Corps et mes de Maxence Van der Meersch. Le regard d'un ...

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  • Corps et mes de Maxence Van der Meersch

    Le regard d'un crivain sur la mdecine en France la veille de la Seconde Guerre mondiale *

    par Roger VERCEL **

    Plus de cinquante ans aprs sa parution, en 1943 en

    pleine occupation, j'ai relu "Corps et mes" de

    Maxence Van der Meersch. Lors de sa sortie l'ouvra-

    ge fut l'objet d'une violente polmique frisant le

    scandale. Trs mal reu par le monde mdical dont

    les ractions allrent des critiques plus ou moins fon-

    des l'invective, il fut bien accueilli par contre par

    le public et la critique pour son courage, son engage-

    ment et ses qualits littraires, il remporta un immen-

    se succs.

    Lors de m a premire lecture en 1943, j'tais un

    jeune tudiant en mdecine de seconde anne, idalis-

    te, et j'admirais sans rserve l'uvre de cet crivain

    que grce m o n pre, Roger Vercel, j'avais eu

    l'occasion d'approcher, mais, l'heure actuelle, mon

    jugement, enrichi de l'exprience de la vie et de plus

    de quarante ans de pratique mdicale, est plus nuanc.

    Cependant, malgr les rserves, ce livre est un document. C'est le regard d'un non

    mdecin sur la socit, la mdecine et le monde mdical l'approche de la Seconde

    Guerre mondiale.

    Maxence Van der Meersch n'a pas eu d'existence publique d'crivain. Dlibrment

    provincial, il se tint loign des cercles littraires, de l'agitation et de la chronophagie

    parisienne ce qui peut expliquer, bien qu'il fut un crivain important de l'entre deux

    guerres, que son uvre soit presque oublie du grand public, cette uvre qui, plus que

    pour beaucoup d'crivains, fut un fidle reflet de sa vie.

    * Comit de lecture du 16 novembre 1996 de la Socit franaise d'Histoire de la Mdecine.

    ** 23 avenue de la Rance, 35800 Dinard.

    HISTOIRE DES SCIENCES MDICALES - T O M E XXXI - 3/4 - 1997 269

  • Il naquit Roubaix en 1907, issu d'un milieu modeste. Il fit ses tudes au lyce de

    Tourcoing ; lve brillant, il obtint le premier prix de Franais au Concours Gnral.

    Licenci en droit et en lettres il plaida pendant deux ans au barreau de Lille, mais attir

    par la littrature il le quitta pour tre, pendant deux autres annes, rdacteur en chef du

    journal Lille universitaire, publiant pendant cette priode pomes et nouvelles.

    En 1932 son premier roman, La maison dans la dune lui vaut la notorit, en 1936 il

    obtient le prix Goncourt avec VEmpreinte de Dieu.

    A partir de 1937 son uvre prend une autre orientation. Jeune crivain, il fut un cri-

    vain du nord d'un ralisme puissant et dur, se rattachant par certains cts Zola et au

    naturalisme. Peintre du monde ouvrier, il aborda de front les problmes de socit.

    Mais travers ce ralisme cru et la duret de son criture transparaissaient sa compas-

    sion et sa piti pour la souffrance des hommes, cette piti l'amena la foi chrtienne,

    seule rponse pour lui l'interrogation que posent la souffrance et l'existence humaine.

    Elev dans une ambiance matrialiste, cette foi ne lui fut pas impose par son milieu

    mais il la trouva au bout d'un long chemin. Ds lors, il la vcut, avec l'ardeur et la vio-

    lence du nophyte, dans sa vie et dans son uvre.

    Dans Corps et mes il va s'engager, allant jusqu'au bout de ses convictions, peut-

    tre au prix de sa vie. En 1948 aprs la publication de son dernier ouvrage, Le cur

    pur, malade il se retira dans sa maison du Touquet o atteint d'une tuberculose pulmo-

    naire il devait mourir en janvier 1951.

    Chez cet homme sensible il y avait un mystique et un idaliste passionn, en retirant

    ce terme la connotation pathologique que Dide y a attach, il a russi dans son uvre

    unir l'idalisme le plus pur au ralisme le plus dur.

    Paru aux ditions Albin Michel en fvrier 1943 Corps et mes comprend deux tomes

    respectivement de 373 et de 333 pages ; le premier intitul "enchan toi-mme", le

    second "qu'un amour t'emporte".

    L'action se situe dans une ville universitaire rgionale Angers en 1937 et 1938 et se

    termine au moment des accords de Munich.

