Full report fr banquemondiale final

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Transformer les conomies arabes : La voie de la connaissance et de linnovation Rapport complet Note l'attention du lecteur Le document intitul Transformer les conomies arabes : La voie de la connaissance et de l'innovation a t labor par le Centre de Marseille pour l'intgration en Mditerrane (CMI), en collaboration avec la Banque mondiale, la Banque europenne d'investissement (BEI), et l'Organisation islamique pour l'ducation, les sciences et la culture (ISESCO). Le prsent document est la version complte du rapport. Les versions franaise et arabe seront disponibles sur le site web du CMI (www.cmimarseille.org/ke). Une version abrge du rapport existe dans les trois langues (arabe, franais et anglais), que l'on peut trouver sur le site web prcit. 2013 Banque international pour la reconstruction et le dveloppement / Banque mondiale 1818 H Street, NW Washington, DC 20433 Telephone: 202-473-1000 Internet: www.worldbank.org Ce document est le fruit des efforts du personnel de la Banque mondiale, avec des contributions extrieures. Les rsultats, interprtations et conclusions exprims dans le prsent document ne refltent pas ncessairement l'opinion de la Banque mondiale, des membres de son Conseil d'administration, ou des gouvernements qu'ils reprsentent. La Banque mondiale ne peut garantir l'exactitude des donnes figurant dans ce document. Les frontires, couleurs, dnominations et toute autre information indiques dans les cartes incluses n'impliquent pas une prise de position de la Banque mondiale sur le statut juridique d'un quelconque territoire, ou son approbation ou acceptation desdites frontires. Droits et autorisations Les matires contenues dans le prsent document sont protges par les droits d'auteur. Etant donn cependant que la Banque mondiale encourage la diffusion de ses connaissances, ces matires peuvent tre reproduites, entirement ou partiellement, des fins non commerciales, dans la mesure o les parties reproduites sont dment et pleinement reconnues. Toutes interrogations sur les droits, y compris les droits subsidiaires, doivent tre adresses au Bureau de l'Editeur, la Banque mondiale : The World Bank, 1818 H Street, NW, Washington, DC 20433, USA; fax: 202-522-2422; e-mail: pubrights@worldbank.org. Production CMI : Loraine Falconetti Edition et photocomposition : Steven B. Kennedy, bas sur la conception d'Emmanuelle Dezanet, Dynamic Creative, France Table des matires Page Synthse du rapport Introduction Premire Partie : Pourquoi, Quoi, Comment ? Chapitre 1 : Dployer la connaissance et l'innovation pour transformer les conomies arabes Une srie de dfis normes Ncessit d'un nouveau modle conomique L'conomie de la connaissance, la croissance et l'emploi Conclusion Chapitre 2 : Rattraper les tendances mondiales relatives l'conomie de la connaissance MENA compare d'autres rgions Performance des pays Comment expliquer la lenteur du progrs des pays MENA vers l'conomie de la connaissance ? Comprhension et valuation des quatre piliers Conclusion Chapitre 3 : Dfinir de nouvelles stratgies de dveloppement pour les pays arabes Agir avec ambition et ralisme Organiser le changement avec pragmatisme en s'appuyant sur les acquis faciles tablir un nouveau contrat social sur la base d'un nouveau modle de dveloppement Stimuler lintgration rgionale et la coopration internationale Conclusion Deuxime Partie : Les piliers de lconomie de la connaissance Chapitre 4 : Amliorer la gouvernance et le climat des affaires Renforcement de la gouvernance et le fonctionnement de l'Etat L'ouverture des socits Amlioration du climat des affaires Ajustement des marchs du travail L'intgration au commerce international Conclusion Chapitre 5 : Dvelopper lducation pour de meilleurs emplois dans la 1 13 33 34 34 40 46 54 59 60 61 63 65 74 78 79 82 89 94 99 103 104 105 110 115 121 124 130 135 nouvelle conomie Amlioration de la qualit de l'enseignement Investir dans le dveloppement de la premire enfance Dvelopper de nouvelles aptitudes et comptences Amlioration de l'enseignement et de la formation techniques et professionnels Responsabilisation, incitatifs et gouvernance : les pivots des systmes ducatifs solides Relier l'enseignement suprieur l'emploi Expansion de la coopration rgionale Conclusion Chapitre 6 : Stimuler linnovation et lever le niveau de la technologie Efforts et performances en matire d'innovation dans le monde arabe Elargir le concept de politique d'innovation Soutenir les innovateurs Mettre les structures r&d au service de l'conomie et de la socit L'exploitation de la connaissance et de la technologie mondiales Eduquer pour l'innovation Stimuler le changement au moyen d'examens internationaux et de projets conjoints Conclusion Chapitre 7 : Btir la Socit de l'information L'infrastructure de l'information dans le monde arabe Augmenter la contribution des TIC la croissance Amlioration de l'accs haut dbit Renforcement de la concurrence dans le march TIC Utiliser les applications TIC plus efficacement Le dveloppement des comptences TIC en faveur de l'emploi, de l'entreprenariat et de l'innovation Le dveloppement des contenus en arabe Renforcement de la coopration rgionale Conclusion Troisime Partie : La diversification de lconomie Chapitre 8 : Promouvoir les secteurs de croissance Les secteurs tablis : faire le saut vers lconomie de la connaissance Activits lies aux TIC : explorer les opportunits nouvelles et traditionnelles Tourisme : en qute d'un crneau et d'une stratgie de croissance long terme Les industries cratives : Tirer profit des opportunits inexploites La croissance verte : tirer parti des avantages comparatifs 139 142 143 147 148 151 155 157 161 165 168 171 174 177 179 181 185 187 192 193 195 197 201 203 204 205 212 213 213 222 225 230 232 Conclusion Chapitre 9 : Grer le dveloppement rgional et local La construction de sites industriels et technologiques Cration de villes comptitives et durables Rduire les disparits rgionales Principes daction Conclusion Annexe 9.1. Technopoles dans le monde arabe Un dernier mot Liste des encadrs 1.1. La connaissance, la croissance et l'emploi : Fondements thoriques et empiriques 3.1. Le parcours suivi par les histoires succs de l'conomie de la connaissance 3.2. Combien d'emplois les nouveaux secteurs innovateurs peuvent-ils gnrer dans le monde arabe ? 3.3. Le coefficient emploi-rendement : Combien d'emplois peut-on crer avec 1 millions ? 3.5. Les mdias comme agents du changement 3.6. Le Centre de Marseille pour l'intgration en Mditerrane 4.1. Promotion de l'emploi des femmes en Jordanie 4.2. Les entreprises tatiques et les hommes d'affaires influents 4.3 Intgration mondiale et rgionale : Recommandations cls des partenaires de Deauville 5.1. L'approche STEP ou renforcer les capacits pour l'emploi et la productivit 5.2. Le programme de rforme de l'enseignement pour passer l'conomie de la connaissance en Jordanie 5.3. La rforme des programmes d'enseignement en Malaisie et Singapour 5.4. Prparation des gnrations futures la socit du savoir 5.5. Evaluation de la gouvernance des universits : Un outil de mesure 5.6. Etablir la liaison entre l'ducation et l'emploi 5.7. Formation entrepreneuriale et travail indpendant parmi les diplms universitaires : Le cas de la Tunisie 6.1. Ce qu'il faut pour promouvoir les entreprises innovantes 6.2. Kafalat, une institution libanaise pourvoyeuse de financement risque 6.3. Yomken! (C'est possible! en arabe) 6.4. Promotion de la collaboration entre l'universit et l'industrie dans des projets R&D en Egypte 239 242 244 248 251 253 255 257 262 47 80 84 85 93 97 113 116 128 140 141 145 146 150 152 154 166 169 170 173 6.5. Les bonnes pratiques de la coopration internationale en matire de recherche 6.6. L'Universit internationale de Rabat 6.7. iMENA : Un programme innovateur pour l'emploi et le financement de l'innovation dans le monde arabe 7.1. L'indice de prparation NRI dans le monde, 2012 7.2. L'tat du haut dbit dans les pays de la Facilit euro-mditerranenne d'investissement et de partenariat (FEMIP) 7.3. YESSER et l'e-gouvernement en Arabie saoudite 8.1. Chaine de valeur agroalimentaire pour l'Egypte 8.2. Possibilits d'offshoring en Tunisie 8.3. Le stress hydrique et le dessalement 9.1. Les cits de la connaissance et de l'innovation en Arabie saoudite 9.2. Le parc technologique Berytech et son financement 9.3. Exploitation de l'huile d'argan au Maroc Liste des figures 1.1. Retard de croissance dans le monde arabe 1.2 Chmage des jeunes par rgion, estimations 2011 1.3. Chmage dans la rgion MENA par ge 1.4. Croissance dmographique de la rgion MENA par groupes d'ge, 19802050 1.5. L'investissement priv en pourcentage du PIB dans les rgions du monde, 1990 contre 2000 1.6. Taux de participation des femmes la population active 1.7. Taux annuels moyens de croissance PTF, 19902009 1.8. Inscriptions universitaires dans la rgion MENA, 200210 1.9. Part de la population en ge de travailler dans la rgion MENA occupant un emploi formel (estimations 2010) 1.10. Notes des pays sur l'Indice conomique des connaissances (KEI) et taux de chmage dans les pays arabes 1.11. Estimation des effets de la connaissance sur l'emploi 1.12. Elasticit de l'emploi par rapport la croissance conomique dans les pays MENA, 19912009 1.13. Elasticit de l'emploi par rapport au KEI dans les pays MENA, 19952008 1.14. Le gouvernement et autres fournisseurs de bons emplois dans la rgion MENA 2.1. Perspective comparative de la performance de la rgion en matire d'conomie de la connaissance, 2012 2.2. Scores rgionaux sur le KEI, 2012 174 177 180 189 194 199 217 223 233 243 246 254 35 36 36 37 38 39 43 44 45 46 47 50 51 53 61 61 2.3. Scores des pays sur l'Indice de l'conomie de la connaissance (KEI), 2000 et 2012 2.4. Classement des pays sur le GCI en 2010-11 et 2011-12 2.5. Performances des pays sur le KEI 2012 et sur le GCI 20112012 2.6. Performance des indices KEI et REI pour la rgion MENA et autres rgions et groupes de pays, 2009 2.7. Doing Business (faire des affaires) dans le monde arabe 2.8. Participation des femmes d'une perspective comparative, 2012 2.9. Score de la 8me anne TIMSS, 2007 2.10. Rsultats du test PISA 2009 2.11. Le pilier de l'innovation dans les pays MENA, 2000 et 2012 2.12. Classement des pays MENA sur l'indicateur Networked Readiness Index au titre de 201011 et 2012 3.1. Les stratgies fondes sur l'conomie de la connaissance contrastent avec les modles conventionnels de croissance conomique : ambition, rapidit et mobilisation 3.2. Sources de cration d'emplois, par types d'entreprises 3.3. Un agenda pragmatique : Des micro-rformes aux changements majeurs 3.4. En qute d'un nouveau contrat social pour le monde arabe 4.1. Les classements MENA en matire de gouvernance, 2010 compars 2005 4.2. L'efficacit du gouvernement par rapport l'conomie de la connaissance 4.3. Classement d'une slection de pays de la rgion en matire de participation la vie politique et de responsabilisation, 2010 4.4. Participation des femmes la force ouvrire 4.5. Avantages du recrutement des femmes par rapport aux hommes par les entreprises multinationales 4.6. Principales contraintes qui se posent aux entreprises MENA 4.7. Qualit de l'Indice de rglementation 4.8. Domination bancaire du secteur financier 4.9. La part de l'emploi dans le secteur public (%) dans la rgion MENA et les pays comparateurs 4.10. Scores rgionaux sur les niveaux de mritocratie en matire de recrutement 4.11. Disparits salariales homme-femme, dans une slection de pays MENA 5.1. Dficit dans l'enseignement : la diffrence entre scolarisation et apprentissage dans une matire 5.2. Taux bruts d'inscriptions au secondaire et universitaire par rgion mondiale, 1990 et 2010 5.3. Part des entreprises identifiant le manque de comptences comme un obstacle 62 63 64 65 67 68 69 70 71 73 79 85 89 91 105 106 107 112 114 117 119 120 122 123 124 136 137 143 aux affaires 5.4. L'enseignement par cur des mathmatiques dans la rgion MENA 5.5. Proportion de chmeurs dtenteurs de diplmes universitaires dans une slection de pays, 2000 et 2010 6.1. Performances en matire d'innovation et PIB par habitant 6.2. Dpenses nationales R&D brutes comme pourcentage du PIB, 20002009 6.3. Dpenses nationales R&D brutes dans une slection de pays, par source de financement 6.4a. Exportations totales mondiales par catgorie technologique, l'exclusion des pays MENA, 2005-2009 6.4b. Exportations totales par catgorie technologique de la rgion MENA, 2005-2009 6.4c. Part des exportations de haute technologie dans les exportations de produits manufacturs d'une slection de pays arabe (2005-2010) 6.5. Positionnement de la politique d'innovation 6.6. La politique d'innovation et l'analogie du jardinage 6.7. Disponibilit du capital-risque dans une slection de pays arabes 6.8. Publication d'articles scientifiques et techniques par des auteurs rsidant dans les pays arabes, 2002 et 2009 6.9. Disponibilit des scientifiques et ingnieurs dans le monde arabe 7.1. L'impact des diffrentes TIC sur la croissance du PIB dans les conomies revenu faible et lev, 20002006 7.2. Pntration des lignes de tlphone mobile et fixe dans le monde arabe, 2010 7.3. Usagers Internet dans les pays MENA, 2010 7.4. Pntration des mobiles et d'Internet dans la rgion MENA, 19992009 7.5. Comparaison rgionale de la pntration mobile et haut dbit (pour cent) 7.6. Augmentation de la pntration mobile par rapport au haut dbit MENA, 2003-2010 7.7. Tarifs du mobile au Moyen Orient 7.8. La jeunesse et de degr de formalisme dans les marchs de la main d'uvre TIC 8.1. Les terres arables en tant que pourcentage de la superficie totale des terres 8.2. Consommation d'engrais comme pourcentage de la production d'engrais 8.3. Exportations du textile et du vtement comme pourcentage des exportations manufacturires totales, 2010 8.4. Estimations du cot du gaz et du cot montaire de production de l'ure en 2012 8.5. Arrives annuelles dans quatre pays MENA, 200111 144 151 162 162 163 164 164 164 166 167 168 171 172 185 187 188 191 193 195 196 200 214 215 218 222 225 8.6. Cot de la rhinoplastie dans une slection de pays (en milliers de dollars amricains) 8.7. Contribution des industries du droit d'auteur au PIB (%) 8.8. Schma d'une infrastructure potentielle pour la fourniture durable d'lectricit procdant de sources d'nergie renouvelable l'Europe, le Moyen Orient et l'Afrique du Nord 8.9. Valeur potentielle des exportations des composants CSP, 201225 9.1. Le technople d'El Gazala, Tunisie Liste des tableaux 1.1. Taux de croissance de l'emploi dans les pays arabes, 20002009 3.1. Mesures politiques appropries selon les diffrents degrs d'avancement des pays vers l'conomie de la connaissance 6.1. Stratgie pour les diasporas : Combiner les approches descendantes et ascendantes 7.1. Mesures TIC pour gnrer l'emploi selon les diffrents degrs de qualifications 8.2. Impact direct et indirect des centrales CSP sur l'conomie intrieure, 201225 9.1. Zones conomiques spciales et zones franches dans le monde arabe 9.2. Sites du savoir et de la technologie de Duba 9.3. Disparits rgionales dans une slection de pays arabes 227 231 235 238 246 52 87 176 201 237 245 248 251 1 SYNTHSE DU RAPPORT LINTENTION DES DIRIGEANTS Messages-cls Les soulvements du Printemps arabe ont sonn l'alarme dans toute la rgion, attestant d'un intense dsir de changement aprs des dcennies de stagnation. Mais il reste rsoudre d'normes problmes, en particulier le besoin accru d'emplois, notamment pour les jeunes dont les taux de chmage sont les plus levs du monde : environ 25 pour cent des individus dans la tranche d'ge 15-25 ans. Il est ncessaire, d'aprs les estimations, de crer quelques 40 millions de nouveaux emplois dans la rgion MENA au cours de la prochaine dcennie. Le prsent rapport propose de nouvelles stratgies ayant le potentiel de gnrer davantage d'emplois dans le monde arabe. L'approche de l'conomie de la connaissance vise favoriser l'emploi en exploitant la connaissance et l'innovation ncessaires la promotion de la productivit et de la comptitivit, tout en tirant profit des opportunits qu'offre l'conomie mondiale. Les stratgies de dveloppement fondes sur l'conomie de la connaissance suivent un modle qui est devenu dsormais courant dans le monde.1 Selon des estimations ralises pour la prsente tude, ces stratgies peuvent contribuer considrablement l'augmentation du taux de cration d'emplois dans les pays de la rgion. Quels types de politiques mettre en uvre pour promouvoir un modle de croissance ax sur la productivit, la connaissance et l'innovation, et le placer au centre des stratgies de dveloppement pour les pays du monde arabe ? L'tude met l'accent sur ces politiques, tout en reconnaissant que plusieurs pays arabes se sont dj engags dans cette voie, inspirs par les bonnes pratiques observes dans d'autres pays, notamment les histoires succs des dernires dcennies, telles que celles des Tigres asiatiques (Core et Singapour) et des pays nordiques (en particulier la Finlande et le Danemark). La dmarche commence par linstauration dune bonne gouvernance et dun climat favorable aux entreprises et propice l'investissement, y compris l'investissement par des entreprises trangres. Plusieurs pays arabes ont dj pris des mesures dans cette direction, souvent pour faciliter la cration de nouvelles entreprises et de nouvelles activits. Si le principe de bonne 1 Comme constat par l'Organisation de coopration et de dveloppement conomiques en 1996, "Les conomies de l'OCDE sont de plus en plus axes sur la connaissance et l'information. La connaissance, reconnue dsormais comme le moteur cl de la productivit et de la croissance conomique, met un accent nouveau sur le rle de l'information, de la technologie et de l'enseignement dans la performance conomique. Le terme "conomie de la connaissance" procde de la reconnaissance plus large accorde la connaissance et la technologie dans des conomies modernes de l'OCDE". Voir galement la Banque mondiale (2007). 2 gouvernance et de climat favorable aux affaires est valable pour toute stratgie de dveloppement, il devient primordial pour les pays dsireux de tirer un maximum de profit des efforts qu'ils dploient dans d'autres secteurs particulirement importants pour l'conomie de la connaissance, savoir, l'ducation, l'innovation, et les technologies de l'information et de la communication (TIC). Aussi les rformes dans ces quatre domaines (gouvernance et climat des affaires, ducation, innovation et TIC) doivent-elles tre menes, dans toute la mesure du possible, travers l'ensemble de l'conomie. Mais il est tout aussi important d'tre opportuniste, et de saisir loccasion d'agir dans certains secteurs, traditionnels et nouveaux, et dans certaines zones o il est possible d'exploiter des avantages comparatifs et d'atteindre ainsi une masse critique d'initiatives entrepreneuriales et innovatrices. Ces spots de croissance aident diversifier l'conomie, et dclencher et impulser un cycle vertueux de confiance. La population voit les avantages concrets de ces rformes. Ce qui amliore l'environnement dans lequel des rformes plus ambitieuses peuvent tre mises en application par le gouvernement. La russite de ces stratgies de dveloppement dpend d'un processus participatif qui concernent tout un ventail d'acteurs du gouvernement, de la communaut des affaires, des universits, des instituts de recherche et autres institutions cls. Dans sa gestion du processus, l'Etat doit dmontrer ses capacits de leadership mais aussi de sa disposition couter les acteurs conomiques et sociaux, en particulier le secteur priv, appel devenir un partenaire essentiel du processus ainsi que le moteur de la croissance et de la cration d'emplois. Grce l'application d'un processus participatif dans la mise en uvre des politiques de la connaissance et de l'innovation, le gouvernement favorisera l'tablissement d'un nouveau contrat social avec les citoyens, rompant ainsi avec les pratiques centralises et autoritaires qui ont longtemps prvalu dans la rgion. Il incombe au gouvernement de formuler une vision convaincante, la fois ambitieuse et raliste. En ralisant des projets concrets, quelque soit leur taille et leur porte (un dmarrage modeste peut s'avrer une bonne faon de commencer), la vision deviendra ralit et gagnera en crdibilit. Il va sans dire que les stratgies de dveloppement dcrites ci-dessus doivent tre adaptes aux caractristiques et conditions culturelles, institutionnelles et conomique de chaque pays. De mme faut-il adapter les politiques aux besoins, souhaits et capacits des diffrents segments de la population dans un mme pays, et dans les diffrents domaines. La coopration dans le monde arabe en matire d'conomie de la connaissance offre des avantages substantiels tous les participants, en ce sens qu'elle acclre la formation de masses critiques requise dans les domaines de l'innovation et autres, tout en favorisant l'apprentissage collectif. Tout aussi importante est l'intgration entre le monde arabe et l'Europe ( travers l'interface de la Mditerrane) dans les domaines financiers, universitaires et des affaires. L'intgration - axe sur des projets concrets et soutenue par des institutions rgionales et internationales et des programmes bilatraux est bnfique pour tous les participants. 3 Tels sont les principes qui inspirent et guident les politiques proposs dans la prsente tude. Les stratgies dj engages par certains pays de la rgion doivent maintenant tre dvelopps sur une plus grande chelle afin de faire face aux dfis confrontant un monde arabe en mutation. La valeur ajoute de cette dmarche rside dans la nature intgratrice de l'approche Economie de la connaissance, qui permet aux pays de la rgion de revoir leurs stratgies de dveloppement d'une faon coordonne, plutt que par des stratgies sectorielles labores et mises en uvre en "silos". Ltude fait le point sur la situation actuelle de l'conomie de la connaissance dans le monde arabe, donnant des exemples de bonnes pratiques glanes travers le monde, et formulant des recommandations qui doivent tre adaptes aux circonstances spcifiques de chaque pays. Vers des conomies plus productives, comptitives et gnratrices d'emplois Jusqu' ce jour, la croissance conomique et la comptitivit sont restes, dans la plupart des pays arabes, axes sur l'exploitation des ressources naturelles et le dveloppement de l'infrastructure ou des marchs financiers. Les conomies peuvent tre orientes de bien des faons vers des systmes de dveloppement qui sont plus riches en connaissance et innovation, amliorant ainsi la productivit globale des facteurs qui a dj prsent, pendant ces dernires annes, des signes de progrs dans la rgion. Des conomies plus productives et plus comptitives engendreront davantage d'emplois avec des niveaux de comptences plus levs. Et elles le feront de faon trs significative : selon des estimations prsentes dans cette tude, un effort srieux et soutenu en matire d'conomie de la connaissance peut accrotre de 30 50 pour cent le taux annuel de cration d'emplois, l'impact tant plus grand dans les pays de la rgion importateurs de ptrole. Que faire ? ADOPTER DES RFORMES FAVORABLES AUX ENTREPRISES ET AMLIORER LA GOUVERNANCE Les stratgies axes sur la connaissance doivent s'appuyer sur des politiques macroconomiques saines, une bonne gouvernance et un climat favorable aux entreprises, l'instar de virtuellement toutes les autres stratgies de dveloppement. Une transition efficace vers l'conomie du savoir exige l'amlioration continue du climat des affaires afin de stimuler la cration d'entreprises et attirer les investissements trangers, lesquels favorisent la croissance et la comptitivit. Plusieurs pays arabes, notamment le Maroc, l'gypte, la Jordanie et l'Arabie saoudite, ont enregistr des progrs considrables au cours des dix dernires annes dans ce domaine, sous la pression des milieux d'affaires et tirant le meilleur profit de l'assistance des institutions internationales. Dans certains cas, les vnements dclenchs par le Printemps arabe ont ralenti l'allure des rformes, mme dans les pays qui ne sont pas affects par les perturbations politiques ou la guerre civile. Pour tre crdibles, les rformes ncessaires doivent tre reprises et approfondies ds que possible, favorisant ainsi la transition vers l'conomie du savoir. 4 Il est important, en outre, de faciliter l'mergence de lactivit entrepreneuriale, de rduire la bureaucratie sous toutes ses formes, dliminer les rglements qui touffent l'initiative, de retirer les privilges immrits dont jouissent actuellement certains groupes proches des pouvoirs en place, dassurer la concurrence et dtendre les sources de financement, y compris la finance islamique qui devrait, en principe, favoriser l'innovation en encourageant le partage des profits et des risques. Les changements prcits peuvent tre complts travers l'extension des changes commerciaux avec ltranger, la rduction des barrires douanires et la facilitation des changes de technologie. Les plates-formes logistiques doivent tre amliores et tendues, l'exemple de ce qui a t fait par le Maroc au port de Tanger. La cration de zones industrielles spciales peut permettre, grce certains incitatifs, d'attirer les entreprises trangres et promouvoir les exportations. Ces zones se rvleront dautant plus utiles qu'elles stimuleront aussi l'conomie locale par la mise en place de liens de sous-traitance et entreprises connexes, mais aussi dans la mesure o elles ne serviront pas de prtexte pour ne pas reformer le reste de l'conomie. La lutte contre la corruption sous toutes ses formes, est au cur de la bonne gouvernance. Les mesures visant juguler la corruption ne peuvent que profiter la socit, ne fut-ce que par les signes positifs qu'ils envoient la population sur l'ouverture, la transparence et la responsabilisation. Les autres lments majeurs sont la libert d'expression et l'panouissement des pratiques dmocratiques. Il est encourageant de constater que dans plusieurs pays le processus politique dclench par le Printemps arabe a conduit des avances dmocratiques qui, bien que fragiles, sont appeles rester. DVELOPPER ET AMLIORER L'ENSEIGNEMENT L'enseignement est le catalyseur de l'conomie axe sur la connaissance et l'innovation. D'normes progrs ont t enregistrs en matire d'amlioration de l'accs l'enseignement dans la rgion arabe. Mais bien que les pays arabes aient investi une part respectable de leur PIB dans l'enseignement, ces efforts ne produisent pas les rsultats escompts : dans la plupart de ces pays, la scolarisation accrue n'a pas t ncessairement synonyme d'enseignement meilleur. Des tests internationaux de performance rvlent que les tudiants dans les pays arabes tranent toujours loin derrire ceux d'autres pays de niveaux comparables de dveloppement en matire d'acquisition des connaissances de base. Un investissement accru ds les premiers stades de dveloppement de la petite enfance permettra d'imprimer aux enfants arabes un bon dpart. Il serait utile de revoir le systme d'enseignement dans son ensemble ainsi que les mthodes d'enseignement, fondes encore sur l'apprentissage par cur. Il en est de mme de l'amlioration des matriels didactiques et des qualifications des enseignants, qui doivent tre rehausses. Certains pays, notamment la Jordanie, ont mis en uvre des programmes ambitieux qui ont considrablement amlior les niveaux d'enseignement. 5 L'inadquation entre les besoins de l'conomie en matire de main d'uvre qualifie et le rendement du systme d'enseignement et de formation est vidente. L'enseignement technique et professionnel dans la rgion doit tre revu en profondeur. L'exprience internationale dmontre que les programmes d'ducation cooprative raliss en partenariat avec les employeurs peuvent bien fonctionner, y compris un certain nombre de programmes pilotes dans les pays tels que la Tunisie. Il convient d'explorer galement de nouvelles dmarches permettant de relier l'ducation l'emploi, telle l'Initiative multinationale pour l'ducation et l'emploi qui se droule actuellement en Egypte, en Jordanie, en Palestine, au Maroc, au Ymen, et en Tunisie, et qui mrite d'tre largie et introduite dans le reste de la rgion. Dans l'enseignement suprieur, la grande majorit des tudiants optent pour des programmes dans les sciences humaines et sociales, et bon nombre de ces diplms ont des difficults trouver un emploi. La manire la plus efficace de pallier cette situation serait d'amliorer la qualit de l'enseignement scientifique et technique en amont, c'est--dire dans l'enseignement secondaire, voire mme le primaire. Dans lenseignement suprieur, la cration de nouvelles universits en partenariat avec de prestigieux tablissements trangers a commenc d'ores et dj renforcer les capacits scientifiques et technologiques dans plusieurs pays, amliorant ainsi leur comptitivit au plan international. Des Etats membres du Conseil de Coopration du Golfe, tels Duba, l'Arabie saoudite et le Qatar, en ont montr l'exemple. CRER UN CLIMAT D'INNOVATION L'innovation dynamise et rnove les fondements productifs de l'conomie et de la socit. Mais pour tirer pleinement parti de l'innovation, il est important de tenir compte de certains principes fondamentaux. Il est ncessaire, tout d'abord, de rfuter la notion que l'innovation procde uniquement et directement de la recherche. Le fait est que les innovations rsultent des actions des entrepreneurs qui exploitent des possibilits technologiques ou scientifiques dans le but de satisfaire les besoins ou les marchs qu'ils ont identifis. Aussi la politique d'innovation doit-elle commencer par les mcanismes de soutien aux innovateurs. Il s'agit de soutiens techniques, commerciaux, juridiques et financiers fournis par le biais de structures telles que les incubateurs (ppinires d'entreprises) qui oprent de manire aussi proche que possible des innovateurs. Mais si les incubateurs ont prolifr dans les pays arabes, tout comme partout ailleurs, les rsultats obtenus dans la rgion sont ingaux, souvent en raison du manque de gestion et de professionnalisme, de connexions des rseaux techniques ou commerciaux appropris et sources de capital-risque. Certains pays, tel le Liban, ont t cependant en mesure de concevoir des moyens permettant de mobiliser des capitaux en se servant des garanties publiques. Les innovateurs ont aussi besoin d'accder pleinement aux services technologiques, et ce, afin de tester leurs ides et inventions, et ont besoin de trouver dans l'environnement dans lequel ils travaillent des systmes de normalisation efficaces et des quipements de mesure, assortis de l'infrastructure connexe. 6 Il convient, d'autre part, d'valuer systmatiquement les structures de recherche publiques et universitaires de la rgion et d'appliquer, cet effet, un critre d'excellence rigoureux pour les efforts en matire de recherche de base. Pour l'valuation de la recherche applique, la pertinence conomique, sociale, et environnementale sera plus approprie. La coopration entre les universits et le monde des affaires est essentielle au processus d'innovation, et les rglements et obstacles qui entravent cette collaboration doivent tre carts. La disponibilit de subventions publiques - sous forme de fonds de contrepartie par lesquels les entreprises contribuent des projets spcifiques - favorise la coopration entre universits et entreprises, comme le prouvent les nombreuses expriences menes partout dans le monde. Plusieurs pays arabes, dont l'gypte, ont mis en uvre des programmes bien conus dans ce domaine. Il y a, en fin de compte, la question d'accs, d'exploitation et d'utilisation de la technologie trangre, abondamment disponible, notamment travers les socits multinationales oprant dans le pays qui peuvent faciliter le transfert de la connaissance et de la technologie. Les mesures prises dans les industries automobiles et aronautiques au Maroc et les technologies de l'information en Jordanie sont des exemples d'initiatives qui tracent la voie en la matire dans la rgion. PROMOUVOIR LA SOCIT DE L'INFORMATION Les TIC constituent prsent linfrastructure de base de l'conomie, tout comme l'taient au sicle dernier le transport et l'lectricit. Les pays arabes ont beaucoup investi dans les TIC au cours des 15 dernires annes. La tlphonie mobile a enregistr une croissance notable dans la rgion, au mme titre que dans la plupart des pays du monde. Conjointement avec les services et industries connexes, les TIC comptent pour une part significative du PIB des pays de la rgion, allant jusqu' 15 pour cent du PIB, comme c'est le cas pour la Jordanie. L'accs l'Internet n'a pas eu cependant une extension suffisamment rapide, ne touchant prsent que le quart de la population de la rgion arabe, dont cinq pour cent peine bnficient d'un accs large bande. Une concurrence plus importante entre les fournisseurs permettra de rduire les prix et d'amliorer les services aux usagers. Les autres domaines prendre en considration comprennent l'amlioration de la formation dans les TIC, la confection d'un plus grand nombre de pages Web en langue arabe et, surtout, l'extension de la gamme des applications TIC pour couvrir, entre autres, les domaines des affaires, de ladministration, de l'enseignement et des services. Plusieurs pays, dont la Jordanie et l'Arabie saoudite, ont lanc des programmes ambitieux visant dvelopper des applications TIC, comme par exemple l'apprentissage en ligne et l'administration lectronique (e-gouvernement). Comment faire la transition vers l'conomie de la connaissance ? 7 FACILITER LE DVELOPPEMENT DES SECTEURS ET CLUSTERS PROMETTEURS Le rapport dcrit tout un ensemble de rformes de caractre gnral permettant une transition efficace vers une conomie axe sur la connaissance et l'innovation. Mais il est tout aussi important, cependant, de consacrer des efforts spcifiques aux secteurs ayant le potentiel de stimuler la croissance et l'emploi. L'absorption des connaissances dcoulant des meilleures pratiques mondiales permettra de progresser dans la chaine des valeurs et transformer, ce faisant, les avantages comparatifs existants dans le monde arabe en avantages comptitifs. Outre les crneaux des industries TIC, il existe d'autres secteurs prometteurs offrant des opportunits se rapportant, par exemple, au tourisme mdical et de sant, aux industries cratives et l'nergie verte. Les industries classiques et traditionnelles ont galement un rle important jouer en stimulant la croissance conomique moyen terme. Ces secteurs - agroalimentaire, textiles et industries chimiques - font gnralement appel une main-d'uvre intensive et occupent la plupart des emplois industriels de la rgion. En outre, les industries haute teneur en technologie, tel que l'automobile et les composants aronautiques, peuvent s'avrer attrayantes dans certains pays. La promotion dun secteur quel quil soit, exige des mesures coordonnes portant sur les diffrents piliers de l'conomie de la connaissance, savoir, un climat propice aux affaires, des programmes de formation appropris, la mise niveau de la technologie et la capacit dinnover, et une bonne infrastructure, tant en matire de TIC que dans des secteurs conventionnels tels que le transport. Pour maximiser les gains de croissance, les secteurs doivent tre en bonne position sur les chaines de valeurs internationales, mais aussi en mesure de tirer pleinement profit des avantages comparatifs offerts par les ressources naturelles ainsi que par des conditions et des comptences mises en place. Les histoires succs, comme celles des textiles en Tunisie et des TIC en Jordanie sont des exemples suivre. Les divers plans sectoriels du Maroc peuvent galement servir de cadre pour la mise en uvre grande chelle de l'conomie de la connaissance susceptible d'inspirer d'autres pays. DVELOPPER DES SITES ET LOCALITS DYNAMIQUES Les conomies modernes se dveloppent autour de sites dynamiques dans lesquels des personnes talentueuses et entreprenantes se ctoient et ctoient des employeurs, des manageurs, et des financiers. Les gouvernements s'efforcent de crer ces sites sous forme de parcs scientifiques et technologiques, souvent situs dans les zones conomiques spciales qui font l'objet de rglementations et de politiques fiscales exceptionnelles. Ce type de sites parrains par le gouvernement a prolifr dans le monde arabe, qui dispose d'ores et dj de quelques 50 parcs technologiques. Il s'agit maintenant de s'assurer que ces sites oprent de faon efficace et productive, que la coopration entreprises-universits opre activement et que les entrepreneurs sont en mesure de trouver les rseaux et autres soutiens qu'il leur faut, ceux-ci tant indispensables pour la formation de ples comptitifs. Une valuation rigoureuse des efforts entrepris ce jour dans le monde arabe permettra de tirer les 8 enseignements procdant des histoires succs et, partant, de s'assurer que les mesures mises en place pour grer ces sites sont efficaces. La connaissance et l'innovation peuvent tre utiles pour la diversification des activits conomiques en milieu rural. Le dveloppement des zones rurales exige des investissements dans l'infrastructure, l'organisation des coopratives de producteurs, la formation technique et de gestion et, ventuellement, la formation de ples (dans des industries agroalimentaires, par exemple) qui rassembleront en un mme endroit les installations et infrastructure de recherche et dveloppement, la fabrication, la commercialisation et la logistique, autant de facteurs qui permettront aux producteurs ruraux de progresser dans la chane de valeurs. DES POLITIQUES PARTICIPATIVES COMME APPLICATIONS D'UN NOUVEAU CONTRAT SOCIAL La manire dont les stratgies de dveloppement ax sur la connaissance sont mises en uvre est dterminante pour leur succs. Les actions bien conues peuvent instaurer la confiance mutuelle, celle-ci tant souvent dsigne comme le cinquime pilier de l'conomie de la connaissance. La transition vers l'conomie de la connaissance et de l'innovation dpend de la participation des gens tous les niveaux et strates de la socit. Cet agenda ne doit pas se confiner au seul gouvernement mais il doit, par contre, faire l'objet de consultations ainsi que de la participation des parties prenants, du secteur priv et de la socit civile, y compris les universitaires, les groupes de rflexion (think tanks) et, en particulier, les mdias. En d'autres termes, l'action doit s'articuler autour des quatre piliers dans une combinaison de rformes suscites au sommet de lEtat et des initiatives venues de la base, taye par une bonne communication. L'closion des nergies engendre de nouvelles activits conomiques qui ont le potentiel, d'une part de gnrer richesse et emplois et, d'autre part, de pousser au premier rang les groupes de rformateurs, et autres agents de changement. La ncessit imprieuse de consolider ce processus vital de renouveau social dmontre l'importance des politiques de dcentralisation ou de dconcentration du pouvoir, l'exemple de celles adoptes rcemment par le Maroc. Les nergies productives, pour peu qu'elles soient encourages, peuvent induire une dynamique propice au changement dans l'ensemble de la socit, tout en crant une masse critique de nouvelles initiatives. Ces facteurs peuvent, par leur synergie, rendre le climat encore plus propice aux rformes. La multiplication des sites et secteurs dynamiques gnrateurs de nouvelles activits et emplois est susceptible d'orienter l'conomie vers un nouveau mode - un mode de croissance mme de dclencher un cycle vertueux de changement et de renouveau. Parmi les agents susceptibles de catalyser ces changements, il convient de citer les membres de la Diaspora, en particulier ceux dots de qualifications de niveau suprieur (scientifique, entrepreneuriale, etc.), qui ont une fonction cl jouer en apportant leur soutien commercial, financier et technique. Le Liban en fournit une dmonstration convaincante. Les membres de la Diaspora peuvent galement contribuer au dbat national sur l'amlioration de la gouvernance, comme c'est le cas aujourd'hui en Algrie. 9 Le rle des mdias ne doit pas non plus tre nglig. Les chanes de tlvision couvrant la rgion arabe ont un important rle assumer en stimulant la fiert et l'intrt envers les innovations introduites dans les villes, les entreprises, les coles, et les laboratoires, quelles soient destines crer des emplois, amliorer les conditions de vie et prserver l'environnement. Les mdias sociaux constituent, par ailleurs, un outil trs puissant pour propager de telles informations, notamment parmi les jeunes. Il y a aussi la question cl du statut et du rle de la femme. La participation au monde moderne et l'engagement actif dans l'conomie de la connaissance exigent les talents du pays tout entier. Dans quelques uns des pays de la rgion, le niveau ducatif des femmes est suprieur celui des hommes. Aussi leur libre entre dans la population active ne peut-elle que bnficier l'conomie de chaque pays du monde arabe, tout en rehaussant le statut des femmes dans la vie conomique et dans la socit en gnral. Enfin il serait aussi appropri qu'efficace qu'un lien soit tabli entre le nouveau modle de dveloppement bas sur la connaissance et l'innovation et les principes les plus profonds de l'Islam, dont le Livre Sacr comporte de nombreux passages qui mettent l'accent sur l'importance du savoir et la ncessit d'appliquer les connaissances pour le bien-tre de la socit. Renforcer la coopration au sein du monde arabe et dans le Bassin mditerranen Une stratgie de dveloppement axe sur la connaissance tire profit de la rduction spectaculaire du cot de partage et d'change des biens et services, de la finance et de l'information. Mais pour exploiter pleinement ces avantages, les pays arabes doivent s'engager davantage dans l'intgration rgionale et la coopration internationale. En effet, l'intgration conomique peut tre, grce l'investissement commercial direct et tranger accru, la mieux indique pour susciter une croissance conomique plus durable dans les pays de la rgion assortie d'un taux de cration demplois plus lev. L'absence d'un march unique freine les changes commerciaux dans la rgion, dont le taux est triplement infrieur celui des pays asiatiques en dveloppement. Ainsi tout effort vers l'intgration commerciale, quelque petit qu'il soit, serait bnfique. S'agissant de l'enseignement, de la recherche et de l'innovation, les programmes communs labors sur le modle de l'Agenda de Lisbonne, lanc par l'Union europenne, permettraient aux pays arabes de renforcer et de constituer plus facilement des masses critiques ncessaires de ressources, talents et marchs. En matire d'infrastructure, les projets coopratifs de grande envergure dans les domaines de l'eau, des transports, etc. devraient permettre l'introduction des innovations tout en gnrant de nombreux emplois. L'intgration au sein du bassin mditerranen apporte des avantages considrables aux pays des rives Sud et Est, tout en multipliant les possibilits de croissance du march et d'emploi dans le Nord. Plusieurs projets ambitieux ont dj t mis en route, comme le projet Desertec 10 pour l'nergie solaire, et d'autres initiatives intressantes sont dvelopper. Il serait dont utile que les gouvernements europens et arabes accordent leur attention ces initiatives. La consolidation des rseaux rgionaux d'universitaires, d'entrepreneurs, de financiers, des responsables municipaux, etc., offre de nombreuses perspectives ; de tels rseaux sont, en effet, l'origine d'un ventail d'initiatives prometteuses, sous forme de programmes de R&D en coopration, d'enseignement, et autres. La coopration euro-mditerranenne est particulirement importante pour soutenir la modernisation de l'enseignement suprieur dans le monde arabe. Certains pays, tels le Maroc, la Tunisie, l'Algrie, le Liban et l'Egypte ont adopt l'chelle des diplmes LMD (Licence-Matrise-Doctorat) autour desquels les programmes universitaires et diplmes europens ont t standardiss. Sur le plan des recherches universitaires, les plateformes R&D multinationales servant des objectifs communs avec l'appui financier de l'UE se sont rvles trs utiles, tout comme les programmes internationaux bnficiant de fonds octroys par les pays arabes. Ces programmes ont t particulirement utiles pour la promotion de projets innovateurs impliquant la recherche, les ppinires technologiques et le capital-risque. Les efforts rgionaux en matire de TIC contribuent galement au renforcement de la coopration et du dveloppement de l'infrastructure de tlcommunications. Les organisations rgionales et internationales ont galement un rle jouer. A titre d'exemple, l'Union europenne, la Banque europenne d'investissement, la Banque mondiale, et le Programme des Nations unies pour le dveloppement (PNUD), ont un rle capital jouer en acclrant la mise en uvre des stratgies de dveloppement axes sur la connaissance dans les pays arabes, mais aussi dans le processus d'intgration dans la zone mditerranenne. Sur ce mme registre, les organisations rgionales, telles que la Banque islamique de dveloppement (BID), l'Organisation islamique pour l'ducation, les sciences et la culture (ISESCO), et la Banque africaine de dveloppement (BAD) peuvent intervenir pour faciliter l'avancement des stratgies conomiques axes sur la connaissance dans la rgion. Aller de l'avant : Une diversit de pays aux atouts varis Comme le montre ce rapport, le monde arabe se distingue par sa grande diversit et de grandes diffrences entre pays. Les uns sont riches grce leurs ressources de ptrole et de gaz, d'autres pauvres en ces ressources, et d'autres encore confronts des conflits politiques, voire mme la guerre civile. Ils diffrent aussi dans le niveau et le rythme de leur engagement avec un modle de croissance base sur la connaissance et l'innovation. D'aucuns ont adopt des solutions originales qui, associs aux expriences d'autres pays travers le monde, peuvent servir d'exemple leurs voisins. Il appartient chaque pays de trouver la combinaison de mesures qui leur sont le mieux adaptes, en s'inspirant de ce que les autres ont accompli, qu'il s'agisse de pays du monde arabe ou d'ailleurs. 11 Les pays mditerranens arabes qui manquent de ressources ptrolires doivent exploiter au mieux les atouts dont ils disposent. Dans ce cas de figure, le mieux est de procder fermement la rforme de leurs institutions. Certains de ces pays, savoir la Jordanie, le Maroc et la Tunisie, ont d'importantes capacits qui leur ont dj permis de lancer des initiatives sectorielles ou rgionales bases sur l'conomie de la connaissance. Pour ces pays, il s'agit d'impulser, d'acclrer, ou de relancer des rformes dj entames, tout en s'assurant de l'efficacit des mesures prises pour favoriser l'innovation, la diversification, et la cration d'emplois, autant de facteurs cruciaux pour l'amlioration du climat gnral ncessaire aux rformes. Certains riches pays ptroliers, tels l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et le Qatar, ont ralis des investissements massifs inspirs par le modle d'conomie de la connaissance. Ces investissements - nouvelles universits et villes et services (mdias, finances, etc.) - contribuent ingalement la ralisation de lobjectif de diversification conomique, principalement vis. Mais il faut complter ces contributions par des mesures qui gnrent les emplois, fournissent la formation technique et encouragent la cration de nouvelles entreprises. Il est galement important que les riches pays ptroliers amliorent les capacits administratives et managriales de leurs ressortissants, de sorte que ces derniers puissent remplacer progressivement les nombreux expatris amens au cours de la dernire dcennie pour occuper des positions cl. S'agissant des pays secous par les conflits politiques et militaires, il sera probablement ncessaire d'attendre le rtablissement de la paix avant de tenter la mise en application de nouvelles politiques conomiques importantes. Mais il ne faut cependant pas ngliger les potentialits des comptences acadmiques, scientifiques et entrepreneuriales qui ont survcu les troubles environnants. Les projets de reconstruction et les investissements en infrastructure offrent maintes opportunits futures de croissance, d'innovation et de travail (y compris des emplois hautement qualifis) qu'il ne faut pas ngliger. Un dernier mot La prsente tude a fait un tat des lieux dans le monde arabe en matire d'conomie de la connaissance, un concept susceptible de conduire la croissance et au dveloppement socioconomique. Les vnements suscits par le Printemps arabe offrent des possibilits de changement que les pays de la rgion doivent saisir pour ragir efficacement. Mais la dtermination du moment propice exige une tude bien rflchie, pragmatique et adapte aux circonstances propres chaque pays. En effet, la situation actuelle interpelle la constitution d'une coalition rgionale de rformateurs - des individus et des groupes prts transcender les divisions hrites au sein des pays et entre eux, et dont l'histoire est marque par les divergences et les conflits. Les peuples arabes se sentent membres d'une communaut, l'Umma, sentiment qui devrait favoriser la coopration mutuelle. L'conomie de la connaissance fait par ailleurs cho avec la prminence historique de la connaissance et de la science dans la culture arabe et dans l'Islam. Le monde arabe possde le potentiel de se remettre sur la voie de l'panouissement social et culturel qu'il avait emprunte il y a dix sicles, pendant son ge d'or, pour peu qu'il veuille relever le dfi du renouvellement politique qui a rsonn dans toute la rgion. * * * 12 ORGANISATION DU RAPPORT Le prsent rapport se compose de trois parties et comprend trois annexes. La Premire partie traites les trois questions fondamentales : (i) Pourquoi se convertir une conomie axe sur la connaissance et linnovation (chapitre 1) ? (ii) Quels efforts faire pour cette conversion (chapitre 2) ? et (iii) Comment raliser cette transition (chapitre 3) ? La Deuxime partie traite des politiques qui fondent cette nouvelle stratgie de dveloppement : celles lies au rgime conomique et de gouvernance dans son ensemble (chapitre 4), l'ducation (chapitre 5), l'innovation (chapitre 6), et aux TIC (chapitre 7). La Troisime partie examine les secteurs porteurs de croissance (chapitre 8) et la gestion du dveloppement local et rgional (chapitre 9), en tant qu'lments cls de la diversification conomique fonde sur la connaissance et linnovation. L'Annexe 1 fournit un examen documentaire du rapport existant entre l'conomie de la connaissance, la croissance et l'emploi et dveloppe une approche mthodologique visant relier l'conomie de la connaissance la cration d'emplois dans la rgion de MENA. L'Annexe 2 donne un aperu sur des expriences menes dans diffrents pays travers le monde en matire de stratgies de dveloppement bas sur la connaissance. L'Annexe 3 discute des mesures prendre en matire d'conomie de la connaissance dans diffrents pays arabes, et adaptes aux circonstances particulires des pays concerns. 13 INTRODUCTION Nous savons que la source de richesse est quelque chose de spcifiquement humain : la connaissance. Si elle est applique aux tches que nous savons dj faire, nous l'appelons "productivit" Si elle est applique aux tches qui sont nouvelles et diffrentes, nous l'appelons "innovation". Mais seule la connaissance nous permet d'atteindre ces deux buts. Peter Drucker, Managing for the Future, 1992 Pourquoi la connaissance est-elle importante ? Une conomie axe sur la connaissance acquiert, cre, diffuse, et emploie la connaissance pour consolider sa croissance et son dveloppement. La connaissance et l'innovation ont de tout temps jou un rle crucial dans le dveloppement conomique et social. Mais si la mondialisation et la rvolution technologique de ces dernires dcennies ont fait de la connaissance le moteur principal de la comptitivit, elles ont aussi redessin en profondeur les modles de croissance et d'activits conomiques dans le monde. Dans un monde qui s'appuie aujourd'hui davantage sur la connaissance, de plus en plus les pays adoptent des politiques lies la connaissance et l'innovation pour stimuler la croissance et la comptitivit. Ces pays progressent dans la chaine de valeur mondiale et s'attellent largir et approfondir les lignes de produits et services qu'ils offrent, tout en intensifiant leur participation au commerce international. L'investissement dans l'conomie de la connaissance quivaut l'investissement dans des stratgies destines produire d'importants changements dans la manire dont un pays peut se dvelopper. La crise conomique et financire mondiale qui affecte l'conomie mondiale depuis 2008 accentue le besoin d'exploiter la connaissance et l'innovation afin de mieux ragir en fonction des ncessits. La connaissance, la productivit et l'innovation exercent une grande influence sur la comptitivit, la croissance conomique, et le dveloppement. Depuis l'mergence de la thorie conomique classique au XVIIIme sicle, les conomistes se sont attachs dterminer les sources de croissance conomique, allant de l'examen d'Adam Smith relative la division du travail dans son The Wealth of Nations (la richesse des nations) jusqu' l'analyse de Joseph Schumpeter sur l'importance de l'innovation dans le capitalisme, au milieu du XXme sicle. Aprs la deuxime guerre mondiale, Robert Solow a avanc une approche (1956) proposant un cadre analytique unifi, en vertu duquel la croissance conomique est dtermine, en dfinitive, par des facteurs extra-conomiques et exognes, tels que le progrs technologique. Le besoin de mesurer l'importance du progrs technologique pour la croissance durable, y compris les investissements connexes dans des secteurs tels que l'enseignement, a stimul l'mergence de nouvelles thories de croissance dans lesquelles le progrs technologique est dtermin de manire endogne. L'impact des investissements lis l'conomie de la connaissance est en gros mesur par la productivit totale des facteurs (PTF), 14 qui reprsente la croissance conomique induite par des facteurs autres que l'augmentation de la main d'uvre et des capitaux. L'conomie de la connaissance ne concerne pas simplement la technologie de l'information et de la communication (TIC) ou des industries de haute technologie. Elle diffre des notions de socit de l'information et d'conomie axe sur l'innovation (Encadr I.1). Car contrairement ces dernires, l'approche d'conomie de la connaissance doit tre considre comme la base d'une stratgie de dveloppement, avec la connaissance comme outil puissant qui permet, d'une part d'accroitre la productivit et l'innovation dans tous les secteurs de l'conomie et, d'autre part, dvelopper les activits conomiques concurrentielles et durables. Dans cette perspective globale, elles devront permettent aux pays de diversifier leurs conomies, dans le processus de cration de nouvelles entreprises et de nouveaux emplois. En dfinitive, l'approche d'conomie de la connaissance traite du dveloppement conomique en tant que processus permettant de gnrer et d'exploiter la connaissance approprie et de mettre cette connaissance en uvre pour gnrer encore plus de croissance. Cette approche met l'accent sur le renforcement des moteurs de la croissance, c'est--dire amliorer la qualit du capital humain et physique et, en particulier, accrotre la productivit totale des facteurs (PTF). Selon Yusuf (2011), la riche littrature empirique sur la croissance prouve que pour les pays faible et moyen revenu, le capital est le dterminant majeur de la croissance, le travail et la PTF tranant loin derrire.1 Pour les pays revenu moyen-suprieur et lev, les gains en PTF favorisent davantage leur croissance et, cet gard, les chercheurs sont unanimes que, plus long terme, la croissance s'avrera une fonction de la PTF. Un dveloppement russi repose non simplement sur un environnement externe favorable et les bonnes politiques, mais aussi sur une dynamique politique interne qui soutient le dveloppement. Mme les tats faibles peuvent se dvelopper si les politiques sont propices et le secteur des affaires est puissamment motiv. Afin de rester comptitif dans l'conomie mondiale du XXIme sicle, il sera de plus en plus important d'investir dans la connaissance de haute qualit (par opposition aux capitaux traditionnels), afin d'accroitre l'efficacit conomique de l'ensemble des secteurs du pays. La Figure I.1 illustre la puissance des liens existant entre la connaissance et la croissance. Singapour et la Finlande, deux petits pays relativement pauvres en matire de ressources, ont connu une forte croissance entre 1990 et 2007, et ce, grce une stratgie de croissance long terme base sur le capital humain et la technologie, et qui a fait l'objet d'un vaste soutien politique. Ces dveloppements ont permis aux trois pays de mettre en place un systme efficace de rseau d'enseignement et d'innovation l'chelle mondiale qui a produit des comptences de haute qualit. Ils leur ont permis galement d'tablir les institutions ncessaires pour coordonner le fonctionnement d'un tel systme (Yusuf et Nabeshima 2012). 1 Selon Yusuf (2011), la PTF a longtemps t un fourre-tout pour d'autres facteurs et qu'il est difficile d'en mesurer ou valuer des diffrentes contributions. Sur une longue liste, seuls six facteurs se sont avrs plus favorables l'action politique : le capital humain diversement mesur, et sa qualit ; la capacit technologique et l'innovation ; les comptences en matire de gestion ; l'efficacit organisationnelle ; les institutions ayant une incidence sur les incitatifs, la concurrence, l'efficacit d'allocation et la gouvernance ; et les caractristiques de l'urbanisation. En gnral, tous les six affectent la production et la valorisation de la connaissance, l'allocation des ressources et l'utilisation productive. 15 Figure I.1. Strong links between knowledge and growth Une liaison forte entre connaissance et croissance Source : Calculs des auteurs. N.B. : L'Indice conomique de connaissance (KEI) mesure l'tat gnral de prparation d'un pays ou d'une rgion pour l'conomie de la connaissance. Il est fond sur la moyenne de tous les scores normaliss attribus aux quatre piliers de l'conomie de la connaissance, savoir, le rgime conomique et institutionnel, l'enseignement, l'innovation et les TIC. www.worldbank.org/kam. La croissance rapide et soutenue n'est pas un miracle - les pays en dveloppement peuvent y parvenir avec des dmarches appropries. La Commission sur la croissance et dveloppement (2008), un groupe de haut niveau prside par le Prix Nobel Michael Spence, a examin 13 des conomies mondiales ayant ralis des taux de croissance moyens annuels d'au moins 7 pour cent pendant 25 annes ou plus dans la priode suivant la Deuxime Guerre mondiale. Ces pays croissance rapide ont tir profit de la connaissance et de l'innovation de deux faons. Primo, ils ont import les ides, la technologie et le savoir-faire du reste du monde. Secundo, ils ont exploit la demande mondiale, qui offrait un vaste march lastique pour leurs produits. L'apport de nouvelles connaissances a considrablement augment le potentiel de productivit conomique, tandis que le march mondial fournissait la demande ncessaire son absorption. En termes simples, "ils ont import ce que le reste du monde savait et export ce qu'il voulait.2 2 Pendant la priode suivant la Deuxime Guerre mondiale, 13 des conomies mondiales ont ralis une croissance annuelle moyenne au moins de 7 pour cent pour 25 annes ou plus - Botswana ; Brsil ; Chine ; Hong Kong ; Indonsie ; Japon ; Rpublique de Core ; Malaisie ; Malte ; Oman ; Singapour ; Tawan ; et Thalande (Commission sur la croissance et le dveloppement, 2008). Algrie Brsil Chine Egypte, Rp. Arabe Ethiopie Finland Allemagne Ghana Indie Indonsie Ireland Jordanie Core, Rp. Liban Pologne Fdration de Russie Singapour Slovnie Afrique du Sud Soudan Thailande Tunisie Royaume Uni Etats Unis Ymen, Rp. R = 0.0355 01000020000300004000050000600000 50 100 150 200 250 16 ENCADR I.1. Qu'y a-t-il dans un terme ? L'conomie axe sur la connaissance en contraste avec la socit de l'information et la socit base sur l'innovation L'CONOMIE AXE SUR LA CONNAISSANCE En 1996, l'Organisation de coopration et de dveloppement conomiques a dclar que "les conomies de l'OCDE sont de plus en plus bases sur la connaissance et l'information. La connaissance est dsormais reconnue comme le catalyseur de la productivit et de la croissance conomique, l'attention tant focalise sur le rle que l'information, la technologie et l'enseignement assument en matire de performance conomique. Le terme "conomie base sur la connaissance" procde de la reconnaissance largie de la place que la connaissance et la technologie occupe dans les conomies modernes de l'OCDE." En 2005, l'OCDE a soulign que "l'conomie base sur la connaissance" dcrit les tendances des conomies avances vers une plus grande dpendance sur la connaissance, l'information, les comptences et la ncessit croissante que le monde des affaires et le gouvernement puissent y accder facilement. LA SOCIT DE L'INFORMATION L encore, selon l'OCDE (1966), la codification croissante de la connaissance et de sa transmission au moyen des communications et des rseaux informatiques a donn naissance la "socit de l'information." Comme l'a reconnu le Sommet mondial sur la Socit de l'information de 2005, organis Tunis par l'Union internationale des tlcommunications, la rvolution numrique dans la technologie de l'information et de la communication a cr une plate-forme pour la libre circulation de l'information, des ides et de la connaissance travers le monde. L'Internet est devenu une importante ressource mondiale et un outil commercial et social incontournable tant pour les pays avancs que les pays en dveloppement, ainsi qu'un passeport pour la participation politique quitable et le dveloppement conomique, social et ducationnel. Au sommet 2003, Genve, les dirigeants mondiaux ont fait part en substance de leur aspiration et leur engagement communs mettre en place une socit de l'information axe sur les gens, non discriminatoire et centre sur le dveloppement, o chacun peut partager l'information et le savoir, permettant ainsi aux individus, communauts et peuples d'exploiter tout leur potentiel en favorisant leur dveloppement durable et en amliorant leur qualit de vie. UNE CONOMIE BASE SUR L'INNOVATION Selon la Stratgie de l'OCDE pour l'innovation (2010), la recherche de nouvelles sources de croissance sinscrit dans une priode o de nombreux pays sont confronts la stagnation ou au dclin dmographique et des rendements dcroissants du facteur travail et des investissements dans le capital physique. long terme, le ralentissement de la croissance dmographique exclut ou, tout au moins, limite la promesse d'une stratgie de croissance base sur le travail moindre cot. L'innovation, qui implique l'introduction d'un nouveau 17 produit, processus ou mthode, ou son amlioration, sera de plus en plus sollicite pour stimuler la croissance et l'emploi et pour amliorer le niveau de vie. Il en va de mme pour les conomies mergentes pour lesquelles l'innovation contribue amliorer la comptitivit, diversifier leur conomie et s'engager dans des activits plus grande valeur ajoute. Les nombreux facteurs dterminants de la comptitivit interagissent de faon complexe. L'indice de la comptitivit mondiale du Forum conomique mondial, dont les rsultats sont publis annuellement, tient galement compte du fait que les diffrentes dimensions de la comptitivit ne sont pas d'importance gale pour tous les pays. En effet les produits et services d'un pays doivent devenir de plus en plus sophistiqus, en fonction de son dveloppement conomique, afin de maintenir une hausse constante de la productivit, sans laquelle le niveau des salaires ne peut tre augment. Aussi l'indice applique-t-il diffrents schmas de pondration, selon le niveau de dveloppement du pays. Les conomies sont regroupes en trois tapes de dveloppement : l'tape base sur les facteurs, l'tape axe sur l'efficacit, et l'tape base sur l'innovation, en fonction de leur PIB par habitant et l'importance des ressources naturelles dont leur conomie dispose. aSource : OCDE 1996, 2005, 2010 ; Forum conomique mondial et OCDE 2011. L'extrait sur la socit de l'information s'inspire largement des rapports des Sommets mondiaux de 2003 et 2005 sur la Socit de l'information (www.itu.int/wsis/basic/faqs.asp). a. Les variables cl de chaque tape de dveloppement sont dcrits au chapitre 2, note 5 de bas de page. Transformation des conomies arabes : La voie de la connaissance et de l'innovation Ce rapport est conu pour aider les pays arabes adopter, d'une manire compatible avec leurs prfrences et circonstances (Encadr I.2), le paradigme de la croissance conomique axe sur la connaissance et l'innovation, qui a pris racine dans le monde tout entier. Ce paradigme conviendrait naturellement, un gard au moins, au monde arabe, dont la prminence mondiale en matire de science et de technologie pendant l'poque mdivale fait la fiert de la culture arabe. En faisant l'cho de ces ralisations, la nouvelle conomie de la connaissance constituera une renaissance pour la rgion. 18 ENCADR I.2. Regroupement des pays du monde arabe La prsente tude couvre tous les pays arabes, l'exception des Comores, de la Mauritanie, de la Somalie, et du Soudan. Il est fait souvent rfrence au Moyen-Orient et l'Afrique du Nord (MENA) comme zone gographique. L'Iran, Isral, et Malte ne sont pas couvert par cette tude, n'tant pas des pays arabes. L'valuation des dfis conomiques qui se posent la rgion arabe doit, pour tre utile, tenir compte de la grande diversit de la rgion. Cette diversit est telle qu'elle peut tre segmente de multiples faons. Les pays MENA se distinguent cependant par deux caractristiques, savoir, la distribution des ressources ptrolires et la taille des populations autochtones. Selon ces deux facteurs, les pays MENA peuvent tre classs en trois groupes majeurs, savoir : Les pays riches en ressources ayant une main-d'uvre abondante. Il s'agit de pays producteurs et exportateurs de ptrole et de gaz, ayant une forte population autochtone dont se compose la grande majorit des rsidents. Ce groupe de pays comprend l'Algrie, l'Irak, la Syrie, et le Ymen Les pays riches en ressources mais importateurs de main d'uvre. Ce sont des pays producteurs et exportateurs de ptrole et de gaz et dont les rsidents trangers ou expatris reprsentent un pourcentage significatif (voire mme la majorit) de la population totale. Ce groupe de pays comprend les Etats membres du Conseil de Coopration du Golfe (GCC) - Bahren, Kowet, Oman, Qatar, Arabie saoudite et les Emirats arabe unie - auxquels s'ajoute la Libye. Les pays pauvres en ressources qui sont des importateurs nets de ptrole et de gaz. Ces pays comprennent Djibouti, l'Egypte, la Jordanie, le Liban, la Mauritanie, le Maroc, la Tunisie, et la Cisjordanie et Gaza. Source : Forum conomique mondiale et OCDE 2011. a. Pour la Banque mondiale, la rgion MENA se compose des pays suivants : Algrie, Bahren, Djibouti, Egypte, Iran, Irak, Isral, Jordanie, Kowet, Liban, Libye, Malte, Maroc, Oman, Qatar, Arabie saoudite, Syrie, Tunisie, Emirats Arabes Unis, Cisjordanie et Gaza, et Ymen Les vnements rcents, dclenchs par le Printemps arabe, ont dmontr que les pays du monde arabe doivent imprativement s'engagent dans un dveloppement continu, plus large et exhaustif. La mauvaise gouvernance a, pendant longtemps, frein le changement dans la rgion. Le secteur priv tait entrav par des privilges contraignants, des restrictions la concurrence, la rigidit bureaucratique et la corruption. Mais bien que de nombreux pays de la rgion aient atteint un niveau relativement lev sur le plan de l'enseignement, ils doivent relever le dfi de fournir des emplois plus nombreux et de meilleure qualit pour cette immense cohorte de femmes et d'hommes duqus. Les femmes 19 s'attendent une rattribution des priorits dans les agendas nationaux en matire de genre et qu'elles ne constituent plus une ressource humaine inexploite. Or le potentiel de croissance, de justice sociale et de cohsion de la rgion est norme, pour peu que les aspirations et les forces cratives de la jeunesse arabe soient mises profit. Pendant la dernire dcennie, la croissance annuelle du monde arabe dpassait les 4 pour cent (Figure I.2). Cette amlioration dans la performance est, en grande partie, due une meilleure gestion macroconomique et une augmentation constante des prix des produits de base. Bon nombre de pays ont rduit les barrires aux changes commerciaux et supprim certains goulets d'tranglement lis l'investissement du secteur priv. Et bien qu'il reste encore faire dans tous ces secteurs, les pays qui ont mis de l'ordre dans leur conomie ont trouv leur rcompense dans une croissance robuste. Il convient de noter, cependant, que le modle de dveloppement gnral de la rgion demeure li aux hydrocarbures et d'autres secteurs forte intensit de capital. Figure I.2. CROISSANCE ROBUSTE DANS LE MONDE ARABE, 19982011 Source : Banque mondiale 2011. Mais la croissance conomique robuste de la rgion n'a pas pour autant rduit le chmage. Le chmage dans la rgion MENA est lev et touche principalement la jeunesse (Figure I.3). Les taux de chmage des jeunes varient sensiblement d'un pays l'autre dans la rgion, allant de 18 pour cent 43 pour cent. Le taux moyen de chmage pour les Arabes de 18-25ans est de 25 pour cent, contre une moyenne mondiale d'environ 11 pour cent (Figure I.4). Au niveau des jeunes femmes, les niveaux de chmage sont encore plus levs (valus 40 pour cent en Egypte et en Jordanie). Le cot d'opportunit direct du chmage des jeunes dans le monde arabe est estim quelque 50 milliards de dollars par an (Zoellick 2011). -4-20246819981999200020012002200320042005200620072008200920102011Monde arabeAsie de l'Est & Pacifique(tous niveaux derevenus)Amrique latine &Carabes (tous niveauxde revenus)Monde 20 La cration d'emplois dans la rgion n'a pas suivi le rythme de croissance de la main-d'uvre, pas plus qu'elle ne rpond aux besoins et aux aspirations des jeunes des pays MENA.3 On estime plus de 10 millions le nombre de jeunes accdant annuellement au march de l'emploi, dont un nombre croissant de femmes, mais seule une petite partie peut esprer prsent trouver un emploi formel. Pour les accueillir, il faut crer quelque 40 millions d'emplois pendant la prochaine dcennie (chiffre I.5). Mais il faut que ces emplois soient non seulement plus abondants, mais aussi de meilleure qualit - qualifis souvent d'emplois dcents, emplois mieux pays ou emplois meilleure valeur ajoute. Ce phnomne dmographique prsente un dfi sans prcdent. En effet, au Moyen-Orient peu de questions mritent plus d'attention que celle, pressante, de l'emploi des jeunes. Figure I.3. Le chmage dans la rgion MENA par groupe d'ge Source : Banque mondiale ( venir, 2012). Figure I.4. Le chmage des jeunes par rgion Source : Banque mondiale ( venir, 2012). La rgion doit lancer son propre miracle de l'emploi. Les pays MENA qui sont l'afft des miracles en matire d'emploi, dfinis par la Banque mondiale (2012) comme rductions importantes et soutenues du chmage, doivent investir dans la gestion macroconomique prudente, la rglementation commerciale adapte et la bonne gouvernance, associes une amlioration des cadres de rglementation et de leur application.4 En outre, il importe de 3 La rgion MENA est majoritairement jeune. Actuellement, plus de 100 millions de personnes ges de 15 29 ans vivent au Moyen Orient, soit 30 pour cent de la population de la rgion et environ 47 pour cent de la population en ge de travailler (Wrigley 2010). 4 Quoique les miracles de l'emploi ne soient pas communs dans la rgion MENA, ils se produisent cependant assez frquemment dans le monde. L'Algrie et le Maroc sont les deux seuls pays MENA qui ont connu les miracles de l'emploi au cours des trois dernires dcennies, enregistrant de grandes rductions au niveau du chmage assorties d'une acclration de la croissance et d'une rglementation plus flexible. 0.00 10.00 20.00 30.00 40.00WBG 08EAU 09 NatEAU 09Irak 07Egypte 98Jordanie 10Egypte 06Maroc 09Tunisie 10Liban 1055-6435-5425-3415-240510152025302006 2007 2007 2008 2009 2010 2011Moyen OrientAfrique du NordEurope et Asie CentraleSud-est asiatiqueAmrique latineOCDEAfrique subsaharienneMondeAsie du SudAsie de l'Est 21 s'attaquer au problme de l'emploi informel, car les travailleurs informels dans la plupart des pays MENA occupent des emplois de faible productivit (Gatti et d'autres 2011).5 Les vnements rcents ont dmontr que l'ampleur du changement dpendra en grande partie de la manire dont l'approche d'conomie de la connaissance s'implantera dans toute la rgion. La cration d'emplois dans le monde arabe ncessite aujourd'hui, et plus que jamais, un investissement accru dans les secteurs lis la connaissance, tout en mettant en relief la faon de dvelopper des conomies comptitives, productives et durables. Au fur et mesure de leur dveloppement, les conomies pourraient bien changer sur le plan structurel - passant de l'agriculture et de la fabrication des services plus sophistiqus et forte intensit de connaissances, reprsentant une part croissante des emplois dans le monde.6 D'autre part, une participation accrue au commerce contribuera sans aucun doute la modernisation, la diversification, et l'emploi conomiques, car elle offre des opportunits de croissance, d'investissement et d'innovation - dans la rgion, ainsi qu'avec l'Europe et le reste de monde - et aide les pays monter dans la chaine mondiale de valeurs. En tant que rgion jouxtant l'Europe, MENA peut galement tirer les enseignements de presque deux dcennies de croissance conomique en Europe et en Asie centrale. 5 Certaines conomies MENA sont parmi les plus informelles du monde. Il est donc ncessaire d'laborer une srie de politiques - se rapportant aux rglements du travail relatifs la promotion de la mobilit de la main d'uvre, soutien aux travailleurs en priodes de transition et une productivit accrue grce la formation et au perfectionnement professionnel - en vue de lever les barrires et susciter la cration d'emplois de haute qualit dans le secteur formel. 6 Le secteur des services a fourni la majeure partie des emplois dans le monde en 2006 (soit 40 pour cent du PIB mondial), l'agriculture reprsentant 38,7 pour cent et l'industrie 21,3 pour cent. Les services ont dpass en 2006l'agriculture pour la premire fois dans l'histoire. Environ 22 millions d'emplois du secteur manufacturier ont disparu dans le monde entre 1995 2002, la Chine elle-mme perdant prs de 15 millions de ces emplois. Ainsi, le besoin de s'intresser l'innovation en termes de services n'a jamais t aussi important (Banque mondiale 2010) 22 Figure I.5. MENA : Une rgion riche en main d'uvre Dficit ou excdent prvu de la population active en 2020 (en millions) N.B. : L'excdent ventuel est calcul en maintenant constant le ratio de la population active (groupe d'ge 15-59) par rapport la population totale. Source : Base de donnes internationale du Bureau de recensement des USA, Analyse BCG Ce processus dynamique de cration de la connaissance et de la richesse offre de grandes possibilits l'ensemble des pays de la rgion pour renforcer leur croissance et leur comptitivit moyen et long terme. La plupart des pays importateurs de ptrole (pauvres en ressource) de la rgion sont des pays revenu moyen qui ont ralis l'enseignement universel de base et sont en bonne voie pour parvenir une croissance plus rapide ; ils peuvent s'appuyer sur cet atout tout en exploitant les opportunits intrinsques la diversification conomique. Les exportateurs de ptrole (pays riches en ressources) s'efforcent de passer de l'conomie base sur le ptrole celle axe sur la connaissance, transition susceptible d'offrir leurs jeunes populations d'intressantes possibilits d'emploi et subvenir leurs besoins lorsque leurs rserves de combustible fossile seront puises. Pour russir leur transition vers une nouvelle stratgie de dveloppement base sur la connaissance et l'innovation, les pays de la rgion doivent agir de concert sur lquatre piliers majeurs. Les pays devront revoir leurs stratgies et politiques de dveloppement national et adopter une approche plus globale, en commenant par le cadre quatre piliers de l'conomie de la connaissance, ainsi qu'il est dfini dans le tableau I.1. La transition vers une conomie base sur la connaissance exige une action efficace - rformes, investissements et coordination - portant sur l'ensemble de ces quatre domaines. L'Encadr I.3 met en lumire la Projected deficit / surplus of working population in 2020 (millions)Note: Potential surplus is calculated keeping the ratio of working population (age group 15 59) to total population constantSource: U.S. Bureau of the Census International Data Base; BCG Analysis47India19735 3 BangladeshPakistanIranBrazilMexicoPhilippines54Vietnam2Turkey5Indonesia1Malaysia0IrelandIsraelIraq245MENA-10China-6Russia-1CzechRepublic-17U.S.-2U.K. -2Italy-3France-9 Japan97Sub-SaharanAfrica 23 Mthodologie d'valuation de la connaissance, un outil d'valuation permettant de comparer l'tat de prparation d'un pays pour son adhsion l'conomie de la connaissance. TABLEAU I.1. Les quatre piliers de l'conomie de la connaissance RGIME CONOMIQUE ET INSTITUTIONNEL EDUCATION ET COMPTENCES SYSTME D'INNOVATION INFRASTRUCTURE D'INFORMATION ET DE COMMUNICATION Le systme conomique et institutionnel du pays doit offrir des incitatifs pour l'utilisation efficace de la connaissance existante, l'acquisition de nouvelles connaissances, et l'application de l'ensemble de ces connaissances l'activit conomique - afin d'amliorer la productivit, rehausser la qualit, innover et lancer de nouvelles entreprises. Ncessit de dispenser l'enseignement et les comptences ncessaires aux habitants du pays pour leur permettre de crer et partager la connaissance, et de l'exploiter correctement. Le systme d'information du pays entreprises, centres de recherche, universits, cellules de rflexion, consultants et autres instances doit tre en mesure d'exploiter les rserves croissantes de connaissances mondiales, de les assimiler et les adapter aux besoins locaux, et de crer la nouvelle technologie qui sous-tend le dveloppement de nouveaux produits et procds mme de soutenir la concurrence sur les marchs d'exportation et de rpondre aux besoins nationaux. Une infrastructure dynamique de l'information est ncessaire pour faciliter la communication, la diffusion et le traitement de l'information Les politiques spcifiques se rapportant aux quatre piliers doivent reflter le niveau de dveloppement atteint par les diffrents pays de la rgion MENA. Il est prfrable qu'elles soient progressives, plutt que d'adopter une approche "Big bang". Par ailleurs, compte tenu de leur diversit conomique, les pays de la rgion doivent exploiter le potentiel des divers secteurs - traditionnels et nouveaux - en tant que sources d'amlioration de la productivit, de croissance et de cration d'emplois. Il est important, d'autre part, de promouvoir les sources de diversification conomique par des actions cibles. Tout en poursuivant la mise en uvre des reformes travers le pays, les gouvernements peuvent galement utiliser l'approche quatre piliers de l'conomie de la connaissance pour promouvoir de nouveaux ou anciens secteurs grand potentiel de croissance, ainsi que des sites consacrs l'optimisation des capacits innovantes, telles que les technoples, groupes industriels, nouvelles villes et points dynamiques dans des secteurs 24 appauvris (Encadr I.4). Ces secteurs et sites peuvent devenir une source majeure de diversification conomique, d'amlioration de la productivit et de cration d'emplois. Il est essentiel que le secteur priv devienne le moteur principal de croissance et de cration d'emplois. En effet, le dynamisme de secteur priv reste relativement modeste quand bien mme d'importantes rformes conomiques aient t lances dans la rgion. Le processus de destruction crative, qui a entrain la modernisation technologique dans les conomies croissance rapide de l'Est asiatique et de l'Europe de l'Est, est rest jusqu' prsent limit dans le secteur priv des conomies de la rgion (Banque mondiale, venir, 2012). Il est donc important maintenant de lcher le potentiel inexploit du secteur priv, formel et informel, de dvelopper une culture de l'entreprenariat ancre dans le commerce et l'intgration. Un secteur priv plus dynamique dans des pays MENA contribuera galement une plus grande intgration conomique au sein de la rgion. Grce un environnement commercial favorable, de nouveaux entrepreneurs viendront rcolter les fruits du commerce et de l'investissement accrus dans la rgion - suscits davantage par des considrations d'ordre commercial que par des proccupations politiques (Banque mondiale 2009). L'innovation et l'esprit d'entreprise seront au cur du processus de changement (Andersson et Djeflat 2013). ENCADR I.3. Comment mesurer l'tat de prparation d'un pays l'conomie de la connaissance ? Le cadre des quatre piliers voqu prcdemment peut galement servir mesurer les efforts que les pays dploient en faveur de l'conomie mondiale de la connaissance et souligner les progrs raliss au fil du temps. La mthodologie d'valuation de la connaissance de la Banque mondiale (KAM, www.worldbank.org/kam) est un outil en ligne mondial qui fournit une premire valuation de l'tat de prparation des pays et des rgions pour l'adoption de l'conomie de la connaissance. Les efforts et les investissements dans l'conomie de la connaissance sont continus, et tous les pays fournissent des efforts similaires. Ils sont semblables au dbit ininterrompu d'une rivire, mais certains pays nagent plus vite que d'autres dans cette rivire. Le KAM tente justement de saisir ces diffrences de vitesse, en observant les pays d'une perspective mondiale et en mesurant leur progrs sur les quatre piliers et par des indices combins. Le KAM compare 146 pays sur la base de 148 variables structurelles et qualitatives qui servent d'indicateurs aux quatre piliers de l'conomie de la connaissance. La fiche de base se compose de trois variables principales qui servent d'indicateurs chacun des piliers dcrits dans le tableau 1. L'indice d'conomie de la connaissance (KEI) mesure l'tat de prparation gnral d'un pays ou d'une rgion pour l'adoption de l'conomie de la connaissance. Il est bas sur la moyenne de tous les scores normaliss obtenus sur les quatre piliers de l'conomie de la connaissance. La figure ci-dessous fournit un instantan des rsultats les plus rcents obtenus par les pays MENA sur les quatre piliers de l'conomie de la connaissance, compars deux autres rgions mondiales : l'Europe et l'Asie centrale, et l'Amrique latine et les Carabe. La figure 25 rvle que la rgion MENA peut, dans son ensemble, faire mieux pour tirer profit des avantages qu'offre la connaissance en vue de favoriser la croissance et la diversification conomique. La performance de l'conomie de la connaissance de la rgion dans une perspective comparative, 2012 Source : Mthodologie d'valuation de la connaissance de la Banque mondiale, www.worldbank.org/kam. 0510Qualit derglementationEtat de droitRedevances etreus ($US/pop.)S&E Articlesjournaux / Mil.PersonnesBrevets accordspar USPTO / Mil.personnesMoyenned'annes descolarisationTaux brutd'inscriptionsdans leTotal destlphones par1000 personnesOrdinateurs par1000 personnesUsagers del'Internet par1000 personnesMoyen Orient et Afrique N.Europe et Asie centraleAmrique latine 26 ENCADR I.4. Initiatives de diversification conomique SECTEURS DE CROISSANCE SITES D'INNOVATION Dvelopper de nouveaux secteurs, tels que le march des services informatique, les industries cratives, le tourisme de sant et les technologies vertes, en exploitant des crneaux spcifiques et les avantages comparatifs du pays. Amliorer les secteurs dj tablis, tels que les industries agroalimentaires et les produits ptrochimiques, en renforant les chanes de valeurs. Dvelopper des technopoles, des grappes industrielles et des zones conomiques dynamiques. Edifier de nouvelles cits et de points d'innovation mondiaux. Rduire les disparits territoriales dans un pays en tablissant une infrastructure de la connaissance, en amliorant le climat des affaires et en stimulant l'innovation dans les zones appauvries. La mise en place du nouveau type de stratgie de dveloppement et de ses diffrents piliers ncessite l'adoption d'un processus permettant d'instaurer la confiance dans le nouveau modle. Ce processus d'instauration de la confiance - souvent dsign dans ce rapport comme le cinquime pilier de l'conomie de la connaissance - exige des approches sociales audacieuses. Le nouveau modle conomique doit tre accompagn d'un nouveau contrat social entre les dirigeants et des citoyens, en vertu duquel les principales rformes sont acceptes en change de la promesse d'une croissance significative et d'emplois. Les dirigeants du monde arabe peuvent mettre contribution cette impulsion pour raliser davantage d'ouverture, de dmocratie et de justice et entamer la transition vers une conomie base sur la connaissance. Les dirigeants doivent aussi, lors de l'laboration du nouveau modle conomique, saisir l'occasion pour faire appel la collaboration des agents de changement - les jeunes, les entrepreneurs et la nouvelle classe des travailleurs connus sous le nom de "travailleurs du savoir",7 qui incarnent les bases de l'conomie et de la socit de la connaissance. Le processus de collaboration doit inclure : (i) la participation de ces agents de changement la conception des plans et des rformes, (ii) l'implication des chefs locaux dans le cadre d'initiatives judicieuses de dcentralisation, et (iii) l'laboration de mesures incitatives financires pour renforcer les comptences, encourager l'esprit d'entreprise, et rcompenser la russite professionnelle. 7 On trouve au centre de l'conomie de la connaissance ce que Peter Drucker voque comme les "travailleurs du savoir" - des gens avec un savoir thorique considrable, telle que mdecins, avocats, enseignants, comptables et ingnieurs. L'volution la plus spectaculaire concerne ce que lon appellent les technologues de la connaissance . Cette classe de travailleurs inclut des techniciens en information, des concepteurs de logiciels, des analystes dans les laboratoires cliniques, des technologues en gnie industriel, et des parajuristes, qui passent bien plus de temps travailler avec leurs mains qu'avec leurs cerveaux. Mais ce travail manuel reste nanmoins bas sur un volume substantiel de connaissances thoriques qui ne s'obtient qu' travers l'enseignement formel, et non par apprentissage. A l'instar des travailleurs manuels non qualifis de l'industrie manufacturire qui composaient la force sociale et politique dominante au XX sicle, les technologues de la connaissance sont susceptibles de devenir la force sociale et, probablement, politique dominante pendant les prochaines dcennies (Drucker 2001) 27 Il est aussi ncessaire d'adopter une approche audacieuse mais pragmatique pour assurer l'acceptation - en d'autres termes, l'approche doit produire des rsultats manifestes en s'appuyant sur les opportunits de crer immdiatement des emplois et stimuler la nouvelle activit conomique. Ces opportunits existent dans les secteurs et sites de croissance qui sont prcisment les sources de diversification conomique. Mais c'est le "Comment faire" des nouvelles stratgies de dveloppement qui constitue l'lment cl de leur succs la lumire des rformes rcentes et continues de la rgion et ses ambitions de raliser une croissance plus rapide, il est impratif dans chaque pays d'valuer les progrs raliss et d'examiner la manire dont ils peuvent tirer le maximum de profit de l'exprience des autres pays dans l'utilisation de la connaissance et l'innovation aux fins de croissance et d'emploi. Il convient de rappeler que le dveloppement enregistr par Singapour, la Finlande, la Core du Sud, entre autres histoires succs de notre poque, taient le rsultat d'un consensus sur la direction conomique prendre, base sur les leons retenues des dveloppements survenus au niveau mondial et des innovations qui en ont mergs comme sous-produit volontaire de ce progrs. Ce dveloppement procde galement de la mobilisation du pouvoir des rseaux urbains et des villes cratives qui sont les principaux lieux de changement et de transformation dans l'conomie mondiale. Il est important de rester donc ouvert de telles expriences et d'en tirer les enseignements, en raison du dynamisme que revtent ces conomies sur le plan mondial en tant que source de connaissance, de technologie, d'investissement et de marchs. Plusieurs pays dans le monde arabe se sont dj engag dans ce sens et prparent le terrain pour leur transition d'conomie fonde sur les facteurs vers une conomie axe sur la connaissance et l'innovation (Encadr I.5). Le succs des nouvelles stratgies de dveloppement sera renforc par des processus actifs d'intgration tant au sein du monde arabe que dans la rgion mditerranenne. L'intgration rgionale dans l'espace euro-mditerranen prendra une forme concrte au moyen de nouveaux accords destins faciliter le commerce, l'investissement tranger direct et l'externalisation ; de nouveaux projets pour le transfert de l'innovation et de la technologie ; ainsi que de nouveaux rseaux en matire de recherche et d'ducation. L'on ne peut cependant parvenir l'exploitation totale des synergies et du renforcement mutuel du potentiel de croissance sans un engagement clair de la communaut internationale. Questions-cls. Compte tenu de l'ampleur des dfis et opportunits qui se prsentent, comment les dcideurs politiques de la rgion doivent-ils ragir ? Comment les gouvernements doivent-ils reformer leur environnement conomique et rglementaire ? Comment faut-il reformer le systme d'enseignement, dans son ensemble, afin qu'il produise les gens ayant les comptences requises par le march ? Comment peuvent-ils soutenir l'innovation sous toutes ses formes - allant de la cration de nouvelles technologies intgres aux nouveaux produits et procds la diffusion et l'utilisation de la technologie existante ? Dans quelle mesure les gouvernements peuvent-ils promouvoir une connectivit meilleur march et plus fiable tout en constituant une main d'oeuvre dynamique et concurrentielle ? Quels sont les secteurs susceptibles de devenir les meilleures nouvelles sources de croissance 28 et d'emploi ? Quels sont les moyens les plus adapts pour stimuler les nouveaux sites - tels les villes secondaires et autres groupes extrieurs la capitale ou la rgion dominante du pays - pour servir de sources d'innovation et de croissance, rduire des disparits territoriales et viter la concentration urbaine excessive ? Mais, surtout, comment mettre profit le dynamisme entrepreneurial et innovateur, en pleine effervescence dans de nombreux points du monde arabe (The Economist 2012) ? Le prsent rapport met l'accent sur certaines questions d'ordre politique indispensables l'application de l'conomie de la connaissance et auxquels les pays doivent accorder leur attention. La valeur ajoute de cet effort procde de la nature intgrative de l'approche d'conomie de la connaissance, qui peut aider les pays MENA revoir leurs stratgies de dveloppement de manire coordonne, plutt qu' travers des stratgies nationales et sectorielles qui sont prpares et puis mises en uvre en "silos". Cette tude s'appuie sur la richesse des actions sur la rgion - rapports analytiques et phares, assortis des efforts de renforcement des capacits - ralises par la Banque mondiale et autres organisations internationales, ainsi que par les pays eux-mmes. Elle met aussi l'accent sur les aspects pratiques de la progression vers l'avant, en adaptant le cadre de la connaissance aux spcificits des pays de la rgion. ENCADR I.5. Une route parcourue partiellement En Algrie, le Conseil national conomique et social (CNES) a organis des confrences nationales de sensibilisation sur des questions cls relatives l'conomie de la connaissance. Les autorits gouvernementales ont entrepris des rformes dans le secteur TIC et lanc des parcs technologiques. La Jordanie s'est engage dans une rforme majeure de l'enseignement en vertu de laquelle l'conomie de la connaissance transformera le systme d'enseignement ds la plus tendre enfance. Elle a pris des dispositions pour devenir un centre rgional de dveloppement TIC, en partenariat avec Microsoft et Cisco, offrant ainsi des opportunits d'emplois plus attrayantes aux jeunes diplms hautement qualifis. Au cours des dernires annes, elle s'est attele amliorer le climat d'innovation travers la cration du Conseil national de la comptitivit et de l'innovation. Elle s'est galement lance dans l'laboration de la Stratgie pour la science, la technologie et l'industrie 2012-2016. Le Royaume d'Arabie saoudite s'est engag dans une stratgie visant la transition l'conomie de la connaissance d'ici 2022, mettant en place cet effet tout une srie de rformes de l'ducation. Le Royaume investit galement dans la mise en place de nouvelles universits destines, surtout, impulser la science et la technologie. Il s'est engag dans un programme majeur visant transformer la ville sainte d'Al-Madina en une ville du savoir. Le but de ce concept est de positionner le pays dans le cercle des industries axes sur la connaissance et d'attirer et promouvoir des talents venus du monde entier. Le Liban avance sur la voie de l'innovation. En 2011, le gouvernement a rclam le soutien 29 de la Banque mondiale pour un projet visant soutenir les activits innovantes du secteur priv. La proposition pourrait inclure un fonds pilote d'investissement fournissant un financement combinant liquidits et capitaux en vue de favoriser les ides innovantes et soutenir le dmarrage ou l'expansion d'entreprises en cours de dveloppement. Le Maroc a lanc, la fin des annes 90, des rformes rglementaires visant les systmes TIC et GSM, qui en font l'un des pays la tldensit la plus leve de la rgion. Il a galement entam la construction de technopoles et de zones technologiques industrielles, attirant ainsi l'investissement direct tranger et les activits manufacturires avances. Il a mis au point, en outre, une srie de plans nationaux portant sur une diversit de domaines (agriculture, pcheries, industrie, TIC, tourisme et enseignement) inspirs directement par la volont d'avancer sur la voie du dveloppement ax sur la connaissance. A Oman, la mise en uvre d'une combinaison de politiques visant promouvoir l'emploi, accder la proprit, faciliter les produits de consommation abordables et vulgariser gratuitement l'ensemble des services de sant et d'ducation a permis d'amliorer les conditions de vie. Un conseil de la recherche a t institu dans le cadre d'une politique de recherche et d'innovation visant impulser la recherche et l'innovation, associe l'octroi de subventions de recherche. Le Qatar s'efforce d'largir son modle de dveloppement fond, l'origine, uniquement sur le ptrole et le gaz naturel, pour devenir une conomie base sur la connaissance. La loi relative la rforme de l'enseignement, passe en 2001, a tent de rompre le traditionnel systme de mmorisation. La cration de l'Education City, mise en place par la Fondation qatarie pour le dveloppement de l'enseignement, des sciences et de la communaut (Qatar Foundation for Education, Science, and Community Development), s'inscrit dans l'objectif de faire de Doha le centre d'excellence de l'enseignement au Moyen Orient. Doha a abrit d'ores et dj de nombreuses runions sur la politique et l'conomie et s'rige en centre mondialement connu de l'art et de la culture islamiques. La Tunisie a mis au point, la lumire des rapports annuels labors et publis sur l'conomie de la connaissance et dans le cadre de ses plans quinquennaux, une stratgie exhaustive de l'conomie de la connaissance pour faire face au chmage lev, notamment parmi les jeunes. Elle a galement tabli un ensemble de technopoles travers le pays en vue de rnover et d'tendre sa base conomique. L'laboration du plan de dveloppement de la Tunisie pour 2007-2011 s'est articule autour des quatre piliers de l'conomie de la connaissance ; quant au plan actuel (2011-2014), il va encore plus loin en formulant un plan de croissance ax sur la connaissance et l'innovation. Dans les Emirats arabes unis, Duba prvoit un dveloppement tal sur deux dcennies fond sur une stratgie explicite de la connaissance et de l'innovation. Sa stratgie d'dification d'un nud de services de transport et de logistique (centr sur un port de niveau mondial) a donn naissance une industrie touristique florissante. En outre, les Emirats arabes unis ont dvelopp des comptences cls en technologie, mdias et tlcommunications. Ces exemples ont t partags la Confrence sur l'conomie de la connaissance de 2009, 30 tenue sous les auspices de l'ISESCO et du Gouvernement Tunisien, avec le soutien de la Banque mondiale. La Dclaration de Tunis est issue de cette confrence : http://info.worldbank.org/etools/docs/library/252535/TunisKEDeclaration.pdf. Source : Les auteurs 31 RFRENCES ET BIBLIOGRAPHIE Andersson, Thomas, and Abdelkader Djeflat, ed. 2013. The Real Issues of the Middle East and the Arab Spring : Addressing Research, Innovation and Entrepreneurship. Berlin : Springer. Commission on Growth and Development. 2008. The Growth Report : Strategies for Sustained Growth and Inclusive Development. Washington, DC: Banque mondiale. http://cgd.s3.amazonaws.com/GrowthReportComplete.pdf. Drucker. Peter F. 1992. Managing for the Future, Butterworth-Heinemann. . 2001. The Next Society. The Economist. Novembre 1. Economist. 2012. Les autres printemps arabes. Aot 11. Gatti, Roberta, Diego F. Angel-Urdinola, Joana Silva, et Andras Bodor. 2011. Striving for Better Jobs: The Challenge of Informality in the Middle East and North Africa Region. Banque mondiale, Washington, DC. 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Or l'approche fonde sur la connaissance possde justement le potentiel de concrtiser cette vision. Il est indniable que la cration d'emplois constitue le principal dfi que les pays arabes doivent relever. Aussi la dernire partie du prsent chapitre aborde-t-elle les liens existant entre l'investissement dans la connaissance, la croissance conomique long terme et l'emploi.1 UNE SRIE DE DFIS NORMES Le monde arabe se compose de toute une diversit de pays ayant chacun ses propres caractristiques. Dans les pays du Conseil de Coopration du Golfe (GCC) - Arabie saoudite, Emirats arabes unis, Bahren, Kuweit, Qatar et Oman - une grande partie des mnages jouissent d'un revenu de niveau lev. Ailleurs, les pays du Moyen Orient et de l'Afrique du Nord (MENA) doivent tablir une classe moyenne consquente ayant un pouvoir d'achat significatif. Selon les normes internationales, cependant, la pauvret dans les pays arabes reste faible. Le pourcentage des pauvres dans la rgion MENA, mesur selon le seuil de pauvret de 1,25 dollar par jour, ne dpassait pas 2,7 pour centen 2008. Pour cette mme anne, environ 14 pour centde la population de la rgion vivait au-dessous du seuil de pauvret de 2 dollars par jour (Banque mondiale 2012). Il existe cependant une grande diffrence dans les niveaux de vie de la rgion. A titre d'illustration, Djibouti et au Ymen, plus du tiers de la population vit avec moins de 2 dollars par jour (Banque mondiale 2012).2 Bien que la croissance se ft acclre dans les pays arabes avant les bouleversements politiques de 2011, la rgion n'a pas cess de montrer des signes de dficience structurelle, 1 Ce chapitre s'appuie sur les contributions de rfrence de Chen, Diop et Muller (2012) et Zeine Zeidane (2012). 2 Cette tude couvre tous les Etats membres de la Ligue arabe, l'exception des Comores, de la Mauritanie, de la Somalie, et du Soudan. Il est fait souvent rfrence au Moyen-Orient et l'Afrique du Nord (MENA) comme zone gographique. Pour la Banque mondiale, la rgion MENA se compose des pays suivants : Algrie, Bahrain, Djibouti, Egypte, Iran, Irak, Isral, Jordanie, Kowit, Liban, Libye, Malte, Maroc, Oman, Qatar, Arabie Saoudite, Syrie, Tunisie, Emirats Arabes Unis, Cisjordanie et Gaza, et Ymen. L'Iran, Isral, et Malte ne sont pas couverts par cette tude, n'tant pas des pays arabes. 35 suscitant un sentiment gnralis d'exclusion et d'ingalits des chances. Et quand bien mme la croissance conomique ait atteint une moyenne de 4 pour cent entre 2000 et 2009 (FEMISE 2011), elle n'en continuait pas moins trainer derrire le taux de 7,2 pour cent enregistr par les pays en dveloppement. Les conomies de la rgion n'ont pas encore rejoint celles des voisins europens (Figure 1.1). Mais si les pays riches en ressources ont un besoin pressant de diversifier davantage leur conomie, les pays non producteurs de ptrole n'ont toujours pas la possibilit de donner pleinement leurs citoyens un accs quivalent aux opportunits conomiques. Le Printemps arabe a dmontr la faiblesse du modle de dveloppement de la rgion, incapable d'absorber le nombre grandissant de jeune accdant au march du travail. De faon gnrale, on constate une absence de stratgie inclusive de croissance dans la rgion associe des politiques inefficaces. A cela s'ajoute la corruption gnralise et la faiblesse des institutions, qui empchent la rpartition quitable des avantages conomiques. La contestation de l'alliance entre l'Etat et une lite privilgie accaparant les activits conomiques a t un facteur essentiel de dclanchement du Printemps arabe. FIGURE 1.1. Retard de croissance dans le monde arabe PIB par habitant dans le monde et les rgions slectionnes, 19752009 (constant 2000 $US) Source : Donnes Banque mondiale. Le chmage, en particulier parmi les jeunes, est incontestablement le principal dfi qui se pose aux pays arabes. La rgion MENA a le taux de chmage le plus lev du monde parmi les jeunes - 25 pour cent- soit le double de la moyenne mondiale (Figure 1.2. Voir aussi Figure 1.3). Dj un problme urgent bien avant les rvolutions de 2011, la priorit est accorde dsormais la cration d'emplois, d'autant que les pays sont confronts une rcession conomique (en raison de facteurs tant mondiaux que locaux) et s'efforcent de rpondre des demandes socitales aigues. Les jeunes arabes duqus rclament des opportunits - les risques d'instabilits sont rels si des emplois ne sont pas crs. Malheureusement, la trs forte croissance dmographique (d'un taux moyen voisin de 1,5 05000100001500020000250001975197719791981198319851987198919911993199519971999200120032005200720092011Monde arabeAsie de l'Est & PacifiqueUnion europenneLe monde 36 pourcent) associe au gonflement de la force ouvrire pse dj lourdement sur le march du travail (Figure 1.4). FIGURE 1.2 Chmage des jeunes par rgion, estimations 2011 (pourcent) Source : OIT 2012 FIGURE 1.3. Chmage dans la rgion MENA par ge Note : WBG : Cisjordanie et Gaza Source : Banque mondiale ( venir 2012). 