Auteur Et Image d Auteur en Analyse Du Discours

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Argumentation et Analyse duDiscoursDominique Maingueneau, Auteur et image dauteur en analyse du discours , Argumentation et Analysedu Discours [En ligne], 3 | 2009, mis en ligne le 15 octobre 2009, Consult le 16 mars 2015. URL : http://aad.revues.org/660

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Argumentation et Analyse duDiscours3 (2009)Ethos discursif et image dauteur................................................................................................................................................................................................................................................................................................Dominique MaingueneauAuteur et image dauteur en analysedu discours................................................................................................................................................................................................................................................................................................AvertissementLe contenu de ce site relve de la lgislation franaise sur la proprit intellectuelle et est la proprit exclusive del'diteur.Les uvres figurant sur ce site peuvent tre consultes et reproduites sur un support papier ou numrique sousrserve qu'elles soient strictement rserves un usage soit personnel, soit scientifique ou pdagogique excluanttoute exploitation commerciale. La reproduction devra obligatoirement mentionner l'diteur, le nom de la revue,l'auteur et la rfrence du document.Toute autre reproduction est interdite sauf accord pralable de l'diteur, en dehors des cas prvus par la lgislationen vigueur en France.Revues.org est un portail de revues en sciences humaines et sociales dvelopp par le Clo, Centre pour l'ditionlectronique ouverte (CNRS, EHESS, UP, UAPV).................................................................................................................................................................................................................................................................................................Rfrence lectroniqueDominique Maingueneau, Auteur et image dauteur en analyse du discours, Argumentation et Analysedu Discours [En ligne], 3|2009, mis en ligne le 15 octobre 2009, Consult le 16 mars 2015. URL: http://aad.revues.org/660diteur : Universit de Tel-Avivhttp://aad.revues.orghttp://www.revues.orgDocument accessible en ligne sur :http://aad.revues.org/660Document gnr automatiquement le 16 mars 2015.Tous droits rservsAuteur et image dauteur en analyse du discours 2Argumentation et Analyse du Discours, 3 | 2009Dominique MaingueneauAuteur et image dauteur en analyse dudiscours1 Quand on veut tudier la notion dimage dauteur, on se heurte a priori trois difficults:- Comme le souligne la syntaxe, cette notion mobilise non pas une mais deux problmatiques:celle de lauteur, et celle de limage dauteur. La solution de facilit consiste se focaliser surlimage, en prenant lauteur pour une donne stable. Malheureusement, il nen est rien: on estbien oblig de se demander de quelle instance limage dauteur est suppose tre limage.- Si la notion dauteur est tablie depuis longtemps dans le vocabulaire de la thorie littraire1et a fait lobjet dintenses rflexions, celle dimage dauteur est rcente. Certes, on na pasmanqu demployer et l lexpression image dauteur, quoique plutt sous la formelimage de tel auteurdans tel lieu et/ou telle poque, mais ces tudes taient menesdu point de vue de la rception. Les questions que lon peut poser aujourdhui partir de lanotion dimage dauteur taient auparavant disperses dans diverses rubriques de lhistoirelittraireet ntaient pas intgres dans un cadre thorique cohrent.- La problmatique de limage dauteur, mais aussi et surtout celle de lauteur, se sontdveloppes presque exclusivement sur des corpus littraires. Il nest donc pas vident dentraiter dans une perspective plus large danalyse du discours.2 Autant dire que le texte qui va suivre ne prtend pas dvelopper une thorie constitue, maismettre en place un certain nombre de repres.Un tournant dans les tudes littraires3 Le fait que la problmatique de limage dauteur soit rcente dans les tudes littrairespeut sexpliquer. On peut y voir une manifestation parmi beaucoup dautres dun tournant quiest en train de soprer autour des courants pragmatiques et de lanalyse du discours. Commejai essay de le montrer diverses reprises (Maingueneau 2004; 2006),ce tournant impliqueune mise en cause la coupure immmoriale entre le Texte, ncessairement majuscule,et son contexte, coupure qui fondait tacitement la sparation entre histoire littraireet tude immanente des uvres, que celle-ci soit thmatique, stylistique, narratologique...Cette coupure a t radicalise partir du 19e sicle dans le rgime esthtique qui trouvson couronnement dans le Contre Sainte-Beuve de Proust, qui tablit une opposition quasisacre entre moi crateur et moi social. Une telle esthtique ne peut que rejeter uneproblmatique de llimage dauteur.4 Cette coupure a su perdurer sans difficult dans les approches de type nonciatif. Ilsuffit dobserver lobstination avec laquelle on sattache communment bien sparer lenarrateur et lcrivain, lintratextuel et lextratextuel. Elle peut mme passer lintrieurde la notion dauteur. On le voit dans ces quelques lignes extraites dun document prsentpar le futur Pape, le Cardinal Ratzinger, au nom de la Commission biblique pontificale quisynthtise et vulgarise diverses approches de la Bible; dans la rubrique analyse narrativeon trouveces lignes:Plusieurs mthodes introduisent une distinction entre auteur rel et auteur implicite ,lecteur rel et lecteur implicite. Lauteur rel est la personne qui a compos le rcit. Parauteur implicite on dsigne limage dauteur que le texte engendre progressivement au coursde la lecture (avec sa culture, son temprament, ses tendances, sa foi, etc.)[http://www.portstnicolas.org/Interpretation-de-la-Bible-dans-l.html, accd le 8/12/2008].25 Une telle distinction est indiscutable, mais on voit que, prise dune certaine faon, elle confortela topique immmoriale dun intrieur et dun extrieur du texte. En tmoigne linterprtationde la notion dimage dauteur, qui est enferme dans lespace du texte. Les choses neseraient sans doute pas si simples si lon sinterrogeait sur lauteur en tant quinstance quisigne le texte: dans ce cas, en effet, il ne sagit ni de la personne de lauteur rel ni delauteur implicite.Auteur et image dauteur en analyse du discours 3Argumentation et Analyse du Discours, 3 | 20096 En fait, les notions dauteur et dimage dauteur excdent les catgorisations traditionnelles.Lauteur celui dont traite Foucault dans son fameux texte de 1969 nest ni lnonciateur,corrlat du texte, ni la personne en chair et en os, qui serait renvoye au contexte. Quant limagedauteur, elle nappartient ni au producteur3 du texte ni au public; elle constitueune ralit instable, le produit dune interaction entre des intervenants htrognes.7 Si lon peut dvelopper aujourdhui une rflexion sur limage dauteur, cest que la miseen scne discursive de lcrivain nest plus apprhende comme un ensemble dactivits quidemeureraient lextrieur de lenceinte sacre du Texte, mais