Challant K - Bonomelli R - Le Ninja

  • Published on
    02-Jan-2016

  • View
    268

  • Download
    2

Transcript

K. Challant- R. Bonomelli LE NINJA Les techniques secrtes, la pratique EDITIONS DE VECCHI S.A. 20, rue de la Trmoille 75008 PARIS Une silhouette noire apparat sur les murs du chteau . Se dplaant la vitesse d'un animal sauvage, la silhouette attaque les gardes qui semblent s'effondrer sa simple ap-proche. Le dos au mur, le Ninja se retrouve encercl de samouras le menaant de leurs longues lances ... Une lueur aveuglante, un nuage de fume, et le mystrieux personnage disparat. Un rire grinant rvle sa prsence sur le toit du donjon, d'o il s'lance en cartant les pans de sa cape. C'est ainsi que le Ninja est repr-sent dans les rcits populaires ja-ponais et, aujourd'hui, dans le mon-de entier. Mais qu'est, ou plus exac-tement, qu'tait un Ninja ? Le Ninja existe-t-il encore aujourd'hui ? Quel est son entranement, que fait le Ninja moderne ? Nous avons dcid de rpondre toutes ces questions pour faire la lumire sur le sujet et il-lustrer les caractristiques d'une discipline voile de mystre et as-saillie de prjugs. Les espions du Japon fodal taient surnomms Ninja (celui qui se glis-se), ou Shinobi. Ils rentraient dans une catgorie spciale d'individus : regroups en clans dans plusieurs rgions du Japon, mais surtout lga et Koga, les Ninja offraient leurs INTRODUCTION services aux nombreux petits sei-gneurs locaux, dans des oprations d'espionnage pur ou dans des mis-sions d'infiltration, de meurtre et de propagande. Uniquement loyaux en-vers ceux qui les payaient, il n'tait pas rare de les voir changer de camp (un fait assez courant, mme chez les feudataires les plus cl-bres de l'poque), quand ils ne tra-vaillaient pas pour deux camps la fois. Il existait dans la socit Ninja une hirarchie stricte organise sur trois niveaux: les Genin, les excutants, et les Jonin, les chefs, cerveaux qui en gnral vivaient en un tout autre lieu et sous l'identit de personnes respectables. Ils se chargeaient de l'organisation et trouvaient des mis-sions pour leurs guerriers. Les Jonin (on ne sait pratiquement rien d'eux, juste le norri de quelques-uns d'en-tre eux, et certains faits dans les-quels ils furent impliqus) recevaient une ducation particulire pour de-venir les chefs, les juges et les cer-veaux du clan. On affirme dans cer-taines lgendes que les Jonin taient tous en contact permanent et qu'ils planifiaient ensemble le d-roulement de toutes les oprations ; mais il n'existe aucune preuve de ce fait. Entre les Genin et les Jonin, qui 5 n'entraient jamais en contact, se trouvaient les Chunin, les interm-diaires, d'anciens Genin qui fai-saient le lien et s'occupaient de la planification tactique. Les capacits exiges d'un Ninja de la classe la plus basse taient nom-breuses : il devait tre matre dans l'art du dguisement, capable de cir-culer en territoire ennemi sans veil-ler les soupons ; il devait gale-ment pouvoir marcher silencieuse-ment l'insu des sentinelles et p-ntrer dans les chteaux les plus protgs ; enfin, s'il tait attaqu, il devait savoir se dfendre et fuir sans laisser de traces. Ces capacits qui, dans les rcits populaires, sont souvent exagres au point de paratre surnaturelles, taient en partie le rsultat d'un en-tranement intensif commenc ds l'enfance et ne se terminant qu'avec la mort ; elles reposaient pour le res-te sur un grand ventail de strata-gmes, de trucs ainsi .que sur la m-thode particulire au travail de groupe. Bien qu'ils ne jourent qu'un rle re-lativement peu important dans l'his-toire japonaise, les Ninja furent l'ob-jet d'une grande clbrit populaire, qui tendait parfois exagrer leurs capacit~s en attribuant celles-ci des pouvoirs surnaturels. Has, m-priss, et surtout craints des samou-ras et des seigneurs fodaux, qui pourtant les employaient pour de 6 nombreuses missions, les Ninja v-curent constamment dans le dan-ger, tantt le fuyant, tantt le crant, mais toujours fidles un seul idal : le mythe de leurs capacits surnaturelles. Exclus du gouvernement central qui les ignorait et allait jusqu' interdire que leur nom soit prononc, les Nin-ja firent leur apparition au XIX9 sicle dans les nombreux romans de cape et d'pe japonais (il paratrait m-me qu'un Ninja aurait russi mon-ter bord de l'un des nombreux na-vires du commodore Perry, dont l'ar-rive au port de Nagasaki en 1871 mit fin au Moyen Age japonais). Ils sont aujourd'hui prsents dans les films et les dessins anims. Aujourd'hui, les admirateurs et les spcialistes du Ninja prfrent une interprtation plus romantique : le personnage de l'impitoyable merce-naire prt toutes les bassesses est remplac par celui d'un homme libre vivant au contact de la nature, et ti-rant son enseignement de la sages-se des ermites et des soldats repen-tis qui lui transmettent l'art de la d-fense et du comb,at, mais surtout le secret de la matrise de soi. Pour survivre, le_ Ninja devait mettre ses capacits au service des hommes puissants de son poque, mais il n'tait en ralit intress que par le dpassement de ses propres limites qui, parfois, dbordaient dans le monde de la magie et du surnaturel. L'< su en Tz gu en air COl 1-K jett tiOI bOl eu mil Co ma d' qui sid Le de~ la ~ shii c'e ne) cor Kur Km mis teu J.-C LES ORIGINES ET L'HISTOIRE LACHINE L'origine chinoise du Ninjutsu est surtout littraire : elle est lie aux enseignements stratgiques de Sun Tzu, premier partisan de l'art de la gurilla, qui consacra des chapitres entiers au sabotage et l'infiltration, ainsi qu' des textes postrieurs comme les 36 stratagmes. Le /-King, le livre des mutations, qui a jet les bases de l'art de la divina-tion, considre essentielle pour un bon stratge, n'est pas sans avoir eu une certaine influence sur l'art militaire chinois et japonais. Comme dans beaucoup d'autres do-maines, qu'il s'agisse de porcelaine, d'criture ou de mtallurgie, tout ce qui provenait du continent tait con-sidr comme tant de qualit. Le meilleur exemple de la rputation des produits chinois se trouve dans la prface d'un livre de 1600, le Yo-shitsune Tora no maki (livre du tigre, c'est--dire livre secret de Yoshitsu-ne): l'origine du livre y est dcrite comme remontant Hwang Shi Kung (le vieux de la Pierre Jaune, Koseido en japonais) qui l'aurait re-mis Chang Liang, l'un des fonda-teurs de la dynastie Han (208 av. J.-C.) Chang Liang avait ramass la san-dale qu'un vieil homme voyageant sur une mule avait perdue ; il lui donna rendez-vous, mais le vieux ne se prsenta pas et ce, trois fois de suite. Pour pouvoir se faire pardon-ner, Hwang Shi Kung lui offrit un li-vre secret" qui marqua le dbut de sa renomme. Le livre fut amen au Japon par le sage Ritoko l'poque de l'impra-trice Jingu Kogo et serait ensuite ar-riv jusque dans les mains de l'em-pereur Seiwa, dont descend la famil-le Min~moto, pour finir dans celles de Yoshitsune. Le contenu de ce livre est extrme-ment intressant et, bien que d'origi-ne chinoise, il fit l'objet d'une japo-nisation et il va sans dire que cer-taines parties sont exclusivement ja-ponaises. On y parle de pratiques magiques,-de divination, de strat-gie et de nombreuses techniques secrtes , telles celle qui permet d'chapper un feu allum par des ennemis ou encore celle du remde contre une piqre de flche empoi-sonne, etc. L'influence chinoise se retrouve galement dans les thories des dif-frentes sectes de bouddhisme so-trique (principalement Tendai et Shingon), qui influencrent beau-7 coup les Yamabushi et jourent un rle important dans la cration du Shugendo. Il y eut ensuite des influences, beau-coup moins videntes mais plus concrtes, de diffrents groupes de rfugis qui plusieurs reprises migrrent au Japon depuis le conti-nent. La plupart d'entre eux taient des guerriers d'une faction vaincue, et l'histoire des arts martiaux japonais conserve le nom de quelques-uns d'entre eux, comme celui de cer-tains japonais qui revinrent du conti-nent avec des notions de combat. La prparation d'un guerrier chinois tait peut-tre plus complte et cer-tainement plus aise que celle d'un guerrier japonais car elle incluait l'u-tilisation de l'arbalte, du feu, des poudres feu, du sabotage et de l'infiltration ; autant de concepts inacceptables pour les membres de la caste des samouras mais qui, de par leur utilit pratique, furent rapi-dement adopts. Il est galement possible de dire que certains clans Ninja descendaient de groupes de Chinois migrs : une thorie qui permettrait d'expli-quer la sparation nette paraissant exister entre la socit japonaise et la culture Ninja, les seuls points communs demeurant les guerres et l'espionnage. Mais il n'existe aucu-ne preuve concrte de cette hypo-thse, pas mme dans la tradition des clans. On retrouve la plupart des trucs , Ninja en Chine, principalement chez les saltimbanques mais aussi chez certaines catgories de moines iti-nrants, un peu gurisseurs et magi-8 ciens, ou encore dans les contes piques dont les grandes bandes de brigands sont les principaux prota-gonistes. Mais le phnomne tait loin d'avoir, en Chine, toutes les ca-ractristiques et surtout la popularit dont il bnficia au Japon. En Chi-ne, il s'agissait plutt de simples guerriers dots de capacits particu-lires, tandis qu'au Japon on trou-vait des groupes organiss s'adon-nant au mme type d'activit merce-naire. En Chine, ce type de guerrier tait en gnral contraint une vie de hors-la-loi cause d'une injustice du souverain ou encore par voca-tion, alors qu'au Japon, on tait Nin-ja par tradition familiale. LACOREE La pninsule corenne est la partie du continent asiatique la plus pro-che des les japonaises ; les chan-ges culturels entre les deux pays taient par consquent parfaitement naturels mme si, bien souvent, ces relations prenaient l'allure d'expdi-tions armes. Le. roi de Sylla, une des trois rgions de la Core d'autrefois, cra, suite un rve prophtique, le Hwarang : groupe de jeunes guerriers choisis, vivant ensemble et auxquels toutes les techniques de combat taient en-seignes. Le Hwarang-do, c'est--dire la voie de l'lite des guerriers, avait deux aspects :Jung-do (la voie du sabre), principe d'adhsion aux idaux les plus nobles du guerrier, et Am Ja (la voie de l'obscurit), par laquelle l'obtention de la victoire jus-tifiait n'importe quel moyen. Un Ninja en tenue d'expdition : on remar-quera la cagoule classique, comportant diff-rents lments, noue autour du cou pour ne pas gner (elle peut tre porte sur les pau-les ou sur le dos), ainsi que la corde croc at-tache la ceinture pour les ventuelles es-calades. Les armes, bien qu'tant sembla-bles celles des samouras, sont souvent plus petites et plus maniables Parmi les Hwarang, les plus quali-fis s'appelaient Sool Sa (les cava-liers de la nuit). Ils pratiquaient le Jung-do mais aussi le Am Ja, ainsi que le Un Shin Bop, art du combat cach, lui-mme divis en plusieurs spcialits : art de la dissimulation, de l'infiltration, du pouvoir de l'esprit et de son utilisation, art de marcher, de grimper et de se dplacer sur n'importe quel terrain. Grce ses Hwarang, et en particu-lier aux Sool Sa, le roi de Sylla par-vint conqurir les royaumes limi-trophes de Paecke et de Koguryo. La conclusion de la guerre marqua la fin du groupe d'lite : priv d'ac-tion, il perdit toute sa puissance et ses chefs furent impliqus dans des complots politiques qui dbouch-rent sur la dissolution des bataillons de Hwarang. Les techniques Hwarang furent ce-pendant transmises et sont d'ail-leurs toujours enseignes aujour-d'hui. Le plus clbre reprsentant du Hwarang-do moderne tait Mi-chael Echanis, clbre pour avoir crit des manuels d'entranement destination de certains corps militai-res amricains. En 1978 Echanis, alors " conseiller militaire " dispa-rut dans la jungle du Nicaragua, offi-ciellement tu par une bombe. Il existe galement des lgendes plus sinistres encore sur les " tigres de la nuit " corps spcial d'assas-sins aux ordres de l'empereur de Chine, clbres pour leur faon de se dplacer sans tre vus et pour leur maniement d'armes silencieu-ses et aussi incroyables que la " guillotine volante " Ces tueurs se-raient originaires d'un village prcis de la Core. On peut facilement penser que des groupes de Corens, ou de simples individus, migrrent au Japon dif-frentes poques et qu'ils s'tabli-rent dans des rgions peu frquen-tes o ils purent se mler d'au-tres groupes pour donner finalement naissance aux Ninja; mais il ne s'a-git, videmment, que d'une hypo-thse. 9 LE JAPON Les premires traces d'espionnage au Japon remontent au vme sicle, poque du rgne du prince Shotoku, mme si l'on ne parle pas encore spcifiquement de Ninjutsu. En re-vanche, il est certain que dans les diffrentes rgions montagneuses ou Japon, et eh particulier lga et Koga, " ivaient des groupes de famil-les, peut-tre originaires du conti-nent, farouchement indpendantes et sans contacts avec l'extrieur. Parmi les autres groupes de Ninja clbres, on compte les Shinshu de Nagano, dits Suppa, les Koshu de Yamanashi, ou singes de montagne, les Rikuzen de Sendai, ou bons noirs, les Joshu de Tochigi, dits Rappa. Parmi ces groupes en marge de la socit, on trouve galement les Ya-mabushi : des moines vivant dans les monastres de montagne qui n'avaient aucun scrupule interve-nir dans la politique de la capitale, et qui descendaient arms du mont Hei. Au cours des nombreuses ba-tailles qui, pendant des dcennies, opposrent les Yamabushi au pou-voir central, on peut imaginer que fuyards et vaincus trouvrent refuge dans les diffrents villages cachs dans la montagne et qu'ils y ensei-gnrent leur art guerrier. Avant l'an 1000 un moine, dnom-m En no Gyoia, fonda le Shugendo partir de prceptes d'origine chi-noise et ceci dans le but d'unifier les diffrents groupes de Yamabushi. Le Shugendo fusionnait les ensei-gnements du bouddhisme sotri-que et une partie du chamanisme ja-10 ponais appel Mikkyo, avec une pra-tique de vie asctique dans la montagne qui devait amener l'esprit transcender le corps. Tous ces en-seignements, comme plus tard I'Omyodo, sorte de science de la di-vination galement d'origine chinoi-se, sont considrs fondamentaux pour la naissance de l'art Ninja. Un autre lment important et sou-vent nglig fut les lkki, groupes ha-bitant les campagnes, et en particu-lier l'lkko lkki, ligue religieuse de la secte Jodo qui tait organise mili-tairement. En 1488, cette ligue con-quit la province de Kaga qu'elle con-serva jusqu'en 1580 ; elle construisit en outre une norme cathdrale for-teresse Osaka. Il est fort probable que certains de ses lments, cl-bres pour leur fanatisme, leurs capa-cits guerrires et leur maniement des armes feu, soient venus gros-sir les rangs Ninja ; moins que ce ne soit le contraire et que les gran-des capacits guerrires des lkki d-rivent en ralit des enseignements Ninja. Les Ninja reprsentent donc un groupe d'individus particuliers, uni-quement fidles leurs chefs di-rects, et dont les capacits rsultent d'un conditionnement physique et psychologique commenc ds l'en-fance et ne s'achevant qu'avec la mort. La plupart ne progressait pas vraiment dans le Ninjutsu, se limi-tant survivre et devenir de bons spcialistes. Par contre, les rares lments qui montraient une aptitu-de particulire se voyaient ensei-gner de nouvelles matires comme l'tude de la nature humaine (Sat-sujin no jutsu, deviner la nature d'un individu d'aprs son comporte-ment), et parfois mme des matires trs nobles o la science Ninja fu-sionnait avec la magie. En thorie, seuls ceux qui naissaient Ninja pouvaient devenir membres du clan, mais il arrivait parfois que certains individus trouvant l'hospita-lit chez ces guerriers de l'ombre of-frent ces derniers leurs services en retour ; et ce fut ce flux constant de connaissances, filtr par des esprits prts accueillir et exploiter tout ce qu'il y avait de nouveau, qui cons-titua peu peu les bases de cette discipline unique qu'est le Ninjutsu. LES TROIS GRANDES ETAPES HISTORIQUES L'histoire Ninja se dcoupe en trois grandes priodes (quatre, si l'on tient compte de l'poque actuelle) : des origines l'instauration de la dy-nastie des shoguns Tokugawa (po-que Edo, partir de 1616}, de l'po-que Edo jusqu' la restauration Meiji (1867), puis de la restauration jus-qu' la Seconde Guerre mondiale. La premire priode commence aux origines, qui comme nous l'avons vu sont assez mystrieuses et contro-verses (ou peut-tre multiples, les diffrents clans Ninja pouvant avoir eu des origines diffrentes), pour se terminer la priode Edo ou plus exactement la destruction par Oda Nobunaga des diffrents clans d'lga et de Koga, en passant par l'poque la plus romantique du Japon, celle de la guerre Gempei. Concernant l'histoire Ninja, deux ty-pes d'interprtation sont donns bien qu'en opposition totale : c'est d'une part l'historiographie officielle qui tend ignorer l'activit des Ninja (allant mme parfois jusqu' la nier), et d'autre part la tradition populaire qui voit l'ombre du Ninja derrire tous les vnements de la priode correspondant l'isolement des di-vers clans dans des lieux inconnus. En dehors de son caractre stricte-ment secret, cette priode corres-pond galement celle o les guer-riers de l'ombre taient utiliss lors de vritables oprations militaires : ils pouvaient s'infiltrer dans une ar-me, faire des incursions dans le camp adverse, ou encore s'emparer d'un chteau en ouvrant les portes leurs allis. Le personnage, le premier auquel on fait rfrence, qui a eu recours ce qui plus tard devait tre connu sous le nom de Ninjutsu, vivait au vne sicle : il s'agit du prince Shoto-ku Taishi qui, dans sa lutte contre Moriya, utilisa un expert du nom de Otomo le malin, et lui aurait concd aprs la victoire le nom de Shinobi (cach, l'un des synonymes de Ninja). Peu aprs on relve la prsence de Eno Ozuno, magicien des monta-gnes qui pendant des annes tint en chec le gouvernement en place qui lui donnait la chasse, et qui ne se rendit que lorsque ce dernier prit sa mre en otage. S'il est vrai que toutes les affirma-tions selon lesquelles Yoshitsune tait un chef Ninja sont infondes, certains lments de sa lgende ont permis ce type d'interprtation. Fr-re cadet du clbre Minamoto no Yoritomo, il passa son enfance ca-11 ch afin de se soustraire la pour-suite des Taira, ennemis qui avaient alors l'avantage. Elanc et naturelle-ment agile, le jeune homme qui por-tait cette poque le nom de Ushi-kawa Maru, reut une formation en arts martiaux la cour du roi des Tengu. Ceux-ci, tres mythiques vi-vant dans les forts, se dlectaient jouer des tours aux voyageurs, mais taient galement imbattables dans l'art du combat (on dit mme que Yagyu Munenori aurait t l'un de leurs disciples). Un jour, alors qu'il traversait un pont, Yoshitsune fut dfi par Mu-sashi bo Benkei, un gigantesque Ya-mabushi qui avait fait vu de ne pas quitter ce mme pont avant d'avoir recueilli cent sabres pris aux guer-riers vaincus ; il n'en avait jusque-l rcupr que 97. Le duel entre Yoshitsune et Benkei n'est pas sans rappeler celui qui op-posa Robin des Bois et Little John : l'adversaire le plus gros ne parvient pas toucher le plus agile et doit la fin reconnatre sa dfaite. Aprs cet pisode, Benkei suivra Yoshitsu-ne toute sa vie. Ayant contribu pour beaucoup la victoire des Minamoto contre les Taira, Yoshitsune suscita la jalousie de Yoritomo son frre a-n, chef du clan. Il passa le reste de sa vie errant en compagnie de quel-ques fidles, toujours poursuivi par ses ennemis dont il ne cessa de se moquer, dans une aventure aux mil-le pisodes. Cela durera jusqu' sa mort et celle de Benkei (mort trs controverse qui ne fut peut-tre qu'une astuce car les corps furent la proie des flammes, leurs fantmes apparaissant dans plusieurs piso-12 des de l'histoire de cette poque et des suivantes). Mais le Ninjutsu du Yoshitsune ryu, comme il apparat dans le Yoshitsu-ne Tora no Maki cit prcdem-. ment, est un mlange de magie, di-vination et stratgie, et semble plus destin des samouras qu' des Ninja, mme si la partie traitant des Kuji (ou Mudra sanscrits, signes ma-giques composs vec les doigts) inspirera les ouvrages postrieurs. C'est la fin de l'poque Kamakura (1333) que la prsence de groupes de Ninja tablis lga et Koga est si-gnale pour la premire fois. Les Ninja d'lga s'organisaient dans une discipline fodale sous la pro-tection des familles Hattori, Momo-chi, Oe, Toda, Mochizuki et Fujiba-yashi, l'ombre du grand chteau Hakuho (phnix blanc). Koga en re-vanche tait habit par plus de cin-quante familles, la plupart descen-dant de Ronin, samouras sans clan. De 1334 1393 l'poque Nambo-kucho, caractrise par la multipli-cation des guerres fodales sous la faible dynastie des shoguns Ashik?-ga, apparat le personnage de Ku-sunoki Masahige. Avec son rseau compos d'une cinquantaine d'a-gents d'lga rpartis dans diffrentes villes, il recueillait des informations pour les vendre au plus offrant. L'-poque Muromachi, elle, se caract-rise tout d'abord par une paix relati-ve, mais dgnre bientt avec la guerre Onin (1467-77), puis avec la priode dite Sengoku (le pays en guerre) durant laquelle les grands feudataires comme les Takeda, Ue-sugi, Hojo, Saito, s'affrontent dans des conflits sanglants, et les lkki entrent en rbellion. Dans la guerre opposant Takeda Shingen et Uesugi Kenshin, les Ninja furent utiliss dans les deux camps comme troupes d'infiltration et de reconnaissance, et c'est l'un d'entre eux que l'on attri-bue un systme de signalisation de-venu depuis des plus communs. Une nouvelle toile surgit alors dans le firmament des grands chefs guer-riers, il s'agit de Oda Nobunaga, qui commence par mettre les Takeda en droute en pratiquant la fusillade (d'une faon qui aurait ridiculis les armes occidentales de l'poque). Il se dfait ensuite de Uesugi Kenshin, dit la lgende, en lui envoyant un Ninja nain du nom de Ukifune Jinnai qui, aprs s'tre gliss dans les gouts pour rejoindre le cabinet de toilette du sieur Uesugi, l'aurait em-pal avec une lance. Par vengeance, dit-on dans les con-tes Ninja, mais plus vraisemblable-ment dans le cadre d'une politique d'expansion visant mettre des r-gions indpendantes sous contrle direct, ou peut-tre encore comme consquence de la campagne con-tre le lkko lkki , Oda Nobunaga, aprs une premire tentative choue, envahit en bloc la province de lga et limine les clans presque intgralement. Les lgendes Ninja citent sans cesse ce moment de d-faite amre, chantant les louanges des Jonin qui combattirent sauvage-ment pour dfendre leurs terres et leurs familles. Momochi Sandayu se distingua tout particulirement con-trairement Fujibayashi Nagato, grand absent, qui avait pourtant une rputation de valeureux guerrier .. . Rien d'tonnant cela car les deux chefs n'taient qu'une seule et m-me personne ! Sandayu, en dehors de sa propre identit et de celle du chef des Fujibayashi, avait encore deux identits. Ayant chapp au massacre d'lga, il s'tablit Kii pour s'en retourner mourir plus tard lga. Oda Nobunaga fut tu dans une em-ouscade tendue par son ennemi Akechi Mitsuhide, laquelle les Nin-ja ne furent peut-tre pas trangers, puis disparut dans un temple en flammes. Togugawa leyasu, l'un de ses gnraux, le remplaa au pou-voir. Sauv un jour par Hattori Han-zo, il placera celui-ci la tte des es-pions; ceux-ci, appels hommes herbe " taient souvent pris pour des jardiniers. Nous entrons prsent dans la seconde priode de l'histoire Ninja, dans le long shogunat des Tokuga-wa. Il existe alors trois types de Nin-ja : ceux la solde du gouverne-ment des Hattori (et peut-tre mme un autre rseau aux ordres des Ya-gyu), quelques petits groupes la solde des diffrents feudtaires, se limitant une activit locale, et les descendants d'autres groupes qui s'enrlent dans la police, o ils se rvlent trs efficaces grce leur grand rseau d'informateurs. La seule opration officielle des Nin-ja cette poque eut lieu pendant la rbellion chrtienne de Shimabara ; on ne peut d'ailleurs pas dire qu'ils y jourent un rle trs glorieux. A la mort de Hattori Hanzo, son fils ne parvint pas maintenir la suprma-tie de sa famille : des pisodes de rbellion contre l'autorit conduisi-13 2 A l 'inverse des Europens, les Japonais, dans le combat au couteau, tiennent leur ar-me vers l'avant: les Ninja n'chappent pas cette rgle que l'on doit la grande efficacit des lames nippones. Ce systme de combat devait tre adopt par le colonel Jim Bowie, inventeur du couteau du mme nom, et rem-porter du succs dans l'Ouest amricain du XIX" sicle rent la dissolution du groupe des Ninja de lga au service du Shogun (mais ce fut peut-tre le triomphe des Yagyu) et ce fut alors la fin du Ninjutsu. L'poque de Meiji commence avec l'ouverture du Japon l'Occident et ses efforts conscutifs pour devenir une nation occidentale. Les dbuts de cette priode furent marqus par la rbellion sanglante de Satsuma, 14 au cours de laquelle les samouras conservateurs se rangrent aux c-ts du Shogun destitu Tokugawa, oppos au modernisme de l'empe-reur ; mais le rle des Ninja dans ces vnements n'a jamais t prouv, tout comme les diffrents pisodes qui auraient eu lieu pen-dant la guerre russe-japonaise et ci-no-japonaise ne l'ont jamais t. Il est aussi question d'un terrible com-bat qui aurait eu lieu entre Ninja ja-ponais et Ninja chinois. Les documents historiques, qui ne sont pas toujours trs fiables, vont du simple rcit fantastique aux ma-nuels sotriques fantaisistes, dont la plupart remontent l'poque Edo. C'est ce moment prcis que l'on assista l'apparition de nombreux gadgets Ninja sur lesquels les col-lectionneurs de l'poque se rurent avec avidit. En dehors de manuscrits secrets possds par les nombreux descen-dants des coles, sur lesquels nous ne pouvons nous prononcer n'en ayant vu qu'un seul exemplaire, nous citerons le Bansenshukai (dix mille fleuves descendent vers la mer), vritable encyclopdie du Nin-jutsu attribue Fujibayashi Yasu-koshi et crite en 1676. Il s'agit d'un trait compos en plusieurs parties et rdig dans une langue trs diffi-cile comprendre pour un Japonais moderne. L'uvre contient : Jo, introduction la philosophie Ninja et loge du Ninja par rap-port aux autres guerriers ; Shoshin , la puret des idaux ; les techniques Ninja peuvent tre utilises par quiconque, mais seulement ceux ayant une mentalit adquate sont de vri-tables Ninja ; - Sochi, traite de l'organisation du groupe Ninja ; - Yonin, l'aspect positif du Nin-jutsu; - lnnin, l'aspect ngatif, techni-ques d'infiltration, ruses, etc. ; allusion trs nette aux techni-ques considres comme dsho-norantes par les samouras ; - Tenchi , terre et ciel, observation des conditions mtorologiques et techniques de prvision ; - Ninchi, description de la tenue et de l'quipement ; liste des usten-siles utiliss pour ramper, s'infil-trer dans une habitation, agir dans l'eau, mthodes de prpa-ration des venins, des explosifs, des substances mdicinales et des fumignes. Dans la dernire partie de l'poque Showa, un grand intrt fut port tous les arts martiaux et galement au Ninjutsu, mais dans le plus grand secret. On ne sait pas vraiment si les Ninja oprrent dans le Manchukuo ; mais pour ce qui est des autres op-rations conduites dans le Pacifique, il est certain que l'utilit des Ninja fut rduite car les ennemis taient prin-cipalement de race blanche et l'infil-tration s'avrait par consquent im-possible. Nous arrivons prsent l'poque moderne o les guerriers Shinobi sont sortis dcouvert. L'ECOLE YAGYU Parmi les diffrents clans Ninja qui utilisrent le Ninjutsu sans apparte-nir aux groupes de lga et de Koga, un nom en particulier ressort : celui du clan Yagyu. A l'origine de nom-breux experts du sabre et d'une co-le d'armes clbre au travers des sicles, Yagyu Shinkage ryu, ses ens.eignements secrets ont consti-tu une source inpuisable d'inspi-ration pour de nombreux grands matres, parmi lesquels le fondateur de l'Akido, Ueshiba Morihei. Le fief Yagyu se trouve dans le Kin-ki, une rgion montagneuse situe entre le lac Biwa et Nara, l'abri des tumultes des nombreuses factions alors en guerre. Il tait tenu par une famille descendante des Sugawara, qui avec le temps finit par adopter le nom du fief, pour le compte du mo-nastre de Kasuga. Dans le village de Yagyumura, la vie tait tranquille mme si le clan (qui entre-temps tait pass sous contr-le imprial) continuait son entrane-ment guerrier selon le Tomita ryu. Le fief et son clan furent impliqus dans les diffrentes luttes qui oppo-srent les grandes familles fodales du XVI8 sicle. Un vnement important survint : la rencontre entre Yagyu Muneyoshi et Nobutsuna Kamiizumi, matre du mystrieux Kage ryu (cole de l'om-bre) et clbre pour s'tre battu con-tre le grand Takeda Shingen. Sur les conseils de son nouveau matre, Mu-neyoshi fit de rapides progrs et ob-tint bientt le titre de successeur au chef de l'cole qui entre temps avait chang de nom pour devenir Shin Kage (nouvelle ombre). En 1594, la famille Yagyu devient disciple de Tokugawa leyasu qui nomme le jeune fils de Muneyoshi 15 matre d'armes personnel ; le jeune Yagyu sait rapidement se rendre uti-le voire indispensable. C'est lui qui convaincra les autres seigneurs du Kinki de soutenir les Tokugawa ; son frre an, Munetoshi, qui entre temps s'tait loign du clan pour devenir le secrtaire des lshida, en-nemis des Togukawa, l'y aidera. La tradition secrte dsigne Yoshikat-su, l'an des frres, estropi depuis la bataille de Tatsuichi, et par con-squent exclu de la succession, comme tant le chef de la partie ca-che (ura) du clan ; celle-ci tait utili-se dans les oprations d'espionna-ge et de gurilla auxquelles partici-paient, dit-on, les habitants des montagnes proches du fief ; uhe for-ce prte servir le clan tout mo-ment. Dans la clbre bataille de Sekigaha-ra, le seigneur Kobayakawa, influen-c par Munetoshi, changera de camp au dernier moment pour faire triom-pher Togukawa leyasu qui recevra de l'empereur le titre de Seii Taisho-gun. Avec le temps, Munenori de-viendra matre du sabre d'Hidetada, second Tokugawa, en lui sauvant la vie dans une embuscade de la deuxime bataille d'hiver d'Osaka. Le fils de Munenori, Mitsuyoshi, mieux connu en tant que Jubei, est peut-tre le plus clbre des matres de l'art du sabre Yagyu . Ami d'en-fance de lemitsu, troisime Shogun Tokugawa, le Yagyu borgne, il dis-parut de Edo pendant plus de quin-ze ans, officiellement dans la disgr-ce, mais en ralit charg de mis-sions secrtes en tant que chef des Sometsuke, les espions du Shogun. Les deux branches de l'cole Ya-16 Le Ninja dans l'iconographie populaire : sa-bre sur l'paule, gantelet de fer (shuko), et plus d 'un tour dans son sac gyu, celle d'Edo dirige par les des-cendants de Jubei et celle d'Owari dirige par ceux de Yoshikatsu, ap-paremment rivales, sont l'origine de nombreux pisodes sanglants de la priode Edo apparemment pacifi-que. Les lgendes populaires affir-ment que les matres de l'ombre, of-ficiellement ennemis, restaient trs lis et taient chargs de missions spciales par la cour du Shogun, ai-ds de leurs mystrieux sujets des monts Kasuga. On connat de nombreuses techni-ques fort intressantes du style Ya-gyu Shinkage, telles que les cours de Muto (combat sans arme face 3 un adversaire arm), de Shuriken Jut-su ou de stratgie, mais les discipli-nes les plus secrtes n'taient con-fies qu'aux lves les plus brillants, et c'est probablement en cela que r-side le secret du Nin j ut su Yagyu. Qu'arriva-t-il par la suite aux des-cendants de ce qui fut l'une des plus puissantes coles d'armes du Ja-pon? Fidles au Shogun jusqu' leur dernier souffle, la plupart des matres dans l'art du sabre mouru-rent dans la rbellion de Satsuma, au dbut de l're Meiji, fauchs comme bien d'autres par les fusils de l'arme impriale, instruite l'occidentale " Aujourd'hui, les ra-res matres de ce style se tiennent l'cart dans le monde tumultueux des arts martiaux japonais ; mais pour les initis, quiconque porte l'emblme des deux chapeaux de paille (kasa) de l'ancien clan, sera toujours trait avec le plus grand res-pect. Une vieille chanson japonaise dit: Le mont des Yagyu a deux chapeaux, mais on ignore ce qu'il cache" 17 BUGEI ET BUDO Une petite introduction est ncessai-re pour mieux comprendre la ralit des arts martiaux japonais, dont le Ninjutsu fait partie, mme de faon un peu particulire. Dans l'ancien Japon, l'ducation d'un guerrier se faisait au sein d'un ryu ou cole : cette dernire pouvait tre extrmement spcialise, et ne concerner par exemple que le ma-niement d'une seule arme comme l'arc, ou encore l'enseignement de techniques particulires comme la natation avec armure. Mais ces co-les pouvaient tre plus gnrales et enseigner tout ce dont un samoura pouvait avoir besoin sur et hors du champ de bataille. Ces coles regroupaient sous le nom de Heiho (stratgie) l'tude de la science de la fortification, de la politique, des classiques chinois, etc. Les coles les plus anciennes lispensaient galement l'enseigne-ment d'autres matires comme l'art de la divination de la personnalit d'autrui ou la danse. L'enseignement dans un ryu com-prenait plusieurs niveaux dont le dernier portait le nom de Okuden, tape de la transmission des secrets de l'cole. Le passage d'un niveau un autre, qui se faisait sur dcision du matre ou du conseil des anciens, 18 tait marqu par une brve crmo-nie avec remise de diplme. Lorsque l'lve avait prouv sa fid-lit l'cole et tait considr en mesure d'ingurgiter de nouvelles notions sans risque de fausser son style, il tait autoris regarder autour de lui en rendant visite d'autres coles, pour largir sa pro-pre exprience. Certains ryu taient troitement lis un clan, comme Shindo Musc l'-tait au clan Kuroda, ou Hono Ha ltto au clan de Aizu. D'autres au contrai-re, comme le Shinto ryu des sanc-tuaires de Katori et Kajima ou enco-re l'cole de lance du monastre Ho-zain, taient indpendantes. L'ap-parition d'urie cole traditionnelle tait en gnral le fait de guerriers qui, ayant expriment leur propre technique en duel ou sur le champ de bataille, taient embauchs pour l'enseigner et fondaient ensuite un ryu (il arrivait parfois que cela se fas-se par inspiration suprieure : Ten-shin Shoden). A la mort du fondateur, la direction tait prise par le fils ou par le meil-leur des disciples ; mais la plupart de ces coles ne survivaient pas plus de deux ou trois gnrations. La fermeture pouvait dpendre du manque de charisme du chef d'ta-blissement ou de la concurrence d'autres coles, qui parfois dfiaient ou finissaient mme par envahir ou dtruire le sige de l'cole concur-rente (Dojo yaburi). Lorsqu'une cole survivait son chef, cela signifiait que son ensei-gnement dispensait des principes utiles au combat ; l'efficacit tait la qualit essentielle son existence. Un style da combat ou une cole d'arts martiaux se constituent d'une srie de techniques ou de mouve-ments; ceux-ci leur tour sont l'ap-plication d'un ou de plusieurs princi-pes fondamentaux. Les lves, avec un entranement assidu, finissent par matriser ces principes et peu-vent ainsi les appliquer de nou-veaux mouvements et des situa-tions diffrentes. La mthode d'enseignement varie normment d'une cole l'autre et les diffrentes techniques tudies peuvent tre regroupes en sries prtablies (kata ou kumitachi). Dans certains styles la progression de l'enseignement est tablie de fa-on stricte, mais dans d'autres, elle peut varier selon la personnalit ou l'intuition de l'enseignant. Voici le programme d'une cole tradition-nelle: - exercices de base (chutes, d-placements, etc.) ; - techniques fondamentales (posi-tion de garde, technique de frap-pe ou maniement lmentaire de l'arme); - premires applications (dans une action contre un adversaire : une attaque ou une dfense con-tre une attaque de type prcis) ; - applications complexes (formes prtablies : kata ou kumitachi) ; combat libre d'entranement (avec plusieurs rgles ou limites selon le degr de fiabilit). Vers la fin de l're Edo, caractrise par une longue priode de paix, ces coles qui auparavant taient fr-quentes pour apprendre se d-fendre ou pour amliorer sa position dans la hirarchie du clan, commen-crent tre frquentes des fins diverses: on avait dcouvert que la pratique assidue des arts martiaux apportait une amlioration spirituelle ou avait du moins des effets bnfi-ques sur la vie de tous les jours. Des techniques purement fonctionnelles du Bugei tait n le Buda : la voie spirituelle des arts martiaux. Par analogie, on tudie aujourd'hui les techniques anciennes d'espion-nage et d'effraction dans leurs for-mes agressives dans le but d'du-quer l'esprit et atteindre le niveau des grands matres. Il s'agit l d'un objectif extrmement difficile at-teindre : aujourd'hui, les conditions sont diffrentes et le temps que l'on consacre l'entranement est trs rduit, quant la motivation de la survie, elle a bel et bien disparu. Et ce n'est gnralement pas en se fixant des objectifs atteindre dans le domaine spirituel que l'on pro-gresse ; la seule et unique mthode valable aujourd'hui est celle inspire par la passion. C'est dans ce sens que nous dfen-dons l'tude du Ninjutsu ; il serait plus exact de parler de Nin do, mais le suffixe Jutsu a t maintenu parce qu'il s'agit d'un art vivant, un domai-ne de recherche passionnant qui nous aide mieux comprendre les hommes et la nature. 19 LE NINJUTSU AUJOURD'HUI De nos jours, le Ninjutsu se divise en deux branches bien distinctes: il y a d'une part l'art vivant, c'est--di-re des gens normaux qui ont des bu-reaux Tokyo ou dans une autre grande ville et agissent dans le mon-de impitoyable de l'industrie japo-naise en tant que conseillers en af-faires spciales . Ils pient la con-currence, testent la fidlit des em-ploys, organisent de temps au-tres de petits sabotages et accep-tent aussi des affaires prives com-me retrouver une personne dispa-rue. Ils ont recours tout un arsenal lectronique et informatique mais les techniques traditionnelles sont toujours conserves en cas de dan-ger. Leur mthode de combat est extrmement dure et efficace et les adeptes des arts martiaux tradition-nels n'ont aucune chance face eux. On parle mme de l'existence d'un bureau de Ninjutsu au sein des ser-vices secrets de l'arme, charg du contre-espionnage et de l'entrane-ment des corps spciaux, mais rien n'est moins sr. L'autre branche du Ninjutsu est his-torique et ses descendants les plus clbres sont les lves de feu Ta-kamatsu ; leur approche du Ninjutsu est identique celle de la priode 20 antrieure 1865 et ils n'ont d'autre objectif que celui de transmettre leur art : celui-ci est transform en voie (do) d'amlioration de l'indi-vidu, comme c'est le cas dans les arts martiaux classiques. Ceci ne signifie pas que le Ninjutsu historique n'est pas efficace ; au contraire, celui-ci pourrait avoir dans certains domaines une utilit prati-que incontestable, mais pour citer le Dr Hatsumi : Si vous voulez pou-voir vous dfendre, demandez le port d'armes ou encore Inutile de savoir grimper sur un mur lisse pour ouvrir un coffre-fort . Mais le Ninjutsu historique n'est pas pour autant btement rtrograde : ses adeptes sont toujours prts in-troduire de nouvelles techniques ou matriaux ; le Dr Hatsumi conseille d'apprendre le tir parce que on doit connatre l'ennemi auquel on peut tre confront . Il en rsulte un art diffrent du Nin-jutsu tel qu'il tait pratiqu, mais tout aussi fascinant ; la plupart des conditions ont chang : la dure n-cessit de la survie, le dfi du com-bat mort et certains domaines de l'art comme l'tude de la pntra-tion en camp adverse, ont subi de profondes modifications. Mme s'il est vrai que les principes fondamen-taux comme ceux de la tenue sont toujours valables. L'tude des ar-mes et du combat corps corps a galement fait l'objet de quelques changements : l'objectif aujourd'hui est de vaincre sans prendre la vie. En effet, les coups mortels sont tu-dis pour transmettre l'art et non pour tre appliqus ; mais le vieil es-prit demeure. Le changement le plus frappant se situe un niveau plus lev : celui qui autrefois tait okuden " (rser-v) et n'tait rvl qu'aux lves les plus gs qui avaient montr les signes du feu divin " le domaine spirituel. Mme si les plus grands secrets ne sont jamais dvoils aux dbutants, le ct spirituel du Ninjutsu est aujourd'hui plus approfondi que ja-mais par les reprsentants du cou-rant historique : les vieilles incanta-tions, les signes avec les mains (kuji) et les formules visuelles consti-tuent un sujet d'tude des plus pas-sionnants, et n'ont pas perdu de leur efficacit au cours des sicles. Et c'est surtout dans ce domaine que les Ninja modernes peuvent prten-dre tre les descendants directs des anciens cc guerriers de l'ombre " Un autre aspect du Ninjutsu que l'on tudie dans les coles historiques est celui de la symbiose avec la na-ture. A l' instar de ses anctres idaux, avant tout chasseurs et hommes des bois, le Ninja moderne tudie la faon de se fondre dans l'environnement qui l'entoure, en l'exploitant sans le modifier. Selon certains experts, il existe d'autres formes de Ninjutsu mme si elles ne sont pas toujours positi-ves. La premire, dite de synthse, est assez inoffensive et se prsente sous la forme d'une cole d'arts martiaux modernes (Budo) : Karat, Judo, Akido, Ju Jutsu, etc, dont les membres veulent intgrer leur en-tranement des techniques propres la tradition Ninja, telles que par exemple le Shuriken Jutsu. C'est dans le manque d'informa-tions fiables sur le sujet que cette forme de synthse ., prsente ses limites : certaines erreurs graves peuvent en effet limiter la progres-sion. Mais la pratique d'une nouvelle spcialit peut au contraire raviver l'enthousiasme des membres, et la discipline dj matrise peut per-mettre une assimilation plus rapide de la nouvelle. La dernire forme de Ninjutsu, le Ninjutsu militaire, est fort heureuse-ment peu rpandue en Europe. Les instructeurs de cette discipline qui se vantent en gnral d'avoir ensei-gn chez les brets verts ou dans diffrents commandos ou corps sp-ciaux, remplacent le costume tradi-tionnel par un uniforme camouflage et enseignent un mlange de survi-val et de dfense personnelle trs spcialise ainsi que des techni-ques paramilitaires. LES ECOLES DE NINJUTSU Que peut-on penser lorsque l'on voit une enseigne lumineuse arborant Ninjutsu ., ? Ds l'instant qu'il y a prsence d'u-ne enseigne publicitaire, il ne devrait pas s'agir de pratiques secrtes" On peut donc entrer et demander 21 assister un entranement ou un cours. Il n'est absolument pas cer-tain que la rponse cette question soit positive. Eh oui ! Certains Ninja donnent des cours secrets, ont des techniques secrtes, des examens secrets ... Mais pourtant, des pages entires de publicit dans les jour-naux, des affiches et des articles dans les magazines parlant de la double identit du mystrieux Sen-sei .. , semblent chapper cette surprenante rserve. Il existe toutefois des coles qui en-seignent au grand jour et tentent de promouvoir le Ninjutsu comme un art martial comme les autres, tout en respectant une certaine cohrence sur le fond. Il est dans ce cas tout fait possible d'assister un cours ou un entranement. Attention ! La proposition d'un cours de Ninjutsu peut cacher peu prs n'importe quoi. Il peut trs bien s'a-gir d'un cours de survie faisant ap-pel des lments de dfense personnels ou relevant des arts mar-tiaux; il peut s'agir galement d'un cocktail de Karat, de Judo, de Ko-budo ou autre, ou tout simplement d'une technique de combat quelcon-que dont le costume noir est le seul point commun avec le Ninjutsu. Et bien sr, il peut s'agir de Ninjutsu dit traditionnel ou historique. Il faut avant tout savoir ce que l'on recherche : on ne peut pas affirmer priori qu'une cole de Ninjutsu moderne ou occidentalis est moins bonne qu 'une cole de Ninjutsu tra-ditionnel, et rciproquement. Nous aborderons de manire plus gnrale le thme des coles qui en-seignent le Ninjutsu authentique, du 22 fait de leurs liens historiques avec l'ancien clan, et de leur rputation reconnue un peu partout dans le monde. Non pas que notre but soit de dnigrer les coles d'origine clectique. Il suffit de citer le seul nom de Franck Dux, enseignant d'u-ne mthode particulire de Ninjutsu North Hollywood, dont la carrire de fighter (355 combats gagns et le KO le plus rapide du monde : 1,8 seconde) a inspir le film Bloodsport sorti en 1988, interprt par la nou-velle star du combat Jean-Claude Van Damme. Etats-Unis. Au cours d'une visite rendue aux clbres brets verts, un officier de l'aviation japonaise fut in-vit faire une dmonstration des techniques de combat de ses anc-tres : Vous tes un soldat japonais et vous devez donc forcment conna-tre le Budo japonais . L'invitation au combat est immdiatement refu-se mais la demande se fait de plus en plus insistante et le Japonais ne peut faire autrement qu'accepter. Affronter des experts de la guerre, avec une grande exprience de la jungle acquise au Vietnam, n'est pas une entreprise trs simple. Les adversaires sont au nombre de trois, tous experts en boxe, en combat au couteau, du bton, de la lutte corps corps, du sabre, et anims par un seul objectif : vaincre pour ne pas mourir. Le Japonais se place au centre et ses adversaires qui l'entourent s'appr-tent l'attaquer. Son regard fend l'espace et le temps semble s'arr-ter. L'action explose :quelques mou-vements naturels, effectus avec peu d'efforts et un maximum d'effi-cacit, suffisent envoyer tous les agresseurs terre. Mais malgr leur dfaite, ceux-ci se relvent et pour-suivent leur attaque ; les Amricains finissent toutefois par s'apercevoir de la dtermination de leur adversai-re mettre fin au combat et dcident de rester au sol : l'un d'entre eux a une paule fra ture. Tout le monde flicite le valeureux guerrier aux yeux en amandes et on lui offre un bret tch de sang ra-men du Vietnam. Le protagoniste de cet pisode du nom de Manaka est se dan, expert en arts martiaux traditionnels et fut plus prcisment pendant de nom-breuses annes l'lve d'un certain Masaaki Hatsumi de Noda-shi, dans la banlieue de Tokyo. Son nom est dsormais devenu sy-nonyme de Ninjutsu dans le monde entier et de nombreux magazines publient en permanence ses photo-graphies. Au Japon on le surnomme Vnrable Dragon Blanc , et il passe tantt pour un magicien, tan-tt pour un messie ou pour un d-mon des arts martiaux. Masaaki Hatsumi est le 34e Grand Matre du Togakure-Ryu, une cole apparte-nant la grande tradition Ninja d'l-ga, existant depuis prs de SOO ans. Le fondateur du Togakure-Ryu s'ap-pelle Daisuke Nishina (devenu par la suite Daisuke Togakure, du nom du village dont il est issu), un samoura qui pendant la guerre se rfugia dans la province de lga o il apprit les arts martiaux sotriques chez quelques mystiques et grands ex-perts des arts du combat. A la fin de sa formation, Daisuke fonda le To-,gakure-Ryu, l'une des cent coles de Ninjutsu rpertories, et certaine-ment la plus documente de toutes sur le plan historique. La base de la mthode Bujinkan Ninpo Taijutsu de Masaaki Hatsumi est le Togakure-Ryu, mais celui-ci est galement Soke (Grand Matre) de plus de neuf traditions martiales : Gyokko-Ryu Koshi Jutsu, Kuki Shin-den Ryu Happo Hikenjutsu, Shinden Fudo-Ryu Dakentai Jutsu, Koto-Ryu Koppo Jutsu, Gikan-Ryu Koppo Jut-su, Tagaki Yoshin-Ryu Jutai Jutsu, Kumogakure-Ryu Ninjutsu, Gyoku-shin-Ryu Ninjutsu et Togakure-Ryu Ninjutsu. Et cela sans compter que le Matre Hatsumi est dtenteur du 1 oe dan de Karat et de plusieurs autres degrs en Judo, Akido, Ko-budo, Kendo ainsi qu'en Boxe occi-dentale. C'est ce mdecin chiropracteur, vritable encyclopdie vivante des arts martiaux, que l'on doit l'appari-tion du Ninjutsu chez les occiden-taux, traditionnellement considrs par les Japonais comme " gaijin , ou encore " singes blancs . On compte au Japon plus de cent instructeurs et environ cent mille adeptes du - Matre Hatsumi aux-quels doivent tre ajouts plusieurs milliers de pratiquants dans le mon-de entier. L'un de ses disciples les plus clbres est sans doute l' Am-ricain Stephen Hayes, la tte de la Shadows of lga Ninja Society et auteur de nombreux livres et arti-cles. Mais celui que Hatsumi consi-dre comme le meilleur tranger n'est autre que l'Isralien Doron Na-von (Se dan), son premier lve non 23 japonais dont l'initiation remonte 1966. Aux Etats-Unis, o l'cole a fait t-che d'huile, plusieurs personnages commencent entrer dans la lgen-de : Jack Hoban, capitaine dans le corps des Marines et expert du cou-teau ; Bud Malmstrom, bras droit de Hayes et directeur d'une grande cole d'Atlanta; Charles Daniel, galement expert d'Akido et de Hapkido ; Tetsuya Higuchi, ancien instructeur chef dans les corps sp-ciaux de la police japonaise, vit aujourd'hui dans l'Ohio et dirige le Bujinkan Fellowship Internatio-nal , qui organise chaque anne la plus grande manifestation Ninja du monde. Il serait difficile d'oublier Robert Bussey The King of Combat .. , qui a abandonn le Ninjutsu pour fonder sa propre cole dans le Nebraska Robert Bussey's Warrior Interna-tional .. , aprs avoir t pendant des annes le rival de Hayes du fait d'u-ne approche diamtralement oppo-se au Togakure-Ryu. Quant au sculptural Cliff Lenderman, il est aujourd'hui directeur de I'Ameri-can Ninjutsu Federation , et pro-meut une mthode qui est en ralit une combinaison de sa propre exp-rience avec Hayes dans le Togaku-re-Ryu et du Jeet Kune Do, du Kali et de la Boxe Tha, pratiqus sous la direction du clbre Matre philippin Dan lnosanto. Les American Ninja de cette organisation s'affrontent dans plus de douze spcialits de combat au programme desquels sont prvus le lancer de shuriken et de shaken sur diffrents types de ci-bles, le tir avec armes feu, avec ar-24 baltes, l'quilibre sur des cordes, les parcours de guerre, etc. Bien que l'on n'ait pas assist en Europe une Ninjamanie , com-parable celle apparue aux Etats-Unis, le Ninjutsu Togakure-Ryu est aujou.rd'hui reprsent dans pres-que tous les pays. Mais quelques prcisions s'imposent : il existe deux mthodes et deux organisa-tions respectives s'occupant du To-gakure Ryu. La scission est surve-nue au Japon au tout dbut du To-gakure-Ryu : le Bujinkan de Masaaki Hatsumi et le Genbukan de Shoto Tanemura. Tous deux ont t lves du Grand Matre Toshitsugu Taka-matsu (33e Soke Togakure-Ryu), et ont travaill ensemble de nombreu-ses annes jusqu' ce que le Matre Tanemura fonde sa propre cole. Shoto Tanemura a commenc la pratique des arts martiaux l'ge de neuf ans, il a t officier et instruc-teur de combat l'Acadmie de poli-ce mtropolitaine de Tokyo; il est aujourd'hui Grand Matre de Ninjut-su et de quelques autres disciplines traditionnelles. Le programme du Genbukan Ninpo Bugei Dojo est fondamentalement semblable celui du Bujinkan ; l'un comme l'autre prvoient l'tude d'autres styles en dehors du Toga-kure-Ryu. Plus spcifiquement, le Genbukan comprend : Kumogaku-re-Ryu, Kukishin-Ryu, Gyokko Ryu, Gyokushin-Ryu, Koto-Ryu, Takagi-Ryu, Gikan-Ryu, et galement cer-tains lments du Muso-Ryu, Yo-shin-Ryu, Munen-Ryu, Kito-Ryu, lga-Ryu, Koga-Ryu, lchiden-Ryu, lt-to-Ryu. Il faut, pour comprendre comment Photo de groupe avec le Matre Shoto Tanemura (au centre), chef de l'cole du Genbukan, au cours d'un stage en Ecosse plusieurs de ces traditions secrtes sont arrives jusqu' nous par les Ninja de la dernire gnration, re-monter la source : le Grand Matre Toshitsugu Takamatsu, dit le " Tigre de Mongolie . Le petit Takamatsu avait eu le privi-lge d'apprendre le Ninjutsu avec deux des plus grands Matres du pays: Takahage Matsutaro lshitani (chef de l'cole du Kuki Shinden-Ryu Happa Hiken) qui assurait un service de scurit dans l'usine fa-miliale, et son grand-pre, Shinryu-ken Masamitsu Toda (chef du Koto-Ryu Koppo Jutsu, du Shinden Fudo-Ryu Dakentai Jutsu, et du Togakure-Ryu) qui tait aussi le superviseur des professeurs de sabre pour le gouvernement du Shogun Tokuga-wa de sa rgion . Alors qu'il tait encore jeune, Taka-matsu s'aventura jusqu'en Chine, o il eut l'occasion de vrifier l'effi-cacit de ses arts en combattant avec de nombreux experts locaux (on raconte qu'il aurait vaincu un combattant de Kung-fu de 140 kg devant l'empereur de Chine). Il prati-qua lui-mme le Kung-fu ou Kempo, et devint membre de la communaut martiale chinoise. A son retour au Japon, aprs s'tre retir quelques temps dans les montagnes, il se fit ordonner prtre Mikkyo des Tendai-Shu et atteint ainsi le plus haut ni-veau spirituel. Malgr son pass, Toshitsugu Taka-matsu tait considr comme un grand expert d'arts martiaux tradi-tionnels, et sa vritable identit d'hritier des secrets Ninja ne fut dvoile-qu ' sa mort en 1972. Cette anne-l, les consignes des neuf traditions guerrires cites aupara-vant furent transmises ce disciple du nom de