0 5 10 15 20 25 30Afrique du NordMoyen OrientEconomies avancs & Union europenneEurope centrale & du Sud-est (non-UE) & CISAsie du Sud-est & PacifiqueAmrique latine et les CarabesAfrique subsaharienneMondeAsie du SudAsie de l'EstTaux de chmage des jeunes et adultes par rgion (%) 2011 - Estimations prliminaires 25 ans 15-24 ans0.00 10.00 20.00 30.00 40.00WBG 08EAU 09 NatEAU 09Irak 07Egypte 98Jordanie 10Egypte 06Maroc 09Tunisie 10Liban 1055-6435-5425-3415-24 37 FIGURE 1.4. Croissance dmographique de la rgion MENA par groupes d'ge, 19802050 (en millions) Les pays arabes n'ont pas russi crer un secteur priv solide et comptitif susceptible de gnrer des emplois productifs. Bien que le secteur priv formel joue dans l'conomie de la rgion un rle plus grand que dans le pass, il est encore loin d'tre le moteur d'une croissance vigoureuse. L'insuffisance de la productivit et le faible taux d'innovation ont restreint la comptitivit des entreprises et la diversification des exportations. L'investissement priv, qui stagne moins de 15 pour cent du PIB, est insuffisant pour engendrer les emplois ncessaires (Figure 1.5). L'investissement priv s'est intensifi avant le ralentissement actuel, mais il tait concentr dans l'nergie, l'infrastructure et l'immobilier, avec peu d'investissement dans des entreprises trs haute technologie. Il semblerait que les relations public-priv soient la base du problme du dveloppement du secteur priv, surtout que ces relations sont historiquement caractrises par le manque mutuel de confiance. Rpondant la question sur les obstacles qui entravent l'expansion des affaires, les investisseurs dans les pays arabes - en particulier les directeurs des petites et moyennes entreprises - voquent sans cesse l'incertitude politique et des conditions de concurrence ingales qui favorisent les entreprises en place au dtriment des nouveaux venus et des concurrents. Qui plus est, de nombreux fonctionnaires publics sont sceptiques quant la capacit du secteur priv gnrer la croissance, mais aussi critiques l'gard de son comportement visant mobiliser les bnfices (Banque mondiale 2009). 38 FIGURE 1.5. L'investissement priv en pourcentage du PIB dans les rgions du monde, 1990 contre 2000 Source : Banque mondiale 2011a. La corruption et l'incertitude politique ont la mme cause : des structures de mauvaise gouvernance caractrises par une absence de capacit dexpression, de participation et de responsabilisation (voir chapitre 4). Dans de nombreux pays arabes, l'autorit dcisionnelle est un niveau suprieur. La grande majorit de la communaut des affaires est exclue du processus politique lors des consultations irrgulires et exclusives entre les secteurs public et priv. En l'absence de parlements forts et de pouvoir judiciaire indpendant, les freins et les contrepoids sont rares dans la plupart des pays arabes, rduisant ainsi la voix des citoyens au silence tout en dispensant l'lite dirigeante de rendre des comptes. Ce sont les sentiments d'impuissance et d'impunit des responsables qui ont conduit les populations de Tunisie et d'ailleurs rclamer le respect total des droits civils et la rengociation du contrat social selon les principes de gouvernance moderne et d'inclusion (CMI, Banque mondiale et Banque islamique de dveloppement 2012). Incidence de la faiblesse des structures de gouvernance sur la protection sociale. Dans la plupart des pays MENA, deux personnes sur trois dans les quintiles les plus pauvres, ne reoivent pas d'aide au revenu. Les systmes de protection sociale se sont dgrads en raison d'une mauvaise gestion des ressources. Les subventions reprsentent une part importante du PIB3 et consistent principalement de subventions l'nergie. Cependant, les riches tendent recevoir une plus grande part des subventions la consommation que les pauvres, en termes 3 D'aprs les estimations, les subventions la consommation reprsentent plus de 5 pour cent du PIB de l'gypte, du Ymen, du Kowet et d'Algrie (Document interne de la Banque mondiale). 0510152025PourcentageL'investissement priv en pourcentage du PIB dans diffrentes rgions du monde, 1990 contre 2000 1990's2000's 39 absolues. Par ailleurs, les travailleurs informels et ruraux se retrouvent sans protection en raison des lacunes de couverture (FEMISE 2011). Les ingalits sociales sont exacerbes davantage par les disparits rgionales profondes. Les rgions la traine sont particulirement vulnrables la pauvret. Les niveaux de pauvret les plus levs en Egypte se concentrent en Haute Egypte, o 44 pour cent de la population rurale vivaient dans la pauvret en 2009, et o se situent 95 pour cent des villages les plus pauvres d'Egypte. En Tunisie, les disparits urbaines-rurales sont normes. Les villes ctires gnrent 85 pour cent du PIB du pays ; les taux de mortalit maternelle sont triplement suprieurs dans les zones rurales (70 dcs contre 20 par 100.000 naissances vivantes) ; moins de 60 pour cent de la population rurale ont accs l'eau potable et 40 pour cent l'assainissement moderne (compars l'accs quasi universel des zones urbaines). Les fortes ingalits entre les sexes persistent et sont un srieux problme. En dpit des amliorations importantes apportes aux taux d'inscriptions scolaires fminines ainsi que dans l'esprance de vie des femmes, l'galit du genre demeure cependant illusoire. L'aspect le plus important de l'ingalit des sexes se traduit probablement par le taux trs bas de la participation de la femme la force ouvrire de la rgion (Figure 1.6). En fait, ce taux est le plus faible du monde : seule une femme sur quatre en ge de travailler rejoint le march du travail, et le nombre de femmes sans emploi atteint une moyenne de 20 pour cent (Commission europenne 2010). FIGURE 1.6. Taux de participation des femmes la population active Source: Banque mondiale forthcoming 2012. 0.0%10.0%20.0%30.0%40.0%50.0%60.0%70.0%80.0% 40 La scurit alimentaire tait un facteur de proccupation pendant le Printemps arabe et continue de l'tre pour les mnages les plus pauvres de la rgion. La productivit cralire de la rgion MENA reprsente environ la moiti de la production mondiale (1,5 TM/ha contre 3 TM/ha). Pourtant, 40-60 pour cent des terres irrigues sont ddies la culture des crales. Les pays MENA n'investissent pas assez dans la productivit agricole, consacrant seulement 0,66 pour cent du PIB total la recherche et dveloppement en agriculture, contre 2,36 dans les pays avancs. La rgion importe actuellement 30 pour cent du bl commercialis dans le monde, et ce taux devrait atteindre 55 pour cent d'ici 2030. Avec la croissance rapide de la population et la disponibilit limite de l'eau et des terres cultivables, les pays MENA dpendent plus que la plupart des autres rgions du monde sur les marchs internationaux des produits alimentaires. Aussi sont-ils vulnrables l'augmentation des prix des denres alimentaires, dont l'effet est particulirement ressenti par les pauvres de la rgion qui dpensent entre 35 et 65 pour cent de leur revenu sur l'alimentation (Akhtar 2011). L'urbanisation et le changement climatique posent des dfis sociaux supplmentaires. Dj 58 pour cent de la population de la rgion MENA habite dans des zones urbaines (Banque mondiale 2012b), chiffre qui devrait atteindre 65 pour cent d'ici 2030 (Nations unies 2007). La question n'est plus dsormais de savoir comment arrter l'urbanisation mais plutt comment la grer et tirer profit de cette croissance urbaine tout en minimisant les dommages causs l'environnement et les risques que la pollution et le mauvais assainissement, entre autres, font peser la sant publique. Des annes durant, la croissance urbaine non planifie et l'expansion des quartiers informels ont produit des zones mtropolitaines n'offrant leurs rsidents aucun service de base - dont le transport public, l'eau potable et l'assainissement adquat. D'autre part, la disponibilit de l'eau par habitant devra baisser de moiti d'ici 2050, abstraction faite des consquences du changement climatique, aggravant ainsi davantage la pnurie d'eau dans la rgion MENA qui est, d'ores et dj, la plus aride du monde (Banque mondiale 2010b). Etant donn que l'agriculture consomme 85 pour centdes ressources en eau de la rgion, une pnurie accrue de l'eau rsultant du changement climatique aura de graves consquences sur la scurit alimentaire. L'on s'attend des fluctuations accrues du rendement agricole, chutant long terme au-dessous de la moyenne (Banque mondiale 2010b). Le changement climatique aura galement pour effet de multiplier de diverses manires les maladies d'origine hydrique, cardio-respiratoires et transmission vectorielle. Les pays arabes sont, en fin de compte, trs vulnrable toute monte du niveau de la mer, exposant rapidement des millions de personnes aux inondations ctires. Ncessit d'un nouveau modle conomique Avant le Printemps arabe, de nombreux pays arabes avaient revu leurs stratgies de croissance et de dveloppement (voir Introduction), mais le besoin d'un nouveau modle conomique se fait aujourd'hui largement sentir. Il ne fait plus aucun doute que les dfis dcrits ci-dessus sont troitement lis et ncessitent une approche intgre. L'attention accrue accorde au problme de l'emploi offre l'occasion d'laborer des stratgies innovantes, 41 inclusives et coordonnes. L'inefficacit des politiques de l'emploi des jeunes dmontre clairement que seules les stratgies intgres permettront aux pays arabes, non seulement de relever le dfi de l'emploi mais aussi d'amliorer la cohsion sociale, celle-ci tant le pivot du dveloppement conomique et social durable (FEMISE 2011). Le Printemps arabe a tabli que la cadence et la nature de la cration d'emplois peut affecter la cohsion sociale de diverses manires, en levant ou en baissant notamment le niveau de confiance des citoyens en matire d'galit et leur disposition participer la socit civile (Banque mondiale, venir 2013). Face aux dfis auxquels ils sont confronts, les pays arabes se doivent de reconnatre et de se pencher sur les liens vitaux unissant l'environnement l'conomie. En tenant compte de l'environnement dans les politiques conomiques et en favorisant la croissance verte aux niveaux national et rgional, les pays peuvent stimuler la croissance conomique, gnrer des emplois et grer de faon durable leurs ressources naturelles (CMI et al. 2012). Mais une telle stratgie intgre exige la mise en uvre d'un train complet de politiques associ un partenariat troit entre les acteurs publics et privs. Le Printemps arabe ouvre des perspectives d'tablissement de nouvelles coalitions en faveur du changement. Bien que les pays arabes diffrent normment dans leurs systmes politiques et pratiques, de nombreux gouvernements prouvent le besoin d'ajuster et de redfinir les rgles de jeu. Le milieu des affaires qui, historiquement, est peu enclin soutenir les rformes, se trouve dsormais prt assouplir sa revendication pour un accs privilgi aux marchs et l'investissement. La socit civile sera galement appel jouer un plus grand rle, grce la voix des citoyens nouvellement autoriss s'exprimer. Ces nouveaux agents du changement seront appels soutenir les rformes de gouvernance qui permettront la planification, la mise en uvre et l'valuation de la stratgie intgre destine gnrer un plus grand nombre d'emplois. Un nouveau modle conomique, fond sur la connaissance et l'innovation, serait en mesure de rpondre, de faon simultane, aux dfis susmentionns. Le processus dynamique de cration de la connaissance et de la richesse offre des possibilits considrables pour renforcer la croissance et la comptitivit. Mais il y a aussi le risque que les pays ou les entreprises et organismes qui ne peuvent suivre la cadence du changement rapide seront relgus l'arrire-plan. La plupart des pays importateurs de ptrole de la rgion MENA sont des pays revenu moyen qui ont ralis l'enseignement universel de base et sont en bonne voie pour parvenir une croissance plus rapide. Les exportateurs de ptrole s'efforcent de passer de l'conomie base sur le ptrole celle axe sur la connaissance, transition susceptible d'offrir leurs jeunes populations d'intressantes possibilits d'emploi et subvenir leurs besoins lorsque leurs rserves de combustible fossile seront puises. Tous ces pays doivent dfinir une stratgie nationale robuste d'conomie de la connaissance et rformer les secteurs concerns en vue d'atteindre leurs objectifs de croissance. Les pays arabes sont confronts un contexte international difficile caractris par un ralentissement majeur de l'activit conomique et des pressions croissantes pour augmenter la productivit et la comptitivit. La crise conomique actuelle affectant la zone euro, principal partenaire commercial des pays MENA, constitue une contrainte srieuse 42 pour les perspectives de croissance de la rgion. Des pays tels que la Chine et l'Inde sont devenus les fers de lance du commerce mondial, exerant la pression sur les entreprises d'autres pays en dveloppement afin qu'ils amliorent la productivit et rduisent les cots, tout en rendant l'investissement direct tranger (IDE) plus difficile attirer. Les chaines de valeur mondiales sont devenues plus labores au cours de ces 10-15 dernires annes, et les conqurir exige des fournisseurs un niveau de comptence trs lev. Les pays MENA continuent cependant dpendre sur un petit nombre d'exportations - principalement des ressources naturelles et de produits ncessitant trs peu de transformation (CMI, Banque mondiale et Banque islamique de dveloppement 2012). Dans ce contexte, il sera difficile pour les pays MENA de s'appuyer sur les seules exportations pour assurer leur stratgie de croissance, l'instar des conomies de l'Est-asiatique. D'o la ncessit de dvelopper de marchs intrieurs paralllement aux marchs d'exportation. Pourtant, les pays arabes Les pays arabes doivent aboutir une plus grande diversification de leurs conomies tout en amliorant leur comptitivit internationale, d'autant que la croissance rapide du commerce de services risquerait de dboucher sur une migration internationale massive des emplois de bureau (qualifi de col blanc), intensifiant ainsi les risques d'une concurrence mondiale au niveau des emplois, surtout les bons emplois (Banque mondiale, venir 2013). Une productivit accrue exige davantage d'investissement dans la connaissance et linnovation, qui sont parmi les lments les plus dterminants du changement dans la productivit totale des facteurs (PTF). Comme voqu dans l'introduction, la PTF est une variable rsiduelle qui exprime l'incidence sur le produit de facteurs autres que les intrants traditionnels de production (main d'uvre et capital). Elle reprsente une mesure du changement technologique de l'conomie long terme (grce la croissance technologique ou l'volution de l'efficacit). De nombreuses tudes ont dmontr que la PTF dans le monde arabe a progress un rythme trs lent au cours des dernires dcennies. Utilisant des analyses empiriques bases sur les modles endognes de croissance,4 Isaksson (2007) a constat que la rgion MENA avait enregistr, entre 1960 et 2000, le deuxime niveau le plus bas de croissance PTF aprs l'Afrique subsaharienne. Le taux annuel de croissance PTF dans la rgion tait de 0,08 pourcent, compar 0,6 pour cent pour les Tigres asiatiques. Ces rsultats empiriques rejoignent les rsultats d'une tude labore par Makdisi, Fattah, et Limam (2007), qui dmontre que les sources principales de croissance dans la rgion MENA n'avaient aucun rapport avec la connaissance (croissance technologique et efficacit technique accrue) mais plutt la croissance des investissements et de la main d'uvre, notamment dans la plupart des pays du CCG (Figure 1.7). 4 Le modle utilis dans ces recherches est une fonction de production Cobb-Douglas : o A reprsente la PTF, K le capital physique, H le capital humain dtermin par une relation de type , et la part relative de capital physique dans la production. Une fois que cette part a t dtermine, on obtient la variation annuelle de la PTF comme variable rsiduelle. 43 FIGURE 1.7. Taux annuels moyens de croissance PTF, 19902009 Source : Calculs CMI bass sur la base de donnes Total Economy Database 2012. N.B. : Bien que le Qatar et les EAU aient des notations semblables sur l'Indice conomique des connaissances de la Banque mondiale, les taux moyens de croissance PTF du Qatar sont de loin suprieurs. Cette diffrence peut s'expliquer par une plus grande sensibilit de la croissance PTF des EAU la crise financire mondiale de 1997 et 2007. Ncessit de rduire les disparits entre les structures productives et loffre de comptences. La structure productive des pays arabes indique, cependant, une faible demande pour la main-d'uvre hautement qualifie, bien que le systme d'enseignement produit des nombres croissants de diplms universitaires. En fait, les niveaux d'enseignement ont considrablement augment dans la rgion depuis 2002 (Figure 1.8). Or les aspirations des jeunes grandissent en mme temps que le niveau d'ducation. Au del du mcontentement social qu'elle attise, cette situation est prjudiciable pour au moins deux raisons : (i) une forte proportion du capital humain de la rgion n'est pas utilise des fins productives et (ii) le chmage persistant parmi les diplms est susceptible de dcourager les gnrations futures investir dans l'enseignement. La rduction du chmage exige que les pays arabes s'orientent vers des activits productives valeur ajoute plus leve et amliorent leurs systmes d'enseignement et de formation. Le taux lev du chmage parmi les jeunes diplms peut tre imput l'inadquation entre les comptences acquises la sortie du systme d'enseignement et celles requises par l'conomie. Encourager l'conomie accroitre la demande pour les comptences serait une solution retenir, et ce, pour plusieurs raisons. Mais pour y parvenir, le systme productif doit rehausser son contenu technologique, la qualit de sa production et sa place -1.50 -1.00 -0.50 0.00 0.50 1.00 1.50 2.00 2.50Emirats arabes unisYmenArabie saouditeIrakAlgrieKowetBahrenJordanieMarocOmanSyrieEgypteSoudanTunisieQatar 44 dans la chaine de valeurs - en d'autres termes, il doit se concentrer sur la cration de produits plus grande valeur ajoute (FEMISE 2011). L'orientation gnraliste que prend la formation postsecondaire, au dtriment de la formation technique et scientifique, est une autre source d'inadquation des comptences touchant le march de l'emploi dans la plupart des pays arabes. Dans l'ensemble, la qualit de l'enseignement dans la rgion est assez dficiente, et les entreprises se plaignent rgulirement de l'insuffisance des qualifications que fond valoir les demandeurs d'emploi (Banque mondiale 2010a). La mise en uvre d'une stratgie de dveloppement ax sur la connaissance exige des politiques structurelles qui s'attaquent la question de demande de main d'uvre, grce au dveloppement d'un secteur priv formel qui favorise l'mergence d'activits forte valeur ajoute, mais aussi la question d'offre de main d'uvre, travers des politiques d'enseignement cibles. FIGURE 1.8. Inscriptions universitaires dans la rgion MENA, 200210 Source : Calculs CMI bass sur les donnes de l'UNESCO. L'on peut s'attaquer l'emploi informel et cots sociaux qui lui sont associs grce une productivit plus leve et une meilleure formation. Dans les pays MENA et du CCG, 81 pour centde la population en ge de travailler sont employs dans l'conomie informelle (Figure 1.9). En d'autres termes, plus des deux-tiers de l'ensemble des travailleurs de la rgion n'ont pas accs l'assurance sant et ne contribuent pas au systme de retraite qui leur garantira un revenu la retraite. Un pays typique de la rgion MENA produit environ le tiers de son PIB dans l'conomie informelle. D'un point de vue financier, prs du tiers du produit conomique de la rgion n'est pas dclar et, partant, non tax, avec toutes les implications que cela peut avoir sur le revenu de l'Etat. La mauvaise productivit du travail informel est particulirement manifeste dans les pays MENA les plus pauvres ainsi que dans les zones rurales, o des travailleurs quasi analphabtes ou de niveau ducatif limit sont employs dans le micro-entreprenariat et le travail agricole faible rendement. Aussi les programmes destins accrotre la productivit dans le secteur informel par le biais de la formation et l'amlioration des comptences sont-ils essentiels toute approche d'conomie de la 0%5%10%15%20%25%30%35%40%2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010Taux d'inscriptions Annes Moyenne du MaghrebMoyenne du MashreqMoyenne CCGMoyenne arabe 45 connaissance visant promouvoir la croissance inclusive long terme. La forte prvalence du travail informel implique, par ailleurs, qu'une grande majorit des facteurs conomiques opre en marge de la rglementation. Soutenir la transition vers l'emploi formel signifie que ces "outsiders" (y compris les chmeurs, jeunes, femmes et travailleurs informels) seront mieux reprsents au dialogue social (Banque mondiale 2011b). FIGURE 1.9. Part de la population en ge de travailler dans la rgion MENA occupant un emploi formel (estimations 2010) La connaissance et l'innovation doivent s'inscrire dans toute stratgie visant attnuer la pression sur les ressources physiques et les dfis du changement climatique. La pnurie de l'eau et la dgradation environnementale menacent des secteurs conomiques essentiels tels que le tourisme et affectent de faon disproportionne les mnages les plus pauvres de la rgion. Pour faire face ces risques et accrotre la productivit des ressources naturelles (particulirement l'eau), il est ncessaire que des efforts soient entrepris aux fins de diffusion de la technologie et de l'innovation (CMI, Banque mondiale et Banque islamique de dveloppement 2012). Cette condition est tout autant un impratif et une occasion pour la rgion, o l'nergie verte est encore sous-dveloppe, en dpit de son norme potentiel de croissance. Les occasions comprennent l'efficacit nergtique dans la construction, le transport, et les secteurs de gestion des dchets, ainsi que l'nergie renouvelable. L'immense potentiel de la rgion en matire d'nergie solaire offre galement des opportunits en termes de croissance, d'emploi et d'exportations nettes. La mise profit de ce secteur exige cependant des investissements massifs en matire de comptences, de R&D et de regroupement d'entreprises (CMI, Banque mondiale et Banque de dveloppement islamique 2012). L'investissement dans des stratgies de croissance verte est galement susceptible de contribuer considrablement la cration d'emplois dans la rgion (CMI 2012). 19% 81% Part de la population en ge de travailler occupant un emploi formel (estimations 2010) CCG Moyen Orient et Afrique du Nord FormelInformelSource : MNSHD (Donnes de l'ONU et de l'OIT KILM sur la population.) 46 L'CONOMIE DE LA CONNAISSANCE, LA CROISSANCE ET L'EMPLOI Un investissement significatif dans l'conomie de la connaissance est synonyme de chmage rduit. Etant donn que la croissance conomique et la cration d'emplois est le principal dfi auquel doit s'attaquer toute stratgie de dveloppement axe sur l'conomie de la connaissance, il est donc important d'examiner dans quelle mesure les efforts visant stimuler l'conomie de la connaissance peuvent contribuer la croissance conomique et l'emploi. L'analyse de l'volution rcente de la rgion MENA laisse suggrer une corrlation entre le chmage rduit et l'investissement lev dans les composantes de l'conomie de la connaissance, mesurs selon l'Indice conomique des connaissances (KEI) (Figure 1.10). FIGURE 1.10. Notes des pays sur l'Indice conomique des connaissances (KEI) et taux de chmage dans les pays arabes Source : Auteurs. N.B. : L'index conomique des connaissances est tabli sur la base de donnes 2012 de KAM. Les taux de chmage couvrent la priode 2006-2008 et sont extraits du Livre des statistiques de l'Organisation arabe du travail (2010). Les mcanismes par lesquels l'conomie de la connaissance impulse la croissance conomique sont thoriquement et empiriquement bien fonds. A long terme, les effets de l'conomie de la connaissance sur la croissance conomique travers la croissance de la productivit ne pourront plus tre remis en question (Encadr 1,1). Elle permet aussi d'impulser l'emploi de la main-d'uvre qualifie. Mais quelle que soit le niveau de cette impulsion, la rduction du chmage dpend d'une foule de facteurs, dont en particulier le profil des demandeurs d'emploi. y = -4.1716x + 29.905 R = 0.6468 0.005.0010.0015.0020.0025.0030.0035.0040.000 2 4 6 8Taux de chmage vs. KEI GulfMashreq andMaghrebOther ArabCountriesLinear (ArabWorld) 47 ENCADR 1.1. La connaissance, la croissance et l'emploi : Fondements thoriques et empiriques L'investissement dans la connaissance encourage incontestablement la croissance long terme. Selon ce qu'on appelle les nouveaux modles de croissance (Romer 1993), l'investissement dans la connaissance contribue la cration d'ides et processus nouveaux qui rendent possible l'laboration de nouveaux produits et processus de fabrication. Depuis le travail avant-gardiste de Schumpeter, cette dmarche a reu le nom d'innovation.a Mme si les rsultats immdiats de l'innovation sont brevets, protgs par les droits d'auteur, ou autrement appropris par les innovateurs, les nouvelles ides entrainent toujours des effets positifs externes qui peuvent tre saisis par des individus, des entreprises et des industries mme de les absorber,b faisant en sorte que les avantages de l'innovation sont plus grands pour la socit que l'avantage personnel qui choit aux innovateurs. En d'autres termes, lorsque les entrepreneurs innovent, les pays peuvent se dvelopper de manire permanente, en dpit des rendements dcroissants du capital et de la main d'uvre.c Dans le march mondial actuel, l'innovation est une condition indispensable l'augmentation des parts de march pour bon nombre de produits. Environ 60 pour centde la croissance des exportations proviennent de l'introduction de nouvelles varits de produit, plutt que de l'exportation de volumes accrus des mmes marchandises (voir l'analyse empirique ralise par Hummels et Klenow 2005). Il existe des preuves empiriques de la corrlation positive puissante entre l'conomie de la connaissance et la croissance conomique tant dans les pays avancs que dans les pays en dveloppement (Chen et Dahlman 2004 ; Poorfaraj, Samimi et Keshvarz 2011). L'valuation qu'ils ont entreprise sur 92 pays, pour la priode 1960-2000, dmontre que la connaissance est un facteur dterminant de la croissance conomique long terme, grce son incidence sur le taux de croissance de la productivit totale des facteurs (PTF). Ils ont constat, en particulier, que le stock de capital humain, le niveau d'innovation domestique et d'adaptation technologique et le niveau de l'infrastructure de l'information et de la communication, exercent tous des effets significatifs statistiquement positifs sur la croissance conomique long terme. L'ouverture au commerce est un mdiateur essentiel de la relation entre connaissance et croissance. L'innovation est quasi impossible dans une conomie ferme. En revanche, l'intgration commerciale est un puissant moyen d'exploiter la connaissance mondiale par le biais de l'investissement tranger direct et l'accs la technologie, qu'elle soit sous licence ou achet. Il existe d'abondantes preuves empiriques attestant que l'accs faible cot l'quipement et aux machines laisse un impact positif sur la productivit totale des facteurs et, par voie de consquence, sur la croissance. Coe et Helpman (1995) et Coe, Helpman, et Hoffmaiser (1997) ont constat, par exemple, que la connaissance trangre vhicule travers l'change des marchandises imprime un effet positif statistiquement significatif sur la PTF globale dans les pays importateurs. Schiff et Wang (2007) indiquent, quant eux, que l'impact s'accroit avec l'augmentation du commerce avec les pays industrialiss, en raison du fait qu'environ 80 pour centde la recherche et dveloppement (R&D) dans le monde se produisent dans le monde avanc. 48 L'impact sur l'emploi de la croissance axe sur la connaissance dpend principalement des comptences des demandeurs d'emploi. Il ne faut aucun doute qu'une croissance plus leve laisse un impact positif sur la demande de main d'uvre. De faon gnrale, la transition vers une conomie de la connaissance entraine une demande accrue des travailleurs hautement qualifis assortie, dans la plupart des cas, de salaires plus levs. Mais une demande plus leve de main d'uvre ne rduira le chmage que dans la mesure o les chmeurs sont qualifis pour les nouveaux emplois. Tout dpend de la base sectorielle de la croissance, de la tendance des secteurs embaucher pendant leur expansion, et du profil des demandeurs d'emploi dans l'conomie. La littrature empirique corrobore ces intuitions thoriques. Les tudes rvlent une trs forte corrlation positive entre l'introduction de moyens de production forte intensit de connaissance, tels ceux fonds sur les technologies de l'information, et la demande pour des travailleurs hautement qualifis (voir OCDE 2004 pour un rsum). Mais si la plupart des travailleurs sans emploi ne sont pas qualifis, il y a de fortes chances que le chmage global ne diminue pas. La tendance pour le march du travail se polariser et l'cart salarial s'largir a galement t constate dans les tudes menes sur les pays avancs (OCDE 2004). Aux Etats-Unis, les salaires des travailleurs moins qualifis ont diminu, mme si le taux de chmage global restait bas. Il en tait de mme du Royaume-Uni o les salaires entre travailleurs qualifis et non qualifis accusaient un cart semblable. Dans les principaux autres pays europens qui n'ont connu aucune polarisation en termes de salaires, le taux du chmage des travailleurs non qualifis tait en hausse. La connaissance et l'volution technologique ne sont cependant pas les seuls lments qui sous-tendent ces rsultats. La mondialisation affecte aussi l'cart de salaires, indpendamment des changements technologiques. Source : Chen, Diop, et Muller (2012). a. L'innovation consiste, selon la dfinition de Schumpeter, des lments suivants : (i) nouveaux produits et services ; (ii) nouveaux processus ; (iii) nouvelles faons de pntration des marchs ; (iv) nouvelles sources d'approvisionnement ou mthodes de distribution, et (v) nouvelles industries (Schumpeter 1912/1961). b. La thorie conomique met l'accent sur l'enseignement et le capital humain comme conditions pralables pour absorber les nouvelles ides et instaurer l'conomie de la connaissance. En effet, la disponibilit d'un capital humain abondant et de haute qualit permet l'conomie d'absorber les nouvelles ides et carte le problme de rendement dcroissant du capital et du travail (Lucas 1988). c. Les modles traditionnels partent du postulat que le taux de croissance de la technologie (ou du dveloppement technologique) est exogne. 49 Un modle tabli sur le plan illustr dans la Figure 1.11 utilise l'Indice dconomie de la connaissance pour mesurer le niveau d'effort des pays en la matire. Le modle, dcrit en dtail dans l'Annexe 1, a permis d'valuer avec une certaine prcision la contribution des efforts conomiques de la connaissance en faveur de la croissance et l'emploi dans des pays MENA pendant la priode 1995-2008, avec deux sous-priodes : 1995-99 et 2000-08.5 Dans ce modle, l'lasticit de l'emploi par rapport l'augmentation des investissements dans le domaine de la connaissance dans un pays donn est attnue par l'lasticit de l'emploi par rapport la croissance dudit pays. FIGURE 1.11. Estimation des effets de la connaissance sur l'emploi Les effets sur l'emploi des efforts conomiques de la connaissance pendant les dernires dcennies sont perceptibles. Les conclusions suivantes ont t tires du modle : Comme dans d'autres rgions du monde, une note plus leve sur l'Indice dconomie de la connaissance (KEI) dans des pays MENA est associ des taux plus levs de croissance. En fait, l'impact du KEI tait bien plus important dans la rgion MENA que dans d'autres rgions au cours de la priode 2000-2005, mais plutt limit entre 1995 et 1999. Dans la rgion MENA, l'augmentation d'une unit KEI en 1995 augmentait de 0,28 points le taux de croissance moyen du PIB en termes rels par travailleur pour la priode entre 1996 et 2000, alors que l'augmentation d'une unit KEI en 2000 augmentait de 0,89 points le taux de croissance moyen du PIB en termes rels par travailleur pour 2001-2005. L'lasticit de l'emploi par rapport la croissance dans la rgion MENA oscillait, en moyenne, autour de 0,80 dans la priode 1991-2009 ; en d'autres termes, une augmentation d'un point de pourcentage du PIB tait associe une augmentation moyenne de l'emploi de 0,8 points de pourcentage pour les trois annes suivantes (Figure 1.12). 5 L'impact d'un effort en faveur de l'conomie de la connaissance au cours de la premire anne de chaque priode est suppos s'taler sur le reste de la priode. Les effets de la connaissance sur la croissance sont mesurs pour les priodes 1995-2000 et 2001-2005, tandis que l'lasticit de l'emploi par rapport la croissance est mesure pour les priodes 1991-99 et 2000-2009. Les effets de la connaissance sur l'emploi sont le produit de ces deux coefficients. Voir l'Annexe 1 pour l'analyse complte. KnowledgeEconomic GrowthEmployment GrowthEstimating Employment Effects of Knowledge Employment Effects due to Knowledge (via economic growth) 50 L'lasticit de l'emploi par rapport l'investissement en faveur de la connaissance (mesur par le KEI) rsultant de la combinaison de ces coefficients, calcule pour chaque pays, passait de 0,2 au Kowet 1,3 au Qatar pour la priode 2000-2009. Une valeur de coefficient de 1,3 implique qu'une augmentation d'une unit KEI en 2000 produit un accroissement annuel moyen de 1,3 point de pourcentage dans l'emploi au Qatar pendant la priode 2000-2008. L'lasticit moyenne de l'emploi par rapport l'investissement dans la connaissance pour la rgion MENA tait en gnral proche de 0,7 pour la priode 2000-2008, compar seulement 0,23 pour la priode 1995-1999. En d'autres termes, une augmentation d'une unit KEI en 2000 a produit un accroissement annuel moyen de 0,7 points de pourcentage dans l'emploi dans l'ensemble de la rgion MENA pendant la priode 2000-2008 (Figure 1.13). FIGURE 1.12. Elasticit de l'emploi par rapport la croissance conomique dans les pays MENA, 19912009 0 1.1 0.7 1.4 0.6 0 1.6 0.7 0.6 1.2 0.4 0.7 0.8 0.4 0.7 0.6 0.82 1.4 0.9* 0.7 0.6 0.4 0.3 1.3 1.1 0.9 0.6 1* 0.9 0.6 0.6 0.5 0.5 0.78 00.20.40.60.811.21.41.61.81995-19992000-2008Exportateur ptrole avanc Exportateur ptrole en dveloppement Importateur ptrole en dveloppement * indique que le coefficient n'est pas statistiquement important 51 L'image de l'impact de l'conomie de la connaissance sur l'emploi est donc positive et encourageante. Les valuations susmentionnes ont galement t compares aux taux de croissance de l'emploi observs dans les pays de la rgion pendant la priode 2000-2009 (Tableau 1.1). Ces pays - principalement des petites conomies riches en ressources - o le taux de croissance de l'emploi est relativement lev sont galement ceux qui ont enregistr le progrs le plus important dans l'Indice conomique de la connaissance (KEI) depuis une dcennie ou presque, comme indiqu dans le chapitre suivant. Dans ce mme ordre d'ides, les pays qui affichent un faible taux de croissance de l'emploi sont, en rgle gnrale, ceux qui ont connu peu de progrs, voire un recul dans leur indice conomique de la connaissance. Ceci confirme la contribution positive de l'conomie de la connaissance au processus de cration d'emplois. FIGURE 1.13. Elasticit de l'emploi par rapport au KEI dans les pays MENA, 19952008 0 0.3 0.2 0.4 0.2 0 0.4 0.2 0.2 0.3 0.1 0.2 0.2 0.1 0.2 0.2 0.23 1.3 0.8 0.6 0.5 0.3 0.2 1.1 0.9 0.8 0.6 0.9 0.8 0.6 0.5 0.5 0.4 0.69 00.20.40.60.811.21.41995-19992000-2008Exportateur ptrole avanc Exportateur ptrole en dveloppement Importateur ptrole en dveloppement 52 TABLEAU 1.1. Taux de croissance de l'emploi dans les pays arabes, 20002009 POPULATION ACTIVE TAUX DE CROISSANCE ANNUEL COMPOS (%) Pays 2000 2009 Algrie 7.772.217 13.195.310 6,06 gypte, Rp. arabe 19.254.668 23.980.516 2,47 Libye 1.624.133 2.103.832 2,92 Maroc 8.819.170 10.758.452 2,23 Tunisie 2.711.153 3.271.820 2,11 Bahren 200.000 400.000 8,01 Kuwait 1.200.000 2.100.000 6,42 Oman 700.000 1.100.000 5,15 Arabie saoudite 6.000.000 8.100.000 3,39 Emirats arabes unis 1.700.000 3.500.000 8,35 CCG 9.800.000 15.200.000 5,00 Non-CCG 53.202.748 69.935.998 3,09 Total 63.002.748 85.135.998 3,40 Source : Auteurs. La contribution de la connaissance n'a cependant pas t suffisante pour rduire sensiblement le chmage, exception faite des petites conomies du Golfe, chose que l'on peut imputer aux trois raisons suivantes : L'effort dans lconomie de la connaissance, bien qu'il ait fait preuve de son efficacit, demeure insuffisant. La performance gnrale des pays MENA reste en dessous de la moyenne mondiale en termes d'effort consacr au dveloppement de l'conomie de la connaissance, comme il est voqu dans le prochain chapitre. Dans la plupart des pays l'cart entre les qualifications exiges par les employeurs et celles prsentes par les demandeurs d'emploi est vaste (voir Chapitre 5). Cet cart diminue l'ajustement positif de l'emploi aux augmentations l'indice KEI. Lorsque la main-d'uvre possde les qualifications requises, comme au Qatar (grce l'attraction facile des expatris qualifis), les investissements en matire d'conomie de la connaissance ont un puissant impact sur les emplois. Dans la plupart des pays MENA, les travailleurs hautement qualifis sont lgions mais leurs comptences ne sont pas adaptes la demande de l'conomie. 53 Les structures conomiques attnuent l'impact de la croissance leve sur l'emploi, en particulier les emplois qualifis. En raison du manque de comptitivit dans la plupart des pays MENA, la croissance exerce un effet limit sur l'emploi (c'est--dire que l'lasticit de l'emploi par rapport la croissance conomique est limite) dans la plupart des secteurs exposs la concurrence trangre. Le gouvernement demeure le principal pourvoyeur d'emplois qualifis dans la rgion, comme l'illustre le cas de la Tunisie dans la Figure 1.14. FIGURE 1.14. Le gouvernement et autres fournisseurs de bons emplois dans la rgion MENA Source : Taha (2010) sur la base des donnes de l'Institut national tunisien des statistiques Les efforts ultrieurs visant stimuler le dveloppement de l'conomie de la connaissance peuvent contribuer la croissance conomique et la cration d'emplois travers les trois canaux suivants : Davantage d'efforts dans lconomie de la connaissance et de meilleure qualit. Pour que leur impact soit srieux, les efforts doivent tre significatifs, comme l'indiquent les rsultats ci-dessus. lever le KEI d'un pays, ne ft-ce que d'une unit, est une tche difficile. Cela quivaut un gain d'environ 15 rangs dans le classement de l'conomie de la connaissance. Mais avec un effort soutenu, l'on peut atteindre ce niveau. Pour y parvenir, il faut prvoir plusieurs annes, car les variables se rapportant Agriculture Agroalimentaire Matriaux de constr Mech. & Elec. Produits chimi Textile Industries diverses Mines & nergie Construction Commerce Transp. & Comm. Hotels & Rest. Institutions financires Autres Ser. Gouvernement 00.511.522.533.544.55-0.50% 0.00% 0.50% 1.00% 1.50%Ratio de croissance de la production Emplois qualifis gnrs (en points de percentage ) Changements dans la structure du march tunisien 1994-2008 Skilled/Total Labor 54 l'enseignement et l'innovation ne se redressent pas rapidement (contrairement ceux relatifs au climat des affaires et la technologie de l'information et de la communication, o le progrs peut tre rapide). Rduction de l'cart dans les comptences. Il faut davantage d'ajustements dans les systmes d'enseignement et de formation de la rgion afin d'assurer une concordance entre les qualifications des diplms et les exigences des employeurs. Entretemps, les mesures court terme visant recycler des travailleurs ou leur dispenser une formation supplmentaire rpondant des demandes de travail ponctuelles peuvent significativement contribuer la rduction de l'cart entre l'offre et la demande en matire de comptences. Orientation des conomies vers des secteurs plus comptitifs o la croissance est plus susceptible de gnrer des emplois (c'est--dire o l'lasticit de l'emploi qualifi est plus leve par rapport la croissance conomique). L encore la tche est ardue dans un monde o la fabrication est domine par les pays asiatiques et o la demande a t touffe par la rcession. Mais il existe des occasions dans le domaine des biens et services non changeables, dans des secteurs o les pays MENA disposent d'avantages comparatifs uniques en raison de facteurs gographiques ou autres, ainsi que dans des activits lies l'environnement et l'infrastructure. CONCLUSION Avec des efforts soutenus, il devrait tre possible au cours d'une priode raisonnable6 d'augmenter de manire significative la contribution actuelle de l'conomie de la connaissance la croissance de l'emploi dans la rgion MENA. Bas sur les valuations et chiffres fournis ci-dessus, on peut raisonnablement s'attendre une augmentation significative de l'effort KEI dans la rgion susceptible d'impulser le taux annuel de croissance de l'emploi par un point de pourcentage suprieur au taux enregistr pendant la dcennie 2000-2009.7 Etale sur une dcennie, une telle augmentation gnrerait en Tunisie quelque 300.000 nouveaux emplois, en Egypte environ 1,5 millions de nouveaux emplois, et en Arabie saoudite prs de 700.000 nouveaux emplois (en plus des emplois produits dans la continuit 6 Cette priode varierait d'un pays l'autre. Cinq dix ans sont gnralement ncessaires pour voir les avantages des efforts, des rformes et des initiatives dans les diffrents piliers de politique d'conomie de la connaissance. 7 Les estimations prsentes ici proviennent des donnes cites ci-dessus sur l'lasticit de l'emploi par rapport au KEI. Pour la priode 2000-2009, l'ensemble de la rgion rvle une lasticit de 0,7 pour centpour 15 positions sur le KEI. Ce gain semble raisonnable compte tenu du sous-investissement relatif de la rgion dans les diffrents piliers de l'conomie de la connaissance. On peut, par ailleurs, supposer une rduction sensible de l'cart des comptences associe une lasticit amliore de l'emploi par rapport la croissance conomique, induite par une meilleure comptitivit. Ces facteurs pris en considration, il devient possible d'obtenir une augmentation d'un point de pourcentage du taux annuel de croissance de l'emploi induite par davantage d'efforts dans lconomie de la connaissance et de meilleure qualit. 55 des tendances actuelles). Le succs de cette dmarche pourrait contribuer considrablement la contraction du problme de l'emploi, quand bien mme il ne l'limine pas entirement.8 La plupart des pays arabes garde une certaine marge de manuvre, comme on le constatera dans le chapitre suivant, en ce sens qu' ce jour ils n'ont pas suffisamment investi dans les piliers de l'conomie de la connaissance, comparativement d'autres pays de niveau de dveloppement semblable. La mise en place d'une conomie de la connaissance exige un engagement soutenu, mais c'est le choix idoine pour une croissance conomique soutenue assortie d'un niveau adquat de cration d'emplois. 8 On estime gnralement ncessaire un taux de croissance conomique de 7 pour centpour maintenir le niveau de l'emploi dans la rgion. Une contribution accrue de l'conomie de la connaissance rduirait considrablement cette condition. Il n'en reste pas moins que le taux de croissance global sera ngativement affect par le ralentissement de l'activit conomique mondiale qui svit depuis quelques annes et qui se poursuivra probablement dans le moyen terme. 56 RFRENCES Akhtar, Shamshad. 2011. Middle East and North Africa: Emerging Developments and Challenges. Fvrier 2011. Chen, Derek H. C. et Carl J. Dahlman. 2004. Knowledge and Development: A Cross-Section Approach. Document de recherche sur la politique du travail, Sries N 3366. Banque mondiale. Novembre. 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Mars. 59 Chapitre Deux Rattraper les tendances mondiales relatives l'conomie de la connaissance Afin de crer et soutenir une conomie de la connaissance efficace dans les moyen et long termes, les pays du monde arabe doivent prendre conscience de leurs forces et faiblesses par rapport aux quatre piliers de l'conomie de la connaissance, savoir : le rgime conomique et institutionnel, l'ducation, l'innovation, et les technologies de l'information et de la communication (TIC). Aussi doivent-ils mettre au point des politiques appropries et des programmes d'investissement dans le cadre de leurs plans de dveloppement nationaux, afin de permettre une transition efficace vers l'conomie de la connaissance1. Le prsent chapitre compare l'tat de prparation de la rgion arabe adopter l'conomie de la connaissance par rapport d'autres rgions du monde. Pour tre utile, toute valuation des dfis conomiques auxquels la rgion de Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord (MENA) est confronte doit ncessairement prendre en considration la grande diversit de la rgion. LA SITUATION ACTUELLE La mthode d'valuation de la connaissance de la Banque mondiale (KAM) est un outil mondial d'valuation qui permet pour examiner l'tat d'avancement des conomies de la connaissance tant au niveau du pays que de la rgion. La KAM 20122 considre MENA comme une rgion gographique comprenant les 18 pays suivants : Algrie, Bahren, Djibouti, Rpublique Arabe d'Egypte, Rpublique islamique de l'Iran, Isral, Jordanie, Kowet, Liban, Malte, Maroc, Oman, Qatar, Arabie saoudite, Rpublique arabe syrienne, Tunisie, Emirats arabes unis (EAU), et Rpublique du Ymen. L'Iran, Isral, et Malte ne sont pas traits dans ce rapport, n'tant des pays arabes. L'Indice de l'conomie de la connaissance (KEI) dgag par la KAM mesure l'tat de prparation gnral d'un pays ou d'une rgion pour l'conomie de la connaissance. Il est bas sur la moyenne de tous les scores normaliss obtenus sur les quatre piliers de l'conomie de la connaissance (comme indiqu dans l'Encadr 2 de l'introduction). Plus le score KEI est lev, plus le pays est prt entreprendre efficacement sa transition vers l'conomie de la connaissance. Il est intressant de noter que le score d'un pays sur le KEI peut tre dfini par la classification trois niveaux prsente dans l'introduction. 1 Ce chapitre s'appuie sur plusieurs sources, y compris une contribution de base par Koivisto (2012). 2 La KAM 2012 (http://www.worldbank.org/kam) inclut 148 variables structurelles et qualitatives pour 146 pays. Il aide un pays comparer son tat de prparation l'conomie de la connaissance par rapport ses voisins, ses concurrents, ou d'autres pays qu'il souhaite muler sur les quatre piliers de l'conomie de la connaissance que sont : le rgime conomique et institutionnel, l'ducation, l'innovation, et les TIC. La force de la KAM rside dans son approche intersectorielle, qui permet aux utilisateurs d'adopter une vision d'ensemble d'un grand ventail de facteurs pertinents, plutt que de se concentrer sur un seul pilier. 60 Les pays riches en ressources ayant une main-d'uvre abondante - tels que l'Algrie, la Syrie, et le Ymen - ont de faibles scores (et un mauvais classement) sur le KEI (l'Algrie est class en 96me position, la Syrie 112me, et le Ymen 122me). Ces pays ne sont pas encore en mesure de convertir leurs ressources en puissants piliers de l'conomie de la connaissance. Les pays riche en ressources mais importateurs de main d'uvre - tels que le Bahren, le Kowet, Oman, le Qatar, l'Arabie saoudite, et les EAU - ont des scores (et des classements) relativement levs sur le KEI. Les EAU sont classs au 42me rang, le Bahren 43me, Oman 47me, l'Arabie Saoudite 50me, le Qatar 54me, et le Kowet 64me. Ces pays, de petite taille pour la plupart mais avec une richesse ptrolire par habitant trs leve, ont commenc utiliser leurs riches ressources naturelles pour amorcer la conversion vers l'conomie de la connaissance. Les pays pauvres en ressources font montre d'une performance modre sur l'chelle du KEI. La Jordanie est classe 75me, la Tunisie 80me, le Liban 81me, l'Egypte 97me, et le Maroc 102me. Ces pays constituent la reprsentation type des pays en dveloppement, o le progrs vers l'conomie de la connaissance dpend d'un grand ventail de facteurs. MENA compare d'autres rgions La KAM permet de mettre en lumire la faon dont MENA se porte sur la scne mondiale de l'conomie de la connaissance.3 La Figure 2.1 donne un aperu rcent de la performance de MENA sur les quatre piliers de l'conomie de la connaissance par rapport deux autres rgions du monde dans la KAM, savoir, l'Europe et l'Asie centrale (EAC) et l'Amrique latine et les Carabe (ALC). Elle dmontre que la rgion de MENA peut exploiter beaucoup mieux les avantages de la connaissance et de l'innovation aux fins de croissance et de diversification conomique et rattraper, ce faisant, les autres rgions du monde. La Figure 2.2 rvle qu'en 2012, la rgion MENA a mieux fait sur le KEI que les deux autres rgions sur la KAM : l'Asie du Sud et l'Afrique. La rgion MENA est pratiquement au niveau LAC sur le KEI grce au progrs enregistr au cours des dix dernires annes en matire d'accs accru l'enseignement, d'acquisition et d'utilisation des TIC et d'amlioration de l'environnement institutionnel ncessaire la croissance mene par le secteur priv. La 3 Il convient noter que la KAM se concentre sur des variables lies la performance en matire de connaissance et d'innovation ; il n'offre pas d'aperu global sur le dveloppement conomique et social des pays concerns. Par contre, le modle dsign du nom d'ESDI (Indicateur du dveloppement conomique et social), mis au point en 2010 par une initiative du gouvernement de la Rpublique de Core (NRCS 2010), combine les indicateurs conomiques et sociaux et fournit une meilleure image de dveloppement quilibr. Le motif sous-tendant l'initiative ESDI tait de reconnatre que les efforts de dveloppement de la Core avaient surestim la croissance, suscitant un dsquilibre dont la rectification exige des mesures mettant un plus grand accent sur les facteurs sociaux et environnementaux. Il s'agissait d'laborer un nouvel index refltant et valuant le nouvel objectif politique de la Core dans sa poursuite d'un dveloppement o croissance, cohsion sociale et respect pour l'environnement sont en quilibre. Le nouvel indicateur soutient l'laboration d'une politique base sur des preuves, tout en contribuant aux efforts acadmiques visant dvelopper des solutions de rechange au PIB en tant que mesure de croissance et de dveloppement, objectif cherch par plusieurs gouvernements nationaux et organisations internationales. L'indicateur se compose de trois catgories principales (moteur de croissance, cohsion sociale et environnement), qui sont, chacune, dcomposes et reprsentes par des mesures standard. Refltant le statut de la Core en tant que membre de l'OCDE et du G20, le prototype ESDI comprend des donnes couvrant un ensemble de 38 pays, tales sur 20 ans (1990-2009). 61 rgion doit cependant faire encore mieux, si elle veut rattraper ses voisins de l'EAC (au Nord) et les pays de l'Asie de l'Est et le Pacifique (AEP), o se situent quelques unes des conomies les plus dynamiques du monde. FIGURE 2.1. Perspective comparative de la performance de la rgion en matire d'conomie de la connaissance, 2012 Source : Mthode d'valuation de la connaissance (www.worldbank.org/kam, Banque mondiale 2012a). FIGURE 2.2. Scores rgionaux sur le KEI, 2012 Source : Mthode d'valuation de la connaissance (www.worldbank.org/kam, Banque mondiale 2012a). PERFORMANCE DES PAYS La KAM 2012 indique, aprs l'examen des rsultats des pays de la rgion, que les scores KEI de la plupart des pays de MENA ont recul depuis 2000, soulignant une absence de progrs dans les conomies de la connaissance en matire de btiment (Figure 2.3). Au cours 0510 QualitrglementaireEtat de droitRedevances etrecettes($US/pop.)S&E Articles depresse / Mil.PersonnesBrevetsaccords parUSPTO / Mil.ScolarisationannuellemoyenneTaux brutd'inscriptions ausecondaireTaux brutd'inscriptions l'enseignemenTotaltlphones par1000 personnesOrdinateurs par1000 personnesUsagers del'Internet par1000 personnes Moyen Orient etAfrique du NordEurope et Asie centraleAmrique latine02468Europe etAsie centraleAsie de l'Estet PacifiqueAmriquelatineMoyenOrient etAfrique N.Asie du Sud Afrique 62 de la dernire dcennie, l'Algrie, le Bahren, Oman, l'Arabie saoudite, la Tunisie, et les EAU - tous des pays riches en ressources, l'exception de la Tunisie - ont amliors leur KEI, alors que les scores de Djibouti, d'Egypte, de la Jordanie, du Kowet, du Liban, du Maroc, de Qatar, de la Syrie, et du Ymen taient en 2012 plus bas qu'en 2000. A l'instar de la KAM, l'indice global annuel de comptitivit (GCI) du Forum conomique mondial (FEM) permet d'clairer les rsultats des pays MENA. Le GCI pour 142 pays - comprenant 14 de la rgion MENA - est prsent dans le Rapport sur la comptitivit mondiale 2011-12 (FEM 2011). La Figure 2.4 compare les classements GCI pour des pays du monde arabe en 2010 et 2011. FIGURE 2.3. Scores des pays sur l'Indice de l'conomie de la connaissance (KEI), 2000 et 2012 Source : Mthode d'valuation de la connaissance (www.worldbank.org/kam, Banque mondiale 2012a). Les classements des pays MENA sont tout aussi varis sur le GCI que sur le KEI. Sur le GCI le plus rcent, les pays du Conseil de coopration du Golfe (CCG) ont fait de bons scores.4 Avec la 14me position qu'il occupe sur le classement mondial, le Qatar vient en tte de la rgion, suivie par l'Arabie Saoudite (17), les EAU (27), Oman (32), le Kowet (34), et le Bahren (37). La Tunisie vient en 40me position dans le monde, soit la meilleure place parmi les pays non riches en ressources, et ce, grce sa dcision dans les annes 1990 de poursuivre la politique de mise en uvre d'une conomie de la connaissance. Quant au Maroc, le Liban et l'Egypte, ils occupent respectivement les 73me, 89me et 94me places. 4 Le Conseil de Coopration du Golfe (CCG), comprend le Bahren, le Kowet, Oman, le Qatar, l'Arabie saoudite, et les EAU. A noter que le bon classement sur le KEI reflte l'importance de l'investissement dans des variables lies l'conomie de la connaissance, et ne reprsente pas ncessairement une bonne performance en termes de productivit par rapport ces investissements. Par ailleurs, le KEI ne prend pas en considration les indicateurs sociaux, tels ceux lis au genre susceptible, long terme, d'affecter le progrs socital. 02468DjiboutiYmen, Rp.Rp. ArabeMarocEgypte, Rp.AlgrieTunisieLibanJordanieKowetQatarArabieOmanBahrenEmirats20122000 63 FIGURE 2.4. Classement des pays sur le GCI en 2010-11 et 2011-12 Source: FEM 2011. Sur le plan du GCI, et tout comme pour le KEI, ce sont les pays riches en ressources qui viennent en tte. La plupart des conomies de Golfe ont tir profit de leurs vastes ressources naturelles et des prix croissants de l'nergie. Ils ont utilis les revenus qui en dcoulent pour amliorer leur comptitivit ces dernires annes, tablissant une base solide fonde sur un cadre institutionnel de qualit, assorti d'un environnement macroconomique stable, des marchs de biens performants et des entreprises de plus en plus sophistiques. D'autres - dont l'Algrie, l'Egypte, la Jordanie, le Liban, le Maroc, la Syrie, la Tunisie, le Maroc, la Jordanie, le Liban et la Syrie - ont dploy quelques efforts, mais sont confronts des niveaux varis de transition politique et conomique. Comment expliquer la lenteur du progrs des pays MENA vers l'conomie de la connaissance ? La relation entre le KEI 2012 et le GCI 2011-2012 est plus faible pour les pays MENA que pour le reste du monde (Figure 2.5).5 L'cart est particulirement prononc pour le pays du CCG, dont le score est le plus haut sur l'chelle KEI. En d'autres termes, les facteurs relatifs l'conomie de la connaissance jouent, dans les pays arabes, un rle moindre que celui que l'on peut supposer, compte tenu de leur niveau de comptitivit. 5 Le GCI a t la principale mthode employe par le FEM dans son valuation de la comptitivit. Le modle repose sur le principe que les facteurs dterminants de la comptitivit sont nombreux et interagissent les uns avec les autres de faon complexe. Le GCI recueille ces interactions par la moyenne pondre de 12 piliers de comptitivit : (i) Les conditions de base, essentielles pour les conomies axes sur les facteurs, comprennent les institutions, les infrastructures, l'environnement macroconomique, la sant et l'enseignement primaire ; (ii) Les dynamiseurs d'efficacit, qui sont essentiels pour les conomies axes sur l'efficacit, comprennent l'enseignement suprieur et la formation, l'efficacit du march des produits, l'efficacit de march du travail, le dveloppement du march financier, la maturit technologique et la taille du march ; et (iii) Les facteurs d'innovation et de sophistication, lments cls des conomies axes sur l'innovation, comprennent la sophistication des entreprises et l' innovation (FEMand OCDE 2011). 050100150Classement 2010-2011 64 FIGURE 2.5. Performances des pays sur le KEI 2012 et sur le GCI 20112012 Source : FEM 2011; Banque mondiale 2012a Les pays MENA semblent exposer ce qu'on pourrait appeler une "comptitivit faible en connaissance" - leur comptitivit provenant de facteurs autres que ceux lies la connaissance (Taha 2010 et Koivisto 2012). On constate dans l'ensemble de la rgion une insuffisance dans la capacit nationale absorber la connaissance, qui s'appuie grandement sur l'investissement dans le capital humain et l'ouverture au commerce et l'investissement direct tranger (IDE) pour assurer la comptitivit. La rgion semble avoir atteint un palier au cours de la dernire dcennie dans son volution vers l'conomie de la connaissance. Plusieurs raisons sous-tendent cette terne performance. L'essentiel des d'conomies dans le monde arabe se compose d'conomies axes sur les facteurs, qu'il faut transformer en conomies axes sur l'efficacit et l'innovation. La volatilit politique et conomique, rcemment surtout, a galement exerc une pression vers le bas sur le KEI en affaiblissant le rgime conomique et institutionnel global (REI). A cet gard, les vnements actuels offrent une excellente occasion pour instaurer une gouvernance conomique plus transparente et efficace et librer le potentiel de la rgion. La performance conomique des pays de la rgion a t freine par leur REI relativement faible - l'exception des pays du CCG - en raison de la forte influence que le REI exerce sur les rsultats d'autres piliers de l'conomie de la connaissance. En effet, l'indice du pilier REI est fortement corrl au KEI global (Figure 2.6) en raison de l'influence du REI sur les autres piliers. La gouvernance mdiocre, qui dbouche sur un climat peu favorable aux affaires, constitue l'un des obstacles majeurs au dveloppement socioconomique de la rgion et, en particulier, au dveloppement ax sur la connaissance. Alg Bah Egy Jor Kwt Leb Mau Mor Omn Qat KSA Syr Tun UAE Yem y = 0.2159x + 3.0784 R = 0.7191 y = 0.3395x + 2.6999 R = 0.7885 2.533.544.555.560 2 4 6 8 10GCI KEI Indice de connaissance contre Indice de comptitivit mondiale (2011-2012) World (excludingArab Countries)Source de donnes : KAM Banque mondiale , FEM 65 FIGURE 2.6. Performance des indices KEI et REI pour la rgion MENA et autres rgions et groupes de pays, 2009 Source : KAM -- Mthode d'valuation de la connaissance (www.worldbank.org/kam, Banque mondiale, 2009). N.B. : Moyenne pondre provenant de la KAM et des calculs de l'auteur, sauf l o les donnes taient indisponibles (Irak, Libye et Palestine). Un rcent rapport de la Banque mondiale, qui s'est pench sur la performance conomique, bonne et mauvaise, de plus de 100 pays au cours de ces 30 dernires annes, a apport des preuves empiriques soutenant l'ide que la libert conomique et les liberts civiles et politiques expliquent pourquoi certains pays ralisent de meilleurs rsultats conomiques durables, contrairement d'autres (Chauffour 2011). L'tude dmontre, par exemple, qu'une unit de changement dans le niveau initial de libert conomique entre deux pays, mesure sur une chelle de 1 10, est associe presque 1 point de pourcentage d'cart dans leurs taux moyens de croissance conomique long terme. Dans le cas des liberts civiles et politiques, l'effet long terme est galement positif et significatif, avec un cart de 0,3 point de pourcentage. Avec le temps, l'expansion des conditions de libert (conomique, civile, et politique) influencera positivement la croissance conomique long terme. L'on peut tirer de ces conclusions des enseignements politiques potentiellement importants. Dans les pays revenu moyen, tels ceux du Printemps arabe, il existe prsent une qute de droits civils et politiques ainsi que de libert conomique. Le succs de cette qute, associ la rduction des privilges et faveurs en vigueur, devrait mener une plus grande croissance conomique. COMPRHENSION ET VALUATION DES QUATRE PILIERS LE RGIME CONOMIQUE ET INSTITUTIONNEL, Y COMPRIS LA GOUVERNANCE Le REI est un pilier majeur de l'conomie de la connaissance. Ses principaux constituants sont la stabilit macroconomique, la concurrence, l'efficacit des politiques de rglementation, l'tat de droit, et les rgles et procdures juridiques qui favorisent l'esprit d'entreprise et la prise de risques. La qualit du gouvernement reprsente galement un 0 2 4 6 8 10Autres Asie du Sud AfriqueMaghrebMonde arabeMashreq Amrique latine Moyen Orient et AfriqueCCGMonde arabe Asie de l'Est et Pacifique Europe et Asie centrale G7 Europe occidentaleKEIIndice rgimeconomique 66 composant particulirement important du REI du fait que c'est l'intgrit et l'efficacit du gouvernement qui dterminent les principes de base d'une socit. Un REI efficace comprend aussi un climat concurrentiel qui rehausse la performance conomique, un systme financier qui mobilise et affecte le capital l'emploi le plus productif, des marchs du travail flexibles (y compris le soutien au renforcement des capacits de la main-d'uvre), et des filets de scurit efficaces permettant de faciliter l'ajustement la restructuration constante. La mesure dans laquelle les pays sont disposs exploiter les diverses sources de connaissance dans l'conomie mondialise est influence par la qualit de fonctionnement du rgime conomique. quelques exceptions prs, les pays MENA sont demeurs conomiquement loigns de l'conomie mondiale. L'index de mondialisation KOF (KOF ETH 2010) mesure les dimensions conomiques, sociales, et politiques de la mondialisation. Ces dimensions sont prises en compte par les flux conomiques (commerce, IDE, investissements de portefeuille, et versement de revenus aux ressortissants trangers sous forme de parts du PIB), la mondialisation sociale (contacts personnels, circulation de l'information et proximit culturelle), et la mondialisation politique (ambassades, adhsions aux organisations internationales et traits internationaux).6 L'indicateur de 2012 comprend 208 pays. Cinq pays arabes sont classs parmi les cinquante meilleurs, dont quatre parmi les pays du Golfe riches en ressources, savoir : les EAU (avec un score de 75,69), le Kowet (71,42), le Bahren (68,83), et le Qatar (66,53). Le cinquime est la Jordanie, qui vient aprs le Kowet avec une note globale de 70,48. Tout en bas du classement on trouve la Syrie (42,78), l'Iran (40,69), et la Cisjordanie et Gaza (33,13). Attirer l'IDE permet de puiser dans le stock sans cesse grandissant de la connaissance mondiale. L'IDE contribue, en effet, faciliter le transfert et l'adoption transfrontaliers des nouvelles connaissances et technologies. L'indice de confiance A.T. Kearney FDI Confidence Index 2012 examine les perspectives futures des flux de l'IDE dans 27 destinations principales pour l'investissement, un moment o l'conomie mondiale s'efforce de sortir de la rcession mondiale.7 Le seul pays arabe sur la liste est l'EAU, qui se situe au quinzime rang. En tant que portail d'investissements vers le Moyen-Orient, il peut profiter dans une certaine mesure des bouleversements politiques que connait actuellement la rgion, dans le cas o les investisseurs trangers se tournent vers ce pays en raison de sa stabilit relative. Il serait galement intressant de scruter l'environnement commercial mondial dans son ensemble. Le Rapport sur la promotion du commerce mondial du FEM 2012 (Global Enabling Trade Report) - un inventaire complet de l'environnement commercial dans 132 pays - place l'EAU en tte du monde arabe, et en 19me position mondiale en termes d'environnement favorable au commerce. En deuxime position dans le monde arabe vient Oman (25), suivi de l'Arabie saoudite (27), du Bahren (30), du Qatar (32), de la Jordanie (42) 6 L'indice de mondialisation KOF dfinit la mondialisation comme le processus de cration de rseaux de connexions entre des acteurs des distances multi-continentales, par l'intermdiaire d'un flux trs vari de personnes, d'informations et d'ides, de capitaux et de biens. La mondialisation est conu comme un processus qui rode les frontires nationales ; intgre les conomies nationales, les cultures, les technologies et la gouvernance ; et produit des relations complexes d'interdpendance mutuelle. 7 L'indice de confiance A.T. Kearney FDI Confidence Index 2012 value l'impact des changements politiques, conomiques et de rglementation sur les intentions et prfrences IDE des dirigeants des entreprises chefs de file dans le monde. L'indice 2012 s'appuie principalement sur une enqute effectue auprs de plus de 200 dirigeants d'entreprises de 27 pays et de 17 secteurs industriels (http://www.atkearney.com/index.php/Publications/cautious-investors-feed-a-tentative-recovery.html). 67 et de la Tunisie (44). Le Kowet se classe au plus bas parmi les Etats du CCG, la 66me place. L'Egypte (90), le Liban (93), la Syrie (108) et le Ymen (119) compltent la liste. L'on peut aisment constater que les cinq principaux Etats favorisant le commerce dans le monde arabe se situent dans la rgion du CCG. Bien que chaque pays soit diffrent de l'autre, la domination du CCG se reflte mal sur quelques uns des Etats arabes plus peupls et importateurs de ptrole, o il est vital d'instaurer un environnement rglementaire susceptible d'impulser le commerce et les affaires afin de rpondre aux besoins de leurs populations. L'indice de libert conomique de l'Hritage Foundation tablit le classement de 184 pays selon 10 degrs de libert conomique lies l'tat de droit, l'intrusion du gouvernement, l'efficacit du cadre rglementaire, et l'ouverture des marchs.8 Comme on pouvait s'y attendre, l'indice 2012 souligne que la libert conomique a diminu au cours de l'anne dans le monde. Parmi les principales 25 conomies les plus libres dans l'index 2012, deux se situent dans la rgion arabe : Bahren (position 12) et Qatar (25). La Jordanie occupe la position 33, suivie de loin par le Maroc (87), le Liban (90), la Tunisie (95), et l'Egypte (100). Ces rsultats laissent entendre que le soulvement arabe dclench fin 2010 serait provoqu par l'assombrissement des perspectives conomiques, l'ingalit des revenus et les rgimes corrompus. Pour que les entrepreneurs nationaux soient en mesure de se dvelopper et gnrer l'emploi, il est essentiel d'amliorer le climat conomique gnral. Le rapport sur la comptitivit du monde arabe, 2011-2012 (FEM et OCDE 2011) met l'accent sur les dfis qui se posent au monde arabe en matire d'affaires (Figure 2.7). Selon les entrepreneurs chefs de file, il existe trois obstacles majeurs pour la ralisation des affaires dans la rgion, savoir, les rglements de travail restrictifs, la bureaucratie inefficace et le manque de financement L'Indicateur du Doing Business 2012 pour 183 pays suit les changements apports aux rglements appliqus principalement aux petites et moyennes entreprises nationales dans 11 domaines de leur cycle de vie. L'indicateur 2012 place quatre pays du CCG parmi les 50 premires places (Banque mondiale 2012b). L'Arabie saoudite vient en premire position dans le monde arabe (et numro 12 dans le classement mondial), suivi d'assez loin par les Emirats 8 L'indice de libert conomique de l'Heritage Foundation analyse l'volution des politiques conomiques dans 184 pays depuis le milieu de 2010. Il est bas sur les 10 composants suivants : libert d'entreprises, libert commerciale, libert fiscale, dpenses du gouvernement, libert montaire, libert d'investir, libert financire, droits de proprit, droit d'tre l'abri de la corruption, et libert de travail (http://www.heritage.org/index). FIGURE 2.7. Doing Business (faire des affaires) dans le monde arabe Source : FEM et OCDE 2011. 0 2 4 6 8 10 12 14 16 18 20Accs au financementRglements de travail restrictifsBureaucratie administrative inefficaceFormation inadquate de la main d'uvreCorruptionInfrastructures inadquateInstabilit politiqueInstabilit gouvernementale /coupsInflationTaxationRglementation fiscaleRglements devises trangresInsuffisance de la sant publiqueCrime et vol 68 (33), le Qatar (36), et le Bahren (38). La Tunisie se situe en position 46, suivi d'Oman (49). Parmi les conomies arabes, 13 pays ont mis en uvre en 2011 des rformes destines simplifier les mesures relatives aux affaires - 20 rformes en tout. La moiti de ces rformes visent faciliter le dmarrage d'une entreprise ou l'amlioration des systmes d'information relative au crdit, mais laissent inchanges les possibilits de rforme touchant la rglementation et une plus grande transparence. Les entrepreneurs continuent, dans le monde arabe, faire face des procdures rglementaires souvent complexes et coteuses pour dmarrer et oprer les entreprises - tout en se heurtant une moindre protection en matire d'investissement et de droits de proprit que leurs contreparties dans d'autres rgions. L'environnement rglementaire varie travers la rgion. Le Maroc tait le plus actif dans la mise en uvre des rformes en 2010-2011. Le nouveau rapport indique que pendant les six dernires annes, 94 pour cent des 18 conomies arabes de l'chantillon ont rendu leur environnement rglementaire plus favorable aux entreprises. L'Egypte a enregistr les meilleurs progrs sur ce plan, entre 2005 et 2011, suivi de l'Arabie saoudite. Ces indicateurs constituent des baromtres utiles pour indiquer la position de chaque pays. Au cours des deux dernires dcennies, la plupart des Etats du CCG se sont attaqu leur gouvernance globale tout en s'engageant dans la mondialisation d'une faon plus avertie. Il n'en demeure pas moins qu'ils doivent, dans leur grande majorit, diversifier leurs conomies et mettre en place des conomies plus durables axes sur la connaissance et le secteur priv. Les quelques faiblesses constates dans les Etats CCG comprennent l'enseignement public, la mdiocrit des pratiques relatives la culture du travail, et des rseaux sous-dvelopps de soutien aux entreprenants (Molavi 2012). Pour mieux exploiter ses ressources humaines, la rgion MENA doit imprativement promouvoir la participation des femmes toutes les sphres de la vie conomique, sociale, et politique. La question est de savoir, cependant, comment les socits de la rgion contribueront amliorer l'inclusion de la femme. Le KAM indique, selon une perspective comparative, que le chmage et l'inactivit parmi des femmes sont plus rpandus dans la rgion MENA que dans les rgions revenu moyen telles que l'EAC et LAC (Figure 2.8). Il ne fait aucun doute qu'une plus grande autonomisation conomique provoquera un cercle vertueux incluant l'autonomisation des femmes. Des efforts cibls, coordonns et ponctuels rpondant aux spcificits de chaque pays, sont ncessaires sur plusieurs fronts pour accrotre l'implication de la femme dans le domaine public. Ces efforts doivent inclure des politiques permettant d'assurer l'galit des femmes devant la loi, de relever les autres dfis au dveloppement humain, de redresser l'cart FIGURE 2.8. Participation des femmes d'une perspective comparative, 2012 Source : Mthode d'valuation de la connaissance (www.worldbank.org/kam, Banque mondiale 2012a). 0510Scolarisation,Secondaire,filles (% brutSchoolEnrollment,Tertiary,Taux dechmage,femmes (%Ratio del'emploi desfilles parRatio del'emploi desfemmes partaux departicipationdes femmesFemmes dansla forceouvrire (%Middle East and N. AfricaEurope and Central AsiaLatin America 69 au niveau des comptences, et de promouvoir la participation civique et politique de la femme (Viswanath 2012). ENSEIGNEMENT ET RESSOURCES HUMAINES L'enseignement est le catalyseur fondamental de l'conomie de la connaissance, car ce sont les personnes instruites et qualifies qui savent crer, partager, diffuser et employer efficacement les connaissances. Outre les comptences gnrales traditionnelles, tels que l'criture et le calcul et, plus rcemment, les capacits TIC, l'conomie de la connaissance exige aujourd'hui des comptences non techniques telles que la capacit de communication, de rsolution de problmes, de crativit et de travail d'quipe. Le dveloppement d'une conomie de la connaissance exige que le systme d'enseignement soit suffisamment flexible pour dispenser les deux types de comptences dans des volumes adquats. Ce systme commence par l'enseignement de base, qui constitue le point de dpart de l'apprentissage, et se poursuit avec l'enseignement secondaire et suprieur, grce auxquels s'acquirent les comptences essentielles (y compris les comptences techniques) et incite la rflexion crative et critique indispensable la rsolution des problmes et l'innovation. Le systme d'enseignement doit galement inclure des dispositions pour l'apprentissage vie. Les rsultats sur les tests ducatifs internationaux indiquent que les rsultats pour la rgion demeurent sensiblement infrieurs de ceux des pays de l'Organisation de coopration et de dveloppement conomiques (OCDE). Aucun des 12 pays MENA qui ont particip au test de capacit en math et science la 8me anne scolaire, effectu dans le cadre de l'Etude internationale sur les mathmatiques et les sciences 2007 (TIMSS), n'a ralis des scores suprieurs la moyenne (Figure 2.9). L'une des faiblesses du systme d'enseignement de la rgion est que la plupart des pays MENA se caractrisent par l'absence de normes nationales de mesure des acquis scolaires, tandis que ceux qui ont ces normes ne recourent pas aux tests pour promouvoir la responsabilisation dans le systme (Ezzine 2009). FIGURE 2.9. Score de la 8me anne TIMSS, 2007 Source : Gonzales 2009. 319 403 297 318 303 423 408 408 452 467 445 482 414 500 567 307 329 341 354 367 372 387 391 395 398 420 427 449 500 598 0 100 200 300 400 500 600 700QatarArabie saouditeMaroc*KoweitAutorit nle. PalestinienneOmanAlgrieEgypteSyrieBahrenTunisieJordanieLibanEchelle moyenne TIMSSPays en tte Scores de la 8me anne TIMSS dans les pays arabe & comparateurs, 2007 ScienceMath 70 N.B. : Les donnes pour le Maroc concernent les jeunes n'ayant pas atteint les taux de participation scolaire prvue pour la 8me anne. Les rsultats du Programme international pour le suivi des acquis des lves 2009 (PISA) sont galement loquents pour les quelques pays de la rgion qui y ont pris part. Compar la moyenne OCDE, la Jordanie, le Qatar et la Tunisie sont la trane de leurs pairs dans les sciences, les maths, et la lecture (Figure 2,10).9 Les rsultats dmontrent galement que les aptitudes cognitives sont assez faibles dans la rgion. Ceci est d'autant grave qu'une grande partie des laurats du secondaire passe dans les tablissements de l'enseignement suprieur avec des niveaux d'aptitudes cognitives dj assez bas. Le bulletin d'ducation pour le monde arabe brosse un tableau peu reluisant. Un rapport rcent (Faour 2012) inclut des indicateurs qui combinent des donnes procdant de trois tudes internationales (TIMSS2007, PIRLS2006 et PISE 2009) qui mesurent la scurit dans les coles, l'enseignement, l'apprentissage et l'environnement institutionnel dans 14 pays arabes. Deux domaines amliorer peuvent tre cits titre d'exemple : les donnes indiquent qu'un pourcentage considrable d'enseignants (professeurs de maths, par exemple) taient dficients dans leur prparation acadmique et la formation initiale bien avant l'entre dans la profession. Par ailleurs, de nombreux enseignants ne reoivent pas de perfectionnement professionnel appropri pendant le service pour les aider amliorer leurs comptences pdagogiques. L'cart persiste entre les aptitudes acquises l'universit et les exigences des employeurs. Les entreprises citent souvent le manque d'aptitudes comme une contrainte importante au recrutement : selon l'enqute de la Banque mondiale sur les entreprises, celles-ci considrent le niveau des comptences comme une contrainte majeure au Liban (38 pour cent des entreprises enqutes), en Syrie (36 pour cent), en Jordanie (33 pour cent), et en Egypte (31 pour cent). Le FEM a galement constat l'insuffisance de l'ducation de la main-d'uvre comme l'un des dfis qui se posent pour les entreprises dans le monde arabe (FEM et OCDE 2011). INNOVATION Le systme d'innovation d'une nation se compose du rseau dacteurs et des rgles et procdures qui influencent la manire dont un pays acquiert, cre, diffuse et utilise la 9 Le PISA est une enqute internationale entam en 2000, value les systmes d'enseignement dans le monde entier en examinant les aptitudes et le savoir des tudiants de 15 ans dans les pays/conomies prenant part. Depuis l'an 2000 plus de 70 pays et conomies ont particip au PISE. FIGURE 2.10. Rsultats du test PISA 2009 Source : Jaramillo et Melonio 2011. 501 447 415 425 383 401 401 379 499 421 387 419 371 388 372 368 496 449 405 421 402 398 404 379 300 350 400 450 500 550OECDChileJordanThailandIndonesiaArgentinaTunisiaQatarReadingMathematicsScience 71 connaissance et la technologie. Il comprend les entreprises, centres de recherche, universits, consultants, et autres organismes qui suivent les progrs des nouvelles connaissances et technologies, puisent dans les rserves sans cesse grandissantes de la connaissance mondiale, qu'ils assimilent et adaptent aux besoins locaux. Les liaisons entre les systmes nationaux et mondiaux de la connaissance peuvent voluer sous forme de recherche conjointe, d'changes de personnel, d'change de brevets, d'octroi de licence en matire de technologie, d'achat d'quipements, ainsi que bien d'autres canaux. La performance innovante d'un pays dpend dans une large mesure de l'interdpendance des diffrents acteurs nationaux en tant que membres d'un systme plus grand. S'agissant du pilier de l'innovation, la KAM 2012 mesure les progrs raliss sur le plan des redevances et droits de licence (paiements et recettes), des brevets accords par le bureau amricain des brevets et marques dposes, et des articles publis dans les revues scientifiques et techniques (Figure 2.11). Les derniers rsultats indiquent que l'Algrie, le Liban, Oman, le Qatar, la Tunisie, les Emirats arabes unis et le Ymen ont amlior leur score depuis 2000, alors que l'Egypte, la Jordanie et le Maroc ont rgress. La performance mdiocre de la rgion s'explique par l'exigit de la base scientifique, que le monde arabe doit largir s'il compte tablir des industries de pointe. Dans cette rgion qui abrite quelques unes des universits les plus anciennes du monde et qui a contribu pendant des milliers d'annes la connaissance universelle, les chercheurs des pays de la Ligue arabe produisent peine un peu plus de 0,5 pour cent des articles publis dans les journaux scientifiques travers le monde. Plus encore, les pays arabes ont dpens en 2009 moins de 1 pour cent de leur PIB sur la recherche et dveloppement (R&D), contre 2,3 pour cent du PIB des pays de l'OCDE pour la mme anne. Pour de nombreux pays MENA qui trainent encore loin derrire la frontire mondiale dans beaucoup de secteurs, exploiter et utiliser efficacement la connaissance mondiale actuelle par des canaux, tels que le commerce et l'IDE, peut avoir un plus grand impact conomique que le dveloppement de la connaissance frontalire. FIGURE 2.11. Le pilier de l'innovation dans les pays MENA, 2000 et 2012 Source : Mthode d'valuation de la connaissance (www.worldbank.org/kam, Banque mondiale 2012a). L'indice mondial d'innovation 2011 (GII) tablit le classement de 125 pays et conomies en termes de leur capacit d'innovation et de ses rsultats (INSEAD 2011). Le rapport distingue entre les innovateurs efficaces - pays qui surmontent les faiblesses pour raliser 0123456720122000 72 davantage de produits innovateurs que ne le supposent leurs ressources d'innovation (facteurs) - et ceux qui ne ralisent pas leur potentiel thorique d'innovation.10 Les scores GII globaux prsentent une illustration composite de la performance d'un pays en matire d'innovation.11 Le GII comprend 16 pays du monde arabe, le Qatar tant class parmi les 30 premiers, la position 26.Les autres conomies revenus levs de la rgion occupent des positions infrieures : Les Emirats (34), le Bahren (46), le Kowet (52), l'Arabie saoudite (54), et Oman (57). Les pays revenus moyens tels que le Liban (49) prsentent des faiblesses dans les deux indicateurs d'innovation (ressources et produits). Les autres pays revenu faible intermdiaire -Tunisie (66), Egypte (87), et Maroc (94) - sont tous dans la moiti infrieure du classement GII, et la Syrie (115), le Ymen (123), et l'Algrie (125) parmi les 25 les plus bas. La Jordanie constitue une exception remarquable - elle se classe en 4me position parmi les pays MENA pris en compte par l'indice GII et occupe la 41me place gnrale. Sa position est remarquable parce qu'elle prcde de 25 positions son concurrent le plus proche dans la mme rgion et la mme catgorie de revenus, la Tunisie (66). Bien que la Jordanie soit seulement huitime dans la rgion sur le plan des ressources d'innovation, elle est troisime sur le plan des produits. L'influence de la Jordanie vient de ses produits cratifs, entrepris avec un grand dynamisme au niveau des enregistrements de marques dposes des rsidents au niveau national (o elle se place premire dans la rgion) et un niveau relativement lev d'exportations de marchandises cratives. TECHNOLOGIE DE L'INFORMATION ET DE LA COMMUNICATION (TIC) 10 Trouver un dispositif susceptible dobserver l'innovation telle qu'elle se produit rellement est une vritable gageure. Avec l'extension de la dfinition de l'innovation ces dernires annes, ce dfi s'est accentu, entrainant avec lui la difficult de concevoir des indicateurs et de collecter les donnes. Des innovations ne se limitent pas seulement aux laboratoires R&D et aux articles scientifiques publis ; la production de la connaissance est dsormais principalement centre sur l'entreprise, o la recherche, qui est interdisciplinaire, est de plus en plus axe sur le contexte, focalise sur des problmes ponctuels et oriente vers l'application. L'innovation englobe non simplement les nouveaux produits ou les produits, procds et mthodes amliors pour la fourniture des services, mais propose aussi des modles commerciaux et organisationnels affaires, ainsi que des imitations cratives et des rattrapages technologiques. Plus encore, les innovations se produisent tout autant dans des laboratoires et entreprises de haute technologie que dans les industries de basse technologie ainsi qu'au niveau public ou social (comme dans la fourniture innovante de services gouvernementaux). 11 Le GII est calcul comme la moyenne simple de deux sous-indices, alors que l'Indice d'efficacit de l'innovation reprsente le rapport entre les deux. Le sous-indice de l'intrant d'innovation mesure les lments de l'conomie nationale qui permettent la ralisation d'activits innovatrices, que l'on groupe en cinq catgories : (i) les institutions, (ii) le capital humain et la recherche, (iii) l'infrastructure, (iv) le fonctionnement du march, et (v) la sophistication des affaires. Le sous-indice de l'extrant d'innovation constate le produit rel de l'innovation. Ce sous-indice se divise en deux catgories : (i) les produits scientifiques et technologiques et (ii) les produits cratifs (consistant d'lments intangibles de crativit comprenant des statistiques sur les marques de commerce enregistres au bureau national et en vertu du systme de Madrid, assortis de deux questionnaires concernant, d'une part l'utilisation des TIC dans les modles d'activits commerciales et organisationnelles et les nouveaux domaines qui sont lis de faon accrue l'innovation dans la littrature et, d'autre part, les biens cratifs et services cratifs qui comprennent la part de dpenses des mnages en matire de rcration et de culture en tant que mesure des activits cratives dans un pays). Ces catgories se divisent en 20 sous-catgories, totalisant un ensemble de 80 indicateurs (http://www.globalinnovationindex.org/gii/main/fullreport/index.html). 73 Les progrs technologiques rapides affectent profondment l'acquisition, la cration, la diffusion et l'utilisation des connaissances. En raison de l'importance accrue de la connaissance en tant qu'un lment de comptitivit, l'utilisation des TIC contribue la rduction des cots de transaction et l'limination des barrires de temps et d'espace, permettant ainsi la production de masse de biens et services adapts aux besoins du client et la substitution des facteurs limits de production. L'infrastructure de l'information d'un pays se compose des rseaux de tlcommunication ; des systmes d'information stratgique ; des cadres politiques et juridiques affectant le dploiement de ces rseaux et systmes ; des ressources humaines comptentes requises pour leur dveloppement, fonctionnement et utilisation ; ainsi qu'une population en mesure d'utiliser les TIC. La mise en place d'une solide infrastructure de l'information exige, cependant, la mobilisation des nombreux intervenants impliqus dans son dploiement et son utilisation dont, en particulier, le gouvernement, les entreprises, les consommateurs et les prestataires des services de tlcommunication et d'information. Les applications TIC contribuent galement l'amlioration de l'efficacit des services actuels tout en gnrant de nouvelles opportunits, notamment dans le commerce, la gouvernance, l'ducation, la connectivit professionnelle, la fourniture des soins de sant et le dveloppement environnemental. Le Rapport mondial FEM 2012 sur la technologie de l'information couvre 142 conomies et comprend le Networked Readiness Index (indicateur de rceptivit - NRI) qui mesure le degr d'utilisation des TIC par les conomies du monde pour accrotre la comptitivit.12 Le cadre NRI 2012 value l'ampleur constate dans l'adoption des TIC par le march et le cadre rglementaire d'un pays et la capacit de la socit utiliser de faon approprie une infrastructure TIC abordable. Il value, en outre, les efforts des individus, des entreprises et du gouvernement accrotre leur capacit d'utilisation des TIC ainsi que l'utilisation relle des TIC dans leurs activits quotidiennes ; l'impact conomique et social gnral exerc par les TIC ; ainsi que la conversion d'un pays vers les TIC et le niveau d'habilit technologique de l'conomie et de la socit. Les pays de CCG figurent toujours en bonne place dans le classement NRI de 2010-2011 et 2012 (Figure 2.12), avec 3 pays parmi les 30 premires places - Bahren, Qatar, et Emirats. L'Algrie, l'Egypte, le Maroc, la Syrie et la Tunisie ont amlior leurs positions en 2012, alors que le Liban se maintenait la mme place. FIGURE 2.12. Classement des pays MENA sur l'indicateur Networked Readiness Index au titre de 201011 et 2012 Source : FEM 2011. 12 Le Rapport mondial sur la technologie de l'information 2010-2011 couvre 138 pays et est disponible sur : http://www3.weforum.org/docs/WEF_GITR_Report_2011.pdf. Le Rapport mondial sur la technologie de l'information 2012 est disponible sur : http://www3.weforum.org/docs/Global_IT_Report_2012.pdf. 27 28 30 34 40 47 50 62 79 91 95 118 129 30 25 24 33 41 50 35 75 74 83 95 117 124 Bahrein Qatar Emirat ArabiesaouditeOman Jordanie Tunisie Kowet Egypte Maroc Liban Algrie SyrieNRI 2012 NRI 2010-2011 74 La rgion MENA merge comme un espace prometteur de dlocalisation pour les entreprises europennes, tirant profit de la proximit et de l'abondance de la main d'uvre comptente de la rgion pour la ralisation des activits d'externalisation (y compris les services et soutien en matire de technologie de l'information), de centres d'appel et de services de soutien administratif. En effet, les pays d'Afrique du Nord ont clips plusieurs sites de l'Europe de l'Est, comme le constate l'indicateur A.T. Kearney's 2011 Global Services Location Index des 50 principaux pays d'externalisation des activits, selon lequel l'Egypte vient en 4me position mondiale et en premire position au Moyen-Orient.13 Bien que ce classement date d'avant les rcents bouleversements politiques, l'Egypte a de tout temps obtenu de bonnes notes en raison du faible cot de sa main-d'uvre qualifie. Le gouvernement gyptien a galement favoris le secteur l'tranger, tout en poussant les entreprises s'aligner avec les normes internationales. Mais la rcente agitation politique du pays est susceptible d'avoir des consquences long terme pour l'Egypte en tant que lieu d'externalisation. Les Emirats occupent la 15me position dans classement mondial et servent de plate-forme rgionale de services qui soutient de nombreuses multinationales dans toute la rgion, grce aux cots concurrentiels de la main-d'uvre, la qualit leve de ses coles de gestion, et l'amlioration des taux d'alphabtisation. Les autres pays de la rgion situs parmi les 25 premires positions sont la Jordanie (22) et la Tunisie (23) ; Le Maroc occupe la 37me place. CONCLUSION L'analyse de performance traite dans ce chapitre, fonde sur l'examen d'un grand choix d'indicateurs et d'indices, dbouche sur plusieurs points intressants. Elle indique que les progrs enregistrs au cours de la dernire dcennie par la rgion MENA dans sa transition vers l'conomie de la connaissance a t plus lent que celui de ses proches concurrents au niveau mondial, soit les rgions EAC et de ALC. Par ailleurs, ce progrs semble avoir atteint son plafond. De faon gnrale, la comptitivit semble tre de faon accrue axe sur les facteurs plutt que sur la connaissance et l'innovation. La performance de l'conomie de la connaissance dans la rgion est, en particulier, entrave par l'tat mdiocre de l'EIR dans de nombreux pays, notamment le climat de gouvernance. Il est donc ncessaire d'apporter des amliorations dans ce domaine et de stimuler globalement, ce faisant, le progrs vers l'conomie de la connaissance et avancer, par voie de consquence, vers la croissance et la comptitivit durables. Il est tout aussi important d'assurer l'autonomisation conomique des femmes afin d'exploiter pleinement les ressources humaines prcieuses de la rgion (voir Chapitre 4). Bien que des progrs spectaculaires aient t enregistrs dans la multiplication de l'accs l'enseignement primaire et secondaire, la mauvaise qualit de l'enseignement et l'cart entre les comptences des diplms quittant l'cole et celles requises par les employeurs continue d'entraver le dveloppement de l'conomie de la connaissance dans la rgion. Les principaux investissements de la rgion en matire d'enseignement (comme expos au Chapitre 5) peuvent tre plus efficacement s'ils sont orients vers l'amlioration de la qualit de l'enseignement tous les niveaux. 13 Le score de chaque pays se compose d'une combinaison pondre de scores portant sur 43 mesures, rparties sur les trois catgories suivantes : attraction financire, comptences et disponibilit des gens, et climat des affaires (A.T. Kearney 2011). 75 Les indicateurs d'innovation confirment que les performances modestes des pays arabes sont demeures modestes, en comparaison ceux du reste du monde (Chapitre 6). Pour la plupart des pays arabes, il est indispensable d'exploiter la connaissance et technologie par le biais de canaux, tels l'IDE, l'importation d'quipements et autres biens, ainsi que par l'octroi de licences. Les pays MENA doivent galement focaliser leur attention sur la diffusion des technologies actuelles. Les progrs significatifs raliss par la rgion, dans son ensemble, sur le pilier TIC doivent tre soutenus afin de tirer profit du potentiel des TIC et promouvoir toute une gamme d'activits conomiques et sociales (voir Chapitre 7). Les pays MENA doivent s'efforcer d'exploiter fond le potentiel des TIC pour la promotion des diffrents secteurs de l'conomie, notamment, l'ducation, l'innovation et l'enseignement ; la gestion du secteur public ; la comptitivit du secteur priv ; et le renforcement des capacits. Ils peuvent, ce faisant, saisir les occasions leur naissance sauter les ponts en adoptant des technologies rcentes sans avoir investi dans les technologies connexes de premire gnration, et de participer au dveloppement de nouvelles industries de la connaissance bases sur les TIC. Les rsultats KAM 2012 refltent galement les perspectives, opportunits et dfis divergents qui se posent l'ensemble des conomies MENA. Les pays riches en ressources et faibles en main-d'uvre, en particulier ceux du CCG, ralisent une performance sensiblement plus leve sur le KEI global et ses composants (EIR, ducation, innovation et TIC). Ces pays sont probablement moins exposs la pression que d'autres pays de la rgion, ayant les moyens de faire des investissements technologiques et autres ressources coteuses - mais ils n'en continuent pas moins faire face au dfi concernant la formation des talents ncessaires l'tablissement d'une conomie diversifie durable base sur la connaissance. Les pays pauvres en ressource mais jouissant d'une main-d'uvre abondante subissent, quant eux, la pression pour entreprendre des rformes travers le dveloppement des secteurs industriels et des services haute valeur ajoute. Les pays pauvres en ressource devraient donc entreprendre les rformes rglementaires ncessaires pour amliorer l'ducation, l'innovation et la concurrence - ingrdients indispensables l'impulsion de la croissance conomique. La rgion arabe peut, dans son ensemble, avancer plus rapidement vers la cration d'emplois de qualit, qui font cruellement dfaut, en mettant en place des politiques qui permettront de progresser simultanment sur chacun des quatre piliers de l'conomie de la connaissance, en s'attachant tout particulirement au renforcement du rgime conomique et institutionnel, y compris la gouvernance et l'amlioration de la qualit des systmes d'enseignement tous les niveaux. 76 RFRENCES A.T. Kearney. 2011. Offshoring Opportunities Amid Economic Turbulence: The A.T. Kearney Global Services Location Index, 2011. http://www.atkearney.com/index.php/Publications/global-services-location-index-gsli.html. . 2012. Cautious Investors Feed a Tentative Recovery: 2012 A.T. Kearney FDI Confidence Index. http://www.atkearney.com/images/global/pdf/Cautious_Investors_Feed_a_Tentative_Recovery-FDICI_2012.pdf. Chauffour, Jean-Pierre. 2011. 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Forum conomique mondial, Genve. http://www3.weforum.org/docs/Global_IT_Report_2012.pdf. 78 Chapitre Trois Dfinir de nouvelles stratgies de dveloppement pour les pays arabes Le prsent chapitre propose des principes pour aider les dcideurs politiques arabes dans la conception et la mise en uvre des stratgies de dveloppement bases sur lconomie de la connaissance.1 Les chapitres qui suivront se concentreront sur des mesures prcises prendre pour chacun des piliers de l'conomie de la connaissance (2me Partie) et que sur les initiatives de diversification sectorielles et spatiales (3me Partie). Ce chapitre dfinit une approche stratgique l'intention des dcideurs politiques, leur fournissant une analyse sur les mthodes d'laboration des stratgies de l'conomie de la connaissance, dcrivant la mise en uvre du cinquime pilier par rapport aux autres, instaurant ainsi la confiance dans le processus de dveloppement. Les orientations stratgiques proposes sont motives par l'exprience mondiale mais adaptes aux spcificits du monde arabe et des dfis qui lui sont poss. Il serait intressant de noter les lments suivants : (i) des pays tels que la Finlande, l'Irlande, la Core, et Singapour qui ont enregistr, pendant les dix ou vingt dernires annes, des succs notables avec les stratgies de dveloppement axes sur l'conomie de la connaissance ; (ii) des pays revenu faible et moyen qui ont connu des taux de croissance levs et durables sur une longue priode, y compris la Chine et l'Inde ; (iii) des pays en transition de l'Europe centrale et de l'Europe de l'Est ; et (iv) la Turquie, qui a beaucoup de points communs avec les pays arabes. L'annexe 2 rcapitule les leons tires de l'exprience d'une douzaine de ces pays. Ces pays ont huit traits en commun : vision et stratgie long terme, mcanismes de responsabilisation, capacit gouvernementale, prfrence pour des solutions adaptes au march ou du moins prfrence pour le march, intgration dans l'conomie mondiale et diversification des exportations, exploitation des connaissances mondiales, investissement dans l'enseignement, et investissement et utilisation de la technologie de l'information et des communications (TIC). Tous ces traits se rapportent aux piliers de l'conomie de la connaissance et sont voques tout au long de ce chapitre, mais pas ncessairement dans l'ordre prcit. La stratgie propose ici prvoit un changement transformateur , ancr dans une perspective d'conomie politique. Quatre axes complmentaires faonnent la stratgie : Ambition et ralisme dans l'action, tout en adaptant les actions politiques en fonction du niveau de dveloppement, des besoins et des capacits du pays concern ; 1 Le prsent chapitre s'appuie sur les contributions de base de Dahlman (2012), Kuznetsov, Dahlman et Djeflat (2012), et Zeidane (2012). Il s'inspire galement de Rischard (2009). 79 Conception pragmatique du changement, en commenant par cueillir les fruits porte de main en vue d'engendrer des gains rapides en matire d'conomie et d'emploi et en passant graduellement mais rgulirement des projets de dmonstration aux changements de porte plus vaste. Mise au point d'un nouveau contrat social en parallle avec le nouveau modle conomique ; Poursuite de l'intgration rgionale et de la coopration internationale en raison de leur potentiel d'acclrer et de consolider le processus global de transformation. En ce qui concerne l'conomie de la connaissance, la rgion ne part pas de zro. Les stratgies de l'conomie de la connaissance peuvent s'appuyer sur ce que certains pays ont dj ralis, comme dcrit dans l'introduction (Encadr I.5). Cependant, les pays de la rgion diffrent tant dans leur niveau de dveloppement que sur le plan de leur engagement dans l'conomie de la connaissance. Ces diffrences seront prises en considration dans le prsent chapitre. AGIR AVEC AMBITION ET RALISME Le premier conseil politique est d'agir avec rapidit et ambition - rapidit, parce qu'il n'y a plus de temps perdre et parce que c'est le meilleur moyen de surmonter la rsistance aux rformes ; ambition, parce qu'il faut des plans d'action proportionnels l'ampleur des dfis gigantesques qui se posent. L'on peut, cet gard, s'inspirer des pays qui se sont engags rsolument sur un modle d'conomie de la connaissance, en renonant aux affaires routinires. Leur approche est prsente la Figure 3.1 et l'Encadr 3.1. Ils ont agi simultanment sur les quatre piliers, tout en s'assurant d'un processus durable et fiable en adoptant une approche runissant tous les intervenants concerns. FIGURE 3.1. Les stratgies fondes sur l'conomie de la connaissance contrastent avec les modles conventionnels de croissance conomique : ambition, rapidit et mobilisation Source : Rischard 2009. t (now) t+25 yrst+10 yrsBAU routeKBE = knowledge-based economyBAU = business as usual Process tilted towards higher speed Process tilted towards higher,world class-inspired ambitionsProcess tilted towardsnationwide mobilizationKBE route 80 N.B : La Figure ci-dessus prsente deux tendances stylises de croissance ; les carts entre les deux ne se veulent pas aussi prcis que dans les figures. ENCADR 3.1. Le parcours suivi par les histoires succs de l'conomie de la connaissance L'instauration d'une conomie de la connaissance est tributaire principalement de la mise en uvre d'une politique d'avancement durable et fiable. C'est la leon qui se dgage d'tudes portant sur plusieurs pays ayant poursuivi une croissance base sur la connaissance - notamment la Finlande, la Core, la Malaisie, et Singapour, auxquels on peut ajouter Duba et l'Irlande, en dpit des crises rcentes suscites par des drives spculatives (Banque mondiale 2010a). Ces mmes tudes suggrent qu'un processus parties prenantes multiples menant un engagement national bien dfini produit des niveaux plus levs de croissance qu'un modle conventionnel. Contenu : Laction sur les piliers Les gouvernements de ces pays succs ont concentr leurs efforts sur les quatre piliers de l'conomie de la connaissance, mettant en uvre des rformes ambitieuses sur quasiment tous les fronts : Ils ont rehauss la qualit de leur systme d'enseignement - de l'ducation de la petite enfance jusqu'aux systmes d'enseignement continu - tablissant souvent dans ce processus la norme pour le reste du monde (Finlande, Core, Singapour). Ils ont pris des mesures audacieuses pour dvelopper une "cologie d'innovation" anime, utilisant diverses voies pour y aboutir - impulsion de la recherche et dveloppement (R&D) dans le cas de la Finlande ; investissement tranger direct de pointe (IDE) pour l'Irlande ; et attraction d'une classe crative pour Duba. Ils ont amlior leur climat des affaires en rduisant le cots des transactions, en favorisant l'entreprenariat, allant jusqu' convertir parfois leurs villes en aimants pour attirer les talents tout en leur assurant des conditions de vie et de travail attrayantes. Ils ont ainsi transform leur conomie en un site dynamique pour la domiciliation d'entreprises du monde entier, allant des multinationales jusqu'aux nouvelles entreprises (Duba, Irlande, Luxembourg, Singapour). Ils ont ralis d'importants investissements dans les infrastructures TIC et dans des applications catalytiques telles que l'e-gouvernement avanc (Estonie, Core, Malaisie, les Etats Nordiques). Processus : Ambition, rapidit et mobilisation Ambition. Le gouvernement lui-mme offre une vision audacieuse, devenant l'agent suprieur du changement et mobilisant la nation tout entire dans un effort national ambitieux, en mettant en uvre pour commencer quelques mesures politiques cl. La Finlande a quadrupl ses dpenses publiques sur la R&D quand l'austrit fiscale aurait t normalement de mise. L'Irlande a abaiss le taux d'imposition des entreprises tout en attirant l'IDE en vue d'impulser l'conomie de la connaissance. Duba a lanc presque deux douzaines de zones spciales presque simultanment, attirant ainsi des milliers d'entreprises sophistiques en peu de temps. La Core a rapidement multipli sa densit haut dbit et son utilisation, telle enseigne qu'elle se classe aujourd'hui comme le leader mondial par rapport ces indicateurs. 