Heidegger - Origine de l'Oeuvre d'Art - Martineau

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    06-Jul-2015

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MARTIN HEIDEGGER

DE LORIGINE DE LUVRE DART(1935)

DITION BILINGUE NUMRIQUE

MARTIN HEIDEGGER

DE LORIGINE DE LUVRE DART

CONFRENCE DE 1935

Texte allemand et traduction franaise par Emmanuel Martineau

DITION BILINGUE NUMRIQUE

AVANT-PROPOS DE LDITEUR A la mmoire de Martin FLINKER Voici la premire version , indite en allemand aussi bien quen franais, de LOrigine de luvre dart de Martin Heidegger. Je me rjouis de pouvoir porter ce document majeur la connaissance du public, et cest de tout mon cur que je remercie Marie-Josphe Mory-Costes, qui a jou dans la ralisation de cet ouvrage un rle aussi dcisif, cest tout dire, que dans celle de mon dition prive dtre et Temps. La prsente dition procde dune source unique mais digne de confiance : une dactylographie photocopie de la confrence, que Jean Beaufret, qui la tenait de Heidegger lui-mme, nous offrit un jour de 1972. lusage, le texte sen est rvl tout fait sr, ne souffrant que dun ou deux lapsus ex machina dj corrigs par la main de Beaufret. Son sous-titre : Confrence tenue la Socit des Sciences de lArt de Fribourg le 13 novembre 1935 permet de reconnatre en elle la premire version du premier des Ho1zwege de Heidegger, puisque les Remarques finales de cet ouvrage, publi Francfort en 1950 (nous abrgerons : Hw.), nomettaient pas den rappeler lexistence : La premire version, y lit-on (p. 344), forme le contenu dune confrence prononce le 13 novembre 1935 la Socit des Sciences de lArt de Fribourg-en-Brisgau, et, en janvier 1936, Zurich, linvitation des tudiants de lUniversit. Quant la version dfinitive , compose de trois confrences prononces au Freier Deutscher Hochstift de Francfort les 17 et 24 novembre et le 4 dcembre 1936 , elle est depuis longtemps connue du lecteur franais, qui peut la lire tant bien que mal dans Chemins qui ne mnent nulle part, traduit de lallemand par W. Brokmeier et dit (?) par F. Fdier, Gallimard, 1962, rdit ensuite dans la collection Ides en 1980. Une remarque prliminaire propos de cette traduction : si ldition de 1962 avait ses mrites, il est permis de rester perplexe devant celle de 1980, qui, vingt ans aprs, ne lui apporte aucune des amliorations relles que lon tait en droit dattendre, quand elle ne la dgrade pas un peu plus... Quoi quil en soit, la prsente traduction de la version de 1935 demeure tout fait indpendante de celle par Brokmeier et (?) Fdier, de la version de 1936. Sinon, elle ne nourrit elle-mme aucune autre ambition que daider le lecteur soutenir le premier choc dun texte allemand dont la grammaire est limpide autant que la dmarche, mais le vocabulaire redoutable en son dpouillement mme. cette simplicit, comment devions-nous faire face ? Croyant trouver la rponse dans un passage du texte mme, o Heidegger crit que la terre, en tant quelle prodigue sa rclusion, ne peut tre soutenue quen une autre duret , nous nous sommes astreint simplifier autant quil se pouvait notre vocabulaire franais, quitte sacrifier le plus souvent la rsonance des termes allemands. Mais il faut y consentir et nul 5

traducteur ou traductologue ny saurait rien changer : tandis que la langue allemande nomme, la langue franaise nonce ( noncer : un verbe qui na mme point de correspondant en allemand). Quelle nonce parfois avec profondeur, en cela rside notre unique chance de traduire honntement Martin Heidegger. Mais il ne nous semble pas quune telle profondeur se puisse atteindre en recherchant ces mots vocateurs dont le franais nest pas moins bien pourvu que lallemand. Si notre langue doit redevenir un jour une langue de pense, cest quelle sera redevenue ce quelle tait, est et sera toujours en son essence : cette trange langue qui nnonce point selon quelle voque, mais voque seulement selon quelle nonce. Le lecteur comprendra que, publiant pour la premire fois ce document, nous lui laissions la fois la peine et la joie den comparer le dtail avec celui de la version des Hw. Si tant est que le verbe comparer soit ici sa place... En effet, la tche qui lattend na gure de commune mesure avec ce que les philologues appellent le collationnement de deux tats dun texte ! Pourquoi cela ? Parce que, ainsi que suffit le rvler l observation la plus immdiate des diffrences qui les sparent nous esprons que la rfrence des textes parallles des Hw., ajoute par nous la fin de certains alinas de la traduction, la rendra plus aise , les deux versions de lOrigine sont moins deux versions, justement, ou deux tats dun seul et mme texte que... deux uvres parfaitement autonomes. Entre De lOrigine et LOrigine (puisquon aura not cette petite variation du titre), le rapport nest pas celui dun brouillon ou dun premier jet une mise au net , mais celui de deux figures dun questionnement qui, tant absolument vivant, est du mme coup absolument mobile. Ds lors, impossible de comparer, il faut confronter les deux uvres, et cela pour la bonne raison quelles se confrontent lune lautre. Elles se confrontent quest-ce dire ? Comment caractriser ce fait aussi dconcertant que manifeste ? Tche dautant plus ardue que, aux yeux de tout heideggrien si lon dsigne ainsi celui qui croit devoir (et pouvoir) penser dans les limites de la pense de Heidegger au lieu de tenter de discerner ces limites, cest--dire de comprendre , le contenu des deux confrences ne peut manquer dapparatre un et le mme. En plus de nombreux parallles parfois quasi identiques, les deux textes nont-ils pas en effet mme titre, mme but, mme objet et, pour tout dire, mme doctrine ? A quoi nous rpondons : oui, si le mot doctrine est pris dans son sens ordinaire et comme tel tranger au domaine de la pense densemble dnoncs transmissibles, rptables et fondamentalement dpourvus de sens phnomnologique (que lon frquente le Heideggers Philosophie der Knst, Francfort, 1980, du scholar allemand Friedrich-Wilhelm von Herrmann1, et lon assistera sur le vif pareille transformation des nonciations du Holzweg de 1936 en noncs de manuel) ; non, si doctrine dsigne ce qui est ici et l, en 1935 et en 1936, remis et confi la pense comme son enjeu, ou plutt ses enjeux au prsent. Or selon cette deuxime perspective, la confrontation dont nous parlons prsente des modalits si complexes et si inattendues que lon hsite bientt en risquer une1

En voyant M. von Herrmann observer au sujet de la version de 1935 le mme pieux silence que H.G. Gadamer dans son dition spare du Holzweg, aux ditions Reclam, en 1960, je ne rsiste pas la tentation de soumettre au lecteur la devinette suivante : est-ce parce quil ignorait la version de 1935 que notre scholar a rencontr si peu d' obstacles dans son entreprise dmasculation phnomnologique de celle de 1936, ou bien, l' inverse, est-ce pour avoir compris ou pressenti que lentreprise risquait effectivement de se heurter quelques obstacles si elle prenait en considration la version de 1935 quil sest sagement rsolu la blackouter ? 6

caractrisation unique et univoque, et que lon ressent au contraire le besoin de se mettre en qute, avant tout dcret sur la soi-disant philosophie de lart de Heidegger, de donnes prcises et concrtes. Non sans une part invitable darbitraire, nous en avons retenu trois, dont limportance nous parat hors de doute. On voudra bien nous excuser de nen point proposer, ni mme prparer linterprtation. dire le vrai, ce nest pas simplement le cadre troit de la prsente publication qui nous en a empch, mais aussi et surtout certain sentiment de surprise, pour ne pas dire deffroi que nous avouons ntre point encore parvenu dominer. Deffroi, disons-nous, non de simple inquitude. Car sil est normal de prendre peur devant un pril rel, comment ne pas entrer en effroi devant ces prils irrel qui peuvent menacer la pense en tant que telle ? Mais sans doute ne serons-nous plus tout fait seuls prouver ce sentiment si nous russissons au moins formuler provisoirement, cest--dire en termes ngatifs, les trois prils auxquels sexpose, et cela de manire peut-tre dfinitive, la pense heideggrienne lors du virage de lune lautre de nos deux versions de LOrigine de luvre dart : I. Au pril du non-lieu, tout dabord, et je songe ici au problme de la vrit. Dans la premire version, en effet, quest-ce que la vrit ? Ou plus prcisment : quel en est le lieu ? Rponse de Heidegger, qui utilise, sauf erreur, cinq fois cette expression : elle est elle a lieu comme l tre-ouvert du L (die Offenheit des Da). La vrit est un lieu. Et en 1936 ? Plus rien de tel, et mme plus rien. La vrit est une claircie (Lichtung), une place ouverte (offene Stelle), un milieu ouvert (offene Mitte). Mais o donc une telle claircie souvre-t-elle ? Nouvelle rponse : inmitten des Seienden im Ganzen (Hw. 41, 43), au beau milieu de ltant en son tout et voil tout. La vrit, dans les Holzwege, est devenue a-topique. Bien entendu, celui qui considre que le phnomne mme du lieu na pas lieu ne peut et ne doit point avoir lieu , rien ne saurait apparatre plus absurde, rien moins heideggrien que cette requte dun lieu de la vrit de lessence de la vrit. II. Au pril du non-objet, ensuite, et je songe ici au problme de luvre elle-mme. Quest-ce en effet quune uvre selon la premire version ? Rponse de Heidegger, mme sil nemploie videmment pas ce mot : un objet non certes un objet pour la reprsentation, ce que luvre nest que dans lhorizon de son exploitation organise , mais quelque chose qui aborde tout homme (jeden trifft), cest--dire le concerne. En ce sens, oui, luvre est un objet, ou, dit Heidegger lui-mme tautologiquement, luvre dart est une uvre dart , et rien dautre. Mais en 1936 ? Voici que, dans la version dfinitive de la confrence, cette dtermination fondamentale du concernement a totalement disparu, faisant place la plus trange, la plus tortueuse, et, rptons-le, la plus prilleuse des prdterminations : luvre serait une chose, mme si elle ne lest quen avant plan (vordergrndig ; Hw. 32, 34). L uvre, dans les Holzwege, est devenue an-objectale. Bien entendu, celui qui considre que le phnomne mme de lobjet n existe pas cest--dire que luvre ne peut ni ne doit concerner qui que ce soit, except ceux dont le pouvoir passe par le monopole dun tel concernement rien ne saurait apparatre plus absurde, rien moins heideggrien que cette requte de lobjectalit de luvre. Rien plus pervers que de refuser de rpter au XXme sicle ce stupfiant anachronisme : luvre est (encore) une chose, quitte ajouter mentalement quelle nest pas seulement telle, videmment . III. Au pril du non-temps, enfin, et je songe ici au problme de lhistoire. En 1935, en effet, quelle est lessence de luvre ? Rponse de Heidegger : laisser provenir (geschehen), cest--dire advenir historialement la vrit en la mettant-en-uvre. Et en 1936 ? Quoi ! Ne retrouve-t-on pas, dans les Holzwege, le mme enseignement, et sur tous les tons ? Voire, mais srement pas sur le ton o cette thse centrale avait t nonce un an auparavant !

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Ce ton, quon lcoute en effet un bref moment, quon en peroive la sobrit dsarmante, parce que dsarme : Mais ce L, comment est-il ?, demande Heidegger. Qui assume-t-il la charge dtre ce L ? Le monde est la jointure signifiante de ces rapports o sont ajoints toutes les dcisions essentielles, les victoires, les sacrifices et les uvres dun peuple. Le monde nest jamais le monde de tout le monde dune humanit en gnral, et pourtant tout monde dsigne toujours ltant en son tout. Son monde cest chaque fois pour un peuple ce qui lui est dvolu. Tandis que cette tche souvre dans le pressentiment et dans le courage du sacrifice, dans lagir et le concevoir, le peuple est captiv dans son avenir il est avenant. Et cest seulement sil devient avenant que souvre en mme temps lui ce qui lui a dj t donn et ce quil a lui-mme dj t. Emport dans ce qui lui est venir et re-port dans ce quil a t, il se porte jusqu son prsent. Ce provenir (Geschehen) en soi unitaire est lessence de lhistoire. Lhistoire nest pas le pass, et encore moins le prsent, mais, de manire primaire et dcisive, le sur-saut qui sempare de ce qui est dvolu. Seul ce qui est au fond avenant est vritablement t et comme tel prsent. Ltre-ouvert du L, la vrit nest que comme histoire. Et ne peut jamais tre historial, cest--dire avenant-tant t-prsent au sens indiqu, quun peuple. Celui-ci assume la charge dtre le L. Des lignes et des souches ne peuvent surgir et co-exister en lunit dun peuple que si elles se saisissent du dvolu, cest--dire deviennent historiales en tant quavenantes. Cependant, le L ne peut tre assum et soutenu que si son ouverture est proprement uvre, et cela chaque fois selon lampleur, la profondeur et lorientation de cet acte douvrir. Or lart en tant que la mise en uvre de la vrit est une guise unique en laquelle louverture du L est uvre et la possibilit dtre ce L fonde. Lart na pas dabord une histoire en ce sens extrieur quil surviendrait, travers les vicissitudes du temps, parmi bien dautres tants galement changeants, mais il est histoire en ce sens essentiel quil co-fonde lhistoire. Cette page a-t-elle donc quelque parallle dans les Holzwege ? Exception faite pour la dernire phrase, qui y figure (p. 64) non loin dune formule singulirement plus faible sur l emportement et le reportement , nous est-il dit quelque part que luvre trouve dans la disputation du litige entre terre et monde sa tenue pour soi (Zusichstehen), cest--dire, plus prcisment, sa singularit absolue (cf. einzigartige Weise) ? Que cest depuis et seulement depuis une telle singularit que souvre un ouvert ? Que cet ouvert, parce quil est le L et seulement pour cela , est vraiment un monde ? Que ce monde, consquemment, est une charge qui attend dtre assume (bernehmen, bestehen) ? Quun peuple seul peut donc sen emparer (zugreifen) ? Enfin et surtout, que, semparant ainsi du monde qui lui est dvolu, cest son temps quil laisse tre son L - provenir ? Non ! Rien de tout cela ny est dit avec la mme force tranquille, quand bien mme tout cela sy retrouve sous une certaine forme, dont on va citer le principal. Lhistoire, dans les Holzwege, est devenue a-chronique. Bien entendu, celui qui considre que le phnomne mme de la temporalit peut et doit tre dpass au profit dun temps plus authentique , autrement dit que le temps nest pas encore lui-mme tant quil provient, rien ne saurait apparatre plus absurde, rien moins heideggrien que cette requte de la temporalit de lhistoire. Rien plus ridicule que ce souhait que le temps continue de se manifester dans la phnomnologie, quand chacun sait que, depuis tre et Temps. lhorizon du temps est acquis ... Eh bien ! faisons lexprience. Nous lavions ajourne sur les deux premiers points mais nous en excusait pour une grande part linexistence officielle de toute problmatique phnomnologique de lobjet, du lieu, et de leur pertinence propre , ne lajournons plus sur le troisime. Et pour cela, commenons par questionner.

