Benacquista, Tonino - Tout a l'Ego

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    06-Nov-2015

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L'ego dans ses diffrentes reprsentations.

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  • ToninoBenacquista

    Toutlego

    Gallimard

  • ditionsGallimard,1999.

  • ToninoBenacquistaaexercdiverspetitsboulotsquiontservidecadresespremiersromans : accompagnateur de wagons-lits, accrocheur duvres dart ou parasite mondain.Depuis1985,ilacritplusieursouvragesdontSagaquiareuleGrandPrixdesLectricesdeElleen1998.

  • TABLELABOTENOIRELAVOLIREUNTEMPSDEBLUESTRANSFERTLAPTITIONLE17JUILLET1994ENTRE22ET23HEURESBOBINAGESSIPARUNJOURDTUNSDENTAIREOPPORTUNEQ.I.NOTICEBIBLIOGRAPHIQUE

  • AlainetBertrand

  • LABOTENOIRE

    Il y a eu cet norme rayon de lumire blanche. Jai senti que mon corps slevait laplomb,danslestnbres,unevitessefolle.Jaieupeurdeheurteruneborneinvisibleducosmos. Un souffle dair chaud ma ramen sur terre et ma couch, lentement, au beaumilieudunpaysdhorreur.L, immobile, incapabledemehissersurmesjambesoummedouvrir les yeux, je nai pu que les entendre : chiens hurleurs et loups affams, hynesmeurtriesaurireaigre,feulementsdefauvesautourdemacarcasse.Lesilenceetloubliontmisdessiclestisseruncocono,enfin,jaipumelovertoutentier.

    JusqucequunDieudemisricordemerendelavue.Etlavie.

    *Une femmeapoussun soupirde soulagementquand je suis revenu la conscience.

    Jaicruquilsagissaitdunemreoudunesur.Ctaitlinfirmire.Pas de mal au crne, pas dangoisse particulire. Ils ont d me farcir les veines de

    morphineoudetrucscommea.Ellemeparledunaccidentet,toutdesuite,jailespharesdecettevoituredans lesyeux.Londedechocquia suivi rsonneencoredansmacolonnevertbrale.Etpuis,plusrien.Jeluidemandecombiendetempsadurleplusrien.Unenuit?Unenuitseulement?Jai limpressiondavoirparcourulternitensensinverseettoutanadurquunedouzainedheures.Jusquosontallsceuxquiontpasstoutunhiverdanslecoma?

    Mon pre a demand quon le rappelle ds mon rveil. Je ne veux pas quil fasse levoyagejusquici, jenaipaslintentiondemoisir longtempsdanscettecliniqueperduedanslesPyrnes.Lemdecindoitpasserpourmerassurersur lavenir.Dansquelques jours, jeredeviendraiceluiquejaitoujourst.Dansquelquesannescetaccidentneseradansmonsouvenir quun vague trou noir suivi dun court et interminable sjour dans un lit blancentourdeneigepertedevue.

    LavoitureenquestiontaituneB.M.W.Personnenarienpufairepourleconducteur.Jailintimeconvictiondenavoircommisaucuneimprudence.samanire,linfirmiremeleconfirme:personnedanslecoinnajamaisvuunvhiculeprendrelaroutedesGoulesunevitessepareille.

    Onsaitquitaitcetype?UnassureurbasLimoges.Lautopsiedirasiltaitsol,maiscestcourudavance.Toutcoup,jemesensbeaucoupmieux.Unpochardafaillimecoterlavieetjebnis

    lecieldenepasavoirsamortsurlaconscience.LagrandeFaucheusechamboulelesesprits.Jedoisconcentrertoutemonnergiesurmanouvellevie,onneressuscitepastouslesjours.Ilparatqueceuxquiontvulamortenfaceviventlerestedeleurexistencedanslasrnitetlajoie.Sicestlecas,celavalaitpeut-trelecoup.

  • Linfirmireauncomportementtrange,ellevaqueautourdemonlitenmelanantdesilladesladrobe,mi-amuse,mi-intrigue.Commesijtaisunevedette.Cetaccidentnemapourtantpasrenduamnsique:jemappellebienLaurentAubier,jaitrente-cinqans,jerparedesphotocopieurs, je suis clibataire, etmagrandeambitiondans lexistence estdedcrocherlepremierprixduconcoursLpine.Lafemmeenblancconfirmelensembleaveclesouriredecellequisaittout,commesielleconnaissaitlemoindrerouagedemavie.Jeluienfaislaremarque,unpeuagac.

    Jensaispeut-trebienplusquevous-mme,rpond-elleenquittantlachambre.

    *Jairassurtoutceuxquiledsiraientpartlphone,parentsetamis.Jenepensaispas

    en avoir tant. La plupart neme demandent habituellement que des photocopies gratuites.Linfirmirema apport le dner.Commentpeuvent-ils promouvoir lidedunhpital visagehumain silsne serventquede labouffequednonceraitAmnesty International ?Plustarddanslasoire,jesonnepourquelleviennemedbarrasserdecercipientpleindepissedont jenesaisque faire.Commetous lesalitsdumonde, jehaiscette intimitavecunefemmequejeneconnaispas.Desonvivant,mapropremrenenajamaisvuautant,etmesfiancesdepassage,Paris,nemontmmejamaisentenduternuer.

    Neregardezpaslatltroptard,sinonjeviendraimoi-mmelteindre.Vousprenezvotrerletropausrieux,madamemadame?Janine.Jevousremerciede toutcequevous faitespourmoi,madameJanine,mais la tl

    mendormira beaucoup plus vite que vos pilules. De toute faon, jai limpression davoirdormipourlesdixansvenir.

    Ellemegrondegentiment,jelaremerciedunsourire.Toutcoup,jeralisequecettebravedamepapillonneautourdemoidepuiscematin,sansaidenirelche.

    Je vous ai dj veill toute la nuit dernire, pendant votre coma. Cest une petiteclinique,monsieurAubier,etjaiunecollguemalade,uneautreenvacances.Jevaisessayerdedormirquelquesheures.Sivoustesmoinsbavardquelanuitdernire

    Jenaipasletempsdeluidemandercequelleveutdire,elleestdjpartieavecunpetitclindilquiseveutpleindemalice.Daussiloinquejemesouvienne,personnenemafaitremarquer que je parlais en dormant, ni au pensionnat ni dansma garonnire o jattireparfoisquelquesbellesinsomniaques.Pendantcesheureshorribles,jaidfaireuncarnavaldecauchemars.Onveillesansdoutelescomateuxpourviterquilsnesagitent.Engnral,jemesouviensdemesrves,ilsmlentallgrementlangoissemtaphysique,lesfilmsgoreetlessymbolesbunuliens.Janineadenentendredebelles.moinsquelanuitdernirejenemesoisrepasslaccidentenboucle,avecunrlesinistreaumomentdelimpact.Jedoisoublier touta leplusvitepossible.Leprogrammede tlque jeviensdemeconcoctervasansdoutemyaider:unfilmdeJerryLewis,undocumentairesurlevaranduKomodoet,pour finir, la rediffusion du dernier festival de Bayreuth. Si mes calculs sont exacts, LeCrpusculedesdieuxprendrafinaumomentmmeoJaninemapporteralepetitdjeuner.Lavieesttropcourteettropprcieusepourlapasserdormir.

    *

    asentencoreletabacdansvotrechambre.

  • Jesorsquand,bordel?Cesoir,jevouslaiditcentfois.Maissivousteneztantvousagiter,onpourraitbien

    vousgarderquelquesjoursdeplus.Frache et repose, la Janine. Elle aurait mis une petite pointe de maquillage, a ne

    mtonnerait pas.Depuis le dbut demon sjour ici, jai vuMarielle, Bernadette, Sylvie etMmeBranger,toutesplusaimableslesunesquelesautres,maisaucunenedtrneraJaninedansmoncur.

    Ilestcomment,votremari?Voustesbienindiscret,monsieurAubier.AllezJenesuispasmarie.Vousavezbienunamoureux,non?Sesjouesrosissentpeine.Ilestbienmoinsturbulentquevous.Dites,Janine(jebaissedunton)ondittoujoursquelesinfirmiressontnuessous

    leurblouse.Elle hausse les paules en donnant quelques gifles un oreiller avant de le replacer

    sousmatte.aresteraun fantasme,sivous levoulezbien.Dailleurs,question fantasmes,vous

    tesdjbienpourvu.Quest-cequevousensavez?ImaginezunpeucequediraitBettysiellevousentendaitmediretoutescesidioties?QuelleBetty?Jeneseraipasldetoutelajourne,maisjeviendraivoussalueravantvotredpart.Nevousfoutezpasdemoi!DequelleBettyvoulez-vousparler?!Cettefois,vousnelavezpasvol,monsieurAubier.Passezunebonnejournequand

    mmeJanine,reveneziciIMMDIATEMENT!Lagarce!Ellenapasdaignreparatredetoutelajourne.Leconvalescentquejesuislapiste,

    sanssuccs,danstoutelaclinique.BettyJauraisparlduneBettydurantmonsommeil?JeneconnaisaucuneBetty.

    Oubiensi.MaisasemblesiloinUnetabledcolierdeuxplaces,commeilnyenaplus.Unencrierdanschaquecoin

    quelamatressevenaitrempliravecunebouteille.Unepetitetrappesouvreauloin,dansmammoire.JavaisgravBetydanslebois,avecuneplumeSergent-Major.Ellesestmoquedemoi, jai rajout un t, bien coll au premier. Je me souviens, maintenant Ses dentsblanchesSesyeuxincroyablementpursLefroissementdenosblousesquandnoscoudesse frlaient.Nousnous sommes fait traiterdamoureuxplusdune fois. Jemesouviensdenos regards qui se cherchaient dans le couloir, ds le matin. Elle sappelle comment tafiance?Betty!lammequestion,ellerpondaitLaurent.

    Jenesaispassijairellementtamoureuxdepuis.La nuit tombe. Je range mon rasoir dans une petite poche de la valise. La journe

    entire, je nai cess de rechercher ces doux instants du pass. En traversant le hall de laclinique,jaiencoreenttelesouriredunepetitefille.

    Je suis prt retrouver lemonde enmarche,mme sil sest fort bien pass demoi

  • durantcesdixjours.BernadetteetSylviesontderrirelehalldaccueil.Jemeprometsdeleurenvoyer quelque chose de Paris. Janine apparat en tenue de ville, un grand sourire auxlvres. Elle mentrane vers les normes fauteuils rouges de la salle dattente ou pluspersonnenattend.

    Votretaxinevapastarder.Avecunpeudechance,ilseraenretard.Jenevousaipasencoreremerciepourtout

    cequevousavezfait.Cestmontravail.Grcevousjairetrouvlesouvenirduneamourettedejeunesse.Elleavaitsapetite

    placebiencacheaufonddemoi,etsansvousjenelauraisjamaisfaitremonterensurface.Cestvousquejedoiscespetitesbullesdenostalgie.

    Elle laissechapperunpetit riremaisse reprend trsvite.Une lueurdegravitpassedans ses yeux.Ellehsite, retient le silence,nosepas se lancer. Jenperds le sourire,moiaussi.

    Vousvoussouvenezquejevousaiveilldurantvotrecoma,monsieurAubier?Vousmelavezditlelendemain. Vous tiez dans ce quon appelle un coma vigile . Un coma plutt lger o le

    patient sexprime et ragit. Il ressasse des phrases incomprhensibles, un flot de parolesdunedensitincroyablependantdesheuresetdesheures.Undlireorganisquepersonnedautreque luinepeutcomprendre,et, laplupartdutemps, ilnencomprendpas lamoitilui-mme.DixheuresVousvousrendezcompte?Unedriveverbalededixheuressanslamoindreinterruption?

    ?Cestunechancefabuleuse,monsieurAubier,unechancenepasrater.Uneantenne

    directesurlabotenoire.Labotenoire?Linconscient,sivousprfrez.UneJaninequejeneconnaispasvientdapparatresousmesyeuxpouvants.Untre

    fbrileetpassionn,mi-prtresse,mi-sorcire. Cette nuit-l, vous vous tes racont, vous tes all jusquau bout de vous-mme,

    vous avez brass trente-cinq ans de morale, dinterdits et de souvenirs. Vous les avezdpoussirs, dfroisss, dchiffrs et organiss dans un ordre connu de vous seul. Bettynestquunegouttedeaudanslocan,elleestsortiedelabotenoirecommetoutlereste.

    Unaiguillondepeurmepiqueversleventre.Unebouffedechaleurmaparcourulesbrasetledos.Levoyantdutaxiapparatderrirelavitre.

    JanineVoustesentraindemedirequevousquevousavezviolmonintimitmentale?

    Ellemeprendlesmainsetlesserredanslessiennes.Laurent,jefaisunepsychanalysedepuisquatorzeans.Etenquatorzeans,jenaipas

    ditlamoitidecequevousavezfaitsortirenuneseulenuit.Ellemetendunbloc-notesspirale.Jecroisquejevaisdevenirdingue.Pour une fois, la nuit de garde tait plutt calme, et jai lhabitude de prendre des

    notesLeblocmatterritdanslesmains.Toutsebrouilledansmatte.Letaxiklaxonne.Vousvousfoutezdemoi?Ctaitunservicevousrendre,jaimeraisquonfasselammechosepourmoidans

    depareilles circonstances.Tous vosmystres et tous vos oublis, tout votre amour et toute

  • votrehaine,tousvosmessagesrestssanscoute,toutesvoscraintesetvosfantasmessontconsignsl-dedans.Faites-enbonusage

    Jeveuxlaretenirparlebrasmaisellemchappeetdisparatdanslesvestiaires.Letaxiestsurlepointdepartir.

    Jerestel,commeuncon,incapabledeprendreunedcision

    *Jenaiosouvrir lebloc-notesquedanslavion.Lhtessemaserviunebonnerasade

    dalcooletmonvoisinacrubondemexpliquerquelapeurdelavioncachaitsrementautrechose, langoisse dun dpart ou celle dun renouveau. Encore un qui veut fourrer son nezdansmes rouages.LespagesgriffonnesparJanine sontbienplusdangereusesque touteslesphobiesdumonde. Jepourrais les dchirer enpetitsmorceaux et tirer la chassedeau,personnenensauraitrienet jecontinueraisvivrecommesiriennestaitpass.Elleestbanale,ma petite vie,mais je laime comme elle est, je nai pas besoin den connatre lessecrets. quoi bon saventurer dans les zones interdites ? On ne peut y trouver que desembrouilles,cestbienconnu,ilnyaquvoirtouscesfilmsquisepassentdanslajungle.quoiboncouter les tuyauteriesde sonme?Ctaitun servicevous rendreTu parlesdunservice,mapauvreJanine.Quiaenviedesavoircequisepassedelautrect?Quinapas peur douvrir la trappe de lego ? a ne doit pas sentir bon, l-dedans. Faites-en bonusageEtsidanslaffairejavaisbienplusperdrequgagner?

    Maislavraiequestionest:commentrsister?Monvoisinsestassoupi,lecrnecontrelehublot.Jesoulvelacouverturebistredubloc. Faudrait y retourner voir, chez le pre Tape-dur, on y retrouverait peut-tre son

    livret de Caisse dpargne, eh oui ! (rires) Dix ans boire du Schweppes, a laisse destraces,heinNathalie?Touttaitencoreplusblancsoussonaube,onnepouvaitpasplusblanc,afaisaitmmemalauxyeux,perdudanslegrandcnetoutblanc,ctaitcecondePascalquimavaitobligLesclochesettoutRiencomprisaufilm,lePascalmasuraimetroplargent,masuraimetroplargent, tusavaisdirequea,DuconTyespasallvoir,toi,souslegrandcneblanc

    Jevousaccompagnejusquaulavabo?Lhtesseapos lamainsurmonpaule.Ellesortunsacenpapierblanc,perdudans

    les prospectus coincs dans une poche du dossier, au cas o je voudrais vomir. Elleprfreraitlasolutiondulavabo.Ai-jelairaussimalquejelesuis?Ellemetenduncachet,unverredeau, javale le tout.Docile. Jeme force sourirepour lloigner. Janine estunedrledegarce.Ellenauraitpasdfairea.Sondevoirtait,cettenuit-l,defermerlaporte,de respecter mon dlire, de le laisser se perdre dans le grand inconscient de lunivers. Jefermelesyeux,prendsunelonguebouffedairetparslarecherchedugrandcneblanc.Ildoittrequelquepart,si loin,siproche,perduencoursderoute,oublidepuisdes lustres,maistoujoursaussiblanc.Quest-cequisecachaitsouslegrandcneblanc!Ilestl,toutprs.Toutprs

    Monsieur,vousavezlaisstombervotrecahier.Hein?Je remercie cet imbciledevoisindunsignede tteet reprends leblocquiagliss

  • mespieds.Legrandcneblancnedevaitplustretrsloin.Tantpis,jyreviendraiquandjeseraiseul.Ilyaquarante-huitfeuilletsdenotesserres.Avecparfoisdessriesdebisnenplusfinir.Jenesaisplussijedoisliredanslacontinuitoupuiserauhasard.Jallumeunecigaretteensachantquecestdsormaisinterditmaisjenepeuxpasrsister.

    Jai pleur, putain, tout lemonde la vu, je ne veux pas quonmappelleRoland, je

    mappelleLaurent,pasRoland,Laurent,Lorenzaccio!Putaindemerde!Nempcheiltaitgrandetmaigre,cecon,maigredaccord,maissurtoutgrand,etjavaislatrouilleparcequilavait lebondroitpour luiTas toujoursaimte foutrede lagueuledesgens, fallaitbienquil y en ait un quiMonorgueilmarquau fer rougeavec ses initiales dessusA. L.AugusteLespinasseTuparlessi jenavaisbrod,desconneries,surAugusteLespinasseUnergaladeMoicestLaurent,Lau-rent,compris?

    Un grand type lunettes. larme. Montbliard. Une humiliation devant toute la

    chambre.Javaispousslebouchontroploin.Desvariationsidiotessursonnom,personnenavaitri,etamavaitvalusonpoingsurlagueule.Toutmerevientenmmoire,mmelesillondeslarmessurmesjoues,lebridgetoutmtaldroitedanssabouche.Pourlapeine,ilma appelRoland jusqu la quille.Chaquenuit, commeun lche, jai eu enviede le tuerpendantsonsommeil.

    Jenavaispasoubli cet pisodemais jamais jeneme seraisdoutde la tracequil alaisseenmoi.Plusjamaisjenaicherchblesserautruidepuiscejour-l,etcestpeut-treAugusteLespinassequejeledois.Lapeurquejprouvetenircesfeuilletsbrlantsentrelesmainssemueenquelquechosedeplus intenseetdeplusgrisant.EtsiJanineavaiteuraison?EtsiellemavaitoffertlesclsdelaConnaissance,laplusprcieusedetoutes,cellede soi-mme ? Jai peut-tre un trsor, l, pos sur les cuisses commeune petite bote dePandore. Il peut me donner les rponses aux questions essentielles, celles qui nousapparaissent,dit-on, le jourdenotremort. Ilmediraqui je suisetdo jeviens.Et jauraipeut-treunechancedesavoirojevais.Bienavantmonheure.Aumilieuduparcours.

    Lhtesse me demande dteindre ma cigarette. Ds quelle sen va, jen allume uneautre. Jebravedes interditsquine sontplusdemongeet jemen fous.Nousvolonsau-dessusdeParis.Monvoisinadjlamainsursonporte-documents.Jaiencoreletempsdefaireunpetittourdanslamachineexplorerlme.

    Indcrottable!Indcrottable!EllesavaitdirequeacettevieillesalopePapatu

    doismecroire,moi !Paselle, jene suispas indcrottableNe jouepasauxvoituresdanslescalier ! Je veux pas redoubler, elle ment et cest elle que vous croyez ! -.. Faitesattention !LegrandescalierenmarbredeparrainDumarbredItalieIndcrottable !CestdgueulasserienquentendrePleindemerdedanslattePuisquecestcommeaje vais vous faire la Piste aux toiles (roulements de tambour avec la langue)Lindcrottablevanousexcuterunsautdelange!Lemarbrecestbeaumaiscestfroid

    Sans mmemen rendre compte, je suis dans un taxi. Je ne sais pas comment sest

    pass latterrissage, ni comment jai rcupr ma valise. Je suis toujours dans les airs.Presqueenapesanteur.Jusquaujourdhui,laseuleimagequimerestaitdecettechutetaituneminervequimedonnait lairdunpetitvieux.Javaissixans.Unescalierquiauraitpumecoterlavie.Quiestcettevieillesalope?Etquest-cequelleavoiraveccettechute?Unepiledecourriermattendderrirelaporte.Sansmmeprendreletempsdenlevermon

  • manteau,jemeprcipitesurletlphone.Papa?Tesrentr,mongrand?Jauraispuvenirtechercherlaroport.Tutesouviensdemonaccidentdanslescalierdeparrain?Sijemesouviens?Tamreetmoi,onacruquettaismort.Quest-cequisestpass,cetteanne-l,lcole?Jaibesoindesavoir.Ettuastoujourssuivideprsmascolarit. Tes drle, toi Tume demandes a aujourdhui Je crois que tu tais au C. P.,

    laccidentestarrivenmaiettunesretournlcolequenseptembre.Jairedoubl? Non mais cest ce que voulait ton institutrice, une vieille peau avec qui tu te

    chamaillaistoujours.Entre-temps,tuasfaitcettechuteetontadonndescoursparticulierspendant toute ta convalescence. la rentre, tu avaismmeunniveaubien suprieur auxautres.

    Commentjaifaitpourtomberdanscetescalier?Jenesaispas,ontaittoustable,onaentendutadgringoladeetontaretrouven

    bas,inconscient.Tonparrainenafaitunejaunisse.Je le remercieunmillierde fois et raccroche.Toutdevientbeaucoupplus clair.Cette

    vieillepeaumedtestait,etleredoublementquivalaitunecondamnationmort.Onditquelidemmedusuicidenepeutpasvenirlespritdunenfant.Jaiconnula

    dtressequivouspousseverslamort.Jenavaisquesixans.

    *Troissemainesplustard,jenaipasencorereprisleboulot.Jepasseleplusclairdemon

    tempsdansmonappartementoudanslesjardinspublics.Moninertieapparentenelaisseenrienimaginerlextraordinairetravailmentalquejefournischaqueinstant.Latemptesousmoncrneestsifortequellecharrieavecelledespromessesoubliesetdinsouponnablestabous.Jerestepenchsurlebloc-notescommeontudielacartedunEldorado,jeplongeen moi-mme comme un explorateur sous-marin et nen remonte quau prix dunedouloureuse preuve. Beaucoup de choses mchappent encore dans ces quarante-huitfeuillets,etleszoneslesplushermtiquessontcellesqui,biensr,mintriguentleplus.

    Quandjeseraigrand,jeseraifaucheurdespaghettis,acestunbeauboulotQuand

    jeseraigrand,jeseraifaucheurdespaghettis,acestunbeauboulotRachatavantmarsdelaFinoilparlA.C.GroupQuandjeseraigrand,jeseraifaucheurdespaghettis,acestunbeauboulot

    Faucheurdespaghettis.Aprsuneffortdemmoire terrible, jai revucegrandconde

    Pascal,lamaternelle,entraindemexpliquerquelesptespoussaientdansleschampsetquon les fauchait comme lesbls.Faucheurde spaghettis, ctait le job rv.En revanche,impossible de savoir do surgit cette Finoil qui ne me dit absolument rien. Mon copainJrmy,boursicoteurprofessionnel,maexpliququunepetitemaisoncommelA.C.GroupnepouvaitenaucuncasracheterleplusgrostrustptrolierdEurope.Lepire,cestlafaondont ces deux mots se sont glisss dans ma tte et y sont rests accrochs comme des

  • oursins.Avons-nouslecortexchargdemilliardsdinsignifiancesstockesaufildesges?Ilyasrementderrirecetteformulesibyllinequelquechosedebongrattermaisjenesaiscommentmyprendre.Certainsparagraphes sont encoreplus troublants, surtoutquand ilsdisentexactementlecontrairedemapenseconsciente.

    Onnetrahitjamaisquelesamis,ordure!RiriFifietLoulouDemandeJudas!

    aenfaitdespartiesdeflipper,nomdeDieu!MonpauvreRiriElleteplaisaittantquea, la petite Sophie 7Fallaitme le dire, pauvre conToutes ces parties de flipper pour enarriverl

    Fifi ctait Philippe,Riri ctaitRichard et Loulou ctaitmoi. Le triumvirat. Toujours

    fourrsensembledepuislelyce.Jaitlepremierminstalleravecunefillequelesdeuxautresontacceptedanslabandesansfairedhistoire.SurtoutPhilippe.Ondittoujoursquelesfemmesontuntelsoucidudtailquellesaventcacherleuramantdesannesdurant,oudpisterunematresseavecunsimplecheveu.Dansmoncas, aat linverse.Aprshuitjours de stage Toulouse, jai retrouv dans le cendrier de la table de nuit la bague duncigareRomeoyJulietaque javaisoffertPhilippe.Labotedevingt-cinqmavaitcotunprixfou,maispourlanniversairedunpoteonnecomptepas.JenaipardonnniSophienilautresalaud.Ctaitilyadixans.

    Lennui,cestquelabotenoirenestpasdaccordaveccetteversionEtjenevoispaspourquoielleseraitmieuxrenseignequemoi.Cestcritl,noirsur

    blanc,de lamain fbriledeJanine.MonpauvreRiriElle te plaisait tant que a la petiteSophie ?Elle a pu se tromper, aprs tout. Riri ou Fifi, prononc toute vitesse aumilieudunebourrasquedemots.Riri,monpotedetoujours, lindfectibleRichard.Jenevoispascequemoninconscientinsinueproposdunehistoirequimacotassezcher.

    Maisilfautquejenaielecurnet.

    *Le serveurpose lesdeux cafs sur la table et jallume lapremire cigarettede tout le

    dner.Richardsortuncigaredesontuisansinterrompresabrillanteanalysesurltanchitdesclassesmoyennes.Contretouteattente,jeluicoupenetlaparole.

    CestPhilippequitafaitaimerlecigare?Ilmarqueuntempsdarrtetmeregarde,tonn.LongtempsquonnapasparldeluiJepensaisquetunevoulaisplusentendrece

    nom-l.LetempsapassDix?Douzeans?Toutsoublie,tusais.Jaibienrussioublier

    Sophie,etjenemencroyaispascapable.Ilyadeschosesquonnepardonnepas.Jeneteparlepasdepardon,chacunsedmerdeavecsamorale.Loubliestunbesoin

    vital, comme boire oumanger. craser les souvenirs qui nous encombrent est la garantiemmedenotresantmentale.Borgesacritdetrsbellespagesl-dessus.Imaginelhorreurqueceseraitdenerienoublier.Imaginequenousayonstousennousunesortederceptacleotoutseraitconsign,lemeilleuretlepire,etsurtoutlepire.

