mme, elle consomme pour meubler son grand vide intrieur. Sa principale activit ? Faire les magasins. Pendant que chri bosse, elle dpense. Et quand il rentre du boulot, extnu, cest lui de se mettre niveau, de respecter le subtil agencement du petit intrieur, de faire bien attention de ne pas casser les bibelots.

    Jentends dici les fministes hurler : Oui, mais elle fait le mnaage ! Le mnage, la bourgeoise ? A dautres. Pour la vaisselle, il y a le lave-vaisselle et pour le mnage, la femme de mnage.

    Pathologiquement jalouse de tout ce qui la dpasse, de ce qui ne se rduit pas la vie matrielle, elle fait peu peu le vide autour de lui, sopposant ses engagements, ses amis... pour quil reste seul enferm avec elle. Elle est daccord pour sortir ? (pour voir une pice de merde de Yasmina Reza ou d[Eric-]Emmanuel Schmidt) Cest encore pour se montrer, elle, se sentir exister sous le regard des hommes tandis quil a linterdiction absolue de mater, sous peine de scnes indescriptibles. Et comme cest toujours aux hommes de faire le boulot, que les femmes ne vous lancent pas dillades, il fixe son assiette. La nuit, le jour, elle le pompe, elle le vide, et nabordons pas la psychologie des sexes, l encore cest pour elle quest le bnfice. Alors que son fragile orgasme a besoin dhabitude, de confort, son dsir lui smousse dans la rptition du mme ; il semmerde. Il cherche bientt refuge dans un jardin secret ? La collection ? Inutile dpense ! Le bricolage ? Ca prend trop de place ! Alors il va plus loin, au bistro o il renoue avec les autres hommes, masculs comme lui, qui ont fui la tyrannie du mnage. Il partage leurs dboires, il rencontre lalcool, il sombre... Maintenant quelle lui a bien coup les couilles, quelle est enfin sre de sa possession, elle le lui reproche, lhumilie... Elle y va carrment puisque cest sans risques. Il comprend quil aurait d la cogner, quelle aurait aim a, mais cest trop tard, il a perdu le contrle. Et comme il ne limpressionne plus, au lit il ne la fait plus jouir non plus ; elle le mprise. Bientt elle demande le divorce, il doit faire ses bagages, quitter tout ce quil a pay et verser la pension, juste pour voir les gosses quelle aura toute la semaine pour monter contre lui.

    Do le culturo-mondain pour chapper cette fatalit. Accder llite pour choper des meufs par le levier de la fascination collective et pouvoir en changer, souvent, avant que a tourne au vinaigre.

    Et parce quil faut bien que loffre sajuste la demande, comme sur tous les marchs, elles sont l aussi les hordes de ptasses du semi-prostitutionnel : mannequins serveuses mi-temps, apprenties comdiennes, chanteuses sans voix et autres fausses gries, prtes pour la belle vie.

    Un joli petit monde qui fonctionne sur une double extorsion. Extorsion du prestige symbolique pour lui, par le mensonge de lart de masse, la fausse spiritualit. Extorsion de ses prrogatives pour elle, par la mise en avant dun physique et la simulation du sentiment.

    Fable du voleur vol que cette alliance, pour le confort, des faux mtiers de la tte et des vrais mtiers du corps, o sembotent les laideurs symtriques du semi-prostitutionnel et du culturo-mondain.

    [...] [anecdote redondante]

    Dans ce joli milieu, celle qui possde lavantage suprme cest la belle fille de riche. Elle, comme a dj la rente, elle est libre de se donner pour rien ; elle le fait donc pour beaucoup plus cher. Son kif, bien plus vicieux que la simple extorsion, cest de sduire lhomme de valeur, le puissant, le pur... et de le dtruire. Comme lartiche elle sen fout puisquelle a dj tout, son sport favori cest de voler lhomme de lautre, puis jouir du plaisir pervers de casser son jouet.

    Ah ! si Bertrand Cantat avait t un peu moins vert. Ah ! sil tait mont plus souvent Paris...

    Faut-il donc que les plus grands hommes prissent toujours loccasion des femmes, et quelles ne soient, pour ainsi dire, sur la terre que pour leur perte ? Je ne mtonne plus que le Saint Esprit avertisse si souvent les hommes dviter la compagnie des femmes. Car cest dans cette vue quil est crit : Ecoutez-moi, mon fils ! Rendez-vous attentif aux paroles de ma bouche ! Que votre esprit ne se laisse point emporter dans les voies dune femme, et ne vous garez point dans ses sentiers : car elle en a bless et renvers plusieurs, et elle a fait perdre la vie aux plus forts. Sa maison est le chemin de lenfer qui pntre jusque dans la profondeur de la mort.

  • Hlose Abailard, lettre quatre, version Dom Gervaise

    [...] [blague foireuse Noir Dsir / Supertramp...]

    Sur lindignit quil y aurait parler de ce drame intime, je me posais la question jusqu ce que je voie Lio la tl (ctait bien avant le numro hallucinant de la mre dans Elle et Paris-Match). Le cynique est un naf qui se soigne, il garde toujours une roublardise de retard sur le tartuffe-n, compar lui cest un gamin. Javoue que jai march chez Ardisson, Lio, quelle pudeur ! avec sa voix de vieille fille engourdie : Dsole Thierry, mais je refuse den parler (tu comprends, une amie si chre, quelle douleur...)

    Oublies en une seconde les photos de son accouchement vendues comme Pamela sa nuit de noces, pour nourrir les gosses (ctait a ou bosser, et quand on ne sait rien faire, peine chanter...), jusqu ce que je dcouvre, le lendemain, quelle tait trop affecte pour parler de la mort de son amie Tout le monde en parle ... parce quelle avait ngoci un contrat dexclusivit avec un autre animateur-producteur ! Lio, lex-Lolita en fin de course vire mgre portugaise, comme jaime quand les demi-mondaines de la demi-culture nous expliquent la dcence et la vertu !

    Rcapitulons : la mre sort le bouquin, lex-mari le film, Lio monnaye ses confidences, on imagine France 2 bientt, le dimat... Pourquoi serais-je le seul ne pas me faire un peu doseille ? Parce que je ne fais pas partie de la grande famille ?

