DÉSIR DU SUJET/SUJET DU DÉSIR: "MELMOTH RÉCONCILIÉ"

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  • DSIR DU SUJET/SUJET DU DSIR: "MELMOTH RCONCILI"Author(s): Paul PerronSource: Nineteenth-Century French Studies, Vol. 12, No. 1/2 (FallWinter 198384), pp. 36-53Published by: University of Nebraska PressStable URL: http://www.jstor.org/stable/23536490 .Accessed: 10/06/2014 05:31

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  • DESIR DU SUJET/SUJET DU DESIR: MELMOTH RCONCILI

    Paul Perron

    "La nature avait cr en moi un tre d'a

    mour et de tendresse, et le hasard m a

    contraint crire mes dsirs au lieu de les

    satisfaire." Lettre Madame Hanska du

    20 mars, 1836.

    Le rcit premier de Melmoth rconcili1: "Par une sombre journe d'au

    tomne, vers cinq heures du soir, le caissier ..." (347), est prcd d un

    bref sommaire, genre de prologue valeur introductivo et/ou explicative,

    qui se situe avant et pour ainsi dire l'extrieur du temps du droulement

    de la digse.2 Il pose, de prime abord, les conditions de lisibilit et de

    production de la fable venir. Commentaire en marge, ce prologue sem

    ble premire vue encadrer l'histoire qui ne serait que la simple ralisa

    tion du canevas esquiss. Toutefois, il runit d'ores et dj les matriaux

    originaux et met en place les rgles gnrales dont se servira le locuteur

    narrateur pour laborer et livrer le rcit. Ainsi le sommaire instaure-t-il,

    d'entre de jeu, un dispositif de modles narratifs et discursifs de la

    comptence que le conte, dans sa singularit, actualisera et ralisera.

    Synoptique, "bilan exact du Talent et de la Vertu, dans leurs rapports

    avec le Gouvernement et la Socit une poque qui se croit progressive,"

    sans laquelle "une aventure arrive rcemment Paris paratrait invrai

    semblable", ce prologue s'adresse avant tout celui qui aurait "devin les

    vritables plaies de notre civilisation." (347) Le sommaire soulve alors

    une srie d'nigmes qui suggrent, tout en les taisant, les solutions seules

    connues auparavant du sujet-suppos savoir, et de plus, disqualifie ceux

    qui, " une poque qui se croit progressive", inscrivent le conte sous le

    signe de l'invraisemblable. Rponses entrevues, rponses diffres, r

    ponses sous-entendues, le sens de "l'aventure arrive rcemment" n'est

    offert qu' l'coute de ces "esprits assez suprieurs" dj au courant du

    mal, de la blessure, de l'entaille qui rongent, fissurent et entament l'int

    grit du corps social. Organisme vivant, radicalement transform depuis

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  • Paul Perron 37

    1815, la "Civilisation" contemporaine s'est mutile lorsqu'elle a choisi de

    remplacer un principe fondamental par un autre. Substitution d'un signi

    fiant corporel au signifiant de l'tat, la mtaphore organique du corps

    bless vhicule dj, sous forme d'nigme non-rsolue appelant un d

    nouement, les mcanismes de dplacement qu'assurera la fable. Le som

    maire propose ds lors une critique de la lecture ainsi que du texte

    puisqu'il met en vidence la fois les lois de sa production et le mode ou les

    conditions de son dchiffrement.3 Le rcit s'agence donc selon un double

    mouvement hlicodal qui enchevtre une activit de dcryptage et de

    (re)connaissance d'une srie de voiles entr'aperus, de bances, de non

    dits, ou encore, d'inter-dits.

    Les remarques ci-dessus demandent nanmoins tre affines et nuan

    ces par une mise en relief des procds d'criture gouvernant cette brve

    "entre en matire". On remarquera que le sommaire et la digse pro

    prement dite participent, pour reprendre les distinctions de E. Ben

    veniste, de deux systmes distincts: celui du discours et celui de l'his

    toire.4 Alors que le prologue, qui met en scne un locuteur (narrateur), un

    allocutaire (narrataire) et un dlocuteur (personnage), emploie principale

    ment les temps verbaux du prsent et du futur, le rcit premier se carac

    trise avant tout par la non-intervention du narrateur et l'utilisation de

    l'aoriste.5 Le premier nonc du rcit valeur gnrale: "Il est une nature

    d'hommes" (345), se dfinit en tant qu'assertion gnomique qui souligne un

    tat de fait irrcusable de l'organisation sociale ambiante. Par la suite, le

    prologue mimera sous forme d'affirmations et d'interrogations successives

    un acte de communication verbale, ou encore, un genre de dmonstration

    logique et ritrera en l'amplifiant ce mme postulat (postulatum: "de

    mande" qui sollicite l'assentiment de l'autre, du narrataire, pour s'riger

    en principe incontestable): "A-t-on jamais compris les termes de la propo

    sition dont l'X connu est un caissier?" (345). Problme rsoudre aux

    donnes incompltes, le sujet caissier se prsente d'abord comme rducti

    ble une structuration symbolique, ensuite comme pouvant se repr

    senter en tant qu'quation algbrique dont la valeur des lments du

    membre gauche, spar par le signe ( = ) posant la relation d'quivalence,

    reste inconnue. Cette formule simple, qui appelle une solution tout en

    dfinissant les relations fondamentales et les rgles suivre pour raliser

    les oprations, demeure cependant insoluble puisqu'elle tait le sens des

    termes constitutifs du polynme. Or, se fait jour un systme relationnel

    symbolique qui assigne au sujet son lieu et le dcentre en mme temps.'' Si

    d'une part, celui-ci se conoit comme conjonction de signifiants, par contre

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    une autre fonction s'introduit la place des signifis, qui les branle, les

    fait jouer et finalement les efface. Disons pour l'instant, que le travail de

    gommage se remarque dans le prologue lors de la mise enjeu du dispositif

    narratif, qui, par une stratgie de dtournements, rarticule par substitu

    tion une mme proposition en la dplaant, de sorte que la chane des

    signifiants ainsi constitue diffre l'accs la signifiance.7

    La nature indfinissable du sujet nigmatique s'inscrit de fait dans la

    matire langagire qui lui prte forme.8 D'abord, les figures de style

    dominantes: l'interrogation, la comparaison et l'antithse qui s'tendent

    d'un bout l'autre du passage, dveloppent le caractre problmatique et

    incomprhensible de la proposition. Puzzle aux pices inconnues, inter

    rog, scrut, rpt, le texte amasse, dnombre et numre tout en les

    questionnant les indices disjoints, si bien que le facteur de certitude se

    rvle inversement proportionnel la quantit d'informations accumu

    les. Ces premires figures de style, relayes et compltes par l'ellipse et

    le paradoxisme: "Trouver un homme qui . . . Un homme qui ait assez de

    grandeur pour tre petit? Un homme qui puisse se dgoter de l'argent

    force d'en manier?" (345), instituent le sujet dans un systme de con

    traires, voire de contradictions. A force de se dcrire le sujet se dfile,

    force de se redire le texte se ddit.

