Des crypto-monnaies mises par les banques centrales ? Rapport trimestriel BRI, septembre 2017 La prsente tude entend clarifier les dbats en rpondant une question dapparence toute simple : de quoi parle-t-on lorsque lon voque des crypto-monnaies mises par les banques ...

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    10-May-2018

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Rapport trimestriel BRI, septembre 2017 1 Des crypto-monnaies mises par les banques centrales ?1 De nouvelles crypto-monnaies apparaissent chaque jour ou presque, et nombreux sont ceux qui se demandent si les banques centrales devraient mettre ce type de monnaies. Mais quoi pourraient-elles ressembler, et seraient-elles utiles ? Dans cet article, les auteurs proposent une taxonomie diffrenciant deux types de crypto-monnaies (de gros et de dtail) susceptibles dtre mises par les banques centrales, tout en les distinguant des autres formes de monnaies (liquidits, rserves) des banques centrales. Ils prsentent les diffrentes caractristiques des crypto-monnaies de banques centrales et les comparent aux options de paiement existantes. JEL : E41, E42, E51, E58. Il y a moins de dix ans, le bitcoin ntait connu que de quelques initis ; aujourdhui, tout le monde en a entendu parler. Sa valeur, qui a certes connu des hauts et des bas, est passe de quelques centimes de dollar plus de 4 000 dollars. Paralllement, des centaines dautres crypto-monnaies - dont la valeur de march quivaut celle du bitcoin - ont fait leur apparition (graphique 1, cadre de gauche). Sil semble peu probable que le bitcoin ou ses cousins prennent la place des monnaies souveraines, ils ont prouv la viabilit de la chane de blocs, ou technologie de registre distribu (DLT), qui les sous-tend. Les spcialistes du capital-risque et les tablissements financiers investissent massivement dans des projets de DLT qui visent offrir de nouveaux services financiers tout en amliorant lefficacit des services existants. Blogueurs, banquiers centraux et universitaires sont davis que ces volutions technologiques perturberont ou transformeront les modes de paiement, lactivit des banques et le systme financier au sens large2. Dernirement, les banques centrales sont entres dans la danse, plusieurs dentre elles annonant quelles tudiaient ou exprimentaient la DLT, et la perspective de voir des banques centrales mettre leur propre monnaie numrique, ou crypto-monnaie, suscite un intrt considrable. Il est toutefois difficile de sy retrouver. Il existe une certaine confusion autour de la nature de ces nouvelles monnaies, les participants aux discussions nayant souvent pas la mme ide de ce qui est propos. 1 Les opinions exprimes dans cette tude sont celles des auteurs et ne refltent pas forcment celles de la BRI. Nous remercions Stijn Claessens, Benjamin Cohen, Dietrich Domanski, Hana Halaburda, Krista Hughes, Jochen Schanz et Hyun Song Shin pour leurs commentaires, ainsi que Aleksander Berentsen, James Chapman et Paul Wong pour leurs prcieux clairages. Nous sommes reconnaissants Codruta Boar pour son excellent travail de recherche. 2 Voir Andolfatto (2015, 2016), Broadbent (2016), Raskin et Yermack (2016) et Skingsley (2016). Morten Bechmorten.bech@bis.orgRodney Garrattgarratt@ucsb.edu 2 Rapport trimestriel BRI, septembre 2017 La prsente tude entend clarifier les dbats en rpondant une question dapparence toute simple : de quoi parle-t-on lorsque lon voque des crypto-monnaies mises par les banques centrales (CBCC) ? Pour ce faire, nous prsentons une taxonomie de ces monnaies fonde sur quatre proprits cls : lmetteur (banque centrale ou autre) ; la forme (lectronique ou physique) ; laccessibilit (universelle ou limite) ; et le mcanisme de transfert (centralis ou dcentralis). Dans le cadre de cette taxonomie, une CBCC est une forme lectronique de monnaie mise par une banque centrale, qui peut tre change de faon dcentralise, cest--dire entre pairs (peer-to-peer) : les transactions se font directement entre le donneur dordre et le bnficiaire, sans ncessiter lintervention dun intermdiaire3. En cela, les CBCC se distinguent des formes existantes de monnaie lectronique des banques centrales, telles que les rserves, lesquelles sont changes de faon centralise entre comptes dtenus au sein dune banque centrale. En outre, notre taxonomie tablit une diffrence entre deux formes possibles de CBCC : dun ct, un instrument de paiement pour les particuliers, largement disponible et destin aux oprations de dtail ; de lautre, un jeton de rglement numrique accs rserv, destin aux paiements de gros4. 3 La forme la plus pure de transaction entre pairs est lchange despces. Dans le cadre dun rseau informatique, le concept dchange entre pairs renvoie une transaction qui peut tre traite sans passer par un serveur central. 4 On distingue habituellement les paiements de dtail et les paiements de gros. Les paiements de dtail recouvrent des transactions de valeur relativement faible, par exemple sous forme de chque, transfert dargent, prlvement automatique ou rglement par carte. Les paiements de gros, pour leur part, renvoient des transactions prioritaires de grande valeur, comme les transferts interbancaires. Cette distinction pourrait perdre de sa pertinence dans un monde o les banques centrales mettent des crypto-monnaies. Dans ce cas-l, notre utilisation du terme correspondrait aux types de paiement cibls en premier lieu par les CBCC. Lvolution du bitcoin Graphique 1Cours et capitalisation en fin de priode Volatilit du cours du bitcoin1 Transactions quotidiennes moyennes3 Milliers dUSD Mrds dUSD USD Ratio Millions Millions dUSD 1 Moyennes mobiles sur 90 jours. 2 Ratio dcart-type par rapport la moyenne. 3 Moyennes mensuelles. Dans le cas du bitcoin, la valeur estime des transactions est en USD ; dans le cas de M-pesa, la valeur des transactions en KES est convertie en USD. Sources : banque centrale du Kenya ; CoinDance ; CoinDesk ; www.blockchain.info; calculs des auteurs. 