comme une dimension partentire la fois de la communication littraire comme co-nonciation et du discours littrairecomme activit dans un espace social dtermin. On retrouve un niveau de complexitsuprieur le principe mme dune scne dnonciation des uvres (Maingueneau 1993,2004): noncer en littrature, ce nest pas seulement configurer un monde fictionnel, cestaussi configurer la scne de parole qui est la fois la condition et le produit de cette parole. Desproblmatiques troitement lies comme celles de lethos (Maingueneau 1987, Amossy(d.) 1999), de la posture (Viala 1993, Meizoz 2002) ou, plus rcemment, de limagedauteur, chacune dans leur ordre propre, vont dans le mme sens.8 La difficult consiste videmment ne pas passer dun textualisme un sociologismequi nous ramnerait, sous un visage diffrent, au dispositif traditionnel.En analyse du discours9 En matire de rflexion sur lauteur lanalyse du discours souffre dun dficit certain. Dansleur grande majorit, ceux qui sen rclament ont lud la fameuse question pose par MichelFoucault la fin des annes 1960 (Quest-ce quun auteur?). Pourtant, une analyse dudiscours qui assume pleinement la diversit des genres de discours ne devrait pas luder cettequestion, quelle rencontre sans cesse.10 La rticence des analystes du discours peut se comprendre, si lon considre les conditionsdans lesquelles sest dvelopp leur champ de recherche.11 Je ninsisterai pas sur les recherches menes en Amrique du Nord, o ce sont de manireprivilgie les corpus conversationnels qui ont t pris en compte; pour ce type de corpuslanalyste peut avoir limpression que la question de lauctorialit est dpourvue dintrt: leslocuteurs sont l, en chair et en os, les paroles qui sortent de leur bouche sont leurs paroles.Ici lauteur sabsorbe dans le locuteur.12 En revanche, le dficit de rflexion sur lauctorialit peut sembler plus surprenant danslanalyse du discours europenne, et surtout francophone, o lon accorde une grandeimportance aux corpus crits.13 On pourrait expliquer cette rticence par le fait que lanalyse du discours, dans la mesure oelle a occup les corpus laisss libres par les facults de lettres traditionnelles, a largementvit aborder des types de discours comme le discours littraire, religieux ou philosophique,domaines o la question de lauctorialit est difficilement ludable.14 Mais il est aussi permis de se demander si la problmatique de la polyphonie linguistique,et plus largement tout ce qui tourne autour de lhtrognit ou de la modalisation, na pasfait obstacle une rflexion sur lauctorialit. Ces travaux posent en effet la question de lapluralit des sources nonciatives, mais en demeurant dans un espace linguistique. Ce faisant,ils se placent dans le prolongement de certains prsupposs de la linguistique moderne, quiprfre loralit et souscrit spontanment la mfiance que Socrate exprimait dans le Phdre lgard de lcriture: un critna pas de pre pour lassister. De fait, par nature un crit aun auteur, pas un locuteur. Lauctorialit vient miner la transparence du langage, elle excdela stricte communication linguistique.Auteur et image dauteur15 La notion dauteur se construit sur deux restrictions successives. La premire ne retient parmiles emplois du motauteur que ceux qui ont trait la production dun texte. La notiondauteur nest en effet nullement rserve aux productions verbales. On ne dira pas, sauf dansdes contextes trs particuliers, lauteur de la voiture ou lauteur du bricolage, mais onvoit prolifrer dans les mdias des dsignateurs tels que lauteur des injures, lauteurAuteur et image dauteur en analyse du discours 4Argumentation et Analyse du Discours, 3 | 2009des coups de couteau, lauteur de lagression, etc., qui relvent clairement de la sphrejudiciaire. Cette catgorisation judiciaire peut concerner tout aussi bien des noncs, commeon le voit dans ces deux exemples pris au hasard sur Internet:Titre sur Internet: Ligue 1: lauteur des propos racistes sera jug le 18 mars.[http://www.europe1.fr/Sport/Football/L1-L2, consult le 31/10/08] Lors du procs devant les assises des Alpes-Maritimes, au mois de fvrier 1994, lesgraphologues Florence Buisson-Debas et Gilles Gessner, asserments auprs du tribunal de Nice,ont affirm que Ghislaine Marchal tait bien lauteur de la phrase fatale.[http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/, consult le 31/10/08]16 Ici la phrase fatale ou les propos racistes ne sont pas envisags comme des entitslinguistiques seulement mais au mme titre que des coups de couteauou un vol : il sagitdimputer une responsabilit dans un cadre judiciaire.17 Mais la notion dauteur qui nous concerne ici nest pas proprement parler dordre judiciaire mme si elle renvoie elle aussi une origine et une responsabilit , mais dordre textuel. Leproblme est alors de savoir quelles conditions un texte est susceptible davoir un auteur.A lvidence, on dira difficilement quune conversation a des auteurs: on prfrera parlerde participants. Une production textuelle, semble-t-il, nest auctorisable que si elle faitlobjet dune re-prsentation qui permet de lapprhender de lextrieur, comme un tout. Ce quinest pas le cas dans un change verbal en cours. Il y a auctorisation si lnonc, ft-il oral,est dlimit et introduit dans un espace o il y a ncessit de dterminer une attribution parmiun ensemble dorigines possibles, une responsabilit. Dans ce terme se mlent intimementassignation dorigine (X est la cause de lnonc) et dimension thique (X doit pouvoir enrpondre).18 La seconde restriction fait passer le terme auteur du fonctionnement relationnel aufonctionnement rfrentiel. La problmatique de limage dauteur ne vaut que pourle second. Le fonctionnement relationnel institue en repre le texte produit : lauteurde ce tract, de cette lettre, de ce manuel, de cet article... En revanche, le fonctionnement rfrentiel autonomise syntaxiquement lauteur : lauteur dun tract publicitaire nest pas, sauf situation exceptionnelle, un auteur, pas plus quun percepteur qui criraitbeaucoup de lettres aux contribuables qui relvent de sa comptence. Le Trsor de la LangueFranaise met en vidence cette restriction, quil aggrave mme, en restreignant les domainespour lesquels lauteur sautonomise:[Sans compl. de n., absol. ou suivi dun adj. dterminant lorig., le genre, la qualit de lauteur]1. LITTRATUREa) Celui ou celle dont la profession est dcrire des romans, des pices de thtre, des uvresdimagination en vers ou en prose. Synon. crivain, romancier, dramaturge.19 Ainsi, alors quil ny a aucune difficult dire par exemple quune image dauteur est attache quelquun qui crit des ouvrages religieux, politiques, philosophiques..., ilsemble, comme le montre le TLF, que le fonctionnement rfrentiel soit plutt focalis surles producteurs de littrature. On notera cependant que, dans lusage, auteur et imagedauteur sappliquent aussi diverses sortes de producteurs esthtiques : photographes,cinastes en particulier (on parle ainsi de film dauteur) Tout se passe donc comme silauteur et limage dauteur tendaient se spcialiser dans la sphre esthtique.20 Pour autant, il reste dterminer o passe la frontire entre les deux fonctionnements, partirde quand lauteur de X devient un auteur tout court. On est tent dinvoquer un critrecomme la qualit, comme semble le faire G. Leclerc:Pour tre considr comme un auteur, le sujet