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La question est la suivante : lvanouissement de la temporalit et, avec elle, de lhistorialit dans la deuxime version de LOrigine de luvre dart se justifie-t-il par laccs de la pense heideggrienne une dimension temporelle plus radicale ou bien procde-t-il du recours implicite une instance fondamentalement intemporelle ? Le dilemme ne saurait tre plus clair, et il se doit de ltre. Or. de ce dilemme, il nous est impossible de choisir, partir de la relecture la plus attentive du Holzweg, le premier terme, tandis que nous parat imposer le deuxime ce curieux dveloppement (Hw. 55-56) sur la prservation (Bewahrung) de luvre. Cette prservation, dit Heidegger, est un savoir, mais ce savoir est aussi un vouloir . Or quelle est lessence de ce vouloir ? Rponse (retraduite) : Le savoir qui est un vouloir et le vouloir qui reste un savoir est lengagement (Sicheinlassen) ekstatique de lhomme existant dans le hors-retrait de ltre. La rsolution pense dans tre et Temps nest pas laction dcide dun sujet, mais louverture (Erffnung) du Dasein se dgageant de sa capture par ltant pour ltre-ouvert de ltre. Dans lexistence, cependant, lhomme ne commence pas par sortir dun intrieur vers un extrieur, mais lessence de lexistence est lin-sister rsistant (das ausstehende Innestehen) dans lessentielle ad-versit de lclaircie de ltant. [] Le vouloir est la r-solution dgrise du dpassement (!) existant, qui sexpose ltre-ouvert de ltant en tant que mis en uvre. Ainsi lin-sistance devient-elle loi (So bringt sich die Instndigkeit in das Gesetz). La prservation de luvre est, comme savoir, linsistance dgrise dans l-normit de la vrit provenante dans luvre. Le savoir qui, comme vouloir, trouve sa demeure dans la vrit de luvre et ne demeure quainsi un savoir, narrache pas luvre son se-tenir-en-soi, ne lentrane point dans la sphre du simple vivre et ne ravale pas luvre au rle de stimulus du vcu. La prservation de luvre, loin disoler les hommes sur leurs vcus, les reporte dans lappartenance la vrit provenant dans luvre, et fonde ainsi ltre-lun-pour-et-aveclautre en tant quendurance historiale du Da-sein partir du rapport au hors-retrait. A partir du rapport au hors-retrait (de ltre ou de ltant ?) : nous navons point coup cet endroit par commodit ; bien au contraire ces derniers mots sont-ils les plus importants de toute cette page, sil est vrai que cest ici partir et seulement partir du rapport la vrit (de ltant) que le Da-sein (remarquer le tiret) est historialement soutenu. Mais justement, en 1935, pareille expression et t impossible, pour la bonne raison que lassomption de ltre- L et le rapport la vrit ne faisaient quun ! Maintenant, au contraire, celle-l se borne provenir de celui-ci, tandis quune quivoque nullement fortuite se met peser dautant plus lourdement sur la vrit, dite tantt vrit de ltre, tantt vrit de ltant2. Comment ds lors stonner que la rsolution, dans ces conditions, revte une figure qui, quoi quen dise Heidegger lui-mme, ntait nullement la sienne dans Sein und Zeit : celle de ce vulgaire dpassement que Sein und Zeit, prcisment, avait rejet ( 10, p. 49) ? Et que Heidegger nen ait que plus de difficult dissocier rigoureusement un tel Uebersichhinausgehen de la simple matrise de soi dune subjectivit ? Et comment ne point sinquiter de voir que, par une consquence fatale, ce dpassement autonome , cest--dire foncirement non concern en tant que tel par luvre, ne puisse se remettre en rapport avec elle quen commenant par faire de... soi-mme et de ltant sa propre loi ? De voir, en dautres termes, Heidegger forc dutiliser une expression dlibrment quivoque sich in das Gesetz bringen pour masquer, sans y2

Nous scrutons cette quivoque (videmment solidaire du point I distingu ci-dessus) dans notre ouvrage Ainsi qu' en un tableau,en cours d' achvement. C' est alors naturellement Hw. 49 qui devient le document central. Cf. aussi Hw. 59. dernires lignes. 9

parvenir vraiment lauto-nomie dune Instndigkeit qui, par le fait mme, est beaucoup moins vritable instantialit que pure et simple insistance sur elle-mme face luvre ? Comment, enfin, ne point entendre dans cette dernire formule, dans ce devenir loi , un redoutable cho de la phrase la plus contestable du Discours de rectorat prononc trois ans plus tt : Se donner soi-mme la loi, telle est la libert la plus haute , Sich selbst das Gesetz geben, ist hchste Freiheit (Breslau, 1933, p. 15) ce quil convient dinverser ainsi : Que la libert se libre, telle est la loi la plus haute ? Ainsi donc, tandis quhistorialit et rapport singulier (populaire) labsolue singularit de luvre, en 1935, demeurent indissociables, nous dcouvrons que, en 1936, lextnuation de ce rapport en simple exposition un tre-ouvert de ltant dont luvre ne constitue plus quun nombril privilgi frappe dindtermination le lieu-temps du Dasein. Celui-ci, ds lors, ne peut plus qutre rabaiss au rang dun tant qui se dpasse . Comment la pense pourrait-elle alors ne point se dtourner de lui, sil nest plus que le pseudonyme de luimme ? Et que vaut ce trait vers luvre (Zug zum Werk ; Hw. 45, 50) qui, du ct de ltre, en confirme pour ainsi dire linsularisation ? Or ce chass-crois qui veut que, plus souvre (soi disant) la pense le nouveau domaine (Hw. 49) de la vrit de ltre, et plus, paradoxalement , le Dasein se retrouve abandonn au vouloir , cest l ce que nous avons cru lgitime, mme sans cder aucune dramatisation, de qualifier deffrayant ce qui pourtant ne veut pas dire effroyable. Que conclure maintenant, daprs cet exemple, du mode de confrontation de nos deux confrences ? Ceci : bien loin dtre tournes lune vers lautre, selon une adversation (Gegenwendigkeit) comparable celle de la terre et du monde, les deux uvres ne saffrontent nullement, mais se dtournent se di-vertissent lune de lautre comme font, parat-il, ces corps clestes qui sloignent dautant plus vite quils sont plus distants. De lorigine et Lorigine soutiennent un litige beaucoup plus impitoyable que celui dont elles nous parlent. Ce litige, contrairement ce que croit la paresse du commentarisme, nest nullement celui de l tre et de l tant , et la diffrence ontologique , par suite, ne constitue pas davantage le principe de son apaisement. Non : ce litige intrieur la pense de Heidegger envisage en son tout, et, simultanment, notre prsent et notre avenir, oppose lutopie de la vrit de ltre et du vouloir de cette vrit la topicit, cest--dire la pertinence radicale de la question de ltre telle que souleve par tre et Temps. Il est celui de la libert du L donc aussi bien de ltre lui-mme et de la servitude de toute insistance rapporte ltre comme vrit elle-mme rapporte 1uvre. Le litige est plus dchirant que tout dchirement, car il scinde la phnomnologie ellemme et la pense politique de lEurope. Son enjeu est lorigine comme provenance et sursaut, son contre-enjeu lorigine comme vide r-sultat de laffrontement entre lhomme et ltre. Plus originelle que lalternative sur laquelle sachvent les deux confrences est la diversion des deux versions de Lorigine, ou plus prcisment la diversit que cette diversion atteste. Une telle diversit menace et possibilise la fois toute chance de rapport au tableau, et non pas seulement la question de la pense. * * * Je suis ici contraint de nen pas dire plus, et de laisser ce qui a t dit son apparence de barbarie antiheideggrienne. Mais peu importe mon interprtation, puisquun nouvel objet est livr au public. Or, ce propos, je voudrais simplement ajouter trois considrations extrieures :

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1 Malgr sa brivet, la porte dun document comme celui-ci nchappera aucun lecteur de bonne foi. Et pourtant ce texte, bien que Heidegger lait prononc sous forme de confrence, cest--dire publi dune certaine manire, risquait de rester indit pendant de longues annes, si ce nest jusquau sicle prochain. Pourquoi ? La raison en est bien connue, et je conviens quelle est tout fait respectable : immense est la tche des diteurs de la Gesamtausgabe, qui, de plus, ont reu de Heidegger lui-mme la consigne de commencer par la publication de ses cours. Belle et efficace entreprise que cette dition, admirable rvlation que celle de ces cours indits ma manire, cest--dire en en traduisant plusieurs, je me suis efforc de saluer lune et lautre. Certes, mais cette ralit demeure : les essais de Heidegger, ou tout au moins un certain nombre dentre eux, situs divers moments-charnires de son parcours, lemportent de loin sur son enseignement que lon pense cette modeste confrence quest, en apparence, Temps et tre , et il se trouve que la publication de ces essais, prononcs ou non, tarde et ne peut que tarder. Aussi, et l est lessentiel de mon propos, je tiens lancer tout possesseur de tels textes lappel suivant : quil les publie, ou, comme lon dit, quil les prpublie au moins dans des priodiques en se proccupant uniquement de la cause de la pense, cest-dire en fermant loreille aux intimidations de lhypocrisie morale, dguise pour la circonstance en dfense de toutes les lois rendant possible un fonctionnement organis de ldition travers le monde (F. Fdier, dans Le Monde, 5-7-1985). Au grief danarchisme, de piraterie ou de crimes contre lhumanit, quil oppose tranquillement le tmoignage de la conscience dmocratique, selon lequel si les marchandises appartiennent au march, la pense humaine appartient tous. 2 Force mest, en second lieu, dassner de nouveau cette vrit dvidence: il faut que Heidegger soit dornavant mieux traduit quil ne la t. Encore plus clairement : le public qui comprend assez vite ce genre de choses , mais aussi ceux qui la mission de traduire pourrait tre confie dans les prochaines annes et qui sont souvent plus lents raliser ! doivent prendre une conscience intellectuelle et politique aigu de lampleur des ravages commis par la soi-disant lite qui stait jusqu maintenant appropri cette mission, confisquant ou dnaturant ipso facto les textes eux-mmes. Ne pouvant, ne souhaitant pas grener ici linterminable chapelet des traductions mdiocres, approximatives ou aberrantes actuellement prsentes sur le march franais que ne faudrait-il dire du scandale du Nietzsche, de Questions IV, de la premire section de Ltre et le Temps, de Kant et le problme de la mtaphysique... , je ne reviendrai un court instant que sur les Chemins cits, et me contenterai de reproduire l avertissement (cest le cas de le dire !) leur nouvelle dition de 1980: Lors de la publication de la premire dition, en 1962, le traducteur tant absent de France (sic), le travail matriel (?) de mise au point du manuscrit a t effectu par F. Fdier, qui a en outre traduit le Supplment des p. 93 98. Pour la prsente rdition, la traduction a t entirement revue et corrige (sic), avec le concours prcieux et pertinent de J. Beaufret, F. Fdier et F. Vezin. Que veut dire ici : travail matriel de mise au point ? Rien de discernable pour lusager. Et quel crdit peuvent revendiquer les mots : entirement revue et corrige , concours prcieux et pertinent lorsquun simple coup dil suffira au lecteur germaniste pour vrifier lirralit plus haut signale de la rvision en question, et, hlas, la triste ralit de plus dune dtrioration... ? Et tout cela au prix dune recomposition totale du volume ! Lorsque je lis cet avertissement , la honte me monte au front. Lorsque je vois tel mot-cl du Holzweg ne citons que aufstellen, herstellen - traduit tantt dune manire, tantt dune autre, au gr de nos pertinents fantaisistes, un tel mpris du lecteur mindigne. Mais quand ceux qui en usent ainsi ne trouvent rien de mieux, pour se drober toute 11

reddition de comptes, que de me taxer publiquement d inconscience par rapport au problme gnral de la traduction , alors une certitude me vient lesprit et au cur : cest que ldition franaise se trouve la veille de la Rvolution fondamentale qui, si elle ne lemporte pour toujours dans labme, peut seule lui inculquer ce que cest quun livre, quun texte, quun penseur. 3 Mon dernier mot sera une confidence plus personnelle. Je le confesse : comme tant dautres, jai pour ainsi dire longtemps subi le Holzweg de 1936, jen ai cru la dmarche, plus que ncessaire, invitable, et, en gnral, irrsistible le mouvement qui entranait Heidegger en direction du concept de vrit de ltre . Tout au plus avais-je timidement mis le regret que le ou les premiers tats de De lessence de la vrit nous demeurassent inconnus (cest dailleurs toujours le cas), et, du mme coup, refuss les moyens de mettre vritablement lpreuve cet ouvrage trop achev ... Il ne maura fallu rien de moins que mon inquitude pour le tableau, tel quil succde luvre partir du XVIIme sicle plus rarement partir de la Renaissance et en balaie la prennit , pour comprendre ou pour entrevoir que l art navait plus rien dessentiel voir avec la chosit, ni mme avec la vrit, mais, uniquement, avec lobjectalit et la prsentet qui est son sens temporel. Mais ce que je souhaite ici confier nest point la fiert de ce petit progrs, si cen est un. Cest plutt la joie de trouver, sous la plume mme de Heidegger, de quoi mettre en question aussi radicalement quon pouvait le dsirer sa propre pense, sans devoir perptrer pour cela un quelconque parricide : tant il est vrai que toute uvre majeure abrite en elle, comme lavait aperu Hlderlin, son antirythme , ou, pour dire la mme chose en sens inverse, que nous ne nous sommes point tromps, nous qui avons depuis toujours considr luvre de Heidegger comme majeure. Or cela rejoint ma premire rflexion : les objets ne font jamais dfaut en eux-mmes et par eux-mmes sils nous manquent, cest que nous avons manqu de les considrer suffisamment, ou que lappropriation abusive de tel ou tel lobby, jointe la carence professionnelle systmatique qui tient lieu aux diteurs de politique, a mis un soin exprs nous les dissimuler. Quelle plus belle raison desprer, ou dtudier ! Car le fruit de ltude nest pas seulement un incessant approfondissement du dj connu, mais aussi et surtout, au moment convenable, la dcouverte du vierge et cest pourquoi elle ne. doit jamais nous dgoter. Mais cest condition que nous sachions tour tour ne jamais mpriser ce qui est et ne jamais renoncer dsirer ce qui nest pas encore. tre un apprenti, ce nest ni simplement assimiler le savoir antrieur, ni caresser lambition de produire du jamais vu, mais se disposer saisir ce qui se prsente. Ou kairi, alla kurii, disait un Pre de lglise grecque, saint Athanase (PG 25,525 C) ; ou kurii, alla kairi: non par les autorits humaines et divines, mais par lautorit du lieu, du temps, des objets que telle soit au contraire notre devise. E. M. Richelieu, 31 juillet 1985.

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POST-SCRIPTUM (DCEMBRE 1986) : DUNE TRADUCTION BILINGUE , OU HEIDEGGER CHEZ LES CINOQUES Au moment de mettre cette plaquette sous presse, je reois ldition franaise officielle (sic) dtre et Temps, par M. Bnito Glandu. On me dispensera dpiloguer3 sur une bouffonnerie tragique que javais prvue, annonce publiquement et tent en vain dpargner Heidegger et la France : dans ce charabia existentialo-lettriste de 590 pages, qui est peu prs Sein und Zeit ce que les colonnes de M. Daniel Buren sont au Parthnon ou le dernier cafouillage raliste-socialiste de Mme Marguerite Duras la Nouvelle Hlose, philosophes et germanistes nauront pas besoin de moi pour faire leur part respective au nonsens, au contresens et au faux-sens, ni les mdecins, pourvu quils soient en mme temps des amis de la langue franaise, pour relever les signes univoques de la psychose. Quant au lecteur de base, pour peu quil ait 190 F jeter par la fentre, il pourra lui aussi constater, hlas, sans laide de personne, que lon a russi une fois de plus, et soixante ans aprs la parution de loriginal, lui barrer manu militari laccs Sein und Zeit, ce qui, faut-il y insister, tait le but unique et mme pas dguis de lopration. Bref, je ne reviendrai pas vers un pass des plus malodorants sur lequel je me rserve cependant de tmoigner lorsque cela me paratra ncessaire et je prfre proposer ici au lecteur un rapide point politique de la situation : 1 Les tueurs. Rsolument confisqu par sa version autorise (re-sic), tre et Temps, ne loublions pas, nen est pas moins parfaitement lisible depuis un an et demi dans la traduction nouvelle (et pour la premire fois intgrale) que jen ai excute, publie et distribue gratuitement 2 000 exemplaires. Beaucoup le savent dj, notamment grce la presse qui, jai plaisir le dire, eut cette occasion ltrange caprice de faire son mtier je ne le rappelle pas aujourdhui pour vanter un travail dont les limites ne mchappent point, et qui sera du reste perfectionn brve chance, mais uniquement pour souligner que lobjet3

Une seule observation factuelle, qui donnera le ton : la premire surprise du lecteur est de lire sur la page de titre de la chose quelle a t traduite de lallemand par B.G., daprs les travaux (?) de Rudolf Boehm et Alphonse de Waelhens . Or, renseignement pris, jamais R. Boehm na donn son accord Gallimard et encore mois A. de Waelhens, dcd en 1978 pour que son nom ft utilis comme caution au seuil dune traduction qui, de toute faon, ne doit rien sa tentative de 1964. Ainsi, il nest mme pas besoin de dpasser la premire page de la chose pour en constater le caractre honteux, furtif, dlictuel. Cela dit, je remercie le Ciel que B.G. nait, de toute vidence, mme pas jet les yeux sur ma propre traduction : le plus bel hommage quil pt lui rendre tait en effet de reculer dhorreur devant elle, tel le comte Dracula devant la croix du Seigneur. 13

est sauvegard. Or l est lessentiel, si du moins je ne me trompe pas en considrant que le camp adverse, force de surenchre, a saut le pas sparant la barbarie en gnral du vandalisme en particulier. Nous connaissions dj diverses formes diconoclastie, voici venu et, sauf erreur, pour la premire fois dans lhistoire le temps de lobjecticide, phnomne spcifiquement actuel4 quil serait donc lger de confondre sans autre forme de procs avec des pratiques aussi vieilles que le canular, le faux, la contrefaon ou la belle infidle, sans oublier le retard la traduction de type purement privatif ou, aurait dit Leibniz, dfectif . Car lindiffrence est une chose, lempchement en est une autre. Mais lorsque lempchement ne trouve plus dautre issue, pour emporter dfinitivement la partie, que de sattaquer lobjet mme, alors lattentisme a laiss la place lattentat. Le terrorisme idologique touffait la pense en lcrasant sous des ides , le terrorisme pathologique, lui, penche plutt pour les solutions finales : si lon ne peut continuer dtouffer Heidegger, alors quon lui rgle son compte. Jusqu nouvel ordre, cest chose faite en France jy reviendrai. Pour le moment, je supplie simplement le public de prendre conscience, et de toute urgence, que le saut fatal et imperceptible qui conduit de lune lautre de ces formes de tyrannie signifie pour lui, terme, la dpossession de ses biens les plus prcieux. Lesprit, dans ce pays, est en tat de lgitime dfense civile. 2 Les escrocs. Contre qui ? Contre la dcadence ? Nullement. Contre des facteurs atmosphriques et anonymes de dgradation culturelle et de pollution intellectuelle ? Pas davantage, mais contre un certain nombre de sectes dment identifies, et contre autant dofficines ditoriales toutes dvoues elles, moins que ce ne soit le contraire, ou lun et lautre ensemble. Car les faits sont maintenant patents : dun ct, les laisss-pour-compte de lidologie, de la littrature, des sciences humaines , du dlire religieux, etc., jouent leur va-tout, et ils le jouent et le joueront de faon de plus en plus impitoyable : cest la pense, ou cest nous donc pas de quartier ; on a eu le pouvoir, on na mme eu que a et on nest pas capable dimaginer autre chose pas question de passer la main ; et de lautre ct, cest--dire, comme on la dj dit, du mme ct, les maisons ddition franaises prtentions intellectuelles, outre quelles sont peu prs toutes diriges par de francs analphabtes, ont irrversiblement opt pour largent facile et la liquidation de toute diffrence entre le livre digne de ce nom et le reste. Ce qui serait grave, mais point dsespr si une telle tendance ne faisait tort qu la production contemporaine de qualit (cest la foi qui sauve), laquelle il ne tiendrait alors, pour dfendre sa dignit et dabord sa peau, que de crer dautres lieux dexpression et de publication : elle commence, du reste, trs timidement le faire ; mais qui est proprement dsastreux si lon songe quaux susdites officines en tat de fascisation galopante revient encore et toujours, et quasiment sans partage, la charge dadministrer des objets historiques beaucoup trop grands pour pouvoir saccommoder de la nullit et de lincurie de marchands de soupe qui, tandis quils mendient dune main des gains purement commerciaux (pour rester poli), nentendent pas lcher de lautre image de marque oblige la proprit de ce qui dpasse leurs lumires et rpugne leurs procds. Quy faire ? Avant den dcider, ce qui appartient non moi, mais au peuple franais dans la mesure o il nest pas encore devenu une bande dabrutis et de poltrons, il peut tre opportun de prciser un peu ce rjouissant tableau densemble, en sattachant lexemple entre tous symbolique du sort rserv la philosophie heideggrienne par les margoulins de la rue Sbastien-Bottin et leurs nervis de lex-chapelle beaufrtique.