4,03,22,41,60,80,01501209060300Q3 17Q1 17Q3 16Q1 16gauche)(ch.bitcoinCours duBitcoinnumriquesAutres monnaiesCapitalisation (ch. droite):75060045030015001,251,000,750,500,250,0017151311cart-type (ch. gauche)Coefficient de variation (ch. droite)210864207506004503001500171513110907Nombre (ch.gauche): Valeur (ch.droite): Bitcoin M-pesa http://www.blockchain.info/ Rapport trimestriel BRI, septembre 2017 3 Mais que pourraient offrir de plus ces deux types de CBCC par rapport aux formes de monnaie alternatives mises par les banques centrales ? Sagissant des CBCC destines aux particuliers, nous pensons que la composante entre pairs de la nouvelle technologie pourrait offrir des caractristiques danonymat semblables celles de largent liquide, mais sous forme numrique. Si lanonymat nest pas jug important, alors la plupart des bnfices prts aux CBCC de dtail pourraient tre obtenus en permettant au public de dtenir des comptes auprs de banques centrales, ce qui est techniquement faisable depuis longtemps, mme si les banques centrales sy refusent pour la plupart. Lvaluation est diffrente en ce qui concerne les CBCC de gros. Les paiements de gros noffrent pas aujourdhui le mme anonymat que les paiements en espces. En particulier, loprateur central peut voir les transactions qui ont lieu dans les systmes de paiement de gros. Par consquent, les CBCC de gros prsentent un intrt si elles permettent des gains defficacit et une rduction des cots de rglement. Ceci dpend dun certain nombre de questions techniques non encore rsolues. Certaines banques centrales ont expriment des CBCC de gros, mais aucune na encore annonc tre prte adopter cette technologie. La premire section de notre tude prsente la taxonomie sur laquelle sappuie notre dfinition. Les deux sections suivantes abordent les caractristiques des deux principaux types de CBCC (de dtail et de gros), sur la base dexemples historiques et de projets en cours. La conclusion porte sur certains points que les banques centrales devront prendre en compte lavenir. Une nouvelle forme de monnaie pour les banques centrales En 2015, le Comit sur les Paiements et les Infrastructures de March a publi un rapport sur les crypto-monnaies qui sert de base notre dfinition des CBCC (CPIM (2015))5. Ce rapport visait dfinir la nouvelle catgorie de monnaies que reprsentaient le bitcoin et ses alternatives, qui taient issus de la mme technologie. Il identifiait trois spcificits cls des crypto-monnaies : leur caractre lectronique ; le fait quelles ne sont le passif de personne en particulier ; et les changes entre pairs auxquels elles servent6. La technologie DLT (encadr A), sur laquelle se fondent les crypto-monnaies, permet le transfert entre pairs de valeur lectronique sans lien de confiance entre les parties au contrat. Dhabitude, les formes lectroniques de largent (tels que les dpts bancaires) sont changes au moyen dinfrastructures centralises, o un intermdiaire de confiance compense et rgle les transactions. Auparavant, les changes entre pairs taient limits aux formes physiques de largent. Certaines - mais pas la totalit - de ces caractristiques sont partages par dautres formes de monnaie (graphique 2, cadre de gauche). Les espces sont changes entre pairs, mais ne sont pas lectroniques, et sont un passif pour les banques centrales. Les dpts auprs des banques commerciales constituent un 5 Le rapport est intitul Digital currencies (monnaies numriques), mais les auteurs notent que le terme cryptocurrencies (crypto-monnaies) est lui aussi souvent utilis pour reflter laspect cryptographique de leur mission et de la validation des transactions. 6 Les crypto-monnaies nont pas de valeur intrinsque ; elles sont dtenues uniquement dans lide quelles pourraient tre ultrieurement changes contre des biens ou des services. 4 Rapport trimestriel BRI, septembre 2017 passif pour les banques qui les proposent. Aujourdhui, ils revtent une forme lectronique et sont changs de manire centralise soit travers les comptes dune banque donne, soit entre banques via la banque centrale. La plupart des monnaies marchandises, tels que les pices dor, peuvent aussi faire lobjet de transferts entre pairs mais ne constituent un passif pour personne, et ne sont pas lectroniques7. Il pourrait sembler naturel de dfinir les CBCC en adaptant la dfinition du CPIM et en disant quil sagit de passifs lectroniques des banques centrales pouvant servir des changes entre pairs. Mais on ignorerait alors une caractristique importante dautres formes de monnaies des banques centrales, savoir laccessibilit. Pour linstant, une forme de monnaie de banque centrale - les espces - est universellement accessible, tandis que les comptes de rglement des banques centrales ne sont gnralement mis la disposition que de certaines entits, essentiellement des banques (CSPR (2003, p. 3)). Dans cet esprit, Bjerg (2017) ajoute la caractristique universellement accessible (cest--dire facile obtenir et utiliser) aux spcificits lectronique et mise par les banques centrales dans la dfinition du nouveau concept de monnaie numrique de banque centrale (graphique 2, cadre de droite). Nous avons associ les diffrentes proprits voques par le CPIM (2015) et par Bjerg (2017) afin dtablir une nouvelle taxonomie des monnaies. Les proprits que nous retenons sont : lmetteur (banque centrale ou autre) ; la forme (lectronique ou physique) ; laccessibilit (universelle ou limite) ; et le mcanisme de transfert (centralis ou dcentralis, cest--dire entre pairs). Cette taxonomie reflte ce qui semble tre en train de se dessiner en pratique, et distingue deux types potentiels de CBCC - toutes deux lectroniques, mises par des banques centrales et changeables entre pairs. Lune est disposition du grand public (CBCC de dtail), lautre nest destine quaux tablissements financiers (CBCC de gros). Un diagramme de Venn 7 Au Moyen-ge, les paiements pouvaient ncessiter le recours un changeur, qui estimait la valeur des pices utilises. Deux taxonomies des nouvelles formes de monnaie Graphique 2Crypto-monnaie, CPIM (2015) Monnaie numrique de banque centrale, Bjerg (2017) Aucuneattributionde passifMonnaienumriquede banquecentralemission parune banquecentraleMonnaiemarchandise EspcesComptebancaireEntre pairs lectroniqueUniversellementaccessiblelectroniqueRservesEspcesDptsbancairesCrypto-monnaie Rapport trimestriel BRI, septembre 2017 5 peut servir ici dillustration8. La