Hatsumi, qui avait tudi aux cts du vieux Matre pendant dix-sept ans. Ces techniques anciennes, patrimoi-ne exclusif de quelques rares Japo-nais, sont arrives jusqu'en Europe. L'un des pionniers du Ninjutsu en Europe est sans aucun doute l'lta-25 lien Elio Bargigli. En 1985, aprs avoir expriment le Karat, le Ken-do, le Kobudo, et le Kickboxing, Bar-gigli a introduit Rome le Ninjutsu Togakure-RyU, qu'il avait tudi en Angleterre aux cts. du Matre Pe-ter Brown du Bujinkan. Aprs de nombreux sminaires et manifesta-tions internationales, Bargigli a choi-si d'abandonner le Karat, son pre-mier amour, pour se consacrer en-tirement au Ninjutsu au Bu-Fu Hombu Dojo, son cole romaine qui possde plusieurs filiales galement en province. Pour le Matre Bargigli, le Ninjutsu ne signifie pas simplement le port du shinobi shozoku noir, il s'agit d'un vritable style_de vie qui exalte la ca-pacit d'adaptation de l'homme pour la survie. L'intrt de cette cole s'tend toutes les branches du Ninjutsu, sans aucune contrainte de style ou limitation. En effet, aprs sa rencon-tre avec le Matre Shoto Tanemura, Bargigli a dlaiss le Bujinka pour devenir le responsable italien du Genbukan. Mais ce n'est pas tout, le Matre italien est galement le repr-sentant europen d'un autre style in-tressant de Ninjutsu : le Fuma-Ryu. Dans son clbre livre, The Karate Dojo (1967), Peter Urban, le pionnier amricain du Karat affirmait que le Ninjutsu tait pratiquement mort. Aujourd'hui, les adeptes et les ex-perts du Togakure-Ryu affirment qu'il s'agit du seul style de Ninjutsu encore actif et pratiqu au Japon. Nous sommes de l'avis que le Toga-kure-Ryu n'est pas la seule cole traditionnelle ayant survcu la fin des clans Ninja, mais elle est sans 26 aucun doute la plus rpandue et la plus pratique au monde. Le style du vent du dmon , soit le Fuma-Ryu, fut fond il y a 400 ans par un habile stratge du nom de Fuma Kotaro. Ses troupes Ninja for-maient l'quipe des abeilles, et galement la Doku-ro, la clbre quipe des crnes ; chacune d'elles tait charge d'une mission prcise et comprenait plusieurs sp-cialistes. Les actions des Ninja du Fuma-Ryu se cantonnaient dans l'infiltration et dans l'espionnage au cours des af-frontements sur les champs de ba-taille. En effet, la plupart des armes tudies dans cette cole sont pr-vues pour une utilisation collective. Voici donc un autre style de Ninjut-su, combinant les traditions de lga et de Koga, clbre aux Etats-Unis mais apparemment mconnu au Ja-pon. Plus prcisment San Fran-cisco o l'hritier du Fuma-Ryu, le Matre Harunaka Hoshino, a fond en 1973 le United States Ninja Em-pire. De pre chinois et de mre japonai-se, Hoshino a tudi le Fuma-Ryu aux cts du Matre Tanaka de Ka-wasaki (Kanagawa), ainsi que le Ka-rat, le Kendo, le Kenjutsu et le Shiatsu avec les Matres lsamu To-motsu, Masahiro Mishiro et Nakano. Dans l'cole, l'enseignement du Nin-jutsu ne se fait qu'aprs une priode d'apprentissage du Karat, du Ken-do et du Kenjutsu (Katanawaza). On considre le Karat comme la base de tout entranement, mme s'il est vrai que de nombreuses techniques mains ouvertes sont semblables au Kung-fu : le Matre Hoshino tient Elio Bargigli, le Ninja italien , est un expert du Genbukan Togakure-ryu comme du Fuma-ryu rappeler continuellement les origi-nes chinoises de son style. L'tude des armes prend le Kendo pour base, puis le Kenjutsu construit sur le Kendo, et le Ninjutsu, c'est--dire les techniques de Ninja-to, cons-truites sur le Kenjutsu . Les membres du "United States Ninja Empire" n'tudient pas uni-quement les techniques et les kata, mais aussi l'histoire, la philosophie, le japonais, et des traditions qui font de la mthode de Hoshino un art complet. Le Matre Bargigli pense que l'origi-ne des diffrentes coles de Ninjut-su est identique et est par cons-quent d'avis que l'enseignement et la pratique de deux styles diffrents sont conciliables. "J'ai pris la fluidi-t, la souplesse et la plasticit des mouvements de l'cole Genbukan. Le Fuma-Ryu m'a appris mieux supporter la douleur des coups re-Le Maitre Bargigli en garde Dai jodan no ka-mae avec un sabre Ninja ancien de 380 ans 27 5 6 7 Photo ddicace par le Manre Harunaka Ho-shino : il tient des shaken us (je fais faire mes lves des exercices puisants pour renforcer leur corps et leur esprit). "J'ai ga-lement t initi l'art de se fabri-quer soi-mme des armes, et je l'en-seigne dans mon Dojo, " a affirm Bargigli lors d'une interview. Mais il existe bien d'autres coles de par le monde. Certaines d'entre elles font talage de leur attache-ment la tradition avec des techni-ques historiques comme le Ninjutsu de Yukishiro Sanada qui se rfre au clan des Sanada (qui comprenait des Ninja et des samouras). D'au-28 tres en revanche ne cachent pas leur clectisme; c'est le cas du Ko-ga-Ryu de Ronald Duncan, un d-tective priv de New York, clbre pour ses dmonstrations funambu-lesques et pour l'utilisation de nou-velles armes et techniques (James Loriega du New York Ninpokai est certainement son successeur le plus fidle); il y a aussi la Geijin-Tyu Nin-ja Academy fonde par le Canadien Robert Law aprs 37 annes de car-rire dans la Special Task Force et dans d'autres services de scurit. La N~ndo Ryu School of Bujutsu cre par le pittoresque Carlos Fe-bres dans le Massachusetts, offre pour sa part un choix trs personnel de kimonos rouges et d'uniformes camouflage ; n'oublions pas non plus la Black Dragon Society (Hai Lung-Ryu) dirige par Ashida Kim, auteur de nombreuses publications discutables, qui affirme descendre des Chinois et porte un bonnet en cuir pendant les exercices de pra-tique. Toujours dans le domaine du Ninjut-su non Japonis, nous trouvons Henry Lee, fils du leader du Hwa-rang-do, art martial trs ancien, qui enseigne dans ses salles califor-niennes-selon la tradition des Ninja corens, les guerriers Sool sa, les " Chevaliers de la nuit " En Europe aussi, les coles de Ninjutsu soi-disant Ninja surgissent comme des champignons et font beaucoup de bruit pour dissimuler une technique souvent approximative : certaines utilisent le nunchaku alors que celui-ci n'a sans doute jamais appartenu au bagage de ces guerriers et d'au-tres se camouflent dans la neige Le Matre Harunaka Hoshino, hritier du Fuma-ryu et chef cha-rismatique du United States Ninja Empire, en garde avec son sabre avec des shinobi shozoku noirs ... Il est certain que les critres d'valua-tion d'une cole sont nombreux, mais avec un peu de bon sens et de curiosit, on peut discerner rapide-ment les principes et le srieux de l'enseignant. LES NINJA DANS LE MONDE DU CINEMA Cela fait dsormais plusieurs an-nes que les Ninja sont plus ou moins prsents dans l'imaginaire collectif nourri par le cinma et la t-lvision. Ayant dcouvert le spectaculaire po-tentiel de ces guerriers de l'om-bre , les producteurs du monde en-tier ont financ plus d'une centaine de films de qualit variable. Le grand boom des Ninja ne s'est pas fait attendre, aux Etats-Unis en parti-culier, mais aussi en Orient tout na-turellement. Le public asiatique, trs friand de films d'action et d'arts martiaux, a t littralement fascin par les Nin-ja la japonaise ,. ; c'est ainsi que l'industrie cinmatographique locale s'est mise exploiter ce thme toutes les sauces. Les maisons de production de Hong Kong et de Tai-29 ,. 9 La sarbacane (fuyika) tait l'une des nom-breuses armes utilises par les Ninja : de di-mensions moyennes, elle servait envoyer des projectiles courte distnc wan, dans le but de confectionner des produits commercialisables aus-si bien sur le march oriental que sur le march occidental, se sont mi-ses exporter la pelle des quanti-ts de films raliss en des temps records et de qualit souvent bien discutable. Certains des films de Kung-fu chi-nois mettent en scne les incroya-bles pouvoirs des descendants des Ninja japonais. N'oublions pas que les Ninja occupent une place impor-tante dans les mythes et les lgen-des populaires chinois, mme si leurs caractristiques sont bien dif-frentes des Ninja du pays du Soleil levant. 30 Au Japon, en revanche, les Ninja sont les " mchants qui depuis toujours combattent les gentils , c'est--dire les samouras. Les Guerriers de la nuit ne cons-tituent pas seulement une mince partie du folklore et des traditions lo-cales, ils ont t prsents sur les crans japonais depuis les premiers jours du cinma. Les Ninja apparaissent pratique-ment dans tous les genres : aventu-re (s'inspirant des lgendes des sa-mouras du Moyen Age japonais), science-fiction, horreur, policier (le genre Yakuza , mafia japonaise) et mme rotique ! Les dessins ani-ms, et les films d'animation, si chers au Japonais, ainsi que les nombreuses sries tlvises, n'ont pas chapp ce phnomne. Aprs quelques apparitions sporadi-ques dans le cinma amricain, les Ninja sont devenus un genre part entire et sont souvent reprsents dans un style plutt Yankee : des Ninja quips d'armes et de gad-gets la pointe du modernisme, des Ninja qui affrontent Rambo ... Quoi qu'il en soit, le Ninja au cinma n'a rien d'authentique : seuls les as-pects lgendaires sont mis en relief et son- image est souvent dforme. La premire apparition des Ninja sur les crans occidentaux remonte l'poque de la srie des James Bond. Dans On ne vit que deux fois (You on/y live twice, 1967), inter-prt par rternel Sean Gonnery, l'agent secret 007 visite une base d'entranement des Ninja : les fanto-matiques espions japonais lancent des shaken, brisent des tables en bois avec leurs mains nues et prati-quent le tir au pistolet. Les " Ninja .. ne sont autres que les Karatka de Mas Oyama (clbre chef du Kyo-kushinkai, un style de Karat parti-culirement violent) et les scnes de combat sont orchestres par Donn F. Draeger (l'une des plus grandes autorits des arts martiaux japo-nais). Pendant les annes soixante toujours, la tlvision amricaine a transmis une mission japonaise in-titule Phantoms Agents, qui mon-trait de quelle faon les pratiques anciennes se perptuent aujour-d'hui avec les" Ninja modernes .. au service du gouvernement. L'pisode "To Hell With Baby Ruth, (1972) de la srie Hawa 5-0, o un Ninja se rveille trente ans aprs la fin de la Deuxime Guerre mondiale, ne fut que le dbut de l'exploitation de ce genre la tlvi-sion. Il y aura ensuite l'pisode" The Nin-ja, de la srie Baretta, interprt par John Fujioka ; Kung-Fu produit par la Warner Bros, o le Ninja Ro-bert lto affronte le moine Shaolin alias David Carradine dans l'piso-de The Assassin .. ; Quincy avec Death Touch .. , o le Ninja de ser-vice n'est autre que Mako lwamoto (devenu clbre dans Conan le Bar-bare; c'est galement le samoura qui allonge une bande de Ninja dans un pisode de Magnum). Mais il ne s'agit que de quelques exemples car avec la fin des annes soixante, les apparitions des guer-riers de l'ombre se font de plus en plus frquentes. Dans le genre "film d'action .. , The Kil/er Elite, ralis en 1975 par Sam Peckinpah est un vritable chef-d'uvre. Le sculptural James Caan y incarne le rle d'un agent de la CIA charg de protger un diplomate asiatique (Mako lwamoto) de$ atten-tats perptrs par de nombreux tueurs gage ; on compte parmi ceux-ci un groupe de Ninja dirigs par le Matre Tak Kubota (instructeur de James Caan, de Charles Bron-son et d'autres clbrits hollywoo-diennes). N'oublions pas dans la distribution le clbre Emil Farkas, le Matre de Beverly Hills qui, com-me dans de nombreux autres films, a coordonn les scnes d'action et a lui-mme particip aux combats. Entre 1965 et 1970, ce dernier a remport toutes les comptitions de Karat des Etats-Unis et fut le pion-nier du " Full contact .. , (Karat spor-tif de contact avec protection). C'est ainsi que Chuck Norris fut dcouvert par ses producteurs. Dans la longue srie de films qui l'on rendu clbre, surtout auprs des adolescents amricains, The Octa-gon ralis en 1981 est l'un des plus apprcis : il y interprte le rle d'un Ninja contraint d' affronter son demi-frre, alias Tadashi Yamashita (Ka-rat Shorin-Ryu et Kobudo), parce qu'il enseigne le Ninjutsu aux terro-ristes internationaux. C'est en 1982 que l'on assistera au boom cinmatographique du genre Ninja avec Enter the Ninja, produit par le Cannon Group. L'interprte devait tre Mike Stone (clbre champion hawaen de Karat), et au-teur entre autres du scnario. Mais le rle fut attribu Franco Nero ; le Ninja amricain se rend aux Philippi-nes pour porter secours son ami menac par un homme d'affaire sans scrupules. On embauche un 31 autre Ninja pour affronter l'invincible Franco Nero, doubl dans les sc-nes de combat par Mike Stone. C'est ainsi que commencera la car-rire de Sho Kosugi, Matre d'arts martiaux migr en Californie, qui obtiendra plus tard le rle principal dans Revenge of the Ninja, ralis en 1983. Cette fois-ci, le mchant est incarn par un Ninja occidental trafiquant de cocane qui affrontera tout d'abord l'instructeur de Karat de la police (interprt par le clbre champion des annes 70, Keith Vita-li), puis devra faire face la ven-geance de Sho Koshugi. La critique s'est montre trs svre l'gard de ces films, mais le public en a fait de vritables succs : l'ins-tinct de Menahem Golan, patron de Cannon, ne l'avait pas tromp. The Last Ninja, ralis en 1983, au-rait pu tre la premire srie tlvi-se entirement consacre aux Nin-ja, mais l'exprience s'est arrte l'pisode pilote. Michael Beek (ve-dette des "Guerriers de la nuit) y interprte le rle d'un orphelin am-ricain qui est adopt par la famille du dernier dpositaire (Mako lwamoto) des secrets de la secte Ninja ... Mike Stone est encore le chorgraphe des scnes de combat et joue mme un petit rle . Dans la srie intitule The Master, produite par la NBC en 1984, Sho Kosugi joue la fois le r-le de l'ternel ennemi de l'acteur principal (Lee Van Cleef) et double galement ce dernier dans les sc-nes de combat. La mme anne, la trilogie de Cannon se conclut avec Ninja Ill : The domination. Le rle principal est incarn par la superbe Lucinda Dickey (vue dans Break 32 Dance 1 et Il) possde par l'esprit vengeur du Ninja David Chung. Sho Kosugi interprte en revanche le Nin-ja qui parviendra " exorciser " la jeune femme en combattant la pr-sence maudite. Entre 1984 et 1985, Sho Kosugi a ralis des films indpendants : Ni-ne Deaths of the Ninja, ille reconnat lui-mme, est sans doute son plus mauvais film. Le meilleur tant sans aucun doute Pray for Death, avec Robert lto qui incarne le rle d'un prtre-matre Ninja. Mais nombreux sont ses films qui n'ont jamais t distribus en France : Pray for Death Part Il, Devil's Odds, Way of the Nin-ja, Range of Honour. Bien que des centaines de films de ce genre aient circul aux Etats-Unis, Sho Kosugi en est devenu la star inconteste. Sho Kosugi a pratiqu les Arts Mar-tiaux ds sa plus tendre enfance et plus particulirement le style de Ka-rat Sliindo-Jinen-Ryu (trs sembla-ble au Shito-Ryu) avec son fonda-teur Sensei Konishi. Mais un autre homme a eu une in-fluence particulire sur sa vie : " A l'ge de sept ans, j'ai rencontr un voisin, Monsieur Yamamoto. Tout le monde l'appelait Oncle Yamamoto. Il m'a enseign le Ninjutsu jusqu' l'ge de douze ans. Tous ses voisins le trouvaient trange, peut-tre par-ce qu'il vivait seul et n'avait pas de famille ... , a dclar Sho Kosugi dans une interview New York. Il parle souvent de ce M. Yamamoto, g d'environ 70 ans, qui chaque jour lui donnait des cours de Ninjut-su aprs l'cole. Puis un jour, il a disparu subitement. Sho Kosugi ad-met d'autre part que la plupart des armes exotiques utilises dans ses films sont sa propre invention et que certaines des techniques montres n'appartiennent pas au vritable Nin-jutsu. Le Japonais Mike Stone est revenu la premire place avec la produc-tion Cannon American Ninja en 1985, mais toujours dans le rle de coordinateur des scnes de combat, car la nouvelle star s'appelle Mi-chael Dudikoff. Ex " homme de fer des comptitions sportives des les Hawa, Michael Dudikoff est un petit amricain lev dans la jungle phi-lippine par un soldat japonais, ma-tre de Ninja (John Fujioka). A ses c-ts dans le film, le sculptural Steve James dans une lutte sans merci contre une secte perfide de Ninja di-rige par Black Star Ninja , qui n'est autre que Tadashi Yamashita. Le film suivant, Avenging Force , 1986, devait . l'origine s'intituler American Ninja Il, mais le scnario du film fut modifi au dernier mo-ment. Ce fut ensuite le tour de Ame-rican Ninja Ill, avec l'extraordinaire Steve James et David Bradley qui cette fois-ci remplace Michael Dudi-koff. Le nouveau Ninja amricain est ceinture noire de Karat et un excel-lent combattant qui a travaill au thtre et au cinma. Mme les ralisateurs de talent ont t fascins par ces mystrieux guerriers de la nuit. John Carpenter l'a fort bien illustr dans New York 1997 en 1981, o Kurt Russel lan-ce des shaken. Il devait d'ailleurs tourner la version cinmatographi-que du superbe roman The Ninja d'Eric Van Lustbader, mais la Twen-tieth Century Fox a refus le budget. Et nous en arrivons la dernire production du genre, arrive sur le march telle un mtore, le phno-mne des Tortues Ninja. Donatello, Michelangelo, Raffaello et Leonardo mangent des pizzas, combattent comme des Ninja et ont une souris pour Sensei. Extrait d'une bande dessine originale du mme nom de 1984, Les Tortues Ninja attaquent ont contribu pour beaucoup l'ex-plosion de la " Ninjaturtlemania aux Etats-Unis et en Europe. Les en-fants s'habillent comme les Tortues Ninja, certains cours d'arts martiaux s'appellent "Tortues Ninja , et tou-tes sortes de gadgets sur ce thme ont t commercialiss. NINJAMANIA A partir de 1950, avec la diffusion du Judo en Occident, les arts martiaux ont eu plusieurs moments de gloire. Au cours des annes soixante, plu-sieurs champions de Karat ont eu du succs, surtout aux Eta'ts-Unis : Mike Stone, Chuck Norris et Joe Le-wis comptent parmi les plus cl-bres. Mais c'est surtout Bruce Lee qui a enflamm le cur des publics du monde entier tandis que David Carradine faisait entrer le Kung-Fu dans les foyers amricains : les arts martiaux chinois ont connu un boom extraordinaire dans les annes 70, tandis que les annes 80 ont t le thtre de la" Ninjamania . Comme tout phnomne amricain, la Ninjamania s'est rpercute jus-que sur le vieux continent, quoique de manire moins importante. Considrs au travers des sicles 33 Une des sympathiques Tortues Ninja exposes au MOMI (muse des images en mouvement) de Londres comme des assassins sanguinaires, capables de tuer un homme comme on tuerait un poulet, les Ninja ont toujours t poursuivis et parfois mme extermins. Le Ninjutsu tait et est toujours considr au Japon comme l'art martial le plus secret, le plus violent et bien entendu le moins noble. Il est un peu facile d'affirmer que le Nir:~jutsu a ressurgi des cendres gr-ce l'intrt que lui ont port les oc-cidentaux. Les mass media ont sans aucun doute jou un rle important dans cette ractualisation de l'art Ninja, mme s'ils ont toujours eu 34 tendance dformer un peu les cho-ses. Sho Kosugi sur le grand cran et Hayes dans ses salles de sport et dans ses livres n'ont pas t tran-gers ce renouveau de l'art Ninja. Les leons traditionnelles du grand Matre Hatsumi et les films mdio-cres dont les protagonistes portent sur le front des bandeaux affichant Ninja en gros furent contraints de cohabiter. Au dbut des annes 70, Andy Adams rendit les Ninja nou-velle gnration populaires avec son livre Ninja : The Invisible As-sassin. On retrouve d'ailleurs les myst-rieux guerriers galement dans le monde de la bande dessine: Mar-vel et ses hros, Electra Saga de Frank Miller, o une femme Ninja du nom de Electra est une allie du clan The Hand " Il y a aussi les Fils du Tigre qui combattent des Nin-ja surnomms Les Silencieux , suite des aventures de Shang-Chi : Matre de Kung-fu. Il existe mme un genre littraire moderne appel Cyberpunk o se mlent pirates informatiques, Ninja et Yakuza : Be-nares lnferno, bande dessine de Stefano Di Marino illustre bien ce genre. Comme dans tous les domai-nes qui dclenchent des passions, il existe des gadgets et des quipe-ments divers relatifs aux Ninja. On peut se procurer des livres, des posters, des costumes ou des armes Ninja galement par correspondan-ce. Les articles proposs vont du stylo lame rtractable la ceinture avec boucle pour les shaken, dta-chable et prte pour le lancer, en passant des armes plus exotiques, avec une pointe de survival et d'ob-jets militaires. Tous ces objets et quipements complets du parfait Ninja moderne, qui aux Etats-Unis sont parfois vendus dans des maga-sins spcialiss, comprennent par-fois de vritables armes pouvant tre dangereuses mme dans les mains d'un expert. On a mme enre-gistr quelques cas de Ninjamania-ques qui par mulation ont tent de s'introduire chez certains acteurs Ninja au mpris des systmes de s-curit ou, pire encore, transportaient dans le coffre de leurs voitures c-t des armes traditionnelles, des ex-plosifs et autres types de matriel terroriste. L'exagration existe un peu dans tous les domaines, mais dans le cas du Ninjutsu, on a vite fait de sombrer dans le ridicule. 35 36 TENUE ET EQUIPEMENT Dans l'ancien Japon, le fait de porter un costume noir capuche hriss d'armes de toutes sortes tait la ga-rantie d'une mise mort immdia-te; c'est pourtant ainsi que le public d'aujourd'hui se reprsente les Ninja. En ralit, ce type de tenue, parfois garni de ctes de mailles ou d'un gi-let de plaques mtalliques (atten-tion, la plupart des armures soi-disant Ninja proposes chez les antiquaires ne sont souvent autres que des tenues de pompiers !), tait utilis dans les missions dcouvert comme par exemple l'invasion d'un chteau ; pour les missions d'es-pionnage, le Ninja circulait en civil et se mlait la population grce ses dons pour le dguisement. Bien sou-vent d'ailleurs, le costume de saltim-banque ou d'artisan qu'il portait tait rversible et garni de cachettes insolites. A quoi ressemble un costume Ninja traditionnel ? Principalement la te-nue des paysans du Japon ancien : une simple chemise ou parfois un ta-blier pour protger la poitrine, une veste de longueur variable (pouvant descendre jusqu'aux pieds) ferme par une ceinture dont les larges pans pouvaient servir de poches, un genre de grand pantalon li aux che-villes, anctre du hakama et encore utilis pour certains arts martiaux, des tabis, un genre de chaussures/ chaussettes semelle souple avec sparation pour le gros orteil, des jambires en tissu, en peau ou en paille, des protections pour le des-sus des mains qui au Japon rempla-aient les gants, et une charpe enrouler autour de la tte ou un ca-puchon semblable celui utilis par les samouras pour se protger de la poussire pendant les voyages cheval. La couleur noire, selon des traditions tranges, tait obtenue en faisant tremper le tissu dans un m-lange de sang de diverses prove-nances et de tanins vgtaux qui, parat-il, confraient une opacit particulire dvorant toute lumire. Le costume traditionnel du Ninja est quip de poches et d'astuces en tous genres (dans le Japon ancien, une simple poche constituait dj une astuce), mais toujours en quantit raisonnable. Le Ninja tait parfaitement conscient de la difficul-t d'utilisation d'objets complexes; d'ailleurs, ses stratagmes les plus spectaculaires taient souvent les plus simples. Certaines parties du costume taient renforces ou rem-bourres, et le rembourrage cachait souvent une corde fine et rsistante, 37 . ' laquelle une fois trempe dans l'eau dgorgeait un somnifre ou un poi-son violent. En gnral, les plis de la tenue dissi-mulaient une poche renforce sp-ciafement conue pour fes tonki ; dans la manche, une petite bote tait prvue pour la poudre ou le sa-ble aveuglant. Le reste des armes tait dispos sur la ceinture laquel-le on accrochait parfois des petits tuis en bambou destins recevoir des braises, du venin dverser dans le puits du chteau fort ennemi ou encore, des animaux venimeux lancer au visage des sentinelles dans le but de les terroriser. Dans les coles modernes, on sous-estime trop souvent le problme de l'quipement : o et comment le guerrier de la nuit cachait-il les ar-mes dont il avait besoin ? Encore une fois, il faut tablir une distinction entre une mission de guerre et une mission d'espionnage. La premire est effectue par un groupe relativement nombreux et extrmement bien organis ; la s-lection de l'quipement et son trans-port sont donc prvus l'avance et s'effectuent parfois en plusieurs fois, s'il s'agit d'entasser des armes dans une cachette. Chaque Ninja transporte son propre matriel, qu'il s'agisse d'armes, d'ustensiles sp-cifiques sa tche ou d'quipe-ments spciaux (radeaux flottants, gonflables pour traverser des plans d'eau, chelles pliantes, etc.). Les objets de premire n-cessit com-me les vivres, les mdicaments, les cordes, sont rangs dans un drap de toile roul et spar en plusieurs compartiments indpendants. Ce 38 morceau d'toffe se porte en bn-doulire sur l'paule gauche pour ne pas entraver le maniement du sabre, ou encore autour du cou et fix la ceinture. La ceinture, en dehors du sabre, du poignard et de quelques armes par-ticulires comme la fukiya (sarbaca-ne trs courte utilise seulement courte distance), pouvait transporter des armes spciales comme les shuko (gantelets quips de griffes redoutables pour se dfendre ou grimper aux murs). Les armes plus longues et ventuellement les sa-bres pouvaient tre fixs dans le dos pour certaines oprations de rappro-chement et d'escalade. Dans les oprations d'espionnage sous une fausse identit, l'quipe-ment du Ninja tait extrmement r-duit : la tenue, s'il y en avait une, se limitait un grand morceau d'toffe sombre pouvant tre utilis des fins trs diverses ; les armes aussi taient limites et la plupart du temps dissimules dans les vte-ments. Autre solution, une arme dissimule dans un fourr la sortie du village, ou mieux encore, un ami dans les parages dguis lui aussi et prt porter secours tout ins-tant. Cependant, un vrai Ninja n'est jamais entirement dsarm : une extrmit de sa tenue trempe dans de l'eau chaude ou dans du sak lui fournira un somnifre ou un poison violent. Le col peut contenir une cor-de fine mais solide qui, fixe un gros hameon peut se transformer en une arme terrible ou permettre de se hisser sur le toit d'une maison. Une pierre dans un foulard de tte (hashimaki) peut devenir une arme terrible, un rouleau de pices de monnaie peut constituer un bon kon-go, et un petit morceau de bambou peut servir contenir des morceaux d'armes compromettantes. Il existe aussi une technique de combat qui, allie aux techniques d'vasion et de dissimulation, augmente les pos-sibilits de survie ; les techniques de reconnaissance et de fuite, o l'on sme le ter ain de piges qui se dclenchent facilement pour les en-nemis, sont indispensables pour les missions en territoire inconnu. La tenue des missions effectues sous une fausse identit sera bien entendu celle du personnage que l'on veut interprter : il peut s'agir d'un costume de moine, de saltim-banque, ou de paysan, compos d'un long pantalon (que l'on retrous-se en cas de ncessit), ou encore d'une tenue simple avec pantalon court et veste semblable celle des Judoka et Karatka. Le chapeau de paille qui non seulement protge de la pluie et du soleil, permet aussi de dissimuler le visage. Certains Ma-tres dans l'art du dguisement sug-grent l'adjonction d'un accessoire voyant pour attirer l'attention et la dtourner du reste. Aujourd'hui, la pratique du Ninjutsu peut s'effectuer dans une tenue d'arts martiaux (keikogi) tradition-nelle, dont la couleur, et la ceinture colore (beruto, une invention mo-derne) sont absolument facultatives. Il est toutefois intressant et utile pour une meilleure comprhension de l'art, de se familiariser l'ancien-ne tenue capuche. Traditionnelle-ment, cette tenue ne devrait tre porte qu'au cours de missions dcouvert et quipe de tous ses ac-cessoires : armes sur la ceinture, cordes et accessoires sur le dos et poches remplies de projectiles. Il est en ralit conseill de procder par tapes :on peut enfiler sur la ceintu-re , hauteur de l'abdomen, la pla-ce du poignard, un petit bton qui ainsi plac protge des coups de sa-bre et appuie sur des zones secrtes censes augmenter la force et l'-quilibre. Les poches peuvent tre remplies de sacs de sciure, de riz ou de glands et le bokken doit rempla-cer le sabre le temps de s'habituer son encombrement. L'entranement l'air libre permet galement de s'habituer aux brusques change-ments de temprature : Fujita Seiko, un clbre Ninja mort il y a quelques annes, affirmait que l'entranement du Ninja ne devait se terminer que lorsque le ciel change de couleur. C'est au cours de ce type d'entra-nement que l'on apprend se r-chauffer en plaant des feuilles en-tre les vtements, comment un cer-tain type d'argile peut la fois servir de camouflage et d' isolant ou enco-re comment se dplacer sans bruit avec tout son attirail. Le silence du Ninja, ce n'est pas le silence mais la voix de la natre , affirme un savant d'aujourd'hui. Un bois doit faire un bruit de bois comme un tang doit avoir l'odeur et le bruit d'un tang. En parvenant se fondre dans l'en-vironnement, notre bruit sera auto-matiquement absorb et considr normal. Les principes rechercher pour conserver l'quipement Ninja la tradition dans son intgralit sont les suivants. 