    Unesortedebotenoire,quoi,commedansunavion.Exactement.Richardme regarde, immobile. Troubl. Puis il allume lentement son cigare selonun

  • rituelquejeconnaisbien.Quelquechoseachangdepuistonaccident.Nousnaurionsjamaisparldecegenre

    dechoses,avant.Jemaintiensunvaguesilenceambigu,commepoursoulignerunpeuplusltrangetde

    notredialogue.Sicetteboteexiste,ilnefaudraitenaucuncasyavoiraccs,dit-il.Noussommesle

    produit de nos erreurs et de nos doutes. quoi pourrait bien nous servir une infinit depetitescertitudes?

    saisirunechanceuniquedecomprendrecommentlonestdevenucequelonest.Leserveurposeladditionsurlecoindelatableetromptunduelduregardquiaurait

    pudurerdesheures.Pourrpondre taquestion,cenestpasPhilippequima faitaimer lecigare,mais

    toi.Moi?Tu tesouviensdesRomeoyJulietaque tu luiavaisofferts? Ilna jamaisos te le

    dire mais lodeur mme du cigare lui donnait la nause. Jen ai got un et a a t larvlation.Jaifumtoutelabote,etdepuisamecotesixseptmilleballesparmois.

    Aprsquelquessecondesdesilence,unpetitriremchappe.Unrireinnocent,niamernivengeur.Larcenteintimitavecmabotenoireadmodifiermonrapportaumondeetaux autres.Comment ai-jepupenserquelle stait trompe, dailleurs ?Cest cequenousappelons trop navement la raison qui nous fait croire ce qui nous arrange le mieux.Linconscient, lui, est impitoyable de vrit. Il y a dix ans, dj, je savais que Richard etSophie avaient couch ensemble.Nous ne sommes jamais dupes que de nous-mmes. Lesannesquiontsuivi,jaibannilinnocentpourtoujoursetjesuisrestamiavecletratre.

    Lestablessevidentuneune.Richarddonneungrospourboireauserveur,sansdoutepourquilnouslaisseenpaixlepluslongtempspossible.Aucundenousnaprononcunmotdepuisdelonguesminutesetnousnavonsjamaisautantparl,luietmoi.Sabotenoiredoitenregistrer un tas dinformations vitesse grand V. Ces petites mcaniques-l sont ultra-performantes.

    Quil est intense, cemoment o lesmots nont plus aucun intrt. Ils ne sont l quepourconclureenbeaut.

    Cequejenemexpliquepas,cestpourquoicecondePhilippenariendit,lesoirojelaitraitdordure.

    Unsouriresansmalicesedessinesurles lvresdeRichard.Celuidelanostalgie,sansdoute.

    Unchoixcornlien,pourlepauvrePhilippe.Sedisculper,ctaitmetrahir.Ilaprfrgarderlafautepourlui.

    Lesensdelamitipoussjusque-lconfinelaconnerie,heinRichard?Quisait?Il se lve et passe sonmanteau, le cigare entre les lvres. Sur le seuil du restaurant,

    nousnousserronslamain,longuement.Laprochainefois,cestmoiquiinvite.Daccord.

    *Onsedemandesouventceque lon ferait si lachancenoustaitdonnede lirenotre

  • avenir. Je sais aujourdhui que connatre son pass a quelque chose de bien plusextraordinaire.Lapeurdulendemainestuneplaisanteriecomparecelledelaveille.Etledestinnestrienquunpeudepassenretard.

    Jenai toujourspas repris le travail depuis deuxmois. Jai racontnimporte quoi autoubibet ilmacru:tourdissements,mauxdette,sommeilagit, intensefatigue, toutadepuis ce terrible accident. Jai gagn encore quelques semaines et mon patron na rientrouv redire.Un typedu concoursLpinema appelpourmedireque jtais enbonneplacepourlepremierprixetjaifaitsemblantdentreflatt.Silssavaient,tous,quejesuisdevenu dpendant dune drogue dure. Un junkie, voil ce que je suis. Accro ma proprepsychettributairedemonmoicaptif.Passionn,aussi,parlasommedervlationssurledrledetypequejesuis.Etjenveuxplus,toujoursplus,commetouslesdrogus.Jeconnaispratiquement ces quarante-huit feuillets par cur. Il marrive parfois den dclamer despassagesentiers,commelecomateuxque jtais,dans lesPyrnes,allongprsdeJanine.Victimeduneabjectecopulationentremonaetmonsurmoi.Certainsmystressersolventdeux-mmes mais dautres se refusent cder, quelques formules restent toujours aussiopaques et me mettent dans des tats de rage impuissante. Jai russi en isoler unetrentaine comme autant dnigmes dun impitoyable sphinx. Certainesme donnent parfoisenviedehurler.

    MonpauvremonsieurVernier,avasejoueraufinish,maisjaidjgagnellesdeux,ctaitLeDjeunersurlherbeetLaChienneandalouse. Jimagine bien Bertrand,majestueux et dodu, avec une petite bulle de verre sur le

    ventre!Quelacteur!Ilfautfairegrossirletrucdeviedesixfoissonvolume,cestalesecretEt bien dautres dlires inexplicables. Je ne connais ni les noms ni aucune situation,

    rien,ettoutaprovoquelemanque,obsdant,lebesoindesavoir.Toutcoup,lasonneriedutlphone me ramne dans le prsent. En maudissant dj celui qui vient troubler cetteintimitavecmoi-mme,jedcroche.

    Commenttuassu?Jrmy?Commenttuassu,bordel!Quoi?LerachatdelaFinoilparlA.C.GroupnomdeDieu!?Uncataclysme!Unrazdemare!Quitavaitdonnletuyau?Jenesaispas. Tu te fous dema gueule ? Si javais pu croire une seconde que ctait possible, je

    seraismilliardairelheurequilest.JeneconnaislaFinoilnidvenidAdam.Cestsigros?Gros?Cestplusunholding, cest laBourseelle toute seule.Avecdes tentacules

    dans tous les secteurs, lagro-alimentaire, linformatique, tout, des filiales ne plus savoirquenfaire.LaComecoetlaSoparep,cesteux,laN.W.D.aussi,etla

    La National Ware Distribution ! Jy vais tous les quinze jours pour moccuper de lamaintenancedequatre-vingtsphotocopieurs.Cestsrementlojaidimprimerundtailmoninsu,untoutpetitdtailquemaraisona laissdectmaisque labotenoiresestbienchargedarchiver.Jrmynemecroitpasquandjeluidisquejenensaispasplus.

  • quoibonluiexpliquerlhistoiredubloc-notes,delapsychanalysedeJanineetdugrandcneblanc. Il me prendrait pour un dingue. Ce que je suis, sans doute. Jai demand moncollgue Pierrot de fouiller dans les fiches de service pour savoir quand remonte madernire intervention la National Ware Distribution. En juillet dernier, jai rpar sixphotocopieurs,dontceluideladirectiongnrale.Lattedelasecrtairemestviterevenueenmmoire,unebruneauregardcoquinquiselamentaitparcequesonphotocopieuretsamachinecaftaienttombsenrideaulemmejour.Enouvrantlabcane, jaidtectlapanne la plus courante et lai rpare en dixminutes. Comme je le fais chaque fois quundocumentrestecoincdanslappareil,jaijetunilsurlafeuilleavantdelabalancerdansune corbeille. Cest sans doute par cette lettre confidentielle que jai appris le rachat de laFinoil.Unesimplephrasequiseseraitvaporedansmoncerveaubrumeuxsilabotenoirenelavaitpasgarde.

    Mais pour cette pitre victoire surmammoire, je connaismille dfaites accablantesquimerongentunpeuplustouslesjours.Cequimerestederaisonmexhortetoutlaissertomber,maislautre, lapartieimmerge, insistepourrapparatreJeveuxsavoirquiestLaChienne andalouse, et cemonsieur Vernier qui intervient sept fois dans les quarante-huitfeuillets.Jeveuxsavoircequest le trucdevieetcomment le fairegrossir.Et tout lereste,toutcefatrasabsurde,maistellementchargdesens.

    Jeveuxtoutsavoir.Tout.

    *Jenotedsormaismesrvessurunpetitcalepin,raisondesixseptfoisparnuit.Il

    nyapasdheurepourlesdrogus.Hlas,lamoissondumatinasouventunairdedj-vu.Silesrvessontdesmanationsde linconscient, ilssontencombrsduntasdepetitsdtailsquotidienssanslamoindreimportance,etletoutdonneuneforteimpressiondegratuit.Ilfautpourtantquejetrouveunmoyensretdirectdentrernouveauencontactaveclabotenoire.

    Jai reluLesPortesde laperception dAldousHuxley.Ce type-ldevait tre accro labotenoire, tout commemoi. Il vamme jusquprconiser lusagede substancesbizarrespour les ouvrir, ces fameuses portes. Nayant pas lhabitude de consommer ce genre dedenres, jai demand Pierrot (qui senferme rgulirement dans les toilettes de notreatelierpour fumerunptard)deme trouver tout cequi est disponible sur lemarchpourperceruntunnelversmonmoileplussecret.Lebilandeloprationatparticulirementdcevant.Lesdiversjointsmontcrasdanslecanapdusalon,desheuresdurant,avecladsagrable impression davoir un trente-cinq tonnes pos sur chaque genou. Les rails decoke ( pure 80 % daprs Pierrot) ont provoqu chez moi une irrpressible fureurmnagre, jai pass laspirateur et briqu largenterie quatre heures du matin tout enchafaudant une thorie qui rfutait en blocNewton et Copernic. Lopiumnema procurstrictementaucuneffet,larelecturedeTintinetlelotusbleuauraittbienplusefficace.JaiterminenbeautenavalantcettedosedeL.S.D.quima fait fairenimportequoidurantune quinzaine dheures, comme affronter une lgion romaine en 3D ou faire le dcompteexactdunombredemolculesdhydrognedansmonbain.JenenveuxpasPierrot,jenenveuxpas Huxley, je saisque jepoursuisunebaleineblanchequidrive au creuxdemesentrailles.

  • *MonsieurAubier,sivousvoulezbienmesuivre.Enentrantdans le cabinetde lhypnotiseur, jepensais trouver touteunebimbeloterie

    defteforaineetnyaivuquunlargefauteuiloilmademanddemasseoir.laquestionquepuis-jefairepourvous?jenaipassuquoirpondre.Jenaipuqueluifournirunelonguelistedenomspropresetdephrasessansqueuenitteenluidemandantdelespasseren revue pendant la sance avec le secret espoir que lun dentre eux me ferait ragir.Vaguementdconcertpar la listeenquestion, ilmaexpliqude faonrationnelle toute larigueurscientifiquedesontravailmaisjenairienvoulusavoir.

    Onpeut tenter lexprience,mais ce que vous demandez est impossible.Avez-vousessaylapsychanalyse?Jepeuxvousdonnerdesadresses.

    Lapsychanalyse?Vousnemecroirezsansdoutepassi jevousdisque jesaisdjtout sur mon pre, ma mre, mes scnes primitives et ma libido. Et a na rien de trsfolichon.Jeveux savoirqui sontmonsieurVernier et les autres.Vous croyezque jai vingtansdevantmoipourlesfaireresurgirunun?

    Lequartdheurequia suivi resterapourmoiunmomentpaisibleet agrable, demiendormidanscegrandfauteuil.Jaipufairelevidependantdelonguesminutesetamafaitdubien.

    Dsol,monsieurAubier,voustesunsujetpluttrceptifmaiscequevousappelezlabotenoirearefusdesouvrir.Siunjour,vousyparvenez,faites-le-moisavoir.

    Pendant quil me raccompagnait la porte, jai sorti machinalement mon paquet deGitanesetquelquechosedtrangesestpassaumomentmmeojaiportunecigarettemeslvres.Commeunlgerhaut-le-cur.

    Undtail,monsieurAubier.Dsquevousavezouvertlabouche,amafaitpenserun cendrier deP.M.U.Pendant votre tat dhypnose, jen ai profit pour en toucherdeuxmotsvotrebotenoire.Vousneserezpasvenupourrien.

    *

    forcedemechercher,jesuisdevenuunautre.Unesortedeflicdelme,oupire,un

    dtectiveprivquinirajamaisauboutdesonenqute.Messouvenirsnesontquechimresetmonaveniruncauchemar.Parfois jemerveille terroris,une imagedans lesyeux:mabotenoireattaqueauburinjusqucequellecde.Ellesaigneetsecabossemaisriennensort. Je navais pas mrit a, ma pauvre Janine. Aprs tout, je ntais quun simplerparateur de photocopieurs. Je dis tais parce que jai perdumon job.MmePierrot sestlass demes questions absurdes (je tai dj parl dune chienne andalouse ? Tu connaisBertrand?Ilporteunepetitebulledeverresurleventre)Monpremeregardecommeundtraqu.Pire,untrangerquiparleunelangueinconnue(ItchiMitchiBo,jenedisaispasaquandjtaispetit?).JecrveraisansdoutesanssavoirquiestmonsieurVernier.Dommage.Jecommenaisbienlaimer.Javaisfaitunepetiteplacepourlelogerdansmatte.Ctaitpeut-trequelquundimportant,quisaurajamais?

    CematinjaireuunlettreduconcoursLpinequiminformequejaigagnlepremierprix.Onme leremettrademain,pour louverturede laFoiredeParis.Silssavaientquelpoint tout a est drisoire. La seule invention providentielle serait une sorte de pincecrocodile qui relierait la bote noire un moniteur quinze pouces. Un jour, peut-tre, jemettraiaupointleprototype.Jaitouteuneviepoura

  • *

    Jy suis all commeonva chez ledentiste, en tranant lapatte, sansaucunespoirdy

    passerunbonmoment.Cohue,badauds,stands,discours,javaisattenducetinstantdesmoisentiers,maisaujourdhuitoutcelanestquebruitsansfureuretvaguedcorum.Jesuisloindetouta.Jaiungrandcneblancdanslatte.

    LepremierprixestdcernM.LaurentAubierpoursonphotocopieurPolaroid!Applaudissements.Lafumemincommode.Lebruitplusencore.Pierrotmriteraitce

    prixautantquemoi,nouslavonsbricoldansnotreateliernosmomentsperdus.forcedephotocopier toutes les parties de notre corps comme lont fait tous les bureaucrates dumonde,lidemtaitvenuedecombinerlamachineavecunbotierdepelliculeinstantane.Un simple gadget que javais russi optimiser en amliorant la qualit du clich et saduplicationlinfini.Lesapplicationssontinsouponnablesetvontdudessinindustriellabureautique en passant par le marketing, et mme lart contemporain. Cest Pierrot quimavait pouss le prsenter au concours. Tout ce cirque me fatigue, dsormais. On meremetleprix,onmetapesurlpauleetonfaitsigneaupublicdefairesilence.

    UnprixdhonneurseradcerntitreposthumeauregrettAlainVernier,mortilyaquelquesmoisdansunaccidentdevoiture.Vouspouvezlapplaudir.

    Alainqui?M.Vernier,poursuit-il, taitunhabituduconcours.Pendantdesannes ilnousa

    propos ses inventions qui dsormais font partie de votre quotidien. Jamais, pourtant, ilnavaitobtenulepremierprix.Rendons-luihommagecesoir!

    Lesjambescotonneuses,jemassoissurlerebordduneenceinte.Lepublicsedispersedanslesalles.Jattrapelanimateurparlebras.

    Ilsestpasso,cetaccident?DanslesPyrnes,enoctobredernier.Personnenasucequilfaisaitl,M.Vernier

    taitassureuretquittaitrarementlargiondeLimoges.Si.Moijesaiscequilfaisaitl.

    *Jtaisuneproie,cesoir-l,surlaroutedesGoules.Noussavionsquenoustions lesdeuxderniers finalistes.Jenyavaisattachaucune

    importance,maisluinavaitpensqua.Illevoulait,cepremierprix,M.Vernier.Aprstantdannes,cotequecote.Si,cesoir-l, ilavaitrussimebalancerdans le foss, tout lemondeauraitcruun

    accident.Etmmemoi,siJaninenemavaitdonnlabotenoire.Onnelouvrequencasdaccident,aprstout.

  • LAVOLIRE

    Jevivais Budapestquandmononclemaappel son chevet. Jenemedoutaispasquilvoulaitmourirdansmesbras.Enlevoyantseredressersursonlitettendrelamainversmoi,jaicomprisquejenavaispasfaitlevoyagepourrien.Linfirmirenousalaisssseuls,auplusmauvaismoment,maiselleavait lemtierpourelle.afaitbizarredesentirquonestunefamillesoitoutseul.Javaisbeautreassisl,surcesdrapsbleus,moncuretmespenses restaient en apesanteur, quelque part entre Buda et Pest, entre une chambremeubleetunesalledeclasse.Pourtant,jelavaistoujoursbienaim,lebonhomme,cepourquoijemeretrouvaisl,unemainptriedanslasienne,lheureoonaimeraittantquellevousguideendouceur,quelquepartparl-bas.

    Ilmavait toujoursparlcommeunadulte,et ilnyapasdedsirdegosseplus fortque celui-l. Je me souviens mme de ce jour o je suis tomb malade et refusais quequiconqueentredansmachambre.Sauflui.Javaishurldedouleur,javaisditquelpointtout a tait injuste et que ce monde pourri ne mritait pas quon le subisse. Il mavaitrpondu que je finirais bien par en trouver une autre, plus jolie encore, et que celle-lmriteraitquonlaccompagneunevieentire.

    Jaipaspeur,tusais,meditlevieux.Biensrquejesais,tunemaspasapprisa. Tu te souviens quand jattrapais des scorpions derrire les vignes, et que je les

    encerclaisdansuneboucle,etquejymettaislefeu?Commesictaithier.Ehbien,cestseulementmaintenantquejeregrettedavoirfaita.L, jenousairevusaccroupisdans la terre, lesyeuxrivssurunedecespetitesbtes

    prise de folie en se voyant prisonnire des flammes. a ne manquait jamais, elle faisaitrebiquersondardverselle-mmeetsedonnait lamort.Ctaitbeau,ctaithorrible,ameposaittantdequestionsquivenaientdesiloin.

    Toutcoup,ilaretenusonsouffleavantdedire:Jeveuxtreenterrprsdelavolire.Etsajoueacaressloreillercommeunflocondeneigefinitsachute.Dis,tonton?Tesmort?Cestbienaquejedoiscomprendre?Onenavumourir,des

    choses,quandonsepromenaitdanslalande,toietmoi.Desmouchesenhiver,deschatstropcurieux, des arbresmal aims. Cest a qui tarrive, h le vieux ? Tume demandais : Lenotaireet lecurentrentcheztonvoisin,quest-cequisepassechezlevoisin?Levoisinmeurt.

    Aujourdhuicesttontour,etilnyaninotairenicur,tunasjamaisrienpossdettunasjamaiscruenDieu.Ilnerestequemoi.

    Jenesaispasotuesdsormais,jenesuispascurieuxdelesavoir.Jaienviedetedirequonfinirabienparseretrouver,maisjenycroisqumoiti.Tunemenvoudraspassijelaisselesgensdumtiertenterrersansmoi?Jauraislairdequoi,toutseuldansuncortge

  • funraire, sans personne avec qui comparer nos douleurs ? Jai toujours trouv dommagedorganiserunecrmoniedontleseulintressseraabsent.Jesaisdsormaisquelessoirsoilmarriveradedouterdelhumanittoutentire,jetimaginerai,tenduquelquepart,entraindervertouslessecretsquilnousrestepartager.

    tenduquelquepart.Quelquepartmaiso?Je suis sr et certain quil a dit Je veux tre enterr prs de la volire . Pas une

    voliremaislavolire!Quest-cequecestquecettevolire,nomdeDieu!?EtilnapasditJaimeraisbienouJauraistantaim,non,JEVEUXtreenterrprsdelavolire.Onnedemanderait pasmieux que de tenterrer prs dune volire, tonton,mais tu aurais pumefaciliterlatche!Linfirmirerevient,mefaitsescondolances,meditdeschosesdfinitivessurlavieetlamort,etjacquiescebtementpendantquedansmattetournoieunouragandevolires.

    Dites-moi,madame, ilny auraitpasdans le coinunpigeonnierouun trucdans legenre,prsduncimetire?

    Linfirmire,habitueauxcontrecoupsmotionnelslannoncedundcs,meregardedunairbizarre.Jinsiste:

    Vousnavezjamaisentenduparlerduncimetiredelavolire? Demandez aux gens des pompes funbres, ils ont toujours plein de rponses aux

    questionslesplusdlicates.Jusqu ce quelle dise a, jtais persuad davoir fait le plus dur en venant jusquici

    mais,sanssavoirpourquoi,jemesuisditquepourassurerlternitunmourantilnesuffitpasdeluitenirlamainpendantunquartdheure.JepourraisprendrelevoldedemainmatinpourBudapest,meslvesmattendrontsansdouteunjourdeplus,letempsdetirerauclaircettehistoireabsurde,justepourmviterlesremordsquejesensdjpoindre.JeveuxtreenterrprsdelavolireEtmerde!Ilauraitpudiredeschosesplussimples,plusbanales,destrucscommeRosebudouNoubliejamais,monpetit,queseulleromantismeestabsolu,maispourquoifaut-ilquuntypequiajouauball-trapavectoutcequiadesplumesveuilletreenterrprsdunevolire?

    Nous, sortis du cimetiremunicipal Y a bien un columbarium au Pre-Lachaise,maiscestuniquementpourceuxquiveulentsefaireincinrer.

    Iladitclairementquilvoulaittreenterr. Cest vous qui voyez.Mais dici trois jours, on va bien tre forcs de lemettre en

    bire.Troisjours?Engnral,ceschoses-isedcidentbienavant lheure fatidique.Aprs trois jours,

    onseraobligsdesuivrelaprocdurehabituelle.

    *Troisjours.Cesttoutcequejaipuobtenirdudirecteurdemonlyce,voyagecompris.

    Trois jours pour trouver une volire o faire reposer le tonton. Il parat que les derniresvolontsdunmortsontsacres.Jaiessaydecompterlenombredheuresquelevieuxavaitpassesmescts,patientetattentifaupetitbonhommequejedevenais,etjailargementfranchilabarredessoixante-douze.Noustionslundimatin,etsijenavaispasmislamainsurunevoliredicijeudi,tontonseretourneraitdanssatombepourlessiclesvenirsanstrouverlerepos.

  • Lelendemain,jesuisalldanslepetitmeublducentre-villeoilavaittoujoursvcu.Lendroitnavaitpaschangdepuisquaranteans,jyairetrouvtousmespetitsbonheursdujeudi, laptisserieo jemempiffraisavec luidechosesnormes, lecinmao lonpassaitdesfilmspourlesgrands,lecafojeleregardaisjoueraubillard.Savoisinedepalier,uneternelleclibataire,vivaittoujoursl.Aveclesannes,ellenestaittoujourspasdcidedevenirunevieillefille.

    MaiscestJeannot?amefaitdrleRemarque,bienteregarderonretrouvelespetitsyeuxespiglesdetononcleQuandtutepromenaisavecleLouis,onsavaitjamaisquitaitleplusvoyoudesdeux.

    Il ne vous a jamais parl dune volire ? Un endroit o il aurait voulu finir sesjours?

    Jai bien t oblig daccepter son infusion ae romarin, soi-disant que a laidait rflchir. Au bout de deux tasses, elle a sorti une goutte de fine pour passer la vitessesuprieure.

    Ton oncle tait un srieux zigoto. On pouvait sinsulter un jour entier comme deschiffonniers travers la cloison, le soir il venait partager un Fernet-Branca, et on parlait,jamaisdenous,maisdumondeentier etde cequildevenait.Pour tedire, le21 juillet69,deuxheuresdumatin,ontaittouslesdeuxdevantlatl,icimme,lendroitotesassis,pourregarderlAmricainquiamarchsurlaLune.

    Etmavolire?Eh benCette histoire de volireme dit quelque chose. a se passait le vendredi.

    Incapabledetedirequoi,maisctait tous lesvendredis,pendantbiendixans.Je luidisaisVousvenezvoirlewesterncesoir,msieurLouis?.EtilrpondaitVoussavezbienquelevendredicestlejourdelavolire.Ildevaittrecolombophileouuntruccommea,yadesamateurs,adevaitsenvoyerdesmessagesdanslespattesdespigeons,allezsavoir.Tousles vendredis dix-huit heures ptantes, son copain Ferr, le garagiste du quartier de laBornetutesouviens?

    Jamaisentenduparler. Eh ben, le Ferr venait le chercher pour aller cette satane volire. Ton oncle

    revenait tard dans la nuit, et puis plus rien jusquau vendredi suivant. Cest tout ce que jepeuxtedire,mongars.

    Des messages dans les pattes des pigeons Mme si le tonton avait des passionsbizarres,cettesoudaineaffectionpourdestrucsemplumsparaissaitsuspecte.Maislapisteavaitlairdesuivresoncours.Lesoirmme,jaiaboutidansunesupretteduquartierdelaBorneojadissetenaitlegaragedEtienneFerr,vnrablevieillardquihabitaitdsormaisdansunecitdortoirtroisencabluresdel.Deuxheuresplustard,javaistrouvlabonneportedubonescalier.Unemarmailletonitruantemaouvert.

    Tuvienspourlanniversairedeppetmm?Danslesalon,unevingtainedindividusdetousgesentouraientungteaugigantesque

    otrnaitlechiffrecinquante.tienneetJosetteFerrftaientleursnocesdor.Jaieubeaujurerquejepassaislparhasard,personnenavoulumecroire.QuandjemesuisprsentcommeleneveuduLouis,tiennemesttombdanslesbras.Ilaretenuseslarmesquandjeluiaiannoncquesonpotedetoujoursavaitpasslarmegauche.

    Tucroisquilauraitprvenuquilsesentaitpasbien?CesttoutLouis,a.Fautdirequecesderniresannesonsevoyaitplusbeaucoup.CMlenterrequand?

    Quand,jepeuxvousledire,cestjeudimatin,maisleproblmecesto.Un gossema servi doffice une part de fraisier.On tait encore loin de la saison des

  • fraises.Dansunderniersoupirilainsistpourquonlenterreprsdunevolire.Daprsce

    quejaicompris,mononcleetvousfrquentiezunclubdecolombophilestouslesvendredissoir.Sivouspouviezmclairerunpeul-dessus.

    Je ne sais pas ce qui sest passmais, juste aprs avoir dit a, il y a eu une sorte desilenceunpeucraquant,commeunecordedependuquisedtend justeaprs le lynchage.tienneablanchiduncoupetsacanoniquepouselaregardavecunelueurdedoute.

    Disdonc,tienneLevendredi,ctaitpaslesoirotutapaislabelotechezLouis?Turevenaismmedesheurespaspossibles,etdansdestats!

    Jesuisvieuxetjaiplusmatte,mafaittienne.Jesuisdsolpourtononcle,maisce soir mon couple a atteint lge dor et je te souhaite de vivre a un jour. Sur ce, je teraccompagne,cestquandmmeuneftedefamille.

    Etcestcequilafait,levieuxFerr.Endeuxsecondesilmepoussaitsurlepalieravecunenergieinsouponnepoursonge.Avantdemeclaquerlaporteaunez,iladit:

    Cinquanteansdeboulotquotidienpourenarriverlettuviensfoutrelamerdejusteaujourdhuiavectavolire!Remuelepasstantquetuveuxmaispaslemien!LavolireLavolireVavoirductde lHteldesTilleuls,Granville,maisnerepassesurtoutpaspourmedirecequilestdevenu.

    Iltaitonzeheuresdusoir.PlusaucuncarnepartaitpourGranville.Fautedetrouverlesommeildansmachambredhtel,jairveillleveilleurdenuitquijaiparlduDanubejusquaupetitmatin.