    Mais reprenons au dbut. Alors que la canicule dcimait quinze mille vieux un peu partout en France, un chanteur de rock tuait sa matresse comdienne Vilnius. Premire remarque, ces deux faits en apparence sans rapport sont deux consquences de la drglementation no-librale : la liquidation des hpitaux publics comme remake du dmantlement de la SFP. Le vrai scandale de Vilnius, plus grave que ce sordide fait divers, cest la dlocalisation dune production de tlvision nationale sur une hrone des lettres franaises, Colette, dans le seul but de faire travailler le moins de techniciens franais possible. Visiblement dans cette affaire, seule la famille Trintignant na pas t dlocalise, elle tait mme au grand complet (dans la famille Trintignant, je demande la mre, le fils, la fille, le petit-fils...) et les mmes qui affichent leur soutien inconditionnel aux intermittents du spectacle collaborent en douce leur mise au rencard.

    Ca commence par une histoire de fesses et de femme battue ; une sacre drouille ! qui file comme un coup de vieux Joey Starr, soudain petit joueur avec son pauvre singe et son htesse de lair. Entre parenthses, heureusement que Cantat nest pas arabe, dans le climat actuel on rtablissait la peine de mort ! Dommage aussi quil ne soit pas juif, il aurait pu crier lantismitisme...

    Une femme battue... et qui en meurt. Nous avons droit dans le journal un beau rcit de crime passionnel, de la plus pure mythologie rock et cinma. On pense Syd Vicious, ce sacr Jerry Lee... mais dj Amlie Nothomb nest pas du tout daccord :

    [...] [extrait interview A.N. peu intressant, suivi de commentaires plus aigres que pertinents]

    La cure fministe est lance. Linoxydable Gisle Halimi y va de son petit papier, un priodique fort tirage titre : Les femmes ont peur ! (Peur de quoi ? Dtre tue dans un palace par une star du rock ou de finir vieille fille avec un chat dans un deux-pices ?)

    Quelques statistiques pour calmer les esprits : les femmes tues par leur conjoint sont au nombre de 72 en France, pour lanne. A titre de comparaisons, on dnombre dans le mme temps 86000 enfants maltraits, 800 adolescents qui se suicident (deux tiers de garons), plus 300 qui meurent dans des accidents domestiques. Six tues par mois, cest peine plus que les dcs en delta-plane, moins que les morts en salle de bain (la France compte par an 18000 accidents de ce type). Ramen une population globale de soixante millions dhabitants cest insignifiant ; on est trs loin du flau national, des 11600 femmes qui dcdent dun cancer du sein. Mais pour ne pas trop sloigner du sujet, sest-on pos la question de savoir combien dhommes meurent chaque anne cause dune femme qui leur a bris le cur ? Concidence trange, la mme semaine, Mathieu Gheux, vingt-huit ans, se pendait pour une fille, il tait lectro sur mon film ; personne nen a parl. Et pour rester dans le show-biz, nous a-t-on dit pourquoi le mec dEmmanuelle Bart stait suicid au moment de cette si belle photo fesses lair sur la couverture de Elle ? Et le pauvre Brice Fleutiaux ?

    A quand une ptition pour les cocus victimes des femmes fatales et des femmes volages ?

    [...] [citation intgrale des paroles de Ne me quitte pas de Jacques Brel...]

  • Le gros dsavantage de la violence masculine un de plus cest quelle est simple et quelle se

    voit. La violence fminine est beaucoup plus retorse, tout en verbe, dlgue, triangulaire... En loccurrence elle sappelait Benchetrit.

    Face cette arme psychologique, la violence physique du mle est surtout son aveu dimpuissance. Devant tant dhabilet, de rouerie, il arrive que ces mes anguleuses et simples, tout en motivit, soient comme les rsistants du Hamas confronts aux manipulations sionistes ; elles explosent !

    De cette dissymtrie, de ce rapport obscur et complexe, la brutalit fministe ne veut rien savoir, elle brandit son code de police, elle exige une loi, une de plus.

    La prochaine fois que vous croiserez une Chienne de garde, rappelez-vous que les puritaines amricaines ont amen la prohibition, et la prohibition, Al Capone...

    Mais revenons Marie Trintignant. Dun ct la famille Marquand, la confluence de la grande bourgeoisie et de laristocratie du show-biz. Une premire apparition dans un film de beau-papa puis actrice chez sa maman ; un pur produit dlevage, tout en privilges de caste ; a dj puis quatre maris, il parat mme quelle voulait chanter...

    De lautre, Bertrand Cantat, un produit naturel. Fils de militaire lev en province chez les bons pres. Une russite due son seul public, au mrite, sans laide de la famille et du mtier. Mme femme depuis dix ans, tout le contraire dun dcadent.

    Et cest lternelle histoire du plouc fascin par lenfant gte. Coup de foudre, il quitte femme et enfants pour venir senterrer Vilnius, attendre des semaines lhtel quelle ait fini de jouer, entoure de sa cour ; lui isol, loin des siens ; rapport dsquilibr.

    Que sest-il pass dans la chambre ? Je ny tais pas ; pas plus que jirai cracher sur Nothomb ou la mre, mais je suis sr quil ne la pas frappe pour lui voler son sac. Il a quand mme fallu quelle lui en dise des mots vexants, humiliants, dsesprants... quelle le pousse sacrment bout, le gentil nounours, pour quil voie rouge et djante. Du genre retourne chez ta femme et je vais peut-tre retourner chez mon ex , lui qui avait tout quitt pour elle. Oserais-je avancer quil a craqu, non pas parce quil tait un monstre, une bte, mais parce quil tait rest trop humain ? Trop pur pour ce milieu de pervers dgnrs o le fils joue lamant de sa mre, et quune socit en perdition ose montrer comme modles nos enfants ?

    Mais il laime, il reconnat sa faute, il veut mourir. Il est en prison, sa vie est foutue... Que veut-on de plus ? La dcence ? Certes non, la mre se rpand en dballages. La mythologie ? Refuse par la clique fministe. Que veut-on alors ?... Mais lui prendre des sous !

    Et cest l quentre en scne lignoble matre K. et sa grande opration de lobbying lamricaine. Des indices de violence dans le pass de Bertrand Cantat ? Aucun. Mais si voyons, le titre de son dernier album, Des visages, des figures, ctait prmonitoire !

    Dfigure, Marie, mconnaissable ? Mais a fait longtemps quelle tait mconnaissable pour qui se souvient delle dans Srie noire. A quinze ans, elle avait la tte de son pre. On dit quelle a d faire refaire son visage suite un accident de voiture. Allez savoir ? Dans certains mtiers physiques o svit lhrdit des charges, il faut bien recourir la fe bistouri. grce usurpe ! On est loin de Sophia Loren, ne inconnue mais belle au fond dune cour de ferme.