    Depuis le dbut du sicle, la mdecine, en intgrant les mthodes de la science s'tait

    dgage de l'empirisme et des spculations philosophiques et religieuses pour s'riger

    en une discipline autonome et raliser en quelques dcennies des progrs considrables.

    Mais les mdecins taient toujours des notables, l'hpital tait rserv aux indigents, la

    mdecine sociale ne faisait que commencer s'baucher. C'est dans ce contexte que

    l'auteur met en scne des mdecins, des patrons et leurs lves, des praticiens et des

    chercheurs, des tudiants, des infirmiers et des surs hospitalires, des administrateurs,

    des hommes politiques et maints autres personnages qui contribuent brosser cette

    vaste fresque du monde mdical et de la socit de cette poque.

    En dehors des intrigues qui se ctoient, s'imbriquent, qui se nouent et se dnouent el

    qu'il n'est pas de notre propos de relater, Maxence Van der Meersch a abord des

    thmes multiples se rapportant :

    - A la socit : la perte des valeurs morales et spirituelles, la recherche du profit et du

    plaisir, la condition fminine, le travail des femmes, la contraception, l'avortement, la

    prostitution, la socit de consommation ses dbuts et le poids des impratifs cono-

    miques ; le suffrage universel et ses aspects ngatifs, l'lectoralisme et le clientlisme.

    270

  • - A la science et au progrs, avec des rflexions sur la philosophie de la science, sur

    la misre de la recherche scientifique en France avec une allusion aux difficults du

    professeur Gley lors de ses recherches sur l'insuline et dj la fuite des cerveaux

    l'tranger.

    - A la politique et la sant, aux mdias et la mdecine, sujets plus que jamais

    d'actualit.

    Sur un plan plus purement mdical, c'est l'impact des maladies infectieuses avec, au

    premier plan, la tuberculose, la syphilis et l'incidence de l'alcoolisme.

    On trouve dans son livre de nombreuses notations et descriptions concernant directe-

    ment le monde mdical et la mdecine, les techniques, la radiologie, la radiothrapie,

    l'encphalographie gazeuse, le laboratoire, la chirurgie avec des descriptions prcises

    d'interventions courantes ou plus rares, telles qu'une opration cur ouvert pour

    extraire un projectile, avec une allusion la notion de mort crbrale, l'anesthsie rudi-

    mentaire au masque d'Ombrdane, l'ther et chloroforme, donne par des non spcia-

    listes, mais aussi la rachianesthsie, l'utilisation des premiers sulfamides, la pratique

    des autopsies beaucoup plus frquentes qu'actuellement.

    Il aborde aussi les tudes mdicales et l'esprit carabin, l'amphithtre d'anatomie, la

    Facult et ses intrigues, le corps professoral, les concours, et dnonce l'arrivisme et le

    npotisme. Il dcrit galement la pratique en clientle, la concurrence, les rapports entre

    les chirurgiens et les praticiens et le problme de la dichotomie.

    Tout cela contribue former un tableau trs contrast bross sans complaisance,

    rempli d'ombres et de lumires.

    Mais dans cet ensemble l'auteur fait une part plus importante la pathologie mentale

    et la tuberculose.

    Il dcrit avec un ralisme sans concession le milieu asilaire de l'poque, c'est

    l'Hpital Psychiatrique avant les neuroleptiques avec le quartier des agits, le service

    des femmes, des handicaps mentaux et des encphalopathes, univers carcral o les

    infirmiers sont plus des gardes chiourmes que des soignants avec un mdecin psy-

    chiatre pour trois mille malades, qui risque parfois sa vie.

    Mais si les conditions d'hospitalisation ont peu vari depuis Pinel c'est aussi le dbut

    de l're thrapeutique en psychiatrie, l'on commence avec les techniques de choc, plus

    ou moins fondes sur la thorie jacksoniene, avoir prise sur la maladie mentale.

    En 1932 Budapest, Von Meduna se basant sur l'hypothse de l'antagonisme pi-

    lepsie-schizophrnie propose de provoquer une crise convulsive chez les malades par

    une injection intraveineuse de Penta mthylne ttfazol (le Cardiazol). En 1933

    Vienne, Sakel fait ses premiers essais d'insulinothrapie et publie ses rsultats. En

    1936, cette m m e poque, Milan, Cerletti et Bini dbutent leurs travaux sur l'lec-

    trochoc chez l'animal et l'appliqueront l'homme en 1938.