version quatre ellipses du graphique 3, que nous baptisons la corolle des monnaies, montre comment les deux types potentiels de CBCC sintgrent dans lensemble du paysage financier. En principe, il existe quatre diffrentes sortes de monnaie lectronique de banque centrale : deux types de CBCC (zone grise) et deux types de dpts de banque centrale. Les formes les plus familires de dpt de banque centrale sont celles que dtiennent les banques commerciales, souvent nommes comptes de rglement ou rserves. Lautre forme renvoie, en thorie du moins, des dpts dtenus par le grand public. Tobin (1987) a propos la cration de ce type de compte de dpt ouvert auprs des banques centrales (deposited currency accounts (DCA))9. Jusqu prsent, les banques centrales sy sont gnralement refuses. Les formes de monnaies universellement accessibles qui ne sont pas mises par des banques centrales incluent les crypto-monnaies (cres de manire prive), les 8 Un diagramme de Venn quatre cercles ne couvre que 14 des 24 = 16 combinaisons possibles, cest pourquoi dans le cas de quatre sries, Venn (1881) suggrait de recourir des ellipses pour montrer lensemble des possibilits. 9 Dans un discours tenu en 1987, le Prix Nobel James Tobin a affirm que, pour viter de sen remettre de faon excessive la garantie des dpts dans le but de protger le systme des paiements, les banques centrales devraient mettre disposition du public un dispositif alliant la commodit des dpts et la scurit des espces - essentiellement des dpts despces, transfrables par chque ou autre type dordre et ce, quel que soit le montant (Tobin (1987, p. 6) ; voir aussi Tobin (1985)). En dautres termes, les particuliers devraient pouvoir disposer dun outil de conservation de valeur qui ne soit pas expos au risque dune faillite bancaire. La corolle des monnaies, une taxonomie des monnaies Graphique 3Universellementaccessiblelectronique mission parune banquecentraleEntre pairsCrypto-monnaieEspcesMonnaiemarchandiseComptes derglement ou derservesCrypto-monnaie degrosComptes dedpt debanquecentraleCBCC dedtailCBCC degrosDptsbancaires,argentmobileMonnaievirtuelleMonnaielocale 6 Rapport trimestriel BRI, septembre 2017 monnaies marchandises, les dpts des banques commerciales et largent mobile10. Les crypto-monnaies se rapprochent des CBCC dans le sens o une seule de leurs caractristiques nest pas commune aux CBCC. Les trois autres formes de monnaie sen loignent davantage parce quelles sont soit physiques, soit non changeables entre pairs. Un certain nombre dautres formes de monnaie ne sont pas universellement accessibles. Les monnaies locales (physiques), cest--dire celles qui peuvent tre utilises dans un lieu particulier par les organisations participantes, occupent le ptale le plus droite de lillustration. Le ptale en haut gauche contient les monnaies virtuelles, qui sont des monnaies lectroniques mises et habituellement contrles par leurs dveloppeurs, utilises et acceptes parmi les membres dune communaut virtuelle donne (BCE (2012)). Une version prive de crypto-monnaie de gros constitue aussi une possibilit. Elle serait transfrable entre pairs au moyen dun registre distribu, mais seulement entre certains tablissements financiers. Lencadr B sappuie sur cette taxonomie pour classer diffrents exemples de monnaies passes, prsentes et futures selon la manire dont elles sintgrent la corolle. Le reste de notre tude aborde dans le dtail les deux types de CBCC et met en lumire les nombreux enjeux auxquels les banques centrales feraient face si elles devaient dcider dadopter ce type de monnaie. Nous voquerons les CBCC de dtail avant de passer aux CBCC de gros. Des crypto-monnaies de dtail mises par les banques centrales Les CBCC de dtail nexistent nulle part. Ce concept constitue nanmoins un sujet de discussion courant parmi les blogueurs, les banquiers centraux et les universitaires. La proposition qui revient le plus souvent dans ces dbats est peut-tre le Fedcoin (Koning (2014, 2016), Motamedi (2014))11. Lide, comme nous lexpliquons dans lencadr B, est que la Rserve fdrale amricaine cre une crypto-monnaie semblable au bitcoin. Toutefois, contrairement la manire dont fonctionne le bitcoin, la Fed serait la seule mme de crer des Fedcoins, et ceux-ci seraient convertibles parit avec le dollar en espces et rserves. La cration (destruction) de Fedcoins ninterviendrait que si un montant quivalent dargent liquide ou de rserves tait simultanment dtruit (cr). linstar des espces, le Fedcoin serait dcentralis en termes de transactions et centralis en termes doffre. La banque centrale sudoise, dans le cadre de son projet eKrona, semble tre alle un peu plus loin dans ses rflexions sur lmission potentielle dune CBCC de dtail (encadr C). Une CBCC de dtail de type Fedcoin liminerait la forte volatilit que connaissent souvent les cours des crypto-monnaies (graphique 1, cadre central)12. En outre, comme le note Koning (2014), le Fedcoin pourrait allger la contrainte du plancher 10 Largent mobile est un service de portefeuille lectronique permettant aux usagers de conserver, envoyer et recevoir de largent au moyen de leur tlphone portable. La valeur ainsi conserve peut constituer un passif pour le fournisseur de service, ou une crance sur des fonds dtenus en fiducie dans une banque commerciale. 11 La Rserve fdrale na pas valid, ni officiellement comment, cette proposition. 