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Un petit symbole, qui mmeut : 88 ans, le dernier survivant des grands directors dHollywood, John Huston, est oblig de se battre, et sans espoir de vaincre, pour empcher quon ne transforme son Faucon Maltais en dcalcomanie. 14

Comme on va voir, cest trs simple, et limpasse, lheure quil est, est peu prs totale. Encore que... En effet, blesss mort dans leur orgueil hystrique de bourgeois en chute sociale par mon dition dite pirate elle tait, ne loublions pas, sans prcdent comparable , nos gibiers de potence, au lieu de tirer de la msaventure la leon qui simposait, cest--dire de capituler devant le fait accompli du passage sans encombre de Sein und Zeit de sa langue dans la ntre, nont trouv quune parade : verrouiller , et cultiv durant dix-huit mois quune triple et dvorante obsession : sauver avant tout la face devant les Allemands qui, comme on sait, sont lents comprendre et, de surcrot, persuads que tout ce qui se passe en France durant les priodes o ils ne loccupent pas est an und fr sich incomprhensible (voir la prise de la Bastille ou la russite de M. Claude Simon au certificat dtudes primaires) ; rassurer, ensuite, le fantmatique cortge dintellectuels approximatifs qui continuent dattendre du label N.R.F. un peu de rconfort existentiel et une espce dextrme-onction avant de passer au pilon de lhistoire ; enfin, et comme de bien entendu, anesthsier ce quil peut rester dans le grand public dincurables jobards en faisant le black out sur le plus regrettable des incidents de parcours . Ce pourquoi, in parenthesi, nulle plainte en rfr na mme t dpose contre mes diteurs et moi : surtout, pas de publicit pour ces terroristes qui, sans rien faire pour cela que se saigner aux quatre veines, nont dj t qu trop belle fte ! Or comment mettre excution ces trois ides fixes ? Rponse : en publiant officiellement nimporte quoi, mais en publiant cote que cote, de manire se dlivrer enfin de lincessant et torturant grief videmment bien plus ancien que mon intervention de ne publier jamais rien tout en promettant toujours quelque chose. Jeter lponge, si on me passe lexpression, et t trop sage, et mme dun boutiquier encore sain desprit ; on prfre la fuite en avant et la politique du pire, pour ne pas dire le suicide intellectuel et, comme lavenir se chargera de le dire bien plus durement que moi-mme, commercial. Car ce nest plus Heidegger quil sagit dditer selon les accords passs, mais un vieux rafiot quil faut renflouer, une lgitimit totalement usurpe quil faut sauver, un trafic de camelote philosophique quil faut protger. Et pour ce faire, de quelles ressources dispose-t-on ? Ou plutt de qui ? De ce bon M. Glandu, philosophe inexistant et germaniste malgr lui ! On na pas le choix, mais faute de grives... Cest donc dit : M. Glandu, ralisant une fois de plus la profonde parole dAndy Warhol: Nous sommes dans une poque o tout le monde a son heure de gloire , sera le hros dune situation dsespre, le vilain mire de ce mal terrifiant quest le narcissisme en dfaite. Rsultat : au bout dune anne de plus aprs les cinq prcdentes qui, on le comprend, avaient eu raison de ma patience de grand ahan glanduesque, ldition la plus ubuesque, cest--dire la plus dsopilante et la plus malhonnte de lhistoire du livre ! Lacan, Barthes, Derrida coiffs sur le poteau dans la course au pataqus ! La fameuse maxime du Dr Goebbels : mentez, il en restera toujours quelque chose! rige en nouvelle rgle dor de la philologie ! Heidegger somm post mortem de rcrire ltre et le Temps, pardon : ltre et le Nant dans la langue de bois de M. Dominique Fourcade, Hlderlin de pissotire et idole ce titre de M. Glandu et de son souteneur pisodique, M. Adolf Hasbeen ! On sen indignera ou on sen dilatera la rate, selon son temprament, moins quon ne soit dj mort de rire la lecture de lunique et immortelle production du mme Hasbeen, intitule sobrement Interprtations et publie par Jean-Luc Marion (pour tre catholique, on nen est pas moins vache) dans la collection pimthe en 1984. Je crois cependant que lheure est plutt cette forme de recueillement historique et de mobilisation civique qui na pas vraiment de nom dans notre langue, mais que jaimerais baptiser du noble mot de rsistance. Car si total est le prjudice port Heidegger, la France, lAllemagne, notre langue et la phnomnologie que, si le plus naf de nos compatriotes et frres francophones ne prendra mme pas le change sur cette escroquerie, on peut douter que les responsables de ldition 15

allemande de Heidegger et les ayants droit (sic) du philosophe parviennent, tant trop sages , raliser avant longtemps linvraisemblable vrit, lampleur inoue dune rcidive aggrave jusqu lassassinat, ou que, ayant compris, ils sachent comment ragir... Cest trop gros pour tre croyable, voil la force invincible de nos tire-laine, et voici peu prs leur argumentation : Vous contestez, diront-ils, la valeur du produit cest votre droit ; vous niez que Heidegger ait jamais parl, ft-ce en allemand, de dsobstruction, dutil, douvertude, de discernation, de distantialit, dentourance, de mondit, dtre-au, de conjointure et dautres notions pour asile de fous Dieu vous bnisse ; vous crachez sur la surprenance, limportunance et la rcalcitrance votre sant ; il vous parait grotesque dopposer lintratemporanit de lintratemporain une temporellit qui, elle, se tempore merveille ; cest commettre, votre avis, des contresens honts que de faire de la conscience (Gewissen) une conscience morale dont Heidegger la distingue expressment, ou de transformer, au prix dune gale infraction la lettre mme du texte, ltre-en-dette (Schuldigsein) du Dasein en un tre-en-faute votre aise ; vous prtendez que, sans laide dun glossaire, le cochon de payant ne saurait retrouver ses petits dans Sein und Zeit tout de bon ; vous tes choqu, vous qui conntes et aimtes Jean Beaufret du temps quil tait encore lui-mme, que lon couvre de son autorit posthume des aberrations contre lesquelles il navait cess de mettre en garde bonne continuation ; vous affirmez que faire dvaler le Dasein dans le monde revient, toujours contre le propre tmoignage de lauteur, le confondre avec un vlo sans freins et le lecteur avec une dupe bonjour votre dame ; traduire Eschlossenheit par ouvertude (en franais : ouverture), mais erschliessen non point par ouvrir, mais par... dcouvrir, au lieu de rserver logiquement ce dernier verbe pour entdecken, rend selon vous lensemble du livre principiellement incomprhensible, puisque la diffrence entre ouvrir de ltre et dcouvrir de ltant en constitue pour ainsi dire lpine dorsale vous tes pays pour penser et dire de telles choses... Mais nous, Monsieur, nous gagnons notre vie, nous faisons du petit commerce, nous avons un claque de plus de cent piaules entretenir, et, croyez-moi, ce nest pas tous les jours facile. Jugez-en ! Notre srie noire blmit et notre fameux fonds seffondre ; Sartre et Yourcenar, par exemple, mme pliadiss, ne partiront pas ternellement, car bien quils aient pour commun atout de navoir rien dire, lun le dit avec trop daisance, lautre avec trop de peine (en flamand) pour quon ne sen aperoive pas ; Malraux et Sollers ont fini par amalgamer leurs sublimes troupiers ; Pauwels est parti, nous jugeant trop droite ; dOrmesson aussi, que nous jugions trop gauche ; Cohen na jamais exist, ntant que le pseudonyme dun pauvre type du mme nom ; les exercices de style de Queneau sont tous dans le mme style, le style ennuyeux ; Paulhan, Caillois, Bataille et consorts passent dsormais pour les nullards prtentieux quils ont toujours t ; Merleau-Ponty fait figure de pisse-froid asexu et Camus de phallocrate rabcheur ; la Beauvoir dclenche le rire des jeunes filles, qui sont toutes des salopes ; Nelson Mandela, dans sa cage, a dchir le volume dhommages consolateurs que nous lui offrions, et rclam des bananes ; Milan Kundera, en guise de dernier manuscrit, nous a refil un tchque en agglomr ; Franoise Verny nest plus l pour changer les couches antifuite de Modiano ; Le Clzio est beau, mais con la fois ; Blanchot, force de sentretenir infiniment avec son chec et sa haine, va passer larme gauche (a le changera) ; la grippe asiatique a emport les pauvres mots de Foucault en mme temps que ses choses ; Dumzil est grand et le restera, mais peu accessible qui ne manie pas couramment loubykh et le bas-breton ; les uvres compltes de Mends-France, malgr lextraordinaire courant dintrt qui les a accueillies dans les cimetires, souffrent cruellement de la concurrence de celles de Lacouture ; le Saint-John a russi sa perce, mais le Char sest enlis dans le papier bible, stoppant net celle du Deguy, qui attendait derrire ; Chantal Quignard na dcroch que 16

le prix du con un peu court ; la finkilcroute, nouveau produit surgel, passe aussi mal que ltouffe-chrtien dantan ; Raymond Aron, empch, nest pas venu lmission Apostrophe programme pour le lendemain de sa mort, et ne sest mme pas excus ; la nouvelle histoire est jeune comme Hrode, ou mme comme Nora, son frre an ; le nouveau roman, dont nous avions rachet une partie (nous ne prenons jamais de risques, mais rcuprons tout ce qui est usag) est vieux comme mes robes ; la psychanalyse sur papier glac nintresse plus que les nvross, ce qui est un comble, vous me laccorderez ; les mmoires de Pontalis devaient tre adapts au cinma, mais Vincent Price a dclar forfait ; on nous accuse de confisquer avec Grasseuil les prix littraires, ce qui est injuste, car nous navons jamais prtendu que nous voulussions les partager ; Sagan est morte dans la catastrophe de Colombie (on na pu la tirer de la boue), Aragon dans celle de Tchernobyl et Louis Dumont dans celle de Bhopal : seul Claude Lefort, travaillant sous terre, aurait survcu, mais il chappe nos sonar; le Temps de la Rflexion ne parat quune fois lan, cest-dire quand celui dagir a dj pass ; quant au Dbat entre chrtiens de gauche, il est de plus en plus difficile soutenir, faute de dsaccord suffisant sur les principaux points daccord. Bref, il ne nous reste plus pour toute valeur sre, du ct des lettres et des sciences humaines, que les Aventures de Jean-Foutre la Bite, manuscrit chapp aux flammes du rchaud dIrne, et notre srie Jeunesse qui, le chaland tant cette fois absolument sans dfense, marche comme la blanche ou les exhibitions de Tournier la sortie des Lyces. Vous comprendrez donc, jeune homme, que, dans une situation aussi dfavorable, nous ayons un moment cherch une nouvelle jeunesse dans la philosophie contemporaine. Mais mal nous en prit, l aussi, et le coup de poignard de Martineau ne fut en fait que la dernire preuve dune longue srie ! Car la mort, toujours elle, a empch le clbre auteur de la dialectique du matre et de lesclave, A. Kojve, de mettre au net le tome XII de son Esquisse dune histoire raisonne de la philosophie paenne, o il voulait tablir enfin sa thse centrale : pour Anaximne, tout nest pas dans tout, car cest le contraire ; la Critique de la raison politique de Rgis Debray ne pourra, comme celle de la Raison pure, tre comprise que dans un sicle, annes de guerre et de majorits de droite non comprises ; le peu de gens qui avait lu le premier tome de la Critique de la raison dialectique a refus par le fait mme douvrir le deuxime, les autres allguant quil tait de toute faon dpass par le troisime, non crit ; la Puissance du rationnel de Janicaud a t brocarde par Frdric Dard, qui la surnomme lImpuissance du Rasurel; et la Caverne elle-mme, ce porno de Manuel de Diguez, na pas eu le succs escompt cause de son poids : on ne pouvait le lire dune main sans se la casser. Mais je marrte, Monsieur, car je vous en ai dit plus quil ne faut pour que vous compreniez la ncessit o nous nous trouvons de continuer, pour redorer de temps autre notre blason, publier les grands philosophes de la modernit, cest--dire Nietzsche, Marcel Gauchet, Wittgenstein, Husserl et Heidegger. Or aprs que plusieurs traducteurs avaient occis le premier, le ridicule le deuxime, Klossowski le troisime, Ricur le quatrime, que vouliez vous que nous fissions du cinquime, sinon le dessouder son tour : ctait bien le moins ! et ctait aussi le seul moyen de le vendre, les textes originaux tant, parait-il, fort rbarbatifs. Du reste, mon ami, je vous trouve bien peu humain dans vos querelles : apprenez quil faut que tout le monde vive, les staliniens et les collabos, les sociaux-dmocrates et les dmocrates-chrtiens, les fanatiques et les pervers, en un mot toutes nos lites franaises actuelles ; et aussi bien impertinent : car o irait-on, sil vous plait, si ltat faisait son devoir et si la dmocratie perscutait ceux qui la sabotent ? Ce ne serait plus de la dmocratie, nest-ce pas, mais du totalitarisme et de la pouillerie ! Dautre part, non seulement le crime intellectuel est la condition ordinaire de notre impunit, mais je vous fais observer que, du dernier que nous avons commis et qui na pas lheur de vous plaire, elle va sortir encore renforce : vous ne pouvez donc en bonne logique le dnoncer, ou bien vous 17

ignorez le droit : car selon nos textes, une impunit inconteste, ou, si vous mautorisez cette tournure hardie, une impunit impunie vaut autant quinnocence ; de plus, le droit de la proprit littraire ntant en ralit quun immense vide juridique, qui donne donc toujours raison au plus nul pourvu seulement quil ait pignon sur rue et le soutien des banques, vous seriez mal venu dexiger quon fasse le plein quand la libert dentreprise peut pour une fois sexercer sans avoir subir la force injuste des lois ! Nous prfrons, voyez-vous, la justice au droit, cest--dire les procs, que nous gagnons presque toujours, ce pire des maux quest ltatisme. Quelquun prtendait quune bonne loi tait celle qui empche les procs, et il disait une sottise ; nous, nous pensons au contraire que les procs, lorsquils se droulent entre gens de bonne compagnie, ont ceci de bon quils empchent le lgislateur de lgifrer. Ainsi, les avocats y trouvent leur compte en mme temps que nous, et la justice franaise est en matire culturelle la complice la plus efficace de la carence de ltat en gnral et du ministre de tutelle en particulier. M. Jack Lang, dailleurs, nest-il pas juriste dabord et clown ensuite ?... Quon me comprenne bien (et quon me pardonne de ne pas reproduire plus au long un discours qui me lve le cur) : loin de considrer nos voisins dOutre-Rhin comme des imbciles, je les tiens au contraire pour des gens honntes et loyaux, et cest l tout mon sujet de craindre. Car eux aussi ont leur lobbies intellectuels , dont ils peuvent constater les mfaits je pense aux gangs de la psychanalyse, de la sociologie la mode de Francfort, de la philosophie analytique, etc., qui ont russi extirper aussi compltement la philosophie de lUniversit allemande que de la ntre , mais quil y a loin dun tel constat se rendre compte que la vie de lesprit, ou de ce quon ne peut plus appeler de ce nom, est devenue en France purement et simplement dlinquante, quand ce nest criminelle ! Que lintelligentsia franaise soit pourrie jusquaux mlles ; quelle ait livr la culture, comme le dit si bien JeanPaul Aron5, aux professeurs, je veux dire aux pdagogues ; quelle considre uniquement la dmocratie comme le moyen de dtruire, et son profit, cette mme dmocratie envisage en tant que fin ; que le ptainisme, le stalinisme et le racialisme entendez par l aussi bien lantiracisme que le racisme, puisque le premier admet les prsupposs du second , que la mythologie religieuse et le mensonge social-dmocrate de droite ou de gauche forment lessentiel de son inspiration ; quelle soit, en somme, la lie de la socit franaise et, surprise comme telle, sapprte dornavant commettre les pires forfaits pour perptuer sa dictature, quel est celui de nos voisins qui pourrait de sens rassis limaginer ? Or je le rpte : cest par l que la Kommandantur du VIIme arrondissement gagne tous les coups, et cest par l quelle a encore gagn, provisoirement mais durablement, ce coup-ci. De deux manires : dune part, mme si chacun ralisera aussitt quil ne peut lire tre et Temps dans ltat lamentable o on le lui inflige, et si quelques-uns en concevront forcment une terrible animosit contre l diteur , celui-ci aura beau jeu de dtourner cette colre vers M. Glandu, qui cependant on ne peut dcemment chercher querelle puisquil a t manipul dun bout lautre de lopration par un cloporte bien cach sous sa plinthe jai nomm M. Hasbeen : on ne sen prend pas un impotent phnomnologique lorsquil se double dun incapable au sens juridique du terme ; dautre part, Gallimard a publi, cest-5