    *

    Vu de lextrieur, lHtel des Tilleuls avait ce cachet modeste qui ninspire que les

    vagabondsetlestouristesensacdos.Maisdsquonpassaitleseuil,onseretrouvaitdansunpetitpalacelaisslabandonmalgrsesheuresdegloire.Desboiseries,duveloursrouge,unescalierdoublervolutionsoutenupardesatlantes,bref,unvraidcordecinma.Onmademandsijevoulaisunechambre.Malgrunecertainefatigue,jaieulecouragededirenon.Le jeuneconciergenapu rpondreaucunedemesquestions, lendroitavait changtroisfoisdepropritairesentrenteansavantdtrereprisparuntrusthtelier.Legrantmaditpeuprslammechoseetpersonnedanstoutlepersonnelnapumefaireavancerdunpouce.forcedinsister,jaibienvuquejecommenaisfatiguertoutlemonde.Jaipassuncoupdefilautypedespompesfunbresquisapprtaitclouerlecercueildetonton.Pourmelaisserletempsdedcider,jaiprisunechambrelHteldesTilleuls.Laprs-midi,jaitrandanslecoinenposantdautresquestionssansrponses, jusqucequuncantonniermemontrelecimetire,unpetitcarrdiscretborddarbres,unjetdepierredelhtel.Jaitrouvtrangeque,dansunegentillevillecommecelle-l,ilyaitunhtelaussichicpouruncimetireaussidsuet.

    La tte vide, sur les coupsde vingt-troisheures, devant la tldema chambre, jemesuisaffaldans lapositiontypiquedeceluiquivientdepasser lamain.Jairepensmononclequi,sanstrefierdemoi,devaitsansdoute,del-haut,rendrehommagemabonnevolont.Cestlquonatoqumaporte.Unjeunehommeavecunettedeconspirateur.

    Je travaille ici, lconomat.Cestma grand-mrequi tenait lhtel il y a quaranteans.EllesesouvientdevotreoncleLouis.

    Je lai suivi dans la nuit noire et nous nous sommes retrouvs dans un pavillon lasortiedelaville.

  • Cestgentildefaireapourmoi,riennevousyobligeait. Faut respecter la mmoire des vieux. Grand-mre, il ny a plus personne pour

    lcouter,cestcommeunehontepourtoutelaville.Jaimebiencequevousfaitespourvotreoncle.

    La grand-mre navait pas dge, elle vivait dans quelques mtres carrs o elleparvenaitcasertoutlebric--bracdesessouvenirs.

    LouisMagnavalettienneFerrlpoquejauraispluttmissur lepremier,etcestlautrequiestrest.

    Lavolire,avousditquelquechose?Ellealaisschapperunpetitrirequigrinaitcommeunevieilletable.Quest-cequonvousapprenddelavie,denosjours?Unevolire,tusaispasceque

    cest?Tononcletapasapprisa?Uncland,unetaule?Non?Unclaque,unboxon?Unemaisonclose?Ctaitcommeaquelesbravesgensdisaient.Lesparentsdeceuxquimemontrent

    dudoigtaujourdhui.Les ingrats !Ondevraitmedonner lamdailleduMrite.Mais,pourcomprendrea,faudraitremonterlpoque.Tiens,regarde

    Elleaposdevantmoiunevieillecaissechampagnerempliedephotosspia.Surlunedelles on la voyait entoure de ses filles, sur une autre un couple dansait prs dungramophone,surtoutessemblaitrgnerunefranchebonnehumeur.

    AttendsquejeretrouvelabonneElleafourragunmomentdansletaset,triomphante,menamisunesouslesyeux.Tonton ! Un sourire bat, une guitare entre lesmains et un beau brin de fille qui le

    tenait par les paules. Jai repens tous ces vendredis qui suivaient de prsmes jeudisPersonne chez moi ne pouvait se douter, sinon on maurait interdit de le frquenter, onmauraitditquectaitunmonstre,etaujourdhuijeseraisunautre.Nimeilleurnipire,maisunautre.

    LeFerr,ctait leclientbanal, le tout-venant,unpassionn lapetitesemaine,onarrive avec une envie folle de faire la fte et on repart avec la honte aux yeux. Ton onclectaitdiffrent.Ilvenaitenamoureux.

    Pardon?Tuvoislafillequiilchanteuneaubade?Ctaitlamourdesavie.Ah,cesdeux-l

    Fallaitvoiraajamaisroucoulautantdansunevolire!Illaregardaitcommeuncrapaudmortdamour,ellesefaisaitunsangdencrequandilarrivaitenretard.aadurdixans.Etcestchezmoiquilssesonttrouvs,onchoisitpas.

    Ellesemblaitdireaavecunebonnedosedefiert.Ilauraitpulpouser,lemmeneraveclui,jenesaispasTelquejeconnaissaismon

    oncle,ctaitlegenredechosesdontilauraittcapable.CestdifficilededireaaujourdhuiCtaitcommeuncontratentreeuxetpersonne

    navaitriendire.Lespactesentreamoureux,yenapasdeuxquiseressemblent.Quest-cequelleestdevenue?Unbeaumatinelleestpartiesansriendire,personnenasupourquoi.Lesannes

    ontpass.Etilyatroisanspeine,elleestrevenuesefaireenterrerici.Tusaiscequilterestefaire.

    *Je lai reconnue tout de suite. Sur sa tombe, on avait plac un mdaillon avec son

  • portrait.Unbeauvisagedejeunefemmequisouriait.nenpasdouter,ctaitmononcleLouis. Personne na fait de difficult pour les faire reposer cte cte. Les pactes entreamoureux,yenapasdeuxpareils.

    EtjesuisrentrBudapestaveclirremplaablebonheurdudevoiraccompli.Danslesmoisqui se sont couls, jai failli cent fois raconter lhistoiredemononcleLouis,mais ilaurait fallu commencer par le dbut, depuis la premire fois o il a pos les yeux surmoijusquaumomentojaifermlessiens,etjeneconnaispersonnedotdunetellepatience.

    DansunbardeSzeged,aumomento jemyattendais lemoins, jai rencontrAnna.Jai toutdesuite reconnuenellecellequimritaitquon laccompagneunevieentirecomme disait tonton pour consoler le jeune adolescent qui lchait ses premires plaiesdamour.Jemesuispromisdenelaquitterquunseuljourparan.laToussaint.

    Fairelalleretretourpourunpotdechrysanthmes?Tontonnendemandaitpastant.Jesuisrestunbonmomentdevantsatombe,leregardperduentrelHteldesTilleulsquonapercevaitau loin,et la lgreeffervescencedescimetires le1ernovembre.Cest lquunefemmedpeuprsmongeestvenueserecueillirsurlatombequijouxtaitcelleduLouis.

    Sans faire attention moi, elle a pos son bouquet de fleurs, jet lancien, et donnquelquescoupsdebalayettepourrectifier lesanglesdeterre.Jaieuunpetitpincementaucurquandjaireconnuquelquechosedefamilierdanssonvisage.Srementlespetitsyeuxespiglesdontparlaitlavoisinedetonton.

    Vousntespasducoin,jaidit.Non,jhabiteParis.Jenaijamaissupourquoimamanavoulutreenterreici.JemappelleJean.JemappelleLouise.Jaiunehistoirevousraconter,Louise.Etvousaumoins,jesuissrquevousaurez

    lapatiencedelcouter.

  • UNTEMPSDEBLUES

    Tremp comme une soupe. Pas la petite onde quimouille sans le faire exprs, non.Linstantesttropical.Unetemptequivientdesiloinquelledracinelespassantsetinondelestrottoirs.Jesaisquellemestdestine,lavienemelaissejamaisenpaix.Lesgensautourdemoiouvrentdesparapluies, trouventdesporchesetdesencoignuresdecaf.Lenseigneteintedunbarmattiretrangementsurletrottoirdenface.Jepensaisbienconnatrecetterue par cur. La pluie ne sert qu faire draper de sa trajectoire habituelle. Je vaismaccorder un petit quart dheure, rien qu moi, avant que le monde ne se remette enmarche.

    Du vieux bois, des bouteilles ambres, du silence. Mon imper qui ruisselle sur leperroquetdelentre.Unlongcomptoirojesuisseul.Untabouret.Uncouple,auloin,quiboitdelabireenparlantvoixbasse.Unserveurimpassibleetlent.

    Vraitempsdechien,hein?Jevoudraisunbourbon,sansglaceUnjuke-box,dansuncoin.aexistedoncencore.amarcheavecdespices?Peut-tre

    montre-t-il des images, comme les scopitones dan-tan. Apparemment non. Hasard ouconnivence, le serveur slectionne unmorceau et me regarde. Je crains que ses gots neviennent troubler mon quart dheure de solitude. Javale une gorge de bourbon qui merchauffelacarcasseplusvitequetoutlereste.

    Pregher!PertechehailanottenetcuoreStandbymechantparCelentano.anevapasmerajeunirmaislepireestvit.Jai

    toujours aim la voix de Celentano, mme quand il se risquait reprendre un standardamricain.Lamlodiemefaitfaireunbondenarrire,lpoqueolgedhommetardaitvenir.

    Ctaitilyaplusdevingtans.Ilsallaientvoircequilsallaientvoir,tous.Quelquechoseallait bien finir par arriver. Jtais un type exceptionnel. Je le savais. Javais russi enconvaincrecertains.Ilnemerestaitplusquattendrequeavienne.StandbymeOhoooStand by me Ctait langoureux, un poil ridicule, mais on aimait a. En attendant lesgrandesheuresdenotrevie,onchantait.Desheuresquitardaientvenir,maisonavaittoutle temps.Malheur celui qui doute, il est dj en train de flchir ! Honte celui qui sesoumet!Onallaitluienfairebaver,aurestedumonde.Jtaispluttbeaugosseetlesfillesmcoutaientprorer.Plage,rvolutionetsoutien-gorge.StandbymeOhoooStandbymeLes grandes heures tardaient venir. Et lentement, sans que je men aperoive, jaicommencdireouitout.

    Le couple, l-bas, se regarde sans mot dire. Amoureux. Celentano les inspire, cesmalheureux.

    Jai dit oui tout, mme au temps qui passe. la longue, mme lui vous faitcomprendrequilpeuttrsbiensepasserdevous.Jaiditouisanstroplefaireentendre.Despetits oui, une longue srie de petits oui qui mont conduit jusque dans ce bar minable.

  • Commentai-jefaitpouroublierdestrescherssurlauteldusacrifice?StandbymeOhoooStandbymePourquoiai-jeditouicellequilevoulaitbienplusquemoi?Pourquoiai-jevouluquemesenfantsmeressemblent?Aujourdhui,jenesaisplusquoiilsressemblent.Ilsnemevoientplus.Ilsontlecouragequejenaipaseuaummege.Pourquoiest-cequejeme force trouvermescollguesaimables?Pourquoiai-je laisscettemaladie imbcilesinstallerdansmonpauvreestomac?StandbymeDela jrmiade,niplusnimoins.Enitalien, cest encore pire quen anglais. Pregher per te Personne na pri pourmoi,personnene prie jamais pour personne, pourquoi les chansonsnous feraient-elles croire desmensonges?

    Lapluienecessepasmaislemorceausi.Iltaittemps.Jesuisaussiminablequecebar.Je demande un autre verre. Dans cinqminutes, que je le veuille ou non, je serai dehors.Javaisdroitunquartdheure,pasplus.Etcecrtindeserveurmenavollamoiti,avecson juke-box.Et levoilquiremeta.Luiaussimenveut. Iladciddemechasser.Allezsavoirpourquoi.Quest-cequilatrouvpourmemettredehors?Unevaritsansme?UnconcertodeBrahms?Unechansonraliste?Toutestpossible,ici.

    IwokeupthismorningUn blues ? a y ressemble. Des strings de guitare, rpeux et mtalliques. Encore

    lhistoire dun type qui il est arriv plein demmerdements depuis le rveil. Pourquoipersistent-ils vouloir sortir du lit, tous ? quoi bon sentter ? a ne risque pas desarranger.Etchaquematinserapluspniblequelaveille.Jelesais.Jelesens.Lapremiremoititaitdjlassante,cellequimeresteparcourirvamedemanderuncouragequejenai jamais eu. La voix de ce type est chaude et dense,malgr tout. Ilme fait penser unvieuxsageindiennostalgiquedelagrandenationquilguidait.Legotdubourbonnenestquemeilleur,sansdouteunehistoirederacines,deterroir.Cestlavodkadutzigane.IwokeupthismorningQuandjemesuislevcematin,jenepensaispasquilpleuvraitautant.

    Jemesouviensdelpoqueojesavaisarrterlapluie.Commeunsorciersioux,maislenvers. Les gens ne me croyaient pas et, pourtant, ils finissaient par le reconnatre. Jaimme gagn des paris. On ne me croirait plus si je le racontais. Il suffisait que je meconcentreunpeu,seul,etlapluiecessaittoutcoup.Combiendefillesai-jepatesaveccetruc.Jenesaismmeplussilyavaituntruc.Jycroyaisfort,cesttout,etamarchait.Jairendulesoleiltoutunvillagequinycroyaitplus.Javaisoublia.

    Leserveurmeverseuntroisimeverresansquejeleluidemande.Cestceluidelamaison.Jeleremerciedunsourire.Lasecondemoitiseradure.Maispourquoinepaslafaire,

    aprstout?Pourquoisepriverdea?Etquisait.Jeconnaismieuxlamusique,dsormais.Jene serai jamaisunvirtuose,mais jepeuxme jouerquelques solos,pour leplaisir.Cestpeut-tre a quil faut comprendre. Apprendre la gamme, longtemps, patiemment, pourpouvoir en jouer,plus tard.Lebourbonmemmneailleurs, chez ce typequi fait la longuelistedesmisresdelajourne.IwokeupthismorningSilnestaitpas levcematin, ilnauraitpascritunesibellemusique.Ilnyapasquelesgensdous,encebasmonde.Ilyaaussi les laborieux, comme moi. Ceux qui nont pas fait grand-chose mais qui ont de lammoire.Etpeut-trequesiquesijemeconcentrais,l,uninstant,enfermantlesyeux

    Jevousparieunautrebourbonquelapluievacesserdansmoinsdedeuxminutes.Leserveurmeregarde,unsourireencoin.Vousplaisantez,lesgouttessontencoregrossescommedesverresdewhisky.Vouspariezoupas?Ilregardesamontreetmedonneletop.Lejukeboxsetait.Jailesyeuxcrisps,fort.

  • Quandjelesouvre,leserveur,unpanderideauenmain,regardedehors.Ilseretourneversmoi,berlu.

    Jemelveraidemain

  • TRANSFERT

    Dansuneviedecouple,ilyatoujoursunmatinolautrevousregardeavecunepetitelueur de doute au fond des yeux.De doute ou dautre chose. Et cet autre chose a quelquechosedhypnotisant.Pourlapremirefois,onperoituneinquitudechezceluioucellequi,jusqualors,partageaitavecvouscettedouceetroutinireinsouciance.Cequevousnesavezpasencore,cestquevoustescesujetdinquitude.

    Tuasbiendormi,Minou?MinoucestCatherine,lafemmedemavie,jelaipouseilyadouzeans.Elleseplaint

    depuislongtempsdavoirlesfessesquitombentetcherchemenpersuader,maisjenenoteaucune diffrence. Entre amis, elle a parfois limpression de ne pas tre la hauteur danscertainesconversations,etelleatort.Quandaluiprend,ellesedemandesinousavonsfaitlesbonschoixdevie,etjenenimaginepasdautres.CestpourtoutescesraisonsquejaimeCatherine.Jenaigurequuneseulechoseluireprocher:mescinqsecondesdavancesurelle.Cinqternellessecondes.

    Tuveuxcombiendetoasts,Minou?Unseul.Jeluienfaisgrillerdeux,parceque,cematin,nousavonsdelaconfituredairelles.Avec

    labricotoulorange,elleneprendeffectivementquunseultoast,maisaveclairelle,ellevase laisser tenter par un second, elle ne le sait pas encore,maismoi si. Les voil, les cinqsecondes davance. Je suis capable de terminer la plupart des phrases quelle commence.Dans un magasin, jarrive reprer lobjet qui va immanquablement attirer son regard.Quandnousfaisonslamour,jepeuxdterminerlasecondeexacteoellevavouloirchangerde position. Je sais quelle va utiliser ladjectif curieux chaque fois quelle gote au sorbetgingembre, etvolubile quand elle croise un bavard. Elle ne rencontre jamais personne deloquace,deprolixeoudeverbeux,maisquedesgensvolubiles.Jesaistoujoursquelsoutien-gorgeelleportesoussarobegrisperle.

    Jemeferaisbienunedeuximetartinedeconfiture,moi!Si je luiconseilleunfilmque jaivu, jenotesurunboutdepapier les troisouquatre

    argumentsquellevautiliserpourlencenserouledescendre.Jamaisjenaisortilepapierdemapochepourluiprouverquelpointellemestprvisible,jimaginetropbienlascnequisensuivraitetsamaniredemelefairepayer.Catherineestcommea.Toutletemps.Silonimagine,parexemple,lepetitdjeunerquenousprenonsencemomentmme,jesais,grceunlgercalculdeparamtres(samedimatin,beautemps,coupdefildesasurhiersoir),quelle va vouloirme reparler de cette semaine prvue dans les Landes, o sa sur nousinvitedepuisdesmois.Pourcefaire,ellevavouloirmappteravecunepartiedepche.

    Tusais,monamour,nosgesondevraitplusselaisseraller,prendreletempsdeseretrouver,soccuperdesoi.Toi,parexemple,tuenasvraimentbesoin,encemoment.

    Cestpasbtea,Minou.Quest-cequetusuggres?Unepsychothrapie.

  • ?Tupeuxrpter?Tudevraisfaireunepsychothrapie.Jecroisquecest lapremire foisendouzeansquelleprononcecemot.Ellevientde

    mefaireunsouriregravequejeneluiconnaissaispas.Ettumedisacommea,debutenblanc,aprsdouzeansdemariage,entredeux

    tartines?Jaiattendulongtempsavantdetenparlermais,cematin,lemomentestvenu.Quiestcettefemme,enrobedechambre,quimefaitface?a faitdesmoisquonne separlepratiquementplus, tu esmaussade, tunasplus

    gotrien,mmelesenfantsfinissentparlesentir,etaleurfaitpeur.Maussade?Pourquoina-t-ellepasutilismorose?Ilstenontparl?Touslesdeux.?Lorsquetuaseutonmalaise,lannedernire,onafaittouslesexamenspossibles,

    etDieumerci tunavais rien quunpeude surmenage.Nousnavonspas de gros soucis, moinsquetunemecachesquelquechose?

    Jeneluicacherien,etnaiaucunmallenconvaincre.Donctugardessurlecurdeschosessansmmetenrendrecompte.Ilfautquetu

    teconfiesquelquun.apeutsarrangerplusvitequonnelecroit.Est-cebienmaCatherinequiparle,cellequejeconnaismieuxquelle-mme?Cellequi

    posesatteendormiesurmonpaulelasecondeojteinsmalampedechevet?Cellequisecontorsionneensortantdevoiture,depeurquonnaperoivesescuisses?Cellequioubliesystmatiquementsesclssurlaboteauxlettresquandellereoitunavisderecommand?Est-ce bien la mme ? Si elle a dcid de me prendre contre-pied une bonne fois pourtoutes, si elle veut me prouver quelle est bien plus imprvisible que a, elle ne peut pasmieux trouver que cette histoire de psychothrapie.Moi, une psychothrapie ?O est-elleallechercheruneideaussisaugrenue?

    Disdonc,Minou,tunauraispasrevutacopineFranoise?Biensrquenon.TuasfeuilletLeNouvelObservateur,chezlesMoreau? Au lieu de raconter nimporte quoi, pense ce que je tai dit, tu peux trouver

    quelquundebiensituymetsdutien.Est-cebientoi,maCatherine?

    *TuastodieuxaveclesMoreau.Pasplusquedhabitude,Minou.Etnetefouspasdemoi,enplus!JelesaimaisbienavantquilsachtentcettebaraquedanslePerche.Ilsnenousont

    pasfaitunramdampareilquandilsonteuleurpremiergosse.DispluttquetutessentiremisenquestionquandJacquesaparldesonanalyse.Quoi?!Ilalecouragequetunaspas.Tunevaspasremettrea,non?Ilestdeuxheuresdumatin,jevaistournercomme

    undingueavantdetrouveruneplace,etjaienviedallermecoucher.

  • Ilsenestsorti,lui.Jeannemenaparl,danslacuisine.Ilnestplusdpressifpourunouioupourunnon.Ilaconsult,etaluiafaitunbienfou.

    Cestpaslemoment!Tuasvulamaniredonttumerponds?Tuntaispasaussiirritableavant.Chaque

    jourtuesunpeupluscran.Non,jesuiscranchaquefoisquetumeparlesdecettepsychothrapielacon.Parcequeaterenvoieunevidencequetupersistesnier. Si quelquun a besoin de consulter dans cette voiture, cest toi ! Fais-la, cette

    psychothrapie,sipourtoicestlacldubonheur!Normalement,aprsunephrasepareilleelledevraithausserlespaules,maisellenele

    faitpas.Voyonsleschosesautrement.Quandtuasmalauxdents,tuvaschezledentiste?Oui.Ehbien,situasdesangoissestuvaschezunpsy,cestexactementpareil,ilssontl

    poura.Cesontdesspcialistescommelesautres.Maisjenaipasdangoisses,nomdeDieu!!!Hausserletonsursafemmepourlapremirefoisendouzeans,cestlesignedune

    angoisse, faire lagueulematinetsoir,cest lesigneduneangoisse,trimballeruncomplexedchec cest le signeduneangoisse, lapeurdaller enparler unpsy, cest le signeduneangoisse,etjenaipleindautres.

    Uncomplexedchec?Nejamaisvouloirsebattre,etsurtoutpascontresoi-mme,considrerquelecombat

    estperdudavance,tuappellesacomment?Monte,Minou,jevaisgarerlavoituretoutseul.

    *Aujourdhui,aubureau,jaitprisdenostalgieenpensantMinou.LaMinoudhier,

    celle-quejattendaistouslescarrefoursdenotrevie,cellequitissaitnotrequotidienaveclapatience et le talent dune dentellire. Cette Catherine qui vit sous mon toit est un tresurprenant,sauvage,ellemebousculeetsedrobe,etilmestdevenuimpossibledanticipersesractions.Ilnyaquunseulsujetquejevoisvenirdeloin.Etencore,pastoujours.

    Dis,chri,tupenseslaftedelcole,samedi.Biensr.Ilfauttreldixheuresauplustard,cestlheureoJulienfaitsonsketchavecle

    petitClment.Unsketch,lepetitClment?Cestpassoncopainquibgaie?Ilnebgaieplusdepuisquesamrelaemmenvoirunpsychothrapeute.Entrois

    sancesctaitrgl.Pascesoir,Minoua fait desmois que adure, onnepeut pas continuer comme a ! Tu fais tout le

    tempslagueule,tunesjamaislmmequandtuesl,riennetintresse,tunemevoisplus,jai limpression dtre transparente, je ne tai jamais connu comme a. Tu veux que je tedise?Tufaisunedpression.Etlepire,cestquetulesais.

    Jemassois,prisdefaiblesse.Jenedevraispas,cestcommeavouerquellearaison.

  • Oui,unedpression,jesaisquecestunmotquitefoutlatrouillemaisilfautquetuladmettes,sinonanesarrangerajamais.Cestunemaladiecommeuneautre,asesoigne.Quelque chose te rendmalheureux, onva trouverquoi. Si tune veuxpas le fairepour toi,fais-lepournous.

    Ellemeposelamainsurlpaule.Jaienviedehurlermaislesenfantsdormentdanslapicect.

    Toutcequejeveux,cesttevoirheureux.

    *

    En quittant limmeuble, je jette un dernier coup dil la plaque :Franois RGENT.Psychiatre. Psychanalyste. Je ne sais mme plus comment jai eu son adresse. Mongnraliste, sans doute. Ou Jean-Luc, mon collgue. Peu importe. Catherine mattend,appuyecontrelecapotdelavoiture,ellejetteunecigarettedanslecaniveauquandellemevoitetsourit.

    asestpasscomment!?Dmarre.Jaiacceptcerendez-vousparcequilmeterrorisait.Raisonsuffisantepourvoircequil

    yavaitderrire.Ai-jedonctantdechosesqueamecacher?Jenaijamaiseupeurderien,avantaujourdhui.

    Alors,raconte!Le docteur Rgent ma fait asseoir dans un fauteuil en vis--vis du sien, et le quart

    dheurelepluspnibledemonexistenceacommenc.Tusavais,Minou,quilyavaitsoixantesecondesparminute??JelaiapprislcoleTu las appris,mais tu nen as aucune preuve tangible. Tunas jamais prouv ces

    soixantesecondes,tunyasjamaissurvcu.Etquarante-cinqfoissoixantesecondes,cestunpeuplusquelternit.

    Maisquest-cequisestpasspendantcetteternit,nomdenom!Dusilence.Uniquement.Etdes yeux.Fixes.Surmoi.Unpetit sourirede tempsen

    temps,onsedemandebienpourquoi.Etnouveaubeaucoupdesilence.Onnesaitpassionvaenressortirvivant.Plusjamaisjenoublieraiceregard-ldetoutemavie.

    Tumasdjditaduprcdent.Leprcdentvoulaitmevoirtouslesjourspendantunanoudeux.Ensuiteilaurait

    consentidescendretroissancesparsemaine.AutantallerdirectementSainte-Anne.Etletoutpremier?Letoutpremierctaitunefemme.Quest-cequeachange?Commentquest-ceque a change ?Tumevoisparlerdemavie intimeune

    femme?Luiracontermesfantasmes?Quest-cequilsontdespcial,tesfantasmes?Cestdestrucsdegarons,a.Quest-cequellepourraitbienycomprendre?Cestquoicesfantasmesdegaronsquonnepeutpasraconterunefemme?Cest

    inavouable ? Des choses que tu ne peux pas vivre avecmoi, cest a ? Je ne suis pas lahauteur?Maisvas-y,parle!

    *

  • Toutsurcrotdetravailestdsormaislebienvenu,jenerentrejamaislamaisonavant

    vingt-deuxheures.Lesamedi,lemoindreprtexteestbonpourlafuir.Ledimanche,jesuisprtaccepternimportequelleinvitationpourqueCatherineetmoinerestionspasenttette.Lesraresfoisoanousarrive,nousneparlonsplusquedea.Jevaisfinirparcroirequellearaison.Jesuisdunehumeurexcrable,jenaiplusgotrien,etquandjerentre,lesoir,jenaipasmmeunregardpourlesmiens.Lemotestterriblemaisjesuisbienforcdeladmettre:jefaisunedpression.MmeJean-Luc,moncollgue,senestaperu.

    Ilest tard, tudevraisrentrer, tedcapsulerunebireet tepasserun filmdesMarxBrothers.

    Pasenvie.Rentre chez toi, Catherine tattend, jiraimoi-mme chez larchitecte lui dposer le

    dossier.Nonjyvais.Avecunpeudechance,elledormiraquandjerentrerai.Est-cemafautesi jesuis terroris lidedeparlerdemoiun inconnu,quitteme

    rendreplusmalheureuxencore?Catherineveutque jeminterrogesur laviolenceduntelrefusetjenesaisplusquoipensernicommentfairepoursortirdecettespirale.Ondevraitformerdesspcialistesdelapeurdelanalyse.Desgensquivouscouteraient,bienveillants,desannessillefaut,pourunjourvouslibrerdecetteangoisse.