    Maxence Van der Meersch nous dcrit avec un ralisme hallucinant une sance de

    convulsivothrapie par le cardiazol complique de fractures spontanes, d'o l'ide

    d'un de ses lves reprise son compte par le psychiatre exprimentateur, de bloquer la

    transmission neuromusculaire par le curare. Mais la technique n'est pas au point, il y a

    malgr tout des complications avec un taux lev de fractures. Les premiers rsultats

    trs encourageants chez les schizophrnes ne se confirment pas. O n envisage d'autres

    271

  • thrapeutiques, l'association avec la cure de Sakel et l'on commence parler d'lectro-

    choc. Finalement, l'exprimentateur se rend compte que la convulsivothrapie est inef-

    ficace sur la schizophrnie mais dcouvre son action sur la dpression mlancolique.

    A propos de la convulsivothrapie, l'auteur pose le problme de l'exprimentation

    humaine peu ou pas rglemente l'poque et de ses aspects moraux et thiques.

    Dans ce chapitre on retrouve les thories admises cette priode, le rle de l'hrdi-

    t alcoolo-tuberculeuse et alcoolo-syphilitique ou la combinaison des deux conduisant

    la maladie mentale et galement la notion de dgnrescence de Morel et Magnan qui

    avec ses stigmates psera sur plusieurs gnrations.

    Si l'on peut apprcier cet aperu de la psychiatrie, par contre les positions de

    Maxence Van der Meersch sur la tuberculose et la gense des maladies sont plus

    contestables.

    A cette poque, la tuberculose surtout sous sa forme pulmonaire avait un impact

    mdico-social considrable. L'auteur dresse un tat des moyens mis en uvre pour la

    combattre, le dpistage, la prophylaxie, le diagnostic clinique, radiologique et bactrio-

    logique, il dcrit avec prcision les techniques de laboratoire, il fait le point sur la thra-

    peutique qui se limitait alors au repos, la climatothrapie, la prescription de forti-

    fiants, une alimentation riche, des lavages bronchiques, des ponctions pleurales et

    pour les formes excaves, les techniques de collapsothrapie, pneumothorax, sections

    de brides, phrnicectomie et thoracoplastie.

    Il insiste beaucoup sur l'aspect humain, le vcu des malades dans leur milieu et au

    sanatorium o il nous fait pntrer.

    Mais, partisan des thories no-hippocratiques du docteur Carton avec lequel il

    s'tait li et qui avaient cours au dbut du sicle, reprenant les ides de Pascault sur

    l'alimentation exposes dans son Prcis d'alimentation rationnelle, paru en 1909,

    lequel tout en dnonant les effets de l'alcoolisme, considrait que l'alimentation dans

    notre socit tait toxique "l'aliment est une substance qui excite, nourrit et intoxique"

    "les poisons de l'alimentation ont leur toxicit propre..." La viande est excitante et

    toxique... Les aliments acides sont dangereux parmi lesquels, le pain, le sucre, les

    graisses et les aliments concentrs".

    Pour Pascault, l'intoxication alimentaire due la suralimentation, aux aliments

    concentrs et acides conduit l'arthritisme, diathse hyperacide par viciation alimentai-

    re. Cette diathse actuellement dmantele comprenait des atteintes articulaires englo-

    bant les rhumatismes, la goutte mais aussi le diabte, les lithiases hpatiques et rnales.,

    l'asthme, les migraines et des troubles toxiques ou congestifs touchant le systme ner-

    veux, la peau et l'appareil circulatoire. Pour Carton, le bacille de Koch n'a qu'un rle

    effac, il ne se dveloppe que sur un terrain dbilit par l'arthritisme qui est la diathse

    de la tuberculose.

    Pour restaurer les dfenses de l'organisme et la gurir, il faut le dsintoxiquer par un

    rgime sain et dconcentr : par exemple, trs peu ou pas de viande, parfois un uf, des

    crales, du bl germ et du bl cuit, quelques lgumes, des fruits non acides, du froma-

    ge et ventuellement un dessert peu sucr.

    272

  • A partir de ses propositions Carton dbouche sur une thorie gnrale de la gense

    des maladies : "c'est l'alimentation inadapte et toxique qui dclenche la maladie,

    celle-ci reprsente l'effort de notre force vitale pour se purifier, cet effort puise et

    donne prise aux microbes qui n'en n'ont pas sur un organisme sain, d'o la notion de

    porteurs sains. D'autre part un mme agent pathogne suivant le terrain peut donner des

    maladies diffrentes, pour Carton le terrain est dterminant et les tares dgnratives

    aggravent le tableau.

    Maxence Van der Meersch adhre sans rserve ces ides, ce qui l'amne une cri-

    tique de la mdecine scientifique officielle qui confondrait le symptme et la maladie

    sans se proccuper de l'tat humoral et du terrain. Pour lui, les mdicaments sont des

    poisons supplmentaires, les traitements physiques, les examens invasifs sont dange-

    reux et imposent des tortures inutiles, il n'y a qu'une seule voie, restaurer le terrain par

    un rgime adquat, rien de plus.