    Mme si on naime pas trop le rock textes pour lycens girondins, un mec perscut par matre K., a donne envie de le dfendre. Cest quil a fait son chemin dans lignominie lancien avocat de Hara-Kiri et de Pierre Goldmann, pass chien dattaque des prbendes socialistes, puis racketteur pour le show-biz et son "droit limage".

    On devrait rflchir une famille qui exprime son dsespoir par lentremise dun avocat daffaires. Outr la commande, il suffit de mettre des pices. Moi je vous file mon billet que si le clan Cantat lavait contact le premier, il disait le contraire ; pour moins cher !

    Dauthentique, chez matre K., je ne vois que sa jalousie haineuse du beau mec. Ecoutez-le baver sur les un mtre quatre-vingt-dix, quatre-vingt-cinq kilos du bel ange. Avec son physique de hyne que peut-il savoir de la passion ? Lui, quand une femme se jette sur lui, cest quil lui a fil un faux billet !

    La question que chacun devrait se poser avant de ramasser la premire pierre, cest : Ai-je dj frapp une femme ? Moi oui, trois fois (cest peu pour le pitbull des lettres franaises ) ; une gifle Julie, une autre Kiwi de son vrai prnom Isabelle (aprs elle me fit sa meilleure pipe). La seule que jai drouille vraiment ctait Zina, une enfant gte du show-biz, galement junkie notoire, qui faisait

  • premire fille chez madame Claude ses heures perdues, par plaisir. Pauvre de moi ! Elle mavait mis le grappin dessus lpoque o je frquentais encore les six de la rue Daumesnil, ctait leur modle toutes, une lgende. Tout ce que les autres peinaient amasser, elle lobtenait en claquant des doigts, et elle le gchait. Je suppose quelle avait fait de moi sa chose parce quelle me trouvait encore un peu pur. Son jeu ctait de me rendre fou de jalousie. On tait au lit dans son deux-pices dentretenue Neuilly, le tlphone sonnait, elle me disait dune petite voix peine quun micheton allait venir, quelle devait le recevoir absolument, pour largent, quil fallait que je me cache dans la salle de bains, vite ! Aprs, si jtais bien sage on achterait des choses ensemble... Et moi qui tais son chien, je mexcutais. Cach dans le noir, assis sur le bidet inconfortable, je lcoutais baiser avec le vieux sans visage, fou de haine. Ensuite elle revenait mouvrir, rayonnante, les billets la main et me lanait pour me finir : Tu ne trouves pas que a sent le sperme ? Un jour quelle mavait fait pire, je ltranglai, elle tomba au sol. Pench sur elle, genoux, je la crus morte, je la secouai, dsespr... Elle toussa, elle rouvrit les yeux... pour se remettre rire ! Alors je devins vraiment fou, je la cognai, je la cognai... comme dans un rve... un cauchemar. Finalement cest un autre qui la tue. Les gendarmes sont venus minterroger avec leur machine crire, jtais sur la liste des suspects. Rien voir avec lamour, une histoire de dealers de la bande de Clichy quelle avait balancs et qui stait vengs. Un jogger la dcouverte au matin du 14 juillet dans un bois vers Meudon, gorge. Elle avait d sacrment se dfendre, les gendarmes mont dit quelle avait tous les doigts briss. Quelle fille ! Et quelle vilaine fin pour cette ex grande amie de Carole Bouquet.

    Comme les femmes, les bourgeois sont trs forts pour condamner la violence physique... quils provoquent. Connus pour leur lchet, ils exigent, malins, que le duel ait lieu avec leurs propres armes : les mots. Le verbiage, la manipulation mentale cest le truc du socialement dominant. Ex enfant battu, jai un profond dgot pour les coups, cette dfaite quest la perte de matrise de soi, cet inquitant got de sang qui vous coule du nez vers la bouche... mais il faut savoir ce forcer. Ca fait tellement de bien, parfois, de botter le cul dun merdeux qui vous a manqu et qui croit pouvoir sen tirer en alignant des phrases...

    Je crois quil y a dans lacharnement de la clique matre K. une vraie haine de classe, de caste, communautaire. Jexagre ? Bertrand Cantat, malgr sa russite, dtestait le monde du spectacle ; malgr sa thune, il habitait une petite maison dans les Landes. Authentiquement de gauche, il avait dit quil ne voterait pas Jospin aux lections et, coquetterie suprme, il avait pris soin de prciser quil refuserait daller chanter en Isral... Dcidment tout pour se faire har par ces gens.

    Mais lhistoire nest pas finie. Aprs le dlire fministe, le dballage crapoteux, la haine de classe, la mre nous sort un livre crit la va-vite pour se faire au passage quelques centaines de briques en attendant les droits tl. Un livre ignoble qui exalte la vengeance tribale. Rien quen photo, elle fait peur la bourgeoise vengeresse ! Toute trafique, soixante-cinq ans a lui fait la tte de Christophe Lambert ! Dsinformations, manipulations... Elle mobilise tous ses rseaux pour faire pression sur le procs, foulant aux pieds le droit et le pardon chrtien, dcidment en dshrence depuis laprs-guerre. La douleur mise en scne qui tourne lextorsion de fonds, a ne vous rappelle rien ?

    Heureusement, face a, pour nous redonner espoir, il y a Kristina. Kristina Cantat, lpouse venue de lEst, la "femme nouvelle" des pays socialistes duque lancienne, avant la chute du mur et larrive des putes. Kristina tout en retenue, en compassion, en grce ; Kristina du pardon et de la comprhension tandis quon lui vole son mari, quon lui brle sa maison (merci les fministes hystriques pour ces appels au meurtre).

    Pour juger un homme, ne doit-on pas commencer par regarder sa femme ? Moi je dis quun type qui a vcu dix ans avec Kristina a forcment un bon fond.

    Dun ct Nadine, vieille harpie fministe, manipulatrice, cupide et haineuse, de lautre Kristina, abandonne, silencieuse et compassionnelle. Laquelle des deux, selon vous, incarne lhumanit ? Il me semble que a crve les yeux.