    Le porche dun vieil immeuble. Le dossier ne rentre pas dans la bote aux lettres delarchitecte,ilnyapasdeconcierge.JecherchelinterphoneRonsart.

    JevousapporteledossierGuyancourt.Jevousouvre,cestautroisime!Dixminutesdegagn,cesttoujoursadepris.Hier,jaitranunebonnedemi-heure

    aucafpourtresrquelleaitfinidedner.Jenaiplusfaimderienetleface--facenenestquepluspnible.

    Laportesouvre,unesilhouetteapparat.Desbouclesroussesquientourentlovaledunvisagedunedouceurinoue.Acclrationdurythmecardiaque. Jai honte de vous avoir fait monter jusquici, entrez une seconde. Vous tes bien

    Jean-Luc?Bouffedechaleur.Frissonsdanslanuque.Tempesquibattent.Non,soncollgue,Alain,maisjetravaillesurlemmedossier.Etvous,voustes

    larchitecte?Jenenaipaslair?Ellemetendlamain,quejeserre,viril,empot.Estomacvrill.Jambescotonneuses.Jentredans levestibule, ledossiermeglissedes

    mains,jelerattrapedejustesse.Je vais y passer la nuit, il faut absolument que jen parle demainmatin au conseil

    rgional.OnnapaspuavoirlerapportdeGaillacplustt,dsol. Je sais bien que ce nest pas votre faute. Cest dj tellement gentil dtre venu

    jusquici.Jeprenaisunpetitapritif,avoustente?

    *Il y a des gens que lon a toujours connus et qui sombrent dans loubli ds quils

  • disparaissentdupaysage.Jeviensdequitterlisabethdepuisdixminutesetjevaisdevoirmeforcer faire comme si elle navait jamais exist.Nous avons pris un verre de bourgogne,parlunmoment,elle,assisesurunbrasdefauteuil,lajupelgrementrelevemi-cuisse,etmoi, lair empruntdansmavesteen tweed,essayantdepasserpourungaronbrillant.Jauraisdonnunandemaviepoursentir sonparfumdeprs.De toutprs.Lepiredanstouta,cestquilyavait,danssonattitude,unpeuplusquedelasimplepolitesse.Pourentresr ilmaurait falluallerbienplus loinqueceverredebourgogneet jenesauraisansdoutejamaissiquelquechoseenmoiluiaplu.Onsedemanderaitbienquoi,aveclattequejaidepuisdesmois.

    Turentresencoreplustardquedhabitude.Jenesaispasquoirpondreetmetais,donc.Jetailaissuneassiettedanslacuisine.lisabeth,tunaurastquunrvequisedissipedjdanslebrouillardfilandreuxdun

    Valiumde 150milligrammes.Unplatde lapinencore tidemattend sur leplande travail.Catherine,tristeetdouce,mepasselamaindanslanuque.Ilparatquenousnavonsdroitquuneseulefemmedesavie,etcestsansdouteelle.

    Tumaimes,Alain?Oui.Etmonlapin,tulaimes?Oui.Petitbaiserfurtifetcomplice. Tu sais, chri, pendant que je faisais la queue chez le volailler, jai entendu une

    femmeracontercommentelletaitsortiedesadpression.afaisaitplaisirvoir,elledisaitque

    Jclateensanglots,sansprvenir.Catherinemeprenddanssesbras.Tuvoisbien,monamour. Il fautque tu trouvesquelquun, chezqui tu te sentes

    laise,quelquundebien.Jai pleur un bon moment, comme un gosse, et je me suis calm dun seul coup,

    commeparmiracle.Ensortantunmouchoir,jaidit,apais:Cesttoiquiasraisondepuisledbut,Minou.

    *tablissement Legrand. Graveur. Un ouvrier travaille sur unemachine. Celui que je

    prendspourlepatron,plusg,sapprochedemoi.Bonjourmonsieur,jevoudraisuneplaquecommecelle-l.Laplusclassique,cestendor,maisjaidautresmodles.Vousavezuneprfrence

    pourlatypo?Non,jeveuxexactementlammechose.Quelnomjinscris?HeumettezProfesseurGuyancourt.Psychanalyste.Surrendez-vous.Toutcoup, lepatron lanceunregardmfiantverssonouvrieretpassesamainsous

    monbraspourmentranerdansunearrire-salle.Dites,professeurJauraisbesoindunconseil.Ilbaisseencoredunton.Impossibledecomprendrecequisepasse.Onpeuttoutvousdire,vous,cestvotremtier.

  • ?Jefaislemmerve,aumoinsdeuxfoisparsemaine,depuisunan.Jesuisavecma

    femmesurunGrandHuit,dansunefteforaine.Moijesuishabillcommedhabitude,maiselle,elleportesarobedemarie.Elleapeurduvide,alorsellehurle,etmoi,jemeretourneetjevoisderrirenousdeuxespcesdeclownsblancsquisefoutentdenous,demafemmeetmoi.Cestcemoment-lquejaidespalpitations,etlesrailsduGrandHuitsedvissentet on est tousprojetsdans ledcor, et jehurle encoreplus fort quelle. Jeme rveille ensueur,compltementterroris.Aprsa,essayezdoncdevousrendormir.afaitunanqueadure.Jenenpeuxplusetmafemmenonplus!Quest-cequevousendites,professeur?

    chaud,cestdifficile.LeGrandHuit ? Les clowns ?La robedemarie ?Quest-ce que a peut vouloir

    dire,professeur?Quandpuis-jevenirchercherlaplaque?Pasavantmercredi.Jevousdonnerailadressedunconfrre,jaiunelistelonguecommea.

    *Tuntaispasobligedemaccompagner,Minou.Oh toi, je te connais.Tu vas trouverun tasdexcusespournepas y aller, tu serais

    mmecapabledoublier,asappelleunactemanqu.Elleveutmevoirtroisfoisparsemaine,aumoinsaudbut.Tutournesdroite,l,et

    onyest.Lespremierstempsjetaccompagneraichaquesance,pourunefoisquetutrouves

    quelquunquiteconvient.Commetuveux,Minou.Ellesarrteaubasdelimmeuble,justedevantlaplaqueduProfesseurGuyancourtqui

    brilleenlettresdor.Ellemembrassesurlefront.Vas-y,jetattends,necrainsrien.Jesorsetluifaisunpetitsignedelamainavantdepasserlaportecochre.Etsoislahauteur,hein!Jegrimpequatrequatrelesmarchesquimnentautroisime,lisabethmaentendu

    arriver etmouvre les bras.Nous basculons terre tous les deux, nous nous battons pourarrachernosvtements,noscorpsroulentjusqulabaievitredubalcon,jelarelveetluiplaqueledoscontrelavitre,jenepeuxpasrsisterlenviedelaprendrel,debout,faceaucieldeParis.

    Ettafemme,ellenesedoutederien?Je retiensundernier instant toute la fureurdemes senspour jeter unil enbas de

    limmeuble.Catherineestl,unecigaretteaubec,appuyecontrelecapot.vuedenez,jediraisnon,mabelle.

  • LAPTITION

    Ila entenducegosse chialer,au loin,dans les cellulesduquartierE.Pendant tout letempsquadurlaplainte, longueet lancinante,mlederessacsdecolre,JosFamennessestsouvenudesestoutespremiresminutesdanscetrou,quandilavaitencoreluiaussilaforcedepleurer.Lespleursntaientenfaitquelesignedunlgermieux,commeunretouren surface aprs stre vu noy, incapable de remonter en apne dans le tourbillon desmurailles.Lespleurs,ctaitune longueplagedo londriveavec langueur,accroch lachanedubat-flanc,jusquseretrouver,sanssenrendrecompte,aubeaumilieudelocan.Etpuislegosseafiniparsetaire,commetouslesautres.

    JosFamennesnauraitpusendormiravant.Encebasmonde,certainesrencontresnesefontjamais.Unpriapiquenerencontrepas

    denymphomane,unanonymenerencontrejamaislessosiesdonttoutlemondeluiparle,unathenerencontrepasDieudansuneguerredetranches,unparanoaquenerencontrepaslacohortedespionsqui le traquent,etunbureaucratemalnotnaura jamais lachancederencontrersonpatronsortantdunhtelborgne.

    Mettezadectuninstantetimaginezquejefaisdesreportagespourunepetiteradioparisiennequinammepasdenom,toutlemondelappelle99.1,mmenosraresauditeurs.Imaginez-moi, Alain Le Guirrec, en train de quadriller la ville la recherche dun sujetdcent,oudunesimple interview,etvous serezendede lavrit.Lavrit, cestque jepassemontempsfairecauserdessemi-vedettesaussividesqueleuragenda,etdesgenspasplusdousquetoutlemondequinontpasplusdechosesdire.Sijedevaisrsumerlanneencours,jediraisquemesplusgroscoupssontuneinterviewdeladernirerecrueduCrazyHorse Saloon, celle dun pote hongrois qui refusait une question sur deux, et celle duncrtindegymnastedontilvautmieuxtairelenom.Maintenantrevenons-encettehistoirederencontresimpossiblesetvouscomprendrezquunminablejournalistedansmongenrenepeutcompterquesurunmiraclepourdcrochersonquartdheuredegrce.Vousmecroirezsijevousdisquilasuffidunsimplecoupdefil,aubonendroitetaubonmoment,pourquelattachedepressedelacteurHarrisonFordmaccorde,contretouteattente,quinzeminutesdesontemps,surleplateaudufilmquiltourneParis?HarrisonFordsoi-mme?Trouveruneexplicationunphnomneaussi invraisemblablenariendefacileetnincitepas lagloriole. La dame avait dmal entendremonnomou confondrema radio avec une autre,mais le rendez-vous tait pris et rien ne pouvait plusmempcher de faire cette interview,cellepourquisedamneraitlamoitidesjournalistesdelaplace,cellequattendaitlatotalitdupublic.99.1, a tunepetite rvolution.M.Bergeron, lepatron,ma regardpour lapremirefoiscommeunvraiprofessionnel,ungaronbrillantetpleindavenirquijamaisnedevaitoublierquilmavaitdonnmachance.Toutelanuitdurant,jairvislafilmographiede lastar, revuquelquespassageschoisisparmisesplusbellesprestations,etmisaupointdesquestionsquimesemblaientbienplusoriginalesquecequonavaitfaitjusquprsent.

  • Sans aucundoute,HarrisonFord se souviendrait longtempsde notre entrevue, et qui sait,lorsdundesesprochainspassagesParis,ilmedemanderait,enpersonne,etpasunautre.Roger,monfidletechnicien,devaitpassermechercher13h00pourtretrenteminutesplustardsurletournage,boulevarddeGrenelle,avecuneheuredavancesurlerendez-vouspourviter les imprvus.12h55onasonnmaporte, je suisallouvrirensaluant laconscienceprofessionnelledemoncollgue.

    En fait de Roger, jai eu la visite de quatre types dont trois mtaient parfaitementinconnus.

    SalutAlain.JeteprsenteDidier,Jean-PierreetMiguel,onpeutentrer?Celui qui parlait sappelait Baptiste, je lavais interview lpoque o il essayait de

    lancerunmensuelsurlactualitparisiennepasseauvitriol.Sonintervention99.1luiavaitservi lancer un appel la souscription mais, malgr toute sa bonne volont, cette belleaventureavaitcapottrsviteet,enlevoyantdbouler,jaicruquilvoulaitremettrea.

    Jesuispress,Baptiste.Onvapassermechercherpouruneaffaireurgente.Ilnepeutpasyavoirplusurgentquenotreaffairenous.Tues journaliste, tuvas

    comprendre.OnfaitpartieducomitdesoutiendeJosFamennes.Ilaattenduquelejournalisteenmoiragissecesimplenomquillchaitcommeune

    bombe. Il se trouve que le journaliste en moi na pas mouft. Et je ne sais pas si ctaitlagacementdavoirdes importuns chezmoiou limportancedugrand rendez-vous venir,maisjaicoutduneoreilledistraitelatristehistoiredunprisonnierpolitiqueretenudansunegelesud-amricaine,dontlacondamnationmortnedevaitplustarder.

    Cest une question dheures. On a organis une manif cet aprs-midi devantlambassadeduSanLorenzo,onadesappuis,onnepeutpaslelaissercrevercommea.Onfaitcirculeruneptition.

    Ilmatenduunfasciculecouvertdenomsetdadresses.aarveilldestrucsoublis,enfouisauplusprofonddemesjeunesannes.Quelquechosedegraveatraverslapice.

    Deuxcentquarante-troissignatures,quedesgensmotivsetmobiliss.Onaunex-ministre,vingt-huitdputs,descrivainsenpagaille,vingt-sixjournalistes,etpleindautres,toustrissurlevolet.Aveca,ilnousresteunechance,maisonnaplusbeaucoupdetempspour la communiquer lambassadeur. Aprs, il sera peut-tre trop tard. Il faut que tu enparlestaradio,ilfautmobiliserdumonde!

    Le pote Jean-Pierrema regard. Le poteMiguel aussi. Et le pote Didier. Comme ungosseprisenfaute,jaibaisslesyeux.

    Enparlerlaradioavatredifficiledicidemain,jaiungroscoupassurertoutlheure,unestar,etjepassesoninterviewdanslasoire.

    Famennesvatreexcut,mec.Tuypassesmaintenant, aditMigueldun tonpresqueautoritaire.Tu faisun flash

    spcialpourunappellamanifdecetaprs-midi,tunepeuxpasnepaslefaire!Dans la foule, ilma tendu laptitionetunstylo.Legesteque jeredoutaisdepuis le

    dbut.Ilnepouvaitpassedouterdequelgenredetypejtais.Untypequi,unjour,aeupeurdallerenprisonaprsstremlsanslevouloirune

    manifestationdinfirmires.Untypequiprfreviterlessondages,desfoisquesesrponsesfinissent entre les mains de services secrets. Un type qui na pas vot au derniresprsidentielles parce que ce jour-l on venait de lui livrer unmagntoscope. Voil ce quejavaisenviededire,sansgloire,Baptisteetauxautres,maispouravoueruntelmanquedecourage, ilme fallaituncourageque jenavaispas.Avecunairdecitoyenresponsable, jaiajout,aubasdelaliste:

  • AlainLeGuirrec,reporter,151ruedeFlandre,75019Paris.Ctait le maximum que je pouvais faire, sinon leur souhaiter daller le plus loin

    possibledansleurcombat,conditionquilsmefoutentlapaix.Enparcourantmachinalementcesquinzefeuilletsagrafs,lenomdundessignataires

    maaccrochlil, justeaumomentoBaptistemelesreprenaitdesmainspourlesrangerdansunechemisebleue.

    Tufaispartiedesgarssurquioncompte,Alain.Marlne?Ondoitallerchezungarsdelatlpouravoirsasignature.MARLNE?aseraitbienquetupuissespassertaradio,tenaspaspourlongtemps.Fais-le.MARLNEMARLNEMARLNEMARLNEMARLNETout sest imbriqu en une fraction de seconde, Baptiste, le nom deMarlne, la fte

    quil avait organise pour le lancement de son journal, elle tait prsente, je navais vuquelle,Marlne,Marlne.Aussibellequesonprnom,blonde,desyeuxverts,uncocktaildebeautmodesteetdeperversitrentrequimavaitmis le feuauxsens.Javais toutessaypour avoir son numro, javais sorti le grand jeu, parl damour, je lavais demande enmariage,etsielleavaitditoui,lheurequilestjauraistrouvunjobplussrieuxetnousaurionsdjdeuxoutroisgosses.Javaischerchlarevoirsansyparveniretilmesuffisaitdeliresonnomparmitantdautrespourmerendrecomptequejtaisloindelavoiroublie.JemesuisdemandsiBaptisteetsonhistoiredeprisonnierpolitiquenemedonnaientpasunesecondechance.

    Alors?Pourlaradio?Ilyadesmomentsdans lavieoonseditque ledestinvientdevous faireunsigne,

    quand on sy attendait le moins, et que ce signe est forcment tordu, sinon il seraitimpossibledelevoir,commeunnomperdusuruneliste.Enlelaissantpasser,onrisquedeleregrettercinquanteansplustard,quandonseraassisdansunrocking-chairavecunplaidsurlesgenoux.

    Laptitionbienrangeaufonddesaserviette,Baptistetaitprtpartir.Jenesuispassrdavoirbienmismonadresse.Ressors-la,pourvoir.Cestpasgrave,Alain,pensepluttlaradio.Sisi,jinsiste,cestrucs-lcestsrieux,sors-l.Unpeusurpris,ilmamontrlesfeuillets.Jaifaitsemblantdevrifierenlesgardantle

    pluslongtempspossibleenmain,sousleregardimpatientdequatrepairesdyeuxvaguementdconcerts.

    Bon,onyva,tupensesnous,Alain.Jairetenusamainuneseconde,etcestlquejesuisretombsur:MarlneKirshenwald,journaliste,3rueduTemple,75004Paris.Je les ai raccompagns la porte en cachantmal une vague excitation qui partait du

    nombril.Ilsmontserrlamainpendantquejerptaismentalementlenometladressedela demoiselle, et je me suis prcipit sur un bloc-notes peine avais-je ferm la porte.MarlneKlarwein,3rueduTemple,75004Paris.

    Linterview de ma vie, et maintenant la femme de ma vie, un jour marquer dunepierre blanche.MarlneKalwein 3 rue rue du Temple ou ou rue Vieille-du-Temple ?KlarweinouKersheval?IlyaaussiunboulevardduTemple,dansleIIIe!Ctaitle43!Oule31?MarlneKlarKlarweld!EtilyaunboutdelarueVieille-du-TempledanslenietlautredansleIV!Jaifrappdupoingsurlatable,ivrederage,etmesuisrusurlebalcon

  • pourvoirBaptisteet lesautresgrimperdans leurvoiture.Ledestin !Ledestinestpervers,cestbienconnu,ilnenvoiepasunsignesansunepreuve,ilfautfaireunepartieduchemin,cestcequiprouvequecestvraimentledestin.

    Baptiiiste!jaihurl,pourcouvrirlesondudmarreur,avantdedvalerlesescaliersquatrequatre.

    coutez,jairflchi,etjaiunepropositionexceptionnellevousfaire.Inquiets,ilsontattenduquejereprennemonsouffle.La star que je dois interviewer tout lheure, cestHarrisonFord. Est-ce que vous

    vousrendezcompte?Vuleursttes,ilsneserendaientpascompte.Cestlegenredegarsquinerefuseraitjamaisdesigneruneptitionpourunecause

    aussiimportante.Vousconnaissezplusgrossestarinternationale?Vousimaginezsonnoml-dessus?Cestmieuxquetout,mieuxquunpolitique,mieuxquunprsentateurdetl.

    HarrisonFord?Tucroisqueaferaitsrieux,danslaliste?Jenaimmepaseurpondre,Miguellafaitmaplace.Srieux?Ce type-lestunhrospour les troisquartsde laplante,un jour il sera

    candidatlaMaison-Blanche.Ilestdjbienpluscoutqueleprsidentamricain,afaitDidier.Si legouvernementduSanLorenzoapprendquuntypecommeluisestmobilis,a

    ditJean-Pierre,apeutchangertouteladonne.anapastran,Baptistearessortilesfeuillets.Ellepassequand,toninterview?Cesoir.SiturussisluifairedireunmotsurFamennes,tuauraspeut-tresauvunevie,a

    dit Baptiste avec une sincrit inoue. On se retrouve vers dix-neuf heures devantlambassade,jeseraientteducortge,tuasmonnumrodeportable?

    Jaifaitunsignedette,ilssontremontsdanslavoiture.Avantdedmarrer,Baptisteetlesautresmontditmercidufondducur.amenapresquegn.Dansquelquesheuresmacarrireauraprissavitessedecroisire,jauraipeut-tretrouvlafemmedemavie,et,lairpenaud, je rendraiBaptistesaptitionen luidisantque lastarna rienvoulusavoir.Pasdepot.

    Rogerestarrivetmademandcequejefaisaisl,enpleinmilieudelarue,avecmesfeuilletslamain.Jeluiaiditdepatienteruneseconde,letempsderemonterprendremesaffaires.

    *

    MarlneKirshenwald,journaliste,3rueduTemple,75004Paris.Enmoinsdedeuxminutes,leminitelmadonnlenumrodelabelle.All,Marlne?Oui.CestAlainLeGuirrec,lejournalistede99.1.Qui?Jemarquepeulesgens,cestvrai.Maisjavaisdjdelachancedelatrouverchezelle.

    DestinOnsestvuslasoiredunumroZrodumensueldeBaptiste.?

  • IlvientdemefairesignerlaptitionpourlalibrationdeJosFamennes,tuvaslamanif?

    Oui.Jenepourraipas,jintervieweHarrisonFordaummemoment.(adevraitmarcher,adevraitmarcher,adevraitmarcher)HarrisonFord?LevraiHarrisonFord?(Jentaissr!Jentaissr!)Oui, le vrai, cest boulot-boulot. Pour Jos Famennes, jeme suis dit quon devrait,

    nous les journalistes, faire une action commune, on pourrait se grouper au lieu de resterchacundenotrect,tuvois.

    Jeproposequonsevoiepourendiscuter,dsquejenaifiniavecFord.O?(Jesuisungnie!Jesuisungnie!)AuPalatino,cestunbardansleMarais.Rogersestmisklaxonnercommeunfou,enbas.quelleheure?Vingtheures?O.K.,elleadit,avantderaccrocher.NousappelleronslepremierdenosenfantsJos.Pour combler un lger retard, jai roul tombeau ouvert, sans cesser de penser aux

    hanches deMarlne, aux yeux deMarlne, ses chevilles cassantes comme du verre, et touscespetitsbonheursquimattendaient.Roger,nerveux,maparldesondestinlui,ilsevoyaitcreverpaisiblementdansunpetitmasdeNoirmoutiersur lescoupsdequatre-vingtsans,etpasdansunevoitureconduiteparunfurieuxlarecherchedunacteur,sousprtextequil a joudansStarWars. Sur place, on a commenc prparer le set avecune certainebonnehumeur,enpleinsoleil.Jaidemandotaitlastar.

    Ilbouffedansunrestaurantaveclaproduction,personnenesaito.Onaretardleplandetournagecausedelamto,vousnavezplusquattendreverscinq,sixheurescesoir.

    Avecsonairbonasse,cetypetaittoutsimplemententraindemexpliquerquemavietaitfoutue.Encebasmonde,certainesrencontresnesefontjamais,quelfouavais-jetdecroirequejeferaisexceptionlargle.tropconvoquerledestin,ilstaitsenticoincetnepouvaitdoncplusmedsignerpourvivredeuxvnementsdanslammejourne.Quest-cequejallaisdireBergeron?Quest-cequejallaisdireMarlne?Fordaprfrreprendreundessertpluttquerpondremesquestions?Jemesuisassisuninstantsurlesrailsdutravellingpourfaireimplosermadception.Envoyantmoncoupdeblues,Roger,diplomatecommeilsaitltre,adit:

    Tenfaispas,vieux,ilnousrestelinterviewdudisc-jockeyduB.O.A.Danscedsert,jaireprunphotographedeplateauquiavaitlairdensavoirplusque

    lesautres.IlmaassurqueFordntaitpasdugenreposerdeslapinsetquilseraitldix-huitheuressonnantes,commeleproquilest.Nenousrestaitplusquattendretroisheuressansbouger,siroterducafentredeuxlamentations.CestlqueRogeradit:

    Toi, tu fais ceque tu veuxenattendant,maismoi je vais enprofiterpourpasser monclub,y?queaquimecalme,cestdeuxruesdici.

    Unclub?Unendroitformidable,untrucultra-priv,jyvaisdeuxfoisparsemaine.Tudevrais

  • venir,atedtendrait,aulieudetournerenrond.MonpauvreRoger,jaienviedebuterquelquunettumeproposesdallermepavaner

    dansunclub?Justement, cest le seul endroit o il faut se rendredurgencequandon a enviede

    tuerquelquun.(Ilabaissdunton.)Maisvaudraitmieuxquearesteentrenous.Personnenesaitquejyvais,mmepasmafemme.Cestmonvoisinquimaproposdessayerunefoisetjyaiprisgot.

    Vouscomprendrezquonnersistepasbienlongtempsunetelleproposition.

    *Cinqminutesplus tardnousentrionsdansunebtisseenbriquerouge.Auboutdun

    couloir un peu austre et dun escalier en bton, nous avons dbouch dans un hangarinsonoris.Quinze typesenenfilade, tousmunisduncasqueantibruitetdun flinguegroscomme a, canardaient commedesmalades sur des silhouettes en carton animes par desfilins. Jaimme cru recevoir une balle perduedans le tympan, peine franchi le seuil dustanddetir.

    Quest-cequilfaitdanslavie,tonvoisin?Flic.Roger,parfaitement laise,maprsent tout leclubde tir, etenunriende temps

    nous nous sommes retrouvs chacun avec un P38 dans les mains. Je me suis dit que lajourneprenaitdescheminsdtourns,inattendus,etparfaitementgrotesques.

    Quest-cequetuveuxquejefassedea?jaiditenmontrantlaptoire.Essaie, tuvasvoir.Cestcommedans les films.MmeFordaappris tirerdansce

    genredendroits.Tuvasvoircommeacalme.Roger,toutanemeditrienquivaille.Pourtouterponse,ilavidsonchargeurduntrait,etjaitobligdemeprotgerles

    oreillesavecundecestrucs.Pluspersonnenafaitattentionmoietjemesuisretrouvseulavec le revolverdans lamain, commeunesortedinterlocuteur rest trop longtempsmuet.Rogernavaitpastotalementtort:peut-trequeledtourparcestanddetirallaitmefairecomprendrequelquechosedefondamentalsurlamaniredontonfabriqueunhros.Ilnyapasdehasard.

    Et puis je nai plus pens rien, jai shoot et shoot et shoot, et le monde sestvapordansunnuagedepoudre.

    *

    Rogerma bouscul dans lemonde rel et tout nemest revenu enmmoire qu la

    lueur du jour. Je puais la cordite et javais dans les yeux des espces de flammches quidansaient encore. Le film a continu un moment quand je me suis retrouv devant unemachinerie hollywoodienne de dcors et de figurants. Au beaumilieu de cemaelstrm, lephotographede plateaumamontr lagent deFord qui hurlait des trucs bizarres vers unecaravane.Jaivitecomprisledramequisejouait:pourdesraisonsconnuesdeluiseul,lundesplusgrandsacteursdumonderefusaitobstinmentdesortirdesaloge.Toutlemondeadfil sous son vasistaspour le supplier. Jai essaydemapprocher, tendreunmicro, direquemacarrirese jouait l,quilnavaitquunmotdiresur99.1pourmerendreclbre,maissesgardesducorpsmontdcouragrienquenmeregardantduhautdeleursRay-Ban.

  • Mon apathie sest vite transforme en rage noire. Jai commenc penser que Ford allaitpeut-tre mourir avant notre rencontre, que jallais faire sa ncro comme tous lesscribouillards dumonde, que jallais dire les mme banalits, et que plus tard, sous monplaid,jemesouviendraisdtrepasssiprsdelui.

    Ctait tropgrospournous, aditRoger,quine songeaitqu rentrer chez lui aprsunejournedeboulotpeinemrite.