    Partisan d'une mdecine de terrain et personnalise qui soigne le corps et l'me,

    insistant sur le facteur psychique, il remet en question la mdecine scientifique, ses

    dcouvertes et ses progrs, pour lui trop axe sur le corps devenu objet d'tude,

    l'homme souffrant disparat derrire le cas clinique. Pour illustrer cette ide, il dcrit les

    prsentations publiques de malades et l'humiliation des examens rpts en salle com-

    mune.

    Profondment convaincu de la validit des conceptions du docteur Carton et de

    l'efficacit de sa thrapeutique, il s'engagea compltement, pensant que le devoir de

    l'crivain est de rvler et de propager cette nouvelle vrit mdicale.

    Cet engagement il le vivra jusqu'au bout "corps et me", atteint d'une tuberculose

    pulmonaire qui devait l'emporter, il refusa tout autre traitement que ses rgimes et je

    m e souviens encore de mon pre dplorant son enttement ne vouloir prendre que du

    germe de bl et des lgumes, malgr l'avnement des premires thrapeutiques antibio-

    tiques efficaces.

    Cet engagement passionnel est la principale critique que l'on peut faire l'auteur.

    Cette prise de position et la peinture sans concession qu'il fit de la mdecine et des

    mdecins furent trs mal accueillies par le milieu mdical et l'on voit paratre dans la

    presse mdicale de 1943 de nombreuses critiques souvent violentes et d'autres plus

    nuances et plus objectives : affabulation, reportage romanc, acte d'accusation, rqui-

    sitoire, diatribe documente, sont des termes souvent employs.

    Je vous livre quelques extraits de la presse professionnelle de l'poque : "les prati-

    ciens pataugent dans un cloaque o rien ne les rebute, ni la dichotomie, ni les opra-

    tions de complaisance, ni les faux certificats, ni les combines intrt personnel ou

    lectoral..." la figuration du livre comporte une brouette de mdicastres capable de

    faire passer un frisson dans le dos d'un assassin".

    Certains lui reprochent son attitude passionnelle et son manque de prudence : "pour

    cette raison l'auteur fait un peu figure de naf : "si ceux qui l'on document ont de

    l'esprit ils doivent rire sous cape..." ou encore : "l'auteur comme beaucoup de mon-

    dains a lu et compris des ouvrages dont beaucoup sont acceptables, mais il a eu tort de

    croire ce qu'on lui disait". On l'accuse aussi d'avoir voulu faire peur au bourgeois. On

    supporte mal en gnral la peinture qu'il a faite du corps mdical : "ainsi donc est ana-

    273

  • lys, dmont, critiqu le corps mdical et le comportement de cet organisme. Nous ne

    sommes pas trs contents du tableau que l'on brosse de notre vie mais ce qui nous

    indigne le plus, c'est le but vis".

    D'autres apprciations sont plus mesures : "le succs de l'uvre et le talent de

    l'auteur mesurent ici les responsabilits ; plusieurs reprises Maxence Van der

    Meersch exprime que ces responsabilits ne lui avaient pas chapp et qu'il a pris dli-

    brment le parti de les assumer, c'est un courage et une sincrit dont il convient de

    lui tenir compte". "Les propos qu'il tient sur la phtisiologie, la convulsivothrapie sont

    souvent pertinents, ses peintures de l'hpital, du sanatorium, de la salle d'opration

    sont prcises et exactes". D'autres tentent de situer le dbat : "le dbat cit par Van der

    Meersch se ramne ces deux questions, dans les conditions actuelles, la mdecine de

    l'individu est-elle valable, en second lieu, est-elle possible ?... La mdecine de l'indivi-

    du a longuement chou dans les sicles passs, la mdecine communautaire a fait faire

    d'immenses progrs. Il ne faut pas nier le progrs mdical".

    Certaines de ces critiques sont justifies mais elles portent dans l'ensemble beaucoup

    plus sur la peinture que l'auteur a faite du corps mdical que sur ses engagements doc-

    trinaux, l'poque nos confrres semblent avoir t beaucoup plus sensibles aux

    ombres qu'aux lumires du tableau.

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  • La vie et la personnalit de Maxence Van der Meersch se retrouvent dans son livre,

    mystique, idaliste et passionn. L'ouvrage est sous-tendu par la soif de la puret, soif

    qui a entran ses prises de position, recherche de la puret de l'me, pollue par la

    recherche du plaisir entranant la perte des valeurs morales, recherche de la puret du

    corps intoxiqu par l'alimentation et qui doit tre purifi.

