2Les problmatiques des 16-25 ans JC Richez 2009

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    13-Jun-2015

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Colloque CRAPEP / DRDJS Basse Normandie : "Quelles politiques de Jeunesse pour nos territoires ?" - Samedi 12 septembre 2009 - Documentation propose par la CRAJEP.

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Snat, mission d'information sur la politique en faveur des jeunes : tude sur les problmatiques propres la gnration des 16-25 ans et laboration de propositions concrtes.Audition 31 mars 2009Contribution Jean-Claude RICHEZ, responsable recherche, des tudes et de la formation. I Un continuum des ges - Les 16-25 ans, champ spcifique de la mission dinformation : Nous utiliserons comme point de dpart de notre concernant les 16-25 ans aujourdhui le fait que : contribution de lunit de laNous avons t associs pendant deux ans aux travaux du groupe de travail du Conseil National des missions locales sur la situation des jeunes travailleurs. Nous menons depuis un certain temps un travail sur les parcours professionnels des animateurs qui apparaissent largement comme un type de parcours dinsertion, notamment pour les jeunes issus de limmigration et de faon plus gnrale des quartiers populaires. Nous avons un partenariat rgulier avec lINPES autour de lducation la sant, et ce titre, nous participons cette anne activement la journe nationale de la prvention qui se tient cette semaine. Nous pilotons le volet jeunesse de lenqute sur les valeurs des franais qui vient dtre renouvele et dont les rsultats devraient tre prochainement disponibles. Lenqute porte sur les 18-29 ans. Les travaux mens au sein de lNJEP autour des questions de racisme et de la diversit culturelle ainsi que sur les questions dinformation jeunesse et dorientation en gnral1 Sur le contexte rappelons quelques lments de contexte qui nous semblent importants : une jeunesse qui sert de variable dajustement pour le march de lemploi comme lont mis en vidence toute une srie de travaux rcents que reprend Olivier Galland dans sa contribution-----Voir notamment Bernard Bier et Jolle Bordet, Jeunes, racismes et construction identitaire, Cahier de laction, vol 22, INJEP, 2009, Jolle Bordet et Judith Cohen Solal Coexist, une pdagogie contre le racisme et lantismitisme, Cahiers de laction, vol.19, INJEP, 2008, Ccile Delesalle, Sinformer pour sorienter : pratique et parcours de jeune, Cahiers de laction, vol. 14, INJEP2007, , paratre, Bernard Bier, De la disqualification la reconnaissance in Familles et institutions : cultures, identits et imaginaires (sous la direction de Stphane Tessier), 2009, ERS et Bernard Bier, Culture / cultures. Quelles pdagogies de linterculturel, Cahiers de laction, vol. 23/2411 ltude de la Fondation de linnovation politique consacre aux jeunes face leur avenir 2 ; une socit qui fait peu de place aux jeunes gnrations comme lont tabli les travaux de Louis Chauvel : lcart du pouvoir dachat entre un salari de cinquante ans et un salari de trente ans tait de 15% en 1975, il est de 40% aujourdhui ; le taux de chmage dans les deux ans aprs la fin des tudes tait de 4% en 1968, il est aujourdhui autour de 23% aprs avoir culmin 33% en 1994 ; entre 1982 et 2000 lge moyen dun dput est pass de 45 ans 59 ans, soit un vieillissement de 14 ans en 18 ans !!!.3-Un largissement des ges ncessaire : Par ailleurs, nous travaillons sur un champ plus large, celui des 11-30 ans, considrant que la jeunesse est un continuum et sinscrit dans un rapport entre les gnrations. Nous disposons alors : - des diagnostics de politiques de jeunesse mises en uvre par des collectivits locales ; - des diagnostics mens rcemment autour de linformation, de la participation et des pratiques artistiques des jeunes.II - Des remarques et des pistes de travail : Les cinq remarques de travail que je proposerai porteront sur : - le pilotage partenarial des politiques, - la place des jeunes comme acteurs, - la socialisation spare des jeunes, - larticulation des politiques entre les tranches dge, - larticulation entre travail social et travail ducatif. Les deux pistes de travail sur : - limportance de schmas territoriaux intgrs en matire de politique de jeunesse ; - limportance de la qualification des professionnels de jeunesse. 