Qui peut tre aurait eu du mal publier la Kommandantur ses excellents Modernes, 1984, sil avait recul jusquau dbut du sicle et commenc par rappeler que le camp de la mort contrl aprs 1950 par les kapos du type Lacan, Althusser, Derrida, Barthes, Lvi-Straus, Deleuze et Cie avait t entirement arpent, construit et barbel par l esprit N.R.F bien avant cette date. Mais je nadresse, ce disant, aucune critique J.-P. Aron qui a choisi de tmoigner sur ce quil a vcu directement et, de plus, inscrivant lui-mme la remarque que je viens de faire en exergue la savoureuse version tlvise de son livre, diffuse par FR 3 les 4, 11 et 18 dcembre 1986. 18

dire atteint ce qui tait pour lui la fin en soi : feindre d honorer , si lon ose dire, ses engagements envers les diteurs allemands, donc justifier sa proprit exclusive de luvre de Heidegger en France, donc continuer dinterdire celle-ci aux diteurs concurrents (qui, du reste, sont les premiers cautionner le monopole), et le fait brut, matriel, obscne de cette publication-pour-la-publication lui permettra de disposer de suffisamment de temps pour laisser pourrir laffaire ; ou pour trouver dans la bonne presse quelque porte-plume dispos la faire passer contre espces sonnantes6 ; ou encore pour persuader aux imbciles les plus dsesprants de ce pays que Sein und Zeit, conformment la thorie linguistique de M. Hasbeen, tait de toute faon intraduisible. Comme je le disais, le compte de Heidegger est donc juridiquement rgl pour longtemps. 3 Les malades. Do peut venir le salut, ou au moins le sursaut ? mon grand regret, il mest impossible de lattendre du milieu philosophique franais, plus prcisment de limmense majorit de pleutres dont il se compose, et cest encore de lAllemagne que, nonobstant lpais rideau de fume dress la frontire par la propagande gallimardesque, je mobstine esprer que viendra le choc en retour propre rveiller les Franais endormis. My encouragent dailleurs, en sus de ma germanophilie et de mon optimisme ttus, quelques signes modestes, certes, mais dassez bon augure : les diteurs de Heidegger, dabord, sans trouver bon ou pratiquement possible (?) de sopposer de manire prventive au mauvais coup qui se prparait, nen ont pas moins parfaitement reu mes signaux de dtresse, et, sils ne me croyaient sur parole, le sabotage prmonitoire des Problmes fondamentaux de la phnomnologie par Jean-Franois Courtine (pourquoi ? !) leur avait apport ds lan dernier une premire preuve du bien-fond de mes craintes ; ensuite M. Hermann Heidegger, fils du philosophe, averti du pril par quelques isols lucides, tels Roger Munier et mon ami Ruprecht Paqu, partage dsormais notre commune inquitude, et, tout en mabstenant de chercher avec lui un contact direct, je gage quil aura cur de se faire instruire avec soin de la valeur relle de ldition franaise officielle . ce qui lui permettra de comprendre quil a t, aprs son illustre pre, la premire victime du complot ourdi par un Jean Beaufret dclinant, et resserr ensuite par un Hasbeen dvalant ; enfin ce nest quun dbut, mais peut-tre aussi un authentique commencement , R. Paqu, qui a compris que linformation du public tait la seule arme opposer nos filous, a dj pris, de son propre chef et sans que len priasse, une habile et dmocratique initiative : traduire dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung la plus longue des interviews o M. Glandu, affectant de justifier sa philosophie graillonneuse de la traduction, commence en ralit dcouvrir lui-mme et ses complices, et achve en mme temps de rvler qui en doutait encore quil est fou lier. Cest pourquoi, avant de conclure ce communiqu de guerre, je voudrais mon tour laisser la parole notre ahuri, non point exactement pour laccabler on a vu que ctait difficile , mais pour6

Cest rat ! A linstant mme o jcrit mes balivernes, Roger-Pol Droit vient pour la deuxime fois, de sauver 1honneur flapi du Monde des Livres (12 dcembre 1986 ; cf. son article du 21 juin 1985) en disant froidement et compltement la vrit sur ldition officielle . Si ctait ma cause que je plaidais, ou quil soutenait, je devrais len remercier publiquement ; comme tel nest pas le cas, je laisse le soin de le faire mieux que moi ses lecteurs, au nombre desquels M. H. Heidegger pourrait bien se trouver. Et comme un bonheur narrive jamais seul, voici que M. Jean Lacoste, que je nai pas lhonneur de connatre, apporte dans la Quinzaine littraire du 15 dcembre des informations et des rflexions sur cette mme dition, qui non seulement sont tout aussi pertinentes que celle de R.-P. Droit, mais encore leur sont parfaitement complmentaires. Allons, tout nest pas perdu ! 19

confirmer indirectement leffarant cynisme de ceux qui ont os se servir de lui. Ajoutons que le comique, dont nulle situation franaise nest jamais tout fait exempte, aura ainsi le dernier mot, ce qui compensera en quelque sorte ce discours de mort que tenait tout lheure la N.R.F. en sa prosopope, et quelle vend depuis quelle existe. Ainsi donc, Glandu, dit Hasbeen, vous voulez bien traduire pour nous Sein und Zeit ? Oui, mon Obersturmbannfhrer, rpond notre homme, utilisant le seul mot allemand quil connaisse (il croit quil signifie : les petits oiseaux chantent dans la fort ) ; dailleurs Jean Beaufret la voulu, dont vous tes le reprsentant sur la terre comme il ltait lui-mme de Heidegger aprs sa mort, et ce nest pas lui qui se serait moqu de moi en men confiant la mission, foi de Glandu ! Fort bien, dit Hasbeen, et comment vous y prendrez-vous ? Cest trs simple, mon officier, je ne traduirai pas, car, comme vous le savez, tel tait galement le souhait de notre vieux matre. Euh, dit Hasbeen, cest en effet ce que nous souhaitons tous, jen conviens, et il nest pas question que les sous-hommes mettent leurs doigts sales sur des textes dont nous fmes si longtemps les seuls interprtes, quand bien mme nous navons jamais russi les interprter ; seulement, voyez-vous, Glandu, il nest pas convenable de dire ce genre de choses aussi clairement, et je compte sur vous, lorsque vous prsenterez votre traduction, pour trouver quelques expressions qui le disent sans vraiment le dire. Et notre sapeur Camember dessayer de le dire, mais, hlas pour lui et son barbeau casse-crote7, en le disant ! Voici en effet quelques dclarations croustillantes de Glandu au lecteur et la presse :7

Cest en effet le genre fins de mois difficiles , courageux, mais pas tmraire : en juin 1985, date exacte de mon dition, Hasbeen qui on na rien demand, se conchie dans la presse en expliquant que, lan prochain, on va voir ce quon va voir, savoir que J. Beaufret a fait le bon choix en mandatant Glandu, et que jai indment coup lherbe sous le pied de doux agnelets tout dvous au service de Heidegger, des potes de la traduction qui navaient plus besoin que dun t, dun automne pour que mrt leur chant (cf. le Figaro du 21 juin 1985, et ma rponse le 28 ; puis le Matin de Paris du 9 juillet 1985 mais l, pas de rponse : nous sommes dans la presse progressiste). Et puis, fin 1986, dans ldition officielle, deuxime surprise (cf. supra, n. 1) : le nom de Hasbeen ne figure nulle part, alors quil posait jusque-l au responsable de ldition de Heidegger en France (quil ne fut jamais, je le sais dexprience) et quon mavait rpt satit durant un an quil ne fallait pas sinquiter et que le contrle de Glandu par Hasbeen excellent traducteur, comme je lai toujours dit moi-mme constituait le rempart idal contre tout drapage : quoi je rpondais que, si une telle collaboration tait effective, Hasbeen navait qu co-signer la traduction en cours. Que sest-il donc finalement pass ? Hasbeen a-t-il laiss faire par pure mchancet, ou aussi par paresse ? Ou bien, hypocrite, mais pas bte, a-t-il senti que la galre tait peu sre, et quil serait imprudent dy inscrire son nom aux cts de celui dun traducteur de fortune ? Ou bien Glandu a-t-il voulu aller seul la mitraille, pour prouver quil tait un grand garon ? Ou encore des combinaisons obscures, ou des brouilles sont-elles intervenues dans le trio infernal Glandu-Hasbeen-Gallimard ? Toujours est-il que Hasbeen, bien quil ait quitt le navire, persiste, mais sans entrer dans les dtails on se demande mme sil a lu le rsultat final ! clbrer lentreprise pour la seule et unique raison quelle a t mene jusquau bout, et a soi-disant rfut la mienne comme le fruit rfute la fleur ! (cf. Le Matin du 18 novembre 1986). Comprenne qui pourra. En attendant den savoir plus, mon hypothse est forcment dordre psychopathologique : personnage bien dou au dpart, Hasbeen aura soudainement vir, vers 1980, du berger foltre de ltre au chef de secte paranoaque, son premier soin tant alors de prendre sous son aile la paraphrnie glandulaire, mais sans aller jusqu corriger pour autant la traduction. Erreur fatale, qui vaut notre diadoque mystique de Beaufret dtre dj grill en France il faut dire quil trouvait le moyen den rajouter avec des plaidoyers 20

Pour de simples et videntes raisons pratiques, il est apparu impossible de donner de tre et Temps une dition bilingue. Dire maintenant sur un ton de regret quelle et t souhaitable serait parfaitement drisoire. Elle ntait pas souhaitable, elle reste indispensable. Car la premire chose dire de cette version franaise dtre et Temps, cest que lide dune traduction qui prtendrait recouvrir le texte original, qui sy substituerait en dispensant davoir y recourir, constitue le contraire mme du dessein que nous nous sommes propos. Noublions jamais le conseil que donnait ses lves M. Jean Beaufret lorsquil tait professeur de khgne : Si vous voulez lire Sein und Zeit, apprenez lallemand. Suppler ldition bilingue nest pas difficile. En se munissant dun exemplaire du texte allemand et en le jouxtant de la prsente traduction, le lecteur se mettra mme de faire face un livre dans lequel, tort ou raison (!) on a souvent voulu voir un dfi la traduction (annexe ldition officielle, p. 515). Il mest impossible de faire maintenant une revue dtaille de tous les termes problmatiques du livre. Ce que je voudrais surtout dire leur sujet, cest que, telle que je la propose, la traduction na jamais pour but de faire oublier le texte original en le recouvrant de mots franais. Elle vise, au contraire, y conduire et y ramener sans cesse davantage. Elle est si peu destine des lecteurs qui voudraient sen servir pour viter lallemand quelle part justement du principe que le lecteur qui y recourt ne saurait tre compltement impermable lallemand. Cest ce que jai expliqu dans le texte de prsentation, o jappelle la lecture bilingue dune traduction qui nambitionne certes pas dtre dfinitive mais qui tend une certaine transparence. Lide pour moi a toujours t de faire, si possible, apercevoir le texte allemand travers la traduction. Une phrase de dAlembert sur laquelle je suis tomb seulement lanne dernire, le dit fort bien : La langue de la traduction doit porter lempreinte du gnie de loriginal et de la teinture trangre. Cela dit, il serait extravagant [ben voyons !] desprer forcer le Franais ... parler allemand, moins dy mettre lhumour de Jules Laforgue crivant en franais germanis : Ctait un trs au vent doctobre paysage ! Ce que jattends prcisment du lecteur, cest quil ait toujours un il pour le texte et le mot allemand (Magazine littraire, nov. 1986, p. 32). Labsence de glossaire relve de mon initiative. Elle est logique si vous suivez ce que jai expos dans ma prsentation de la traduction. Jy explique que lesprit dans lequel jai travaill est celui dune dition bilingue, cest--dire dune traduction destine des lecteurs qui gardent toujours le texte allemand sous les yeux. Celui qui a cte cte sur sa table original et traduction peut avoir besoin dun dictionnaire, mais non dun glossaire. Un tube de vaseline peut galement lui tre de bon secours (Le Matin de Paris, 18 novembre 1986, p. 22 ; la dernire phrase est ajoute, conformment au sens gnral de ce qui la prcde, par le citateur). * * * Non, mes chers Franais, ne soyez point tonns que jen appelle lAllemagne : car vous qui tiez hier des veaux, vous tes maintenant des moutons. Depuis longtemps, vous ne pensiez plus gure, voici que vous ne sentez plus rien. Mais de ce que vous ne sentiez rien, vous auriez bien mauvaise grce conclure quon a cess de vous entuber : ce que vous feriez mieux den dduire, cest que vous navez pass que trop de temps vous largir et vous aveugles et systmatiques dans laffaire du nazisme de Heidegger ! et lui vaudra dtre bientt carbonis en Allemagne. Voil ce quil en cote de har Heidegger en prenant lair de laimer, et de jouer au plus fin avec la vrit philologique, qui ne supporte pas la triche. Bref, les nazillons du pseudo-heideggrianisme aboient, et la caravane de lobjet phnomnologique passe. 21

graisser le fion. Non seulement vous avalez nimporte quoi, mais vous lavalez par o dordinaire on le rejette, pardon, on le dvale. Avalerez-vous encore la dernire couleuvre philologique quon vient de vous servir, comme vous avaliez nagure, et toujours par le mme canal, les colonnes susnommes ou mme et l, lunivers vous admire la pyramide du Louvre ? Aprs le coup de lutopie sociale, vous laisserez-vous faire celui du modernisme culturel ? Aprs celui du gauchisme, celui du nazisme new look ? Aprs celui de la coexistence, celui du consensus ? A la tyrannie des professeurs, ne voyez-vous comme alternative que celle des prtres ? A celle des dmagogues, que celle des maffieux ? A celle des idologues, que celle des psychopathes ? Je vous laisse y rver. Pour moi, mes deux principales rsolutions sont prises depuis longtemps, et ce nest ni aujourdhui, ni demain que jen changerai. La premire est videmment de vous informer. Je viens de le faire, et je continuerai. Pour lheure, jespre que vous avez compris : vous tes cocus, parce que ldition officielle de Sein und Zeit en franais , quelque illisible quelle soit, suffira en interdire toute autre jusquau jour lointain o une justice digne de ce nom aura pass, et prvalu un autre droit que celui des plus forts, une autre raison que celle des plus fous. En revanche, il est une chose quelle ne minterdira pas : cest, je mempresse de lannoncer, de rimprimer en 1988, ds que jen aurai trouv les moyens financiers, ma propre traduction un nombre lev dexemplaires, et de recommencer la distribution gratuite jusqu satisfaction quasi complte de la demande. Que si mes adversaires voulaient contrecarrer ce ferme projet par les moyens lgaux, je les mets au dfi de saisir cette fois-ci la justice, car lentendre se prononcer est le plus vif de mes dsirs, comme cest leur pire hantise. Quant la seconde rsolution, elle nest autre ceux qui lisent mes premiers essais lauront srement compris que de relever la philosophie dans ce pays, dans la petite mesure o mes forces me le permettront. Projet difficile excuter sans vous, mes chers compatriotes, je le reconnais, mais non pas impossible, sil est vrai qu ct de vous, qu ct de moi, il existe un troisime personnage de tout drame spirituel moderne, qui nous dpasse tous les objets. Quest-ce donc que cela, un objet ? Comme ce nest point le lieu, dans un divertissement en style poissard, den discourir phnomnologiquement, je me contenterai den montrer du doigt quelques-uns : objet, hier, tre et Temps sauv du dsastre par son dition prive de 1985 ; objet, aujourdhui, la prsente version indite de LOrigine de luvre dart, soustraite ses soustracteurs au prix dun nouvel acte de piraterie comme le lobby ne manquera pas de le nommer vertueusement ; objet, demain, le De unitate Dei et pluralitate creaturarum dAchard de Saint-Victor, quil sest encore trouv de bonnes mes pour essayer, malgr ses huit cents ans dge, de cacher aux yeux de la France et du monde, de crainte sans doute quils nen fussent blouis ! Et objets, aprs-demain, dautres uvres , comme on ne dira plus, si du moins la Fortune me sourit et si la Parque me prte vie. En vrit, je vous le dis : lobjet prvaudra parce que la modernit est l, alors que M. Hasbeen, qui ose en prononcer le nom, a failli tre. Il vivra mme si la culture meurt, et peuttre au prix de sa disparition. Le Franais reparlera, la pense franaise repensera, le livre franais, ft-il traduit dune autre langue, renatra, lcole franaise r-duquera, parce quil le faut. Mais sera-ce par votre volont, ou seulement par celle dune infime minorit de rsistants ? La France a rendez-vous avec la modernit : sera-ce malgr vous, ou avec vous, les Franais ? Comme dirait M. Glandu avant de rentrer dans sa loge Hasbeen, lui, a dj regagn son trou : a y en a tre la question, dont au sujet de laquelle jai eu lhonneur de vous la poser. 15 dcembre 1986.