12 Voir Yermack (2015), Bolt et van Oordt (2016), et Garratt et Wallace (2016), pour des analyses relatives aux monnaies numriques et la volatilit des cours. Rapport trimestriel BRI, septembre 2017 7 du taux zro qui pse sur la politique montaire. Comme avec dautres formes lectroniques de monnaie de banque centrale, il est techniquement possible de payer des intrts sur une CBCC fonde sur la technologie de registre distribu. Si une CBCC de dtail devait remplacer totalement les espces, les dposants ne pourraient plus viter les taux dintrt ngatifs tout en dtenant de largent mis par la banque centrale. Toute dcision de mettre en place une CBCC de dtail devrait tre prise aprs avoir pes les avantages et risques potentiels. Des paniques bancaires pourraient se produire plus rapidement si les particuliers taient en mesure de convertir de largent de banque commerciale en passifs sans risque auprs de la banque centrale (Tolle (2016)). Les modles dentreprise des banques commerciales pourraient aussi courir des risques. En cas de dsintermdiation bancaires, les banques pourraient tre moins mme de remplir des fonctions conomiques essentielles, comme le suivi des emprunteurs, si les consommateurs renonaient aux dpts bancaires au profit de CBCC de dtail. Ces avantages et ces cots ne sont toutefois pas limits aux CBCC de dtail. Il en va de mme des comptes de dpt dtenus auprs de banques centrales. Quelle est alors la diffrence fondamentale entre ces deux instruments ? La rponse tient au caractre de transfrabilit entre pairs des CBCC et, plus prcisment, la question de lanonymat. Anonymat Le bitcoin visait tre une version lectronique de largent liquide [changeable] entre pairs (Nakamoto (2009, p. 1)), permettant lanonymat des transactions. Toutes les transactions en bitcoin sont officiellement enregistres laide des adresses publiques de lmetteur et du destinataire du paiement.13 Nanmoins, linstar des adresses lectroniques, les adresses bitcoin ne rvlent pas ncessairement lidentit relle des utilisateurs14. Par consquent, lmetteur dun paiement en bitcoin vers une adresse publique na pas rvler sa vritable identit au destinataire (anonymat de la contrepartie) ni aux autres membres de la communaut bitcoin (ce qui est une forme danonymat de la tierce partie)15. Kahn et al. (2005) et McAndrews (2017) mettent en avant des raisons lgitimes dassurer lanonymat de la contrepartie dans le cadre de transactions. metteur et destinataire peuvent souhaiter rduire les risques de subir un vol didentit ou de voir la contrepartie les suivre et les cambrioler ; ou viter des dsagrments plus anodins comme le ciblage publicitaire et autres sollicitations commerciales ( spamming ). De mme, labsence danonymat de la tierce partie peut tre juge comme trop rvlatrice des activits prives dune personne. Dans sa proposition dun Digicash , David Chaum (1983) avance cet argument en observant que la connaissance du destinataire, du montant et de la date de paiement de chaque transaction effectue par un individu peut donner la tierce partie beaucoup 13 Pour Luther et Olson (2015), le bitcoin est une application pratique du concept de mmoire en conomie montaire. Kocherlakota (1998) montre que monnaie et mmoire sont toutes deux des moyens de faciliter les changes. La mmoire peut cependant procder davantage dallocations que la monnaie, de sorte que si celle-ci peut tre considre comme une forme de mmoire, linverse nest pas vrai. 14 Voir Nakamoto (2009, section 10). 15 Lanonymat de la tierce partie signifie que la vritable identit dune personne nest rvle qui que ce soit non directement impliqu dans une transaction. Dans le cadre dapplications plus gnrales, cela inclurait un oprateur systme. 8 Rapport trimestriel BRI, septembre 2017 dinformations sur les alles et venues, les habitudes et le style de vie de cette personne 16. Lanonymat de la contrepartie parat moins controvers que lanonymat de la tierce partie. De nombreux observateurs estiment que lanonymat de la tierce partie ne devrait pas tre autoris parce quil facilite les activits criminelles (fraude fiscale, financement du terrorisme, blanchiment dargent, etc.). Rogoff (2016) invoque les mmes raisons lorsquil appelle retirer de la circulation les billets de 100 dollars. On ne sait pas prcisment quelle importance les consommateurs accordent lun ou lautre type danonymat en ce qui concerne la protection de leur vie prive. Athey et al. (2017) ont tudi les efforts que les utilisateurs de monnaies numriques sont prts faire cette fin. Dans un cadre exprimental, ils ont trouv que les individus, de manire gnrale, ne prenaient pas le temps de lire la description du portefeuille lectronique permettant de satisfaire les prfrences quils avaient dclares en termes de donnes prives. Des conclusions similaires ont t tires dune tude ralise par des tudiants en conomie de lUniversit de Californie, Santa Barbara, sur lutilisation de Venmo (un portefeuille numrique ayant les caractristiques dun rseau social). Sur les 669 sonds, 80 % en taient utilisateurs ; parmi eux, 44 % effectuaient leurs transactions via Venmo de manire publique (cest--dire au vu et au su de tout-un-chacun sur internet), tandis que 21 % disaient laisser leurs amis sur Facebook voir leurs transactions. Enfin, si Digicash est considr comme un prcurseur du bitcoin, la demande ntait peut-tre pas suffisante pour lanonymat de tierce partie quil fournissait car il na jamais t largement adopt. Digicash a dpos le bilan en 199817. La technologie la base des CBCC pourrait permettre aux banques centrales doffrir un substitut numrique largent liquide, prsentant des caractristiques similaires en termes danonymat. Il reviendrait la banque centrale, dans son rle dmetteur, dexiger ou non des informations sur les utilisateurs (leur vritable identit, au-del de leur adresse publique). Ce faisant, elle dterminerait le degr danonymat de la tierce partie fourni par la CBCC de dtail. Sil peut sembler trange pour une banque centrale dmettre une crypto-monnaie garantissant lanonymat, cest prcisment ce que font les banques centrales en mettant de la monnaie physique (de largent liquide). La principale diffrence est peut-tre quavec une CBCC de dtail, lanonymat relve dune dcision consciente. Rappelons que dans le cas des espces, lanonymat est probablement apparu par commodit ou hasard historique, davantage que de manire intentionnelle. 16 Digicash a t lanc dans les annes 1990 comme moyen de transfrer des dpts bancaires dun client vers un autre, sans rvler lidentit du payeur sa banque (en assurant lanonymat de la tierce partie). Le systme recourait des techniques cryptographiques pour crer une rserve de Digicash non traable partir des dpts des clients. Le Digitash est intressant en ce quil assurait lanonymat de la tierce partie sans ncessiter dautonomie vis--vis des banques commerciales. Celles-ci dtenaient et transfraient encore les dpts dtenus par les clients utilisant le Digicash. 