1 - Le pilotage partenarial des politiques : Nous soulignerons limportance dune coordination resserre entre les diffrents acteurs des politiques de jeunesse, au plus prs des jeunes, et fonctionnant rgulirement au sein dun comit de pilotage. Nous observons des diffrences qualitatives et quantitatives quant limpact de ces politiques en fonction des financements mis en uvre dans un pilotage partenarial et de son bon fonctionnement Ce pilotage partenarial en effet, fonctionne dautant mieux : - quil intgre le plus grand nombre de dispositifs et quil est le plus large possible ; quelques exemples intressants comme les projets territoriaux jeunesse dans le Bas-Rhin impuls par leVoir Olivier Galland, Les jeunes et la socit : des visions contrastes de lavenir dans Anne Stellinger, Les jeunes face leur avenir, Fondation pour linnovation politique, une enqute internationale, p.45. Voir galement lexcellente synthse de Lea Lima Les nouvelles rgulations de lentre dans la vie active dans Bernard Roudet Les jeunes en France, INRS / INJEP /PUL, Qubec, 2009, pp. 69-87. 3 Louis Chauvel, La responsabilit des gnrations dans Projet, t 2001, n266, pp.14-2222-Conseil gnral ou encore les contrats cantonaux jeunesse du Conseil gnral de Savoie ; quil intgre non seulement les dcideurs politiques mais aussi les oprateurs ; il ny a de vritable partenariat que si chacun est reconnu comme tant sur un pied dgalit.La mise en uvre de partenariats dynamiques et large permet : - de limiter les effets dempilement, de rduire les logiques de guichet et de rintroduire du sens ; - une plus grande cohrence et une plus grande lisibilit de laction publique ; - de raliser, coup sr, des conomies de moyens mme si aujourdhui nous navons pas encore dtude concrte validant cette hypothse. La ncessit de ce pilotage partenarial renvoie la fois au fait qu ce jour les comptences jeunesse sont largement partages par tous les acteurs des politiques publiques mais aussi au caractre naturellement transversal de ces politiques4. 2 - La place des jeunes comme acteurs : Nous insisterons sur : - Le rle dcisif du positionnement des jeunes comme acteurs dans la mise en uvre des politiques locales de jeunesse. Cest ce qui ressort dun certain nombre de travaux relatifs des domaines aussi diffrents que linformation des jeunes en matire dorientation, lducation artistique des jeunes et la participation. - Linformation en matire dorientation : Il est ncessaire de prendre en compte les expertises des jeunes dans lensemble de la chane dinformation comme le met en vidence le travail ralis dans une ville de lagglomration parisienne. Certains jeunes, mme trs jeunes, sont porteurs danalyse sur le systme dinformation dans son ensemble, comme on a pu lobserver au cours de cette tude. Ds lors, il sera intressant de susciter une participation beaucoup plus systmatique et lgitime des jeunes la conception, la production et lorganisation de loffre dinformation 5 Ce constat est confirm par les tudes menes dans le prolongement de ces travaux. - Lducation artistique : nous avons pu noter limportance des pratiques amateurs autodidactes et/ou en dehors dinitiatives publiques ou prives, limportance des pratiques autonomes des jeunes et de lapprentissage par les pairs : ces apprentissages entre jeunes sont la fois diffus, informels et formels. Ils soprent lintrieur du groupe, tout dabord, la pratique amateur en micro collectifs autour de projets communs permettant dacqurir des comptences techniques, organisationnelles, relationnelles, de rseaux Ils soprent au travers des changes entre jeunes et groupes