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TEXTE ORIGINAL

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TRADUCTION

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VOM URSPRUNG DES KUNSTWERKES

Vortrag gehalten in Kunstwissenschaftlichen Gesellschaft Freiburg am 13. November 1935

Es wird die Frage nach dem Ursprung des Kunstwerkes gestellt. Zur Durchfhrung dieser Frage sind im voraus drei Dinge ntig. 1 Wir mssen darauf halten, dass wir wirklich von dem ausgehen, dessen Ursprung gezeigt werden soll vom Kunst-werk. 2 Wir mssen einen Vorbegriff von dem haben, wonach wir fragen vom Ursprung. 3 Wir mssen im Klaren sein ber den Weg vom Kunstwerk zum Ursprung. Der Klrung dieser drei Dinge dient der erste vorbereitende Teil des Vortrags.

IKunstwerke sind uns bekannt. Bau- und Bildwerke sind hier und dort an- und untergebracht. Ton- und Sprachwerke sind vorhanden. Die Werke entstammen den verschiedensten Zeitaltern ; sie gehren unserem eigenen und fremden Vlkern an. Wie diese Werke selbst so kennen wir auch meistens ihren Ursprung . Denn wo anders soll ein Kunstwerk seinen Ursprung haben als in der Hervorbringung durch den Knstler ? Es gilt daher die Vorgnge zu beschreiben, die sich bei der Verfertigung von Kunsterzeugnissen abspielen. Unter diesen Vorgngen ist offenbar der ursprnglichste die Fassung des knstlerischen Gedankens ; denn von ihm her vollzieht sich die Umsetzung ins Werk ; aus ihm geht schliesslich das Erzeugnis hervor. Eine Zergliederung dieser seelischen Erlebnisse und Hintergrnde im Knstler kann mancherlei zu Tage frdern. Nur haben solche Nachforschungen nichts zu tun mit der Frage nach dem Ursprung des Kunstwerkes ; denn sie gehen weder vom Kunstwerk aus noch in den Ursprung zurck. Sie gehen nicht vom Kunstwerk aus, weil dieses dann genommen wird als die gekonnte Leistung des Knstlers, als ein Ergebnis seines Tuns. Zwar ist immer das einzelne Kunstwerk auch die Hervorbringung eines Knstlers ; aber dieses Erzeugtsein des Werkes macht nicht sein Werksein aus ; das gilt um so weniger, als ja der eigenste Wille der Hervorbringung darauf zielt, das Werk auf sich selbst beruhen zu lassen. Gerade in der groen Kunst und von ihr allein ist hier die Rede bleibt der Knstler gegenber dem Werk etwas Gleichgltiges, fast wie ein im Schaffen sich selbst vernichtender Durchgang.

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DE LORIGINE DE LUVRE DART

Confrence prononce la Socit des Sciences de lArt de Fribourg-en-Brisgau le 13 novembre 1935

Est ici pose la question de lorigine de luvre dart. La traverse de cette question requiert au pralable trois choses : 1 Nous devons nous astreindre partir effectivement de ce dont lorigine doit tre montre de luvre dart. 2 Nous devons possder un prconcept de ce dont nous nous en enqurons de lorigine. 3 Nous devons tre au clair sur le chemin qui conduit de luvre dart lorigine. Cest la clarification de ces trois choses quest destine la premire partie, prparatoire, de cette confrence.

IDes uvres dart, nous en connaissons. Ici et l-bas, des uvres architecturales et plastiques sont disposes et entreposes. Des uvres sonores, des uvres de langue nous sont prsentes. Ces uvres proviennent des poques les plus diverses ; elles appartiennent notre peuple et des peuples trangers. Du reste, autant que ces uvres mmes, nous connaissons aussi le plus souvent leur origine . Car o donc une uvre dart pourraitelle trouver son origine, sinon dans sa production par lartiste ? Par suite, il convient de dcrire les processus qui se droulent lors de la confection de produits artistiques. Et parmi ces processus, le plus originaire est de toute vidence la conception de lide artistique, sil est vrai que cest partir delle que saccomplit cette transposition quest la mise en uvre, que cest delle que procde en dernire instance le produit. Une analyse de ces vcus psychiques ainsi que de leurs arrires-plans chez lartiste peut mettre au jour bien des rsultats. Oui mais de telles investigations nont rien voir avec la question de lorigine de luvre dart ; car pas plus quelles ne partent de luvre, pas plus elles ny reviennent (Hw. 46). Elles ne partent pas de luvre, car celle-ci y est envisage comme ce que le pouvoir de lartiste a produit, comme un rsultat de son faire. Certes, luvre dart singulire est toujours aussi la production dun artiste ; toutefois, cet tre-produit de luvre ne constitue point son tre-uvre, et cela dautant moins que la volont la plus propre de la production vise bel et bien laisser luvre reposer sur elle-mme. Dans le grand art justement et cest de celui-ci seul quil sagit ici , lartiste demeure par rapport luvre quelque chose dindiffrent, presque comme un procs qui sannulerait lui-mme dans la cration (Hw. 29). 27

Und nicht auf den Ursprung geht jene Zergliederung der Erlebnisse des Knstlers zurck sondern auf eine Ursache . Beides ist nicht dasselbe. Schuhzeug wenn dieser Vergleich hier erlaubt ist gibt es nicht, weil es Schuster gibt, sondern Schuster sind mglich, weil so etwas wie Fubekleidung mglich und notwendig ist. In einem noch wesentlicheren Sinne gilt das vom Knstler. Kunstwerke sind nicht, weil Knstler solche erzeugt haben, sondern Knstler knnen nur als Schaffende sein, weil so etwas wie Kunstwerke mglich und notwendig ist. Jener Grund, der das Wesen des Werkes und im Voraus damit das Wesen des Knstlers mglich und notwendig macht, ist der Ursprung des Kunstwerkes. Um aber in diesen Ursprung vorzudringen, drfen wir offenbar nicht vom Werk als Erzeugnis ausgehen, sondern mssen das Werk selbst, so wie es an sich ist, zu fassen suchen. Auf welchem Wege gelingt das ? Wir finden die Kunstwerke an sich vor in Sammlungen und Ausstellungen. Hier sind sie untergebracht. Wir finden Kunstwerke vor auf ffentlichen Pltzen und in den Wohnhusern Einzelner. Da sind sie angebracht. Die Werke sind verstndlich. Die Kunstgeschichtsforschung bestimmt ihre Herkunft und Zugehrigkeit. Kunstkenner und Kunstschriftsteller beschreiben ihren Gehalt und ihre Qualitten . Die Werke werden so, wie sie an sich sind, dem gemeinsamen und vereinzelten Kunstgenu zugnglich gemacht. Amtliche Stellen bernehmen die Pflege und Erhaltung der Werke. Der Kunsthandel sorgt fr den Markt. Um die so an sich vorhandenen Kunstwerke tut sich ein mannigfaltiger Umtrieb, den wir kurz und ohne jede abschtzige Bedeutung den Kunstbetrieb nennen. Aber begegnen uns da die Werke, wie sie in sich stehen ? Die Aegineten in der Mnchner Sammlung, das Brbele im Liebighaus in Frankfurt, die Antigone des Sophokles in der besten kritischen Ausgabe all die Werke sind aus ihrem eigensten Raum herausgerissen. Ihr Rang und ihre Eindruckskraft mgen noch so gro, ihre Erhaltung noch so gut, ihre Deutung noch so sicher sein, die Versetzung in die Sammlung hat sie ihrer Welt entzogen. Aber auch wenn wir uns bemhen, solche Versetzungen der Werke aufzuheben oder zu vermeiden indem wir etwa den Tempel in Paestum an seinem Ort aufsuchen und den Bamberger Dom an seinem Platz die Welt der vorhandenen Werke ist zerfallen. Weltentzug und Weltzerfall sind nie mehr rckgngig zu machen. Die Werke sind nicht mehr die, die sie waren ; sie selbst sind es zwar, die uns da begegnen, aber sie selbst : die Gewesenen. Als Gewesene stehen sie uns im Bereich der berlieferung und Bewahrung entgegen. Sie bleiben solche Gegenstnde. Aber dieses Entgegenstehen ist nur noch eine Folge jenes vormaligen Zu-sich-Stehens nicht mehr dieses selbst. Das ist aus ihnen geflohen. Die Werke sind zwar da, aber sie stehen lediglich als Gegenstnde. Aller Kunstbetrieb, er mag aufs usserste gesteigert werden und alles um der Werke selbst willen betreiben, er reicht immer nur bis an das Gegenstandsein der Werke. Doch das ist nicht ihr Werksein.

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Dautre part, ce nest pas lorigine que revient cette analyse des vcus de lartiste, mais une cause . Or origine et cause font deux. Sil y a une chaussure pour autant que cette comparaison soit permise , ce nest pas parce quil y a des cordonniers, les cordonniers se sont au contraire eux-mmes possibles que parce quest possible et ncessaire quelque chose comme lhabillement du pied. Or cela vaut de lartiste en un sens plus essentiel encore. Les uvres dart ne sont pas parce que des artistes en ont produites, mais des artistes ne peuvent tre en tant que crateur que parce quest possible et ncessaire quelque chose comme des uvres dart. Ce fondement qui rend possible et ncessaire lessence de luvre et, demble et du mme coup, lessence de lartiste, cest cela lorigine de luvre dart (Hw. 7). Mais pour percer jusqu cette origine, ne sommes-nous pas manifestement autoriss partir de luvre comme produit ? Ou bien nous faut-il absolument tenter de saisir luvre elle-mme, comme elle est en soi ? Mais quel chemin prendre pour y russir ? Les uvres dart, nous les trouvons devant nous, dans des collections et des expositions. Elles y ont t mises labri. Nous en trouvons aussi sur des places publiques et dans des demeures prives. Elles y ont t disposes. Ces uvres sont intelligibles. La recherche en histoire de lart dtermine leur provenance et leur appartenance. Des connaisseurs, des critiques dart en dcrivent le contenu et les qualits . Ainsi, les uvres telles quelles sont en soi, sont-elles rendues accessibles la jouissance collective et individuelle de lart. Des institutions officielles assument la charge dentretenir et de conserver les uvres, tandis que le commerce de lart soccupe de leur march (Hw. 8, 29). Autour des uvres dart prsentes selon cette modalit se dploie un affairement multiple que nous appelons brivement et sans aucune nuance dprciative lexploitation organise de lart (Hw. 29). Mais question : est-ce que les uvres, dans ces conditions, nous font encontre telles quelles se dressent en elles-mmes ? Les Egintes de la collection de Munich, la Petite Barbara du Liebighaus de Francfort1, lAntigone de Sophocle dans la meilleure dition critique toutes ces uvres ont t arraches leur espace le plus propre. Si grande que soit leur dignit et leur force, si bonne leur conservation, si assure leur interprtation, le seul fait de les transporter dans une collection les a soustraites leur monde. Plus encore : mme si nous faisons effort pour supprimer ou viter de tels transports duvres en allant examiner en son lieu le temple de Paestum et sur sa place la Cathdrale de Bamberg, par exemple , le monde propre ces uvres prsentes ne sen est pas moins effondr (Hw. 29-30). La soustraction des uvres leur monde, leffondrement du monde propre des uvres deux phnomnes irrversibles. Les uvres ne sont plus celles quelles taient ; sans doute, ce sont elles-mmes qui nous font face, mais elles-mmes veut dire alors : elles, qui furent. En tant que telles, elles sob-jettent nous lintrieur du domaine de la tradition et de la conservation, et demeurent de tels objets. Mais cette ob-stance objective nest plus quune consquence de ce se-tenir-pour-soi2 antcdent dont on a parl et non plus celui-ci mme, qui sest enfui delles. Les uvres sont certes l, mais elles se dressent purement et simplement en tant quob-jets. Toute exploitation organise de lart, serait-elle mme pousse lextrme saffairerait-elle mme au service des seules uvres, ne peut jamais atteindre qu ltre-objet des uvres. Mais celui-ci nest pas leur tre uvre (Hw. 30)

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Allein knnen wir denn berhaupt das reine bezugfreie Wesen des Kunstwerkes fassen ? Kommt das Werk nicht zum mindesten durch dieses Fassen wieder in einen Bezug ? Gewiss nur fragt es sich, in welchen. Aber geben wir einmal zu, diese Fassung des Werkseins des Werkes sei mglich, dann gilt es doch eben das Kunst-werk zu fassen. Wir mssen dessen sicher sein, dass wir es auf dergleichen wie ein Kunst-werk und nicht auf ein beliebiges Erzeugnis absehen ; wir mssen also im vorhinein wissen, worin das Wesen des Kunstwerkes besteht. Das Wesen das ist jener Grund, der das Kunstwerk in dem, was es ist, ermglicht und erntigt. Dieser Grund jedoch, den wir kennen mssen, um mit Sicherheit vom Kunst-werk auszugehen und so zu seinem Ursprung zu gelangen, ist ja eben der Ursprung selbst. Was wir suchen, mssen wir schon haben und was wir haben, sollen wir erst suchen. Der Weg, auf den wir uns da begeben, ist eine Kreisbewegung. Die Schwierigkeit, dass wir erst am Schlusse der Darlegungen vorbereitet sind zum rechten Beginn, ist unvermeidlich und sie muss als eine solche begriffen werden. Die Aufgabe des ersten vorbereitenden Teiles ist damit erledigt. Der Weg des Fragens nach dem Ursprung des Kunstwerkes ist ein Kreisgang. Ursprung meint den Grund, der das Kunstwerk in seinem Wesen ermglicht und erntigt. Der Ansatz der Frage ist zu nehmen beim Werksein des Werkes und weder beim Erzeugtsein durch den Knstler noch beim Gegenstandsein fr den Kunstbetrieb.

IIWas jetzt der Hauptteil des Vortrages leisten muss, ist aus dem Vorigen klar : 1 die zureichende Kennzeichnung des Werkseins des Werkes ; 2 den Aufweis des Grundes dieses Werkseins (der Ursprung) ; 3 die Rckkehr vom Ursprung zum Werk. In den Mitvollzug dieser Kreisbewegung unseres Fragens kommen wir nur durch einen Sprung. Der ist die einzige Weise des rechten Mitwissens um den Ursprung. So hngt alles daran, dass wir fr diesen Sprung den rechten Absprung nehmen. Wir vollziehen ihn jetzt, indem wir unvermittelt und dem Anscheine nach willkrlich und in groben Hinweisen auf dit Wesenszge im Werksein des Werkes hinzeigen. Der Zeustempel steht da, inmitten des zerklfteten Felsentales. Das Bauwerk umschliesst die Gestalt des Gottes und lsst sie so zugleich durch die offene Sulenhalle hinausstehen in den heiligen Bezirk. Im Tempel und durch den Tempel west der Gott an und lsst so erst den Bezirk als einen heiligen sich ausbreiten und ausgrenzen. Die Anwesenheit des Gottes verschwebt nicht ins Unbestimmte, sondern umgekehrt : das Tempelwerk fgt erst und sammelt erst die Einheit jener Bezge, in die Geburt und Tode, Unheil und Segen, Sieg und Schmach, Einzigkeit und Verfall eines Volkes eingefgt sind. Die waltende Einheit dieser Bezge nennen wir eine Welt. In dieser kommt je ein Volk zu sich selbst. Das Tempelwerk ist die fgende Mitte aller Fugen der jeweiligen Welt.