    Ds son enclenchement, le sommaire pose et repose cette mme ques

    tion: Qu'est-ce qu'un caissier? ou encore: Qu est-ce qu'un caissier sous la

    Restauration? et en se dployant n'y apporte que des bribes de solutions

    contradictoires. Ce perptuel glissement du signifi ainsi que le dplace

    ment du signifiant se dclent surtout au niveau du registre des tropes qui

    organisent le rcit. En effet, un processus mtonymique motive le jeu de

    substitution projetant le signifiant le long de l'axe syntagmatique: "la

    Civilisation obtient dans le Rgne Social, comme les fleuristes crent dans

    le Rgne Vgtal, par l'ducation de la serre, une espce hybride . . .

    Vritable produit anthropomorphe arros par les ides religieuses . . .

    branch par le vice et qui pousse un troisime tage le caissier est . . .

    maintenu par la guillotine." (345).9 Le sujet, pris dans les rets de la

    Socit, assujetti la Loi de l'or par "les corsaires que nous dcorons du

    nom de Banquiers . . . qui l'encadrent dans des logis afin de le garder

    comme les gouvernements gardent les animaux curieux" (346), reoit la

    place qu'on lui assigne. "Civilisation ", "Socit", "Gouvernement, "Ban

    quiers" ne sont que des substituts synecdochiques des forces con

    traignantes et "illogiques" qui situent le sujet et le signifient dans l'cono

    mie du texte.

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  • Paul Perron 39

    Pourtant, ce premier dispositif de contraintes symboliques garanti par

    "les Religions, les Collges, les Institutions, les Morales, les grandes et

    petites Lois Humaines" ne saurait exister qu'en fonction d'un second

    rseau avec lequel il entretient des rapports de ncessit et de contradic

    tion. . . Produit . . . plant dans Paris, cette ville aux tentations, cette

    succursale de l'Enfer ... le caissier s'il a de l'imagination, s il a des

    passions ... se dissout. "

    (345-46). Constitution, dissolution, le sujet jus

    qu'alors cern, dnot, se rvle en fin de compte comme iuite insaisissa

    ble. A la place du signifi univoque s'insre la symbolisation de deux

    systmes de lois antagoniques et complmentaires: savoir celui de l'or et

    celui du dsir. Et, c'est dans "l'entre-jeu", au sein mme de cet ensemble

    dialectis qui se manifeste et s'agence en tant que totalit-dtotalise, (pie

    s'effectuera le passage du signifiant dans cette symbolisation constitutive.

    Si l'engendrement de la signification dpend de la subversion et de

    l'clatement du signifi par l'entremise de la structuration symbolique

    dialectise prcite, il rsulte aussi du jeu de redoublement du signifiant

    tout au long du sommaire. "Produits . . . rares produits des incubations de

    la vertu ... La Vertu . . . talents prcoces . . . grands cerveaux . . . cinq

    cents ttes chauffes . . . ingnieurs ordinaires . . . capitaines d'artillerie

    . . . etc. "

    (345-47), autant de substituts, traces des avatars du signifiant qui

    marquent les dplacements successifs du sujet. Etudiants, intellectuels,

    hommes d'lite, caissiers, tous subissent la Loi de l'or et du dsir et sont

    reconduits au niveau digtique occuper le mme lieu, le mme topos:

    ". . . un troisime tage entre une femme estimable et des enfants en

    nuyeux . . . quelque second tage, rue Saint-Louis au Marais ... un

    second tage, du pain discrtion, quelques foulards neufs, et une vieille

    femme accompagne de ses enfants ... l'ge de cinquante ans, un

    troisime tage, la femme accompagne d'enfants et toutes les douceurs

    de la mdiocrit." (345-37). En outre, la cohsion et l'intgralit du rseau

    symbolique, assignant la place du sujet, s'assurent au moyen du dploie

    ment d'une mtaphore gnratrice unique. S'agissant du "caissier" "ar

    ros", "branch"; "de jeunes intelligences . . . tri[es] sur le volet

    comme les jardiniers font de leurs graines"; de "ce qu'il y a de plus lev

    dans les grades subalternes . . . ces greffes qui reprsentent d'normes

    capitaux"; ou encore, des "hommes d'lite engraisss de mathmatiques et

    bourrs de science; la "Civilisation", la "Socit", les "Institutions et le

    "Gouvernement" soignent, lvent et mondent l'Homme scarifi, "pro

    duit anthropomorphe" qui sans cesse se drobe. En somme, la singularit

    du sujet soumis l'conomie de la caisse et du dsir se dissout et s'efface

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  • 40 Nineteenth-Century French Studies

    pour laisser place une problmatique du groupe "qui, depuis 1815 a

    remplac le principe Honneur par le principe Argent." (347).

    "Dolmanc, has et mystrieusement

    Non; il est de certaines choses qui demandent absolument des voiles."

    Sade, La Philosophie dans le Boudoir,

    J. J. Pauvert, 1970, p. 288.

    Le sommaire, a-t-on dit, ritre sous forme d'nigme une mme propo

    sition insoluble dont la clef partiellement dtenue par le sujet-suppos

    savoir devrait normalement se dvoiler au cours de la lecture de la fable.

    Or, le rcit premier s'amorce par une longue description de la caisse,

    "situe dans la partie la plus sombre d'un entresol troit et bas d'tage"

    (347), contenant des coires-forts enferms dans une armoire "d'un si grand

    poids, que les voleurs n'auraient pu l'emporter." (348). "Scells dans le

    fer", garantis par plusieurs systmes de fermeture, ces coffres maintien

    nent l'inviolabilit du lieu, gardent l'abri les trsors cachs et dfient par

    leur masse et leurs mcanismes complexes toute tentative d'effraction. On

    ne saurait accder au contenu, possder les richesses enfouies par bris de

    serrure, ou en forant l'armoire en fer. L'accs au trsor dpend d'une

    lecture, d'une transcription et demeure absolument interdit, mme im

    possible, tous ceux ne possdant pas le chiffre de la combinaison. "Cette

    porte ne s'ouvrait qu' la volont de celui qui savait crire le mot d'ordre

    dont les lettres de la serrure gardent le secret sans se laisser corrompre."

    (348) Code rigoureusement chiffr, ensemble formellement ordonn, le

    mystre de la lettre exige un dcryptage et une criture ne souffrant

    aucune erreur ou anarchie. Seul le dtenteur de la lettre, seul le sujet qui

    s'y conforme totalement et s'en tient absolument la rgle, est susceptible

    de trouver une solution prcise au problme pos par cette "belle ralisa

    tion du Ssame ouvre-toi? des Mille et Une Nuits." (348) Lecture avise,

    lecture absolue mais lecture irrmissible et dangereuse, car le premier

    logogriphe en recle un second, qui lui, mortel, ne pardonne pas. Gare au

    crdule cpii a drob la lettre, s'imagine la comprendre, s'y assujettit et

    tente de la forcer ou de la contrefaire tout en mconnaissant l'ultime

    consigne. "Cette serrurerie lchait un coup de tromblon la figure de celui

    qui, ayant surpris le mot d'ordre, ignorait un dernier secret, L'ultima ratio

    du dragon de la Mcanique." (348) On retiendra que le sujet se constitue d'abord par rapport la lettre qui

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  • Paul Perron 41

    le dfinit, qui lui assigne sa place dans le systme; ensuite que s'il croit

    possder la lettre, par contre la lettre le possde; et enfin que la contrefa

    on de la lettre pige entrane inexorablement des consquences n

    fastes. 10 Cette premire description fonctionne comme une mise en abyme

    qui annonce dj le destin de chaque personnage du conte. Castanier,

    "ancien militaire", "ancien officier" qui se croit "dans une solitude pro

    fonde et loin de tous les regards" (348), afin de mener bien son projet de

    vol, prend une plume et contrefait "au bas de plusieurs lettres de crdit

    tires sur la maison Watschildine Londres ... la signature Nucingen."