17 Une raison potentielle de cet chec est quil nassurait pas dautonomie vis--vis dune autorit centrale. Le bit gold propos par Nick Szabo constitue une version autonome de lor lectronique utilisant des chanes de validation. Le bit gold constitue une grande tape dans lvolution des espces numriques vers le bitcoin (https://unenumerated.blogspot.ch/2005/12/bit-gold.html). https://unenumerated.blogspot.ch/2005/12/bit-gold.html Rapport trimestriel BRI, septembre 2017 9 Des crypto-monnaies de gros mises par les banques centrales Si les CBCC destines aux paiements de dtail en sont encore au stade conceptuel, certaines banques centrales ont procd des dmonstrations de faisabilit dapplications de gros fondes sur la DLT18. Lune des raisons expliquant lintrt pour la DLT est que de nombreux systmes de paiement de gros grs par les banques centrales arrivent en fin de cycle de vie technologique. Ces systmes sont programms dans des langages obsoltes ou utilisent des modles de base de donnes caducs et coteux entretenir. Les projets Jasper et Ubin Le projet Jasper de la Banque du Canada (Chapman et al. (2017)) et le projet Ubin de lAutorit montaire de Singapour (MAS (2017)) simulent des systmes rglement brut en temps rel (RTGS) sur une plateforme DLT. Dans un systme RTGS, les paiements sont traits individuellement, immdiatement et de manire dfinitive tout au long de la journe (CSPR (1997)). la diffrence des applications de paiement de dtail voques plus haut, laccs aux systmes de gros est restreint (cest--dire ncessite une autorisation). Gnralement, laccs est limit aux tablissements financiers. En outre, le coteux processus de validation (encadr A) qui est ncessaire pour empcher les doubles dpenses dans les dispositifs de dtail est ici remplac par des alternatives moins gourmandes en nergie, comme une autorit de confiance (par exemple la banque centrale). Lun des dfis cls pour toute application de CBCC est de savoir comment transfrer largent de la banque centrale au registre distribu19. Jasper comme Ubin ont opt pour une approche de certificat de dpt numrique. Un certificat de dpt numrique est une crance sur les rserves de la banque centrale dtenue dans un compte spar, en change duquel la banque centrale met des jetons numriques sur le registre distribu. Dans le cas de Jasper, les jetons numriques (initialement connus sous le nom de CADcoins20) sont crs en dbut de journe, et rachets en fin de journe. Dans le cas dUbin, les banques achtent ou remboursent des jetons numriques tout moment de la journe, et peuvent les conserver sur le registre distribu jusquau lendemain. Ainsi, les transferts sur la plateforme DLT dans le cadre de la dmonstration de faisabilit Singapour ne se limitent pas aux heures douverture de la MAS. Le projet Jasper met galement en uvre un mcanisme de rduction des besoins de liquidit sur la plateforme DLT. Si les systmes RTGS minimisent le risque 18 Les banques centrales ne se sont pas limites aux applications de paiement de gros fondes sur la DLT. LAutorit montaire de Hong Kong (HKMA) a effectu des dmonstrations de faisabilit pour le crdit commercial et les demandes de prt hypothcaire, en collaboration avec des acteurs du secteur (HKMA (2016)). La Banque de France a mis au point une version fonde sur la DLT de sa base didentification des cranciers utilisant le systme SEPA despace unique de paiement en euro (Banque de France (2016)). 19 Les Principes pour les infrastructures de marchs financiers du CPIM et de lOICV prvoient que le rglement doit tre ralis autant que possible dans la monnaie de la banque centrale. 20 Voir Garratt (2016). 10 Rapport trimestriel BRI, septembre 2017 de rglement, ils peuvent ncessiter beaucoup de liquidit. Par consquent, de nombreux systmes RTGS dans le monde sont renforcs par des mcanismes qui visent compenser rgulirement des paiements entre eux dans une file, et ne rgler que les montants nets ((Bech and Soramki (2001)). Les registres distribus sont dcentraliss, de sorte que la mise en uvre dune file centralise ncessite une solution ingnieuse (Project Jasper (2017)). Les deux projets montrent que largent de banque centrale peut tre transfr sur un registre distribu en temps rel, dans des volumes ralistes et avec un mcanisme de rduction des besoins de liquidit. Cependant, aucune des initiatives actuelles visant mettre jour ou remplacer les systmes de paiement de gros existants nenvisagent ladoption de la DLT. La Banque dAngleterre (2017) comme la Banque du Canada (Ho (2017)) concluent que la DLT nest pas encore assez mre pour tre adopte. Pourtant, pour la plupart des banques centrales qui rflchissent moderniser le cur de leur infrastructure de paiement, il est ncessaire que les nouveaux systmes puissent fonctionner avec les futures plateformes DLT. Rglement de titres plus long terme, de nombreux acteurs du secteur estiment que la DLT pourrait sensiblement augmenter lefficacit, et rduire les cots de rapprochement, dans le cadre de la compensation et du rglement de titres21. Lun des avantages potentiels des structures fondes sur la DLT est limmdiatet de la compensation et du rglement des titres, contrairement au retard de plusieurs jours qui caractrise aujourdhui les changes entre espces et titres22. Des progrs ont rcemment t faits en la matire par une co-entreprise fonde par la Banque fdrale dAllemagne et Deutsche Brse, et qui a mis au point un prototype fonctionnel de plateforme de rglement de titres fonde sur la DLT permettant le rglement-livraison contre paiement despces numriques et de titres (Deutsche Bundesbank (2016)). Conclusion ce stade, largent liquide est la seule forme de monnaie de banque centrale que peuvent dtenir les particuliers. Une personne souhaitant numriser ces fonds doit convertir le passif de banque centrale en passif de banque commerciale, en dposant largent dans une banque. Une crypto-monnaie de banque centrale permettrait aux consommateurs de dtenir des passifs de banque centrale sous forme numrique23. Pour ce faire, les particuliers devraient cependant tre autoriss dtenir un compte auprs de la banque centrale, ide qui existe depuis 21 Mainelle et Milne (2016) estiment que les bases de donnes synchronises peuvent permettre des rductions allant jusqu 50 % des cots de back-office. Selon une tude de Santander InnoVentures (2015), 15 20 milliards de dollars pourraient tre conomiss chaque anne lchelle du secteur bancaire. 