39 1. L'quipement doit tre simple, efficace, anonyme et peu recher-ch ; un samoura prfrerait mourir plutt que de renoncer son sabre, alors que le Ninja ne s'intresse qu'au succs de sa mission. Pour mieux expliquer son dtachement par rapport au matriel, les Ninja Fujibayashi donnent cet exemple : imaginez que vous possdez une grosse pierre prcieuse, vos ennemis essaieront sans doute de s'en emparer ; cette pierre reprsente donc un danger. Mais si pendant une poursuite vous jetez la pierre votre ennemi, vous pourrez le frapper pendant qu'il se baisse pour la ramasser : le danger se sera ainsi transform en aide. 2. Il n'est aucun besoin de se limiter l'quipement historique ; on trouve aujourd'hui des cordes en nylon lgres et rsistantes, des poulies et autres ustensiles en al-liages robustes ; il est utile de sa-40 voir les utiliser, mais il est indispensable de savoir s'en tirer avec des cordes normales ou en fabriquant soi-mme son mat-riel. 3. L'quipement idal est celui qui en cas de perte ne rvle rien de l'identit du propritaire et des objectifs recherchs ; en gn-ral, un quipement rparti en plu-. sieurs morceaux devient incom-prhensible pour les autres. 4. Le meilleur instrument est celui qui sert plusieurs choses la fois ; c'est avec de l'entranement que l'on apprend s'en servir. 5. L'quipement du Ninja est dans son esprit : le monde entier est son quipement, toujours prt l'emploi. 6. L'quipement doit tout d'abord se limiter douze lments puis ensuite la moiti. 7. La survie ou l'accomplissement d'une mission ne doit jamais d-pendre d'un objet. STRATEGIE ET TACTIQUE Il peut sembler prtentieux de vou-loir expliquer. le mode d'action des Matres de la ruse, mais il n'est tou-tefois pas inutile d'essayer de com-prendre, mme de faon ap-proximative, de quelle manire fonc-tionnait leur esprit. Les stratgies ty-piques des Guerriers de la nuit se fondent sur l'infiltration, la ruse, la corruption (on insistait beaucoup sur l'tude des faiblesses humaines; avidit, soif de pouvoir, sexe, peur, colre, etc., et sur les moyens de les exploiter) et plus spcifiquement sur toutes les techniques considres indignes des samouras. La clart de l'objectif atteindre semble tre une caractristique commune tous les plans Ninja. Mais lorsqu'on se penche sur leur histoire, on a souvent l'impression que les Ninja prfrent les victoires remportes de justesse aux victoires franches. A ce stade, il convient de rappeler que la loyaut Ninja ne con-cernait que le clan direct, et qu'il n'tait pas rare au Moyen Age de voir des groupes de Guerriers de la nuit abandonner au moment crucial ceux qui leur avaient achet leurs services pour aller les offrir l'ad-versaire. Ces diffrents pisodes ont conduit rcemment l'hypothse de la Guerre totale, par laquelle les Nin-ja, opprims et dclars inhu-mains par la classe dirigeante, au-raient en ralit vis la destruction, en favorisant des guerres sans fin dont ils tiraient habilement les fi-celles. La tactique Ninja est principalement fonde sur diffrents principes en apparente contradiction : on trouve par exemple d'une part la prdomi-nance absolue de l'objectif attein-dre, et de l'autre l'exhortation cons-tante d'une avance progressive sans souci de la suite des vne-ments. Les nombreuses contradic-tions apparentes de l'art Ninja ne peuvent tre perues et comprises que dans une optique globale de son histoire. Mais cela semble mal-heureusement impossible aujour-d'hui : le Ninja occidental qui com-mence l'art l'adolescence pour ne le pratiquer que quelques heures par semaine ne peut certainement pas esprer atteindre les objectifs poss par les vieux sages. Ceux-ci faisaient effectivement rfrence des personnes qui toute leur vie du-rant taient guides par l'inluctable force de la survie, constamment re-mise en question. Pour les adeptes modernes, c'est l'interaction continuelle entre les membres du groupe (tous haute-41 ment spcialiss), qui constitue la partie la plus intressante de la tacti-que Ninja. Donnons un exemple : imaginons un groupe de cinq indivi-dus dont l'un est capable de raliser des bonds gigantesques, l'autre est un excellent grimpeur, le troisime est un combattant hors pair, et les deux derniers sont polyvalents (le choix et le contrle de ces groupes taient effectus par le Chunin, qui souvent surveillait le droulement des oprations avec un autre groupe prt intervenir dans un sens ou dans l'autre). Ce groupe ne se mon-tre jamais au complet : ses mem-bres agissent chacun leur tour pen-dant que les autres restent cachs, prts intervenir. Pour l'ennemi, cette organisation est extrmement droutante : deux ou trois guerriers apparaissent, excutent des tches surhumaines, puis disparaissent pour rapparatre immdiatement vingt mtres plus loin. Mme dans le combat, toujours foudroyant (la plu-part des actions tudies dans cer-taines coles de Ninjutsu moderne 42 auraient t considres inapplica-bles par leurs prdcesseurs), l'ac-tion conseille aprs avoir par la premire attaque puis contre-atta-qu consistait s'loigner pour frap-per dans le dos un ennemi en plein combat avec un collgue. Cette technique de groupe, comme si chaque membre formait un corps part entire, exige des annes d'entranement ainsi que des si-gnaux cods (ils doivent tre sim-ples) pour communiquer rapidement ses intentions. Puis, les diffrents groupes avaient des codes de com-portement propres : chaque mem-bre du groupe savait quoi attendre des autres et le groupe dans son en-semble devenait une entit autono-me. Dans l'interprtation de certains spcialistes, les signes cods taient l'uvre du Chunin, vritable metteur en scne de l'action, prt intervenir avec un groupe de rserve en cas de difficult, peut-tre mme pour achever d'une flche bien pla-ce l'un des membres bless sans fuite possible. PREMIERES TECHNIQUES DU CORPS LES DEPLACEMENTS Les anciennes coles d'arts mar-tiaux insistaient beaucoup sur les dplacements corrects du corps : fa-on de marcher (ashi sabaki) et changements de position (tai saba-ki) , considrs fondamentaux pour une application efficace des techni-ques. Aujourd 'hui , les coles de Ninjutsu ngligent cet enseignement extr-mement formalis pour se concen-trer essentiellement sur la sensation physique du dplacement, en inci-tant l'lve dcouvrir par lui-mme les principes de base ou en le pous-sant les excuter malgr lui l'ai-de des exercices. Les Ninja tudiaient galement des mthodes qui, par exemple, permet-taient de s'approcher d'une senti-nelle sans aucun bruit. Il ne reste de la plupart de ces mthodes que des noms pittoresques comme le11 que, typique de certaines coles de samouras, le nami-ashi dans lequel le pied arrire se dplace vers l'ar-rire, tandis que le pied avant le suit sans se poser et retourne immdia-tement vers l'avant suivi par le pied arrire ; il en rsulte un dplace-ment vers l'arrire permettant d'vi-ter un coup et d'une reprise de la po-sition de dpart dans un mouvement fluide et rgulier. En dehors des dplacements du corps, les Ninja tudiaient gale-ment les diffrentes formes d'esca-lade, de chute, ainsi que les techni-ques pouvant s'avrer utiles au cours d'une mission. Certaines d'entre elles taient le fruit d'un sim-ple conditionnement physique : ds son plus jeune ge, le futur Ninja de-vait courir plus vite et plus long-temps que quiconque, rester immo-bile et silencieux pendant de longs moments, grimper et rester suspen-du une branche d'arbre pendant des heures. En gnral, les jeux des enfants taient organiss et suivis par un ancien qui les transformait en Ici et dans les pages suivantes, nous montrons deux types de dplacements fondamentaux en at-taque : inutile de rappeler que la phase la plus importante du combat consiste pntrer la garde adverse au bon moment. Le Ninja est attaqu par un adversaire arm d'un sabre (pour l'entranement, il est prfrable d'u tiliser un bokken comme sur la photo) 44 stimuli nouveaux, comme l'tude de types particuliers de respiration ou de formules mentales. On avait ten-dance dans l'entranement ancien liminer la dichotomie corps/esprit dans le but que chaque exercice physique soit li l'esprit et chaque exercice mental au physique ; c'est dans cette optique que les signes magiques avec le doigt, les clbres kuji qui occupent une place impor-tante dans la lgende Ninja, doivent tre considrs. Les techniques pour " marcher sur les murs " (Kabe koko wasa), utili-ses en cas de difficult, sont tout fait caractristiques. L'entranement commenait par une course rapide (le passage de l'immobilit la vites-se maximale tait l'un des exercices fondamentaux de la pratique du Nin-jutsu) sur un parcours dont on devait sortir brusquement pour monter une pente abrupte, sans jamais ralentir. Le stade suivant consistait faire la mme chose avec un mur en s'effor-ant de monter le plus haut possible grce la force centrifuge. Cet exer-cice permettait l'excution d'in-croyables acrobaties : on parlait de Ninja capables de fuir leurs adver-saires en grimpant jusqu'au plafond et disparaissant ensuite d'un bond au-dessus de leurs ttes. On attend que l'attaque adversaire amorce sa descente 45 46 On entre dans le sens d'o provient l 'attaque en utilisant le plus petit angle permettant de l'viter. En japonais, ce principe est appel lrimi ; on l'utilise trs souvent parce qu'il permet de bien avan-cer dans la garde de l'agresseur en exploi-tant son dplacement vers l'avant Une fois entr dans la garde, on a rapide-ment le dessus. Dans ce cas, on a recours une technique ancien-ne dite " haut-bas " Cette fois le Ninja vite l'attaque avec un rapi-de changement de garde ; le pied gauche qui tait en avant vient se placer derrire le droit qui passe son tour en avant. Il en r-sulte un changement de garde permettant au Ninja de " contour-ner l'attaque Ici aussi on a recours /a technique du d-squilibre : on relve le menton et on bloque le dos de l'adversaire hauteur des reins pnutile de forcer), de sorte le faire tomber /a renverse 47 17 LES CHUTES Les chutes sont en ralit des dpla-cements particuliers qui faisaient partie de l'entranement Ninja de-puis la plus tendre enfance. Celles utilises par les guerriers de la nuit taient assez semblables celles pratiques aujourd'hui dans cer-tains arts martiaux (Judo, Akido, Ju Jutsu), l'exception de quelques diffrences dictes par certaines n-cessits. Dans les chutes en arrire et sur les cts on n'utilise pas le coup de bras, ncessaire pour protger le cerveau des vibrations dans les chu-tes rptition, mais superflu pour une seule chute et mme dangereux sur terrain accident : en cas de be-soin, le Ninja n'avanait que la par-tie suprieure du bras, sans lcher 48 l'arme qu'il tenait. Le mouvement de chute tait suivi d'une rotation et d'un mouvement pour se relever progressivement, sans -coups ; si le Ninja restait terre, c'tait parce qu'il s'apprtait effectuer quelque action. Toutefois, la chute en arrire n'tait utilise qu'occasionnellement : on considrait dangereux de ne pas voir o l'on tombait, et la pratique la plus courante consistait se retour-ner en l'air pour retomber en avant. Dans la chute avant avec roulade (Zempo-kaiten), une jambe se re-pliait sous l'autre pour garantir un relvement plus ais. Les chutes taient tout fait naturel-les pour les guerriers de la nuit, mais galement pour les guerriers nor-maux ; les diffrences rsidaient dans de petits dtails mis au point Nous vous montrons dans tes pages sui vantes un ensemble de techniques corpo-relles (dplacements, chutes) utiles pour la pratique du Ninjutsu. Elles peuvent tre ap-prises progressive-ment jusqu' assimila-tion totale et tre ras-sembles en un seul et unique exercice. La position de dpart est normale : on re-marquera que le Ninja porte un poignard la ceinture. Il est trs im-portant de s'entraner en conditions relles (ou presque), c'est--dire en portant sur soi l 'ensemble de l'qui-pement ncessaire, pour s'habituer la gne qu'il peut occa-sionner par les Ninja dans le but de dso-rienter l'adversaire : la chute doit tre utilise lorsqu'on l'attend le moins, de faon surprendre l'ad-versaire. C'est pourquoi lorsqu'on y a recours en cas de ncessit, on doit s'effor-cer de tomber un peu plus en avant, un peu plus en arrire ou un peu plus sur le ct de ce que s'attend l'adversaire. On peut galement fai-re de grands sauts, mais il faut toujours faire en sorte que la pous-se vers l'avant quivaille toujours la pousse verticale. La chute est un art comme elle peut tre une arme : effectue avec natu-rel dans un moment inattendu et sans raison apparente, une chute vers l'avant peut non seulement d-sorienter l'adversaire mais aussi permettre de le frapper avec les La position de dpart de la chute en roulade vers l'avant : Zempo kaiten ukemi. On pose terre (doigts vers soi) la paume de la main correspondant au pied avant et on la fait glis-ser entre les deux pieds pieds de faon inattendue. Il s'agit toutefois d'une technique exigeant de l'entranement (un camarade avec un bouclier rembourr consti-tue la cible idale) pour s'habituer frapper avec le talon sans se faire mal. Roues, sauts de main, sauts mor-tels, faisaient tous partie du bagage technique du Genin, mais n'taient utiliss qu'avec parcimonie et pres-que uniquement par des individus particulirement dous. Contraire-ment ce que l'on pourrait croire, les Ninja utilisaient des techniques simples, rapides et d'excution faci-le afin de s'exposer au minimum de risques ; le choix du temps et la ca-pacit surprendre tout moment leur confrait toujours une avance de quelques secondes, fondamenta-le leur survie. 49 20 Quand le poids de la tte entraine le corps vers l 'avant, la main est immdiatement re-plie sur la poitrine, tandis que l'on roule sur le bras, sur l'paule puis sur le dos La jambe gauche se plie, offrant ainsi un point d 'appui pour se relever. Les orteils doi-vent tre bien appliqus au sol pour consti-tuer l'appui ncessaire pour se relever de fa-on nergique 50 21 22 Une fois relev, il est indispensable de cerner rapidement la situation. C'est l toute la d)ff-rence entre l 'entrainementet la ralit. Dans les manuels, cette attitude est dcrite de la mani-re suivante : " Lever les yeux du champ de ba-taille OU l'pervierchercheuneautreproie " Un rapide mouvement de hanche, et on se re-trouve dans la direction dont on est venu ; les pieds ont chang de position grce une ro-tation sur la pointe des pieds; sans se dpla-cer sur le sol , .. 23 Roulade en avant sans appui sur le dos : cet exercice, peu utile dans la pratique relle, est trs efficace pour la coordination musculai-re ; il permet en outre une meilleure prise de conscience des capacits corporelles A cet instant prcis du saut, les muscles de l'abdomen interviennent. Tant que l'on n'y parvient pas seul, on peut se faire aider d'un assistant qui, en saisissant par la ceinture, fa-cilitera le mouvement Il est indispensable de s'habituer arriver en garde et dj prt combattre. Nombreux sont les guerriers sans exprience qui par-viennent fuir une premire attaque par une acrobatie et se font tuer par un second adver-saire qui les attend un peu plus loin 0 guruma, la roue, est d'excution simple et peut dsorienter un adversaire .-?..2..__; :'~(~ 51 27 52 On se lance de profil en posant la main droi-te puis la main gauche Il faut, pour russir l 'exercice, bien penser carter les jambes. Bien videmment, ces exercices peuvent tre excuts dans l'autre sens (en commenant par la main gauche), et avec de nombreu-ses variantes Aprs tre retomb sur ses pieds, on peut, en se d-plaant de 90 degrs, partir en flip arrire. Il s'agit d'un exercice exigeant une bonne condition physique et un entranement intensif. Bien que constituant un excellent entranement, cet exercice, largement utili-s dans les films sur les Ninja, n 'est absolument pas indispensable pour une bonne pratique du combat 30Ninja 31 53 Au moment de la re-tombe, il est toujours prfrable de poser d 'abord une jambe (fig. 32), puis l'autre, un peu plus en arrire, de sorte disposer d 'un solide appui sur les pieds (fig. 33) Un rapide changement de front, un regard furtif (ceci doit tre exc1,.1t de faon trs fluide, et on se laisse tomber en arrire : il s'agit de Ushiro ukemi. On commence tout d 'abord par reculer un pied (fig. 34) puis s 'accroupir au-dessus (fig. 35). Le secret consiste faire descendre le bassin progressivement jusqu'au sol sans choc: dans le Ninjutsu, la chute se termine pratiquement 34 toujours par une roulade vers l'arrire 35 54 La figure se termine en position de garde genoux L'agrandissement de l'image prcdente montre le Ninja en train de terminer cette srie d'exercices par un lancer de Shaken 55 LES POSITIONS DE GARDE La meilleure position de garde, c'est de ne pas en avoir ; une vieil-le maxime tout fait valable pour le combat de rue ou pour une agres-sion surprise, mais moins efficace pour les combats en groupes arms. Les fonctions d'une position de gar-de sont multiples mais la principale consiste se protger le orps l'ai-de d'un bras particulirement bien entran au maniement des armes, et bien entendu savoir ruser l'ad-versaire. A quel niveau ? Sur le plus grand nombre d'lments possi-bles : la distance, la force, le coura-ge, la peur, les armes (si on en dispose ou pas), jusqu'au point, d'a-prs certains rcits de chefs Ninja, de semer le trouble dans l'esprit de l'adversaire sur la prsence du Ninja. Les coles modernes de Ninja ont ce sujet une attitude ambigu. Elles tendent d'une part exagrer cer-tains styles particulirement specta-culaires mais sont d'autre part peu prcises sur des points plus prati-ques comme l'quilibre et le dpla-cement. Elles justifient cela par des principes philosophiques (les cinq lments du Taosme ou le dualisme ln-Yo) difficilement recevables par des pratiquants autres que d'un ni-veau exceptionnel. Pour suivre la thorie d'un clbre professeur d'arts martiaux tradition-nels, une position de garde correcte correspond pour un nophyte une srie de leons de dactylographie. On peut trs bien apprendre taper la machine seul, mais les cours permettent de gagner du temps. 56 Une fois les bases assimiles, le discours n'est plus du tout le mme, il est mme conseill d'oublier la thorie et de passer rapidement d'u-ne position de garde une autre en . " bougeant comme dans un rve . C'est au moment o les problmes techniques disparaissent et lorsque l'on s'aperoit que tout ce que l'on a toujours considr comme une er-reur peut tre utile, que l'on dcou-vre l'aspect cratif des arts mar-tiaux. Pour donner quelques indications de base sur les positions de garde, nous dirons que de manire gnra-le, le buste doit tre plac de trois-quarts (han-hanmi), le bras arm doit tre vers l'avant (il s'agit de la partie faible, celle qui sert se pro-tger, en utilisant par exemple la chane du kusari-gama), les pieds doivent tre pratiquement angle droit et les genoux carts. L'cart entre les deux pieds dpend du type de terrain : plus le terrain est rgu-lier et permet donc des dplace-ments rapides et srs, plus la distan-ce entre les pieds doit tre rduite. Dans le cas d'un terrain difficile, glissant ou accident, l'cart des pieds doit tre semblable celui des paules ; les pieds bougent peu, c'est le buste qui est utilis pour augmenter ou rduire la distance avec l'adversaire. Le poids doit tre de prfrence sur le pied avant ou en quilibre entre les deux ; il ne doit tre plac sur le pied arrire que pendant de brefs instants ; bien en-tendu, ces indications changent se-lon la position de l'adversaire. La position de garde face une ar-me doit tenir compte de ses particu-larits spcifiques ; chaque arme a des paramtres propres (distance et faon de frapper). Un pas en arrire suffit ne pas se faire toucher, mais un pas dans le rayon d'action per-met une contre-attaque. L'espace dans lequel on se trouve peut aussi avoir son importance : un petit poi-gnard devient plus redoutable qu'un sabre dans un espace rduit. Dans certaines coles, l'tude pous-se des positions de garde utilise les cinq lments du Taosme : la terre, le feu, l'eau, le vent et Ku ( la place du mtal), traduit par " vide " A cha-cun de ces lments correspond un stade de la nature humaine : ferme-t, agressivit, mallabilit, bienveil-, lance, harmonie. Le Ninja expert, ayant appris que les positions de garde ou les comportements en g-nral peuvent tre ramens ces ty-pologies, comprendra immdiate-ment la stratgie de son adversaire par une simple observation de sa position. A un niveau plus simple, il pourra galement utiliser le type de garde le plus adapt son tat d'es-prit du moment ; cette tape est trs importante car elle permet d'attein-dre une union maximale entre l'es-prit et le corps. Ou encore, il pourra faire appel sa volont et utiliser la ruse en adoptant par exemple une attitude de force en cas de position de faiblesse. 