    (349-50) Surpris en flagrant dlit par un tranger mystrieux dont le regard

    venait "reluire sur la fausse signature de la lettre de crdit" (351), le

    caissier stupfi lui prsente "la plume dont il venait de se servir pour son

    faux" et lui rend cinq cent mille francs, la somme exacte qu il s'apprtait

    voler. Et, "pendant que Castanier regardait l'criture de l'inconnu, la

    quelle allait de droite gauche la manire orientale, Melmoth disparut. "

    (351) Ayant prvu les moindres circonstances et muni de deux faux passe

    ports le caissier esprait gagner Naples, o il comptait vivre sous un faux

    nom, celui du comte Ferraro, mort dans les marais de Zambin, " la faveur

    d'un dguisement si complet qu'il tait dtermin changer son visage en

    y simulant l'aide d'un acide des ravages de la petite vrole." (354)

    Persuad de dtenir le secret de la lettre en la simulant (signatures, faux

    nom, passeports, dguisements), croyant savoir "crire le mot d'ordre", il

    pense pouvoir djouer la vigilance de Nucingen. Assur du succs de

    l'entreprise, mais inconscient de "l'ultima ratio du dragon de la Mcani

    que" de la lettre dvoile plus tard par Melmoth au thtre du Gymnase

    le caissier tire ses plans en toute scurit. Et, c'est justement lorsque

    Perlet jouera Le Comdien d'Etampes que Castanier verra superpose

    simultanment l'autre scne "de ce drame intitul Le Caissier (367)

    pendant lequel son sort se trouvera fix et crit en toutes lettres. Nucingen

    averti par un employ suprieur de la prfecture de police, une plainte est

    "aussitt dresse, signe et transmise au procureur du roi." (366) Appr

    hend malgr ses faux papiers, condamn par la machine judiciaire qui

    lche tel "un coup de tromblon la figure de celui qui, ayant surpris le mot

    d'ordre, ignorait un dernier secret, "

    Castanier se voit expos la place du

    Palais de Justice, et marqu du "fer rouge du bourreau". (367) Enfin, il

    attend "son tour pour aller faire river ses fers" et devient, par procd de

    substitution, simple extension synecdochique des "coffres-forts . . .

    scells dans le fer." (348) Serrure doublement dchiffre, serrure aux

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  • 42 'Nineteenth-Century French Studies

    lettres connues et composes par l'autre, le caissier est condamn au nom

    de la Loi pour n'avoir pas su garder "le secret sans se laisser corrompre."

    (348) Le rcit met en branle un mcanisme de redondance projetant le signi

    fiant le long de l'axe syntagmatique tout en dconstruisant l'univocit du

    signifi de sorte que le sujet devant la lettre, le sujet de la lettre se

    manifeste avant tout comme lieu de production de la Loi. A cet effet deux

    systmes d'appellatifs distincts qualifient le protagoniste et le situent par

    rapport deux moments historiques nettement dlimits: savoir l'Em

    pire et la Restauration. Castanier (caste a ni/caste nier), dont la "bouton

    nire tait orne du ruban de la Lgion d'Honneur car il avait t chef

    d'escadron dans les Dragons sous l'Empereur" (349), est prsent d'entre

    de jeu comme "caissier". Au cours de la digse il se trouvera qualifi par

    son patronyme et par: "caissier", "ancien officier", "ancien militaire",

    "vieux dragon", "ex-dragon", ce qui marque d'un ct une appartenance

    actuelle et de l'autre un tat rvolu. Ce n'est qu'une fois le pacte conclu

    avec Melmoth qu'il bnficiera du substitut "le dragon". (370) Or, ce

    mme signifiant caractrise la Loi meurtrire de la caisse, ce "dragon de la

    mcanique," et la Loi aveugle et mcanique des Dragons sous l'Empereur:

    "Ils vont en avant, obissent passivement l'me qui les commande, et

    tuent les hommes devant eux ... Ils frappent et boivent, ils frappent et

    mangent, ils frappent et dorment pour mieux frapper encore" (379), enfin

    la Loi de Satan qui confre son adepte le "mtier de mal faire". (372)

    "Mane, thecel, phars", la Loi du dragon, le dragon de la Loi compte, pse

    et divise. Mme tout-puissant, Castanier ne saurait s'en affranchir.

    "Comme Balthazar il vit distinctement une main pleine de lumire qui lui

    traa son arrt au milieu de ses joies, non pas sur les murs troits d'une

    salle, mais sur les parois immenses o se dessine l'arc-en-ciel. ' (374) Et ce

    n'est qu'aprs s'tre repenti et avoir ralis l'change avec Claparon que

    Castanier, "l'ancien dragon ... le moribond" (385), pourra trouver la paix

    en se conformant la Loi de Dieu.

    Somme toute, Melmoth rconcili s'organise comme mystre d

    chiffrer qui pose un problme de lecture pour chaque sujet de la fable.

    Aquilina se meut aussi dans ce mme jeu de la lettre. Elle prtend tre

    Pimontaise, se dguise sous un faux patronyme et cache "son vritable

    nom, mme Castanier". Elle prend, de plus, pour "nom de guerre celui

    d'Aquilina, l'un des personnages de Venise Sauve. "

    (355) Toutefois, bien

    qu'elle veuille "se faire considrer comme une bonne bourgeoise", la

    Socit condamne ce genre de femme et la considre comme "pirate que

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  • Paul Perron 43

    l'on pend faute de lettres ."n (356) D'ailleurs, le jour "o Mme de La Garde

    voulut signer Mme Castanier, le caissier se fcha." (356) Dsespr de

    taire la raison de l'interdit, l'ancien militaire est amen rvler le secret

    qui barre l'accs la lettre. De plus, lorsqu'elle est vue en train de lire un

    billet-doux de son amant Lon (conspirateur dont le nom est connu du

    procureur-gnral et qui "travaille en ce moment prparer les lments

    de l'acte d'accusation" (371)) Aquilina le roule, le prend dans des pincettes

    et le brle afin d'en faire disparatre les moindres traces. Lettre sur

    prendre, lettre surprise, lettre qui se dissimule, lettre qui rsiste mais qui

    appelle nanmoins une lecture. Le signifiant mme lid ou gomm reste

    hant d'un vestige de signifi, vague soupon qui se trouvera confirm par

    la suite.