    Comme aurait dit Lon Bloy pour sauver la morale, Vilnius, cest son chtiment pour stre laiss sduire par les sirnes du show-biz. Mais peut-tre croyait-il pouvoir la tirer de l ? La sauver ? Mais, mon Dieu, on ne se mfie jamais assez de ces jolies bourges branches qui ont tout, ce sont des tueuses !

  • 7

    Les gays

    une solution ? Chapitre o je me pose la question... avant dy rpondre par la ngative.

    Je pense toi, Chreau, Andromaque de pissotire, tes mois crpusculaires, ton romantisme de carton-pte et ton esthticaille de banlieue ; et je pense ce que Nietzsche disait du romantisme wagnrien, qui sapplique si bien toi, imposteur de lesthtisme froid. La louche hystrie, disait Nietzsche, clbre la puret et le cynisme, la sentimentalit bte.

    Guy Hocquenghem, Lettre ouverte ceux qui sont passs du col Mao au Rotary

    Cest vrai quelles nont jamais t aussi jolies, les filles. Les petits films cochons des annes 30 nous les montraient boulottes, la jambe courte et le bras gras ; les images de Woodstock et de la libration sexuelle 70, asperges genoux cagneux, boutonneuses votes aux petits seins blettes ; mais depuis les annes 80, luniversalisation des corn-flakes et la pratique assidue du sport leur ont permis de mieux grer ce subtil mlange de muscle et de gras...

    Ainsi voit-on fleurir dans toutes les couches sociales plthore de ces adolescentes au corps longiligne, tonique, avec de belles fesses rondes et de gros seins dont se contentaient de rver, dans les annes 50, les camionneurs amricains.

    Autre volution galement venue doutre-Atlantique, lintriorisation de cette fantasmatique lutte des sexes vhicule par le protestantisme fministe, et qui les a peu peu fermes la rencontre, laventure.

    Partout des filles belles mais incapables daimer. Quoi de plus dstabilisant pour les garons une poque qui, paradoxalement, incite toujours plus de consommation sexuelle ?

    Allez vous tonner, aprs a, que nos jeunes mles, pour chapper ce casse-tte, finissent par se dtourner des belles garces et quils deviennent homos.

    Mais dabord, pour partir sur des bases saines, tre homo, quest-ce ?Sur ce sujet aussi, osons la radicalit. Nen dplaise aux idologues, en matire de sexe et quels

    quen soient les ressorts cachs, cest la queue qui dcide. Do ma dfinition frappe au coin du rel : un homo cest un type qui bande sur le cul dun mec.

    Jen parlais, lpoque o nous tions amis (avant quil mencule sur le livre que nous avions crit ensemble) avec le grand penseur Victor Aublack ; Aublack, vous connaissez ? Ce fort mauvais pianiste devenu critique (cest logique), aujourdhui champion de la lourdeur tnue et autres paradoxes systmatiques o le petit fait grand, o le vide se ralise par le trop-plein... Sous ses doigts gourds et son style emphatique, vingt ans dj nimporte quelle sonate en do majeur finissait endommage. Allez vous tonner, aprs a, que ce lieutenant Colombo de la dialectique ait fini l o il est : bonimenteur pour mnagres, vantant le gnie mconnu du Titien et autres grands classiques dans les pages du plus corrupteur des magazines fminins.

    Il ne faut pas mentir, ladolescence est la priode des expriences, et chez le futur intello qui sinterroge sur les mystres du monde, la question de lhomosexualit, parmi dautres, se pose sa conscience. Que ce soit pour sen faire une ide exacte, pour se rassurer sur lui-mme (tant quon na pas essay, comment savoir si on nen est pas ?), le jeune lesprit enfivr en tte un jour ou lautre. Soit dhomme homme, discrtement, soit sur un mode plus fun, par la bande : triolisme, partouze... Une aventure qui finit le plus souvent enfouie lge adulte dans un pass honteux.

    Bref, Aublack et moi, forts de notre maigre exprience, tions tombs daccord : pendant lacte nous avions d, lun comme lautre, pour ne pas dbander (autre constat mcanique dvidence, il faut dabord bander pour pntrer), fermer les yeux trs fort et penser une femme. Dinstinct, sans nous concerter, nous avions eu recours au mme subterfuge pour mener la visite son terme. Quand lenculade passive, ni lui ni moi navions trouv a suffisamment agrable pour avoir envie de recommencer. Conclusion

  • sans appel : nous ne bandions pas sur un cul de mec, ni sur sa bite, nous prfrions le cul des filles, leurs seins, leur bouche... cest a qui nous attirait, nous ntions pas homos, point.

    Une approche littrale qui nexplique pas pourquoi dans le mme temps, autour de nous, les vocations se multipliaient.

    Sur cette multiplication des fiottes dans nos social-dmocraties urbaines occidentales, tentons, tantouzes tentons, quelques explications.

    En premier, jinsisterai sur les ravages du fminisme, cette politisation stupide des rapports hommes/femmes, imite de la lutte des classes, qui a rendu si compliqu, si angoissant, un abord du sexe dit faible qui ltait dj terriblement (cf. chap. 6). Si bien que, de guerre lasse, de plus en plus de jeunes gens se tournent vers lhomosexualit, comme pis aller.

    Une homosexualit qui nest pas sans rappeler celle des Arabo-berbres du bled qui baisent un peu entre eux parce que la stricte observance des rites de la conjugalit classique leur interdit la frquentation des filles. Une sexualit contrarie qui, additionne une pubert prcoce, produit ce cocktail de dsirs explosif dont savent si bien se dlecter nos touristes sexuels, passionns du Maghreb. Comment un jeune qui passe son temps se retenir refuserait-il surtout si on y ajoute un peu de monnaie taux fort de se laisser sucer, puis denculer le gentil arabophile grand admirateur de lcole de Tanger ? (Et plus si affinits.)

    Une homosexualit par dfaut, aux antipodes de celle produite chez nous par la pub, sa banalisation du corps fminin. Ce harclement dune nudit tale sans mystre comme autant de pots de confiture, dont on avait bien envie quand, interdits et cachs, il fallait les voler sur le haut de larmoire...

    A loppos de cette homosexualit traditionnelle et virile incite par les rapports Nord-Sud, et quon retrouve un peu chez nous dans les vestiaires du judo ou du rugby (voir le calendrier du Stade Franais), une autre cause plus dprimante : la sexualit du fils n dune mre masculine et dun pre mou, le plus souvent ex soixante-huitard et absent.

