Étude comparative de la digestion d'un aliment complet

  • Published on
    05-Jan-2017

  • View
    216

  • Download
    0

Transcript

  • tude comparative de la digestion dun aliment completchez le poney et le lapin

    R. WOLTER, F. NOUWAKPO Andre DURIXChaire de Nutrition et dAlimentationEcole Nationale Vtrinaire de LyonMarcy LEtoile, 69250 Charbonnires les Bains, France.

    Summary. Comparative digestibility of a complete pelleted diet in ponies and rabbits.

    A complete pelleted diet (table 1) containing 11 p. 100 of crude protein and 17 p. 100 ofcellulose (ADF-lignine according to the method of Van Soest) was distributed to ponies andrabbits. Total digestibilities, partial cumulative digestibilities in different compartments ofthe digestive tract (stomach, small intestine, caecum, proximal and distal colon) and changesin biochemical composition, measured by pH, VFA, lactic acid and ammonia concentrations,were compared.Total digestibilities (table 2). There was no significant difference in dry matter between thetwo species. Crude protein digestibility was higher in ponies, but a greater difference wasobserved for crude fiber digestibility : digestibility in the rabbit was 60 p. 100 of that in thepony. Starch was entirely digested in ponies and rabbits.Partial digestibilities (table 3). The dry matter content was the same in the stomach, the diffe-rent parts of the small intestine and the caecum of both species. Starch was rapidly digested,but crude protein digestibility was highly negative in the stomach, small intestine and cae-cum of both species.Changes in biochemical composition (table 4). VFA concentrations were higher in the caecumand colon of ponies but molar percentages of acetic, propionic and butyric acids were verycomparable (fig. 1) ; L-lactic acid concentration was higher in the first part of the digestivetract of ponies and ammonia concentration was lower.

    Les quids et les lporids sont des monogastriques herbivores qui prsententdes similitudes anatomiques et physiologiques de leur tractus digestif, avec, en par-ticulier, un assez large dveloppement du gros intestin o se droule une importanteactivit microbienne permettant notamment une utile digestion des parois vgtales.Par contre, les premiers se distinguent des seconds par le faible volume de leur esto-mac, par leur absence de cascotrophie, mais par leur plus grande aptitude digrerla cellulose comme cela a t dmontr avec des rations base de foin (Slade etHintz, 1969) ou de mas-fourrage (Schurg et al., 1977).

    Pour mieux comparer lefficacit digestive des quids et des lporids, nousavons dtermin chez des poneys et des lapins recevant un mme aliment complet,dune part les digestibilits apparentes globales, dautre part les digestibilits partiellesqui sont mesures au niveau des diffrents segments du tube digestif chez des ani-

  • maux abottus ; en parallle, nous avons galement suivi lvolution de quelquesparamtres biochimiques du contenu intestinal : pH, acides gras volatils, acide lacti-que, ammoniac.

    Matriel et mthodes.

    1. - Digestibilits totales.

    a) Animaux : Six poneys adultes de 180 kg de poids moyen et douze lapins Fauvede Bourgogne , de 3 kg de poids moyen, sont placs en cages mtabolisme.

    b) Aliment : les animaux reoivent un aliment complet, dont la composition estrapporte au tableau 1, et auquel a t incorpor de loxyde de chrome au taux de0,2 p. 100.

    Les rations sont ajustes 60 g/kg Pvo 75/jour, correspondant peu prs auxbesoins dentretien : chez les poneys, elles sont distribues raison de 3 kg/Al/jour,en 2 repas, 8 h et 17 h ; les lapins consomment 140 9/Al/jour, en 1 seul repas 9 h, et pratiquent librement la caecotrophie.

    Aprs quatre semaines dadaptation au rgime, les fces sont rcoltes intgrale-ment pendant six jours conscutifs.