57 TECHNIQUES SPECIALES TECHNIQUES DANS L'EAU Le Japon est parco\.ru de nombreux cours d'eau dont la plupart, en p-riode de crue, rendaient difficile la construction de ponts, ce qui expli-que le grand nombre de bacs et de barques. Cette caractristique fai-sait l'objet d'une attention toute par-ticulire dans l'art militaire, et de nombreuses coles de samouras incluaient dans leur programme la natation avec armure complte. Les Ninja avaient galement consi-dr le problme de l'eau, en dve-loppant des techniques correspon-dantes (sui ton waza) sur l'eau .. et "dans l'eau " Les techniques sur l'eau .. concer-naient la traverse de fleuves ou de plans d'eau, avec parfois transport de matriel ; mais il s'agit l d'un do-maine o les lgendes et l'imagina-tion des passionns ont cr la con-fusion. On parle de chaussures d'eau,. avec lesquelles, dit-on, un vieux paysan descendant du clan des Koga, parcourait les quatre mil-les de mer sparant sa maison de son champ. La ralit est sans doute plus prosa-que: pour traverser des plans d'eau sans risquer de trop mouiller leur d-licat matriel, les Ninja anciens utili-saient des radeaux faits d'outres remplies d'air ou de bambous, ou des barques dmontables. Le vrai secret rsidait probablement dans l'adresse avec laquelle le Ninja abordait l'eau : alors que le commun des mortels avait recours la nata-tion (compltement immerg) ou la barque (compltement au sec), le guerrier de la nuit utilisait souvent des ustensiles lui permettant de flot-ter demi immerg. Les techniques sous l'eau .. ont el-les aussi leurs propres lgendes : on parle de vritables sous-marins fai-sant couler les navires, et de batail-les sous-marines entre groupes de Ninja adverses. Autant de rcits plus que romancs (peut-tre mme par les Ninja eux-mmes qui ont toujours su faire une habile propa-gande de leurs exploits pour ampli- . fier leur propre lgende) . . L'approche Ninja du monde sous-marin est extrmement pratique : il est aussi difficile de rester au fond de l'eau que de flotter, et l'utilisation d'artifices tels que les lests s'avre indispensable. Un linge rempli de pierres tait tenu la main puis l-ch pour une mersion rapide. Le second problme tait pos par la respiration qui devait s'effectuer 59 de trois faons diffrentes : en mer-geant discrtement le visage dans un bouquet de branches la drive ; en utilisant un tube de bambou ou le fourreau vide du sabre ; ou encore en se servant d'un rcipient ou d'un linge impermable (ou la kasa, am-ple chapeau d 'osier et de papier en-duit) pour emmagasiner de l'air sur de courtes priodes et petite pro-fondeur. Toutes ces techniques taient ren-dues possibles par un long et fasti-dieux entranement et grce des techniques mentales et respiratoires prouves, telles que celles permet-tant de supporter le froid sur de lon-gues priodes. A cela venait s'ajouter Nyudaki, l'art de crer des diversions ou de faire croire ce qui n'est pas : une course vers un fleuve , le bruit d'un corps qui tombe dans l'eau ; les samou-ras partaient ainsi la recherche de leur ennemi dans une fausse direc-tion, alors que celui-ci s'tait conten-t de lancer une grosse pierre dans l'eau et s'tait en ralit dissimul quelques pas d'eux. D'autres sa-mouras resteront merveills la vi- sion d'un Ninja traversant un fleuve en marchant sur l'eau, ignorant que celui-ci avait en fait prpar sa mis-sion en plantant au pralable de gros piquets dans l'eau. TECHNIQUES D'ESCALADE Matres dans l 'art de s'introduir'e partout, les Ninja taient d 'excel-lents grimpeurs, non seulement gr-ce leurs doigts et leurs mains puissants qu'un entranement force-60 n renforait depuis l'enfance, mais aussi et surtout grce un quipe-ment trs particulier et un ensei-gnement spcifique leur permettant d'valuer presque instantanment, comme par instinct, l'endroit le plus vulnrable l'attaque. Pareils aux voleurs modernes qui souvent cherchent la fentre laisse ouverte par mgarde pour s'intro-duire quelque part , les guerriers de la nuit partaient du principe que les endroits inaccessibles taient sou-vent les moins surveills. Pour grimper (ce domaine porte galement le nom de techniques de l'air), les Ninja s'aidaient de nombreux ustensiles tels que les cordes croc (kagi ou musubi-na-wa), les chelles pliantes, les longs pieux de bambou quips de mar-ches, les poulies, les trampolines et les perches de saut en hauteur. Vers la fin de l're Edo, lorsque le Ninjutsu tait devenu la mode dans les romans d'aventure et dans les drames thtraux, certains ma-nuels d'instruction Ninja,. dcri-vaient de faon peu claire des qui-pements relevant du fantastique, comme d'normes roues de moulins vent en bambou capables de transporter les Ninja au sommet des chteaux d'o ils lanaient leurs ennemis des flches empoison-nes; on parlait encore d 'normes aigles qui transportaient les Ninja l'intrieur des chteaux forts (l'utili -sation d'aigles pour d 'autres tches est tout fait plausible, mais pour ce qui est de l'aigle gant, les Ninja ont peut-tre eu recours un pantin). Les cordes, les pieux et l'assistance des collgues constituaient sans au-cun doute l'quipement prfr des Ninja pour l'escalade ; les shuko, gantelets de fer hrisss de griffes, moins pratiques, taient moins utili-ss : ils pouvaient toutefois devenir une arme terrible et offrir une certai-ne protection . Mme chose pour les ashiko, ustensiles semblables aux shukos mais destins aux pieds, peu pratiques car entravant les d-placements. On trouvait beaucoup plus pratique d'utiliser un shaken ou une simple cheville en bois enfon-ce dans une fissure du mur Uamais le sabre qui pouvait se briser sous le poids du guerrier). Encore une fois, plus que l'escalade effectue, c'est surtout l'apparence qui surprenait les victimes des Nin-ja. La technique de la dsorientation consistait trs souvent au cours d'u-ne poursuite lancer une corde sur une branche d'arbre, puis s'enfuir pendant que les poursuivants per-daient du temps encercler l'arbre ; on pouvait aussi lancer une corde du haut d'un chteau et aller ensuite se rfugier dans un grenier. On compte des dizaines de trucs de ce style : les Ninja utilisaient des pou-lies pour faire monter l'un des leurs vitesse foudroyante (un pantin en ralit) pour dtourner l'attention pendant que leurs camarades for-aient une entre de l'autre ct ; on pouvait galement faire disparatre le pantin dans une belle explosion colore ... 61 Comment nous l'avons dit aupara-vant, l'lment terre, Yo, se prte au combat (dans les traits anciens des coles de Ninja, les lments de combat sont exposs sous ce titre ou sous celui du .. mtal " qui dans d'autres traits n'est pas remplac par le vide ), mais comme chaque lment a toujours quelque chose de son contraire, le combat est ga-lement possible dans l'eau. Les actions de terre concernent aus-si bien les diffrentes techniques de progression sur le terrain sans bruit (ou mieux, en s'assimilant aux bruits dj existants : le vrai silence est toujours suspect), que dans les dif-frentes manires de se camoufler et de se cacher en cas de fuite, en passant par les techniques de dpis-tage et de dissimulation des traces .. La partie la plus intressante des ac-tions de camouflage inclut une srie d'observations des conditions ext-rieures, comme par exemple la fa-on de se placer par rapport la lu-mire, au vent, ou encore l'valua-tion du terrain sur lequel on se trou-ve. Tout Ninja doit tre capable de disparatre comme s'il se faisait avaler " par le sol : une prpara-tion pralable de trous recouverts de branchages en permet la ralisation, mais il faut parfois s'improviser pier-ACTIONS AU SOL re ou buisson selon le type d'envi-ronnement. Les instructions des guerriers de la nuit sont assez peu dtailles : on sait que ds l'enfance, le Ninja rece-vait des plus anciens un entrane-ment spcial de l'art de la dissimula-tion et que les plus maladroits taient svrement punis. En outre, ces techniques englobaient gale-ment les aspects les plus complexes du camouflage. On note surtout une grande diffrence entre le camoufla-ge de longue dure en cas d'infiltra-tion en milieu ennemi, et le camou-flage de courte dure en cas de fui-te. Le camouflage de longue dure s'effectue en gnral dans une ca-chette inconfortable et souvent pla-ce sous les yeux mme de l'enne-mi, grce la rsistance physique acquise par un dur entranement ; plus le temps passe, plus la cachet-te devient sre. L'idal est de s'y mettre juste aprs une inspection de l'ennemi. Le camouflage de courte dure peut tre des plus vidents : un saut dans le vide (on se cache en ralit dans un recoin du talus) accompagn d'un grand cri peut permettre de ga-gner de prcieuses secondes pour se faire dpasser et retourner sur ses pas. 63 La dissimulation de traces a sans doute t l'une des plus grandes proccupations de tous les peuples de guerriers ; en cela les Ninja n'-taient pas vraiment diffrents des autres groupes semblables (les peaux-rouges par exemple). On compte parmi les stratagmes favo-ris la confusion (faute de ne pouvoir effacer toutes les traces on en laisse dans toutes les directions), la techni-que du livre (revenir sur ses pas et repartir dans une direction diffren-te) et, sans doute le meilleur de tous, rester sur place en faisant croire que l'on est parti. La plupart de ces actions ncessi-tent des dguisements, de la psy-chologie et selon certaines tradi-tions, un peu de magie chamanique. Une grande prparation et l'exploi-tation des croyances populaires taient les meilleurs allis des Nin-ja : on pouvait facilement tromper les poursuivants en ayant rd plu-sieurs mois dguis en bcheron et en organisant une petite mise en scne avec des cris de terreur ; une peau de loup ou de blaireau laisse sur le sentier avec tout son bagage de lgendes sur les tres magiques faisait ralentir les poursuivants. Le Ninja peut devenir invisible volont" : cette dclaration, proba-blement ne de la propagande Nin-ja, rentre dans l'enseignement sup-rieur Shinobi. Il existait galement des enseignements secrets selon lesquels les sens ne constituent qu'une partie des possibilits de la 64 perception humaine, qui souvent est beaucoup plus sensible des si-gnes moins visibles, comme l'activi-t du cerveau, par exemple. Selon les Matres du Shugendo, il suffirait . de parvenir arrter l'activit cr-brale pour devenir immdiatement moins visible. Ces observations sur l'activit cr-brale, d'origine bouddhiste (on re-trouve des tudes sur le psychisme humain dans des canons bouddhis-tes remontant avant notre re), taient galement suivies par les sa-mouras qui focalisaient leur atten-tion sur " sekki " l. volont d'autrui de faire mal. Un jour, Yagyu Tajima no Kami Munenori, le clbre Matre du sabre, devenu vieux, rassembla les membres de son clan dans l'in-tention de cder les pouvoirs. En r-ponse aux questions de ses fidles consterns, il raconta comment, ab-sorb dans son jardinage, il avait soudain senti la prsence de sekki derrire lui, mais n'avait trouv que son page en se retournant. C'tait la premire fois que le vieux chef guer-rier (sans doute du plus puissant et mieux organis clan Ninja) se trom-pait, et pour cette raison avait-il ad-mis ne plus tre la hauteur de ses fonctions. Aces mots, le jeune page du Yagyu se jeta ses pieds en sanglotant, le priant de le pardonner : il s'tait de-mand si en dgainant rapidement son sabre, il pourrait frapper son Ma-tre dsarm, mais celui-ci s'tait im-mdiatement retourn, l'airfurieux. ARMES ET EQUIPEMENT LE SABRE Bien que le grand public le relgue souvent au second plan pour des ar-mes plus pittoresques, le sabre de-meure l'arme principale du Ninja ; c'est du moins ce qu'affirment de nombreux historiens et pratiquants comme le clbre Nawa Yu mio. Tous les passionns connaissent de rputation le sabre Ninja (Ninja to ou Shinobi to), noir, la lame droite et la grande garde carre, avec pom-meau et fourreau regorgeant de trucs. Malheureusement, il n'en exis-te plus d'poque, car s'ils ont exist, ils ne constituaient sans doute pas la rgle et taient par consquent ra-res. N'oublions pas que certains sa-mouras ont galement utilis des sa-bres droits (musori) ou peine incur-vs; toutefois, on s'accorde gnra-lement dire que les sabres incurvs sont plus commodes. Comme la majeure partie des armes de la tradition Ninja, le sabre tait presque toujours d'origine samou-ra, vol, ramass sur le champ de bataille ou achet au march noir. Gnralement plus courts que la Ka-tana traditionnelle du Sushi (il pou-vait s'agir d'une lame abme rac-courcie, pratique trs courante dans le Japon mdival pour armer les guerriers de bas rang , ce qui expli-querait peut-tre la faible courbure), ils n'arboraient pas les dcorations raffines des artisans samouras qui faisaient de leurs sabres de vrita-bles uvres d'art. Muni d'un pom-meau, d'un fourreau, et d'orne-ments rcuprs et l ou transfor-ms, le sabre du Ninja ressemblait peu son apparence de dpart. Le manque de longueur n'tait pas toujours un inconvnient dans la mesure o le port d'une arme lon-gue pouvait se rvler gnant pen-dant les missions mouvementes ; d'autre part, aucune rglementation n'interdisait les armes courtes, et ces dernires s'extrayaient plus faci-lement des fourreaux de longueur normale permettant ainsi un effet de surprise sur l'adversaire. L'un des inconvnients de la lame courte tait une efficacit moindre dans les tranchants (le monouchi, la partie qui doit frapper, est moins ra-pide) qui devait tre compense par une technique plus marque des mouvements du corps. Il faut dtruire la lgende selon la-quelle il existe une diffrence de ma-niement entre les coles de samou-ras et les coles Ninja ; les diffren-ces apparentes dpendent de deux 65 facteurs : on tudiait dans les coles de samouras le maniement de deux types fondamentaux de sabres, Odachi (ou Katana, de longueur su-prieure deux shaku, un shaku tant peu prs gal un pied, c'est--dire 30,4 cm) et Kodachi (shoto ou wakizashi , variant de un deux shaku de longueur). Certaines coles tudiaient uniquement le sa-bre long, d'autres le court, et certai-nes comme celle de Ni Ten de Mu-sashi Miyamoto les deux. Musashi tait le fils d'un samoura expert en kodachi et en jitte et fut adopt par un matre d'odachi ; ne voulant faire du tort personne, Musashi inclut les deux types de sabre dans son systme. Le sabre Ninja, qui dans la plupart des cas est un grand kodachi (mais mani comme un odachi), tire profit de l'essence des deux armes; c'est pourquoi il peut tre mani comme un sabre long (en tenant le pom-meau deux mains), mais aussi comme un kodachi, c'est--dire avec une seule main, et parfois seu-lement, avec un pommeau non con-ventionnel. La seconde diffrence drive de l'enseignement svre des ryu traditionnels de sabre ; sur une priode pouvant durer plus de dix ans, les lves doivent assimiler l'ensemble du programme, des techniques simples aux plus com-plexes, et sont ensuite initis aux techniques secrtes de l'cole. Ceci fa!t que la plupart des gens ne con-naissent pas les programmes techniques des coles dans leur in-tgralit. La mthode d'enseignement Ninja est totalement diffrente : avec la 66 survie comme objectif premier, les arts martiaux ne sont pas enseigns de faon progressive mais plutt se-lon les diffrentes possibilits d'utili-sation. En ralit, la plupart des mouvements spectaculaires du ma-niement Ninja du sabre, s'opposant en apparence toutes les rgles du maniement samoura, ne sont autres que des techniques sophistiques et secrtes .. de ces mmes coles de samouras. L'efficacit limite des lames Ninja, due leur petite taille et au manque d'affilage spcifique, contraignait un maniement athltique .. avec des dplacements du corps plus ac-centus, et privilgiait les coups de pointe (tsuki) sur les tranchants (uchi). Et cela pour deux raisons ; tout d'abord parce que comme dit le vieux dicton : Le coup de tran-chant blesse mais la pointe tue .. , mais aussi parce que dans le com-bat avec des hommes harnachs d'armures, il tait plus facile de trou-ver un point vulnrable plutt qu'une ligne de coupe. Les techniques de coup de pointe pratiques par les guerriers de l'ombre taient d'une prcision extrme qui, allie la vi-tesse ncessaire pour se protger de l'attaque, exigeaient une habilet presque surhumaine, ne pouvant tre obtenue qu' force d'entrane-ment. Traditionnellement, il existe au Japon deux systmes de combat au sabre : le premier, qui se fait au fleuret , a t remplac par le Ken-do ; le second, est connu sous le nom de lai. Pour en donner une description sim-ple, le lai consiste dgainer le plus rapidement possible, comme dans 1 les westerns amricains. En ralit, le lai est une discipline plus com-plexe : il s'agit d'une technique de combat extrmement sophistique aux principes la limite de l'sot-risme tel que celui, incroyable pour un nophyte, selon lequel il est plus facile de battre un adversaire ayant dgain son sabre si on n'a pas en-core dgain le sien. Le Japon a compt des centaines d'coles de lai (pour lequel il existe plusieurs noms, dont Batto), dont la plupart existent encore, transfor-mes de Bugei en Budo. Inutile de souligner que la plupart des princi-pes enseigns dans ces coles dri-vaient des Ninja eux-mmes, pour qui ce type de combat tait bien plus efficace que le combat traditionnel, jug stupide. Un Ninja qui se trou-vait pris dans un duel avec un sa-moura fuyait immdiatement pour essayer de le tuer plus loin, si cela tait possible, puisque dans les ac-tions en territoire ennemi, la rapidit d'action et la vitesse taient consi-dres comme essentielles une fois dcouvert. Il n'y avait donc qu'une seule raison de rester plus de quel-ques secondes face face avec un adversaire : l'occuper pour permet-tre un camarade de l'attaquer dans le dos. Technique Le plus important est d'apprendre empoigner le sabre. La faon d'empoigner, quelques nuances prs, est identique dans toutes les coles du Japon et consis-te saisir fermement le haut de la garde avec la main gauche (comme on le ferait pour un parapluie), tandis que la main droite en saisit la base (tsuba) avec douceur (comme on fe-rait avec un uf qu'on ne veut pas casser). Comme les pouces sont la partie la plus fragile des mains fer-mes en poing, il faut viter en em-poignant le sabre de les maintenir sur une mme ligne mais au contrai-re serrer le poing en poussant les pouces vers l'avant, comme si on essorait un linge ; cette action (shi-meru) sera accentue au moment de frapper la cible, lorsque l'espace d'un instant, les bras se tendent pour transmettre la pousse au res-te du corps. Les positions de garde ne sont pas tudies avec autant d'application que dans les coles de samouras ; au contraire, les coles Ninja ont tendance considrer la position fondamentale (sabre tendu devant soi) extrmement ingnue, parce que trop rvlatrice pour l'adversai-re. Les Ninja ont plutt recours des positions moins orthodoxes prsen-tant toutes l'avantage de dissimuler la longueur du sabre, de la lame ou simplement la taille de celui qui la manie. Il est difficile de rsumer en peu de lignes les nombreuses techniques de sabre Ninja qui elles seules constituent la partie la plus impor-tante des techniques de combat des guerriers de l'ombre. Dans l'ensei-gnement Shinobi traditionnel, les techniques de combat taient tu-dies pendant des annes un ni-veau lmentaire, tandis que d'au-tres enseignements associaient les diffrentes actions en un tout unique 67 dans l'esprit de l'lve. Ce principe de l'action, qu'il s'agisse de combat ou d'un autre domaine, vu comme une continuit dans le temps, com-me une route sinueuse au fond de laquelle brille le but de la mission et le long de laquelle le Genin doit se dplacer rapidement " comme dans un rve .. , constitue l'enseignement le plus efficace et le plus original du Ninjutsu Malheureusement, l'esprit seul ne suffit pas pour le comprendre : il faut que corps et esprit soient unis, mais le corps est souvent long compren-dre, et de nombreux exercices sont indispensables. Ds que le corps et l'esprit sont unis, le corps devient moins encom-brant et l'esprit parvient lui faire franchir le seuil du normal l'aide de la magie, jusqu'au rgne du mer-veilleux. Il est alors possible d'arr-ter le temps pour repartir en arrire et refaire tout ce qui a dj t fait ; mais ce seuil ne peut tre franchi sans un matre. Une simple explica-tion littraire, en dehors du fait qu'el-le peut tre dangereuse, pourrait se rvler totalement inefficace. Pour citer quelques points caract-ristiques des techniques Ninja, nous parlerons des parades, souvent ex-cutes en empoignant le sabre d'u-ne seule main. Il est par exemple trs difficile de contrer un coup port deux mains avec un katana, c'est pourquoi nous vous donnons quel-ques conseils pour y parvenir. 1. Modifier la distance : au moment o l'arme de l'adversaire est cen-se toucher, le Ninja doit se pla-cer plus loin ou plus prs de ce qu'a prvu l'adversaire. 68 2. Le sabre qui pare doit tre dyna-mique : on ne doit pas opposer de rsistance au coup, mais en envoyer un autre dans sa direc-tion, renforant ainsi la parade. 3. Parer avec le tranchant : c'est une caractristique des parades Ninja, pour essayer de rompre le sabre ennemi sans se soucier du sien. Si le sabre se casse, quel-que chose d'autre fera srement l'affaire. 4. Se cacher derrire le sabre : c'est une sensation que l'on peut prouver dans un tat de concen-tration suprieure. 5. Partir : il faut parer et s'extraire simultanment de la ligne de frappe au moment o tombe le coup adverse. 6. Trouver de l'aide : l'autre main ou une partie du corps offre un soutien la lame pendant la pa-rade. 7. Transformer une chose en une autre : la parade doit devenir une attaque toute en fluidit ; nous di-rons mme que l'une doit prpa-rer l'autre. 8. Surprendre l'adversaire : l'impr-visible, l'inattendu, doivent tre partie intgrante du systme de combat. Exemple banal : un Nin-ja menac peut sortir son sabre, le jeter dans les airs et surpren-dre son adversaire dconcert en l'aveuglant avec de la poudre ou du sable. Le combat au sabre trs rapproch tait galement une spcialit Ninja. En plaant une main sur le pom-meau et l'autre sur la lame pour la guider, le" guerrier de la nuit ,. rus-sissait frapper mme de trs prs. Le sabre tait l'arme la plus utilise par les guerriers japonais et les Ninja n'chap-paient pas cette r-gle. Les Ninja por-taient le sabre la ceinture de la tacon la plus traditionnetie qui soit. L'arme n 'tait fi-xe derrire les pau-les qu 'en cas de n-cessit, comme pour l'escalade d 'un mur Position fondamentale de combat, seegan. A la diffrence du Kendo moderne, les pieds sont carts en T " et solidement plants sur le sol, tandis que le buste est lgrement de ct. La position des pieds et du buste est conserve dans d'autres gardes Une autre caractristique des Ninja consistait porter des coups impen-sables comme par exemple celui consistant clouer le pied de l'ad-versaire au sol. Paradoxalement, c'tait justement dans le combat au sabre que le Ninja utilisait des techniques de projection ou des techniques lgres : comme il s'agissait d'un combat mortel, l'ad-versaire ne s'attendait qu' des coups mortels et tait donc plus vul-nrable aux autres. Aujourd'hui, le sabre n'est plus utili-s dans la vie de tous les jours, mais pourtant, l'entranement continue en enseigner le maniement. On pen-se en effet que les combats au sa-bre, pour leur danger et pour leur ra-pidit, sont les plus adapts la pr-paration au combat en toutes situa-tions. 69 Sha no kamae est une position trs utilise pour s'approcher d'un ennemi en cachant son arme Jodan, ou garde haute, la position du feu , est l'une des positions fondamentales du combat. Elle peut tre excute droite comme gauche bien qu'il soit prfrable de commencer avec la jambe gauche : toute la puissance de l'attaque sera donne par un pas en avant effectuer en-suite avec la jambe droite 70 42 43 45 Gedan, ou position d'eau, est la garde basse adopte pour librer son arme d'une confrontation directe avec celle de l'adversaire. Cette position peut tre galement effectue partir de la gau-che comme de la droite, bien que pour la gauche il soit prfrable d 'utiliser le Sha no kamae 46 Sasakure no kamae, effectu subitement, peut dconcerter l'adversaire 71 72 Shin no kamae (fig. 47-48) permet de repren-dre de la distance tout en continuant de me-nacer l'adversaire Position de combat courte distance (fig. 49-50). Les armes des Ninja et leur entrane-ment particulier les portaient prfrer le combat courte distance avec une main sur la lame (soe te) 48 50 51 53 Position du pont, "torii , (fig. 51-52}. On comprend facilement comment une parade peut se transformer en une attaque de pointe Tsuka no kamae, ou position de la garde (fig. 53-54}. On peut frapper l'adversaire au visa-ge avec le pommeau du sabre (Kashira) 73 55 57 Kara no kamae, ou position chinoise, une influence possible du continent sur les mthodes Ninja Une variante de sasakure consiste tenir dans la main l'tui du sabre (saya) qui, con-trairement la littrature Ninja, n 'est pas utili-s pour parer, mais pour gner l 'adversaire par une action dite kasumi " (brouillard) 74 58 Les Ninja n'utilisaient pas le fleuret tradition-nel. Leur technique de combat avec le sabre prvoyait une attaque rapide et foudroyante, suivie de la fuite. C'est pourquoi il tait cou-rant de les voir amorcer leurs actions le sabre dans le fourreau, une technique de combat plus connue sous le nom de " Batto Jutsu " (technique pour dgainer) semblable celle connue par la suite sous le nom de lai. Dans une action typique de Batto (fig. 59), ef-fectue ici sans adversaire, le Ninja frappe d'un coup de pommeau (Kashira) tout en avanant. On remarquera le dplacement du corps et l'utilisation des deux mains pour donner au coup toute sa force. En reculant, on dgaine (fig. 60). On doit avoir la sensation de bouger le corps sans dplacer le sabre, qui doit tre comme sus-pendu On saisit immdiatement la poigne de l'ar-me avec la main gauche, ainsi qu'avec la main droite retourne (gyaku te) (fig. 61) 61 75 62 ?'1< 1/ 1--J) ~~~i ....:::... Lorsque le sabre est en haut, on le saisit avec la main droite normalement positionne Puis, on lance immdiatement le sabre en avant 76 On dgaine le sabre plac sur les paules, pratique trs clbre chez les Ninja du grand cran. On remarquera que la main gauche saisit le fourreau par l'extrmit pour faciliter l'extraction 64 f 65 66 En ralit, le Ninja extrait un petit poignard cach l'extrmit du fourreau du sabre et qui peut tre lanc pendant l'effet de surprise ~- ... 19'1< // ,/) \~1:.., ... ..__ _ __.,. 67 Le Ninja (en tenue plus sombre) est attaqu. Sans se faire remarquer, il/ibre le sageo (la robuste bande de soie qui retient le fourreau la ceinture) 77 70 En se dplaant lgrement sur le ct et en avant, il frappe l'adversaire avec l'extrmit du pommeau du sabre Le bras gauche termine derrire la lame lui fournissant ainsi un point d'appui La main gauche libre la lame du fourreau en le faisant tomber terre ; une variante con-siste jeter le fourreau entre les jambes de l'adversaire . En se plaant sur le ct de l'adversaire on le coupe hauteur de l'abdomen. Ce coup, qui tranche les muscles abdominaux, prive les bras de toute force. Toutefois, si l'ennemi est protg par une armure, le coup se rvle inefficace 71 -. On passe derrire l'en-nemi en empoignant fermement le sabre 72 On achve l'adversai-re en lui assenant un coup la nuque 73 19'1< j~ t.J) ~~~~ 19'1< j~ J) ~~~~ 75 Une variante utile pour le cas o l'adversaire serait protg par une armure consiste ne pas frap-per au cou mais au jarret de sorte sectionner le tendon d 'Achille qui en gnral n'est jamais pro-tg Autre situation possible : le Ninja doit affronter un ennemi en garde '9'1< // j) \~1!, .. 80 1 ty1J< ./.J j) \~~, Ds que l'adversaire arme le sabre pour frapper, le Ninja s'accroupit, et tourne son sabre dans le fourreau lame vers le bas En se relevant d'un coup, il frappe le bras de l'adversaire en diagonale et partir du bas. Etant donn que le sabre n'est tenu que par une main, c'est Je corps qui donne toute sa puissance l'action 81 76 77 Immdiatement, la main gauche vient se placer sur le dos de la lame. On remarquera qu' cette distance, l 'adversaire, s'il empoigne son sabre de faon traditionnelle, se trouve alors trop cour-te distance Le traditionnel coup la nuque achve l'adversaire. Souvent, les Ninja omettaient d'assener ce coup qu'ils considraient comme une perte de temps ':J'J' .//v/ l~1:.,~. 82 '91J< /,),1) \~~--Le fourreau, tenu dans la main vers l'avant, peut tre lanc pour distraire l'adversaire. Il tait fr-quent que les fourreaux des sabres Ninja comportent des poches remplies de sable ou de poudre destins tre lancs aux yeux de l'adversaire Les techniques de sabre court taient assez utilises chez les Ninja car d'une part le sabre court (un long poignard muni d 'une garde) tait plus facile dissimuler, et d'autre part, le systme de combat, plus physique et fond sur " l'attaque au bon moment , tait bien adapt leur type d'entranement. Le Ninja (en tenue sombre) est dfi par un guerrier arm d 'un sabre ly1JC /,J.J) \~1.:., .. .