nonciateur doit avoir donn ses paroles, sontexte, une marque propre qui les distingue des noncs courants, des propos de la vie quotidienne.Luvre textuelle est un nonc original, innovationnel, qui, la diffrence des poncifs, desclichs, des strotypes, des ides reues, renferme une ide neuve, indite, jamais dite dansla culture (1998: 50-51).21 Mais on ne voit pas pourquoi un producteur peu original ne serait pas un auteur. En fait, ilsemble bien quici deux acceptions dauteur interfrent. Lune rfre plutt un statutAuteur et image dauteur en analyse du discours 5Argumentation et Analyse du Discours, 3 | 2009social; un homme politique, par exemple Valry Giscard dEstaing4, a beau avoir publi aucours de sa carrire quelques ouvrages politique et autobiographiques, voire un roman5, onle catgorisera difficilement comme auteur, sans complment du nom. Lautre acceptionimplique une valuation,indpendamment de tout statut social: elle ne vise que le vritableauteur, dont la forme accomplie est le grand auteur , susceptible de figurer dans uneanthologie lusage des tablissements scolaires.22 Ce que le producteur de littrature a de singulier cest quil prtend se qualifier par la seuleproduction de textes. En revanche, un homme politique, un prtre ou un savant ne sontpas censs faire de la production de textes lessentiel de leur activit. Il suffit dailleurs deconsidrer un discours voisin, le discours philosophique, pour voir que sous certains aspectsil diffre sur ce point du discours littraire, alors mme que nul ne contesterait au philosopheune image dauteur. En particulier, la relation entre lhomme et luvre y apparatdiffrente. En tmoigne le fait que le discours philosophique est rticent lgard de lapseudonymie, de la mystification, bref de tous les jeux sur lauctorialit auxquels se livrent lescrivains. En outre, les crivains ont des existences souvent chaotiques, souvent sans rapportvident (en fait, cest tout lart des analystes de montrer la cohrence cache) avec leur uvre.A ces deux traits les auteurs philosophiques ne souscrivent pas: en rgle gnrale leurs textesont un rpondant qui renvoie leur personne, pas un pseudonyme6, un responsable devantlhumanit, et leur vie ne cesse dessayer de se mettre en conformit avec les rgles quirgissent leur univers de pense. Le comble est atteint quand, comme dans la philosophieantique, la notion de doctrine ne distingue pas entre doctrine philosophique et art de vivre.Les biographies des philosophes attirent donc moins que celles des crivains. Cela se vrifieaussi au niveau de lexgse des uvres: la dmarche qui consiste mettre en relation lesvnements de la vie personnelle et les fictions (Du Bellay du par Rome et crivant Lesregrets, Molire jaloux dArmande Bjart, Lamartine crivant Le lac aprs la mort dela femme aime), est priphrique en philosophie. Les spcialistes se plaisent dailleurs croire quil nest nul besoin de sintresser la vie des philosophes. Peu de spcialistes delittrature diraient de leur crivain prfr ce que dit G. G. Granger au dbut dun livre consacr Wittgenstein:Le personnage dun philosophe nest certainement pas ce qui importe, et je laisserais volontiers dect toute anecdote, ntait la curiosit invincible que chacun nourrit lgard des dtails concretstouchant le caractre et la vie de ceux dont il admire les uvres (1990:17)7.Les trois dimensions de la notion dauteur23 A prsent, il me semble quon peut clarifier les choses en distinguant trois dimensions dansla notion dauteur.24 La premire dimension, la plus vidente sans doute, est celle de linstance qui rpond duntexte. Ce nest ni lnonciateur, ni le producteur en chair et en os, dou dun tat-civil, ni mmelcrivain en ce que celui-ci dfinirait des stratgies de positionnement. Cette instance na riende spcifiquement littraire puisque tre lauteur dun texte vaut de nimporte quel genrede texte; avec toutefois cette rserve que cette fonction au statut historiquement variable peut,selon les genres de textes, correspondre des processus trs complexes8. On pourrait parlerici dauteur-rpondant9.25 La seconde dimension est celle de lauteur-acteur, qui, organisant son existence autourde lactivit de production de textes, doit grer une trajectoire, une carrire. Ce nest pasncessairement une profession, mais cest un type dactivit, de comportements. Ce statut varieconsidrablement selon les lieux, les poques et selon les positionnements des intresss; luisont attaches certaines reprsentations strotypes variables historiquement. Ainsi le motmme dauteur selon les conjonctures historiques entre-t-il en concurrence avec tels outels autres : crivain, homme de lettres, littrateur, artiste, intellectuel,pote, scripteur26 La troisime dimension est celle de lauteur en tant que corrlat dune uvre. Pour viterlinstabilit du mot auteur et lambigut du mot uvre, qui dsigne un texte singulier oulensemble des textes attachs un producteur, on pourrait parler dauteur-auctor. Si toutAuteur et image dauteur en analyse du discours 6Argumentation et Analyse du Discours, 3 | 2009texte implique par nature un auteur-rpondant, seul un nombre trs restreint dindividusaccde ce statut dauctor, dinstance doue dautorit. Il suffit pour cela quon puissecirconscrire un Opus, et non une suite contingente de textes disperss. LOpus peut parfoistre constitu dun texte unique, pour peu que son auteur nait pu en produire quun seul, ouque seul un texte de lui ait retenu lattention.27 Dans lArchologie du savoir M. Foucault, sinterrogeant sur les prsupposs qui font lunitdune uvre, crit ce propos:En fait, si lon parle si volontiers et sans sinterroger davantage de luvre dun auteur, cestquon la suppose dfinie par une certaine fonction dexpression. On admet quil doit y avoir unniveau (aussi profond quil est ncessaire de limaginer) auquel luvre se rvle, en tous sesfragments, mme les plus minuscules et les plus inessentiels, comme lexpression de la pense, oude lexprience, ou de limagination, ou de linconscient de lauteur, ou encore des dterminationshistoriques dans lesquelles il tait pris (1969b: 35).28 On notera que la notion dimage dauteur va dans un sens oppos, puisquau lieu de replierlunit dun ensemble de textes sur la profondeur cache dune expression, elle dploie unespace de relations: relations son texte de lauteur, qui prend en compte les reprsentationsdes publics, reprsentations de cet auteur et de ses textes dans ces publics.29 Lactivit proprement littraire se distingue dautres voues galement la production detextes, comme le journalisme ou la politique, en cela que toute personne qui publie un texte quirelve de la sphre esthtique devient ipso facto auteur-auctor en puissance. Mais il ne serapleinement auctor, source dautorit, que si des tiers lui construisent une image dauteurquil peut grer. Ds lors, on comprend la stratgie de nombreux crivains des XVIIe ou XVIIIesicles qui dans leur prface font mine de ne pas tre lauteur de leur texte, dtre eux-mmesce tiers qui accrdite le texte (Herman, Kozul, Kremer 2008).30 On peut envisager plusieurs tapes dans lmergence dune figure dauctor:31 (1) En de, on a affaire des auctorialits quon pourrait dire ponctuelles, o un producteur individuel ou collectif se donne comme le rpondant (ft-il anonyme ou pseudonyme)de textes qui restent dans leurs lieux, sans dfinir un Opus. Cest le cas des titres diversdu