    2. Etude des contenus intestinaux.

    Quatre poneys, destins lenseignement pratique danatomie sont adaptspendant 4 semaines laliment complet (3 kg/Al/jour) quils reoivent en 1 seule fois,le matin 9 h. Labattage est ralis par saigne aprs anesthsie gnrale, troisheures aprs la distribution du repas. Lviscration a lieu dans lheure qui suit, detelle sorte quil scoule presque 4 h entre le repas et le prlvement des contenusdigestifs. Le moment du prlvement a t dtermin la suite des rsultats de nostudes antrieures de la vitesse du transit digestif chez des poneys (donnes nonpublies) de manire ce quune fraction de la ration ait dj atteint le caecum.

  • Par ailleurs 10 lapins, pralablement utiliss pour les mesures de digestibilittotale, subissent une dislocation cervicale, puis sont saigns et viscrs. Les contenusgastrointestinaux sont prlevs dans les 10 min qui suivent labattage. Celui-ci inter-vient 4 h aprs la distribution du repas, dune part pour se placer dans les mmesconditions que pour les poneys, et dautre part de manire se situer en dehors despriodes de caecotrophie. En effet, Fioramonti et Ruckebusch (1976) ont mis en vi-dence que la caecotrophie est dclenche 6 8 h aprs la prise alimentaire.

    Les sites de prlvement sont donns dans le tableau 2.

    Le contenu total de chaque compartiment est pes ; lhumidit est dterminesur une fraction aliquote de ce contenu, le rsidu sec tant stock en vue des analysespermettant le calcul des digestibilits cumules ; une autre fraction est destine auxmesures des paramtres biochimiques.

    3. Techniques analytiques.a) Digestibilit : les coefficients dutilisation digestive (CUD) totale ont t dter-

    mins par la mthode de rcolte intgrale des fces, alors que les digestibilits cumu-les estimes le long du tube digestif ont t calcules laide du marqueur incorpor laliment (oxyde de chrome). Les diffrents lments : matires azotes totales, cel-lulose, lignine, amidon, minraux totaux, calcium, phosphore, oxyde de chrome, ontt doss selon les mthodes habituellement appliques au laboratoire (Wolter,Durix et Letourneau, 1976).

    b) Paramtres biochimiques : Aprs homognisation du prlvement la spa-tule, le pH est immdiatement mesur laide dun pH-mtre ; puis 2 10 g dchan-tillon sont dilus dans de leau distille en quantit connue, en fonction de la consis-tance du prlvement. La suspension est prpare en vue des dosages des acidesgras (AGV), des acides D et L-lactiques, de lammoniac, puis stocks -20!C. Lesanalyses sont effectues selon des techniques prcdemment dcrites (Wolter et al.,1978).

    Rsultats et discussion.

    1. - Digestibilits totales. Le tableau 3 rcapitule les digestibilits totales chez leponey et le lapin. Il napparat pas de diffrence entre les deux espces, quant ladigestibilit de la matire sche, alors que les matires azotes sont significativementmoins digres par le lapin (P

  • Surtout, nos rsultats montrent bien que la digestibilit de la cellulose, doseselon la mthode de Van Soest (ADF― lignine) est nettement plus faible, de lordre demoiti, chez le lapin par rapport au poney : environ 25 p. 100 au lieu de 51 p. 100dans le cas prsent. Ils confirment pleinement ceux obtenus, lors dune mme compa-raison, par Slade et Hintz (1969) avec un rgime plus fibreux base de luzerne (18 p.100 contre 36 p. 100), ainsi que par Schurg et al. (1977) avec du mas-fourrage (37 p.100 et 69 p. 100). De mme, partir dessais conduits exclusivement sur lapin, Candau,Bertrand et Fioramonti (1978) estiment 22 p. 100 la digestibilit de cette mme cel-lulose apporte en majorit par de la luzerne. Par ailleurs, notons que les teneurs enamidon, des divers rgimes compars chez le poney et chez le lapin, ne semblent pasinfluencer nettement la digestibilit des parois vgtales chez ces animaux.