constitus, les premiers venant donner des coups demains ou participer bnvolement des associations pour apprendre . Ces apprentissages soprent entre groupes constitus et associations, dans un systme dchanges et dentraide rciproques, loccasion desVoir Jean-Pierre Halter : Politiques territoriales de jeunesse et transversalit, dans Jean Claude Richez, Chantal de Linares, Francis Lebon , Agora n43, Politiques locales de jeunesse, LHarmattan / INJEP, 1 trimestre 2007, pp. 44-55 5 Ccile Delesalle, Sinformer pour sorienter : pratiques et parcours de jeunes, Cahier de laction, vol. 14, INJEP, Marly le roi., 2007 p.81.43manifestations des uns et des autres. Ce systme permet la fois de compter ses amis , de grossir la famille et, par suite, dagir sur le poids et laudience dun courant ou dun vnement 6 artistique. - Lexercice de la citoyennet, dans les dispositifs de participation, notamment des conseils de jeune : il est important que ces espaces soient des espaces de dialogue avec les lus mais aussi que leur soit offerte dans ce cadre la possibilit de mener bien des actions. Les conseils sont la croise du politique et du pdagogique mais aussi de la concertation et de laction. Ltude de Cap Berriat mene sur lagglomration grenobloise souligne que la participation sengage souvent (73% des cas recenss) travers des projets collectifs trouvant leur origine dans des proccupations quotidiennes (manques, envies.). La plupart de ces groupes de jeunes se constituent en associations mais gardent toujours un fonctionnement informel et horizontal. Les projets sinscrivent en gnral dans lespace public, ils se donnent voir et mettent ainsi en avant certaines valeurs ainsi que la question du lien social. Que leurs proccupations soient la dmocratie culturelle, la restauration du dialogue intergnrationnel ou le changement social, les groupes de jeunes dveloppent des logiques bases sur louverture. Cest--dire quils ne se limitent pas des territoires particuliers (quartier, ville) et que les actions menes sont diverses. Toutefois, il est possible de noter que la majorit des projets reprs sont dominante culturelle 7. Toutes ces observations renvoient un certain nombre de constats fondamentaux quant toute limportance de lexprimentation sociale dans les apprentissages des jeunes aujourdhui et leurs modes dengagements qui requirent une visibilit immdiate quant aux rsultats, une gratification personnelle et une dimension dutilit sociale. Etre utile voil la motivation centrale de lengagement des jeunes aujourdhui. Ceux-ci ne sengagent plus comme les gnrations prcdentes en fonction de grands idaux et dune conception du monde et pour cause ! 3 - Jeunes en difficult : socialisation spare Dans ce rapport lengagement tous nos travaux mettent en vidence des rgimes trs proches dengagement des jeunes avec cependant de vritables handicaps pour ceux qui sont le plus en difficult. Notre collgue Chantal de Linares crivait ce sujet dans un article consacr aux Jeunes en difficult , les malentendus de lengagement . Cest en tout cas ce que signifient les rponses des jeunes, publics des missions locales, les plus en difficult, un questionnaire concernant la citoyennet. 23 % des jeunes interrogs ne se considrent pas comme citoyens. Ils le justifient par le fait quils sont peu insrs et par le fait quils ne votent pas. Les moins qualifis, les moins insrs ne se reconnaissent pas le statut de citoyen. Leur conception de la citoyennet est exigeante : pour eux, tre citoyen cest tre engag. Mais cet engagement leur parat impossible. Je ne me sens pas capable de mengager actuellement pour faire bouger, changer les choses autour de moi , rpond un jeune au cours de lenqute. Leurs propos dcrivent un cercle vicieux : ceux se6 Franoise Enel, Synthse de ltude sur lducation artistique ralise par des associations, dans un cadre non formel, sur le temps pri et extra scolaire, INJEP / Veres Consultant, 2008 (non publie) 7 Jean Franois Miralles, Julien