journaliste qui signe des faits divers ou des reportages dans divers priodiques, du chefde service qui adresse du courrier ses subordonns, du prtre qui fait un sermon chaquedimanche, etc.32 (2) Quand il y a constitution dune figure dauteur par le producteur lui-mme, cela peut se fairede deux manires: soit il produit un ou plusieurs textes dans des genres qui le qualifient commeauctor potentiel (un roman par exemple, ou un essai); soit il rassemble des textes dispersspour les convertir en Opus: cest le cas du journaliste qui regroupe des chroniques parues dansdes journaux, du prdicateur qui publie un choix de ses sermons, etc. Mais ce regroupementpeut galement tre opr par un tiers, ou parfois par la coopration du producteur et de tiers.La situation est videmment trs diffrente quand le producteur est mort ou quil est danslincapacit dintervenir. Certains tiers peuvent alors construire, faire merger des auteurs,ou tout simplement modifier leur image, sils sont dj constitus. Le cas extrme est celuidauctores qui ne sont devenus tels que par lintervention de tiers qui, partant du postulatquils taient des auctores, leur ont construit un Opus: ainsi Blaise Pascal.33 Prenons le cas dun homme politique. Il est le rpondant de chacun de ses textes, maiscela ne le qualifie pas ncessairement pour tre auctor. Pour tre tel, il faudrait que cestextes deviennent les composants dun Opus. Or la plupart des textes dun homme politique,surtout quand ils sont au gouvernement, relvent de routines et ne sont que lexpression dunepolitique dfinie ailleurs. Il y a nanmoins des circonstances o lhomme politique est censsexprimer en son nom, au sens fort. Cela ne fait aucun doute, par exemple, pour lAppeldu 18 juin du gnral de Gaulle. Le caractre singulier dun vnement de parole augmentevidemment ses chances dappartenir un Opus. Dans ces conditions, les vux adresss lanation chaque Premier de lan par le Prsident de la Rpublique ne relvent pas a priori dunOpus; mais une dcision ditoriale, en particulier si on veut publier lesuvres compltesdu Prsident, peut toujours convertir ces vux en composants dun Opus10.Auteur et image dauteur en analyse du discours 7Argumentation et Analyse du Discours, 3 | 200934 (3) Il faut ensuite distinguer la situation de lauctor en puissance, qui est identifiable maisqui passe inaperu, et celle de lauctor identifi, le seul qui aura une image puisque leseul qui entre en interaction avec dautres instances que lui-mme. Un roman, un essai, un livredhistoire dont personne ne parle ne font pas accder rellement lauteur une image. Maistout est question de degr; sur ce point la nature des tiers impliqus joue un rle essentiel.Un recueil de posie publi compte dauteur et dont ne parle que lentourage immdiat duproducteur lui confre une qualit dauctor extrmement faible; en revanche, un essai quiest publi par un grand diteur, recens par divers magazines et qui conduit son auteur dansun studio de tlvision confre un fort coefficient dauctorit.35 A la limite, on peut concevoir quun auctor prestigieux intgre son Opus un ensemblede textes dautres auctores, pour peu que cet ensemble exprime un point de vue personnel.Cest le cas par exemple sil publie une anthologie des cent plus beaux pomes de lalittrature franaise. Le caractre prpondrant du point de vue personnel de celui qui aslectionn les textes lemporte ici largement sur le fait que ces textes ne sont pas de lui. Ce typedanthologie est trs diffrent dune anthologie destine lenseignement secondaire, danslaquelle les auteurs du manuel doivent se prsenter comme les mdiateurs dune institutionextrmement contraignante. Dans ce cas, il leur est pratiquement impossible daccder austatut dauctor.36 (4) Certains auteurs accdent mme au statut dauctor majeur : leur figure est si saillanteque lon publie des textes deux qui ntaient pas destins tre publis : brouillons,correspondance prive, devoirs dcolier, carnets, journaux Foucault avait soulign cepoint:le nom Mallarm ne se rfre pas de la mme faon aux thmes anglais, aux traductionsdEdgar Poe, aux pomes, ou aux rponses des enqutes; de mme, ce nest pas le mme rapportqui existe entre le nom de Nietzsche dune part et dautre part les autobiographies de jeunesse,les dissertations scolaires, les articles philologiques, Zarathoustra, Ecce homo, les lettres, lesdernires cartes postales signes par Dionysos ou Kaiser Nietzsche, les innombrablescarnets o senchevtrent les notes de blanchisserie et les projets daphorismes. (1969b: 35)37 Certains des genres que cite ici Foucault sont des uvres au sens fort (pomes pour Mallarm,Zarathoustra, Ecce homo pour Nietzsche), ou des uvres inabouties (autobiographies dejeunesse) ; dautres sont des textes qui contribuent au travail de rglage ou de figuration du producteur (Maingueneau 2004) : traductions, rponses des enqutes,articles philologiques; dautres enfin nont pas t conus par le producteur comme destins sortir de la sphre prive: carnets, dissertations, thmes anglais. Pour ces auctores majeurs,ce sont des dcisions ditoriales fondes sur des oprations interprtatives qui font que tel outel genre par nature exclu par le crateur de la publication, va contribuer son image dauteur.38 Force est donc de prendre acte de la distorsion entre le foisonnement des formes dauctorialit(tout genre de texte a un auteur-rpondant et lethos correspondant) et lextrme restrictiondes individus susceptibles dtre auteurs-auctores, associs une image dauteur.Une ontologie auctoriale39 Une question que nous avons jusquici laiss de ct est la nature des entits qui sontsusceptibles dtre dites auteurs, au sens dauctores. Cest l un problme dlicat car demultiples paramtres doivent tre pris en compte simultanment. Dans les pages qui suivent,je ne vais pas dfinir a priori quelles sont les conditions ncessaires et suffisantes pour occuperla position dauteur ( supposer que de telles conditions existent), mais rflchir partir duncertain nombre de cas dinstances auctoriales susceptibles daccder la dignit dauteur.40 Une condition ncessaire mais pas suffisante, videmment pour quil y ait auctor est lexistence dun nom dauteur. Foucault rappelle ce propos que luvre , ce quenous appelons ici lOpus, cest communment une somme de textes qui peuvent trednots par le signe dun nom propre (1969b : 34). A cela on peut ajouter que lOpusdoit tre lexpression de son auteur. Prenons lexemple des publicits produites par unemarque commerciale ; cette dernire se prsente comme une entit constitue autour dunnom propre et qui se pose en source et en garant dun ensemble cohrent de textes censsAuteur et image dauteur en analyse du discours 8Argumentation et Analyse du Discours, 3 | 2009exprimer sa personnalit . Pour autant, il apparat difficile de dire quune marque estun auteur. Dj, on notera que lunit des textes dont la marque se pose en responsable estindpendante de lidentit des employs qui sont en charge de sa communication externe.De plus, indpendamment des difficults souleves par le fait quune marque nest pas proprement parler un humain, la dissociation entre la marque et le producteur effectif destextes, en loccurrence lagence de publicit, semble problmatique (en fait, il peut sagir dediverses agences, en fonction de contrats qui sont rengocis rgulirement). Lagence depublicit elle-mme peut utiliser des employs