    Lamidon est trs bien utilis par les 2 espces puisque sa digestibilit totale atteint98 p. 100 chez le poney et 96 p. 100 chez le lapin.

    2. Digestibilits partielles et volution des paramtres biochimiques.

    a) Digestibilits partielles.Le tableau 4 rapporte lvolution du taux de matire sche ainsi que les coeffi-

    cients dutilisation digestive partielle, tout au long du tube gastro-intestinal.Les taux de matire sche et la digestibilit de celle-ci voluent de manire simi-

    laire chez le poney et le lapin jusquau caecum, les digestibilits apparentes parfoisngatives rsultant des abondantes scrtions digestives. Ces rsultats suggrent quele transit et labsorption de leau se droulent de manire identique chez les 2 espces.Cependant partir du caecum, la teneur en matire sche des digesta est plus faiblechez le poney ; comme chez celui-ci la digestibilit partielle atteinte ce niveau dutube digestif nest pas plus leve que chez le lapin, il faut admettre une plus rapideabsorption des produits dhydrolyse.

    Lamidon est digr pour sa grande majorit ds lintestin grle puisquil ne seretrouve au niveau du caecum que pour 5 p. 100 chez le poney, et pour 15 p. 100 chezle lapin. Le concernant, la digestion enzymatique prime donc trs largement la fer-mentation microbienne chez ces monogastriques herbivores qui apparaissent cet gard beaucoup plus loigns des ruminants que du porc. En effet, chez celui-ci,Keys et De Barthe (1974) ont mis en vidence que la presque totalit de lamidon adisparu dans lintestin grle.

  • La digestibilit des matires azotes reste fortement ngative, particulirementchez le lapin. Linterprtation de ces CUD reste dlicate du fait de lirruption massivedazote endogne et, en outre, de la caecotrophie chez le lapin. Les faibles valeursobserves chez le poney peuvent provenir dune sous-estimation de la digestibilitcalcule avec le marqueur oxyde de chrome ; nous avons en effet montr sur desponeys porteurs de fistules caecales que la digestibilit ce niveau du tube digestifatteint prs de 53 p. 100 (Wolter, Durix et Letourneau, 1976) ; sans doute faut-ilsupposer que loxyde de chrome, incorpor sous forme de poudre dans lalimentcompos granul, se dmlange au cours du transit digestif et constitue donc unmarqueur mdiocre pour ce type dtude ; des essais mens avec dautres marqueursdevraient fournir des prcisions, ce sujet.

    b) Paramtres biochimiques.- Chez les 2 espces, le pH est minimum dans lestomac, sans doute pour une

    trs grande part, sous linfluence de la scrtion chlorhydrique ; il sabaisse de nou-veau quelque peu au niveau du gros intestin, paralllement laccumulation desacides gras volatils (tabl. 5).- Ces derniers sont dj en quantits notables dans lestomac, particulirement

    chez le poney, vraisemblablement cause dune attaque microbienne trs prcocedes glucides facilement fermentescibles. Ils se concentrent surtout dans le gros intestin,spcialement dans le caecum, et de nouveau davantage chez le poney qui manifesteainsi sa plus forte activit cellulolytique.- Les proportions des diffrents acides gras volatils dans le mlange total volue

    de faon comparable chez les 2 espces, tout au long de leur tube digestif, avec unenette prdominance de lacide propionique dans lestomac et lintestin grle, puis aucontraire une forte majorit dacide actique dans le gros intestin (fig. 1). Cette pro-duction accrue dacide propionique dans les segments antrieurs du tube digestif