22 Grce lutilisation de contrats intelligents, la technologie permet aussi de prciser aux diffrentes parties la date/lheure du rglement dune transaction. 23 De fait, les particuliers pourraient vouloir se prmunir contre le risque de crdit associ aux passifs des banques commerciales. Rapport trimestriel BRI, septembre 2017 11 longtemps24. Selon nous, le principal avantage dune CBCC de dtail destine au grand public serait (au-del du fait quelle donnerait accs des comptes (centraliss) ouverts auprs des banques centrales) quelle pourrait offrir lanonymat propre aux espces. Les transferts entre pairs, notamment, permettent lanonymat vis--vis de toute tierce partie. Si cet anonymat de la tierce partie ne constitue pas un aspect suffisamment important aux yeux du grand public, celui-ci pourrait profiter de la plupart des avantages prts aux CBCC de dtail en ayant accs des comptes ouverts auprs des banques centrales. Trancher la question de savoir si une banque centrale devrait ou non offrir une alternative numrique aux espces est particulirement essentiel dans les pays comme la Sude, o lutilisation des espces est en fort dclin. Mais toutes les banques centrales pourraient terme devoir dcider si lmission dune CBCC de gros ou de dtail est pertinente, en fonction du contexte local. Il leur faudrait alors tenir compte non seulement des prfrences des consommateurs en termes de protection de la vie prive, et des gains potentiels defficacit (en termes de paiement, compensation et rglement), mais aussi des risques potentiels pour le systme financier et lconomie au sens large, ainsi que de toute consquence sur la politique montaire (Bordo et Levin (2017)). Certains risques sont aujourdhui difficiles apprcier : ainsi, la question de la cyberrsilience des CBCC - que nous navons pas aborde dans la prsente tude - reste largement explorer. 24 La question de savoir qui devrait avoir accs la monnaie de banque centrale revient souvent dans les discussions relatives la politique montaire. Voir CSPR (2003), CSFM (2015) et la Banque dAngleterre (2017) pour davantage de prcisions. 12 Rapport trimestriel BRI, septembre 2017 Encadr A Quest-ce que la technologie de registre distribu ? La technologie de registre distribu (DLT) renvoie aux protocoles et infrastructures sous-jacentes permettant des ordinateurs situs dans diffrents endroits de proposer et de valider des transactions, et dactualiser lenregistrement de transactions de manire synchronise travers un rseau. Le concept de registre distribu - lenregistrement commun dune activit partage par des ordinateurs dans diffrents lieux - nest pas nouveau. Ce type de registre est utilis par les organisations ayant des succursales ou des bureaux disperss travers un pays, ou dans diffrents pays (par exemple, les chanes de supermarchs). Nanmoins, dans le cas dune base de donnes distribue classique, un administrateur systme remplit gnralement les fonctions cls ncessaires la cohrence des multiples exemplaires du registre. La faon la plus simple dy parvenir est de conserver un exemplaire centralis du registre, qui est rgulirement mis jour et partag avec lensemble des participants au rseau. Systme de registre distribu Graphique ASource : Santander InnoVentures (2015). Les nouveaux systmes fonds sur la DLT, et plus particulirement le bitcoin et Ethereum, sont en revanche conus pour fonctionner sans autorit de confiance. Dans le cas du bitcoin, une base de donnes distribue est entretenue de manire dcentralise au moyen dune procdure de validation fonde sur le consensus et de signatures cryptographiques. Dans des systmes de ce type, les transactions sont effectues entre pairs et diffuses auprs de lensemble des participants, qui les valident par lots appels blocs . Comme le registre dactivit est organis selon des blocs spars mais connects, ce type de DLT est souvent nomm chane de blocs . La technologie de la chane de blocs assure depuis plusieurs annes le bon fonctionnement du bitcoin. Toutefois, le systme nest pas sans inconvnients : il est coteux exploiter (pour empcher les doubles dpenses sans recourir une autorit de confiance, les validateurs de transaction doivent tablir des preuves de transactions informatiques, ce qui requiert une puissance de calcul considrable) ; le caractre dfinitif du rglement est seulement probabiliste ; et toutes les transactions sont publiques. Dans un grand nombre de cas, ces caractristiques ne conviennent pas une utilisation sur les marchs financiers. Les applications actuelles de paiement de gros fondes sur la DLT ont donc abandonn la technologie standard de la chane de blocs en faveur de protocoles modifiant le processus consensuel, pour permettre une meilleure confidentialit et volutivit. Parmi les protocoles actuellement tests par les banques Registre centralis Registre distribuSystme depaiement Rapport trimestriel BRI, septembre 2017 13 centrales figurent Corda et Hyperledger Fabric. Corda remplace la chane de blocs par une architecture notariale . Celle-ci recourt une autorit de confiance et permet de parvenir un consensus par transaction, plutt que par blocs de transactions, en limitant le partage dinformations. Voir aussi Chapman et al. (2017), CPIM (2015) et Benos et al. (2017). La quantit dnergie actuellement utilise par les validateurs de transactions en bitcoin quivaut la consommation dnergie du Liban et de Cuba (voir http://digiconomist.net/bitcoin-energy-consumption). Pour une description dtaille des preuves de transaction, voir https://en.bitcoin.it/wiki/Proof_of_work. https://en.bitcoin.it/wiki/Proof_of_workhttp://digiconomist.net/bitcoin-energy-consumption 14 Rapport trimestriel BRI, septembre 2017 Encadr B La corolle des monnaies : un chantillon Dans lillustration B, la corolle contient des exemples de monnaie passs, prsents et potentiellement futurs. Au centre se trouve le Fedcoin, qui constitue un exemple de CBCC de dtail. Le concept, propos par Koning (2014) et que la Rserve fdrale na pas valid, consiste pour la banque centrale crer sa propre crypto-monnaie. Celle-ci