diffrents tout en restant la mme agence. Si lanotion dOpus implique tacitement lexistence dune entit doue dun point de vue, duneconviction, dun style, ce qui fait obstacle ce quune marque soit un auctor, cestle fait quelle ne soit pas arrime lunit imaginaire dune conscience et dune histoire dontles textes seraient lexpression. En revanche, rien nempche tel(s) ou tel(s) individu(s)travaillant pour lagence de publicit, voire lagence, daccder un statut dauctor, dslors quils sont identifiables comme personnalits cratrices dans un espace de productionsymbolique.41 A prsent, quen est-il de lhomme politique qui ncrit pas lui-mme ses discours ? Commela marque commerciale, il nest pas le producteur de son texte. La diffrence est nanmoinsnette entre les deux cas de figure. Le texte de lhomme politique aurait pu tre crit par lui, ilexprime sa ligne politique et il le profre en personne11. En revanche, la publicit se caractrisepar son loignement des producteurs quelle fait travailler. Dans un domaine comparable, celuide la haute couture, on fait habituellement la distinction entre lauteur, savoir le crateur quia dessin la collection, et la marque pour laquelle il travaille: Karl Lagerfeld pour Chanel.42 En fait, le cas de la publicit lectorale nous montre que la notion de point de vue, voirede conviction ne suffit pas: il faut aussi une prise en charge directe. Une publicit qui faitla promotion dun candidat une lection fait de ce dernier non un locuteur mais une sorte depersonnage, qui recourt ventuellement au discours direct. Aux USA, la fin des spots de lacampagne prsidentielle on entend la voix du candidat qui dit I am X (G. Bush, J. Kerry, B.Obama...) and I approve this message. Ce faisant, le candidat affirme que ce spot exprimeson point de vue, mais il ne se pose pas comme sa source, il nen est pas le rpondant.43 Nous avons suggr que, dans certaines conditions, une agence de publicit pouvait accderau statut dauteur. Mais cela nest possible que si lon donne un statut aux entits collectives.A cet gard, on peut penser que des groupes tels que les partis politiques ou les mouvementslittraires sont dans une situation plus propice.44 Leurs textes, produits dune laboration collective ngocie, sont au terme du processusattribus un auteur indivisible. Plus prcisment, il faut distinguer deux castrs diffrents:a) celui o les individus qui participent llaboration appartiennent une communautde conviction forte ; b) celui o lon cherche aboutir un compromis qui prservela diversit des instances ngociantes : ainsi les syndicalistes ngocient-ils des motions desynthse. Ces textes de compromis maintiennent une htrognit, mme sils sont assumspar une communaut laquelle appartiennent les divers intervenants (le syndicat X, le partiY). Dans un texte de synthse, le lecteur expert est en effet capable de reprer les apportsrespectifs de chacun. Voici un document significatif, quimane dune section du NouveauParti Socialiste; nous avons mis en italique le passage qui nous intresse ici.27 novembre 2005 par NPS29Chers camarades,Il appartient chacun dentre vous de se faire librement et en connaissance de cause son jugement.Cest pourquoi, maintenant quil est dfinitif nous vous adressons ci-joint le texte intgral de lamotion de synthse issu de la Commission des rsolutions. [ tlcharger ci-aprs] Comme vousle savez, le NPS avait un mandat de ngociation, vot par lAG des dlgus qui portait sur lesquatre points majeurs que nous avions dfendu tout au long des dbats du Congrs: - LEuropeet la mondialisation - Les questions conomiques et sociales - Les institutions et la dmocratie- La rnovationDans le texte que nous vous adressons vous trouverez en fond gris les amendements que nousavons fait inclure lors des six heures de discussion. En annexe nous avons collationn selon nosquatre grands thmes les diffrents amendements pour vous permettre de mesurer lampleur et laAuteur et image dauteur en analyse du discours 9Argumentation et Analyse du Discours, 3 | 2009cohrence des modifications obtenues par rapport aux orientations que nous avons dfendu [sic]dans les dbats du Congrs. Ce sont ces avances qui nous ont conduit en conscience voter une trs large majorit dentre nous la synthse.Vous comprendrez aussi que nous ne souhaitons pas davantage entrer dans une polmique dontnous ne voyons pas qui elle sert, en tous cas certainement ni le NPS ni le PS.Nous nous contenterons daffirmer pour ce qui nous concerne que notre souci majeur est deprserver, dans le respect dune dmarche collective, qui pour avoir ses contraintes a aussi sa forceet sa lgitimit, notre unit et donc la continuit du NPS.Bien des combats restent poursuivre dans la dure, et nous avons besoin, pour les mener derester unis, cohrents et respectueux entre nous.Dans lattente de vous revoir,Amitis socialistes.Henri Emmanuelli, Vincent Peillon, Benot Hamon, Pascal Cherki, Renaud Lagrave, JeanGurard, Jean Louis Carrre, Pascal Terrasse, Gilbert Roger, Jacques Rigaudiat, DelphineMayrargues, Rgis Juanico, David Assouline, Isabelle Thomas, Michel Vergnier, Germinal Peiro,Isabelle Martin, Christian Martin, Philippe Darriulat, Josy Pouyeto, Membres de la Commissionde rsolution.Site : Pour un Nouveau Parti Socialiste en Finistre [http://nps29.free.fr/article.php3?id_article=105, consult le 2 novembre 2008].45 Cette lettre adresse aux militants voque la motion de synthse pour mieux souligner sonhtrognit : le Nouveau Parti Socialiste en revendique certains passages quil porte lattention de ses membres.46 En revanche, les communauts de conviction forte, o le texte merge de la collaborationde points de vue convergents, impliquent la fiction dun groupe indivisible, beaucoup pluspropice au statut dauctor. Un parti politique, ou un courant bien identifi dans un parti,ne sont pas, en effet, des entits que lon pourrait dire compactes, comme par exemple legroupe de peintres regroups Munich autour de Kandinsky sous le nom Der blaue Reiter12.Il sagit dun groupe trs restreint, dont les membres taient eux-mmes des crateurs part entire, associs des Opus. Leur nom avait prcisment t invent par Kandinskyet Marc pour donner un titre un recueil de textes sur lart moderne : lalmanach Derblaue Reiter (1912). Ce titre qui a donn son nom au groupe rfrait la fois au thme deprdilection de Marc (le cheval bleu) et celui de Kandinsky, le cavalier, pour les intgrer dansune unit suprieure. Alors quun parti au nom propre et lappareil stables peut au fil du tempsdfendre des positions trs htrognes, un groupe fond sur des aspirations esthtiques estindissociable de lidentit de ses membres, il se forme travers une conviction et un combat,et il disparat quand cet engagement perd son sens.Internet47 Jaimerais prsent considrer un cas sans aucun doute plus dlicat : celui de productionstextuelles qui, bien quelles sinscrivent dans une dmarche qui participe de la littrature,mettent en question la notion mme dOpus. Par exemple, est-ce que lauteur dun blog peutprtendre au statut dauctor, susceptible dune image dauteur?48 Prenons lexemple du blog de Misspastouche, tenu en 2007 par une caissire des hypermarchsLeclerc. Il a reu un nombre considrable de visites, ladresse: http://caissierenofutur.over-blog.com/. En voici un extrait:Acte 1Vous tes confortablement installe derrire votre caisse