Joanny, Eva Gaillat, Olivier Andrique, Les jeunes dans la vie locale : la participation par laction, Cahiers de laction, vol. 4, INJEP, Marly le roi, 2006,4sentant en dficit de citoyennet, parce quincapables de sengager, finissent par ne pas se sentir dignes de sengager ou pas prts le faire 8 et dinsister sur limportance de laccompagnement : un apprentissage progressif pour laborer ses reprsentations du monde, valuer son environnement, les forces en prsence les valeurs que lon veut dfendre ou incarner ? . Des observations identiques peuvent tre faites dans le champ des pratiques culturelles des jeunes comme le met en vidence ltude que nous avons consacre : lducation artistique dans un cadre non formel sur deux communes de lEssonne. On assiste une diversification des profils des jeunes, dune part, et un creusement de la distance entre des jeunes en capacit dautonomie, capables de se former eux-mmes en accumulant les moyens leur disposition ; et des jeunes en errance ou exclus, pour qui se pose la question de leur insertion sociale, bien avant celle de laccessibilit la culture (une tude rcente de lINSEE montre ainsi que un jeune sur quatre, g de 18 25 ans, vit en dessous du seuil de pauvret) 9. Il existe une diversification des profils des jeunes ayant une activit artistique10 entre ceux qui ont une capacit dautonomie et les jeunes exclus et ce constat rend centrale la question de la mobilit. La question de la mobilit devient centrale, quil sagisse de la mobilit physique ou mentale, et instruit l aussi un clivage qui saccrot entre des jeunes captifs dun territoire restreint et des jeunes de plus en plus mobiles dans lespace matriel et immatriel via internet 11. Cette sparation entre les jeunes est fortement gnre par le systme scolaire. Lappareil scolaire actuel avec un enseignement professionnel trs diffrent de lenseignement gnral et technique dans sa conception, ses rfrences, la localisation de ses tablissements, aboutit une socialisation scolaire trs tanche des jeunes partir des paliers dorientation que sont les classes de 3 et 2. Pour le dire autrement, partir de ces classes, autour de 16 ans, les jeunes nont plus dducation commune. On a souvent voqu les lyces de relgation que sont les lyces professionnels. Outre le sentiment dexclusion quils peuvent gnrer chez les lves, cest tout un mode dapprentissage du vivre ensemble luvre en primaire, au collge qui se trouve abandonn et autant de chances perdues dune socialisation gnrationnelle. Les enqutes sur les valeurs des jeunes soulignent le fait que les jeunes faible capital scolaire semblent moins bnficier dune socialisation politique qui les mnent lexercice du vote, quils sont moins enclins participer la vie de la cit ; or, onChantal de Linares, Jeunes en difficult , les malentendus de lengagement dans Valrie Becquet et Chantal de Linares, Quand les jeunes sengagent. Entre exprimentations et constructions identitaires, Collection Dbats Jeunesses , LHarmattan / INJEP , Paris, 2005, pp.87-88 9 Franoise Enel, tude cite, p.4O 10 Selon une enqute de la Mairie de Paris, 43% des jeunes interrogs en moyenne (mais 31% dans les quartiers politique de la ville ) pratiquent une activit artistique et culturelle, au moins une fois par semaine. Dans le mme temps, seuls 15% (11% dans les quartiers politique de la ville ) frquentent des ateliers ou des salles de pratique artistique , Franoise Enel, ibid., p. 3.11 8ibid.5remarquera que ces jeunes de lyce professionnels, apprentis, formation, jeunes prcaires en intrim, socialiss en dehors filires scolaires considres comme normales (voie gnrale lyce, universits et IUT nont plus grand chose en commun avec lycens normaux et les tudiants.en des au lesIls vivent une socialisation spare, se disent disqualifis ; et surtout ne sont reprsents par personne, aucun collectif lycen ou syndicat dtudiants. Les syndicats gnraux font encore peu de cas de ces jeunes et ceux-ci ne disposent pas despaces