    Ilavaitsansdouteraison.Lesoleilcommenaitbaisser,lechefoprateuraditqueleplantaitfoutuetquilvalaitmieuxremballer.Uninstant,jemesuisvuretournerillicoaustand de tir pour reprendre mon P38 et tirer sur cette putain de caravane jusqu cequIndianaJonesensorteetmesuppliedcoutersesraisons.

    19h30mamontre.Jevenaissansdoutederaterlinterviewdemacarriremaispasquestionde rater la femmedemavie.Lephotographedeplateauaditque toutntaitpasperdu,laproductiondufilmavaitorganisunepetitefteleson-mme,auWyatt,unebotedenuitdesHalles,toutelquipetaitinviteetFordavaitpromisdepasser.

    Harrisonestuntypeimprvisible,ilestcapablederpondreuneinterviewdansunebotedenuit,sijtaisvousjenejetteraispaslpongetoutdesuite.

    Jaihauss lespaulesen le remerciant toutdemme,puis jai sautdans lavoiture,directionlebarduPalatino,oRogerallaitmedposer.Jemesuisrepeign, jaimchunchewing-gumpourmerafrachir lhaleineettuninstantmachemisepour ladbarrasserdecetteodeurdepoudrecanonenluifaisantprendrelairtraverslavitre.

    On en auradautres.Meryl Streep ! JackNicholson ! Tiens, jaimmeunpote quitientunrestaurantoDepardieuvasouvent.

    Lavoituresestviteembourbedansunembouteillageet jaiconstatune foisencorequelaloiditedelemmerdementmaximaltaitlaplusinviolabledetoutes.

    Cestquoicebordel,encore?Uncortgedindividusnousabarrlaroute.Unemanif!Rogeraessaydediscernerunebanderole.LibrezJosJosFarrs?Quicestencore,cemec?Lavoituresestembourbedansuneornirehumaine,etjaivusestomper,commeau

    sortirdunrve,levisagedeMarlne,seule,devantunetequila.Levisageavaitdisparupournejamaisrapparatre.

    JosFa-men-nes,afaitRoger,furieux.Quilyreste,entaule,cecon!Jaipasqueafoutre,nomdeDieu!JaipromisMartinedallerchercherlesmmeschezlanourrice.

    Tout mest revenu en mmoire : le prisonnier politique, Baptiste et sa bande demilitants,lamanifestation,sansoublier

    Unechemiseencartonbleu,Roger!ROGER!Unechemiseencartonbleu,Roger,unechemise,avecdesfeuilletsdedans,Roger,encarton!

    Yavaitbienuntrucbleusurtonstandpendantquetucanardais,maisjecroisquetulaslaissl-bas.

    19h45mamontre.Baptistevamtripersi jene luirendspassaptition,a fortiorisanslasignaturequejeluiavaispromise.Marlnevaviteperdrepatienceet,sijeratecetteoccasion,ledestinnemeferaplussignedesitt.Cestdemaviequilsagit,nomdeDieu!

    Cest grave, Roger, va rcuprer la chemise, et porte-la de ma part un type quisappelleBaptiste,jemensouviendraitoutemavie.

    Paspossible,aprslanourrice,ilfautquejeramnelavoiturelaradio,et,enplus,onattenddeuxpotespourdnervingtetuneheures.

  • Demande-moitoutcequetuveux!Tesquatreheuresdantennelesamediaprs-midicontremanuitdulundi,pendant

    unan.Jaiacceptcechantageodieuxenmedisantquil serait toujours tempsderengocier

    plustard.IlanotlenumrodeportabledeBaptiste,jaifranchicettemarehumainepourrejoindreleboulevardSaint-Germain.Aumgaphone,jaireconnulavoixdeMiguel:

    IlfautforcerlambassadeurduSanLorenzoaccepterdenousrencontrer!Auloin,jaivulasilhouettedeJean-Pierreetmesuisfaittoutpetitderrireuncordon

    deservicedordre.Dansunerueadjacente,jaipromisuntaxiunpourboiremonstrueuxsilmedposaitauPalatinoendixminutes.20h5, javais lamainsur lapoignedelaportedunbarenfumetpresquevide.

    Marlne tait l, terriblement, commeune belle actrice incognito quon reconnat parsurprise.Toutcoup,suruncoindemoleskinerouge,jaivumaviedfilerdevantmesyeux.Pas le pass, non,mais lavenir, jusquau bout, jusqumon dernier souffle, un film danslequel jentraisen franchissant laportedecebar.Sapetite roberougeque jechiffonneraisbientt,seslvresquidiraientoui,sesyeuxquelledonneraitnosenfants,sescheveuxquejeverraisblanchir.Lesjouesenfeu,jemesuisassisfaceelle,lebarmanadcomprendremonterriblebesoindevodkaetmenaserviuneavantmmequenousayonsprononcunmot.

    Excusezleretard.CestHarrisonFord.Gentilmaisbavard.Ilesttempsdesoccuperde Jos Famennes, jarrive de la manif, a se prsente bien, lambassadeur commence ragir. Je me suis dit quon pouvait vous et moi envisager unmariage, quelque chose derapide,onpourrait

    Unquoi?Jeveuxdirequerienneseferasansnous,lesjournalistes,ilnefautpasoublierque

    laviedunhommeesten jeu,quenoussommesleseulvecteurcapabledesensibiliseruneopinionpubliquesaturedeguerresetdecatastrophes.QuienFranceaentendulenomdeFamennes,hein?Letempspresse,ilfautquonbouge,audbutaseracompliqu,ilfaudralouerun trucpas tropcher,avecuneaideaux jeunesmnages,onpourraCeque jeveuxdirecestquonnapas lechoix, il fautparlerdesconditionsdedtentionauSanFernandoet

    AuSanLorenzo.Cesontlesmmes!Famennesestentraindecreveraunomdesdroitsdelhomme

    dansunegelepourrieetonrestetousptrisdansnotregosme!IlestauPlaza?Qui?Ford.DhabitudeildescendauPlaza.Pourlinstantilaludomiciledansunecaravaneetcestlacroixetlabannirepour

    lenfairesortir.Baptisteetlesautresfontleforcingdevantlambassade,ondoitIlesttoujoursaveccettescnariste?Qui,Famennes?Maisnon,HarrisonFord.avousintresse?Pourtouterponse,ellemaserviunedemi-heuredemonologuefrntiquesurlavieet

    luvreduplusgrandacteurdusicle,ctdequiLaurenceOlivierpassepourundanseurmondainetMarlonBrandopourunerentirecapricieuse.

    JesuisamoureusedeluidepuisAmericanGraffiti.Lesdeuxhommesdemaviesont

  • HanSolo et Indiana Jones,mais je pourrais endire autant de tous les autres personnagesquilaincarns.

    Vousnetrouvezpasquilestunpeudisons,duneautregnration.Harrisonestunhros.Dites-vousbienquevousavezeuunechanceinouedelavoir

    approch.Cestcemoment-lqueRogerestarrivventreterreaveclachemisebleue.Jaieuunproblme.Avant mme de lui demander lequel, jai ouvert la chemise pour massurer que les

    feuillets y taient. Et ils y taient. Jai mme eu limpression quil y en avait plus qulorigine.

    Jai cout la radio, a commence faire du bruit, cette histoire de San Lorenzo.Avantdeserendresurplace,lambassadeuraacceptderecevoirunedlgationducomit,ilsontmmeparldelaptition,ilparatquuntasdegensveulentlasigner.

    Cestformidable,oestleproblme? Le problme cest que les gars du club de tir ont regard ce quil y avait dans la

    chemise.Ilsonttoutdesuitepigletruc,etilssesontrallislacausedeJosFamennes.Regarde

    Je nai pas compris tout de suite, et peu peumest apparue une sorte demosaquerougeparsemantetllesfeuilletsdanslesespaceslaisssvides.

    Jai eu ton pote Baptiste au tlphone, il va tgorger sil se retrouve devantlambassadeurlesmainsvides.Jettes-yuncoupdil,tucomprendrasquejeprfrequetuyaillestoi-mme.Ahoui,joubliais,BergeronaditquiltefoutaitlaportedelaradiosituneramenaispaslinterviewdeFord.

    ErnestLefort.C.R.S.MimiledesRouleaux,hommedemain.ColonelRiquet,officier.JohnnyTarget,tireurdelite.Roger?RicoulaTchatche,prsidentdelAmicaledesanciensdeFresnes.AlbertDonzu,mercenaireenretraite.Otes,Roger?DinoManelli,grantdesocitPalerme.QuentinTiburce,armurier.tienneManginditBrutos,recouvreurdedettes.anapaslairdaller,aditMarlnesanssavoirquelpointelletaitdanslevrai.Rogerstaitclipssansdemandersonreste,etjemeretrouvaisavecunetrentainede

    tmoignagesdesolidaritquiallaientinspirerlerespectdunambassadeur.Voussavezquevousluiressemblez,Alain?Hein?Onnevousajamaisditquevousaviezsonregard?Untrucmalicieuxdanslil,ce

    petitrictusambiguquimlelesourireaudsarroi. ? coutezMarlne, jai eu une journe remplie de petites choses inattendues qui

    finissentparmeproccuper,cequimempchesansdoutedecomprendreuntratremotcequevoustesentraindedire.

    VousmefaitesterriblementpenserHarrison.Elleaprisunegrandegouledevodkapourponctuersaphraseet,sansdoutepourdes

    raisonsabsurdeseterrones,jemesuisbrusquementsentiimportant.Enyregardantdeux

  • fois,ellenavaitpeut-trepastort.Javaisenmoidepuistoujourscepetittrucquiltrimballedefilmenfilm,cettefacultdtreentatdimplosionpermanentesansquepersonnenesendoute,commesilavientaitquuneluttesansespoirpournejamaisdgoupillerlagrenadequongardebiencacheaufonddestripes.AvecHarrisonFord, jepartageaiscecalvaire,etplusriennemtonnaitdsormais,nicerendez-vousmiracleaveclui,nicecoupdusortquimempchaitdelevoir,nilefaitqueMarlnesoitlapremirepersonnesapercevoirquelpointnoustionsproches.Ledtourpar le standde tir et les yeuxnamoursde ladoucequand elle parlait de lui en taient lclatante confirmation. Rien ne ma dcourag, aucontraire.Jaiprisapourunensembledesignauxqueseulsmettentlescursprendre,etquenotreamourseraitplusbeauencoresijarrivaisluifaireoubliercevoyoudeFord.Enessayantdemersumer la situation, javaisunechanceuniquedemebtirunavenir sansplusaucunnuage.Pourviterdemefairevirerdemonjob,demefairecasserlagueuleparBaptisteet lesautres,poureffacer les trentenoms indsirablesde laptition,pour faire laplusprestigieuseinterviewdemavie,pourconqurirlecurdelabelle,jedevaisallerdanscettebotedenuit afindeprovoquerHarrisonFordenduel et obtenirde lui limpossible :quil signe cette ptition.Cest ce que jai propos Marlne qui nattendait que a. Sur letrajet, une nime raisondeme rendre l-basma travers lesprit, un truc quimavait uninstantchapp,untrucquipouvaitventuellementfairedemoiunmecbien:sauverlattedeJosFamennes.

    *

    Je mattendais parlementer des heures avec les videurs afin quils nous fassent

    lhonneur de nous laisser entrer auWyattmais le photographe de plateau a tout arrang,pourleplusgrandbonheurdeMarlne.IlmanouveaujurqueHarryseraitdesntres.Letempsdesedescendredeuxvodkas,onaeudroitunstrip-teasequirivalisaitdeglamouravecunepubpourleaueJavel.LeD.J.aembraycommepoursauveruneambiancedjmoribonde, et une cohorte dnervs a envahi la piste pour se trmousser au son dunemusiquevraisemblablementmoderne.Marlneabuunenimevodka(lapprhensionavantderencontrerlegrandhomme)etsoncoudearatdeuxfoislaccoudoirdufauteuil.Quandnous seronsmaris, je poserai un verrou dans lemeuble du bar. Je lai vue se lever pourtituberverslapisteoellesesttaillunegrandepartdesuccsencrantsonespacevitalcoupsdegenoux.Jaisentimonterletauxdadrnalinegnral,lesdanseurssclaboussaientdegerbesdesueurpendantqueMarlne,folledejoie,sabandonnaitunedansemystiquebasedeconvulsionspelviennes.Spectaclequejetairaiplustardnosenfants.Trspro,jaivrifi lebonfonctionnementdumagntoenbuvant lultimegorgedevodkaet jaiappelBernard qui tenait lantenne de 99.1 pour lui demander dannoncer linterview. Cest enremontantdusous-solquejaivuunechemiseencartonbleuvoleterdanslesairsetpasserdemain enmain.Enune fractionde seconde, jeme suis rendu lvidence, cetteptitionvivaitsapropreviesanssesoucierdequilapossdait,ellesedrobaitlapremireoccasionpourcontinuersonchemin,touteseule,etsondsirdexisterlarendaitplusfortechaquenouvellesignature.Javaisdsormaisplusbesoindellequellenavaitbesoindemoi,et jaicrawlcommeundamnaumilieudumagmahumainpourtenterdelahapperaupassage.Le crne en feu, jai allong quelques gifles des noceurs qui faisaient obstacle entre laptitionetmoi,et jai finipar larracherdesmainsduneespcedecraturepaillettes.Aubeaumilieudecettedchargededcibelsetdecorpsmoitesprisdefureur,jairegarddunilvidelesfeuilletsquiruisselaiententremesmains.Uneflaquedewhiskydgoulinaitsur

  • lapagedegardeetvenaitderduireunebonnevingtainedesignaturesenunedlicatecoulenoire.Cequintaitpasencoredramatique,comparauxpagessuivantes.

    HotLipsLinda,strip-teaseuse.GinoMontaldo,danseurmondain.MadoFrou-Frou,transformiste.Didier,Eddie,Paulo,videurs.RickyRoyal,guitarhero.BambiCrazyLegs,artiste.Sans parler de deux joyeux drilles qui se tenaient les ctes en me regardant, et qui

    avaientcritdansunemarge:JeanPeupluetSamEclatt,boute-en-train.Dessentimentsmlssesontemparsdemoi,enmmetempsquunsrieuxcoupde

    fatigue.Partag entre lenviede fracasser la ttedupremier innocent venuet cellede fuir,loin, dans des contres perdues, l o lon peut couter lherbe pousser et les insectessenvoyer en lair. Et puis, une sorte de compassion bizarre pour lhumanit entiremestapparue. Toutes ces mes, si tordues soient-elles, qui, malgr leur destin, leur drive,prenaient le sort deFamennes cur et apportaient leurmodeste contribution sa causeduncoupdegriffeenbasdepage.Ilvalaitmieuxvoiracommea,non?

    Il y a eu un roulement de tambour, un fracas de cuivres, et tout lemonde sest fig.Harrison a fait son entre dans les lieux, au milieu dun petit essaim fbrile qui sestapprochdenous.Marlneestmontesurunebanquettepourtenterdelediscerner,etjenai fait autant. Je lavais tant attendu. Espr. Et mme si je devais lui faire cracher uneminutedinterviewpournepasmeretrouverauchmage,luifairesigneruneptitionpoursauver la viedunhomme, luidire quelpointnous tions faitspournous rencontrer, luiprsenterlafemmedemaviepourquenfinellemeprfrelui,lapremireurgence,cetteseconde,ctaitdelevoir.

    Paratquilvientdesefaireagresserdehorsparcinqcentspersonnes,quelquunadit.Desfans?Peut-tre,maispascommodes.Ilnapasmmeeuletempsdesinstaller,lesvideursnontrienpufairequandlameute

    est entre, Baptiste en tte, le regard dform par la haine, un cri de guerre la bouche,ordonnantlepillagesestroupes.

    Attrapez-le,cepourri!JemesuisdemandcequeFordavaitbienpuleurfairepourlesmettredanscettat.

    Mais jaimieux compris qui ils cherchaient vraiment quand jai vuMarlne, juche sur sabanquettedansuntatsecond,pointerundoigtversmoienregardantBaptiste.

    Ilestl,avecsaptition!Toutestdesafaute!Ilment,ilestfourbe,nelelaissezpasschapper!

    Baptiste, les yeux fous, a hurl enme voyant, des verres ont commenc voler, unebousculadegnralearenverslestablesetuncataclysmearavaglasalle.Unelamedefondduneviolenceinoueasubmerghommesetfemmes,livresse,larage,lapeur,etmoi,seul,rampantsous lesbanquettesenessayantdesurvivre.LesgardesducorpsdeFordontsortidesrevolverset formunesortedecarapaceautourde lui, leclimatdeviolencearedoublduncoup,et jenesaispascequimapermisde tenir jusqucette sortiedesecours, sansdoute limage imprcise dun demi-millier dindividus cherchant me lyncher en placepublique. Marlne, pourquoi mas-tu trahi ? Nous aurions pu vivre quelque chosedexceptionnel,toietmoi.Avecletemps,tuseraisdevenuemoinsfrivole,nousaurionseude

  • merveilleuxenfants,Jos,lan,etHarrison,lepetit.Nousaurionsremplaclavodkaparlacamomille,nousaurionsconstruitunpetithavredepaix,loindeParisetdesafolie,loindumondeenmarche.Marlne,tutaissansdoutemondestin,ilnapasjugbondetelefairesavoir.boutdesouffle,jairetrouvlairdudehorsetmesuismiscourircommeunfoudanslanuitenmerisquantetldansdesruellesinconnues,puisjaigrimpdansuntaxiquidevaitavoirlhabitudedecegenredesituation.

    Oonva?Jeluiaidonnladressede99.1,ctaitsansdouteleseulendroitaumondeojavais

    unechancedesauvermapeau.Jaimmedemandauchauffeurdechercherlafrquencedela radio, histoire de prendre la temprature. Jai entendu la voix de Bernard qui terminaitlditiondeminuit.

    Pour des raisons encore inconnues, la discothque le Wyatt a t mise sac parplusieurs centainesdemanifestantsqui cet aprs-midi faisaient le sigede lambassadeduSanLorenzo.HarrisonFord, en tournageParis, venaitde se rfugierdans ladiscothqueaprsunevivealtercationaveclesmanifestants.

    Quand je suis entr dans le studio, Bernard venait de lancer un disque de CharlieMinguspour calmer lambiance. Jeme suisprcipit monbureauen renversant tout surmonpassage.

    Jesuisinnocent,Bernard,ilfautquetumecroiesCestcausedetoi,cebordelauWyatt? Je suis innocent, je te dis. Jai besoin dune zone franche o lon respectera mon

    immunitdejournaliste.? Je nai rien voir avec les crimes dont on maccuse. Prviens le consulat,

    lambassade,lacourinternationaledejustice,jeveuxunpasseportdiplomatiqueetundroitdasiledansunpaysquirefuselextradition,Bernard.

    Bergeronta foutu laporte, ilnapasdigrque tu lemnesenbateauaveccettehistoiredinterviewbidondHarrisonFord.

    HarrisonFordQuest-cequevousavezaveccemec?Cestjamaisquunacteur,ungarsquisaitdiretroismotsdevantunecamra,commetoietmoisionnousledemandait.Ilsaittenirunflingue?Moiaussi,jelaifait,etpasplustardquecetaprs-midi.Iladjrisqusaviepourdebon?Non?Ehbienmoi,si.

    Ilmacout,unelueurdinquitudedanslil, jusqucequeletlscripteurcrpite.Derrirelavitre,jelaivuplir,etsacheminerverslemicropourcouperlachiqueMingus.Ilavaitbeaulire,onavaitlimpressionquilcherchaitsesmots.

    UnedpchedelA.F.P.nousinformequungroupedindividusarmsapntrdansla discothque leWyatt. Il sagirait, je cite, desmembres dun club de tir du boulevard deGrenelle. Les gardes du corps dHarrison Ford, dj chauds par lintervention desmanifestants du comit de soutien de Jos Famennes, ont ouvert le feu afin de protgerlacteur.HarrisonFordsestdclarvictimeduharclementdunjournalisteprttoutpourlui soutirer une interview quil na jamais accorde. Il semblerait quaprs une explicationentrelesdiversopposantsunterraindaccordaitttrouv.Lesclientsdeladiscothque,lesgardesducorps,lesmanifestantsetlesmembresduclubdetirsedirigeraientencemomentmmeversleslocauxdeduneradio99.1afinde

    Ilyaeucommeunblancterriblelantenneetdansnosesprits.JaiimaginBergeron,loreille colle son tuner, etme suis raccroch le plus longtemps possible cette vision,commeuneespcedeparaventmentalquimencachaituneautre,bienplus terrible.Dans

  • untatprochedumien,Bernardaruniunrestednergiepourconclure:LA.F.P.nousprciseparailleurs,selonunedpcheprovenantduSanLorenzo,que

    JosFamennesvatreexcutdemainmatin.Cestcemomentprcisquunbrouhahanousestparvenu,quelquechosedesourdau

    dbut, puis une cacophonie montante, de plus en plus prcise, de plus en plus haineuse.Quand lescalier sest mis trembler, Bernard a fonc pour fermer la porte blinde de lastation.De quoi les retarder d peine cinqminutes. Jeme suis prcipit vers lescalier deservicepouraboutirdansunecourettevide,puisdansunerueadjacente.Au loin, jaivu lameutesengouffrerentirementdanslebtiment,Baptisteentte.UnesilhouettesesctsinvectivaitlafouleenanglaisetmaremmordefaontroublanteunescnedeStarWars.Jai couruunebonneheuredans les rues sans savoiroaller.Monappartementnedevaitplus tre que dcombres,mes amis avaient ordre de tirer vue, et jai imagin Paris toutentiermobilisdansunechasse lhomme.Jaierr jusqu troisheuresdumatin,avec lapeur au ventre et les larmes aux yeux, jai eu enviedemisoler entrequatremurspourneplusjamaisensortirenattendantlafindelaguerre.Dansuncoinpourri,jaireprcethtelrepoussantdelaideur.

    *

    Jemassoissurlelitsale.Dansunsilencetotal,jeparcoursdesyeuxletracdupapier

    peintarrach, lesgraffitisgravsdans lepltre.Jemepasseunpeudeausur levisage,aumilieudescafardsquirampentautourdelabondemoisiedulavabo.Toutcoup,jentendsdu bruit derrire la porte, ce sont eux, ilsmont retrouv, ils vontme faire la peau, je laitoujourssu,jelaidjaccept.Lapeurmevrillenouveaulesentrailles,jelaissechapperunepetiteplaintedenfantetmereprends toutde suite.Cettepeurme faithonte.Lebruitnest pas fracassant, pourtant. Un son trange, un choc feutr. Il sestompe lentement. Jesoupire un grand coup, soulag. Je mallonge. Les yeux clos, je laisse une foule dimagesvagabonderdansmatte,sanschercherlesmatriser.Jesuisloin,dansunpaysinconnu,lolachaleuretlamisreenvahissentlesruesetlestres.

    Jevois.Je vois un homme. Les tempes grises, les yeux rsigns, assis par terre, les genoux

    ramensvers lui,prsdunecuvetteenmailbrch.Ilestmaigre fairepeur.Sesgestessont trop lents.Unebarbe folle lui amang tout le visage.Aussi longtempsquil vivra, sesyeuxne rirontplus jamais.Desbottesmartlent le couloir, il dresse loreille.Ellespassenttrsexactementvingtetunefoisparjour,ilpourraitpresqueendduirelheurequilest.Lesbottes font entrequarante et quarante-cinqpas chaquepassage.Au secondpassagede lajourne,onentendletintementdesclsquiouvrententreuneettroisserrures,chaquefoisdiffrentes.Cettefoisencore,lesbottessloignent,ilrespireunebouffedair.Ilattend,ensilence,quequelquunvienneouvrircetteporte,unebonnefoispourtoutes.Certainssoirs,ilprieraitDieupourqueaarriveenfin.Ilattenddepuissilongtempsquilapresqueoublicequil faisait l. Il navait pas mis le palais royal feu et sang, il navait pas form unbataillondesoldatsrebelles.Ilavait justeditnonquandtouslesautreslepensaientsifort.Lecouragenavaitrienyvoir,illefallait,cesttout.Etilstaitretrouvl.Desmilliersdegens,peut-tredesmillions,finiraientbienparlesavoir,par-dellesocans.Ilnecomptaitdjplussureux.

    Jai voulu mendormir pour chasser le regard de lhomme. Ses yeux obsdants detristesseneme laisseraient plus enpaix pour le reste demes jours.Auplus profondde la

  • nuit,jemesuissentiprochedelui.Siprochequejaicrulentendrepleurer.Enouvrant lesyeux,de retourdanscette chambre infme, jai comprisquonpleurait

    vraiment, avecdevraies larmes,quelquesmtresdemoi. Jai tapcontre la cloisonpourqueacessemaisanaservirien.

    Pleurnicheries,jrmiadesJai trouv cette douleur incongrue, exagre, et mme ridicule au regard de toutes

    cellesquisaignentlemonde.Detoutefaon,anemeregardaitpasetrienquejepuissefairenepourraitlattnuer.Rien.

    Etpuis,unesecondeplustard,jaipensexactementlinverse.Jaipensquilnyavaitpasdepeineperdue,quelepluspetitgesteinsignifiantpouvaittoutmomentfairebasculerles destins et rendre lespoir. Jai toqu la porte voisine, personne nema rpondu.Unetablesestmisebrinquebaler,jaiouvert.

    Ilnedevaitpasavoirplusdevingt-cinqans.Deboutsurlatable,ilflchissaitlesjambesdefaongrotesquepournepasheurterleplafondavecsatte.Lamaniredontilsedbattaitpournouerlacordeletteautourdesoncousanscesserdegeindrefaisaitpeinevoir.

    Vouscomptezvoussuspendrelampoule?Ungrandgaroncommevous?Honteuxdavoirtsurpris,ilsestmischialerdeplusbelle.Quellequesoitvotredouleur,vouslaregretterezaprsvoustrebrislecoccyx.Deuxminutesplustard,iltaitassisdanssonlitetmoisurunechaise,facelui.Jai

    pensque leplusgrosdutravailtait fait. Ilsestmisparlerdansunfranais impeccablemalgrunepointedaccenthispanisant.

    Jaieuunejournepouvantable,iladit.Ahoui?Mavieestfoutue.Monpremeharclepourquejerentreaupays,etilnenestpas

    question.Ilabeautremourant,ilestencoretrsricheettrspuissant.Ilseraitcapabledetoutpourquejerevienne.Ilmaenvoyicipourfairemestudesetmaintenantjenimagineplusvivreailleurs.Jairencontrunejeunefille.Ilneveutpasenentendreparler,ilditquejaidesresponsabilits,quejeferaiunmariageprincieravecunefemmedupays.Jaienviedemourir!

    Jesuissrquesivousluiparlez,ilfiniraparcomprendre.Cenestsrementpasunmauvaishomme.Vousnepouvezpasluifairea,laveilledesamort.

    Comprendre, lui ? Mais vous ne vous doutez pas du monstre quil est ! Cest undespote!Unvrai!