sur votre chaise (Chance ! Celle-ci est unbon tat et tient le choc quand vous vous adossez dessus). Vous jetez un il distrait sur votre badgeo est inscrit votre prnom, une petite maxime du style A votre service, Puis-je vous aider ?,Le temps dun sourire et je suis vous ou encore Que puis-je faire pour vous ? et le nomde lentreprise avec le logo. Juste ct de votre TPE (la machine carte bancaire), est affich unmot avec quelques directives et explications de la direction du genre: Pour tout paiement parchque, merci de prsenter une pice didentit, le logo de la chane du magasin apparat au basde la feuille scotche. Un coup dil circulaire et vous dcouvrez en tte de gondole des produitsdappels: des articles vants dans le dernier prospectus (distribu dans des dizaines de milliers debotes aux lettres et propos laccueil du magasin), les prix sont inscrits sur une pancarte flashy,le logo du magasin est visible en gros sur laffiche. Un peu plus loin dans le rayon, vous apercevezune grande affiche (elle doit dpasser le mtre en hauteur) avec de la publicit pour un produitquelconque, le logo de lenseigne est videmment bien prsent. Vous tournez la tte ct galerieAuteur et image dauteur en analyse du discours 10Argumentation et Analyse du Discours, 3 | 2009et le nom du magasin est coll aux murs divers points stratgiques. Bref, quimporte lendroito votre regard se porte, vous voyez le nom de lenseigne.49 Ce passage constituerait une page de roman tout fait lgitime. Les conditions semblentrunies pour quil y ait opus: un nom dauteur (pseudonyme), la singularit dune exprienceet dun point de vue marqus par un style, une permanence dans le temps assure par ladresse,lajout rgulier de textes nouveaux et la mise en archive des prcdents. Ajoutons cela que lesractions des internautes permettent la blogueuse de grer ce quon peut considrer commeune image dauteur.50 Il surgit cependant une difficult: le mdium, en loccurrence Internet, na-t-il pas prcismentpour effet de saper certaines conditions de laccs au statut dauctor?51 La prolifration des blogs met en effet hors jeu une contrainte qui napparaissait pas clairementquand le livre ou le manuscrit dominaient: la raret. Certes, depuis que limprimerie existeon na cess de dplorer lexcs de livres, et donc dauteurs, mais rien de comparable avec cequi se passe aujourdhui. Dautant plus quInternet offre au blogueur la possibilit de mettreen ligne un nombre illimit de textes, de longueurs considrables et au rythme quil veut. Aces textes sont en gnral associes des images fixes, des vidos ou de la musique. En dautrestermes, rien ne rgle plus la production, sinon le bon vouloir du blogueur et les contraintesimposes par le logiciel.52 Cest que laccs la publication ny est plus limit par des intermdiaires. Dans lergime impos par le livre, ces intermdiaires taient de deux sortes: a) les professionnelsde ldition, qui slectionnaient les textes et les profilaient dans des sries (en particulierles collections) ; leur slection fonctionnait aussi comme une certification de qualit, tantsur le plan matriel (lorthographe en particulier) quintellectuel ; b) les professionnels delimpression: limprimerie tait une activit lie une technologie complexe et relativementcoteuse sur laquelle le producteur du texte, sauf exceptions, navait gure de prise. Outre cesdeux types dintermdiaires, le blog permet den supprimer un troisime: le critique. La pressefonctionnait comme un filtre puissant qui, parmi les postulants la notorit, ne slectionnaitquun nombre rduit de textes.53 Avec Internet le statut dauctor apparat ainsi doublement menac. La prolifration desproducteurs et des noncs rend trs problmatique le dtachement de figures saillantes sur cefond; les intermdiaires svanouissent, au profit dune confrontation directe entre un lecteuralatoire et une offre infinie. Par des processus dordre pidmique tel ou tel blogueur peutmerger un moment de lanonymat, mais la stabilisation dune figure apparat problmatique.De toute faon, le tiers qui consacre un texte nest plus une voix autorise(un professeur, uncritique), mais un essaim dindividus pseudonymes qui ragissent directement sans tre eux-mmes accrdits. Ce qui rend difficile la constitution dune image dauteur consistante.54 Lidentit mme de luvre devient problmatique, dans la mesure o la stabilit des textesest incertaine, et avec elle la possibilit mme de construire une mmoire. A la diffrencedu texte traditionnel, dans lequel les modifications dune dition lautre sinscrivent dansun travail de rglage de lopus en fonction dune trajectoire dans linstitution littraire,les modifications incessantes des blogs obissent des contraintes trs court terme ; ilfaut en particulier les renouveler sans cesse pour ne pas lasser les visiteurs qui en un clicpeuvent se transporter ailleurs. A chaque heure, chaque minute le texte mis en ligne peut tremodifi dans son contenu, sa prsentation ou dans sa position dans larchitecture du site; sibien quil est impossible daffirmer quelle est la bonne version du texte. La prolifrationdes modifications finit par dissoudre lide mme dune transformation globale du texte. Cephnomne est aggrav par le caractre composite des textes sur Internet: non seulementparce quon a affaire des hyperstructures (Adam & Lugrin2000) qui dploient diversmodules en tableaux, mais parce que la multimodalit y est de rgle (sons, textes, images fixeset mouvantes). On ne retrouve pas la situation traditionnelle des avant-textes, les brouillonsen particulier, qui, comme leur nom lindique, supposent une dmarcation nette entre le textepubli et ce qui est plac avant lui. Mme quand lauteur traditionnel modifiait son texte dunedition lautre, il tait facile de comparer les diffrentes versions et dtablir un apparatAuteur et image dauteur en analyse du discours 11Argumentation et Analyse du Discours, 3 | 2009critique. Rien de tel avec les textes numriques, puisque la notion davant-texte nest pluspertinente pour dcrire le passage dune version une autre de ce qui est mis en ligne.55 Dans ces conditions, on comprend que le blogueur qui aspire devenir auteur soit tent depasser au statut dcrivain traditionnel. Le succs rencontr auprs des internautes a permis Anna Sam, la caissire blogueuse, de publier ses textes sous le titre Les tribulations dunecaissire, paru en juin 2008 chez Stock. Ce qui a permis de dcouvrir quelle avait 29 ans,quelle avait un DEA de littrature et quelle travaillait pour payer ses tudes. Elle a ainsiacquis ainsi une image dauteur, conforte par une srie de passages la tlvision, dans lesradios et les ftes du livre. Son blog sest alors converti en un blog en quelque sorte mixte,o les textes sur la vie de caissire sont associs de multiples annonces promotionnelles surles sances de ddicace de lauteur et ses autres activits publiques.56 On pourrait penser que cet exemple consacre in fine la domination du mdium traditionnel,le livre imprim: le blogueur finit par publier un livre. Mais les choses sont sans doute pluscomplexes. Dans le systme traditionnel lditeur prenait le risque dditer un texte quiljugeait devoir plaire un certain public ; en revanche, avec Anna Sam ldition intervientquand le public a dj consacr le blogueur. Du mme coup, le problme pour les blogueurs quiaspirent la reconnaissance est de se dtacher de la