    Il y a eu entre l'auteur et le corps mdical un norme malentendu : "on m'interprte

    mal, m on intention tait de faire aimer le mdecin" crivait-il. Que l'on aie pu se

    mprendre ce point l'irritait et le dsolait, il le dit dans cette lettre qu'il crivit mon

    pre le 28 juin 1943.

    "Merci pour votre lettre mon cher Vercel.

    Oui, ce que vous me dites de vos impressions vaut tous les loges possibles. Puiss-je relle-ment vous avoir aid retrouver un espoir, un sens cette terrestre vie qui sans cela ne vaut aucun effort. Le tmoignage de votre fils m'est aussi trs prcieux, d'autant plus qu'il vient d'un tudiant en mdecine qui n'a pas t heurt, il faut le croire par cette peinture de son milieu. Certaines ractions m'ont en effet montr qu'on interprte mal mes intentions, qui taient au fond de faire aimer le mdecin. Heureusement qu'il y a ct beaucoup de jeunes comme votre fils, les jeunes, je ne sais pourquoi, comprennent mieux...".

    C o m m e l'crivit Roger Vercel dans un article qu'il lui consacra aprs sa mort : "il

    est peut-tre, il est srement arriv l'auteur cet accident qui guette tous ceux qui se

    htent passionnment vers un but altier, ils marchent les yeux levs sans m m e aperce-

    voir ce qu'ils pitinent... c'est faute de l'avoir compris que la polmique s'est gare si

    loin, si bas mme".

    En frontipice son livre Maxence Van der Meersch a plac un passage de Saint-

    Augustin ; "deux amours ont fait deux cits, l'amour de soi jusqu'au mpris de Dieu, la

    cit terrestre ; l'amour de Dieu jusqu'au mpris de soi, la cit cleste". Il conclut son

    ouvrage par ces phrases : "il n'y a que deux amours, l'amour de soi ou l'amour des

    autres cratures vivantes. Derrire l'amour de soi, il y a la souffrance et le mal, derrire

    l'amour des autres, il y a le bien, il y a Dieu, chaque fois que l'homme aime en dehors

    de lui, c'est consciemment ou non un acte de foi en Dieu".

    En dehors de l'aspect spirituel et engag Maxence Van der Meersch a bross dans

    Corps et mes une vaste fresque de la mdecine la veille de la Seconde Guerre mon-

    diale, constituant un document qui mrite d'tre lu ou relu, ne serait-ce que pour mesu-

    rer le chemin parcouru par la science mdicale.

    BIBLIOGRAPHIE

    SAINT AUGUSTIN - De civitati Dei, Lib XI ch. 28.

    BOUGRAND - L'exprimentation humaine, Thse Bordeaux, 1905.

    CARTON P. - La tuberculose par arthritisme, Paris, 1911.

    LAVALLE. - Concours mdical, aot 1943.

    PASCAULT. - Prcis d'alimentation rationnelle. Paris, 1909. L'arthritisme et la suralimentation.

    PIDOUX. - Etude sur la phtistie. Paris, 1874.

    SIMPLET. - Gazette mdicale de France, juillet.

    V A N DER MEERSCH M. - Corps et mes, A. Michel, 1943.

    VERCEL. - L'me de Maxence Van der Meersch. Biblio, fvrier 1951, XIX anne, n 2. Hachette.

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  • SUMMARY

    Maxence Van der Meersch, got the Prix Goncourt in 1937. He was an important writer between the two world wars, by his inspiration and his realism he was related to the naturalism school. His works reflect his life, from 1937, after having discovered the christian faith, he devoted his live to it and militated through his writing for his convictions.

    "Corps et dmes", published in 1943 is a painting of the medicine in France at the end of the thirties. When he was published the book raised up a sharp polemic, badly accepted by medical world because of its realism without concession, on another hand it was welcome by general public and litterary critics.

    In an university town the author stages physicians, students, nurses, administrators, politicians and many other characters to paint a vast fresco of medical world and society, during this time.

    In whole he gives a greater share to mental pathology with the advent of new therapeutics and to tuberculosis wich had a great medico-social importance.

    Taking a fancy for doctor Carton's neo hippocratics theories, he fully bound himself in his book to broadcast that he thinks to be a new medical truth and then was led to contest scientific medicine which had, for him, lost his humanity.

    Sulfering of lung tuberculosis, holding fast to his convictions he rejected any therapeutics except his diets and died January the 13th 1951.

    Beside his spiritual and bound features, "Corps et dmes" the quality of documentation ana the accuracy of descriptions remains a testimony about physicians and medicine at second world war eve.

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