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Mais alors, nous est-il en gnral possible de saisir lessence pure, absolue de luvre dart ? Ou bien luvre, du fait mme dune telle saisie, ne devient-elle pas nouveau relative quelque chose ? Assurment mais la question est de savoir dans quelle relation elle entre alors. Quoi quil en soit, supposer que cette saisie de ltreuvre de luvre soit possible, la tche demeure justement de saisir luvre dart (Hw. 30). Nous devons alors ncessairement tre srs dune chose : de ce que nous visons bien quelque chose comme un uvre dart, et non pas un quelconque produit ; nous devons donc ncessairement savoir demble en quoi consiste lessence de luvre dart. Lessence ce fondement qui rend possible et ncessaire luvre dart en ce quelle est. Seulement, ce fondement quil nous faut connatre afin de partir avec certitude de luvre dart et de parvenir ainsi jusqu son origine, cest l justement lorigine elle-mme. Ce que nous cherchons, nous devons dj lavoir, et ce que nous avons, cest cela que nous devons chercher. Le chemin o nous nous engageons alors est un mouvement circulaire. Cette difficult, qui veut que ce soit seulement la fin de nos expositions que nous sommes prpars au bon commencement, est invitable et doit tre proprement conue comme telle (Hw. 7-8). Ainsi la tche de notre premire partie prparatoire est-elle remplie. Le chemin du questionnement de lorigine de luvre dart est un cours circulaire. Origine signifie le fondement qui rend possible et ncessaire luvre dart en son essence. Le point de dpart de la question doit tre pris dans ltre-uvre de luvre, non pas dans son tre-produit par lartiste ou dans son tre-objet pour lexploitation organise de lart.

IIQuelle tche la partie principale de cette confrence doit-elle maintenant accomplir ? Cest ce qui sera devenu clair partir de ce qui prcde : 1 caractriser suffisamment ltre-uvre de luvre ; 2 mettre en lumire le fondement de cet tre-uvre (lorigine) ; 3 en revenir de lorigine vers luvre. Dans le co-accomplissement de ce mouvement circulaire de notre questionner, nous ne pouvons entrer que par un saut. Le saut est la guise unique du juste co-savoir de lorigine. Ainsi, tout dpend de ceci : que nous prenions llan convenable pour ce saut. Pour ce faire, nous commencerons par faire signe de manire immdiate, apparemment arbitraire, et mme grossire vers les traits essentiels de ltre-uvre de luvre. Le temple de Zeus3 se dresse l, au fond dune gorge crevasse. Ldifice embrasse la figure du dieu, et, en mme temps, il la laisse ainsi merger, travers la colonnade ouverte, dans lespace consacr. Dans le temple et par le temple, le dieu manifeste sa prsence, et cest ainsi seulement quil laisse le domaine stendre et se dlimiter comme un domaine sacr. Bien loin que la pr-sence du dieu se perde dans lindtermin, cest au contraire le temple qui, pour la premire fois, joint et rassemble lunit de ces rapports o sajointent la naissance et la mort, lheur et le malheur, la victoire et lhumiliation, lunicit et le dclin dun peuple. Lunit rgnante de ces rapports, nous lappelons un monde. Cest au sein de celui-ci quun peuple, chaque fois, accde lui-mme. Le temple comme uvre est le milieu ajointant de toutes les jointures de tout monde (Hw. 30-31).

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Dastehend ruht das Bauwerk zugleich auf dem Felsgrund. Damit zeigt dieser erst das Dunkle seines ungefgen Tragens. Dastehend hlt das Bauwerk dem darber hinrasenden Sturm stand und zeigt so erst diesen in seiner Gewalt. Der Glanz und das Leuchten des Gesteins scheinbar selbst nur von Gnaden der Sonne zeigt doch eben erst das Lichte des Tages, die Weite des Himmels und die Finsternis der Nacht. Das sichere Ragen des Tempels steht ab gegen das Wogen der Meerflut und lsst erst aus der Ruhe das wilde Toben aufscheinen. Der Baum und das Gras, der Adler und der Stier, die Schlange und die Grille rcken erst ein in ihre abgehobene Gestalt und kommen so heraus in dem, was sie sind. Dieses Herauskommen nannten die Griechen . Dies meint : das von sich her Aufgehende und so ins Licht Tretende. Ihr Wort fr das Aufleuchten : , hat dieselbe Wurzel. Dieses Aufgehende trgt, umfngt und durchdringt alle Dinge. Es ist das Ganze, worauf und worinnen der Mensch sein Wohnen grndet. Wir nennen es die Erde. Von dem, was dieses Wort nennen will, ist sowohl die Vorstellung einer abgelagerten Stoffinasse als auch die nur astronomische eines Planeten fernzuhalten. Das Tempel-werk bringt dastehend das Volk in den gefgten Bezug seiner Welt. Zugleich lsst es die Erde aufgehen als den heimatlichen Grund, dem sein Dasein aufruht. Nicht aber sind die Menschen und Tiere, die Pflanzen und das brige als unvernderliche und bekannte Dinge vorhanden, um dann nur fr den eines Tages auch vorhandenen Tempel die passende Umgebung abzugeben. Alles ist da umgekehrt : der Tempel gibt in seinem Dastehen den Dingen erst das Gesicht, mit dem sie knftig sichtbar werden und auf eine Zeit sichtbar bleiben. Und so das Bildwerk des Gottes, das der Sieger im Kampfspiel ihm weiht. Kein Bild, damit man nur wisse, wie der Gott aussieht. Keiner wei dies ; aber ein Werk, das der Gott selbst ist , das ihn anwesen lsst und jeden trifft und den weihenden Mann herausstellt als den, der er ist. Und so das Sprachwerk die Tragdie ; es wird da nichts vorgefhrt und nur bekannt gemacht, sondern der Kampf der neuen Gtter gegen die alten wird erffnet. Indem das Sprachwerk aufsteht im Sagen des Volkes, redet dieses nicht ber den Kampf, sondern durch das Sprachwerk wird das Sagen dahin verwandelt, dass es in jedem wesentlichen Wort den Kampf fhrt und zur Entscheidung stellt, was gro ist und was klein, was wacker und was feig, was dauernd und was flchtig, was Herr und was Knecht. Je eigentlicher Bau- und Bild- und Sprachwerke in sich dastehen, umso unmittelbarer sind sie die Mitte des Daseins eines Volkes. Sie sammeln alle Dinge um sich und entlassen sie zugleich in das Offenstndige ihres Wesens. Allein eben dieses In-sich-Dastehen des Werkes das Werksein wie soll es nun gefasst werden ? Die Wesenszge des Werkseins mssen hinreichend bestimmt und umgrenzt sein, denn sonst bleibt die Frage nach dem Ursprung des Werkes ohne den ntigen Anhalt. Wir heben jetzt, in stndiger Erinnerung an die Beispiele, zwei Zge im Werksein des Werkes heraus. Sie sind aufeinander bezogen und gemeinsam in einem Dritten verwurzelt. Wenn ein Werk in einer Sammlung untergebracht oder in einer Ausstellung angebracht wird, sagen wir auch, es werde aufgestellt. Aber dieses Aufstellen ist wesentlich verschieden von der Aufstellung eines Bauwerkes, der Errichtung eines Standbildes, der Auffhrung einer Tragdie in der Festfeier, was immer zugleich ist die Aufrichtung eines Sprachwerkes in der Sprache eines Volkes.

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Se tenant l, ldifice repose en mme temps sur le roc. Cest ainsi seulement que celui-ci manifeste lobscurit de son sourd4 portement. Se tenant l, ldifice tient tte la tempte qui fait rage sur lui, manifestant par l pour la premire fois celle-ci en sa violence. Lclat et la lueur de la pierre, qui apparemment ne sont eux-mmes dus qu la grce du soleil, manifestent pourtant justement la clart du jour, la largeur du ciel et les tnbres de la nuit. La sre minence du temple se dresse contre le dferlement des flots marins, et laisse ainsi le tumulte sauvage venir au paratre en provenance du calme. Cest maintenant seulement que larbre et lherbe, laigle et le taureau, le serpent et le grillon parviennent une figure distincte et se dgagent ainsi en ce quils sont. Ce dgagement, les Grecs le nommrent physis. Ce mot veut dire : ce qui se lve partir de soi et entre ainsi dans la lumire. Le nom grec pour la lueur de la lumire, phaos, phs a la mme racine5. Une telle leve porte, embrasse et pntre toutes choses. Elle est le tout sur lequel et dans lequel lhomme fonde son habiter. Celui-ci, nous lappelons la terre. De ce que ce mot veut nommer, il convient de tenir loign aussi bien la reprsentation dune masse matrielle sdimente que celle, purement astronomique, dune plante (Hw. 31). Luvre-temple, en se dressant l, porte le peuple la conjonction de son monde. En mme temps, il laisse la terre se lever comme le fond natal sur lequel son Dasein repose (Hw. 32). Cependant, les hommes et les animaux, les plantes et tout le reste ne sont pas l, sous la main, comme des choses fixes et bien connues qui ensuite fourniraient seulement au temple lui-mme sous la main un jour ou lautre son environnement. Tout, ici, est renvers : cest le temple, dans sa tenue, qui donne pour la premire fois aux choses le visage grce auquel elles deviendront lavenir visibles et, pour un temps, le demeureront (Hw. 32). Et de mme pour la statue du dieu, que lui consacre le vainqueur lors des jeux. Elle est tout sauf une image, charge de simplement faire connatre laspect du dieu cela, nul ne le sait , mais une uvre qui est le dieu mme, le laisse devenir prsent et aborde tout homme, dgageant aussi bien son tre propre celui qui consacre (Hw. 32). De mme encore pour luvre de langue la tragdie ; l, rien nest reprsent ni seulement port la connaissance, mais cest le combat des nouveaux dieux contre les anciens qui est ouvert. Tandis que luvre de langue se dresse dans le dire du peuple, celui-ci ne parle pas sur le combat, mais, par luvre de langue, le dire est mtamorphos de telle manire quen tout mot essentiel il mne le combat et porte la dcision ce qui est grand et ce qui est petit, ce qui est vaillant et ce qui est lche, ce qui est durable et ce qui est fugace, ce qui est matre et ce qui est esclave (Hw. 32). Plus proprement des uvres difies, sculptes, parles se tiennent l en soi, et plus immdiatement elles sont le milieu du Dasein dun peuple. Elles rassemblent toutes choses autour de soi et les librent en mme temps laprit6 de leur essence. Mais justement, ce se-tenir-l-en-soi de luvre ltre-uvre , comment doit-il tre saisi ? Il est indispensable de dterminer et de dlimiter de manire satisfaisante les traits essentiels de ltre-uvre si la question de lorigine de luvre ne doit pas rester dpourvue de son ncessaire point dappui7. Nous allons maintenant dgager, en nous remmorant constamment les exemples cits, deux traits dans ltre-uvre de luvre. Ces deux traits sont rapports lun lautre et ils senracinent en commun dans un troisime trait. Lorsquune uvre est entrepose dans une collection ou dispose dans une exposition, nous disons galement quelle est installe (aufgestellt). Mais cette installation est essentiellement diffrente de ldification dun btiment, de lrection dune statue, de la reprsentation dune tragdie lors dune fte, qui est toujours en mme temps le surgissement dune uvre de langue dans la langue dun peuple (Hw. 32-33). 33

Aufstellung als Errichtung nicht als bloe Anbringung ist ein Weihen und Rhmen. Weihen heit Heiligen in dem Sinne, dass in der werkhaften Erstellung das Heilige als Heiliges erffnet und der Gott in das Offene seiner Anwesenheit hereingezwungen wird. Zur Weihung gehrt die Rhmung als die Wrdigung der Wrde und des Glanzes des Gottes. Wrde und Glanz sind nicht Eigenschaften, neben und hinter denen ausserdem noch der Gott steht, sondern in der Wrde und dem Glanz west er an. Warum ist aber das Zum-Stehen-Bringen eines Werkes Aufstellung im Sinne der weihend-rhmenden Errichtung ? Weil sie allein dem Wesen des Werkes gem bleibt, denn das Werk ist in sich seinem Wesen nach aufstellend. Was stellt das Werk selbst in seinem Werksein auf und wie stellt es auf ? In sich aufragend erffnet das Werk eine Welt und hlt sie in Verbleib. Das Werk stellt eine Welt auf. Aber was ist denn das eine Welt ? Im Beispiel des Zeustempels wurde es schon angedeutet und auch jetzt lsst sich der Begriff erst anzeigen. Aus der Abwehr gesprochen : Welt ist nicht die bloe Ansammlung vorhandener abzhlbarer oder unabzhlbarer Dinge. Welt ist aber auch nicht ein nur eingebildeter, zur Summe des Vorhandenen hinzu vorgestellter Rahmen. Welt waltet. Sie ist seiender als die greifbaren und berechenbaren Dinge, in denen wir uns alltagsmssig heimisch glauben. Aber Welt ist nie ein Gegenstand, der vor uns steht, sondern das immer Ungegenstndliche, dem wir unterstehen. Die Welt hlt unser Tun und Lassen entrckt in ein Gefge von Verweisungen, aus denen die winkende Huld der Gtter und ihr schlagendes Verhngnis ankommt und ausbleibt. Auch dieses Ausbleiben ist eine Weise, wie die Welt waltet. Indem eine Welt sich ffnet, bekommen alle Dinge erst ihre Weile und Eile, ihre Ferne und Nhe, ihre Weite und Enge. Wo die wissenden und wissentlichen Grundentscheidungen unseres Daseins fallen, ausgebaut und verlassen, erfragt und verkannt werden, da ist Welt. Der Stein hat keine Welt ; auch die Pflanze nicht und auch nicht das Tier ; dieses hat nur den verhllten Andrang einer Umgebung, in die es hineinfgt. Welt ist die unser Dasein umwaltende Fuge, deren Weisung gem sich alles fgt, was ber uns verfgt ist und daher von uns entschieden werden muss. Das Wissen um die Welt um diese weisende Fuge geht allem Kennen der Dinge voraus. Indern ein Werk Werk ist, bringt es eine Welt zum erffneten Ragen. Das Aufstellen einer Welt kurz die Aufstellung genannt ist der erste Wesenszug im Werksein des Werkes. Den zweiten nennen wir mit dem Wort Herstellung . Es muss in einem entsprechenden Sinne wie die Aufstellung verstanden werden. Das will sagen : das Werk ist in seinem In-sich-Stehen selbst herstellend. Gewhnlich sprechen wir von Herstellung bei einem Kunstwerk, wenn wir meinen, es sei aus diesem oder jenem Stoff Stein, Holz, Erz, Farbe, Ton, Sprache hergestellt d.h. hier angefertigt. Aber so wie das Werk eine Aufstellung fordert die weihend-rhmende Errichtung , weil es in sich dem Wesen nach eine Welt aufstellt, ebenso wird die Herstellung als Anfertigung aus einem sogenannten Werkstoff notwendig, weil das Werk in sich, ob es ausgefhrt oder nicht, herstellend ist. Doch wieder entsteht die Frage : was stellt das Werk her und wie ?

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Linstallation en tant quelle dresse au lieu de simplement placer, disposer , est un geste de consacrer et de glorifier. Consacrer signifie rendre sacr en ce sens prcis que, dans le mode de dresser propre luvre, le sacr est ouvert comme sacr et le dieu entran dans louvert de sa prsence. la conscration, appartient la glorification au sens de lvaluation de la vaillance8 et de lclat du dieu : vaillance et clat ne sont pas des proprits ct et derrire lesquelles se tiendrait de surcrot le dieu, mais cest dans la vaillance et lclat quil se rend prsent (Hw. 33). Mais pourquoi porter une uvre sa tenue est-il linstaller au sens de ce geste de dresser qui consacre et glorifie ? Parce que linstallation demeure seule conforme lessence de luvre, sil est vrai que luvre est en soi et en son essence installante. Quinstalle donc luvre elle-mme en son tre-uvre et comment linstalle-t-elle ? (Hw. 33). Surgissant en soi, luvre ouvre un monde et le tient dans la demeurance. Luvre installe un monde. Mais quest-ce que cest que cela, un monde ? propos de lexemple du temple de Zeus, nous lavons dj suggr, et maintenant encore le concept ne peut en tre quindiqu. Pour le dire de manire prventive : le monde nest pas le simple rassemblement de choses sous la main dnombrables ou innombrables. Mais le monde nest pas non plus un cadre simplement imagin, ajout en reprsentation la somme de ltant sous la main. Le monde rgne9. Il est plus tant que les choses captables et calculables parmi lesquelles, quotidiennement, nous nous croyons demeure. Le monde, surtout, nest jamais un objet qui se tient devant nous, mais le toujours inobjectif auquel nous sommes sujets. Le monde tient nos faits et gestes captivs dans un ajointement de renvois partir desquels le signe de la grce des dieux et la frappe de leur disgrce se prsente et se rserve. Mme cette rserve est une guise, pour le monde, de rgner. Tandis quun monde souvre, toutes choses reoivent pour la premire fois leur apparatre et leur disparatre, leur lointain et leur proximit, leur expansion et leur resserrement. L o sont prises, l o sont labores et abandonnes, l o sont questionnes et manques les dcisions sachantes et savantes fondamentales de notre Dasein, l est un monde. La pierre na pas de monde ; et pas davantage la plante, ni mme lanimal : celui-ci a seulement la pression voile dun environnement o il sinsre (Hw. 33-34). Le monde : la jointure qui treint notre Dasein et conformment la consigne de laquelle sajointe tout ce qui est en-joint quant notre destin, et qui par consquent doit ncessairement tre dcid par nous. Le savoir du monde de cette in-jonction qui faitsigne prcde toute connaissance des choses. Tandis quune uvre est uvre, elle porte un monde son mergence ouverte. Linstallation dun monde que nous appelons linstallation tout court est le premier trait essentiel dans ltre-uvre de luvre (Hw. 34). Quant au second, nous le nommons par le mot pro-duction (Herstellung). Ce mot doit tre compris dans un sens correspondant installation . Autrement dit : luvre, en son se-tenir-en-soi, est elle-mme productrice. Ordinairement, nous parlons de production propos dune uvre dart lorsque nous voulons dire quelle est produite, cest--dire en loccurrence apprte partir de tel ou tel matriau, pierre, bois, mtal, couleur, son, langue. Mais, de mme que luvre requiert une installation le geste de dresser qui consacre et glorifie parce quen soi et selon son essence elle installe un monde, tout de mme la production comme apprtement partir dun matriau nestelle ncessaire que parce que luvre, en soi, explicitement ou non, est pro-ductrice. Seulement, la question ne fait alors que rebondir : que pro-duit luvre, et comment ? (Hw. 34).