81 Rapidit. Dans chacun des cas, le processus adopt par les gouvernements de ces pays succs met l'action immdiate en vidence, l'oppos de l'approche plus traditionnaliste en vertu de laquelle les rapports volumineux ou les schmas directeurs pourraient amener ventuellement les changements souhaits sur le terrain. Mobilisation. De nombreux pays succs ont tabli un mcanisme de mobilisation des intervenants et agents du changement concerns. La Finlande et l'Irlande ont, par exemple, install un conseil de haut niveau, plac sous la prsidence du premier ministre, pour diriger les efforts entrepris en matire d'conomie de la connaissance et s'assurer pleinement de l'engagement des hauts responsables. Certains pays ont mis en place des institutions spciales de soutien, telles que SITRA et TEKES en Finlande, et un "comit de l'avenir" au sein du parlement. D'autres ont men des campagnes pluriannuelles sur l'conomie de la connaissance visant mobiliser la nation tout entire, faisant appel souvent une communication systmatique et soutenu, comme en Core et en Malaisie. Source : Rischard 2009. En adoptant le principe de vitesse et d'ambition, les dcideurs politiques arabes doivent mettre l'accent sur ce qui est faisable et adapt aux besoins et aux capacits de leurs pays. Certains pays arabes subissent des conditions problmatiques de gouvernance ou un niveau relativement bas de dveloppement conomique et de l'conomie de la connaissance. Dans un pareil contexte, il serait appropri d'adopter une approche progressive, comme l'illustre les pays revenu faible et moyen qui se sont engags avec succs dans des rgimes de forte croissance durable (voir l'annexe 2. Les rformes relatives au climat des affaires ne peuvent, par exemple, tre mises en application dans tous leurs aspects de faon gnralise. Elles devront probablement se restreindre des secteurs spcifiques (tels que des zones conomiques spcifiques). Sur le plan de l'enseignement, les pays qui sont aux premiers stades de leur dveloppement ou prsentant des dficiences srieuses dans l'ducation de base, la priorit doit tre accorde l'enseignement de base et la formation technique, assortie d'efforts cibls et ponctuels sur l'enseignement suprieur. En matire d'innovation, l'accent doit tre mis sur l'exploitation de la connaissance et la technologie mondiales et leur adaptation aux besoins locaux, plutt que sur l'installation de structures sophistiques pour la recherche et dveloppement (R&D). S'agissant du pilier TIC, il convient de vulgariser l'accs l'Internet et promouvoir son utilisation au moyen d'applications et de services conomiques et conviviaux destins aux citoyens, petites entreprises, et d'autres, tout en dveloppant l'initiation la technologie de l'information. Mais quelle que soit la limitation des efforts dploys en matire d'conomie de la connaissance, il n'en reste pas moins essentiel de dmontrer une relle dtermination nationale russir avec le nouveau modle de dveloppement. Les pays riches en ressources sont videmment en meilleure position pour s'engager dans des projets audacieux labors un rythme acclr - l'instar de qu'ont fait quelques mirats du Golfe avec un certain succs. L'essentiel est videmment d'ajuster les ambitions et les engagements avec ce que le pays est en mesure de fournir. De ce point de 82 vue, la plupart des pays arabes, y compris ceux qui sont riches en ressources, ont des limitations et des contraintes. A l'exception des petits Etats du Golfe, de la Tunisie, et du Maroc - qui ont une bonne exprience dans la conception et l'excution des stratgies relatives l'conomie de la connaissance - des efforts substantiels sont ncessaires pour renforcer les capacits administratives et de gestion, facteurs qui s'inscrivent dans le cadre de leurs plans globaux d'conomie de la connaissance. Les insuffisances de l'appareil tatique et du climat institutionnel et des affaires impliquent qu'il faut harmoniser l'ordre des rformes, comme dmontr par l'exprience des conomies de transition d'Europe centrale et de l'Est (Dvorak 2011). L'approche Big Bang ne s'applique pas, en particulier lorsqu'il s'agit de l'conomie de la connaissance. Bien que le squenage des rformes doive tre minutieux, ceci ne signifie pas que les rformes de demi-mesure (libralisation partielle, par exemple) soient appropries, car celles-ci tendent crer des intrts particuliers fonds sur la recherche du profit, provoquant ainsi la rsistance d'autres rformes - quelque chose que les pays arabes ont dj vcu. Le squenage appropri de rformes enthousiastes peut, en revanche, viter l'amollissement des rformes, surtout si l'lectorat pour les rformes s'est dj consolid aprs un gain de cause antrieur dcisif. La section suivante dcrit plus en dtail l'approche squentielle. Organiser le changement avec pragmatisme en s'appuyant sur les acquis faciles MENER LES RFORMES TOUT EN GNRANT DES EMPLOIS Il faut poursuivre les rformes et gnrer simultanment des emplois. Les rformes requises pour construire une conomie axe sur la connaissance, notamment les changements apporter aux systmes d'enseignement et d'innovation, ne porteront pas immdiatement leurs fruits conomiques. D'autre part, des emplois doivent tre rapidement crs - et en nombres importants. Les premiers rsultats ne seront significatifs que dans la mesure o le nouveau modle est crdible. Les rformes apportes au climat des affaires peuvent avoir un effet rapide sur l'emploi. Il est certain que les rformes peuvent avoir des effets non ngligeables sur l'emploi et amliorer le climat des affaires dans ses divers aspects, notamment en ce qui concerne les conditions entourant la cration des entreprises, la manire dont l'conomie est finance, et le cadre rglementaire. Ces effets doivent tre pris en compte dans la stratgie globale. L'expansion du commerce et de l'investissement direct tranger (IDE) constituent gnralement une importante source d'activits nouvelles mergeant typiquement au cours d'une priode relativement courte. Aussi est-il important que les rformes visant le climat des affaires soient introduites assez tt, de sorte fournir des rsultats prcoces mme de soutenir le nouveau modle. La petite entreprise est la source principale d'emplois. Il est conseill aux gouvernements amorant la transition vers l'conomie de la connaissance de se forger une ide sur le potentiel de d'emplois dans leur conomie. Ceci est surtout important lorsque cette conomie comprend diffrents types d'entreprises ainsi qu'un grand secteur informel. Les valuations relatives aux 83 pays Sud mditerranen (ANIMA 2011)2 fournissent les chiffres suivants, qui rvlent un compromis entre les capitaux propres et l'emploi (Figure 3.2). Bien que les besoins s'valuent entre trois et cinq millions d'emplois par an (FEMISE 2011), les multinationales ne reprsentent qu'une source relativement faible d'emplois (environ 100.000), mais elles apportent nanmoins des technologies utiles, des comptences en gestion, entre autres facteurs. Le secteur informel est, lui aussi, une source importante de cration d'emplois (un million d'emplois, voire davantage), mais ses capacits innovatrices sont limites. Les petites et moyennes entreprises (PME) sont les principales sources de croissance conomique et de cration d'emplois, de mme que les entreprises nouvellement cres et les soi-disant "gazelles" (socits croissance rapide oprant dans les marchs en rapide volution qui, jusqu' prsent, sont encore peu nombreux dans les pays arabes). Le potentiel des PME crer des emplois est un indicateur de la ncessit d'laborer des politiques permettant de soutenir ce type d'entreprises. Les nouveaux secteurs de croissance peuvent tre une source d'emploi importante et ne doivent donc pas tre ngligs. En fait, les histoires succs relatives l'conomie de la connaissance, tout autant que d'autres ayant de bonnes performances, ont tous mis en place des politiques industrielles actives destines aider les nouveaux secteurs prendre leur envol -dans le domaine manufacturier, des services ou de l'agriculture - sur la base d'avantages comparatifs reconnus. C'tait videmment vrai des "Tigres" de l'Asie de l'Est o l'conomie tait activement contrle par les soi-disant "tats du dveloppement". Mais c'tait tout aussi vrai pour l'Occident, o les gouvernements ont offert des incitatifs pour encourager notamment les secteurs concurrentiels tirer profit des politiques industrielles "horizontales". C'est la raison pour laquelle l'laboration des stratgies de dveloppement, bases sur la connaissance et destines au monde arabe, doit s'assurer que les quatre piliers de l'conomie de la connaissance sont complts par des actions visant favoriser les secteurs croissance rapide. FIGURE 3.2. Sources de cration d'emplois, par types d'entreprises Source : ANIMA 2011. 2 Les pays couverts par l'tude ANIMA comprennent tous les pays arabes, l'exception des Etats du Conseil de Coopration du Golfe, Isral et la Turquie. 84 Promouvoir les secteurs sources d'emplois Une stratgie agressive de diversification conomique est ncessaire. Jusqu' prsent le monde arabe a limit l'exploitation de l'avantage comparatif principalement l'industrie du ptrole et du gaz, o l'on peut trouver d'impressionnantes histoires succs. L'exploitation du patrimoine historique et culturel considrable de la rgion et de sa situation gographique et climatique - c'est--dire le tourisme - s'est galement dveloppe, dbordant mme sur des secteurs spcialiss tels que le tourisme de sant en Jordanie. Le Liban, avec son histoire de centre financier et d'changes commerciaux, a tabli un systme bancaire sophistiqu et comptitif. Dans les pays du Maghreb, quelques crneaux manufacturiers traditionnels ont t exploits, comme des textiles en Tunisie. Mais c'est seulement au Maroc que des politiques plus ou moins systmatiques de promotion sectorielle ont t mises en uvre, par le biais de plans couvrant les mesures requises dans une slection d'industries (telles que l'automobile, la fabrication et l'industrie alimentaire), souvent en tandem avec des programmes de dveloppement rgionaux (voir Chapitre 8). La rgion a cependant besoin d'une approche agressive qui s'inspire de ces exemples. Or le monde arabe dispose d'un grand nombre de sources intacts d'avantages comparatifs. L'volution de l'conomie mondiale - avec la production industrielle de masse domine par la Chine et autres pays asiatiques et la demande du monde avanc amortie par la rcession - exige un rexamen des stratgies de croissance fondes sur le commerce et l'exportation. Bien que les marchs d'exportation vers l'Europe et l'Afrique offrent certaines opportunits dans le domaine manufacturier (telles que, par exemple, dans les pices et les composants automobiles, l'lectronique et l'aronautique - Encadr 3.3.), il est vraisemblable que les secteurs et activits susceptibles d'tre la principale source de croissance et d'emplois dans les pays arabes dans les dcennies venir, outre les industries et services lies aux TIC, sont les biens non-changeables ; les services domestiques publics et privs ; l'ducation et la recherche ; la construction et le btiment. A cela s'ajoutent galement les activits se rapportant l'nergie renouvelable (solaire), l'intendance environnementale, l'utilisation et la conservation de l'eau, et l'attnuation du changement climatique. Mais combien d'emplois les activits et secteurs les plus dynamiques seront-ils en mesure de crer dans le monde arabe, moyen et long terme ? L'Encadr 3.2 ci-dessous donne quelques indications approximatives. ENCADR 3.2. Combien d'emplois les nouveaux secteurs innovateurs peuvent-ils gnrer dans le monde arabe ? L'estimation de la capacit des activits conomiques croissance et diversification rapides gnrer des emplois ne peut ncessairement tre que spculative, tout au moins jusqu' ce que les entreprises sous-tendant ces activits se stabilisent dans l'un ou l'autre pays ou rgion. Ce qui suit relve, dans une certaine mesure, de la conjecture. L'on peut raisonnablement s'attendre un taux de forte croissance dans les activits lies aux TIC, au minimum un ddoublement du volume du secteur sur 10 ans. Il en est de mme pour les secteurs lis la croissance verte. Le CMI (2012a) prvoit que les emplois engendrs par la croissance verte 85 devraient atteindre trois quatre millions, soit 10 pour cent du total requis pour les pays Sud-mditerranens au cours des 10 prochaines annes pour viter un accroissement du chmage par rapport son niveau actuel. Si l'on ajoutait le potentiel d'autres secteurs prometteurs de croissance en matire d'emplois (voir Chapitre 8), il serait permis d'estimer que les nouvelles activits induites par un modle conomique bas sur la connaissance produiraient pas moins de 30 pour cent de l'ensemble des emplois requis dans le monde arabe pendant la dcennie venir. Ces estimations s'accordent avec celles fournies par le modle d'lasticit de l'emploi dans une croissance conomique axe sur la connaissance, prsente au Premier chapitre. Avec l'amlioration apporte aux comptences, au march du travail et aux structures conomiques, le nombre d'emplois supplmentaires lis l'conomie de la connaissance pourrait atteindre 25 50 pour cent sur une priode de dix ans, avec des variations d'un pays l'autre (l'impact tant plus fort dans les pays en dveloppement importateurs de ptrole). Source : Auteurs. Plusieurs crneaux prometteurs peuvent tre largis. L'Encadr 3.3ci-dessous fournit des dtaills sur certains crneaux prometteurs identifis par les investisseurs trangers au cours de la dernire dcennie. Ils comprennent des activits de service telles que centres d'appels, laboration de logiciels, services de conseil et services aux entreprises et centres de R&D, ainsi que des activits manufacturires telles que les textiles, l'automobile, les composants lectroniques et l'agroalimentaire. Le coefficient rendement-emploi, mesur par le nombre d'emplois crs par million d'euros investis, varie d'environ 40 pas moins de 300. Il est surprenant de constater que la fonction centrale de R&D qui, avec 211 emplois crs par million d'euros investis, montre un potentiel attrayant qui a t sous-exploit jusqu'ici par les pays arabes. Etonnamment, des secteurs tels que les travaux publics, l'immobilier, les services publics et le tourisme, et des fonctions telles que les franchises, la logistique, les siges sociaux et les centres administratifs, ont des mdiocres performances en termes de rendement. Les emplois gnrs par l'IDE sont trop coteux, de sorte que l'on ne peut s'attendre ce que ce dernier rsout le problme du travail dans les pays arabes, du moins pas dans le Sud-mditerranen. C'est la raison pour laquelle les sources nationales d'emploi, favorises par une approche efficace d'conomie de la connaissance, sont cruciales, sans dnigrer toutefois la technologie, la gestion et autres facteurs que l'IDE peut apporter. ENCADR 3.3. Le coefficient emploi-rendement : Combien d'emplois peut-on crer avec 1 millions ? Le nombre d'emplois crs par million d'euros investis, bas sur l'analyse de quelque 5.000 projets d'investissement direct tranger, 1.500 tudes de faisabilit d'investissement, 1.600 partenariats d'entreprises et 20.000 communiqus de presse de socits, au cours de la priode 2003-2010, est valu comme suit : 299 : Centres d'appel (indpendamment du secteur) 211 : Centres R&D (technologie de l'information et automation) 86 196 : Industrie du textile 136 : Services de conseil et services aux entreprises 103 : Logiciels (services) 103 : Fabrication de composants lectroniques 77 : Entreprises agroalimentaires 63 : Construction automobile et production aronautique 39 : Technologies vertes Source : ANIMA 2011. ADAPTER LES POLITIQUES EN MATIRE D'CONOMIE DE LA CONNAISSANCE AUX NIVEAUX DE DVELOPPEMENT Les pays du monde arabe sont des degrs divers sur la voie vers l'conomie de la connaissance, d'o la ncessit d'adapter les politiques en consquence. Comme indiqu prcdemment, si certains pays ont d'ores et dj amorc la mise en place d'une conomie de la connaissance, d'autres n'ont mme pas pris encore la dcision de commencer. Un plan comportant trois tapes, de trois cinq annes chacune, est propos au tableau 3.1. Il est ncessaire que des mesures politiques majeures soient prises chaque tape, et pour chacun des piliers de l'conomie de la connaissance, y compris pour la promotion des secteurs de croissance. Le tableau reflte l'impratif rgional de cration d'emplois et fournit des indications approximatives sur l'impact (direct et indirect) des mesures relatives chaque pilier, en fonction de l'efficacit de leur mise en uvre. Il est impossible d'obtenir des chiffres prcis de l'impact des mesures politiques sur l'emploi. Selon les valuations fournies au Chapitre 1 (Section 3) et dans l'Encadr 3,2, "un impact modr" toucherait jusqu' 20 pour cent de la main-d'uvre, et un "impact lev" plus de 20 pour cent. 87 TABLEAU 3.1. Mesures politiques appropries selon les diffrents degrs d'avancement des pays vers l'conomie de la connaissance Les impacts probables de l'emploi indiqus en gris (voir note) ETAPE I : DBUTANTS ETAPE II : ADOPTANTS ETAPE III : AVANC Indice faible de l'conomie de la connaissance (KEI) ; politiques embryonnaires d'conomie de la connaissance KEI moyenne porte ; voluant vers une conomie axe sur la connaissance et des rformes grande chelle KEI lev, avec des lacunes Dvelopper des activits de niche bases sur des avantages comparatifs, en particulier dans les services non-changeables tendre les programmes sectoriels en s'engageant dans des domaines plus comptitifs (chaines de valeur plus complexes) Diversifier d'autres secteurs comptitifs et crer de nouveaux (services) et devenir des chefs de file mondiaux Amliorer le rgime conomique et institutionnel (EIR) dans des enclaves ou des domaines politiques slectionns (cration d'entreprises, par exemple), et entamer des rformes fondamentales en matire de gouvernance. Etendre les rformes EIR et consolider les rformes en matire de gouvernance ; revoir les accords commerciaux Revoir la gouvernance ; renforcer les capacits nationales de livraison ; accrotre le commerce. largir au maximum la disponibilit des TIC et entreprendre des projets de dmonstration (pour les petites entreprises, services communautaires, etc.) Construire des services TIC et promouvoir les activits bases sur les TIC (externalisation du processus d'entreprise) ; acclrer la ralisation du haut dbit l'chelle nationale. difier une socit avance de l'information et de la connaissance qui servira de modle une communaut arabe plus large Renforcer les capacits d'innovation en faisant appel aux connaissances trangres ; mener des projets de dmonstration un micro- niveau Dvelopper les structures R&D et tablir des systmes d'innovation sur la base des comptences locales tablir des structures R&D de haut niveau entirement connectes aux rseaux mondiaux Effectuer des rformes de fond dans le systme ducatif et introduire des changements spcifiques dans l'enseignement suprieur Poursuivre les rformes du systme ducatif et gnraliser le progrs dans les diffrentes couches Dvelopper des structures ducationnelles de haut niveau comme plateformes mondiales Source : Auteurs. NB : Les cellules sans ombre indiquent peu ou pas d'impact sur l'emploi. L'ombre claire indique un impact modr en termes de nouveaux emplois crs ou emplois anciens sauvs. Les cellules en gris fonc indiquent un impact profond sur l'emploi. 88 PASSER DES MICROPROJETS AUX MACRO-RFORMES Les spots de croissance dans lconomie stimulent le changement. Le pitre climat des affaires et de la gouvernance qui caractrise bon nombre de pays arabes ne changera pas du jour au lendemain. Mme dans les pays les plus performants, tout est loin d'tre parfait. Il est donc important de s'attaquer de telles situations. Le changement commence souvent par des micro-rformes bien accordes et ciblant des contextes organisationnels spcifiques ou des ensembles d'entreprises qui, ds lors que leurs performances sont amliore, deviennent des modles ou des sources d'inspiration pour des initiatives plus importantes. Souvent le hasard intervient positivement dans ce type de processus, mais la gestion intelligente des autorits publiques joue galement son rle. Certains gouvernements sont experts dans l'art de grer le changement d'une faon progressive, de sorte surmonter les vellits ventuelles de rsistance. La Chine, par exemple, au cours des premires annes de son dcollage, a dvelopp des entreprises de villes et villages ainsi que des zones d'exportation. Ces entits, verses initialement dans la production semi-prive destine aux marchs locaux, se sont transformes en zones spciales exprimentales d'exportation, tout en continuant s'tendre tant sur le plan de la porte que de l'ampleur. Des investisseurs trangers ont t incits apporter leur expertise technologique et managriale, et relier les nouvelles entreprises aux rseaux commerciaux et d'exportation. Finalement, les entrepreneurs chinois high-tech ont tabli leurs propres socits de pointe. La conception et l'excution des stratgies d'conomie de la connaissance doivent tre abordes comme un processus pragmatique et opportuniste. En d'autres termes, les pays doivent commencer par cueillir les fruits les plus proches, en s'appuyant sur des points de croissance et en exploitant les avantages comparatifs naturels ou construits dans des secteurs bien dfinis, et ce, aprs ralisation des premiers investissements dans la connaissance et l'entreprenariat et mise en uvre des rformes rglementaires de base. La rcolte des fruits les plus proches cre un lan positif et instaure la confiance qui, son tour, facilite conscutivement pour obtenir d'autres investissements tant du secteur public que priv. Avec la mise en uvre de rformes plus larges, une spirale vertueuse commence. (Voir, par exemple, l'exprience des comparateurs asiatiques dcrite dans l'annexe 2.) Adopter une approche progressive pour passer des micro-rformes aux macro-changements est recommand lors de la mise en uvre des stratgies globales. L'objectif, dans un premier temps, est de modifier les mentalits et les comportements. Cependant, les principaux effets des rformes et de l'emploi ne sont pas prvoir court terme. L'approche peut tre conue comme suit. La premire phase doit inclure des microprojets ralisables et convaincants qui ont la valeur de dmonstration ou, en d'autres termes, des effets immdiats et manifestes. La deuxime phase se compose d'un certain nombre de ces projets organiss en programmes bien conus. La perspective globale des dcideurs politiques et de la population commencera alors voluer, de sorte qu'ils se retrouvent prts, dans une troisime phase, adopter des rformes profondes et plus tendues mme de produire des changements majeurs l'chelle nationale (Figure 3.3). 89 Plusieurs pays arabes approchent ou ont atteint l'tape o ils doivent envisager de vraies rformes, ayant dj progress sensiblement sur les diffrents piliers politiques et dmontr de capacits videntes concevoir des plans sectoriels complexes. Le Maroc, la Tunisie, la Jordanie, et Oman sont parmi les rformateurs (relativement) avancs. Dans ces pays et ailleurs dans le monde arabe, il faut exploiter et multiplier les crneaux et sites de croissance et d'innovation mergeants. Comme on le verra dans les chapitres suivants du prsent rapport (notamment le Chapitre 6), ces entreprises et sites ont pris, entre aux formes, celles de groupes industriels naissants, d'universits innovatrices se spcialisant dans la technologie ou la gestion, et de socits pionnires de capital-risque. Dans plusieurs pays, ces initiatives sont presque suffisantes en nombre et en taille pour imprimer l'lan ncessaire des rformes majeures. Il est important de faire le bilan de ces changements prometteurs dans l'industrie, le commerce, l'administration, l'enseignement suprieur, ainsi que dans d'autres secteurs, et prendre les mesures permettant de les consolider. C'est prcisment le rle des programmes d'innovation qui sont destins stimuler les nouvelles formes de collaboration entre l'universit et l'industrie, les nouvelles activits innovatrices, les entreprises naissantes, etc. Ceux-ci se sont traduits dans le monde arabe, comme ailleurs, sous forme d'incubateurs (on en trouve d'ores et dj plusieurs centaines), ainsi que dans les 50 curieux technopoles tablis dans toute la rgion. Ceux-ci doivent cependant tre perfectionns tant dans leur conception que dans leur fonctionnement, et tre complts par d'autres mesures nouvelles inspires par celles adoptes dans les pays avancs (voir Chapitres 6 et 9). tablir un nouveau contrat social sur la base d'un nouveau modle de dveloppement LE PACTE SOCIAL ET L'EFFICACIT CONOMIQUE Il est ncessaire d'tablir un nouveau contrat social entre les pouvoirs en place et les citoyens dans l'ensemble du monde arabe. Le Printemps arabe a mis en question le contrat social implicite qui avait longtemps prvalu entre les pouvoirs en place et la population. Ce contrat tait bas sur la fourniture par le gouvernement d'emplois sr une frange importante de la population assortis de conditions de vie acceptables, notamment par des subventions aux FIGURE 3.3. Un agenda pragmatique : Des micro-rformes aux changements majeurs Source : Banque mondiale 2007. 90 producteurs de biens de premire ncessit (pain, carburant, etc.). Evoqu parfois comme le "modle de ngociation autoritaire" (FEMISE 2011), ce contrat s'est avr peu durable et commena a perdre peu peu du terrain, comme soulign au Chapitre 1. Les rgimes autoritaires n'ont pas donn suffisamment en change des sacrifices exigs de la population. Au lieu de cela, ils se sont appropri une part croissante des richesses nationales pour une part dcroissante de la population. Avec le chmage qui se dveloppait, la frustration augmentait, menant aux vnements du Printemps arabe. Quelques rgimes ont t renverss, alors que d'autres, riches de leurs revenus ptroliers, ont pu s'y adapter en distribuant des ressources la population. Pendant que certains pays s'emploient asseoir une nouvelle base dmocratique, d'autres ont sombr dans un tat de guerre civile, les pouvoirs en place peu disposs changer. Dans cette nouvelle configuration, les croyances religieuses jouent un rle capital, puisqu'elles ont influenc la transition dmocratique en Egypte, en Tunisie et au Maroc. Dans leur qute d'un nouveau contrat social, les pays arabes pourront difficilement s'inspirer des autres cultures pour copier un modle qui leur soit propre. Ils devront puiser dans leur propre identit pour poser les fondements d'un nouveau contrat social (bote 3,4). Un changement de rgime doit tre, sans plus attendre, assorti d'un nouveau plan conomique efficace, car ce nouveau plan peut aider consolider le nouveau rgime politique. C'est l'enseignement qu'il convient de tirer de l'exprience de plusieurs tats autoritaires Est-asiatiques, dont les dirigeants politiques, aprs avoir chang le rgime - Deng Xiaoping en Chine, Park Chung Hee en Core, Lee Kuan Yew Singapour, et Mahathir Mohamad en Malaisie - ont imprim une nouvelle orientation leur pays (voir l'annexe 2). Ce mme processus tait essentiel l'Europe centrale o plusieurs pays ont russi leur transition vers la dmocratie et l'conomie de march aprs des annes d'indcision dpressive et chaotique. En gnral, rassembler un pays en pleine mutation derrire un ensemble de politiques conomiques et politiques efficaces est souvent essentiel pour prvenir un dclin irrversible (Acemoglu et Robinson 2011). Un nouveau contrat social qui s'appuie sur des institutions politiques efficaces est plus facile tablir lorsque le rgime conomique engendre de la croissance. Quand il commence produire la richesse et l'emploi, le nouveau modle conomique contribue rassurer les populations frustres. Aussi, les rformes et les initiatives lies l'conomie de la connaissance s'avreront-elles logiques mme dans des institutions en dysfonctionnement, car elles constituent le meilleur moyen d'aider ces institutions voluer. Mieux encore, on ne peut amener les gens accepter un nouveau modle bas sur la connaissance que dans la mesure o ce qu'il peut leur apporter semble raliste. Il est donc ncessaire de prendre des engagements sur les rformes introduire, ainsi que sur les mesures ncessaires leur mise en uvre, et ce, afin de grer les attentes lies la cration d'emplois, de revenus, etc. 91 ENCADR 3.4. En qute d'un nouveau contrat social pour le monde arabe Les systmes occidental et asiatique n'offrent, ni l'un ni l'autre, de modle appropri pour le monde arabe qui s'efforce de s'loigner des rgimes autoritaires inefficaces. Un systme entirement dmocratique de style occidental, avec des entreprises hautement individualises suppose, entre autres, des gouvernements sculaires et forts, caractriss par un organe judiciaire efficace. Un systme asiatique efficace, qu'il soit autoritaire ou dmocratique, est fond sur des principes lacs et sur l'adhsion collective des individus la nation - phnomne que l'on ne trouve pas dans la culture arabe o la collectivit nationale est plus fragmente. Le modle tranger le plus attrayant est probablement celui de la Turquie, dont les principes sont (i) une cohabitation unique entre lacisme et Islam politique ; (ii) une relation quilibre entre l'Etat et e march, avec un secteur florissant des affaires qui tire profit d'une bureaucratie efficace ; (iii) l'intgration l'conomie mondiale, grce notamment aux accords commerciaux long terme avec l'Union europenne ; et (iv) l'intgration militaire l'OTAN (Ulgen 2011). Cependant, le modle turc est un systme en vertu duquel chaque facteur permet aux autres facteurs de fonctionner. Il est donc difficile d'imaginer son transfert tel quel aux autres pays arabes o l'un ou l'autre composant cl du systme serait manquant ou sous-dvelopp. Les Arabes devraient donc puiser dans leur propre identit et culture les ingrdients de nouveaux modles sociopolitiques. La solution rside probablement dans un mlange de l'exprience des pays arabes - y compris dans les aspects relativement russis du Maroc et de la Tunisie l'extrmit occidentale de la rgion, ainsi que des Etats du Golfe (Qatar, Emirats arabes unis et Oman) l'extrmit orientale. Il serait, en outre, possible d'oprer une combinaison de leadership vigoureux et d'adhsion aux prceptes de l'Islam, tout en demeurant tolrants et ouverts aux autres cultures et en intgrant progressivement les valeurs de dmocratie et de droits civils, notamment pour les femmes. Source : Auteurs. Le nouveau pacte social accompagnant le modle d'conomie de la connaissance doit inclure des mcanismes visant les objectifs suivants : Redfinir le rle de l'Etat dans le soutien accorder aux marchs naissants et l'application des lois et rglements. Des systmes judiciaires efficaces sont ncessaires pour protger les entrepreneurs et les innovateurs que la nouvelle conomie fera natre. Organiser la participation des agents du changement et des individus dans la conception du nouveau modle conomique et politique. Les associations de jeunes, d'entrepreneurs et de femmes sont parmi les groupes qui doivent tre impliqus dans la conception et l'laboration du nouveau modle conomique, compte tenu de leur appel pour le respect et la dignit, la libert d'expression et l'tat de droit, ainsi que leur affranchissement des anciens rgimes. Dcentraliser et, partant, encourager la mobilisation des talents, nergies et ressources locaux dans les environnements qui ont, des annes durant, fait l'objet de processus dcisionnaires centraliss. 92 Impliquer les principales institutions du savoir, telles que les institutions ducatives et les centres de recherche, dans des rformes actives afin de mieux servir les besoins de l'conomie et de la socit. De nouvelles formes d'incitatifs et critres de crdits budgtaires, entre autres moyens, peuvent stimuler ces rformes. LE BESOIN D'UNE VISION Pour justifier et motiver l'effort et la performance que la population doit produire, il faut leur prsenter une vision convaincante. Cette vision doit exprimer le nouveau modle et lui imprimer un objectif concret. Il existe quelques cas frappants parmi des pays de comparaison (voir Annexe 2). Singapour n'a jamais cess de se rinventer afin de maintenir sa position comme centre mondial de premier ordre, d'abord en matire de logistique puis comme destination de l'enseignement suprieur. La Core s'attela devenir un leader mondial dans la fabrication, et a russi. Aprs le revers de la crise asiatique de 1997-98, le pays a dvelopp une nouvelle vision pour se transformer en conomie avance de la connaissance. Parmi les pays qui ont russi la transition en Occident, l'Estonie s'est hisse comme un pays "cbl", et la Slovaquie comme un leader europen de la construction automobile, produisant aujourd'hui plus de voitures par habitant que n'importe quel autre pays. Dans le monde arabe, de nombreux pays ont dvelopp une vision, mais avec un succs ingal. La Tunisie, qui se voulait l'image d'une socit dynamique de l'information, a vu ses efforts compromis lorsque les investissements ont t dtourns par le pouvoir en place. En Arabie saoudite, l'dification de nouvelles villes et d'universits de premier ordre s'inscrivait dans une vision nouvelle, mais le manque de succs rpondre aux besoins en matire d'emplois a sap sa crdibilit. Au Maroc, les plans sectoriels de dveloppement, mis en uvre avec succs, s'insrent dans les perspectives de modernisation du pays, quoique leurs rsultats ne soient pas encore suffisamment tangibles pour susciter l'adhsion de la population un nouveau modle de dveloppement. A ce jour, c'est seulement dans les petits Etats du Golfe que les visions ont t clairement formules et concrtises. Les visions exigent des mesures appropries pour les rendre crdibles. Les dirigeants nationaux doivent faire connatre les objectifs pressants de faon claire. Des actions complmentaires doivent tre coordonnes par de puissants comits interdpartementaux, interministriels, ou inter-organisationnels. Des campagnes mdiatiques doivent tre lances en vue de redynamiser la population, proposant des histoires succs qui inspirent la confiance. La difficult, naturellement, est de faire passer la vision. Mais l'on peut prparer les esprits et changer les choses grce une vision inspire et des slogans expressifs susceptibles de contribuer au succs des campagnes, pour peu que des mcanismes appropris soient mis en place. Il est important, en outre, que les gouvernements joignent le geste la parole, tel qu'il est exprim par la vision - c'est--dire prendre des mesures concrtes pour transformer la vision en ralit. Les mesures, quelques infimes qu'elles soient, ont leur importance. Par exemple, lorsque les rgimes, nouveaux ou tablis, promettent d'ouvrir les socits, d'accroitre la transparence, entre autres promesses, celles-ci doivent tre suivies de mesures concrtes sous forme d'accs plus libre l'information, de libralisation des mdias, ainsi que d'autres amliorations. 93 La vision doit susciter la fiert. Elle doit rappeler aux auditeurs les ralisations scientifiques extraordinaires du Moyen Age, l'poque o la civilisation arabe menait le monde tout en veillant la prservation et la diffusion du savoir et de la technologie hrits de la Grce, de Rome, d'Inde et de la Chine. Elle doit valider la crativit contemporaine du monde arabe, non pas dans le domaine des innovations et des technologies clinquantes, mais plutt dans les ralisations plus modestes constates dans les villes, les taudis et les zones rurales travers la cration d'emplois, l'amlioration des services, la protection de l'environnement, etc. Les mdias qui servent le monde arabe, telles que les chanes Al-Jazeera et El Arabia, seraient des allis naturels cet gard. L'Internet constitue galement un moyen logique pour transmettre un message sur les ralisations arabes et le renouveau qu'elles inspirent. L'Encadr 3.5 s'tend sur le rle jou par les mdias au cours des derniers vnements et la pression potentielle qu'ils peuvent exercer en matire de rformes. Les pays arabes peuvent s'inspirer des initiatives trs efficaces que certains pays ont entreprises en vue de promouvoir le modle de la connaissance et de l'innovation, tel que le journal conomique Maeil Business Newspaper de Core, qui a lanc une campagne nationale de sensibilisation sur l'conomie de la connaissance dans les coles, les entreprises, les organismes gouvernementaux, voire mme dans les prisons. La campagne a utilis diffrents mdias et comprenait une multitude de confrences, de concours et d'autres vnements (Banque mondiale 2007). ENCADR 3.5. Les mdias comme agents du changement Les mdias constituent un instrument de diffusion de la connaissance ainsi qu'un puissant moyen pour exercer la pression en faveur des rformes dans la rgion. Les mdias permettent la diffusion du savoir en matire de dveloppement et, pour peu qu'ils soient indpendants et crdibles, contribuent susciter un sens d'urgence l'gard des rformes et du besoin de changement. Le degr de libralisation et de libert des mdias varie d'un pays un autre, mais l'existence de stations de radio et de tlvision non soumises au contrle de l'Etat a t un lment cl de la transformation de la rgion arabe. Le rseau Al-Jazeera a assur la couverture capitale des rvolutions en Egypte et en Tunisie, bravant la censure des autorits et la dsinformation des mdias contrls par le gouvernement afin de faire triompher la vrit ; les mouvements de protestation ont coalis faisant clater la rsistance des pouvoirs en place. Mise part la rvolution, le rseau est l'un des forums peu nombreux o se dbattent les rformes de la rgion, quand bien mme son indpendance dans le traitement de certaines questions est, de temps autre, remise en question. D'autres rseaux, y compris certains tablis en Europe, ont amlior leur couverture en langue arabe de la rgion. L'Internet secoue, lui aussi, la rgion en amplifiant la demande pour le changement. L'information et l'expression (mais aussi la dsinformation) circulent plus librement sur le web que dans les autres mdias et, somme toute, les autorits ont du mal, grce au web, cacher la vrit ou esquiver les dbats sur des questions fondamentales. Les rseaux sociaux taient, par ailleurs, les vecteurs des rvolutions de Tunisie et d'Egypte, qui ont respectivement 2,5 et 7,5 millions d'usagers de Facebook. Les images des violences pendant les convulsions tunisiennes et gyptiennes ont t publies en ligne sous forme de pouvoir populaire base sur le WEB, un principe qui pourrait s'tendre pour inclure la supervision de la mise en uvre des politiques et programmes de dveloppement et de lutte contre la corruption. Au Maroc, titre d'exemple, l'agence nationale responsable de la lutte anti-corruption a lanc un site Internet l'usage des citoyens (http://stopcorruption.ma/). Une telle volution, rendue possible par les 94 rformes induites par l'conomie de la connaissance, en particulier dans les secteurs de l'ducation et des TIC, constitue une bonne occasion pour stimuler la demande de rformes. A l'autre extrme, il y a des cas o les mdias peuvent bloquer les rformes, surtout lorsque la dontologie cde devant les ventuels perdants de la rforme qui s'efforcent d'acheter les mdias afin qu'ils fustigent, dans leurs couvertures mdiatiques, l'adoption ou la mise en uvre des rformes. Source : Auteurs. STIMULER LINTGRATION RGIONALE ET LA COOPERATION INTERNATIONALE Dans les histoires succs sur l'conomie de la connaissance et autres pays sources d'inspiration, la dcision de s'intgrer pleinement dans l'conomie mondiale a t dcisive. Ds lors que ces pays ont pris des mesures internes - travers des rformes dans leur climat des affaires, les incitatifs IDE, l'ouverture commerciale, etc. - leurs partenaires trangers leur ont fait montre de bonne volont, tendant des accords commerciaux bnfiques, leur apportant l'assistance technique pour faciliter le processus d'intgration, voire mme leur octroyant l'aide financire. Les exemples de bonne volont internationale comprennent, notamment, le soutien apport par les Etats-Unis la Core au premier stade de son dveloppement ; le traitement accord par l'Union europenne aux pays dsireux d'adhrer l'Union, en vertu duquel l'Union agit en tant que point d'ancrage dans la mise en uvre des rformes politiques et conomiques3. Elles comprennent galement le soutien bilatral actif (tel que l'appui que la Finlande a offert l'Estonie, avec laquelle elle partage des liens culturels et linguistiques) ; et les zones d'changes commerciaux rgionaux communs en Europe et Asie, souvent par le biais d'accords informels, telle l'initiative dirige par le Japon "Akamatsu" (vol de l'oie) des annes 80, ainsi que des accords tels ceux de l'Association des Nations de l'Asie du Sud-est (ASEAN). La communaut internationale peut assumer un rle dcisif dans la transition du monde arabe vers un nouveau modle de dveloppement. Il existe au moins trois niveaux, ou types d'intgration : l'intgration dans l'conomie mondiale, l'intgration la zone mditerranenne, et l'intgration de la rgion arabe. INTGRATION DANS L'CONOMIE MONDIALE La communaut internationale n'a pas encore exerc une influence positive sur, ou vers le monde arabe, bien que la runion du G8 ait laiss apparatre certains signes encourageants avec le lancement du Partenariat de Deauville en mai 2011.4 De nombreuses rformes relatives l'conomie de la connaissance, dont certaines taient l'vidence partiale, ont t introduites dans la rgion avec le soutien de la communaut internationale, notamment par des institutions de dveloppement telle la Banque mondiale 3 L'Union europenne stimule galement les amliorations institutionnelles travers l'acquis communautaire (l'ensemble de lois et pratiques europennes) et les critres de Copenhague, comme le souligne Dvorak (2011). 4 Le Partenariat de Deauville a t form au Sommet du G8 Deauville, 26-27 mai 2011. Il vise fournir une aide pour soutenir les nouvelles dmocraties issues du Printemps arabe. 95 qui, outre l'assistance financire qu'elle apport, entreprend galement des recherches analytiques permettant d'orienter les choix en matire de politiques publiques. Comme indiqu ci-dessus, ces efforts ont dbouch sur certains progrs, quoique leur cadence soit infrieure que dans d'autres rgions du monde. Le chainon manquant dans ces interventions rside probablement dans la dimension sociopolitique, qui comporte deux parties : (i) l'engagement de l'ensemble des acteurs nationaux et (ii) la bonne gouvernance. En dfit de l'effet multiplicateur produit par l'aide, la communaut internationale n'a pas toujours soutenu les rformes touchant ces rgions, qui sont d'importance primordiale pour l'conomie de la connaissance. Par moment on a l'impression qu'il existait un accord tacite entre les dirigeants politiques et le monde des affaires contourner ces questions. La runion de Deauville peut marquer une rupture avec les anciennes pratiques, dans la mesure o les principes de la Dclaration sont scrupuleusement respects. Les pays qui s'engagent dans la transition dmocratique et la libralisation largie de l'conomie doivent tre encourags, au moyen d'incitatifs, lancer des rformes se rapportant l'conomie de la connaissance. Ces incitatifs peuvent avoir trois formes, savoir : Une assistance accrue en fonction des rsultats dgags par les rformes en matire d'conomie de la connaissance. Ces incitatifs doivent tre structurs de manire empcher les opposants au changement de tirer profit des avantages qu'il gnre. Il convient de favoriser les mcanismes nationaux en raison de leur potentiel en termes d'efficacit gouvernementale, de transparence et de responsabilisation. Des accords commerciaux prfrentiels avec les pays engags dans ces rformes. C'est actuellement l'approche la plus pratique en raison des contraintes budgtaires du Nord et de l'impact qu'elles peuvent avoir sur la croissance et l'emploi (et, par voie de consquence, sur la durabilit de la dynamique du changement). Des approches innovantes aux questions lies la migration. Celles-ci peuvent comprendre un accroissement temporaire des quotas d'immigration, assorti d'un soutien et d'incitatifs au retour d'autres immigrants. Ces incitatifs peuvent prvoir l'octroi d'une aide permettant aux personnes rapatries de crer des entreprises dans leurs pays d'origine, ainsi que des facilits pour le transfert des fonds. Des mesures visant l'intgration ont dj t prises. Plusieurs mesures ont d'ores et dj t prises par les Etats-Unis et l'Union europenne pour soutenir les pays qui s'engagent dans la transition, au lendemain du Printemps arabe (Greenfield and Balfour, 2012). L'un des rsultats de la runion de Deauville porte sur la dcision d'inclure les pays du Partenariat dans les programmes de la Banque europenne pour la reconstruction et le dveloppement (BERD). La BERD apportera son soutien aux projets d'entreprises au moyen d'investissements en capital et de prts, tout comme elle l'a fait depuis sa cration en 1991 pour la transition des 96 conomies de l'Europe de l'Est et de l'ex-Union sovitique.5 Son intervention s'avre ainsi comme complmentaire celle de la Banque europenne d'investissement (active dans la rgion travers la Facilit euro-mditerranenne d'investissement et de partenariat - FEMIP de la (BEI) et la Banque mondiale. Un rapport publi rcemment sur le commerce et l'investissement (CMI, Banque mondiale et Banque islamique de dveloppement 2012b) fournit des analyses dtailles sur les progrs actuels en direction de l'intgration, assorties de recommandations se rapportant, notamment, aux accords commerciaux prfrentiels (voir aussi Chapitre 4). INTGRATION DANS L'ESPACE EURO-MDITERRANEN Le dveloppement de la zone euro-mditerranenne dpend principalement des mesures prises par l'Union europenne. Le soutien accord aux pays Sud-mditerranens a t relativement petit, compar celui dont ont bnfici les pays d'Europe centrale et de l'Est. Dans les deux dcennies qui ont suivi le lancement du plan de coopration de l'Union europenne avec ses partenaires mditerranens, en 1992, les fonds fournis aux pays partenaires taient d'environ 40 fois moins que ceux octroys aux pays de l'Europe de l'Est. Une grande partie du soutien de l'UE tait destine aux pays qui sont entrs dans l'Union, notamment par l'intermdiaire des plans de "pr-adhsion" et, aprs l'adhsion l'Union, par les "Fonds structurels". Ce soutien, associ la perspective de joindre l'Union, a jou un rle dcisif dans l'acclration du processus de rforme dans les pays concerns, conformment aux termes des ngociations d'adhsion. Pour les pays du Sud-mditerranen, par contre, l'absence de perspectives d'adhsion et le financement limit reu par l'Union europenne n'ont pas jou en faveur des rformes. Au lendemain du Printemps arabe, l'Union europenne a labor une nouvelle politique visant faciliter l'intgration euro-mditerranenne, assortie d'une augmentation sensible dans le financement. Parmi les domaines susceptibles de bnficier d'un financement accru figures les initiatives visant faonner un espace euro-mditerranen de recherche et d'innovation comportant des plateformes R&D impliquant plusieurs pays.6 Bien que l'aspect programmatique de ces initiatives ne soit pas encore pleinement dfini, celles-ci viendront probablement complter et accroitre sensiblement les programmes labors par l'UE en matire de coopration R&D avec les pays Sud-mditerranen lesquels programmes ont t, comme indiqu plus haut, trs limits et dans la porte et dans l'ampleur. Les nombreux rseaux qui se sont tablis entre les deux rives de la Mditerrane reprsentent un facteur cl de changement et d'intgration. Ces rseaux touchent un grand nombre de thmes - dont la finance, l'enseignement, la recherche, l'innovation, le dveloppement urbain, l'environnement et la jeunesse. Des incitatifs appropris doivent tre mis en place pour les encourager, tout en les stimulant et les enrichissant au moyen 5 Un fonds spcial de 2 milliards de $US a t cr en mai 2012 pour soutenir les quatre "dmocraties mergeantes" (Egypte, Jordanie, Maroc et Tunisie). La Jordanie et la Tunisie sont devenues membres de la BERD en janvier 2012. 6 Une somme de 2 milliards a t rserve dans le cadre du prochain Programme cadre de la Commission europenne (valu quelque 80 milliards pour la priode 2013-2018). 97 d'informations et de connaissances changes dans le cadre des plateformes de discussion. Le Centre de Marseille pour l'intgration en Mditerrane fait d'ailleurs de la cration et du maintien de ces plateformes l'un de ses objectifs majeurs (Encadr 3.6). INTGRATION DANS LE MONDE ARABE L'institution d'un modle bas sur l'conomie de la connaissance dans la rgion arabe exige l'expansion de son march, favorise par le dveloppement des infrastructures et l'exploitation des synergies en matire d'ducation et d'innovation. Pour raliser ce projet d'expansion et d'intgration commerciale, il est ncessaire d'adopter une approche rgionale semblable celle du modle europen, avec son Agenda de Lisbonne pour la comptitivit et la Stratgie de l'Europe 2020 (Commission europenne 2010). Les peuples de la rgion sont attachs leur identit commune et ont manifest leur soutien diffrents plans d'intgration politique et conomique. Cependant, l'htrognit des pays de la rgion et les querelles entre leurs dirigeants, menant souvent la guerre, ont limit jusqu' prsent la porte de l'intgration rgionale politique. Le Printemps arabe, en rehaussant le rle du peuple, a insuffl nouveau l'espoir d'une meilleure intgration politique. La rgion doit saisir cette occasion historique pour riger une stratgie de la croissance et de l'emploi fonde sur l'conomie de la connaissance. Cette stratgie doit favoriser l'intgration conomique, le dveloppement de l'infrastructure, l'ducation, la culture arabe et l'innovation afin de relever les dfis qui se posent la rgion et fournir leurs travailleurs les ressources dont ils ont besoin. L'initiative d'intgration peut, long terme, fixer des objectifs encore plus ambitieux en termes d'intgration conomique, sous forme de march commun et d'union budgtaire et montaire. Ces deux objectifs ncessitent une plus grande coordination des politiques macroconomiques. Le mcanisme actuel d'assistance mutuelle dans la rgion - organismes bilatraux et multilatraux de dveloppement - doit tre rform afin d'acclrer la convergence conomique des diffrents pays et, au sein de chaque pays, des diffrentes localits (provinces, gouvernorats, territoires). Les efforts visant rduire le chmage parmi les jeunes et les femmes, ainsi que les ingalits sociales, sont tout aussi importants, car ils permettront de rduire quelque peu les disparits intrargionales considrables des revenus.7 ENCADR 3.6. Le Centre de Marseille pour l'intgration en Mditerrane Le Centre de Marseille pour l'intgration en Mditerrane (CMI) a t cr par un groupe de gouvernements mditerranens - Egypte, France, Jordanie, Liban, Maroc, et Tunisie - avec la Banque europenne d'investissement (la BEI) et la Banque mondiale. Il soutient les pratiques de dveloppement et d'intgration dans la rgion mditerranenne travers : (i) la fourniture d'un espace de dialogue fond sur des donnes factuelles ; (ii) la production et la diffusion des produits de la connaissance ; et (iii) le soutien aux efforts rgionaux intersectoriels partenaires multiples. Lanc le 9 octobre 2009, le but du CMI est de contribuer l'dification d'un nouveau paradigme de 7 L'indice Gini de rpartition du revenu intrieur par habitant parmi les pays de la rgion est de 54 pour cent (Banque mondiale 2010b et les calculs tablis par l'auteur, exclusion faites de la Palestine et de la Somalie, sur la base de la rpartition du PIB par habitant dans la rgion). 98 dveloppement conomique et social qui reflte les attentes des mouvements dmocratiques dans les pays arabes. Les programmes du CMI s'articulent autour des trois thmes d'intgration suivants : conomies intgres. L'augmentation de l'emploi dans la rgion est un objectif conomique primordial. L'accroissement de la productivit, l'institution de rformes bases sur la connaissance et l'innovation, et l'exploitation des liens travers le commerce, l'investissement et l'infrastructure, sont les lments communs qui font actuellement l'objet de discussions visant dfinir de nouveaux modles conomiques et processus de reformes. Les discussions politiques fondes sur des donnes factuelles sont essentielles pour la transition de la rgion vers le statut d'conomie avance. Croissance durable. La rgion mditerranenne - ingalement riche en ressources nergtiques, universellement pauvre en ressources hydriques, et dfinitivement vulnrable au risque environnemental - ne peut se permettre, mme en priode de contraintes socioconomiques, de renoncer l'ajout d'une dimension verte ses stratgies de croissance et de dveloppement. Gouvernance participative. L'aspiration des citoyens un processus de transformation durable vers une gouvernance conomique et politique participative est au cur des changements radicaux que connat la rgion. L'action du CMI - tablissement de rseaux, sensibilisation et conseil en rformes - englobe tout un ventail d'acteurs des secteurs public et priv et de la socit civile. Le centre encourage le dialogue entre le gouvernement et les praticiens indpendants travers : Le dveloppement de la connaissance sous forme d'tudes, de notes d'orientation, et de mthodologies pour l'action sectorielle au niveau rgional, national et local et la fourniture d'analyses factuelles pour faciliter le dbat politique public ; La tenue d'vnements qui permettent aux nouveaux dirigeants, dcideurs et praticiens mditerranens de se rencontrer dans les confrences, ateliers et autres forums pour discuter de questions pressantes, rflchir avec leurs pairs, examiner les meilleures pratiques et enseignements retenus, et faire le constat des progrs raliss ; La mise en place d'une plate-forme de la connaissance sur le site du CMI pour diffuser les connaissances et crer des espaces de runions virtuelles o les communauts peuvent discuter des questions de pratique et d'intrt mutuel. Les programmes CMI sont dirigs par diverses organisations, notamment, l'Agence franaise de dveloppement, la Caisse des dpts et consignations, la Cit de Marseille, la BEI, le Forum Euro-mditerranen des Instituts de sciences conomiques, la Deutsche Gesellschaft fr Internationale Zusammenarbeit, le Programme des Nations unies pour le dveloppement, le Plan Bleu, et la Banque mondiale. Ces organismes uvrent avec des partenaires rgionaux et nationaux, tels les cellules de rflexion, les tablissements de formation, les centres d'excellence, et autres instituts de dveloppement, en particulier sur la rive mridionale de la Mditerrane, en vue de concevoir et mettre en uvre des programmes qui s'attaquent aux principaux dfis auxquels la rgion doit faire face en matire de dveloppement. 99 Le contexte politique et institutionnel actuel n'est pas adapt aux nouveaux dfis. La Ligue des Etats arabes, cre en 1945, opre en vertu des principes d'unit et de non ingrence dans les affaires intrieures, et ses rsolutions sont prises l'unanimit. Dans le domaine de l'intgration conomique et sociale, la Ligue arabe a apport des contributions positives en adoptant, par exemple, la Grande zone arabe de libre-change (GAFTA), et en mettant en place des institutions financires pour l'assistance mutuelle dans la rgion. Elle n'a pas, cependant, qualit pour coordonner les politiques publiques, laborer les normes ncessaires l'intgration conomique, ou grer les programmes rgionaux relatifs aux piliers de l'conomie de la connaissance, autant de facteurs qui exigent une autorit rglementaire ayant le pouvoir d'annuler ou, tout au moins, influencer les rglements nationaux. Il est donc impratif que l'Organisation s'oriente vers un nouveau modle mieux adapt au contexte rgional, tout en englobant les meilleures pratiques empruntes d'autres zones intgres, notamment l'Union europen. Les institutions spcialises dans l'conomie de la connaissance manquent de dynamisme et doivent donc tre revues. La rgion dispose d'institutions responsables de l'enseignement et des TIC, mais leurs ressources financires sont limites, leur modle de gestion n'est pas fond sur la performance, donnant de pitres rsultats. Aussi est-il essentiel de dfinir, dans le cadre du processus de dveloppement d'une stratgie rgionale de l'conomie de la connaissance, un cadre institutionnel de mise en uvre de ladite stratgie. La pertinence des institutions actuelles doit tre rexamine. Celles qui ne sont pas supprimes devront tre diriges selon des plans stratgiques axs sur la performance et finances correctement. CONCLUSION Quatre principes stratgiques ont t proposs plus haut, savoir : Mener des rformes politiques avec une ambition tempre par le ralisme ; Concevoir le changement de faon pragmatique afin d'instaurer la confiance et gnrer des emplois, l'accent tant plac dans un premier temps sur la rcolte des fruits porte de main Construire conjointement un nouveau modle conomique assorti d'un nouveau contrat social entre les gouvernements et les citoyens, de sorte que les deux modles se renforcent mutuellement ; Poursuivre activement les politiques d'intgration tant au sein du monde arabe que dans l'espace mditerranen, avec la collaboration active de la communaut internationale. Afin d'assurer le succs du processus de transition, il est indispensable de progresser simultanment sur ces quatre principes. Les trois premiers chapitres du prsent rapport ont tabli les paramtres cls des nouvelles stratgies de dveloppement proposes. Les Chapitres 4 7 examineront en dtail les problmes actuels et les mesures possibles se rapportant aux quatre piliers de l'conomie de la connaissance. Les Chapitres 8 et 9 traiteront de la promotion et du dveloppement des secteurs conomiques et des sites locaux ayant un potentiel lev de diversification et de croissance. 100 RFRENCES Acemoglu, D., et J. Robinson. 2012. Why Nations Fail: The Origins of Power, Prosperity and Poverty. New York: Ed. Crown Publishers. ANIMA. 2011. Mediterranean Niches and Sectors with High Potential for Job Creation and Growth. Rapport non publi, labor pour le compte du CMI. Marseille. Juin. CMI (Centre de Marseille pour l'intgration en Mditerrane). 2012a. Le Rapport MED 2012 : Vers une croissance verte dans les pays mditerranens. Marseille. CMI, Banque mondiale, et Banque islamique de dveloppement. 2012b. From Political to Economic Awakening in the Arab World: The Path of Economic Integration. Un rapport du Partenariat de Deauville sur le commerce et l'investissement direct tranger. Projet d'tude. CMI, Marseille. Avril. Dahlman, Carl. 2012. Leons des stratgies de dveloppement des autres pays en dveloppement : Implication pour les pays MENA. Rapport non publi, Banque mondiale. Washington, DC. Mai. Dvorak, Pavel. 2011. Rformes de l'conomie politique : Enseignements d'Europe centrale et de l'Est. Prsentation l'atelier du CMI, Marseille, 13 novembre 2011. Commission europenne. 2010. De la Stratgie de Lisbonne "l'Europe 2020". 23 juin. http://ec.europa.eu/education/focus/focus479_en.htm FEMISE. 2011. Towards a New Med Region: Achieving Fundamental Transitions. Marseille. Greenfield, Danya, et Rosa Balfour. 2012. Arab Awakening: Are the US and EU Missing the Challenge? Conseil des Etats-Unis pour l'Atlantique, Washington, DC. Juin. Kuznetsov, Yevgeny, Carl Dahlman, et Abdelkader Djeflat. 2012. How to Facilitate High-Productivity Employment in MENA Economies? Sequencing Interventions to Promote Innovation. Rapport non publi, Banque mondiale. Washington, DC. Avril. Rischard, Jean-Franois. 2009. MENA Countries in the 21st Century: Building Knowledge Economies for Job Creation, Increased Competitiveness, and Balanced Development. Washington, DC: Banque mondiale. Ulgen, S. 2011. From Inspiration to Aspiration. Brussels: Dotation Carnegie pour la paix internationale. Banque mondiale, ISESCO, et gouvernement de Tunisie. 2009. Confrence sur la construction des conomies de la connaissance au XXI sicle pour la croissance de l'emploi et de la comptitivit au Moyen Orient. Tunis. 1-3 dcembre. Banque mondiale. 2007. Building Knowledge Economies: Advanced Strategies for Development. Washington, DC. Banque mondiale. 2010a. Innovation Policy: A Guide for Developing Countries. Washington, DC. Zeidane, Zeine. 2012. Institutional Reforms for a Knowledge Economy Model in the Arab world. Rapport non publi. Banque mondiale. Washington DC. Mars. 103 DEUXIEME PARTIE Les piliers de lconomie de la connaissance 104 Chapitre 4 Amliorer la gouvernance et le climat des affaires La gouvernance conomique faible est l'obstacle majeur au dveloppement conomique et social du monde arabe - et le principal facteur limitant le progrs de l'conomie de la connaissance. Pour donner tout son potentiel, la rforme conomique doit tre rgie par des rgles efficaces, transparentes et crdibles. Les insuffisances du cadre gnral de gouvernance, caractris par la corruption omniprsente, l'absence de participation la vie politique et de responsabilisation, ont favoris la rcupration des institutions conomiques cls des pays arabes par des intrts particuliers, branlant ainsi leur qualit et leur crdibilit. Les politiques ont ainsi perdu de leur efficacit et impartialit, faussant ainsi la concurrence et, plus important encore, affectant ngativement la croissance et l'emploi. Le manque de responsabilisation et de transparence, associ au grand cart existant entre les rgles de droit et de fait ont amplifi encore davantage le potentiel de discrtion, de favoritisme et de corruption ((CMI, Banque mondiale, et Banque islamique de dveloppement 2012)1 Bien que le problme soit difficile quantifier, l'enqute sur les entreprises et les indicateurs internationaux, tels que les Indicateurs mondiaux de la gouvernance (WGI),2 confirment la gravit de la question. Le classement du Moyen Orient et de l'Afrique du Nord (MENA), en matire de gouvernance, est rest gal ou infrieur au 50me percentile entre 2005 et 2010 (Figure 4.1). Pendant cette priode, la rgion a maintenu inchang son classement sur l'Etat de droit, tout en accusant une dtrioration en matire de participation la vie politique, de responsabilisation et de stabilit politique, ce qui n'est pas surprenant compte tenu des vnements qui ont clat en dcembre 2010 annonant le dclenchement du Printemps arabe. Ces incertitudes dans l'environnement dcisionnel ne doit pas tre sous-estim en ce qui concerne les investisseurs et les entrepreneurs du secteur priv, qui sont le pivot du processus de valeur ajoute et de cration d'emplois. Les transitions actuelles offrent une occasion unique pour s'attaquer aux dfis profonds qui se posent la gouvernance. 1 Le prsent chapitre s'inspire largement de Zeidane (2012). 2 Les Indicateurs mondiaux de la gouvernance prsentent les indicateurs globaux et individuels de gouvernance pour 213 conomies, sur la priode 1996-2010 et portent sur les six dimensions suivantes : la participation la vie politique et la responsabilisation, la stabilit politique et l'absence de violence, l'efficacit gouvernementale, la qualit de la rglementation, l'tat de droit et le contrle de la corruption (http://info.worldbank.org/governance/wgi/index.asp). 105 FIGURE 4.1. Les classements MENA en matire de gouvernance, 2010 compars 2005 Renforcement de la gouvernance et le fonctionnement de l'Etat Des rgimes politiques crdibles qui doivent rendre compte leurs peuples. C'est la formule politique qui correspond le mieux la description de dmocratie. A cet gard, les donnes provenant du projet Polity IV indique que dans la rgion un seul pays (Liban) possde un rgime dmocratique institutionnalis.3 La rgion, dans son ensemble, est classe au niveau -3 sur une chelle de -10 10. Les pays du Conseil de coopration du Golfe (CCG) enregistrent un score collectif de -8,7 sur la mme chelle (CSP 2011). 3 Les donnes datent de 2010, soit avant le Printemps arabe. 0 10 20 30 40 50 60Participation la vie politique etresponsabilisationStabilit politiqueEfficacit du gouvernementQualit des rglementsEtat de droitContrle de la corruption20052010 106 La russite du modle dpend, en grande partie, de l'efficacit du gouvernement, qui demeure faible dans la rgion ( l'exception des pays du CCG). Un gouvernement efficace s'efforce d'optimiser l'utilisation des ressources disponibles afin d'amliorer la comptitivit de l'conomie ainsi que les rsultats de la formation et de la recherche publique et de la modernisation de l'Etat. La Figure 4.2 indique clairement la corrlation existant entre l'efficacit du gouvernement et la performance dans l'conomie de la connaissance (fonde sur la KAM 2012).4 Le percentile moyen de la rgion sur l'indicateur de l'efficacit du gouvernement tait de 35 pour cent en 2009 (le milieu du quatrime dcile). Les Etats du Golfe semblent tre les plus efficaces (entre le sixime et la position de Qatar au neuvime dcile), suivis par la Tunisie (65 pour cent), la Jordanie (63 pour cent), et le Maroc (51 pour cent). FIGURE 4.2. L'efficacit du gouvernement par rapport l'conomie de la connaissance La dcentralisation favorise le succs des initiatives locales et stimule la comptitivit entre diffrents lieux. La dcentralisation convient particulirement la rgion en raison de 4 Pour mesurer l'conomie de la connaissance, on utilise les scores de l'Indice de l'conomie de la connaissance (KEI), qui varie entre 0 et 10). Pour mesurer la gouvernance, on utilise le classement du pays dans le WGI (qui varie de 0, pour le moins performant, 100 pour le plus performant. L'indicateur de l'efficacit du gouvernement reflte la perception relative la qualit des services publics, la qualit du service civil, son degr d'indpendance par rapport aux pressions politiques, la qualit de l'laboration et de la mise en uvre des politiques, et la crdibilit de l'attachement du gouvernement ces politiques. Eth Cmr Pak Ind Idn Vnm Ecu Irn Nam Chn Kaz Tur Zaf Arg Bra Jam Ukr Rus Mys Chl Grc Svk Ltu Isr Fra Sgp Jpn Esp Usa Nzl Dnk Alg Bhr Dji Egy Jor Kwt Lbn Mrt Mar Omn Qat Sau Sdn Syr Tun UAE Yem 05100 50 100Efficacit du gouvernement Non-Arab CountriesArab CountriesKEI faible KEI levFaible indicateur de gouvernance Indicateur suprieur de gouvernance 107 l'urbanisation croissante et des carts de dveloppement spatial dans chaque pays. Au cours de la dernire dcennie, les pays MENA tendaient vers la dcentralisation, bien que celle-ci soit perue comme une technique administrative - plus proche de la dconcentration - plutt qu'un processus politique. Il n'empche qu'elle ait dbouche sur une autonomie accrue des pouvoirs locaux en matire de planification et de prise de dcision (Bergh 2010). S'agissant de la dcentralisation, cependant, une attention spciale doit tre porte l'efficacit, la transparence et la responsabilisation des institutions. La socit civile est un agent du changement et doit assumer un rle majeur dans la gestion des stratgies de dveloppement bases sur la connaissance. Bien que la situation varie d'un pays arabe l'autre, la socit civile demeure sous-dveloppe dans la rgion. L'Indicateur de la Banque mondiale5 relatif la participation la vie politique et la responsabilisation indique qu'aucun pays arabe n'excde le percentile moyen (Figure 4.3). L'implication des diffrents acteurs sociaux dans la gouvernance gnrale est un facteur critique hautement prioritaire. FIGURE 4.3. Classement d'une slection de pays de la rgion en matire de participation la vie politique et de responsabilisation, 2010 Rang percentile du pays (0100) 90100 5075 1025 7590 2550 010 Source : Kaufmann, Kraay, et Mastruzzi 2010. N.B. : Les indicateurs de gouvernance prsents rsument les avis sur la qualit de la gouvernance exprims par un grand nombre d'entreprises, citoyens et experts participant des enqutes dans les pays industriels et en dveloppement. Ces donnes sont collectes des instituts de sondage, les cellules de rflexion, les organisations non gouvernementales et les organisations internationales. Les Indicateurs mondiaux de la gouvernance ne refltent pas l'opinion officielle de la Banque mondiale, des ses directeurs excutifs ou des pays qu'ils reprsentent. Les indicateurs ne sont pas utiliss par le Groupe de la Banque mondiale pour affecter les ressources. Un secteur priv dynamique - oprant dans un environnement loyal, transparent et comptitif - est dterminant pour la productivit et l'innovation. La mise en uvre 5 Lorsque la source n'est pas prcise, les indicateurs sur la gouvernance proviennent de la base des donnes de la Banque monde sur les Indicateurs mondiaux de gouvernance (WGI) (2010). 108 ingale des politiques conomiques a renforc les ingalits et la perception d'injustice. La mainmise des lites sur l'Etat pour la maximisation des bnfices a prospr dans cet environnement de privilges et de patronage, de telle sorte que des petits groupes dominaient le march avec, pour rsultat, une faible productivit, aucune incitation innover, et des possibilits conomiques et d'emplois touffes. D'aprs les rapports de la Banque mondiale,6 cet tat de chose a pes sur le dveloppement de l'conomie sla connaissance et la comptitivit. Il est ncessaire de corriger ces dsquilibres ainsi que les lacunes sous-jacentes de la gouvernance afin de restaurer la confiance des agents conomiques. Il est possible, d'autre part, de restaurer la confiance des investisseurs en renforant le mandat et l'indpendance des institutions conomiques majeures, telles que les autorits fiscales et de la concurrence, et en procdant un examen de la transparence des rglements afin de rduire les comportements discrets et anticoncurrentiels (CMI, Banque mondiale, et Banque islamique de dveloppement 2012). Le succs du modle dpend, en grande partie, sur l'efficacit du gouvernement, qui reste dficiente dans la rgion ( l'exception des pays CCG). Le succs de l'approche est tributaire de plusieurs facteurs dterminants : (i) l'orientation stratgique du processus de dveloppement qui dtermine la crdibilit des politiques et canalise les attentes des acteurs conomiques, notamment les entreprises, vers les objectifs retenus ; (ii) la gestion des finances publiques base sur les performances,7 afin de s'assurer effectivement de l'efficacit des dpenses publiques dans la ralisation des rsultats escompts de la stratgie (comme par exemple, dans le domaine de l'enseignement, l'infrastructure requise pour assurer la comptitivit de l'conomie, ou dans le soutien l'innovation, en accordant une attention spciale l'adjudication des petits contrats afin d'encourager la concurrence et le transfert de technologie) ; et (iii) une administration publique efficace gre sur la base du mrite, et non du favoritisme ou npotisme politique (Banque mondiale 2003). Un gouvernement efficace s'assurer que les ressources disponibles sont utilises de faon optimale afin d'amliorer la comptitivit de l'conomie et les rsultats de la formation et de la recherche publique, ainsi que la modernisation de l'Etat. L'tat de droit est essentiel pour que les acteurs de l'conomie de la connaissance aient confiance dans les institutions nationales. L'tat de droit, mme si les dtails du concept variaient selon le contexte local, est un engagement que les institutions fonctionneront comme elles le devraient. Le dveloppement institutionnel tant un facteur dcisif pour l'investissement direct tranger (IDE) et son efficacit, l'institution de l'tat de droit est essentielle pour une croissance axe sur la productivit. L'indicateur de l'tat de droit de la Banque mondiale, qui est un composant de l'Indice d'conomie de la connaissance (KEI), place la rgion au milieu du quatrime dcile, avec des sous-groupes rgionaux classs comme suit : le CCG (62me percentile, avec le Qatar parmi les premiers 20 pour cent des 6 Voir, titre d'exemple, le Tunisia Development Policy Review (Banque mondiale 2010a) et le rapport phare sur MENA From Privilege to Competition (Banque mondiale 2009a). Pour les six pays o les donnes taient disponibles, le score moyen tait de 2,2 sur une chelle de 1 4, mise au point par De Renzio (2009), ce qui correspond la note C ou C+, ce qui est bien en de des pratiques en vigueur dans les pays OCDE. 7 L'valuation de la gestion des finances publiques de 12 pays de la rgion a t effectue dans le cadre du Programme des dpenses publiques et de la responsabilit financire (PEFA) de la Banque mondiale. 109 principaux de pays), le Machrek (51me percentile), le Maghreb (39me percentile, abaiss par la mauvaise performance de l'Algrie), et les autres (6me percentile) (Banque mondiale 2010b). La corruption est trs prjudiciable la socit dans son ensemble, et l'conomie de la connaissance en particulier. Elle compromet la crdibilit et freine l'initiative prive, surtout l'IDE par les entreprises soucieuses de leur rputation. Elle sape la performance conomique du pays en perturbant les marchs, dcourageant l'investissement priv et entravant la concurrence, moteur de l'innovation, et en diminuant la fourniture des services de base, y compris l'enseignement et l'infrastructure. Elle engendre l'instabilit qui est nfaste au dveloppement des conomies long terme. Sur l'indicateur de contrle de la corruption, la rgion dans son ensemble se place dans le quatrime dcile. Le sous-groupe des pays CCG vient dans le septime dcile, avec le Qatar et les Emirats arabes unis (EAU) dans le quintile suprieur, suivi du Maghreb) (Banque mondiale 2010b). La plupart des pays de la rgion ont sign et ratifi la Convention des Nations Unies contre la corruption.8 Nous observons cependant une faible mise en uvre effective des cadres juridiques de lutte contre la corruption. La simplification des formalits administratives (rduisant ainsi le contact entre les personnes et les fonctionnaires de l'Etat), la transparence des marchs publics, la mise en place de contrleurs et rgulateurs indpendants, et la publication rgulire d'informations constituent des tapes essentielles la limitation des possibilits de corruption. La scurit est essentielle pour le dveloppement bas sur la connaissance et l'innovation. Sans scurit, il est difficile d'assurer les services de base, la mobilit des facteurs de production ou le fonctionnement correct de marchs.9 La scurit est indispensable, en effet, pour une conomie qui dpend des marchs trangers pour la vente de ses produits intrieurs ou la fourniture de ses facteurs de production (capital, main-d'uvre ou technologie). Les rcents changements ont abaiss le classement de certains pays en matire de stabilit politique court terme, en raison du cot lev des rcentes rvolutions en termes de vies humaines. Or ces mmes changements devront rduire les probabilits de violence moyen et long terme, pour peu que des mesures politiques et socioconomiques soient prises pour s'attaquer aux causes qui sous-tendent ces rvolutions, notamment, les restrictions la libert, la corruption, le chmage, l'injustice et l'ingalit. Compte tenu de la position gostratgique de la rgion et de la richesse de ses ressources naturelles, la violence gnralise pourrait avoir des implications ngatives pour l'conomie mondiale. 8 Les seuls membres de l'ONU dans la rgion qui ne l'ont pas encore sign sont Oman et la Somalie. 9 Le Rapport sur le dveloppement mondial 2011 aborde le lien entre la scurit et le dveloppement, et traite du calcul des cots d'incidents affrents la scurit dans plusieurs rgions du monde en termes de croissance conomique et de prvalence de la pauvret, qui est leve de plus de 50 pour cent dans les pays faisant l'objet de violences graves que dans les pays faible taux de violence. Le rapport souligne la violence a, pour principale cause, la perception de l'injustice et du chmage : 39 pour cent des participants aux mouvements de rbellion imputent leur implication dans ces mouvements l'oisivet, compar aux 13 pour cent qui le font par conviction (Banque mondiale 2011). 110 L'OUVERTURE DES SOCITS La garantie des liberts individuelles et collectives est indispensable l'conomie de la connaissance, ainsi qu' la crativit et la diffusion et l'utilisation des nouvelles ides. Le talon d'Achilles de la rgion rside dans son faible niveau de libert de pense, d'information et d'association, ainsi que l'insuffisance dans le libre choix des reprsentants locaux et nationaux. Les indicateurs de libert civile et politique, mis au point par Freedom House, rvle qu'aucun pays arabe n'est considr comme tant libre. A l'exception de la Tunisie, du Maroc et du Liban, classs comme partiellement libre (Freedom House 2012). La libert de pense et d'expression n'est pas seulement essentielle la crativit et la fcondation intellectuelle, mais aussi la qualit de la politique publique. Sa restriction a engendr dans les pays de la rgion une sorte de groupe de rflexion en vertu duquel l'lite soutien le rgime politique en place sans opposer une quelconque objection aux dcisions gouvernementales, aussi inappropries qu'elles soient. Ceux qui souhaitent prserver leur libert de rflexion n'ont souvent d'autre choix que celui d'migrer.10 Le Printemps arabe a cr, cependant, un nouveau contexte favorable. Des progrs significatifs ont t raliss dans des pays tels que la Libye, l'Egypte et la Tunisie. Ces deux derniers ont tenue des lections que les observateurs jugent comptitives et crdibles, et la libert d'expression a gagn en puissance dans les socits arabes. Mais ces gains sont compenss, nanmoins, par la rgression des liberts civiles dans des pays tels le Bahren, l'Arabie saoudite, la Syrie et le Ymen (Freedom House 2012). La libert de l'information est essentielle la diffusion de la connaissance et l'amlioration de la gouvernance. Le droit du citoyen l'information est rarement codifi. Peu de pays arabes ont libralis l'industrie de la radio et de la tlvision, et les gouvernements continuent contrler les mdias publics (vus autrement que des services publics), considrs souvent comme des monopoles bien que les chanes arabes distribues par cble ont connu une croissance remarquable et jouent un rle majeur dans la qute de libert de jeunesse arabe. L'Indice de libert de la presse 2011-2012 de Reporters sans frontires indique que le Maroc est en 138me position, sur 179 pays. La Tunisie, qui a proclam son engagement la socit de l'information, est la 134me place, alors qu'elle occupait la 164me place (Reporters sans frontires 2012). La censure sur l'Internet est courante dans la rgion, avec sept pays dont 44,2 pour cent de la population la jugent dfavorables la libert de presse ou sous surveillance, selon la classification de Reporters sans frontires. La Tunisie et l'Egypte figurent parmi ces sept pays qui, paradoxalement, venaient juste de vivre des rvolutions qui ont russi en partie grce l'utilisation des rseaux sociaux en ligne contourner les restrictions sur la libert de la presse (Reporters sans frontires 2011). Les principales rformes sont la libralisation des mdias, l'ouverture la concurrence la radio et la tlvision, la transformation des mdias publics en services publics, et l'limination de la censure. 10 Un rapport de la Banque mondiale sur la migration de la rgion du Moyen Orient et de l'Afrique du Nord (MENA) vers les pays de l'Organisation de coopration de dveloppement conomiques (OCDE) rvle, au moyen du modle de gravit, que l'absence de liberts politiques reprsente une variable qui explique le taux d'migration (Banque mondiale 2009b). 111 Des restrictions trop rigides sur l'immigration peuvent empcher l'afflux de l'expertise internationale et l'change des services. Le monde arabe est la seule rgion en dveloppement qui soit un importateur net de migrants, avec 7 pour cent de la population venant de l'tranger - soit plus du double de la moyenne mondiale. Les carts sont normes dans la rgion, avec les immigrants reprsentant 87 pour cent de la population du Qatar et quasiment zro en Egypte. La migration permet aux pays d'importer une main-d'uvre qualifie qui n'est pas disponible localement et, ce faisant, mettre en place un capital humain et amliorer la productivit. Actuellement, le pourcentage de la main-d'uvre immigre avec un certain degr d'enseignement suprieur est d'environ 15,8 pour cent, et ce niveau relativement bas laisse penser que la plupart des immigrants occupent des postes faible teneure technologique. L aussi les carts intrargionaux sont importants. Le Qatar attire une plus grande part de main- d'uvre qualifie (64 pour cent des immigrants se prvalent d'un certain niveau d'enseignement suprieur), et la Libye attire moins que la moyenne (7 pour cent). Le nombre moyen de pays dont les nationaux sont soumis un visa d'entre dans la rgion est de 150 (Banque mondiale 2009c). Le cot des documents de voyage est relativement bas par rapport au PIB par habitant et ne reprsente pas une contrainte majeure la mobilit (Neumayer 2006). Les disparits entre les sexes dans la rgion freinent le dveloppement et constituent un signe extrieur de rsistance au changement. La participation des femmes la vie politique contribue la crdibilit et l'efficacit des institutions publiques et, partant, un climat propice l'conomie de la connaissance (Banque mondiale 2004). Or le niveau de participation des femmes dans la rgion demeure bas. Le taux de participation des femmes au parlement avoisine les 10,6 pour cent dans la rgion. Mais l'on assiste cependant des changements : l'Algrie est devenue rcemment le premier et seul pays arabe o les femmes dtiennent plus de 30 pour cent des siges au parlement.11 En Tunisie et en Irak, les femmes occupent plus de 20 pour cent des siges au parlement ; Dans les parlements du Qatar, d'Arabie saoudite et du Kowet, il n'y a aucune femme.12 La prsence des femmes dans les hautes fonctions de l'Etat et dans certaines occupations, telles la justice et l'administration locales, est trs limite dans la rgion. Malgr les progrs significatifs enregistrs dans les niveaux d'ducation des femmes, leur participation au march du travail est extrmement faible. La faible participation des femmes l'conomie, avec seulement 25 pour cent de la force active (le plus bas dans le monde) prte inquitude car il se rpercute sur la croissance conomique (Banque mondiale 2012). Ce faible taux de participation serait probablement l'origine du ralentissement de 0,7 pour cent de la croissance du PIB par habitant dans les annes 90 - une opportunit manque quivalent 40 pour cent de la croissance ralise au cours de cette priode (Banque mondiale 2004). Comme l'indique la Figure 4.4, la plupart des pays o le taux de participation des femmes est trs lev sont soit des pays riches en ressources avec un grand nombre d'expatris (tels le Qatar [87 pour cent], les Emirats [81 pour cent], et le Kowet [68 pour 11 Cette hausse sensible - de 7,7 pour cent en 2007 - est due la Loi organique qui exige que 30 50 pour cent des candidats au parlement soient des femmes. http://www.ipu.org/parline-e/reports/2003_E.htm. 12 http://www.ipu.org/wmn-e/classif.htm. 112 cent]) (Baldwin-Edwards 2011) ou des pays o les femmes travaillant majoritairement dans le secteur de l'agriculture (comme, par exemple, le Soudan, les Comores, et Djibouti). En d'autres termes, la participation des femmes consiste soit de travailleurs non nationaux, soit de travailleurs nationaux occupant des emplois vulnrables. FIGURE 4.4. Participation des femmes la force ouvrire Source : Indicateurs du dveloppement mondial. Mais la main-d'uvre fminine semble tre de plus en plus apprcie par les socits multinationales, qui considrent les femmes plus prcises et dvoues que les employs masculins dans la rgion MENA (Figure 4.5).13 Cette conclusion est intressante pour les pays arabes alors qu'ils attirent davantage d'IDE. L'Encadr 4.1 met l'accent sur le programme pilote New Opportunities for Women (Jordan NOW) de la Jordanie qui sert de catalyseur l'emploi des femmes et qui pourrait inspirer d'autres pays. Une socit ouverte limine les contraintes relatives la participation des jeunes au dveloppement. La population ge 15-29 ans de la rgion se chiffrait 125 millions en 2010 (e4e, Banque islamique de dveloppement, et SFI 2011), contre 67 millions en 1990 (Wrigley 2010) ; la jeunesse reprsente plus de 30 pour cent de la population totale et environ 50 pour cent de la population active. La rgion MENA tend une hausse du chmage des jeunes, 25 pour cent en moyenne,14 avec des taux particulirement levs en Tunisie (30 pour cent), en Arabie saoudite (28 pour cent), en Jordanie (27 pour cent), et en Egypte (26 pour cent). Dans l'intervalle, les taux d'abandon restent levs, avec un grand segment de jeunes pratiquement sans ducation et risquant de retomber dans l'analphabtisme tout en tant dpourvus de comptences particulires. La jeunesse rate aussi les possibilits de parfaire ses comptences travers des actions bnvoles ou le service communautaire. Par ailleurs, la plupart des programmes de dveloppement des comptences visent la jeunesse urbaine et impliquent 13 Voir galement Hewlett et Rashid 2010. 14 L'enqute de perception mene dans cinq pays de la rgion donne des taux variant entre 35 et 40 pour cent (e4e, Banque de dveloppement islamique, et SFI 2011). 52.1 51.1 43.7 43.3 39.2 35.5 34.7 30.8 30.4 28.4 28.0 25.9 25.3 24.8 23.5 22.5 17.4 15.3 14.7 14.7 14.3 0.0 10.0 20.0 30.0 40.0 50.0 60.0QatarEmirats arabes unisBahrenComoresLibyeOmanTunisieEgypteArabie saouditeAlgrieIrak 113 seulement les grandes entreprises prives, bien que les petites et moyennes entreprises (PME) reprsentent galement une part importante de l'emploi et de la production dans la rgion (Angel-Urdinola, Semlali, et Brodmann 2010). Or les travailleurs non comptents ne peuvent contribuer l'accumulation du capital humain ncessaire l'conomie de la connaissance. ENCADR 4.1. Promotion de l'emploi des femmes en Jordanie En Jordanie, du groupe d'ge 20-45 ans le nombre des femmes ayant un emploi reprsente 17 pour cent de la force active, contre 77 pour cent pour les hommes. Cet cart de participation comprend galement les femmes plus instruites ; pour les diplms des collges communautaires, il commence immdiatement avec l'obtention du diplme. Le programme pilote jordanien New Opportunities for Women (Jordan NOW) vise valuer rigoureusement l'efficacit de deux politiques, savoir, les subventions salariales court terme et la formation axe sur les comptences favorisant l'employabilit. Les subventions salariales court terme encouragent les entreprises saisir l'opportunit de recruter des jeunes femmes diplmes et de surmonter les strotypes en observant les femmes au travail. Dans ce programme pilote, la valeur de chaque bon-subvention est gale au salaire minimum de six mois. Le programme de formation axe sur les comptences favorisant l'employabilit renforce les comptences techniques acquises dans les collges communautaires par des comptences pratiques permettant de trouver un emploi et d'y russir. De nombreux employeurs estiment que ces comptences professionnelles interpersonnelles de base font dfaut chez les nouveaux diplms. Les tudiantes reoivent, grce ce programme pilote, une formation de 45 heures dans la constitution d'quipes, la communication, les prsentations, la rdaction commerciale, le service clientle, l'tablissement de curriculum vitae, les techniques d'entretien et la rflexion positive. La demande pour de telles politiques semble tre trs forte. En dpit du faible taux d'emploi, la majorit des rcentes diplmes dsirent travailler : 93 pour cent projettent de travailler ds leur obtention du diplme, et 91 pour cent aspirent travailler l'extrieur du foyer, quand mme elles seraient maries. Celles qui ont entam le cours ont eu des ractions positives, affirmant que la formation leur a donn une confiance accrue pour commencer chercher un travail. Quatre mois aprs avoir commenc le programme de subvention salariale, environ le tiers des bnficiaires avaient d'ores et dj trouv un emploi. Les premiers rsultats d'une valuation intermdiaire indiquent que les bons-subventions ont un effet manifeste sur l'emploi : les taux de recrutement parmi les diplmes ayant reu des bons seuls ou des bons assortis de formation variaient entre 55 et 57 pour cent, compares 17-19 pour cent de celles qui ont reu uniquement de la formation ou n'ont reu ni formation ni bon. Dans tous les groupes, les effets de l'emploi sont suprieurs sur les femmes clibataires. Les enqutes de suivi dtermineront si les effets des bons-subventions sur l'emploi sont durables long terme. Elles mettront galement l'accent sur les autres mesures prendre en matire d'autonomisation et de changement d'attitudes. Les enqutes permettront galement d'analyser le lien existant entre mariage et travail, du fait que les premiers rsultats indiquent la faible probabilit que les femmes maries suivent la formation, et encore moins d'utiliser les bons ou d'tre employes. Source : Banque mondiale 2012c. 114 FIGURE 4.5. Avantages du recrutement des femmes par rapport aux homes par les entreprises multinationales Source : Enqute de la Banque mondiale sur la dlocalisation 2010. La jeunesse arabe tend se sentir impuissante l'gard de son avenir, et trs peu participent la vie sociale et civile. Les jeunes peuvent devenir le moteur de la croissance et contribuer tout autant l'innovation qu' la productivit. Pour cela, cependant, ils ont besoin d'conomies ouvertes et dynamique gnrant de multiples opportunits qui permettront de catalyser leurs nergies. La rgion MENA n'a pas t en mesure de crer ces conditions, malgr les priodes de croissance que la dcennie a connu, de sorte que ce potentiel s'est transform en une cause de frustration. Il n'est pas inhabituel de trouver les jeunes insatisfaits avec la qualit ou la nature de leur emploi. Dans une rcente tude sur la jeunesse marocaine (Banque mondiale 2012a), les participants ont dcrit leurs vie professionnelle en utilisant des termes comme monotonie, longues heures et lourdes charges. Autre lment qui caractrise l'exprience prcaire des jeunes se traduit par le fait que ceux qui travaillent dans le secteur informel n'ont ni contrat ni scurit d'emploi, oprent dans de mauvaises conditions, d'autant que le sous-emploi n'est pas peu frquent. Mais l'tude souligne galement que les jeunes sont trs dsireux d'acqurir des comptences professionnelles pertinentes, et sont prts suivre les formations ncessaires. Il faut donc exploiter cet optimisme et cette aspiration apprendre. La participation des jeunes aux affaires civiques est galement cruciale. Or les lois relatives au vote excluent, dans la plupart des pays, la participation des jeunes la vie politique.15 En gnral, il y a peu de structures participatives dans le domaine des affaires sociales et civiles, qu'il soit au niveau du voisinage, de la communaut locale, du district ou au niveau national - une situation qui doit tre corrige afin qu'ils puissent contribuer activement la vie socioconomique. 15 Dans des pays tels l'Algrie, la Jordanie, Oman et la Tunisie, par exemple, les snateurs doivent avoir au moins 40 ans. 0.005.0010.0015.0020.0025.0030.00MENA Inde Chine OCDE AutresElles sont plus productivesElles sont davantage dignes deconfianceElles sont moins absentesElles sont plus prcisesElles sont plus dvouesA un niveau gal de comptence etd'ducation, les femmes ont un niveaude formation plus levLe cot de recrutement d'une femmeest moins coteux 115 La mise en place un modle bas sur la connaissance exige un retour la primaut du savoir et de ses dtenteurs. Un tel retour implique un changement des mentalits, en mettant en vidence la valeur des talents dans la socit grce des mesures incitatives comprenant, notamment, des systmes de compensation, des prix (sur ce plan la tendance rcente a t positive), et la communication. Les trois tendances rgionales suivantes sont sources de proccupations : La fuite des cerveaux. En 2000, prs de 8,3 pour cent des diplms de l'enseignement suprieur ont migr. Cette proportion, quoiqu'elle soit en hausse partout, varie en fonction de la rgion. Elle atteint de trs hauts niveaux au Liban (43,9 pour cent) ; au Maghreb, en particulier au Maroc (18,6 pour cent) ; en Tunisie (12,6 pour cent) ; et en Algrie (9,5 pour cent), en raison, d'une part de l'attraction exerce par certains pays et, d'autre part, par le manque d'incitatifs domicile. En revanche, les pays du CCG ont t en mesure de limiter la fuite des cerveaux (Banque mondiale 2009b). La pitre reconnaissance social, qui se traduit souvent par les bas salaires verss aux carrires de l'enseignement et de la recherche, encourage la migration et ralentit la cration et la transmission du savoir. L'ouverture aux influences trangres est essentielle au transfert de technologie. Il convient de tenir compte de deux dimensions, savoir, (i) l'ouverture aux langues trangres qui, en raison de son importance pour la formation d'une lite mme de travailler au niveau international, est souvent floue par des systmes d'enseignement pliant sous l'emprise du nationalisme, et (ii) la traduction vers l'arabe des travaux labors en langues trangres. A noter que sur ce plan, seul 330 travaux ont t traduits en 2003 vers l'arabe, pour une population de 300 millions d'arabophones, alors que ce chiffre est cinq fois plus lev pour la traduction en grec l'intention d'une population qui reprsente peine 4 pour cent de la taille des arabophones (PNUD 2003) - soit un coefficient de traduction vers le grec 125 fois plus lev, par habitant, que vers l'arabe. AMLIORATION DU CLIMAT DES AFFAIRES L'intervention toujours plus grande du secteur public dans l'conomie et la prvalence des pratiques anticoncurrentielles entravent la comptitivit et l'innovation de l'industrie. Les gouvernements de la plupart des pays de la rgion continuent exercer un contrle tendu sur les grandes entreprises dans les secteurs de la production industrielle et des services,16 souvent sans insister sur le facteur de gestion axe sur la performance (Encadr 4.2). Le laxisme du contrle tatique inhibe la comptitivit des conomies de la rgion.17 16 A titre d'illustration, le poids de l'Etat sur la production est valu 30 pour cent du PIB en Egypte et en Tunisie, et au moins 60 pour cent en Algrie (ECIPE 2011). 17 Par exemple, les compagnies d'lectricit, qui sont souvent publiques, se distinguent parfois par leurs technologies mal adaptes, leurs cots de production levs, et leur manque d'efficacit - autant de facteurs qui augmentent les prix de l'nergie (ou des subventions) et rodent la comptitivit des conomies. Plus de 35 pour 116 Plus de 42,4 pour cent des entreprises prives soulignent que les pratiques anticoncurrentielles constituent la principale contrainte l'expansion de leurs activits, contrainte qui dcourage l'innovation.18 Cette situation peut tre attribuable l'existence de barrires d'entre,19 aux manipulations des moyens de financement octroy au moyen des codes d'investissement ou des contrats publics, l'application discrtionnaire et discriminatoire de lois et rglement, la diffusion asymtrique de l'information, l'existence de monopoles ou oligopoles (ou la concentration excessive de banques contrlant d'autres secteurs de l'conomie), ou galement l'existence de secteurs informels plus ou moins dvelopps. ENCADR 4.2. Les entreprises tatiques et les hommes d'affaires influents Un nouvel ensemble d'entrepreneurs est n grce aux opportunits occasions suscites par des gouvernements forts qui ont prvalu dans els annes 1960. Les gouvernements de presque tous les pays de la rgion se sont ensuite embarqus dans des programmes ambitieux en intervenant dans quasiment tous les secteurs de l'conomie, y compris l'investissement dans les entreprises nouvellement nationalises des secteurs prioritaires - souvent dans l'industrie lourde, mais aussi dans l'industrie manufacturire lgre. C'tait le cas dans les pays socialistes de l'poque, y compris l'Algrie, l'Egypte, l'Irak, et la Syrie, ainsi que dans des conomies plus mixtes, tels les pays CCG - la Jordanie, le Maroc, la Tunisie, et la Rpublique du Ymen. Le secteur priv tait grande partie rprim l'poque, mais il existait nanmoins des crneaux d'opportunits qui fleurissaient dans l'ombre du contrle de l'tat. Les quelques entrepreneurs qui ont exploit ces opportunits qui leur ont rapport de gros revenus. Ce fut une priode de croissance et d'investissement public record. C'tait galement un moment o tous les secteurs taient soumis une rglementation rigoureuse. La combinaison des deux a permis un rseau d'hommes d'affaires de prosprer dans un environnement monopolistique et protg. Les bnficiaires des politiques de l'poque continuent encore occuper le paysage des affaires, dans lequel ils reprsentent l'lite conomique. Mais contrairement ce que ce fut le cas pour les autres conomies en transition, les rformes et l'ouverture accrue n'ont pas caus la perte des entrepreneurs protgs et privilgis, avec toutes les implications que cela a entrain dans les relations entre l'Etat et le secteur priv. Aussi, et en raison de la prminence de la vieille lite parmi les entreprises du secteur priv et des groupes d'intervention formels et informels, le dialogue public-priv dans les pays MENA reste domin par une poigne d'acteurs. Source : Banque mondiale 2009a, 184. cent des entreprises considrent le courant lectrique comme un obstacle majeur leur potentiel de dveloppement. 18 Les entreprises faisant face une forte concurrence ont 50 pour cent plus de chance d'innover que celles qui ne subissent aucune pression concurrentielle (Banque mondiale 2005). 19 La rgion est la plus restrictive dans le monde : 27,9 pour cent des personnes interroges considrent l'octroi de licences d'entres ou d'autorisation comme la principale contrainte l'investissement. Le taux correspondant l'Asie de l'Est et au Pacifique est de 15,9 et, pour l'OCDE, 9,7 pour cent. Par ailleurs, l'IDE est proscrit ou dcourag dans certains secteurs, tels que les industries extractives, l'lectricit et le transport, voire mme dans les TIC (Service-conseil pour le climat de l'investissement 2010). 