de participation, dexpression, voire de revendication institus. Ces jeunes souvent issus des classes populaires propos desquels beaucoup de recherches soulignent la perte dune mmoire ouvrire qui ouvrirait un sens un parcours se trouvent souvent renvoys la responsabilit personnelle de leur chec ; ils trouvent alors refuge la mise en couple prcoce, ils se trouvent confronts labsence dappartenance des collectifs partir dintrts partags. La culture juvnile souvent proclame comme ciment gnrationnel ne doit pas faire illusion dabord parce que les pratiques et rfrences sont parfois en opposition entre jeunes (entre le rock par exemple et le rap), ensuite parce que les destins sociaux des jeunes sont en ralit prpare par une socialisation trs diffrencie qui font que les jeunes lites ou jeunes issus des classes moyennes contrairement aux proclamations dun idal dgalit et de fraternit rpublicaines, ne croisent pas et ne vivent pas avec les jeunes issus des classes populaires majoritairement relgus dans des lyces professionnels et situations de travail prcaires. Cette socialisation spare due une conception scolaire issue de llitisme rpublicain, pse galement dans le mode dducation qui va diviser les jeunes dorigine populaire, entre ceux qui vont intgrer les voies normales et ceux qui vont se retrouver dans les voies quils considrent comme des voies de garage peu de choses les runiront qui donneront sens leur histoire collective. Les jeunes lites, de leur ct, nauront partir de 16 ans jamais loccasion de grandir avec des jeunes de leur ge, de dcouvrir la ralit de leur vie, des dterminismes qui psent sur leur avenir... ; nest-ce pas une faille dans une cole qui se dit dmocratique ? et ny a-t-il pas pour les secteurs jeunesse , et dducation populaire une rflexion de fond entamer ?12 . 4 - Larticulation des politiques entre les tranches dge Il est difficile, voir dangereux de ne pas articuler les politiques destines aux 16/25 ans et aux 11/15 ans. Cest ce que font apparatre galement les diffrentes tudes que nous avons dj voques comme celle consacre lorientation des jeunes : beaucoup de choses se jouent bien avant 15 ans, il y a lieu de sensibiliser les jeunes en amont de lorientation. Pour presque tous les jeunes de lchantillon, lorsquils arrivent en 3, le choc de lorientation est trop fort, ils ny sont pas prts, en partie parce que la plupart ny ont pas t suffisamment prpars. Le fait de devoir choisir, et choisir rapidement, produit chez certains une grande angoisse. Une jeune fille tmoigne : la 3, pour moi, cest trop tt, on sait pas trop ce quon veut et, souvent, on part dans des choses, enfin on choisit mme pas, ils nous envoient .12Je reprends ce dveloppement ma collgue Chantal de Linares rdactrice en chef de la revue Agora.6Plusieurs jeunes interviews considrent loffre dinformation comme satisfaisante dans le domaine de lorientation et de la formation. Mais ils regrettent dy avoir t sensibiliss beaucoup trop tard, tel lun deux : je pense quils font assez de choses pour renseigner mais quils devraient limposer plus tt. Je dirais pas quils renseignent mal parce que moi, quand jai voulu me renseigner, jai russi avoir des rponses 13. Il en est de mme dans les pratiques dinitiation artistique o en dehors dun cadre formel, linteraction entre les plus petits et les plus grands apparat comme fondamentale : Les jeunes rencontrs, responsables dassociations, valorisent ce rle pdagogique auprs dautres jeunes : soit parce que ces derniers les mettent de facto en position de pdagogues ou dexperts, soit parce que, eux-mmes ayant bnfici de lappui dautres groupes, ils font montre dune forte volont de transmission de leur savoir-faire (). Ces apprentissages entre jeunes sont la fois diffus, informels et formels. Ils se ralisent lintrieur du groupe, , la pratique amateur en micro collectifs autour de projets communs permettant dacqurir tout dabord des comptences techniques, organisationnelles, relationnelles, de