multitude. Ce qui, nen pas douter, pourrade moins en moins tre laiss au hasard. Surtout si, comme on peut le penser, il se dveloppeprogressivement, des modes daccs au statut dauctor qui soient spcifiques au Web.57 Regardons prsent un beaucoup cas bien diffrent, celui dun blog pris au hasard sur Internet:le Blog de Julie, intitul Enfin-Libre13. En voici un extrait:Samedi 8 novembre 2008Gueule de bois?Lautre jour, nous avons mang une fondue bourguignone (sic). Aprs le repas, ma mre a laisslhuile refroidir sur le plan de travail. Bah... son estomac a pas trop aim. Jai vu le chat, danslentre, sur le tapis, l o le sol chauffe. Il avait pas lair en top forme. Jappelle ma mre, quiconstate elle aussi que le pre Lon est patraque. Aprs vrification, nous nous sommes renducompte quil avait bu de lhuile... Du coup, il est rest pendant presque deux jours tout patraque,il a presque rien mang. On a su quil allait mieux... quand il recommenait monter sur la table!a ne lui a visiblement pas servi de leon![http://enfin-libre.over-blog.net/article-24413205.html]58 Le texte est agrment par une photo du chat en question:Auteur et image dauteur en analyse du discours 12Argumentation et Analyse du Discours, 3 | 200959 Il y a fort peu de chances que ce blog connaisse le mme destin que celui de la caissire deLeclerc. Ici, on a affaire une sorte de journal intime; avec cette diffrence quauparavant cegenre dcrit ntait publi que si son auteur avait dj accd au statut dauctor, associ un Opus majeur.60 Mais les choses se compliquent quand en dessous on trouve le pome suivant:Mardi 28 octobre 2008Like a bridge over troubled waterQuelquun peut-il lui direQue je laimeQuelquun peut-il lui direQue le quotidien la tue, tu saisQuelquun peut-il lui direQuelle nest pas un animal en cage.Quelle a besoin dun peu de tempsUn peu plus de temps.Je laimeEt je dcouvre quaimer a fait mal.Quelquun peut-il lui dire tout a?Moi je ny arrive pas.Les seuls mots qui sortent de ma bouche sont inutiles.Je taime. Tu me manque.Et on tourne encore en rond.Mais que peut-on y faire?Se donner un peu de mal suffirait-il?Voler un peu de temps.Jai peur.Quun jour la libert mappelle trop fortMe disant de menvoler.Mais je laime.Je veux juste un peu de tempsAvec LuiEt juste Lui.Juste Nous.Mais quelquun peut-il lui direQue je laime?Je laime.Lui...[http://enfin-libre.over-blog.net/article-24175604.html]61 Ce texte relve-t-il du discours littraire? Dun certain point de vue cela ne fait aucun doute.Ds lors, on est tent de dire que son rpondant peut prtendre devenir auctor. En fait,on ne peut pas dire que toutes les conditions soient runies pour convertir son auteur en acteuridentifi de quelque espace littraire. Noy dans la srie des textes du blog, lequel est lui-mmenoy dans lespace sans bords dInternet, ce pome semble vou rejoindre cette infinit depomes de circonstance quon a produits depuis des sicles.62 Ce type de production, comme dailleurs les multiples sites qui impliquent des activitsdcriture, ne sont pas sans faire penser lnorme production galante du 17e sicle, dont onpourrait dire quil sagit dune littrature sans auteurs. Formule qui peut sentendre dediverses manires:- une littrature crite par des gens qui se refusent tre considrs comme des professionnelsdes belles lettres;- une littrature de personnes qui ne publient pas leurs textes;- une littrature dont les producteurs, sils publient, ne se donnent pas pour les auteurs de cequils publient;- une littrature socialise, immerge dans des interactions immdiates, dont elle ne se dtachepas;- une littrature o il y a trop de producteurs pour quon puisse en distinguer un.63 On trouve aussi cette ide dune littrature sans auteurs applique un tout autre type deproduction, la littrature orale:Auteur et image dauteur en analyse du discours 13Argumentation et Analyse du Discours, 3 | 2009Aprs tout, la littrature orale traditionnelle tait en un sens une littrature sans auteurs, unpatrimoine collectif accumul sans rfrence des individus. En revanche, les nouveaux romanset pomes, les nouvelles pices de thtre et les nouvelles taient des uvres dartistes bien dfinisdont elles portaient le nom ou le pseudonyme14.64 Dans le cas des blogs les producteurs sont individus. Mais cest labsence de contraintes derarfaction qui fait problme. Dans le cas de la littrature orale on postule lexistence dunnombre indfini de producteurs-rcitants antrieurs, sans quon puisse remonter un texteoriginel stable ou une individualit cratrice qui ne soit pas nimbe de lgende, ou mythique.65 On est alors incit rserver le statut dauctor aux figures que lunivers traditionnel delcrit manuscrit ou imprim a consacres. Pour quune Julie devienne auteur, dira-t-on,il suffit quelle rassemble ses pomes dans quelque livre ou publie son blog sur papier, ledtachant des flux anonymes dInternet. Mais, ce faisant, on constitue en norme implicite letype dauctorialit associ lcriture et limprim. Or on se trouve aujourdhui dans unephrase de transition entre le rgime traditionnel de domination de limprim et un rgimenumrique en transformation perptuelle. Il est trs difficile de savoir si Internet ne va pascrer dans son propre espace de nouvelles formes daccs au statut dauctor, de nouveauxoprateurs de rarfaction et de certificationdes textes, qui vont coexister avec les prcdentes.Un analyste du discours consquent ne peut que prendre acte de la transformation de cesventuelles volutions de la figure dauteur.BibliographieAdam, Jean-Michel & Gilles Lugrin. 2000. Lhyperstructure: un mode privilgi de prsentation desvnements scientifiques, Les Carnets du CEDISCOR 6, 133-150Amossy, Ruth (dir.). 1999. Images de soi dans le discours. La construction de lethos (Lausanne-Paris:Delachaux & Niestl)Booth, Wayne C. 1961. The Rhetoric of Fiction (Chicago: University of Chicago Press)Foucault, Michel. 1969a. Quest ce quun auteur ?, confrence publie dans le Bulletin de la Socitfranaise de philosophie, 63: 3, 73-104 [repris dans Dits et crits I, 1954-1975. 1994 (Paris: Gallimard),817-849]Foucault, Michel. 1969b. Larchologie du savoir (Paris: Gallimard)Granger, Gilles-Gaston. 1990. Invitation la lecture de Wittgenstein (Paris: Alina)Herman Jan, Mladen Kozul & Nathalie Kremer. 2008. Le roman vritable. Stratgies prfacielles auXVIIIe sicle (Oxford: Voltaire Foundation)Leclerc, Gilles. 1998. Le sceau de luvre (Paris: Seuil)Maingueneau, Dominique. 1987. Nouvelles tendances en analyse du discours (Paris: Hachette)Maingueneau Dominique. 1993. Le contexte de luvre littraire. Enonciation, crivain, socit (Paris:Dunod)Maingueneau, Dominique. 1995. Lnonciation philosophique comme institution discursive ,Langages 119, 40-62.Maingueneau, Dominique. 2004. Le discours littraire (Paris: Colin)Maingueneau, Dominique. 2006. Contre Saint Proust (Paris: Belin)Meizoz, Jrme. 2002. Recherches sur la posture: Jean-Jacques Rousseau, Littrature 126, 3-17Viala, Alain. 