117 Le climat des affaires continue d'tre un obstacle majeur l'attraction des investisseurs directs trangers, bien que des progrs significatifs aient t accomplis. L'IDE 2009 reprsentait 3,3 pour cent du PIB, attir par les ressources naturelles, ce qui en fait l'un des plus lev au monde. Une bonne partie de cet investissement tait consacre au secteur nergtique, qui reprsentait plus du tiers de l'IDE total des pays mditerranens, parties du processus de Barcelone (ANIMA 2011). Cette part serait encore plus grande si les pays exportateurs de ptrole taient inclus, en particulier le CCG, la Libye et l'Irak, o bon nombre d'IDE sont lis au secteur de l'nergie. L'IDE dans les autres secteurs, y compris ceux qui exigent une plus grande technologie, demeure relativement modeste. Cinq types d'indicateurs sont gnralement utiliss pour l'valuation du climat des affaires. Les enqutes de la Banque mondiale sur les entreprises identifient les principales contraintes qui freinent la croissance du secteur priv dans la rgion, tels que l'incertitude lie au cadre d'activits (cohrence des politiques, applications des rgles, etc.), taux de taxation, corruption, accs au financement et son cot, pratiques anticoncurrentielles, et incertitude l'gard de la politique rglementaire (Figure 4.6). FIGURE 4.6. Principales contraintes qui se posent aux entreprises MENA Simple pourcentage moyen d'entreprises dans un pays o la contrainte est classe "forte" ou "svre" Source : Banque mondiale 2009a. Dans le rapport du Doing Business de la Banque mondiale et de la SFI 2012, le monde arabe a obtenu dans son ensemble un score composite quivalent au pays class en 118 103me position20 (sur un classement d'un total de 184 pays en 2012), aprs l'Asie du Sud-est et l'Amrique latine. Or les carts entre les sous-rgions MENA sont prononces. Les pays CCG ont un score moyen de 39, bien loin du Mashreq (111) et du Maghreb (112). Des carts importants peuvent tre constats dans les scores des diffrents indicateurs composants le classement global. Le dcalage est maximal en ce qui concerne la bureaucratie, les permis de construire, l'excution des contrats, la protection des investisseurs, et la flexibilit du march du travail. Par exemple, le dmarrage d'une entreprise dans la rgion exigeait, en 2011, une moyenne de 8,3 procdures, soit deux fois plus qu'en Amrique du Nord. L'Algrie, avec 14 procdures, est aux pires des scores, par opposition l'Arabie saoudite dont le score, qui est de 3, est le meilleur. Cette performance explique partiellement le faible taux de cration d'entreprises formelles dans la rgion, o la densit d'entreprises est parmi la plus basse du monde.21 (Banque mondiale 2009a). L'excution de contrats exige une moyenne de 45 procdures, la plus leve de toutes les rgions du monde. Comme indiqu au Chapitre 2, le classement moyen de la rgion sur l'Index mondial de comptitivit (FEM 2010) est de 66 sur 142, avec des variations intrargionales semblables celles du Doing Business. Les pays CCG se sont classs en 27me position, leur meilleure reprsentation, le Qatar se plaant parmi les 15 premiers, suivis par le Maghreb 84 (en raison de la faible comptitivit des exportations ptrolires de l'Algrie et de la Libye, en dpit du 40me rang occup par la Tunisie) et du Mashrek 88. L'Indice de qualit de la rglementation de la Banque mondiale, qui fait partie de son Indice de gouvernance mondiale,22 place la rgion (sur la base de la moyenne des scores des pays) dans le trente-cinquime percentile en 2010. Quant aux prcdents indices et indicateurs, les pays CCG, dans le soixante-dixime percentile, sont lointain devant les autres pays de la rgion, et ce, grce aux rformes introduites dans leur climat des affaires, suivis du Mashrek (43 pour cent) et le Maghreb (36 pour cent), la rgression de ce dernier tant due sa mauvaise performance de ses producteurs de ptrole, quand bien mme si le reste de la rgion avanait (Figure 4.7). A la rglementation excessive de l'conomie s'ajoute, par ailleurs, l'application des rglements imprvisible, qui est l'une des caractristiques ngatives de la rgion, ainsi qu'il a t dmontr par les enqutes d'entreprise dans lesquelles une grande partie des enquts ont formul cette plainte (par exemple, plus de la moiti de tous les enquts d'Algrie et du Maroc). 20 Les calculs effectus par l'auteur dans cette section sont bass sur les indicateurs des pays arabes pour lesquels les donnes sont disponibles dans le Doing Business 2012 (tous les pays arabes, l'exclusion de la Somalie et la Libye). 21 Le coefficient de densit des nouvelles entreprises par personne varie entre 1 et 3 en Algrie, au Maroc et en Tunisie. 22 Cet indicateur est employ dans le calcul de l'Indice du rgime conomique. La notation s'appuie sur diffrentes sources primaires d'information sur le climat des affaires. 119 FIGURE 4.7. Qualit de l'Indice de rglementation Source : Banque mondiale 2010b. Pour attirer l'IDE dans un contexte peu favorable aux rformes, les zones spciales d'investissement ont prolifr. La concurrence internationale en matire d'investissement, la difficult entreprendre des rformes coordonnes afin d'accrotre la comptitivit, et les exigences de certains investisseurs (cherchant s'approprier les rentes), tout concours encourager les gouvernements crer des zones spciales attrayantes aux investisseurs. Ces zones bnficient des avantages des procdures administratives simplifies (par exemple, une fentre unique), d'une meilleure infrastructure, de groupements d'entreprise, des centres de recherche et de formation, et des subventions directes ou indirectes, notamment par le biais d'exonrations fiscales. Ces zones sont organises en cits conomiques (Arabie saoudite), zones conomiques spciales (Egypte et Jordanie), des ples de comptitivits (Tunisie), ou des zones franches (Duba aux Emirats, et Tanger au Maroc). Le Chapitre 9 traite de ces questions. L'accs au financement continue d'tre une contrainte majeure l'conomie de la connaissance. En ralit, c'est la contrainte principale dans les pays du Maghreb. Aprs l'inefficacit bureaucratique, elle constitue le facteur le plus problmatique pour la ralisation des affaires au Maroc (18,6 pour cent en Algrie (16,4 pour cent) et en Tunisie (11,9 pour cent) (FEM 2011). C'est encore pire pour les PME - qui reoivent seulement 8 pour cent des emprunts accords par les banques de la rgion (Rocha et autres 2010). La domination du paysage financier par le systme bancaire est un obstacle majeur au financement de l'innovation (Figure 4.8). La perception de l'accs limit au financement est renforce par le faible pourcentage du PIB allou au secteur priv sous forme de crdits - environ 48 pourcent dans la rgion, compar la moyenne mondiale de 138 pour cent. Cette situation reflte le manque de solidit financire dans la rgion23 (73 pour cent en 2009, contre une moyenne 23 Cet indicateur reprsente le total des liquidits et de la quasi-monnaie divis par le PIB. De nombreuses tudes empiriques ont dmontr la corrlation positive existant entre croissance et solidit financire. 0 10 20 30 40 50 60 70 80SomalieSoudanIrakLibyeMauritanieYmenMaghrebEgypteCisjordanie GazaTunisieArabie saouditeEmirats arabes unisQatarBahren 120 mondiale de 110), due en partie au faible recours de la population aux banques, l'accs presque inexistant aux marchs des capitaux internationaux, l'insuffisance de l'intermdiation financire (comme en tmoigne, par exemple, le taux de 8,3 pour cent de prts douteux compar la moyenne mondiale de 3,5 pour cent), et ce, dans un contexte caractris par l'insuffisance de l'information sur les entreprises et les marchs, une protection juridique inadapte des prteurs, et les possibilits de financement par l'Etat en constante progression. Le capital-risque reste relativement limit, en dpit de sa croissance, et plutt que de servir de fonds pour soutenir l'innovation et le dmarrage de nouvelles entreprises, il se concentre sur le dveloppement (voir Chapitre 6). La gouvernance des entreprises est un facteur dterminant l'acquisition et l'utilisation de la connaissance. Les grandes entreprises prives ne psent pas lourd dans l'conomie de la rgion, domine essentiellement par le secteur parapublic. Dans un contexte o les actionnaires tendent tre des membres de famille, le niveau d'ducation moyen des chefs d'entreprise est relativement bas, et cette circonstance se rpercute sur la performance long terme, de sorte qu'il s'avre peu vraisemblable que ces dirigeants accordent la priorit l'conomie de la connaissance. L'asymtrie de l'information limite la capacit des dirigeants d'entreprises adopter des orientations stratgiques en vue de stimuler la croissance et l'innovation. A cela s'ajoute l'alignement de la direction gnrale sur la majorit des actionnaires, et l'absence de toute influence internationale, comme c'est le cas, par exemple, en Core du Sud o des experts internationaux sont inclus dans les conseils d'administration des entreprises. La rcente adoption de la Dclaration de Duba sur la Gouvernance d'entreprises,24 inspire par les principes de l'OCDE, est une action positive dont la mise en uvre mrite une attention spciale en matire de stratgies de croissance axe sur la connaissance. FIGURE 4.8. Domination bancaire du secteur financier Les actifs des institutions financires en tant que pourcentage du PIB 24 La documentation sur le groupe de travail MENA-OCDE sur la gouvernance d'entreprises est disponible sur le site Internet de l'OCDE : http://www.oecd.org/document/62/0,3746,en_2649_34813_34473150_1_1_1_1,00.html. 121 Source : Compilation du personnel de la Banque mondiale sur la base des donnes d'Axco, Euromoney, Factors Chain International (FCI), Fonds montaire international (FMI), Investment Company Institute (ICI), Micro Finance Information Exchange (MIX), Banque mondiale et autres sources nationales. N.B. : Donnes de 2009 ou anne la plus rcente disponible. AJUSTEMENT DES MARCHS DU TRAVAIL La dynamique actuelle relative l'emploi dans la rgion pose d'importants dfis au dveloppement des secteurs de productivit leve. Sur le plan de la demande de main-d'uvre, le secteur public dans la plupart des pays arabes absorbe la plus grande partie de la force ouvrire (Figure 4.9) et fixe les conditions d'emploi. Le secteur priv est caractris, quant lui, par son faible dynamisme et son informalit leve. Plus encore, les pays qui sont de grands importateurs de main-d'uvre tendent favoriser les ouvriers externes la rgion,25 rduisant ainsi l'effet de la croissance sur l'emploi arabe. Les taux de chmages, tout en tant levs, surtout parmi les jeunes, sont infrieurs aux taux du sous-emploi ou du travail dans des emplois instables - 37,1 pour cent en Afrique du Nord en 2007, par exemple (Radwan 2009). Cette situation, devenue explosive dans certains pays, surtout ceux ayant un excdent en main-d'uvre, rduit la demande l'ducation, l'investissement, au transfert de technologique et la croissance et, consquence de cette raction en chane, la rduction du financement public destin l'enseignement (Zeidane 2012). 25 En raison de la prfrence pour la main-d'uvre asiatique, la part des Arabes dans la population trangre des pays CCG a chut de 72 pour cent en 1975 32 pour cent en 2002-2004 (Kapiszewski 2006). Ainsi, la croissance arabe n'intervient pas pour augmenter l'emploi arabe, et toute stratgie d'intgration rgionale future doit donc ncessairement tenir compte de la mobilit intrargionale de la main-d'uvre. - 20.00 40.00 60.00 80.00 100.00 120.00 140.00 160.00Moyen Orient & Afrique duNordConseil de coopration duGolfeConseil de coopration nonGolfe 122 Sur le plan de l'offre de travail, les donnes indiquent que la plupart des jeunes arabes prfreraient un emploi administratif dans le secteur public. Plus de 50 pour cent des jeunes de Syrie, de Tunisie, d'Irak, d'Egypte, de Jordanie, du Ymen et des pays CCG cherchent tre recruts par le secteur public (Banque mondiale 2012b). A cette fin, nombreux sont ceux qui optent pour des diplmes universitaires qui ne rpondent pas ncessairement aux besoins du secteur priv mais susceptibles de leur procurer un emploi dans le secteur public. En Tunisie, prs de la moiti des tudiants universitaires s'orientent vers les sciences humaines et sociales, qui reprsentent un important manque gagner pour la productivit et la croissance conomique de la rgion. Au Maroc, 54 pour cent de la main-d'uvre hautement qualifie est concentre dans les "services non professionnelles" - le seul secteur domin par des travailleurs ayant un titre universitaire (51 pour cent de l'ensemble des emplois du secteur) (Taha 2010). Les pratiques de recrutement interviennent galement dans l'inadquation entre l'offre et la demande de main-d'uvre. En dpit des investissements levs effectus par les jeunes et leurs familles en matire d'enseignement, la valeur intrinsque aux diplmes universitaires joue un rle relativement limit dans la dcision de recrutement des employeurs. Selon Gallup et Silatech (2011), environ 30 pour cent des jeunes bahreinis, ymnites et irakiens rapportent FIGURE 4.9. La part de l'emploi dans le secteur public (%) dans la rgion MENA et les pays comparateurs (moyennes des annes 2000) Source : Base de donnes Laborstat de l'OIT. 0%10%20%30%40%50%0%5%10%15%20%25%30%35%40%45% 123 que les emplois sont accords uniquement ceux qui ont des relations. De tels mcanismes de recrutement freinent la dynamique de mobilit sociale entre les diffrents niveaux socioconomiques, du fait que la plupart des rseaux informels se dveloppement au sein de la mme classe sociale. La rgion a besoin de rformer ses pratiques de recrutement en encourageant et adoptant des services professionnels susceptibles d'aider les entreprises attirer les meilleurs talents et comptences rpondant leurs besoins. Les pays non-CCG sont les moins cots en termes de mritocratie de recrutement (3,5 sur 7), contrairement aux pays CCG (avec un score de 4,9)26 (Figure 4.10). Le score lev des pays CCG peut s'imputer, cependant, au haut niveau de recrutement des travailleurs trangers. Comme c'est le cas dans bon nombre d'autres pays, les femmes MENA se concentrent dans des occupations spcifiques. Par exemple, les donnes 2006 pour l'Egypte indiquent que la plupart des femmes travaillent dans l'agriculture et l'enseignement (environ 60 pour cent de toutes les femmes employes), alors que la plupart des hommes travaillent au transport, la vente au dtail, au tourisme, et la fabrication (qui constituent gnralement les crneaux les mieux pays) (Banque mondiale 2012b). Les femmes de la rgion MENA sont marginalises en termes d'emplois salaris stables (les femmes reprsentent peine 14 pour cent des travailleurs employs plein temps, soit le plus bas de toutes les rgions du monde), de gestion d'entreprise (17,4 pour cent de femmes), et d'actionnariat (18,5 pour cent, ce qui est le plus bas infrieurs de toutes les rgions, l'exception de l'Asie du sud).27 26 Surpassant l'Asie de l'Est, le Pacifique, l'Amrique latine, l'Europe et l'Asie centrale (EAC), et l'Afrique subsaharienne. 27 Enqute de la Banque mondiale sur les entreprises. FIGURE 4.10. Scores rgionaux sur les niveaux de mritocratie en matire de recrutement Source: World Bank 2012b. 5.3 4.9 4.5 4.2 4.1 4 3.8 3.5 0123456OCDE MENACCGAEP ALC AFR SA EAC MENAnonCCG 124 Dans les pays MENA, bien que la travailleuse moyenne soit plus duque que l'homme moyen, les salaires des travailleuses sont gnralement plus bas que celui des hommes, en particulier dans le secteur priv. Mais cet cart varie considrablement d'un pays l'autre, soulignant ainsi l'htrognit du phnomne dans la rgion (Figure 4.11). Il est beaucoup plus large dans les emplois du secteur priv (40 80 pour cent en Cisjordanie et Gaza et en Egypte) et - comme on peut s'y attendre - et moindre dans le secteur public. En ralit, dans le secteur public en Cisjordanie et Gaza, les femmes sont payes plus que les hommes en moyenne, probablement parce seulement les meilleures travailleuses se prsentent pour les postes du secteur public (Banque mondiale 2012b). L'INTGRATION AU COMMERCE INTERNATIONAL Le transfert de technologie et l'efficacit ncessaires un modle de croissance ax sur la connaissance exigent l'instauration d'un rgime conomique favorable aux flux commerciaux et financiers. Les conomies qui n'oprent pas la frontire de technologie doivent tre en mesure de l'importer par le biais de l'IDE et du commerce et par l'utilisation de travailleurs qualifis ou d'anciens migrants. Il faut aussi encourager l'utilisation de la technologie en mettant en place un climat politique qui oblige les entreprises innover afin de devenir plus comptitives. La rgion a accompli certains progrs dans la libralisation des changes internationaux mais demeure encore relativement ferme et marginalise en matire d'changes internationaux, l'exception du ptrole. L'Indice d'ouverture28 de la rgion arabe tait de 76,4 pour cent du PIB en 2009 (contre 60 pour cent en 2000), alors que la moyenne mondiale est de 42,8 pour cent. Les importations reprsentaient 32,3 pour cent du PIB. La part lgrement suprieure des exportations et, partant, de l'excdent commercial, reflte l'importance des exportations nergtiques dans les changes internationaux. Mais si l'on exclut l'nergie, les exportations de la rgion constituent moins de 1 pour cent des changes 28 Cet indice mesure le volume des exportations et importations divis par le PIB, exprimes toutes en prix courants. FIGURE 4.11. Disparits salariales homme-femme, dans une slection de pays MENA Source : Banque mondiale 2012b. N.B. : chantillon de travailleurs exerant entre 30 et 60 heures par semaine. 34.35 26.24 81.48 16.8 10.3 20.6 22.9 -10.3 40.8 -20020406080100Tous les travailleurs Secteur public Secteur privEgypte Jordanie WBG 125 internationaux - mesure qui tmoigne de la marginalisation de la rgion. Il est vident que des rformes visant la libralisation des changes trangers ont t mises en uvre, assorties de rduction des tarifs protectionnistes et quelques amliorations dans les procdures et logistiques douanires. En consquence, l'Indice de libert des entreprises29 (Heritage Foundation 2011), pondr par la taille de l'conomie, se situe 73,2 pour cent, mais la rgion est l'une des plus ferme au monde. L'conomie tunisienne est l'une des plus protge - son Indice de libert des entreprises de 53,5 pour cent reflte des tarifs moyens levs (18,3 pour cent en 2006 et 16 pour cent en 2008) et la persistance des barrires non tarifaires (NTB).30 Mais c'est dans le domaine de la facilitation des changes que le dcalage est le plus prononc dans la rgion. Par exemple, il faut une moyenne de 28 jours pour achever les formalits d'importation, contre 12 jours dans les pays de l'OCDE. L'Indice de logistique de la Banque mondiale pour la rgion est 2,7 (sur une chelle de 1 5), compar 3,5 pour l'UE et 3,7 pour les pays de l'OCDE. D'autres rformes en matire de libralisation des changes sont ncessaires afin de rduire les niveaux moyens de protectionnisme (tout en maintenant les mesures de protection pour les projets intrieurs sensibles), de faciliter les changes en modernisant l'administration douanire (en universalisant l'usage des documents lectroniques), de rduire les contrles (avec davantage d'inspections slectives et une meilleure formation des fonctionnaires de la douane), et de mettre en uvre des rformes structurelles en vue d'amliorer les performances logistiques. La rgion doit asseoir sa stratgie de croissance et d'emploi sur l'intgration conomique rgionale. En 2008, les importations intrargionales reprsentaient seulement 13 pour cent de l'ensemble des importations (environ la moiti du niveau correspondant de 25 pour cent des pays asiatiques en dveloppement), quoique ce taux soit le triple de ce qu'il tait en 1999 (4,5 pour cent), lorsque l'accord de la Grande zone arabe de libre change (GAFTA) entrait en vigueur.31 Ce progrs est intervenu en dpit de la complexit des procdures, dont l'amlioration est lente (Hoekman and Sekkat 2010). Le sous-groupe du Maghreb, dont le commerce est orient vers l'Europe, a enregistr le niveau le plus bas d'changes intrargionaux avec le monde arabe. Les changes non ptroliers intra-maghrbins reprsentaient moins de 5 pour cent de l'ensemble du commerce sous-rgional. Des tudes empiriques32 indiquent que le faible niveau actuel d'changes intrargionaux est trs en-dessous de son potentiel. L'accord GAFTA se limite l'limination des barrires tarifaires sur les produits manufacturs et ne touche pas aux tarifs agricoles ou les NTB des diffrents 29 Cet indicateur est utilis dans le calcul de l'Indice du rgime conomique. Il gnre un indice bas sur la distance entre la moyenne de la meilleure performance tarifaire (100) avant soustraction d'un numro entre 0 et 20 (par intervalles de cinq) refltant l'valuation de la protection non tarifaire. 30 Les rsultats obtenus par Kee, Nicita, et Olarreaga (2009) indiquent que l'indice global de restriction au commerce, qui mesure le niveau moyen de la protection, est relativement lev dans la rgion et augmente considrablement lorsque des barrires non tarifaires sont ajoutes. Par exemple, l'indice de la Tunisie passe de 0,23 0,37 lorsqu'on ajoute les barrires non tarifaires, et celui du Maroc passe au double, de 0,24 0,48. Chacun des deux est bien plus lev que l'indice de la Turquie, qui est de 0,10 (barrires non tarifaires comprises). 31 L'Irak, la Mauritanie, la Somalie et les Comores ne font pas partie ce jour du GAFTA. 32 Voir De Wulf et Maliszewska (2009) pour une valuation de l'effet de l'adhsion au GAFTA utilisant un modle gravitaire, ainsi que pour l'examen des tudes empiriques antrieures. Selon ces tudes, ainsi que celle de Behar et Freund (2011), le potentiel des changes intrargionaux est le double de son niveau actuel. 126 secteurs (qui peuvent tre levs en termes d'quivalent tarifaire).33 La Ligue arabe doit procder immdiatement la constitution d'une union douanire,34 tout en amorant la normalisation et la mise en uvre des programmes rgionaux de dveloppement de l'infrastructure des transports et des communications, conformment aux rsolutions prises par au moins deux sommets conomiques rgionaux. La taille du march tant un facteur d'importance pour les investisseurs directs trangers, l'intgration commerciale contribuera acclrer l'investissement priv, accrotre les changes intrabranches,35 et permettre aux pays de remonter la chaine des valeurs paralllement l'amlioration de leur comptitivit. La libre circulation des travailleurs est complmentaire aux rformes en matire de commerce et d'investissements, multipliant les besoins de la croissance rgionale en main-d'uvre. L'initiative d'intgration peut dboucher, long terme, sur un objectif plus ambitieux pour l'intgration conomique sous forme d'un march commun et une union budgtaire et montaire, tous deux exigeant une plus grande coordination des politiques macroconomiques. La rgion doit, simultanment, acclrer son intgration dans l'conomie mondiale. Le premier objectif de l'intgration externe doit tre l'UE, qui est d'ores et dj le principal partenaire commercial des pays du Maghreb.36 Les pays du Sud de la Mditerrane ont galement conclu des accords d'association conomique avec l'UE qui leur accordent des termes commerciaux prfrentiels. Ces accords sont appels voluer vers une zone de libre change, quand bien mme si la date anticipe pour cette volution ait passe sans progrs substantiel, les diffrences en matire de rglements et de NTB dans les pays d'origine tant demeures inchanges. La rsistance du ct europen l'ouverture des marchs agricoles et, du ct sud-mditerranen, l'ouverture des marchs de services entravent les possibilits d'aboutir, court terme, un accord de libre-change (ALE). La rgion MENA doit, en attendant, dvelopper sa propre politique de voisinage arabe37 en se tournant davantage vers l'Afrique subsaharienne,38 la Turquie,39 l'Iran, l'Inde et, plus loin encore, la Chine et l'Amrique latine. L'Egypte et la Jordanie ont tir profit des accords prfrentiels avec les Etats-Unis, en vertu des zones industrielles qualifiantes, russissant ainsi attirer un plus grand volume d'IDE, diversifier les marchs d'exportation et stimuler la croissance et la cration d'emplois. Ces types d'arrangements doivent tre largis en raison des promesses qu'ils portent aux pays qui russissent leur transition dmocratique en termes de bnfices. 33 Evalus entre 22,1 et 35,6 pour cent pour les pays de la rgion signataires d'accords d'association avec l'UE (Ghoneim and others 2011). 34 Un projet de proposition a dj t soumis au Conseil des affaires conomiques et sociales de la Ligue arabe. 35 L'indice du commerce intrabranches est le faible de la rgion MENA. Il tait d'environ 0,1 en 2007 et n'avait vraiment pas beaucoup augment depuis 1995 (Behar and Freund 2011). 36 L'UE absorbe 60,2 pour cent des exportations marocaines et 55 pour cent des exportations tunisiennes. L'impact sur les exportations de la rgion est mitig, mais le potentiel semble encore relativement grand et pourrait vraisemblablement s'largir pour peu que la rgion converge vers un march commun (De Wulf and Maliszewska 2009). 37 La rgion, qui est la porte de deux sources futures de croissance, savoir, l'Asie et l'Afrique, peut tirer profit de cette proximit. 38 Les runions au Sommet entre le monde arabe, l'Afrique et l'Amrique latine ont pour but de promouvoir les changes entre ces deux rgions. 39 Le Forum oriental des affaires, qui comprend la Turquie, la Syrie, le Liban et la Jordanie, est un exemple de politique de voisinage que la rgion arabe ferait bien de considrer en tant qu'ensemble. 127 Cependant, l'augmentation des flux d'changes avec les pays europens proches interpelle les pays arabes amliorer leur gouvernance et investir dans de nouvelles zones de collaboration rgionales, tels l'enseignement et l'innovation (FEMISE).40 Les partenaires commerciaux partagent avec les pays arabes la responsabilit d'adoption d'une vision ambitieuse en faveur de la transition conomique et politique. Le Partenariat de Deauville, lanc en mai 2011, apporte une rponse directe au Printemps arabe, offrant de nouvelles opportunits pour la cration d'un espace conomique commun englobant les deux rives de la Mditerrane, assorties d'un cadre et de mesures incitatives pour la mise en uvre des difficiles rformes politiques. Le rcent rapport du Partenariat de Deauville sur le commerce et l'IDE a formul des recommandations essentielles l'intention des partenaires commerciaux des pays MENA, dont les suivantes : L'Union europenne peut approfondir ses relations commerciales avec l'Egypte, la Jordanie, le Maroc et la Tunisie, tablies en vertu des Accords d'association et de la Politique de voisinage europenne, avec mise en uvre effective des Zones de libre-change renforce et globale (DCFTA). Une approche coordonne et cohrente, et sur la base de son influence politique et conomique grandissante dans la rgion, la Turquie peut galement approfondir ses accords d'association avec chacun des pays partenaires en vue de promouvoir le commerce et l'investissement dans les secteurs agricoles et des services et de favoriser la mobilit de la main-d'uvre. Le Conseil de coopration du Golfe peut consolider ses relations avec l'Egypte et la Tunisie (la Jordanie et le Maroc ont t officiellement invits se joindre au CCG), donnant plus de profondeur la coopration dans le cadre de l'accord d'Agadir. Ceci permettrait aux citoyens des pays membres de jouir de droits et privilges gaux, y compris du droit la mobilit, l'installation et au travail, ainsi qu' la protection sociale, la retraite, la sant, l'ducation et les services sociaux, tout en s'engageant dans les diverses activits et services conomiques. Conformment et en coordination avec les initiatives prises par l'UE et les autres partenaires de Deauville, les Etats-Unis peuvent (i) accrotre la valeur de ses accords actuels avec la Jordanie et le Maroc, et (ii) inviter la Tunisie et, ds que les conditions propices sont en place, l'Egypte et la Libye conclure galement des Accords de libre-change. Ces mesures peuvent s'inscrire dans le projet de Partenariat commercial et d'investissement pour le Moyen Orient et l'Afrique du Nord (MENA TIP), qui comprend un large ventail de dispositions conues pour favoriser la cration d'emplois, et accroitre les changes commerciaux et l'investissement entre et parmi les Etats-Unis et les pays de la rgion. 40 Le calcul du potentiel commercial est effectu par des mthodes appropries bases sur les modles gravitaires les plus rcents (FEMISE 2011). 128 Les partenaires de Deauville peuvent aussi contribuer la promotion de l'intgration rgionale intra-arabe et des pays partenaires dans les marchs mondiaux. L'Accord d'Agadir entre l'Egypte, la Jordanie, le Maroc et la Tunisie peut tre largi, et le Libye peut recevoir le soutien ncessaire pour adhrer l'Organisation mondiale du Commerce (OMC). Les principaux partenaires de Deauville, dans leur dtermination adopter une vision cohrente, ambitieuse et crdible pour soutenir la transition politique et conomique des pays partenaire, pourraient unir leurs forces et annoncer leur engagement dans six domaines potentiel lev d'emplois immdiats (Encadr 4.3). ENCADR 4.3 Intgration mondiale et rgionale : Recommandations cls des partenaires de Deauville L'agriculture. Amliorer laccs des pays du Partenariat aux marchs des produits agricoles, des produits agricoles transforms, et de la pche des partenaires de Deauville, en particulier pour les fruits, les lgumes et lhuile dolive. Il sagirait notamment dabolir progressivement les contingents, les prix de rfrence, les restrictions saisonnires, les subventions nationales et lexportation, et autres obstacles non tarifaires au commerce des produits agricoles. L'industrie manufacturire. Ngocier des accords de reconnaissance mutuelle, par exemple des accords sur lvaluation de la conformit et lacceptation des produits industriels, entre les pays du Partenariat et les partenaires de Deauville de manire attnuer la fragmentation des marchs drivant dobstacles techniques au commerce. Cette mesure revt une importance particulire dans les secteurs prioritaires qui reprsentent un fort pourcentage des exportations et de lemploi dans le pays du Partenariat, comme les industries mcaniques et lectriques et les matriaux de construction. Les services. Ngocier des engagements sectoriels spcifiques portant sur la mobilit de la main-d'uvre, des travailleurs qualifis notamment, au titre du Mode 4 sur le mouvement des personnes physiques, dans le cadre daccords commerciaux approfondis et de qualit, entre les pays du Partenariat et les partenaires de Deauville. L'nergie. Ngocier un accord multilatral sur les importations dnergie solaire en provenance de la rgion MENA qui rgira les modalits de rpartition du surcot associ ces importations entre les parties. (Des subventions europennes en faveur de lnergie renouvelable pourraient tre dbloques cet effet, avec les ajustements qui simposent). Cet accord pourrait dans un premier temps tre conclu entre le Maroc et les tats membres de lUnion europenne intresss, comme lAllemagne, lEspagne, la France, lItalie, et dautres ventuellement. Dautres pays du Partenariat pourraient galement tre invits y adhrer, en fonction de lvolution de leurs projets dans le domaine de lnergie solaire concentre. La migration. tablir entre les pays du Partenariat et les partenaires de Deauville des partenariats ou des dispositifs analogues pour favoriser la mobilit de la main-duvre, notamment en vue dassouplir les formalits de dlivrance de visas et de radmission pour 129 certaines catgories de travailleurs, dassurer la gestion concerte des frontires, et de faciliter laccs au march du travail des partenaires de Deauville, en particulier pour les travailleurs moins qualifis des pays du Partenariat. L'intgration intra-arabe. Adopter et appliquer des rgles dorigine plus simples et plus librales dans le cadre des accords commerciaux prfrentiels entre les pays du Partenariat et les partenaires de Deauville, notamment une version amliore de la convention rgionale de lUE sur les rgles dorigine prfrentielles Pan-euro-mditerranennes. Source : CMI, Banque mondiale, et Banque islamique de dveloppement 2012. 130 CONCLUSION Les stratgies fondes sur la connaissance, comme virtuellement toutes les stratgies de dveloppement, doivent s'riger sur des politiques macroconomiques saines, une bonne gouvernance et un climat favorable aux affaires. Ces facteurs sont d'autant plus importants pour le dveloppement d'une vritable conomie de la connaissance que seul un systme de gouvernance transparent et responsable, associ un climat efficace des affaires, peut aider la cration et la diffusion de nouvelles ides et l'mergence d'un secteur comptitif et innovateur priv. Les lacunes dans le cadre gnral de gouvernance ont sap l'efficacit des institutions conomiques cls dans les pays arabes, mais les transitions en cours offrent aujourd'hui une occasion unique pour s'attaquer ces dfis fondamentaux. Certains pays ont dj engag des rformes majeures en matire d'accs du public l'information et d'implication de la socit civile au dbat politique public. Ces efforts doivent se poursuivre et s'tendre dans deux domaines essentiels, savoir, le renforcement de l'efficacit du gouvernement et le dveloppement d'un secteur priv quitable et comptitif. Au niveau institutionnel, l'instauration de l'tat de droit est dcisive pour une croissance base sur la productivit. Pour limiter les possibilits de corruption, il faut que des mesures soient prises en direction de la simplification des formalits administratives, la transparence des marchs publics et la publication rgulire d'information. D'autre part, les administrations locales tant un lment cl de la transition vers l'conomie de la connaissance, le processus actuel de dcentralisation doit tre renforc. La participation accrue des femmes et des jeunes des pays arabes la vie conomique et civique est, enfin, essentielle au dveloppement d'une conomie inclusive de la connaissance. S'agissant du climat des affaires, il faudra faciliter l'mergence de l'activit entrepreneuriale, rduire la bureaucratie dans toutes ses formes, liminer les rglements qui dcouragent l'initiative, supprimer les privilges immrits dont jouissent actuellement des groupes proches des pouvoirs en place, et amliorer l'accs au financement. Il faut aussi rformer les marchs du travail, largir les canaux commerciaux et faciliter les changes de technologie. 131 RFRENCES Aghion, Philippe, Alberto Alesina, et Fransesco Trebbi. 2007. Democracy, Technology and Growth. Document de travail NBER 13180, National Bureau of Economic Research, Cambridge, MA. Angel-Urdinola, Diego F., Amina Semlali, et Stefanie Brodmann. 2010. 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Banque mondiale, Washington, DC. 135 Chapitre Cinq Dvelopper lducation pour de meilleurs emplois dans la nouvelle conomie L'DUCATION EST LE CATALYSEUR FONDAMENTAL DE L'CONOMIE DE LA CONNAISSANCE En commenant par le dveloppement de la petite enfance et l'enseignement primaire qui constituent l'assise de l'apprentissage, avant d'atteindre les niveaux d'enseignement secondaire et universitaire qui faonnent les facults ncessaires la crativit et la rflexion. Au-del, les comptences doivent tre mises niveau tout au long de la vie, au moyen d'un systme d'enseignement continu qui leur permettra de rester comptitifs dans la nouvelle conomie mondiale.1 Au cours de ces dernires dcennies, la rgion arabe a enregistr d'normes progrs dans l'accs largi l'enseignement. Mais il reste des dfis relever pendant que la rgion s'apprte devenir concurrentielle sur les marchs mondiaux et mettre en place le capital humain qualifi ncessaire sa transition vers l'conomie de la connaissance. La cration d'opportunit d'emploi pour une main d'uvre instruite vient en tte de ces dfis. Le prsent chapitre expose brivement les aspects de l'actuel systme d'enseignement dans la rgion et met en vidence les domaines qu'il faut renforcer, tous niveaux confondus, afin de mieux relier l'enseignement l'emploi. LA SITUATION ACTUELLE Depuis le dbut des annes 1960, les pays arabes ont ralis de grands progrs en matire d'accs quitable l'enseignement formel, de lutte contre l'analphabtisme et de rduction des disparits entre les sexes.2 La plupart des pays de la rgion ont atteint quasiment la pleine scolarisation dans l'enseignement de base, et les taux dans l'enseignement secondaire et universitaire sont quivalents ceux d'autres pays situs dans des rgions ayant des niveaux comparables de dveloppement. Ces ralisations impressionnantes ont amlior la qualit de vie des citoyens en leur assurant une esprance de vie plus longue ainsi qu'une baisse des taux de fcondit et de mortalit infantile. Nonobstant ces succs - et les ressources considrables investies dans l'enseignement - les rformes relatives l'enseignement dans la rgion arabe n'ont pas encore produits les 1 Le prsent chapitre s'appuie sur diverses sources, y compris la Banque mondiale (2008) et Ezzine (2009 ; 2012). Mourad Ezzine, Juan Manuel Moreno et Simon Thacker ont fourni des commentaires utiles. 2 Dans un rcent document, Fryer et Levitt (2010) a mis en vidence un cart entre filles et garons parmi les tudiants en mathmatiques des classes lmentaires et secondaires dans le monde - sauf au Moyen Orient. Mais en moyenne, il n'y avait pas d'cart pour les classes de maths. En fait, les filles surpassent les garons dans les rsultats de 4me anne, tendance qui se poursuit jusqu'en 8me anne, en dehors de quelques exceptions. 136 rsultats escompts. La relation entre enseignement et croissance conomique reste faible, le foss entre enseignement et emploi n'est pas combl et la qualit de l'enseignement demeure dcevante. Pour de nombreux tudiants du monde arabe, la scolarisation n'est pas synonyme d'apprentissage. Cette conclusion est illustre par les faibles rsultats des pays arabes dans les valuations de 1999, 2003 et 2007 effectues par le Trends in International Mathematics and Science Study (l'Evaluation internationale en mathmatiques et en sciences - TIMSS) sur les rsultats en maths et en science des tudiants de 8me anne. Sur les 14 pays qui ont particip au test de maths en 2007, la moyenne du Moyen Orient et Afrique du Nord (MENA) tait de 389, contre une moyenne internationale de 451 (sur une chelle de 500). La Figure 1 indique, d'aprs l'examen de l'valuation des performances des tudiants, que les amliorations qualitatives introduites dans l'enseignement par les pays de la rgion n'ont pas eu beaucoup de succs. La Stratgie de la Banque mondiale pour l'Education 2020 indique que le pays qui accroit les notes en lecture et en maths les portant de la mdiane aux 15 pour cent suprieurs, est un signe dune forte augmentation de deux points de pourcentage en termes de croissance du PIB annuel par habitant (Banque mondiale 2011a). En dpit de l'investissement considrable dans l'enseignement, le rendement en termes de moyenne d'anne de scolarisation est modeste. Au cours des 40 dernires annes, la rgion a investi prs de 5 pour cent du PIB et 20 pour cent du budget gouvernemental sur l'enseignement, enregistrant beaucoup de bnfices. Mais ces rsultats restent loin derrire de nombreux autres concurrents. A titre d'exemple, la rgion MENA doit encore faire mieux pour rattraper le reste du monde en termes de moyenne d'annes de scolarisation (pour une population ge de 15 ans et plus) ; c'est ainsi qu'elle a enregistr 7,12 annes en 2010, contre 7,94 annes pour l'Asie de l'Est et Pacifique (AEP), 8,26 pour l'Amrique latine et les Carabes (LAC), et 9,65 annes pour l'Europe et l'Asie centrale (EAC) (Banque mondiale 2012). La rgion MENA continue d'avoir des taux de scolarisation relativement faible dans le secondaire et l'universitaire. En 2009, le taux brut moyen de scolarisation dans la rgion tait de 75 pour cent pour le secondaire, contre 78 pour cent pour l'AEP, 90 pour cent pour FIGURE 5.1. Dficit dans l'enseignement : la diffrence entre scolarisation et apprentissage dans une matire Source : Reproduite par Jimenez, King, et Tan 2012. - 20.00 40.00 60.00 80.00 100.00 120.00CoreTchquieArmnieRussieLibanGeorgieAlgrieMarocGhanaPourcentage destudiants de 8mequi ont appris lesmathmatiques debaseEtudiants de 8mecomme % desenfants gs de 14ans dans le pays 137 LAC, allant jusqu' 96 pour cent pour l'EAC. Au niveau universitaire, le taux d'inscription pour la rgion MENA tait de 28 pour cent en 2009, qui est gal celui de l'AEP mais infrieur au LAC (37 pour cent) et l'EAC (58 pour cent) (Figure 5.2). FIGURE 5.2. Taux bruts d'inscriptions au secondaire et universitaire par rgion mondiale, 1990 et 2010 Secondary and tertiary gross enrollment rates, by world region, 1990 and 2010 a. Taux bruts d'inscriptions au secondaire, 1990 et 2010 b. Taux bruts d'inscriptions universitaires, 1990 et 2010 Source : Institut des statistiques de l'UNESCO (UIS). Dans plus de la moiti des pays de la rgion MENA, prs des deux-tiers des tudiants du secondaire obtiennent un baccalaurat en sciences sociales ou humaines, une tendance qui va l'encontre de ce qu'on observe en Asie de l'Est. On peut en dduire de l'exprience du Japon, de la Core et de Taiwan que si pays veut assimiler la technologie, au moins le tiers de ses tudiants universitaires doivent obtenir une licence en science et en ingnierie (Banque 0%20%40%60%80%100%120%199020100%10%20%30%40%50%60%70%80%Amrique duNord etEuropeoccidentaleEuropecentrale et del'EstAmriquelatine et lesCarabesAsie de l'Est etle PacifiqueAsie centrale Etats arabes Asie du Sud etde l'OuestAfriquesubsaharienne19902010 138 mondiale 2011b). Or seuls 22,6 pour cent des tudiants MENA poursuivent des tudes universitaires en science, ingnierie ou dans les domaines techniques (Banque mondiale 2008). Compte tenu du rle que l'innovation technologique et l'adaptation jouent dans l'conomie de la connaissance, les coles MENA ne produisent pas prsent la bonne combinaison de comptences. La situation est exacerbe par le fait qu'un grand nombre de diplms en sciences sociales ont des difficults trouver un emploi. D'o la ncessit de repenser l'orientation du systme ducatif afin de produire davantage de diplms dans les domaines techniques, et faire en sorte que le systme d'enseignement et de formation tende vers une plus grande employabilit. Les universits de la rgion ne figurent pas en bonne place dans les classements internationaux, ne produisent pas de recherches significatives et n'entretiennent pas de liens avec l'industrie. L'Universit d'Alexandrie en Egypte est la seule universit de la rgion MENA qui figure parmi les 400 principales universits du monde, selon le Classement du Times Higher Education World University Rankings 2012. Il convient de renforcer les liens entre l'universit et l'industrie, la fois dans l'enseignement afin de traiter la demande de comptence, et dans la recherche applique afin de s'assurer que la recherche et dveloppement (R&D) entreprise par les universits correspond aux besoins de l'industrie. Les pays du Conseil de coopration du Golfe (CCG) mettent actuellement en uvre certaines initiatives intressantes. La Cit de l'Education au Qatar, par exemple, vise favoriser l'enseignement et la recherche en vertu du modle tripartite universit-industrie-gouvernement. Le Plan national scientifique et technologie de l'Arabie saoudite, 2009, s'emploie tablir, au sein d'universits chefs de file, une chane de centres de coopration entre les universits et le secteur industriel priv (tant au niveau national qu'international) dans les domaines de la technologie et de l'innovation. En 2011, des centres axs sur les besoins industriels ont t fonds dans les trois universits suivantes : l'Universit Roi Fahd du ptrole et des minraux, l'Universit Roi Saoud, et l'Universit Roi Abdulaziz. Les types de coopration universit-industrie comprennent le financement conjoint, le partage des ressources et le soutien en nature (Al-Sultan et Alzaharnah 2012). Les investissements louables en dveloppement humain ne se sont pas encore traduits par une participation proportionnellement plus leve des femmes la vie conomique et politique. Le taux de participation des femmes la force ouvrire (25 pour cent) reprsente la moiti de la moyenne mondiale, soit le plus bas de toutes les rgions du monde. Les femmes continuent subir des restrictions sur la mobilit, tayes par un cadre juridique et social, des normes culturelles et des rgles qui limitent le travail et la participation politique (Banque mondiale 2012b). Si la cration d'emplois et une productivit accrue viennent en tte des plans d'action des dcideurs politiques travers le monde, elles ne le sont gure dans le monde arabe. L'approche Skills Toward Employment and Productivity (Capacits pour l'emploi et la productivit - STEP) propose une mthode simple mais exhaustive pour aborder la question de renforcement des capacits dans l'optique d'emplois accrus et de productivit plus leve 139 (Encadr 5.1) Banque mondiale 2010a). Elle permet galement d'orienter l'action dans les domaines souligns ci-dessous, requis dans le monde arabe. AMLIORATION DE LA QUALIT DE L'ENSEIGNEMENT Les progrs raliss dans le monde arabe au cours des rcentes annes en matire d'enseignement s'expriment en apports - c'est--dire en facteurs que les pays de la rgion ont apport aux coles, savoir, davantage d'enseignants, plus d'coles et une couverture accrue. Mais la transposition de "l'ducation pour tous" en "enseignement pour tous" doit tre complte par des mesures destines amliorer la qualit de l'enseignement, tout en s'assurant que les tudiants savent effectivement lire, crire et manipuler les chiffres ; qu'ils savent rsoudre les problmes et rflchir de faon critique ; et qu'ils acquirent les aptitudes qui leur permettront de fonctionner tous les jours comme des acteurs conomiques productifs et des citoyens responsables. Considr dans cette optique, les pays arabes doivent tous, indpendamment de leurs conditions initiales, oprer un virage pour passer de la gestion des apports ducationnels celui de la l'organisation du systme d'enseignement afin d'obtenir de meilleurs rsultats. Les gouvernements arabes doivent fixer clairement les objectifs d'apprentissage et d'acquisition des comptences (mesurables par la performance dans les tests, y compris les tests internationaux, et par l'amlioration de l'employabilit) plutt que de simplement contrler l'allocation des ressources et des apports ducationnels. Ils doivent mettre en place des incitatifs pour inciter le public et les acteurs privs poursuivre ces objectifs, et coordonner la mise en uvre de ces mesures. L'approche doit mettre l'accent non seulement sur l'amlioration de la relation technique entre les apports et les produits de l'enseignement (organisation de l'enseignement), mais aussi sur les incitatifs qui se posent aux acteurs impliqus (enseignants, coles) et sur la responsabilit publique des dcideurs envers les citoyens. 140 ENCADR 5.1. L'approche STEP ou renforcer les capacits pour l'emploi et la productivit - Etape 1: Dvelopper les capacits techniques, cognitives et comportementales favorables une meilleure productivit et flexibilit dans l'environnement du travail - en commenant ds la premire enfance, et en mettant l'accent sur les aspects nutritionnels, la stimulation et les aptitudes cognitives. Etape 2: S'assurer que tous les tudiants apprennent - en laborant des systmes plus solides avec des normes d'apprentissage claires, de bons enseignants, de ressources adquates et un environnement rglementaire pertinent. Les leons tires de la recherche et de l'exprience sur le terrain indiquent que les systmes, pour russir, doivent traiter des questions cls impliquant la marge d'conomie accorder aux concerns, la responsabilit assumer et envers qui, et comment valuer la performance et les rsultats. Etape 3 : Dispenser la formation requise par les employeurs pour inculquer des comptences supplmentaires relatives des emplois spcifiques - en dveloppant le cadre idoine d'incitatifs tant pour les programmes de formation pralable l'emploi et en cours d'emploi que pour les institutions (y compris l'enseignement suprieur). L'exprience antrieure dmontre que les efforts publics et privs peuvent tre combins pour aboutir des systmes de formation plus pertinents et mieux adapts. Etape 4 : Encourager l'entreprenariat et la crativit - en instaurant un climat qui favorise l'investissement dans la connaissance et l'innovation. Des donnes rcentes indiquent que le traitement des questions relatives la crativit, au leadership, la gestion du temps et aux aptitudes communicationnelles exige des comptences en matire d'innovation (qui s'acquirent tt dans la vie), la transmission des ides (au moyen, par exemple, de la collaboration entre les universits et les entreprises prives), ainsi que des outils de gestion du risque, y compris les rseaux de scurit. Etape 5 : Harmoniser entre l'offre et la demande de comptences - en tendant vers des marchs de travail flexibles, efficaces et srs. Aucune des quatre premires tapes ne compte si les gens ne peuvent trouver des emplois qui correspondent leurs comptences. L'tape finale complmentaire au processus visant transformer les comptences en emploi et productivit rels doit se traduire, d'une part par la suppression des rglements rigides de protection de l'emploi et, d'autre part, par le renforcement des systmes de protection des revenus, assorti par des efforts visant fournir l'information et les services d'intermdiation aux travailleurs et aux entreprises. Source : Banque mondiale 2010a. 141 L'objectif de l'valuation de l'tudiant doit s'tendre pour ne plus se limiter au dessein troit actuel de slection et de placement acadmique mais faire la preuve de la qualit de l'enseignement, cette preuve devant servir ajuster la politique et grer en fonction des rsultats (Ezzine 2012). L'valuation et le contrle de la qualit de l'enseignement et des enseignants doit permettre la radaptation des programmes d'tudes et la pertinence de l'enseignement aux besoins et opportunits du march. La gestion axe sur les rsultats Une Gestion axe sur les rsultats devrait galement niveler le terrain de jeu pour les tudiants travers le spectre social, en supprimant notamment le biais en faveur des lves des classes instruites et ceux dont les familles sont en mesure de payer pour obtenir le soutien scolaire priv. Les rformes en matire d'ducation en Jordanie, qui ont commenc en 2002, illustrent les amliorations apportes la qualit, la pertinence et l'efficacit du systme deeducation du primaire de base lenseignement secondaire (encadr 5.2). ENCADR 5.2. Le programme de rforme de l'enseignement pour passer l'conomie de la connaissance en Jordanie (ERfKE) Le programme de rforme de l'enseignement pour passer l'conomie de la connaissance (ERfKE) est un programme dcennal financ par plusieurs bailleurs de fonds devant permettre la Jordanie de mener des rformes globales dans le systme d'enseignement. La premire phase ((ERfKE I, 200309) mettait l'accent sur la rforme gnrale du systme d'enseignement. ERfKE II (200610) visait relever les comptences permettant de participer l'conomie de la connaissance tous les niveaux de l'enseignement. en tandem, l'Initiative jordanienne de l'enseignement a t lance en 2003, sous les auspices du Forum conomique mondial (FEM), en tant que partenariat multipartite qui intgre les technologies de l'information et de la communication (TIC) au processus d'enseignement, comme outil d'enseignement et d'apprentissage des tudiants de la 1re la 8 me anne scolaire. Les rsultats de ces rformes sont tangibles. En 2010 la Jordanie avait le taux d'alphabtisation le plus lev des pays MENA ; le taux brut de scolarisation au niveau du primaire et du secondaire atteignait respectivement 98 et 97 pour cent en 2006 ; jusqu' 3.000 coles taient connectes des portails d'apprentissage lectronique, avec 80 pour cent des coles connectes l'Internet ; les maternelles et jardins d'enfants enregistraient 37 pour cent d'augmentation en enseignant titulaires de licences et baccalaurats. L'objectif visant former 50.000 enseignants dans les comptences de base en TIC tait dpass, en ce sens que plus de 85.000 enseignants ont t forms et 55.000 certifis, compars aux prvisions de formation de 5.000 enseignants en TIC de 2003. Des nouveaux cursus et mthodes d'enseignement ont t labors, mettant l'accent sur les habilets suprieures de la pense, la rflexion critique, l'apprentissage centr sur l'tudiant, ainsi que sur d'autres aspects relatifs l'enseignement ax sur l'conomie de la connaissance. L'valuation de l'apprentissage rvle des amliorations dues aux nouveaux programmes et matriels d'enseignement, ainsi qu' la formation des enseignants. Les rsultats de l'Evaluation nationale de l'conomie de la connaissance 2008 soulignent clairement l'amlioration des performations en matire de mathmatiques, de science et de lecture. Les rsultats TIMSS 2007 indiquent, quant eux, une amlioration positive, quoique peu significative, dans la performance. En sciences, par exemple, la Jordanie a amlior son classement rgional et international. Et bien que l'augmentation de la cotation TIMSS soit statistiquement peu importante par rapport la prcdente valuation, le classement rgional et international de la Jordanie s'est considrablement amlior pendant cette mme priode, 142 un rsultat que la plupart des autres participants n'ont pas atteint de par le monde. entre 2003 et 2007, la Jordanie est monte dans le classement TIMSS, passant de la 25me la 20me place en sciences, et de la 32me la 31me place en mathmatiques. Les rsultats ont t raliss en suivant un processus cohrent, commenant par de vastes consultations. Ce processus a dbouch sur l'laboration d'une stratgie d'orientation nationale pour le Ministre de l'Education. Un systme de soutien dcisionnel a t mis en place pour fournir en temps opportun l'information sur les activits ducationnelles et, en 2008, quelque 90 pour cent des dcideurs et des chercheurs utilisaient d'ores et dj le systme. Des amliorations sont constamment apportes aux programmes, l'environnement de l'apprentissage ainsi qu'aux connexions haut dbit, par le biais de la coopration entre l'industrie et le rseau national. Source : Banque mondiale 2010b, 2011c; Bannayan et al 2012. INVESTIR DANS LE DVELOPPEMENT DE LA PREMIRE ENFANCE (DPE) Il a t dmontr que le DPE amliore la capacit d'apprentissage, les performances scolaires et la productivit du march du travail. Il est aussi plus rentable : plus tt on investit, plus grand sera le rendement conomique (Heckman and Masterov 2007). Le dveloppement prcoce commence avant mme la naissance, avec les soins prnatals dispenss aux mres. Durant les annes critiques prcdant la troisime anne, le langage et les fonctions sensorielles se dveloppent. Nonobstant, ces annes ne sont pas correctement couvertes - elles sont en ralit ngliges - par les services DPE des pays MENA. Ces services, dispenss par des secteurs non gouvernementaux publics et privs) sont fragments et trs disperss pour permettre la ralisation des objectifs escompts de l'apprentissage. Une tude rcente a dmontr, en Egypte, que les probabilits d'abandon de l'enseignement primaire et secondaire par les tudiants sont beaucoup moindres pour les enfants qui ont fait l'objet d'ducation et de soins ds la premire enfance. Le changement dans le niveau de scolarit rsultant du faible taux d'abandons se traduit par environ une anne supplmentaire de scolarisation (Krafft 2012). En 2009, seulement 21 pour cent des enfants gs 4-5 ans de la rgion ont frquent un tablissement prscolaire, allant d'un taux aussi bas que 3 pour cent Djibouti et 10 pour cent en Syrie, jusqu' des taux de 75 et de 79 pour cent respectivement pour l'Algrie et le Liban (UIS 2009). Le problme d'accs est aggrav davantage par la mauvaise qualit et le manque de coordination des programmes. Les services DPE sont issus d'une varit de secteurs (sant, ducation, protection sociale) et sont fournis par des acteurs, tant publics que privs. Les dpenses publiques sont faibles et les services de pitre qualit. A telle enseigne que ces services sont fournis par le secteur priv, mais se limitent aux familles qui ont le moyen de les payer. Il importe de susciter une prise de conscience sur l'importance du DPE et consolider les initiatives qui se sont rvles efficaces. L'importance de l'tablissement d'une assise pour le dveloppement humain ds les premires annes doit tre bien assimile, et de l'instauration 143 d'un milieu familial plus stimulant doit tre mise en vidence, de mme que l'accs des services de garde de qualit, soit dans les foyers ou les centres communautaires. Il s'agit galement d'investir dans le DPE, en offrant des incitatifs au secteur public concern et en affectant davantage de ressources publiques cette fin. La Banque mondiale a soutenu les initiatives DPE dans bon nombre de pays MENA. En Egypte, par exemple, la Banque a fourni 20 millions de dollars au gouvernement gyptien pour amliorer l'accs et la qualit de l'enseignement dans les jardins d'enfants pour les enfants de 4-5 ans. En 2011, elle a prt plus de 15 millions $ au Liban pour l'aider fournir davantage de services prscolaires de meilleure qualit dans les zones dfavorises du pays (Wright 2012). DVELOPPER DE NOUVELLES APTITUDES ET COMPTENCES La mondialisation exige de nouvelles combinaisons de diffrentes aptitudes et comptences, suscitant de nouvelles pressions sur les systmes d'enseignement. Pour tre la hauteur des dfis de la concurrence mondiale et des changements technologiques rapides, les tudiants doivent maitriser une diversit de comptences non-techniques essentielles l'employabilit et la productivit (solution de problmes, communication, travail d'quipe, matrise des TIC et langues trangres). Cette inadquation entre les comptences requises par l'conomie et le produit du systme d'enseignement et de formation est vidente, et le sentiment est trs rpandu dans le secteur priv que le manque d'aptitudes (notamment non-techniques) constitue un important obstacle leurs activits commerciales (Figure 5.3) (Banque mondiale 2012c). Malheureusement, la plupart des coles de la rgion ne mettent pas l'accent sur le dveloppement de ces aptitudes. L'apprentissage par cur continue prdominer dans le monde arabe, l'attention tant peu porte la solution de problmes et aux mthodes d'enseignement interactif qui interpelle la participation des tudiants.3 L'valuation des tudiants en mathmatiques, par exemple, s'appuient dans la plupart des pays arabes sur leurs capacits de mmorisation des dfinitions, faits, concepts et applications, plutt que sur leurs potentialits de rflexion critique. Les conclusions de TIMSS 2007 confirment cette conclusion. Le TIMSS 2007 a interrog les enseignants et les tudiants sur leur frquence d'utilisation de la mmorisation dans la rsolution des problmes de mathmatiques. La plus grande majorit des tudiants arabes de 8me classe ont rpondu qu'ils mmorisaient les formules et procdures dans la moiti, voire plus, de leurs cours de mathmatiques. Ce pourcentage lev variait entre 57 pour cent pour l'Algrie et 84 pour cent pour la Jordanie, 3 En 1995, une tude sur la qualit de l'enseignement dans la rgion MENA a rvl que les tudiants ont t enseign la manire d'apprendre et de retenir "des rponses des questions relativement fixes dans des situations problmatiques ayant peu ou pas de contexte prcis", et que le systme ducatif tendait rcompenser les rcipiendaires de la connaissance passive. Bien que l'tude soit obsolte, bon nombre de ses conclusions sont toujours d'actualit : les aptitudes cognitives de niveau suprieur telles que la flexibilit, la solution de problme et le jugement, sont encore rcompenses, quoique de faon inadquate, dans les coles de la rgion (Banque mondiale 2008). 144 contre 48 pour cent pour Taipei, dont le pays a enregistr la meilleure performance en mathmatiques dans TIMMS 2007 (Figure 5.4) (Faour 2012). FIGURE 5.3. Part des entreprises identifiant le manque de comptences comme un obstacle aux affaires Source : Enqute de la Banque mondiale sur le climat de l'investissement, 20062010. Note : WBG = Cisjordanie et Gaza. FIGURE 5.4. L'enseignement par cur des mathmatiques dans la rgion MENA Pourcentage des tudiants qui ont confirm la mmorisation des formules et procdures dans au moins la moiti de leurs cours de mathmatiques 0.010.020.030.040.050.060.070.080.0Brsil 2009Syrie 2009Tchad 2009Kazakhstan 2009Saint-Kitts et Nevis 2010Gabon 2009Lituanie 2009Costa Rica 2010Algrie 2007Paraguay 2006Bahamas, les 2010Barbade 2010Maroc 2007El Salvador 2010Rwanda 2011Croatie 2007Samoa 2009Russie 2012Venezuela, R.B. 2010Armnie 2009Bulgarie 2009Namibie 2006Mozambique 2007Togo 2009Sierra Leone 2009Azerbadjan 2009Fidji 2009Bhutan 2009Guine 2006Sngal 2007Pakistan 2007Allemagne 2005Npal 2009Indonsie 2009 145 Source : Faour 2012, citant TIMSS 2007, Annexe 7.6. La rforme de l'enseignement et de l'apprentissage doit inclure le recyclage des enseignants et la redfinition des programmes d'tudes depuis l'ducation de base jusqu' l'enseignement suprieur, et ce, afin de faciliter la transformation vers l'conomie de la connaissance. Les gouvernements doivent se pencher sur la manire dont chaque investissement contribue l'amlioration du processus d'enseignement, tout en s'intressant la nature de formation des enseignants et si cette formation porte sur les mthodes d'enseignement inquisitives et interactives requises aujourd'hui par les tudiants. La Jordanie, la Tunisie et le Liban sont alls le plus loin dans la pdagogie axe sur l'tudiant, s'inspirant des tendances internationales pour introduire des innovations dans leurs programmes et manuels scolaires ainsi que dans la formation des enseignants en cours d'emploi, tout en dotant les coles d'ordinateurs et de connexions Internet (Banque mondiale 2008). Les rformes introduites par la Malaisie et Singapour en matire de programmes scolaires sont des exemples que les pays MENA intresss peuvent suivre pour introduire pareils changements (Encadr 5.3). ENCADR 5.3. La rforme des programmes d'enseignement en Malaisie et Singapour A Singapour et en Malaisie, les coles finances par le gouvernement suivent un mme programme d'enseignement centralis donnant lieu des examens communs. Les changements introduits dans les programmes rviss de l'enseignement primaire et secondaire en Malaisie comprennent : L'utilisation de l'anglais comme principale langue d'enseignement des mathmatiques, des sciences et de la technologie, et non le malais, De nouveaux lments de matires (tel que l'enseignement du malais et de l'anglais) pour inciter la crativit et la rflexion critique, et l'ajout graduel de nouveaux thmes (tels la technologie de - 10.00 20.00 30.00 40.00 50.00 60.00 70.00 80.00 90.00Grade 4Grade 8 146 l'information et la musique), Une plus grande utilisation des TIC dans l'enseignement et l'apprentissage, De nouvelles options au niveau du secondaire offrant aux tudiants un plus grand ventail de choix dans des domaines rpondant leur intrt et capacits (tels que la construction, l'industrie manufacturire, l'conomie domestique, la technologie agricole et les applications informatiques), Des options dans les langues trangres (tels que l'espagnol, le franais, l'arabe, le japonais et l'allemand), en plus de l'utilisation de l'anglais dans les mathmatiques, les sciences et la technologie. Les programmes scolaires de Singapour sont rgulirement revus, comme en tmoigne la rvision en 2007du programme de 1er cycle. Une nouvelle matire, connaissance et investigation, a t conue afin d'amener les tudiants s'interroger sur la construction et la nature de la connaissance, qui fait appel la recherche interdisciplinaire. Pour tre admis l'universit, les tudiants doivent russir la matire connaissance et investigation ou russir l'examen gnral portant sur les connaissances gnrale. Prs de 25 pour cent des candidats au 1er cycle sont admis dans l'une des trois universits de Singapour. La qualit du systme d'enseignement secondaire de Singapour est confirme par l'excellente performance du pays sur TIMSS. A titre d'exemple, Singapour a t classe premire dans les maths et les sciences dans le TIMSS de 1995 et 2003 pour les enfants gs de 13 ans, et respectivement 3me et 5me dans le cycle plus rcent. La Malaisie a particip l'valuation de la 8me anne du TIMSS de 1999, 2003 et 2007. Bien que sa performance se soit amliore entre 1999 et 2003, les notes moyennes obtenues en maths et sciences en 2007 sont restes nettement infrieures celles de Singapour. Source : PNUD et Fondation Maktoum 2012; Altbach et Salmi 2011. Le climat conomique mondial transform exige que les gouvernements arabes rexaminent la faon dont leurs systmes d'enseignement doivent tre rforms afin de mieux rpondre aux besoins de l'conomie, en produisant des diplms comptents et flexibles, possdant les capacits et l'expertise ncessaires leur permettant de soutenir la concurrence dans un monde o la connaissance est essentielle au progrs. Le Rapport sur la connaissance arabe 2010-2011 analyse le processus de prparation des jeunes arabes la socit du savoir et propose un modle de plan d'action reposant sur le triptyque des "comptences, valeurs et climat favorable" (Encadr 5.4). ENCADR 5.4. Prparation des gnrations futures la socit du savoir Le Rapport sur la connaissance arabe 2010-2011 tablit trois principes fondamentaux pour la prparation des gnrations futures la socit du savoir. Le document fait tat d'enqutes-pilotes menes sur le terrain dans les quatre pays suivants : Jordanie, Maroc, Emirats arabes unis et Ymen. Les enqutes effectues auprs d'un chantillon d'tudiants se sont intresses au triptyque des "comptences, valeurs et climat favorable" relatif aux jeunes dans ces pays. Les conclusions ont rvl de pitres rsultats en matire de comptences cognitives (collecte et traitement de l'information, communication crite, solution de problmes et utilisation de la technologie), compar aux 147 comptences sociales (communication avec autrui, travail d'quipe et participation la vie publique) et aptitudes non-cognitives (estime de soi, motivation apprendre et planification pour l'avenir). Sur le plan des valeurs, les rsultats ont rvls que les tudiants sont gnralement qualifis pour la socit du savoir. Une comparaison de genre indique que les notes des filles tendent tre meilleures que celles des garons. S'agissant du climat favorable pour les tudiants et enseignants, plusieurs composants de base semblent faire dfaut, tandis que d'autres, en particulier le rle de la famille dans la prparation des jeunes, taient positives. Le rapport propose une stratgie de prparation des gnrations futures comprenant les quatre aspects d'action suivants : volont d'agir (politique, sociale, innovation), capacit d'agir (y compris la solution des obstacles politiques, lgislatifs et sociaux), comment agir (laboration et adoption des mthodes et approches pertinentes), et les conditions pralables l'action (institutions sociales, conomiques et financires). Il conclut l'urgence de placer rapidement les pays arabe sur la voie de la socit du savoir en librant le potentiel d'apprentissage, de libert et de dveloppement de leurs peuples et institutions. Mais ceci ncessite, pour y aboutir, une renaissance arabe fonde sur un processus de mobilisation conomique, sociale, politique et culturelle. Source : PNUD et Fondation Maktoum 2012. AMLIORATION DE L'ENSEIGNEMENT ET DE LA FORMATION TECHNIQUES ET PROFESSIONNELS L'enseignement et la formation techniques et professionnels (EFTP) a t de tout temps le parent pauvre de l'enseignement. Dans l'conomie de la connaissance, cependant, le rle de l'EFTP se transforme rapidement pour devenir la porte tournante pour la rnovation des comptences et la requalification. Dans la rgion MENA, les programmes FTP pralables n'ont pas russi comme escompt relier la formation l'emploi. Et comme la FTP pralable s'adresse gnralement ceux qui n'ont pas obtenu de bonnes notes dans l'enseignement obligatoire, il s'en suit que bon nombre d'tudiants ne possdent pas les comptences de base pour assimiler des connaissances techniques plus difficiles. Plus encore, la FTP pralable peine diriger les tudiants vers d'autres options d'enseignement et de formation. De mme qu'il est rare que les tudiants FTP poursuivent leurs tudes dans les universits. Certains pays, comme la Jordanie, la Syrie, la Cisjordanie et Gaza, et le Ymen proposent des options d'enseignement universitaire dans les domaines techniques et professionnels, bien qu'elles soient rserves une marge troite d'tudiants (Banque mondiale 2008). Les tudiants des pays MENA ayant achev leurs tudes obligatoires ont depuis ces dernires annes davantage de choix il n'en demeure pas moins que les possibilits de transfert entre les diffrents types d'institutions acadmiques reste limit. Peu d'tudiants ont l'option de poursuivre des tudes universitaires aprs avoir opt pour l'enseignement professionnel et technique. Certaines exceptions, comme la Jordanie et la Tunisie,4 qui avait labor des programmes non-formels de formation professionnelle rpondant aux besoins de formation des employeurs, mettent actuellement au point des options formelles rpondant 4 En Tunisie, l'enseignement technique postsecondaire est fourni travers le systme national d'Instituts suprieurs des tudes technologiques. 148 mieux aux besoins du march du travail travers des programmes postsecondaires portant sur la technologie, les affaires ou le commerce, ncessitant en majorit deux annes d'tudes. L'EFTP ne peut cependant gagner en efficacit que par l'amlioration de la gouvernance, l'accroissement de la participation, de la responsabilisation et de la dcentralisation dans les services publics et l'identification de nouvelles sources de financement. Dans la plupart des pays de la rgion, l'Etat assume un rle primordial dans le financement et la fourniture de l'EFTP. Les initiatives d'inclure les reprsentants des entreprises et des syndicats dans la gouvernance se sont confines, dans la plupart des cas, des comits nationaux ad hoc, dont les reprsentants sont dsigns par les diffrents acteurs, mais qui se sont avres, dans la pratique, inefficaces. En termes de responsabilit, la fourniture de l'EFTP public dans la rgion ne s'appuie par sur la performance ou les rsultats. Par ailleurs, les subventions publiques garanties freinent toute vellit de changement et de sa pertinence. Des nouveaux mcanismes de financement oprant paralllement ou la place des affectations directes traditionnelles peuvent encourager les fournisseurs publics mieux rpondre aux besoins des individus et des entreprises. Il faut que le secteur priv multiplie ses contributions l'EFTP afin de maintenir la fourniture de services EFTP plus diversifis et de meilleure qualit. RESPONSABILISATION, INCITATIFS ET GOUVERNANCE : LES PIVOTS DES SYSTMES DUCATIFS SOLIDES Le renforcement du systme ducatif dpend de la manire dont les incitatifs relatifs la gouvernance, la gestion, le financement et la performance se combinent pour aboutir de meilleurs rsultats rpondant aux politiques nationales et mesurables par les valuations locales, nationales et internationales. Le renforcement du systme dpend galement en substituant la responsabilit envers l'Etat par la responsabilit envers le public.5 Les systmes ducatifs performants sont en mesure de rpondre la demande manifestement complexe de leurs diffrents clients - gouvernements, parents, tudiants, fonctionnaires et employeurs. Ci-aprs sont prsents trois domaines potentiellement perfectibles. FIXER LES OBJECTIFS ET MESURER LES PROGRS RALISS Il est difficile de se rendre compte des progrs raliss en l'absence d'un objectif et d'un moyen permettant de mesurer le chemin accompli vers ledit objectif. Il est conseill chacun des pays MENA d'adopter les normes nationales de performance tous les niveaux de l'enseignement (abordes dans la section relative l'amlioration de la qualit de 5 Dans la rgion MENA, la responsabilisation s'organise gnralement par les gouvernements sous forme d'vnements consultatifs, de comits de supervision parlementaire, de comit consultatifs ou de reprsentants d'organismes non-gouvernementaux de surveillance. Dans d'autres rgions, la socit civile a remplac ces mcanismes par des lobbys et des groupes de surveillance, des journaux spcialiss, d'instituts indpendants de recherche et d'associations professionnelles. On observe des initiatives semblables dans les pays MENA, lesquelles doivent tre reconnues et encourages. Des mcanismes institutionnels doivent tre mis en place pour permettre aux parties concernes d'influencer les politiques portant sur l'enseignement, l'allocation des ressources et la fourniture des services. 149 l'enseignement), et de contrler continuellement dans quelle mesure ces normes sont satisfaites. On peut, cet effet, fixer des objectifs raliser dans la moyenne nationale de performance dans un ou plusieurs tests internationaux majeurs (TIMSS ; Programme internationale pour le suivi des tudes [PISA] ; Programme international de recherche en lecture scolaire [PIRLS]) ; comme l'a dj fait le Brsil, en demandant chaque cole d'laborer un plan d'amlioration conforme l'objectif tabli.6 Dans l'enseignement suprieur, les mcanismes d'assurance qualit et d'accrditation doivent tre dvelopps au niveau national et rgional. Devant l'expansion de l'enseignement suprieur priv, par exemple, l'Egypte a adopt une approche nergique l'assurance qualit externe. Les initiatives comprennent des projets d'assurance qualit et d'accrditation financs par la Banque mondiale, l'tablissement de l'Autorit nationale d'assurance qualit et d'accrditation de l'enseignement, et la mise en place de normes de rfrence acadmiques nationales portant sur les diffrents domaines des tudes universitaires. Les prparatifs de base ont t labors en grande partie : ralisation de la documentation relative l'assurance qualit et sa mise la disposition du personnel acadmique des institutions de l'enseignement suprieur ; cration d'opportunits de formation et de dveloppement ; et garantie de reconnaissance et de rcompense de la bonne performance. Mais il reste encore beaucoup faire sur le plan institutionnel pour atteindre la conformit et valoriser la culture de la qualit et de la capacit de gestion (OCDE et Banque mondiale 2010). La culture de la qualit et celle de la bonne gouvernance institutionnelle sont indissociables. Toutes les deux sont essentielles pour que les rsultats soient meilleurs (Banque mondiale 2011a). Altbach et Salmi (2011) mettent l'accent sur les facteurs indispensables au succs des universits de classe mondiale, savoir, le leadership, la politique et le financement gouvernementaux, la capacit de se focaliser continuellement sur un ensemble d'objectifs et de politiques institutionnelles, le dveloppement d'une culture acadmique solide, et la qualit du personnel acadmique. La gouvernance peut s'amliorer au moyen de tableaux de bord susceptibles de servir l'valuation des stratgies de gouvernance utilises par les institutions d'enseignement suprieur de la rgion et des progrs enregistrs dans la ralisation des objectifs politiques (Encadr 5.5). LA COLLECTE ET LA DIFFUSION DE L'INFORMATION SUR LES RSULTATS SCOLAIRES Lorsque les parents, les contribuables et les dcideurs sont renseigns sur la performance du systme d'enseignement, et qu'ils sont mieux quips pour s'assurer que le financement public produit les rsultats escompts. Les systmes d'information sur l'ducation dans la rgion MENA sont plutt faibles. L'information de base sur les rsultats scolaires, les taux de frquentation et d'abandon, l'absentisme des enseignants, et la 6 TIMSS (Trends in International Mathematics and Science Study [tude internationale sur les mathmatiques et les sciences], http://www.iea.nl/timss_2011.html), PIRLS (Progress in International Reading Literacy Study [Programme international de recherche en lecture scolaire], http://www.iea.nl/pirls_2011.html), et PISA (Programme for International Student Assessment [Programme international pour le suivi des tudes]). PISA rgie par l'Organisation de coopration et de dveloppement conomiques (OCDE). 150 formation et les qualifications des enseignants, n'est pas facilement disponible pour les fonctionnaires de l'ducation, et moins encore pour le public. La faiblesse semble reflter l'absence de volont politique diffuser aux parents et aux intresss l'information sur la performance de l'cole. Ce manque de volont reprsente plus qu'une incapacit technique mesurer les rsultats, c'est un vritable obstacle au succs des rformes. La participation aux programmes de tests internationaux (tels TIMSS, PISA et PIRLS) est l'un des moyens permettant d'obtenir l'information sur la performance et de promouvoir la responsabilisation. Mais cette participation n'est pas plus ncessaire que suffisante. L'important est d'avoir un systme d'information prcis, crdible et rgulirement mis jour. Il permettra d'amliorer les rsultats ducatifs et de s'assurer que tous les rouages de la responsabilisation publique fonctionnent sur des bases solides qui fournissent les donnes ncessaires la mise en place de politiques et de rformes bases sur des lments concrets. ENCADR 5.5. Evaluation de la gouvernance des universits : Un outil de mesure La "University Governance Screening Card"(carte de slection de la gouvernance universitaire) rpond au besoin d'un outil permettant de mesurer la gouvernance des institutions d'enseignement suprieur des pays MENA. La carte de slection permet d'valuer si les universits de la rgion suivent des bonnes pratiques de gouvernance conformes aux objectifs institutionnels. Elle n'impose pas de modle particulier de "bonne gouvernance" mais permet aux universits de se comparer aux autres institutions et de contrler leurs progrs dans le temps. Cette carte de slection a t essaye ce jour dans 40 universits en Egypte, Tunisie, Maroc, et Cisjordanie et Gaza. Six autres pays - Algrie, Bahren, Irak, Kowet, Liban et Soudan - se sont dits intresses de participer ce projet. La carte de slection encourage le changement rel en sensibilisation les institutions sur les concepts de gouvernance et en rvlant les carts entre les auto-perceptions et les rsultats dgags par le questionnaire. Un autre avantage d'importance de cette carte est la diffrence entre perception (zone bleue) et ralit (zone rouge) : de faon gnrale, les universits peroivent qu'elles sont plus autonomes, leurs missions plus clairement dfinies, leur participation plus prononce parmi les acteurs et assument plus de responsabilits qu'il n'est tabli par les tests. Cette carte est la premire tape vers le dveloppement d'un outil plus global pour contrler la performance de l'universit. C'est un point de dpart pour l'valuation 151 d'autres dimensions tels que l'assurance qualit, le rsultat de l'apprentissage de l'tudiant, la qualit de l'enseignement et de la recherche, et l'employabilit des diplms. Source : Jaramillo 2012; Altbach et Salmi 2011. AMLIORER LES INCITATIONS L'tablissement d'un lien entre la rcompense (en termes de salaire ou de promotion) et les rsultats des tudiants prte controverse, mais de nombreux pays l'exprimentent en proposant des incitatifs au corps enseignant (parfois l'chelle de l'cole, parfois pour des dpartements spcifiques) afin de travailler conjointement l'amlioration des rsultats de l'enseignement. Si les promotions taient relies aux efforts que les enseignants dploient pour rehausser leurs comptences, elles seront moins controverses. Le transfert de responsabilits dcisionnelles accrues aux coles ou aux universits contribuera accrotre la flexibilit et les motivations, mais dans la mesure o il favorisera aussi le sens de responsabilit. Sur le plan des incitatifs, on peut relier en parallle tout supplment de financement public aux rsultats et l'innovation, assurant ainsi la responsabilisation en termes de performance. RELIER L'ENSEIGNEMENT SUPRIEUR L'EMPLOI Bien que le chmage ait augment partout dans le monde en raison de la crise financire et conomique mondiale, des hauts niveaux de chmage ont t observs au cours de la dernire dcennie parmi les diplms de l'enseignement suprieur des pays MENA, compars ceux des pays OCDE. En Tunisie, le taux du chmage des adultes titulaires de diplmes universitaires a augment de faon spectaculaire au cours de ces dix annes (Figure 5.5). FIGURE 5.5. Proportion de chmeurs dtenteurs de diplmes universitaires dans une slection de pays, 2000 et 2010 152 Source : Jaramillo and Melonio 2011. N.B.: UE = Union europenne; OCDE = Organisation de coopration et de dveloppement conomiques ; RU = Royaume uni. Cette jeune population avide de connaissances, capable d'utiliser au mieux les TIC et soucieuse d'obtenir des emplois qualifis - impose de nouvelles exigences aux systmes d'enseignement suprieur dans la rgion. Or le fait que le march du travail dans bon nombre de pays reste domin par le secteur public constitue un problme majeur. Les diplms universitaires laissent, en effet, chapper les opportunits du secteur priv et attendent deux, trois, voire quatre ans avant que le secteur public leur propose un emploi vie, assorti d'avantages que les employeurs privs ne peuvent leur offrir. Mais si cette situation provoque une distorsion majeure au niveau du march du travail, elle prive les institutions de l'enseignement suprieur des signaux quant la nature des comptences requises. La prfrence manifeste des diplms pour l'emploi dans le secteur public est la principale raison qui explique la faible relation entre l'enseignement et le secteur priv. Le projet multinational d'ducation pour l'emploi (EFE) reprsente un effort prometteur pour renforcer cette relation (Encadr 5.6).7 ENCADR 5.6. Etablir la liaison entre l'ducation et l'emploi Le taux lev de chmage parmi les jeunes Arabes a t imput l'cart existant entre l'ducation et les besoins du march. Le projet multinational Education pour l'emploi (EFE) met l'accent sur le rle que le secteur priv peut jouer pour rduire cet cart. Le projet consiste d'un rseau d'organisations locales but non lucratif qui fournit aux jeunes de vrais emplois plutt que de la formation sans relles perspectives d'emploi. L'EFE procure aux entreprises des talents humains qualifis aprs une formation variant entre un 7 Education pour l'emploi (EFE) - organisation non gouvernementale sise Washington, avec un rseau de partenaires d'entreprises, de gouvernement, de socit civile et d'organisations internationales - a tabli des fondations locales autonomes dans six pays MENA qui fournissent aux jeunes des services de formation et de placement pour les aider faonner leur avenir et contribuer leurs communauts. Le conseil de directeurs ou conseil consultatif de chaque fondation locale est constitu d'entreprises locales et de responsables communautaires. 3.5% 3.8% 3.0% 4.7% 5.1% 4.2% 1.6% 1.9% 9.5% 3.0% 2.1% 3.6% 27.7% 14.7% 28.4% 8.7% 3.3% 3.5% 4.9% 4.8% 3.8% 2.3% 2.3% 3.6% 2.9% 3.4% 1.8% 2.9% 24.8% 15.5% 17.8% 9.1% 21.9% 0.0% 5.0% 10.0% 15.0% 20.0% 25.0% 30.0%OECD averageEU averageDenmarkFinlandFranceGermanyIrelandNetherlandsSpainSwedenUKKoreaEgyptJordanMoroccoSyriaTunisia20102000 153 et trois mois. Des EFE sont actuellement tablis en Egypte, Jordanie, Palestine, Maroc, Ymen et Tunisie. L'EFE identifie les domaines conomiques qui offrent un bon potentiel de croissance et de cration d'emplois mais manque de personnel qualifi. Les entreprises locales acceptent de recruter un nombre dtermin de diplms du programme, fournissent le financement et offrent des contributions en nature (tels que l'espace de bureau et le personnel administratif). Elles encouragent d'autres chefs d'entreprises recruter des diplms et introduire l'EFE aux responsables du gouvernement et autres dcideurs. L'EFE met en uvre galement un autre programme d'entreprenariat visant aider les jeunes entrepreneurs lancer leurs propres affaires. Depuis son lancement en 2006, le Rseau EFE a form et plac plus de 2.300 jeunes dfavoriss travers les pays MENA. EFE-gypte L'EFE-gypte a assur la formation et le placement de plus de 175 jeunes personnes. 45 pour cent des diplms EFE sont de sexe fminin. Depuis sa cration la fin de 2011, l'EFE-Egypte a place 79 pour cent de tous les diplms, avec un taux de rtention de 100 pour cent aprs trois mois de travail. 85 pour cent des tudiants EFE-Egypte obtiennent des diplmes de leurs programmes de formation. Dans la seule anne 2012, l'EFE-Egypte prvoit de former et de placer plus de 325 jeunes personnes. La Fondation jordanienne des carrires de l'enseignement (JCEF) JCEF a assure la formation et le placement de plus de 1.283 jeunes. 47 pour cent des diplms de la JCEF sont de sexe fminin. 94 pour cent des tudiants JCEF obtiennent des diplmes de leurs programmes de formation en 2011. Depuis sa cration la fin de 2011, JCEF a plac 69 pour cent de tous les diplms, dont 64 pour cent ont gard leur emploi aprs trois mois.* EFE-Maroc EFE-Maroc a assur la formation et le placement de plus de 420 jeunes personnes. 50 pour cent des diplms d'EFE-Maroc sont de sexe fminin. 91 pour cent des tudiants EFE-Maroc obtiennent des diplmes de leurs programmes de formation. Depuis sa cration la fin de 2011, EFE-Maroc a plac 58 pour cent de tous les diplms, dont 93 pour cent ont gard leur emploi aprs trois mois. Dans la seule anne 2012, l'EFE-Maroc prvoit de diplmer plus de 3.060 jeunes des programmes de formation pour l'emploi. EFE Palestine (PEFE) PEFE a assur la formation et le placement de plus de 285 jeunes. 53 pour cent des formateurs PEPE sont de sexe fminin. 93 pour cent des tudiants PEFE obtiennent des diplmes de leurs programmes de formation. Depuis sa cration la fin de 2011, PEFE a plac 69 pour cent de tous les diplms, dont 95 pour cent ont gard leur emploi aprs trois mois. Dans la seule anne 2012, PEFE prvoit de diplmer plus de 245 jeunes personnes des programmes de formation pour l'emploi. EFE-Tunisie EFE-Tunisie a lanc ses oprations en 2012 Pour sa premire anne, l'EFE-Tunisie prvoit de diplmer plus de 495 jeunes personnes des programmes de formation pour l'emploi. EFE Ymen (YEFE) YEFE a assur la formation et le placement de plus de 580 jeunes. 154 42 pour cent des diplms de YEFE sont de sexe fminin. 95 pour cent des tudiants YEFE obtiennent des diplmes de leurs programmes de formation. Depuis sa cration la fin de 2011, YEFE a plac 76 pour cent de tous les diplms, dont 94 pour cent ont gard leur emploi aprs trois mois.* En 2012, YEFE prvoit de diplmer plus de 1.700 jeunes personnes des programmes de formation pour l'emploi. * En Jordanie et au Ymen, les filiales EFE oprent avec des jeunes populations trs vulnrables (tels les hauts niveaux de dcrochage scolaire), catgorie qui posent encore plus de dfis l'objectif fix par le rseau, savoir, 85 pour cent de taux de placements. Source : Education pour l'emploi (Education for Employment) (http://www.efefoundation.org). Dans la rgion MENA, prs de 95 pour cent de l'conomie se compose de petites et moyennes entreprises (PME). Pour que ces entreprises deviennent plus comptitives, les diplms de la rgion doivent tremper dans la rflexion innovante et entrepreneuriale. En d'autres termes, il faut intgrer la rflexion innovante et entrepreneuriale au processus ducatif de faon promouvoir les comptences, les aptitudes, les attitudes et les mentalits, facults ncessaires aux jeunes de la rgion afin de russir et de se dvelopper. L'Encadr 5.7 ci-dessous prsente un exemple rcent de promotion de l'entrepreneuriat et du travail indpendant en Tunisie. ENCADR 5.7. Formation entrepreneuriale et travail indpendant parmi les diplms universitaires : Le cas de la Tunisie Les taux du chmage en Tunisie sont particulirement levs parmi les diplms universitaires. On en sait peu cependant sur l'efficacit des programmes de formation destins accrotre le travail indpendant parmi les jeunes hautement duqus. Dans ce contexte, Premand (2012) a valu une nouvelle dmarche d'entreprenariat qui fournit la formation assortie d'une assistance personnalise aux tudiants universitaires en matire d'emploi. Selon cette dmarche, les tudiants de la dernire anne du programme de licence applique ont t proposs d'laborer un plan d'affaires la place de la thse conventionnelle. Des 1.702 tudiants objets de la dmarche d'entreprenariat en 2009-2010, la moiti ont t slectionns au hasard pour participer au projet et l'autre moiti dsigne pour suivre le cursus habituel. La comparaison, un an aprs l'obtention du diplme, des rsultats en termes de march du travail des participants au projet et des autres tudiants, ont dmontr que le travail indpendant a augment pour les tudiants inscrits la dmarche d'entreprenariat , en particulier parmi les hommes, alors que le taux d'emploi pour les autres tudiants est rest inchang. Ce fait montre que le projet a encourag les comptences en affaires, largi les rseaux et influenc tout une gamme d'aptitudes de comportement. Dans le contexte de la rvolution tunisienne, la participation la dmarche 155 d'entreprenariat a attis le sens d'opportunit et d'optimisme des diplms vers l'avenir. Source : Premand et autres 2012. Mais si l'emploi informel est de plus en plus courant, l'acquisition des comptences parmi les travailleurs du secteur informel ne joue pas un rle important dans les priorits politiques.8 L'apprentissage traditionnel reposant sur les comptences des matres artisans est le principal canal d'accs au march du travail pour les abandons de l'enseignement primaire et du dbut du secondaire.9 Mais ces apprentissages ont des insuffisances notoires, y compris le transfert incomplet des connaissances du matre l'apprenti, d'importantes variations dans la qualit de la formation dispense, la prennisation des technologies peu productives, un apprentissage passif et non exprimental, et une lente tendance l'innovation. Plus encore, les matres tendent manquer d'aptitudes pdagogiques et les apprentis courent toujours le risque d'tre employs comme main d'uvre bon march pour les travaux serviles. Amliorer ces pratiques de formation informelle travers des partenariats publics est une vritable gageure pour la rgion, surtout s'il s'agit de certifier ceux qui acquirent une formation informelle de bonne qualit. La Tunisie offre un exemple de raction gouvernementale en matire d'amlioration de l'apprentissage traditionnel, l'accent tant mis sur les contrats d'apprentissage, les niveaux de rmunration rglementaire et les incitatifs proposs aux employeurs en termes de drogations aux obligations de scurit sociale.10 En Egypte et au Liban, les organisations non gouvernementales qui grent les contrats de formation jouent un rle intermdiaire entre le matre et l'apprenti. EXPANSION DE LA COOPRATION RGIONALE La coopration euro-mditerranenne est ncessaire pour soutenir le processus de modernisation de l'enseignement suprieur. Les efforts nationaux, complts par des approches rgionales, favoriseront le partage des bonnes pratiques et faciliteront l'mergence de rseaux rgionaux d'experts, contribuant ainsi l'amlioration du systme d'enseignement et la diffusion de ses rsultats afin de tenir les dcideurs de la rgion arabe informs dans ce domaine crucial. 8 Dans les pays MENA plus pauvres et dans les zones rurales, la plupart des travailleurs peu duqus uvrent dans le micro-entreprenariat et l'agriculture faible rendement. Amliorer les capacits de ces travailleurs travers quelques interventions bien conues et cibles serait bnfique. Des programmes tels que le Barefoot College de l'Inde suggrent une formation communautaire pratique, combinant apprentissage et revenu. Cette formation gagnera encore en efficacit si elle tait assortie d'une aide la recherche d'emploi et de formation en comptences gnrales (Gatti et autres 2011). 9 Les relations familiales ou personnelles prdominent dans l'apprentissage traditionnel. Les apprentis ou leurs familles supportent les cots de formation, soit en rglant directement au matre ou par le biais d'appointements rduits. Ce type de formation peut durer entre quatre et huit ans, priode pendant laquelle l'apprenti progresse et se transforme d'assistant en ouvrier qualifi. 10 En 2005, des contrats pour 45.000 apprentissages ont t signs, mais seulement 12.000 apprentis environ travaillrent selon les nouvelles rgles, illustrant ainsi l'ampleur du dfi qui se pose en matire d'amlioration des comptences des travailleurs du secteur informel (Banque mondiale et ETF 2005). 156 Le renforcement de la coopration dans le domaine de l'enseignement suprieur, de la recherche et de l'innovation permettra d'accrotre la comptitivit des entreprises, d'amliorer les potentialits de cration d'emplois et de prparer les pays et rgions relever les dfis de la mondialisation. Au niveau universitaire, certains pays MENA (tels le Maroc, la Tunisie, l'Algrie, le Liban et l'Egypte) ont adopt les cycles universitaires de licence-matrise-doctorat (LMD) qui ont t normaliss en Europe. Le Maroc a introduit les rformes LMD en 2004 afin d'harmoniser les diplms universitaires avec les systmes internationaux. Les pays du Maghreb se sont engags dans des consultations inter-mditerranennes, principalement dans le but d'tendre l'Espace europen de l'enseignement suprieur et d'intgrer le Maghreb dans ce qui pourrait devenir l'Espace euro-mditerranen de l'enseignement suprieur et de la recherche. Grce ce nouveau systme, les systmes d'enseignement suprieur de la rgion deviendront plus compatibles avec les systmes europens, favorisant ainsi la mobilit internationale des tudiants et du corps enseignant de la rgion (Banque africaine de dveloppement 2012). La coopration permettra la rgion de dvelopper, au niveau de l'enseignement suprieur, des cadres cohrents de qualification et des mcanismes d'assurance qualit. L'intgration conomique pousse exige une plus grande mobilit de la main d'uvre, dans la mesure o celle-ci rpond aux normes de qualit internationale (comme l'illustre le Processus de Bologne sur l'espace euro-mditerranen de l'enseignement suprieur). Elle interpelle la mise en place de rseaux d'institutions d'enseignement et de formation qui partagent efficacement les ressources (tels l'EMUNI, l'Universit euro-mditerranenne)11, et la mobilit des tudiants (dmontre par le programme europen Erasmus Mundus)12. Ces initiatives doivent tre dupliques dans le monde arabe, en largissant cet effet la coopration extrieure et en augmentant les ressources disponibles pour les programmes Erasmus et Tempus axs sur le monde arabe. Le cadre de coopration extrieure Erasmus Mundus et les perspectives qu'offre le programme de bourses EuroMed aux tudiants universitaires et au personnel de l'enseignement suprieur des pays partenaires constituent d'excellentes opportunits saisir. Depuis le lancement du programme Erasmus Mundus en 2004, plus de 3.000 bourses ont bnfici aux tudiants et chercheurs des pays MENA. En 2011, la Commission europenne a annonc la multiplication des bourses destines aux pays sud-mditerranens, pour inclure 559 nouvelles bourses qui s'ajoutent aux 525 actuellement prvues par Erasmus Mundus au titre de 2011-2012 (Commission europenne 2011). Le Bureau mditerranen de la jeunesse a entam sa deuxime anne de partenariats en mobilit universitaire, calqu sur celui d'Erasmus et Tempus.13 L'Initiative pour la Socit de l'information euro-mditerranenne (EUMEDIS) est un autre programme qui tablit des liens entre les rseaux de recherche europens et mditerranens dans les domaines de l'ducation, du commerce lectronique, de la sant, du tourisme, et de la recherche applique l'industrie, aux affaires et 11 http://www.emuni.si. 12 http://eacea.ec.europa.eu/erasmus_mundus. 13 http://www.officemediterraneendelajeunesse.org/en. 157 l'innovation.14 Ces liens mriteraient de s'tendre. Il convient, par ailleurs, d'encourager les initiatives telles que l'UNIMED (Universits mditerranennes) - une association d'universits des pays du bassin euro-mditerranen visant dvelopper la coopration scientifique et ducationnelle dans la rgion.15 Il faut galement renforcer les institutions destines promouvoir la coopration rgionale. Bien qu'il existe des organisations rgionales arabes, l'instar de l'Union du Maghreb arabe - telles la Ligue arabe et l'Organisation arabe pour l'ducation, la culture et la science, qui relve de la Ligue arabe, qui visent toutes deux promouvoir la coopration - aucune organisation arabe, nationale ou rgionale, ne consacre de ressources suffisantes pour favoriser l'intgration rgionale (Banque africaine de dveloppement). La Banque mondiale s'emploie trouver des moyens de coopration avec les institutions rgionales en vue de lancer des initiatives, notamment sur le plan de l'utilisation des donnes empiriques dans l'laboration, le contrle et l'valuation des politiques destines amliorer les systmes ducatifs. L'une de ces initiatives est incarne par l'Agenda arabe rgional pour l'amlioration de la qualit de l'enseignement.16 Le Rseau arabe d'assurance qualit dans l'enseignement suprieur constitue, lui aussi, une autre opportunit pour les pays arabe d'changer l'information sur l'assurance qualit, mettre en place des agences d'assurance qualit et des normes applicables par les instances actuelles ou nouvelles, diffuser les bonnes pratiques et renforcer les liens entre ces agences dans les diffrents pays. CONCLUSION Des progrs considrables ont t atteints par les pays du monde arabe dans la rforme des systmes ducatifs en vue d'tendre l'accs tous les niveaux de l'enseignement et de rduire les disparits entre les sexes, mais la qualit de l'enseignement demeure incompatible avec les besoins de l'conomie. Les systmes ducatifs de la rgion MENA ne soutiennent pas correctement le dveloppement des comptences gnrales - esprit d'analyse, capacits rsoudre les problmes, rflexion critique et travail d'quipe - autant de facults indispensable l'employabilit et l'innovation. Ces systmes doivent tre rforms en profondeur afin qu'ils soient en mesure de dispenser une meilleure ducation ds la premire enfance ; des programmes d'enseignement primaire, secondaire et suprieur de qualit mme de prparer les diplms acqurir et utiliser la connaissance ; ainsi qu'un systme d'enseignement vie qui permet aux gens d'apprendre et d'tre productif tout au long de leur vie. Ces rformes exigent cependant que l'orientation actuelle soit modifie et que l'accent soit 14 Le programme EUMEDIS a fonctionn entre 2000 et 2006 avant de s'tendre en 2009 sous le nom d'EUMEDRegNet (jusqu'en 2012) (http://www.enpi-info.eu/mainmed.php?id_type=10&id=331). EUMEDIS a tabli une communaut rgionale de professionnels, de chercheurs et d'tudiants : environ mille personnes se sont impliques directement dans ses projets. Plus de 30.000 tudiants de diffrentes universits utilisent les cours d'enseignement distance produits par EUMEDIS (IEMed 2010). 15 http://www.uni-med.net. 16 http://arabworld.worldbank.org/content/awi/en/home/initiatives/improving_education.html. 158 mis sur les comptences fondamentales et transversales qui permettront aux tudiants d'exceller dans un environnement plus comptitif. En reconnaissant que chaque pays est unique et qu'il doit tracer sa propre voie, les pays de la rgion feraient bien d'engager rapidement des rformes dans trois domaines essentiels. D'abord en passant de la construction de la dotation en quipement celui de l'amlioration des rsultats et la consolidation des partenariats avec les parties concernes. Ensuite en rorientant les pratiques de gestion, au moyen d'incitatifs, vers le perfectionnement des performances des fournisseurs des prestations ducatives ainsi que leur ractivit. Enfin, ce n'est plus l'Etat qu'il faut rendre des comptes mais au public afin de s'assurer que l'enseignement atteigne et enrichisse le plus grand nombre de citoyens et produise des tudiants dont les comptences rpondent aux besoins des secteurs productifs de l'conomie. D'autre part, les institutions ducatives et le secteur priv doivent cooprer plus troitement afin de renforcer les liens entre l'enseignement et l'emploi. L'enseignement technique et professionnel doit, pour sa part, assumer de nouveaux rles largis en dispensant des comptences actualises et appropries rpondant aux exigences de l'conomie de la connaissance. RFRENCES Banque africaine de dveloppement. 2012. Unlocking North Africas Potential through Regional Integration: Challenges and Opportunities. 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Celle-ci stimule la productivit et amliore le bien tre. Elle contribue au traitement des problmes de l'environnement. Elle est aussi le vhicule qui permet l'conomie de la connaissance de transformer la socit. L'innovation n'est pas juste une question de changement et de diffusion technologique. Selon l'OCDE, l'innovation est le dveloppement et la commercialisation de produits et procds qui sont nouveaux pour l'entreprise, le march ou le monde. Les activits innovantes englobent l'identification des problmes, la conception et la mise en uvre de nouvelles ides et de solutions ces problmes, et la diffusion des nouvelles technologies (Gill and Raiser 2012). Mais la cl de vote de l'innovation est incarne par l'engagement actif des gens et des organisations, associ l'entreprenariat, la communication et la prise de risque - le tout dans un climat conomique et un systme social propice aux ides et initiatives innovantes. Les politiques inspires par celles en vigueur dans les conomies avances commencent amliorer le climat de l'innovation dans les pays arabes. Mais il reste encore beaucoup faire. Aprs avoir brivement expos la situation actuelle dans les pays arabes, le prsent chapitre propose quelques ides susceptibles d'orienter les dcideurs. Il convient cependant de noter, au dpart, que la politique d'innovation ne doit s'articuler autour des seules ralisations innovantes ayant obtenu une certaine notorit dans les domaines de haute technologie travers le monde ou au niveau national - elle doit adopter une perspective inclusive et tendue portant aussi sur les ralisations modestes, voire mme (sinon particulirement) dans les segments les plus pauvres de la socit.1 EFFORTS ET PERFORMANCES EN MATIRE D'INNOVATION DANS LE MONDE ARABE Les efforts en matire d'innovation et leurs rsultats ont t modestes. Les indicateurs d'innovation, mesurs par la Mthodologie d'valuation de la connaissance (KAM)2 et 1 Le prsent chapitre s'appuie sur les contributions de Radwan, Strauss, et Bell (2011), Kuznetsov, Dahlman et Djeflat (2012), et Djeflat (2012). 2 Les trois indicateurs utiliss par le KAM pour mesurer la performance de l'innovation sont (i) des redevance et reus en dollars amricains, (ii) le rapport entre les brevets accords par le Bureau amricain des brevets et des marques dposes (U.S. Patent and Trademark Office) et la population, et le rapport entre les articles publis dans les revues scientifiques et techniques et la population (Banque mondiale 2012). Ces indicateurs mesurent les apports ou les produits intermdiaires plutt que les rsultats de l'innovation. Mais ils sont les seules donnes normalises disponibles dans le monde entier qui refltent approximativement les capacits d'innovation. 