pourrait tre convertie en dollar amricain, parit, dans les deux sens, et la conversion serait gre par les Rserves fdrales rgionales. la diffrence de loffre de bitcoins, prdtermine par principe, loffre de Fedcoin fluctuerait, un peu comme celle des espces, au gr de la demande des consommateurs. Le Fedcoin deviendrait une troisime composante de la base montaire, aux cts des espces et des rserves. Contrairement au bitcoin, le Fedcoin ne serait pas une monnaie concurrente extrieure prive, mais plutt une forme alternative de monnaie souveraine (Garratt et Wallace (2016)). La corolle des monnaies : exemple Graphique BLutilisation dune police normale indique que le systme est actif ; une police en italique signale quil sagit dune proposition ; une police enitalique et souligne renvoie une exprimentation ; enfin, les mentions rayes signifient que le projet a t abandonn ou que lentreprisenexiste plus. Le CADcoin constitue un exemple de CBCC de gros. Cest le nom dorigine dactifs numriques constitutifs dune monnaie utilise par la Banque du Canada pour dmontrer la faisabilit dun systme de paiement de gros fond sur la DLT. Le CADcoin a servi dans des simulations effectues par la Banque du Canada en coopration avec Paiements Canada, R3 (une fintech) et plusieurs banques canadiennes, mais il na pas t mis en place. En Sude, la demande despces a considrablement chut au cours des dix dernires annes (Skingsley (2016)). De nombreux commerces nacceptent dj plus largent liquide, et certaines agences bancaires ne dlivrent ou ne collectent plus les espces. Dans ce contexte, la banque centrale sudoise (Sveriges Riksbank) a lanc un projet visant dterminer la viabilit dune couronne lectronique - eKrona - pour les paiements de dtail. Aucune dcision na encore t prise en termes technologiques (Sveriges Riksbank (2017)). LeKrona est donc la frontire entre les comptes de dpt de banque centrale et les CBCC de dtail. Certificator 1934BitcoinEspcesRservesUtilitySettlementCoinDineroelectronicoFedcoinCADcoinE-gold,M-pesa,VenmoPok CoinBerkShares,livres deBristoleKronaPices enmtauxprcieuxBanqued'AmsterdamUniversellementaccessiblelectronique mission parune banquecentraleEntre pairs Rapport trimestriel BRI, septembre 2017 15 Dinero electrnico est un service de paiement mobile quatorien, dont les comptes sous-jacents sont proposs par la banque centrale aux particuliers. Ceux-ci peuvent ouvrir un compte en tlchargeant une application, enregistrant leur numro national didentit et en rpondant des questions de scurit. Ils peuvent ensuite dposer ou retirer leur argent dans certains centres de transaction. Il sagit l dun (rare) exemple de compte de dpt propos par une banque centrale. Lquateur ayant le dollar comme monnaie officielle, les comptes sont libells dans cette monnaie. Le bitcoin est un exemple de monnaie numrique non mise par une banque centrale. Il a t invent par un programmeur inconnu, utilisant le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, et est apparu en 2009 sous forme de logiciel de source ouverte, accompagn dun livre blanc dcrivant les aspects techniques de sa conception (voir lencadr A pour davantage de prcisions). PokCoin est une monnaie utilise pour les achats effectus dans le cadre du jeu Pokmon Go ; cest un exemple de monnaie virtuelle. LUtility Settlement Coin (USC) constitue une tentative de la part du secteur priv doffrir une crypto-monnaie de gros. Ce concept a t propos par un groupe de grandes banques prives et une fintech pour crer une srie de jetons numriques reprsentant les monnaies de diffrents pays pouvant faire lobjet dchanges sur une plateforme de registres distribus (UBS (2016)). La valeur de lUSC de chaque pays sur la plateforme serait adosse un quivalent en valeur de la monnaie locale, dtenu sur un compte (de rserve) spar de la banque centrale. La Banque dAmsterdam (the Amsterdamse Wisselbank) a t cre en 1609 par la Ville dAmsterdam afin de faciliter les changes. Elle est souvent vue comme le prcurseur des banques centrales. lpoque, la monnaie (cest--dire les pices) subissait des dgradations diverses (rosion, fissures). La banque prenait en dpt des pices locales et trangres, leur valeur intrinsque relle, aprs avoir encaiss de modestes frais de frappe et de gestion. Ces dpts taient connus en tant que monnaie de banque. La Wisselbank avait aussi tabli un systme dcriture comptable permettant ses clients de rgler des paiements avec dautres titulaires de compte. La banque centrale nerlandaise a vu le jour en 1814 et la Banque dAmsterdam a t ferme en 1820 (Smith (1776), Quinn et Roberds (2014)). Le certificat or, srie 1934, tait un billet de 100 000 dollars mis par le Trsor amricain et utilis uniquement pour les transactions officielles entre Rserves fdrales rgionales. Il sagissait du billet en dollar de la valeur la plus leve jamais mis, et les particuliers ny avaient pas accs. Cest un exemple de monnaie non lectronique garantie par ltat, usage restreint et destine des changes entre pairs. La livre de Bristol (Bristol Pound) et les BerkShares, dans le ptale droit, sont des exemples de monnaies locales mises de faon prive. Les commerants de Bristol, au Royaume-Uni, concdent un rabais aux consommateurs utilisant la livre de Bristol, tandis que les BerskShares sachtent pour 0,95 dollar pice et sont accepts chez les dtaillants, leur valeur faciale, dans la rgion des Berkshires (Massachusetts). Les pices en mtaux prcieux sont des exemples de monnaie marchandise. Elles peuvent servir la production ou la consommation, et aussi faire office de moyen dchange. Elles se distinguent de la monnaie fiat, qui na pas de valeur intrinsque. Les monnaies marchandises appartiennent pour lessentiel au pass, mais elles ont constitu le principal moyen dchange durant plus de deux millnaires. Les titulaires de comptes e-gold utilisaient la monnaie des banques commerciales pour acheter une part du stock dor de la socit holding, et transfraient de lor dautres clients au moyen de messages textes envoys par tlphone portable. Les paiements entre clients e-gold taient des transactions on-us (entre membres du mme groupe), qui ncessitaient uniquement lactualisation des comptes clients. E-gold