1993. Elments de sociopotique, Viala, Alain & Georges Molini. Approches de larception. Smiostylistique et sociopotique de Le Clzio (Paris: PUF)Notes1 Il suffit de songer aux intenses dbats qua suscits le livre de W. C. Booth (1961), qui a introduitla notion dauteur implicite.2 Ce document, issu de la Commission Biblique Pontificale a t prsent au pape Jean-Paul IIpar le cardinal Joseph Ratzinger au cours de laudience du vendredi 23 avril 1993, loccasion deAuteur et image dauteur en analyse du discours 14Argumentation et Analyse du Discours, 3 | 2009la commmoration du centenaire de lEncyclique de Lon XIII Providentissimus Deus et ducinquantenaire de lEncyclique de Pie XII Divino afflante Spiritu. Litalique est de moi.3 Jutilise dans cet article ce terme peu heureux pour en viter dautres (auteur, crivain, crateur),qui sont chargs de multiples valeurs ou qui reoivent une dfinition restreinte dans ma terminologie.4 Il est dailleurs membre de lAcadmie franaise.5 Le passage (Fixot, 1994). Ce livre na pas eu de succs.6 Jexcepte videmment les philosophes comme Kierkegaard ou Sartre, quand ils crivent des romans, oules textes publis sous un pseudonyme par peur de la rpression politique. Le seul cas qui fasse exceptionest celui du philosophe franais Alain (1868-1951); mais, ce nest pas un hasard, il sest fait un nomdans le journalisme (trois mille propos publis) et sadressait un public large.7 Pour dissiper toute quivoque, nous prcisons quen tant quanalyste du discours, nous ne souscrivonsnullement cette conception de lauctorialit philosophique (Maingueneau 1995). Ce qui nous importeici est quelle participe de lidologie spontane de la majorit des professionnels de la philosophie.8 On en verra quelques exemples plus bas.9 Dans le Trsor de la Langue Franaise on trouve la dfinition suivante : 1. Personne qui seporte garante de quelqu'un ou de quelque chose. Synon. caution, garant. Louis Bonaparte incarnait lecoup d'tat contre la Rpublique, l'tranglement de la libert dont l'Assemble demeurait la gardienne;aujourd'hui, en revanche, les liberts publiques n'ont d'autre rpondant et d'autre soutien que Charles deGaulle (MAURIAC, Nouv. Bloc-Notes, 1961, p. 134).10 Je me souviens avoir vu lpoque sovitique la vitrine dune grande librairie de Berlin-Est qui nemontrait quun seul livre: les discours officiels du Secrtaire gnral du Parti communiste Tchernienko. Ilsagissait, par un acte autoritaire, de convertir en auteur de plein droit un homme politique qui nexprimaitpas de point de vue personnel. Coup de force qui sexpliquait par le statut du Parti communiste, autoritsuprme qui sanctifiait en quelque sorte les paroles de ses reprsentants.11 Jexcepte le cas du discours de politique gnrale du Premier Ministre britannique qui, comme onle sait, est lu par la Reine dAngleterre.12 Ce groupe d'artistes (le cavalier bleu) sest form partir de 1911 Munich. Ses acteurs principauxsont Wassily Kandinsky, August Macke, Franz Marc, Paul Klee Y ont participe galement GabrieleMnter, Heinrich, Campendonk, Alexej von Jawlensky13 http://enfin-libre.over-blog.net14 A. A. Mazrui, Collection UNESCO en ligne: Histoire gnrale de lAfrique, chapitre 19. [http://www.unesco.org/culture/africa/html_fr/chapitre819/chapitre5.htm].Pour citer cet articleRfrence lectroniqueDominique Maingueneau, Auteur et image dauteur en analyse du discours, Argumentation etAnalyse du Discours [En ligne], 3|2009, mis en ligne le 15 octobre 2009, Consult le 16 mars 2015.URL: http://aad.revues.org/660 propos de l'auteurDominique MaingueneauUniversit Paris 12, Cditec, Institut Universitaire de FranceDroits d'auteurTous droits rservsRsumsLe dveloppement rcent, dans le champ de lanalyse du discours, dune rflexion surlauteur et limage dauteur met en cause les distinctions traditionnelles: lauteur nestni lnonciateur du texte, ni une personne en chair et en os, qui relve du contexte. Quant Auteur et image dauteur en analyse du discours 15Argumentation et Analyse du Discours, 3 | 2009limagedauteur, elle nappartient ni au producteur du texte ni au public; elle est le produitdune interaction entre des intervenants htrognes.Tout dabord, on sefforce de clarifier le terme auteur, qui peut avoir un fonctionnementrelationnel (lauteur de ce tract) et un fonctionnement rfrentiel (un auteurimportant).On distingue trois dimensions dans la notion dauteur: 1) linstance qui rpond dun texte:auteur-rpondant, 2) lauteur-acteur, qui, organisant son existence autour de lactivitde production de textes, 3) lauteur corrlat dune uvre, dun opus: lauteur-auctor, quiest susceptible davoir une image dauteur.On cherche ensuite dfinir quelles conditions une entit peut accder au statut dauctor.Lexistence dune nom propre ne suffit pas. Divers cas sont tudis: les hommes politiques, quine rdigent pas eux-mmes leurs discours, les marques commerciales, les agences de publicit,les tres collectifs (partis politiques, groupes dartistes).Enfin on aborde les problmes pos par le dveloppement dInternet : lauteur dun blogpeut-il prtendre au statut dauctor ? Sur Internet le statut dauctor apparat menacpar la prolifration des producteurs et des textes, par la disparition des mdiateurs et parlinstabilit des textes. Cette rflexion est illustre par ltude de deux blogs : celui dunecaissire dhypermarch qui est devenue clbre grce son blog et celui dune blogueuseinconnue nomme Julie. Dans la phrase de transition actuelle entre le rgime traditionnelo dominait limprim et un rgime numrique en transformation perptuelle, on doit sedemander si Internet va ou non crer de nouvelles formes dauctorialit.Author and Image of the Author in Discourse AnalysisThe recent development, in the field of Discourse Analysis, of a reflection on the notionsof author and image of the author calls into question traditional distinctions: authors areneither the enunciators of the text nor persons in the flesh, who are part of the context. As forthe image of the author, it depends neither on the producer of the text nor on the audience:it is the result of the interaction between heterogeneous stakeholders.To begin with, we shall try to clarify the term author, which can establish a relation (theauthor of this pamphlet) or designate an individual (an important author). A distinction ismade between three dimensions of the notion of author: 1) the entity that answers for a text:the author as a guarantor, 2) the author as an actor who has a specific status in society,3) the author as correlated to a work, an opus: the author-auctor, who can be associated withan image.We then try to analyse under what conditions an entity can rise to the status of auctor.Having a proper name is not sufficient. Various cases are studied: the politicians, who donot write their discourses, companys brands, advertising agencies, collective beings (politicalparties, groups of artists).Finally, we tackle the problems raised by Internet: can the author of a blog claim to be anauctor ? On the Web the status of auctor is at risk, because of the proliferation of producersand texts, the elimination of the mediators and the instability of texts. This reflection isilluminated by studying two blogs: that of a supermarket cashier who got famous thanksto her blog and that of an unknown woman named Julie. In the current transition fromthe traditional regime of textuality, when printing prevailed, and a digital regime which isconstantly evolving, one must wonder whether Internet will or will not create new forms ofauthorship.Entres d'indexMots-cls : analyse du discours, auctor, auctorialit, auteur, blog, image dauteur,Internet, rpondantKeywords :auctor, author, authorship, blog, discourse analysis, guarantor, image ofthe author, Internet