    Cependant, qu'est-ce lire si ce n'est voir la lettre ou encore retenir la

    trajectoire vanescente de sa trace. Or, dans la fable deux types de regards

    se cherchent, s'entrecroisent et se rencontrent. Le premier, apparem

    ment innocent, se pose la surface du monde, reconnat l'objet de sa qute

    mais, illettr, n'arrive pas en dceler le sens. Ainsi de Castanier, qui,

    avant le pacte, surprend la lettre et ne peut la dcrypter. Lorsque sa

    matresse veut prvenir Lon par l'entremise de Jenny elle prend Cast

    anier "par le cou pour lui mettre la tte dans son corsage. Tu

    m'touffes!' cria-t -il, le nez dans le sein d'Aquilina." (363) Littralement

    aveugl par la passion, le dsir lui interdit ou barre l'accs au sens, au

    signifi. "Avant d'aller au spectacle, il prouvait pour Aquilina la passion la

    plus insense ... il aurait ferm les yeux sur ses infidlits, ce sentiment

    aveugle s'tait dissip." (373) Par contre, l'autre regard, le regard de l'Autre, traverse la barre de

    l'interdit, pntre le voile du mystre, comprend et transmet le sens de la

    lettre. Omnivoyant, ce regard se glisse, passe et dcouvre l'autre un

    manque, un manque savoir et par la suite un manque tre. En toute

    tranquillit, volets tirs et portes closes, Castanier se prpare djouer la

    Loi de la caisse en contrefaisant la signature de Nucingen absent. "Si

    jamais un homme put se croire dans une solitude profonde et loin de tous

    les regards, cet homme tait le caissier. "

    (348) Pourtant, au moment o "il

    cherchait laquelle de toutes ces fausses signatures tait la plus parfaite

    ment imite", il sent pos sur lui un regard perant qui annonce une

    prsence inexplicable. L'apparition soudaine de ce personnage mystrieux

    et fascinant provoque chez l'ancien militaire "pour la premire fois de sa

    vie, une peur qui le fit rester bouche bante et les yeux hbts." (350)

    Durant ce face face initial et les rencontres ultrieures le caissier accu

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  • 44 Nineteenth-Century French Studies

    sera au trfonds de son tre le pouvoir terrifiant de ce regard envahissant

    et pntrant qui lit "ainsi dans son me". (353) "Oeil qui perce les mur

    ailles, voit les trsors" (365), "regard poignardant" qui cause "une impres

    sion poignante", provoquent chez l'accus une angoisse paralysante. Cette

    dialectique de l'oeil et du regard

    "yeux qui luttent de clart avec le

    soleil et qui rendent Melmoth "l'gal de Celui qui porte la lumire" (365);

    yeux qui jettent un "clat insupportable" (350), "regard de fer qui vomi[t] des courants lectriques, espces de pointes mtalliques par lesquelles

    Castanier se sent[ ] pntr, travers de part en part et clou" (366)

    inscrit le sujet sous la Loi de l'Autre et le maintient comme manque

    impossible combler. De plus, ce regard lumineux et tranchant atteint le

    corps mme et entrane des ractions incontrlables en perant le secret

    de l'crit contrefait. "Il fut pris par une sorte de tremblement convulsif en

    voyant les rayons rouges qui sortaient des yeux de cet homme et qui

    venaient reluire sur la fausse signature de la lettre de crdit." (351)

    Alors que le voir fait ressentir au sujet un manque tre, d'autres

    modalits, le dire et le faire, accentuent et creusent son angoisse. La voix

    de Melmoth "se mit en communication avec les fibres du caissier et les

    atteignit toutes avec une violence comparable celle d'une dcharge

    lectrique" (350). "L'anglais sourit, et son sourire terrifia Castanier. "

    (351)

    Cependant, par un processus mtonymique et mtaphorique, la plume du

    caissier, le corps mme du dlit, ultime signifiant qui par condensation et

    substitution runira les caractristiques de l'oeil et du regard, de la voix et

    du sourire, provoque les modifications somatiques les plus radicales. Afin

    qu'il appose son paraphe au bas de la lettre de change, Castanier prsente

    Melmoth la plume dont il venait de se servir pour le faux. Celui-ci signe

    son propre nom, remet le papier et la plume au caissier. Melmoth prend

    son argent et disparat pendant que le coupable "regardait l'criture de

    l'inconnu." (351) Le regard de la lettre authentique, et la plume appro

    prie, manie par son dtenteur lgitime avant d'tre rendue l'usurpa

    teur, le coupent au vif et lui font prouver des douleurs corporelles

    insupportables: "La plume dont Melmoth s'tait servi lui causait dans les

    entrailles une sensation chaude et remuante assez semblable celle que

    donne 1 emtique." (351) Fouill, pntr "la chaleur mtisante que

    lui avait communique sa plume prenait de l'intensit" (352) il sent et

    reconnat l'horreur du cautre, instrument de la lettre qui marque la

    transgression, le manquement la Loi. Plume tranchante/regard tran

    chant, oeil perant/rire perant, autant de signifiants constitutifs de la

    chane de signifiance qui parlent l'autre-scne, la scne de l'Autre, et, qui

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  • Paul Perron 45

    se trouvent runis dans cette seule et mme suite: . . il rencontra la

    figure de Melmoth dont le regard lui causa la fade chaleur d'entrailles, la

    terreur qu'il avait dj ressenties. "

    (364)

    Qui vole la plume la perd, qui se livre la lettre la subit. Chti l et par

    o il a faut, puni par l'instrument mme du crime, Castanier hsite

    renoncer son projet et espre toujours tromper la vigilance de l'Argus qui

    lit dans son me. Malgr son corps qui joue et rejoue cette scne primitive

    de la lsion, du trauma, et en dpit des dnonciations successives de

    Melmoth, le caissier se refuse l'vidence, tente de nier les signes irrcu

    sables et refoule cette vrit qu'il ne saurait tolrer. Ccit temporaire,

    nul ne peut se soustraire au regard incisif, omnivovant. Melmoth au

    thtre ne lui dira-t-il pas "Quand tu irais dans les catacombes ne me

    verrais-tu pas?" (365) Et le spectacle sera l'occasion de faire voir, de faire

    savoir au caissier sa destine crite en toutes lettres.

    Voir, sa voir, pounoir absolus, telles sont les modalits qui dfinissent

    Melmoth et qui seront transmises Castanier la conclusion de leur

    trange pacte. Transfert, mais transfert secret. Cette scne intime, prive,

    suit de prs le premier spectacle au Gymnase, mise en acte du savoir de la

    Loi. Cach la vue d'Aquilina, cach la vue du lecteur, Melmoth prend

    Castanier par la main et l'introduit dans un lieu clos, retir, sombre. "Tous

    deux allrent dans le salon sans lumire, car l'oeil de Melmoth clairait les

    tnbres les plus paisses." (370) L'change du pouvoir, du pacte tu le

    caissier dira en sortant "Je lui ai vendu mon me" cet ultime objet non

    vu que le Regard pourrait un jour esprer surprendre est maintenu sous

    un dernier voile que le rcit refuse de lever. Et le mme contrat propos

    successivement Place de la Bourse reconfirmera l'infini le statut inviola

    ble de l'objet non-vu. "