    Vousnyallezpasunpeufort?Pasdutout!Ilaenvoydessbiresmarecherche,cepourquoijemeretrouvedans

    cepetithtelminable!Ilsvontfinirparmavoir.coutez, vous tes en tat de choc, cest normal de faire un peu de paranoa,mais

    demainmatinvousyverrezplusclair.Demainmatinieseraientreleursmains,etdansmoinsdunesemainejesuislechef

    dtatdunpaysfeuetsang.Ilnestpassipuissantquea,votrepre.Cestunindustriel?Cestundespote,jemetuevousledire!Ilsestluprsidentviedesonpaysoil

    faitrgnerlaterreur,etilveutquejeprennesasuccession.O?Cest une petite le au sud de la Carabe, vous ne connaissez srement pas, le San

    Lorenzo.Dsquiladita,jaieuenviederetournerdansmapiaulepourpleurersousuncouvre-

  • litjusquaupetitmatin. Vous avez choisi ce bled par hasard ou cest vraiment pour me porter le coup de

    grce?Vousvoulezquejevousmontremespapiers?Monvisa?Monblason?Jai essay de rassembler mes esprits, ce qui ma pris un temps fou et une nergie

    insouponnablecetteheuredetanuit.Cestquoivotrenom?Ernesto.Ernesto,vousallezsansdoutetrouvercaabsurde,maisjaipeut-treunesolution.amtonnerait,mavieestfoutue.VousavezentenduparlerdeJosFamennes?Jamais.EtdelambassadeurduSanLorenzoenFrance?Lui,jeleconnais,ilmafaitinscrirelE.N.A.sanspasserleconcours.Parfait. Il senvoledansmoinsduneheurepour le SanLorenzo et vous le suivrez.

    Vousallezdevenirunhrosnational.Mais jeprfrevousexpliquer toutadans le taxi, letempsnousestcompt.

    *

    Le gosse, plus futquil nen avait lair, a toutde suite compris leplanque javais en

    tte.SeprcipiterauchevetdesonpreetluidemanderlagrcedeJosFamennescontrelapromessedeprendresasuccessionlattedupays.Enquarante-huitheures,ilrinstaureladmocratieetledroitdevote;unmoisplustard,ilestlulunanimitetpousesapetiteFranaise qui ne demandera pas mieux que de passer son temps choisir la couleur desnappesdans les dners officiels. Pour tout a, il fallait que le taxi arrive avant le dpart delambassadeur.moitirveill,lechauffeurdetaxinesedoutaitpasducaractrehistoriquedesacourse.

    VousmeferezlhonneurdacceptermoninvitationauSanLorenzo,Alain?Jallaisleremercieravecenthousiasmequandlechauffeur,dansungesteritueldepetit

    matin, a allum la radio.Le ciel tait clair, dj, et jai senti que la journe serait radieusepourlaterreentire.

    NousvenonsdapprendrequeJosFamennesvientdtreexcutdanssaprisonduSanLorenzooiltaitdtenudepuistroisans.Lambassadeurtaitsurlepointde

    Jaidemandauchauffeurdecouperlaradioetderalentir.Je ne connatrai sans doute jamais de hros comme Jos Famennes. Le seul qui ne

    mauraitpasrefusuneinterview.Quevoulez-vous,encebasmonde,certainesrencontresnesefontjamais.

  • LE17JUILLET1994ENTRE22ET23HEURES

    Voussavez,vous,cequevousfaisiezle17juillet1994entre22et23heures?Non?Moinonplus.Personnenelesait.

    Ilma fallu des annes pour remonter jusqu toi, cest dire si jai de la patience revendre. Jenen suisplusunenuitprs et jene sortiraide cebureauquavec tesaveuxsigns!

    Pas la peine de hausser le ton, inspecteur. Cela fait partie de vosmthodes et de vosprivilges,jesais,maisamempchederflchir.Sivousaboyez,commentvoulez-vousquejefouilledansmessouvenirs?Seullecoupablesaitcequilfaisaitle17juillet1994entre22et23heures.Linnocentlaoublidepuislongtemps.Surtoutsionluiposelaquestion.

    Onymettraletempsquilfaudramaistuparleras.Si le soir du 17 juillet 1994 javais tu un type, je men souviendrais. Ces choses-l

    marquent.Le17juillet1994entre22et23heures,jenaitupersonne.Denosjours,lerreurjudiciaireaquelquechosededsuet.Dehonteux,presque.Linnocentquejesuispensaitquelapoliceavaitfaitdesprogrs,depuisletemps.Commelamdecine.lheureolonguritdeux cancers sur trois, on est en droit desprer que la police est capable de dpister deuxinnocents sur trois suspects. Le problme, cest que pour linstant votre seul suspect, cestmoi.Etjenesaispascequejefaisaisle17juillet1994entre22et23heures.

    Jaidescollguestoutfraisderrirelaporte,tusais.Prtsprendrelarelve.Jaioubli1994.Ya-t-ileuunt,cetteanne-l?Jenemesouviensdaucunetouffeur

    nocturne.Nidubonheurdeleauglace,nidesjupescourtesdesfemmesOnneutpasmemettreenprisonparcequejenemesouvienspasdecett-l.Quelgenredetypetais-je?Undrledemecquiattendait lavenir, enstand-byde sapropreexistence,unpassagerquisennuiedurantletransit.Jenairienpufairedextravagantcejour-lentre22et23heures:jesuispluttdumatin.Lesoirjenesuisbonrien,jesomnole.Personnenepeutcomptersurmoi,joublietout.Commentvoulez-vousquejesoisassezvifpourassassinerquelquun?Monsieurlinspecteur,vousmimaginezvousdire:le17juillet1994entre22et23heures,jesomnolais.Jesomnolaisunsoirdtfrileuxduneanneinutile.Vousseriezdu.Jymetspourtanttoutelabonne

    Le17juillet1994entre22et23heures127volontdumonde.Cenesontpasdesatermoiements.Jemeconcentre,mmesiane

    sevoitpas.Toutlemondeaimeraitsavoircequilfaisaitdurantcetteheure-l.Commeunebouffedesapropreviequiremonteraitensurface.Ilsuffiraitdundtailinfimeettoutunblocespace/tempsmereviendraitenmmoiredunseulcoup.

    NoussavonsquetutaisParisaumomentdesfaits.Oui, jecroisque jtaisParis.Jaimeregarder ledfildu14Juilletsur lesChamps-

    lyses.Jyvaisseul,toujours.Ilmeseraitdjimpossibledeprouverquele14,jtaisauxChamps-lyses,malgrdesmilliersdetmoinstoutautourdemoi.Commentvoulez-vousque je prouve que, trois jours plus tard, je ne tuais pas cet inconnu dans ce coin dsert ?

  • Jaimeraisquonmeprsenteun typequi soit capabledavouer cequil faisaitdurant cetteheureprcise.Quest-cequevousfaisiezcesoir-l,inspecteur?Vousseriezbienembtdeledire,hein?Vousavezpeut-tretucethomme.Cestpouraquevousvousacharnezsurmoiavec tantdenthousiasme.En tout cas, vousnaimeriezpasquonsachecequevous faisiezdurantcetteheure-l.Quelquechosedecoupable?Oudeminable,cequiseraitbienpire?Quivousditquecetteheure-ltaitpropre?Au-dessusdetoutsoupon?Enuneheure,onpeutencommettre,desbassesses.Soixanteminutesautantdireuneternit.Quandonsaitquonpeuttomberamoureuxenhuitoudixsecondes.Quand,lespacedunbattementdecils,une balle peut foudroyer un cur quimarchait si bien depuis quarante ans. Cela fait djquatreheuresque jesuisassisdanscebureau,regardermespiedsdepeurdecroiservosyeux,monsieurlinspecteur.Cesquatre-l,jelesauraiperduesmaisjenelesoublieraiplus.

    Lesilencena jamaistunbonsystmededfense.Si tunies les faits,dis-moiaumoinsotutaiscesoir-l.

    Nevousa-t-onpas appris lcoledepoliceque chaquemomentque lonpassedansunevienapas forcment ltoffedunalibi ?Pour vousprouverquecetteheure-lnavaitriendexceptionnel,ilfaudraitquejevousparledetouteslesautres,maisilvousmanqueraitla patiencedunpsychanalyste et la curiosit dun ami. Il faudrait que je commencepar ledbut,ilyabienlongtemps,lpoqueojecroyaisquelesrvesfaisaientplusdebienquedemal.En faisantuneffort, jepourraismesouvenirdequelquesbonsmomentsdu tempspass. Les potes disent quon ne garde que ceux-l, les autres soublient. Optimistes, lespotesIlsontpeut-treraison,aprstout.Aulieudeperdreuntempsfouretrouvercetteheure-l, perdue jamais dans les trfonds de ma propre histoire, il me serait bien plusagrablederepenserauxdeuxoutroisheuresdemaviequivalaientlapeinedtrevcues.

    Le Pic du Mail, en plein soleil. Javais les genoux en sang mais jtais arriv lepremier

    Jeanne,allongesurlanappecarreaux,entraindeposerpourlePolaroidLouverturedelaBoteMalicesdemonpre,bienlongtempsaprssamortLejourvaseleverbienttetjenauraipasletempsdevousracontercettehistoire-l.La

    tristehistoiredunhommepourquiuneheureenvautuneautre.Mens,nomdeDieu!Mens,maisdisquelquechose!Sivousy tenez tantquea,pourquoipas?Ce17 juillet 1994taitpeut-tre le jour le

    plusexceptionneldelanne.Entre22et23heures,jaipeut-trevcuuntrsbeaumoment.Une perfection dalibi ! De quoi clouer le bec dun inspecteur qui cherche rveiller lecoupableenmoi.

    Ce fameux soir du 17 juillet 1994, au beau milieu de lesplanade du Trocadro, jaidessin la craie une Piet dune beaut fulgurante et porteuse despoir pour les peuplesdsenchants.Jaicouchavecunefemmemagnifiqueetpeufarouchedansunjardinpublic.JaieuuneconversationpassionnanteavecunsuicidaireassissurunparapetduPont-Neuf.EtquimportesimaPietadisparudslapremireaverse,sicettefemmesestdissoutedanslanuitaprsdeuxheuresdextase,etsicedsesprafiniparsejeterleau.Touslestroisauraientpuminnocenter.

    Vousnevivezjamaiscegenredemoment-l,inspecteur?Moinonplus.Cetteheure-lntaitpaslepointdorguedematristeexistence,pasmmelepetitpicdunquotidiensansrelief. Et cest justement parce quelle est tombe dans loubli quelle devient la plusimportantedetoutemavie.Paradoxecruel,non?

    Dis-nousotuastrouvlerevolver?Unrevolver?Moi?Jeseraisincapabledetrouveruntrombonedansunepapeterie.Le

  • 15juillet1994,entre5et6heuresdumatin,jentaispasdansunbarsordidedanslecoinlepluslouchedelavillelarechercheduntypequimevendraitunrevolver.Jamaisjenauraissucommentmyprendre.Pisterunrevolverdoittreaussipniblequedesenservir.Jenaiencore jamais rflchi la questionmais, si javais tuer quelquun, jutiliserais un autremoyen.Quelquechosedeplusnaturel.Jesuisungossedelacampagne.Lolontordlescous, o lon saigne, o lon assomme, o lon noie. Pas un revolver, non, ces objets-lpeuplentunautremondequelemien.

    Puisquetuneveuxriendiresurtonalibi,onvaparlermobile.Pourquoienvoulais-tucetype?

    Jenaipas tucethommeetcest tantpis.Aprs tout, il lemritaitpeut-trepuisquequelquunaprislapeinedeletrufferdeplomb.Sijcopedevingtannesincompressibles,jepasseraimontempsregretterdtreinnocent,denepaslavoirtucesoir-lentre22et23heures.Etlerestedemonexistence,jeseraienretarddunmeurtre.

    Parle,nomdeDieu!Touttedsigne.Maisnon,inspecteur.Ceuxquinontrienavoueronttousdesttesdeconspirateurs.

    Si javaisassassincethomme, je serais srementunautreaujourdhui.Jeseraispassductdespariasetdesttesbrles.Danscecamp-l,onmauraitsansdoutelaissuneplace.Jauraisgagnmesgalonsdans linfamie.Lhorreurmauraitpeut-tregrandi.Et l, oui, jecomprendraisquevousvousacharniezsurmoi.

    Les premiers rayons du soleil viennent rveillermes paupires. Linspecteur quitte lapice.Mavuesebrouillenouveau.Lesommeil,sansdoute.

    Jefermelesyeux.Jiraipeut-treenprisonpendantlesvingtannesvenirsicetteheure-lnemerevient

    pasenmmoire.amelaisseraletempsdyrflchir.

  • BOBINAGES

    Jaiunefemme,deuxenfantsetunmagntoscope.Sijeparledecetappareil,cestquilfaitdsormaispartiedenotrefamille.Celaauprix

    dun effort commun : celui du sacrifice. Il a fallu que je donne plus de cours particuliers,Sophiearevenduquelquesfringues,mafilleanesestpassedesonexcursionLondresetmonfilsafaitunecroixsursapairedeNike.Toutlemondeenavaitenvieetnousenavonsfait laffaire de tous. Ensemble, nous nous sommes mis daccord sur le modle, sonesthtique,ettouteslesfonctionsdontchacunauraitpuavoirbesoin.Ilfallaitnousvoir,tousles quatre, lancs dans des dbats quasi piques sur lesmrites compars de telle ou tellemarque.Nous ymettions du cur, de la conviction, de lamauvaise foi aussi, et,mme sichacun avait envie de faire entendre sa voix, jamais nous navons laiss notre dsir depersuasionmordresurlebiencommun.Sitantestquelemotfamilleaitjamaiseuunsens,cettesimplemachineenadonnunlantre.

    LejourJ,noussommesallslacheterchezunvaguecousindeSophiequitientlaseuleboutiquedeHifi-Vidoduvillage.CebraveBernardnousafaituneristournedetroiscentsfrancsdontjemeseraisvolontierspass.Jenaiaucuneaffinitparticulireaveclui,etlidede lui tre redevable mexaspre. Si a navait tenu qu moi, je serais all au centrecommercial du bourg mais, dans un bled o tout le monde est au courant ds que vousachetezunebotedeprservatifs,lecousinenquestionmauraitdclaruneguerredontnosdescendants auraienthritplus tard.Ce soir-l, excits, solennels, prts veiller jusquaulendemain, nous avons organis une nuit du cinma avec esquimaux, pop-corn, et unemontagnedecoussinsquijonchaientlesalon.PauloavaitlouTerminator2,NathaliestaitdcidepourRechercheSusandsesprment,SophieetmoiavionsvoulurevoirLeLauratpour le faire connatreauxpetits. la finde lanuit, jemesuis renducomptequelpointjtaisfierdeceuxquimentourent.Elleresteradansmonsouvenircommeunraremomentde complicit et de proximit. Mes gosses mont fait dcouvrir des univers que je nesouponnais pas et les questions quils ont poses sur Le Laurat nous ont permis deformulerdeschosesdontnousnaurionspeut-trejamaisparlensemble.Toutapourdireque,pendantprsdunan,lemagntoscopearythmnotrequotidienavecunergularitquenulnauraitpuprvoir.

    Nul naurait pu prvoir non plus quune cassette se coincerait dans lappareil enrefusantobstinmentdensortir.Avec lutilisation intensivequenousenfaisions,adevaitbienfinirpararriver.

    Cestrien,chri,ilsuffitdelemontreraucousinBernard,ilestencoresousgarantiependanttroissemaines.

    Jiraidemain.Demainsansfaute,lesenfantssimpatiententMaislelendemainjenysuispasallNilesjourssuivants.Tuaspromis,papa!

  • Tuprendsacommeunecorve,chri,alorstuoublies,forcment.Non,Sophie,centaitpaslammoirequimefaisaitdfaut,ctaitlecourage. Papa ! Faut absolument que je voie la cassette dHamlet que la prof danglaisma

    prte,jaiuncontrledanshuitjours!Pourquoias-tutellementbesoindevoircefilm?Est-cequmonpoqueonavaitdes

    cassettespourtudierShakespeare?Non.Onsecontentaitdutexte,commeonlefaitdepuisdessicles!

    TnervepasNathalieabesoindenregistrerdestrucsquipassentpendantquelleestsescours.

    Etmoi,jaidjrattroispisodesdeLinaFleurdeBahia.Jiraidemain,bordel!Aulieudea,jesuisrestunebonneheuretrifouillerunenimefoislappareilavec

    unefourchette.Quelquechosedegrotesqueetdavancevoulchec.Jecroismmeavoirpleur,genoux,devantleboutoneject.anemtaitpasarrivdepuislamortdemonpre.Ettoutamaunpeuplusisoldansunemurailledesolitude.Lesoir,jaieudroitausilenceglacdesmiens.leursregardsladrobe.

    ChriJepeuxyaller touteseule,si tunaspas le temps,cenestpassi lourd, jaibiencomprisquetunavaispasenviedaffronterlecousinBernard,maisjeluienaiparl,ilammeproposdepasserle

    Jamaistumentends!JAMAIS!Laissez-moirgleratoutseul,nomdeDieu!Pour la premire fois de ma vie je venais dlever la voix sur celle que jaime. Une

    insultenauraitpastpire.Sophieaquittlatable,blanchecommeunlinge,etlesenfantsmontrenvoylimagedunbourreau.Linjusticeetlapeursontentrsdansnotremaison.

    ToutallaitsibienentreSophieetmoiavantquelappareilnetombeenpanne.Etquandjedistout,jenoubliepasnosnuits.Nosdouces,chaudesettendresnuits.Parcequelaussi,le magntoscope a jou un rle que personne naurait pu souponner, pas mme macompagne qui na jamais compris do avait surgi cette ardeur que nous navions jamaisconnue. Comment aurait-elle pu se douter que, lheure o toute la famille tait plongedans le plus profond sommeil, je minstallais, seul, devant des films aux titres aussivocateursqueMets-la-moipartoutouClarissefilleduvice.Descouteursdanslesoreilles,latlcommandeportedemain,jemegoinfraisdobscnits,sanslamoindrehontemaisvaguement inquiet lidedtredcouvert, commeuncollgienqui feuillettePenthouse linsu de la caissire. Aprs une bonne demi-heure de hard, jemaventurais auprs demabelleendormieetmettaisenpratiqueavecplusoumoinsdetalentleschosesinsensesquidfilaientencoredansmesyeux.Josais.Elleselaissaitsubmerger.Nousnesavionspasquelesecondsouffledenotrehistoiredamourviendraitdel.Jaiessaydecomprendrecequinousarrivait.asappelaitlebonheur.

    JusqucequeSalopesenchaleursebloquedanslamachine.Vous imaginez les consquences terribles que tout a pouvait avoir surma vie ? Un

    scnario sans surprise et crit davance : la stupeur du cousin, les ragots de sa femme, larumeur qui se rpand dans le village, la honte surma famille, le dsarroi de Sophie, etc.,jusqu un pilogue que je nosaismme pas imaginer. Lamoiti du village avait beau enfaireautant,jeseraisdevenuleperversidal,celuiquinacommisquuneseuleerreur:fairepassersesfantasmesdansledomainepublic.Pourviterdenarriverl,jaitoutessay.Jaifait venir un copain bricoleur qui a lamentablement chou. Jai suppli un rparateur dubourg qui ma demand un dlai impossible. Sans y parvenir, jai tent de runir assezdargentpourenacheterunneufetfairecroireunegurisonmiracle.Toutanafaitque

  • retarderlchanceetattiserlemprisdeceuxquejaimeleplusaumonde.Jusquau jour o jai compris que pourme sortir de ce bordel, il fallait que je laisse

    sexprimerlemalfaisantquiestenmoi.

    *Ilest19h30encebeaudimanchedejuin,etjecroisquelecauchemaresttermin.La

    journe a dfil comme un film despionnage et javoue avoir vcu les heures les plusintenses demon existence.On croit se connatre, onpense quenos limites sont dessinesdepuis longtemps,etunmatinonsaperoitquona ltoffedunecanaille,que la filouterieestnotrevritablevocation.Aprsa,plusrienneserajamaispareil.

    12h30jembarquetoutelafamilledanslavoiture.Cinquanteminutesplustardnousinstallonslepique-niqueaubeaumilieudelafort.15h25jeprendsmacannepcheetmengagesurlesentierquimnelarivirependantquelestroisautresdcidentdegrimperunecolline.15h35jereprendsmavoitureetnemetsquequaranteminutespourretournerauvillage.Jescalade lemurducimetire, traverse lagrangeabandonne,pntrechezmoipar le jardin et casse une vitre de la vranda aux alentours de 16 h 20. Pendant douzeminutes,jemoffrelerareplaisirdecambriolermapropremaisonetprofitedecetteoccasioninoue pour faire disparatre tous les objets insupportables que Sophie a pris soin dyentasser, sansoublier cepourquoi je suis venu, lepoint centralde toutesmes angoisses :cette connerie de magntoscope. Je me suis surpris faire quelques gestes spontans,uniques, que plus jamais, hlas, je naurai loccasion de refaire : mettre des gants pourenlever un abominable vase que jai toujours connu l, sauter pieds joints sur une tablebasseoSophiemedfenddtendrelesjambes,oufouillerdanslestiroirsdontlesenfantsminterdisentlaccs.16h40,jefaisletrajetensensinverse,etjettetoutcequejaivoldansuneespcededcharge.17h5,Sophieetlesenfantsviennentmerejoindreauborddelarivire.Non,papanapasprisdepoisson.Oui,papaest leplusnuldespcheurs.Sivoussaviez,vous,mafamille,quepapaestunmalfrat.Undur.Non,vousnesaurezjamais.

    Deretourcheznous,jedcouvrequemestalentsdecambrioleurnesontriencomparsmestalentsdacteur.Jememetsjoueravecunerareconvictionlagrandescnedupredefamilleoutr.Jyvaisdemonpetitcoupletsurlinjusticeetlabtiseordinaire,etrconforteSophie,taraudeparuneseulequestion:

    Pourquoiont-ilsprislecache-potenverredeMurano?Cesontdesprofessionnels,chrie,ilsconnaissentlavaleurdecequiestbeau.Alorsquest-cequilsvontfairedelamarinequemamrenousapeinteNol?Etpourquoiilsontlaisslatl?demandeCharlotte.Lesgendarmesfontunconstatetnenousdonnentquepeudespoir.Cestpasdechance,vousavezeuaffairedespros.Ilssontsrementloinlheure

    quilest.Lassurancevajouerpourlemagntoscope,maispourleresteCtaitsurtoutlavaleursentimentale,faitSophie,rsigne.Lentement,nousnousmettonsnettoyer lamaison,balai,pelle,aspirateur,etpetit

    petit, sansquepersonnenyprennegarde, lemiracle saccomplit.Charlotte relativisenotremalheur, Paulo ricane et fait dumauvais esprit, Sophie samuse dj lide de remplacerquelques babioles, etmoi, je sens quelque chose renatre dans notre foyer. Le bonheur varevenirnousvisiter.

    *

  • PapaYauntypebizarre,dehorsNon. Ce nest pas le bonheur qui vient nous visiter. On dirait mme exactement le

    contraire:unbonhommeunpeucradoquiagarsacamionnettedevantcheznous. La famille Caillois ? Jemappelle Irne, je suis brocanteur. Y a pas deux heures,

    jtaisen trainde fouillervers ladchargeduPetitVal,etvoilque je tombesuruntasdetrucs ! Aumilieu de tout a, unmagntoscope presque neuf, avec en dessous ladresse durevendeurquimadonnlavtre,cestunechance,non?

    Siune seule foisdansmavie jai eubesoinde jouer aubandit, cest ce jour-lque lajusticeavoulumettresurmarouteledernierhonntehomme.Jenaipascherchsavoirsilyavaitunelogiquedanstouta,lesphilosophesetlesstatisticiensontdjtoutditsurlehasardetlancessit.JaibientforcdacquiescerquandSophieaproposcefilsdeputederesterprendrelapritif.

    Ilseraitpasenpanne,votremagntoscope?Nonnon,toutvabien.Maissi,yaunecassettebloquelintrieur.Jevousdisquenon!Mais,chri,peut-trequemonsieurIrnesyconnat.DemainjelemportechezlecousinBernard,jaidit,fautedemieux.Sophie, Charlotte et Paulomont fait comprendre dun seul regard que plus jamais je

    naurais ledroitdeprononcercettephrase.Pauloadonnuntourneviscetenfoirquiendeux secondes a russi l o tout lemonde avait chou.Cri de joie quand lappareil sestremistourner,jenaipaseuletempsdarrterlabande.Oui,vousallezlesvoir,cesfemmeslascives qui ont tourn la tte de papa. Oui, vous allez enfin comprendre tous sesatermoiements. Oui, papa aime voir des cochonneries, la nuit. Parfois il repasse certainesscnesauralenti,ilammefaitunarrtsurimagesurlesfessesduneblondequiltrouvaitextraordinairementbandante.Papanevautpasmieuxquelesautres.

    Lapremire imagequiapparatestparfaitementanodine,onvoitune femmehabilleensoubretteentrerdansunechambre,unplateaudans lesmains.Le sursis seradecourtedure, jimagine que la demoiselle va servir de petit djeuner un couple de jeunes gensassoiffsdestupre.Elleentredanslachambreet

    EtSophiejectelacassettelagrandesurprisedetous.Cestcettecassettemauditequiestloriginedetousnosmalheurs.Jeproposequon

    lajetteetquonoublietouta.Pendantlapetitesecondeonosregardssecroisent,jailintimeconvictionquellesait

    tout de mes hontes, de mes bassesses et mes lchets. Elle a lu enmoi comme si jtaistransparent,impuissantluicacherquoiquecesoit.Etsonpardonendevientgrandiose.Jesaisdsormais,etpourlternitvenir,quelpointcestunefemmeformidabledontjenemrite pas lindulgence.Commentpourrais-je oublier tout lamour et la tolrance quil y adanscegestesublime?

    *

    Biendesannesplustard,jerepenseparfoiscettehistoire.Plusriennestvenuternir

    notrebonheur.MmepascejeunetypeunpeuvulgairequiareluquSophie,hiermatin,surleparkingducentrecommercialdubourg.

    MaiscestPamelaQueens !Vous tesbienPamelaQueens, cellequi a joudans

  • Viergeetvicieuse,etdansSalopesenchaleur?Le bonheur tient peu de chose. Un peu dindulgence et quelques cassettes pour le

    week-end.

  • SIPARUNJOURDTUNSDENTAIRE

    Mamaingaucheseperddanslesablefin,lautrefaittinterdescubesdeglacedansuncocktaildesles.Jteuninstantmeslunettesnoirespourpongerquelquesgouttesdesueurqui me brouillent le regard. En voyant mes jambes lil nu, je devine la marque dubronzageaurasdesgenoux.Dansquelquesjoursceseratellementlaidquejenoseraiplusmexposer,autantenlevercebermudatoutdesuiteAnne,manympheallongesurletransat,retientunemoqueriedevantmasoudainenudit.Jeregardelesvaguesquidferlentdevantmoi.Unsouffledairfraisvientcaressermescheveuxparintermittenceetlodeurdelambresolairemerappelleunefouledesouvenirs.

    MarencontreavecAnne,ilyapresqueseptans.SurlaplagedeVenice,LosAngeles.

    Je rvaisdunegrandeblonde californienne,uneCaria,uneBarbara.Sans le savoir, je suistombsurunepetiteFranaiseprnommeAnne.

    Elle est sortie de leaupour sallonger sous un auvent o lattendaient unpeignoir etune coupe de Champagne. Dun petit sac enmtal tress, elle a tir une coupure de centdollars pour la glisser dans la poche du serveur. Il sest plant l, debout sous le soleil, distancerespectable,prtreveniraupremierclaquementdedoigts.Depuisque jemtaisspcialisdanslaphoto, jevoyaisdfilerdesdizainesdefillesdececalibre,sansjamais lesapprocher.Cetaprs-midi-l,javaistroisheuresperdreavantderetrouvermesappareils.