a fini par disparatre, mais avant dtre arrt en 2009, le systme comptait plus de 5 millions de titulaires de compte. De nombreuses plateformes de paiement mobile, comme Venmo (un portefeuille numrique prsentant les caractristiques des rseaux sociaux populaires auprs des tudiants amricains) et M-pesa (une plateforme dargent mobile trs utilise au Kenya et dans dautres pays dAfrique de lEst), recourent un modle on-us similaire. Les usagers transfrent soit des dpts bancaires, soit des espces vers loprateur, qui leur fournit des crdits mobiles. Ces crdits peuvent tre transfrs entre usagers de la plateforme laide dappareils mobiles, ou rachets loprateur en change despces ou de dpts. Le nombre quotidien de transactions M-pesa dpasse largement celui des oprations en bitcoin. Cependant, en termes de valeur, les transferts mondiaux en bitcoin ont rcemment pris le pas sur ceux effectus via la plateforme M-pesa (graphique 1, cadre de droite). 16 Rapport trimestriel BRI, septembre 2017 Il existe des arguments simples, inspirs de Friedman (1959) et Klein (1974), laissant entendre que si la Rserve fdrale devait maintenir la convertibilit parit avec le Fedcoin, elle devrait galement contrler loffre de Fedcoins. Lentreprise sest vu reprocher par les autorits davoir enfreint les rgles contre le blanchiment dargent et de se livrer des activits de transfert dargent sans dtenir la licence adquate ; voir http://legalupdate.e-gold.com/2008/07/plea-agreement-as-to-douglas-l-jackson-20080721.html. Les statistiques sur les comptes e-gold sont disponibles ladresse http://scbbs.net/craigs/stats.html. http://scbbs.net/craigs/stats.htmlhttp://legalupdate.e-gold.com/2008/07/plea-agreement-as-to-douglas-l-jackson-20080721.html Rapport trimestriel BRI, septembre 2017 17 Encadr C Lexemple de la Sude La Sude affiche lun des taux les plus levs au monde dadoption des technologies modernes dinformation et de communication. Elle possde en outre un systme de paiement de dtail particulirement efficace. Fin 2016, plus de 5 millions de Sudois (soit plus de 50 % de la population) avaient install lapplication Swish sur leur tlphone portable, laquelle permet deffectuer (jour et nuit) des virements immdiats partir dun compte ouvert dans une banque commerciale (graphique C, cadre de gauche ; voir galement Bech et al. (2017)). Sude Graphique CTlchargements de Swish Espces en circulation1 Millions % Mrds de SEK % 1 En moyenne annuelle. Sources : FMI, Statistiques financires internationales ; Nations Unies, Perspectives de la population mondiale ; www.getswish.se; donnes nationales ; calculs des auteurs. Dans ce pays, la demande dargent liquide chute rapidement (graphique C, cadre de droite). De nombreux commerces nacceptent dj plus largent liquide, et certaines agences bancaires ne dlivrent ou ne collectent plus les espces. Ce phnomne est une source dinquitude pour la Riksbank (Skingsley (2016)). Le systme de paiement peut-il rester sr et efficace sans espces ? Mme sil nest pas utilis tous les jours, largent liquide est une solution de rechange en cas de crise. Ceux qui nont pas accs aux services bancaires resteront-ils capables de grer leurs paiements ? La Riksbank mne actuellement un projet baptis eKrona pour savoir si elle devrait proposer une monnaie numrique de banque centrale au grand public. Ce projet envisage diverses solutions techniques, mais aucune dcision na t prcise quant la structure privilgier (compte de dpt de banque centrale ou CBCC de dtail). Le projet devrait arriver son terme fin 2019 (Sveriges Riksbank (2017)). 5432105040302010016151413Nombre d'utilisateurs (ch.gauche)Pourcentage de la population totale (ch. droite)1008060402004,23,63,02,41,81,21715131109070503Valeur nominale (ch.gauche)Pourcentage du PIB (ch.droite)http://www.getswish.se/ 18 Rapport trimestriel BRI, septembre 2017 Rfrences Andolfatto, D. (2015), Fedcoin: on the desirability of a government cryptocurrency , MacroMania (blog), 3 fvrier. (2016), Is bitcoin a safe asset? , MacroMania ( blog), 27 mars. Athey, S., Catalini, C. et Tucker, C. (2017), The digital privacy paradox: small money, small costs, small talk , Stanford University Graduate School of Business, Research Papers, n 1724. Autorit montaire de Hong-Kong (2016), Whitepaper on distributed ledger technology, novembre. 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Une nouvelle forme de monnaie pour les banques centralesDes crypto-monnaies de dtail mises par les banques centralesAnonymatDes crypto-monnaies de gros mises par les banques centrales Les projets Jasper et UbinRglement de titresConclusionEncadr A - Quest-ce que la technologie de registre distribu ?Encadr B - La corolle des monnaies : un chantillonEncadr C - Lexemple de la Sude Rfrences /ColorImageDict > /JPEG2000ColorACSImageDict > /JPEG2000ColorImageDict > /AntiAliasGrayImages false /CropGrayImages true /GrayImageMinResolution 150 /GrayImageMinResolutionPolicy /OK /DownsampleGrayImages true /GrayImageDownsampleType /Bicubic /GrayImageResolution 150 /GrayImageDepth -1 /GrayImageMinDownsampleDepth 2 /GrayImageDownsampleThreshold 1.00000 /EncodeGrayImages true /GrayImageFilter /DCTEncode /AutoFilterGrayImages true /GrayImageAutoFilterStrategy /JPEG /GrayACSImageDict > /GrayImageDict > /JPEG2000GrayACSImageDict > /JPEG2000GrayImageDict > /AntiAliasMonoImages false /CropMonoImages true /MonoImageMinResolution 1200 /MonoImageMinResolutionPolicy /OK /DownsampleMonoImages true /MonoImageDownsampleType /Bicubic /MonoImageResolution 600 /MonoImageDepth -1 /MonoImageDownsampleThreshold 1.00000 /EncodeMonoImages true /MonoImageFilter /CCITTFaxEncode /MonoImageDict > /AllowPSXObjects false /CheckCompliance [ /None ] /PDFX1aCheck false /PDFX3Check false /PDFXCompliantPDFOnly false /PDFXNoTrimBoxError true /PDFXTrimBoxToMediaBoxOffset [ 0.00000 0.00000 0.00000 0.00000 ] /PDFXSetBleedBoxToMediaBox true /PDFXBleedBoxToTrimBoxOffset [ 0.00000 0.00000 0.00000 0.00000 ] /PDFXOutputIntentProfile (None) /PDFXOutputConditionIdentifier () /PDFXOutputCondition () /PDFXRegistryName () /PDFXTrapped /False /CreateJDFFile false /Description >>> setdistillerparams> setpagedevice

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