    'Venez l-bas, l'endroit o il n'y a personne',

    rpondit Castanier . . . Claparon et son tentateur changrent quelques

    paroles, chacun le visage tourn contre le mur. Aucune personne qui les

    avait remarqus ne devina l'objet11 de cet a parte." (384) Effet de parole,

    effet de la lettre, la prsence et la possession de l'objet voil se remarquent

    et se reconnaissent dans le regard de son dtenteur. C'est par l'entremise

    de l'oeil, signifiant privilgi, que s'effectue le transfert et se transmet le

    pouvoir. Lorsque Castanier rapparat seul "Ses yeux jetaient un feu

    sombre" (370) et une identique mtamorphose se produit lors du second

    change. Celui-ci a un regard teint alors que "Claparon . . . reparaissait

    au contraire avec des yeux clatants." (384) Cependant, c'est aussi par

    l'entremise de l'oeil, feu ardent, chaleur brlante qui blesse "par un clat

    insupportable", "regard de fer" vomissant des "pointes mtalliques" qui

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  • 46 Nineteenth-Century French Studies

    pntrent, traversent, de part en part et clouent, que l'objet non-vu

    marque sa prsence intolrable et en mme temps inaccessible, interdite.

    Voir sans voir, lire sans lire, l'oeil chtiant fascine, poignarde et incise. Cet

    appel du Regard, cette invite sans appel maintiennent le sujet du rcit, le

    sujet de la lecture devant le dernier voile qui signifie l'objet d'horreur,

    l nigme qui se dit mais qui se tait.

    "Et le dsir s'accrot quand l'effet

    se recule" Corneille, Polyeucte, vers 42.

    Le motif de la scne de transfert cache au Regard, et de l'objet non-vu

    cach par le regard se reproduit en s'acclrant par un procd de conden

    sation et substitution jusqu' ce que "l'norme puissance conquise par la

    dcouverte de l'Irlandais" (387) semble s'puiser, se dissoudre. Aveugl

    par le dsir qui le mne la transgression, surpris par Melmoth, le caissier

    accepte le pacte, contrat infernal qui le mtamorphose instantanment au

    physique comme au moral. "Castanier, tour tour enfant, jeune amour

    eux, militaire courageux, tromp, mari, dsillusionn, caissier, pas

    sionn, criminel par amour n'existait plus." (373) D'ailleurs le scnario du

    contrat, la mise en scne de l'obtention de l'objet non-vu "exclut le Hasard

    du champ du Rel" comme l'crit Piera Aulagnier-Spairani.13 Maintenant,

    "je vois tout, je sais tout, je peux tout" dira le caissier Aquilina en lui

    rvlant le sort invitable et certain qui attend Lon, son amant. Le

    contrat qui fait accder au voir, au savoir et au pouvoir illimits inscrit en

    mme temps le signataire sous sa Loi et lui trace "son arrt au milieu de ses

    joies . . . sur les parois immenses o se dessine l'arc-en-ciel. "

    (374) La loi

    de 1 Absolu, l'absolu de la Loi rature, biffe et interdit tout plaisir, toute

    jouissance: "ce qui tait tout, ne fut rien." (374) Et s'il la matrise, elle le

    matrise car "la possession tu[a] les plus immenses pomes du dsir, aux

    rves duquel l'objet possd rpond rarement." (374) La demande de

    l'autre, seul garant de l'existence de l'objet de dsir et seul susceptible de

    cautionner l'annulation de l'cart qui l'en spare, de nier le manque

    combler, reste sans rponse. "Il ressemblait la suave crature emprison

    ne par le mauvais vouloir d'un enchanteur dans un corps difforme, et qui,

    prise sous la cloche d'un pacte, avait besoin de la volont d'autrui pour

    briser une dtestable enveloppe dteste". (377) Sujet du plein, sujet du voir et du savoir infinis, sujet de et la Loi, seul l'absolu saurait rpondre

    l'ultime demande de l'ancien militaire "membre de nos glorieuses et

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  • Paul Perron 47

    terribles armes" redevenu "simple comme un enfant au milieu de la

    civilisation." (380) Bien que semblable, le destin des autres contractants qui se solde Place

    de la Bourse ne sera pas identique celui du dragon. Tous, cependant,

    subissent des changements physiques prononcs. Castanier, au corps flas

    que et mou, au crne chauve reluisant, la figure rubiconde ayant l'appar

    ence d'une boule, avait "la main potele de l'homme gras et son teint tait

    d'un rouge de brique." (349) Le pacte qui lui confre un immense pouvoir

    dclenche dans l'instant une mtamorphose corporelle. Sec, puissant et

    noueux, son corps vibrant se dresse soudain, s'impose l'autre et lui fait

    subir sa dure loi: "son teint rouge avait fait place la pleur trange qui

    rendait l'tranger sinistre et froid . . . maigri, le front majestueusement

    horrible ... le dragon exhalait une influence pouvantable qui pesait sur

    les autres comme une lourde atmosphre." (370) Quand il arrive la

    Bourse "chacun avait remarqu la figure de Claparon et celle de Castanier.

    Celui-ci comme l'Irlandais tait nerveux et puissant, ses yeux brillaient, sa

    carnation avait de la vigueur ". Mais si l'acceptation du pacte provoque un

    raidissement, un allongement, sa rsiliation entrane un assouplissement,

    une dissolution. Ainsi de Melmoth rconcili effleur et touch par la

    grce: "La main de Dieu, visiblement tendue sur lui . . . ses yeux si

    rigides se sont adoucis dans les pleurs. Sa voix si vibrante et qui effrayait, a

    pris la grce et la mollesse qui distinguent les paroles des gens humilis"

    (378); et de Castanier son supplant, qui, une fois "dpouill de son

    pouvoir, apparaissait fan, rid, vieilli, dbile." (384) Si, comme on l'a dit, subir le regard c'est reconnatre dans son corps

    mme un manque tre par o on a transgress, si, comme on 1 a vu,

    dsirer c'est profrer la demande, par contre, regarder c est apparemment

    faire lever le dernier voile, c'est dtenir l'immense puissance qui permet

    de voir, de pntrer le secret de 1 autre, de lire dans son me. Au Gym

    nase, Melmoth fait voir Castanier la scne d adieu avec Aquilina qui se

    moquait de lui dans ses a parte avec Jenny, tout en lui disant les paroles les

    plus douces et les plus caressantes. Elle pleurait d un ct, riait de

    l'autre." (367) Possder le savoir infini c'est liminer le hasard, mais c est

    en mme temps teindre le dsir. Au moment o il peut goter tous les

    plaisirs, toutes les jouissances, il se trouve "au del du plaisir . . . et n eut

    plus envie ni de manger, ni d'aimer. (375) L objet de dsir, autrefois

    signifiant qui se profilait l'horizon sous forme de manque tout en dfinis

    sant le sujet comme bance impossible combler, cet appel interrompu,

    se rvle dornavant comme plnitude perue, connue, qui lve la barre

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  • 48 Nineteenth-Century French Studies

    de 1 interdit et vacue la demande de l'autre. Plnitude illusoire! Bien que

    libr des "lois du temps, de l'espace et des distances", bien que sachant

    dcrypter le chiffre de la lettre ("les sciences furent pour Castanier ce

    qu'est un logogriphe pour celui qui en sait le mot"), l'ultime signifiant qu'il

    "sentit en dedans de lui ... ce quelque chose d'immense que la terre ne

    satisfaisait plus", lui chappe. "Il haletait aprs l'Inconnu, car il connaissait

    tout". (375-76) Tout voir, ne rien voir; tout connatre, ne rien connatre, la

    chose immense, sentie, prouve se tait, se drobe.