162 compars au produit intrieur brut par habitant (PIB), confirment que les efforts et performances des pays arabes en matire d'innovation ont t modestes, par opposition au reste du monde (Figure 6.1). Il en est de mme des efforts R&D, qui comptent pour moins de 1 pour cent du PID dans pratiquement tous les pays de la rgion (Figure 6.2). Plus encore, les gouvernements financent l'intgralit de la R&D, avec un engagement limit du secteur priv (Figure 6.3). L'on constate cependant certaines tendances lgrement positives dans des pays non-exportateurs de ptrole (notamment la Tunisie). Le Qatar, o les dpenses R&D ont atteint 2,8 pour cent du PIB en 2009, est une exception parmi les pays exportateurs de ptrole. FIGURE 6.1. Performances en matire d'innovation et PIB par habitant Source : Banque mondiale, KAM 2012 et Indicateurs de dveloppement dans le monde. FIGURE 6.2. Dpenses nationales R&D brutes comme pourcentage du PIB, 20002009 ALG EGY JOR LEB MOR OMN KSA SUD SYR TUN UAE YEM BAH LAC HIC UMIC 0123456789100 10000 20000 30000 40000 50000WorldArab CountriesLinear (World)00.20.40.60.811.22000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009Tendance GERD dans le monde arabe (2000-2009) AlgrieBahrenEgypteJordanKowetMarocOmanArabie saouditeTunisie 163 Source : Institut des statistiques de l'UNESCO. FIGURE 6.3. Dpenses nationales R&D brutes dans une slection de pays, par source de financement Source : Institut des statistiques de l'UNESCO. Les exportations de haute technologie sont encore faibles mais augmentent progressivement. Les pays arabes, dont la structure commerciale est domine par les exportations des produits ptroliers, font apparatre une faible part d'exportations en haute technologie dans le volume total de leurs exportations, compares avec le reste du monde (Figure 4) et, partant, une faible comptitivit dans la production manufacturire mondiale. Cependant, la part des exportations de haute technologie continue crotre d'anne en anne, de mme que la part des exportations de technologie moyenne. Ces tendances indiquent une amlioration progressive dans la comptitivit industrielle de la rgion. Les progrs 0%10%20%30%40%50%60%70%80%90%100%Tunisie(2009)Maroc(2006)Kowet(2009)Turquie(2009)Malaisie(2006)Distribution du GERD par source de financement (%) Donnes disponibles pour l'anne la plus rcente Financ par l'tranger %Financ par des non-profitsprivs %Finacement non spcifi %Financ par l'enseignementsuprieur %Financ par le gouvernement%Financ par les entreprises %00.20.40.60.811.22000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009AlgeriaBahrainEgyptJordanKuwaitMoroccoOmanSaudi ArabiaTunisia 164 enregistrs par les pays qui sont davantage impliqus dans la fabrication et l'exportation de produits de haute technologie - notamment le Liban et la Tunisie - est clairement apparent dans la Figure 6.4c. FIGURE 6.4a. Exportations totales mondiales par catgorie technologique, l'exclusion des pays MENA, 2005-2009 Figure 6.4b. Exportations totales par catgorie technologique de la rgion MENA, 2005-2009 Source : ONUDI-IDR 2011. FIGURE 6.4c. Part des exportations de haute technologie dans les exportations de produits manufacturs d'une slection de pays arabe (2005-2010) Source : Compilation des auteurs en utilisant la base de donnes Comtrade 2010. L'on constate donc des progrs en matire d'innovation et de performance. Certains pays, tel la Jordanie, font mme montre d'une plus grande efficacit innovatrice que ne le laisse suggrer leur dotations scientifiques et technologiques (voir Chapitre 2 et, pour de plus 0%10%20%30%40%50%2005 2006 2007 2008 2009Pourcentage des exportations totales manufactures Anne Exportations totales mondiales par catgorie technologique, l'exclusion des pays MENA (2005-2009) Resource-based exportsLow-technologyexportsMedium-technologyexportsSource : 0%10%20%30%40%50%60%70%2005 2007 2009Pourcentage des exportations totales manufactures Anne Exportations totales par catgorie technologique de la rgion MENA(2005-2009) Resource-basedexportsLow-technologyexportsMedium-technologyexportsHigh-technologyexportsSource : 02468101214Jordanie Liban Maroc Tunisie Emiratsarabesunis20102005 165 amples dtails, voir Diop et Ghali, 2012).3 Ces signes encourageants doivent tre renforcs par des politiques efficaces. ELARGIR LE CONCEPT DE POLITIQUE D'INNOVATION Aller au del des politiques scientifiques. Comme c'est le cas dans de nombreux pays o l'en pense que l'innovation est une consquence naturelle d'un effort R&D accru, les dcideurs arabes ont investi massivement dans la recherche acadmique, les structures R&D et les laboratoires publics. Mais dus des rsultats de ces investissements, ils ont commenc consacrer des ressources apprciables la construction de sites d'innovation sous forme d'incubateurs et de technoples, comme c'tait alors la mode dans le monde - tendance qui s'est dveloppe au cours de la dernire dcennie, en particulier dans les entreprises verses dans la technologie de l'information qui comptaient pour prs de la moiti des entreprises et emplois crs dans ces sites. Plus rcemment, les dcideurs politiques ont tendu et affin leurs instruments d'intervention, en s'appuyant sur les rsultats obtenus au niveau international. A cet gard, il convient de raffirmer le besoin d'largir le concept d'innovation et de ses outils politiques. Pour apprcier l'efficacit des politiques d'innovation, il serait utile d'examiner les caractristiques de ce qu'on appelle "les gazelles" - entreprises innovantes ayant un haut potentiel de croissance - et les mesures susceptibles d'assurer leur dveloppement (Encadr 6.1). ENCADR 6.1. Ce qu'il faut pour promouvoir les entreprises innovantes Une tude rcente ((Stone and Badawy 2011) se penche sur les caractristiques des petites et moyennes entreprises (PME) croissance rapide, intrinsques l'enqute ralise par la Banque monde sur l'Evaluation du climat de l'investissement dans la rgion MENA. Les caractristiques associes la croissance rapide prvoient que les PME doivent tre innovantes, offrant une formation formelle leurs travailleurs et recevant une certification internationale de qualit. En Egypte, un panel de donnes permet d'observer les vraies "gazelles" - des PME dont la croissance tait d'une moyenne minimale de 20 pour cent sur quatre ans ou plus. L'analyse relie alors l'tat de la gazelle parmi les fabricants la formation des employs, si l'entreprise utilise le courrier lectronique ou possde un site Internet, si elle a moins de dix ans d'existence, reoit un nombre lev d'inspections, subissant moins de coupure d'lectricit, et utilisant une technologie trangre sous licence (considre dans ce cas de figure comme un comportement innovatif). L'analyse transnationale a soulign le lien entre la croissance leve des PME et l'innovation, l'ducation des travailleurs, la formation formelle, la certification des entreprises et l'utilisation du courrier lectronique. Elle relie l'innovation ces facteurs et la pression concurrentielle, qu'elle soit nationale ou internationale. L'attention est ensuite porte la politique en matire de ressources humaines en matire d'ducation et de formation, le cadre politique et les incitatifs sous-tendant la formation des travailleurs, les systmes nationaux d'assurance qualit, et les politiques de tlcommunications soutenant l'utilisation du courrier lectronique et de l'Internet. Dans sa conclusion, l'tude exhorte "l'ducation, la formation, la certification, la liaison et la concurrence !" Source: Stone and Badawy 2011. 3 Diop, Ndiame, et Sofiane Ghali. 2012. Are Jordan and Tunisias exports becoming more technologically sophisticated? And why it matters. Notes internes MENA Sries 57, Banque mondiale, Washington, DC. Fvrier.. 166 La politique d'innovation doit tre interdpartementale. L'innovation affecte, de par sa propre nature, de nombreux domaines politiques - dont, notamment, la recherche, l'industrie, l'ducation, le commerce, la finance et la concurrence (Figure 6.5). Les pays qui ont compris cette vrit essentielle ont tabli des organismes de coordination en matire de politique innovante, relevant du premier ministre et habilit prendre des dcisions et les mettre en uvre. Au dbut des annes 90, la Finlande a cr le Conseil politique de la science et de la technologie (devenu au milieu des annes 2000 en Conseil de la politique d'innovation), plac sous la prsidence du premier ministre et qui regroupait les ministres concerns, y compris le ministre des finances, ainsi que les reprsentants d'entreprises de haut niveau, les syndicats et la socit civile. Ces organismes ont t dterminants pour mettre la politique d'innovation l'avant-garde des stratgies de dveloppement national. FIGURE 6.5. Positionnement de la politique d'innovation Source : Banque mondiale 2010. La promotion de l'innovation est comme le jardinage. La politique d'innovation doit, tout en restant interdpartementale et intersectorielle, tre clairement centre sur la promotion de l'innovation. Dans cette optique, il faut inclure, parmi les tches raliser, celles de soutenir les innovateurs, arracher les mauvaises herbes qui empcheraient l'innovation de se propager (comportements anticoncurrentiels, rglements inadapts, etc.), nourrir la connaissance fonde sur l'amlioration des structures R&D ou exploiter les sources mondiales, et duquer la population, tous niveaux confondus, afin de stimuler son intrt pour l'innovation (Figure 6.6). Economie de la connaissance Politique d'iinovation Politique S& T Politique d'innovation recherche ducation finance industrie autres commerce 167 Les sources et carrires de l'innovation s'tendent bien au-del de la science et de la technologie. Les innovateurs se prsentent sous trois formes : les innovateurs avec des diplmes de haut niveau (doctorats) en science et technologie ; les crateurs recombinants la connaissance existante (niveaux acadmiques plus ou moins pertinents) ; et les rinventeurs (avec maitrise) qui innovent au moyen de modles et procds d'entreprise (annexe 6.1). Les deux dernires catgories ne doivent pas tre ngliges, en particulier dans les pays revenu faible ou moyen, ne possdant pas de structures R&D solides et importent tous leurs besoins en technologie. Chaque type d'innovateur ncessite un type diffrent de soutien. Les institutions qui relient les diffrents acteurs intervenant avec succs dans des processus d'innovation et oprant dans le cadre de systmes d'innovation constituent des outils essentiels aux politiques d'innovation. Ces outils comprennent, entre autres, les structures d'incubation, les technoples, les universits dynamiques, les entreprises capital risque, et les rseaux diasporiques (Kuznetsov, Dahlman, et Djeflat 2012). Aussi doivent-ils bnficier d'une attention spciale, assortie d'incitatifs et de programmes permettant de faciliter la collaboration entre les acteurs concerns. La politique d'innovation rcemment institue au Maroc, inspire par ces principes, comprend un programme de soutien au dveloppement des grappes, un autre programme pour soutenir les nouvelles entreprises (par le biais, entre autres, de la fourniture de l'expertise en rseau), ainsi qu'un programme de soutien au financement des projets R&D raliss en collaboration entre entreprises et laboratoires publics ou universitaires. Les sections suivantes mettent l'accent sur une srie de fonctions majeures, inspires de l'analogie du jardinage, savoir, soutenir les innovateurs, mettre les structures R&D au service de l'conomie et de la socit, exploiter la connaissance mondiale et la technologie, et duquer les innovateurs. La construction des sites innovateurs est examine au Chapitre 9. La suppression des obstacles l'innovation est traite comme question transversale.4 Le chapitre se termine par des remarques sur les mesures "douces" pour stimuler le changement, qui seront mises en uvre avec le soutien des programmes de coopration internationale. 4 Ces points trouvent cho dans un prochain rapport intrimaire du programme CMI sur l'conomie de la connaissance, l'innovation et la technologie, men par la Banque europenne d'investissement. http://cmimarseille.org/Knowledge-Economy-Innovation-Technology.php. FIGURE 6.6. La politique d'innovation et l'analogie du jardinage Source : Banque mondiale 2010. 168 SOUTENIR LES INNOVATEURS Des actions varies sont ncessaires pour fournir des types complmentaires de soutien. Trois de ces mesures sont particulirement importances pour l'incubation des projets, le financement et les questions juridiques (proprit intellectuelle). Les incubateurs, ou ppinires d'entreprises, abritent les ventuels innovateurs ou crateurs d'entreprises dans des structures offrant des services communes - allant de services de base tels les photocopieurs d'autres plus sophistiqus, tels les liaisons avec des canaux de distribution ou des fonds de capital-risque. Il existe quelque 500 incubateurs oprant actuellement dans le monde arabe, dont un nombre install dans les technoples ou les universits.5 Bon nombre d'entre eux ont t tablis par les autorits gouvernementales, ou avec leur soutien, soi par les ministres concerns ou les municipalits. Une rcente valuation (ANIMA 2012) constate les performances contrastes de ces structures, soulignant un manque de professionnalisme, un excs de liens informels et une valuation peu rigoureuse des projets slectionns, ainsi des faibles relations avec les groupes de soutiens, tels que les investisseurs providentiels. Les meilleurs incubateurs semblent tre ceux qui impliquent le secteur priv et les entreprises dans leur gestion et gouvernance, ainsi que d'acteurs locaux enthousiasms provenant du gouvernement, des universits et d'autres cercles. Il existe un srieux manque de capital-risque dans les pays arabes, en particulier dans les pays revenu moyen pauvres en ressources (Figure 6.7). Les marchs financiers sont domins par un secteur bancaire conservateur, et les droits des investisseurs sont mal protgs. Le march du capital-risque est limit, compar celui des conomies avances. FIGURE 6.7. Disponibilit du capital-risque dans une slection de pays arabes Source : Forum conomique mondial 2011. N.B. : 1= Trs difficile pour les entrepreneurs avec des projets innovateurs risqus de trouver un capital-risque ; 7 = trs facile 5 Les premires initiatives ont merg dans les pays du Maghreb. On dnombre prsent 30 incubateurs oprant en Tunisie et une douzaine au Maroc. Dans ce dernier, le nombre moyen d'incubs est de 10 par structure (pour 16 projets proposs). 0 1 2 3 4 5 6 7TunisieMarocLibanJordanieEgypte 169 Il faut du temps pour mettre en place un climat financier dynamique et attractif pour les pourvoyeurs de capital-risque et les investisseurs providentiels. En attendant, l'on peut prendre des mesures et crer des institutions de soutien l'innovation. L'exemple suivant du Liban peut tre dupliqu (Encadr 6.2). ENCADR 6.2. Kafalat, une institution libanaise pourvoyeuse de financement risque Kafalat, entreprise libanaise cre en 1999, fournit des prts garantis aux petites et moyennes entreprises (PME) sur la base de plans d'affaires et d'tudes de faisabilit indiquant la viabilit de l'activit commerciale projete. Elle cible les nouvelles entreprises innovantes et les PME oprant dans l'industrie, l'agriculture, le tourisme, l'artisanat et les hautes technologies. Les prts garantis Kafalat bnficient des subventions faible taux d'intrt finances par la Trsorerie libanaise et administres par la Banque centrale du Liban. Kafalat aide les emprunteurs en utilisant les tudes de faisabilit pour induire les prteurs demander des garanties moindres. Kafalat sert aussi les intrts du prteur en rduisant les risques du prt. Les prts garantis Kafalat en livres libanaises sont exonrs de la rserve lgale exige par la Banque centrale du Liban. Ainsi, les cots de la banque prteuse sont-ils rduits, ce qui permet cette dernire d'accorder ses clients des prts un taux d'intrt plus faible. Le systme de garantie au crdit Kafalat encourage la cration d'entreprises et accroit l'investissement intrieur, ainsi que la production et l'emploi. Actuellement, le montant maximal de prt accord au titre de la garantie innovante Kafalat est de 300 millions de Livres libanaises, soit environ 200.000 dollars amricains. Source : www.kafalat.com.lb. Des formes innovantes de financement concurrencent d'ores et dj les modles traditionnels de financement dans les conomies conomiquement avances et mergentes (Rocha, Farazi, Khouri, et Pearce 2010). Au premier plan de ces formes vient le crowdfunding (financement communautaire), fond sur l'ide que la dcision d'un grand groupe est plus saine que celle d'un individu. Elle allie cette ide celle du pouvoir de l'Internet rassembler les groupes afin de combiner leurs ressources et identifier les opportunits d'investissement. Les petites entreprises avec des ides excitantes mais sans moyen d'exploiter le capital-risque peuvent dsormais attirer le financement en combinant un grand nombre de petites promesses. Maintenant que les mdias sociaux, les communauts en ligne et la technologie du micro-paiement facilitent la demande et l'acceptation des donations trs faible cot de personnes potentiellement intresses, l'ide prend rapidement de l'ampleur. Le crowdfunding a t utilis diverses fins allant de la leve de fonds caritatifs au financement de tournes musicales et la production cinmatographique. Les entrepreneurs peuvent recourir au crowdfunding pour solliciter de petits montants d'individus qui ne sont gnralement pas de financiers professionnels. Inspir par cette dmarche, une quipe de l'Universit du Caire a rcemment lanc une initiative de soutien aux inventeurs et entrepreneurs des bidonvilles de la cit leur prodiguant un soutien technique et autres sources d'expertise (Encadr 6.3). 170 ENCADR 6.3. Yomken! (C'est possible! en arabe) Yomken.com est la premire plate-forme d'innovation ouverte et de crowdfunding dans le monde arabe qui s'efforce de combler le foss entre (i) les dfis qui se posent aux micro- et petits entrepreneurs (MPE) oprant exclusivement dans les industries manufacturires informelles et de basses technologies (conception de nouveaux produits, et mise niveau de produits courants et de procds de production) et (ii) les ides et aptitudes cratrices d'lments potentiellement en mesure de rsoudre des problmes (projets de fin d'tudes, solutions innovantes d'ingnieurs nouvellement diplms, concepteurs, chercheurs la recherche d'un emploi, la diaspora arabe) et, ds le colmatage du foss, utiliser le crowdfunding pour financer les produits issus du processus de correspondance. Yomken propose aux MPE et aux organisations non gouvernementales qui travaillent avec eux dans le monde arabe un espace pour dbattre des dfis spcifiques qui les confrontent. Des solutions potentielles sont proposes par les rsolveurs de problmes prcits, tablant sur "la sagesse de la foule". Un groupe d'experts volontaires examinent les solutions proposes pour slectionner la meilleure aux fins de mise en uvre. L'quipe Yomken a commenc - dans sa phase pilote - par exploiter le potentiel d'innovations en soutenant plus de 60 ateliers Manshiet Nasser - un mga bidonville du Caire abritant quelque 800.000 rsidents. Les thmes de l'atelier allaient de la fabrication de jouets, de souvenirs et de gadgets en plastique jusqu'au mobilier artisanal. Dans le crowdfunding, les acheteurs paient les produits de leurs portefeuilles lectroniques, et si le montant cibl (y compris les cots de production et les profits) est engag, le propritaire de l'atelier et l'innovateur amorcent conjointement la production. Les bailleurs de fonds peuvent suivre l'utilisation de leur contribution pendant le processus de production ainsi que l'impact social laiss par le projet pendant et aprs la production (tels que la cration d'emplois supplmentaires, l'augmentation des revenus du propritaire de l'atelier, etc.). L'initiative a reu un financement de dmarrage du Fonds de la Banque mondiale pour les jeunes innovateurs et est actuellement mise en uvre en partenariat avec l'Initiative Istebdaa. Source : www.yomken.com. Les petits innovateurs doivent tre soutenus et leurs ides et inventions protges par des systmes efficaces de protection de la proprit intellectuelle. Dans la plupart des cas, la protection apporte par le systme de modles d'utilit - qui est moins coteux que les procdures normales d'obtention de brevets - est suffisante pour assurer la protection ncessaire. Pour une meilleure protection, notamment l'obtention de brevet l'tranger - en particulier dans le systme triadique (Etats-Unis, Europe, Japon) - les innovateurs et inventeurs doivent bnficier d'un soutien financier et technique. Il est crucial que les pays arabes se dotent d'agences de brevets appropris.6 C'est l'un des domaines o la coopration 6 Peu de rsidents des pays arabes dposent les demandes de brevet dans leur systme national des brevets. En 2010, les Egyptiens ont dpos seulement 605 demandes, l'Arabie saoudite 288, le Maroc 152, l'Algrie 76, la 171 interarabe et rgionale s'avrera particulirement avantageuse. Dans ce mme ordre d'ides, des mcanismes efficaces doivent tre tablis afin de stimuler le transfert de technologie ou sa mise niveau. Ces mcanismes faciliteront la concession de licences de technologie par les entreprises trangres, y compris la ngociation des contrats y affrents. METTRE LES STRUCTURES R&D AU SERVICE DE L'CONOMIE ET DE LA SOCIT La production scientifique du monde arabe est relativement faible mais enregistre une croissance dans certains pays (Figure 6.8). La publication d'articles dans des revues scientifiques et techniques par des auteurs rsidant dans les pays arabes a augment en volume pendant la dernire dcennie (Figure 6.8). Mais le niveau est encore bas compar aux conomies conomiquement avances (le Japon comptait pour 49.627 articles en 2009, Allemagne 45.003), et pour certains pays qui connaissent un dveloppement rapide, telle que la Chine (74.019 articles en 2009, avec une augmentation de plus de 10.000 par rapport aux deux prcdentes annes).7 Les pays arabes produisent moins d'ouvrages et d'articles scientifiques et techniques que les autres rgions du monde. Sur le plan des publications, l'Egypte a enregistr le niveau le plus lev en 2002 (1.564) et en 2009 (2.247), avec une augmentation de plus du tiers au cours de cette priode. Elle est suivie par la Tunisie (de 354 1.022) et l'Arabie saoudite (de 582 710). FIGURE 6.8. Publication d'articles scientifiques et techniques par des auteurs rsidant dans les pays arabes, 2002 et 2009 Source : Banque mondiale 2012. Le potentiel scientifique des pays arabes n'est pas ngligeable (Figure 6.9). Compar celui des pays revenu lev et certains pays europens, le nombre de diplms en sciences dans les pays arabes est de l'ordre de 1 2, mesur par rapport au pourcentage des diplms universitaires en science. Mais pour ce qui est des chercheurs en R&D par million d'habitants, la diffrence passe de 1 6.8 Plus encore, le niveau des ressources R&D par habitant est Jordanie 45, et le Ymen 20. Ces chiffres sont comparer avec ceux du Japon (290.081 demandes) et de la Finlande (1.731 demandes) pour la mme anne 7 http://data.worldbank.org/indicator/IP.JRN.ARTC.SC. 8 S'agissant de la disponibilit de scientifiques, le taux des diplms en science est comparable celui des pays europens (12 15 pour cent), avec moins d'inscriptions dans l'enseignement suprieur (environ 25 pour cent compars 50 pour cent, voire plus). Le nombre de chercheurs dans le systme R&D par million d'habitants est 0500100015002000250020022009 172 faible, mme compar des pays de niveau similaire de dveloppement.9 Cette situation explique le faible niveau de production scientifique dans les pays arabes. D'o la ncessit d'injecter des ressources supplmentaires dans le systme R&D. En attendant, il est important de trouver le moyen de valoriser les capacits R&D actuelles en les mettant au service de l'conomie et de la socit. L'on peut s'assurer que les structures R&D rpondent mieux aux besoins conomiques et sociaux en les amenant accrotre leurs budgets (d'au moins 30 pour cent) au moyen de contrats avec les sources externes - entreprises, organismes publics ou partenaires trangers avec lesquels elles cooprent dans le cadre d'accords bilatraux ou autres. Cette rgle - applique systmatiquement dans les conomies avances - peut fonctionner dans la mesure o les structures R&D disposent des talents ncessaires et sont dotes d'un budget national suffisant pour assurer un salaire dcent aux chercheurs et les quipements dont ils ont besoin. Des programmes cibls peuvent aussi fournir un soutien utile aux quipes slectionnes pour la ralisation de projets R&D, labors conjointement avec le secteur des affaires dans des domaines scientifiques et techniques bien dfinis. L'Egypte a ainsi mis en place un programme exemplaire avec le soutien de la Commission europenne (Encadre 6.4). FIGURE 6.9. Disponibilit des scientifiques et ingnieurs dans le monde arabe Source : Forum conomique mondial 2011. N.B. : 1= les scientifiques et ingnieurs n'existent pas du tout ; 7= ils sont largement disponibles. Outre la mise en place d'incitatifs et de subventions financires pour stimuler la collaboration, les gouvernements peuvent amliorer l'interface entre la recherche et l'industrie par une diversit de mcanismes dont l'utilit et l'efficacit ont t prouves d'environ 600 au Maroc ou l'Egypte, contre quelque 3.500 dans des pays europens tels que l'Allemagne ou la France. 9 Le niveau annuel de dpenses en recherche scientifique par habitant dans le monde arabe ne dpasse pas 10 $US, compar 33 $US en Malaisie et 1.304 $US en Finlande (PNUD et Fondation Mohammed bin Rashid Al Maktoum 2009). http://www.slideshare.net/AlHaqqNetwork/arab-knowledge-report-2009 0 1 2 3 4 5 6AlgrieEgypteKowetMarocQatarSyrieEmirats arabes unis 173 par des pays de niveaux de dveloppement diffrents (Banque mondiale 2010). Les possibilits d'amlioration sont nombreuses dans les pays arabes. En Egypte, par exemple, une tude rcente (Dubarle 2012) a identifi, entre autre, le besoin d'tablir des bureaux de transfert de technologies centrs sur les capacits locales (qui seront complmentaires aux bureaux actuels centrs sur les technologies importes par les firmes trangres) ; l'absence d'incitatifs (financiers ou autres) destins au corps professoral et aux chercheurs des universits pour leur collaboration avec le secteur des affaires ; et l'absence de modules axs sur les affaires pour les tudiants des programmes scientifiques et d'ingnierie. ENCADR 6.4. Promotion de la collaboration entre l'universit et l'industrie dans des projets R&D en Egypte Le Fonds d'innovation, cr avec l'aide de l'Union europenne, tait le composant essentiel du Programme gyptien de recherche, de dveloppement d'innovation, qui soutient l'innovation et l'entreprenariat. Ce fonds a apport soutien, pendant son existence, des projets transversaux associs aux dfis industriels et aux priorits nationales. Les projets taient lancs et oprs en collaboration entre les organismes de recherche et l'industrie. Des subventions taient accordes sur une base concurrentielle des consortiums forms d'universits, d'instituts de recherche et de l'industrie. Avant de rencontrer de limitation de budget, le Fonds d'innovation avait slectionn 51 projets de financement sur un grand nombre de candidatures de haute qualit, qui traduisent clairement les besoins du monde des affaires en matire de recherche. Des 134 bnficiaires du fonds, environ 43 pou cent taient de l'industrie, qui ont contribu au 1,6 millions aux dpenses R&D de l'Egypte (sous forme de cofinancement), refltant ainsi clairement l'intrt port la R&D base sur la recherche applique et la demande du march. Ce fonds de soutien tant orient vers la collaboration internationale, plus de 26 partenaires europens et mditerranens ont pris part l'laboration des projets financs, aboutissant ainsi un change d'exprience et d'expertise avec leurs contreparties gyptiennes. Sept collaborations ont dbouch sur de nouveaux produits/services qui devraient gnrer d'ici 2014 quelque 40,4 millions de rendement sur l'investissement. Le programme "Scheme 2" du Fonds d'innovation finance des projets de financement qui abordent des questions industrielles spcifiques ne ncessitant pas de financement considrable. Il prvoit galement de financer des mesures destines faonner et soutenir la culture de l'innovation en Egypte. Source : www.rdi.eg.net. Eliminer les obstacles qui entravent la collaboration avec les entreprises. Il faut complter les mesures destines amliorer l'interface entre les instituts de recherche et l'industrie en liminant les obstacles administratifs et rglementaires qui brident la collaboration, ou la limitent. Une rcente tude au Maroc (Djeflat 2012) a relev, parmi les rglements du ministre des Finances, un arrt prjudiciable en vertu duquel les contrats de recherche et de formation entre les universits et les clients externes, notamment les entreprises, doivent faire l'objet d'un examen pralable - un obstacle bureaucratique dont les consquences sont trs ngatives. 174 Les services technologiques de mtrologie, de normes, etc. doivent tre pleinement disponibles et oprationnels. Il est impratif, enfin, d'organiser et d'amliorer en consquence l'infrastructure des services technologiques oprant dans les pays arabes afin que ces services, qui sont souvent des organismes de taille, servent les besoins de l'conomie et de la socit. Les amliorations doivent commencer par la mise en place de services modernes et puissants de mtrologie, de normalisation, d'essais et de contrle qualit (MSTQ) au niveau rgional, selon les besoins, pour raliser des conomies d'chelle, concentrer le savoir-faire et assurer une plus grande standardisation. Les structures au niveau national et sous-national doivent tre correctement quipes, gres et finances, tout en restant systmatiquement ouvertes aux inventeurs, innovateurs et entreprises requrant des mesures techniques ou des essais.10 L'EXPLOITATION DE LA CONNAISSANCE ET DE LA TECHNOLOGIE MONDIALES De nombreux pays ont dmontr la ncessit de mettre profit la connaissance mondiale, y compris l'Inde et la Chine, dont l'lan technologique dpendait de la bonne utilisation du savoir-faire import. Trois points seront examins dans cette section, savoir, la coopration en matire de recherche, les relations tablies sur l'investissement direct tranger (IDE), et la mobilisation de la diaspora. La participation aux rseaux mondiaux et rgionaux est d'une importance capitale. Les pays du Golfe, qui ont normment investi dans les nouvelles universits, ont juste titre plac la coopration internationale au cur de leurs oprations. Les initiatives prises, avec le soutien accord par la Commission europenne aux pays Sud-mditerranens, ont rehauss les capacits de plusieurs douzaines d'organisations en matire de recherche, travers leur jumelage avec des institutions du Nord, la mise en place de programmes d'assistance technique et la tenue de stages dans des laboratoires trangers. Les programmes de coopration bilatrale ont t tout aussi importants. On peut maximiser les bnfices et impacts de ces mcanismes de coopration travers les enseignements retenus des expriences passes et l'application des bonnes pratiques. L'Encadr 6.5 prsente les leons tires de la coopration bilatrale allemande. ENCADR 6.5. Les bonnes pratiques de la coopration internationale en matire de recherche Des annes de collaboration allemande avec les partenaires sud-mditerranens on peut tirer les leons suivantes : Insister sur le financement de partenaires tant du Nord que du Sud, mme si la part apporte par ces derniers est insignifiantes. Insister sur l'inclusion de jeunes scientifiques comme critre de slection et de soutien aux projets. Ecouter les anciens lves (notamment les candidats au doctorat) lorsqu'ils retournent de leurs 10 L'ouverture de quelque 80 laboratoires prfectoraux fournissant l'assistance technique aux petites et moyennes entreprises ainsi que des installations pour la construction de prototypes et l'essai des technologies constitue l'un des pivots de la relance technologie japonaise au XIX sicle. 175 sjours en Europe. Fournir des subventions de dmarrage pour leur permettre de lancer des activits dans leur pays d'origine. Recourir au soutien bilatral, comme capital initial, pour prparer les demandes et obtenir le financement pour des projets UE plus grands. Veiller la formation des universits, quipes de recherche, projets et programmes dans le domaine de la gestion et de la bonne gouvernance. Source : Hlschrster 2012. L'IDE est une source essentielle pour le transfert de technologie. Comme indiqu plus haut, il faut amliorer le climat global des affaires pour attirer l'IDE, mais il est tout aussi utile de concevoir des campagnes d'information pour attirer les investisseurs potentiels. Les mesures prendre doivent inclure la formation et le renforcement des capacits en matire d'investissement (ciblant les agences de dveloppement, les chambres de commerce et d'industrie, et les entreprises commerciales) ; le suivi et la promotion des IDE et des partenariats dans la rgion (avec contrle, rapports rguliers, bulletins) ; la sensibilisation l'gard des rformes et leur suivi afin d'instaurer la confiance et accrotre l'attrait des pays et des rgions ( travers, par exemple, la charte d'investissement MED et l'exercice Doing Business de la Banque mondiale) ; la promotion de transactions plus sres grce aux rgimes de garantie, l'arbitrage et les mesures de protection de la proprit intellectuelle. LIDE prend de nombreuses formes : l'obtention de marchs, la cration de reprsentations, les nouveaux investissements greenfield, les entreprises mixtes, les accords de coopration, les commerces franchiss, les centres R&D conjoints et les partenariats technologiques. Les quelques derniers sont les plus productifs du point de vue transfert de la technologie. Comme indiqu au Chapitre 3, les centres R&D mixtes constituent des investissements efficaces en emplois, mesurs en dollars par emploi cr. L'IDE dans l'industrie manufacturire doit tre assorti de programmes de liaison qui permettront, d'une part de rehausser le niveau technologique et de gestion des entreprises locales qui fournissent les pices et composants et, d'autre part, d'amliorer les normes et certifications intressant les clients en aval de la chaine des valeurs travers la livraison, par exemple, des services aprs vente. Les programmes de liaison qui officialisent les mcanismes permettant le transfert de technologie et l'amlioration de la gestion doivent tre compatibles avec les bonnes pratiques internationales. La nouvelle unit de production de Renault au Maroc est un bon exemple, caractris par des accords portant sur la fourniture de la formation, l'assistance technique, la certification et les contrats avec les entreprises locales, elles-mmes oprant sous forme de socits mixtes avec des entreprises trangres qui procurent les composants et les matriaux.11 Les diasporas, en particulier celles composs de gens hautement duqus et talentueux, constituent des ressources prcieuses. Elles ont assume un rle crucial en levant le niveau 11 L'un des programmes les plus efficaces a t lanc par l'Irlande dans les annes 90 en vue de promouvoir l'industrie lectronique irlandaise, notamment par des contrats avec des entreprises amricaines (Banque mondiale 2010. 176 technologique de grands pays, tels que la Chine et l'Inde, ainsi que de pays plus petits, telle l'Irlande qui s'est attele attirer les migrants instruits d'Europe et d'Amrique du Nord. Il existe des rseaux de diasporas plus ou moins formels dans plusieurs pays arabes, notamment au Maghreb, grce aux liens durables qu'ils entretiennent avec les grandes coles franaises.12 Certaines sont assez actives et ont contribu considrablement au dveloppement conomique et technologique de leurs pays d'origines, en particulier au Maroc et en Tunisie. Ils aident les institutions litistes se dvelopper (Encadr 6.7), tout en exerant quelques effets diffus qui peuvent nanmoins s'avrer de grande importance.13 Les pays arabes feraient bien d'organiser des mcanismes qui permettront leurs diasporas de contribuer au dveloppement de leur patrie. L'exprience internationale a dmontr (Kuznetsov 2006) qu'il est important de combiner une approche ascendante en vertu de laquelle les groupes et individus engags s'impliquent dans des rseaux plus ou moins formels, lesquels rseaux seront soutenus par le ministre des Affaires trangres travers certains arrangements centraux. Et afin de faciliter les investissements des membres de la diaspora dans des projets spcifiques, que ce soit aprs leur retour dans leurs pays d'origine ou distance, les ministres sectoriels ou les bureaux rgionaux doivent se tenir prts harmoniser l'assistance propose par les membres de la diaspora avec les demandes locales. L'on peut adopter une approche ascendante articule autour de projets spcifiques par le biais de rseaux ddis, comme l'illustrent des initiatives rvles efficaces en Ecosse et en Chili. Le Tableau 6.1 rsume ces approches. TABLEAU 6.1. Stratgie pour les diasporas : Combiner les approches descendantes et ascendantes Agenda troit : Dialogue et coordination Agenda tendu : Projets cibls et spcifiques Approche centralise Point focal central Ministre de la diaspora Intgration dans les pratiques quotidiennes Dpendance sur la diaspora comme extension du travail des agences sectorielles (ex. la promotion de l'IDE par la diaspora) Approche ascendante (dcentralise) Points d'entre divers Diaspora non gouvernementale organisations, groupes de recherche Heureux hasards orients Rseaux grs (tels que GlobalScot et ChileGlobal) Source : Kuznetsov et Morgandi 2009. 12 Trois associations sont spcifiquement lies aux grandes coles, une par pays maghrbin, savoir, l'Association tunisienne des grandes coles, l'Association des Marocains des grandes coles, et le Rseau des Algriens diplms des grands coles et universits franaises. 13 A titre d'exemple, les travailleurs marocains licencis d'une usine sidrurgique en France ont reu des indemnits de dpart pour leur permettre de crer leurs propres entreprises. Mais plutt que de raliser des projets individuels en France, les migrants ont dcid de retourner au Maroc et d'utiliser leurs indemnits pour s'attaquer au principal problme contraignant qui entrave le dveloppement de leurs propres villages, savoir, l'absence d'lectricit. L'amlioration des petits rseaux lectriques tait un long processus, dont l'laboration a ncessit environ 20 ans. Il n'empche que le processus a donn naissance une organisation non gouvernementale sophistique qui a tir profit des rseaux complexes de recherche. Cette organisation implique des migrants, des conseillers franais (comme sources d'expertise formelle), et des donateurs internationaux. Le processus a finalement modifi la manire dont le gouvernement manipulait l'lectrification rurale. Source : Djeflat, A. 2012. Les efforts du Maroc en matire d'conomie de la connaissance. Note d'information non publie, CMI, Marseille. Janvier. 177 EDUQUER POUR L'INNOVATION L'amlioration des comptences et aptitudes ncessaires au processus de dveloppement bas sur l'conomie de la connaissance a t discute au Chapitre 5. La prsente section aborde spcifiquement la culture de l'esprit d'innovation et d'entreprenariat parmi les jeunes gens. Elle se penche d'abord sur l'enseignement suprieur, examine ensuite la formation des jeunes chmeurs avant de clturer avec les tudiants des coles primaires et secondaires. Les programmes postsecondaires d'ingnierie et de gestion, dont le nombre continue de crotre, assurent aux tudiants une formation en matire d'innovation et d'entreprenariat, souvent jumele avec des instituts prestigieux l'tranger. Mais si le jumelage fournit une exprience de premier ordre, elle contribue galement attirer et retenir les tudiants les plus brillants du pays. Les universits de recherche qui adoptent des approches innovantes sont, de la perspective de l'conomie de la connaissance, particulirement prometteuses. L'Universit internationale de Rabat, au Maroc, est un bon exemple. Cette universit, lance il y a quelques annes, est un tablissement priv qui attire les entreprises, y compris les filiales de socits trangres, au technople entourant l'cole (Encadr 6.6). L'mergence d'universits prives dynamiques a stimul la concurrence et l'mulation, impulsant ainsi le changement dans les systmes d'enseignement suprieur. Au Maroc, les grandes coles d'ingnierie, telle l'Ecole Mohammedia, ont sensiblement modifi leurs programmes afin qu'ils rpondent aux nouvelles demandes et gageures. Les lourdeurs bureaucratiques ont frein les transformations que ces coles auraient pu stimules. A titre d'exemple, les dcrets tablissant les quivalences entre les diplmes octroys par les universits prives et publiques ont t retards, au dtriment des institutions prives. ENCADR 6.6. L'Universit internationale de Rabat L'Universit internationale de Rabat est la premire universit prive au Maroc, cre en 2006 par un membre de la diaspora marocaine, un ancien professeur de l'Universit Polytechnique de Nantes. L'universit est axe sur la R&D internationale et situe dans la zone industrielle Technopolis de Rabat, laquelle aspire accueillir les industries de haute technologie. L'universit a commenc en 2012 en proposant des cours de niveau Licence et Master en anglais et en franais. Les frais d'tudes sont d'environ 10.000 dollars US, levs pour le Maroc mais concurrentiels l'chelle internationale. L'universit cible l'lite des tudiants du continent africain qui, normalement, auraient tudis en Europe. Le partenariat public-priv avec le gouvernement marocain lui a permis de recourir un personnel universitaire du secteur public et d'acqurir la reconnaissance officielle de ses titres et diplmes. Par ailleurs, l'universit jouit du patronage d'un segment puissant de l'conomie nationale : elle est construite sur un terrain donn par le Roi et comporte, parmi les membres de son conseil d'administration et ses donateurs, les reprsentants des principales institutions financires nationales. Le statut d'autonomie est un lment crucial qui intervient dans le succs de l'institution. Cette autonomie lui permet de contourner le code de la fonction publique et dfinir ses propres politiques de recrutement et de gestion des talents, surtout ceux des membres de la diaspora. 40 pour cent des postes sont rservs au corps professoral exerant dans les universits partenaires, ce qui permet aux 178 tudiants de passer des semestres en Europe ou aux USA. L'universit est en mesure de verser des salaires internationalement comptitifs pour quelques chefs de dpartements qui s'activent susciter l'intrt des jeunes chercheurs talentueux. Les membres du personnel sont appels tablir des rapports avec le secteur priv national et sont rcompenss pour les rsultats obtenus (tels que brevets, bourses de recherche et des contrats avec le secteur priv). La stratgie R&D est conue pour gnrer "des innovations peu coteuses" pour l'conomie intrieure et africaine et portant sur les domaines suivants : (i) dveloppement de l'infrastructure des transports, du tourisme et des logements abordables ; (ii) l'nergie renouvelable utilisant les sources locales ; et (iii) les crneaux locaux (tels que l'ingnierie ferroviaire, navale, automobile et arospatiale. Les succs rcents comprennent un contrat R&D avec une entreprise nationale d'exportation de micro-camras, la cration d'une entreprise pour la production d'appareils brevets mus par l'nergie solaire et olienne, et l'assistance technique au Bureau national marocain des changes. Source : Djeflat 2012. En complment du soutien apport des futurs entrepreneurs travers les incubateurs et les moyens connexes, les agences ont conu des programmes de formation pour aider les chmeurs dsireux de dmarrer leurs propres entreprises. Ces programmes, inspirs par une politique active d'emploi et souvent mise en uvre conjointement avec les chambres de commerce et d'industrie, exige un encadrement durable assorti d'un soutien technique et financier. Le programme Moukawalati de l'ANAPEC, au Maroc, est parmi les plus dvelopps de ces programmes. Il existe galement tout une foule d'entrepreneurs potentiels parmi les jeunes marginaliss et dont le potentiel cratif peut clore au sein d'coles bien adaptes. Les Ecoles de seconde chance en sont le bon exemple qui a fait des mules dans toute la France. Il s'agit d'un programme pilote lanc Marseille il y a une dcennie afin d'amliorer les perspectives des jeunes marginaliss vivant dans les banlieues pauvres et les bidonvilles.14 Le principe est de rehausser les comptences de base des tudiants en matire de lecture, d'criture et d'arithmtique au cours d'une anne de cours intenses. Les tudiants sont simultanment placs dans des entreprises o ils travaillent mi-temps. Les entreprises s'engagement employer l'tudiant pendant une priode de 18 mois subsquemment la fin du programme d'un an. Cette exprience d'Ecoles de seconde chance a dmontr son efficacit dans le placement des tudiants. Environ 60 pour cent des laurats obtiennent un contrat long terme avec les entreprises qui ont assur leur formation. D'aucuns crent mme leurs propres entreprises. La plupart deviennent des agents du changement auprs de leurs communauts d'origine. C'est dans les coles secondaires, voire mme au niveau primaire, que doit commencer l'apprentissage de la culture de l'innovation et de l'entreprenariat. La cration et la gestion d'entreprise peut s'apprendre dans les coles secondaires au moyen de simples kits de jeux introduisant les concepts et mthodes ncessaires. Il existe galement des programmes prouvs visant familiariser les tudiants avec la culture de la science, telle que l'initiative 14 On dnombre actuellement 106 Ecoles de seconde chance en France, accueillant un total de 12.000 jeunes personnes. 179 franaise intitul La Main la Pte (www.lamap.fr), conu en 1992 par le laurat du prix Nobel Georges Charpak, qui a t applique avec succs en Amrique latine et en Afrique. STIMULER LE CHANGEMENT AU MOYEN D'EXAMENS INTERNATIONAUX ET DE PROJETS CONJOINTS La politique d'innovation exige des incitatifs prcis, des mesures rglementaires et, souvent, des investissements conscutifs dans les laboratoires de recherche et les institutions ducatives, ou dans la logistique et les infrastructures, mais elle s'amorce souvent par des actions plus lgres visant modifier les mentalits, les perceptions et les comportements. Les actions et mesures suivantes, bases sur l'exprience mondiale, se sont avres efficaces : Les examens de politique nationale dinnovation par des instances internationales, telles l'OCDE ou lUNCTAD, qui ont adopt des mthodologies rigoureuses pour la collecte de l'information, donne lieu des tudes et valuations sur le terrain et la discussion des rsultats avec les autorits gouvernementales et les parties concernes. Les systmes d'innovation de plusieurs pays arabes ont fait l'objet d'analyses approfondies et l'on peut citer, ce propos, l'tude effectue sur Abu Dhabi par Andersson et al (2010) et sur le Maroc par Andersson Djeflat, et Johansson de Silva (2006). Des exercices de prospective dans le cadre desquels on collecte l'information sur les tendances technologiques futures ou sur le dveloppement industriel d'intrt particulier pour les pays concerns, notamment par des groupes d'experts nationaux et internationaux. Ces exercices sont utiles pour tablir les futurs choix stratgiques. Les enqutes sur des secteurs ou activits industriels permettent d'identifier les comptences, les carts et les besoins, et d'tablir les plans, notamment pour soutenir les niches potentiel lev de croissance et d'emploi (voir Chapitre 8). Les campagnes publiques utilisant les mdias, y compris les mdias sociaux, afin de susciter une prise de conscience de la socit en mettant en exergue les ralisations et les histoires succs. Les projets de dmonstration, potentiel lev de croissance et d'emploi, tels ceux bnficiant des programmes de soutien rapide de la Banque mondiale (Encadr 6.7). Les mesures actuellement en cours en Jordanie pour stimuler l'innovation combinent tous les instruments prcits (voir Annexe 3). 180 ENCADR 6.7. iMENA : Un programme innovateur pour l'emploi et le financement de l'innovation dans le monde arabe Les nouvelles et petites entreprises constituent l'une des principales solutions en matire de cration d'emplois (y compris les micro-entreprises). Celles-ci trouvent cependant des difficults obtenir un financement auprs des sources traditionnelles. La Banque mondiale s'emploie susciter et soutenir les possibilits innovantes de financement des entreprises forte croissance (appeles "gazelles"). Les exemples pertinents comprennent les programmes de subventions de contrepartie en Tunisie ; l'tablissement de rseaux et de liens avec la diaspora au moyen d'initiatives telle que l'Oasis 500 en Jordanie ; et les changes Sus-Sud en matire d'enseignement bass sur des programmes de dveloppement innovateurs similaires. Ces activits s'insrent dans le cadre d'une Stratgie rgionale d'innovation MENA (iMENA) appele devenir un document volutif qui centralise la connaissance et la comprhension dgages par les diffrentes activits. Un vaste programme de soutien l'innovation, optique rgionale, a t propos par le CMI, la Banque europenne d'investissement et ses partenaires (ANIMA 2012). Ce programme comprend : La mobilisation des acteurs de l'innovation travers une plate-forme en ligne et groupes de travail sectoriels Des outils d'information mutuelle tels que les mesures de contrle de la technologie et de promotion des projets La coordination des services nationaux de soutien aux projets, de financement initial, de laboratoires vivants, etc. Des initiatives lies la gouvernance en vue, par exemple, d'amliorer la gestion des technoples et des incubateurs par une approche plus entrepreneuriale, et une meilleure coordination entre les politiques afin d'attirer l'investissement trangers, et les politiques industrielles et d'innovation. Dans le domaine de la politique R&D, la Commission europenne a lanc rcemment un appel propositions pour des initiatives l'chelle rgionale, sur les principes de conception conjointe, de coproprit et de conjugaison des efforts et des avantages, et portant sur un ensemble de secteurs prioritaires comprenant, entre autres, l'nergie renouvelable, la gestion de l'eau, l'environnement et le transport.15 Ce programme, qui bnficie d'un budget de 40 millions , constitue une tape importante vers la ralisation d'un Espace euro-mditerranen solide de recherche et d'innovation 15 Ceci fait suite la Confrence euro-mditerranenne de la CE sur la recherche et l'innovation, 2-3 avril 2012, Barcelone. 181 CONCLUSION Les efforts et les performances du monde arabe en matire d'innovation sont faibles, mais ne cessent de crotre. Des politiques et programmes gouvernementaux sont mis en uvre afin de stimuler la cration et l'exploitation de possibilits innovatrices. Les autorits publiques s'attellent l'amlioration des processus d'enseignement. Le soutien de la communaut internationale sera utile pour encourager le climat d'innovation. 182 RFRENCES Andersson, T., E. Carayannis, P. Formica, S. Johansson de Silva, et S. Mahroum. 2010. Towards Innovation Policy in Abu Dhabi: Indicators, Benchmarking, and Natural Resource Rich Economies. Secrtariat gnral du Conseil excutif, Abu Dhabi. Andersson, T., A. Djeflat, et S. Johansson de Silva. 2006. The Innovation System and Related Policy Issues in Morocco. Prpar pour la Confrence des Nations unies sur le commerce et le dveloppement (CNUCED), IKED, Malm, Sude. Diop, Ndiam, et Sofiane Ghali. 2012. Are Jordan and Tunisias exports becoming more technologically sophisticated? And why it matters. MENA Note d'information interne, Banque mondiale, Washington, DC. Fvrier. Djeflat, A. 2012. Les efforts du Maroc en matire d'conomie de la connaissance. Note d'information non publie, CMI, Marseille. 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Les diffrents types d'innovation et cologie connexe S&T-based origination-type innovators (PHDs mostly)Creative recombination-type innovators (degree +/-irrelevant)Business model/process reinvention-type innovators (MBAs)A growing community of first rate scientists and engineersA critical mass of respected university research centers Absence of barriers impeding scientist entry or returnA minimum basic research base within the countryA balance of basic, applied , and commercialization R&DStrong incentives for private sector involvement in R&DProper emphasis on payoff through commercializationHigh caliber, variety and size of the creative class presenceRespect & autonomy bestowed on creative types by societyAn exceptionally favorable environment for startupsAn absence of impediments to professional service exportsA critical mass of sophisticated service industries, esp. ITA critical mass of design and other creative industriesPlenty of sophisticated users for innovators to engage withQuality, variety, depth of countrys enterprise universeQuality and number of bold, innovative firms within itNumber of them in rapidly changing, complex fieldsNumber of them with flexible organizational approachesExposure to strong worldwide competitive windsOpenness to business model reinvention, few legacy hangupsProneness to use of IT as trigger and vehicle for this AGILITY Top-rated and innovation-friendly business environment. High-performing general business support institutions. High level of competition within business and finance sectors.NETWORKING Full participation in global value chains. Deep relationships with worldwide investment banks, VC /PE players, pioneering firms, sophisticated users. Well-oiled partnering routines.CONSTANT LEARNING Systematic scanning of global knowledge, technologies, patents, ideas, market data. Intense exchanges withoutside peers, gurus, pioneers firms, top innovators.RELIABILITY High-performing public services. Excellent power, water, transport, telecom infrastructure. Adequate capital, export, working capital finance. Up to date IPR and MSTQ setups.Enticing FDI conditions as a magnet for frontier enterprises and game-changing entrepreneurs from all over he worldOutstanding living conditions and a lively creative industries ecology as a magnet for creative types from the world overGood research environment, salary, and social standing asa magnet for elite science types from home and the diasporaNeutral & universal private R&D incentives,IS. Comprehensive technological incubator, startup support, and VC funding programs.,IS.Special zones, tax and other steps to attract innovative TNCs,IR, LX.Vigorous tertiary education and LLL reforms to rapidly enhance the supply of first rate S&T, design/creative, MBA and other graduates, FI, SG. Upgrade quality and respect for mid-level technicians degrees, IR, NE.Which type of innovators and innovation?What kind of anenvironmentwill they thrive in?What will attractthem into the country or retain them in it?What are thekeys successfactors inan innovationeconomy?Upgrade a few basic & applied research centers to worldclass, SG.Attractive, in cities, UA. Catalytic creative industries programs,LX.Early childhood, basic, secondary & vocational curriculum changes with a strong pitch towards creativity, design, teamwork, problem-solving, IT, foreign language and other platform skills, FI.2/Innovationpersonnel devel-opmentpolicies1/Innovator attrac-tionand innovation support policies4/Networking and knowledge access policiesSmart support and good legal setup for academia/research/industry links, IS. Strong support for global knowledge access & networking (e.g. science attaches; fairs; diasporanetworks, study tours). English for all program.Linkage programs for local SMEs around resident TNCs, IR.3/Dynamic entrep-reneurshippoliciesSystematic entrepreneurship training in secondary & tertiary education, SW. Top-rated business environment SG,DK. Superb business development support services, SG. Reinforced IPR and MSTQ regime, DK.Which innovationoutputs?Worldclass, highly competitive ICT services, with high broadband coverage, ML. IT-related SME support programs. Ambitious IT diffusion and IT literacy programs. Advanced e-government as catalyst,NE.Innovation-promoting public procurement policies. Turning selected government services into innovation powerhouses, and outsourcing others, NZ. Standards & norms that promote innovation. 5/Innovation de-mand-side policiesNew servicesNew productsNew processesNew business models or ways of doing thingsjfrischard@gmail.com 185 Chapitre Sept Btir la Socit de l'information Dans un monde ax dsormais sur la connaissance, les pays mettent en place des socits dynamiques de l'information.1 Ces socits sont fondes sur une infrastructure avance de l'information, qui se mesure la propagation des tlphones mobiles, des ordinateurs, de l'accs l'Internet et des nouvelles applications lectroniques (e-applications), le tout tant soutenu par une technologie de l'information (TI) dont l'industrie, en rapide volution, est devenue la source principale d'emploi et un important facteur de croissance. Il est amplement prouv que la technologie de l'information et de la communication (TIC) joue un rle sans cesse grandissant dans la croissance conomique. La Banque mondiale a constat en 2009 que dans les pays revenu faible moyen, chaque 10 points de pourcentage de pntration de la bande large acclre la croissance conomique de 1,38 points.2 L'tude a galement rvl que l'impact du haut dbit sur le dveloppement est plus grand dans les conomies mergentes que dans les pays revenu lev, qui "connaissent une augmentation de 1,21 point de pourcentage dans la croissance du PIB par habitant" pour chaque 10 pour cent d'augmentation dans la pntration du haut dbit (Banque mondiale 2009b). L'tude a, en outre, dmontr que le haut dbit a un effet de croissance potentiellement plus grand que les autres TIC, y compris la tlphonie fixe, la tlphonie mobile et l'Internet, comme indiqu la Figure 7.1 (Kelly et Rossotto 2012). 1 Le prsent chapitre s'appuie sur de nombreux travaux de recherche publis dont, entre autres, Rossotto et al (2011) et Kelly et Rossotto (2012), et sur les tudes approfondies de Radwan et Strauss (2012), Koivisto et Larsen (2012), et Htnen (2012). 2 Le terme "bande large" renvoie plusieurs aspects des rseaux et services de tlcommunication, y compris (a) l'infrastructure ou "conduits" utiliss pour la fourniture des services aux usagers, (b) l'accs l'Internet haut dbit, et (c) les services et applications disponibles par rseaux large bande, tels que la tlvision sur Protocole Internet et services vocaux susceptibles d'tre intgrs dans un triple forfait avec accs l'Internet large bande. De nombreux pays ont, par ailleurs, tabli des dfinitions de la large bande bases sur la vitesse, calcule gnralement en mgabits par seconde ou kilobits par seconde, ou sur les types de services et applications utilisables sur un rseau large bande (c.--d. les fonctionnalits). Les dfinitions de la lange bande varies normment, en fonction des besoins et de l'histoire de chaque pays, y compris les facteurs conomiques, gographiques et rglementaires (Kelly et Rossotto 2012). 186 FIGURE 7.1. L'impact des diffrentes TIC sur la croissance du PIB dans les conomies revenu faible et lev, 20002006 Source : Adapt de Qiang et Rossotto 2009, 45. N.B. : Mesure le point de pourcentage de croissance dans le produit intrieur brut qui est associ 10 pour cent d'augmentation dans les diffrentes technologies de l'information et de la communication. Les vnements rcents ont dmontr le pouvoir des TIC susciter le changement dans le monde arabe.3 Au lendemain de ces vnements, l'occasion est on ne peut plus propice tendre les rformes du secteur TIC, accrotre la comptitivit, largir l'accs la tlphonie mobile,4 amliorer l'accs la bande large, supprimer les restrictions sur l'accs et l'utilisation d'Internet, fournir de nouvelles opportunits d'augmenter l'emploi, d'encourager l'entreprenariat et permettre une meilleure transparence et gouvernance. Il convient aussi de mettre au point des applications TIC permettant d'amliorer et de faciliter la fourniture des services socioconomiques et gouvernementaux vitaux aux citoyens. Une attention particulire doit, aussi, tre porte la mise niveau des aptitudes et comptences des travailleurs afin qu'ils soient en mesure d'utiliser les nouvelles applications et technologies. Le prsent chapitre donne un bref aperu sur l'tat de l'infrastructure de l'information dans le monde arabe et souligne les domaines qu'il faut renforcer. 3 La puissance des mdias sociaux peut tre illustre travers le rle qu'ils ont jou dans les soulvements du Printemps arabe 2011. Les organisateurs des protestations ont utilis les sites Internet tels que Facebook, Twitter, et YouTube, en plus des messages lectroniques et autres technologies bande troite, pour coordonner les activits de protestation. Les mdias sociaux ont facilit la diffusion de l'information sur les actions citoyennes au moyen des vidos You Tube et des conversations sur les sites sociaux d'Internet. Ces outils en ligne ont permis aux organisateurs d'accrotre la sensibilisation et la participation aux dmonstrations plus rapidement que ne le feraient les mdias traditionnels (Kelly et Rossotto 2012). 4 L'impact de la tlphonie mobile (substitution de la connexion plus avance du 3G l'actuelle 2G) sur la croissance conomique a fait l'objet d'un rapport rcent (Deloitte, GSMA, et Cisco, 2012). Celui-ci tablit que : La multiplication par deux des donnes sur l'usage des mobiles augmente le taux de croissance PIB par habitant par 0,5 % (bas sur les donnes concernant 14 pays) ; La substitution de 10 pour cent des connexions 2G par des connexions 3G impulsera le PIB par 0,15 points de pourcentage (bas sur les donnes de pntration relatives 96 marchs avancs et en dveloppement) ; et Une augmentation de 10 pour cent de la pntration mobile impulsera la productivit totale des facteurs de 4,2 %. -0.10.10.30.50.70.91.11.31.5Croissance PIB (%) Economies revenulevEconomies faiblerevenu 187 L'INFRASTRUCTURE DE L'INFORMATION DANS LE MONDE ARABE Les pays arabes ont raliss des progrs considrables dans la diffusion TIC depuis le milieu des annes 1990, grce tout un arsenal de rformes de libralisation, ainsi qu'au dveloppement mondial des technologies TIC, qui a rduit les cots et faciliter l'accs. En 2010, les lignes de tlphonie fixe reliaient peine 10 pour cent de la population dans le monde arabe. Mais comme c'est le cas dans de nombreux pays en dveloppement, c'est le segment du cellulaire mobile qui a pris de l'ampleur - passant de presque rien en 2000 87 abonnements par 100 personnes en 2010 (Figure 7.2). A titre d'illustration, les Emirats arabes unis possdent l'un des taux les plus levs de pntration de smartphones : 61 pour cent (l'Economiste 2012). FIGURE 7.2. Pntration des lignes de tlphone mobile et fixe dans le monde arabe, 2010 Source : Banque mondiale 2011c. Des progrs ont galement t enregistrs au niveau de la pntration de l'Internet. Entre 2000 et 2010, le nombre d'usagers de l'Internet a pratiquement dcupl, passant plus de 100 millions, avec une grande variation entre pays, allant de 12 usagers par 100 personnes en Algrie 81 pour 100 au Qatar (Figure 7.3). La pntration de l'internet peut avoir des effets bnfiques sur l'conomie. Un accroissement de 1 point de pourcentage dans le nombre d'usagers de l'Internet suscite une impulsion de 4,3 points de pourcentage dans les exportations, ainsi qu'une augmentation de 3,8 points de pourcentage dans les exportations des pays faible revenu vers les pays revenu lev (Qiang et Rossotto 2009). Mais la diffusion de l'Internet dans de nombreux pays a t entrave par le manque d'accs au haut dbit et la largeur de bande internationale, de sorte que ces pays se retrouvent la trane derrire de nombreux concurrents potentiels. En 2009, la largeur de bande Internet disponible par habitant tait 18 20 fois plus grande en Bulgarie qu'en Tunisie, au Maroc et en Jordanie. Le prix par mgabit en Bulgarie tait trois fois moins qu'au Maroc, cinq fois moins qu'en Tunisie, et 45 fois moins qu'en Jordanie (CMI, Banque mondiale et Banque islamique de dveloppement 2012). 050100150200250AlgrieMonde arabeBahrenEgypteJordanieLibanMarocOmanQatarArabieSyrieTunisiaEmiratsYmenKowetDjiboutiAbonnements au cellulairemobile (par 100personnes), 2010Lignes tlphoniques (par100 personnes), 2010 188 FIGURE 7.3. Usagers Internet dans les pays MENA, 2010 Source : Banque mondiale 2011c. Le secteur des tlcommunications joue un rle important dans les conomies de la rgion. Les revenus des Tlcoms comptent pour environ 3,5 pour cent du PIB de l'Egypte, 4,2 pour cent de la Tunisie, 4,6 pour cent du Maroc, 4,9 pour cent du Liban et 6,5 pour cent du PIB de la Jordanie. Ces parts sont gnralement plus leves qu'en Europe occidentale o les chiffres varient entre 1,5 et 4 pour cent du PIB. En Europe de l'Est, les taux varient entre 3 et 5 pour cent du PIB (Htnen 2012).5 Les oprateurs Tlcoms des pays couverts par la Facilit euro-mditerranenne d'investissement et de partenariat, relevant de la Banque europenne d'investissement (FEMIP : Algrie, Egypte, Isral, Jordanie, Liban, Maroc, Syrie, Tunisie, Cisjordanie et Gaza), ont investi entre 10 et 25 pour cent de leurs revenus respectifs, chiffres qui sont similaires ceux relevs en Europe occidentale et de l'Est. L'investissement cumul des pays FEMIP dans l'infrastructure et les services de tlcommunications s'levait quelque 500 millions en 2011, crant ainsi de nouvelles opportunits d'emploi ainsi que des avantages conomiques significatifs pour la rgion. La part des employs travaillant directement dans le secteur des tlcoms varie entre 0,25 et 1,25 pour cent de l'ensemble de la main d'uvre des pays FEMIP (Htnen 2012). Ces pays doivent cependant mieux exploiter les TIC pour amliorer la comptitivit. Les diffrences dans l'usage et l'impact des TIC sont normes dans la rgion, tant et si bien qu'elles reprsentent une vritable fracture numrique (Forum conomique mondial 2012). Les pays du CCG se tiennent un ct de la fracture, occupant - pour cinq d'entre eux - des positions allant de la 27me place (Bahren) la 40me place (Oman) sur les 142 pays couverts 5 Europe occidentale : Belgique, Danemark, Allemagne, Grce, Espagne, Irlande, France, Italie, Luxembourg, Pays-Bas, Autriche, Portugal, Finlande, Sude, Royaume Uni ; Europe de l'Est : La Bulgarie, Rpublique Tchque, Estonie, Chypre, Lettonie, Hongrie, Pologne, Roumanie, Slovnie, Rpublique slovaque. 020406080100Monde arabeAlgrieBahrenDjiboutiEgypteIraqJordanieKowetLibanLibyeMarocOmanQatarArabie saouditeSyrieTunisiaEmiratsYmenUsagers Internet (par 100 personnes) Usagers Internet (par 100personnes) 189 par le Rapport mondial sur les technologies de l'information 2012 du Forum conomique mondial.6 Le reste des pays MENA se tient l'autre ct de la fracture (Encadr 7.1). ENCADR 7.1. L'indice de prparation NRI dans le monde, 2012 Avec un classement NRI de 27 (sur les 142 pays que couvre la Rapport mondial sur la technologie de l'information 2012 du Forum conomique mondial), le Bahren arrive en tte du monde arabe, grce un climat favorable l'entreprenariat et l'innovation relativement sophistiqu, associ une bonne prparation TIC (en termes d'infrastructure, d'accessibilit et de comptences). Le processus, men par le gouvernement, n'a pas t cependant suivi avec la mme intensit par la communaut des affaires. D'o la ncessit que des initiatives soient entreprises pour accrotre les taux d'innovation engager des activits tournes vers la connaissance. L'intgration des TIC par les entreprises un cosystme gnral plus innovateur contribuera renforcer davantage l'impact conomique escompt des TIC et de la technologie. Le Qatar suit la position 28. Le Qatar a mis en place l'un des meilleurs environnements de la rgion en faveur de l'entreprenariat et de l'innovation, marquant ainsi le ferme engagement du gouvernement impulser l'infrastructure TIC et ses retombes sur l'conomie. Mais le faible niveau de comptitivit des secteurs des TIC et des tlcommunications affecte ngativement l'accessibilit gnrale aux TIC, notamment en termes de largeur de bande, entravant ainsi la diffusion et l'usage plus grande chelle des TIC (tels que les abonnements Internet haut dbit) travers le pays. Les Emirats arabes unis viennent en 30me position. Avec un profil similaire celui de Qatar, le pays dispose d'une bonne infrastructure TIC grce l'engagement du gouvernement utiliser les TIC pour diversifier une conomie reposant sur le ptrole. Les Emirats peuvent tirer davantage de profits en rehaussant le niveau global de qualification et en assurant une plus grande participation l'enseignement suprieur. La libralisation des TIC et des marchs tlcoms aidera rduire les cots levs de l'accs l'Internet. L'Arabie saoudite, qui est la 34me place, a reconnu le rle cl des TIC dans la transformation de son conomie. Donnant la priorit aux TIC tout en s'employant mettre en place un environnement favorable au dveloppement des affaires, l'action mene par le gouvernement dans ce sens a dbouch sur des rsultats relativement bons, notamment en termes d'infrastructure de dveloppement. Mais comme c'est le cas pour les Emirats et Qatar, il faut impulser prioritairement la concurrence afin de rduire les cots des communications, amliorer les aptitudes de base en jugulant l'analphabtisme des adultes et accrotre la participation l'enseignement suprieur. Tous ces facteurs conjugus contribueront l'essor des TIC. Quant au Kowet, et en dpit d'une infrastructure de dveloppement relativement bonne en termes de TIC, ce pays occupe la 62me place. Les cots levs d'accs aux TIC et l'insuffisance des comptences de la population constituent une entrave pour le pays. Ceci explique le faible impact des TIC, d au pitre niveau d'utilisation des TIC et l'environnement peu propice l'entreprenariat, contrairement aux autres Etats du CCG. 6 Le Rapport mondial sur les technologies de l'information 2012 du Forum conomique mondial couvre 142 pays, tant avancs qu'en dveloppement. La plupart des gouvernements CCG ont adopt des stratgies numriques ambitieuses assorties de rformes favorables aux entreprises et de dveloppement d'infrastructure afin d'attirer les investisseurs trangers et diversifier leurs conomies. Cette impulsion, mene par le gouvernement, se reflte par la forte performance ralise tous azimuts dans l'Indice de prparation au rseau (Networked readiness index - NRI) dudit rapport. www3.weforum.org/docs/Global_IT_Report_2012.pdf 190 La Jordanie occupe la 47me place. Malgr son besoin d'amliorer l'infrastructure TIC, notamment en termes d'accs une plus large bande Internet internationale, le pays a russi - grce au ferme engagement du gouvernement - libraliser les marchs et amliorer son climat des affaires et de l'innovation, bien que certaines faiblesses persistent encore. La Tunisie se positionne la 50me place grce un ferme engagement du gouvernement. L'amlioration de l'accs une infrastructure TIC plus solide et le dveloppement du contenu numrique seront mme de donner un coup d'lan l'adoption des TIC par les individus et les entreprises. L'Egypte occupe la 79me place dans le classement. La mise niveau de l'infrastructure TIC du pays, le dveloppement d'un meilleur contenu numrique en arabe, l'amlioration du climat gnral des affaires et de l'innovation et le renforcement des comptences de base sont ncessaires pour favoriser une utilisation plus grande et homogne. Le Maroc (91), le Liban (95), l'Algrie (118) et la Syrie (125) souffrent tous d'importantes lacunes en matire de dveloppement TIC, ce qui entrave leurs capacits tirer tous les avantages intrinsques au dploiement et l'utilisation de ces technologies et autres technologies. Le faible niveau de dveloppement des infrastructures TIC associ l'insuffisance des comptences disponibles, expliquent l'utilisation dficiente de la technologie, en particulier par la communaut des affaires et les individus. Dans le cas de l'Algrie, le climat dfavorable des affaires entrave les efforts, dj rares, visant tirer les profits conomiques de la technologie. Il est impratif de s'attaquer ces insuffisances avant d'orienter l'conomie nationale vers des activits plus tournes vers la connaissance et la productivit. . Low levels of ICT infrastructure development, coupled with insufficient available skills, translate into low uptake of technology by all agents, especially the business community and individuals. In the case of Algeria, the unfavorable business environment hampers the capacity of already-scarce efforts to achieve economic benefits from technology. Addressing these weaknesses will be crucial to start the national economy toward more knowledge-rich and productive activities. Source : FEM 2012. Les jeunes sont les usagers cl des nouvelles technologies et un facteur de premier plan qui influe sur le secteur des TIC. Tout comme pour le reste du monde, la jeunesse a t le facteur dterminant pour l'adoption de la technologie dans la rgion MENA. Nombreux sont les jeunes de la rgion qui ont fait de l'Internet une partie intgrante de leur vie quotidienne - pour les applications telles que Facebook, Twitter, YouTube, et le partage de fichiers entre pairs ; ou pour des raisons ducatives travers l'utilisation de Google, Wikipedia, Yahoo, et autres moteurs de recherches ; ou encore des fins de distraction travers les jeux, le tlchargement de musique ou pour visionner les vidos en ligne. Le nombre d'usagers de Facebook dans la rgion arabe a augment de 78 pour cent en 2010, alors qu'en Tunisie la proportion d'utilisateurs s'est accrue de 8 pour cent pendant les seules deux premires semaines de janvier 2011, ds l'amorce le dbut des dmonstrations (Kelly et Rossotto 2012). En utilisant le web 2.0, les jeunes ont aussi engendr un contenu digital allant des tlphones mobiles aux mdias sociaux. Dans la rgion MENA, 85 pour cent des dtenteurs de tlphones mobiles les utilisent pour accder l'Internet et tlcharger les applications de 191 rseautage social (La Cava, Rossotto, et Guilford 2011). La jeunesse tant le principal usager de l'Internet, c'est ce segment de la population qui rclamera sans cesse un contenu numrique toujours plus grand et, partant, une demande croissante de la largeur et de la vitesse de bande. Mais mme parmi les jeunes, il existe un foss numrique entre les deux sexes dans les pays MENA. Sur le plan de la possession d'un appareil mobile, l'cart entre eux est deux fois plus grand que la moyenne mondiale, 24 pour cent des femmes tant moins susceptibles d'un possder un. Seulement 37 pour cent des usagers de Facebook sont de sexe fminin, contre 56 pour cent aux Etats-Unis. Pour l'utilisation de Twitter, il y a deux fois plus d'hommes que de femmes, alors que les chiffres donnent ces dernires une moyenne mondiale de 55 pour cent. L'cart rgional entre les sexes dans l'utilisation de la technologie est son plus bas en Jordanie et au Liban. En Jordanie, par exemple, les femmes comptent pour 45 pour cent des usagers de l'Internet. S'agissant de la fracture numrique entre les jeunes, la solution des problmes au niveau de l'offre (tel que la comptitivit insuffisante) et de la demande (dficience en matire d'accessibilit, d'ducation et d'alphabtisation) permettra aux jeunes de la rgion de rcolter les bnfices des TIC ((La Cava, Rossotto, et Guilford 2011). En dpit des progrs enregistrs, il reste encore beaucoup faire pour tendre la capacit haut dbit et rpandre l'utilisation des TIC, tous deux tant essentiel l'amlioration de la productivit. La largeur de bande moyenne dans la rgion est basse, aux alentours de 1 Mbs par 1.000 personnes, compare 40 Mbs au Royaume Uni et 30 Mbs en France (FEM 2010). Les cots levs des services TIC reprsentent une contrainte tant sur le plan de l'utilisation que sur la comptitivit de l'conomie, une situation qui s'explique par la prsence de monopoles dans certains segments. En 2008, l'Egypte, le Liban, la Syrie et la Tunisie continuaient exercer le monopole sur les appels internationaux longue distance. Le Liban garde encore le monopole sur le service des mobiles. Le service Internet tait partiellement comptitif en Syrie et en Tunisie. Avec une pntration vocale approchant la saturation dans plusieurs marchs moyens orientaux et une pntration Internet prenant son envol, la rgion se trouve au bord d'une croissance exponentielle en connectivit haut dbit (Figure 7.4) - une opportunit qu'elle ne peut pas se permettre de manquer. FIGURE 7.4. Pntration des mobiles et d'Internet dans la rgion MENA, 19992009 Source : Union internationale des tlcommunications ; Rasmala 2011. - 10 20 30 40 50 60 70 8019992000200120022003200420052006200720082009FAbonnementsmobilesUsagers d'InternetAbonns largebande mobileAbonns largebande fixe 192 Augmenter la contribution des TIC la croissance Le secteur TIC peut devenir une source essentielle de croissance, comme ce fut le cas pour les mondes avancs ou mergeants. Cattaneo et autres (2011) dfinissent l'conomie de l'Internet comme la somme de la valeur des biens et services changs sur l'Internet par les entreprises et les consommateurs laquelle s'ajoute la valeur des investissements entrepris en vue de dployer, d'accder et d'utiliser l'Internet. Les estimations suggrent que, dans l'Union europenne, l'conomie de l'Internet reprsentait jusqu' 4 pour cent du PIB en 2010.7 Selon une rcente tude de McKinsey, l'impact de l'Internet sur la croissance mondiale ne cesse de crotre. En moyenne, l'Internet contribue hauteur de 3,4 pour cent du PIB dans 13 pays tudies (le G-8 plus le Brsil, la Chine, l'Inde, la Core du Sud et la Sude). L'Internet reprsente 21 pour cent de la croissance du PIB des pays avancs pendant les cinq dernires annes, soit une nette acclration par rapport sa contribution de 10 pour cent pendant les 15 annes prcdentes. La valeur conomique cre par l'Internet sort, dans sa grande majorit, du champ du secteur technologique, 75 pour cent des bnfices tant rcolts par des entreprises verses dans des industries plus traditionnelles. L'Internet est galement un catalyseur de la cration d'emploi. Parmi les 4.800 petites et moyennes entreprises enqutes, l'Internet a cr 2,6 emplois pour chaque emploi perdu en faveur de la demande en comptences technologiques (McKinsey Global Institute 2011). En Egypte, la valeur ajoute du secteur TIC a atteint 5,6 milliards $US en 2009, soit 3,8 pour cent du PIB. En outre, elle a enregistr, en 2009, son plus niveau de croissance du pays, toutes industries confondues (CNUCED 2011). La numrisation de la rgion MENA a contribu hauteur de 27 milliards $US dans la croissance conomique et engendr 1,3 million d'emplois entre 2007 et 2010 Booz and Company (2012). Cependant, la part des TIC dans l'ensemble des exportations de la rgion reste stagnant environ 1 pour cent, bien en-dessous de la moyenne mondiale de 12 pour cent. Or l'Egypte avait dmontr que l'on pouvait faire mieux. Selon le Forum conomique mondial (2012), l'Egypte a introduit les TIC dans son systme d'ducation, labor le contenu lectronique (e-content), tabli des parcs technologiques et des incubateurs pour encourager la cration de petites et moyennes entreprises centres sur les TIC, et mis en place un fonds financier TIC qui utilise les TIC pour promouvoir et renforcer la performance de ces entreprises. Ce faisant, elle s'est affiche comme l'un des plus grands exportateurs TIC de la rgion MENA, avec une croissance annuelle de 27 pour cent dans les exportations des prestations TIC entre 2005 et 2009. Pareils efforts doivent s'acclrer dans la rgion afin de permettre aux TIC de contribuer davantage la croissance, la diversification des exportations et la cration d'emploi.8 7 La contribution de l'conomie de l'Internet au PIB est Europe est la plus leve au Royaume Uni, un peu plus de 6 pour cent du PIB en 2010, indiquant qu'il bnficie de son haut niveau de "eReadiness" (prdisposition lectronique) et de sa position dominante en matire de services TIC. L'tude de McKinsey (2010) estime que l'conomie franaise de l'Internet est lgrement suprieure 3 pour cent du PIB en 2009, mais que cette part devrait atteindre environ 4,5 pour cent en 2010 (Tsang et al 2011). 8 En Egypte, la politique cible du gouvernement a jou, plus que tout autre facteur, un rle vital dans le secteur des TIC. En 2004, le gouvernement a tabli l'Autorit de dveloppement de l'industrie de la technologie de l'information afin de dvelopper le secteur TIC et impulser ses exportations. Agissant dans le cadre d'un 193 Plusieurs pays de la rgion, tels Oman, la Tunisie et les Emirats arabes unis, ont progress dans la mise en place de cadres juridiques et institutionnels pour assurer les transactions lectroniques.9 Ces transactions peuvent, notamment, contribuer au dveloppement des ventes en ligne et permettre aux entreprises de la rgion de prendre une plus grande part des activits dlocalises, un domaine dans lequel l'Egypte et les Emirats sont d'ores et dj des concurrents d'lite (A.T. Kearney 2011). AMLIORATION DE L'ACCS HAUT DBIT L'accs au haut dbit dans la rgion MENA est limit, en dpit de la vaste demande non-exploite. En dpit du paralllisme existant au niveau de la pntration mobile entre les pays MENA et les pays de l'Organisation de coopration et de dveloppement conomiques et d'autres rgions disposant d'une infrastructure TIC avanc, la pntration haut dbit est faible (infrieure 5 pour cent de la population, Figure 7.5). Ceci est d principalement l'absence de comptitivit dans le march haut dbit. D'o la ncessit de pallier cette situation, car le dveloppement du haut dbit signifie des gains potentiels en emploi (valus 2,5-4 emplois supplmentaires pour chaque emploi cr dans le haut dbit) (Kelly et Rossotto 2012). Les principales contraintes au dveloppement du haut dbit dans la rgion s'expliquent par l'insuffisance de la concurrence, la faible rglementation et le contenu des restrictions. L'Encadr 7.2 souligne l'tat du haut dbit dans les pays FEMIP. Du fait que les rseaux centraux et autres infrastructures fixes large bande pour la fourniture des prestations TIC gagnent en importance, la svre dficience du haut dbit devra rapidement s'avrer partenariat entre le Ministre des communications et de la technologie de l'information et le secteur priv, l'Autorit est charge du dveloppement de la technologie de l'information en Egypte. Elle opre un programme ducatif intitul EduEgypt qui assure la liaison avec les universits aux fins de formation des tudiants dans des carrires ddies l'externalisation du processus d'entreprise (BPO). Le gouvernement a galement tabli des parcs technologiques spciaux pour promouvoir l'exportation des prestations TIC. Le Smart Village, inaugur en 2004, avait pour but de crer un espace o les entreprises TI peuvent oprer dans le cadre d'une communaut propice leurs besoins professionnels. (Goswami, Mattoo, et Sez 2012). 9 Les Emirats arabes unis ont tabli un cadre juridique rgissant les transactions lectroniques aprs promulgation de la Loi sur les transactions et le commerce lectroniques n 2/2002 (Loi n 2) en 2002. Voir : http://isper.escwa.un.org/Default.aspx?TabId=65&item=23. FIGURE 7.5. Comparaison rgionale de la pntration mobile et haut dbit (pour cent) Source : Rossotto et al 2011. 0.00%20.00%40.00%60.00%80.00%100.00%120.00%140.00%Pntration mobile Pntration haut dbitMENAOCDE 194 contraignante pour le march TIC de la rgion, entravant ainsi la fourniture des prestations TIC. L'volution de la tlphonie mobile dans la rgion contraste avec la pntration haut dbit illustre dans la Figure 7.6. Si la pntration mobile prend son essor, la pntration haut dbit demeure, quant elle, plutt faible, et ce, pour plusieurs raisons. Les fournisseurs des prestations Internet sont peu nombreux, en raison de l'hgmonie exerce par certains oprateurs sur la majorit de l'infrastructure Internet. Sur le plan de la demande, le contenu local est sous-dvelopp. Les gouvernements s'taient efforcs de restreindre l'accs l'information, limitant la transparence de l'action gouvernementale et offrant peu d'opportunits aux citoyens de s'engager dans la vie civile et politique. Bien que ces multiples restrictions demeurent encore, la demande pour l'information et l'accs l'Internet continue d'tre aussi grande, et les rcents vnements ne font que raffirmer la ncessit de mettre en place des rformes juridiques et politiques mme d'assurer une libert accrue d'accs l'information. ENCADR 7.2. L'tat du haut dbit dans les pays de la Facilit euro-mditerranenne d'investissement et de partenariat (FEMIP) Le march du haut dbit est encore balbutiant dans les pays FEMIP (Algrie, Egypte, Isral, Jordanie, Liban, Maroc, Syrie, Tunisie, et Cisjordanie et Gaza), l'exception d'Isral, o la pntration haut dbit - DSL, cble, fibre (FTTC, FTTH), WiMax fixe, et technologies satellitaires - couvrait 81 pour cent des mnages en 2010. La pntration dans tous les autres pays FEMIP est encore infrieure 20 pour cent des mnages, la Jordanie et le Liban excepts, les taux de pntration pour ces deux pays tant respectivement de 23 et de 34 pour cent. La Pntration du haut dbit mobile - HSPA, HSPA+, et technologies LTE - croissait un rythme acclre au cours de ces dernires annes dans la plupart des pays FEMIP, atteignant 36 et 17 pour cent des mnages respectivement en Isral et en Jordanie en 2010. La pntration du haut dbit mobile au Maroc, en Egypte et en Syrie a dpass celle du haut dbit fixe. Au Liban, en Algrie et en Cisjordanie et Gaza, le haut dbit mobile n'a pas encore t lanc. Le nombre total d'abonns au haut dbit fixe et mobile dans l'ensemble des pays FEMIP tait de 9 millions en 2010, l'Egypte elle seule comptant pour 31 pour cent des abonns. La pntration haut dbit atteignait 41 pour cent des mnages en Jordanie en 2010, alors qu'elle restait extrmement basse en Syrie, ne couvrant que 5 pour cent des mnages. Les tarifs d'abonnement au haut dbit fixe de 1 Mbit/s varient entre 9 par mois au Maroc et 63 au Liban. La Syrie et le Liban sont l'extrmit suprieure des pays FEMIP en termes de prix du haut dbit fixe, alors que le Maroc, l'Egypte, la Tunisie, et la Cisjordanie et Gaza ont les prix les plus bas. Les forfaits haut dbit disponibles en Algrie, Isral, Maroc et Tunisie proposent l'utilisation illimite des donnes, alors que d'autres pays FEMIP imposent des offres de haut dbit plafonns. Les tarifs des forfaits mobiles les moins chers dans les diffrents pays FEMIP varient entre 3 en Egypte et 25 en Syrie. Le haut dbit mobile est en concurrence directe avec le haut dbit fixe dans la plupart des pays FEMIP, et souvent les prix du haut dbit mobile sont moins chers que le haut dbit fixe, comme c'est le cas pour l'Egypte, la Jordanie et la Syrie. Les tarifs des forfaits fixes et mobiles de 1 Mbit/s sont relativement levs - en termes nominaux, voire mme comme pourcentage du revenu 195 mensuel disponible. A titre d'exemple, dans l'Union europenne o l'offre aujourd'hui est d'un minimum de 4 Mbit/s, le tarif d'un forfait similaire est gnralement d'environ 10 par mois pour le mobile et 15-20 pour le fixe. Source : Htnen 2012. L'amlioration de la connectivit haut dbit est doublement importante, car elle cre l'opportunit pour l'mergence de nouveaux services et l'expansion des services actuels, telle l'externalisation du processus d'entreprise (BPO). La proximit gographique de la rgion MENA par rapport l'Europe occidentale se complte par l'usage rpandu des langues franaise et anglaise dans la rgion. Certains secteurs axs sur les services et des pays pauvres en ressources sont bien placs dans la rgion MENA pour exploiter ce potentiel, grce leur main d'uvre instruite et multilingue. (Les exemples comprennent l'Egypte, la Jordanie, le Maroc et le Liban). Ces pays constituent une destination allchante pour l'investissement en matire d'externalisation du processus d'entreprise (BPO), pour peu qu'ils disposent de l'infrastructure de tlcommunication approprie. FIGURE 7.6. Augmentation de la pntration mobile par rapport au haut dbit MENA, 2003-2010 Source : Donnes Telegeography (2010) et Banque mondiale (donnes dmographiques, 2008). RENFORCEMENT DE LA CONCURRENCE DANS LE MARCH TIC La plupart des pays de la rgion arabe ont russi ouvrir leurs marchs la concurrence en matire de communications mobiles, rcoltant d'excellents fruits en termes de pntration et d'extension des services. Nonobstant, la libralisation du march dans le secteur mobile a t tardive dans la rgion MENA, compare au reste du monde. La Jordanie et le Maroc taient les premiers dlivrer les deuximes licences pour le mobile, la fin des annes 90, et le Maroc tait le premier pays accorder des licences 3G dans la rgion, alors que les pays plus avancs du CCG prenaient du retard amorcer la concurrence dans le 24% 32% 45% 58% 73% 88% 101% 115% 0% 1% 1% 2% 3% 4% 5% 0%20%40%60%80%100%120%2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010Pntration mobilePntration haut dbitfixe 196 secteur en pleine croissance du mobile. A titre d'exemple, les oprateurs monopolistes historiques aux Emirats et en Arabie saoudite n'ont pris conscience de la concurrence qu'en 2005. Pour l'instant, les tarifs du mobile dans le monde arabe sont deux fois plus levs qu'en Asie (Figure 7.7). Des pays tels que l'Egypte, le Maroc et la Tunisie peuvent faire encore mieux pour achever cette rforme et rduire davantage les prix. L'Inde est actuellement chef de file en matire de centres d'appel et de services dlocaliss. Bien que beaucoup d'autres facteurs aient men ces rsultats (Radwan 2006), la prsence d'une industrie intrieure comptitive et des services vocaux et de donnes bas prix constitue une importante composante que les pays MENA peuvent dupliquer. Les pays de la rgion sont lents en matire de libralisation des autres segments tlcoms (Rossotto et autres 2011). La Jordanie et le Bahren sont les seuls instaurer une concurrence totale en matire de tlcommunications (quoiqu'ils doivent encore renforcer les rglements et institutions qui rgissent la concurrence). Ailleurs, les barrires l'introduction des donnes, des lignes fixes et des marchs d'appels internationaux sont encore considrables. A l'heure o tous les rseaux et services des pays europens et de la Turquie adoptent la concurrence totale, la plupart des pays de la rgion MENA appliquent de facto le monopole sur leur dorsale nationale, tout en s'appuyant sur le rseau de leur oprateur historique, pour dboucher en dfinitive sur des prix levs et une qualit infrieure. Quelques unes des principales entreprises publiques10 ont dploy, ou prvoient de dployer la fibre optique pour leur propre besoin, mais il est encore incertain si l'abondante capacit inutilise servirait des fins de tlcom. Les gouvernements ont autoris seulement quelques acteurs avec des relations politiques oprer le secteur des tlcoms. Dans les points d'accs internationaux, par exemple, les gouvernements de la rgion ont autoris quelques rares acteurs, simplifiant ainsi le contrle de l'Internet. Les conditions asymtriques rgissant l'octroi des licences 3G ont perturb le march de la tlphonie mobile et du haut dbit. Entretemps, les cadres rglementaires, les 10 Tels que Socit tunisienne de l'lectricit et du gaz (STEG), les chemins de fer gyptiens et l'Office national marocain d'lectricit (ONE). FIGURE 7.7. Tarifs du mobile au Moyen Orient Source : Banque mondiale 2011c. 0510152025AlgrieBahrenEgypteJordanieLibanMarocOmanArabieSyrieTunisieEmiratsYmenChineIndeSri LankaThalandeTarif prpay du mobile cellulaire ($ par mois) 197 organes de rglementation et les autorits antitrust demeurent faibles et, parfois, rattraps par les intrts particuliers lis au gouvernement et aux puissants groupes. Le pouvoir des monopoles et des cartels dans l'conomie constitue une proccupation majeure qui va bien au-del du secteur TIC. Le secteur TIC n'est donc que partiellement libralis, empchant ainsi la rgion arabe de tirer profit de la concurrence mene dans d'autres rgions, telles que l'Amrique latine et l'Europe de l'Est. Aussi les pays MENA feraient-ils bien d'adopter des rformes similaires celles suivies par les pays de l'Europe de l'Est et de la Turquie en fixant, comme objectif court terme, une date pour la libralisation totale, et en octroyant autant de licences tlcom que le march demande, tout en liminant les restrictions l'entre et en abolissant la mesure discrtionnaire applique par les gouvernements en ce qui concerne le nombre d'oprateurs. Les gouvernements peuvent encore aller plus loin en librant entirement le secteur des tlcommunications, en tablissant la concurrence, en augmentant le dbit et en amliorant la technologie mobile. A cet effet, ils doivent commencer accorder les licences 4G et tout en permettant aux oprateurs actuels de bnficier des licences de tlcommunication, favorisant ainsi une plus grande concurrence (CMI, Banque mondiale et Banque islamique de dveloppement 2012). Enfin, et tandis que la rgion avance vers un secteur des tlcommunications plus comptitif, les gouvernements doivent revoir les politiques de dveloppement des zones rurales, qui n'attirent pas souvent les oprateurs axs sur le profit. L'exemple du service haut dbit universel d'Arabie saoudite mrite d'tre pris en considration (Dymond 2012). UTILISER LES APPLICATIONS TIC PLUS EFFICACEMENT Le potentiel d'utilisation des TIC pour la fourniture des services publics ainsi que dans l'ducation, la sant, les affaires et autres activits conomiques est norme. Les domaines o la demande sera potentiellement leve dans les pays MENA comprennent les services et applications arabes et islamiques, les services dispositifs TI intelligents pour les secteurs de l'nergie et des services publics, les systmes d'enseignement en ligne et de cybersant, et les dispositifs et systmes de gestion urbaine et de l'infrastructure pour complter le dveloppement de ce qu'on appelle "cits conomiques" (Booz et al 2011). A titre d'exemple, l'actuel projet ART/ISI@MED mis en uvre Tripoli, au Liban, comprend une plate-forme GIS personnalisable, dont la ralisation a permis la ville de mettre en place et de maintenir un rpertoire des rues et des adresses postales afin de mieux planifier les services municipaux (PNUD et CMI 2012). L'enseignement en ligne, la cybersant, l'argent lectronique et le gouvernement lectronique sont autant d'applications qui dmontrent du grand potentiel des TIC pour la rgion. S'agissant de l'utilisation de l'Internet dans les coles, les carts entre pays sont normes, l'Internet tant introduit 100 pour cent dans les coles Bahren, 80 pour cent en Jordanie et en Tunisie, mais seulement 20 pour cent au Maroc, et pratiquement rien dans les pays faible revenu. L'Initiative jordanienne de l'ducation est un exemple d'utilisation des TIC dans l'enseignement. Le but de cette initiative tait d'exploiter le partenariat public-priv afin d'amliorer l'application des TIC dans les classes 1-12. 198 Les systmes d'information mdicale en ligne peuvent galement diffuser la connaissance la rgion travers la frontire technologique et apporter les services de sant ncessaires aux habitants des milieux dfavoriss. Un projet pilote de cybersant en Tunisie a permis aux utilisateurs des services de sant de rendre compte sur la qualit et la disponibilit des services de sant, un modle de rapport en vertu duquel les gens transmettent aux autorits l'information de responsabilisation. En 2012, le bureau du Premier ministre tunisien a cr une fiche, en langue arabe, portant sur la sant du citoyen (Fiche de la Caisse Nationale tunisienne d'Assurance Maladie) destine informer les autorits et le public sur les moyens d'amliorer et de rformer les services de sant (Elgazzar 2012). Un exemple visant faciliter l'harmonisation des emplois vient de SoukTel, qui fournit un service de mobile appel JobMatch permettant de rduire le foss entre la demande et l'offre de main d'uvre au Maroc et en Cisjordanie et Gaza (www.souktel.org). Les TIC peuvent acclrer l'ouverture des donnes gouvernementales, permettre les achats en ligne, et renforcer l'engagement du citoyen amliorer la transparence gouvernementale et sa responsabilisation. En 2009, par exemple, les citoyens libanais taient encourags envoyer des rapports SMS signalant les irrgularits constates dans l'lection parlementaire un projet invitant les commentaires des citoyens, connu sous le nom de Sharek961.org. Le Maroc tait le premier pays MENA fournir en ligne une partie des donnes gouvernementales (https://data.gov.ma). L'ouverture de ces donnes est un moyen qui facilite la responsabilisation du gouvernement vis--vis des citoyens avec des donnes l'appui. Dans cette veine, la Open Development Technology Alliance (ODTA : www.opendta.org) est une plate-forme de connaissance qui vise donner la parole aux citoyens et amliorer la responsabilisation en proposant des possibilits d'apporter des renseignements relatifs aux services publics, rendant ainsi les gouvernements plus responsables des services publics qu'ils fournissent. L'Enqute des Nations unies sur l'e-gouvernement (gouvernement lectronique) 2012 rvle que de nombreux pays travers le monde ont engag des initiatives d'e-gouvernement assorties d'applications TIC afin d'amliorer l'efficacit du secteur public et soutenir le dveloppement durable (ONU 2012).11 Le portail national du gouvernement tunisien (www.tunisie.gov.tn) fournit un accs rapide l'information sur des services tels que l'obtention d'un permis de conduire ou l'acquisition d'un prt personnel ou de logement. Par ailleurs, et dans le cadre de la nouvelle politique sociale de responsabilisation soutenue par la Banque mondiale en 2011, le Bureau du Premier ministre de Tunisie a cr sa premire plate-forme de fiche d'valuation citoyenne, dsigne sous le nom de Baromtre des Services publics, et destine aiguiser le sens de responsabilit sociale et de bonne gouvernance au sein des services publics. Le rsultat initial de cette fiche tait publi en arabe en 2012 sur la page principale du site Internet du Premier ministre (Elgazzar 2012). L'e-gouvernement s'inscrit galement dans la stratgie marocaine Maroc Numric 2013. L'Encadr 7.3 prsente le profit de l'initiative saoudienne YESSER dans ce sens. 11 http://unpan1.un.org/intradoc/groups/public/documents/un/unpan048065.pdf 199 ENCADR 7.3. YESSER et l'e-gouvernement en Arabie saoudite Le programme d'e-gouvernement national d'Arabie saoudite, appel YESSER, est conu pour fournir de meilleurs services administratifs et renforcer l'efficacit oprationnelle du secteur public. D'autres mesures rglementaires et politiques complmentaires sont destines amliorer la comptitivit et l'instauration d'un climat des affaires propice aux TIC. Au cours des cinq premires annes d'opration, YESSER a enregistr des progrs sur deux fronts importants, savoir, (i) la mise en place de services partags robustes assurant la circulation scurise de l'information administrative et la fourniture en ligne de services scuriss, et (ii) la fourniture d'une infrastructure organisationnelle aux agences gouvernementales pour leur permettre d'laborer et mettre en uvre leurs propres plans de transformation e-gouvernement de sorte introduire les services traditionnels en ligne, avec tous les avantages que cela entraine en termes de commodit, de rapidit et de cots. Le programme d'e-gouvernement national saoudien entame actuellement sa deuxime phase quinquennale, l'accent tant toujours mis sur la qualit de la main d'uvre. En favorisant l'e-gouvernement - non seulement comme une srie de mesures destines mettre davantage de services publics en ligne mais surtout comme un outil de transformation visant amliorer la relation entre le gouvernement, les entreprises et les citoyens - YESSER a tabli des politiques et mthodes innovatrices et matire de ressources humaines permettant d'attirer et de retenir les talents parmi ses propres quipes. L'exprience cumule par l'Arabie saoudite dans ce domaine peut profiter d'autres secteurs de l'Etat, ainsi qu' d'autres pays. Source : FEM 2010. Mais en dpit des progrs enregistrs, les applications e-gouvernement ne sont pas encore suffisamment dveloppes dans la rgion pour susciter un environnement propice une productivit accrue. Le secteur public joue un rle considrable dans l'laboration d'applications e-gouvernement destines fournir aux citoyens des services publics et d'informations ponctuelles. D'autre part, et pour faciliter le commerce, une attention particulire doit tre accorde l'utilisation des techniques d'change de donnes informatis et la douane lectronique (e-douanes) pour le dpt des dclarations et le rglement des droits. Le climat des affaires peut galement tre amlior travers l'enregistrement en ligne, la taxation lectronique, l'achat lectronique et le paiement en ligne. Le rglement par mobile peut aussi amliorer l'efficacit du secteur financier, largir l'accs aux services financiers et accrotre l'efficacit des services publics, tels que les programmes de transfert montaire. L'on peut galement combiner les efforts visant l'extension des services d'e-gouvernement, la simplification des procdures administratives, la diffusion largie de l'information au public, la formation informatique et l'utilisation de l'Internet dans les coles, ainsi que le dveloppement du contenu et des applications ducationnels et d'enseignement lectronique. 