rseaux Ils soprent au travers des changes entre jeunes et groupes constitus, les premiers venant donner des coups de mains ou participer bnvolement des associations pour apprendre . Ces apprentissages se font entre groupes constitus et associations, dans un systme dchanges et dentraide rciproques, loccasion des manifestations des uns et des autres. Ce systme permet la fois de compter ses amis , de grossir la famille et, par suite, dagir sur le poids et laudience dun courant ou dun vnement artistique 14. Un autre travail que nous avons men avec neuf collectivits locales autour de laccueil de loisir des 11/15 ans met galement en vidence limportance que prend la question de lautonomie, et de lapprentissage de lautonomie, de prendre en compte le jeune comme acteur de ses activits de loisir, limportance de lui offrir la possibilit de choisir ses activits, de dvelopper ses projets, de leur prserver des moments et des espaces dentre soi o pour reprendre la formule de Franois de Singly, ils ne sont pas considrs comme fil de mais bien comme sujets autonomes, en voie dmancipation15. 5 - Larticulation entre travail social et travail ducatif. Il est trs important nos yeux, de ne pas rduire laction en direction des jeunes au seul champ du social, de reconnatre le travail en direction de la jeunesse comme la fois un travail social et un travail ducatif. Lanimateur jeune doit tre reconnu la fois comme un travailleur social et un ducateur. Cest un enjeu essentiel alors quaujourdhui au niveau de la rorganisation administrative de lEtat les personnels de jeunesse13Ccile Delesalle, op. cit., p. 73 Franoise Enel, ibid., p.4 Voir Chantal de Linares et Jean-Claude Richez, Laccueil des 11/15 ans, Marly le roi, 2007,14 157sont repositionns tant au niveau dpartemental que rgional dans des ples de cohsion sociale et dans des fonctions essentiellement penses en terme dingnierie sociale. Cette dynamique, si elle est exclusive, risque dtre dautant plus dommageable. Nous savons aujourdhui toute limportance dune r articulation entre ducation formelle et ducation non formelle dans la rforme de notre systme ducatif, activits ducatives qui sont aujourdhui portes en grande partie par les mouvements dducation populaire. Les enqutes PISA16 autour des performances des diffrents systmes ducatifs mettent en vidence limportance dans leur performance de la place de lducation non formelle et de son articulation avec lducation formelle dans la performance des systmes ducatifs17. Les systmes faisant place aux familles, aux collectivits, lducation non formelle obtenant en rgle gnrale de meilleurs rsultats. Cest ce que lon peut en particulier de lexemple finlandais. Je me permets maintenant de suggrer deux pistes de travail : 1 proposition Introduire une plus grande cohrence travers la mise en place de schmas rgionaux ou dpartementaux jeunesse sur le modle des schmas dpartementaux enfance. Schma dvelopp partir : - dun diagnostic partag entre les diffrents acteurs des politiques de jeunesse engageant un processus dvaluation ; - de la dfinition de priorits et lidentification et la rpartition des rles de chacun, rles qui peuvent tre spars ou conjoints ; - de la mise en uvre d un pilotage conjoint autour dun chef de file . La question du chef de file renvoie une dcision minemment politique de choix entre le dpartement et la rgion qui entre dans le cadre du dbat sur la rforme de ltat. Elle dpend en partie du choix que lon fait de privilgier dans le traitement des questions de jeunesse un point de vue social ou un point de vue en terme de dveloppement. Dans le premier cas, le chef de file naturel apparat tre le dpartement, dans le second, la rgion. Nous noterons pour mmoire que dans la plupart des grands pays dEurope les deux niveaux privilgis sont la rgion et la commune. En tout tat de cause la question doit tre aborde de faon trs pragmatique comme le soulignait Francine Labadie, discutant la question du