__ __ __, 81 83 82 83 'y'J~ /.)j) ~~\:..,~ f9'l< // j) ~~1.::.,~ Le guerrier dgaine le sabre tandis que le Ninja, immobile, semble paralys (fig. 82). Le Ninja avance vers l'arme de son ennemi en portant la main la sienne pour dclencher l'attaque de l'adversaire (fig. 83) 84 l_?')< / /v') \~1:,-,. Ds que l'adversaire s 'est lanc, le Ninja se retire de la ligne d 'attaque en effectuant un pas crois (fig. 84). L'attaque adversaire est anticipe par un coup au visage (fig. 85) ; avec le sabre court, il faut entrer le moins possible en contact avec le sabre adversaire. Contrairement ce que l 'on pourrait penser, les parades sont des techniques rserves exclusivement aux experts 85 85 87 o/'JC // ,J) \~~.,. En se plaant derrire J'adversaire, on l'achve rapidement d'un coup dans le dos ou dans l'in-terstice de l'armure Cette brve squence montre bien le principe sur lequel le combat avec sabre court est fond ; tout d'abord, avec un mouvement bassement agressif, on incite l'adversaire attaquer (fig.87) et, en disparaissant sous son attaque, on Je prcde en frappant Je premier (fig. 88) 86 89 91 90 92 88 93 Pour utiliser un sabre japonais il est ncessai-re de se familiariser avec son maniement tra-ditionnel, ou du moins d'apprendre couper avec. C'est dans ce but que nous avons choi-si un exercice appel Happo Ken qui signifie couper dans huit directions " Il existe dans les diffrentes coles plusieurs exercices por-tant ce nom : celui que nous vous proposons est inspir du Toyama Ryu, une cole relati-vement moderne, invente pour entraner les officiers japonais au maniement du sabre. Es-sentiellement pratique, cette cole se propo-se d'enseigner couper. Cet exercice doit faire J'objet d'une pratique assidue, et se pr-te, alors que l'on progresse, d 'intressan-tes observations sur les dplacements. L'exercice commence avec le sabre la cein-ture (fig. 89). En avanant on assne un coup la gorge ou au sternum (fig. 90). On libre la pointe du sabre en oprant un dplacement en arrire (fig. 91 ). On place le sabre horizon-talement sur la gauche (fig. 92). On coupe ho-rizontalement de gauche droite en mainte-nant la lame hauteur de la gorge (fig. 93-94-95) 89 94 95 96 90 On descend la lame sur la droite (fig. 96). On coupe en diagonale vers le haut (fig. 97-98). Arriv en fin de course, on tourne les mains (fig. 99). On coupe vers le bas selon la trajec-toire peine effectue (fig. 100-101 ). On lve la pointe hauteur des paules (fig. 1 02) 91 101 102 104 92 On coupe horizontalement de droite gauche (fig. 103-1 04). En fin de course on place la lame vers le bas (fig. 1 05). On .coupe de bas en haut etdegauchedroite(fig. 106-107) 105 106 108 Une fois en haut, on tourne les mains (fig. 108). On coupe en diagonale vers le bas, de droite gauche (fig. 109-11 0) 93 109 110 111 112 On place la lame au centre, au-dessus de la tte (fig. 111 ). On frappe verticalement. Les pieds ne bougent pas mais on carte les genoux et on descend le bassin de sorte ajouter au coup toute la masse du corps (fig. 112). On se remet en garde (fig. 113). On rengaine en faisant un pas en ar-rire, sans regarder le fourreau mais en s'aidant des doigts (fig. 114-115-116) 94 113 114 3 115 4 116 LEBOKKEN Le bokken, (sabre en bois) est une arme redoutable, de tradition scu-laire, dont l'utilisation s'est affine dans les coles de sabre samoura ; protagoniste de nombreux pisodes comme celui du duel entre Musashi Miyamoto, arm d'un bokken impro-vis, contre Sasaki Kojiro, arm d'un sabre de longueur exception-nelle, le bokken est une arme appr-cie. La caractristique du bokken est d'tre la fois une arme et un instrument d'entranement pour ce,ux qui dsirent apprendre le ma-niement du sabre japonais. Les Ninja, qui dans le domaine des btons prfraient des instruments d'un aspect plus inoffensif, ne le considraient pas comme une arme part entire, mais s'en servaient pour apprendre le maniement dU sabre. Lorsque l'on par:le de bokken, on en-tend par l un instrument tradition-nel, semblable celui utilis dans le Kendo ou dans les coles anciennes (Koryu), capable de mettre un adver-saire hors combat ; les inventions modernes de " bokken Ninja sont trop lgres et leur garde (tsuba), compltement disproportionne, est dpourvue de toute utilit pratique. L'entranement qui nous intresse est la fois actif et passif :dans l'en-tranement actif, le bokken est utilis comme outil de remplacement du sabre et on en tudie le maniement ; dans l'entranement passif, on le place dans les mains de l'agresseur pour tudier les ractions et les d-placements dans les techniques de dfense. 95 Le bokken est irremplaable pour apprendre frapper une cible avec la force ncessaire (une grosse cou-verture de voiture fixe sur un sup-port solide constitue la meilleure des cibles). Il est indispensable lorsque l'on s'entrane frapper de garder l'es-prit les points suivants : 1. Tenue correcte du bokken (voir cpapitre sur le sabre). 2. Faire durer le coup quelques ins-tants en raidissant le corps (ki me). 3. Frapper avec la bonne partie de la lame (monouchi) : le premier quart. Pour identifier le monouchi d'un sabre ou d'un bokken, il suf-fit d'appuyer la lame sur une sur-face rigide et de la tirer lentement vers soi en maintenant le pom-meau appuy sur la paume ; lors-qu'elle arrive hauteur du mo-nouchi, l'arme tend se placer ct fil vers le bas. 4. Utiliser les hanches en les dpla-ant du bas vers l'avant pour confrer plus de puissance au coup. 5. Continuer jusqu' puisement et recommencer deux-cents fois de suite. Ce n'est que lorsque le corps commence montrer des signes de fatigue que la techni-que du sabre commence ren-trer. Au dbut, il est prfrable que la main gauche (celle qui donne toute la force) se dplace le long de l'axe central du corps ; ce n'est qu'aprs un certain temps, il faut en gnral compter deux millions de coups, que l'on devient capable d'tendre la force d'autres points du corps. 96 Mme s'il est vrai que le coup verti-cal du haut vers le bas est de loin le plus important et constitue la base de tous les autres, il est utile de s'exercer aux autres formes de tran-chants, en s'inspirant par exemple du kata de Toyama Ryu, et en es-sayant les diffrents coups contre sur une cible solide. L'attaque de pointe est fondamenta-le pour les guerriers Ninja ; c'est le seul type d'attaque o la plus courte des lames des guerriers Shinobi est galit avec les plus longues la-mes des samouras. On commence-ra les exercices en s'entranant toucher un point du mur partir d'u-ne position de garde en allongeant simplement les bras ; on rptera ensuite le mme exercice en aug-mentant la distance d'un pas, puis de deux, et en s'entranant la par-courir de plus en plus vite. On chan-gera ensuite le rythme des dplace-ments (en alternant une srie de pas courts et rapides avec des sauts), pour partir enfin de positions diff-rentes avec sabre dans le fourreau , et terminer par des actions une seule main (kata te). Les exercices actifs ralisables avec le bokken sont trs nombreux et peuvent constituer eux seuls un entranement complet ; au niveau maximum, les experts parviennent " couper des objets d'un seul et unique coup de bokken bien appli-qu, en projetant toute leur force dans le monouchi de l'arme. Dans les exercices passifs, on se fait agresser par un adversaire arm d'un sabre. En gnral, l'agresseur est un vieil lve ou l'instructeur lui-mme qui, possdant un contrle 117 parfait de l'arme, est en mesure de l'arrter quelques centimtres de la cible sans frapper (en cas d'hsi-tation , on peut utiliser un shinai, le bton en bambou utilis pour le Ken-do, un peu moins dangereux). Sous la menace d'un coup venant du haut (men ushi) on dcouvre quelques points intressants : 1. Le coup ne peut tre vit que si l'on bouge lorsque la lame a dj commenc sa course vers le bas. En se dplaant avant, on donne l'adversaire la possibilit de changer la trajectoire du coup. 2. Il est plus sr de se dplacer vers l'adversaire que dans la direction oppose ; on parvient ainsi r-duire l'avantage de l'arme. 3. Lorsqu'un coup vient de la gau-che, on doit, pour l'viter, se d-placer vers la gauche et non le contraire (et vice-versa). 4. La survie ou la mort dpend des pouces et non des pieds. La faon d'empoigner le sabre est fondamentale pour l 'tude du combat. Les Ninja, qui suivaient ce principe, saisissaient leur arme ds qu'ils le pouvaient de faon traditionnelle: la main gauche empoigne le bokken par l 'extrmit comme s 'il s'agissait d 'un parapluie. On remarquera que l 'ex-trmit repose sur la partie charnue de la paume, de sorte que l 'on ne perde pas prise mme si l'on frappe par la pointe (fig. 117). La main droite est simplement pose (avec un vrai sabre, celle-ci doit se placer immdiatement sous la lame) de sorte que la paume soit en contact avec le dos du pommeau (fig. 118) 97 118 119 120 La main droite se referme et on abaisse la pointe hauteur du cou d 'un ventuel adversaire. Les deux mains pivotent lgrement en direction du pouce par une action dite teno uchi L'action commence lorsque le Ninja ( droite), dont le sabre est encore dans son fourreau, affron-te un adversaire qui a dj dgain. Dans ce genre d 'action dangereuse, les sabres sont rempla-cs par des bokken, excellents outils d 'entranement 98 Mme lorsque l'adversaire de gauche lve son sabre pour assener un coup, le Ninja conserve le sien dans son fourreau Cen 'estque lorsque le sabre de l'adversaire commence sa descente que le Ninja dgaine le sien 99 123 On remarquera que le Ninja s'est dplac vers l'avant et se trouve prsent une distance trop courte pour l'adversaire. Bien qu'il soit difficile de le voir sur la photo, le Ninja en se dplaant est sorti de la trajectoire du coup, tandis que sa main droite se place sur le dos de la lame Continuant son avance, et profitant de la violence de l'attaque adversaire, le Ninja porte un coup de tranchant l'abdomen. La main gauche confre de la puissance au coup 100 Le coup est assen en faisant glis-ser la lame sur le ventre de l 'adver-saire (fig. 125). Si ce dernier est quip d'une armure, le coup doit tre port aux bras Le coup de tranchant au ventre sectionne les muscles de l 'abdo-men et empche ainsi l 'adversaire de lever les bras (fig. 126). L'action est presque termine Un dernier coup de grce au cou (kubi kiri, fig. 127) ; toutefois, ce coup appartient plus la tradition Bush/ qu' la tradition Ninja. En g-nral, les guerriers de la nuit ne s'attardaient pas achever leurs ennemis, ils se contentaient de les mettre hors de combat 125 126 127 101 11'1< // J) \~~,. Cette squence constitue une excellente dmonstration de l'emploi du bokken pendant l'entrane-ment ; en effet, cette action, relativement inoffensive avec des bokken, serait bien trop dangereu-se avec de vrais sabres Celui qui conduit l 'action (en tenue sombre) attend l'adversaire en garde gedan Lorsque l'attaque survient, elle est pare en levant le sabre l'horizontale dans la grande torii, tandis qu 'un lger dplacement vers la droite place l 'excutant hors de la ligne d 'attaque 102 Un pas en avant avec le pied gauche tandis que la main qui serre la lame va se placer sur le ct : le Ninja pntre ainsi l'attaque adversaire fY'J< /~ ,J) \~1:..~ L'action se termine par un coup fatal la gorge port dans une action soete (une main tient la lame) 103 132 Le Ninja est attaqu alors qu'il dgaine son sabre 133 Sans lever le sabre, il pose sa main gauche sur la lame comme s'il voulait parer 104 En effectuant un dplacement, le Ninja lve son sabre brusquement pour se protger des coups venus du haut et pour couper l'adversaire au poignet (l o l'armure ne le protge pas) L'action se termine par un dplacement en avant accompagn d 'un coup de sabre 105 ":1 ~ .. // j) \~~-a 136 106 Le but de la plupart des dmonstrations d'arts martiaux est d'enseigner un homme dsarm comment se dfendre face un ad-versaire arm d'un sabre, mme s'il est vrai que l'application relle est plus qu'improba-ble. Nous vous proposons un exemple de tentative de dsarmement. Le Ninja qui se dfend (en sombre) affronte l'adversaire dans une position extrmement statique (fig. 136) Ds que l'adversaire lve son sabre pour frapper, Je Ninja avance en feignant un coup au visage (ou en lanant de la poudre ou un shuriken), son attitude doit tre agressive et l'attaque, mme si elle est brve, doit tre conforme la ralit (fig. 137). En vitant Je coup de sabre de l'adversaire et en se dpla-ant vers la droite, Je Ninja chappe l'atta-que. L'une des mains du Ninja va se placer sur le pommeau du sabre tandis que l'autre sppuie sur le dos de la lame (fig. 138). Un d-placement de la hanche confre plus de force l'action de dsarmement qui devient impa-rable ; prsent, le fil de la lame est tourn vers l'adversaire (fig. 139) 140 141 Le Ninja empoigne le sabre avec la main droite tourne vers le haut (gyaki te) tandis que la main gauche s'appuie sur le dos de la lame ; son comportement rvle une certaine hsitation, dont l 'agresseur va profiter pour essayer de reprendre son arme Le Ninja peut prsent toucher aisment son adversaire l 'abdomen, au cur ou la jonction de l'armure, sous /es aisselles 108 LES BATONS Les Ninja furent sans doute matres dans l'art du bton, qu'il s'agisse du bo long sei shaku (qui, lorsque l'on considre la taille des Japonais de l'poque, devait sembler norme ceux qui le maniaient), du jo arrivant hauteur de l'aisselle, bton typi-que du combattant, des petits han-ba et tambo, ou encore des kongo auxquels nous consacrons un chapi-tre part. On peut emmener le bton partout ou le laisser dans un lieu stratgique prt tre saisi ; utilis correcte-ment, le bton peut s'opposer n'importe quelle arme ( part bien sr aux lourdes masses utilises en combat par certains samouras), et son maniement est trs instructif pour tous les autres types d'armes. Les bo taient utiliss dans les mis-sions d'infiltration et d'espionnage et il n'est pas impossible que ce soient les Ninja de l're Edo, em-ploys dans les diffrents fiefs com-me gardes ou vigiles, qui en aient r-pandu l'utilisation. Il existe un groupe de btons parti-culiers, creux pour la plupart et pou-vant renfermer des armes, des projectiles (on lanait des petites boules trs lourdes au visage de l'adversaire), des poudres aveuglan-tes ou tout simplement des mes-sages. Les nombreux types de btons pou-vaient tre utiliss diffremment se-lon leur longueur ; le bo long tait souvent utilis par la pointe, pour maintenir distance un adversaire muni d'armes plus courantes, ou plus simplement pour dsarmer. 110 Deux types d'enseignements Ninja sont apparemment en contradic-tion : le premier incite tout voir en ayant recours des stratgies complexes et long terme ; l'autre apprend vivre l'instant, en rsol-vant les problmes avec rapidit et spontanit. Ce dernier principe a permis aux Ninja d'utiliser des techniques impensables pour un Sushi, comme celle par exemple prconisant l'abandon de l'arme pour obtenir un rsultat. Les btons de longueur moyenne et courte taient de loin les plus appr-cis : faciles dissimuler et trans-porter, ou improviser, ils taient l'instrument de tous les jours et fai-saient partie des six objets qu'un Ninja pouvait toujours amener en mission sans crainte d'tre dcou-vert : chapeau, tenugui (un morceau de toile que les Japonais se met-taient autour de la tte pour emp-cher la sueur de couler sur les yeux, mais qui pouvait avoir d'autres utili-sations), bton en bambou, inra (une bote plusieurs compartiments, uti-lise pour les mdicaments ou au-tres), corde (parfois croc). Lorsque le bton tait en bambou, le ~inja pouvait en modifier la masse, en le remplissant de sable ou de cailloux (qui en cas de ncessit taient jets au visage de l'adversai-re), ou l'utiliser principalement de pointe, ou encore pour piger l'ad-versaire avant de le rendre inof-fensif. Mais le bton n'tait pas qu'une ar-me, il avait d'autres utilisations, et pouvait s'adapter aux situations les plus diverses. Il pouvait tre utilis comme une perche de saut en hau-teur, pour dconcerter un ennemi ou pour franchir un obstacle, ou tre abandonn en cours de route pour brouiller une piste. Le bton est sans doute l'objet qui il-lustre le mieux l'esprit Ninja : un ins-trument simple, presque modeste, qui dans les mains de quelqu'un sa-chant l'utiliser peut devenir un pr-cieux instrument de salut que l'on abandonne sans regrets lorsque les circonstances l'exigent. Ne vous tonnez pas de voir les diffrentes armes examines utilises contre un adversaire arm de sabre. Le sabre tait de loin l'arme la plus utilise dans le Japon mdival, et donc celle la-quelle le Ninja avait le plus souvent faire face. Aujourd'hui encore, la tradition a t maintenue, l'attaque au sabre tant considre comme la plus ducative. Le Ninja (en tenue claire) attend l'adversaire en tenant le bokken dans la position sha no kamae qui, bien que n'offrant pas une grande protection immdiate, empche l 'adversaire d'en voir la longueur '91J( // j) \~\::,.,. 111 142 143 144 Sous l'attaque, le Ninja se dplace lgrement en avant et sur la gauche ; il se retire ainsi de la fi. gne d'attaque et porte la pointe du bokken en avant partir du bas dans une action dite mata age La pointe du bokken, projete avec force par le dplacement de la hanche, touche l'adversaire sous le poignet. Ensuite, un dplacement de la pointe peut dboucher sur le dsarmement de l'adversaire 7 112 '9'1< /_) J) l~~~ Une mthode plus directe consiste terminer l'action par un coup de sabre la poitrine ou la gorge En partant d 'une situation identique celle de la figure 142, le Ninja fait cette fois passer la pointe de l'arme en haut et vite l'attaque en sautant et en touchant le poignet de l'adversaire f9'J< // .i) l~~-. 113 145 146 148 En plongeant, la pointe du bokken sous le bras de l'adversaire, le dsarmement sera ais grce au puissant effet de levier ainsi provoqu En tenant le bokken sur l'paule gauche, le Ninja s'approche avec prcaution de l'adversaire pro-voquant une raction de sa part IY'J' / ) ,) ) \~l_:...,.,. 114 11'J~ / _) L.J ) l~\:., .. En anticipant l'attaque lorsque le sabre est encore en position d 'armement, on peut frapper la poi-trine d'un coup de sabre (fig. 149), et porter un second coup au genou (fig. 150) 115 149 150 Il est ais de contrler ou de faire tomber l 'adversaire en pla-cant le bton entre ses }ambes (fig. 151) Le maniement du jo, ou du bton moyen, connu sous le nom de " reine des armes " mriterait qu'on lui consacre un livre, de-puis que Muso Gonno-suke en a perfectionn l'utilisation aprs avoir perdu un duel contre Musashi. Parmi les possibilits offertes par cette arme, un seul exemple contre un sabre court suffira. Le Ninja (en tenue sombre) vite l'atta-que de shoto en con-trant par un coup de sabre au visage 116 151 152 Le bton passe ct du cou de sorte faire levier sur celui-ci tout en tenant le terrible sa-bre court distance L'adversaire est ds-quilibr tandis que le bras arm est toujours sous contrle 117 153 154 Un dplacement sur le ct accentue le ds-quilibre; lorsque l'ad-versaire est sur le point de tomber on saisit le poignet arm et on le dsarme ' L'adversaire est im-mobilis au sol par le levier effectu sur son bras (fig. 156) On peut profiter de cette position pour achever l'adversaire d'un coup de sabre la gorge (fig. 157) 156 118 155 o/'J( j/ r/) \~~~ 157 ~ Le Ninja (en tenue sombre) tient le jo l 'horizontale devant lui ; la main droite est presque l'ex-trmit tandis que la main gauche tient le jo par le milieu Le coup port par l'adversaire arm d 'un poignard est vit par un dplacement en avant et sur la gauche, tandis que la partie longue du jo correspondant la main gauche frappe le poignet qui tient l'arme 119 159 160 161 Le coup du haut (uchi) se transforme en coup droit (tsuki) et la pointe du bton va finir sous le bras arm Le jo, en faisant levier sur le dos grce au dplacement du corps, contraint l'adversaire plier le bras arm, qui est immdiatement contrl par le Ninja -:,; J) 120 En insistant dans l'action on contraint l 'adversaire tomber sur le dos Sans qu'il y ait besoin de le dsarmer, mais en le contrlant distance, l 'adversaire peut tre faci-lement achev avec un coup de jo la poitrine ou la gorge 121 162 164 t65 122 Attaqu par un adver-saire arm d'un sabre (fig. 164), le Ninja pla-ce le jo en position de maniement (fig. 165) et assne un coup au visage de l'adversaire (fig. 166) En sortant de la ligne d'attaque, le Ninja pla-ce le jo entre les bras de l'attaquant 123 166 167 169 124 L'action se poursuit en accentuant la pres-sion (fig. 168), provo-quant ainsi un ds-quilibre (fig. 169 ), et en faisant tomber l'ad-versaire (fig. 170). C'est le classique coup la gorge qui vient conclure l'action (fig. 171) 125 170 171 172 173 126 Dans une situation semblable la prc-dente, le Ninja vite l'attaque par la gau-che (fig. 173), et coin-ce un bras de l'adver-saire en faisant levier surfe cou (fig. 174) En immobilisant l'ad-versaire on le rend fa-cilement inoffensif 127 174 175 re nt lU m s-~s Je >i- ~i>e e, u-ti-'at ra 1U tie 'Ju ir )U-~x te er-Une attaque vers le bas entraine un effet de levier auquel il est impossible de rsister L'action s'achve par un coup la tempe 178 129 180 181 Dans cet exemple encore, on incite l'adversaire saisir le poignet .r /) ')) \~~ .. On passe le bton au-dessus du poignet de l'adversaire et on le saisit de la main gauche. Le po;. gnet de l'adversaire se trouve ainsi pris en tau 130 ..._ -----183 celui-ci approche le visage, on lche le bton de la main gauche d 'un coup, de sorte le 131 ':!'J' /) ,) ) \~L1:.,~ ' Le bton, peine visible, est tenu par /es deux extrmits, comme pour en faire une protection. Parfois, l 'adversaire tait pris par surprise :le Ninja, en cartant /es mains, dgainait alors une la me courte qui animait Je tambo '9'l' / ) l) \~.\:_,~ On incite encore l 'adversaire saisir le bton : on remarquera comment un dplacement des han-ches complique l'action 132 du bton correspondant la partie interne de l'adversaire (uchi) simule une attaque 187 se poursuit jusqu' ce que cette mme extrmit passe au-dessus du coude de 133 G 134 En poursuivant l'effet de levier on dsquifi bre l 'adversaire qui n 'a plus d'autre choix que celui de tomber Une fois l'ennemi au sol, on l'achve d'un coup r 191 Les Ninja utilisaient rarement des armes longues, considres encombrantes et difficiles ca-cher. Ils prfraient en gnral des versions plus simples d 'une longueur limite. Position de repos ou de transport (fig. 190). Il s 'agit d 'un magari yari (sankaku yari) reconnaissa-ble sa lame cruciforme Dens la figure 191, position de garde : en gnral, dans les arts martiaux classiques, les armes longues se tiennent dans une position de pieds oppose celle utilise pour le sabre 135 192 On peut mme utiliser le talon de la lance (oshitsuki) pour frapper l'improviste ou pour dvier une attaque adverse (fig. 192-193) Ce type de position prsente l'avantage de protger d 'une at-taque venant du haut (la majeure partie des attaques au sabre) en menacant l 'adversaire vers l bas 136 193 94 Le Ninja, arm de magari yari, affronte l 'attaque au sabre par une garde dfensive (le talon de l 'ar-me point vers l'avant) L'attaque au sabre est dvie par une torsion du buste 137 195 196 197 198 On recule le yari pour l'carter du sabre. On remarquera que ce type d'arme est muni de lames tranchantes et affiles des deux cts qui rendent cette action la fois dfensive et offensive . Il est possible de porter une attaque directe au visage, en changeant d'angle par rapport versaire et en modifiant la garde 138 Dans cette nouvelle situation le Ninja ,affronte l'attaque au sabre avec une garde classique L'attaque au sabre est vite par un dplacement du corps vers l'avant et sur la droite, tandis que le yari est sur le point de toucher l'adversaire aux jambes 139 199 200 201 202 140 Une attaque aux vaisseaux sanguins des cuisses peut conduire la mort en quelques minutes; il s'agit d'une zone mal protge dans les armures japonaises classiques Le Ninja retire son arme prt une ventuelle raction : cet tat d 'attente et d'attention aprs l'attaque est appel ranshin dans les arts martiaux classiques (fig. 202) La traditionnelle attaque au visage conclut l 'action (fig. 203) 203 s s KUSARI, LES ARMES A CHAINE Les armes chane sont prsentes dans tout le Moyen Age japonais ; il s'agit en gnral de faucilles (kama) ou d'autres armes courtes quipes d'une chane leste. Le maniement de ce type d'armes consiste faire des moulinets avec la chane de sorte protger effica-cement contre les armes tranchan-tes ; la premire occasion, on lan-ce le lest sur l'adversaire pour l'as-sommer ou le bloquer dans la cha-ne de sorte rduire la distance afin de l'achever au poignard ou avec une autre arme courte ; ces armes s'utilisent en gnral dans la pre-mire partie du combat pour la para-de et l'attaque. Il s'agit donc d'armes au maniement complexe, encore tudies aujour-d'hui dans certaines coles tradi-tionnelles, que certains experts peu-vent utiliser de faon inattendue pour attaquer l'ennemi ; par exem-ple en lanant la faucille, ou les deux extrmits en mme temps, ou encore en feignant un lancer rat se terminant terre pour bloquer les jambes de l'adversaire et le faire tomber. Certains des trucs les plus clbres, comme par exemple un uf rempli de poudre irritante ou de venin , ou un serpent venimeux atta-ch la chane, ont t transmis par la tradition Ninja. L'une des variantes du kusari-gama est le kyotetsu shoge de tradition To-gakure, pieu court crochet et chane leste, dont le poids est par-fois remplac par un anneau (quel-quefois tranchant sur son bord ext-rieur). Il s'agit de la transformation ingemeuse d'un fer de hallebarde (hoko) assez populaire l'poque Muromachi, excellent exemple d'ar-me classique modifie par les guer-riers de la nuit. L'anneau de fer qui, lorsqu'on le fait tourner, a un effet quasi hypnotique, peut galement se transformer en un poing amri-cain ou encore en trier pour faciliter l'escalade. Un second groupe d'armes chane est constitu par les btons chane leste du Moyen Age occidental. On peut faire tourner la chane au-des-sus de la tte pour s'en faire un bou-clier ou l'utiliser pour frapper. La technique du