200 Les TIC intelligentes ( Smart TIC ) et les applications Internet peuvent potentiellement amliorer l'environnement et aborder le changement climatique. Les principaux domaines d'application sont les industries manufacturires, l'nergie, le transport et la construction. Une meilleure comprhension des TIC intelligentes permet aux dcideurs de promouvoir l'innovation propre et une croissance conomique plus verte. Les TIC peuvent galement soutenir la croissance et l'emploi durables au moyen de rseaux intelligents, de compteurs intelligents, de btiments intelligents, de systmes de transport intelligents, et de cits intelligentes - autant d'opportunits qui attendent d'tre exploites (OCDE 2010) Avec les TIC, enfin, le march mondial de l'emploi prend une nouvelle forme. Les TIC ouvrent de nouvelles frontires, donnant naissance de nouvelles tendances en matire d'emploi grce aux possibilits de microtravail,12 de passation de contrat l'aide des TIC, de jeux en ligne, ainsi que la monte en puissance de l'conomie des "app". Ces nouvelles tendances ont cependant autant de risques que d'avantages. Mais grce des conditions favorables, elles peuvent gnrer des emplois et de nouveaux revenus. Le travail suscit par les TIC peut tre exerc n'importe o, ds lors qu'on dispose d'un ordinateur et d'une connexion Internet ; n'tant pas soumis des barrires contraignantes, ce type de travail est hautement flexible sur le plan des comptences exiges, et rsiste aux ralentissements anticycliques et conomiques. En tant que formes de tltravail ou travail virtuel, ces tendances sont susceptibles d'avoir un effet positif sur l'environnement en rduisant les cots communautaires et de livraison (Rossotto, Kuek, et Paradi-Guilford, 2012). Ainsi, le dveloppement des services bass sur la TI et l'amlioration des comptences de la main d'uvre concerne peuvent accrotre la productivit, gnrer de nouveaux emplois et acclrer la croissance conomique. Les pays MENA se caractrisent par l'inadquation entre les talents disponibles et les besoins de l'industrie. Cette situation doit tre remdie du fait que les TIC offrent des possibilits aux jeunes d'entrer dans le march du travail, apportant ainsi la flexibilit dans la chaine de valeurs tout en leur permettant de rivaliser pour les emplois de haut niveau grce aux avantages que leurs comptences technologiques leur procurent. La Figure 7.8 retrace le degr de formalisme dans 12 La Banque mondiale value actuellement la faisabilit du microtravail pour le dveloppement socioconomique de Cisjordanie et Gaza et, en particulier, pour les possibilits d'emploi des jeunes et des femmes (Rapport d'information interne 2012). FIGURE 7.8. La jeunesse et de degr de formalisme dans les marchs de la main d'uvre TIC Source : La Cava, Rossotto, et Guilford 2011. 201 l'emploi et le potentiel de compensation pour une varit d'emplois TIC ouverts aux jeunes travers le monde. La cration de services de logiciels abordables et d'utilisation facile peut considrablement rduire les barrires l'emploi en impulsant le micro-travail ou micro-tasking et l'externalisation ouverte ou crowdsourcing (Chamlou 2012).13 Le potentiel de cration d'emplois des TIC dans la rgion MENA est examin au Chapitre 8. LE DVELOPPEMENT DES COMPTENCES TIC EN FAVEUR DE L'EMPLOI, DE L'ENTREPRENARIAT ET DE L'INNOVATION Il est indubitable que les TIC gnrent de nouvelles opportunits d'emploi pour les diffrents degrs de qualification, tout en contournant quelques unes des rigidits du march de l'emploi et en favorisant l'innovation. Le Tableau 7.1 numre certaines mesures susceptibles d'tre mises en uvre pour rpondre aux besoins de segments spcifiques du march du travail, en commenant par celles touchant les principaux demandeurs d'emploi, et produire des rsultats rapides mme d'allger le chmage. Ces mesures sont, en partie, discutes plus loin. TABLEAU 7.1. Mesures TIC pour gnrer l'emploi selon les diffrents degrs de qualifications Qualifications Mesures centres sur les TIC Qualifications, tous niveaux confondus Plateformes pour concilier l'offre et la demande de main-d'uvre Services de transfert lectronique et mobile d'argent Mesures pour renforcer la comptitivit Faibles qualifications Cration de plateformes de micro-tasking et de crowdsourcing Dveloppement de l'externalisation rurale des processus d'entreprise (BPO) Qualifications moyennes Dveloppement de l'industrie axe sur la technologie de l'information, y compris la BPO Qualifications leves Dveloppement de la BPO l'extrmit suprieure Promotion des rseaux R&D entre entreprises et universits Renforcement de l'environnement TIC afin d'attirer l'investissement direct tranger (IDE) Entreprenariats et free-lancing (travail en indpendant) Cration de plateformes pour l'entreprenariat Accroissement des incubateurs d'entreprise et introduction de laboratoires vivants Dveloppements de plateformes ouvertes pour la cration conjointe d'applications et de contenu numrique Applications TIC pour les entrepreneurs, tous secteurs confondus 13 Le Crowdsourcing est un processus impliquant l'externalisation de tches, rparties sur un groupe de personnes. Ce processus se pratique tant en ligne que hors ligne. La diffrence entre le crowdsourcing et l'externalisation ordinaire rside dans le fait qu'une tche ou un problme est externalis un public non-dfini plutt qu' un ensemble spcifique de personnes, tels les employs pays. http://en.wikipedia.org/wiki/Crowdsourcing 202 LES TRAVAILLEURS PEU QUALIFIS Les plateformes de micro-tasking et de crowdsourcing peuvent fournir une compensation marginale supplmentaire verse au moyen des tlphones mobiles ou autre outil TIC. Grce un environnement professionnel flexible, ces plateformes permettent des groupes dfavoriss de travailler domicile (femmes et mres au foyer, par exemple) et relier la main d'uvre aux marchs locaux, rgionaux et mondiaux. Cette approche est virtuellement nouvelle pour la rgion MENA mais elle peut influer sur l'efficacit des programmes de dveloppement communautaire, paralllement aux priorits rgionales. LES TRAVAILLEURS MOYENNEMENT HAUTEMENT QUALIFIS Les comptences ncessaires aux services et BPO axs sur la technologie de l'information sont fongibles entre les secteurs et peuvent avoir donc un impact intersectoriel en termes d'employabilit. La cration d'emploi BPO a galement un effet multiplicateur sur l'emploi et peut donc tre lie aux programmes de dveloppement communautaire, en particulier ceux ciblant les jeunes et les femmes en milieu rural. L'entreprenariat et les entreprises en dmarrage (start-ups) peuvent tre financs au moyen de concours et de crowdfunding. Les jeunes entrepreneurs et les entreprises en dmarrage peuvent accroitre leur exposition publique et amliorer leur accs aux clients et sponsors industriels, au financement et d'autres types de soutien par le biais de concours portant sur la planification d'activits, l'laboration d'applications et sur d'autres domaines. Le crowdfunding peut amliorer l'accs des jeunes entrepreneurs au capital au-del des institutions financires traditionnelles nationales. Bnficier des concours et du crowdfunding ncessite cependant des partenariats avec le secteur priv, lesquels fournissent aux entrepreneurs dbutants et aux entreprises en dmarrage des incubateurs d'entreprises et rseaux de mentoring bien quips. On peut relier le dveloppement des comptences l'entreprenariat et l'incubation d'entreprises en crant cet effet des plateformes collaboratives, souvent au sein des universits. Ces espaces permettent aux tudiants et jeunes chmeurs d'exploiter leurs comptences en prparant des dmonstrations et des prototypes, et en introduisant des amliorations aux services publics actuels, aux processus oprationnels et aux applications commerciales convenus avec les clients. Ces plateformes ouvrent les possibilits de partenariat public-priv (PPP) aux niveaux local et national. La plate-forme finnoise de co-cration Demola (www.demola.fi), mise en place dans cinq villes est un excellent exemple. L'emploi travers les plateformes de free-lancing et d'e-lancing (free-lancing lectronique), ainsi que les plateformes ouvertes pour la cration conjointe d'applications et de contenu numrique, est une tendance en rapide mergence dans de nombreux pays o l'laboration d'applications est de plus en plus lie aux besoins des utilisateurs et des consommateurs. En Europe, par exemple, les Laboratoires vivants et leurs rseaux transfrontaliers s'avrent dsormais essentiels au dveloppement des applications, 203 permettant la cration conjointe de produits et de services par des recherches orientes vers l'utilisateur et inspires par des situations relles. LES TRAVAILLEURS HAUTEMENT QUALIFIS Certains pays MENA figurent parmi les destinations les plus attrayantes pour les BPO haut de gamme.14 Pour ces pays, il serait utile d'laborer des programmes de formation qualifiante rpondant aux besoins de l'industrie BPO. L'Egypte a acquis une exprience utile dans le renforcement des capacits fondamentales des BPO dans le cadre de son programme EDUEgypt program (www.eduegypt.gov.eg), qui offre une possibilit de mise niveau rapide. Tout ce qu'il faut ce sont des exercices nationaux de prospective technologique permettant de faciliter la coopration intersectorielle et aplanir les barrires entre l'industrie, l'universit et le gouvernement. Ces stratgies peuvent faire des intervenants MENA des partenaires attrayant pour les acteurs TIC mondiaux, tout en identifiant les opportunits PPP et frayant la voie la coopration internationale. TOUS NIVEAUX DE QUALIFICATION CONFONDUS Les applications TIC qui mettent en relation jeunes demandeurs d'emploi et opportunits d'emploi peuvent s'appuyer sur la technologie mobile disponible pour augmenter les chances d'accs aux offres locales, rgionales, voire internationales pour les demandeurs d'emploi des zones tant urbaines que rurales, quel que soit le niveau de leurs qualifications. Grce des applications telles que Souktel.org en Palestine, les demandeurs d'emploi peuvent soumettre les informations essentielles sur leurs comptences une base de donnes travers les tlphones mobiles, d'o les employeurs peuvent faire leur slection pour des opportunits spcifiques. La mise en place d'un climat propice au dveloppement du secteur priv et au transfert lectronique d'argent sur mobile peut stimuler la croissance de l'industrie TI locale (en particulier les segments forte demande en main d'uvre). Le recours aux TIC peut, en outre, amliorer le climat des affaires (registres de commerce, procdures douanires, etc.). Les services financiers mobiles et autres formes de services bancaires hors-agence peuvent soutenir le micro-travail et le crowdsourcing dans des zones o l'infrastructure bancaire traditionnelle fait dfaut. LE DVELOPPEMENT DES CONTENUS EN ARABE La promotion du contenu arabe sur l'Internet offre un grand potentiel pour la rgion. L'arabe est la cinquime langue la plus parle dans le monde, mais elle vient en 8me position parmi les langues les plus courantes sur l'Internet. Le nombre d'arabophones utilisant Twitter continue de crotre, dont 40 pour cent sont des rsidants des Emirats. Cependant, la plupart des usagers d'Internet de la rgion utilisent davantage l'anglais et le franais. Une enqute 14 L'indice de localisation A.T. Kearney's Global Services Location Index 2011, place sur un total de 50 pays l'Egypte la 4me place et les Emirats la 15me, suivis par la Jordanie (22me), la Tunisie (23me) et le Maroc (37me). 204 d'ipsos rvle que 96 pour cent des rseaux sociaux utiliss par les Arabes utilisent les langues trangres, soit 4 pour cent seulement pour l'arabe, d'o la ncessit de dvelopper davantage le contenu arabe (La Cava, Rossotto, et Paradi-Guilford 2011). La confection du contenu numrique en Jordanie a t impulse en 2009 lorsque l'entreprise Intel a annonc son projet d'investir dans deux socits de contenu numrique, Jeeran et ShooFeeTV. Ce financement permettra ces socits de raliser leur croissance rgionale et d'tendre les produits qu'elles proposent. Jeeran est le plus grand site de contenu gnr par les utilisateurs dans le monde arabe, avec prs d'un million de membres et pas moins de 7 millions de visiteurs par mois. ShooFeeTV fournit l'information en ligne pour plus de 120 chaines satellitaires arabes, y compris des renseignements sur la programmation, des images et des clips vido (Kelly et Rossotto 2012). Wikipdia a lanc de son ct une initiative intressante. En effet, si la version anglaise de Wikipdia porte sur prs de 3,8 millions d'articles, la version arabe ne compte que 150.000 seulement, en dpit du fait que l'on dnombre 400 millions d'arabophones de par le monde. Pour accrotre sa base ditoriale, Wikipdia a lanc un programme pilote au Caire, en vertu duquel les tudiants diteront et rdigeront l'encyclopdie en ligne dans le cadre de leurs travaux de classe, sous la supervision de leurs professeurs (Chaudhuri 2012). Pareilles initiatives doivent tre encourages afin de renforcer les liens interarabes, la langue arabe tant leur liant de base. RENFORCEMENT DE LA COOPRATION RGIONALE La coopration rgionale en matire de TIC favorise l'intgration rgionale, comme il se dgage des runions rgulires du Conseil des ministres arabes des TIC. La coopration rgionale peut prendre diverses formes, y compris la coopration en matire d'infrastructure de tlcommunication, de politiques et de finance. Le partage du savoir-faire et des initiatives conjointes parmi les Etats membres de Commission conomique et sociale des Nations unies pour l'Asie occidentale (CESAO) peut contribuer, par exemple, l'tablissement de liens entre ces pays tout aussi bien qu'avec d'autres pays arabes extrieurs la rgion CESAO.15 La CESAO a cr un portail sur la socit de l'information pour l'change de l'information. Elle s'attelle actuellement la mise en place d'un cadre rgional pour le dploiement dans la rgion des services haut dbit et d'un cadre lgislatif pour l'e-gouvernement. Entre 2005 et 2010, la CESAO a fournit aux gouvernements des pays membres des services rguliers de conseil sur les applications e-gouvernement. 15 Les pays de la CESAO sont le Bahren, l'Egypte, l'Irak, la Jordanie, le Kowet, le Liban, Oman, la Palestine, le Qatar, l'Arabie saoudite, le Soudan, la Syrie, les Emirats, et le Ymen (www.escwa.un.org). La CESAO dfend et soutien les pays membres dans les domaines suivants : (i) intgration des politiques et stratgies TIC dans les plans socioconomiques nationaux ; (ii) le renforcement des capacits en matire d'valuation de la socit de l'information, le partenariat public-priv dans les initiatives TIC et le dveloppement de la cyberlgislation ; et (iii) la mise en place d'outils pour le contrle du progrs, de la promotion du contenu numrique arabe et de l'accs des communauts dfavorises l'information et la connaissance. Sur le plan rgional, la CESAO s'efforce d'tablir des mcanismes de coopration et de coordination entre les acteurs rgionaux engags dans des activits de dveloppement des TIC. Voir cet effet isper.escwa.un.org/Default.aspx?TabId=65&item=28; www.unctad.info/upload/WSIS5/Contributions/UNGIS/ESCWA.pdf. 205 S'agissant de la coopration avec l'Union europenne, certains programmes mritent l'attention. L'Initiative pour la Socit de l'information euro-mditerranenne (EUMEDIS) uvre la promotion des TIC dans les pays participants et d'aider, ce faisant, au dveloppement de la socit de l'information dans les pays mditerranens partenaires. Elle a financ cet effet des projets pilotes rgionaux relatifs la socit de l'information dans cinq secteurs prioritaires, savoir, les rseaux de sant ; le commerce lectronique ; le tourisme et le patrimoine culture ; l'industrie, la recherche et l'innovation ; et l'enseignement. en 2009, EUMEDRegNet a t amorc en vue d'amliorer encore davantage la coopration, mutuellement bnfique, entre l'Europe et les pays partenaires mditerranens dans le domaine la socit de l'information, en s'appuyant sur les progrs raliss par EUMEDIS et d'autres initiatives rgionales.16 Le programme sur les Nouvelles approches de la politique des tlcommunications (NATP II) contribue rgulirement aux efforts dploys par les autorits des pays mditerranens partenaires pour libraliser leurs marchs de tlcommunications.17 CONCLUSION Il est notoire que l'amlioration des infrastructures de l'information est tributaire du caractre concurrentiel du secteur des TIC. La capacit d'un pays intgrer l'conomie de la connaissance se mesure l'adquation de l'infrastructure (notamment une bonne dorsale TIC) et l'environnement concurrentiel. La rgion MENA a accompli d'importants progrs ces dernires annes en largissant l'accs aux services de tlcommunications mais ces rsultats restent largement limits la tlphonie mobile. L'accs aux lignes terrestres est demeur quasi statique dans de nombreux pays, et l'accs l'Internet relativement coteux et dbit limit. La rgion peut tirer les enseignements de son succs en matire de tlphonie mobile pour amliorer le climat propice aux affaires, en favorisant la concurrence et en incitant le secteur priv fournir des services de qualit suprieure et des prix raisonnables. Les gouvernements de la rgion doivent se concentrer sur leurs programmes de rformes inacheves. Des mesures prioritaires dans les secteurs des tlcoms et de l'Internet peuvent stimuler la croissance conomique et favoriser la connectivit internationale, ainsi qu'une plus grande transparence dans la gouvernance. Les mesures cls suivantes doivent tre prises en considration : La libralisation complte des rseaux TIC et le renforcement proactif des autorits de rglementation et de concurrence. Les rformes moyen terme doivent 16 EuroMed: http://ec.europa.eu/europeaid/where/neighbourhood/regional-cooperation/documents/infonotes_ enpisouth_regional_cooperation_en.pdf 17 Des pays tells que le Maroc, la Tunisie et la Jordanie ont intrt s'intgrer et se conformer pleinement aux rglements tlcom de l'UE en libralisant pleinement (en s'assurant que la structure de leur march est compatible avec la Directive de 1998de l'UE sur la totale libralisation, telle qu'elle a t amende) et en adoptant l'acquis communautaire sur la rglementation des tlcommunication et la protection de la vie prive et des donnes. 206 comprendre la mise en place d'un cadre juridique et rglementaire plus quilibr pour les TIC. L'indpendance et la capacit des organismes de rglementation doivent tre renforces, de manire ce que les pays MENA puissent rcolter les fruits de la concurrence loyale. Les autorits antitrust doivent, en particulier, tre considrablement renforces. La priorit doit tre accorde au contrle du pouvoir monopoliste et des cartels conomiques. Les tlcommunications et les mdias sont gnralement des secteurs prioritaires pour le contrle et les mesures antitrust. Une plus grande concurrence sur les rseaux dorsaux et la connectivit internationale. Il faut encourager l'entre des oprateurs concurrents au march en optimisant les investissements dans les services qui ont dj install les cbles de fibre optique pour la connectivit intrieure ou internationale. La concurrence accrue qui diminue le contrle du gouvernement du rseau central et rduit les possibilits de dfaillance catastrophique du rseau. Protection de la vie prive des usagers, tout en garantissant les droits de proprit intellectuelle et la libert d'expression. Il s'agit, en d'autres termes, de passer de l'ancien paysage centr sur l'Etat celui, plus ouvert, qui quilibre adquatement la scurit et les intrts privs, soutien la transparence et la vie prive des usagers, et qui assure une plus grande rsistance de l'infrastructure. Les gouvernements peuvent encourager cette volution en augmentant les dpenses TIC, en favorisant les services e-gouvernement et en subventionnant la formation TIC au sein du gouvernement. Ils peuvent galement promouvoir l'enseignement des TIC dans les coles de la rgion. La rforme rglementaire en matire de TIC doit inclure une lgislation susceptible d'assurer la libert et d'information et d'expression. L'approche lgislative doit soutenir la pluralit et l'indpendance des mdias et favoriser l'ouverture d'accs aux donnes gouvernementales. La rgion arabe doit aussi bnficier des changes accrus en logiciels et services technologiques travers la rgion ainsi que de la convergence axe sur les TIC de l'Internet, des mdias et de la communication. A titre d'exemple, les plateformes rgionales pour les systmes de gestion des transports, les services de sant en ligne, les applications de rfrencement gospatiale, et bien d'autres secteurs verticaux de l'informatique mergent dans le paysage TIC de la rgion comme lments d'importance. Il convient, cet effet, de retenir que la libralisation et l'harmonisation des TIC l'chelle rgionale peuvent grandement contribuer impulser le dveloppement de l'industrie TIC. Dans cette veine, il faut (i) harmoniser la politique et la rglementation rgionale des tlcommunications ; (ii) tablir une large bande ultrarapide ; (iii) mettre en place des plateformes rgionales pour les applications mobiles ; et (iv) soutenir l'intgration rgionale dans le commerce des services TI/ITES (Chauffour 2011). 207 Pour rsumer, certaines parties du secteur des tlcommunications du monde arabe ont enregistr une croissance rapide au cours des dernires annes, stimule par les rformes qui ont contribu l'ouverture des marchs et de la concurrence. Mais l'on peut encore faire mieux pour amliorer la concurrence dans le secteur, gnraliser l'accs au haut dbit et faire en sorte que les TIC servent de levier la multiplication de la productivit, de la croissance et de l'emploi. Avec le secteur des tlcommunications qui se transforme en un environnement plus commercial et comptitif, les gouvernements doivent mettre en uvre des politiques permettant d'amliorer les comptences des citoyens en matire de TIC, et susceptibles de renforcer leur employabilit ainsi que leur caractre entrepreneurial et innovateur. Le dveloppement du contenu de l'Internet en langue arabe est aussi d'une importance capitale car il permettra de gnraliser les avantages des TIC parmi la population. 208 RFRENCES A.T. Kearney. 2011., Offshoring Opportunities Amid Economic TurbulenceThe A.T. Kearney Global Services Location Index. www.atkearney.com/index.php/Publications/global-services-location-index-gsli.html. Akhtar, Shamshad. 2010. Gouvernance et anticorruption : Expriences dans la rgion MENA. Communication prsente par le vice-prsident rgional de la Banque mondiale. Novembre 2010. www.pogar.org/publications/ac/2011/tunisia/shamshad-aktar.e.pdf. Booz et al. 2011. 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Au cours des dernires dcennies, diffrents facteurs gopolitiques et dmographiques ont influenc le modle de croissance suivi par le monde arabe. Dans la plupart des pays, l'identification des secteurs de priorit tait base sur des considrations qui mettent l'accent davantage sur les avantages comparatifs lis aux ressources ou au lieu plutt que sur la comptitivit axes sur la connaissance. L'intrt plac sur ces facteurs a longtemps tenu la rgion dans une "zone de pseudo-confort" qui l'a conduit progressivement vers le chmage, la faible productivit et la croissance lente.1 Outre le dveloppement de politiques concernant les quatre piliers politiques de la connaissance et de l'innovation, il est ncessaire de poursuivre des politiques actives pour promouvoir de nouveaux secteurs gnrateurs d'une croissance conomique leve et d'emploi. Ces politiques sectorielles englobent des mesures portant sur les quatre piliers politiques que sont le rgime conomique et institutionnel, l'ducation, l'innovation et les TIC. Une croissance lev et durable exige des stratgies efficaces mme de canaliser le potentiel conomique des activits axes sur la connaissance et de remonter la chaine de valeur tout en renforant la productivit. Peu de pays ont identifi les secteurs qui impulseraient leur croissance future, et ceux qui ont tabli des plans pour encourager le dveloppement de ces secteurs sont encore moins. Le Maroc fournit un exemple de ce qui est requis (Encadr 10.1). Le prsent chapitre identifie plusieurs secteurs prometteurs - activits se rapportant la technologie de l'information et de la communication (TIC), au tourisme mdical et de sant, les industries cratives et l'nergie verte. Il se penche sur les principales contraintes et propose un plan directeur des rformes qu'il convient d'introduire afin que ces secteurs puissent dployer leur potentiel et gnrer la croissance conomique et l'emploi voulus. Certains secteurs dj bien tablis dans la rgion ont, l'vidence, un important rle jouer dans la promotion de la croissance conomique au moyen terme ; ces secteurs feront l'objet de la prochaine section. Lesdits secteurs - l'agroalimentaire, les textiles, la construction automobile et les produits chimiques - sont gnralement de gros employeurs et comptent pour la majorit des emplois industriels de la rgion. La mise profit des meilleures pratiques mondiales permettra au monde arabe de remonter la chaine des valeurs et de transformer l'avantage comparatif actuel en un avantage comptitif. LES SECTEURS TABLIS : FAIRE LE SAUT VERS LCONOMIE DE LA CONNAISSANCE 1 Le prsent chapitre s'appuie sur les contributions de Radwan et Strauss (2012). 214 Des stratgies de la connaissance et de l'innovation sont ncessaires pour stimuler la croissance dans les industries tablies. On peut raliser un taux plus lev de croissance et de cration d'emplois grce la valorisation de la chaine des valeurs de ces secteurs et l'amlioration de leur comptitivit sur les marchs intrieur, rgional et international ; l'exploration du potentiel de nouvelles niches ; et la mise en place des politiques, des infrastructures et du capital humain ncessaires. L'AGROALIMENTAIRE : REMONTER LA CHAINE DES VALEURS Le secteur de l'agroalimentaire, d'importance stratgique, est un sous-ensemble d'industries manufacturires qui transforment les matires premires et les produits intermdiaires provenant de l'agriculture, de la pche et de la foresterie. L'agriculture (sans transformation industrielle) reprsente 8,2 pour cent du PIB arabe total et emploie 25 pour cent de la main d'uvre totale. Les ressources agricoles des pays MENA varient largement d'un pays l'autre (Figure 8.1). Les pays du Conseil de coopration du Golfe (CCG) par exemple, ont des ressources agricoles limites et importent la majorit de leurs produits agroalimentaires, mme s'ils disposent d'un potentiel considrable pour le dveloppement d'industries fondes sur l'nergie, telles que la production d'engrais, la rfrigration et la fabrication de tracteurs et autres machineries agricoles, situes en amont de la chaine des valeurs de l'agro-industrie. FIGURE 8.1. Les terres arables en tant que pourcentage de la superficie totale des terres Source : Banque mondiale, Indicateurs de dveloppement dans le monde, 2012. 02468101214161820Terres arables (% des terres) 215 Le secteur peut devenir une source d'intgration conomique interarabe en raison des variations complmentaires dans les ressources agricoles. Les pays CCG ont peu de terres arabes (Figure 8.1), par contre leur potentiel de production d'engrais est norme (Figure 8.2). En revanche, le Maghreb et le Mashreq consomment plus d'engrais qu'ils ne peuvent en produire. La plupart des pays arabes sont des importateurs nets de produits alimentaires (en particulier du bl). En 2011, les importations nettes de produits alimentaires variaient entre 11 milliards $US pour l'Arabie saoudite et 280 millions $US pour la Mauritanie. Pour bnficier des complmentarits et faire face aux dfis communs, les changes entre pays arabes se sont accrus au cours des dernires annes. Au lendemain de la crise alimentaire mondiale de 2007-2008, les changes interarabes et l'investissement direct tranger (IDE) dans l'industrie agroalimentaire ont fait un important bond en avant (Tanyeri-Abur et El Amin 2009). Plusieurs pays CCG ont affect une partie de leurs fonds souverains l'investissement dans l'agriculture ou pour la cration de socits d'investissement mixte (Jannat, en Arabie saoudite, par exemple). La plupart de ces investissements sont raliss dans les pays du Maghreb et du Mashreq, ainsi qu'au Soudan. FIGURE 8.2. Consommation d'engrais comme pourcentage de la production d'engrais Source : Banque mondiale, Indicateurs de dveloppement dans le monde, 2012. Cependant, les projets IDE dans le secteur de l'agroalimentaire auraient cr un maximum de 38 emplois directs par million d'euros investis entre 2003 et 2010 (ANIMA 2011). Et la taille des investissements demeure insignifiante. Le secteur reprsente seulement 1,5 pour cent de l'ensemble des IDE entre 2003 et 2010 dans la rgion du Mashreq et de 1,9 pour cent au Maghreb, compar 4 pour cent en Turquie et en Isral. On peut en conclure que l'agroalimentaire n'a pas encore atteint son potentiel dans la rgion et que la chaine de valeurs du secteur doit tre considrablement amliore. ANIMA (2011) indique qu'il existe un 050100150200250Consommation d'engrais (% de production d'engrais) Source : Base de donnes de la Banque mondiale, 2012 216 potentiel substantiel dans la commercialisation des produits mditerranens (huiles, fruits et jus, par exemple), des services alimentaires (restauration arienne, cantines, restaurants touristiques, etc.), de l'agriculture organique, l'horticulture, les plantes aromatiques et mdicinales, et les cosmtiques. Les fluctuations dans les prix des denres alimentaires au cours des dernires annes mettent en vidence l'importance de l'agriculture, tant pour attnuer la pauvret que pour assurer la scurit alimentaire. Le secteur emploi une nombreuse main d'uvre souvent englue dans la pauvret en raison des mauvais rendements. A titre d'exemple, le rendement du bl au Maroc reprsente 27 pour cent celui de l'Allemagne, et les tomates en Egypte 51 pour cent du rendement aux Etats-Unis. La production des olives en Tunisie est peine 16 pour cent celle de l'Espagne. Au problme du rendement s'ajoutent ceux du manque d'accs au march, la pnurie de la main-d'uvre qualifie, et l'absence de R&D et de services de vulgarisation (Zeidane 2012). La mise niveau de la chaine de valeur est un catalyseur important de l'conomie de la connaissance. L'industrie qui reoit un appui politique et conomique (soutien descendant) et une mise niveau permanente de ses facteurs de production (innovations ascendantes) sur toute sa chaine de valeurs peut devenir comptitive et s'intgrer dans le march mondial. Il convient de noter qu'en dpit de la libralisation de leur industrie manufacturire, l'Egypte et le Maroc n'ont pas russi accder aux marchs mondiaux en raison de l'absence d'une intgration notable dans la chaine de valeurs (Taha 2012). L'analyse de la chaine de valeur permet de comprendre la structure de gouvernance rgissant l'conomie ainsi que les interactions entre les diffrents acteurs du march. L'Encadr 8.1 rsume les goulets d'tranglement communs la chaine de valeur agroalimentaire pour l'Egypte. 217 ENCADR 8.1. Chaine de valeur agroalimentaire pour l'Egypte Bien que l'Egypte possde plusieurs instituts centres remarquables de recherche qui jouissent d'une reconnaissance au moins rgionale et continentale (PNUE 2006), les ressources d'innovation et de dveloppement de produits sont limites. En outre, les mcanismes d'extension agricole ne procurent pas un transfert adquat de la connaissance entre les centres de recherche et les petits agriculteurs. La transformation des produits agricoles rcolts en Egypte est un srieux problme, car on estime 20 pour cent le volume des pertes annuelles en raison de techniques de stockage surannes et de manque de coordination parmi les responsables des units gouvernementales dans la chane d'approvisionnement (Mohamed 2010). De plus, une importante part d'activits agroalimentaires (telles que les friandises et la confiserie, et les boissons non alcoolises) s'appuient sur les matires premires importes. En matire de logistique, l'Egypte a dploy des efforts considrables pour la mise en place de nouveaux ports et de ples logistiques. Nonobstant, la logistique intrieure est faible, tout autant que les entrepts frigorifiques qui se limitent seulement quelques segments du march. Par ailleurs, c'est la dficience en marketing qu'il faut imputer les 13 pour cent de capacits inutilises dans l'agroalimentaire. Il est ncessaire d'adopter une stratgie globale pour les industries agroalimentaires. Bnficier des avantages comparatifs en matire d'agroalimentaire pour surmonter les dfis qui se posent la rgion exige des politiques et des solutions globales bien coordonnes couvrant l'ensemble de la chaine de valeur du secteur arabe de l'agroalimentaire. Il est aussi besoin de rsoudre le problme de dualit, bien prononc dans le secteur, o seules quelques grandes entreprises commerciales peuvent se permettre d'acqurir les technologies manufacturires avances et produire diffrents types de produits, alors que les petites entreprises, souvent informelles, ne possdent pas les comptences et capacits de contrle qualit requises pour dvelopper de nouveaux produits. La coexistence entre le secteur informel et formel doit tre considre dans le contexte d'un change et transfert efficaces de la connaissance. Dveloppement de produit Mcanismes insuffisants pour la promotion R&D Transfert de connaissance aux petits agriculteurs Logistique Modernisation du systme de stockage Manque de coordination parmi les acteurs chargs de la promotion de l'tablissement des plateformes en diffrents lieux Marketing Les PME ont des difficults commercialiser leurs produits Transformation Liaisons verticales faibles ou incompltes, notamment parmi les PME Faible niveau de comptitivit base sur l'innovation et l'utilisation de mthodes obsoltes Goulots d'tranglement dans la chaine de valeur del'agroalimentaire 218 L'INDUSTRIE TEXTILE : LA CONCURRENCE DANS UN ENVIRONNEMENT MONDIAL COMPLEXE Le secteur du textile et du vtement a vcu une concurrence acharne (notamment avec la Chine et la Turquie) depuis l'expiration dbut 2005de l'Accord multifibre (et son systme de quota d'importation). Le secteur emploie une partie importante de la main d'uvre manufacturire de la rgion - environ 50 pour cent en Tunisie, 30 pour cent en Syrie, 28 pour cent en Egypte et 19 pour cent en Jordanie. Le secteur est une source majeure d'exportations. En 2010, le secteur du textile et du vtement reprsente environ 25 pour cent des exportations manufacturires des pays du Maghreb et du Mashreq, qui varient de 43 pour cent pour la Syrie 18,82 pour cent pour la Jordanie (Figure 8.3). L'Egypte et la Syrie disposent, entre autres pays, de ressources permettant la cration d'une industrie verticalement intgre, allant de la fibre aux produits finis, ce qui explique le ratio lev de leurs exportations du textile par rapport celles du vtement. A l'inverse, la Jordanie, le Maroc et la Tunisie tendent importer les matires premires et mettre l'accent sur la fabrication du vtement. Les deux groupes de pays doivent cibler les segments plus levs des marchs d'exportation en proposant de meilleurs produits qui dmontrent d'une bonne comprhension des gots des marchs trangers. Mais pour y aboutir et prserver l'emploi, il est ncessaire de mettre au point une stratgie globale de la connaissance qui assurera la comptitivit du secteur dans des segments du march plus haute valeur ajoute. FIGURE 8.3. Exportations du textile et du vtement comme pourcentage des exportations manufacturires totales, 2010 Source : Base de donnes statistiques de l'OMC, www.unwto.org. 0% 5% 10% 15% 20% 25% 30% 35% 40% 45% 50%SyrieViet NamTurquieJordanieBahren, Kingdom ofEmirats arabes unisIraqIsralArabie saoudite, Kingdom ofLibyeTextilesVtement 219 La Tunisie, qui est le 5me plus important fournisseur de vtement l'Union europenne, est un bon exemple. Le gouvernement tunisien s'efforce de prserver cette industrie du fait qu'elle reprsente la principale source d'emplois. Pour y parvenir, il s'est tourn vers l'conomie de la connaissance. Le secteur textile tunisien a fait un bond qualitatif en s'appuyant sur les actifs non traditionnels que sont la crativit, l'innovation, le marketing et l'investissement dans les nouvelles technologies. Sur le plan local, plusieurs laboratoires et units de recherche s'taient impliques dans des questions lies au domaine du textile, la plupart situs l'Universit de Monastir. Cette dernire abrite trois instituts de formation en matire de textile dont les cours sont sanctionns par un diplme d'ingnieur textile (70 laurats par an)2, ainsi qu'en protection de l'environnement, en stylisme et en conception. En outre, au moins sept quipes de recherche et pas moins de 70 chercheurs universitaires travaillent sur des questions relatives au textile. Les thmatiques de recherche varient de l'tude des matriaux naturels l'amlioration du confort textile, en passant par l'optimisation des procds de production. La Tunisie a donc russi amliorer la qualit de sa production au moyen de la conception, la finition et la coproduction en matire de vtement. La transition l'conomie de la connaissance a pu sauver au moins 204.000 emplois et 40 pour cent des exportations industrielles de la Tunisie (MEDIBTIKAR et EuroMed 2009). Le secteur des textiles doit explorer d'autres crneaux, notamment le textile technique, le textile industriel, le gotextile et le textile mdical. L'enseignement universitaire spcialis est, en outre, une condition sine qua non pour les produits valeur ajoute. Les gouvernements doivent encourager les entreprises nationales, voire mme les petites et moyennes entreprises (PME) informelles, tablir des relations troites avec des marchandiseurs de marques de fabrique et s'assurer de la mise niveau des connaissances requises. Les centres R&D qui traitent les problmes courants de l'industrie ncessitent un soutien plus grand. MACHINERIES ET QUIPEMENTS DE TRANSPORT : FAVORISER LES LIENS AVEC D'AUTRES SECTEURS La machinerie et l'quipement de transport deviennent dsormais les principaux facteurs de croissance et d'exportation. Le secteur reprsente une part croissante des exportations : 28,8 pour cent pour la Tunisie, 20, 4 pour cent pour le Maroc (prvue la hausse avec les exportations de Renault partir de Tanger), et 10,5 pour cent pour la Jordanie en 2010.3 Il devra bnficier d'une demande intrieure leve suscite par la demande accrue des mnages en termes d'appareils mnagers et d'quipements automobiles. Avec 125 vhicules par 1.000 habitants, les Tunisiens sont actuellement les mieux quips dans la rgion, mais ils sont encore loin derrire l'Europe, avec 586 voitures. La demande de la rgion pour des nouvelles voitures devrait croitre plus que jamais. Selon l'Economist Intelligence Unit (2011), les prix levs du ptrole dans le monde ont propuls la croissance de faon significative au cours de la dernire dcennie dans le nouveau 2 cole nationale dIngnierie de Monastir, http://www.enim.rnu.tn/fr/stats.php.htm. 3 Calculs de l'auteur d'aprs les donnes de l'Organisation mondiale du commerce, obtenues en juin 2012. 220 march des voitures des pays du Golfe. En Arabie saoudite, par exemple, les ventes ont quintupl et l'enregistrement des voitures devrait crotre de 11 pour cent annuellement entre 2011 et 2015. La fabrication d'quipement dans les crneaux spcialiss du transport est trs prometteuse en termes de cration d'emploi et de croissance conomique. Ces crneaux comprennent les vhicules bas prix, les pices automobiles (telles que cbles de moteurs, boites de vitesse, systmes de freinage). Bien que le secteur soit encore ses dbuts dans la rgion, ces industries devront induire des liens en amont avec d'autres secteurs. Le Maroc, par exemple, dont l'aronautique assure quelque 8.000 emplois, s'appuie sur de nombreuses autres industries, telles que la fabrication mcanique (qui reprsente 19 pour cent des facteurs de production), la maintenance (13 pour cent), et l'lectronique et l'lectricit (11 pour cent). Cependant tous les produits de ce secteur sont vendus des entreprises mres (prs de la moiti de la production est exporte) (ODE 2008), diminuant ainsi les liens en aval. La production du secteur continue, en outre, d'tre concentre sur les premiers stades de la chaine de valeurs en dpit des nombreuses opportunits que le march lui offre. Le secteur exerce un impact positif sensible sur la cration d'emploi. Il possde, en ralit, le deuxime plus important potentiel de cration nette d'emplois en Tunisie pour 2011-2016, avec plus de 70.000 emplois prdits par McKinsey et al (e4e, Banque islamique de dveloppement et IFC 2011). Cependant la mise profit de ce potentiel exige, entre autres, une main d'uvre qualifie et comptitive (y compris des techniciens hautement qualifis). Mais c'est une vritable gageure que de trouver des travailleurs qualifis dans les industries mcaniques, lectriques, lectroniques et du transport, qui ont connu une croissance rapide dans les domaines de la production et de l'exportation tout en demeurant entraves par la pnurie de la main d'uvre qualifie, l'insuffisance de liens verticaux avec les fournisseurs nationaux et le faible (quoique croissant) regroupement des entreprises, des instituts de formation et des centres de recherche - lesquels oprent dans le sens des politiques de la connaissance et de l'innovation. L'INDUSTRIE CHIMIQUE : MAXIMISER UN AVANTAGE COMPARATIF L'industrie chimique comprend un vaste ventail de produits, convertis essentiellement de matires premires, en particulier des ressources abondantes de ptrole et de gaz naturel dans la rgion. L'exploitation de ces ressources aux fins d'expansion permettra au monde arabe de devenir un acteur cl du march mondial de la ptrochimie. L'industrie chimique reprsente une part importante du secteur manufacturier dans bon nombre de pays arabes. En Egypte, par exemple, o le sous-secteur ptrochimique est comptitif grce ses exportations de gaz au CCG, cette industrie occupe 22 pour cent du secteur manufacturier. Pour la Tunisie, elle est de 20 pour cent ; 16 pour cent pour la Jordanie, et 14 pour cent pour le Maroc. Bien que la capacit productive varie normment, elle reprsentait 62 pour cent de la production chimique de la rgion en 2006, concentre dans les cinq produits suivants (Bloominvest Bank 2010) : ure (16 pour cent), ammoniaque (13 pour cent), thylne (14 pour cent), mthanol (11 pour cent), et polythylne (8 pour cent). Aussi 221 les pays arabes sont-ils en mesure de tirer un meilleur profit de ce secteur, en dveloppant davantage de produits finis, d'autant que le cot de ces produits valeur ajoute est moins sensible aux fluctuations des prix des matires premires. Le secteur de fabrication des produits chimiques, en caoutchouc ou en plastique est l'un des principaux employeurs dans plusieurs pays du monde arabe. Par ailleurs, l'impact indirect de la cration d'emplois sur l'industrie chimique est considrable. Pour chaque emploi direct cr, pas moins de 6,5 emplois indirects sont gnrs dans d'autres industries (Bloominvest Bank 2010). Le secteur reprsente 22 pour cent de la main d'uvre manufacturire en Arabie saoudite et en Irak, 17 pour cent aux Emirats arabes unis, et 16 pour cent au Bahren et Oman (AIDMO 2010). Le secteur absorbe, en outre, une bonne part de la main d'uvre qualifie de la rgion. En Tunisie, par exemple, 20 pour cent des employs de l'industrie chimique sont titulaires d'au moins un diplme universitaire, et 50 pour cent d'un baccalaurat. Compte tenu de la pnurie de la main d'uvre nationale dans certains pays, les employeurs recourent au savoir-faire tranger. La SABIC, par exemple, base en Arabie saoudite et qui est un acteur dominant dans la rgion, emploie quelque 30.000 personnes dont le tiers sont des trangers. Il est vident que l'expansion de l'industrie dans la rgion est troitement lie la disponibilit d'un volume adquat de main d'uvre qualifie. L'absence de travailleurs qualifis a entrav la mise en uvre de plusieurs projets. L'on estime que les tendances de dveloppement dans le secteur seront lies, court terme, la croissance de la demande dans les marchs mergents, notamment dans les pays BRIC (Brsil, Russie, Inde et Chine). A plus long terme et avec l'volution du march, l'avantage comparatif du monde arabe en matire d'industrie chimique devra crotre encore davantage, compte tenu de la hausse dans les prix des matires premires (notamment le ptrole et le gaz naturel) dans les pays concurrents, comme indiqu dans la Figure 8.4. La concurrence dans le secteur est encore balbutiante. Bien que la rgion ait russi attirer les entreprises multinationales pour couvrir une bonne part de la production intrieure ncessaire et diversifier ses marchs rgionaux avec l'Afrique (dont le potentiel de croissance est gigantesque), la concurrence sur le march intrieur n'est pas encore pleinement dveloppe, en particulier au CCG. L'Arabie saoudite est, par exemple, le seul pays du CCG qui se soit ouvert l'investissement priv dans le secteur ptrochimique. Historiquement, le secteur tait dirig par SABIC, dont 70 pour cent sont encore dtenus par l'Etat. 222 L'industrie chimique est trs prometteuse dans la rgion MENA. Le secteur chimique peut devenir un moteur principal de la croissance et de la cration d'emploi, pour peu que les diffrentes contraintes soient surmontes. Les dfis majeurs concernent les comptences, la qualit de la gestion, la R&D et autres capacits technologiques en rapport avec les entreprises nationales, la taille march et le financement (Zeidane 2012). Il est donc impratif que l'avantage comptitif du secteur chimique de la rgion soit accompagn de mesures d'appoint mme d'encourager les entreprises innover et consolider leur position. L'industrie chimique est une grande consommatrice de matriaux non renouvelables. Les crneaux de ce secteur devront donc explorer de nouvelles lignes de production biodgradables en entreprenant cet effet des activits R&D et d'absorption de la technologie, entre autres moyens, ainsi que par de nouvelles installations de traitement des dchets, dans le cadre de politiques environnementales destines, long terme, minimiser ou, du moins, contrler les cots de la pollution. ACTIVITS LIES AUX TIC : EXPLORER LES OPPORTUNITS NOUVELLES ET TRADITIONNELLES L'mergence des TIC a laiss un impact profond sur la structure de l'conomie mondiale et des marchs du travail, comme on l'a vu au Chapitre 6. Les TIC peuvent s'avrer le secteur industriel ayant le plus grand potentiel d'innovation dans le monde arabe (Moutamarat et PricewaterhouseCoopers 2006). Le secteur en pleine volution des TIC, associe celui des tlcommunications, a t une importante source de croissance et d'emplois dans la rgion. Chaque pays arabe a la possibilit de se positionner dans la branche qu'il juge approprie au sein du secteur. En Jordanie, par exemple, l'adaptation des technologies internationales au secteur national des TIC a permis de gnrer des emplois et de renforcer les aptitudes et les comptences. A prsent, le secteur des TIC est le plus rapide en termes de croissance en Jordanie. Directement ou indirectement, il est responsable de la cration de plus de 80.000 emplois entre 1999 et 2009,4 contribuant 14 pour cent dans le 4 Source : Association TIC de Jordanie int@j, Jordans ICT Industry, Juillet 2011. http://rbiproject.com/event2_files/Jordan percent20ICT percent20Sector_Jul_2011_Sector percent20Presentation.pdf. FIGURE 8.4. Estimations du cot du gaz et du cot montaire de production de l'ure en 2012 Source : Morgan Stanley, Bloominvest. Russie Moyen Orient Chine Moyenne mondiale Etats Unis Ukraine Europe occidentale 01002003004000 5 10Cot montaire de production de l'ure par tonne/US$Cot du gaz mmbtu/US$ Cot montaire de production de l'ure par tonne/US$ 223 PIB de la nation. Elle a russi attirer l'investissement international et des entreprises telles que Cisco, Microsoft, Oracle, HP, Yahoo, Intel, Motorola et Ericsson. La croissance dans ce secteur a bnfici de la politique gouvernementale qui s'est attele briser les monopoles en Jordanie. La Tunisie offre un autre exemple prometteur d'opportunits d'emplois lies aux TIC, o l'offshoring (dlocalisation) - constitu de l'externalisation des processus d'entreprises (BPO) et de la technologie de l'information - a t dfini comme une option viable pour la cration d'emploi court terme (Encadr 8.2). L'objectif de la Tunisie est de devenir un centre rgional d'offshoring grce l'tablissement de liens avec des projets europens de grande envergure portant sur la R&D, le transport et l'aronautique et impliquant des comptences TIC considrables. Le pays a modernis l'infrastructure physique ncessaire au succs de l'industrie TIC en crant, par exemple, de nouveaux groupements comptitifs tels que le Port financier de Tunis, qui sera un centre financier offshore comportant quelque 16.000 emplois. ENCADR 8.2. Possibilits d'offshoring en Tunisie La Tunisie possde un taux de chmage lev et croissant, valu en 2010 13 pour cent de la population en ge de travailler, et 27 pour cent de la tranche d'ge 15-29 ans. Les jeunes tant la principale composante de la population tunisienne, ceux-ci font les frais du chmage lev : des 492.000 chmeurs en 2010, 343.000 taient parmi les jeunes. Ces chiffres se sont accrus en 2011. Parmi les plus touchs figurent les diplms universitaires, les femmes et ceux du milieu rural. Les retombes conomiques court terme suscites par la Rvolution du Jasmin, provoque en partie par les frustrations engendres par l'inadquation entre les comptences, les emplois et les opportunits, ont contribu l'exacerbation de la situation. Soucieux du besoin urgent de crer des emplois, le gouvernement de transition de la Tunisie a prsent, dans sa Stratgie de dveloppement conomique et social 2012-2016 (publie en septembre 2011), les grandes lignes d'une dmarche visant la croissance court et moyen terme. La stratgie identifie 10 objectifs stratgiques court terme, dont quatre dmontrent du rle central que l'conomie de la connaissance joue dans la promotion de la croissance et la cration d'emploi. Il s'agit, en l'occurrence, des quatre objectifs suivants : (i) dvelopper le capital humain, (ii) promouvoir la science et la technologie, (iii) encourager la productivit et l'entreprenariat, et (iv) amliorer l'intgration de la Tunisie dans l'conomie mondiale. L'exprience de la Tunisie en matire d'offshoring. Le programme tunisien de participation l'conomie mondiale tait appuy par des mesures explicites de gouvernement mises en place dans les annes 1970 et renforces dans les annes 1990. Ces politiques ont dclench une vague croissante d'emplois en offshoring - passant de 10.000 dans les annes 1980 70.000 dans les annes 1990. Aujourd'hui, avec un chiffre atteignant 300.000, ces emplois reprsentent 55 pour cent du secteur manufacturier et 8 pour cent du total de la main d'uvre actuelle. Le Global Services Location Index 2011 d'A.T. Kearney (Indice mondial de dlocalisation des services) situe la Tunisie la 23me position, parmi 50 pays, indiquant ainsi clairement qu'elle est bien place pour l'offshoring. Les possibilits futures en matire d'offshoring. L'offshoring pourrait expliquer l'accroissement de l'emploi en Tunisie (e4e, Banque islamique de dveloppement, et IFC 2011). Le secteur offshoring exigera 224 50.000 personnes qualifies au cours des prochaines cinq annes (20.000 dans l'externalisation de la technologie de l'information, et 30.000 dans l'externalisation du processus d'entreprises). Les lments suivants sous-tendent cette valuation : 25.000 emplois ont t crs pendant les 4-5 dernires annes ; le march offshoring tunisien se dveloppe rapidement ; et seulement 16 pour cent du march potentiel ont t exploits. Dans le domaine de l'externalisation de la technologie de l'information, environ 45.000 tudiants auront achev leurs tudes et formation au des cinq prochaines annes, dont seulement 7.000 seront prts pour l'offshoring (comme expliqu ci-dessous), rvlant un cart de 13.000 (si 20.000 sont rellement ncessaires). S'agissant de l'externalisation du processus d'entreprise (BPO), environ 205.000 achveront leur formation dans les cinq prochaines annes, dont seulement 10 pour cent (ou 20.000) seront prts pour l'offshoring, soit un cart de 10.000. D'aprs les employeurs, les candidats potentiels ne sont pas prts parce que l'une ou l'autre des comptences gnrales suivantes leur font dfaut : (i) les comptences non techniques (rflexion critique, comptences communicationnelles, professionnalisme, esprit d'quipe, connaissances gnrales) ; (i) les comptences techniques actualises ; ou (iii) les comptences linguistiques (comprhension insuffisante du franais, de l'anglais ou de l'italien). Solutions nationales tournes vers l'industrie. Au lendemain de la Rvolution du Jasmin, l'Association tunisienne pour la communication et la technologie (TACT) a t cre afin d'assurer le progrs de cette dmarche. La TACT poursuit trois objectifs, savoir : (i) faire connatre la Tunisie pour l'offshoring ; (ii) agir comme une cellule de rflexion pour le gouvernement tunisien dans ce sens ; et (iii) aider les entreprises internationales installer leurs dpartements offshore en Tunisie. La TACT a dtermin les dfis immdiats en termes de connectivit, d'infrastructure et de comptences. La question de connectivit est en voie de solution et l'on peut y accder dsormais un prix raisonnable dans le pays. L'infrastructure - sous forme de btiments de taille et qualit appropris rpondant aux normes internationales - constitue un problme, bien que la TACT ait dcrit des moyens pour le rsoudre par le biais d'incitatifs gouvernementaux et la cration de parcs technologiques. S'agissant des comptences de base ncessaires, des mesures initiales ont t prises dans ce sens : ESPRIT, un fournisseur priv d'enseignement suprieur, assure le recyclage de 200 jeunes chmeurs, tout en tant confiant que ces derniers trouveront des emplois dans le secteur. L'tape suivante devra se traduire par l'laboration d'un programme prospectif destin aider le gouvernement tunisien concrtiser le potentiel de ce secteur court terme. Cadre pour systmatises les actions axes sur l'industrie. La Banque mondiale uvre avec le Ministre tunisien de la formation professionnelle et de l'emploi la cration d'un fonds concurrentiel pour encourager les types d'initiatives que TACT propose en matire de dveloppement des comptences, tant pour l'offshoring que pour les autres secteurs o les employeurs privs de l'industrie offrent des emplois que les qualifications disponibles ne peuvent satisfaire. Le fonds concurrentiels propose un cadre, aux critres transparents appliqus systmatiquement, qui permettra aux employeurs d'tablir des partenariats avec des fournisseurs spcialiss qui dispenseront des formations allant du bas vers le haut de l'chelle, le but tant de combler l'cart entre les comptences dj acquises par les jeunes chmeurs et celles qui leur sont ncessaires pour satisfaire aux qualifications requises par le poste vacant. Source: Thacker 2012. La dlocalisation et l'offshoring des services dans des lieux plus conomiques ont t rendus possibles grce la pntration accrue du haut dbit,5 cassant les cots des 5 Malgr la demande pressante pour les TIC, les prix des services axs sur les TIC ont chut de 35 pour cent dans la rgion arabe entre 2008 et 2010. 225 tlcommunications, les masses critiques de la main d'uvre qualifie, et une plus grande ouverture vers l'IDE.6 De nombreux pays de la rgion ont attir les IDE lis aux TIC, tant pour les services de tlcommunications (Vivendi au Maroc, Orange en Tunisie et Jordanie, et Vodafone en Egypte, pour n'en donner que quelques exemples), que pour la technologie de l'information (TI), exprims par un nombre important de multinationales installes dans la rgion. La rgion a galement favoris le dveloppement des BPO pour tendre la base des exportations TIC, enregistrant des rsultats positifs au cours de la dernire dcennie en Tunisie (o la part des exportations TIC est passe de 1,2 4,7 pour cent, couple un dynamisme semblable dans l'exportation des biens TIC), au Maroc (de 3,7 7,5 pour cent), et l'Egypte (de 3,4 4,7 pour cent, la faisant ainsi monter la 4me place parmi les 50 pays couvert par l'Indice mondial de localisation des services 2011 de A.T. Kearney). Les donnes rcentes ont dmontr que les centres d'appels, les centres R&D TI, et les services informatiques sont vus par des investisseurs trangers (tels que Cisco, Microsoft, IBM, et Yahoo) comme l'un des crneaux les plus importants pour la croissance et l'emploi, avec une intensit d'emploi variant entre 103 et 299 par million d'euros investis (ANIMA 2011). Nanmoins, le grand potentiel de croissance et d'exportation demeure inexploit, tant donn que la part moyenne mondiale des exportations est de 12 pour cent, contre un taux infrieur 1 pour cent pour la rgion MENA. TOURISME : EN QUTE D'UN CRNEAU ET D'UNE STRATGIE DE CROISSANCE LONG TERME Le tourisme est l'une des plus grandes industries mondiales, qui soutient plus de 258 millions d'emplois directs et indirects, et gnre 9,1 pour cent du PIB mondial. Entre 1990 et 2005, la rgion Moyen Orient tait en tte du classement pour la croissance touristique. Avec une augmentation moyenne de 10 pour cent par an en termes d'arrives (Figure 8,5), la rgion MENA tait l'une des rgions o la croissance tait la plus importante, dpassant l'Asie de l'Est et le Pacifique. 6 L'IDE relatives aux tlcoms peut tre abord deux niveaux : (i) l'IDE dans le secteur tlcom et (ii) l'IDE induit par une infrastructure tlcom amliore. Sur le premier point, la libralisation des marchs tlcom a dj dbouch sur d'importants flux d'IDE, soit pour l'acquisition d'actifs tlcoms disponibles, leur rnovation, ou le dveloppement de nouvelles infrastructures. Sur le second point, les TIC qui sont la base de l'infrastructure tlcom, devront avoir un impact positif sur l'IDE, car ils permettront aux pays en dveloppement situs loin des pays technologiquement avancs de s'affranchir de la sujtion gographique et devenir plus attrayants pour les investisseurs trangers. D'aprs une tude de la Banque mondiale, une amlioration d'un point de pourcentage dans les indicateurs des services de tlcommunications accrot l'IDE de 0,75 point (Rossotto, Sekkat, et Varoudakis 2003). 226 De faon gnrale, la demande pour le tourisme dans les pays en dveloppement continue de crotre, et les conomies mergentes sont appeles devenir les catalyseurs de la croissance en termes de voyages internationaux. La Chine, elle seule, est prvue d'envoyer 95 millions de visiteurs vers d'autres destinations d'ici 2020. La rgion MENA est, pour sa part, proximit de l'une des plus importantes sources touristiques. L'Europe compte pour environ 40 pour cent de l'ensemble du tourisme mondial. Les touristes europens destination de la Tunisie, du Maroc et de l'Egypte reprsentent respectivement 64, 83 et 56 pour cent des arrives en 1998. Mais en dpit de la grande proportion d'Europens qui font de la rgion leur principale destination de tourisme, la rgion MENA absorbe peine 3 pour cent de la part des touristes europens l'tranger. Il existe donc un norme potentiel pour attirer davantage de touristes europens. Les ressources naturelles et culturelles de la rgion offrent de gigantesques opportunits. Pendant des sicles, le Moyen Orient tait un passage stratgique oblig sur les routes commerciales entre l'Europe et l'Orient. Il est le centre spirituel des trois principales religions mondiales, le Christianisme, l'Islam et le Judasme. Eu gard la grande concentration de sites religieux et historiques dans la rgion, on peut difficilement surestimer les possibilits d'expansion du tourisme culturel. Ces ressources devront cependant tre associes des ressources humaines de qualit suprieure. Dans le Rapport 2011 sur la comptitivit du secteur des voyages et du tourisme, les pays arabes occupaient la 88me place, sur un total de 139 pays, en moyenne, dans le sous-indice relatif aux ressources humaines, culturelles et naturelles. La contribution du tourisme du PIB dans la rgion est passe de 80 milliards $US en 1990 232 milliards $US en 2010, et reprsente actuellement environ 13 pour cent du PIB rgional. D'ici 2021, le secteur pourrait gnrer deux millions d'emplois supplmentaires dans la rgion. Cependant, la rcente instabilit politique dans les zones touristiques populaires, y compris l'Egypte, la Tunisie et la Syrie, a entrain une chute de 13 pour cent dans les arrives vers l'Afrique du Nord et de 11 pour cent au Moyen Orient, comme l'indique la Figure 8.5. D'aprs l'Organisation arabe du tourisme, les pertes dpassaient les 7 milliards $US en 2011. Pour acclrer la reprise, la rgion doit identifier le FIGURE 8.5. Arrives annuelles dans quatre pays MENA, 200111 Source : CEIC. 0246810121416TunisieEgypteJordanieDuba 227 potentiel cach de certains produits touristiques, notamment le tourisme mdical, qui est le plus prometteur. LE TOURISME MDICAL : QUELLES POSSIBILITS POUR LA RGION MENA ? On peut dfinir le tourisme mdical comme la fourniture d'un service mdical priv et conomique des touristes visitant un pays pour des raisons mdicales et de loisir. Le tourisme mdical a merg dans les annes 1990, pour diffrentes raisons, notamment la population vieillissante en Europe, la pnurie des soins de sant dans les pays occidentaux et en dveloppement, la flambe de la demande en matire de chirurgie esthtique, et les failles dans les mcanismes europens d'assurance maladie. Les recettes du tourisme mdical sont passes, entre 2004 et 2012, de 40 100 milliards $US pour ces mmes facteurs, associs un revenu croissant dans les pays en dveloppement. D'aprs les dernires prvisions des diverses agences nationales, Thalande et Singapour s'attendent un million de patients, et l'Inde environ 800.000 d'ici 2015, o le tourisme de sant devrait gnrer plus de 2,3 milliards $US en Inde et 3 milliards $US Singapour d'ici 2015. Les pays MENA, qui bnficient d'un capital humain hautement qualifi, pourraient se positionner dans ce march prospre, pour peu qu'ils adoptent une stratgie rigoureuse axe sur la connaissance. La rgion MENA peut bnficier des variations dans les cots des soins mdicaux travers le monde. A titre d'exemple, le remplacement valvulaire aortique qui couterait plus de 100.000 $US aux Etats-Unis, revient quelque 38.000 $ en Amrique latine et seulement 12.000 en Asie. Les procdures conomiques lectives offrent le plus grand potentiel de croissance du fait que seuls 9 pour cent des voyageurs s'intressent au caractre conomique des questions mdicales (Ehrbeck, Guevara, et Mango 2008). Les traitements les plus populaires recherchs l'tranger ne sont donc pas les procdures coteuses telles que les oprations chirurgicales cur ouvert ou le remplacement de la hanche, mais plutt les trs nombreuses procdures sans hospitalisation (cosmtiques, dentales, orthopdiques) et autres procdures qui ne sont pas couvertes par l'assurance maladie. Ces derniers font d'ores et dj proposs des prix concurrentiels dans les pays en dveloppement (Figure 8.6). Les patients tant exposs des charges financires de plus en plus lourdes, les gouvernements des pays en dveloppement tentent de juguler les dpenses de sant, sans compter que les compagnies d'assurance encouragent les patients se faire FIGURE 8.6. Cot de la rhinoplastie dans une slection de pays (en milliers de dollars amricains) Source : Dawson et Pollard 2007; www.cosmeticplasticsurgerystatistics.com. $850 $1,500 $3,500 $4,500 $- $500 $1,000 $1,500 $2,000 $2,500 $3,000 $3,500 $4,000 $4,500 $5,000Inde Croatie,Egypte,TurquieRoyaumeUniEtats-Unis 228 soigner l'tranger.7 Aussi, le march du tourisme mdical est-il appel connatre une croissance spectaculaire. La Jordanie vient en tte des destinations du tourisme mdical de la rgion, avec Duba et Abu Dhabi (Hazaimeh 2008). En 2007, plus de 300.000 patients venus de 84 pays ont t soigns en Jordanie, engendrant des revenus dpassant 1 milliard $US et employant plus de 40.000 personnes, dont la moiti travaille dans des tablissements de sant privs. Ces pays, ainsi que d'autres pays de la rgion probablement, peuvent accueillir davantage de patients arabes prsentement traits en Asie ou en Amrique. En 2006, Singapour a accueilli 410.000 patients trangers, dont la moiti venait du Moyen Orient,8 bien que la Jordanie, le Liban, l'Egypte et la Tunisie semblent offrir des prix concurrentiels. Les pays de la rgion peuvent galement dvelopper de nouvelles stratgies pour bnficier de la mondialisation de l'industrie de la sant et de la proximit du march europen. Les ajustements structurels du secteur occidental de la sant ouvrent de nombreuses possibilits pour les pays MENA. Selon Ehrbeck, Guevara, et Mango (2008), il est possible pour certains pays revenu lev d'externaliser jusqu' 15 pour cent des emplois du secteur de la sant. La majorit des externalisations peuvent tre se faire intrieurement, mais des pays en dveloppement peuvent absorber une partie du march. Dans cette veine, le cas des Philippines est intressant, en ce sens que les exportations des services de transcription mdicale se sont accrues un rythme acclr au dbut des annes 2000. A cela s'ajoute la pnurie des infirmires en Europe qui obligent ces pays recruter des infirmires et des mdecins l'tranger. Le secteur de la sant peut crer davantage d'emplois. On estime que l'exportation des services mdicaux a gnr plus de 10.000 postes - dont la moiti dans le secteur de la sant (Lautier 2008). En outre, le taux de croissance de l'emploi dans le secteur de la sant est le plus lev en termes de croissance globale de l'emploi, croissant entre 1998 et 2008 respectivement de 72 pour cent et de 2,9 pour cent. Et bien que la proportion de la main d'uvre du secteur de la sant ait augment de 1,5 pour cent en 1998 2,5 pour cent en 2008, les possibilits de cration d'emplois sont toujours aussi bonne, surtout lorsqu'on sait que les fonctions mdicales et de soutien dans les pays avancs emploient en moyenne 10 pour cent de la force ouvrire. D'autre part, les possibilits d'emploi dans le secteur de la sant peuvent se renforcer encore davantage avec l'acclration de l'investissement commercial et priv dans le domaine du tourisme mdical. PROMOTION DU TOURISME DE LA SANT DANS LA RGION MENA Les pays MENA bnficiant d'un avantage comparatif dans le domaine des services de sant doivent soigneusement valuer leurs ressources et stratgies devant la grave pnurie actuelle des professionnelles de la sant dans les pays europens et ailleurs. Cette valuation 7 L'assureur mdical d'une grande chaine d'piceries tablie Hannaford, en Nouvelle Angleterre, propose ses 27.000 clients l'option d'entreprendre leurs interventions mdicales Singapour plutt qu'aux Etats-Unis, pargnant ainsi l'employ jusqu' 3.000 $US en quotes-parts et franchises. 8 Universit de Delaware, UDAILY, Croissance du tourisme mdical dans le monde, 25 juillet 2005. 229 devra s'effectuer en parallle avec la pnurie de main d'uvre qualifi (en Afrique, par exemple), les listes d'attentes pour certaines oprations, la demande grandissante pour la chirurgie esthtique, et les failles dans les mcanismes d'assurance maladie associes la dtrioration du niveau des remboursements, notamment dans la dentisterie. Il convient d'inclure, dans les crneaux ventuels, le march dentaire et de la prothse, le march de la chirurgie dite de confort et de bien-tre pour les francophones, et les programmes thrapeutiques et de retraite. Il est possible de promouvoir ce commerce grce l'amlioration de l'accueil, associ un excellent traitement mdical assorti d'activits culturelles et touristiques. Les tablissements de sant doivent tre certifis et rpondre aux normes internationales de qualit. L'absence d'une base de donnes mondiale sur la scurit et la qualit des soins a intensifi l'importance des hpitaux adoptant volontairement les normes internationales. La Commission mixte internationale a accrdit plus de 120 hpitaux l'extrieur des Etats-Unis et d'autres organisations, telles la Socit internationale pour la qualit des soins de sant, le Comit national d'assurance qualit, l'Organisation internationale de normalisation (ISO) et la Socit europenne pour la qualit des soins, ont pris des mesures visant s'assurer que les voyageurs mdicaux reoivent des soins de la meilleure qualit. Or, ce jour, seules 5 cliniques tunisiennes, sur un total de 50, ont t certifies ISO. Les pays doivent entreprendre une vrification rglementaire du secteur de la sant. Les gouvernements doivent rexaminer leurs rgimes rglementaires relatifs la sant la lumire la lumire de leurs objectifs nationaux en matire de sant et de commerce extrieur. L'examen doit comprendre les rgles se rapportant la forme juridique des tablissements de sant, l'investissement tranger, aux conditions de nationalit et de sjour, aux mouvements du personnel de sant, etc. A titre d'illustration, les services de sant, tant publics que privs, ont ragi au rle croissant du secteur priv travers des initiatives cibles, tels les accords internationaux pour le remboursement de l'assurance maladie, qui permet la Caisse nationale d'assurance maladie de conclure des accords avec les fournisseurs privs. Dans cette mme veine, le gouvernement malaisien a augment la dure de sjour autorise au titre de visa mdical, qui passe de 30 jours 6 mois. Les secteurs priv et public doivent laborer des stratgies de promotion de l'exportation dans le secteur de la sant. La promotion du commerce est ncessaire pour gagner des parts de march l'tranger. S'il est vrai que l'laboration de la stratgie commerciale est avant tout la responsabilit du secteur priv, le gouvernement n'en joue pas moins un rle essentiel. Il est, en effet, crucial que les ministres de la sant, du commerce, du tourisme et des affaires trangres coordonnent leurs actions. L'exprience a dmontr que les pays les plus performants, telle que la Thalande, ont cr des structures administratives horizontales pour coordonner les positions intrieures et les stratgies du tourisme de sant. Dans le cas de Cuba, la cration de l'agence de promotion commerciale du tourisme de sant s'est rvle trs efficace. Dans les pays du Maghreb, en revanche, la dispersion actuelle des acteurs reprsente un dfi technique. 230 Les accords bilatraux et rgionaux sont ncessaires pour la promotion commerciale du secteur de la sant. Les accords bilatraux et rgionaux sont dterminants pour aplanir les obstacles commerciaux et harmoniser les rglements intrieurs dans la rgion. Pour y parvenir, les pays doivent d'abord tablir des conventions avec les fournisseurs d'assurance-maladie, l'instar de ce que Cuba a fait avec les pays d'Amrique latine. Il faut ensuite encourager la conclusion d'accords bilatraux en matire de travail, comme c'est le cas dans le Royaume Uni o les infirmires indiennes et philippines sont autorises travailler. Il convient, par ailleurs, de renforcer les conventions relatives l'enseignement et la formation du personnel mdical qui encouragent la mobilit transfrontalire. Les industries cratives : Tirer profit des opportunits inexploites Le Rapport de la CNUCED sur l'conomie crative (2008) dfinit les industries cratives comme des cycles de cration, de production et de distribution de biens et services qui font de la crativit et du capital intellectuel leurs principales matires premires. Elles constituent un ensemble d'activits axes sur la connaissance, centres sur les arts (mais sans s'y limiter), gnrant potentiellement des revenus du commerce et des droits de proprit intellectuelle. Les industries cratives comprennent les uvres artistiques, les mdias (y compris les ouvrages, les films, la tlvision et la radio), la mode, les logiciels, les jeux vido, et les services cratifs - architecture, publicit, services culturels et rcratifs, R&D crative, services numriques et autres services connexes. Les exportations des biens et services cratifs ont augment, passant de 227 milliards $US en 1996 424 milliards $US en 2005, reprsentant 3,4 pour cent du commerce global mondial (CNUCED 2008). Par exemple, les exportations gyptiennes en services cratifs se sont multiplies par six entre 1996 et 2005, atteignant 102 millions $US, alors que les importations n'ont pas dpass les 22 millions $. Les industries cratives constituent un secteur forte intensit de main d'uvre qualifie, offrant des opportunits d'emploi aux personnes instruites. Les industries cratives emploient 11 pour cent de la main-d'uvre aux Philippines et au Mexique, 8,5 pour cent aux Etats-Unis, 7,3 pour cent en Russie, et environ de 5,5 au Canada et Singapour. En outre, les industries cratives contribuent considrablement au PIB, en particulier dans les pays avancs. Selon l'OMPI (2012), la contribution au PIB d'industries qui fabriquent des produits couverts par le droit d'auteur est d'environ 11 pour cent pour les Etats-Unis, 8,6 pour cent pour la Core, et 5 pour cent pour la Lettonie et le Kenya. Compar d'autres pays de mme niveau du dveloppement, la contribution des industries cratives de la rgion MENA au PIB laisse dsirer. Le Liban est le pays le plus performant dans la rgion (4,75 pour cent du PIB total) ; la Jordanie, le Maroc, et la Tunisie trainent loin derrire avec moins de 1 pour cent (Figure 8.7). Bien que la collecte des donnes dans la rgion pose de problme et ne permette pas une analyse dtaille, il est vident que les pays MENA peuvent considrablement augmenter la contribution des industries cratives leur PIB. 231 L'un des segments les plus dynamiques de l'conomie crative de la rgion MENA est celui du multimdia et du divertissement, qui est aussi un grand gnrateur d'emplois. Grce la longue exprience de la presse traditionnelle crite et parle de la rgion dans la production de contenus arabes de haute qualit, et la rcente prolifration de chanes de tlvisions satellitaires arabes gratuites confirment, ce ne sont pas les nouvelles tlvises en langue arabe qui font dfaut. Et avec l'mergence des nouvelles technologies (Internet, tlvision mobile, music la demande), la rgion MENA peut tirer profit des nouvelles technologies afin de passer du traditionnel au numrique. Le march MENA du multimdia et du divertissement est l'un des secteurs les plus florissant de la rgion. D'aprs Pricewaterhouse Coopers (2009), ce secteur devrait croitre de 17 milliards 36 milliards $US d'ici 2015, soit un impressionnant taux de croissance compos annuel de 13 pour cent. Avec l'augmentation des dpenses au niveau des utilisateurs, les revenus du secteur devront se multiplier, passant de 3,8 milliards $US en 2006 5,2 milliards $US en 2015. L'accs l'Internet continuera se dveloppe de 25 pour cent par an, ainsi que les dpenses publicitaires, qui augmenteront annuellement de 7 pour cent. Les perspectives conomiques trs positives du multimdia et du divertissement contribueront attirer de nouveaux investissements, crant ainsi de nouveaux emplois dans la rgion. Cependant, la rgion MENA risque d'tre relgue l'extrmit infrieure de l'chelle de la valeur ajoute relative l'conomie crative. Au cours de la dernire dcennie, le march cratif s'est davantage mondialis, limitant par la mme occasion l'accs des pays MENA l'conomie crative mondiale. Plusieurs facteurs interviennent, en effet, pour marginaliser le rle que la rgion MENA joue dans l'conomie crative, y compris le manque d'investissement, l'insuffisance des comptences entrepreneuriales, l'infrastructure inadquate et l'absence de volont politique. Mais en dpit de ces lacunes, de nombreuses opportunits sont offertes en matire de cration de valeur, d'expansion de l'emploi, de modernisation technologique et de dveloppement du march, pour peu que des stratgies de la connaissance soient mises en uvre. FIGURE 8.7. Contribution des industries du droit d'auteur au PIB (%) Source : OMPI 2003 et 2012. 0 5 10 15USASingapourLettonieLibanJamaqueJordanieTunisieMarocSeries1 232 DES RFORMES POUR AIDER L'INDUSTRIE OBTENIR UNE MEILLEURE VALEUR AJOUTE Ncessit d'un cadre juridique solide pour l'industrie crative. Les autorits fiscales doivent laborer, avec la collaboration des parties prenantes, un cadre adquat qui favorise l'investissement dans les industries cratives, plutt que de le dcourager. Le Liban, par exemple, propose des exonrations de taxes de deux dix ans pour tout investissement suprieur 200.000 $US. Les lois et rglements rgissant le travail doivent tre revus afin de faciliter l'emploi dans l'industrie base sur le droit d'auteur, dont l'activit se distingue par son caractre saisonnier extrme. Les pays doivent, enfin, adopter les accords et traits internationaux sur les droits de proprit intellectuelle et les traduire en lois nationales. A cet gard, il est important de renforcer l'application des lois et de sensibiliser les masses en rendant publique les dcisions des tribunaux. Renforcement des qualifications tout au long de la chaine de valeur. Le succs de l'industrie crative repose sur les qualifications de la main d'uvre concerne. Aussi faut-il amliorer les qualifications ducatives, administratives et techniques afin de renforcer la productivit et d'accrotre le nombre de jeunes entreprises. En premier lieu, il faut rformer les programmes d'enseignement en les harmonisant avec les besoins du march. L'enseignement professionnel et technique doit, ensuite, tre mieux reli l'conomique crative. Et enfin, la participation de la femme l'industrie doit tre renforce, car les femmes de la rgion reprsentent une source inexploite de talents et de ressources. L'investissement dans le secteur multimdia et du divertissement contribue l'amlioration de la chaine de valeur. La technologie reprsente un facteur indispensable la chaine de valeur. D'o la ncessit d'investir tant dans les actifs technologiques physiques (rseaux dorsaux, accs rseaux et accs Internet) que dans les aptitudes techniques gnrales. A titre d'exemple, pour rsoudre les problmes de capacit dans la rgion, Abu Dhabi a lanc la plate-forme mdiatique la plus rcente, baptise "Twofour54", qui fournit un environnement international pour le contenu mdiatique du monde arabe. La zone mdiatique, d'une superficie de 200.000 m, abrite les installations de production et assure la formation et l'infrastructure plusieurs secteurs mdiatiques portant, notamment, sur les films, la diffusion, le numrique, les jeux, la publication et la musique. La rapidit des changements technologiques, induits par la fourniture de services en ligne, exige galement des investissements significatifs dans le domaine lectronique. LA CROISSANCE VERTE : TIRER PARTI DES AVANTAGES COMPARATIFS L'conomie verte dans les pays en dveloppement n'est plus une question de luxe. Une stratgie de dveloppement axe sur la connaissance ne peut manquer cet important pilier, au risque d'tre "voue l'chec, car la dgradation de l'environnement rduit la productivit et le bien-tre" (Bowen 2012). Cependant, le Rapport Med 2012 (CMI 2012) souligne la possibilit de dpasser les dilemmes entre croissance conomique et efficacit 233 environnementale et d'aboutir, ce faisant, une utilisation plus efficace des ressources naturelles. Se passer des opportunits offertes par croissance verte a un cot lev. La Banque mondiale (METAP 2008) value les cots de dgradation de l'environnement en quantifiant l'impact prjudiciable la sant de l'eau insalubre et de la pollution de l'air urbain, du cot de la dgradation des ressources naturelles (dgradation des forts, rosion du sol), et de la perte du tourisme. Ces cots sont de 2-5 pour cent du PIB annuel des pays arabes, compars 1-2 pour cent du PIB des pays OCDE, 4,5 pour cent pour l'Inde, 3,3 pour cent pour le Mexique, et 8 pour cent pour la Chine. Les pays arabes affectent peine 1 pour cent de leurs budgets aux questions environnementales. La rgion arabe est parmi celles o l'eau est la plus rare et, l'exception de l'Egypte, du Soudan, de l'Irak, du Liban et de la Syrie, les pays arabes devraient subir un stress hydrique svre d'ici 2025 (AFED 2008). En effet, les pays arabes ont le deuxime taux le plus bas d'accs l'eau potable (seulement 81,4 pour cent de la population), prcdant l'Afrique subsaharienne (59,7 pour cent). Ils ont aussi le second taux rgional le plus lev en termes d'mission CO2 par habitant (4,4 tonnes), suivant l'Europe et l'Asie centrale (7,7 tonnes). Le dessalement de l'eau jouera un rle capital dans la solution du problme de pnurie d'eau dans la rgion (Encadr 8.3). ENCADR 8.3. Le stress hydrique et le dessalement La rgion du Moyen Orient et l'Afrique du Nord (MENA) est la rgion du monde o la pnurie d'eau est la plus svre. Avec une population en plein essor et une croissance conomique rapide, les ressources hydriques renouvelables par habitant sont parmi les plus basses du monde. D'ici 2030, le manque d'eau deviendra contraignant et pour la sant et pour le dveloppement socioconomique de l'ensemble des 21 pays MENA. Et d'ici 2050, les deux-tiers de ces pays disposeraient de moins de moins de 200 m3 de ressources hydriques renouvelables annuelles par habitant. A l'avenir, la raret de l'eau devrait s'accentuer encore davantage en raison du rchauffement mondial. Les ressources hydriques renouvelable de la rgion MENA devraient baisser d'environ 12 pour cent d'ici 2050. En dpit des ressources publiques considrables investies dans le secteur, la gestion de l'eau continue d'tre un problme srieux pour la plupart des pays MENA, qui se traduit par des coupures en eau, des scheresses ou des inondations, et de nombreux pays MENA connaissent des problmes de sant connexes. Les aquifres sont surexploits ; la qualit de l'eau se dtriore en continu ; et les services d'approvisionnement en eau et d'irrigation sont rationns - au prjudice de la sant humain, de la productivit agricole et de l'environnement. Le dessalement peut combler le dficit, mais un prix. D'ici 2050, le dficit de l'eau peut tre combl un cot d'approximativement 6 pour cent du PIB rgional actuel. La demande des pays diffre, cependant, considrablement en fonction de la gravit de leur pnurie en eau et leurs prvisions en PIB. L'Irak, la Jordanie, le Maroc et le Ymen devraient tre prts dpenser, l'avenir, une part significative de leur PIB pour surmonter leurs dficits hydriques. Les progrs raliss permettent, l'heure actuelle, de considrer la technologie de dessalement comme une alternative conomiquement viable pour l'obtention de l'eau fraiche. Aussi de nombreux pays MENA ont-ils tablis des installations de dessalement pour rsoudre les problmes de pnurie d'approvisionnement 234 en eau naturellement renouvelable. Le dessalement joue d'ores et dj un rle sensible en matire d'approvisionnement en eau dans la rgion, fournissant lgrement plus de 3 pour cent de la demande rgionale totale en eau. En 2005, environ 75 pour cent du potentiel mondial de dessalement tait install dans la rgion MENA, dont la majorit tait concentr autour du Golfe. Avec la demande croissante en eau, le dessalement devra jouer un rle nettement plus grand pour l'approvisionnement de la rgion MENA en eau. Mais abstraction faite de ses avantages, le dessalement est coteux et grand consommateur d'nergie, sans compter ses implications environnementales. Avec les technologies courantes, le dessalement produira, lui seul, environ 400 millions de tonnes de CO2. Le plus grand dfi que la rgion MENA doit relever est de diminuer le cot nergtique du dessalement de l'eau, rduire sa dpendance sur le combustible fossile et s'assurer que dessalement devient une solution cologiquement acceptable. Le cot du dessalement baisse rapidement et les sources d'nergie alternatives sont en cours de dveloppement. L'avenir du dessalement repose sur l'osmose inverse (technologie membranaire), qui ne dpend pas des combustibles fossiles. Grce aux progrs enregistr dans le domaine de la technologie membranaire et les options de prtraitement, les prix des membranes ont baiss ; leurs performances se sont amliores ; le prtraitement est mieux compris ; et la consommation nergtique a considrablement diminu. Source : Banque mondiale, prvu en 2012. Dans la partie restante de la prsente section, des suggestions sont avances sur la manire dont la menace environnementale peut tre transforme en possibilits de cration d'emploi et de croissance durable pour les conomies arabes. LA CROISSANCE VERTE COMME SOURCE DE CRATION NETTE D'EMPLOIS Dans toute nouvelle transformation conomique, la destruction et la cration d'emplois s'effectuent simultanment, suscitant des pertes ou des profits nets d'emplois au cours d'une priode donne. Les pertes ou profits nets changent avec le temps. Dans un contexte d'conomie verte, la cration nette d'emplois procdant de l'conomie verte survient lorsque la demande de produits respectueux de l'environnement augmente aux dpens de biens et services prexistants. Pour parvenir des gains nets, il faut aligner la politique environnementale sur la stratgie conomique, ce qui contraindra les dcideurs et dirigeants nationaux prendre des dcisions difficiles. Mais ces dcisions difficiles dboucheront, fort heureusement, sur des bnfices environnementaux et conomiques, ainsi qu'en matire d'emploi. La croissance verte peut tre source de cration d'emplois. Il est dmontr, selon un scnario optimiste, que la mise en uvre de rformes environnementales dbouchera sur au moins 10 pour cent des emplois ncessaires pour juguler la monte du chmage dans les pays du Maghreb et du Mashreq d'ici 2030 (CMI 2012). Le Rapport Med 2012 estime que l'acquisition de nouvelles coquilles efficacit nergtique pour les nouvelles constructions aura un effet favorable sur l'emploi en gnrera d'ici 2030 quelque 1,3 millions d'emplois, 235 dont 431.400 rsulteront de l'investissement supplmentaire dans l'quipement efficacit nergtique (installations de plomberie, d'lectricit et de chauffage et maintenance). Une autre tude portant sur le monde arabe indique qu'en dpensant 100 milliards $ pour cologiser seulement 20 pour cent des btiments au cours des 10 prochaines annes, soit en investissant une moyenne de 10.000 $ pour la rnovation d'un btiment, engendrera quatre millions d'emplois. La priode d'amortissement pour la rnovation nergtique et hydrique variera entre 2 et 7 ans, en fonction de la subvention accorde (AFED 2011). La multiplication de la productivit des ressources dont le monde arabe est dot (entre autres l'nergie et, pour certains pays, l'eau) sera facilement ralisable au moyen d'un ensemble de rformes, notamment des subventions nergtiques, qui font actuellement l'objet d'une rgression contreproductive. Il convient, en outre, d'adopter des plans judicieux visant encourager le crneau des nouvelles industries vertes et entrepreneurs verts afin d'acclrer le processus de cration d'emplois verts. L'EXEMPLE DE L'NERGIE SOLAIRE La demande pour l'nergie renouvelable est en croissance continue, notamment chez le voisin de MENA, l'Europe. En 2008, on estime que l'nergie des sources renouvelables a contribu hauteur de 16 pour cent de la consommation totale brute d'nergie dans les 27 Etats membres de l'Union europenne, compars 13,1 pour cent en 1997. Il est prvu que d'ici 2020 la majeure partie de la demande en nergie renouvelable sera satisfaite avec l'nergie olienne, l'hydrolectricit, la biomasse, et les sources solaires photovoltaques. D'ici 2030, l'Union europenne prvoit que 45 pour cent environ de la demande nergtique totale seront combls par de l'nergie renouvelable (EREC 2011). L'Europe importera, dans les cinq annes venir, sa premire nergie lectrique solaire de l'Afrique du Nord. L'un des projets phares est le Desertec Industrial Initiative, lanc en juillet 2009 par 12 entreprises qui ont accept d'tablir des plans de financement pour le dveloppement de projets solaires dans le Sahara, utilisant l'nergie solaire thermique concentre, comme indiqu dans la Figure 8.8. Ce projet de 400 milliards vise in fine procurer l'Europe 15 pour cent de ses besoins en lectricit grce une nergie solaire importe au moyen de cbles haute tension. Selon l'Institut de l'nergie de la Commission europenne, le captage de 0,3 pour cent de la lumire balayant le Sahara et les dserts du Moyen Orient sera suffisant pour satisfaire l'ensemble des besoins de l'Europe en matire d'nergie. L'nergie solaire est au cur de l'accord politique conclu entre les hauts responsables de MENA et de l'Union europenne pour faire du commerce de l'nergie verte un pilier fondamental de l'intgration conomique. FIGURE 8.8. Schma d'une infrastructure potentielle pour la fourniture durable d'lectricit procdant de sources d'nergie renouvelable l'Europe, le Moyen Orient et l'Afrique du Nord 236 Source : Fondation DESERTEC. Le captage de l'nergie solaire est l'une des options les plus dbattues pour la mise en valeur de l'nergie renouvelable. Aprs une priode de stagnation, la technologie d'nergie renouvelable CSP a commenc sa pntration du march de l'nergie, notamment en Espagne et aux Etats-Unis, mais aussi dans la rgion MENA. De nombreux lments, tels que la diminution des cots et l'accroissement de la demande d'lectricit, laissent penser que le CSP constitue une alternative faible teneur en carbone pour remplacer la production d'nergie centralise dans le monde. L'avantage des centrales lectriques solaires CSP rside dans leur capacit de stocker l'nergie. Grce l'abondance de leurs ressources nergtiques solaires, la rgion MENA peut devenir le foyer d'une nouvelle industrie potentiel lev. La rgion se caractrise par son ensoleillement abondant, ses faibles prcipitations et la profusion des terrains plats situs proximit des rseaux routiers et de transport de l'nergie. Dans des conditions optimales, telles que la mise en place d'une solide industrie locale manufacturire, la rgion MENA peut produire 5 GW de CSP d'ici 2020, ainsi que des composants exporter d'une valeur de 2 GW. L'on prvoit qu'un investissement de 1 million $ dans l'nergie propre produirait 16,7 emplois, compars aux 5,3 emplois gnrs par le mme montant dans les industries combustible fossile (PERI et AAM 2009). L'nergie solaire peut stimuler l'emploi. D'aprs la Banque mondiale et le Programme d'assistance la gestion du secteur de l'nergie (Banque mondiale et ESMAP 2011), l'adoption d'une conomie axe sur l'nergie solaire peut gnrer un nombre considrable d'emplois directs et indirects tout le long de la chaine de valeur. A titre d'exemple, il suffit que le march CSP dpasse 20 GW d'ici 2025 pour engendrer un total global de 200.000 emplois faible niveau de qualifications dans les domaines de la construction et l'interconnexion en Algrie, Egypte, Jordanie, Maroc et Tunisie. Les emplois relatifs au fonctionnement et la 237 maintenance peuvent tre effectus par du personnel local, ajoutant ainsi des avantages socioconomiques la rgion. Quelque 50.000 emplois supplmentaires locaux peuvent tre crs d'ici 2025 pour la fabrication des composants. Sans compter les 8.000 emplois hautement qualifis indispensables aux services associs la construction (gestion de projet et dveloppement). L'nergie solaire peut, galement, accrotre la productivit. La valeur ajoute des produits fabriqus localement pour les besoins de l'industrie de l'nergie solaire reprsenterait pas moins de 56 pour cent de la chaine de valeurs (Tableau 8.2). L'impact direct cumul de la construction de nouvelles centrales lectriques et ses retombs sur la chaine de valeurs pourraient atteindre 45 milliards $. D'aprs une tude de la Banque mondiale et de l'ESMAP, l'impact conomique dans la rgion MENA sera intimement li la taille du march CSP, ainsi qu' la part revenant au secteur manufacturier local par rapport l'ensemble du processus de production. Par consquent, l'investissement consenti la production locale de composants CSP sera tributaire de la stabilit du march et de l'importance du niveau de la demande. TABLEAU 8.2. Impact direct et indirect des centrales CSP sur l'conomie intrieure, 201225 En million $ (cumuls) 2012 2015 2020 2025 Part intrieure d'ici 2025 Impact conomique direct 206 1.403 6.999 21.675 56 pour cent Indirect (chaine de valeur de l'approvisionnement) 162 1.401 7.278 23.551 Source : Programme d'assistance la gestion du secteur de l'nergie (ESMAP). Le potentiel d'exportation des composants solaires est considrable. Les pays MENA peuvent, en dfinitive, devenir de grands fournisseurs et consommateurs d'lectricit CSP. Il en est de mme des exportations des composants CSP, ds lors que les dcisions nationales pour la promotion des technologies CSP sont prises au moment opportun (Figure 8.9). La ralisation de l'objectif visant l'exportation dpend essentiellement de la stabilit du march national, de la taille et de la croissance du march mondial, de la comptitivit des prix, des normes de qualit internationales, du haut niveau d'enseignement des travailleurs du secteur, et de la suppression des barrires commerciales tant dans la rgion qu'entre la rgion et l'Europe. 238 La coopration avec les oprateurs internationaux d'nergie ouvrira de nouvelles opportunits commerciales. Plusieurs secteurs industriels de la rgion MENA ont le potentiel d'adhrer la chaine de valeurs CSP, de produire localement les composants et d'exporter leur part de production. Mais la coopration internationale et la volont politique sont indispensables en matire de recherche, de dveloppement et de production dans la rgion aux fins d'exportation de ses composants. La cration de socits mixtes entre les grandes entreprises internationales et les entreprises locales contribuera au succs de ces industries. Il en sera de mme des mesures locales prises par les filiales d'acteurs internationaux. Le dveloppement durable de l'industrie dans la rgion peut, en outre, se concrtiser dans les deux prochaines dcennies, condition de commencer ds prsent le perfectionnement des ingnieurs et techniciens locaux dans les comptences requises. Ncessit de stratgies nationales de dveloppement industriel. Le secteur priv et les gouvernements doivent laborer des stratgies explicites concernant le dveloppement des centrales CSP et le renforcement des efforts R&D. Il s'agit, d'abord, d'amliorer la capacit d'innovation de l'industrie et de mettre en place davantage de filires technologiques et de plateformes d'innovation rgionales. Il faut ensuite revoir les programmes d'enseignement technique et s'assurer que les diplms sont dots des comptences essentielles exiges par les employeurs high-tech. Les universits, par exemple, doivent tre incites enseigner des modules portant sur la technologie CSP, l'intention notamment des tudiants dans les filires techniques et d'ingnierie correspondantes. Des programmes de formation doivent galement tre labors en faveur des entreprises manufacturires locales pour leur permettre de surmonter les barrires de l'innovation et accder aux derniers progrs technologiques. Les modles d'entreprises doivent suivre les avantages comparatifs. Les socits mixtes et les concessions de licences dont les modles d'entreprises les plus adapts pour renforcer la coopration internationale. D'autre part, et compte tenu du caractre crucial que revt la production qualitative des structures de montage et l'adaptation des techniques de revtement et de flexion des miroirs pour le dveloppement de l'industrie, des investissements doivent tre entrepris dans de nouvelles lignes de production axes sur l'automatisation de la production des composants CSP. FIGURE 8.9. Valeur potentielle des exportations des composants CSP, 201225 Source : Programme d'assistance la gestion du secteur de l'nergie (ESMAP). 239 Assurer une vaste publicit aux possibilits d'investissement CSP. Les entreprises locales doivent tre informes du potentiel d'investissement dans la production des composants solaires. Des tudes de faisabilit technique sur les lignes de production leur sont aussi ncessaires. Une nouvelle association rgionale spcialise dans le CSP ou dans l'nergie renouvelable sera utile pour informer les producteurs et investisseurs ventuels sur des questions telles que le dveloppement du march CSP, les options de fabrication, et les dernires avances technologiques dans ce march en plein essor. CONCLUSION Plusieurs facteurs dterminent la trajectoire de croissance que les secteurs abords dans le prsent chapitre doivent suivre afin de tirer le meilleur profit des crneaux existants et prvoir. La rgion doit multiplier les efforts afin d'tendre les crneaux et exploiter les avantages comparatifs. La restructuration de la chaine de production mondiale, notamment dans les rgions du Maghreb et du Mashreq, offre clairement des opportunits qu'il ne faut pas manquer. De nombreux segments de la chaine de valeurs renferment de nouveaux crneaux. La meilleure faon de mettre en uvre les changements ncessaires est de commencer par un certain nombre de programmes pilote (au niveau, local, national, et mme rgional) qui agiront comme des catalyseurs pour attirer des investissements accrus, davantage de demandes pour le changement, et autres retombes positives. 240 RFRENCES AIDMO (Organisation arabe pour le dveloppement industriel et des mines). 2010. Bulletin des statistiques industrielles pour les pays arabes. Commission conomique et Sociale des Nations unies pour l'Asie de l'Ouest (CESAO). ANIMA. 2011. Mediterranean Niches and Sectors with High Potential of Job Creation and Growth. 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Janvier. 242 Chapitre Neuf Grer le dveloppement rgional et local La diversification spatiale est complmentaire de la diversification sectorielle. En ralit, les deux vont souvent de pair. L'innovation se forme et s'panouit l o foisonnent les talents, la connaissance et l'entreprenariat. C'est ce qui explique ces sites emblmatiques que sont la Silicon Valley en Californie, ou Cambridge au Royaume Uni. Les gouvernements de nombreux pays ont reconnu l'importance que ces lieux reprsentent pour la cration de l'innovation et de l'emploi, et s'emploient inclure leur promotion comme pices matresses de leurs politiques d'innovation. Les pays arabes ont suivi cette tendance et, depuis le dbut des annes 2000, les technoples commencent se rpandre dans la rgion, associs au dveloppement de cits entirement nouvelles dans les pays riches en ressources. Des zones conomiques spciales (ZES) ont galement prolifr afin d'attirer les industries trangres et renforcer les capacits d'exportation. Rcemment, surtout au lendemain du Printemps arabe, les gouvernements commencent tre aussi proccups par la rduction des disparits rgionales dans les limites de leurs frontires respectives. Les politiques de dveloppement rgional dans le monde arabe tendaient la centralisation, la dcentralisation tant gnralement faiblement applique dans la rgion (voir Chapitre 4). L'absence des communauts locales dans le processus de planification du dveloppement affecte ngativement leur conception et leur mise en uvre. La situation commence voluer dans certains pays. Parmi les pays pauvres en ressources, le Maroc est celui qui a labor la politique la plus structure ce jour. Le pays a adopt, au milieu des annes 2000, une politique solide de planification rgionale comprenant une approche bien coordonne la planification et la mise en uvre par le biais de centres rgionaux d'investissement (CRI) et de zones spciales d'exportation et de parcs technologiques. Les investissements sont centrs sur des plans sectoriels destins impulser un ensemble d'industries o le Maroc compte devenir un acteur mondial. Ces mesures sont compltes par une initiative nationale de dveloppement humain, lance galement au milieu des annes 2000, visant mobiliser les communauts des zones urbaines et rurales marginalises. Rpondant aux aspirations de dmocratisation et de participation exprimes dans la foule du Printemps arabe, le Roi a lanc une importante rforme de rgionalisation. Dans cette mme veine, Duba et Qatar ont entrepris des initiatives spectaculaires pour devenir des points chauds de l'innovation mondiale, tandis que l'Arabie saoudite entamait la construction de cits entirement nouvelles destines des desseins bien spcifiques, comme exprim dans l'Encadr 9.1. Dans le prsent chapitre, les questions et politiques de dveloppement local et rgional dans le monde arabe sont analyses trois niveaux, savoir : (i) les sites innovateurs au 243 sein de villes ou localits, (ii) les villes, et (iii) les rgions. Les questions aborder sont diffrentes entre un niveau et un autre. Au niveau du site, la question est de construire des lieux d'innovation en partant de rien ; au niveau de la cit, il s'agit de faire des cits - nouvelles ou actuelles - des catalyseurs de l'innovation pour l'ensemble du pays ; au niveau rgional, la question est de rduire les disparits conomiques et sociales des rgions et des localits dans une rgion dtermine. Dans tous les cas, cependant, il faut procder de faon globale en s'attaquant aux problmes se rapportant chacun des quatre piliers de l'conomie de la connaissance. L'instauration et le maintien d'un climat favorable l'innovation et au dveloppement dpendent des mesures systmiques qui seront prises. ENCADR 9.1. Les cits de la connaissance et de l'innovation en Arabie saoudite Dans le cadre de sa nouvelle stratgie d'conomie axe sur la connaissance, l'Arabie saoudite s'est attele la cration de cits nouvelles. Les projets actuels comprennent la Madinah Knowledge Economy City, la King Abdullah Economic City (KAEC) Jeddah, la Jazan Economic City Jazan, et la Prince Abdul Aziz bin Mousaed Economic City Hail. Les deux premires sont les plus avances. D'autres cits sont prvues Tabuk et dans la Province orientale. La Madinah Knowledge Economy City, lance en 2010 avec un investissement de 7 milliards $, doit couvrir 4,8 millions de m et gnrer 20.000 emplois au sein d'une population de 150.000 habitants. Son dveloppement viendra complter l'action de la Fondation Roi Abdullah, crant un quartier central alternatif des affaires pour Al-Madinah avec des facilits et une infrastructure amliores. Tout en tant une destination religieuse et culturelle (avec une mosque accueillant 10.000 fidles), elle sera galement un lieu d'attraction pour les touristes, grce un parc thmatique et d'autres espaces d'accueil. La cit bnficiera de la rcente lvation du statut international de l'Aroport du Prince Mohammed Bin Abdul-Aziz et l'expansion de la Zone centrale de Medina. Elle comprendra, entre autres lments d'intrt, le Complexe Taiba de technologie et d'conomie axe sur la connaissance, des collges technologiques et administratifs, un centre d'tudes de la civilisation islamique, un centre d'affaires, et un complexe acadmique et clinique destin l'enseignement mdical, aux sciences biologiques et aux services de sant. KAEC. Avec un investissement de 27 milliards $, la KAEC devrait couvrir 168 millions de mtres carrs et gnrer un million d'emplois pour une population de deux millions d'habitants. De nombreux incitatifs et mesures ont t conues pour favoriser la participation du secteur priv. La KAEC, qui sera entirement finance par des capitaux privs, est le plus grand projet de secteur priv dans la rgion. La construction de la cit est confie un consortium dirig par le gant mondial de l'immobilier Emaar Properties et un groupe d'investisseurs saoudiens. L'un des objectifs manufacturiers majeurs est la Valle du plastique qui se consacrera, entre autres, l'emballage et le stockage alimentaires, les dispositifs et produits mdicaux, la scurit sportive, la construction de logements, et les pices automobiles. L'accent sera galement mis sur traitement en aval des produits ptrochimiques et des drivs du ptrole brut procdant de l'industrie ptrolire du pays. Des facilits seront accordes aux industries high-tech telles que la fabrication des puces informatiques, ainsi que les industries de transformation de matires premires, telles que l'acier, le bois et le papier. La KAEC abritera, en outre, une cite pilote intelligente incorporant des services de pointe tels que l'e-gouvernement, la domotique, les soins de sant efficace et l'infrastructure de transport. La vision de la cit intelligente est de crer de nouveaux emplois et des entreprises, impulser la performance des industries et attirer les rsidents en leur procurant un cadre de vie attrayant. L'agence gouvernementale 244 responsable du dveloppement de la cit, SAGIA, est aussi en charge des investissements parvenant l'Arabie saoudite. Celle-ci proposera, par ailleurs, des financements sous forme de prts ou de capitaux propres pour cofinancer des projets et encourager, ce faisant, l'investissement priv dans les cits conomiques. Source: www.sagia.gov.sa. LA CONSTRUCTION DE SITES INDUSTRIELS ET TECHNOLOGIQUES UNE PROLIFRATION DE ZONES FRANCHES SPCIALES ET CONOMIQUES La volont de diversifier l'conomie et crer des opportunits d'emplois a dj amen bon nombre de pays arabes crer des zones franches spciales destines promouvoir l'exportation et attirer l'investissement direct tranger (IDE). Le terme ZES voque des zones dlimites non soumises aux douanes ayant leur propre rglementation. Dans leur majorit, ces zones sont soutenues par une lgislation qui tabli un conseil d'administration pour chaque ZES et autorise ledit conseil dicter des lois qui s'appliquent aux investisseurs de la zone concerne. Les zones franches, par contre, comprennent des ports francs, des zones de transformation pour l'exportation, et des zones industrielles destines encourager l'exportation et attirer les IDE, mais ne disposent pas de leur propre environnement rglementaire. Il existe actuellement quelque 50 zones de ce type dans les pays arabes, notamment en Egypte et aux Emirats arabes unis (Tableau 9.1). Les exportations de ces zones reprsentent plus de 50 pour cent des exportations nationales totales (comme c'est le cas pour l'Algrie, l'Egypte et la Tunisie). D'autre part, les zones gnralement ont un impact modr sur l'emploi, ne reprsentant qu'un petit pourcentage de l'ensemble des emplois d'un pays.1 Le cot des emplois crs dans ces zones dpend de la nature des activits et des incitatifs proposs aux investisseurs.2 Les emplois que les ZES et les zones franches crent sont raliss un cot relativement bas, grce aux IDE, mais dans la plupart des cas ils comportent peu ou pas de transfert de technologie et autant de retombes sur les rgions environnantes. Pour ces raisons, il est important d'encourager l'tablissement de collaboration et de liaison entre les projets d'investissement dans les zones et les entreprises, les instituts de recherche et les institutions ducatives dans l'conomie locale. Le positionnement est essentiel, car la zone doit tre proximit d'une bonne infrastructure (routes, voies ferroviaires, ports, etc.) afin de minimiser les cots qui, autrement, seront supports par les autorits publiques. 