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Das Werk indem es aufragt in seine Welt senkt sich zurck in die Massigkeit und Schwere des Steins, in die Festigkeit und Biegsamkeit des Holzes, in die Hrte und den Glanz des Erzes, in das Leuchten und Dunkeln der Farbe, in den Aufklang des Tones und in die Nennkraft des Wortes. All das ist nicht ein Stoff, der bei der Anfertigung eben gebraucht und dann verbraucht wird, kein Material , das da nur bewltigt und zum Verschwinden gebracht werden soll. Im Gegenteil ! In dem, was wir als Stoff mideuten, kommt gerade erst das Lasten des Felsens, der Blitz und Schimmer der Metalle, das Hochstehen des Baumes, das Licht des Tages, das Rauschen der Meerflut und das Schweigen der Nacht zum Vorschein. Das Werk stellt all dieses ins Offene erst her. Und wir nannten schon das so Hergestellte : die Erde. Deren Wesen gilt es jetzt kurz anzudeuten. Der Stein lastet und zeigt seine Schwere. Doch indem diese uns entgegenlastet, versagt sie sich jedem Eindringen in sie. Versuchen wir es, indem wir etwa den Fels zerschlagen, dann zeigt er in seinen Stcken doch nie ein Inneres und Offenes. Alsogleich verzieht sich der Stein wieder in dieselbe Dumpfheit des Lastens seiner Stcke. Versuchen wir es anders, indem wir den Stein auf die Waage d.h. in die Berechnung legen, dann bleibt uns eine Zahl und das Lasten hat sich uns entzogen. Die Farbe leuchtet und will nur leuchten. Wenn wir sie verstndig rechnerisch in Schwingungszahlen zerlegen, ist sie fort. Sie zeigt sich nur, wenn sie unerschlossen und unverstanden bleibt, wenn wir sie sein lassen in ihrer Verschlossenheit. Die Erde lsst jedes Eindringen in sie an sich abprallen. Sie lsst jede nur rechnerische Zudringlichkeit zur Zerstrung werden, die nur zum Schein eine Herrschaft, im Grunde aber eine Ohnmacht ist. Offen da als sie selbst ist die Erde nur, wo sie gewahrt und bewahrt wird als die wesenhaft unerschliessbare, die vor jeder Erschliessung zurckweicht d.h. stndig sich verschlossen hlt. Und das ist das Wesen der Erde : das wesenhaft sich Verschliessende. das Aufgehende hat den Drang, sich verschlossen zu halten. Alle Dinge der Erde sie selbst im Ganzen verstrmen sich in einen wechselweisen Einklang und doch ist in jedem der sichverschliessenden Dinge das gleiche Sich-nicht-Kennen. Und eben dieses die Erde als die stndig sich verschliessende stellt das Werk ins Offene her. Das Sich-verschliessen aber ist keine leere, eintnige Starre, sondern es birgt eine unberbietbare Flle in sich, die das Werk jeweils befreit, indem es sie erstmals in die Bewahrung hebt. Indem aber das Werk dergestalt die Erde her- und beistellt, stellt es sich selbst in die Erde als ein ihr Zugehriges zurck. Die Erde wird im Werk und fr dieses der sich verschliessende Grund, dem es aufruht, ein Grund der, weil er wesenhaft sich verschliessend, ein Abgrund bleibt und als ein solcher durch das Werk anwest. Aufstellung einer Welt, Herstellung der Erde sind die beiden Wesenszge im Werk. Sie sind nicht zufllig verkoppelt, sondern der eine fordert den andern. Die Welt, die das Werk aufragend erffnet, wendet sich als die fgende Mitte alles wissenden Entscheidens zur Erde und duldet kein Ungefges und Verschlossenes. Die Erde aber, die das Werk herstellend aufglnzen lsst, will in ihrem Sichverschliessen alles sein und in sich einbehalten. Aber eben deshalb kann die Erde die erffnete Welt nicht missen, soll sie selbst im vollen Drang des Einbehaltens aller Dinge erscheinen. Und die Weit wieder kann der Erde nicht entschweben, soll sie als der fgende und weisende Fug dem Ungefgen standhalten. Welt ist gegen Erde und Erde gegen Welt. Sie sind im Streit, und dieses, weil sie sich zugehren.

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Luvre tandis quelle surgit dans son monde se re-plonge dans la massivit et la pesanteur de la pierre, dans la solidit et la souplesse du bois, dans la duret et lclat du mtal, dans le lumineux et le sombre de la couleur, dans lexplosion du son et la force nommante du mot. Mais tout cela nest pas un matriau qui serait tout juste utilis et ensuite us lors de lapprtement, nest pas un matriau qui nattendrait que dtre domin et port la disparition. Au contraire ! Cest justement dans ce que nous msinterprtons au titre de matriau que vient tout dabord au paratre le poids du roc, lclair et le scintillement des mtaux, la haute stature de larbre, la lumire du jour, le bruissement des vagues et le silence de la nuit. Cest luvre qui pour la premire fois produit tout cela dans louvert. Et lainsi pro-duit, nous le nommions dj : la terre. Il convient donc maintenant de suggrer brivement lessence de celle-ci (Hw. 34-35). La pierre pse, et manifeste sa pesanteur. Cependant, tandis que celle-ci sappesantit sur nous, elle se refuse toute pntration en elle. Que nous tentions dy pntrer en brisant par exemple le rocher, et les fragments de celui-ci ne rvleront jamais un intrieur ouvert. Instantanment, la pierre sest nouveau soustraite dans cette mme torpeur qui sattache au peser de chacun des morceaux. Ferons-nous une autre tentative, en posant la pierre sur la balance, cest--dire en la faisant entrer dans le calcul ? Tout ce qui nous restera alors, cest un nombre ; le peser sest retir nous (Hw. 35). La couleur luit, et elle ne veut que luire. Si notre entendement calculateur entreprend de la dcomposer en frquences, elle nest plus l. Elle ne se manifeste qu condition de rester non-ouverte et non intellige , que si nous la laissons tre dans sa fermeture propre (Hw. 35-36) La terre fait ricocher sur elle toute pntration en elle. Elle transforme toute perce seulement calculatrice en destruction, laquelle nest quen apparence une matrise, mais au fond une impuissance. Ouverte l en tant quelle mme, la terre ne lest que lorsquelle est garde et prserve comme cette terre essentiellement non ouvrable qui recule devant tout acte douverture, cest--dire qui se tient constamment referme. Et telle est lessence de la terre : ce qui, essentiellement, se referme. Physis kryptesthai philei ce qui se lve a pour empressement de se tenir referm. Toutes les choses de la terre elle-mme en son tout confluent en un rciproque unisson, et pourtant, en chacune des choses qui se referment, se dploie la mme in-connaissance mutuelle (Hw. 36). Or cest cela prcisment la terre en tant que celle qui constamment se referme que luvre pro-duit dans louvert. Cependant, le se-refermer nest point une rigidit vide, monotone, mais il abrite en soi une insurpassable plnitude que luvre libre chaque fois en lamenant pour la premire fois sa prservation. Et tandis que luvre pro-duit et met labri ainsi la terre, elle se ramne elle-mme la terre comme quelque chose qui lui appartient. La terre devient, dans luvre et pour celle-ci, le fondement se refermant sur lequel elle repose, fondement qui, parce quil se referme essentiellement, demeure un abme et se rend prsent comme tel dans luvre (Hw. 36) Installation dun monde, pro-duction de la terre sont les deux traits essentiels dans luvre. Ils ne sont point accidentellement accoupls, mais lun requiert lautre. Le monde que luvre ouvre en surgissant se tourne, en tant que milieu ajointant de tout dcider qui sait, vers la terre et ne souffre rien dindocile et de renferm. Et la terre, que luvre, en produisant, laisse clater, veut en son se-refermer tre tout et tout enclore en soi. Mais cest pour cela justement que la terre ne peut se passer du monde ouvert si elle doit elle-mme apparatre dans le plein empressement de linclusion de toutes choses. Et le monde, son tour, ne peut point senvoler de la terre sil doit, en tant que linjonction qui ajointe et faitsigne, tenir tte lindocile. Le monde est vers la terre et la terre vers le monde. Ils sont en litige, et cela parce quils sappartiennent (Hw. 36-37).

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Dieser Streit wird im Werk als solchem erffnet, d.h. erstritten. Das Werk soll diesen Streit weder niederschlagen, noch berwinden. Es selbst muss dieser Streit sein, ihn leisten d.h. bestreiten. Insichstehen des Werkes sagt nichts anderes als Bestreitung dieses Streites. Und das ist der Grundzug des Werkseins. Weil das Werk im Grunde dieser Streit ist, deshalb bat es die Wesenszge der Aufstellung und der Herstellung. Aber woher kommt dem Werke gerade diese Wesensbestimmtheit zu ? Damit stellen wir die Frage nach dem Ursprunge des Kunstwerkes und zwar jetzt aus dem Ansatze beim Werke selbst. Nach dem erluterten Vorbegriff ist der Ursprung derjenige Grund, der das Wesen des Werkes ermglicht und erntigt. Dieser Grund ist offenbar etwas anderes als das in ihm Gegrndete. Daher gilt es, zunchst dieses Andere aufzusuchen, jenes, wohin das Werk als Werk gehrt. Wir fragen deshalb : was ist im Werk selbst aber zugleich ber es hinaus am Werke ? Wir halten uns den Tempel, das Standbild, die Tragdie gegenwrtig. Das Werk ist, indem es aufstellend die Welt und herstellend die Erde den Streit beider bestreitet. lm Streit rcken Welt und Erde auseinander, aber so, dass sie erst recht aufeinander zurcken. Die erffnete Welt sucht die Erde in ein Weltgefge zu entrcken ; die Erde zieht die Welt in sich zurck und rckt sie ein in ihren dunklen Grund. In dem zueinanderstehenden Auseinandertreten des Streites ffnet sich ein Offenes. Wir nennen es das Da. Es ist der gelichtete Spielraum, in den das einzelne Seiende erst als so und so Offenbares hereinsteht und erscheint. Diese Offenheit des Da ist das Wesen der Wahrheit. Die Griechen nannten sic (Un-Verborgenheit). Erst wo die Offenheit des Da geschieht, kann die Erde als das Sichverschliessende in ein Offenes drngen ; erst wo die Offenheit des Da die Wahrheit geschieht, kann Welt als weisende Fuge des Verfgten erschlossen sein. Wann aber das Seiende als solches erscheint, dann erweist sich auch sogleich das bislang Bekannte als bloe Oberflche, als Schein und Verwirrung. In eins mit dem Offenbarwerden des Seienden kommt Verdeckung und Verstellung an den Tag ; d.h. es erscheint die Un-Wahrheit. Sie gehrt stndig mit zur Wahrheit wie das Tal zum Berg. Mit dem Unverborgenen tritt aber ebenso zugleich heraus das Sichverschliessende und jenes Verborgene, das jede Offenheit jeweils als ihre Grenze mit ins Offene hebt. Nur wenn wir all dieses in eins zusammensehen : die Unverborgenheit des jegerade Offenen, die Verdeckung und Verstellung, das Sichverschliessende und das schlechthin Verborgene, fassen wir die wesentlichen Bezge dessen, was zu einer Offenheit d.h. zum Wesen der Wahrheit gehrt. Indem das Werk den Streit zwischen der erdhaft erschlossenen Welt und der welthaft sich verschliessenden Erde aussteht, ist in ihm als Werk nichts anderes am Werk als das Geschehen einer Erffnung des Da d.h. der Wahrheit. Im Werk ist ein Geschehen der Wahrheit ins Werk gesetzt. Und diese Ins-Werk-Setzung der Wahrheit ist das Wesen der Kunst. Die Kunst ist demnach eine Weise, wie Wahrheit geschieht, die Erffnung des Da im Werk. Allein wie ist dieses Da ? Wer bernimmt es, dieses Da zu sein ?

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Ce litige est comme tel ouvert, cest--dire soutenu dans luvre. Luvre ne doit ni rprimer ce litige, ni le surmonter. Elle doit ncessairement elle-mme tre ce litige, laccomplir, cest--dire le disputer. La tenue en soi de luvre ne dit rien dautre que la disputation de ce litige. Or tel est le trait fondamental de ltre-uvre (Hw. 38). Parce que luvre est au fond ce litige, elle a les traits essentiels de linstallation et de la pro-duction. Mais do cette dtermination dessence, et elle justement, vient-elle luvre ? Nous posons ici la question de lorigine de luvre dart, et cela dsormais en prenant notre point de dpart dans luvre elle-mme. Or selon son pr-concept, plus haut lucid, lorigine est ce fond qui rend possible et ncessaire lessence de luvre. Ce fondement est manifestement autre chose que ce qui est en lui. Aussi convient-il de nous mettre dabord en qute de cet autre, de ce quoi luvre comme uvre appartient. Nous demandons donc : Quest-ce qui, dans luvre elle-mme, mais en mme temps par-del elle, est en uvre ? Tenons-nous le temple, la statue, la tragdie prsents. Luvre est tandis que, installant le monde et pro-duisant la terre, elle dispute leur litige. Dans le litige, monde et terre se dis-socient, mais non sans dsormais sas-socier rsolument lun lautre. Le monde ouvert cherche captiver la terre dans un ajointement mondain ; la terre attire en retour le monde en soi et lentrane vers son fond obscur. Dans cet disjonction conjoignante du litige souvre un ouvert. Nous lappelons le L. Il est lespace de jeu clairci o, pour la premire fois, sengage et apparat ltant singulier en tant quainsi ou ainsi manifeste. Cet tre-ouvert du L est lessence de la vrit. Les Grecs la10 nommrent a-ltheia (hors-retrait). Cest l seulement o ltre-ouvert du L se produit que la terre peut se presser, en tant que celle qui se referme, vers un ouvert ; cest l seulement o ltre-ouvert du L la vrit advient que le monde peut tre ouvert comme linjonction signifiante de ce qui est enjoint. Mais lorsque ltant apparat comme tel, alors et aussitt ce qui tait jusquici bien connu se rvle ntre que surface, apparence, confusion. Insparables du devenir-manifeste de ltant, le recouvrement et la dissimulation viennent au jour, cest--dire quapparat la non-vrit. Elle co-appartient constamment la vrit comme la valle la montagne. Mais, tout aussi immdiatement, se dgage avec le nonretir cela mme qui se referme, ce retir que tout tre-ouvert tire chaque fois vers louvert comme sa limite. Cest seulement si nous parvenons apercevoir tout cela ensemble : le hors-retrait de ce qui est chaque fois justement ouvert, le recouvrement et la dissimulation, ce qui se referme et ce qui se retire absolument, que nous saisissons les rapports essentiels de ce qui appartient un tre ouvert, cest--dire lessence de la vrit (Hw. 39-44). Tandis que luvre soutient le litige entre le monde terrestrement ouvert et la terre se refermant mondainement rien dautre nest en uvre, en elle comme uvre, que ladvenir dune ouverture du L cest--dire de la vrit. Dans luvre, un advenir de la vrit est mis en uvre. Et cette mise-en-uvre de la vrit est lessence de lart. Lart, ainsi, est une guise en laquelle la vrit advient, louvrir du L dans luvre (Hw. 49). Mais ce L, comment est-il ? Qui assume-t-il la charge dtre ce L ?