    Il reste encore interroger la nature du pacte, ce leurre qui semble

    octroyer au contractant l'extraordinaire facult physique et morale d'ap

    prhender le sens fondamental du signifiant. Dans un premier temps le

    sujet du dsir, celui qui transgresse, croit comprendre le chiffre de la

    lettre. Il est ensuite amen ngocier un contract inflexible qui l'affranchit

    d'une loi pour mieux l'assujettir. Finalit pose, contrefinalit dra

    conienne, c'est qui gagne perd, car si la loi libre, la lettre tue. Contrat

    mancipateur, contrat anantissant, savoir d'horreur, horreur du savoir

    qui donne, qui prend. Afin de trouver la paix, Melmoth omnipuissant,

    depuis cent cinquante ans l'unique dtenteur des clefs du mystre, cde le

    pouvoir Castanier, qui en contre partie lui vend son me. Enfin, dpos

    sd, il meurt Paris ayant chang son secret contre un salut assur. Une

    mort pour une vie, une vie pour une mort, le caissier pense se librer en

    acqurant le don que confre la lettre son signataire. Toutefois le legs et

    son acceptation amnent obligatoirement une rsiliation du contrat qui

    autrefois liait le donateur. Et si le pacte comporte un ddit, son bnfi

    ciaire encourt des sanctions invitables. L'change de l'immense puis

    sance exige une sparation, une coupure, une mutilation que s'inflige

    volontairement le sujet. En troquant son pouvoir contre la paix, Melmoth

    assume les traits de Castanier. "Il m'a pris mon tre, et m'a donn le sien. "

    (370) Le regard teint, l lrlandais accde par violence au sens du signifiant,

    la mort dsire, cet indpassable futur qui structurait le champ du dsir de

    1 aveugle caissier. "Je vois tout, je sais tout, je peux tout", dira le dtenteur

    du regard flamboyant, tranchant, perant qui force la barre du signifiant,

    mais dont le seul rsultat est de lui faire dcouvrir "le nant que la

    suprme puissance apporta pour dot." (374)

    Castanier au regard qui blesse, force et mutile, au regard qui lit, dvoile

    et dsigne, prouve de nouveau la douloureuse absence comme coupure

    brlante. "Harponn par l'pe flamboyante de laquelle il sentait la pointe

    dans ses reins" (377) il cherche combler la bance. Et c'est encore par le

    dchiffrement de la lettre dont le sens lui chappe que le dernier obstacle

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  • Paul Perron 49

    doit se dissoudre. "L'ancien dragon ... se trouvait dans les conditions

    voulues pour recevoir fructueusement la semence des paroles divines

    commentes par le prtre." (379) Semence fructifiante, semence divine,

    mais, semence brutale et dvorante car "ce mot terrible ... le frappa

    d'autant plus violemment qu'il tait fatigu de la terre ... Il fut tout

    coup dvor par l Esprit saint comme le feu dvore la paille." (380-81)

    Pour atteindre ce signifi qui sans cesse se drobe le sujet se fait violence,

    s'aveugle, se vide, cherche et se trouve dans la mort. Se dpouiller de la

    lettre c'est en mme temps s'manciper, s'anantir et librer l'autre en

    l'assujettissant. Dtenir le pouvoir/dtenu du pouvoir, possder le regard/

    possd du regard, le sujet qui voulait et croyait parvenir au signifi

    accde au nant. En somme, tout voir, tout savoir, tout pouvoir, c'est

    dboucher sur le vide, la mort.

    Or, l'immense puissance qui confre le contrat c'est la fois l'investiture

    et l'alination du phallus.14 Mais loin de s'riger comme signifi qui justi

    fierait un dcodage univoque, le phallus, source d'ambigut, structure les

    contradictions insurmontables et reprsente le glissement incessant de la

    signifiance qui interdit la clture, la fermeture de rcit. Regard castrateur/

    regard castr, savoir absolu/savoir barr, contrat du pouvoir/pouvoir du

    contrat, le phallus, l objet non-vu signifiant ultime barre l'accs au signifi.

    D ailleurs, le glissement se reproduit dans la fable au niveau proartique

    en s'amplifiant Place de la Bourse lorsque le pouvoir passera d'un sujet

    un autre.

    Toutefois, le contrat propos par Melmoth permet galement d'entre

    voir le secret de la caisse, "Vultima ratio du dragon", que dsire percer

    chaque sujet du conte. "D'un seul mot tu restituerais dans la caisse du

    baron de Nucingen les cinq cent mille francs que tu y as pris. Puis en

    dchirant ta lettre de crdit, toute trace de crime serait anantie. Enfin, tu

    aurais de l'or flots." (368) La lettre du contrat fantastique assure dans le

    rcit, pour reprendre la phrase de Franoise Gaillard, "la double fonction

    symbolique de signifiant universel de l'change et de signifiant universel

    du dsir, en un mot [elle est] la fois l'or et le phallus.'15

    C'est justement la Bourse de Paris, cet "endroit o l'on juge les

    systmes, o les gouvernements sont rapports, o tout s'escompte, o

    Dieu mme emprunte" (382) que se jouera l avant-dernire scne de cette

    vrit incomprhensible, mortelle. C'est dans ce lieu de la vrit insou

    tenable, mais aussi dans ce lieu de la ftichisation de la valeur qui inscrit

    le sujet dans un rseau symbolique en taisant l'autre scne, que "les

    boursiers . . . rservent leur foi pour croire qu'un chiffon de papier

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  • 50 Nineteenth-Century French Studies

    nomm une inscription vaut un domaine. Le Grand-livre est leur Bible."

    (385) Pourtant, Claparon n'en est pas dupe et lorsqu'il "eut pay ses effets,

    la peur le prit. Il fut convaincu de son pouvoir, revint la Bourse et offrit

    son march aux gens embarrasss. (385) L'change du "trait du diable" se

    fait en s'acclrant: le spculateur le vend un notaire qui le revend un

    entrepreneur en btiment qui le cde un marchand de fer, celui-ci le

    recde un charpentier et le temps ncessaire pour effectuer chaque

    transaction se trouve directement proportionnel la baisse de la valeur

    fiduciaire du pacte. "Enfin, cinq heures, personne ne croyait ce singu

    lier contrat, et les acqureurs manquaient faute de foi." (385-86)

    Assimile et par suite rduite la valeur ftichise, la chane signifiante

    semble, de prime abord, se briser, s'immobiliser, s'interrompre. Mais par

    un processus mtonymique elle glisse, se dplace et se renoue l'autre

    fonction symbolique jusqu'alors partiellement lide. La rue Feydeau, sur

    laquelle donne la Bourse provisoire, sert aussi de cadre une reprise,

    simple substitution de l'avant-dernire scne o se monte le jeu du dsir et

    de l'or. Cette rue "comme le savent les flneurs, est une de ces rues

    adores des jeunes gens, qui, faute d'une matresse, pousent tout le

    sexe." (386) Or et phallus, Euphrasie, "bonne et belle fille" qui "fait le

    bonheur prix fixe" se trouve "l'objet de l'ambition d'un jeune clerc de

    notaire dmesurment ambitieux. "