  • doit tre en rapport avec la richesse relative, du rgime utilis, en amidon ; elle futdj bien observe chez le lapin aussi bien par Ruckebusch et Fioramonti (1976),que par Bonnafous et Raynaud (1978) ; par contre, elle napparat pas chez le poneyrecevant un rgime base de luzerne, qui privilgie la fermentation actique (Argen-zio, Southworth et Stevens, 1974).- La concentration en acide L-lactique est relativement leve, significative-

    ment plus chez le poney que chez le lapin, dans la premire partie du tube digestif,sans doute parce que la microflore lactique profite, surtout au niveau de lestomac,dun pH suffisamment bas et dun substrat bien pourvu en glucides facilement fer-mentescibles. De mme, Argenzio, Southworth et Stevens (1974) avaient constat quecette production stomacale dacide lactique est accrue avec des rgimes amylacsalors quelle est pratiquement annule lors de consommation exclusive de fourrages.- Lammoniac apparat beaucoup plus abondant dans le contenu digestif du

    lapin jusquau clon proximal. Par contre chez le poney, son taux reste assez basjusquau dbut du gros intestin et la chute brutale de concentration entre lestomacet le dbut de lintestin grle laisse supposer une rsorption intense dans cette zone.Chez le lapin, laccumulation relative dammoniac pourrait provenir soit dunemoindre absorption dans les sites qui prcdent le clon proximal soit dune librationaccrue partir des microorganismes dorigine caecotrophique.

    Ainsi, lutilisation digestive dun aliment complet se diffrencie chez le poney etle lapin, dune part au niveau de la digestion des matires azotes de mode pluscomplexe chez le lapin par suite du comportement caecotrophique de cette espce,dautre part et surtout par la meilleure digestion de la cellulose brute chez le poney.

    journes Ingestion-Digestion-Absorptionde lAssociation franaise de Nutrition,Paris, 15-16 novembre 1979.

    Rfrences

    ARGENZIO R. A., SOUTHWORTH M., STEVENS C. E., 1974. Site of organic production and adsorp-tion in the equine gastrointestinal tract. Am. J. Physiol., 226, 1043-1050.

    BONNAFOUS R., RAYNAUD P., 1978. Etude sur la concentration des acides gras volatils du matrielet des acides gras volatils et corps ctoniques plasmatiques au niveau des veines du grosintestin chez le lapin domestique. 2! Journ. Rech. cunic. en France, Toulouse.

    CANDAU M., BERTRAND B., FIORAMONTI J., 1978. Variation de la digestibilit des constituants dela ration chez le lapin. C. R. Soc. giol., 172, 554-559.

    FIORAMONTI J., RUCKEBUSCH Y., 1976. La motricit caecale chez le lapin. III. - Dualit de lexcr-tion fcale. Ann. Rech. vt., 7, 281-295.

    KEYS J. E., DE BARTHE J. V., 1974. Site and extent of carbohydrate, dry matter, energy and proteindigestion, and the rate of passage of grain diets in swine. J. Anim. Sci., 39, 57-62.

    RUCKEBUSCH F., FIORAMONTI J., 1976. Dterminisme de la cacotrophie chez le lapin. Laboratoirede Physiologie, Ecole nat. vt. Toulouse.

    SCHURG N. A., FREI D. L., CHEEKE P. R., HOLTAN D. W., 1977. Utilization of whole corn plantpellets by horses and rabbits. J. Anim. Sci., 45, 1317-1321.

    SLADE L. M., HINTZ H. F., 1969. Comparison of digestion in horses, ponies, rabbits and guinea pigs.J. Anim. Sci., 28, 42.

    WOLTER R., DURIX A., LETOURNEAU J. C., 1976. influence du mode de prsentation dun alimentcomplet sur la vitesse de transit digestif et la digestibilit chez le poney. Ann. Zootech., 25, 181-188.

    WOLTER R., GOUY D., DURIX A., LETOURNEAU J. C., CARCELEN M., LANDREAU J., 1978.Digestibilit et activit biochimique intracaecale chez le poney recevant un mme alimentcomplet prsent sous forme granule, expanse ou semi-expanse. Ann. Zootech., 27, 47-60.

Recommended

View more >