moulinet, considre trop dangereuse par certains du fait de la grande longueur de la chane, est substitue par la technique d'en-roulement de la chane autour d'une arme ou d'un membre pour immobi-liser l'adversaire. Autre type particulier de bton chane, le feruze, dont la chane est loge dans la partie creuse du bton et en sort par un mouvement brus-que semblable un coup de lance. Invente par un abb du clbre mo-nastre Hozoin, cette arme tait couramment utilise ; rappelons que le pre Musashi Miyamoto fut vaincu dans un duel avec un samou-ra quip d'une telle arme. C'tait l'arme idale pour les missions d'es-pionnage, facilement dissimulable et capable de frapper distance sans laisser trop de traces. Le kusari fundo, galement appel manriki kusari ou chane aux dix mil-le usages, constitue le troisime groupe d'armes chane. Plus que d'une arme chane, il s'agit d'une chane leste aux deux extrmits 141 que l'on utilise comme une rme. On dit qu 'elle aurait t invente par Masaki Dannoshin Toshimitsu, un samoura la recherche d'une arme de dfense efficace, que l'on puisse transporter sur soi et qui ne rpande pas de sang pour ne pas salir le ch-teau de son seigneur. Cette arme, galement d'origine Sushi si l'on en croit la lgende, se prte parfaitement aux besoins des Ninja, qui en firent grand usage. Le kusari fundo, simple d'utilisation et trs efficace contre les lames (moins contre les btons), se portait la ceinture dans le pli du costume, cach dans la manche, la ceinture dans le dos, ou simplement pendu autour du cou sous les vtements. Les experts de ce type d'arme pou-vaient la cacher dans une seule main en laissant dpasser les lests des deux cts du poing et l'utiliser comme un kongo, ou encore la d-plier au dernier moment pour saisir l'adversaire par le cou. Utilis comme dfense, le kusari fundo devait tre saisi avec un poids 204 Le Ninja ( gauche) est attaqu par un adversaire arm d 'un sabre 1 : ~~~ 1 142 dans chaque main : la partie centra-le servait parer une attaque, imm-diatement suivie par un coup l'aide de l'un des poids. Inutile de prciser que la - chane pouvait galement servir bloquer un membre pour le dboter, tran-gler ou attacher. Pendant les entranements, on substitue en gnral les chanes et les lests des vraies armes par des cordes et des sacs de sable, dans le but de reproduire une vritable at-taque. Il est toutefois indispensable de sa-voir manier de vraies armes pour s'habituer leur poids. Dans le maniement d'armes com-plexes comme celles chane, il est recommand de toujours se limiter des actions simples dans une re-cherche d'efficacit plutt que de virtuosit. Il est trs important de toujours gar-der l'esprit les trois objectifs es-sentiels du Ninja : accomplir la mis-sion, survivre et neutraliser l'adver-saire. Le manriki kusari apparait immdiatement dans ses mains ; le Ninja le tient comme un instrument de protection, ce qui le rend difficilement visible 143 205 206-------------------------201 L'action du petit sabre est ralentie en posant le pied droit sur Je genou de l 'adversaire On se place derrire J'adversaire pour l'tran-gler avec la chaine 144 La chaine empche l'extraction du sabre de son fourreau L'adversaire est amen terre puis achev d 'un coup de lest la tempe 207 210-----------------------------------------------211 On peut galement empcher l'adversaire de dgainer son sabre avec le genou, en l'agressant de face Mais les choses se droulaient souvent bien diffremment : les photos suivantes montrent de . quelle faon un Ninja expert aurait pu ragir, en sautant sur l'adversaire. Cette technique volante est extrmement efficace mais galement plus risque 212 ------------------------------------------------~, 213 145 214 ~- ------------------------21! Le Ninja saisit le cou de l'adversaire au vol et s'en sert pour changer de trajectoire 146 La rapidit de l 'action provoque un fort ds-quilibre de l'adversaire et fait pntrer la cha-ne dans son cou L'action se termine terre comme la prc-dente. Cela n 'est pas vraiment ncessaire, mais le Ninja le fait en guise d 'entranement pour apprendre mieux contrler l'ad-versaire, en prenant garde de ne pas lui fai-re mal 5 Les Ninja utilisent beaucoup une arme semblable au manriki kusari, le Feruze : une chane avec /est fixe l'extrmit d'un bton. Il arrive, comme dans l'exemple suivant, que la chane soit dissimule dans une partie creuse du bton. Ici un Ninja et un samoura s'affrontent Se tenant distance, le Ninja tient son bton l'horizontale par les deux extrmits : ceci lui per-met d'ouvrir le couvercle de l'endroit o se trouvent lest et chane Le Ninja adopte une garde semblable celles utilises avec un bton normal 217 218 219 220 Mais soudain, la chaine et le lest surgissent du bton pour frapper le samoura 221 148 Le Ninja applique im-mdiatement une for-ce la chane pour d-squilibrer son adver-saire et en profite pour se placer s. ur le ct 149 222 223 224 226 150 Il est prfrable, lors-que cela est possible, de se placer derrire l'adversaire (fig. 224) pour le dsquilibrer vers l 'arrire (fig. 225) Une variante consiste enrouler la chaine autour du cou de l'ad-versaire Un coup port la nu-que ou au visage con-clut l'action En cas d 'chec de la premire attaque, le Ninja adopte cette po-sition de dfense : la chane ainsi tenue distance fait effet de protection 227 151 230 152 Si l'adversaire avan-ce, il sera facile de fai-re passer la chaine prs de son arme pour la coincer (fig. 229-230) et de le faire tomber terre (fig. 231) en le frappant aux jambes ou directe-ment au visage (fig. 232) ' 153 231 232 Cette action combine donne un exemple de la tactique de combat Ninja et montre le ma-niement de l 'une de leurs armes typiques : le Kyotetsu shoge, un pieu court crochet et chane leste. Deux Ninja affrontent un samoura (fig. 233). Ils se sparent imm-diatement pour trou-bler son attention (fig. 234) : le Ninja arm d'un Kyotetsu fait tour-ner la chane, tandis qu' l 'improviste, celui arm d 'un Yari se jette au sol dans un gro-gnement (fig. 235). Profitant de ce mo-ment, l 'un des Ninja lance la chane leste et celui quip du Yari frappe l 'adversaire aux jambes (fig. 236). Le Ninja arm du Kyo-tetsu, s'approche (fig. 237) pour infliger le coup de grce (fig. 238) 236 237 LE KONGO OU TEKKO Le kongo, plus qu'une arme, d'un maniement rappelant celui du poing amricain, est un principe de com-bat. Il s'agit du Vajra (foudre) du bouddhisme tibtain, devenu au Ja-pon diamant ; objet magique et mystrieux, focalisateur de pouvoirs sur les lments atmosphriques et, selon une interprtation fantastique, instrument avant-gardiste d'une civi-lisation disparue. On imagine facilement son par-cours: de l'Inde, o d'un aspect l-grement diffrent il donna son nom la forme de combat propre de la caste guerrire (puis amen ensuite au monastre chinois de Shaolin par le moine Bodhidarma), travers la Chine et jusqu'au Japon, o il fut in-troduit par les sectes bouddhistes sotriques comme instrument de mditation, et utilis comme tel par les Shugendosha comme par les moines des montagnes. La connotation martiale accompa-gne toujours la connotation religieu-se ; en cas de ncessit, le kongo peut tre utilis comme un objet contondant, en respectant toutefois les rgles bouddhistes interdisant que le sang coule. En cas d'absence de cet instrument, qui peut avoir une forme de double lance ou se terminer par des extr-mits se rejoignant, on peut utiliser tout autre objet tenant dans la pau-me de la main pour appliquer des pressions sur les centres nerveux ou frapper les articulations. Le kongo doit tre fermement tenu dans la main et ses extrmits doi-vent peine dpasser; c'est avec 156 celles-ci que l'on frappe les points vulnrables de l'adversaire, du ct de l'auriculaire comme de celui du pouce, en faisant ventuellement glisser l'arme dans la main pour l'al-longer un peu. On peut galement frapper avec la paume, en bloquant le kongo entre le pouce et l'auricu-laire. Selon le type de cible, le coup doit tre bref (sur les points durs) ou continu (dans les zones molles). La spcialit des experts du kongo (ap-pel aussi yawara) consiste parer une attaque adversaire en transfor-mant la dfense en action agressive. Le cou, le sommet des articulations, les tempes et les centres nerveux sont les cibles de prdilection du kongo. Il s'agit d'une arme principa-lement utilise dans les missions o le dguisement exige une absence d'armes; avec un morceau de bois dur ou un caillou serr dans la main, le Ninja est en mesure de porter des coups effroyables. Les experts de Yawara Jutsu utili-sent en gnral des ustensiles en bois dur ressemblant bien peu aux objets religieux des moines tib-tains ; ils en transportent en gnral plus d'un et en placent toujours un exemplaire dans la ceinture l'en-droit du point itten (l ou le samoura enfonce le poignard) et un autre dans la manche. On trouve gale-ment des kongo en fer aux extrmi-ts pointues, assez lourds et utiliss surtout pour frapper les armures. Le kongo qui est galement un ins-trument de mditation est un focali-sateur d'nergie ; il est possible que certains Ninja l'aient utilis ainsi, mais part les lgendes, on ne dispose d'aucune preuve. 2 239 241 Le kongo, souvent assimil la catgorie des btons, est considr comme un bton trs court. Nous ne sommes pas de cet avis et rservons une place particulire cet objet de culte trs an-cien. Une des trs nombreuses faons de frapper avec le kongo (fig. 239) : serre dans le poing, l'arme acquiert la puissance de frappe d'un marteau (fig. 240-241) Une autre faon de frapper consiste tenir le kon!]_o par le pouce (fig. 242) ou dans la paume de fa main ouverte (fig. 243). Cette technique est galement utilise pour exercer des pressions pa-ralysantes sur les centres nerveux 244 L'apprentissage du kongo comprend galement celui des diffrents points vulnrables. Les parties du corps o les os sont peu protgs, comme le sternum et la clavicule sont des zo nes de prdilection // J / 158 246 La tte constitue une cible parfaite 159 ~/ ,)) \~~ .. Deuxime type de cible : les centres nerveux, comme ce coup port l'articulation de l'paule Les muscles, gnralement considrs comme inoffensifs, constituent une autre cible privilgie des Ninja : frapps avec force, ils se bloquent et paralysent les membres pendant quelques ins tants // J) \~~~ 249 .___. 160 Une des applications du kongo : en frappant les zones osseuses du dos de la main, on contraint l'adversaire lcher prise Le kongo peut galement servir augmenter l 'effet d 'un levier sur les articulations 250 251 254 L'un des plus grands principes du combat Ninja consiste ignorer l 'attaque et en profiter pour frapper ailleurs. Dans cet exemple, on profite de l 'attaque au poing de l'adversaire pour porter un coup paralysant sur la partie extrieure de la cuisse 162 Une action de dfense typique avec kongo consiste parer avec un bras tout en frap-pant avec l'autre. Il est galement possible de parer avec le kongo, en le dplaant lgre-ment, de sorte trans former la parade en at taque LESTONKI Les tonki sont de petits objets que l'on lance ou que l'on abandonne sur le terrain : les shaken, les shuri-ken et les metsubishi constituent les principaux ton ki. Les shuriken sont de petits dards en mtal plus ou moins effils de for-mes variables. Les spcialistes du shuriken en lancent en gnral deux la suite, mais certains n'hsitent pas en envoyer une douzaine. Contrairement ce que l'on pourrait croire, ces armes qui descendent du piaio chinois, taient utilises par les samouras qui s'en servaient pour faire diversion avant d'atta-quer. Lors d'un combat contre un samou-ra arm d'un kusari-gama, Musashi Miyamoto l'emporta grce un shu-riken. Cet exemple est une nouvelle preuve de l'interaction entre Ninja et samoura, et il est une fois de plus impossible de dire qui des deux clans a utilis le premier ce type d'arme importe du continent. Alors qu'il revenait d'une visite chez une dame, un gentilhomme chinois fut attaqu par un groupe de ban-dits. Vu le grand nombre de ses agresseurs, le gentilhomme prit la fuite en jetant derrire lui quelques pices de monnaie pour ralentir ses ennemis. Un cri le fit se retourner et c'est alors qu'il vit ses poursuivants rassembls autour de leur chef qui portait les mains son visage en g-missant. C'est cet vnement que l'histoire chinoise des arts martiaux attribue l'invention des shaken ( les toiles de la mort de la littrature fantasti-que Ninja). Les disques de mtal perfors, construits sur le modle des pices de monnaie, furent bien-tt agrandis, affts et hrisss de plusieurs pointes, en gnral plus de quatre. On considre les shaken quatre pointes comme des shuri-ken modifis, ce qui souvent conduit confondre les deux termes. Il existe d'autres types de projectiles comme ces petites aiguilles que l'on envoie l'aide d'une minuscule sar-bacane, mais qui ncessitent une grande exprience dans la mesure o leur efficacit est assez limite. L'efficacit des shaken et des shuri-ken est trs discutable :il est difficile d'immobiliser ou de blesser grave-ment avec de telles armes, et l'utili-sation de pointes empoisonnes (beaucoup moins frquente que ce que pourraient penser certains fana~ tiques) est moins sre que celle d'un arc et de simples flches. Des deux, le shuriken est sans doute le plus ef-ficace mme s'il est le plus difficile lancer : il frappe plus violemment et inflige des blessures plus profondes. Le shaken en revanche est plus faci-le lancer mais les blessures qu'il occasionne sont minimes ; mais de ces petites armes, c'est sans doute celle qui remplit le mieux la mission premire consistant dtourner l'at-tention de l'adversaire pendant quelques secondes pour fuir ou con-tre-attaquer. Les shaken et les shuri-ken faisaient partie de ces instru-ments que les Ninja taient capa-bles de fabriquer eux-mmes par-tir de morceaux de ferraille. Le fer doux est le meilleur matriau pour la fabrication de ces pices : en effet, vous l'abandon, il est prfrable 163 que les tonki soient peu coteux. L'acier, trop fragile, ne convient pas pour la fabrication d'armes de lan-cer qui doivent pouvoir se dformer et reprendre leur forme avec quel-ques coups de marteau. La forme la plus intressante de shuriken est celle deux pointes avec le centre de gravit dplac vers l'une d'elles. Les plus utiliss (parce qu'on les trouve facilement dans le commerce) sont les ronds une seule pointe, semblables un petit crayon ; ils sont galement considrs excellents pour l'entra-nement. Il parat en effet qu'il vaut mieux s'habituer aux shuriken de ce type mme si dans les situations relles on utilise les shuriken deux pointes. La forme de shaken la plus performante est selon nous la plus classique : quadrangulaire avec des bords lgrement concaves et des angles prominents ; facile trou-ver, sa forme permet mieux que tout autre de l'utiliser comme coin ou point d'appui pour grimper. De plus, la configuration quatre pointes est excellente dans la mesure o elle pntre relativement bien mme en cas de lancer un peu trop violent. Contrairement tout ce que l'on peut trouver dans de nombreux ma-nuels, o les lancers de tonki sont expliqus l'aide de formules ma-thmatiques et de lois physiques, l'enseignement traditionnel est ex-clusivement pratique : il consiste rpter les gestes de lancer l'infini jusqu' russite complte ; l'idal est de parvenir former presque de manire instinctive un tout avec l'ob-jet lancer et la cible atteindre, avant mme d'y avoir song. 164 Technique Aujourd'hui, la plupart des ensei-gnements concernent la cible et les mesures de scurit. Certaines co-les de Ninjutsu moderne ont mme russi instaurer des crmonials de tir (qui dans le Ninjutsu sont un vritable contresens, mais existent dans les coles Bugei), sacrifiant un peu d'esprit la scurit des lves. Les recommandations principales respecter pour les lancers de tonki sont les suivantes : une cible assez grande (le centre peut tre aussi pe-tit qu'on le dsire) entoure d'une clture et d'un sol en matriau mou empchant les ricochets ; une zone de tir bien dlimite, et une protec-tion pour les ventuels spectateurs. Les armes elles-mmes font l'objet de soins particuliers : les pointes doivent tre rgulirement redres-ses l'aide de lgers coups de marteau (les parties rparer peu-vent tre chauffes blanc en cas de dgts importants) ; les surfaces affiles doivent tre afftes rguli-rement. Les lieux de rangement sont galement importants : il est recom-mand de les mettre dehors l'abri de la pluie pour leur donner une pati-ne qui ne les rendra pas invisibles (ils sont de toute faon gnrale ment dissimuls dans des poches) mais protgera le mtal. Le but prin cipal de ces armes n'est pas de blesser l'adversaire mais de lui faire fermer les yeux ou baisser la tte. Il est conseill en outre de les frotter de temps autres avec un chiffon de flanelle ; Il est recommand d'utili ser du carnauba plutt que de l'huile. Pour les techniques de lancer pro-prement dites, il existe deux coles peu prs semblables, si ce n'est pour leur approche diffrente de la procdure observer pendant les lancers : trois techniques essentiel-les ont t retenues : lancer vertical de bas en haut, de haut en bas, et lancer horizontal partir du ct op-pos la main du lancer. Le lancer de bas en haut est le plus discret mais aussi le moins puissant car de porte rduite ; le lancer de haut en bas est plus puissant mais exige un lan plus vident et plus lent. Le lancer partant du ct oppo-s au bras lanceur est trs svre-ment condamn dans certaines co-les et ne prsente qu'un seul avan-tage : il s'effectue avec un shuriken dissimul dans la ceinture. L'cole la plus ancienne apprend lancer ( partir du bas comme du haut) avec le bras et le poignet ten-dus et rigides, ce afin de prendre conscience du moment de rotation de l'arme. Aprs cette priode prli-minaire, on commence utiliser l'ar-ticulation du coude, en continuant maintenir le poignet rigide, de sorte augmenter la puissance et la porte. On utilise enfin le mouvement du poignet, dont le rle est d'intervenir dans la rotation si la distance est fausse, c'est--dire si elle neper-met pas que le shuriken touche la ci-ble par la pointe (avec les" toiles ce type de problme ne se pose pas). A ce stade, nous vous rvlons l'un des secrets de l'cole : le coup verti-cal de haut en bas est identique celui effectu au sabre, et nous vous encourageons rechercher la m-me sensation qu'avec l'arme lon-gue. L'avant-dernier niveau se caractri-se par l'apparition du dplacement du bassin vers l'avant, qui pour les grandes distances est accentu par un pas ou un glissement du pied vers l'avant. Un bon exercice prpa-ratoire consiste se tenir un pas de distance de la cible et effectuer le mouvement de lancer en avan-ant d'un pas pour placer le shuri-ken au centre de la cible, en alter-nant pied droit et pied gauche. Cette cole n'encourage absolu-ment pas les explications scientifi-ques sur les vecteurs et les lois phy-siques et prtend qu'un lve les ignorant sera mieux mme de les surmonter au moment voulu ; il faut pour cela se mouvoir et lancer comme dans un rve . L'cole ne s'intresse qu'aux lan-cers verticaux de haut en bas et de bas en haut. D'autres types peuvent tre expriments une fois que les lancers fondamentai,Jx sont bien as-simils (inutile d'essayer avant, au risque de devoir supporter les sar-casmes des plus anciens ou de se voir menac d'expulsion). Une fois que l'on sait lancer avec un taux de prcision suprieur 90 %, on peut apprendre la technique pour saisir au vol les shuriken des adver-saires. Il s'agit d'un niveau dit Oku-den, c'est--dire confidentiel, qu'il est impossible de rvler par crit ; nous en resterons au premier pr-cepte selon lequel les shuriken doi-vent tre saisis au vol, " par derri-re : il faut donc commencer par se retirer de la trajectoire du tir. 165 Cette premire cole tend spciali-ser le lancer en y entranant un seul bras, tandis que l'autre sert tenir les shuriken, viser et maintenir l'quilibre. La seconde en revanche met un point d'honneur avoir des lves ambidextres. Il arrive mme que cer-tains instructeurs, aprs un premier lancer d'essai, contraignent ensuite leurs lves se servir uniquement du bras oppos pendant plusieurs mois. Cette deuxime cole (qui utilise des shuriken et des shaken quatre pointes) procde de faon oppose la premire, c'est d'ailleurs la seu-le chose qui les diffrencie. On com-mence tirer en utilisant unique-ment le poignet; ce n'est que plus tard que l'on aura recours d'abord au coude puis l'paule. Lorsqu'on en est au stade des lancers avec d-placements, on peut partir d'un certain stade tudier d'autres for-mes de tai sabaki (dplacements du corps) en parallle au lancer. L'ob-jectif est toujours le mme : dpla-cer le centre de gravit du corps vers la cible au moment du lancer. Les lves les plus avancs sont placs devant une srie de cibles et doivent lancer avec les deux mains. Ce n'est pas tant la rapidit et la vi-se qui sont ici juges mais l'utilisa-tion de l'une ou l'autre main en fonc-tion des cibles toucher. Techniques spciales On rpertorie parmi les techniques spciales les lancers rptition, les lancers multiples et les techni-166 ques de corps corps. Les lancers rptition constituent l'un des grands mythes du Shuriken jutsu ; les annales de cette discipline citent toujours un adepte du Yagyu ryu, fils de menuisier, capable de lancer en un temps record une douzaine de gros clous avec une prcision ex-ceptionnelle ; la plupart des films chambara, (l'quivalent de nos films de cape et d'pe) montrent de mchants Ninja cherchant arrter le hros samoura l'aide de techni-ques juges impossibles par tous les grands matres. Dans les lancers rptition, une main sert en gnral tenir les projectiles pendant que l'autre les envoie. Mais en utilisant des shaken plus petits, il est possible de se ser-vir successivement des deux mains ; cette action trs complexe est toutefois dconseille. Dans les lancers rptition, le mouvement du corps ne peut tre utilis son maximum et leur puissance, par consquent rduite, sera compen-se par la possibilit de toucher plu-sieurs adversaires la fois. Les lan-cers multiples, au cours desquels on envoie plusieurs projectiles simulta-nment, sont diffrents. Il s'agit d'u-ne technique utiliser distance rapproche et d'effet peu sr : si on emploie des shuriken, il est recom-mand d'en tenir quelques-uns par la pointe et d'autres par le talon; pour une meilleure efficacit, il vaut mieux viter de lancer trop de projectiles la fois (trois ou quatre au maximum). Les shuriken et les shaken peuvent galement tre lancs l'aide d'arti-fices augmentant la puissance de r t t .i-e tir, tels qu'une simple ficelle ou une baguette pour le riz (ashi) ; mais il s'agit d'une technique exigeant un entranement particulier et des sha-ken gros trou. Cette mthode est de toute faon peu recommandable. Un autre systme, spcialit d'un autre ryu, consiste envelopper trois ou quatre shaken dans un mor-ceau de peau souple ; le paquet ain-si obtenu est plac dans la ceinture ou dans l'ouverture du vtement. Au moment de lancer, on saisit le pa-quet et on le lance en coinant un morceau de l'enveloppe, dans un mouvement semblable un coup de fouet : le lancer ainsi effectu gagne en prcision. Les shaken et les shuriken, utiliss non plus comme projectiles mais comme armes de poing dans le combat corps corps, constituent le dernier chapitre des techniques sp-ciales : il s'agit de techniques princi-palement dveloppes l'poque Tokugawa lorsque les Ninja qui avaient survcu taient chargs de missions d'espionnage et d'infiltra-tion pour le compte du gouverne-ment ou des fiefs les plus puissants. Dans ce type de mission, quelques shaken et shuriken taient les seu-les armes dont disposaient les Ninja qui, dans un souci de discrtion, ne pouvaient transporter d'armes volu-mineuses. En dehors de leur usage habituel, ces tonki pouvaient faire effet d'ar-mes blanches et se rvler particu-lirement meurtriers. Le shuriken peut tre saisi par le mi-lieu, les pointes dpassant de cha-que ct de la main, et tre utilis comme un kongo ou encore comme un couteau pour frapper l'impro-viste. Le shaken doit tre tenu comme un coup de poing, en enveloppant ventuellement la partie en contact avec la paume dans un chiffon, pour donner de la force un coup ou pour couper, auquel cas il n'est pas effi-cace contre des personnes trs cou-vertes. Comment choisir shuriken et shaken Ce type d'quipement Ninja est ce-lui que l'on trouve le plus facilement dans les magasins spcialiss ; il est toutefois difficile d'en trouver de bonne qualit. Il existe un trs grand choix de sha-ken mais les formes les plus simples (nous prfrons pour notre part ceux quatre pointes, bien qu'il en existe d'excellents six pointes) sont en gnral les plus performantes. Il faut avant tout s'assurer de la qualit du mtal utilis, de son poids, des pos-sibilits d'aiguisage mais aussi des dimensions de l'arme qui ne doivent pas tre trop petites pour ne pas r-duire la porte, qualit essentielle d'une arme de lancer. En gnral, les shaken que l'on trou-ve dans le commerce sont trop l-gers et fragiles mais conviennent parfaitement pour l'entranement. A un niveau suprieur, il est recom-mand de se les fabriquer soi-mme ou de se les faire raliser dans un atelier de mcanique. Seules les versions de shuriken cy-lindriques une seule pointe sont actuellement disponibles dans le 167 255 commerce. Nous vous conseillons encore une fois de les fabriquer vous-mmes car vous pourrez ainsi essayer plusieurs formes et poids. Metsubishi Les metsubishi sont de petits instru-ments hrisss de pointes que le Ninja laissait tomber lorsqu'il tait suivi ou qu'il parpillait sur le terrain pour dcourager les ventuels pour-suivants. Les pointes acres de ces terribles instruments avaient ra-pidement raison des sandales de paille ou des pieds nus des guerriers mdivaux. Aucune technique particulire n'est requise pour l'utilisation des metsu-bishi ; il est en revanche ncessaire pour leur transport de prvoir des r-cipients spciaux, comme des bo-tes en bambou, ou de les emballer dans de la sciure ou de la paille de riz ; gnralement, les Ninja les con-servaient au fond de la toile qu'ils utilisaient en mission pour transpor-ter l'essentiel de leur quipement : il 168 suffisait alors de dlier le lacet qui les retenait pour les rpandre terre. Les metsubishi peuvent galement en cas de ncessit tre jets au vi-sage de l'adversaire: il s'agit l d'u-ne solution d'urgence, seulement valable courte distance. Les met-subishi en mtal robuste sont gale-ment efficaces contre les voitures. 