    Dmuni de la somme ncessaire pour

    acheter un chle qui lui assurerait ses faveurs il vend sa part de paradis au

    dtenteur du contrat. "Le pacte consomm, l'enrag clerc alla chercher le

    chle, monta chez Mme Euphrasie; et comme il avait le diable au corps il y

    resta douze jours sans en sortir." (387) Euphrasie (bonne parole, bonne

    locution) lui communique, sa honte, une maladie innommable. Le clerc

    qui tente sa propre gurison, "se trompa de dose en prenant une drogue

    curative due au gnie d'un homme bien connu sur les murs de Paris ... Il

    creva sous le poids du vif argent et son cadavre devint noir comme le dos

    d'une taupe." (387) Trahi par la bonne parole, ignorant le bon mot, le mot

    d'ordre, ne sachant pas lire le chiffre de la formule ou la lettre du contrat,

    l'enrag clerc confirme et reconduit la prsance du symbolique la Loi

    de l'or et du dsir, ces dragons de la mcanique.

    Drame de la ccit, drame du sujet moderne astreint aux mmes imp

    ratifs des productions symboliques qui le situent, le conte se boucle en

    posant de nouveau une nigme insoluble, invite qui demeure sans r

    ponse. "Un diable avait pass par l, mais lequel? Etait-ce Astaroth?" (387) Dernire spire tangible d'une mise en acte de l'engendrement du texte et

    de l'activit de la lecture, mouvement dj amorc dans le sommaire, le

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  • Paul Perron 51

    rcit se droule, se ddouble en reproduisant le mme scnario de la

    demande, du sens appel, diffr. Spirale enrage, dchane qui se

    dtend en s'amplifiant et qui recule sans cesse tout en dsignant l'ultime

    effet, la mort invitable. Mais spirale qui reproduit aussi la concatnation

    de l'effet du signifiant. Euphrasie, bonne locution, bonne parole, est

    porteuse de vide, de nant. Un dmonologue allemand, qui prend des

    renseignements sur cette affaire, essaie d'en proposer, au cours d'une

    discussion avec les clercs du notaire, une interprtation thologique d

    finitive en citant l'appui Jacob Boehm: "Dieu a opr toutes choses par le

    FIAT, le FIAT est la secrte matire ..." (388) Le sens du dcret et du

    verbe, l'esprit du mot qui marquent la place du sujet dans l'ordre symbo

    lique donnent lieu un quiproquo, un mot d'esprit. "Fiat? ... dit un

    clerc, fiat lux\" et ce dernier effet de parole comme par cho lide le

    signifi tout en confirmant le jeu du signifiant producteur de (la) fiction. "Il

    y a de l'instruction en France, se dit l'Allemand." (388)

    Department of French

    Victoria College

    University of Toronto

    Toronto, Canada M5S 1K7

    1 Les rfrences Melmoth rconcili renvoient au tome X de La Comdie

    humaine, (Paris: Gallimard, 1976- ), dition de la Pliade, publie sous la direction de P. G. Castex.

    2 Voir Grard Genette, Figures III, (Paris: Seuil, 1972), p. 90. 3 Dans une brillante tude "Turning the Screw of Interpretation", Literature

    and Psychoanalysis The Question of Reading: Otherwise, (Yale French Studies, Number 55/56, 1977), Shoshana Felman propose une lecture sminale d inspira tion lacanienne du court roman de Henry James The Turning of the Screw. Elle dmontre de faon magistrale comment le texte de James met en scne et actualise une thorie du rcit, de l'criture et de la lecture. (Voir surtout les chapitres IV, V, et VI, pp. 119-161).

    1 Les distinctions entre les deux systmes indpendants et complmentaires qui rgissent les temps du verbe franais et qui manifestent deux plans dnoncia tion diffrents, savoir celui de l'histoire et celui du discours, tablies par Emile

    Benveniste dans "Les relations de temps dans le verbe franais", Problmes de

    linguistique gnrale, I, (Paris: Gallimard, 1966), sont fondamentales pour l'tude formelle de la situation (positionnelle et non ontologique) du sujet dans la langue. D'un ct, le plan historique de l'nonciation (digse) rserv la langue qui caractrise le rcit d'vnements passs "se reconnat ce qu il impose une dlimi

    tation particulire aux deux catgories verbales du temps et de personne prises

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  • 52 Nineteenth-Century French Studies

    ensemble", p. 239, exclut toute forme linguistique autobiographique. De l'autre, le plan de l'nonciation du discours (sommaire) suppose "un locuteur et un audi

    teur, et chez le premier l intention d influencer lautre en quelque manire" (p. 242).

    5 En plus des marques formelles de temps (soulignes plus haut) des marques de personnes ainsi que des dictiques caractrisent les deux plans d nonciation.

    Dans l'nonciation historique la troisime personne est une absence de personne

    qui ne s'oppose jamais aux personnes Je et Tu. En outre, les dictiques Ici et

    Maintenant sont exclus. Par contre, dans l'nonciation du discours la troisime

    personne est une non personne qui s'oppose aux personnes Je et Tu et les dic

    tiques Ici et Maintenant sont possibles. Voir Guy Laflche, Histoire des formes du roman qubcois, (Montral: La Librairie de l'Universit de Montral, 1976),

    p. 30. 6 Pour Jacques Lacan, "L'instance de la lettre dans l'inconscient", Ecrits,

    (Paris: Seuil, 1966), d'une part le systme du langage "prexiste l'entre qu'y fait

    chaque sujet un moment de son dveloppement mental ; mais de l autre, le sujet est prinscrit par son propre nom dans le discours: "Le sujet aussi bien, s'il peut

    paratre serf du langage, l'est plus encore d un discours dans le mouvement univer

    sel duquel sa place est dj inscrite sa naissance, ne serait-ce que sous la forme de

    son nom propre" (p. 495). 7 Voir Jean-Luc Nancy, Philippe Lacoue-Labarthe, "La signifiance", Le Titre

    de la lettre, (Paris: Galile, 1973), pp. 63-79. s II revient de nouveau Emile Benveniste "Remarques sur la fonction du

    langage dans la dcouverte freudienne", Problmes de linguistique gnrale, I,

    (Paris: Gallimard, 1966), d'avoir t l'un des premiers s'interroger sur la m

    thode, les dmarches et le projet de la psychanalyse dans le but de les comparer

    ceux des "sciences reconnues". Visant tablir une correspondance entre la

    symbolique de l inconscient et certains procds typiques de la subjectivit mani

    feste dans le discours il suggre que l'on trouverait dans les procds stylistiques du discours "un terme de comparaison avec les proprits que Freud a dceles

    comme signaltiques du langage' onirique . . . L inconscient use d'une vritable

    rhtorique' qui, comme le style, a ses 'figures' et le vieux catalogue des tropes fournirait un inventaire appropri aux deux registres de l'expression" (p. 86).