    Envacances?Sansavoirlacuriositdemeregarder,elleaprisuntempsfouavantderpondre:Non.atombebien,moinonplus.Vousmoffrezunfonddechampagne?Enfin,elleatournlattepourvoirquoijeressemblais.Vousallezattraperuncoupdesoleilsurlescuisses,ai-jedit,jeveuxbienvouspasser

    unpeudhuile,maisaveclesjambesquevousavez,arisquedeprendrelongtemps,autantcommencertoutdesuite.

    Elleaclatderire.Jaicruquelledemandaitauserveurdemeverserunecoupe.Aulieudea, ilma juste cass la figureavecbeaucoupdeconviction, l,devantelle, enpleinsoleil. Comment ai-jemanqu de flair ce point7 ! Ce gars-l tait bien tropmuscl pourntrequunsimpleloufiat.Dhabitude,pourlesgardesducorps,javaisunsiximesensquimavaitbiensouventsauvlavie(croirequellemavaitdjhypnotis,cettegarce).

    Jesuisrentrlhtelaveclamchoirebrlante,quelquesphalangesdelamaindroitefoules et une raflure de bague dans le sternum.Hormis lhumiliation, rien de vraimentdouloureux.lanuittombe,jemesuisretrouvperchsurunesortedeplataneexotiqueetgant ( cette poque-l, jemy connaissais autant en palmiers quen gardes du corps, onpourraitmmedirequejepassaismontempsmecacherdanslesunspourchapperauxautres).Lescaladefutplusarduequedhabitudeaprslarossequejevenaisderecevoir,eten mcrasant sur une branche jai retenu un frisson de douleur sur le flanc gauche. En

  • reprenantmonsouffle,jaivisslegrandangle,ausondunemusiquesuavequivenaitdelavilla.

    Mise au point sur la piscine o deux splendides cratures sbattaient aumilieu dunpetitgroupedenoceurs.Lenudpapillondjdnou,Edwin,lematredecans,estapparudans un smoking impeccable. Tout en sachant que je nen garderais aucun, jai shootquelques clichs pendant quils taient tous encore frais. La douleur dans les doigts serveillait chaque fois que jappuyais sur le dclencheur mais, dans lensemble, tout sedroulaitdanslesrglesdelart.Unetechniqueparfaite,uneaudacedecascadeur,unflairdelimier et un manque total de scrupules, jtais fait p>our ce mtier. Jy mettais du cur.Beaucoupdecur.Onnefaitriendebiensans,mmelespireschoses.(Toutaestloin,jenesuispluscethomme-l,dsormaisjeboite,jetremble,maisafaitdubienderepenserceluique jtais alors.) Pourquoi le redoutable Chalais, mon rdacteur en chef, me payait-il sicher ? Parce que javais quelque chose dunique, quelque chose quimettaitmes collgueshors deux : une chance incroyable. Inne. Une sorte de don, depuis toujours. Je savaischoisir le bon ct de la pice, tous les hasards allaient dans mon sens et je sentais enpermanencelaprsencedunangegardienaussicyniquequemoi-mme.(Ctaitencorevraicettepoque-lmais,quelquesannesplustard,jesuisdevenulhommelepluspoissarddumonde.) Et quand, du haut de cet arbre, jai vu la partie fine qui se prparait dans monobjectif,jaicomprispourquoijepayaisaussichermesrabatteurs.

    minuit et demi, toujours rien de folichon, la fte, le Champagne, quelques visagesconnus ont daign apparatre. deux heures vingt, il sen est pass de belles au premiertage, a a chauff quand un gars sest mis butiner une petite comdienne italienne.(Quand je repense cette image de jeune tendron quelle donnait la presse, lpoqueAujourdhuielleenestsonseconddivorceetsondernierfilmsintitule:LaDoctoresseaupensionnat.)Enbas,quelquesnaadesivresclaboussaientleshtesbiendcidssevenger.Lundeuxsestdshabillpourbatifolerdanslapiscine.quatreheures,jelaivue,enfin,lavraiedcadence.Lasainedbauchecielouvert.Larcompensedeplusieursheurespniblesperch sur ce putain darbre. Javais peine le temps de changer la pellicule que quelquechosedenouveauapparaissait.Levraichoc,cestquandjelaireconnue,elle.Edwinadnouseslongscheveuxbrunsetjairetrouv,dansleviseur,lesuperbesourirequimavaitsnob,laplage,laprs-midimme.

    Cestquicettefillequisourit,l,labruneauxcheveuxlongs?JavaisunecertaineestimeprofessionnellepourChalais,malgrsessouriresencoinet

    son regard blas pendant quil dtaillait les planches contact au compte-fils. Je savais djquil garderait les meilleurs clichs pour la une et les moins bons pour sa collectionpersonnelle.Lencore,amefaisaitplaisirderencontrerpluspourriquemoi.

    Laissetomber,personnenelaconnat,cestunevraiegarce.Dommage,unculpareilCestparcequiladitaque jesuisrevenusurmesscrupules.Aprstout,ellemavait

    inflig une correction qui me lanait encore vers les ctes, et a mritait bien une petitevengeance.

    La semaine suivante sortait, en page 3 du journal, une scne de groupe un peu floueavec, au centre, une chute de reins et unprofil qui,malgr leur anonymat, pouvaient bienfairegrimperletirage.

    Ceprofil, jene lai revuquedeuxansplus tard,dansunyachtamarrdans leportde

  • Cannes.Javaismisplusdunmoisprparercecoup-l,grcetienne,monassistant,ungarsquiensaitplussurlesjoyeuxmagnatsdelactequelamondaineetlesR.G.runis.Ilavaitmmerussinous faireembauchercommeextrapour la fiestaprvuebord.SergeMoissac,capitainedindustrieetsiximefortunedeFrance,avaitorganisunraoutgrandiosepourfterlerachatdunquotidienparisien.Jenesuispasslactionqueverstroisheuresdumatin,quandpluspersonnedanscerafiotnecherchaitsauverlesapparencesdevantlesloufiatsquidbarrassaient.Moissacvenaitdesisolerdansunecabineoiltraait,pourdesconviveschoisis,deslignesdepoudrelonguescommelebras.Anneavaitcoupsescheveux.Bizarrement, cest dans le viseur que je lai vraiment reconnue. Planqu de lautre ct duhublot,jaidemandtiennesilconnaissaitcevisage.

    Tuparles!Cestunepouledeluxe,call-girlinternationale,lcolemadameClaude,legenrequisaittoutfaireavecsabouche,chanterdesliederdeMahleretparlerduBanquetdePlatonentroislangues.

    Cellequejenespraisplusrevoirrevenaitdansmavie,brutalement,sansquejensoistonnoutremesure.Jenecroyaisdjplusauhasardmaisuniquement la logiquedunmondecloisonn.

    Lerestesestpasstrsvite,Moissacetsespotesmontrepr,tienneaeulerflexedefoncersurlapasserellependantquejetrifouillaisdanslebotier.Deuxgarsmontencerclavantquejaieletempsdefuir.Ilsontgardlapelliculeetjetmonappareillabaille.Annea prfr quitter la cabine quand les gars se sont acharns surmon nez jusqu ce que apisse.Avantquelleneparte,jaidit:

    Dhabitude,vousaimezbienassistermespassagestabac.Ellesestretourne,uneseconde,sanscomprendre.tienneaconduittoutelanuit,directionParis.Tulas,hein?Dis-moiquetulas?Biensrquejelai.Avantderecevoirlescoups,javaiseuletempsdeluienvoyerlabonnepelliculependant

    quilcouraitsurlequai.(Desvraispassesderugby,ahquandjyrepenseJaimaiscettevie-l, jaimais le danger, les acrobaties. a me manque, aujourdhui.)Moissac avait en sapossessionlesphotosdugteaudanniversairedemonneveu.

    En voyant ma gueule casse, Chalais sest marr, jusqu ce que je lui demande ledouble du tarif. Je ntais pas sr quil ait le courage de publier une photo de Moissacenfarinjusquauyeux.(JaicomprisparlasuitequeChalaisnemenvoyaitpasuniquementenmissionpouralimentersoncanardenphotosscandale,cesalaud-lseconstituaitunfichierqui,avec le temps, luidonneraitdesmoyensdepression,etMoissac lapprendraitses dpens un jour ou lautre.)Aprs tout, ce ntait plusmon problme. Javais gard enmmoire le regarddAnnependantquonme rossait, et ame faisait bienplusmal encorequelesplaies.

    Lechantdesmouettescommencemelasser.Jemontelesondelaradio.Anneneditrien,ellecroiseetdcroiselesjambespourtrouverunepositionconfortabledansletransat.

    Onatoqumaporteds lesurlendemain.Personnenevenait jamais,a fortiorisans

    prvenir,dansmontroudebanlieue,unpetitpavillonanonymepasloindAthis-Mons.Avantdouvrir,jesuisallchangerlacompressefroidequinequittaitplusmonnez.Annetaitl,habilleenjeanetbaskets,pasmaquille,lescheveuxnousenqueue-de-cheval.Seule.

    Personneneconnatmonadresse.

  • Je sais. Jai vu votre patron, ce matin. Maintenant quil a lch le morceau, vouspourriezmelaisserentrer.

    Elle a euunhoquet de surprise quand elle a vu avec quoi javais tapiss lesmursdusalon.Unevingtainedetiragespapierauformatposter,scotchsmmelabrique.Sondos,sesjambes,sonvisage,sesmainscaressantuncorps,ungrosplandesonsourire,lescheveuxlongsquelleportaitVenice,sesseinsbronzs.(Ilyavaitaussideuxautresphotosbienplusintimes,maisjenavaispasoslesafficher.)Depuisdeuxans,javaisfaitdesoncorpsleseullmentdedcorationdetoutelabaraque.Ellenemapasfaitlajoiedesenindigner.

    Onvamettrecartessurtable.Jemefousdecequevouscomptezfairedecesphotosprises sur le yacht, aprs tout cest votre boulot. Je suis venue vous demander de dtruiretoutes celles o japparais,moi.Ladernire fois, chezEdwin, ama fait beaucoupde tort,monjobnapasbesoindepublicit.Vousavezfaillimelefaireperdre.Jesuisunecall-girl,pasuntop-modle,lesgensavecquijetravaillenaimentpasa,cestmauvaispourlimage.Unautrepisodedanscegot-letjesuisauchmage.

    Je savaisdjqueChalais avait lintentiondene rienpublierde tout a.Annenavaitriencraindre,maisquoibonlarassurersivite?

    Fautbienquejegagnemavie,mademoiselleMademoiselle?Appelez-moiAnne.Combienvoulez-vous?Onmadjpaypourcesphotos.Ceseraitmalhonnte.Malhonnte?Ellesestforcerire.Unrirequisignifiaitquentregensdenotreespceilyatoujours

    moyendesarranger.anevouscotait riendemoffrirunecoupedechampagne, surcetteplage,Los

    Angeles. On aurait eu limpression dtre en vacances, vous et moi. Une petite draguebalnaire.Unsouvenirdt.anauraitpastplusloin.

    Jenesuisjamaisenvacances.Sivoustespayelheure,adoitcoterunpaquet,desvacancesavecvous.On neme paie pas lheure, et nessayez pas demhumilier, personne na encore

    russi.Arrtezdefinasser,dites-moicequevousvoulez,quonenfinisse.Troisjours,uneplage.Sansstrassetsansphotos.Jepaielesfrais,vousnaurezqu

    trel.Impossible.Aprsa, ilyaeuun longsilenceo je laivuegamberger tousazimuts.Deuxheures

    plus tard elle sortait demon lit pour soldede tout compte. (Aujourdhui jai un peu hontedavoirtuneproieaussifacile,mais,surlecoup,commentrsister?)

    Jaiunechancedevousrevoir?Lesphotosdevraientvoussuffire.Ellesestendormiesurletransat,sanstouchersoncornetdefrittomisto.Jouvrele

    parasolau-dessusdesatteetretournelacontemplationdesvagues.Les mois qui ont suivi, jai travaill comme un acharn dans le seul espoir de la

    retrouver.Pasunpalace,pasunavionojenaicherchsasilhouette,pasunephotoojenelaiimaginesurgirenarrire-planetirradierlascnedesamystrieusebeaut.Javaisbeaucroire la logique, je me suis mis de nouveau guetter les hasards. Au bout de deuxnouvellesannes,jaifiniparnepluscroiremachancelgendaire(etjavaisbienraison!).JesuisrentrdunsjourenCasamance,rsign,persuadquenosroutesnesecroiseraient

  • plus.Lesphotosdemonsalontaientcornesetjaunies,jenaidchirlaplupart.Etjusteaumomentojerduisaissondosenmiettes,letlphoneasonn.

    Vousnevoussouviendrezpeut-trepasdeAnne?Jentendais,auloin,lefluxdesvagues.Curieusement,unplanisphresestprojetdans

    mesyeux,jyaicherchunpetitpointrougepourlalocaliser:lesGalapagos,lleClbes,lesCanaries

    Jaibesoindevous.VousconnaissezStefanoDiRosa?Vousmeprenezpourqui?IlestencoreplusconnuquEnzoFerrari.Jairencontrbeaucoupdorduresmaisluiestalltroploin.Jamaisjenelauraiscruecapabledautantdehargne,maisjesuisviterevenusurcette

    impressionencoutantcequeDiRosaluiavaitfaitsubir.Iltaitclbrepourcassertouslesjouets quil soffrait : voitures de sport prcipites avec bonheur dans des ravins, safarisafricains qui tournaient aumassacre, toiles dematre brles sur un coup de cafard. Sansparlerdesesfrasquesavinesquifaisaientlajoiedelapresseitalienne.IlavaitvouluenfairedemmeavecAnne.

    Vousavezlechicpourtombersurdestars.Cestunmtierrisques.Ilnevousajamaistraverslespritquilyenavaitdestasdautres?Jevousdonneloccasiondefairelevtreetdegagnerunbonpaquetdefric.Otes-vous?Deauville.DiRosaaprvuunrepasdaffaires,demain,danssonhtelparticulier.

    Jen suis partie cematin,mais je ne quitterai pas la rgion tant que ce salaud naura pastrinqu.

    Quest-cequejaivoirl-dedans?vousdedcider.cerepas,ilyauraFredErlangen,etjaiaussientendulenomde

    Gaudrin.Maiscenestpeut-trepasvotrecrneau.avoulaitdire:Tantquilyadelafessedestarsvoustespreneur,maisdsquon

    vousproposeungrosscoopsur lesblanchimentsdargentde lamafia,yapluspersonne.Effectivement,centaitpasmoncrneau,niceluidu journal,Chalaisavaitbeauaimer lesennuis,ilntaitpasdugenrechangerlodeurdusoufrepourceluidelacordite.Leclichquelle me proposait concernait lantigang ou la brigade financire, mais pas le moindrecanardparisienneseseraitrisqufourrerlenezdansuntelniddembrouilles.

    Je comprends bien que vous ayez envie de vous venger,mais de l recevoir uneballede45danslebuffetLaisseztomber,Anne.Oubliezaetpartezenvacances.

    Sansmmechercherminsulter,ellearaccroch.Lelendemainjtaissonhtelavectienne.Peudetempsaprs,jetiraissurpapierunedizainedeclichsolonvoyaitlestroisindustrielsseserrerlamainausortirdecedjeuner,surlesmarchesdelhtelparticulierdeDiRosa.ChalaismamisencontactavecunjournalisteallemandquiavaitouvertundossiersurDiRosaet lesautres,sansjamaisprouverquelestroishommesseconnaissaientbeletbien.amarapportbienplusquelessixderniersmoisdetravailpourmoncherjournal.

    Cestgentildavoiracceptcedner.Jesaiscequevousallezmedemander:combiencoteundneravecmoi?Jevous

    rpondstoutdesuitebienmoinsquunsjourPalavas.Parcequevousallezmenreparler,decesvacances,hein?

    Javaisrservunetablepourdeuxdansunrestaurantbientropchicpourmoi,legenredendroit que frquentaientmes clients. Jtais sr quelle passerait la soire traquer les

  • fautesdegot.Vousnecomprenezpasquejesuisamoureuxfou?Onpourraitfaireunboutderoute

    ensemble.Pas forcmentunevieentiremais justeunedizainedannes.Aprsonverrait.Onvivraitauborddelamer,jevoustrouveraisdescocotierstcommehiver.Allonsclaquermonpaquetdedeutschemarkssouslestropiques!Aprstout,vousavezdroitvotrepart.

    Elle a souri gentiment puis sest penche pour membrasser sur les lvres. a masemblmillefoisplusmagiquequelesdeuxheuresojavaistreintsoncorps.Lerestedelasoire nous avons jou aux amoureux, jai compris pourquoi des hommes taient prts payer si cher pour lavoir auprs deux. Jen oubliais sa beaut, sa grce naturelle, sonlganceetsonsensdelhumour.Unechose,uneseule, ladiffrenciaitdesautres:detoutsontre,ellesavaitmontrersajoiedtrel,avecmoi,cetinstantprcis.Nullepartailleursniavecaucunautre.(Ellesavaitfairea,lagarce.)

    Lelendemainmatin,jenaipascherchlaretenirquand,trstt,elleadit:Jaiunvolseptheures.Pour?Nassau.Jevois.Pour ce que vous avez dit, hier soirJe voulaisEnfinVous imaginez le couple

    quon ferait ? La call-girl et le paparazzo ? Arrtez dy penser. Je rentre dans trois jours,appelez-moi.

    Lacall-girletlepaparazzoLacall-girletlepaparazzoElleavaitditaavectellementdenaturelquelideacommencgermer.

    Elle se rveille doucement, je lui tends un verre de citronnade glace quelle boit

    petitesgorges.Ellemeditquelleatropchaudetsegrattedanslebikinicausedusable.Lanne suivante fut la plus pique de mon existence. Notre association tait ne et

    notrecouplenallaitpastardersuivre.Lacall-girlet lepaparazzostaientmistravailleren duo. Mmes milieux, mmes perversions, mmes cibles. Elle apptait, recueillait lesrenseignementsncessaires,couchaitaveclespeople,pendantquejelesmitraillaisauxbonsendroitsetauxbonsmoments.Annetaitdevenuelemeilleurrabatteurquejaiejamaiseu.Dunecertainemanire jtaisaussidevenulesien,plusdunefois je lairencardesurdestypes qui ne demandaient qu la rencontrer, et nous avons pris en tenaille tout ce beaumonde,paramourdulucre.(Pasuniquement, ilyavaitpleindautreschoses,maislargenttait notre seule dialectique avouable.)Une anne grandiose, plongs tous deux dans unespirale cynique, et cette descente aux enfers avait fini par nous lier lun lautre. Deuxpourrisdevantlternel.Mais,questionpourriture,nousntionspaslesseuls.Ilyavaitaussisesclientsetleslecteursdemonhebdo.acommenaitfairedumonde.Ltaitdailleursnotre seul rel plaisir : si nous ne valions pas grand-chose, le reste de lhumanit navaitaucune leonnousdonner.Noircir le tableaunouspermettaitdaffadir lanoirceurdenosmes,etriennenousrassuraitplusquelesmillecompromissionsdontnoustionschaquejour les tmoins. L o la corruption marquait des points, nous applaudissions, auxpremires loges,consolsdenotreproprevilenie.Nousnesavionspasencoreque leprixpayertaitbienau-dessusdenosmoyens.Lamoindreparoledespoir, lepluspetitgestedetendresse nous taient interdits, sans parler des projets davenir. Combien de tempspensions-noustenir?

  • Dis-moi,monamour,quelmomentes-tutombeamoureusedemoi?Tupeuxmeledire, maintenant. Ctait Formentera, hein ? Dans cette bicoque o tu es venue meretrouver, tu ten souviens ? Non ? Mais si Tu passais la semaine chez cet imbcile depeintreTuneveuxpasrpondre?AmoinsqueanesoitEnFloride?Le jouroaafaillimal tourner, tu te souviens le joueurde tennisquia flair la combineLesphotostaientbonnesDans laroport tuas faillicraquer,avoue-leJetavaisdemanddtremoietmoiseulQuest-cequetuas,monamour?Cestlachaleur?

    Un jour, en regardant les clichs tout frais o on la voyait se pavaner auprs dun

    magnatdubton,elleadit:Sionlefaisaitchanter,celui-l?Quoi?On lui fait cracher le paquet. a nousmettrait labri pendant sixmois. (Voil le

    genredeformulationquellesepermettaitalors.Unefillesicultive)Quest-cequetuveuxdeplus?Notrebusinessmarchebien.Etatesuffit?Oui.CestminableTudoistrecrevepourmedireuntrucpareilEllemarepoussquandjaivoululaprendredansmesbrasTuesfatigue.Cesdernierstemps,onnapasarrt.Sionpartaitenvacances?Tunesaisvraimentdirequea,imbcile.Jepeuxteproposermieux.Onarrtetout.Onsemarie.OnElleaclatderire.Maris?Touslesdeux?Cesttoutcequetuastrouv?Ondpenselargentquinous

    restedansunClubMedetonrevientauboutdesixmoisdanstonpavillondAthis-Mons?Tusaisojesuisne?Jenelaijamaisditpersonne,jesuisnedanslaCreuse,dansunpetit bled qui sappelle La Souterraine. La Souterraine dans la Creuse, tu crois que asinvente,a?Tucomprendspourquoijaibesoindair,pourquoijaibesoindavions,dargentetdetoutcequibouge?Tuveuxquejetexplique,imbcile?

    Poursauverlaface,jaiessaydejouerlempris,maispersonnenepouvaittreaussifortquellecejeu-l.

    Etsijetelouaispendantunesemaine,commetouscesbravesgens?Aprstout,tesjamaisquunepute.

    Au sourirequellema fait cet instantprcis, jai suquelle tait allebienplus loinquejeniraisjamais.

    Le soirmmenousavionsun jobassurerdansunevilla au suddeBarcelone.Cettegarce(cest bien ce que je pensais delle cemoment-l)na rien fait pourme faciliter leschoses.plusieursrepriseselleacherchdesyeuxmaplanqueaurisquedemefairereprerpar les sbires de son client. Vu de loin, travers lobjectif, il avait lair dun gars plutthonnte.Pasunperverscomme lesautres. Ilauraitpupasserpourunbonprede familleauxalluresdegentleman.causedea,jaifaillipartirplusdunefois.Jauraisdlefaire.Jenesaispascequiamaltourn.Sesgardesducorpsmontentoursansquejenemaperoivederien.(Aujourdhui,jesuispresquesrquAnnemavaitvendu,maisledoutesubsiste.)

    La suite est floue. Jeme souviens delle, son regard fuyant pendant que les garsmehissaientsurlereborddelafentre.Jaihurlsonnom.Jenaipascomprispourquoiilsneme frappaient pas. La dernire image qui me reste : mes mains qui saccrochent la

  • rambardeetdestalonsrageursquimcrasentlesdoigts.Jailch. mon rveil, lhpital, tienne et Chalais taient l. Ils avaient beau essayer de

    prendretoutalarigolade,jesavaisbienavanttoutlemonde,avantlesmdecinsetleursdiagnostics, que cette fois la machine tait enraye pour de bon. Fracture du bassin, ilgaucheparalys,etunbizarretremblementdanslesmainsquinemequitteraitplus.Durantles six mois de convalescence, dans ma banlieue, jai attendu quelle vienne. Cet pisodemavait dfinitivement brouill avec le hasard, et rconcili avec la logique. Ntait-il paslogiquequetoutseterminecommea?

    Chalaisa faitpreuvedune rarelgancequand jai voulu reprendre le job.Au lieudeme dire que je ntais plus capable de tenir un appareil photo, ilma propos de gentillesbricoles,lenterrementdunacteuraucimetireMontparnasseetuncocktaildestars.Jelairemercipoursadlicatehypocrisie.Auboutdunan,pourtant,jaieuenviederevoirAnne.Jaipassmontempsautlphoneenessayantdelapistertraverslemonde.Unsoir,elleadaignrpondre.

    Commenttutensors?Pastropmal.Maintenantjetirelesphotosdesautres,ausupermarch,jailesmains

    danslervlateurtoutelajourne,maisava.Quest-cequetuveux?Desvacances.Tumelesdois,Anne.Rienquequelquesjours.Jetattends.Tusaisbienquecestimpossible.Tuesmalenpoint.Tunasplusunsou.avaservir

    quoi?Jecroisquonvatrouverunarrangement.Quest-cequetuveuxdire?Jetaiparldemonalbum?Quelalbum?Lentre.Centclichsdetoietdetesamants.Ceuxquejaisalisdanslapresse,ceux

    quitomberaientdehautsilsapprenaientdovenaientlestuyaux.Etafaitmal,detomberdehaut.Jensaisquelquechose.

    SalaudJetattends.Lesoirmmeelletaitl,unsacdevoyageenmain,plusbelleencorequilyaseptans.Jetedonnetroisjours,contrelesphotosetlesngatifs.Cestquoi,tesvacances?Un

    hteldeuxtoiles,Dijon,avecvuesurlelac?Ildoitbienyavoirunlac,Dijon,hein?Jaieuenviedeluidirequonnavaitpasbesoindallersiloin.Jemesuisversunautrecocktailetjaisortilaglacedufrigo.Lanuitvatombermais

    la chaleur ne baisse pas. Jai laiss le chauffage fond. Anne veut prendre une douche causedusablequiluicolleauxjambes.Jenaichoisidubienfin,presquenoir.Pendantquildchargeait lesdeuxcentskilosauseuilde lamaison, le livreurmaditquece sable-lnevalait rien pour lamaonnerie. Ilma fallu une journe entire pour en jeter des pelletespartoutdanslesalonvide.Onnevoitplusleplancher.

    Jaireplimontransatetlaipossurlereborddelafentre.Ilfaitnuit.Dehors,jenevoisplusqueleslumiresdusupermarchdenface.Cestlojaiachettoutesleslampesbronzer quils avaient en stock. Cest efficace ces truc s-l. Dans quelques jours on seratoastssouhait, tous lesdeux.Annemademanddarrter lacassettevidoquidfileen

  • boucledepuiscematin.Auboutdehuitheuresdeplage,cestvrai,onselasse.Jenaiprvuplein dautres, la Thalande, les Bahamas, il y en avait tout un lot, la vidothque,collectionGrandsEspaces.Dumme coup, jai teint les ventilateurs.Elle sestmise pleureretmesupplierdedtacherlesentravesquilaclouentautransat.Ellegueulaittrop,jairemislebillonsurseslvresdlicates.

    Cessedetagiter,monamourOublieunpeulestress.Onestenvacances.

  • OPPORTUNE

    Ilmasuffidemoinsdequatresecondespourcasser le fil tnuquinousreliait lunlautredepuistantdannes.

    Onattendaitcettepetitebaladeenbateaudepuisdes lustres,mafemmeetmoi.Jean-Pierre et Mat, nos amis de toujours, taient du voyage. Il y avait quelque chose desymboliquelidedeseserrertouslesquatreaufonddelacaleenlaissantdriverlanuitvoquerlesgrandsmomentsdenotrejeunesseperdue.Etcellequipartagemaviemauraiteutoutelle,minuteaprsminute.