    Comme il est dit dans ltonnant Fight Club (le cinma US grand public dlivre souvent, en contrebande, des messages bien plus subversifs que notre risible cinma estampill "engag transgressif") : Nous sommes une gnration dhommes levs par des femmes, je ne suis pas sr que la femme soit la solution de nos problmes.

    Une pathologie parfaitement dtecte par Brad Pitt qui gnre outre le judasme ces deux autres maladies de la mre abusive que sont la pdophilie (selon les tudes cliniques, la moiti des cas de pdophilie masculine proviennent denfants abuss devenus abuseurs, lautre de fils victimes dune mre virile omniprsente) et lhomosexualit. Constat difficile nier : l o il y a un fils sa maman et pas de papa, clt souvent une tante.

    Dernire cause identifiable selon moi, la moins vidente mais la plus massive : la fminisation de lhomme par la fminisation de sa praxis, comme disaient les marxistes. Lemploy de bureau, le vendeur, force de faire un mtier de femme, finissant par se comporter comme une femme. Dabord bon petit consommateur psychologisant dpolitis, puis carrment sodomite. Do la multiplication des gays dans les socits qui font la part belle au secteur tertiaire ; partout o les fleuristes, les designers tendent devenir plus nombreux que les agriculteurs et les ouvriers mtallurgistes. Une mutation sociologique qui fait de lhomosexualit plus quune simple orientation individuelle : une maladie de classe et du rapport de production.

    Ainsi, ce nest peut-tre pas un hasard si le parti socialiste, aprs avoir lch les ouvriers, a rencontr fort logiquement les gays sur le chemin de son lectorat. Pas un hasard non plus si les hommes rcemment transplants de socits patriarcales traditionnelles, comme au Maghreb, ressentent dinstinct notre no-matriarcat no-capitaliste comme une socit de gonzesses et denculs. Je ne juge pas, jexplique.

    Le gay, nouvelle catgorie sociale ? Cette assertion devenue banale appelle quand mme une remarque de taille. Dans la sphre publique, un individu se dfinit premirement par sa source de revenus : ingnieur, mdecin..., son activit de loisirs : vliplanchiste, philatliste... tant mentionne en second. Ainsi, on ne dit pas : bonjour, je suis htro mais bonjour, je suis le plombier . Ce qui nempche

  • pas de glisser plus tard dans la conversation, si les liens se resserrent au hasard des affinits lectives et le dimanche je frquente un peu la piscine , voire les pissotires...

    Prcision qui permet dobjecter que se prsenter demble comme gay dans le monde social ne fait pas de lhomosexuel lquivalent de lhtrosexuel mais de lobsd sexuel. Celui dont lactivit principale, le rapport lautre est dabord motiv par le sexe, qui voit tout par le cul, une bite dans la tte. Do sa misre culturelle et le lgitime dgot populaire quil suscite.

    Une mise en avant, frivole et agressive, qui diffrencie nos gays actuels par ailleurs petits-bourgeois liberticides et scuritaires des homos lancienne qui savaient, par leur dlicatesse, charmer les petits gars comme moi...

    Je dois avouer ce stade que mes prgrinations dans le Paris de la fin des annes 70 me menrent un jour rue Sainte-Anne, chez un dcorateur en voie de marginalisation qui, contre de menus travaux darpte sur ses rares chantiers (stands de salons, vitrines dagences...), me laissa bientt dormir dans sa salle dattente sur un grand boudin pop qui faisait office de sofa. Ce bon J.C. cest comme a quil se faisait appeler de la famille du musicien Vuillermoz, et qui logeait deux pas du Sept...

    Pour un ex enfant mal aim, forcment post-adolescent problmes, ctait tellement agrable de mentendre dire que jtais bandant et beau mec . Une communication tellement plus facile quavec les filles, si compliques, surtout quand on est pauvre, vir des botes show-biz et quon dort sur un canap.

    Alors la bote homo lpoque, ctait le refuge du proscrit, du diffrent ; et diffrent ma manire je ltais. Je tranais donc rue Saint-Anne au club Sept de Fabrice Emaer, o je ctoyais sans problmes des tres dont je me sentais proche, trouvant naturellement ma place parmi ces personnages qui navaient pas encore opr la jonction avec le monde vulgaire des piciers du spectacle et de leurs vedettes. Cocteau, Visconti, Pasolini, Genet... cest de ces gens-l plutt que se rclamaient ces bourgeois lgamment dpressifs, ces marginaux inspirs unis dans une sorte de fraternit trans-classe et le mme got du risque, sans lequel toute vire nocturne tourne invitablement la soire promo (avec open bar de 21 22 heures).

    Une nuit diffrente en vrit, loin de celle des demi-putes menteuses et de leurs mentors du Sentier, o rien ne se jouait avant cinq heures du mat, avant que les brouillards dalcool et lappel de la dchance naient donn tout leur sens aux rites de la vie transgressive.

    Cest dans ce contexte, aujourdhui disparu sous la brutalit de la mauvaise coke et les sonneries criardes des tlphones portables, que je rencontrai quitte tonner le con de Ttu, linculte communautaire arriviste si avide de bnficier du nouveau lobby Jacques Chazot et Guy Hocquenghem, Didier Lestrade et son frre Lala, Vincent Dieutre et Copi, Philippe Krootchey (qui apprciait beaucoup mon talent demballeur de belles bourges, notamment une certaine Fluvia dont il me reparla longtemps) et Jenny Bel-Air ma copine, dont la joie et larrogance forces me touchrent demble, tant transpiraient sous le masque de cette brutalit pudique les misres dune origine modeste et les blessures denfance.

    Te souviens-tu Jenny de notre petit jeu ? Quand toi et moi cest vilain pissions dans des coupes vides avant de les abandonner, juste pour le plaisir de voir quel pique-assiette, croyant laubaine du champagne gratuit, allait en douce y baigner ses lvres !

    Outre le plaisir de se sentir dsir, le charme de lclectisme, la bote homo tait aussi lidal pour emballer les filles. Et au Sept il y en avait des filles ! De la mannequin new-yorkaise la bourgeoise djante, les plus belles, les plus riches taient l. Face ces aventurires authentiques, ma technique tait toujours la mme : jouer au jeune homo qui veut essayer lamour par les voies naturelles, pour la premire fois. Emues que lgar ait jet son dvolu sur elles pour rentrer au bercail, elles faisaient le boulot, flattes et attentives. Un vrai rgal ! Le contraire de la ptasse moderne.