    9 Comme le font remarquer Nancy et Lacoue-Labarthe, Le Titre de la lettre,

    pp. 73-77, la fonction signifiante du sujet s'analyse dans les deux lments de la connotation que sont la mtonymie et la mtaphore. Toutefois, chez Lacan ces deux tropes ne tiennent pas dans une acception rhtorique stricte. Si la mtonymie ou combinaison d'un terme un autre est le trope syntagmatique selon lequel le sens s'appauvrit dans la lettre du discours: "La mtonymie est . . . cet effet rendu

    possible de ce qu il n'est nulle signification qui ne renvoie une autre signification, et o se produit leur plus commun dnominateur, savoir le peu de sens", (Lacan, Ecrits, p. 622), par contre la mtaphore, ou figure paradigmatique de la substitu

    tion, "se place au point prcis o le sens se produit dans le non sens" (Ecrits, p. 508). En somme, la mtaphore rassemble en elle la fonction du mot et du sujet; "car le mot n'a pas d'autre patronage que le signifiant de l'esprit, et . . . c'est sa destine mme que l'homme met au dfi par la drision du signifiant" Ecrits, p. 508).

    10 "Certes la lettre tue, dit-on, quand l'esprit vivifie. Nous n'en disconvenons

    pas, ayant eu saluer quelque part ici une noble victime de l'erreur de chercher dans la lettre, mais nous demandons aussi comment sans la lettre l'esprit vivrait.

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  • Paul Perron 53

    Les prtentions de l'esprit pourtant demeureraient irrductibles, si la lettre n avait

    fait la preuve qu'elle produit tous ses effets de vrit dans l'homme, sans que

    l'esprit ait le moins du monde s'en mler" Lacan, Ecrits, p. 509. Voir aussi du

    mme auteur "Le Sminaire sur La Lettre vole," Ecrits, pp. 11-61. 11 C'est nous qui soulignons. 12 C'est nous qui soulignons. 13 Piera Aulagnier Spairani et al, Le Dsir et la perversion, (Paris: Seuil, 1967),

    p. 122. Voir galement l'intervention du mme auteur "A propos du secret' "

    pp. 123-124.

    14 "Le phallus dans la doctrine freudienne n'est pas un fantasme, s'il faut

    entendre par l un effet imaginaire. Il n'est pas non plus comme tel un objet

    (partiel, interne, bon, mauvais etc. . . . ) pour autant que ce terme tend apprcier la ralit intresse dans une relation. Il est encore bien moins l'organe, pnis, ou

    clitoris, qu'il symbolise. Et ce n'est pas sans raison que Freud en a pris la rfrence

    au simulacre qu'il tait pour les Anciens . . . Car le phallus est un signifiant . . .

    destin dsigner dans leur ensemble les effets de signifi, en tant que le signifiant les conditionne par sa prsence de signifiant ... il ne peut jouer son rle que voil, c'est--dire comme signe lui mme de la latence dont est frapp tout signifiable, ds lors qu'il est lev (aufgehoben) la fonction de signifiant ... Il devient alors la

    barre qui . . . frappe le signifi, le marquant comme la progniture btarde de sa

    concatnation signifiante." Lacan, op. cit. "La signification du phallus," pp. 690

    692. Cit en partie par Shoshana Felman, Yale French Studies, No. 55156 (1977),

    p. 172. 13

    Franoise Gaillard, "L'Effet Peau de chagrin", in R. Le Huenen/P. Perron, Le Roman de Balzac : recherches critiques, mthodes, lectures, (Montral/Paris:

    Didier, 1980), p. 222.

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    Article Contentsp. 36p. 37p. 38p. 39p. 40p. 41p. 42p. 43p. 44p. 45p. 46p. 47p. 48p. 49p. 50p. 51p. 52p. 53

    Issue Table of ContentsNineteenth-Century French Studies, Vol. 12, No. 1/2 (FallWinter 198384), pp. 1-268Front MatterA PROPOS DE "RACINE ET SHAKESPEARE": TRADITION, RFORME, ET EVOLUTION DANS LE ROMANTISME [pp. 1-35]DSIR DU SUJET/SUJET DU DSIR: "MELMOTH RCONCILI" [pp. 36-53]TRAPPING CRAYFISH: THE ARTIST, NATURE, AND "LE CALCUL" IN BALZAC'S "LA RABOUILLEUSE" [pp. 54-67]THE REALIST NOVEL AS "ROMAN D'DUCATION": IDEOLOGICAL DEBATE AND SOCIAL ACTION IN "LE PERE GORIOT" AND "GERMINAL" [pp. 68-77]"ANGELS" AND "FILLIES" IN "LE PERE GORIOT" [pp. 78-85]NERVAL: TRANSGRESSION AND THE "AMENDEMENT RIANCEY" [pp. 86-95]"SYLVIE": THE METHOD OF MYTH [pp. 96-104]PIERRE LEROUX REDIVIVUS [pp. 105-115]FLAUBERT AND JULIET HERBERT: A POSTSCRIPT [pp. 116-123]BAUDELAIRE AND THE POETRY OF PROSE [pp. 124-137]TEXT VERSUS MUSIC IN THE FRENCH ART SONG: DEBUSSY, FAUR, AND VERLAINE'S "MANDOLINE" [pp. 138-144]SEGREGATION AND DISINTEGRATION OF AN IMAGE: MALLARM'S STRUGGLE WITH THE ANGEL [pp. 145-167]A LA RECHERCHE DU LANGAGE: "L'APRS-MIDI D'UN FAUNE" [pp. 168-184]LA PRODUCTION DU SENS: "UN SPECTACLE INTERROMPU" [pp. 185-197]"LES CHANTS DE MALDOROR" AND THE DYNAMICS OF READING [pp. 198-206]A PROPOS D'UNE ORIGINE LITTRAIRE: "LES SOIRES DE MDAN" [pp. 207-212]REVIEWSLITERATUREReview: untitled [pp. 213-215]Review: untitled [pp. 215-217]Review: untitled [pp. 217-218]Review: untitled [pp. 218-220]Review: untitled [pp. 220-223]Review: untitled [pp. 223-225]Review: untitled [pp. 226-228]Review: untitled [pp. 228-229]Review: untitled [pp. 229-230]Review: untitled [pp. 231-232]Review: untitled [pp. 232-234]Review: untitled [pp. 234-236]Review: untitled [pp. 236-237]Review: untitled [pp. 237-238]Review: untitled [pp. 239-241]Review: untitled [pp. 242-243]Review: untitled [pp. 243-245]Review: untitled [pp. 245-247]

    ARTReview: untitled [pp. 247-249]Review: untitled [pp. 249-254]

    BIOGRAPHYReview: untitled [pp. 254-255]Review: untitled [pp. 255-256]Review: untitled [pp. 256-258]

    CORRESPONDENCEReview: untitled [pp. 259-260]Review: untitled [pp. 260-261]Review: untitled [pp. 261-262]

    HISTORIOGRAPHYReview: untitled [pp. 262-264]

    THEATERReview: untitled [pp. 264-265]Review: untitled [pp. 265-266]

    NOTES &NEWS [pp. 267-268]Back Matter

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