1 En 2006, le nombre d'emplois dans l'ensemble des zones conomiques s'est lev environ 1,6 million (base de donnes de l'OIT EPZ 2007), soit environ 1,7 pour cent de l'ensemble des emplois dans les pays abritant lesdites zones (Fonds montaire arabe 2009). 2 titre d'exemple, les donnes de l'OIT pour l'anne 2007 font tat de 85 emplois crs par million de dollars US investis dans les ZES au Maroc (les investissements tant raliss en grande partie dans des industries lgres telles que les textiles), contre 11 emplois crs par million de dollars US investis en Algrie (o les investissements concernaient de gros projets d'ingnierie ptrolire). 245 Le besoin d'une infrastructure proche doit tre contrebalanc avec l'objectif non moins important d'viter la pression sur des zones urbaines dj congestionnes. UN NOMBRE CROISSANT DE TECHNOPLES Les technoples, mis au point par des gouvernements avec d'importants investissements publics, constituent la quintessence des sites d'innovation. On dnombre environ 50 technoples dans la rgion arabe (Annexe 1). Quelques uns sont de vrais succs, en termes de leur contribution au dynamisme innovateur de leur pays ou du nombre d'emplois qu'ils ont gnrs. L'on estime, d'aprs l'exprience mondiale, qu'il faut compter environ une dcennie pour qu'un technople atteigne une taille respectable (un millier d'employs au minimum). On peut citer, pour l'exemple, le Technople El Gazala de Tunisie, lanc en 2003, qui met l'accent sur la technologie de l'information et de la communication (TIC), abrite quelque 100 entreprises et emploie environ 2.000 personnes, dont 70 pour cent dtiennent un diplme de niveau ingnieur ou quivalent (Figure 9.1). Le Technopark de Casablanca, au Maroc, possde un profil similaire. Le gouvernement tunisien prvoit de construire quelque 10 technoples travers le pays, chacun ax sur un secteur ou domaine technologique spcifique et dont l'emplacement sera dtermin en fonction des points forts et avantages de la localit o il sera situ.3 Le programme, qui bnficie du soutien de la Banque europenne d'investissement, connat des retards en raison de la lenteur dcisionnaire lie la bureaucratie et les conflits interministriels. Le Maroc prvoit galement d'tendre son programme de technoples pour un inclure un ensemble d'agropoles pour la cration de filires agro-industrielles, telle qu'Agadir, examine plus loin. 3 El Gazala, Tunis (TIC), Sidi Thabet (biotechnologie), Bizerte (agroalimentaire), Sousse (lectronique, mcanique, et TIC), Monastir El Fejja (textiles), Sfax (multimdia et communication), Borj Cedria (biotechnologie de l'environnement et des plantes), Mednine et Jendouba (exploitation et commercialisation des the ressources naturelles du Sahara), et Gafsa (exploitation du phosphate). TABLEAU 9.1. Zones conomiques spciales et zones franches dans le monde arabe PAYS ZONES CONOMIQUES SPCIALES ZONES FRANCHES Algrie 0 1 Bahren 0 2 Egypte 1 11 Jordanie 1 6 Kowet 0 1 Liban 0 2 Maroc 0 2 Oman 0 0 Qatar 0 0 Arabie saoudite 0 0 Syrie 0 7 Tunisie 0 2 mirats arabes unis 0 16 Ymen 0 1 Source : Calculs de l'auteur sur la base des dernires donnes OCDE disponibles (http://www.oecd.org/dataoecd/56/22/36086747.pdf). 246 FIGURE 9.1. Le technople d'El Gazala, Tunisie a. Nombre d'employs El Gazala 200210 a. Rpartition des employs El Gazala, 2010 Source : Technople d'El Gazala, Enqute CMI 2012. LE SUCCS DES TECHNOPLES DPEND DES FACTEURS ESSENTIELS SUIVANTS : La prsence, au sein du parc, d'une infrastructure ducationnelle solide, tels que les universits technologiques et les instituts de gestion ; Des structures d'incubation efficaces lies de rseaux financiers et d'investisseurs providentiels pour soutenir les innovateurs et entrepreneurs potentiels ; Une infrastructure logistique et de transport adquate ; la prsence d'un aroport international proximit serait un atout ; Avant tout, les conditions d'une bonne gouvernance. Dans cette optique, les parcs technologiques qui sont grs exclusivement par les autorits gouvernementales, qu'elles soient nationales ou infranationales, sont vous l'chec. Les autres acteurs cls, y compris le secteur des affaires, les investisseurs trangers et les sphres acadmiques doivent tre impliqus. Tous doivent, cependant, oprer dans une transparence totale et selon des rgles de jeu bien dfinies, en particulier en ce qui concerne l'allocation des ressources (BEI, Medibtikar, et Ville de Marseille 2010). Berytech, situ Beyrouth, au Liban, combine tous ces lments pour produire une histoire succs bien intressante (Encadr 9.2). ENCADR 9.2. Le parc technologique Berytech et son financement Au Liban, le parc technologique Berytech, mis en place par l'Universit priv Saint Joseph, est un parc multisectoriel ax sur les services : publicit, accompagnement personnalis, comptabilit, conseils en gestion, quipements informatiques et priphriques, et recherche clinique. En change de la participation aux capitaux propres, le fonds des capitaux de dmarrage de Berytech stimule la croissance high-tech en investissant dans les entreprises technologiques libanaises ds leur lancement, en leur fournissant la fois le capital propre et les conseils ncessaires leur succs. Le fonds investi, qui varie entre 100.000 et 1,2 million $ par opration, n'est pas gnralement pris en compte par le 0500100015002000Ingnieurs 72% Techniciens 13% Cadres 10% Autres 5% 247 fonds de capital risque formel, et permet ainsi d'apporter un financement supplmentaire, le cas chant. Les secteurs d'intrt comprennent les TIC, l'nergie, l'industrie alimentaire, l'environnement, la sant et la mdecine, ainsi que le multimdia et la communication. La Zone technologique mergente de Beyrouth (BETZ), en cours de construction par la Direction de dveloppement de l'investissement du Liban, en coopration avec la municipalit de Damour, s'inscrit dans le mme sillage. BETZ devrait inclure, entre autres installations, un incubateur d'entreprises naissantes oprant dans le domaine des TIC et d'autres nouvelles technologies. Sans oublier le programme LIRA qui vise l'instauration de la coopration effective entre l'industrie, l'universit et les centres de recherche afin de rpondre aux besoins de l'industrie libanaise en matire de recherche et dveloppement. Source : http://www.berytech.org/component/option,com_wrapper/Itemid,392/lang,en/ ; Medibtikar 2007. Les filires industrielles formes dans le monde arabe sont peu nombreuses. Elles se forment un rythme plus lent que les parcs technologiques, qui sont structurs et soutenus directement par l'Etat. L'une des filires, ou groupements, les plus russies se trouve Agadir, au Sud du Maroc, construite autour des industries agroalimentaires et des pcheries.4 Le succs de ces filires est essentiellement attribu un processus continu de modernisation des quipements et de contrle de qualit exhaustif ; une organisation industrielle qui favorise les relations informelles et sociales fondes sur la confiance et la coopration (notamment travers les coopratives qui traitent de questions telles que l'assurance et les quotas UE) ; et au rle actif assum par les associations intermdiaires, les autorits locales et les chambre de commerce. Ces lments organisationnels non-techniques peuvent tre stimuls par les gouvernements (de faon indirecte gnralement au moyen d'incitatifs), mais leur constitution est lente et, surtout, exige une participation rgionale solide. La tendance actuelle de certains pays arabes d'accorder davantage de pouvoirs aux autorits locales et rgionales devra faciliter ce processus de regroupement ou "clustrisation". Les agropoles, sources de dveloppement rural. A l'exception de la Tunisie, les technoples et les filires demeurent largement concentrs autour des grandes villes. Le succs des agropoles devrait contribuer la promotion de la diversification rgionale, rduisant ainsi la pression sur les villes, dj surpeuples. Le dveloppement des agropoles dpend, cependant, de l'existence d'un "milieu" rceptif d'agriculteurs et de partenaires commerciaux, ainsi que d'un plan national plus largi qui intgre le commerce, la formation, la R&D, le dveloppement de l'infrastructure (routes), et les politiques ncessaires au dveloppement des coopratives agricoles. Le Plan vert du Maroc est l'exemple type d'un tel plan.5 4 Le potentiel lev du groupement d'Agadir est attest par la grande part qu'il dtient de la production agricole du pays : 48 pour cent d'agrumes, 21 pour cent de marachage, 43 pour cent de dattes, 70 pour cent d'argan, 95 pour cent de safran, 55 pour cent d'amandes, et 100 pour cent de roses. 5 Le Maroc possde d'ores et dj un agropole entirement oprationnel Mekns et deux autres, partiellement oprationnels, respectivement Berkane et Agadir. Le plan prvoit la cration d'au moins quatre autres 248 CRATION DE VILLES COMPTITIVES ET DURABLES LES POINTS CHAUDS DE L'INNOVATION MONDIALE ET LES NOUVELLES CITS DU GOLFE Aprs avoir constat le succs des technopoles et des clusters , certains pays aux ressources abondantes ont lanc des programmes grande chelle pour construire de nouvelles cits consacres la connaissance et l'innovation qui constitueront des vitrines pour la rgion entire, voire pour le monde. Duba fait uvre de pionnier dans cette approche. Elle a t inspire par l'exemple de Singapour qui a volu, en l'espace de quelques dcennies, de simple ile entrept d'abord en un centre manufacturier puis en une plaque tournante pour le commerce et finances mondiaux et pour l'enseignement, en attirant les entreprises multinationales vers son environnement propice aux affaires. Duba a commenc par le dveloppement d'un port et d'un aroport de niveau mondial, avant d'investir dans une srie de zones franches et de technopoles spcialiss dans la technologie de l'information, le multimdia, la sant, la biotechnologie et, plus rcemment, les services financiers (Tableau 9.2). TABLEAU 9.2. Sites du savoir et de la technologie de Duba NOM ANNE DE CRATION SUPERFICIE (KM2) ACTIVITS Jebell Ali 1985 100 Commerce Zone franche de l'aroport de Duba 1996 12 Commerce Cit d'Internet de Duba 2000 4 Technologie de l'information Parc technologique de Duba 2003 3 Ptrochimie Village de savoir 2003 21 Soins de sant Cit industrielle de Duba 2004 52 Industrie manufacturire Cit financire de Duba 2004 44 Finance Duba Tech 2006 2,3 Biotechnologie Duba Silicon Oasis 2007 7 Technologie de l'information Source : Ewers 2012. Aprs un brillant dmarrage, l'opration ambitieuse de Duba n'a connu qu'un succs mitig, n'ayant pas conduit, ce jour, un vritable processus d'innovation durable et national. Les raisons semblent s'expliquer par le manque de capital social et l'incapacit des gens et des entreprises oprant dans les nouvelles zones se regrouper en grappes dynamiques (Ewers 2007). En mme temps, les investissements spculatifs dans l'immobilier ont dbouch sur des problmes majeurs, amplifi par la crise financire et conomique mondiale qui a commenc en 2008. agropoles dans les annes venir qui devraient engendrer des ventes supplmentaires d'une valeur de 361 millions ainsi que 16.000 nouveaux emplois (Ciheam 2009). 249 A la fin des annes 1970, l'Arabie Saoudite s'est engag dans un programme ambitieux visant la construction de deux cits industrielles ddies l'industrie du ptrole. Jubail et Yanbu n'ont pas gnr les emplois escompts en dpit de l'industrie ptrochimique concurrentielle qui s'est dveloppe dans le pays. Le transfert de la connaissance et de la technologie aux entreprises et la main d'uvre nationales tait le problme majeur. L'Arabie saoudite lance aujourd'hui un programme encore plus ambitieux pour la construction de quatre nouvelles cits, y compris celle dite la Cit du savoir dans la ville d'Al-Madina (voir Encadr 9.1). Le succs de ces initiatives dpendra cependant d'une srie de facteurs, notamment, un bon leadership, un cadre politique global assorti de mesures ralisables et des indicateurs pour contrler la progression, des universits et des centres de recherche de classe mondiale, ainsi que des institutions oprant en rseau mme de rassembler les diffrents acteurs.6 MODERNISATION DES CITS MDITERRANENNES Bien avant l'tablissement des Etats-nations, les cits florissaient tout autour de la Mditerrane. Aujourd'hui encore elles continuent d'tre le moteur de la vie conomique et politique de la rgion. Des changements et des pressions de toutes sortes - population croissante, dgradation de l'environnement, restructuration conomique - ont amen les gouvernements du Maghreb et du Mashreq lancer des oprations d'envergure pour moderniser les villes et leurs environs, avec la coopration des autorits locales. L'on peut citer, parmi les nombreux exemples, la rnovation des centres des villes traditionnelles (mdinas, comme Essaouira et Mekns au Maroc), la modernisation des systmes de transport urbain (Rabat et Tunis), la construction de ports (Tanger), la cration de grandes installations de gestion des dchets (Alexandrie), et la rhabilitation des bidonvilles (Beyrouth et Damas), sans compter l'tablissement de technopoles et de zones industrielles, dcrits prcdemment. Ces oprations ont bnfici du soutien financier et technique de la communaut internationale (Banque mondiale, Banque europenne d'investissement [BEI], Agence franaise de dveloppement [AFD], la Deutsche Gesellschaft fr Internationale Zusammenarbeit [GIZ], entre autres). L'laboration de stratgies urbaines structures a amen, parfois, repenser des agglomrations entires, l'exemple de Sfax (Tunisie) et Amman (Jordanie), conformment aux modles proposs par des instances internationales telles que la Cities Alliance et autres rseaux urbains transnationaux, comme on le verra plus loin. L'ide principale tait d'intgre le savoir et l'innovation dans la conception et la mise en uvre de ces stratgies, en accordant cet gard une attention soutenue l'enseignement, aux TIC et la promotion de l'innovation, ainsi qu' la spcialisation industrielle et conomique approprie. La coopration internationale entre entits infranationales - entre cits ou provinces - gagne en importance dans le monde depuis ces dernires dcennies. A titre d'exemple, le 6 Comme indiqu dans le rapport de la Confrence sur les Cits du savoir, tenue Al-Madinah, en Arabie saoudite, mars 2011. 250 programme mondial ART GOLD (Gouvernance et dveloppement local) du Programme des Nations unies pour le Dveloppement, et ses composantes sous-rgionales, s'appuie sur les instruments de dveloppement local et la "coopration dcentralise", terme invent pour dcrire la coopration entre entits infranationales. Il a pour objectif majeur de renforcer la participation des autorits locales et d'engager les acteurs sociaux tant du Sud que du Nord. Le programme propose l'assistance technique aux parties concernes par les questions de dveloppement et de gouvernance, tout en harmonisant les efforts des acteurs internationaux, nationaux et locaux. Ce mouvement global s'est rpandu dans la Mditerrane, se traduisant par des initiatives menes par des organisations non gouvernementales travaillant avec les autorits locales. Ces organisations fournissent l'expertise et l'assistance technique en matire de renforcement des capacits, mais rarement sous forme d'aide financire. Ces initiatives portent sur de nombreux domaines, y compris ceux relatifs l'conomie de la connaissance, savoir, l'innovation (en aidant les petites et moyennes entreprises dvelopper de nouvelles activits), l'ducation (par la fourniture de matriels didactiques, voire mme en assurance l'change d'enseignants), et les TIC (Djeflat 2012). Les programmes de dveloppement urbain du CMI soutiennent et compltent ces efforts et initiatives en impliquant diffrents partenaires du CMI. Certains exemples sont prsents ci-aprs7 : - Des stratgies de dveloppement urbain sur mises en uvre en coopration avec le rseau Med Cities, notamment pour la ville de Sfax ; - Des examens de gestion des terres sont entrepris en Tunisie et au Liban ; - Subsquemment une tude entreprise par la Banque mondiale sur quatre villes ctires Nord africaines (Alexandrie, Tunis, Casablanca et la Valle du Bouregreg au Maroc), une tude similaire a t lance Alger. Des discussions sont actuellement en cours avec la municipalit du Grand Amman sur la possibilit de dupliquer l'tude Amman ; - Concernant le transport urbain, les trois rapports de confrences suivants ont t finaliss : (i) un manuel des meilleures pratiques ; (ii) une tude sur le transport urbain dans les Mdinas et les centres villes historiques ; et (iii) un rcapitulatif des enseignements retenus sur l'adquation des diffrents modes de transport public en Mditerrane ; - En matire de TIC, un programme men par le PNUD sur l'change d'exprience entre villes mditerranennes produit un guide TIC l'intention des autorits locales (CMI et PNUD 2012). Le programme a galement entrepris des projets pilotes, y compris un systme de goinformation pour l'adressage des rues, expriment Tripoli (Liban) ; 7 Pour des informations supplmentaires sur les programmes de dveloppement urbain du CMI, voir http://www.cmimarseille.org/Urban-Spatial-Development.php. 251 - Le rseau CoMun Network, dirig par l'allemand GIZ, vise renforcer les structures municipales au moyen d'un rseau d'apprentissage qui permet le partage de l'exprience transfrontalire en matire de dveloppement municipal et urbain entre les villes du Maroc, de Tunisie et d'Algrie. Le programme porte sur les domaines de gestion des dchets et des transports, de la rhabilitation des mdinas et de l'efficacit nergtique ; - Une initiative de financement urbain, parraine par l'Union pour la Mditerrane et mene conjointement par la BEI et l'AFD, vise identifier et mettre en uvre 15 projets de dveloppement urbain innovateur et durable. L'initiative prvoit des subventions en faveur de l'assistance technique destine acclrer la mise en uvre de ces projets. La Banque mondiale, le groupe allemand KfW et la Banque europenne de reconstruction et de dveloppement peuvent adhrer cette initiative ; - Le CMI et les membres de la Cities Alliance oprant dans la rgion MENA ont dcid d'tablir un partenariat comprenant les villes et gouvernements de la rgion. Ce partenariat apportera le soutien l'laboration de stratgies de dveloppement urbain, grce au Programme d'action conjointe MENA, qui est gr collectivement par la Cities Alliance et le CMI. RDUIRE LES DISPARITS RGIONALES Les niveaux de vie diffrent considrablement entre les milieux rural et urbain dans la rgion MENA, comme le dmontre les indicateurs d'accs l'eau et l'assainissement (Tableau 9.3). La localisation influe davantage sur le bien-tre du mnage dans certains pays que dans d'autres. Le facteur d'ingalit spatiale est le plus important au Maroc suivi, dans l'ordre, par l'Egypte, le Ymen et la Syrie. Il est moins marqu en Jordanie (Banque mondiale 2010). Nanmoins, l'ingalit rurale-urbaine ne reprsente, dans aucun pays MENA, plus du cinquime de l'ingalit totale des dpenses des mnages. De faon gnrale, la fracture urbaine-rurale et interprovinciale dans la rgion MENA n'est pas plus grande que dans les autres rgions en dveloppement travers le monde. TABLEAU 9.3. Disparits rgionales dans une slection de pays arabes Croissance dmographique et pourcentage de la population ayant accs, en 2010, l'exception de ce qui est indiqu 252 PAYS INDICATEUR RURAL URBAIN Algrie Croissance dmographique 0,42 2,43 Source hydrique 79 85 Assainissement 88 98 Egypte Croissance dmographique 1,67 1,84 Source hydrique 99 100 Assainissement 93 97 Jordanie Croissance dmographique 2,02 2,25 Source hydrique 92 98 Assainissement 98 98 Maroc Croissance dmographique 0,21 1,60 Source hydrique 61 98 Assainissement 52 83 Tunisie Croissance dmographique 0,17 1,64 Source hydrique (2009) 84 99 Assainissement (2009) 64 96 Liban Croissance dmographique -0,20 0,86 Source hydrique 100 100 Assainissement 87 a 100 Source : Elaboration de l'auteur sur la base des donnes les plus rcentes des Indicateurs du dveloppement dans le monde. a. Donnes 2005. La dynamique des disparits rgionales est complexe, comme en tmoigne l'Egypte. Les variations du PIB par habitant ne sont pas directement lies la croissance ou dcroissance dmographique. A titre d'exemple, les gouvernorats du Sud-Sina du et de la Mer Rouge ont enregistr l'accroissement dmographique le plus marqu entre 2003 et 2009 (d probablement l'essor touristique) ; or leur taux de croissance PIB tait plus leve que les autres gouvernorats o la croissance dmographique tait moindre. Les causes semblent tre imputables aux tendances agricoles : l'augmentation des zones cultives explique plus de 22 pour cent de l'augmentation du PIB par habitant. La croissance rcente du PIB par habitant en Haute Egypte a pouss l'Indicateur de dveloppement humain8 (IDH) de la rgion par 0,247 entre 2008 et 2010, dpassant l'augmentation enregistre dans les gouvernorats de la Basse Egypte (0,206). L'IDH demeure faible en Basse Egypte et la pauvret hautement concentre, en particulier dans les zones rurales. Pour chaque dix personnes pauvres en Egypte, huit vivent en milieu rural, sept en Haute Egypte, trois vivent d'agriculture, trois sont analphabtes, et trois sont du niveau lmentaire ou secondaire ; et surtout, quatre vivent dans des mnages avec plus de trois enfants (UNICEF 2010). PRINCIPES DACTION 8 Le HDI est une mesure comparative de l'esprance de vie, de l'alphabtisation, de l'ducation, et des niveaux de vie dans un pays. 253 Une tude de la Banque mondiale sur les disparits spatiales dans la rgion MENA (Banque mondiale 2010, recommande un ensemble de politiques portant sur les trois domaines suivants : Premirement : Uniformiser les rgles de jeu et investir dans les gens, cette recommandation tant la pierre angulaire de toute raction politique. L'histoire politique et coloniale de la rgion MENA - qui se distingue par le caractre fortement centralis de sa bureaucratie et ses politiques conomiques et fiscales ainsi que par la faiblesse de ses relations redditionnelles - a abouti une ngligence gnrale de certaines rgions. Pour crer les conditions favorables au dveloppement, il faut s'attaquer aux dsavantages historiques des populations priphriques. Aussi l'amlioration des niveaux de vie des rgions dfavorises est-elle concerne-t-elle autant le dveloppement des gens que des lieux. Le dveloppement des gens signifie toutefois que des mesures doivent tre prises en matire d'ducation, d'autonomisation et de participation. Deuximement : Renforcer la connectivit et tablir des liaisons entre zones riches et zones conomiquement dfavorises. Les rgions MENA la traine ont l'avantage suivant : 61 pour cent de leurs populations vivent trois heures d'une grande ville. MENA peut relier les zones dfavorises aux centres d'agglomrations en investissant dans les transports, la facilitation des changes et les TIC. Troisimement : Faciliter le dveloppement des groupements dans des zones potentiel inexploit, non pas en essayant de rsoudre le problme force d'argent et d'infrastructures, mais en soutenant l'action des acteurs locaux et en coordonnant leurs initiatives (voir la prcdente discussion sur le groupement d'Agadir). Il s'agit, en l'occurrence, de tailler une place pour les partenariats public-priv, investir dans le capital humain et les infrastructures connexes, et dterminer les initiatives que les rgions peuvent soutenir plutt que de forcer les investissements avec des subventions et des dgrvements d'impts. L'agriculture offre des opportunits considrables dans plus d'un pays qu'il convient d'exploiter par des politiques ajustes la promotion de l'utilisation des nouvelles technologies, au dveloppement des canaux d'changes commerciaux et, surtout, l'laboration de programmes de formation, notamment pour les femmes. L'exemple de l'huile d'Argan au Sud du Maroc (Encadr 9.3) illustre les dfis relever, ainsi que l'importance cruciale du dveloppement rural pour rduire la pauvret et juguler l'exode vers les zones urbaines. Les bonnes politiques l'emportent sur la gographie. Pour rsumer les messages cls du prsent rapport, l'on peut simplement dire que si la concentration de l'activit conomique dans certaines zones est une consquence invitable de la croissance, les gouvernements ont le pouvoir d'attnuer les disparits spatiales grce une analyse minutieuse et des politiques adaptes aux circonstances locales. 254 ENCADR 9.3. Exploitation de l'huile d'argan au Maroc L'huile d'argan est extraite des graines du fruit de l'arganier. Longtemps employe par les Berbres pour la cuisson et les cosmtiques, elle sert toujours au mme dessein. Nanmoins, elle est aujourd'hui l'une des huiles les plus chres au monde - une culture intressante, en effet, particulirement pour la fabrication des cosmtiques. La rgion des forts d'arganiers, dclare en 1998 Rserve de la Biosphre de l'UNESCO, reprsente 14,25 pour cent des terres forestires du pays. L'exploitation de l'arganier a sauv quelque trois millions d'emplois, y compris 2,2 millions dans les zones rurales (Charouf 2006). En d'autres termes, l'industrie de l'huile d'argan assure l'emploi pour environ la moiti de la main-d'uvre rurale marocaine et a le potentiel de juguler la migration rurale-urbaine au Maroc et, par le mme processus, d'radiquer l'extrme pauvret tout en crant des opportunits d'emploi pour des femmes (qui requirent gnralement une formation qui leur permet d'tre l'aise avec les responsabilits administratives et financires qu'elles sont appeles assumer quand elles participent la culture de l'arganier). L'arganier joue galement un rle cologique. C'est le deuxime couvert vgtal le plus important au Maroc, et ses profondes racines constituent une importante barrire contre la dsertification. En dpit de l'essor qu'elle connat depuis la fin des annes 1990, la culture de l'arganier est confronte des dfis majeurs en raison du rtrcissement de la superficie et de la densit de couverture. Au cours de ces 50 dernires annes, en effet, la densit est tombe de 100 30arbres par hectare en raison de l'accroissement de la population et du pacage du btail. Les dcideurs doivent faire des choix difficiles entre mthodes traditionnelles et modernes de production, compte tenu de leurs consquences pour les populations concernes. Il existe deux mthodes d'extraction : la pression manuelle traditionnelle et la pression mcanique moderne. Toutes les deux gnrent un revenu, donc un motif de conservation des arbres et l'tablissement de nouvelles plantations. Sauf que la production mcanique de l'huile provoque le transfert d'emploi, qui profite aux zones urbaines, ne laissant ainsi aux rgions rurales que la production des graines. Les mesures visant la promotion de la production manuelle de l'huile contribuent plus directement attnuer de la pauvret et enrayer l'exode rural. Cependant, la production traditionnelle de l'huile d'argan est plus lente, et applique des procds de production moins hyginiques, ce qui rduit la valeur de la production des fins cosmtiques. Plus encore, les stratgies et logistiques de commercialisation des coopratives des femmes rurales sont mdiocres. Un litre d'huile d'argan produit traditionnellement cote environ 120 Dh, dont 85 Dh vont directement aux femmes. Produit mcaniquement, le prix du litre peut dpasser 300 Dh (FAO 2006), mais la part qui choit aux femmes rurales qui collectent le fruit de l'arganier est infrieure celle que la production traditionnelle leur rapporte. La meilleure faon de rsoudre le dilemme entre mthodes de production traditionnelle et moderne sera de maximiser simultanment les profits et les avantages sociaux long terme. L'on peut y parvenir en dispensant aux femmes une meilleure formation sur l'utilisation des quipements de base et l'embouteillage de l'huile, ainsi qu'un programme sur la prservation de la biosphre de l'arganier. L'tiquetage et la commercialisation de l'huile traditionnelle d'argan sont essentiels pour assurer des profits plus levs et quitable sur les marchs internationaux. Ces mcanismes de production "semi-technologiques" permettront d'autonomiser les femmes rurales du Maroc et, partant, d'radiquer la pauvret et rduire l'urbanisation. Source : Taha 2010. 255 L'Initiative nationale pour le dveloppement humain lance au Maroc est un programme intressant qui illustre bon nombre des principes noncs. L'Initiative nationale pour le dveloppement humain (INDH) est une initiative royale, lance en 2005, qui a mobilis quelque 300 millions $, principalement de la communaut internationale, y compris la Banque mondiale. Le soutien a t accord plus de 20.000 microprojets soumis par les communauts locales, en rponse un appel candidatures au niveau national. Ces projets, qui manaient principalement de zones urbaines et rurales dfavorises, portaient sur la rnovation d'coles, la construction de nouvelles routes, l'amlioration des quipements sanitaires, l'tablissement de centres de sant et la mise en uvre de nouvelles activits gnratrices de revenus. L'valuation entreprise par l'Observatoire national de dveloppement humain, qui s'inscrit dans cette initiative, atteste d'un taux satisfaisant de ralisation, l'exception de la catgorie relative aux activits gnratrices de revenus, qui a t plutt dcevant. L'INDH a rencontr des problmes dans les efforts qu'elle a mens pour aider les communauts pauvres au Maroc en raison, notamment, des capacits administratives et politiques impliques divers niveaux allant du gouvernement central aux villages, qui n'taient pas la hauteur de la tche qui leur incombait, mais aussi des difficults de coordination entre les diffrents secteurs administratifs concerns (ducation, sant, infrastructure, etc.). Nonobstant, elle a cr un tat d'esprit qui a fray la voie aux mesures de dcentralisation et de rgionalisation plus largies qui ont t prises ces dernires annes. CONCLUSION Les sites innovateurs sont d'importants lments de l'conomie de la connaissance pour tous les pays. Mais ils sont d'autant plus importants pour le monde arabe en raison de sa gographie unique, o les grands espaces dsertiques favorisent la concentration urbaine. Mais quelle que soit la taille des sites objets des initiatives de dveloppement local ou rgional - technopoles, cits ou autres - il est essentiel de coordonner l'investissement dans les quatre piliers de l'conomie de la connaissance, notamment en milieu rural dont les besoins de dveloppement sont plus prononcs, rduisant par-l la pression qu'il exerce potentiellement sur les zones urbaines. Il est impratif aussi d'impliquer les populations et les autorits locales, bien que ce soit une vritable gageure pour des socits arabes qui ont subi de longues annes durant une forte gouvernance centralise. Les initiatives heureuses amorces par-ci et par-l montrent la voie suivre et mritent donc qu'on s'y intresse de plus prs. Le soutien de la communaut internationale, par le biais notamment de la coopration entre les villes, est tout aussi important pour le renforcement des capacits que le dveloppement conomique. 256 RFRENCES ANIMA, Medmaps 2012. http://www.medmaps.eu/mapview/ANIMA/ Belarbi, Latifa. 2012. Le dveloppement urbain et spatial dans la rgion MENA (enqute CMI). Document interne, CMI, Marseille. Bhmer, Alexander 2011. Key lessons from selected economic zones in the MENA region, OCDE, Amman. Charouf, Zobaida. 2006. Plante du mois. Maroc-PAM 6 (USAID). Septembre-octobre. Centre international des hautes tudes agronomiques mditerranennes (CIHEAM). 2009. Perspectives des politiques agricoles en Afrique du Nord, Options mditerranennes, Srie B: tudes et Recherches 64, Montpellier. CMI (Centre de Marseille pour l'intgration en Mditerrane) et le PNUD (Programme des Nations unies pour le dveloppement). 2012. 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Base de donnes sur les zones franches de transformation pour l'exportation. http://www.ilo.org/public/libdoc/ilo/2007/107B09_80_engl.pdf Taha, Tamer. 2010. Economie de la connaissance, Croissance conomique et Cration d'emplois dans le monde arabe. Document interne, CMI, Marseille. Septembre. PNUD (Programme des Nations unies pour le dveloppement). 2011. Rapport du dveloppement humain. New York. UNICEF. 2010. Child Poverty and Disparities in Egypt: Building the Social Infrastructure for Egypt's Future. Le Caire. Mars. Banque mondiale. 2010. Poor Places, Thriving People: How the Middle East and North Africa Can Rise Above Spatial Disparities. Washington, DC. . 2011. Indicateurs du dveloppement dans le monde. Washington, DC. 257 ANNEXE 9.1. Technopoles dans le monde arabe PAYS TYPE NOM DE LA STRUCTURE SECTEUR STATUT SUPERFICIE (HECTARES. SAUF AUTREMENT INDIQU) EMPLOIS ALGERIE Parc scientifique Sidi Abdallah (y compris 4 Parc technologique) TIC Oprationnel 1.870 ALGERIE Parc technologique Technopole El Boustne TIC, lectronique, biotechnologie (pharmaceutique) En cours de ralisation 45 ALGERIE Parc technologique Technopole Ibnou-Sina Biotechnologie (pharmaceutique), soins de sant et mdecine, TIC, tourisme, ingnierie En cours de ralisation 54 ALGERIE Parc technologique Cyber Park TIC, mdia et communications En cours de ralisation 94 400 (dj crs) l'objectif tant de crer 2.400 ALGERIE Parc technologique Parc de Sidi Bennour Agroalimentaire 51 BAHREIN Parc technologique BAHREIN Parc technologique TIC, soins de sant et mdecine En cours de ralisation BAHREIN Parc technologique iTeknoCity TIC, biotechnologie EGYPT Parc scientifique Cit de Recherche scientifique et d'application de la technologie Biotechnologie, technologie de l'information (recherch en informatique), ingnierie avance (nouveaux matriaux), nanotechnologie (cellules solaires) Oprationnel 250 acres 30.000 (ds l'achvement) EGYPTE Parc technologique Village intelligent de l'EGYPTE TIC Oprationnel 300 acres 35.000 (d'ici fin 2010) 100.000 (prvus en 2014) EGYPTE Parc scientifique Valle technologique du Sina TIC, microlectroniques, biotechnologie, nouveaux matriaux, outils fins, nergie renouvelable En cours de ralisation 72 km2 EGYPTE Parc scientifique Valle technologique de la cte Nord Nouvelles technologies En cours de ralisation, encore au stade d'tude (Alexandrie) 258 PAYS TYPE NOM DE LA STRUCTURE SECTEUR STATUT SUPERFICIE (HECTARES. SAUF AUTREMENT INDIQU) EMPLOIS EGYPTE Centre contact Contacts Cairo Centres Park Centres d'appel et externalisation Oprationnel 31.08 40.000 directs et 60.00 indirects JORDANIE Parc technologique Parc technologique de l'Universit Hachmite TIC Oprationnel 1,5 km2 JORDANIE Parc scientifique Al Hassan City Plate-forme comprenant l'Acadmie royale des sciences, le Conseil suprieur pour la science et la technologie et l'Universit Sumaya de technologie Oprationnel JORDANIE Incubateur de technologie Ipark TIC Oprationnel JORDANIE Parc technologique CyberCity Zone franche conomique spciale (dveloppement immobilier et projets industriels), TIC Oprationnel 4,5 km2 KOWEIT Parc technologique Parc technologique de Kowet TIC LIBAN Parc technologique Berytech TIC, mdia et communications, soins de sant and mdecine, environnement, industrie agroalimentaire, nergie Oprationnel 500 (depuis sa cration en 2001) LIBAN Incubateur d'entreprises BIAT TIC, autres Oprationnel 45 emplois (215 prvus en 2016) LIBAN Parc scientifique Zone des technologies mergentes de Beyrouth Electronique, TIC, biotechnologie, multimdia et communications En cours de construction LIBAN Parc technologique Village Global Edde (Jbeil) TIC En cours de construction LIBAN Parc technologique Parc Makse (Valle de la Bekaa) TIC En cours de construction MAROC Parc technologique Casablanca Technopark TIC Oprationnel 29.400 m2 MAROC Parc technologique Parc technologique de Bouznika TIC Oprationnel 116 259 PAYS TYPE NOM DE LA STRUCTURE SECTEUR STATUT SUPERFICIE (HECTARES. SAUF AUTREMENT INDIQU) EMPLOIS MAROC Parc technologique Rabat Technopolis TIC Oprationnel MAROC Technopole Technopole d'Oujda Energies renouvelable Partiellement oprationnel (premire phase en stade de commercialisation) 167 MAROC Agropole Mekns Agropolis Agroalimentaire Partiellement oprationnel 130 11.000 (prvus) MAROC Agropole Oriental Agropolis, Berkane Agroalimentaire Oprationnel 102 5.000-7.000 (prvus) MAROC Agropole Agrople dAgadir Agroalimentaire Oprationnel 400 MAROC Agropole Tadla Agropolis, Tadla Azilal Agroalimentaire Oprationnel 244 MAROC Agropole Gharb Agropolis, Knitra Agroalimentaire Oprationnel MAROC Agropole Haouz Agropolis Agroalimentaire Oprationnel MAROC Technopole Tan Tan Agroalimentaire (traitement des produits de mer) Oprationnel (ambigit sur son statut tant considr comme groupement) MAROC Agropole Haliopolis, Agadir Agroalimentaire (traitement des produits de mer) Partiellement oprationnel 150 MAROC Incubateur Cit de l'Innovation de Fs TIC Partiellement oprationnel MAROC Incubateur Cit de l'Innovation de Marrakech TIC En cours de construction MAROC Incubateur Cit de l'Innovation de Rabat Planifi MAROC Incubateur Cit de l'Innovation de Casablanca Planifi ARABIE SAOUDITE Parc technologique Parc scientifique du Prince Abdullah Bin Abdulaziz TIC et ptrole Oprationnel 300.000 m2 ARABIE SAOUDITE Parc scientifique Parc scientifique de la BioCity de Jeddah Biotechnologie En cours de construction 260 PAYS TYPE NOM DE LA STRUCTURE SECTEUR STATUT SUPERFICIE (HECTARES. SAUF AUTREMENT INDIQU) EMPLOIS QATAR Parc technologique Parc technologique et scientifique de Qatar Operations aronautiques, gaz et ptrochimie, soins de sant, TIC, technologies hydriques Oprationnel OMAN Parc technologique Knowledge Oasis Muscat TIC, tourisme Oprationnel 68 Parc technologique El Gazala Technopark TIC Oprationnel 65 TUNISIE Technopole Sidi Thabet Biotechnologie (pharmacie) 115 TUNISIE Parc technologique Bizerte Agroalimentaire Oprationnel 150 TUNISIE Parc technologique Sousse Electronique, mcanique, et TIC Oprationnel 60 TUNISIE Centre comparatif Monastir El-Fejja Textiles En cours de ralisation 100 TUNISIE Technopole Sfax Multimdia et communication Oprationnel 60 TUNISIE Technopole Borj Cedria nergie renouvelable, eau, environnement, et biotechnologie des plantes En cours de ralisation 90 TUNISIE Agropole Mdenine Exploitation et commercialisation des ressources naturelles du Sahara En cours de ralisation TUNISIE Agropole Jendouba Exploitation et commercialisation des ressources naturelles du Sahara En cours de ralisation TUNISIE Centre comparatif Gafsa Mines (phosphate) En cours de ralisation Source : Latifa Belarbi, Enqute CMI 2012. 262 UN DERNIER MOT La connaissance a toujours jou un rle crucial pour le dveloppement.1 Il y a mille ans, le monde arabe faisait figure de chef de file mondial en matire de connaissance, prosprit et dveloppement. La science et la technologie arabes, ainsi que le libre commerce et la tolrance lgard de toutes les religions ont t des lments cls pour la ralisation dun tel dveloppement. Il est temps que le Moyen-Orient et lAfrique du Nord renouent avec ces traditions. Grce au dveloppement de linternet et tout un ensemble de nouvelles technologies de linformation et de la communication (TIC), la connaissance est devenue rellement mondiale, accessible et totalement dmocratique. Ce changement technologique phnomnal sest accompagn de la globalisation des conomies, lintensification de la concurrence et lmergence de chaines de valeur plus sophistiqus des procds de production. Limpact de ce changement de paradigme se fait sentir tout autour de nous. Nous voyons des conomies - relativement petites telles que celles de la Finlande ou de Singapore, de taille moyenne telle que celle de la Rpublique de la Core, ou de grande taille telle que celle de la Chine et de lInde - qui sont capables de tirer profit de la puissance des changements techniques, dtre concurrentielles dans lconomie mondiale et de renforcer les capacits de leurs travailleurs en matire de connaissance. Dautres ne parviennent pas acqurir, adapter et utiliser ces nouvelles technologies pour mettre niveau leurs capacits de connaissance, ou exprimer leurs talents cratifs, ce qui les condamne au dclin ou, au mieux, dpendre de leurs ressources naturelles puisables. Les leaders visionnaires sont la recherche de nouvelles ides et stratgies pour interagir avec la nouvelle ralit travers le monde. Le printemps arabe a montr que les pays ne peuvent plus compter sur la seule puissance publique et des paradigmes simplistes pour assurer la croissance. Sur la rive sud de la Mditerrane, des annes de gouvernance autocratique caractrise par un capitalisme de connivence, des ingalits croissantes et une rpression svre des liberts politiques ont t rejetes par les mouvements populaires. Et le dfi auquel font face ces pays aujourdhui consiste mettre en place un systme libre, juste, inclusif, cratif et dynamique. Restaurer la confiance et amliorer la gouvernance sont les besoins de lheure, mais les nouveaux gouvernements dans la rgion devraient aussi assurer la croissance et crer rapidement des emplois, avant que les populations dues ne reprennent la rvolte de nouveau. Bien que les pays exportateurs de ptrole dans la rgion paraissent avoir mieux gr cette crise, leur rgime doit galement ragir rapidement pour diversifier leur conomie et ainsi continuer prosprer tant donn que leurs richesses ptrolires sont entrain de samenuiser. 1 Cette section sinspire des crits de Radwan et Strauss (2011). 263 En prsence de ces immenses dfis et opportunits, sur quoi les dcideurs politiques dans la rgion devraient-ils concentrer leur attention ? Que devraient-ils faire pour stimuler la croissance, crer des emplois, tablir la confiance et restaurer lespoir et la prosprit pour leurs populations ? Dans ce rapport, nous avons tent de rpondre certaines de ces questions selon une approche intgrative. Mais ce nest que le dbut de tout un processus. Pour quun nouveau modle marche dans un pays quel quil soit, il faut une vision, une stratgie pour articuler cette vision, la coordination entre les multiples acteurs gouvernementaux autour dune telle stratgie, limplication des parties prenantes du secteur priv et de la socit civile, et, dans plusieurs pays, la participation des diffrents partenaires au dveloppement. La stratgie propose doit tre adapte au profil de chaque pays pour construire sur les points forts et attnuer les points faibles. Llment cl demeure le leadership. Les leaders arabes vont-ils relever le dfi ? 264 ANNEXES 265 Annexe 1. Modle Economtrique et Analyse de la Littrature sur lEconomie de la Connaissance, la Croissance et lEmploi Les modles de croissance mis en uvre au Moyen Orient et en Afrique du Nord (MENA) nont pas permis la cration de postes demploi en nombre suffisant. En effet, le taux de chmage reste lev particulirement chez les jeunes et les femmes, ce qui en fait un problme social aigu. La plupart des chmeurs sont des diplms universitaires. Leur chmage rduit le retour sur ducation pour eux-mmes ainsi que la motivation de sinvestir dans lducation chez les autres. On ne soulignera jamais assez lurgence de traiter le problme du chmage dans la rgion MENA.1 Avec lavnement du Printemps Arabe, les pays de la rgion sont en train de revoir leurs stratgies de croissance et de dveloppement, en faisant de la rduction du chmage un objectif cl. Dans ce contexte, il y a un fort intrt pour passer un modle de croissance bas sur la connaissance et la productivit. La rgion MENA est bien positionne pour poursuivre une telle stratgie. En effet, cette rgion se trouve proximit de lune des sources majeures de linnovation dans le monde savoir lEurope. Bien quelle ait besoin de raliser davantage de progrs, la rgion est aujourdhui beaucoup plus ouverte au commerce et linvestissement quavant. Des investissements sans prcdent dans lducation ont considrablement accru les capacits de la rgion absorber les nouvelles technologies et le savoir-faire. La richesse ptrolire permet plusieurs pays de disposer des moyens ncessaires pour investir massivement dans la construction dconomies bases sur la connaissance, y compris les technologies de linformation et des communications, dans les coles spcialises et les centres de recherche, ainsi que dans les logistiques de base ncessaires pour tre connect lconomie mondiale. Les effets de linvestissement dans la connaissance sur la croissance sur le long terme sont indiscutablement des effets positifs, mais la question reste pose pour savoir si un modle bas sur la connaissance et la productivit est capable de crer des emplois lchelle requise par la rgion MENA. Cette question est au cur de cet annexe qui explore les liens conceptuels entre la connaissance et lemploi, examine la littrature empirique pertinente, et teste les rapports qui 1 Cette annexe a t prpare par Chen, Diop, et Muller (2012). Le document original, disponible auprs des auteurs, comprend un examen largi de la littrature sur les interactions entre la connaissance, la croissance et lemploi. 266 existent sur le plan conomique entre la connaissance, la croissance et lemploi en se basant sur un chantillon pris dans les pays de la rgion MENA. Au plan conceptuel, cette annexe montre que linvestissement dans la connaissance est toujours payant sur le long terme tant donn quil alimente la croissance base sur la productivit, amliore le bien-tre et lemploi de la main duvre qualifie. Cependant, dterminer si ces effets sont suffisants pour rduire le chmage dpend de tout un ensemble de facteurs, dont le plus important tant le profil des comptences des demandeurs demploi. Au niveau microconomique, laugmentation de la productivit amliore la comptitivit, la croissance des entreprises, et, toute autre chose tant gale, la cration de lemploi. En plus, ladoption des technologies dtruit les emplois dans une moindre mesure que ce que lon craint souvent, condition que lon adopte une perspective qui englobe lensemble de lconomie. En fin, et tant donn que linvestissement dans la connaissance produit des avantages directs pour la main duvre qualifi, (compar la main duvre non qualifie qui en bnficie indirectement) des mesures correctives, telles que la facilitation des liens entre les secteurs forte intensit de comptences et les secteurs faible intensit de comptences, sont des mesures cruciales pour viter ou minimiser, en partie, les ingalits salariales travers lventail des comptences. Ces enseignements thoriques sont en effet corrobors par la littrature empirique. La connaissance, la croissance et lemploi : les liens conceptuels et les preuves empiriques Dun point de vue historique, les changements techniques ont toujours accompagn la croissance de lemploi et laugmentation des salaires. Lexprience des conomies des pays membres de lOrganisation de la Coopration et du Dveloppement Economiques (OCDE) montre que les secteurs haute intensit de connaissance et de technologies de pointe tendent tre les plus dynamiques en termes de rsultats et de croissance de lemploi. Cependant, certains pays ont enregistr des taux levs de chmage et une croissance lente de lemploi pendant des priodes davance technique rapide. Ceci soulve des questions relatives ladquation entre les mcanismes existant pour traduire linnovation et plus de productivit en emplois en plus grand nombre et de meilleure qualit. Au plan conceptuel, les liens entre la connaissance et lemploi sont souvent examins deux niveaux. Au niveau macroconomique, laccent est mis sur la faon dont linvestissement dans la connaissance affecte la croissance sur le long terme et, par ce biais, lemploi. Au niveau microconomique, on insiste plus sur la faon dont les investissements dans la connaissance impacte la productivit des entreprises et ladoption des technologies et par la mme voie la demande en main duvre manant de ces entreprises.2 2 Cette section construit sur le travail de Diop (2010). 267 Les liens entre la connaissance et la croissance ont t tudis par des auteurs tels que Romer (1993) et Grossman ([[anne]]), qui ont travaill lincorporation explicite de la connaissance dans des modles de croissance. En effet, dans les nouveaux modles de croissance, linvestissement dans la connaissance aide gnrer de nouvelles ides et de nouveaux processus qui, tt ou tard, se transforment en nouveaux produits et procds. Depuis le travail pionnier de Schumpeter (1912/1961), ce phnomne est qualifi par le terme innovation.3 Mme si des fruits de linnovation font lobjet dappropriation travers les brevets et les droits dauteurs, les nouvelles ides gnrent toujours des externalits positives dont les individus, les socits et les industries capables de les absorber peuvent tirer profit.4 Autrement dit, les avantages de linnovation pour la socit dpassent les avantages privs dont jouissent les innovateurs. Ceci veut dire que quand les entrepreneurs innovent, les pays peuvent crotre malgr la rduction des rendements pour le capital et la main duvre.5 Sur le march mondial daujourdhui, linnovation est une condition laugmentation des parts de march pour plusieurs produits. Aujourdhui, environ 60 pourcent des exportations concernent de nouvelles varits de produits, plus que les exportations additionnelles des mmes produits. (Voir, par exemple, Hummels et Klenow 2005.) Et enfin, louverture sur le commerce constitue un facteur intermdiaire majeur dans la relation entre la connaissance et la croissance. A lre de la globalisation, linnovation est quasiment impossible dans une conomie ferme. Par contre, lintgration commerciale reprsente un moyen puissant pour puiser dans la connaissance mondiale par le biais dun commerce florissant, linvestissement tranger direct, lacquisition des technologies, et les licences. Des preuves empiriques abondantes dmontrent que laccs lquipement et aux machines un prix abordable a un impact positif sur lensemble des facteurs de la productivit et, par consquent, sur la croissance. Par exemple, Coe et Helpman (1995) et Coe, Helpman, et Hoffmaister (1997) ont trouv que la connaissance trangre contenue dans le commerce des biens a un impact statistiquement significatif sur la productivit totale des facteurs des pays importateurs. Schiff et Wang (2007) ont dmontr que cet impact saccroit encore plus quand le commerce se fait entre les pays industrialiss. Cette dernire preuve reflte simplement le fait quenviron 80 pourcent de la recherche et dveloppement (R&D) du monde est ralise dans le monde dvelopp. (R&D) 3 Schumpeter dfinit linnovation comme consistant en (i) de nouveaux produits et services; (ii) de nouveaux procds; (iii) de nouvelles manires de pntrer les marchs; (iv) de nouvelles sources dapprovisionnement ou mthodes de distribution, et (v) de nouveaux secteurs (Schumpeter 1912/1961). 4 La thorie conomique met laccent sur lducation et le capital humain comme des conditions pralables pour labsorption des nouvelles ides et la construction dune conomie de connaissance. En effet, la disponibilit et labondance du capital humain de haute qualit permettent labsorption des nouvelles ides pour viter la rduction des rendements pour le capital et la main duvre (Lucas 1988). 5 Les modles conventionnels postulaient que les taux de croissance de la technologie (ou le dveloppement technologique) taient exognes. 268 Dautres preuves empiriques du lien positif fort entre lconomie de la connaissance et la croissance conomique la fois dans les pays dvelopps et les pays en dveloppement sont fournies par Chen et Dahlman (2004) ainsi que par Poorfaraj, Samimi et Keshvarz (2011). Cependant, le lien entre la connaissance, la croissance et lemploi nest pas aussi net. Dun ct, limpact positif dune croissance plus importante sur la demande en main duvre est indiscutable. Mais dun autre ct, il nest pas clair si cette augmentation de la demande pour la main duvre va rduire le chmage. Cela dpend dans une large mesure de la base sectorielle de la croissance, de la propension des secteurs recruter au fur et mesure de leur croissance, et des profils des demandeurs demploi. Il est clair que le passage une conomie base sur la connaissance conduit une demande plus importante des travailleurs hautement qualifis, dans la plupart des cas, et des salaires plus importants pour cette catgorie. Cependant, limpact sur le taux de chmage et les diffrences des salaires dpend des profils et des comptences des demandeurs demploi au sein de lconomie. La littrature empirique corrobore ces intuitions thoriques. Les tudes dmontrent lexistence dun lien positif fort entre les moyens de production haute intensit en connaissance, tels que ceux qui se basent sur les technologies de linformation, et la demande pour des travailleurs hautement qualifis. (Voir lOCDE 2004 pour le rsum.) Cependant, si le nombre des travailleurs chmeurs est domin par une main duvre hautement qualifie, le chmage pourrait globalement ne pas reculer. Des tudes ralises pour des pays en dveloppement (OCDE 2004) ont not des tendances du march du travail se polariser avec une aggravation du foss entre les salaires. Aux Etats-Unis, les salaires relatifs des travailleurs moins qualifis ont recul, alors que le taux de chmage dans son ensemble est rest faible. Le Royaume-Uni a connu un cart similaire croissant des salaires entre les travailleurs qualifis et ceux qui ne le sont pas. Dans les autres pays europens principaux, il ny a pas eu de polarisation en termes de salaires, mais la situation de lemploi sest aggrave pour les travailleurs non qualifis. Cependant, les changements lis la connaissance et aux technologies ne sont pas les seules raisons qui expliquent de tels rsultats. On a souvent observ que la pression de la globalisation a un impact clair sur les diffrences de salaire, quelque soient les changements technologiques introduits. Les nuances de limpact de la connaissance sur lemploi sont encore plus prononces quand il sagit des entreprises. Laugmentation de la productivit (suite des investissements dans la connaissance) pourrait rduire ou augmenter lemploi sur le court et moyen termes selon le contexte : les entreprises plus productives ont besoin de moins de travailleurs pour produire la mme quantit grce leur efficience accrue. Ainsi, si linvestissement dans la connaissance augmente significativement lefficience, cela peut dtruire lemploi. Cependant, les entreprises qui sont plus productives amliorent leur comptitivit des cots si la lamlioration de la productivit de la main duvre est plus importante que laugmentation des salaires lchelle nationale et dans les pays concurrents qui ont un niveau salarial similaire, et ceci est bon pour lemploi. En outre, plus de productivit peut faire baisser les prix et augmenter 269 la demande, favorisant davantage lemploi. Un niveau plus important de productivit dans un secteur peut gnrer la demande pour les biens et la main duvre dans les secteurs connexes si des liens existent, ce qui est galement favorable lemploi. Des tudes empiriques rcentes ont dmontr quil ny a pas de liens significatifs sur le long terme entre la croissance de la productivit et lemploi (Blanchard, Solow, et Wilson 2007 pour la France et les Etats-Unis).6 Cependant, des preuves existent qui dmontrent quil y a un lien positif clair entre la croissance de la productivit agricole et lemploi, y compris dans lconomie rurale non-agricole. Leffet de la croissance de la productivit passe cependant par laccs la terre. Les effets sur lemploi sont plus importants lorsque laccs la terre se base sur une rpartition plus quitable (Thirtle et dautres 2001). Cependant, la croissance de la productivit est un moyen imparfait pour mesurer linvestissement dans la connaissance, tant donn quelle peut tre motive par tout un ensemble de facteurs (tels que le cycle des affaires et la privatisation). Un moyen de mesure (et galement un vecteur) de la connaissance accrue au niveau de lentreprise rside dans ladoption de la technologie. Limpact sur lemploi dpend dans ce cas galement de lincorporation ou pas de la technologie dans les nouveaux emplois ou le nouveau capital. Si la technologie est absente ( linstar du modle de Solow), les emplois existants peuvent tirer entirement profit des nouvelles technologies, et dans ce cas, les emplois existants prennent plus de valeur et deviennent plus productifs. Il ny a pas de suppression demplois et le recrutement tend saccroitre un rythme rapide. Mais si la technologie est incorpore ( linstar du modle Schumpeter), les entreprises ne peuvent augmenter leur productivit sans supprimer des emplois. La ralit rside sans doute quelque part entre ces deux extrmes (Voir Pissarides et Valentina 2003). En effet, la plupart des technologies peuvent tre adoptes par les travailleurs existants grce la formation (par exemple, ces travailleurs vont apprendre comment utiliser les nouveaux logiciels) mme sil faut acqurir un ordinateur plus puissant (par exemple quand il sagit de technologies acquises grce un nouveau capital). En effet, certains secteurs de lconomie lis la production ou limportation des technologies crent toujours de lemploi lorsque lconomie enregistre de nouvelles acquisitions en technologies ou en connaissance. Il a t prouv, et de faon empirique, que ladoption dune technologie qui conduit un produit innovant a un impact positif sur lemploi dans les entreprises (pour les secteurs manufacturiers brsilien et britannique : Fioravante et Maldonado 2007; Van Reenen 1997). Les conomies dveloppes et en dveloppement suivent le mme modle, mais ltendue de limpact est plus modeste dans les pays en dveloppement (Fioravante et Maldonado 2007). 6 Daprs Nordhaus (2005), llment cl rside dans lvolution de la demande pour la production globale (au moins aux Etats-Unis). 270 Dans la rgion MENA, les petites et moyennes entreprises qui enregistrent le taux de croissance le plus rapide sont celles qui innovent (Stone et Badawy 2011). Ces entreprises investissent galement dans la formation, dans les systmes de qualit, dans les systmes de tlcommunication et dans lalphabtisation informatique. Dans le mme sens, Dutz et dautres (2011) ont trouv que lenvironnement des affaires, laccs au financement et la concurrence sont ncessaires pour que linnovation conduise la cration demploi. Les preuves qui dmontrent le lien entre les clusters de la connaissance et lemploi sont mitiges. Certaines politiques en matire de clusters paraissent avoir un impact positif sur lemploi. Un exemple intressant dans ce sens est prsent par les politiques proactives dinclusion mises en uvre en Caroline du Nord (Etats-Unis dAmrique) pour lier les secteurs faible intensit en comptences au cluster dynamique des sciences de la vie (Lowe 2007) exemple qui dmontre comment les liens entre un cluster et une conomie locale peuvent favoriser lemploi de la main duvre la fois qualifie et non qualifie. De nouvelles preuves des liens qui existent entre la connaissance, la croissance conomique et lemploi Cette partie prsente de nouvelles estimations relatives leffet de la connaissance sur lemploi dans les pays de la rgion MENA. Par lutilisation de lIndice de lEconomie de la Connaissance (IEC) en tant que mesure de laccumulation de la connaissance (encadr A1.1), nous mesurons tout dabord les effets de la connaissance-croissance pour lMoyen Orient et lAfrique du Nord au niveau rgional. Ensuite, nous mesurons pour chacun des pays de la rgion MENA lintensit en emplois de la croissance conomique (telle quexprime par llasticit de lemploi par rapport la croissance conomique). Et enfin, nous prenons le produit des coefficients reprsentant les effets connaissance-croissance et les intensits de lemploi spcifiques aux pays concerns pour en dduire les effets connaissance-emploi spcifiques aux pays. Ce processus en trois phases est illustr par la figure A1.1 Figure A1.1. Estimation des effets de la connaissance sur lemploi KnowledgeEconomic GrowthEmployment GrowthEstimating Employment Effects of Knowledge Employment Effects due to Knowledge (via economic growth)Connaissance Croissance Economique Croissance de lEmploi Effets sur lEmploi induis par la Connaissance (par le biais de la croissance conomique) 271 Les rsultats de ces estimations peuvent tre rsums comme suit. Lanalyse conomtrique pour la rgion MENA indique que laccumulation de la connaissance, telle que mesure par lIndice de lEconomie de la Connaissance (voir encadr A1.1), tend produire des effets positifs durables sur la croissance conomique future. Plus particulirement, laugmentation de lIEC dune unit pour lanne 1995 a permis lamlioration du taux moyen de croissance du PIB rel de 0.28 points de pourcentage par employ pour la priode de 1996 2000, alors quune amlioration de lIEC dune unit pour lanne 2000 a permis laugmentation du taux de croissance moyen du PIB rel par employ pour 2001-2005 de 0.89 points de pourcentage. Nous avons fait des estimations des lasticits de lemploi par rapport la croissance dans les 16 pays de la rgion MENA sur deux priodes : de 1991 1999 et de 2000 2009. La moyenne pour les 16 pays MENA est de 0.82 pour la premire priode, et 0.78 pour la deuxime, ce qui laisse entendre que pour chaque pays de la rgion MENA une augmentation dun point de pourcentage du PIB sera associe une amlioration moyenne de 0.78 points de pourcentage pour lemploi au cours des trois annes qui suivent. Et enfin, les lasticits de lemploi par rapport lIEC sont beaucoup plus importantes pour la deuxime priode (200109). Ceci sexplique tout dabord par le coefficient estim pour leffet connaissance-croissance qui est plus important pour la priode 200105 compar la priode 19962000. Les estimations de llasticit de lemploi par rapport lIEC vont de 0.2 pour le Kowet 1.3 pour le Qatar, concernant la priode 200009 pour les deux pays. La valeur de 1.3 du coefficient pour le Qatar implique quune augmentation par une unit de lIEC pour lanne 2000 amliore le taux moyen de croissance de lemploi pour le Qatar de 1.3 points de pourcentage. 272 Encadr A1.1. LIndice de lEconomie de la Connaissance (IEC) et la Mthodologie de lEvaluation de la Connaissance (MEC) LIndice de lEconomie de la Connaissance (IEC) constitue un indice global qui reprsente le niveau gnral de dveloppement dun pays ou dune rgion donne en matire dEconomie de la Connaissance. Cet indice est construit comme une simple moyenne des valeurs normalises des 12 indicateurs de la connaissance avec trois variables qui reprsentent chacun des quatre piliers de lconomie de la connaissance : Rgime conomique et institutionnel Barrires tarifaires et non tarifaires (Fondation de patrimoine) Qualit des textes rglementaires (Indicateurs Mondiaux de la Gouvernance, Institut de la Banque Mondiale) LEtat de Droit (Indicateurs Mondiaux de la Gouvernance, Institut de la Banque Mondiale) Enseignement et ressources humaines Niveau scolaire atteint (moyenne des annes de scolarisation acheves) Taux dinscription dans lenseignement secondaire (%) Taux dinscription dans lenseignement tertiaire (%) Systme dinnovation Demande de brevets accepts par le Bureau Amricain des Brevets et Marques (par millions dhabitants) Articles publis dans des journaux scientifiques et techniques (par millions dhabitants) Paiements et encaissements de recettes de Royalties (en dollars amricains/habitant) Infrastructure des systmes de linformation Tlphones (par milliers dhabitants) Ordinateurs (par milliers dhabitants) Utilisateurs dinternet (par dizaines de milliers dhabitants) LIEC nest que lun des indices drivs de la Mthodologie de lEvaluation de la Connaissance (MEC), il sagit dun outil bas sur linternet (www.worldbank.org/kam) qui permet une valuation de base de la prparation des pays et des rgions lconomie de la connaissance. La Mthodologie de lEvaluation de la Connaissance (MEC) est utilise pour mener des comparaisons sur la base de 148 variables structurelles et qualitatives qui servent de valeurs reprsentatives pour les quatre piliers de lconomie de la connaissance. Des valuations ont prsent t effectues pour 146 pays, les donnes sur lesquelles la MEC se base sont actualises de faon continue, et la couverture du pays est tendue chaque fois que cela est possible. Etant donn que les 148 variables de la MEC couvrent diffrentes fourchettes de valeurs, toutes les valeurs sont normalises de 0 (la variable la plus faible) 10 (la variable la plus forte) pour les 146 pays. lIEC utilise galement des valeurs de 0 10, la valeur 10 tant la plus favorable en termes davancement vers lconomie de la connaissance, tant donn que cet indice est conu sur la base de variables obtenues grce la MEC. Source : Mthodologie de lEvaluation de la Connaissance (www.worldbank.org/kam). Estimation des effets de la connaissance sur la croissance conomique Nous allons illustrer dans cette section la relation positive forte qui existe entre laccumulation de la connaissance et les taux de la croissance conomique venir. Cela nous permet galement 273 destimer ltendue de la croissance conomique due la connaissance pour les pays de la rgion MENA. Comme mentionn plus haut, la thorie macroconomique a dmontr que la croissance de la productivit reprsente un moteur important pour la croissance conomique soutenue. Si lon suppose que le moteur cl pour laugmentation de la productivit est laccumulation de la connaissance, nous pouvons estimer, et de faon empirique, les effets de laccumulation de la connaissance sur la croissance conomique de faon directe par lutilisation de lIEC comme indicateur de laccumulation de la connaissance et de laugmentation de la production par employ en tant que mesure de la croissance conomique. Afin damliorer la prcision de ces estimations, il est ncessaire de prendre en compte dautres facteurs qui sont connus pour leur impact sur la croissance conomique, notamment les effets du PIB initial par habitant et de la croissance du capital par employ. Aussi, et pour se prmunir dune causalit inverse possible, nous menons lestimation de faon non-simultane. Nous estimons, de faon empirique et plus spcifique, les effets de lIEC en 1995 et 2000 sur les taux de croissance conomique des pays pour les priodes suivantes de 1996 2000 et de 2001 2005 respectivement. Pour bien comprendre la structure et les variables des quations de lestimation, une brve discussion des diverses sources de la croissance conomique dans un modle de croissance simple et noclassique savre ncessaire. Cadre thorique Supposons que nous avons une fonction de production conomique globale (1) o Y est le niveau de la production global ou le PIB rel K est le niveau du stock de capital L reprsente la taille de la main duvre A est le facteur de la productivit totale (une mesure du niveau de la technologie en place) Un exemple typique dune forme explicite de lquation (1) est la fonction Cobb-Douglas, (2) o K reprsente llasticit de la production par rapport au capital LKAFY ,LK LKAY 274 L reprsente llasticit de la production par rapport la main duvre si nous supposons des rendements dchelle constants, (3) Par consquent, lquation (2) devient (4) En enregistrant les deux termes et en considrant le total des diffrentiels, il peut tre dmontr que lquation (4) devient (5) Le terme gauche de lquation (5) reprsente le taux de croissance de la production globale par employ, et qui est simplement la croissance conomique reprsente par employ. Cette quation implique donc quil y a deux sources de croissance pour la production par employ : la croissance du montant du capital par employ et la croissance de la productivit globale des facteurs (PGF). Mthodologie empirique Lquation (5) a t utilise en tant que base pour la spcification de lquation de lestimation. Supposons que le moteur cl de la croissance PGF est laccumulation de la connaissance, nous replaons le taux de croissance de PGF avec lIEC. En outre, comme nous le verrons plus loin, et afin dviter la causalit inverse, nous avons repr la rgression des valeurs passes de lIEC par rapport aux taux moyens de croissance venir de la production par employ. Ceci rduit les chances que les taux de croissance conomique affectent lIEC,7 minimisant ainsi les problmes de lendognit. Ensuite, la littrature montre galement quil est ncessaire dinclure un terme qui traduit le revenu initial dun pays, tant donn que lune des implications cls du modle noclassique de croissance est que, toute chose tant gale par ailleurs, les pays plus pauvres devraient connaitre une croissance plus rapide que celle des pays riche.8 Pour contrler le revenu initial, nous avons 7 Ceci sera particulirement le cas si nous supposons des anticipations adaptatives et non rationnelles. 8 Par exemple, si deux pays ont le mme niveau potentiel de revenu sur le long terme, le pays avec le revenu le plus faible devrait connaitre une croissance plus rapide que lautre pays qui est plus riche. Les pays pauvres ont tendance enregistrer un stock de capital moindre (moins de machines, dusines et de routes) que les pays riches. Etant donn la raret relative du capital, le taux de retour sur les nouveaux investissements tend tre plus lev, conduisant une croissance plus rapide. Les pays pauvres ont galement lavantage de pouvoir adopter les nouvelles technologies et les meilleurs pratiques de gestion des pays riches sans payer le cot de la recherche dveloppement. Plusieurs KL 1KLKALY AALKLKLYLYK 275 utilis le PIB rel par habitant pour les premires annes des priodes de rgression, savoir 1996 et 2001. Et pour prendre en compte les effets connaissance-croissances pour les pays de la rgion MENA, nous avons galement inclus une variable muette pour les pays MENA qui interagit avec lIEC rgresseur. A la lumire de ce qui prcde, les quations destimation qui en dcoulent sont comme suit : (6) (7) Les donnes relatives au PIB rel (en unit montaire nationale), par habitant pour 1996 et 2000 (en termes de PPA constant), ainsi que les chiffres pour la population active, ont t extraits de la base de donnes sur les Indicateurs du Dveloppement dans le monde de la Banque Mondiale. Le stock de capital a t construit sur la base de la formation du capital en termes bruts (en unit montaire nationale constante), galement obtenu de la base de donnes du WDI. La mthode de linventaire permanent a t utilise avec un taux de dprciation prsum de 5 pourcent. Pour calculer la valeur initiale du stock de capital, nous avons utilis un taux moyen de croissance de la formation du capital en termes bruts pour les cinq premires annes et nous avons appliqu la formule pour la somme dune srie gomtrique progressive infinie.9 Les rsultats de la rgression sont prsents au tableau A1.1. Les rgressions 1a et 1b prsentent les estimations des effets de lIEC sur la croissance conomique sans prendre en compte les diffrences qui existent entre les pays de la rgion MENA. A la rgression 1a, la variable IEC pour 1995 reprsente le coefficient estim et qui est positif et statistiquement largement significatif. La valeur estime de 0.6947 sous-entend quune augmentation de lIEC dune unit pour 1995 tend augmenter la croissance moyenne annuelle pour la production par ouvrier de tudes sur la croissance conomique ont dmontr que ds que lon prend les diffrences relatives dautres variables importantes structurelles et de politique en considration, les pays pauvres ont tendance, en effet, connaitre une croissance plus rapide que les pays riches (voir, Barro 1991; Sachs et Warner 1995). Ce rsultat est connu sous le terme de convergence conditionnelle, vu que les niveaux de revenu des pays convergent au fil du temps, et sont fonction de ladoption de politiques et de lexistence de ressources similaires, etc. 9 Pour plus de dtails, voir appendice A de Chen et Dahlman (2004). 20004200032005200122001120052001KEIMENAKEILKLKcapitaperGDPrealLYLYaverageaverage 1995 4 1995 3 2000 1996 2 1996 1 2000 1996 KEI MENA KEI L K L K capita per GDP real L Y L Y average average Moyenne (1996-2000) Moyenne (1996-2000) Moyenne (2001-2005) Moyenne (2001-2005) 276 0.69 points de pourcentage, les autres facteurs restant tous inchangs. Comme mentionn dans lencadr A1.1, lIEC varie de 0 10, et laugmentation dune unit quivaut une amlioration dun dcile ou denviron 15 positions sur lchelle ordinale des 146 pays couverts par la Mthodologie dEvaluation de la Connaissance (MEC). Les rsultats obtenus de la rgression 1b sont des rsultats qualitatifs et sont quantitativement similaires ceux de la rgression 1a. En particulier, le coefficient estim de lIEC 2000 est positif et statistiquement trs significatif. La valeur estime de 0.6398 sous-entend quune augmentation de lIEC pour 2000 dune unit tend amliorer la croissance moyenne annuelle de la production par employ de 0.64 points de pourcentage pour la priode 2001-2005. La nature non spontane de lanalyse qui prcde annule la possibilit de causalit inverse, ainsi une relation positive peut survenir vu que des taux levs de croissance conomique permettent aux pays dinvestir davantage dans la connaissance. Le caractre non simultan apporte ainsi plus de soutien aux rsultats sous-jacents, avec des implications importantes en matire de politiques. Ceci dmontre que laccumulation de la connaissance ou, son quivalent, linvestissement dans la connaissance, tend amliorer la croissance conomique sur une priode de temps continue. Par consquent, il est probable que les stratgies de dveloppement orientes vers lamlioration quantitative et qualitative de lacquisition de la connaissance, de son adaptation, gnration et utilisation dans le cadre de lactivit conomique, amliorent la croissance conomique sur le long terme.10 10 Lanalyse ci-dessus ne montre pas avec prcision les canaux par lesquels laccumulation de la connaissance peut amliorer la croissance conomique. 277 Tableau A1.2. Connaissance et croissance conomique dans la rgion MENA : Rgressions transversales Les rgressions 2a et 2b sont des rgressions connaissance-croissance qui incluent des variables muettes pour 17 pays MENA couverts par la MEC. Ces pays sont lAlgrie, le Bahren, Djibouti, lEgypte, lIran, la Jordanie, le Kowet, le Liban, Malte, le Maroc, Oman, le Qatar, lArabie Saoudite, la Syrie, la Tunisie, les Emirats Arabes Unis et le Ymen. La rgression 2a examine leffet de lIEC en 1995 sur la croissance de 1996 2000, permettant ainsi de prendre en compte les diffrences au niveau de leffet IEC-croissance pour les pays de la rgion MENA. Nous voyons que le terme de la raction MENA * IEC 1995 est ngatif et galement statistiquement significatif. Ceci implique que leffet de lIEC sur la croissance pour les pays MENA est moindre que pour les pays non-MENA pour la priode de 1996 2000. De faon plus spcifique, et sur la base des rsultats de la rgression 2a, leffet IEC-croissance pour les pays de la rgion MENA est de 0.2759 points de pourcentage (= 0.5252 0.2493), alors quil est de 0.5252 en moyenne pour les pays non-MENA. La rgression 2b prsente une r-estimation de la spcification dans la rgression 2a avec une deuxime priode temporelle, o leffet de lIEC pour 2000 on sur la croissance conomique moyenne de 2001 2005 est valu. Nous voyons que le terme de linteraction MENA * IEC 2000 est prsent positif et statistiquement significatif. Ceci indique que leffet IEC-croissance pour les pays MENA est de 0.8903 points de pourcentage (= 0.7297 + 0.1606) et il est donc plus important que la moyenne pour les pays non-MENA (0.7297 points de pourcentage). Rg 1a Rg 2a Rg 1b Rg 2b (Log) PIB Initial -1.1136*** -0.8058* (Log) PIB Initial -1.3888*** -1.5619*** par habitant (1996) Par habitant (2001) Croissance du Capita par travailleur 0.2938*** 0.2892*** 0.4121*** 0.4166*** IEC 1995 0.6947*** 0.5252** IEC 2000 0.6398*** 0.7297*** IEC MENA* 1995 -0.2493* 0.1606* Constant 6.6777*** 5.1097** Constant 9.9169*** 10.8696*** R carr 0.5351 0.5480 R carr 0.4898 0.4944 Nombre des pays 122 122 Nombre des pays 121 121 Rgressions transversales - Les variables ont t pondres sur des priodes de temps respectives *, **, *** indiquent des significations 90, 95 et 99 pourcent de niveau de confidence respectivement Des erreurs types robustes obtenues en utilisant la correction de White pour l htroscdasticit. Variable Dpendante : Taux de Croissance du PIB rel par employ 1996 - 2000 Coefficients Estims 2001 - 2005 Coefficients Estims Croissance du Capita par travailleur IEC MENA* 2000 278 Les rsultats de la rgression au tableau A1.1 montrent que la situation des pays MENA est similaire celle du reste du monde, tant donn que laugmentation de la connaissance telle que mesure par lIEC tend engendrer des taux de croissance conomique plus levs. Cependant, les preuves indiquent que les effets IEC-croissance pour les pays MENA diffrent en volume par rapport aux effets pour les pays non-MENA. En particulier pour la priode 1995 to 2000, les effets IEC-croissance pour la moyenne des pays MENA apparaissent tre moindres que ceux pour la moyenne des pays non-MENA. Cependant, pour la priode 2000 2005, linverse semble tre vrai, avec des effets IEC croissance plus importants pour la moyenne des pays MENA compars la moyenne des pays non-MENA. Pour rcapituler, les rsultats de la rgression obtenus indiquent que laccumulation ou linvestissement dans la connaissance, telles que mesures par lIEC, tend produire des effets positifs soutenus sur la croissance conomique future. De faon plus spcifique, nos estimations pour les pays MENA indiquent quune augmentation par une unit de IIEC pour 1995 tend accroitre le taux moyen de croissance du PIB rel par travailleur de 1996 2000 par 0.28 points de pourcentage, alors quune augmentation dune unit de lIEC pour 2000 tendance accroitre le taux moyen de croissance du PIB rel par travailleur pour la priode de 2001 2005 par 0.89 points de pourcentage. Limpact de la croissance sur lemploi dans les pays de la rgion MENA Cette partie explore la faon dont la croissance conomique amliore lemploi dans les pays de la rgion MENA. Avant que nous puissions valuer de faon empirique les effets de laccumulation de la connaissance sur la cration de lemploi, il nous faut tout dabord dterminer les effets de la croissance conomique sur lemploi, ce qui est plus communment connu sous le terme dintensit de la croissance en emploi ou lasticit de lemploi en relation avec la production. Lintensit en emploi (ou lasticit de lemploi rsultant de la croissance) est dfinie par le degr dassociation de lamlioration de lemploi la croissance conomique par 1 point de pourcentage. Mthodologie Pour driver lquation destimation, nous utilisons un modle de rgression log-linaire plusieurs variables avec les variables pays muettes, Di, dans leur interaction avec le log PIB : ( ) (8) o Eit reprsente lemploi dans le pays i au temps t Yit reprsente la production ou le PIB ans le pays i au temps t Di reprsente la variable muette pays pour le pays i 279 Notons que Donc, llasticit de lemploi par rapport au PIB pour le pays i est prsente comme . Cependant, et tant donn quil est probable que les changements au niveau de la situation globale de lemploi conduisent des changements du PIB, les tentatives pour utiliser lquation (8) en tant ququation destimation conduiront des estimations biaises cause de la causalit inverse. Par consquent, nous rpartissons les priodes de lemploi et du PIB dans un effort qui vise rduire leffet de la causalit inverse. De faon plus spcifique, nous lions le PIB au temps t la moyenne mobile de lemploi global aux temps t+1, t+2 et t+3. Ceci signifie que lquation destimation sera ma( ) ( ) o maln(Ei,t+ ) = [ln(Ei,t+1 ) + ln(Ei,t+2 ) + ln(Ei,t+3 )] / 3 Lutilisation de la mthode conomtrique reprsente la moyenne du changement au niveau de lemploi pour les trois annes futures associe aux changements diffrentiels de la production de lanne en cours. Par exemple, une lasticit de 0.5 implique que tout point de pourcentage de la croissance du PIB en anne t est associ une croissance moyenne de lemploi de 0.5 points de pourcentage pour les annes t+1, t+2 et t+3. 280 Figure A1.2. Rapport entre llasticit de lemploi et la croissance conomique dans les pays de la rgion MENA . La figure A1.2 prsente les lasticits estimes de lemploi par rapport la croissance dans les 16 pays de la rgion MENA pour les deux priodes : de 1991 1999 et de 2000 2009. Alors quune large variation existe, allant de 0.3 pour le Kowet pour 200009, 1.6 pour lAlgrie pour 199199, la plupart des lasticits sont en de de 1. La moyenne pour les 16 pays MENA est de 0.82 pour la priode prcdente, et 0.78 pour la dernire priode, ce qui signifie quune augmentation du PIB pour les pays MENA par un point de pourcentage est associe une augmentation en moyenne de 0.78 points de pourcentage en emploi pour les trois annes suivantes. Drivation des effets de la connaissance sur lemploi dans les pays MENA Comme mentionn ci-dessus, et afin de dterminer les effets de la connaissance crateurs demploi, nous prenons le produit du coefficient qui reprsente les effets connaissance-croissance au plan rgional et les intensits de lemploi spcifiques au pays, dont nous prsentons les rsultats la figure A1.3. 1.10.71.40.61.60.70.61.20.40.70.80.40.70.60.821.40.9*0.70.60.40.31.31.10.90.61.0*0.90.6 0.60.5 0.50.780.00.51.01.52.0Employment Elasticity to Economic Growth - MENA Countries1991-19992000-2009Oil Exporting Developed Oil Exporting Developing Oil Importing Developing* denotes coefficient is not statiscally significant 281 Figure A1.3. llasticit de lemploi par rapport lIEC dans les pays MENA Comme on peut le voir, les lasticits de lemploi relies lIEC sont beaucoup plus importantes pour la priode ultrieure 200008. Ceci sexplique essentiellement par le coefficient estim qui est beaucoup plus important pour leffet connaissance-croissance pour 200105 que pour 19962000 (voir tableau A1.1). Les estimations varient de 0.2 pour le Kowet 1.3 pour le Qatar, pour la priode 200009 pour les deux pays. La valeur du coefficient de 1.3 pour le Qatar signifie que lamlioration de lIEC par une unit pour lanne 2000 tend augmenter le taux moyen de croissance de lemploi de 1.3 points de pourcentage au Qatar. 0.00.30.20.40.20.40.2 0.20.30.10.20.20.10.2 0.20.231.30.80.60.50.30.21.10.90.80.60.90.80.6 0.50.5 0.40.690.00.51.01.5Employment Elasticity to KEI - MENA Countries1995-19992000-2008Oil Exporting Developed Oil Exporting Developing Oil Importing Developing 282 Rfrences Barro, Robert J. 1991. Economic Growth in a Cross Section of Countries, NBER Working Papers 3120, National Bureau of Economic Research, Cambridge, MA. Blanchard, O., R. Solow, et B. A. Wilson. 2007. Productivity and Unemployment. 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Expriences difiantes de certains pays Pour illustrer le rle jou par la vision, le leadership et la gouvernance dans le renforcement de lconomie de la connaissance, un groupe de pays de comparaison a t choisis pour rechercher certaines similitudes entre les caractristiques structurelles de ces pays et ceux des pays de la rgion du Moyen-Orient et de lAfrique du Nord (MENA).1 Le tableau A2.1 classe les pays de comparaison choisis par catgorie. Sans tre aussi riche en gaz et en ptrole que les pays MENA, ces pays ont t choisis pour leurs secteurs largement bass sur les ressources naturelles et qui revtent la mme importance que celle du ptrole et du gaz pour les pays MENA. Tous ces pays sont dj relativement riches ou ont connu des taux de croissance conomique rapides (la Chine et lInde). Ce mme chantillon de pays comprend diffrents types dadministration, des dmocraties acheves aux rgimes totalitaires. Alors que sept dentre eux sont des dmocraties, trois la Malaisie, la Core du Sud, et la Turquie ont volu partir de rgimes autoritaires, et seulement la Core a pu arriver un rgime totalement dmocratique. Seulement deux pays, la Finlande et le Norvge, sont des dmocraties acheves depuis un certain temps. Deux sont encore des Etats hybrides - Hong Kong et Singapour. La Chine est un Etat autoritaire avec des rsultats conomiques impressionnants. Mais la cl du succs de la Chine, comme nous allons lexpliquer plus loin, ne rside pas dans son rgime totalitaire, mais plutt dans le fait quil soit un pays tourn vers le dveloppement. Tableau A2.1. Typologies parallles pour les pays de comparaison Pauvre en main duvre (Tous enregistrent un niveau dtudes lev) Riche en main duvre Pauvre en ressources (Tous les pays except la Chine, lInde et la Turquie ont un niveau dtudes lev) Hong Kong*+ LIrlande+ Singapour*+ (Toutes les conomies de service sont bases sur un niveau dtudes relativement lev) La Chine@ LInde La Core du Sud+ La Turquie*+ Riche en ressources La Finlande+ La Norvge+ La Malaisie+ Source : Compilation de lauteur. Note: * Hybride; @ autoritaire ; + niveau dtudes lev > 5 ans dtude achevs pour la population adulte ; en gras = revenu lev (>$5000 par habitant en 2010). 1 Cette annexe est base sur le document de rfrence de Carl Dahlman (2012). 285 La catgorie des pays pauvres en ressources et pauvres en main duvre, est constitue de Hong Kong, lIrlande, et Singapour. Hong Kong et Singapour sont les fameux Etats-cits de lAsie de lEst qui ont connu un dveloppement rapide pendant les annes 70 jusquaux annes 90 pour rejoindre les rangs des conomies dveloppes.2 Ils sont encore tous les deux des Etats hybrides. LIrlande est une dmocratie. Tous ces trois pays ont ralis un dveloppement impressionnant bien que lIrlande se soit effondre aprs la crise financire mondiale de 2008. La catgorie des pays pauvres en ressources et riches en main duvre est constitue de la China, lInde, la Core et la Turquie. La Chine et lInde sont des exemples extrmes par rapport ces caractristiques.3 Bien quils soient encore des pays pauvres, ils ont enregistr une croissance spectaculaire, particulirement la Chine. Ces pays sont galement fascinants par leurs systmes de gouvernance qui sont trs diffrents. Le cas de la Core est pertinent tant donn que ce pays a enregistr une croissance impressionnante et il est pass dun rgime autoritaire une dmocratie acheve. La Turquie est cite parce quil sagit dun grand pays qui a enregistr de trs bons rsultats pendant les cinq dernires annes, et comme sa population est majoritairement musulmane, elle est perue par beaucoup comme un modle pertinent pour les autres pays de la rgion MENA. La catgorie des pays riches en ressources et pauvres en main duvre est constitue de la Finlande et la Norvge. La Finlande est riche en ressources naturelles forestires et minires, et la Norvge est riche dans le domaine des pches et rcemment en gaz et ptrole. Bien que ces pays soient trs diffrents des pays MENA tant donn quils reprsentent tous les deux des dmocraties fortes, les deux pays sont des cas pertinents parce quils montrent que les rgimes dmocratiques peuvent fournir avec succs une vision et assurer la coordination entre diffrents groupes dintrt. La Norvge est aussi un cas pertinent pour les Etats du Golf riches en ptrole parce que ce pays a pu crer des fonds spciaux partir de la richesse ptrolire, quil gre avec succs. La catgorie des pays riches en ressources naturelles et en main duvre et constitue de la Malaisie. Nous aurions pu ajouter dautres pays comme les Etats-Unis, le Canada ou lAustralie, mais ces pays prsentent des caractristiques diffrentes. La Malaisie, par contre, est un cas pertinent la fois parce quil sagit dun pays islamique de taille relativement grande, mais galement parce que la Malaisie a russi sa transition dun rgime autoritaire la dmocratie mme si cela na pas t fait de faon acheve. Le reste de cette partie va rsumer les stratgies de dveloppement adoptes par ces pays, y compris le degr de dveloppement de leurs stratgies auquel ils sont parvenus pour lutilisation des ressources naturelles, et comment ils ont tabli le consensus ou dautres mcanismes pour la mise en uvre de ces stratgies et leur ajustement. 2 Avec la Core du Sud et Taiwan (la Chine), ils ont t diversement appels les nouvelles conomies industrielles asiatiques, la Bande des Quatre, et les Tigres de lEst asiatique. 3 Pour lhistoire, les dfis et les perspectives pour ces deux gants, voir Dahlman (2012). 286 Bien que les pays de comparaison soient diffrents, ils prsentent tous plusieurs leons pertinentes qui mritent dtre gardes prsentes lesprit dans le dveloppement des stratgies pour les pays MENA.4 Les points de diffrence Le premier cest quil y a diffrentes voies pour raliser la croissance et le dveloppement durables. Il ny a pas deux chemins qui soient identiques, mme pour les pays qui prsentent des caractristiques similaires. Prenons par exemple la Finlande et la Norvge. Il sagit de deux pays scandinaves de petite taille, mais la voie suivie par la Norvge dans son dveloppement est assez diffrente parce que la Norvge est riche en ptrole. Ou prenons la China et lInde, les deux pays les plus peupls du monde. La Chine a suivi la voie traditionnelle est-asiatique intense en main duvre, base sur lexportation des produits manufacturs, alors que a na pas t le cas de lInde. Le deuxime point cest que les dfis changent au fil du temps et lenjeu consiste largement rpondre ces dfis. Il ny a pas de stratgie qui russit pour toujours. Les conditions intrieures et internationales changent et il est ncessaire dadapter les stratgies, ou mme quelquefois de les restructurer de faon radicale. Les points communs Cependant, il existe quelques points communs gnriques entre ces pays qui russissent.5 Le premier tant la vision et le leadership avec lexistence dun Etat fortement tourn vers le dveloppement. Le rapport de la Commission sur la Croissance de 2008, un panel de haut niveau prsid par le prix Nobel Michael Spence, relve le rle jou par le leadership et un gouvernement efficace pour expliquer les rsultats des conomies en croissance rapide. La commission a pass en revue 13 conomies travers le monde qui ont ralis des taux de croissance annuelle moyens dau moins 7 pourcent pendant 25 ans ou plus au cours de la priode qui a suivi la deuxime guerre mondiale. Les dcideurs politiques doivent choisir une stratgie de croissance, communiquer leurs objectifs au public et convaincre la population que les retombes positives pour lavenir mritent les efforts consentir, lpargne et les bouleversements conomiques. Les dcideurs russiront uniquement si les promesses sont crdibles et inclusives, sils arrivent rassurer les personnes quelles-mmes ou 4 Pour consulter un livre riche et clairant sur les leons tirer des expriences de Singapour, de la Finlande et de lIrlande, voir Yusuf et Nabeshima (2012). 5 Les tableaux A2.2 et A2.3, qui se retrouvent la fin de cet annexe tablissent une comparaison entre les pays qui ont adopt une approche du sommet vers la base ceux qui ont adopt une approche qui part plutt de la base vers le sommet, et ce dans les huit domaines cls. Pour un rsum et un guide utiles relatifs certains de ces lments cls adopts par des conomies en dveloppement qui ont russi, et qui mettent laccent sur le rle du gouvernement, les interactions entre le public et le priv et la formation du consensus, voir Devlin et Moguillansky (2011). 287 leurs enfants vont pleinement jouir des fruits de la croissance (Commission sur la Croissance et le Dveloppement 2008,3). La plupart des pays de comparaison qui enregistrent une croissance rapide ont eu un leadership et une gouvernance efficaces, bien que leur degr varie dun pays lautre. La China, la Malaisie et la Core ont eu un leadership fort pendant les premires annes et ont labor une vision continue au cours de leurs plans de dveloppement quinquennaux. Au Singapour, ctait la vision de Lee Kwan Yew, qui a t la tte du pays de 1959 1990, qui a permis de mettre en place un gouvernement comptent. A lautre extrme, la vision de Hong Kong tait celle dun Etat qui avait adopt la politique du laissez-faire, et cette approche avait t couronne de succs jusquau moment o Hong Kong a accumul un certain retard technologique. Cest alors quil a labor une vision forte base sur une intervention fonctionnelle puissante, particulirement en finanant lenseignement suprieur et la recherche et dveloppement. En Turquie, la vision initiale a t apporte par Ataturk qui avait scularis lancien Califat et cr lEtat-Nation de la Turquie. En Finlande, ctait le ministre des finances et la banque centrale qui avaient fourni la vision ncessaire aprs la crise de 1991, et qui a t institutionnalise travers la cration du Comit pour lAvenir au sein du Parlement (tableau A2.3). En Irlande, et pendant les annes 80 difficiles, les partis politiques, ainsi que les leaders du monde du travail et des affaires, avaient dvelopp lAccord Tripartite (qui devait tre renouvel tous les trois ans) sous forme de guide. La Norvge a russi en adoptant une dmocratie mre, et ses partis politiques ont tenu prendre en compte les intrts du citoyen sur le long terme. Cela est illustr par la faon dont ils ont gr les retombes du ptrole et du gaz pour le bien des gnrations futures, tout en investissant dans lducation des gnrations prsentes. LInde a mis en place des plans quinquennaux, mais le gouvernement na pas pu russir dans leur mise en uvre cause de la fragmentation du systme des partis. Le deuxime point est la reddition de comptes sur les rsultats. Pour les pays qui ont adopt lapproche du sommet vers la base, avec des rgimes autoritaires ou des gouvernements parti unique au pouvoir pendant une longue priode, il y a eu un contrat social explicite ou implicite pour amliorer le bien-tre social. La Chine, la Core et la Malaisie, qui ont connu les Etats les plus autoritaires, ont tabli un contrat social plus explicite qui a permis la mise en place dun systme fort de reddition de comptes pour les rsultats. Conformment ce contrat, les citoyens ont cd sur leur droit lire leur gouvernement en change de rsultats conomiques solides et les gouvernements ont respect les termes de ce contrat. En Turquie, il y a eu un contrat social fort aprs la priode dAtaturk, mais des gouvernements faibles et inefficaces ont mal gr lconomie, et les militaires ont d intervenir tous les dix ans environ pour stabiliser la situation. Il a fallu attendre les rformes de libralisation menes par Turgut Ozal pendant les annes 80, et la maturit croissance du systme politique au cours de la dernire dcennie, pour quun gouvernement soit mis en place, suite des lections, et quil soit en mesure dtre performant. 