    Elledittoujoursquenousnousvoyonssipeu.Toutpartaitpourtre inoubliable.Jai fait ensortequea le soit.Maispascomme je

    limaginais.Ilasuffiquondescendedevoiturepourrejoindrepiedlapetitecriqueonousattendaient lesdeuxautres, finprtset toutesvoilesdehors.Embrassades,bonnesblagues,chargementdesprovisions,etvoilquenregardantlecieljedis:

    Enplusdea,ilvayavoirdelorageetCcileadorea,heinmonamour? partir de cette seconde-l, plus question de voyage, de bateau, ni mme damis, et

    noussommesrentrs,silencieux,souslapluiebattante.Il faut dire queMat adorema femme, cest sameilleure copine. Jean-Pierre laime

    aussibeaucoup,ilssontamisdenfance.Moi,jelavnre,mafemme.Ilnyapasdautremot.Depuislepremierjour,jelavoiscommeunpetittreparfaitquundieudemisricordeamissurmoncheminpourmeprouverquelavievautlapeinedtrevcue.Etmalgrlesannes,jene sais toujourspas si je lai pousepour sa beaut, son sensde lhumourou la faoninouequelleadepassionnernotrequotidien.

    Seulementvoil,mafemmenesappellepasCcile.Ai-jebesoindedirelasuite?AvouerqueCcileesifermeetacidulecommeuncitron

    vert,quelleavingtetunansetmeregardecommeunChristencroixchaquefoisquenousfaisons lamour dans ce petit htel o elle mattend sur les coups de quatorze heures lesmercredisetvendredis?

    Aucasovousne le sauriezpasencore,nousavons tous lemmeennemi, encebasmonde. Vous, moi, et le voisin den face. Un ennemi implacable qui vous harcle delintrieuretnevouspermetpaslemoindrefauxpas.Onjureraitmmequilnattendqueapour faire tomber le couperet. Il a une mmoire qui peut dfier les machines les plussophistiques, il ragitplusviteque le rflexeet linstinct runis, il estdotdunespritdecontradiction sans bornes et, quoi quil arrive, il aura le dernier mot, la lutte est perduedavance.Jenaiun,vousenavezun,mmelessaintsetlestueursenontun.asappelleunInconscient.

    Etilsembleraitquelemiensoittellementengludanssamoralejudo-chrtiennequilne me laisse rien passer ds que je glisse en douce un avenant au contrat de mariage. Ilnaimepasa,monInconscient.croirequeluiaussiadoremafemme.Etpourtantjemetsunpointdhonneurnepascommettreleserreursdudbutant;jemultiplielesdoucheset

  • changedechemisedeuxfoisparjour,jenelaisseaucunetracecriteetnedonnejamaismonnumro personnel. Il mest mme arriv de fumer un cigare long comme le bras pourmasquerunrestedeShalimardansmavoiture.MaiscesalauddInconscienttrouvetoujourslaparade.Etanestpaslepremiertourpendablequilmejoue.Jailesouvenirdunrveildlicieux, un dimanche matin, sous la couette, en plein hiver, quand la grasse matinecommencepeine.Machreettendrearriveavecunplateaudepetitdjeuner,jelaremerciedunecaressedanslanuque,ellemedemandesijaifaitdebeauxrves,etjerpondsquejenenaiaucunsouvenir.

    Dans ce cas tu peuxme dire qui est cette Galle qui estmoins farouche quunepucellemaisplussouplequunegazelle.

    Qui sondera jamais quel point notre Inconscient nous en veut. Il est capabledenregistreretderestituerlalettrelespiresconneries,peinedites,etdjoublies.Decettearborescencedemignardisesetdenvolesridicules,ilgardetoutelaliste.

    PourGalle,jaipurattraperlecoupeninventantnimportequoi(unfilmimbcilequejai vu dans lavion va savoir do viennent les rves)mais, pourCcile, je nai rien pufaire.Surtoutpasessayerdeme justifier.quoibonajouter lepathtique linfamie.Senestsuiviunmoisentierdesilencetotalentreelleetmoi.Pasunseulmotprononcenquatresemainesdefureurglace.Rien.Elleestcapabledea.Etpuisunsoir,elleadit,enposantsatassedethsurlatablebasse:

    Auprochainlapsus,tunemerevoisplusjamais.

    * la suite de quoi, je suis devenu un homme fidle. Ce qui se fait demieux dans le

    genre. Fini le baby-foot avec les collgues, les congrs en province etmme le jogging dudimanchematin.Dsquejelevaislesyeux,elletaitl.Dsquellelevaitlesyeux,jtaisl.Lamourduboutduregard,onpourraitdire.Lebonheurlhorizon.Lesmoisontpass.Desmois entiers. Peut-tre mme une anne. Jai crois dautres silhouettes pleines depromesses,etdesbouchestoutesprtesvoussoufflerdanslecou.Maisjenaipasflchi.

    Jesuistombmalade,souvent.UnInconscientauchmage,fautbienqueasoccupe.Jaitmalheureuxcommeunepierre.Jaimmedverserquelqueslarmes.

    IlsuffisaitquunenouvellevenuedanslasocitseprsentemoiendisantBonjourjemappelleValriepourquejepasselerestedela journepersuadermonInconscientquejeneconnaissaisaucuneValrie,quejenenavaismmejamaisvudemavie,quectaitun prnom absurde, que je dtestais toutes les Valrie de la terre. Jaurais pu continuercommeadesannes,mi-cheminentrehonteetmorosit,entrehantiseetfrustration,silnyavaiteucedimancheensoleill,chezMatetJean-Pierre.

    Un dimanche de jardin, pour profiter de lt avant lheure. Apritif interminable,barbecue, chaises longues et sieste. Pendant que les filles prparaient la table, les garons,commechaquefois,rivalisaientdingniositpourobtenirlabraiseidale.Toutcoup,leurchienestentrenscnepourvolerunmorceaudefoie,etcestlqueJean-Pierreahurl:

    Josh!NomdeDieu,descendsdecettetable!Jairegardtourtourlhommeetlechien,sanscomprendre.MaisQuest-cequiestarrivJosh?Lemoisdernierilpesaitvingtkilosdepluset

    ilavaitlepoilaussidgueulassequunedescentedelit. Ce Josh-l est mort il y a quinze jours, imbcile. On vient peine dadopter le

    nouveau.MaisjappelletousmeschiensJoshdepuisquejesuispetit,commeajenerisque

  • pasdemetromperetamefaitmoinsdepeinequandilsdisparaissent.?Etcestcommeaquelidemestvenue.Toutsimplement.Quest-cequipourraitmempcherderevivremeslangoureuxcinqseptsijavaisune

    matressedummeprnomquemafemme?Rien.PasmmemonInconscient.Voustrouvezaminable?Moiaussi,parcertainscts,mais jenemesuis jamaissentiaussibrillantquequand

    cette ide tordue ma travers lesprit. Javais l une occasion unique de faire enrager unInconscientsansquilpuisseragir.analairderienmaislavienevousoffrepasdeplusgrand triomphe. Il ny avait gure quun dernier petit problme : ma femme sappelleOpportune.

    OpportuneJeanne-MarieliseSAUJON.Ctait,rayonfilles, lquivalentdunDsiroudun Bienvenu. Les parents trouvaient a trs joli, les copines trouvaient a trs joli,moi-mme,lapremirefoisquellemavaitditsonprnom,javaistrouvatrsjoli.Jementaisgargaris,audbut,jescandaisdesOpportune!toutboutdechamp,heureuxdavoirentrelesbrasquelquundaussiunique.

    Oveux-tuquejetrouveuneunecommenttudis?Opportune.Forlani est clibataire, ilne sait riendemavieprive, et ses succs fminins feraient

    passerlecataloguedeDonJuanpouruncarnetdebal.TumauraisdituneEstelleouuneAgathe,javaisdesnumros.Jaimmeconnuune

    Emma.MaislJaipluchdesannuaires,puisdescollgues,etconsultdesspcialistes.Auboutde

    troissemaines,jairalisquejtaisleseultypeaumondeavoirapprochuneOpportune.Decefait,laprobabilitdenrunirdeuxtenaitdumiracle.Cestcettepoque-lquejaicrudevenir dingue au point dentendre distinctement la voix de mon Inconscient ( Laissetomber, va, cest foutu, je suis le meilleur ! ). Jusquau fameux soir du cocktail annuelorganisparmachresocit.Legenredepince-fesses imbcileo lon faitde laprsenceafindenepaslaisseruncollguemarquerunpointsurvotredos.Cesoir-l,jaiprsentmafemmeunetrentainedindividusquimeprsentaientlaleur.adonnaita:

    etjevousprsenteOpportune,mafemme.Commecestcharmantettellementoriginal!Vousdevieztrelaseulelcole!

    Quandonlecriedanslarue,voustessrequecestpourvous!Jenesavaismmepasquea existait ! Comme cest charmant et tellement original ! Comme cest charmant ettellementoriginal!Commecestcharmantettellementoriginal!

    Oui,jesais,jevisavecunexemplaireunique.Onsenva,monamour?Situveux.Sur le chemin du vestiaire, le type qui bosse au recouvrement a voulu faire la

    connaissancedecettesuperbefemmemonbras.JeteprsenteOpportune.Tiens,cestmarrant,commemasur.Jemesouviensexactementcommentjelaiimagine:unebravefilledecentcinquante

    kilos vivant entoure de crocodiles dans le bush australien. Parfois on aimerait que la vie

  • obissecegenredelogiquemaislavienestpasunescienceexacte,lInconscientneconnatrien la logique et le hasard a bien plus de fantaisie que nous. CetteOpportune-l venaitsouvent djeuner au restaurant dentreprise avec son frre, elle tait clibataire, jolie croquer,etnemettaitjamaisaucunparfum.

    Jevaischercherlescafs,voustrouvezunetable?Ilnesavaitpascequilfaisaitenmelaissantseulavecsasur,cejour-l.Voustestrscompliceavecvotrefrre.Sijentaispassiseuleonseverraitmoinssouvent.Jenevousimaginepasenpannedesoupirant.Jene frquenteque leshommesmaris, jeveuxrester indpendanteet jaime finir

    lesnuitsseule.

    *Javais apport du champagne, elle avait prpar quelques zakouski, le sofa tait

    moelleux, lesrideauxbleusfaisaientdesrefletspastelsursapeau.Undrledephnomnedecombustionspontaneallaitmerduireencendres,etjaidit,avecuninfinibonheur:

    Venezdansmesbras,Opportune,etfaisonslamoursouslalune,Opportune!Elleyestvenue,dansmesbras.Elleadit,toutsourire:Engnralonsemoquedemonprnom.Cestcharmantettellementoriginal!Maisaufait,levtre,cestquoi?Vousnemelavezmmepasdittoutcelaestall

    sivite.Franois.Imperceptiblement elle est sortie de mon treinte. Lair mutin venait de quitter son

    visageenunbattementdecils.Franois?Ilyades flopesdeFranoisunpeupartout,onnepeutpas tousavoirunprnom

    aussirarequelevtre.Etcesttantmieux!JustementJaieuunehistoiretrstrsforteavecunFranoisJensuispeine

    remise-Rien qu entendre son prnom jai quelque chose qui se noue entre le cur et leventre

    Mais ! ! ! Appelez-moiBarnab !Donatien !Rodrigo ! quoi bonmappeler,dailleurs,contentez-vousdemaimer!

    Hors de question, cest plus fort quemoi et vous ny pouvez rien. Cest dommage.Vousaviezlairsigentil.

    *

    Unesemaineplustard,Forlani(quidepuisplusieursmoistaitdevenumonconfident)

    prenaitsaplusbelleplumepourlibellerceci:H.40ans, cadre sup., cherchevivreune idylleavecF.prnommeOpportune.ge,

    physique,indiffrents.Urgent.Cestcompltementabsurde,cetteannonce.

  • Auxproblmesspcifiquesilfautlessolutionsadquates.Dansunesemaine,soittucroules sous les Opportune, soit tu te rsous vivre hors du pch. Moi, ta place, jenhsiteraispas,aveclafemmequetuas.

    Cesttoiquidisa?Parfaitement.Sionmendonnaitune,uneseulecommelatienne,jeremercieraisle

    cieletjarrteraistout.Jemedemandevraimentsitulamrites.

    *Tuasbeautremameilleurecopine,jesuisquandmmeobligedetedirequetues

    compltementdingue,mapauvreMat.Cestcritl,noirsurblanc!LetypeveutrencontreruneOpportune!Cest vrai que jai trouv a trange, ce gars qui rve de rencontrer une fille avec un

    prnomaussibizarrequelemien.Jenesavaismmepasquetulisaiscegenredejournaux.Nedtournepaslaconversation,tuneterendspascompte!Unmecamoureuxdun

    prnom!Etilajoutegeetphysiqueindiffrents,cestdjpasunepreuvedamoura?Tucroisqueamarriveraitmoi,untrucpareil?Non!Ilfallaitqueatombesurmadamequineveutpaslcherdunesemellesonpetitmariquinelaregardemmeplus.

    NeparlepasdeFranoiscommea.Etquest-cequiteditquilnapasreprissescabrioles?Jesuissrequenon.Quandilnetetrompepas,iltefaitlagueule,tucroisquecestunevie?Alorsquun

    mec romantique comme tout est dj dingue de toi ? Cest troublant, cest suave cestexcitantcommetout!Vavoirdequoiilalair,aumoins!anengagerienetamettraunpeudaventuredanstavie!Fais-le!

    Tucrois?

    *Danscebar,ilestarrivlepremier.Ellesestassisesatable.Ilafaillidire:jesavais

    quetuviendrais,etelletaittouteprterpondrejtaissrequectaittoi,maisaulieudea,pendantunlongmoment,ilsontjounepasseconnatre.Etpuis,tarddanslanuit,illuiaproposdallerfairelamoursouslalune.

  • Q.I.

    Quandjevoispapaschinersursonrveil le jouro lonpasse lheuredt,amefait toujours bizarre (ane rate jamais, chaquedernier dimanchedemars jai droit cettephrase : Quest-ce quon fait, on avance ouon reculeduneheure ?). Pareil quand il adcidde sedtendreavec lesmots croissdu journal tl, ildemandemamandes trucscomme :Abritabiendes couples, en trois lettresTrois lettres, cest pas beaucouppourtout cemonde. Il aimerait bienplacerparapluie ou livret de famille ,mais anerentrepas.Etmoi,jerepiquelenezdansmonbouquinpluttqueluidireNo,parcequeladfinitionnestpassibonneetlarponseencoremoins.Jenaipasenviedelegner.Safeuilledimpts,cestundrame,etsescartesdevux,uneBerezinadelasyntaxe.ParfoisamnervetellementquejaienviedecrierDemande-moiquandtusaispas,bordel!.Maisjenelefaisjamais.Cestquandmmemonpre.Etquandjedisquetoutamefaitbizarre,jedevraisavoirlecouragededirequequeamefaitdelapeine.

    Jenaiquandmmequeneufansetquatremois.lcolecestpaspareil,jailescoudesfranchesetjenemelenvoiepasdire.Elleest

    gentille,laprof,mmepluttjolie,maisquandellesvertuenousexpliquerquelaccordduparticipepasssuitunerglelogiquequondoitsenfoncerdanslecrne,jedisnon.Non,anestpaslogique.Fautsyplier,daccord,maisanestpaslogique.Lorangequejaimange,oujaimanglorange,ascritpaspareil,maisquoiquilarriveelleestbouffe,cetteputaindorange.adatedelpoqueolescopistespensaientaccorderlecomplmentquandilslevoyaient avant le verbe, mais, sil tait plac aprs, ils loubliaient avec perte et fracas !Seulementvoil,sijemelancedanscegenredemiseaupoint,cestledbutdesembrouilles,ellevamediredunairempruntquejevaissemerletroubledanslaclasseparcequejenairienfairel.Jesaisbienquilssontentraindtudiermondossieraurectorat,etquunjouroulautreilssaurontquoifairedemoi,maisaprenddutemps.Onmadjfaitsauterdeuxclasses, on ne peut pas faire plus, parat-il. Aussi ai-je appris faire taire mon insatiablecuriosit, quitte sombrer dans lennui chronique. force de biller pendant les cours, ilmarrivesouventdepasserpouruncancre.Cestmafautesi jesuisncommea?Jaipasdemand.Ladernirefoisquelhommelavestejauneestvenumefairepasserlestests,ilmadonndansles148.Imbrique-nousamonptit,etquest-cequeatvoquemonptit,etdis-moi ce qui te vient lesprit mon ptit. 148 de quotient intellectuel, et on vous parlecommeundbileJai riquand jai rponduunequestiondont ilnecomprenaitpas lelibell. Je ne suis pas du genre prtentieux, mais ce brave type qui vient rgulirementmesurermesneuronesavecunpiedcoulissedevraitcesserdemappelermonptit, jetrouveadplac.Jemesouviensdujouroilestvenuannoncermesparentsquejtaisspcial.Lhommelavestejauneexpliquaitmonpreque,sijtaisnenRussie,jeseraisdjdansuneespcedebase secrteo jepasseraismes journes jouerauxchecs.Auxtats-Unis,onmauraitinstallcommeunprincedansunetechnopoledugenreBrainValley,avecquedesfortichescommemoi.MaisenFrance,lesstructuresdaccueil,cestpasencore

  • a,ilfaudraitmenvoyerParismaispapanaimepastropcestrucs-l,iladitquilseraitbientempsdypenseraprsmonbac.Quest-cequetuveuxquejefassedunbac,papa?Lhommelavestejaunemenadjdonntroisouquatre.

    Surdou, jadmets le terme,onnenapasdautre,mais faut semfierde lamalgame.Cestcommeenfac,onadunctlesscientifiquesetdelautreleslittraires.Moi,jesaisojemesitue, jemedbrouillepas tropmalavec les suites logiqueset lesquations,mais jeplafonneassezvite.Je trouvepitoyableunebaignoirequi fuit,et jenaimepas lidequunnombreenappelleunautre,questiondesthtique.Enrevanchejesuisbeaucouppluslaiseaveclessujetditsderflexionpure.Lapremirefois,jemesouviendraitoujours,onnousamontrundessinquireprsentaituntypeassisunbureaudevantunbouquin,etonnousademand:Quest-ilentraindefaire?Ilssattendaientsansdoutecequejerponde:Cegarsestentraindefairesesdevoirsparcequileststudieuxetquilneveutsurtoutpasredoubler. En substance, jai dit la premire chose qui me traversait lesprit : Enterminant un livre de Nietzsche, ce pauvre gars vient de raliser que Dieu nexistait pas.branl dans sa foi, il dcide de se suicider en laissant un billet qui commence par ternit,monsuaire.Cequejaimaispar-dessustout,ctaitleregardtroubldutypelavestejaune.

    Bien videmment, jai eudroit aupsy. Jtais trs intrigu lidede cette rencontre.Javaispass lemoisdaotvoirmesparentsbarboterdansleclapotisdelaMditerranependantque,surlaplage,jevenaisboutdIntroductionlapsychanalyse.Quelquechosemavait beaucoup plu dans ce bouquin, une espce de croisade de la pense occulte lidepotiquequetoutemeasonau-del.Lepsymademanduntasdechosessurmesparents.

    Ctaitcrueldesentirtoutecettegentillessemongard.Oui,cestvrai,jensuissortiles larmes aux yeux, jtais affect de quelque chose dordinairement monstrueux ou demonstrueusementordinaire,etctaitcommea.

    Jenaimepaspleurer.Lescopains?QuedireCenestpaslemot.Amis,encoremoins.Potes?Non,cestpas

    a.Camaradesdeclasse?aoui,jenai.Beaucoup.Ilsvoientenmoiuneespcederempartultimelamauvaisenote,voireunchallengerhorspairQuestionspourunchampion.IlestvraiquonmachtefacilementpourunepoignedeChamallows.

    Jenedemanderaisquvousaimer,voustous,siseulementvousarriviezcomprendreque je suis toujours un gossemme si je nen suis plus un.Nayez crainte, quand je seraigrandjevaispeut-trergresseretredevenirnormal,ilparatquecestlecasleplusfrquent.

    Question communication, jai deux interlocuteurs. Il y a Roger, le radiesthsiste. Lasoixantainerayonnanteet lependuleenbataille.Parfois ildgotteunesource, je laimmevureprerunarsenaldeguerresixpiedssousterre.Lesgensducoinlaimentbien.Ilfautdire quil a un charme fou. Je suis tomb raide dadmiration pour ce gars le jour o il aexhumrienquepourmoisatroussedcolierquidataitdelOccupation.Illaouvertesousmesyeux,etdedans:untrsor.Unmonticuledepetitsboutsdepapiersgriffonns,chacunrecelant unmot, une phrase, une pense profonde. Tout a parce que, tout gosse, il taitcurieux de ce quil ne comprenait pas dans ce que disaient les adultes. Il notait,mot pourmot,deschosesentenduesicietlensedisantquunjour,enfin,ilsaurait.Letrsordetoussesmystresdelenfance,ilmeledonnait.Jendpiauteunetjelis:Tontonaditquetoutplaisir que lamain ntreint pas nest quun songe.Dans un autre :Mm bave et pp latrouvesibelle.Jelesailusunparunetjaitprisdunesortedenostalgie.Ilyasipeudezonesobscuresdanstoutcequimentoure.

    Laseconde,cestGalle.Elleaexactementmonge,deuxjoursprs.Elleseprcipite

  • sur toutes les conneries que je nose pas faire. Je suis pantois de tant de libert. On luiprometlchafaudetjelenvie.Unjour,ellemexpliquecequestlecouple.Lesgensviventdeux,parcequesilundeuxtombeparterre,lautreestlpourleramasser.Jaieubeaulirelesromantiques,lescartsiensetlespsychanalystes,jenaijamaisrienperudaussivraide toutemacourteexistence.Parfois,onsembrassesur labouche.Ellesintresse lacte,moiaugotqueaa.Elleveutquonsemariequandnousauronsvingtans.Jeluidisque,dici l, je serai vieux. Elle rpond un tas de choses qui me proccupent. Jai la fugaceimpression dtre un homme et de correspondre enfin mon ge mental. Quest-ce quejaimesafaondelissersajupesurlescuissesquandilyaduvent!Lautrechosequinouslie,cestunvif intrtpourlespuzzles.Pendantquejepasseuntempsfousegmenter lesarrondisetlesanglespourisolerlabonnepice,elleprendlapremirequiluitombesouslamainettapeaveclepoingpourlemboterdeforce.Posiepure.

    Jai lu dans un bouquin que les hyperintelligentsmanquaient daptitude au bonheur.Cestsrementvrai,maisjaienviederpondrequonnepeutpastrebonpartout.Silonyrflchitbien,jaitoutelaviepourtremalheureux,quoibontreprcoce?

    Mais en attendant, quest-ce que jen fais, de ce paquet dintelligence ? Je pourraisdevenirunesortedaventurierdelapense,prostrdansuncanap,maisquoibon?mongeonsennuievite.monge,onaenviedefairedesfarces.Onaenviedemontrerquonexiste,onaenviedesamuser,defairedesfolies,dedtournerlordredeschoses.

    Alors?Alors,forcedennui,jaieuceraisonnementsimple:siDieuestuntresuprieurqui

    poursuitdesdesseinsobscurs,siDieuvoitsanstrevu,siDieuestlegrandordonnateurdelacroisedesdestins,siDieusattacheauxnafsetauxgars,alorsJEsuisDieu.

    Et depuis une petite anne, dans notre bonne vieille bourgade, jexerce mon divinministresansquepersonneyprennegarde.Cenestpasunboulotcommelesautres,maiscestunboulotquandmme.LautreDieu,celuidontonparledanslAncienTestament,sestreposledimanche.Moi,certainessemaines,jenepeuxmmepasmelepermettre.

    lcole,jairglentroissemainestouslesproblmesderacketetdedopegrceunestratgieclassiquederenversementdesforcesetdesfaiblessestoutdroitpiquedanslejeudego.Ledirecteurestbiennotdanslahirarchie(toutlemondecroitsapoignedefer)etnotrebahutestcitcommemodledanstoutelargion.

    Jai crit de trs scientifiques lettres demenaces un trust industriel qui tait sur lepointdamnagerunedchargelentreduvillage.Endeuxmoislaffairetaitrglegrceunesimpleadquationentrechimieet journalisme. lasuitedequoi,notremairea fait ledeuildesesambitionstoutespersonnellesetadmissionn.

    Jaime fourrer le nez dans les institutions mais je ne dois pas oublier les destinspersonnels.Dieu est partout. Jai donnune idede romanun crivail-lon suicidaire. Lesujettaitl,soussesyeux,leplusdlicatatdelesluiouvrirsansquilsenaperoive.

    Jairunideuxtresquinedemandaientquserencontrer.Parfoisilsuffitdunrien,etles amoureux manquent souvent dimagination. Aux dernires nouvelles, le fruit de leuruniondevraitnatreenjuin.Lajusticevoudraitquecetenfantportemonprnom.

    Jairamendans le troupeauunebrebisgaremais jaiaussi faituncroc-en-jambeunepetitefripouille.Parfois jesuisterrible,parfoisclment,et faire lapartdetoutanestpasuneminceaffaire.

    Leplussouventjemesensseul.Mais je sais quun jour je reviendrai parmi les miens. Ce jour-l, ils me regarderont

    commeundesleurs.

  • EtsiDieuexistevraiment,etqueSonroyaumeestouvertauxsimplesdesprit,jesprequilmeferaunepetiteplacequandmme.

  • NOTICEBIBLIOGRAPHIQUE

    Les nouvelles suivantes ont dj t publies. La bote noire aux ditionsRivages/noir, 1997 ; Si par un jour dt un sdentaire dans Les Vacances, ditionsPresses Pocket, 1993 ; Le 17 juillet 1994 entre 22 et 23 heures dansDouze et amres,ditions Fleuve Noir, 1998 ; Bobinages dans la revue Nouvelle Donne, 1997 ;Opportune dansLeNouvelconomiste, 1997 ; Un temps de blues dans JazzMan,1998 ; La ptition dans la revueTakoussan, 1994 ; La volire et Q. I. dans lacollectionPageBlanche,ditionsGallimard,1995et1996.

  • DUMMEAUTEUR

    AuxditionsGallimard

    LAMALDONNEDESSLEEPINGS(FolioPoliciern3)TROISCARRSROUGESSURFONDNOIR(Folion2616)LACOMMEDIADESRATS(FolioPoliciern12)SAGA,GrandPrixdesLectricesdElle1998(Folion3179)TOUTLEGO(Folion3469)LECONTRAT.Unwesternpsychanalytiqueendeuxactesetunpilogue.QUELQUUNDAUTRE.

    AuxditionsRivages

    LESMORSURESDELAUBE(Rivages/noirn143)LAMACHINEBROYERLESPETITESFILLES,nouvelles(Rivages/noirn169)

    BandesdessinesavecJacquesFerrandez

    LOUTREMANGEUR,CastermanLAMALDONNEDESSLEEPINGS,Futuropolis/GallimardVICTORPIGEON,SyrosLABOTENOIRE,Futuropolis/Gallimard

  • ComposetachevdimprimerparlaSocitNouvelleFirmin-DidotMesnil-sur-lEstre,le3juin2002.Dptlgal:juin2002.1erdptlgaldanslacollection:janvier2001Numrodimprimeur:59931.ISBN2-07-041708-5/ImprimenFrance.14449

    LA BOTE NOIRELA VOLIREUN TEMPS DE BLUESTRANSFERTLA PTITIONLE 17 JUILLET 1994 ENTRE 22 ET 23 HEURESBOBINAGESSI PAR UN JOUR DT UN SDENTAIREOPPORTUNEQ. I.NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

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