256 Les shuriken peuvent tre saisis la pointe vers l'avant comme vers l 'arrire. En gn ra/, les Ninja avaient pour habitude d'en lancer deux la suite 6 Diffrentes manires de tenir les shaken pour le lancer. Les shaken doivent tre saisis de sorte que les pointes soient dans la meilleure position au moment de la rotation ' 257 258 169 260 262 0~( ~ 1 170 ~( ~ 1 Technique de lancer du bas vers le haut (fig. 260-261 ). Le man-que de puissance est compens courte distance par le mouve-ment, plus imprvisi-ble. Cette technique ne s'utilise que pour les shuriken Dans les lancers d'en-tranement, il est pr-frable de suivre un certain rituel par me-sure de scurit. Ici, un adepte se prpare au lancer avec deux shuriken dans sa main gauche 261 1 263 Lancer excut grce au simple lan du cou-de. La main gauche empoigne le second shuriken galement utile pour la vise 265 264 0~7 1 ~t..._ 171 266 172 Lancer ex ' force du becut par la ras on marquera le . re-ment d . mouve-s pou~ pol~net, util~ tation comger la ra-dard 't~e sorte que le par la p~i~~: 6a cible ~ement do e mou-mstinctif devenir 267 269 Lancer excut avec dplacement du corps. C'est le type de lancer qui offre la plus grande puissance ; on carte les jambes dans une position semblable celle adopte pour le sabre On fait ensuite un pas rapide vers l'avant En faisant un pas vers l'arrire, on charge le bras lanceur Le bras se tend et laisse partir le coup. Le se-cret rside dans la coordination absolue des 272 diffrents mouvements La position genoux est trs utilise pour le lancer. Il n'tait pas rare autrefois que le Ninja s'ac-croupisse pour offrir une cible moins facile (sa tenue sombre lui tait trs utile) ; il assaillait ensuite son agresseur de shaken 174 275 On peut donner de la force un lancer mme partir de la position genoux (suwari) grce un dplacement de hanches 175 .276 277 278 280 ' ( '" (_ ,..,. 1 .. Lancer rptition: les shaken sont peu efficaces, c'est la raison pour laquelle on les lance la suite les uns des autres, A partir d 'une position de garde (fig, 278), on tient le paquet de shaken dans la main gauche, La main droite saisit (fig, 279) le shaken du dessus qui est lanc avec un mouvement semblable celui utilis pour dgainer le sabre de son fourreau (fig, 280) 176 279 Puis on renouvelle l'action ' 281 282 177 283 285 178 ' Les shaken, qui sont en gnral utiliss pour crer des diversions, peuvent tre galement utiliss lorsque d 'autres armes ne sont pas disponibles. Dans ce cas, le sabre est en po-sition de transport et les mains du Ninja sont protges par les shuko, utiles uniquement pour grimper ou pour le combat courte distance ; on a alors recours aux shaken 284 286 4 Le lancer de ct s 'effectue avec les deux bras Les lancers multiples ont l'inconvnient d'-tre peu prcis, bien qu'ils prsentent l'avan-tage de troubler l 'adversaire (fig. 287-288) 179 287 288 289 On aisit le paquet de shaken (pas plus de trois ou quatre), on l'ouvre avec un mouvement du pouce et on lance normalement Dtail de la position des shaken avant le lancer 291 ~----~--------------------180 290 0 Autre tacon de tenir les shaken dans un lancer multiple ; en g-nral, les shaken utili-ss pour ce type de lancer sont plus petits ' 292 293 181 CORDES Les cordes sont partie intgrante de l'quipement du Ninja (l'une des six choses toujours avoir sur soi) et ont effectivement de nombreuses qualits. Avant toute chose, la corde n'est pas un objet compromettant en soi, tout le monde peut en avoir sans que cela n'veille des soupons par-ticuliers ; de plus, ses utilisations sont multiples : on peut s'en servir pour grimper, tendre un pige, attra-per quelqu'un, et son encombre-ment est plus que rduit. Les cordes Ninja taient fabriques avec le plus grand soin (on parle beaucoup de cheveux fminins, mais ceux-ci ne sont pas assez soli-des mme s'il parat que Buffalo Bill les utilisait pour son lasso), si possi-ble en soie, et taient soumises des bains et teintures qui en aug-182 mentaient la rsistance. On dit que les Ninja taient Matres de Hojo Jut-su, une technique du groupe Ju Jut-su qui enseigne attacher rapide-ment un prisonnier. Il s'agit de techniques labores pour la captu-re et le transport des bandits que les Ninja tudirent sans doute sur le tard (si cela est vrai), dans la mesure o il n'tait pas dans leurs habitudes de faire des prisonniers. Une autre pratique semblaQie au Hojo, destine capturer un ennemi particulirement dangereux, consis-te utiliser plusieurs cordes distance : chacune d'entre elles, te-nue par deux personnes chaque extrmit, contrle l'ennemi sans que celui-ci ne puisse s'approcher. Les lignes de pche plombes ou les grands draps de toile peuvent tre utiliss de manire identique aux cordes dans le cadre de com-bats ou d'embuscades. L'ART DU COMBAT A MAIN NUE L'art du combat que nous dsignons par l'un de ses nombreux noms Tai Jutsu (techniques du corps), consti-tue sans doute l'un des domaines de la technique Ninja ayant connu la plus grande volution. Dans la premire priode qui remon-te aux origines du shogunat Tokuga-wa, le combat main nue tait prin-cipalement tudi contre des adver-saires arms et quips d'armures: celui-ci se composait uniquement de coups destins tuer ou mettre hors de combat de manire radicale, et la seule distinction concernait les techniques avec et sans effusion de sang ; la dernire devant tre utili-se tant que l'alarme n'avait pas t donn. Le combat main nue chez les Ninja n'tait qu'une faon de parler puisque ceux-ci taient entra-ns Jransformer en arme tout ce qui leur tombait sous la main : om-brelles en papier, bandeaux pour la tte (hachimaki), cailloux, pingles cheveux, morceaux de bambou, ins-truments de musique, pipes, et pourquoi pas, chiens, furets, ser-pents, etc. Il existait aussi des techniques sp-ciales d'utilisation de l'armure de l'adversaire pour l'immobiliser. A l're Edo, bien que mprisant la vie de l'ennemi (cela ne pouvait gu-re tre autrement lorsque l'on sait qu'tre reconnu signifiait pour le Nin-ja la mort immdiate), la technique Ninja consistait affronter un enne-mi, arm ou non, mais sans armure, et incluait certaines des techniques les plus redoutables (certains sou-tiennent le contraire) des diffrentes coles de Ju Jutsu qui commen-aient alors fleurir dans les cits. Sans doute fondes par les Ronin (hommes vague, des samouras rests sans clan) contraints de faire de leur ducation martiale une sour-ce de revenus, ces coles taient frquentes par toutes sortes d'l-ves : des artisans, des commer-ants, des joueurs. Il existe une vas-te littrature sur le hros Jujutsuka, personnage d'origine souvent hum-ble, citoyen exemplaire se portant au secours de ses voisins et net-toyant le quartier de l'arrogance des samouras ivres ou de la violence des bandits. Aujourd'hui, la valeur de la vie hu-maine n'est plus la mme, et les descendants des Ninja spcialiss dans l'espionnage industriel con-naissent parfaitement la diffrence entre une accusation de voie de faits et une accusation d'homicide, m-me s'il y a malheureusement tou-jours des traditionalistes (l'un d'eux 183 qui, au cours d'un entranement, fut rprimand pour le caractre dange-reux de ses techniques rpondit : Vous croyez vraiment que si on se fait prendre la main dans le sac dans une usine les responsables appel-lent la police ? ). Le combat Ninja, comme le reste des techniques Ninja qui tendent se fondre les unes aux autres (le fon-dement de leur philosophie), se fon-de sur deux techniques distinctes mais complmentaires. La premire partie est reprsente par la technique de frappe, appele Koppo ; les coups sont administrs avec les diffrentes parties des mains, des coudes, avec les pau-les, la tte et les pieds. Les articula-tions, points faibles des guerriers en armure, sont les cibles les plus cou-rantes et l'objectif principal des Nin-ja est de dboter ou de briser les os. Plus tard, les guerriers de la nuit se sont intresss d'autres cibles tel-les que les centres nerveux qui, frapps correctement, pouvaient en-traner la paralysie d'un bras ou d'u-ne jambe ; ils se mirent galement appliquer le Dim Shue, le coup mortel , du Kung Fu chinois. Le mode d'administration des coups n'est pas sans rappeler certaines formes de Karat, surtout au niveau de l'esprit (un coup, une victoire) : rappelons que les fondements de la technique Ninja interdisent les com-bats d'une dure suprieure quel-ques secondes ; il faut frapper l'ad-versaire, si possible de manire dfi-nitive, et poursuivre sa mission ou sauter sur l'adversaire suivant. Cet-te contrainte constante du temps constituait une puissante technique 184 mentale : le Ninja se retrouvait par-fois dans une autre dimension o il tait en mesure de modifier le temps et, pourquoi pas, de l'arrter. A un niveau moins lev mais sans doute plus pratique, le guerrier de la nuit tait tellement habitu combattre contre le temps que son adversaire en devenait parfois secondaire. La doctrine un coup, une victoire, exige une grande concentration de force au moment de l'impact, facili-te par un dplacement des han-ches et, contrairement aux ensei-gnements communs des coles de samouras, parfois par une inclinai-son du tronc (Musashi Miyamoto, le grand gnie du combat, en parle dans son Gorin No Sho). L'inclinai-son du corps vers la cible augmente considrablement la puissance mais empche l'administration rapide d'un second coup ; il s'agit d'une action typique de l'esprit Ninja (on considre toujours le facteur surpri-se, l'improvisation qui dpasse le ra-tionnel, le refus de considrer le monde physique et ses obstacles, mais il s'agit l d'un niveau difficile-ment accessible). Il est pratiquement impossible d'ex-pliquer par crit les fondements de la technique Ninja, si vaste qu'elle ncessiterait plus d'un manuel ; la plupart des matres modernes s'op-posent toute codification, ne mon-trant jamais deux fois de suite les mmes techniques. On pousse l'l-ve bouger librement, absorbant les principes presque contre son gr, jusqu' ce qu'il soit en mesure de se mouvoir comme dans un rve " Techniques rapides, brutales, sou-daines, mais aussi et surtout, inat-E 1 u tendues : sauter sur l'adversaire ar-m d'un sabre jusque dans ses bras ; sautiller la limite de la porte de l'adversaire pendant une, deux, trois attaques, puis parer en brisant le membre qui attaque avec l'autre bras ; dans une immobilit presque inquitante, attendre le coup, faire des mouvements magiques avec les mains et jeter de l'alcool aux yeux de l'ennemi.. . ' Toutes ces techniques d'apparence un peu primitive s'organisent en fait en un vritable tout la fois logique et homogne ; une attitude ou bien un petit geste de la part d'un adver-saire dclenche une raction impa-rable parce qu'instinctive, ne prove-nant pas du cerveau, mais de l'es-prit du Ninja en parfaite harmonie avec son corps. Les coups du Koppo sont par princi-pe pntrants (kekomi en Karat) : qu'il s'agisse de coups donns avec les mains, ou de coups de pied ua-mais trs hauts et donns dans l'i-de de marcher sur l'adversaire). Les coups ne sont doubls (keage) que pour certaines cibles, pour crer une onde de choc qui branle les organes en profondeur, mais il s'agit l de techniques suprieures exigeant un enseignement particu-lier. La partie Ju-tai inclut d'autres techni-ques, principalement de luxation. Les Ninja connaissaient les projec-tions mais ne les trouvaient pas trs efficaces et les utilisaient donc avec parcimonie, uniquement pour rom-pre le contact avec l'adversaire. En effet, mme les projections les plus redoutables du Ju Jutsu ne parvien-nent pas immobiliser longtemps un spcialiste, lorsqu'elles n'offrent pas l'opportunit d'une terrible con-tre-attaque. Les tranglements et les immobilisa-tions ne font pas non plus tellement l'objet d'une grande utilisation ; les tranglements requirent un contact trop long et ne sont utiliss que con-tre des adversaires pris par surprise. Les immobilisations pour leur part sont trop dangereuses ; un ennemi immobilis cherche toujours se li-brer, il est donc prfrable de le mettre immdiatement hors de com-bat. Nous traversons actuellement une priode intressante du combat corps corps (la troisime), tout aussi importante que les deux pr-cdentes. Aprs la premire priode o le combat dsarm constituait plus l'exception que la rgle, et la seconde o le Ninja du fait de ses dguisements tait contraint d'affi-ner sa technique de l'art muet (combattre sans armes contre un adversaire arm), le Ninja contem-porain a souvent recours au combat corps corps comme entranement et pour une meilleure comprhen-sion du Ninjutsu. Malheureusement, ce type de combat r~quiert un long apprentissage et l'assistance per-manente d'un matre. Si votre cole de Ninjutsu ne propose pas ce type d'enseignement, nous vous conseil-lons de vous adresser une cole de Budo traditionnel ou moderne (s'entranant un type de combat peu conventionnel), privilgiant les techniques d'autodfense aux techniques sportives. Nous vous proposons quelques conseils utiles pour le combat selon les rgles Ninja. 185 1 . Le combat est dangereux et peut faire chouer une mission. L'or-dre des priorits est le suivant : mener la mission bien ; ne ja-mais tre vu ; en cas de dcou-verte, fuir et mener la mission bien ; en cas d'attaque, ter les obstacles et mener la mission bien. 2. Les seuls motifs justifiant le com-bat sont les suivants : si celui-ci rentre dans le cadre de la mis-sion ; s'il peut aider un ami ac-complir sa mission ; pour sauver sa propre vie ou celle d'un ami sans que la mission en ptisse. 3. Il ne faut pas combattre lorsque l'on est pas en mission ; mieux vaut finir en prison. Une fois d-couvert, le Ninja ne doit combat-tre que pour sauver sa propre vie ou un secret important du clan. 4. L'ennemi doit tre comme vaincu par une force surnaturelle. L'-ventualit d'une dfaite doit toujours tre prsente l'esprit mais ne doit jamais se vrifier. 5. La survie est l'objectif du com-bat. C'est la seule chose qui compte ; tous les moyens sont valables pour l'atteindre. 6. On ne doit jamais accepter la d-faite comme solution finale d'un combat, elle n'est que temporai-re. Pour les ennemis, la dfaite du Ninja signifie la fin du combat, alors que le Ninja continue, pour-suit toujours le combat. 7. L'attente est une forme de combat. Gnralement considr comme un tout, comme un fluide dans lequel le Ninja s'immerge et se fond, l'art du combat Ninja se compose toutefois de plusieurs parties. 186 On doit tout d'abord tablir une distinction entre un adversaire cons-cient de la prsence du Ninja et un adversaire l'ignorant ; ce dernier doit tre approch et frapp par sur-prise, sans bruit. Les techniques destines mettre l'adversaire hors de combat sans lui faire mal consti-tuent le niveau suprieur de ce pre-mier groupe. On doit galement tablir une distinction entre les techniques san-glantes et les techniques " pro-pres, les effusions de sang tant considres comme un facteur de danger. Les techniques pour apprendre transformer en armes les objets les plus divers, ainsi que les techniques pour dsarmer un adversaire et utili-ser ensuite ses armes contre ses coquipiers, rentrent dans ce sec-teur. La dernire partie concerne les techniques utiliser face plusieurs adversaires, telles que celles consis-tant faire en sorte que leur grand nombre devienne un inconvnient, ainsi que les techniques suprieures pour "sentir la prsence d'un ad-versaire derrire soi. Pourquoi le combat est-il tellement important aux yeux des Ninja mo-dernes ? Il y a plusieurs explications plausibles : tout d'abord, la diff-rence de leurs prdcesseurs, les Ninja d'aujourd'hui sont atypiques; ils ne sont pas ns Ninja mais sont entrs dans un clan l'ge adulte et n'ont donc pas cette exprience qu'un Ninja de l'ancien temps se for-geait sur des annes de dur entra-nement. Ensuite, l'art du combat a un grand pouvoir de formation et im-plique quasi immdiatement ; les si-tuations d'urgence sont celles qui plus que toute autre rvlent l'tat de prparation physique et mentale de l'individu. Ceci tant dit, il est uti-le de rappeler que le combat n'tait pour le Ninja qu'une triste ncessit, utiliser le moins possible et seule-ment en cas de vritable danger : l'une des nombreuses facettes du joyau de leur art. Les Ninja n'aimaient pas combattre mains nues : habitus vivre dans le danger, ils prfraient mettre toutes les chances de ler ct en usant de nombreux stratagmes et en s'quipant d'un grand nombre d 'armes ou en transformant en arme n'importe quel objet qui tombait entre leurs mains. D'o le vieux dicton:" Un Ninja n'est jamais dsarm" Toutefois, en cas de ncessit, tout Ninja tait capable de se dfendre sans armes, par des gestes simples et trs efficaces. Ici, un Ninja (en tenue sombre) affronte un adversaire arm d'un poignard '9'J< // . ) ) \~~"la _________________________________________________ 294 187 295 ------' Lorsque l'adversaire attaque par un coup de pointe (fig. 295), le Ninja se dplace sur la droite et saisit le poignet arm de l'adversaire (fig. 296) 298 188 298 Le Ninja passe derri-re l'adversaire aprs lui avoir soulev le bras Contrlant le bras ar-m par une pression de l'abdomen, le Ninja saisit le cou de l'a-gresseur avec le bras gauche (fig. 298). En-suite, tout en conti-nuant de contrler le cou de l'adversaire, le Ninja se dplace com-me s'il voulait lui pas-ser devant (fig. 299) ; il s'agit d'un mouve-ment appel " kabuto mawashi " qui provo-que une chute imm-diate '9'J' // J) (~~~ 299 189 300 301 1 ~-- r C'est le moment de dsarmer l'adversaire ou de le frapper avec sa propre arme 190 Dans le Ninjutsu mo-derne, on prfre d sarmer et contrler en-suite l'adversaire distance 303 Autre technique mains nues, le Ninja adopte une position extrmement statique Il chappe au coup de l'adversaire en rentrant le ventre et en sautant en arrire 191 Les bras du Ninja sont levs et carts pour distraire l 'agresseur Le poignard de l'adversaire est bloqu immdiatement aprs son passage ; le dplacement du corps donne de la force au mouvement 192 Le blocage du bras arm s'accompagne d'un coup au visage pour dsorienter l 'adversaire . Dans une raction naturelle, l'adversaire essaie de tirer l'arme lui ; le Ninja exploite cette action en dviant son bras de sorte affaiblir le poignet de l'agresseur: ce mouvement n 'est pas sans rappeler le" kote gaeshi " de I'Aikijutsu 1) 308 193 309 Lorsque l'adversaire, dsquilibr, est sur le point de tomber, il peut tre dsarm et frapp avec son arme f91J( .// /) \~1:_,--194 Le concept de survie est souvent des lieues de l 'esprit spor-tif. Ds que cela leur tait possible, /es Nin-ja exploitaient l'effet de surprise comme dans cette action o le Ninja (en sombre) s 'approche d 'un guer-rier 311 310 Apparemment l-mentaire, cette techni-que prsente l'avanta-ge de pouvoir tre utili-se contre des adver-saires couverts d'ar-mures : il suffit de les saisir par les paules et de tirer violemment vers un point perpen-diculaire la ligne for-me par les pieds, environ un mtre de distance 195 312 315 196 Il faut agir de sorte pouvoir frapper la co-lonne vertbrale de l'adversaire d'un coup de genou. Ici, ce coup qui est trs dangereux et coupe la respiration pendant une minute vient d'tre assen L'adversaire est ache-v par un coup de poi-gnard la gorge, la jointure du casque Dans le Moyen Age japonais, la fem-me occupait une place bien prcise laquelle il tait difficile d'chapper, et cela tait valable mme dans les clans Ninja qui ne suivaient pourtant pas les rgles de comportement de l'poque, et galement en dpit de l'influence chinoise qui confrait la femme plus de liberts. Il y eut des femmes Ninja qui, lors-qu'elles appartenaient un clan, partageaient le sort des guerriers de la nuit. Mais leurs tches taient toujours trs limites. Le rle de la femme Ninja se situait dans les coulisses, avec les vieux et les infirmes, et consistait la plupart du temps protger le village ou, pendant les voyages, disculper par leur prsence les autres voya-geurs. On demandait en gnral la Kun-noichi (la femme Ninja) de s'infiltrer dans les cuisines du chteau ou dans le lit du seigneur (mme s'il est LA FEMME NINJA vrai que pour ce type de travail les Ninja prfraient s'adresser des professionnelles trangres leur clan, ou essayaient d'acheter les femmes dj sur place) pour obtenir des informations ou ouvrir au bon moment les portes du chteau. Il est question dans certains rcits de femmes Ninja trs fines et astu-cieuses, capables de faire perdre la tte n'importe qui comme de pren-dre toutes les apparences ; on parle galement de techniques sexuelles secrtes extrmement raffines gr-ce auxquelles les guerriers de la nuit seraient parvenus faire plier les hommes les plus puissants. Mais il ne s'agit l que de stupides inven-tions puises dans les romans du x1xe sicle. Il est possible que, pous-se par la ncessit, quelque fem-me Ninja ait revtu la tenue noire pour suivre les guerriers dans une mission secrte, mais il s'agirait alors d'une exception. 197 198 S'il y avait dans chaque clan Ninja des spcialistes en potions et poi-sons, chaque membre n'en tait pas moins capable d'improviser des po-tions curatives ou des poisons vio-lents (la bote remdes tait d'ail-leurs l'une des six choses toujours emmener avec soi). Le poison tait l'un des systmes les plus apprcis pour se dbarrasser d'un seigneur ennemi ou pour affai-blir une forteresse assige ; la l-gende mentionne en outre des po-tions capables de plonger dans une mort apparente. Si certaines des re-cettes transmises, comme la fume des feuilles de stramoine, sont trs efficaces pour droguer les sentinel-les, d'autres font appel des l-ments magiques ; on pense toute-fois que l'inventeur de ces recettes les a peut-tre rdiges dans un co-de comprhensible par les seuls ini-MEDECINE tis. Il est intressant de noter que certaines coles classifiaient poi-sons et somnifres selon leur mode d'administration (inhalation, injec-tion, voie orale, ou simple contact) et leur rapidit d'action. Cette branche de la science Ninja concerne galement la prparation de composs fumignes, explosifs ou incendiaires, appartenant en ra-lit la catgorie feu " comme celle des poudres ou des liquides jeter au visage des ennemis pour les aveugler. Dans le Ninjutsu moderne, cet en-seignement est exclusivement tho-rique : plus que pour la prparation de potions et de poisons, on l'tudie pour apprendre reconnatre les dif-frentes plantes et tre ventuelle-ment en mesure d'en utiliser les pro-prits ou de reconnatre les symp-tmes d'un empoisonf!ement. 199 TABLE DES MATIERES Introduction ..... .. ............................... ............ ...... .. ....................... . page 5 Les origines et l'histoire ................................................................ . 7 LaChine .................. ................................................................. . 7 La Core ........................... ......... ........ ... ................................... . 8 LeJapon .................................................................................. . 10 Les trois grandes tapes historiques ........ .......... ... ................ .... . 11 L'cole Yagyu ........................................................................... . 15 Bugei et Bu do ..................................... ......................................... . 18 Le Ninjutsu aujourd'hui .................................. .............................. . 20 Les coles de Ninjutsu .............................................................. . 21 Les Ninja dans le monde du cinma .......................................... . 29 Ninjamania : 33 Tenue et quipement ................................................................... . 37 Stratgie et tactique ..................................................................... . 41 Premires techniques du corps .................................................... . 43 Les dplacements ..................................................................... . 43 Les chutes ................................................................................ . 48 Les positions de garde .... .......................................................... . 56 Techniques spciales ................................................................... . 59 Techniques dans l'eau .............................................................. . 59 Techniques d'escalade ... .. ........................................................ . 60 Actions au sol ............................................................................... . 63 Armes et quipement ................................................................... . 65 Le sabre ................................................................................... . 65 - Technique ........................................................................... . 67 201 Le bokken ............. ............... .................................................... . page 95 Les btons ..... ................................................................. .... .. .... . )) 110 Kusari, les armes chane .......................... .............. .......... ...... . )) 141 Le Kongo ou Tekko .................... .. ......... .... ... ... .... ...................... . )) 156 Les Tonki .................... ............................................................. . )) 163 Technique ............................................................... ............ . )) 164 Techniques spciales ............... ............... ............................ . )) 166 Comment choisir shuriken et shaken .......... .. ......... ...... .... .... . )) 167 Metsubishi .. .. ...................................... .......... ........ .............. . )) 168 Cordes ..... .............................................................................. .. . )) 182 1 L'art du combat main nue .......................................... ...... ...... .... . )) 183 La femme Ninja ............................................................................ . )) 197 Mdecine ......... .................. .. ............................ .. ..... ... .................. . )) 199 202