288 A Singapour, qui est un Etat hybride, larrangement na pas t aussi explicite tant donn la tenue des lections, mais le gouvernement est trs largement tourn vers le dveloppement et gre lconomie de faon susciter la croissance. A Hong Kong, il ny a pas eu dlections libres et le contrat social implicite avec le gouvernement a t de produire des rsultats en termes de croissance conomique. Dans les systmes dmocratiques, la reddition de comptes est assure, en thorie, par la capacit de changer le gouvernement sil ne produit pas de rsultats. Ceci a march en Finlande, en Irlande et en Norvge qui sont des dmocraties multipartites matures qui ont trouv les moyens dassurer une certaine continuit leurs stratgies sur le plus long terme. En Irlande, ceci a t fait travers le mcanisme de lAccord Tripartite, et en Norvge, laccord sur le Fonds Ptrolier a fait partie de cette vision de plus long terme et de reddition de comptes. En Inde, les gouvernements fdraux et provinciaux peuvent tre changs par les lections, mais il ny a eu que trs peu de reddition de comptes. Ceci sexplique par limportance des personnalits et des questions locales en politique ainsi que lincapacit des gouvernements mettre en uvre les politiques cause de la nature extrmement fragmente du systme politique indien. Au niveau fdral, depuis la fin des annes 70, lInde a connu des gouvernements de coalition trs faibles. Le troisime point en commun est reprsent par les capacits du gouvernement. Ceci comprend la qualit des fonctionnaires, la stabilit macro-conomique et lefficience des institutions et des mcanismes de mise en uvre. La coordination entre les ministres et la capacit de ragir rapidement aux conditions qui changent constituent un lment corollaire (cest--dire la capacit de restructurer). Dans les cinq conomies asiatiques, les services gouvernementaux sont hautement apprcis, et le gouvernement ainsi que les services publics sont en mesure dattirer des fonctionnaires hautement qualifis. Ceci amliore la capacit du gouvernement par la mise en place de plusieurs groupes de rflexion qui vont apporter une contribution aux politiques adoptes, ainsi qu travers les units spcialises de haut niveau qui aident la coordination et la mise en uvre des politiques. Dans les cinq conomies asiatiques, cette capacit sest manifeste par la rapidit avec laquelle ces pays ont ragi la crise financire asiatique de 1997. Le Premier Ministre de la Malaisie, Mahathir Mohamad, a mme dfi le Fonds Montaire International en refusant ses conseils et son aide financire, et il a t confort dans ses positions. Ailleurs, les capacits ont vari dun pays lautre. Dans les deux pays nordiques, les services gouvernementaux sont galement trs valoriss et les gouvernements ont dmontr, dans une bonne mesure, leurs capacits agir, comme on la vu avec la raction rapide de la Finlande sa crise commerciale et financire de 1991. En Inde, les hauts responsables sont trs comptents, mais le gouvernement a eu des difficults coordonner et mettre en uvre les politiques mme sils ont t trs bien planifis. Un quatrime point commun concerne louverture sur le march. Toutes ces conomies se sont ouvertes sur le march au cours des 40 dernires annes (sauf Hong Kong, qui tait la championne du laissez-faire depuis la priode britannique). Singapour et, dans une moindre mesure, la Malaisie ont t galement assez ouverts au march libre, bien que la Malaisie, 289 comme nous lavons observ, soit intervenue sur le march travers ses politiques constructives en faveur de la communaut Bumiputera. La Core sest galement tourne vers le march, particulirement aprs les inconvnients du soutien excessif du gouvernement aux grands conglomrats chaebols,6 qui stait manifest au cours de la crise financire de 1997. Quant la croissance rapide de la Chine depuis la fin des annes 70, ainsi que lacclration du rythme de croissance de lInde qui avait commenc au dbut des annes 90, elles sexpliquent par les rformes intrieures tournes vers le march, ainsi que par louverture des marchs de ces pays sur lconomie mondiale. LIrlande est galement devenue un tigre celtique suite sa transformation dune conomie excessivement rglemente en une conomie plus accueillante pour les investisseurs, tourne vers les exportations aprs les rsultats conomiques mdiocres des annes 80. La Finlande sest tourne davantage vers le march aprs sa crise conomique de 1991 et a rejoint lUnion europenne (UE). Cependant, la plupart des pays se sont quelque peu retirs du march depuis 200809 quand les inconvnients des marchs non rglements sont apparus, suscitant le besoin pour plus de soutien gouvernemental lindustrie et plus de renforcement des filets de scurit sociale. Le cinquime point en commun est lorientation vers le monde extrieur. Le rapport de la Commission sur la Croissance (2008) a conclu que la caractristique la plus importante des conomies croissance rapide rside dans le fait quelles soient tournes vers lextrieur, ce dont elles profitent de deux manires : Dun ct, cela leur permet dimporter des ides, des technologies et du savoir-faire du reste du monde. Dun autre ct, elles tirent profit de la demande mondiale qui leur prsente un march flexible et profond pour leurs marchandises. Le flux de la connaissance a normment accru le potentiel productif de ces conomies ; et le march mondial a fourni la demande ncessaire un tel potentiel. Et pour exprimer les choses trs simplement, ces conomies ont import ce que le reste du monde connaissait, et ont export ce que le reste du monde recherchait. (Commission sur la Croissance et le Dveloppement 2008, 22) La caractristique de la stratgie de dveloppement des conomies de lAsie de lEst cest dtre oriente vers lextrieur. Pour les deux conomies insulaires, Hong Kong et Singapour, cela a commenc par le rle quils ont jou en tant quentrepts pour le commerce rgional. Ds le dbut des annes 70, la part des exportations des biens et services du PIB avait dj dpass les 100 pourcent pour Singapour et presque 100 pourcent pour Hong Kong. Ctait l llment cl de leur stratgie de dveloppement qui tait motive par la taille limite du march intrieur et la prise de conscience que lon pouvait largement tirer profit de linteraction avec le reste du monde. Au dbut, les deux pays ont mis laccent sur lattraction de linvestissement direct tranger (IDE) pour la production de marchandises haute intensit en main duvre, tant donn le faible cot de leur main duvre discipline. Lorsque les rmunrations se sont 6 Chaebol est un terme qui se rfre un conglomrat daffaires en Core du Sud. La plupart des chaebols sont des multinationales mondiales qui possdent plusieurs entreprises internationales. Source : http://en.wikipedia.org/wiki/Chaebol. 290 apprcies, ils sont passs des activits valeur plus importante et ventuellement des services de valeur leve, essentiellement les services financiers et commerciaux. La Malaisie a appris de son voisin Singapour, et a suivi une stratgie similaire oriente vers les exportations. A la fin de 1970, ses exportations de biens et services reprsentaient dj plus de 40 pourcent de son PIB, et en 2000, elles dpassaient les 100 pourcent. Au cours des annes 70, la Core avait galement adopte une stratgie de dveloppement base sur les exportations, et en 1980, la part des exportations des biens et services reprsentaient plus de 30 pourcent de son PIB, et sest accrue ensuite pour atteindre 52 pourcent en 2010. La Chine sest oriente vers une telle stratgie beaucoup plus lentement et graduellement. Elle a mis en place sa premire zone dexportation-transformation la fin des annes 70. En 1990, les exportations des biens et services reprsentaient 16 pourcent de son PIB, et en 2005 elles taient de 37 pourcent, ce qui reprsente un taux trs lev pour une grande conomie telle que la Chine. La Finlande entretenait un commerce de troc florissant avec lUnion Sovitique, et en 1980, la part de ses exportations en biens et services du PIB dpassaient dj les 30 pourcent. Mais avec la chute de lUnion Sovitique en 1991, la Finlande a d restructurer son conomie et trouver dautres marchs pour ses exportations. Elle a mis laccent sur la tlphonie, et en 2000 la part des exportations des biens et services du PIB stait accrue pour atteindre presque 44 pourcent. Quant lIrlande, sa stratgie de dveloppement sest focalise sur lattraction des investissements trangers en tant que point dentre au March Commun Europen. En 1990, ses exportations de biens et services taient denviron 57 pourcent du PIB, et cette part sest accrue pour atteindre presque 100 pourcent en 2000 (cest galement le cas de Hong Kong et de la Core, cette part tant largement compose de produits manufacturs). En Norvge, les exportations des biens et services ont reprsent presque 36 pourcent du PIB en 1970, et jusqu 1975, les produits manufacturs ont constitu jusqu 60 pourcent des exportations. Mais avec la reprise des exportations ptrolires la fin des annes 70, la part du ptrole dans les exportations des biens sest accrue plus de 60 pourcent en 1985. LInde est le pays qui a pris le plus de temps pour focaliser sur les exportations. Il a fallu attendre la crise financire de 1991 pour que lInde libralise son conomie, et qui tait lune des conditions du Fonds Montaire International et de la Banque Mondiale loctroi de prts, mais ses exportations de biens et services nont pas dpass les 10 pourcent du PIB jusqu la fin des annes 90. Mme en 2010, ce taux dpassait peine les 20 pourcent. Le sixime lment en commun consiste puiser dans la connaissance mondiale. Ceci fait partie de louverture sur lextrieur que nous avons dj prsent et qui mrite une attention toute particulire. Hong Kong, la Malaisie et Singapour ont puis de faon trs efficace dans la connaissance mondiale travers le commerce et les IDE. La Core a puis dans la connaissance mondiale par le commerce, les licences en technologie et lenseignement ltranger, mais elle a suivi le modle du Japon en imposant des restrictions lIDE. La Malaisie a puis son tour dans la connaissance mondiale travers le commerce et a utilis lIDE plus que la Core. Cependant, la Chine est le meilleur exemple dune utilisation russie de tous les canaux pour 291 puiser dans la connaissance trangre travers : le commerce, les IDE, les licences en technologie, lenvoi des tudiants ltranger pour poursuivre lenseignement suprieur, la mise profit de sa diaspora, et en copiant et par lingnierie inverse.7 LIrlande a galement puis de faon trs efficace dans la connaissance mondiale, particulirement travers le commerce et lIDE, linstar de Hong Kong et de Singapour. La Finlande a puis dans la connaissance mondiale travers le commerce, le transfert de la technologie et lenseignement ltranger. A lexemple de la Core, la Finlande na pas utilis lIDE de faon efficace, mais elle a cr au lieu de cela des entreprises locales fortes - Nokia, en particulier. LInde a t le pays le moins efficace puiser dans la connaissance mondiale tous canaux confondus. Son conomie a t beaucoup plus ferme que celles des autres au commerce, aux licences de technologie et, dans une moindre mesure, aux IDE. Depuis les annes 1990, lInde sest davantage ouverte aux IDE, mais reste probablement le pays qui impose le plus de restrictions parmi les pays de comparaison. Elle a galement t, depuis la fin des annes 90, plus ouverte la mobilisation de sa diaspora qui a jou un rle critique pour le dveloppement de ses exportations de services bases sur les technologies de linformation. Le septime point en commun est linvestissement dans lenseignement. Singapour a commenc investir lourdement dans lenseignement technique afin de rehausser les comptences de sa main duvre, mais avec laugmentation des salaires, le cot de sa main duvre ntait plus comptitif. Son enseignement suprieur sest focalis essentiellement sur les sciences de lingnierie et les domaines techniques, et non les arts libraux. Il a galement dvelopp un programme de subvention des socits multinationales pour quelles assurent la formation pour un plus grand nombre de travailleurs que ce dont ces socits avaient besoin pour leurs propres oprations, afin dlargir la base des comptences disponibles lconomie pour attirer dautres socits. A linstar de Singapour, la Malaisie a commenc investir lourdement dans lenseignement et le dveloppement des comptences, en tant que stratgie pour attirer les investissements plus forte valeur. Quant Hong Kong, il a eu un niveau scolaire moyen plus important que Singapour ou la Malaisie depuis les annes 70 et il a prserv cet avantage, mais il a relativement tard mettre laccent sur lenseignement suprieur. Cependant, au cours des annes 90, le gouvernement sest rendu compte que le pays commenait tre la traine dans le domaine de lducation suprieure et perdait de sa comptitivit par rapport ses voisins en lAsie de lEst, et a dcid dtendre lenseignement suprieur. Il a ainsi cr lUniversit des Sciences et des Technologies de Hong Kong et en a fait lune des premires universit dAsie. La Core a, son tour, lourdement investi dans lenseignement dans le cadre de sa stratgie globale de dveloppement. Elle a d accroitre ses investissements dans lenseignement pour assimiler et utiliser les technologies trangres. Depuis le dbut, la Core na pas voulu compter 7 Voir Dahlman (2009) pour les stratgies dinnovation des BRICS (Brsil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ainsi que de la Core. 292 sur les IDE, elle a d amliorer rapidement son enseignement suprieur pour accroitre les investissements en R&D. A la fin des annes 90, le taux de scolarisation au niveau de lenseignement suprieur a augment de presque 80 pourcent, et en 2010 il a atteint plus que 100 pourcent. La Norvge a connu un niveau denseignement lev depuis 1970 qui sest accru pour atteindre 12.3 annes en 2010, qui est le taux le plus lev parmi les pays de comparaison. Elle na cependant pas pu accroitre les taux dinscription lenseignement suprieur autant que la Core ou la Finlande. La Finlande possde lun des meilleurs systmes ducatifs au monde ; laccs un enseignement de qualit a t considr comme une responsabilit majeure pour le gouvernement (Dahlman, Routti, et Antilla, et Routti 2007), et lenseignement suprieur est quasiment gratuit. Quand le gouvernement et le secteur priv ont dcid de changer de stratgies pendant la crise de 1991, pour mettre laccent sur lindustrie naissante des technologies de linformation, lenseignement suprieur a permis lacclration de la formation des travailleurs spcialiss qui taient requis cet effet. La Finlande a ainsi accru linscription lenseignement suprieur de 45 pourcent en 1990 67 pourcent en 2005 et 92 pourcent en 2009. En 1970, lIrlande a enregistr le taux moyen denseignement le plus lev parmi les pays de comparaison, bien que le taux dinscription lenseignement suprieur ait t infrieur quen Finlande ou en Norvge. Mais lIrlande a accru le taux dinscription lenseignement suprieur de 28 pourcent en 1990 50 pourcent en 2000 et 61 pourcent en 2009, dans le cadre de sa stratgie visant attirer les IDE dans le domaine des hautes technologies pendant les annes 90. La Chine et lInde offrent des exemples contrasts. Reprsentant les conomies les plus pauvres de ce groupe, ils ont eu et continuent avoir la moyenne la plus faible du taux de scolarisation et du taux dinscription lenseignement suprieur. Initialement, lInde a mis laccent sur la formation dune lite dingnieurs cadres pour grer ses grandes entreprises tatiques qui tenaient les rennes de lconomie. Pendant les annes 50, elle a cr ses clbres Instituts Indiens de Technologie, et pendant les annes 60 les Instituts Indiens de Gestion. Mais lInde a nglig lducation de base alors que la Chine avait investi lourdement dans lenseignement primaire. En 1970, la moyenne de la scolarisation acheve pour la population chinoise tait de 3.4 annes, deux fois la part de lInde. Mais, suite la Rvolution Culturelle qui a presque ferm les institutions de lenseignement suprieur de 1965 1975, et mme jusqu 1980, le taux dinscription lenseignement suprieur en Chine ne reprsentait que le quatrime de celui de lInde, qui tait aussi bas que 5 pourcent. Pendant les annes 80, la Chine sest rendue compte de limportance de lenseignement suprieur et a commenc accroitre les inscriptions. Au milieu des annes 90, et au fur et mesure quelle grimpait lchelle de la technologie et mettait en uvre sa stratgie industrielle et dexportation, la Chine a commenc largir les inscriptions lenseignement suprieur de 50 pourcent par an (Dahlman, Zheng, et Wang 2007). En 2010, le niveau ducatif moyen de la Chine ainsi que son taux dinscription lenseignement suprieur taient de plus de 60 pourcent suprieurs ceux de lInde. Ainsi, mme si le taux dinscription 293 lenseignement suprieur en Chine ntait que de 26 pourcent en 2010, la Chine disposait dune masse critique importante de diplms de lenseignement suprieur. Le Rapport sur la Connaissance dans le Monde Arabe en 2012 met laccent juste titre sur le besoin urgent amliorer lenseignement dans la monde arabe pour transformer ces pays en pays conomies de la connaissance. Bien que le rapport de 2012 mette laccent essentiellement sur lducation de base, il note que lenseignement suprieur est le secteur le plus critique et devrait tre amlior considrablement pour tirer parti du potentiel dont disposent les pays arabes (la Fondation Maktoum et le PNUD 2012). Le huitime point en commun est reprsent par les investissements et lutilisation des TIC. Lensemble des dix pays de comparaison ou presque ont tir profit de la rvolution des TIC dune faon ou dune autre. La Finlande et la Core sont devenues de grands producteurs de matriel informatique - la Finlande sest spcialise dans les appareils tlphoniques numriques, et la Core a diversifi davantage sa production de matriel lectronique, des puces numriques aux tlphones, ordinateurs et tlviseurs LCD. LIrlande et Singapour ont attir les IDE pour la production de matriel TIC et les services lis aux TIC, et ont galement utilis les TIC pour rduire les cots des transactions dans tous les secteurs de lconomie. A Singapour, les TIC faisaient partie dune stratgie de dveloppement claire de la part du gouvernement afin de raliser la transformation de lconomie. La Malaisie a galement mis laccent sur le secteur des TIC en tant qulment cl de sa stratgie de dveloppement. A linstar de lIrlande, elle a attir les IDE pour produire du matriel et des logiciels TIC. Ses plans ont couvert la cration du Super corridor multimdia pendant les annes 90, projet contrecarr par la crise financire asiatique de 1997. La Chine a attir les IDE pour la production de matriel TIC mais elle a galement dvelopp un secteur fort des services TIC, et a utilis ces technologies dans toutes les activits de lconomie pour rduire les cots des transactions. LInde ne produit pas de matriel TIC, mais elle a dvelopp de grandes capacits dans le domaine des services dexportation lis au TIC, et comme nous lavons dj signal, ce secteur a t la locomotive de sa croissance conomique. Hong Kong et la Norvge sont des exceptions dans le sens quils ne sont pas devenus des producteurs importants de matriel ou de logiciels TIC ou de services utilisant les TIC. Mais les deux conomies ont fait usage des TIC pour rduire les cots des transactions dans leurs conomies. 294 Rfrences Commission on Growth and Development. 2008. The Growth Report: Strategies for Sustained Growth and Inclusive Development. Washington, DC: Banque mondiale. http://cgd.s3.amazonaws.com/GrowthReportComplete.pdf. . 2012. Lessons from Development Strategies of Other Developing Countries: Implication for MENA Countries. Document d'information non publi, Centre de Marseille pour l'intgration en Mditerrane, Marseille. Dahlman, Carl, Douglas Zheng, et Shuilin Wang. 2007. Enhancing Chinas Competitiveness through Lifelong Learning. Washington, DC: Banque mondiale Dahlman, Carl J., Jorma Routti, et Yl-Pekka Antilla. 2007. Finland as a Knowledge Economy: Elements of Success and Lessons Learned. Washington, DC: Banque mondiale. Devlin, Robert, and Graciela Moguillansky. 2011. Breeding Latin American Tigers: Operational Principles for Rehabilitating Industrial Policies. Washington, DC: Banque mondiale. Mohammed Bin Rashid Al Maktoum Foundation et PNUD (United Nations Development Programme). 2012. The Arab Knowledge Report. Dubai: PNUD. Yusuf, Shalid, et Kaoru Nabeshima. 2012. Some Small Countries Do It Better: Rapid Growth and Its Causes in Singapour, Finland, and Ireland. Washington, DC: Banque mondiale. 295 Tableau A2.2. Rsum relatif aux pays de comparaison par lapproche du sommet vers la base Chine Hong Kong Core Malaisie Singapour Turquie Vision, stratgie sur le long terme, avec des mcanismes dajustement Orient vers le dveloppement Plans quinquennaux, Etat orient vers le dveloppement, politiques industrielles fortes combines des politiques horizontales. Politiques horizontales relativement tardives Plans, politiques industrielles fortes combines des politiques horizontales. Plans, ingnierie sociale, politiques industrielles fortes combines des politiques horizontales. Plans, ingnierie sociale, politiques horizontales mais dans le cadre dun plan dtaill. Aprs Ataturk, manque de vision et de planification sur le long terme, plus une mauvaise gestion de lconomie ayant conduit une crise conomique pendant une dcennie. Reddition de comptes pour les rsultats par la dmocratie ou le contrat social Contrat social. Contrat social. Contrat social, dmocratie. Contrat social, dmocratie. Contrat social. Dmocratie multipartite depuis 1950 mais manque de reddition de comptes conduisant lintervention militaire jusquaux annes 80. Capacit du gouvernement, coordination, capacit de ragir y compris au niveau de la macro stabilit, climat des investissements Conseil dEtat Services gouvernementaux hautement apprcis. Orientation vers davantage de coordination gouvernementale. Conseil de planification conomique Services gouvernementaux hautement apprcis. Unit de planification conomique Conseil de dveloppement conomique, fonctionnaires trs bien pays. Manque de capacit et mauvaise gestion conomique conduisant une crise rcurrente jusqu la fin des annes 2000. Ouverture sur le march Orientation douverture vers le march et amlioration du climat des investissements. Orientation forte vers le march ds le dbut, climat excellent pour les investissements. Orientation vers le march et amlioration du climat des investissements. Orientation vers le march et amlioration du climat des investissements. Orientation forte vers le march, climat excellent pour les investissements. Orientation vers le march depuis Ozal, libralisation depuis 1980. 296 Chine Hong Kong Core Malaisie Singapour Turquie Intgration dans lconomie mondiale & diversification des exportations De plus en plus orient vers lextrieur. Trs orient vers lextrieur depuis les dbuts. Trs orient vers lextrieur. Trs orient vers lextrieur. Trs orient vers lextrieur depuis les dbuts. Les rformes dOzal des annes 80 ont lanc lintgration mais lentement, et les exportations restent faibles en pourcentage du PIB. Puise dans la connaissance mondiale A utilis tous les canaux. IDE et commerce. Octroi de licences pour le commerce et les technologies et enseignement ltranger. IDE et commerce. IDE et commerce. IDE plus important que le commerce jusqu rcemment. Investissement dans lenseignement Dcollage rapide de lenseignement dans le cadre de la stratgie de mise niveau. Arrive relativement rcente sur la scne, mais avec une stratgie de mise niveau Capacit de construction rapide de lenseignement. Accent fort mis sur lenseignement. Accent fort mis sur lenseignement technique dans le cadre de la stratgie dintgration. Investissement dans lenseignement, particulirement lenseignement suprieur qui sest dvelopp pendant les deux dernires dcennies. . Investissement et utilisation des TIC Elment cl de la stratgie qui comprend la production de matriel informatique et lutilisation des TIC pour rduire les cots des transactions. Production non significative, mais utilisation des TIC pour la coordination des chaines mondiales dapprovisionnement. Elment cl de la stratgie qui comprend la production. Elment cl de la stratgie qui comprend la production de matriel informatique et corridor multimdia. Elment cl de la stratgie qui comprend la production mais avec un accent important sur lutilisation. Production non significative de TIC ou logiciels, plus de produits lectroniques de consommation. Source : compilation de lauteur. Note: IDE = Investissements Directs Etrangers ; TIC = Technologies de lInformation et de la Communication. 297 Tableau A2.3. Rsum de la situation des pays de comparaison par lapproche de la base vers le sommet Finlande Irlande Inde Norvge Vision/stratgie de long terme/ avec mcanismes dajustement et politiques industrielles orientes vers le dveloppement Comit pour lavenir. Politiques industrielles fortes verticales et horizontales. Accord tripartite pendant les annes 80. Politiques industrielles fortes verticales et horizontales. Plans quinquennaux adopts par la Commission de Planification, mais difficults dans la mise en uvre. Mauvaises politiques industrielles handicapantes, politiques horizontales insuffisantes. Institutions mres. Quelques politiques industrielles verticales et horizontales. Reddition de comptes pour les rsultats par la dmocratie par le contrat social Dmocratie base largement sur le consensus et la reddition de comptes. Dmocratie mais galement contrat social explicite. Dmocratie fragmentaire mais avec peu de capacit de mise en uvre. Dmocratie avec des accords entre partis politiques sur lutilisation de la richesse ptrolire. Capacit du gouvernement / capacit de coordination de la raction Y compris la stabilit macro-conomique Travail pour le gouvernement hautement apprci. Politiques conomiques visant crer la capacit permettant de renforcer la coordination. Accord tripartite. Dveloppement industriel. Autorit et Forfas (conseil consultatif pour les politiques de lentreprise et des sciences en Irlande). Responsables capables au gouvernement fdral, mais faiblesse de coordination et de capacit de mise en uvre. Gouvernement comptent, cration dun Fonds de stabilisation des recettes ptrolires. Ouverture sur le march Ouverture sur le march depuis la crise de 1991, bon climat dinvestissements depuis. Ouverture sur le march depuis les annes 80, climat dinvestissements positif. Ouverture sur le march depuis 1991, mais souffre toujours dun mauvais climat pour les investissements. Ouverture sur le march depuis les annes 90, bon climat dinvestissements. Intgration lconomie mondiale & diversification des exportations. A doubl la part de son commerce dans le PIB sur les 30 dernires annes et passage une gamme suprieure de produits et services technologiques. Trs intgr travers les IDE, orient vers lutilisation de lIrlande comme base dentre au march de lUnion europenne des TIC et produits pharmaceutiques. Pas trs intgr, na pas opt pour les exportations haute intensit en main duvre, mais a tir profit des exportations des services bass sur les technologies de linformation. Intgr travers les exportations des produits ptroliers, quelques tentatives de diversification. Puise dans la connaissance mondiale Commerce, licences en technologie, enseignement. IDE, commerce et diaspora. IDE, commerce et licences, enseignement suprieur ltranger encore limits. Commerce, IDE. 298 Finlande Irlande Inde Norvge Investissement dans lenseignement De forts investissements dans lenseignement suprieur, particulirement aprs la crise de 1991. Accent fort mis sur lenseignement dans le cadre de la stratgie industrielle. Utilisation des fonds structurels de lUE pour investir dans lenseignement suprieur et la formation. Investissements prcoces dans lenseignement pour llite en ingnierie, mais faible niveau gnral dinstruction.. Investissements importants dans lenseignement suprieur. Investissement et utilisation des TIC Accent mis sur ce secteur aprs la crise de 1991 en tant que secteur stratgique, particulirement les quipements en tlcommunication et lutilisation des TIC. Accent mis sur le secteur des TIC en tant qulment cl pour attirer les IDE pour des exportations vers le march CE. Le secteur des logiciels et des TIC a t fondamental pour la croissance et la comptitivit. Accent fort mis non sur la production mais sur lutilisation des TIC. Source : compilation de lauteur. Note: UE = Union Europenne ; IDE = Investissements Directs Etrangers ; TIC = Technologies de lInformation et de la Communication. 299 Annexe 3: Application du modle de l'conomie de la connaissance lchelle des pays: Aperu gnral sur le monde arabe A linstar de beaucoup d'autres pays travers le monde, les pays arabes sont confronts au double dfi de mener bien les rformes institutionnelles tout en essayant de diversifier leurs conomies. Dans le prsent ouvrage, le chapitre 4 a mis l'accent sur les rformes institutionnelles et les chapitres 5 7 ont trait des rformes institutionnelles et des politiques de diversification. Tandis que les chapitres 8 et 9 ont t consacrs la question de la diversification. Cette annexe traite de ce double dfi en insistant sur des questions spcifiques auxquelles sont confronts les pays de la rgion quils soient pauvres ou riches en ressources. Des approches stratgiques pour la conduite du changement sont mises en vidence sachant que ces pays ont besoin dune vision fonde sur lambition, le pragmatisme et un nouveau contrat social1. Penser en termes de capacits institutionnelles et de diversification conomique Le dveloppement conomique peut tre peru travers une matrice bidimensionnelle (analytique et politique) troitement lie la connaissance et une approche de dveloppement axe sur l'innovation, comme prconis dans le prsent rapport. La premire dimension (l'axe horizontal du tableau A 3.1) consiste en la cration (du sommet vers la base) dinstitutions de bonne gouvernance qui garantissent la souverainet du droit et des rglements efficaces. Le processus de cration de ces institutions peut tre considr comme un processus wbrien (relatif Max Weber, thoricien de l'Etat modern). La deuxime dimension (axe vertical) se rapporte l'expansion des segments dynamiques de l'conomie, dont la croissance contribue attnuer les contraintes de dveloppement. Ces solutions (de la base vers le sommet) sont le rsultat de l'innovation institutionnelle et technologique. Elles peuvent tre associes un processus schumptrien (relatif Joseph Schumpeter, thoricien de l'innovation). Le rsultat escompt de l'interaction des rformes institutionnelles avec une plus grande diversit conomique sont ces enclaves conomiques dynamiques qui co-existent avec des institutions plus ou moins fonctionnelles. Il va sans dire que les dimensions wbrienne et schumptrienne dans un pays donn ne sont pas totalement indpendantes car elles ont de nombreux facteurs sous-jacents en commun. Pour cette raison, une dynamique positive peut 1 Ce chapitre s'appuie sur diverses tudes, dont celle du CMI ( paratre en 2013), Djeflat (2012), Kuznetsov (2012), Uppenberg (2012) et van der Meer (2012). Il prsente une analyse synthtique de la faon dont les diffrents pays arabes peuvent effectuer leur transition vers une conomie base sur la connaissance et l'innovation. Lobjectif n'est pas de traiter de manire exhaustive la situation du pays et les enjeux politiques y affrents, mais de montrer les principales tendances et orientations pour mettre en uvre le changement escompt. Il convient de noter galement que le texte a t rdig au dbut de lanne 2013, et que la situation politique dans la rgion voluant rapidement les observations faites sur certains pays ne sont plus dactualit. 300 tre gnre par des changements salutaires qui porteront sur chaque dimension. Les rformes institutionnelles, mme porte limite, peuvent faciliter la diversification conomique. Dans le mme temps, une diversification russie cre un climat qui favorise la rforme (chapitre 3). Tous les pays du monde peuvent tre situs l'intrieur de la matrice des capacits institutionnelles et de la diversification conomique. Dans la case correspondant aux capacits institutionnelles faibles et une faible diversit (case bleue), l'instabilit empche l'apprentissage et compromet la recherche de la diversit. Les pays qui se trouvent dans cette situation sont pris dans un cercle vicieux, voire dans un pige infernal. Les pays qui ont bnfici de la croissance et des possibilits de diversification pour des raisons gographiques ou climatiques (case grise) sont un peu mieux lotis. Ils ont une vritable opportunit de tirer parti de leur position pour rformer leurs systmes conomiques et institutionnels. Mais certains pays - notamment ceux qui sont riches en ressources et dans lesquels les privilges acquis sont jalousement gards - n'ont pas t en mesure de continuer sur la voie de la connaissance d'une manire efficace et durable. Ils ont connu une sorte de promesse non tenue. D'autres pays dots d'institutions relativement faibles, mais de secteurs ou de villes exceptionnellement dynamiques, ont t en mesure d'atteindre un stade suprieur dans la diversit conomique et industrielle, comme la Chine et l'Inde. Mais ces deux pays doivent encore relever le dfi qui consiste faire passer leurs institutions de la mention "Assez bien" la mention "Bien" (case jaune). Tableau A3.1. Profils de dveloppement: logiques wbrienne et schumptrienne combines Capacits institutionnelles Faibles Eleves Diversit et htrognit interne (taille des segments de Schumpeter) Faible Pige infernal L'apprentissage et la recherche de la diversit sont compromis par une instabilit gnralise. Zimbabwe, Rpublique dmocratique du Congo Objectif: Changement de systme. Modles particuliers Le secteur public est plus dynamique que le secteur priv. Chili Objectif: Stimuler l'htrognit afin de maintenir la croissance intermdiaire Promesse non tenue Diversit des segments dynamiques Mexique, Argentine, Russie, Afrique du Sud et la plupart des pays arabes Elment cl: Traitement des intrts Objectif: Briser le verrou des intrts acquis et renforcer les institutions par l'ouverture du systme Bien-tre sociale / March social Europe occidentale, Canada, Singapour, Core du Sud Objectif: Amplifier lhtrognit afin d'viter la sclrose institutionnelle 301 Eleve Les bonnes institutions en tant que sous-produit Les segments dynamiques crent leurs propres rgles et atteignent une masse critique Chine, le Brsil, l'Inde et, de plus en plus, le Vietnam Objectif: Passer de la mention "Assez bien" la mention Bien en termes dinstitutions. Nations start-up qui adoptent la destruction cratrice tats-Unis, Isral, Tawan (et certains autres pays qui font face des menaces systmiques) Objectif: Grer l'htrognit (la gestion de la migration tant un test dcisif de la capacit d'adaptation) Source: Kuznetzov 2012. Parmi les pays aux fortes capacits institutionnelles, certains prouvent des difficults diversifier leurs conomies, en particulier lorsque la classe entrepreneuriale n'a pas de masse critique ou n'est pas assez vigoureuse (case rose). D'autres, notamment en matire de bien-tre social et de march, ont pu renouveler leur base conomique et industrielle grce des efforts soutenus en matire d'innovation, leur permettant ainsi d'viter la sclrose institutionnelle (case violette). Enfin, il est des pays qui ont t en mesure dajuster constamment leur cadre institutionnel et de gnrer des projets innovants (case verte). Il sagit ici de grer la diversit en tenant compte, notamment, des tendances migratoires qui apportent de nouvelles perspectives et opportunits de changement, mais aussi une instabilit potentielle. La plupart des pays du monde arabe appartiennent une catgorie caractrise par des capacits institutionnelles faibles et par une diversit et une htrognit internes moyennes (case grise). Ainsi, la question est de savoir si ces pays vont voluer vers une diversit interne suprieure (case jaune) ou vers de plus fortes capacits institutionnelles (case violette) ou les deux la fois. La viabilit long terme des conomies aux capacits institutionnelles faibles a fait l'objet de plus en plus de proccupation, tant donn que la faiblesse des institutions est de plus en plus problmatique l're des socits mondialises et ouvertes2. Comme indiqu dans le prsent rapport, les conomies arabes peuvent tre divises en deux types: des conomies riches en ressources et des conomies pauvres en ressources; chacune prsente un ensemble de caractristiques contrastes. Leurs approches de l'conomie de la connaissance ont t diffrentes dans le pass et continueront probablement de ltre lavenir. Ce chapitre examine ces approches, en commenant par les pays pauvres en ressources. Les pays de la Mditerrane mridionale et orientale pauvres en ressources Les pays pauvres en ressources, situs en Mditerrane mridionale et orientale, ont lobligation commune de crer des emplois en grand nombre, en particulier pour les jeunes. Or, seules les conomies efficaces peuvent crer des emplois en quantit ncessaire, et la meilleure faon de btir une conomie efficace est dlargir la participation populaire la vie conomique. Dans toute la rgion, les pays se sont engags, d'une faon ou d'une autre, 2 Acemoglu et Robinson (2012) s'interrogent sur la viabilit du modle chinois en l'absence dune plus grande libert politique et conomique. 302 dans un processus de transformation suite aux appels une plus grande intgration et plus de dmocratisation. Au Maroc et en Jordanie, ce processus s'est droul sous des monarchies qui ont pris des mesures pour ouvrir leurs socits. En Tunisie et en Egypte, le processus a entran le rejet d'un rgime autoritaire. En somme, les dirigeants de ces quatre pays savent qu'ils doivent rpondre la demande appelant une plus grande participation la vie politique et faire le choix dune conomie capable de crer des emplois. La satisfaction de ces exigences constituerait la base d'un nouveau contrat social entre le gouvernement (qui devrait sengager pour plus de transparence et d'efficacit et soutenir les entreprises innovantes) et la socit civile, sous ses diverses formes, qui devrait trouver un moyen mme de soutenir les rformes ncessaires pour plus de dmocratie et d'efficacit conomique. Plus tt ce genre de contrat social est consolid, mieux ce sera pour les peuples de la rgion. Les pays pauvres en ressources ont des perspectives communes en matire de diversification, avec un assez large ventail de possibilits, comme indiqu dans le chapitre 8. Ces possibilits stendent sur un ventail qui va des secteurs lis aux TIC jusquaux activits induites par la croissance verte, le tourisme haut de gamme, les industries cratives et bien dautres secteurs importants tels que lindustrie alimentaire. Ces possibilits de diversification peuvent tre considres comme autant de fruits mrs qui peuvent tre cueillies grce, entre autres, aux programmes de formation, la certification de la qualit et la promotion du commerce. Lexploitation efficace de ces niches est essentielle la cration, au renforcement et au maintien d'un climat de confiance lchelle nationale. Les premiers succs permettront dentamer un cycle vertueux favorisant la poursuite des rformes. Concernant la diversification spatiale de leurs conomies, ces pays partent d'une base commune, savoir les technoples et les zones industrielles. Cependant, la tradition de centralisation dans les pays arabes et le dficit des capacits administratives locales constituent des obstacles au dveloppement local. Aussi, les technoples et les zones industrielles se dveloppent-elles ingalement dans lensemble de la rgion et dpendent de certains atouts (notamment les comptences entrepreneuriales et les talents acadmiques) et des structures de gouvernance ncessaires la mise en uvre de ces atouts. Les sites d'innovation devraient se renforcer, slargir et se multiplier, le cas chant, par la fourniture d'incitations adquates. Le but de la manuvre est dattirer les entreprises trangres qui constituent les principales sources de modernisation en matire de technologie et de gestion. A lchelle de la rgion, les pays pauvres en ressources doivent tous engager des rformes institutionnelles, mme si certains ont beaucoup plus de chemin parcourir que d'autres, comme nous le verrons ci-dessous. Le programme de rforme comprend : (i) le parachvement ou l'ajustement des rformes relatives au climat des affaires qui, dans tous les pays considrs, prsente encore des faiblesses en dpit des progrs significatifs raliss au cours des dernires annes ; (ii) la rduction des prix des tlcommunications et llargissement de l'accs l'Internet (notamment lInternet large bande) ; (iii) le renforcement de leurs systmes d'innovation et l'expansion des politiques d'innovation au-del des politiques scientifiques et technologiques, conformment une vision plus dynamique du processus d'innovation ; et (iv) l'amlioration du systme ducatif, tous niveaux confondus. Enfin, plusieurs pays de la rgion peuvent bnficier d'un large ventail de possibilits de soutien de la part de la communaut internationale. Le partenariat dit de Deauville apportera des accords nouveaux et largis sur le commerce et l'investissement tranger direct 303 (chapitres 3 et 4). Les rcents engagements de la Banque europenne pour la Reconstruction et le Dveloppement (BERD) et le soutien de l'Union Europenne la Recherche et Dveloppement (R et D), l'innovation et lenseignement sont les exemples les plus marquants de l'assistance que peut apporter la communaut internationale cette rgion. Certes, les problmes et les perspectives de la rgion sont similaires, mais on y constate aussi des diffrences importantes. En effet, trois des pays pauvres en ressources (Jordanie, Maroc et Tunisie) ont des politiques relativement avancs dans le domaine de l'conomie de la connaissance. Ces politiques ont commenc stimuler l'activit conomique, crer des emplois et produire de la richesse. Parmi ces trois pays, le Maroc et la Tunisie semblent tre mieux outills pour planifier et mettre en uvre des stratgies adquates car ils sont dots d'institutions gouvernementales qui ont fait preuve dune solide capacit d'action. Ils sont galement plus avancs dans leurs efforts de diversification conomique. En revanche, la Jordanie et le Liban semblent bnficier dun climat un peu plus entrepreneurial et sont plus en mesure de convertir rapidement leur potentiel d'innovation en activits concrtes, en marchs et en emplois. Compte tenu de ces similitudes et de ces diffrences, on a esquiss ci-dessous des stratgies et des politiques qui semblent appropries pour faire avancer les pays de la Mditerrane mridionale et orientale sur le chemin de l'conomie de la connaissance. Les cas spcifiques du Maroc et de la Jordanie sont discuts en dtail dans l'annexe 3. Vues travers le prisme des principes stratgiques noncs dans le chapitre 3, les approches proposes diffrent selon ltat d'avancement de chaque pays vers l'conomie de la connaissance, la capacit d'action du gouvernement et l'urgence des rsultats, notamment en termes de cration d'emplois. Les vnements actuels fournissent peut tre une opportunit unique ouvrant la voie vers des actions fortes et dtermines. Ces actions peuvent tre difficiles court terme, mais promettent des gains substantiels moyen et long terme. Dans tous les cas, une conomie politique qui vise le changement et qui est faonne par des facteurs lis leur contexte, sera un lment dterminant dans le choix des actions et des instruments politiques adopter. Maroc Le Maroc a connu un dveloppement conomique et social durable au cours de la dernire dcennie. Entre 2000 et 2010, le taux de croissance moyenne y tait de 5% et le taux de chmage y est pass de 14 9%, en partie grce un nouveau rgime conomique fond sur la connaissance. Toutefois, des progrs sont encore ncessaires, eu gard la rgression de la comptitivit globale de l'conomie. De fait, les exportations ne couvrent qu'environ 50% des importations alors que 25% des recettes d'exportation proviennent du seul secteur des phosphates (le Maroc tant le premier producteur mondial de cette matire). Par ailleurs, les rformes engages au cours de la dernire dcennie ont permis d'amliorer le climat des affaires et la gouvernance. Les rformes et les initiatives relatives l'conomie du savoir ont commenc au dbut des annes 2000 avec la libralisation des marchs de tlphonie mobile. Plus rcemment, d'importants plans ont t lancs pour diversifier l'conomie par la cration de plateformes industrielles hautement comptitives dans plusieurs secteurs (Plan Emergence). Dautres plans spcifiques ont t galement lancs dans des domaines aussi vitaux que lagriculture (Plan Vert), la pche (Plan Halieutis) et la numrisation de l'conomie (Plan Maroc Numrique) (encadr A3.1). De surcrot, des plans ont t mis en uvre pour mettre niveau le systme ducatif (le Maroc souffre encore d'un taux d'analphabtisme lev) et pour engager une politique d'innovation plus efficace. 304 Cependant, des rformes plus larges et plus profondes sont ncessaires pour relever les dfis auxquels le pays se trouve confront. A cet effet, le Roi a donn plus dlan au processus de dmocratisation dans un contexte qui a vu arriver au pouvoir un nouveau gouvernement. Mais le dfi le plus urgent est d'acclrer l'application dun modle conomique visant promouvoir la productivit, la comptitivit et l'emploi. Favoriser l'application de ce nouveau modle ncessitera non seulement l'introduction de nouvelles politiques, mais aussi laplanissement de certains obstacles lis la concurrence dans certains secteurs, aux comportements corporatistes, notamment dans le systme scolaire et universitaire, et aux rigidits bureaucratiques et administratives. A cet gard, la premire tche accomplir consiste amliorer la coordination des diffrents plans et rformes lancs par le gouvernement. Cette coordination ncessaire devrait soprer au plus haut niveau du gouvernement, impliquant ainsi les ministres concerns ainsi que les hauts responsables des organismes engags dans le passage l'conomie de la connaissance. Une meilleure coordination est galement ncessaire pour rduire les dpenses publiques et faire face un grave dficit budgtaire. En mme temps, il faut mobiliser la socit tout entire, dans toute sa richesse et sa diversit, travers le nouveau modle de dveloppement en adoptant une vision claire qui s'articule autour de la connaissance et de l'innovation. Aussi bien le gouvernement que les chefs d'entreprise engags dans le dveloppement des plans sectoriels et des rformes politiques cls devraient assumer le rle dagents de changement afin de structurer cette vision. Encadr A3.1. L'conomie de la connaissance mise en uvre travers des plans sectoriels: l'exemple marocain De nouveaux plans et programmes visant stimuler la croissance conomique sont au cur de la nouvelle vision nationale du Maroc. Ces plans peuvent tre diviss en trois catgories: (i) les plans fonctionnels qui rpondent directement un ou plusieurs piliers de l'conomie du savoir (l'Initiative Maroc Innovation, le Plan d'urgence pour l'ducation: 2009-12, et Maroc Numrique 2013), ( ii) les plans sectoriels avec des composantes qui sintgrent dans lconomie du savoir (Plan Emergence, Plan Maroc Vert, Plan Halieutis et Plan Azur), et (iii) les plans rgionaux qui reprsentent le prolongement d'un prcdent plan destin une zone spcifique du pays (Plan Maroc Vert et Plan Halieutis pour la rgion d'Agadir). Hormis le Plan Azur, Les rsultats de tous les autres plans ne sont pas actuellement disponibles car ils sont trop rcents pour fournir des rsultats concrets. Les plans du Maroc constituent un cadre propice pour la mise en uvre dune conomie fonde sur la connaissance. Ce cadre original et unique lchelle de la rgion pourrait faire lobjet dune amlioration en rendant plus explicite sa dimension relative lconomie de la connaissance. La mise en uvre de ce cadre sera lultime preuve accomplir. En dfinissant la vision et la mission des systmes producteurs de connaissances, le Plan Emergence traduit en termes concrets la politique du Maroc en matire d'innovation et de leadership entrepreneurial. A cet effet, six grands secteurs sont couverts: loffshoring, l'automobile, l'aronautique, l'lectronique, le textile, le cuir et l'agroalimentaire. Cette stratgie industrielle qui stale sur 10 ans est conue pour augmenter le PIB du pays de 91 milliards de dirhams marocains, crer jusqu' 440.000 emplois, rduire le dficit de la balance commerciale de 50% et contribuer laugmentation du taux de croissance du pays hauteur de 1,6%. Dans la mme veine, et pour aider le secteur de l'exportation en difficult et encourager l'investissement priv, il est prvu dinjecter environ 50 milliards de dirhams dans le secteur manufacturier. Le Plan Maroc Vert vise, quant lui, rorganiser les producteurs agricoles au sein de structures intgres pour faciliter la commercialisation et l'exportation. Ce plan reflte l'importance de 305 l'agriculture dans l'conomie marocaine et sa contribution la stabilit sociale. En outre, le Plan Maroc Vert vise tablir une nouvelle politique foncire et amliorer la gestion des ressources en eau, sans oublier le paquet d'incitations fiscales quil propose. De plus, ce plan vise un secteur qui contribue hauteur de 19% au PNB du Maroc, 15% provenant de l'agriculture et 4% de l'agro-industrie. Il convient aussi de signaler que ce secteur emploie plus de 4 millions d'habitants dans les zones rurales et a cr environ 100.000 emplois dans le domaine de lagro-industrie, tout en assurant la scurit alimentaire de 30 millions de consommateurs. Par ailleurs, on sattend ce que ce plan crerait entre 1 et 1,5 millions d'emplois d'ici 2020. Quant au Plan Halieutis, il vise crer des hubs pour damlioration des pcheries rgionales travers le dveloppement de pcheries plagiques et de produits surgels forte valeur ajoute. Le but ultime est de faire de l'industrie de la pche un vritable facteur de croissance conomique lhorizon 2020 en doublant la valeur du secteur en termes de PIB et en augmentant le nombre d'emplois crs de 61.650 actuellement 115.000 emplois directs et 510.200 emplois indirects. Le Plan Azur fait partie du projet d'investissement dans le cadre de la Vision 2010 qui vise crer six stations balnaires pouvant attirer 10 millions de touristes en 2010. Cependant, ce plan a t rajust en 2007 faute davoir atteint cet objectif. Dans la mme veine, le nouveau Plan Azur 2020 vise capitaliser sur les enseignements tirs du plan prcdent pour crer 470.000 nouveaux emplois, doubler le nombre de touristes et augmenter de 2 points la part du tourisme dans le PIB dici 2020. L'Initiative Maroc Innovation sest fix des objectifs ambitieux concernant les brevets, les start-up innovantes, et le renforcement de la place du Maroc en matire de Recherche et Dveloppement dans des domaines aussi importants que la biotechnologie, les TIC, les matriaux, les nanosciences et la nanotechnologie. Dans le cadre de cette initiative, les priorits d'action sont la comptitivit fonde sur l'innovation, la production de la technologie, l'exploitation des capacits des universits en matire de R et D, et la recherche de talents pour ancrer une culture d'innovation et dentrepreneuriat. D'autres mesures concernent la cration de ples d'innovation, en collaboration avec les programmes de l'Union Europenne et ce, travers laugmentation du financement de la R & D hauteur de 2% du PIB en 2020, dont 25% provenant du secteur prive. Source: Ministre marocain de l'Economie et des Finances 2011 L'adhsion des populations cette vision va dpendre de la force de leur engagement dans des projets quils aident concevoir et raliser. Par ailleurs, la crdibilit de cette vision dpendra largement du succs des mesures prises ce jour et des plans actuellement mis en uvre pour diversifier l'conomie. Ces mesures doivent tre troitement contrles, notamment en ce qui concerne leur contribution la croissance conomique et la cration d'emplois. Dans la mme veine, il est important dassurer le suivi des nombreuses initiatives prises lchelle du pays pour crer des technoples, des ples de comptitivit etc. La ralisation de cette vision sera dautant plus facile que la dcentralisation est effectivement mise en uvre et que la gouvernance est en progression. A cet gard, il convient de souligner limportance particulire que revt la campagne intensive mene contre la corruption par le nouveau gouvernement, le climat concurrentiel qui samliore (avec un meilleur accs au financement pour les petites et moyennes entreprises), une plus grande transparence des marchs publics et les progrs de la numrisation, quoique mal servie par les prix levs des services de tlcommunications, y compris laccs lInternet, en raison des privilges dont jouissent les trois oprateurs historiques prsents au Maroc. Le Maroc a besoin de procder la refonte de son systme ducatif en amliorant les conditions de l'apprentissage de base. Des efforts considrables doivent tre consentis aux niveaux primaire et secondaire travers la formation des enseignants sur une large chelle, 306 l'amlioration de la pdagogie, une meilleure gouvernance et une valuation plus rigoureuse. Au niveau post-secondaire, des tablissements de l'enseignement suprieur se sont vues accorder une certaine autonomie, certes, mais ptissent toujours dune rglementation excessive. A titre dexemple, les dcisions relatives aux dpenses doivent tre approuves l'avance, les institutions ont du mal offrir des services contractuels de recherche, de formation continue et bien d'autres services (comme mentionn dans le chapitre 6). Par ailleurs, d'autres obstacles bloquent le dveloppement des universits prives. Le systme de recherche, actuellement compose de diffrentes institutions (universits, centres de recherche publics et autres) qui travaillent en vases clos, doit adopter une politique plus articule. Il serait galement judicieux de bnficier de l'amlioration des conditions de travail des chercheurs. Ainsi, la cration d'une nouvelle catgorie professionnelle pour les chercheurs permettrait de faciliter le recrutement de jeunes scientifiques et de rajeunir le systme universitaire. Le passage un rgime bas sur lconomie de la connaissance ncessite galement des mesures destines amliorer la gestion macroconomique. Un plus grand espace budgtaire pourrait tre ouvert travers la rduction de la subvention des produits de premires ncessit (ces subventions reprsentent maintenant environ 6% du PIB du Maroc), et le desserrement de la convertibilit du dirham qui est troitement arrim l'euro et au dollar (en dcourageant l'ajustement concurrentiel de l'conomie). Le Maroc devrait galement poursuivre ses efforts pour crer une plus importante union commerciale au sein du Maghreb, un moment o des signes positifs manent de plusieurs pays de la rgion. Tunisie La Tunisie a connu une croissance conomique rapide dans les annes 1990 et 2000. Le taux de croissance annuel pour les deux dernires dcennies est dune moyenne de 5% environ, plaant ainsi la Tunisie parmi les pays les plus dynamiques de la rgion. Cela a t possible grce une diversification efficace de l'conomie (en scartant de l'industrie extractive au profit de secteurs comme le textile, la mcanique et l'lectricit), une solide gestion macroconomique et l'ouverture commerciale sur l'Europe et sur d'autres rgions du monde. Des revenus importants ont permis au gouvernement d'investir massivement dans les programmes sociaux, les infrastructures et l'ducation. La Tunisie a adopt l'conomie de la connaissance trs tt, en l'intgrant dans ses plans quinquennaux et dans d'autres processus de planification3. Ainsi, une srie d'initiatives a t prise au cours de la dernire dcennie, y compris le dveloppement du systme d'enseignement suprieur (notamment travers la cration d'instituts technologiques post-secondaires appels ISETs), la modernisation de l'industrie ( travers le programme de "mise niveau" soutenu par l'Union Europenne), le lancement de nombreux parcs technologiques et linvestissement croissant dans les TIC et l'Internet. Rappelons que Tunis a abrit, en 2005, le Sommet mondiale de la socit de l'information. Malgr ces tendances positives, le fait est que le climat des affaires a t fauss et que les conditions de gouvernance conues pour profiter au pouvoir en place ont compromis la croissance et cr un sentiment de frustration chez la population. La hausse du chmage, en particulier chez les jeunes diplms, a fait clater ltincelle qui a dclench le Printemps 3 Voir, par exemple, les rapports sur l'conomie de la connaissance en Tunisie, publis par lInstitut d'conomie quantitative Tunis (IEQ 2007, 2009 et 2011). 307 Arabe. Dans une certaine mesure, la Tunisie a t victime d'un passage incomplet l'conomie de la connaissance, tant donn que l'agitation politique que connat le pays a t initie par des jeunes instruits sans emploi et se poursuit travers lInternet et les mdias sociaux. Depuis la chute du Gouvernement Ben Ali dbut 2011, la Tunisie s'est engage dans une phase de transition ordonne et dmocratique. Seulement, cette transition ne se fait pas sans difficult car l'conomie connat une croissance lente en raison de lenlisement du secteur touristique, entre autres. Le gouvernement a galement d revoir la hausse les dpenses d'aide sociale et introduire des programmes visant crer des emplois dans les activits sociales et publiques. Par consquent, le pays fait face des dficits budgtaires et une diminution des rserves en devises. Et bien que la connaissance et l'innovation figurent toujours dans les plans de dveloppement de la Tunisie, ils ne sont pas prioritaires. La cration d'emplois, notamment pour les jeunes diplms, reste lun des dfis majeurs pour la Tunisie. Sur une population de 10,5 millions, 800.000 personnes cherchent un emploi, dont 180.000 jeunes diplms. Dans ce contexte, lamlioration du climat des affaires est de mise et ncessite la modification du cadre rglementaire et juridique hrit de l'ancien rgime. Il sagit, en effet, de revoir les politiques et les pratiques qui ne sont pas propices une vritable conomie de la connaissance. A ce titre, il faudra lutter, entre autres, contre les monopoles, les lourds processus d'autorisation et les procdures inutilement centraliss. La situation exige un audit national des procdures administratives et juridiques et la mise en uvre rapide des rformes ncessaires en mettant contribution la communaut des affaires et la socit civile. Une autre srie de mesures concerne le systme d'ducation et de formation. Pour rpondre aux besoins de l'conomie, il est impratif d'amliorer et d'adapter les programmes, notamment ceux de l'enseignement technique post-secondaire et de la formation professionnelle. La participation du secteur priv, y compris les entreprises trangres, est un lment essentiel dans cet effort. Il sera galement utile de promouvoir la formation technique et d'autres types de formation directement lie aux mesures visant soutenir la cration d'emplois dans les secteurs public et social, sans oublier le secteur informel. La numrisation de l'conomie devrait sacclrer. Le dveloppement des e-services pourrait crer des emplois pour les jeunes dots des comptences techniques requises. Par ailleurs, loffshoring et les industries de la cration offrent une perspective prometteuse en termes dopportunits demplois (voir chapitre 8). En outre, il est ncessaire de consentir dimportants efforts pour crer les infrastructures relatives aux domaines de la production et de l'ducation, notamment dans les zones appauvries du centre du pays o le chmage est endmique. Les avantages de ces investissements ne se feront sentir qu' long terme; par consquent, ils doivent tre bien calibrs. L 'engagement de la socit tunisienne sur la voie du dveloppement dpend largement de la capacit du nouveau gouvernement raliser les rformes ncessaires sans flchir devant les demandes court terme ou devant les prjugs idologiques conservateurs (ce qui peut crer un climat de peur ou de dfiance dans une socit qui avait t, bien des gards, la plus ouverte du monde arabe, notamment en ce qui concerne le statut de la femme). A cet effet, les organisations internationales, en particulier les organismes et les bailleurs de fonds 308 multilatraux, ont un rle crucial jouer pour soutenir ce processus de changement et appuyer les actions engags pour promouvoir l'conomie de la connaissance4. Pour rsumer, lon peut dire quun ajustement est ncessaire dans une socit tunisienne qui connat des changements significatifs, jusqu'ici bien matriss. Ainsi, il sagira de faire en sorte que les actions lies l'conomie de la connaissance reoivent l'attention ncessaire pour rpondre aux demandes de plus en plus pressantes d'une population jeune et frustre qui attend un changement rapide, avec un nouveau gouvernement ne disposant que d'une exprience limite et un service public fond jusquici sur une administration centralise. Force donc est de rappeler que dans le cadre de lconomie de la connaissance, il est crucial de prendre des initiatives qui produisent des rsultats rapides et visibles. Les mdias peuvent soutenir ce changement en faisant connatre les russites ralises quelle quen soit lampleur. Pour ce faire, les mdias tunisiens devront apprendre assumer de nouveaux rles et apprendre de nouvelles pratiques tout en sortant de ltat de passivit qui les a longtemps caractriss sous le prcdent rgime (encadr A3.2). Encadr A3.2. Les mdias tunisiens en transition Le changement apport par la Rvolution du Jasmin a cr une situation nouvelle pour les medias qui jouissent dsormais dune libert d'expression absente depuis des dcennies. Mais faire usage de cette libert n'a t ni simple ni facile. Le systme de contrle des mdias impos par le rgime de Ben Ali a transform les journalistes du pays en simples communicateurs de la politique gouvernementale. Depuis la rvolution, les Tunisiens ont assist la floraison de nouveaux mdias oprant en tant que plateforme favorisant l'expression personnelle et politique ainsi que le journalisme d'investigation. Par ailleurs, les journaux et les chanes de tlvision de radiodiffusion ont cherch de nouvelles formes d'information. Pour sa part, le gouvernement a mis en place lInstance nationale pour la rforme de l'information et de la communication (INRIC). Cependant, lon constate que les manuvres politiques et idologiques ont affect le processus de transition. Les grands mdias tunisiens sont maintenant engags dans une lutte politique qui met aux prises le nouveau gouvernement, dirig par les islamistes modrs, et l'opposition laque. L'opportunit qui se prsente devant les journalistes locaux pour devenir plus professionnels peut tre nouveau sacrifie sur lautel de lidologie, d'autant plus que les conditions de travail des journalistes laissent encore dsirer. De fait, le processus de libralisation a t retard par des actions de rpression et d'intimidation, voire par des peines de prison. Ces actions continuent d'affecter les journalistes, en particulier quand ils abordent des sujets sensibles tels que la religion et le statut de la femme. Les journalistes et leurs rdacteurs en chef doivent encore prendre garde aux limites de la libert d'expression. La situation ne sera probablement pas rgle rapidement, mais il s'agit l d'une mise l'preuve de la maturit de la dmocratie tunisienne. Source: El-Issawi 2012. Jordanie 4 Pour le soutien apport par la Banque mondiale, y compris le soutien apport par d'autres donateurs, voir Banque mondiale (2012c). 309 La Jordanie a fait ses premiers pas vers l'conomie de la connaissance il ya prs d'une dcennie5. Un programme national tabli en 2004 dans ce sens sarticule en trois tapes: (i) la priode (2004-2009) correspond aux actions engager en matire d'ducation, de climat des affaires et d'autres domaines, (ii) la priode (2009- 2015) est ddie au dveloppement d'une base industrielle comptitive; et (iii) aprs 2015: cette phase correspond au dcollage de lconomie de la connaissance. Nanmoins, divers facteurs ont interfr avec la ralisation de ces plans, notamment l'environnement gopolitique difficile du pays. L'instabilit relative du gouvernement est une autre source de difficult. La Jordanie a connu de frquents remaniements ministriels qui ont touch jusquau Premier ministre, dans un contexte marqu par la revendication dune dmocratisation plus rapide et dune plus grande participation populaire. En outre, le paysage institutionnel prsente une accumulation d'organismes et de ministres qui se chevauchent et dont certains peuvent tre assimils des fiefs qui font un double-emploi et entravent les rformes. Dans ce contexte, l'environnement des affaires prsente des inconvnients de taille comme les impts levs, une application slective de la loi, des mesures rglementaires inefficaces et bien dautres inconvnients. Cela a affect les investissements directs trangers (IDE) qui restent modestes (par rapport aux investissements locaux) et ne constituent quun faible pourcentage du PIB. Une loi visant attirer les investissements trangers (en prparation depuis plusieurs annes) est toujours en attente dapplication. Par ailleurs, la crise conomique mondiale a immanquablement fait ralentir l'conomie du pays. Sur le plan de l'ducation, la Jordanie bnficie d'un taux d'alphabtisation lev (plus de 85% de la population sont alphabtiss). Mais, comme dans d'autres pays arabes, le systme ne parvient pas doter les tudiants des comptences demandes sur le march, y compris les comptences non techniques comme la capacit rsoudre les problmes, le travail d'quipe et le leadership. Aussi, le gouvernement a-t-il mis en place de vastes rformes pour renforcer les comptences requises par l'conomie de la connaissance. La rforme de l'ducation pour la ralisation du projet de lconomie de la connaissance (voir chapitre 5) a t lance il y a prs de 10 ans aux niveaux primaire et secondaire pour prparer les tudiants ce genre dconomie. Ce projet a t accompagn dun plan long terme voqu ci-dessus. Ce projet et les rformes y affrentes devraient bientt commencer porter leurs fruits, si bien que les comptences jordaniennes seront plus adaptes aux besoins de l'conomie productive. Compar d'autres pays de la rgion, une frange non ngligeable de la population active en Jordanie travaille en sciences et technologie (S et T). L'infrastructure de Recherche et Dveloppement (R et D) du pays est solide et sa production scientifique relativement lev. Mais les capacits de la Jordanie en S et T ne sont pas vritablement adaptes aux besoins de l'conomie et de la socit. Cela est d'autant plus regrettable que le pays dispose d'une classe d'entrepreneurs dots dun excellent potentiel d'innovation. La perptuation des structures traditionnelles des S et T et des approches stratgiques y affrentes, la confusion entre politique d'innovation et politique S et T, et la rduction de l'innovation au profit de l'application de la recherche sont autant dlments qui font partie du problme. Exploiter le potentiel d'innovation peut donner un srieux coup de pouce au dveloppement. Afin de crer un systme d'innovation plus dynamique et commencer changer l'tat d'esprit des dcideurs en Jordanie, une rcente mission de la Banque mondiale a 5 Cette section s'appuie galement sur les donnes de la Banque mondiale (2012a). 310 propos une srie de mesures, commencer par mettre en place, linstar de la Finlande, une instance interministrielle charge de l'innovation. En consquence, un Conseil national pour l'innovation et la comptitivit a t tabli comme premire tape, accompagne de campagnes visant mobiliser les communauts concernes, notamment les jeunes. Cette initiative a t galement assortie daudits sectoriels pour dnicher des opportunits novatrices et prometteuses qui pourraient tre gnralises. Certains secteurs prsentent galement des perspectives intressantes pour les industries de la cration. Les emplois bass sur les TIC tels que le Business Process Outsourcing (BPO) (Externalisation des processus dentreprise) et les centres d'appels, domaines dans lesquels la Jordanie a un avantage comparatif en raison de lusage rpandu de l'anglais ainsi que ses liens aussi bien avec les Amricains quavec d'autres investisseurs trangers. Par ailleurs, le tourisme de sant reprsente un autre secteur prometteur dans lequel la Jordanie a dj beaucoup investi: Le royaume hachmite jouit maintenant d'une infrastructure hospitalire solide. Cependant, il est ncessaire de rehausser les comptences des infirmires et des professionnels mdicaux intermdiaires, ce qui pourrait aider pourvoir plusieurs milliers d'emplois dans ce secteur. Enfin, le secteur de l'eau ncessite des efforts techniques et industriels intenses, assortis darrangements institutionnels appropris, eu gard l'importance vitale de l'eau pour le pays. Egypte LEgypte connat de srieux problmes en pleine transition politique. Elle est le thtre de tensions entre diffrents groupes et partis qui ont des vues trs divergentes sur la voie de dveloppement suivre. Or, la capacit du gouvernement engager les rformes qui simposent sont limites. Au dbut de la dernire dcennie, l'Egypte a connu une croissance relativement leve grce lamlioration du climat des affaires. Lensemble des rformes mises en uvre cet gard lui ont valu, la fin des annes 2000, une place parmi les meilleurs rformateurs dans les rapports de la Banque mondiale (Doing Business). Ces rformes ont permis d'attirer des vagues dinvestissements directs trangers (IDE), en particulier dans le secteur des TIC. Mais les avantages de cette tendance positive ont t, pour la plupart, rcuprs par le rgime Moubarak, allumant ainsi ltincelle qui a dclench l'insurrection de 2011, peu de temps aprs la Rvolution du Jasmin en Tunisie. L'instabilit politique, la bureaucratie, la corruption, la rglementation restrictive du travail et le manque de comptences constituent des obstacles majeurs au dveloppement du pays et, en particulier, l'exploitation de la connaissance et de l'innovation. Cependant, un certain dynamisme subsiste a et l dans le secteur industriel (le secteur des tlcommunications, par exemple), dans les universits (sous forme d'quipes entrepreneuriales) et mme au sein du gouvernement o divers organismes ont pu concevoir des programmes d'innovation efficaces. S'appuyer sur ce dynamisme est de nature favoriser des rformes et des programmes plus larges qui, une fois mis en place, pourraient tirer parti du systme scientifique et technologique du pays. A cet gard, lEgypte dispose d'atouts et de capacits en matire de Recherche et Dveloppement et dune pliade de scientifiques et de chercheurs qui pourrait tre mise contribution dans des projets forte valeur ajoute. En s'appuyant sur des programmes et des politiques qui ont dj dmontr leur efficacit et leur utilit, un certain nombre de mesures pourraient dores et dj tre mises en uvre. Certes, la plupart de ces mesures n'aurait pas un effet immdiat en termes de nouvelles activits et d'emplois, mais cela montrera, au moins, qu'une communaut importante 311 d'innovateurs, duniversitaires, de scientifiques et dentrepreneurs, soutenus par des cadres comptents, est pleinement et srieusement engage pour dvelopper le pays. Ces mesures peuvent se dcliner comme suit : (i) la conception d'un plan cibl et intgr relatif l'innovation, aux sciences et la technologie, (ii) un programme visant rationaliser le secteur de la recherche dans le domaine public, lequel est encombr de laboratoires et dquipes de recherche sous-financs, (iii) un recentrage des bureaux de transfert de technologie (actuellement entirement consacrs aux technologies trangres) en sappuyant sur les capacits et les atouts nationaux, (iv) tablir des liens plus troits entre les universits, l'conomie et la socit travers des mesures incitatives lattention des enseignants et des chercheurs, (v) des programmes d'innovation et de gestion axs sur les tudiants; ( vi) des mesures encourageant les diplms effectuer des travaux sur les besoins locaux et rgionaux; (vii) l'adaptation des coles techniques et professionnelles afin de mieux rpondre aux exigences des employeurs, et (viii) le dveloppement d'une culture de l'valuation au sein des ministres responsables de l'innovation , de la recherche et de lenseignement6. Plusieurs secteurs peuvent tre renforcs pour le bien de l'conomie en gnral travers certaines mesures bien cibles touchant lexternalisation des processus dentreprise (BPO), l'externalisation de la technologie de l'information, les dlocalisations et lindustrie alimentaire. Par ailleurs, pour apaiser les tensions et renforcer la cohsion sociale, il faut lutter contre les ingalits relatives l'accs l'enseignement suprieur travers lharmonisation des conditions dentre aux universits publiques et prives. Enfin, les mdias devraient tre invits mettre en valeur les success stories en vue de changer les mentalits et lancer une dynamique positive qui vise le changement et le renouveau. Liban Le gouvernement libanais a actuellement une capacit daction trs limite. Mais le Liban bnficie d'un climat relativement propice l'innovation aussi bien sur le plan institutionnel que technologique. Un nombre relativement important d'agents de changement actifs dans divers secteurs de la socit et de l'conomie au Liban sont capables de transformer les ides en entreprises comptitives, technoples efficaces et organismes bass sur le capital-risque. Les autorits locales et les administrations municipales jouent aussi un rle trs actif dans un contexte o le pouvoir central ne dispose pas dune vritable marge de manuvre. Le pays bnficie galement dune importante diaspora. Dans une telle conjoncture, la meilleure politique adopter consiste faciliter les initiatives prises par la socit civile en s'assurant qu'elles se droulent dans des conditions de transparence et que les cas de russite sont largement mdiatiss. En prenant ces mesures, le gouvernement devrait contribuer, avec les acteurs du changement au Liban, ltablissement dun climat de confiance et de confiance en soi, prparant ainsi le terrain pour des rformes nouvelles et plus profondes. Dans ce contexte, la Banque mondiale a lanc un projet visant soutenir la mise disposition de 30 millions de dollars en capital-risque et des fonds de dmarrage par kafalat (voir chapitre 6, Banque mondiale 2012b). Cet effort devrait contribuer renforcer le dynamisme innovateur et entrepreneurial de l'conomie libanaise. Algrie 6 Ces mesures et ces analyses dappui sont labores par Dubarle (2012) dans une note interne, prpare pour la Banque europenne d'Investissement, sur les obstacles la collaboration entre le monde universitaire et le monde des entreprises. 312 LAlgrie prsente la fois les caractristiques des pays riches en ptrole et des pays sud-mditerranens. Si ce pays nest pas insensible aux tendances pro-dmocratiques de la rgion, il est, en revanche, pris au pige des ressources dont il dispose. Sa richesse en ptrole et en gaz naturel permet de maintenir le statu quo et cre un tat d'inertie plusieurs niveaux. De fait, l'Algrie a d'normes possibilits qui lui permettraient de diversifier son conomie en dehors du ptrole et du gaz. A cet gard, lindustrie agroalimentaire et lindustrie des produits chimiques et pharmaceutiques prsentent des ouvertures non ngligeables. Le tourisme offre galement des possibilits intressantes pourvu que la scurit soit assure. Quant au secteur du btiment et de la construction, il pourrait ouvrir des marchs normes pour l'innovation et l'emploi (pas uniquement les emplois peu qualifis) grce aux marchs publics. Les investissements et les initiatives lances depuis la mi-2000 incluent la mise en place d'une agence de l'innovation (ANDRAVET), la construction de parcs technologiques (comme celui de Sidi Abdallah), et diverses rformes et projets lis au secteur des TIC. Toutefois, l'impact de ces mesures sur la cration d'emplois demeure modeste. La question sous-jacente serait de savoir si la socit algrienne est en mesure de s'engager dans une action collective efficace. Certains efforts ont t dploys par le Conseil national conomique et social, avec l'appui de la Banque mondiale, afin damorcer un dialogue collectif sur le modle de l'conomie de la connaissance, avec une srie de runions publiques de hauts fonctionnaires et de dcideurs influents7. Mais le suivi de ces consultations est pour le moins irrgulier. Tenant compte de la situation de l'Algrie actuelle, la meilleure stratgie est peut-tre de se contenter d'avances progressives bases essentiellement sur la transformation, en mettant laccent sur des projets de dmonstration qui bnficieront de campagnes mdiatiques bien menes. L'existence d'une socit civile dynamique qui dsire le changement devrait aussi aider atteindre lobjectif escompt. Par ailleurs, l'engagement de la socit civile en faveur d'une plus grande connaissance et de plus d'innovation s'est manifest dans la remarquable initiative dcrite dans l'encadr A3.3. Encadr A3.3. L'Initiative Nabni 2012: 100 mesures pour une Algrie nouvelle Nabni est un espace de rflexion participatif tabli sur le Web. Cr en avril 2011, il est destin prparer un plan d'action pour une nouvelle Algrie. Ce plan a t publi le 5 juillet 2012, loccasion du 50me anniversaire de lindpendance de lAlgrie. Nabni est aliment par les ides de dizaines de membres de la socit civile algrienne, y compris ceux de la diaspora. Ceux-ci ont propos 100 mesures ralisables court terme, visant amliorer la vie quotidienne des citoyens, rtablir la confiance et prparer l'avenir. Ces mesures couvrent un large ventail de thmes: l'accs aux services publics, le dveloppement sanitaire et social, lamlioration des conditions de vie des tudiants et des jeunes, le dveloppement des entreprises et de l'emploi, l'accs au financement, l'accs au logement, l'amnagement du territoire, le dveloppement de lenseignement et de la recherche, les infrastructures, la gouvernance et la rforme. Plus de la moiti des mesures proposes concernent directement les piliers de l'conomie de la connaissance puisquelles visent : simplifier le processus de dmarrage d'une entreprise en rduisant les obstacles bureaucratiques ; offrir des bourses aux tudiants pour faciliter la mobilit et les stages ; rcompenser l'excellence dans le domaine de la recherche; octroyer quatre licences mobiles 3G ; tablir le libre accs l'information gouvernementale, etc. Une brve fiche d'informations est disponible pour chacune des 100 mesures proposes, y compris la justification de la mesure, des dtails sur les points cls et l'identification des institutions gouvernementales les mieux places pour mettre en uvre ces mesures. 7 Ces runions ont eu lieu Alger en 2006 et 2008, avec le soutien du Programme (K4D) ddi la connaissance pour le dveloppement, Institut de la Banque mondiale. 313 Source: Nabni 2012.org. Pays riches en ressources: les pays du Conseil de Coopration du Golfe (CCG)8 Les pays du CCG ont, depuis un certain temps, pris conscience de la ncessit de diversifier leurs conomies et de se lancer dans un nouveau modle de dveloppement inspir par l'conomie de la connaissance. Duba et Qatar sont jusqu'ici ceux qui ont fait le plus pour mettre en pratique cette prise de conscience, avec un certain succs. Par ailleurs, le ralentissement conomique mondial et le Printemps Arabe ont stimul la volont d'agir dans la plupart des pays du Golfe. La complaisance qui a caractris tant de pays riches en ressources naturelles doit cder la place des rformes capables d'liminer les principaux obstacles une croissance soutenue, indpendamment des marchs ptroliers. Tous les pays du CCG fonctionnent selon un processus de gouvernance fortement centralis au sommet et leurs rgimes ont conserv un caractre autoritaire marqu. Ils ont t en mesure de surmonter le Printemps Arabe grce leurs vastes ressources qu'ils ont distribues leurs peuples travers des transferts de toutes sortes. Mais plusieurs pays du Golfe sont confronts au problme de la succession des dirigeants, avec toutes les incertitudes politiques qui en dcoulent. Ils sont galement confronts des dfis sociaux lis leurs traditions conservatrices, notamment en ce qui concerne le statut de la femme. La meilleure faon de rduire la dpendance au ptrole et au gaz est une proccupation commune tous les pays du CCG. Leur modle alternatif tend brler les tapes, en utilisant les revenus du ptrole et du gaz pour sauter les premiers stades de dveloppement par lesquels sont passs les puissances industrielles mondiales et devenir des leaders mondiaux dans des secteurs tertiaires tels la finance, les mdias et le tourisme. Devant des comptences locales limites en termes dentrepreneuriat et de gestion, certains pays, notamment le Qatar et l'Arabie Saoudite, ont tent de relancer leurs efforts de diversification en attirant les entreprises et les multinationales trangres par des incitations fortement avantageuses et des infrastructures de premier ordre en matire de tlcommunications, de logements et de transport. Ces pays ont galement fait d'normes investissements dans les universits et les centres de recherche et apport d'importantes amliorations leur climat des affaires9. Dans les pays du Golfe, qui sont principalement dsertiques, les villes sont au cur de la croissance et de la diversification. La plupart de ces pays ont donc investi massivement dans le dveloppement urbain. Ils doivent maintenant laborer des stratgies cratives qui leur permettront de tirer le meilleur parti de leurs investissements en dveloppant un climat dynamique pour l'innovation. Cela les rendra plus comptitifs dans des secteurs sensibles comme la finance, les mdias et l'ducation. Mais malgr les rformes substantielles et les excellentes installations destines attirer les entreprises mondiales, le climat des affaires laisse encore dsirer (tableau A3.2). A cet gard, les principaux problmes sont les obstacles bureaucratiques, les rigidits du march du travail et une main-d'uvre locale insuffisamment forme. Les systmes d'ducation continuent de prsenter de graves lacunes dans leur capacit transmettre des 8 Cette section a pour rfrence Andersson et Djeflat (2013). 9 Pour une analyse profonde de l'approche applique par les pays du Golfe en matire d'conomie de la connaissance, ainsi que les questions et les perspectives connexes, voir Ewers et Malecki (2010). 314 comptences de base, notamment en matire de formation technique et professionnelle. Et mme si les universits des pays du CCG sont jumeles avec les meilleures universits trangres, elles doivent encore renforcer leurs capacits en matire de Recherche et Dveloppement. En outre, certains pays (en particulier l'Arabie Saoudite) prsentent de graves insuffisances lies lexcution des contrats et la faiblesse du systme judiciaire. Tableau A3.2. Les obstacles qui entravent les affaires dans les pays du Golfe (fin des annes 2000) Obstacles Premier Deuxime Troisime Bahren Ethique professionnelle faible Rglementation de travail restrictive Main duvre inadquatement forme Kowet Bureaucratie gouvernementale inefficace Main duvre inadquatement forme Instabilit politique Qatar Inflation Rglementation de travail restrictive Offre de travail insuffisante Oman Rglementation de travail restrictive Accs au financement Main duvre inadquatement forme Arabie Saoudite Bureaucratie gouvernementale inefficace Main duvre inadquatement forme Rglementation de travail restrictive Emirats Arabes Unis Inflation Main duvre inadquatement forme Rglementation de travail restrictive Source: Ewers et Malecki (2010), base sur les enqutes Doing Business de la Banque mondiale. Le modle de diversification des Etats du Golfe, initi par lEmirat de Duba, est base sur des partenariats avec des firmes trangres, des tablissements universitaires et d'autres entits visant crer des poches d'innovation mondiale dans des secteurs mergents, et ce grce une politique agressive d'incitations et au dveloppement des infrastructures. Cette dmarche a plus ou moins port ses fruits. Cependant, en se rapprochant de la frontire de certains secteurs concurrentiels, comme ce qua fait Duba avec le secteur de la finance, on constate que le succs nest pas au rendez-vous. Car la spculation a tendance infecter et miner la croissance rapide de l'immobilier qui est inhrente au modle suivi. La construction dtablissements denseignement et de centres de recherche de classe mondiale (Duba, Abu Dhabi et Qatar) est un travail de longue haleine qui exige des efforts soutenus et des investissements long terme. Lune des principales questions qui se posent ce sujet concerne la capacit du pays grer les rformes, quand on sait que la responsabilit de gestion incombe principalement aux expatris, comme indiqu ci-dessus. Les pays du CCG sont galement confronts la difficult de trouver un juste quilibre entre nationaux et expatris dans la gestion de leur conomie. Certains, notamment le Qatar, les mirats Arabes Unis et l'Arabie Saoudite ont choisi d'employer un grand nombre d'expatris de haut niveau pour grer leurs entreprises (y compris les entreprises publiques) et les organismes gouvernementaux responsables du dveloppement conomique, ne laissant aux nationaux que les dcisions stratgiques et politiques. Certes, cette politique a eu pour avantage de faciliter un dcollage rapide de nouveaux secteurs et activits stratgiques, mais 315 elle a aussi soulev des questions sur les capacits long terme de ces pays grer et diriger leur processus de dveloppement, ce qui exige une gestion efficace des relations avec les firmes internationales qui sont essentielles la viabilit de leur modle conomique. En outre, trop compter sur les comptences trangres (en particulier un haut niveau de dcision) diminue les possibilits d'emploi pour les nationaux, notamment les titulaires de diplmes d'tudes postsecondaires, lesquels diplmes sont maintenant octroys en grand nombre par les plus grandes universits de la rgion. Le Qatar et l'Arabie Saoudite comptent parmi les pays qui, au cours des dernires annes, ont adopt des politiques visant augmenter le nombre dexpatris dans leurs processus de recrutement, une tendance qui concerne les personnes trs bien formes et celles ayant des comptences intermdiaires. D'autres pays, notamment Oman et Bahren, ont t plus enclins compter sur les comptences locales, ce qui aurait peut-tre retard leur dcollage mais qui les rendrait plus rsistants et plus viables long terme. Mais ne compter que sur les comptences domestiques peut aussi crer des difficults. Les nationaux reoivent des salaires qui sont beaucoup plus levs que ceux verss aux expatris de qualification similaire pour un travail similaire. Ces diffrences de salaire sont imposes aux entreprises prives, nationales et trangres, qui doivent satisfaire des quotas pour le recrutement de la main duvre locale. Ces pratiques affectent srieusement les marchs du travail. La question de la formation de gestionnaires et de dcideurs locaux comptents ne sera rsolue, entre autres, que par des mesures dlibres destines dvelopper le savoir-faire aussi bien du secteur public que priv travers des programmes de formation avance et la mise en place dcoles ddies l'administration et la gestion publique. Le chapitre se poursuit avec un examen plus approfondi de la situation en Arabie Saoudite, compte tenu de son importance dans la rgion, de la taille de son conomie et de son taux de chmage lev. Quelques commentaires supplmentaires seront ensuite proposs sur Oman, qui prsente des caractristiques politiques et sociales intressantes. Par ailleurs, on examinera la situation des tats fragiles de la rgion, lesquels pourraient galement bnficier du dveloppement fonde sur l'innovation. Arabie Saoudite L'Arabie Saoudite fait face des dfis considrables pour maintenir son statut de puissance rgionale tout en prservant sa stabilit intrieure et en fournissant des emplois un grand nombre de jeunes instruits. Sa stratgie de dveloppement globale, mene au cours de la dernire dcennie, suivait en grande partie une approche fonde sur lconomie de la connaissance. Les principales composantes de cette approche sont les suivantes: La poursuite du dveloppement de la Cit du Roi Abdulaziz pour les Sciences et la Technologie (cr dans les annes 1980), qui a dvelopp des centres et des programmes de recherche dans de nombreux domaines (l'eau, le ptrole et le gaz, la ptrochimie, la biotechnologie, le gnie gntique, l'aviation, l'espace et la nanotechnologie) ; Un programme massif de villes nouvelles (chapitre 6) et la cration de parcs technologiques et de zones industrielles (notamment un parc TIC Riyad) ; La construction duniversits de sciences et de technologie de premier ordre (Universit Roi Abdullah des Sciences et de la Technologie) ; 316 Llaboration de programmes denseignement spcifiquement ddis aux jeunes talents (Fondation pour la promotion des talents et de la crativit) ; Le dveloppement de nombreuses bibliothques, de sites Web, de bases de donnes, et l'Initiative du Roi Abdallah pour la promotion des contenus en langue arabe ; La mise en place de Yesser, un programme de transaction lectronique dans le cadre du e-gouvernement (chapitre 7). Ces initiatives se sont ajoutes une srie de rformes visant amliorer l'environnement des affaires et adopter une politique agressive pour attirer des investisseurs trangers, gre par SAGIA, organisme puissant qui est galement responsable de la construction des villes nouvelles. En outre, d'importantes mesures ont t prises pour promouvoir l'ducation des filles en leur offrant des chances gales celles des garons. C'est l un passage clair vers un nouveau contrat social et un signe positif qui dnote la modernisation de l'conomie et de la socit saoudienne. La rigidit du march du travail et le fort penchant des jeunes saoudiens pour des emplois stables dans le secteur public affectent le dveloppement et le fonctionnement de l'conomie de lArabie Saoudite, et en particulier sa disposition intgrer l'conomie de la connaissance. Le secteur public connat une mauvaise rpartition des ressources humaines. De plus, le manque de motivation chez les employs du secteur public sape l'efficacit de l'administration. Les fonctionnaires ne bnficient pas de mesures incitatives qui les encourageraient mener bien les plans du gouvernement, y compris ceux lis la connaissance et l'innovation, lesquels exigent entranement et crativit. Do la ncessit de prendre des mesures visant fournir les motivations ncessaires. A cet effet, lintroduction d'un systme national de scurit sociale peut constituer une tape importante dans ce sens, car elle permettrait dattnuer l'urgence lie la recherche de la scurit et mettre ainsi fin la prdominance du secteur public sur le secteur priv. Compte tenu de la porte de ses plans et des dfis quil doit relever, le Royaume dArabie Saoudite devrait s'assurer que son agenda dans les domaines de la connaissance et de l'innovation prvoie une politique denseignement forte, la formation technique et professionnelle (EFTP) et une politique active dans le domaine de l'innovation. Ainsi, la politique de l'EFTP requiert un ensemble d'actions complmentaires : (i) un service d'orientation professionnelle amlior pour encourager les diplms des coles secondaires intgrer le systme d'EFTP pour en faire des techniciens qualifis, voire hautement qualifis (ii) un programme d'apprentissage ou d'autres formules de formation qui lient lemploi la formation , (iii) le dveloppement de programmes de formation modulaires bass sur les comptences, et (iv) l'octroi d'une autonomie substantielle aux centres d'EFTP afin qu'ils puissent rpondre rapidement l'volution de loffre et de la demande. La politique d'innovation du pays devrait tre multifonctionnelle, en ce sens que toutes les sources d'innovation dtailles dans le tableau 10.3 soient explores et poursuivies. Jusqu' prsent, aucune de ces pistes na t systmatiquement explore10. A cet effet, des plans dtaills devraient exploiter les possibilits offertes par chacune de ces pistes. 10 Le chemin de la recherche est possible travers la cration dun certain nombre dorganismes de recherche et de centres d'excellence. Ceux-ci semblent porter leurs fruits puisque le royaume occupe une place de choix parmi les pays arabes en termes de publications scientifiques et de brevets. Entre 1996 et 2006, le nombre d'articles scientifiques publis par ou avec la participation de chercheurs rsidant en Arabie Saoudite a t de 26.854, 317 Tableau A3.3. Quatre pistes pour l'innovation en Arabie Saoudite Lincubation Lacquisition Procder l'incubation des entreprises potentielles et construire des prototypes innovants qui pourraient devenir des produits succs sur les marchs internationaux. Cela ncessite un soutien l'entreprenariat grce des programmes nationaux de bourses d'tudes et de prix pour dvelopper la culture de l'innovation et l'esprit d'entreprise. L'acquisition d'entreprises travers des investissements, des partenariats bass sur le capital-risque, des fusions et acquisitions. Cela ncessite lintgration des chanes de valeur mondiales, travers l'investissement tranger direct, le but tant d'encourager la recherche et le dveloppement axs sur l'application et de stimuler la mise niveau des comptences techniques. L'amlioration progressive La recherche Amliorer les produits existants par lintgration de nouvelles fonctionnalits et de services valeur ajoute. Cela ncessite des mcanismes de soutien multi-industries pour aider les industriels saoudiens effectuer des innovations mineures qui peuvent gnrer des rendements majeurs. Promouvoir la recherche et l'innovation en Arabie Saoudite grce un financement rgional et national et travers les efforts du secteur priv. Des partenariats public-priv bien finances sont ncessaires pour stimuler la recherche collaborative entre les entreprises saoudiennes (et trangres) et des centres de recherche, en mettant l'accent sur la phase d'amorage. Source: Adapt de Chebbo (2008). Oman Le cas d'Oman, une socit trs ouverte, illustre un certain nombre de dfis auxquelles sont confronts les pays qui sont progressivement passs vers un modle fond sur l'conomie de la connaissance11. Oman a connu une croissance conomique leve sur une longue priode, avec un PIB qui a avanc de 5,5% en 2011, soit une stabilit au niveau macroconomique avec une faible inflation (3,7% en 2011) et un excdent commercial important (33% du PIB). En outre, le pays pratique une rpartition relativement gale des richesses, jouit dune socit stable, ne connat pas de grands conflits ethniques ou religieux et ne prsente quun faible taux de criminalit. Le Printemps Arabe n'a pas contourn Oman. Les autorits omanaises ont promptement ragi aux manifestations qui ont eu lieu dans le pays, en prenant une srie de mesures fortes qui ont rvl un esprit d'ouverture et de dialogue face des revendications sociales et politiques. Un remaniement gouvernemental a eu lieu cet effet12. Pour une viabilit long terme, Oman devrait tirer parti des vritables atouts de son modle de dveloppement. Et bien occupant ainsi la deuxime place lchelle du monde arabe et la 48e au niveau mondial. 11 Cette section se fonde sur Andersson (2012). 12 Ces agitations furent de courte dure, certes, mais leurs rpercussions ne ltaient pas. Dans les semaines et les mois qui ont suivi les manifestations, le Sultanat a connu des changements spectaculaires un rythme rarement vu depuis que le Sultan Qaboos bin Said ait uni le pays il y a 40 ans. Le sultan a remani son gouvernement, en remplaant plus de la moiti de ses ministres dans un intervalle de temps assez court. Il a, entre autres, ferm le ministre puissant mais impopulaire de l'conomie nationale, a cr 50.000 nouveaux emplois dans le secteur public, appel un nouveau financement pour l'ducation et augment le salaire minimum et les allocations de chmage. En matire de gouvernance, il a institu un systme par lequel les citoyens peuvent dposer des plaintes et promis de tenir compte de leurs dolances. 318 que le Sultanat dOman ait beaucoup moins de ptrole et de gaz que les Emirats Arabes Unis ou le Qatar et bien quil prsente un niveau de revenu beaucoup moins lev, il serait juste de dire que le pays offre maintenant un modle politique unique dans le monde arabe qui pourrait servir comme source d'inspiration pour d'autres pays en dehors du Golfe, la fois pour ses caractristiques uniques et pour les rsultats qu'il a produits. Dans sa politique dducation, ses communications publiques et sa politique trangre, le rgime a toujours insist sur les valeurs partages, la tolrance, l'ouverture et le dveloppement durable. La structure traditionnelle prvaut toujours dans le pays. Le peuple omanais est le dpositaire dun hritage historique unique. Oman est le seul pays arabe qui a une prsence historique tant en Asie quen Afrique. Une politique favorable l'emploi, l'accs la proprit foncire, des biens de consommation abordables et des services ducatifs et de sant gnraliss sont autant dlments qui offrent de bonnes conditions de vie. Un conseil de recherche a t cr en vertu d'une politique visant promouvoir la recherche et l'innovation. Mais, en dpit de toutes ses vertus, le modle omanais doit faire face des difficults de taille. Certains de ces dfis sont dus au fait que le pays a rejoint le monde moderne il y a peine 40 ans et que la base de ses ressources humaines nest pas encore suffisamment solide. D'autres problmes dcoulent des mesures d'incitation en vigueur et de la faon dont les institutions fonctionnent. On peut rsumer la situation travers les constats suivants : Le pouvoir reste centralis. Alors que le sultan reprsente une force respecte et fdratrice, les partis politiques sont absents et le nouveau rle lgislatif de l'Assemble consultative n'est pas encore clair. Les mcanismes de collaboration horizontale (par opposition aux hirarchies verticales) ne sont pas dvelopps. L'absence d'un Premier ministre plein temps signifie que les ministres de tutelle sont trop indpendants et ont tendance appliquer leurs propres agendas. Une culture favorisant des dcisions consensuelles et la peur de faire des erreurs nencouragent pas les fonctionnaires soccuper des questions transversales pertinentes. Des emplois ont t crs au dtriment de la productivit et de la comptitivit. Fonctionnant en partie selon un systme de quotas, la politique d omanisation favorise, certes, lemploi des locaux mais aggrave la pnurie en comptences et diminue la productivit. Le bilan environnemental d'Oman est pauvre. Dans ce pays, l'empreinte carbone est parmi les plus importantes au monde. La subvention la consommation et lapplication dune politique hirarchique signifient que la consommation d'eau et d'nergie est trs inefficace. De plus, les activits agricoles dtruisent les eaux souterraines et contribuent l'rosion rapide des sols et la perte de la biodiversit. De surcrot, le nombre de voitures particulires a explos tandis que les transports publics font cruellement dfaut. 319 La socit omanaise manque dune culture de recherche et doit faire ses preuves en matire dexprimentation, de prise de risques, d'innovation et d'entreprenariat. Les universits manquent d'autonomie ; et malgr la cration de bourses de recherche ouvertes et le dveloppement d'une politique de recherche et d'innovation, les politiques gouvernementales sont caractrises par leur lourdeur bureaucratique et administrative et par leur microgestion. Le gouvernement est toujours considr comme un faiseur plutt quun facilitateur. Comme d'autres pays du Moyen-Orient, Oman a une population jeune, dont le tiers a moins de 16 ans. Les jeunes omanais sont de plus en plus instruits, mais ont du mal trouver les opportunits d'emploi qui les intressent. Devant le cot de la vie, la diminution des rserves de ptrole et la forte dominance du secteur public, Oman doit trouver le moyen de dvelopper de nouvelles industries, de nouveaux produits et de nouvelles entreprises. Les questions sociales et environnementales en suspens pourraient utilement tre considres comme des facteurs qui favorisent la recherche, le progrs technique, l'innovation et le dveloppement des entreprises. Les tats fragiles On terminera cet aperu par quelques mots sur les tats fragiles comme l'Irak, la Libye, la Syrie et le Ymen qui appartiennent tous la catgorie des pays riches en ressources. Des actions doivent tre calibres sans ngliger les poches de comptence qui existent dans ces pays, les avantages comparatifs (les ressources ptrolires, gazires et minires mais aussi l'agriculture en Irak et en Syrie), et les opportunits cres pendant le processus de reconstruction. A cet gard, il convient de formuler quelques recommandations ladresse de ces pays: Ne pas tre trop ambitieux, mais profiter des succs raliss pour rtablir la confiance chez les individus, travers la cration d'emplois et la fourniture des biens et des services de base en toute fiabilit ; Sappuyer sur des groupes spcifiques au sein des universits, des entreprises, des institutions gouvernementales et des communauts, qui soient trs motivs et bnficient de l'aide trangre, le but tant dassurer un minimum de continuit au cours des prochaines annes ; Faire bon usage des revenus du ptrole et du gaz en les plaant dans des fonds destins soutenir l'innovation et la cration d'entreprises ainsi que le dveloppement social et la satisfaction des besoins de base ; Tirer parti des processus de reconstruction pour promouvoir l'utilisation des nouvelles technologies et fournir aux travailleurs une formation technique approprie ; Renforcer les capacits du gouvernement aux niveaux central et local dans les domaines de la gestion budgtaire, la planification organisationnelle et les processus dmocratiques et participatifs ; Adopter la bonne gouvernance, la transparence et la lutte contre la corruption. Ces approches, et la multiplication des initiatives fructueuses qui les portent, favorisent 320 un climat de changement et de reconstruction, un climat d'auto-renforcement bas sur la confiance et la confiance en soi qui, comme une goutte de ptrole, peut stendre petit petit tout le pays. Conclusion De nombreux pays arabes font face des dfis similaires et plusieurs chemins souvrent devant eux pour relever ces dfis. Tous ces chemins passent par des rformes institutionnelles dcisives et par la diversification conomique. Cela dit, une distinction doit tre faite entre les pays riches en ressources naturelles et les pays qui en sont pauvres. Mais la richesse en ressources est une pe double tranchant. Certes, elle a permis certains pays de faire des investissements audacieux visant raliser des progrs spectaculaires dans les domaines conomique et industriel, mais elle retarde les rformes qui doivent tre faites et, par l mme, retarde leur transition vers un modle de dveloppement fond sur la connaissance et l'innovation. Il reste quen fonction des conditions initiales de ces pays (comme indiqu au dbut de ce chapitre), toutes sortes de trajectoires peuvent tre envisages. Les facteurs qui dterminent le choix de la trajectoire dpendent de plusieurs lments : la politique de changement conomique qui caractrise chaque pays ; le changement de mentalit qui est ncessaire pour surmonter le statu quo et adopter des visions et des stratgies cratives ; et la faon dont ces stratgies interagissent avec les autres forces en prsence et avec les changements politiques en cours. 321 Rfrences : Acemoglu, D., et J. Robinson. 2012. Why Nations Fail: The Origins of Power, Prosperity and Poverty. New York: Crown. Andersson, Thomas. 2012. Communication personnel avec l'auteur. Banque mondiale, Washington, DC. Andersson, Thomas, et Alexander Djeflat. 2013.The Real Issues of the Middle East and the Arab Spring: Addressing Research, Innovation and Entrepreneurship. Berlin: Springer. Chebbo, Maher. 2008. Corporate Innovation: The Engine for Economic Growth in a Knowledge Economy. Presentation at the First Annual Conference of the Arabian Knowledge Economy Association, Jeddah, Saudi Arabia, January 1213. CMI (Centre de Marseille pour l'intgration en Mditerrane). Prvu en 2013. Un nouveau modle de dveloppement pour le Maroc: Une feuille de route pour lconomie fonde sur la connaissance. Marseille. Djeflat, A. 2012.Moroccos Effort on the Knowledge Economy. Note d'information non publie, CMI, Marseille. January. Dubarle, Patrick. 2012. Obstacles to IndustryUniversity Collaboration in Egypt. 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KE_Full_report_cover_FR001_Table des matieres - Transforming Arab economies002_Arab KE French - 01 - Executive Summary avec mise en page003_Arab KE French - 02 - Introduction avec mise en page004_Arab KE French - 03 Chapitre 1 avec mise en page005_Arab KE French - 04 Chapitre 2 avec mise en page006_Arab KE French - 05 Chapitre 3 avec mise en page007_Arab KE French - 06 Chapitre 4 avec mise en page008_Arab KE French - 07 Chapitre 5 avec mise en page009_Arab KE French - 08 Chapitre 6 avec mise en page010_Arab KE French - 09 Chapitre 7 avec mise en page011_Arab KE French - 10-Chapter 8 avec mise en page012_Arab KE French - 11 Chapitre 9 avec mise en page013_Arab KE French - 12 - Un dernier mot avec mise en page014_French - 13 - Annexe 1015_French - 14 - Annexe 2016_Arab KE French - 15 - Annexe 3