    Les soirs o la culture lemportait sur le dsir, la fte, pass six heures, se poursuivait en face du Piano Club de la mre Iseult, ex premire htesse dAir France et sacre pochetronne, autour du plat unique, spaghettis ou chili, discuter art et politique avec Hubert Goldet, Jurgen Osterlo et autres cratures mortes avec leur poque. Une poque o une ex dame-pipi du Palace et un DJ dcolor ne tenaient pas encore les rnes de la jet-set tlvise.

    Une nuit qui finissait souvent au matin, dans quelque appartement sublime dun hritier dglingu ou linverse avec le surnomm Roger la honte en matre de crmonie ; vrai fils de potentat africain (que je recroisai quinze ans plus tard lANPE du XIII, toujours affable et souriant, le cou ceint dune magnifique charpe blanche en Crylor), Roger qui pour lheure employait tout son zle organiser la

  • partouze dans le seul but denculer, lusure, au finish, tel ou tel jeune premier, comme le loup dans La chvre de monsieur Seguin. (Le kif de lhomo tant depuis toujours de dvoyer lhtro rtif.)

    Mais je memballe, je mexcite. On est loin de la misre sexuelle et des gays daujourdhui, qui ont russi ce tour de force de transformer le plaisir de la fesse en morale et en militantisme.

    Dire que les folles avaient investi la politique aprs Mai 68 du temps des Gazolines et du FHAR pour mettre un peu de cul dans le gauchisme, cette maladie infantile de la bourgeoisie, cette hyper-politisation de ladolescence qui dboucha sur larrivisme coinc des Glucksmann, Bruckner et autres BHL... Dabord faux rvolutionnaires marxistes puis vrais flics, nous donner depuis trente ans des leons de servilit dans Elle et The Fist (version franaise).

    Des homos dhier aux gays daujourdhui, on est pass de lhomosexualit comme subversion lhomosexualit comme norme revendique. Pour comprendre ce processus, un brin de critique idologique.

    Assimilant un peu htivement le couple htro (nature) au couple bourgeois (histoire), les homos 70 en dduisirent que le couple htro tait ractionnaire, quil fallait donc tre pd pour tre progressiste. Erreur typiquement bataillienne et gauchiste qui fonde la morale sur la transgression plutt que sur la production, au point de finir par ngliger la part exploiteuse et parasitaire de la bourgeoisie.

    Si bien que le jour o ces folles fatigues optrent pour la norme gay, elles redevinrent de bons bourgeois tout aussi bourgeoises que les htros abandonnant, sans le moindre scrupule, la subversion pour la respectabilit : pouvoir dachat et modration politique...

    Do le rle dAct Up pour ceux qui rechigneraient suivre la ligne du "gay nouveau". Cette milice communautaire assurant, comme toute milice, la police en interne et la propagande face au monde extrieur ; mentant face aux mdias sur ce quest lhomosexualit dans son irrductible diffrence ; cognant sur la dissidence, et notamment le barebacking, cette fronde intra-communautaire mene par ceux qui souhaitent revenir la transgression fondatrice, quitte rappeler, comme Genet, que le pd est un tre la sexualit intrinsquement morbide, puisque non reproductive ; le membre dune communaut fatalement risques dans le bouillon de culture des back-rooms. Tout le contraire, en fait, de ce gentil petit-bourgeois propret et raisonnable bientt mari et bon pre de famille, en qui Act Up exige quil se travestisse !

    Difficile bien sr de tenir ce genre de discours de vrit face au reprsentant communautaire officiel. En gnral siden intouchable, comme hier lintellectuel russe dissident forcment intellectuel puisque russe et dissident , comme aujourdhui encore (et pour combien de temps ?) le traumatis de la Shoah de quatrime gnration.

    Je lai bien connu, moi, Didier Lestrade ; le rigolo, lhomme de talent, ctait son frre Lala (Lala et ses Lalettes qui chantait sur la scne new wave de 1978 Lavomatic cest si pratique et Petite fille dAlger, avant de se retirer dans lombre du petit malin Billy Boy, grand collectionneur de poupes Barbie...). Didier, lui, ctait le triste, le Frolot des tapettes. Est-il permis de supputer que le port obligatoire du prservatif, cet interdit du contact impos par lpidmie fut aussi lalibi mdical dun dgot visible pour le corps et le sexe ?

    Ce petit politicien du virus, depuis le temps quil nous harcle avec sa sropositivit comme dautres exhibent leur pass Mao et leur antifascisme ! Est-ce que je lui jette la gueule, moi, pour me faire entendre, ma belle hpatite C ?

    Derrire cette triste moutonnerie gay menant au ghetto (cest peut-tre pour a que le pouvoir les a parqus dans le Marais ct des Juifs, pour qu la prochaine rafle la police nait faire quun voyage !), la seule explication sensible, gnreuse, cest la peur. Peur de la solitude dans un monde sans femme et sans enfants. Peur des femmes de plus en plus masculines et brutales. Peur de la violence ultra-librale et ses consquences sur la prcarit, linscurit... Face toutes ces drglementations, cette monte des prils, on se rassure par luniforme, comme dans les annes 30...

    Alors les gays, une solution ?

  • Pour ce que jen connais, cette pratique pose quand mme un gros problme dhygine. Pardon dinsister sur cet aspect trivial, mais lhomosexualit se dfinissant dabord par la sodomie, pour quelle soit efficiente, avre, il faut qu un moment, lun dans lautre on sencule. Do problmes en cascade : merde plein les draps, hmorrodes, risque de sida... Ca me rappelle ce petit matin o, avec Vincent Dieutre, nous avions ramen une fille et un garon dans son studio de la rue dOrmesson. Une petite-fille Tolsto, de la famille du grand crivain russe, et un type anonyme ; quimporte, au lit cest du pareil au mme. Alors que je prenais ma partenaire lancienne, par les voies gnitales, mon vieux copain qui ntait pas encore le Garrel des pousse-crottes entreprit symtriquement denculer le sien. Et comme lautre avait visiblement du mal se dtendre, il saisit, impatient, le premier lubrifiant qui lui tomba sous la main : un flacon de Mixa Bb ! Touillage, taraudage... le shampoing doux fit son office mais bientt, force daller et venir, une abondante mousse jaune se mit fumer de lorifice. Une mousse jaune la merde tandis qu chaque sortie, son gland champignonnesque (tu tais bien mont, Vincent) extrayait, comme une excavatrice, quelques petits grumeaux. Ctait dj peu ragotant, mais quand, aprs la petite fte, lencul se remit sur le dos pour rcuprer, un demi-litre de jus dtron liqufi par [le shampoing et] le sperme lui dgorgea du cul pour sincruster dans le matelas. Ca, plus la mousse et les boulettes, a puait fort dans la chambre, et je fus bien heureux de pouvoir vite rentrer chez moi pour dormir au sec.