chef de file , dans le numro dAgora dbats/jeunesses que nous consacrions aux politiques locales de jeunesse. On peut toutefois se demander si la notion de chef de file conserve une quelconque pertinence dans la complexit territoriale actuelle ; elle induit en effet, une forme de hirarchie contraire au principe de libre administration des territoires. La mise en place dun systme dePISA est une enqute mene tous les trois ans auprs de jeunes de 15 ans dans les 30 pays membres de lOCDE et dans de nombreux pays partenaires. Cf. http://www.pisa.oecd.org 17 Rappelons pour mmoire que lducation formelle correspond au cadre scolaire, lducation non formelle toute activit finalit ducative en dehors du cadre scolaire et lducation informelle tout ce que lon acquiert en dehors dune activit ayant une finalit purement instructive.168comptences partages soprera encore un certain temps de manire pragmatique. Le jeu est ouvert pour les collectivits qui dploieront des stratgies gagnantes (win-win). Et lon observe dj que des dpartements ne se cantonnent pas la production dune action publique sociale mais se positionnent dans le dveloppement des territoires en agissant en tant quintercesseurs entre les Rgions et les collectivits locales. Dans ces stratgies, linvestissement dans la jeunesse est une priorit majeure18 2 proposition La qualification des professionnels de jeunesse et e la reconnaissance de leur qualification est une seconde piste de travail, importante pour nous. Ces deux lments concernant les professionnels de jeunesse reconstituent la pierre angulaire des politiques de jeunesse. Rappelons que dans la fonction publique territoriale la filire reste toujours incomplte et ne comprend pas de fonctionnaires de catgorie A. Cest l plus un symptme quun problme. Leffort devrait aujourdhui porter essentiellement sur les niveaux les plus bas, les animateurs de terrain qui souvent nont aucun diplme, le BAFA en tenant lieu. Si un gros travail a t fait sur les niveaux II, III et IV rien na t engag sur le niveau V qui pourtant reprsentent la grande masse des professionnels dans le secteur. Travail de qualification : - autour de la reconnaissance travers un programme de reconnaissance de leurs acquis par des procdures de VAE travers soit des CQP, des BAPAT rnovs ou des BP JEPS pour certains ; - autour de la mise en uvre de vritables programmes de formation continue comme cela a pu tre fait dans un certain nombre de pays europens. Ce chantier est ncessaire un double titre : - cest la condition dune amlioration de la qualit du travail au quotidien sur le terrain dont on sait toute limportance ; - cest souvent un parcours dinsertion pour les jeunes issus des quartiers populaires. III - Conclusion : Je me permets de dpasser le cadre de cette mission dinformation centre sur les 16/25 ans. Il me semble quil y a aujourdhui, et ce constat est aussi bien celui qui ressort de nos travaux mais qui recoupent les conclusions de recherches menes par ailleurs et les observations de nombre dacteurs des politiques jeunesse : il y a aujourdhui deux dossiers fondamentaux pour les politiques : celui de lentre dans la vie active des jeunes adultes qui fait lobjet de cette mission et qui a t dfini comme priorit par le nouveau haut commissariat la jeunesse et celui de laccueil des 11/15 ans, les adolescents, dont un rapport des stagiaires ENA de la promotion Rpublique indiquait quils taient les grands oublis de la politique de lenfance en France 19.18 Jean Claude Richez, Chantal de Linares, Francis Lebon, Politiques locales de jeunesse, Agora n 43, LHarmattan /INJEP, 1 trimestre 2007, Francine Labadie, Politiques locales de jeunesse et territorialisation des politiques publiques , p. 43 19 Ladolescence, grande oublie de la politique de lenfance en France, Sminaire de la promotion Rpublique (2005-2007 , 2006, www.ena.fr/index.php?page=ressources/rapports/enfance/9

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