    Pire, et pour lever un peu le dbat : aprs avoir cru stre dbarrass de lautre incomprhensible de lautre qui ne gagne plus tre connu depuis que les poules ont des dents , en rglant par lhomosexualit la fameuse "incommunicabilit", lhtro converti se retrouve en couple avec le mme... pour raliser quil na fait que multiplier le problme par deux !

    Dans les rapports dhomme homme lancienne, au moins chappait-on toute cette merde par la camaraderie, ce rgne masculin de laffection sans corps fonde sur les qualits dme, loin du dsir bestial et des grossiers mensonges de la sduction. Mais maintenant que le sexe est partout, nous, hommes ns pour la transcendance et lthique, vivons sous le joug gnralis du dsir et du vice. Plus aucun refuge, plus de paix. Que ce soit dans les botes ou dans les bureaux, on ne peut plus tourner le dos un collgue sans quil rve de vous la mettre. Et en plus de la concurrence dloyale des garces, on doit redouter aussi tous ces petits Steevy qui montent avec leurs fesses.

    Il y avait une issue morale lamour htro : lenfant, nouveau venu qui sublimait le dsir du conjoint dans lamour de la famille et du gosse. Mais sans ce but reproductif, le sexe pour le sexe au fil du temps se rduit au vice. Une drogue qui exige, comme toute drogue, quon augmente les doses pour en maintenir leffet. Pipe, soixante-neuf, enculade, double pntration, fist-fucking, triolisme... De plus en plus compliqu, de plus en plus tordu, alors quen avanant dans lge le corps est de moins en moins souple.

    Dsormais insensible aux rites chrtiens de lamour partag : petit Jsus, sapin, cadeaux..., la transgression sinstalle en matre. Dabord le sexe affirmation de soi, puis ngation de lautre, de sa puret, de son innocence... dans une frnsie destructrice qui peut conduire au pire : satanisme, pdophilie... On commence par se faire sucer pour voir, puis fouetter pour rire avec une cagoule, et on se retrouve inculp de complicit de meurtre dvaler les cercles de lEnfer. Toulouse ! Nenette !...

    Mais le plus grand non-dit de la gay-itude, cest le lien entre chair frache et pouvoir dachat. Ici encore plus quailleurs, malheur aux moches et malheur aux vieux pauvres.

    Aprs les annes folles, le corps ferme, les fesses fermes, la queue dure... ceux qui ont du pognon se retirent dans leurs biens. Les malins qui ont pris soin de se construire une double-vie, maris, pres de famille, vieillissent entours denfants ou mnent une vie de bourgeois globe-trotteurs au Maroc, en Thalande, aux Philippines... o ils font des dons aux orphelinats. Les cigales, elles, qui vivaient de leurs charmes se retrouvent bientt seules, bonnes pour le cimetire des lphants.

    Avez-vous remarqu ? Aucun dchet ni rebut dans les cafs gay du Marais. que du jeune branch. comme chez tous les dcadents, dans ce milieu on laisse tomber les vieux. O finissent-ils ? Loin du centre, dans les bars des ruelles montant de Pigalle aux Abesses o ils tranent en pantoufles, vieilles poupes velues alcooliques qui nont plus pour copains que les autres paves htros du quartier ; les derniers finalement les frquenter.

  • Aprs avoir un peu amus la galerie, ils ont descendu marche aprs marche lescalier de la dchance : Chippendale puis sosie chez Michou, et maintenant suceuse dente en studio au milieu des souvenirs kitsch et des photos jaunies.

    Un parcours qui nest pas sans rappeler celui de La Goulue, qui elle aussi fit tourner les ttes avant de sadonner, pour survivre, toutes sortes dactivits de foire : voyante, dresseuse... pour finir sur un terrain vague, clocharde obse dans sa roulotte, faute de navoir pu se faire faire, du temps de sa splendeur, un ou deux gosses pour toucher la pension.

    Homo ou htro, la fin est toujours la mme : les bourgeois avec les bourgeois, les pochetrons avec les pochetrons. Tu le sais toi, Jenny, que lenculade nabolit pas la lutte des classes ! Quant mon homophobie suppose, cette petite lettre, parmi dautres, vous montrera quelle se discute...

    Monsieur Soral,

    Voil quelque temps que je souhaitais vous envoyer un message et la rediffusion de lmission de LCI Un livre, un dbat ma dcid vous crire ce soir.

    Je ne vais pas entrer dans les dtails, mais simplement vous dire quel point je suis satisfait quand je vous entends donner votre point de vue sur le communautarisme "gay", terme dailleurs que je nemploie jamais.

    Limage vhicule par ce que je me plais appeler "la branchitude tarlouzienne" ainsi que ses revendications nest certainement pas le meilleur moyen pour tre "intgr". Encore faudrait-il pour tre intgr ne pas sidentifier une communaut. Dailleurs, parlons-en de cette communaut... Ceux qui en font partie prtendent lutter contre lintolrance, mais ils sont pire que ceux contre lesquels ils prtendent lutter. Il suffit pour sen rendre compte daller faire un tour dans le Marais et essayer dentrer en contact avec eux, voire de sympathiser. Si lon nentre pas dans la norme de certains critres quils ont dcids, cest lexclusion pure et simple. Il suffit aussi daller faire un tour sur les sites de rencontre, en particulier les "chats". Cest gerber, tout simplement. Je regrette que les responsables dassociations prtendent parler au nom des homos. Je ne suis pas convaincu que la majorit soit en accord avec eux, cest pour cela que jai toujours un certain plaisir vous couter lors de vos passages dans les mdias.

    Pour ma part, je nai bien entendu jamais fait partie de cette communaut, ni dune association, et je nai pour autant jamais eu de problmes pour tre accept des autres, bien au contraire.

    Nous aurons bientt droit une loi pour punir les propos homophobes... Jusquo iront-ils dans la connerie ? (...) [coupe dorigine]

    Voil Monsieur Soral. Jespre que ce message vous dmontrera quil y a certainement beaucoup dhomos qui ont de la sympathie pour vous. Cest mon cas et je suis convaincu de ne pas tre le seul.

    Bien vous. Pascal

    Si cest pas de lamour.

    8

    Misres du dsir

    chute Chapitre o je rcapitule toutes les bonnes raisons de ne pas coucher, sauf avec ma femme, plus deux ou trois que javais oublies.

    Nest-ce pas encore une misricorde de Dieu bien sensible, davoir permis que jaie t chti dans cette partie de mon corps dont la privation ne me cause aucune difformit apparente, et ne met aucun obstacle tous mes exercices, tandis quelle porte la sant dans toutes les parties de mon me, et me

  • procure cette puret qui est si ncessaire pour sacquitter dignement de tout ce qui se doit faire avec biensance et honntet. ainsi la grce du Tout-Puissant mayant priv de ces parties qui, par les fonctions basses auxquelles la nature les destine, ne peuvent tre nommes sans offenser la pudeur, qua-t-elle fait, sinon dloigner de moi tous les vices et toutes les salets qui empchent quon ne vive dans une exacte puret ?

    Abailard son Hlose, lettre cinq

    Parce quen cette priode de pornographie marchande gnralise, la transgression se situerait plutt dans labstinence.

    Parce que se soumettre aux injonctions de la nature est encore une soumission.Parce que le culturo-mondain est cette tentation qui pousse lhomme de talent faire nimporte

    quoi pour culbuter les filles.Parce que la sduction est un privilge de classe et quon doit, comme labb Pierre, se montrer

    solidaire des indigents.Parce qutre chaste est le seul moyen de ne pas aliner les femmes.Parce qutre chaste est le seul moyen de ne pas tre alin par les femmes.

    Et parce qutre pd revient finalement au mme en plus sale...Le dsir et la misre ne font quun.

    Ajoutez a le risque dattraper ces maladies pullulantes et tenaces ; la frustration du

    prservatif qui supprime, dans les odeurs du caoutchouc, ce contact intime qui fondait le besoin de pntration ; une frustration encore aggrave par la multiplication des expriences, toujours plus laides, toujours plus vaines, limagination courant toujours plus vite que le rel... Si lon dcouvre, en plus, que ces vedettes vendues par les mdias se rvlent dans lintimit pauvres cratures manipules et dpressives finissant, au mieux, comme Brigitte Bardot dans lamour sublim des btes poils, au pire comme Marilyn dans le suicide accompagn. Si lon apprend enfin que le romantisme nest pas ce mivre loge de la sentimentalit que croient les boniches, mais la nostalgie vaine de temps moyengeux et lapologie trs adolescente de la subjectivit en raction aux progrs glaants du rationalisme, que reste-t-il au sexe, sinon dtre le seul moyen de produire des enfants ?

    Des enfants, parlons-en. En allant chercher mon pain, jassistai lautre jour une sortie de maternelle. Tableau consternant. Des mres clibataires habilles en putes : jeans taille basse sur string, talons compenss en Elastomer, mches, tatouages et piercing... flanques de deux, trois pres chmeurs dcolors, le tout rcuprant des chiards obses ou geignards aussi mal fagots queux. Dun ct des parents post-ados immatures abrutis, de lautre des enfants-rois dj consommateurs pervers. Face ce spectacle atroce qui ne pouvait que heurter une sensibilit un peu cologiste, une question me vint, brlante et pressante. Pourquoi ces parents font-ils encore des gosses ?

    Sil fallait obtenir un certificat de ladministration pour y avoir droit, se soumettre une batterie de tests socio-psychologiques comme il en va pour ladoption ou en Chine, combien auraient pass lpreuve ? Un sur dix, pas plus. Alors pourquoi ? Pour toucher les allocs ? Parce que ces absolus rats misant dj tout sur leur descendance, vivent dans le seul espoir dune slection future Pop Stars comme on joue au Keno ?

    Et cest sans doute parce que lenfant le sait quil fait tous ces caprices, quil leur joue lui aussi ds cinq ans ce numro boudeur dado prcoce vu chez Delarue, profitant fond de son petit temps de crdit avant daller, comme les autres, se briser sur le mur du chmage de masse et de la dpression...

    [...] [longue citation dune interview de Jessica, de la Star Academy 1...]

    ... Dailleurs je suis toujours clibataire, je lance un appel !

    Pourvu quelle le reste et quelle ne fasse pas denfants ! Parce quau train o vont les choses, les gosses de demain seront tous acteurs et chanteurs, au mieux tennismen. Fini les forts en thmes, plus personne pour faire le boulot !

    Afin dviter a, on peut choisir la solution Abailard. Abailard et son Hlose quon nous vend comme le sommet de lamour courtois llan du cur sublim par lpistolaire quand il sagit en ralit dune

  • sordide histoire de cur bandard, de prcepteur mascul par un oncle furieux quil ait bais sa nice sous son toit alors quil tait pay pour linstruire ! Une correspondance o la belle Hlose ne cesse de rpter son ex, entre deux rfrences bibliques, quelle a pris le voile aprs laccident pour lui obir, mais qu la messe elle ne pense quau sexe. Un dballage impudique auquel le dsormais vertueux cur et pour cause rpond sur un ton agac que toutes ces balivernes ne lintressent plus depuis quil a perdu des couilles ; allant mme jusqu remercier le colreux tonton pour cette libration !

    Option moins radicale, on peut aussi pouser ma femme ; le problme cest quil ny en a quune et quelle est dj prise, pour vous ce nest donc pas la solution.

    Alors que faire pour chapper aux misres du dsir ? au mieux la cage dore de lrotisme ? Je ne vois gure que la rvolution. Aprs la conqute des femmes, la conqute tout court, les femmes venant toujours en prime. Voyez dj Fear Factor . Aprs lalibi libertaire de lamour, le dsir de jouissance physique goste du Bachelor et autre le de la tentation , point ce retour en force du besoin de dpassement de soi dans la souffrance et leffort, comme les prmices dun retour viril au politique. Vous qui voulez frissonner, songez tous ces mchants punir, au spectacle moral dun pouvoir inique mis bas, ce fol espoir, cette belle aventure... Compare toutes ces sordides histoires de cocus, la rvolution nest-elle pas la plus belle des femmes ?!

    Mais je memballe, je divague, cest vrai que je suis l pour faire de la littrature. Enfin, au cas o, tien-toi prt camarade...