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Welt ist die weisende Fuge jener Bezge, in die alle wesentlichen Entscheidungen, Siege, Opfer und Werke eines Volkes eingefgt sind. Welt ist nie Allerweltswelt einer allgemeinen Menschheit und doch meint jede Welt immer das Seiende im Ganzen. Seine Welt das ist fr ein Volk jeweils das ihm Aufgegebene. Indem dieses Aufgegebene in Ahnung und Opfermut, in Tat und Begriff, sich ffnet, wird das Volk in sein Knftiges entrckt ist es zuknftig. Und nur wenn es zuknftig wird, erschliesst sich ihm zugleich jenes, was ihm schon mitgegeben ist und was es selbst schon gewesen. Entrckt in sein Knftiges und eingerckt in sein Gewesenes rckt es vor in seine Gegenwart. Dieses in sich einheitliche Geschehen ist das Wesen der Geschichte. Geschichte ist nicht das Vergangene, und erst recht nicht das Gegenwrtige, sondem zuerst und magebend der zugreifende Vorsprung in das Aufgegebene. Nur was im Grunde zuknftig ist, ist wahrhaft gewesen und als solches gegenwrtig. Die Offenheit des Da, die Wahrheit ist nur als Geschichte. Geschichtlich aber, d.h. in dem erluterten Sinne zuknftig-gewesendgegenwrtig ist immer nur ein Volk. Dieses bernimmt es, das Da zu sein. Sippen und Stmme schiessen erst in die Einheit eines Volkes auf und zusammen, wenn sie das Aufgegebene ergreifen d.h. als zuknftig geschichtlich werden. Das Da kann jedoch nur bernommen und bestanden werden, wenn seine Offenheit erwirkt ist und je nach der Weite und Tiefe und Bahnrichtung der Erffnung. Die Kunst aber als die Inswerksetzung der Wahrheit ist eine einzigartige Weise, in der die Offenheit des Da erwirkt und die Mglichkeit, dieses Da zu sein, gegrndet wird. Die Kunst hat nicht erst eine Geschichte, in dem usserlichen Sinne, dass sie im Wandel der Zeit neben vielem anderen Vernderlichen auch vorkommt, sondern sie ist Geschichte in dem wesentlichen Sinne, dass sie Geschichte mitbegrndet. Wir stehen bei der Frage : woher empfngt das Werk seine Wesensbestimmtheit ? Dies fhrte zur Vorfrage : wohin gehrt das Werk als solches ? Die Antwort lautet jetzt : das Werk gehrt in ein Geschehen der Wahrheit. Die Weise dieses Geschehens wurde gefasst als Ins-Werk-Setzen der Wahrheit. Und dieses wurde als das Wegen der Kunst in Anspruch genommen. Das Werk nmlich das Kunstwerk gehrt also zur Kunst, oder krzer : das Kunstwerk ist ein Kunstwerk. Solche Stze pflegt man Gemeinpltze zu nennen. Und es ist auch ein Gemeinplatz, wenn wir nur zweimal dasselbe Wort Kunstwerk gedankenlos hersagen. Es ist aber kein Gemeinplatz, wenn wir jedesmal wissen oder auch nur fragen, was ein Werk und was Kunst ist. Und der Anschein des Gemeinplatzes wird dann zum Zeichen dessen, was wir schon wissen, dass wir uns stndig im Kreis bewegen. Wer aber vorgibt, das Wesen des Kunstwerkes irgendwoher abzuleiten unter Vermeidung der Kreisbewegung, der schwindelt ; denn er muss immer schon wissen, was Kunst ist. Und wer andererseits vorgibt, das Wesen des Kunstwerkes durch Feststellungen an vorhandenen Kunstwerken auszumachen, der unterliegt einer Tuschung ; denn er muss immer schon entschieden haben, was ein Kunstwerk ist. Jene Herleitung ( Deduktion ) wie diese Auffindung ( Induktion ) sind beide gleich irrig. Allein wir bleiben bei all dem bei dem Satz : das Werk gehrt in ein Geschehen der Wahrheit, das wir Kunst nennen, gar nicht stehen, sondern dieser Satz wurde nur gewonnen, um jetzt zu sagen : was ist die Kunst ihrem Wesen nach, dass zu ihr dergleichen wie das Werk gehrt ?

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Le monde est la jointure signifiante de ces rapports o sont ajoints toutes les dcisions essentielles, les victoires, les sacrifices et les uvres dun peuple. Le monde nest jamais le monde de tout le monde dune humanit en gnral, et pourtant tout monde dsigne toujours ltant en son tout. Son monde cest chaque fois pour un peuple ce qui lui est dvolu. Tandis que cette tche souvre dans le pressentiment et dans le courage du sacrifice, dans lagir et le concevoir, le peuple est captiv dans son avenir il est avenant. Et cest seulement sil devient avenant que souvre en mme temps lui ce qui lui a dj t donn et ce quil a lui-mme dj t. Emport dans ce qui lui est venir et re-port dans ce quil a lui-mme dj t, il se porte jusqu son prsent. Ce provenir11 en soi unitaire est lessence de lhistoire. Lhistoire nest pas le pass, et encore moins le prsent, mais, de manire primaire et dcisive, le sur-saut qui sempare de ce qui est dvolu. Seul ce qui est au fond avenant est vritablement t et comme tel prsent. Ltre-ouvert du L, la vrit nest que comme histoire. Et ne peut jamais tre historial, cest--dire avenant-tant-t-prsent au sens indiqu, quun peuple. Celui-ci assume la charge dtre le L. Des lignes et des souches ne peuvent surgir et co-exister en lunit dun peuple que si elles se saisissent du dvolu, cest--dire deviennent historiales en tant quavenantes. Cependant, le L ne peut tre assum et soutenu que si son ouverture est proprement uvre, et cela chaque fois selon lampleur, la profondeur et lorientation de cet acte douvrir. Or lart en tant que la mise en uvre de la vrit est une guise unique en laquelle louverture du L est uvre et la possibilit dtre ce L fonde. Lart n a pas dabord une histoire en ce sens extrieur quil surviendrait, travers les vicissitudes du temps, parmi bien dautres tants galement changeants, mais il est histoire en ce sens essentiel quil co-fonde lhistoire (Hw. 64). Do luvre reoit-elle sa dterminit dessence ? Telle est la question auprs de laquelle nous sjournons. Elle nous a conduit la question pralable : quoi luvre appartient-elle en tant que telle ? La rponse est maintenant celle-ci : luvre appartient un provenir de la vrit. La guise propre ce provenir a t saisie comme mettre-en-uvre de la vrit. Et celui-ci a t revendiqu comme lessence de lart. Luvre entendons luvre dart appartient ainsi lart, ou, plus brivement : luvre dart est une uvre dart. On considre ordinairement de telles propositions comme des lieux communs, et celle quon vient dnoncer en serait en effet un si nous nous bornions rpter deux fois le mme mot sans rflchir. Il ne sagit cependant plus du tout dun lieu commun si nous savons chaque fois, ou mme seulement si nous demandons ce que cest quune uvre et ce que cest que lart. Et alors, lapparence du lieu commun devient un nouveau signe de ce que nous savons dj, cest--dire du fait que nous nous mouvons constamment en cercle (Hw. 8). Celui qui proposerait de driver de quelque part lessence de luvre dart en vitant le mouvement circulaire, celui-l pourtant tricherait ; car il lui faut ncessairement toujours dj savoir ce que lart est. Quant celui qui voudrait tablir lessence de luvre dart coup de constatations opres sur des uvres dart prsentes sous la main, celui-l succomberait une illusion ; car il lui faut toujours dj avoir dcid ce quune uvre dart est. Les dmarches cites, la drivation ( dduction ) et la constatation ( induction ) sont toutes deux galement aberrantes (Hw. 8). Nanmoins, il nest pas question den rester cette proposition : luvre appartient un provenir de la vrit que nous appelons art ; au contraire, si cette proposition a t conquise, cest pour nous permettre de soulever maintenant cette question : quest donc lart en son essence pour que lui appartienne quelque chose comme luvre ? (Hw. 45).

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Zur Beantwortung dieser Frage bedarf es einer Verdeutlichung des Wesens der Kunst. Wir halten uns dabei an die angegebene Umgrenzung : Kunst ist das Ins-WerkSetzen der Wahrheit. Die Kunst bringt in ihrer Weise die Wahrheit, die Offenheit des Da, in die alles Seiende erst als solches hereinsteht, zum Geschehen. In der Kunst wird erst Wahrheit. Diese ist also nicht irgendwo vorhanden, um dann in ein angefertigtes Werk berpflanzt zu werden, von welchem Werk man dann sagt, es stelle eine Idee oder einen Gedanken dar, sondern : die Kunst ist ein Werden der Wahrheit. Dann kommt diese aus dem Nichts ? In der Tat, wenn mit dem Nichtseienden jenes Vorhandene gemeint ist, was dann durch das Dastehen des Werkes als das vermeintlich wahre Seiende widerlegt und erschttert wird. Aus dem schon Vorhandenen wird die Wahrheit niemals abgelesen. Vielmehr geschieht die Offenheit des Seienden, indem sie entworfen wird : gedichtet. Alle Kunst ist im Wesen Dichtung ci.h. ein Aufschlagen jener Offenheit, in der alles anders ist wie sonst. Kraft des dichtenden Entwurfes wird das Sonstige und Bisherige zum Unseienden. Dichtung aber ist kein schweifendes Ersinnen eines Beliebigen und kein Verschweben ins Unwirkliche. Was die Dichtung als Entwurf auseinanderfaltend vorauswirft, dieses Offene lsst erst das Seiende als solches herein und bringt zum Leuchten. Wahrheit als Offenheit wird im Entwurf der Dichtung. Die Kunst als Ins-WerkSetzen der Wahrheit ist wesenhaft Dichtung. Doch bleibt das nicht die reine Willkr, Baukunst, Bildkunst und Tonkunst auf die Dichtung ( Poesie ) zurckzufhren ? Das wre es, wenn wir die genannten Knste von der Sprachkunst her und als Abarten dieser auslegen wollten. Die Sprachkunst ( Poesie ) ist jedoch nur eine Weise des Entwerfens, des Dichtens in diesem bestimmten, aber weiteren Sinne. Gleichwohl hat das Sprachwerk die Dichtung im engeren Sinne eine ausgezeichnete Stellung im Ganzen der Knste. Um das zu begreifen, bedarf es nur des rechten Begriffes von der Sprache. In der landlufigen Vorstellung gilt die Sprache als eine Art von Mitteilung . Zwar dient die Sprache zur Unterredung und Verabredung, allgemein zur Verstndigung. Aber sie ist nicht nur und nicht erstlich ein lautlicher und schriftlicher Ausdruck dessen, was mitgeteilt werden soll. Sie befrdert das Offenbare oder das Verdeckte als so gemeintes nicht nur erst im Werk weiter, sondern zuvor und eigentlich ist es das Wesen der Sprache, dass sie das Seiende als ein Seiendes allererst ins Offene hebt. Wo keine Sprache wie beim Stein, bei Pflanze und Tier, da ist auch keine Offenheit des Seienden und demzufoige auch keine solche des Nichtseienden und des Leeren. Indem die Sprache erstmals die Dinge nennt, bringt solches Nennen das Seiende erst zum Wort und zum Erscheinen. Dieses Nennen und Sagen ist ein Entwerfen, darin angesagt wird, als was das Seiende offen ist. Dieses entwerfende Ansagen wird zugleich zur Absage an alle dumpfe Wirrnis. Das entwerfende Sagen ist Dichtung : die Sage von der Welt und der Erde und damit vom Spielraum der Nhe und Ferne der Gtter. Die Sprache ist so jenes Sagen, in dem einem Volke seine Welt aufgeht und seine Erde als verschlossene aufbewahrt wird und so eigentlich sich zu erschliessen beginnt ; jenes Sagen, das in der Bereitung des Sagbaren zugleich das Unsagbare als ein solches zur Welt bringt. In diesem Sagen werden einem Volke seine grossen Begriffe vorgeprgt.

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Pour apporter une rponse cette question, il est besoin dune nouvelle prcision au sujet de lessence de lart. Pour cela, nous nous en tiendrons la dlimitation dj fournie : lart est la mise-en-uvre de la vrit. Lart porte au provenir, dans la guise lui propre, la vrit, ltre-ouvert du L, o seulement sengage tout tant en tant que tel. Cest dans lart quadvient pour la premire fois de la vrit. Celle-ci, par consquent, n est pas sous la main nimporte o, pour tre aprs coup transplante dans une uvre apprte dont on dire ensuite quelle prsente un ide ou une pense mais : lart est un advenir de la vrit (Hw. 25-27, 38). Est-ce donc que celle-ci surgit du nant ? Assurment, si du moins nous entendons par nant ce sous-la-main qui est ensuite rfut et branl par le se-tenir-l de luvre dans sa prtention tre ltant vritable. Sur ltant dj sous-la-main, jamais la vrit ne peut tre dchiffre. Bien plutt ltre-ouvert de ltant provient-il tandis quil est projet : dit en pome (Hw. 59). Tout art est en son essence posie, cest--dire une irruption de cet tre ouvert o tout est autrement quautrement. De par le projet potique, le reste de ltant, ltant jusquici de mise devient non-tant. Mais la posie nest point pour autant la forgerie vagabonde de nimporte quelle ralit, ni une dissolution dans lir-rel. Ce que la posie comme projet pro-jette en ce sens quelle le d-ploie, cet ouvert, cest lui qui tout dabord laisse ltant ad-venir comme tel et le porte sa lueur propre (Hw. 60). La vrit comme tre-ouvert advient dans le projet de la posie. Lart comme miseen-uvre de la vrit est essentiellement posie. Et pourtant, nest-ce point pur et simple arbitraire que de reconduire lart de btir, lart de sculpter, lart des sons la posie ? Tel serait en effet le cas si nous entreprenions dinterprter les arts cits partir de lart du langage, et den faire des sous-espces de celui-ci ? En fait, lart de la langue (la posie ) lui-mme nest quune guise du projeter, du dire potique au sens dtermin, mais plus vaste quon a indiqu. Ce qui nempche que luvre de langue la posie au sens plus strict a une position insigne dans le tout des arts. Pour concevoir comment, il est besoin dun concept correct de la langue elle-mme (Hw. 60). Selon sa reprsentation coutumire, la langue vaut comme un mode de communication . Assurment la langue sert sentretenir et sentendre, ou, plus gnralement se comprendre. Pourtant, elle nest ni seulement ni primairement une expression phonique et graphique de ce qui doit tre communiqu. Dans luvre, elle ne se contente pas de vhiculer le dcouvert ou le recouvert viss en tant que tels, mais son essence est dabord et proprement de porter pour la premire fois louvert ltant en tant quun tant. L o il ny a aucune langue, chez la pierre, la plante, lanimal, l il ny a non plus aucune tre-ouvert de ltant, ni, par suite, du non-tant et du vide. Cest seulement tandis que la langue nomme dabord les choses quun tel nommer porte ltant au mot et lapparatre. Ce nommer et ce dire est un projeter o est annonc ce comme quoi ltant est ouvert. Cette an-nonce projetante devient en mme temps re-noncement toute sourde confusion. Le dire projetant est posie : le dit (Sage) du monde et de la terre et, avec eux, de lespace de jeu de la proximit et du lointain des dieux. La langue est ainsi ce dire o, pour un peuple, son monde clt et sa terre est prserve en tant que referme, commenant ainsi proprement souvrir ; ce dire qui, dans la formation du dicible, met en mme temps au monde lin-dicible en tant que tel. Cest en un tel dire que ses concepts majeurs, pour un peuple, reoivent leur empreinte primitive (Hw. 60-61).

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Das Wesen der Sprache ist Dichtung im weiteren Sinne. Weil nun aber die Sprache zugleich jener Entwurf ist, durch den dem Menschen berhaupt erst Seiendes als Seiendes sich erschliesst, deshalb ist das Sprachwerk das ursprnglichste Kunstwerk. Bauen und Bilden dagegen geschehen immer schon im Offenen der Sage und des Nennens und werden von diesem umschlossen und geleitet. Aber gerade deshalb bleiben sie eigene Wege der Kunst, ein je eigenes Dichten. In jedem dichtenden Entwurf wird ein Offenes freigegeben, jenes Anders wie sonst , das im Vorhandenen nicht nur nicht vorkommt, sondern durch das Vorhandene nie wettgemacht werden kann. Das Entworfene ist immer ein berfluss. Dichtung ist freie Gabe und Schenkung : eine Stiftung. Aber das Wesen der Dichtung d.h. der Kunst ist mit der Bestimmung als Entwurf nicht erschpft. Jenes Anders wie sonst wird nmlich im dichtenden Entwurf nicht einfach nur erffnet, sondern die Offenheit, die immer eine solche fr ein Da ist, wird dem Da, bezw. dem der das Da ist, vorausgeworfen. Durch solchen Vorauswurf wird das Dasein erst zuknftig d.h. geschichtlich. Der dichtende Entwurf wird dem Dasein zu-geworfen. Das Da selbst ist nie ein allgemeines, sondern je dieses und ein einziges. Ein Volk ist immer schon in sein Da geworfen. Von dieser Geworfenheit sagt Hlderlin, der Dichter : Und wie des Adlers Jungen, er wirft sie selbst Der Vater aus dem Neste, damit sie sich Im Felde Beute suchen, so auch Treiben uns lchelnd hinaus die Gtter . Stimme des Volkes, 1. Fassung, IV, 140, 2. Fassung, IV, 143. Wenn jedoch der entwerfende Zuwurf wahrhaft Dichtung ist, dann kann sein Zugeworfenes nie ein nur willkrlich Zugemutetes sein. Der wahrhaft dichtende Entwurf ist vielmehr die Erffnung von Jenem, worein das Dasein als geschichtliches schon geworfen ist. Und dieses ist die Erde und fr ein Volk immer seine Erde, der sich verschliessende Grund, dem es aufruht mit all dem, was es ihm selbst noch verborgen schon ist. Deshalb muss dieses Mitgegebene im Entwurf aus dem verschlossenen Grund heraufgeholt und eigens auf diesen gesetzt werden. So wird er als tragender Grund erst gegrndet und in das Offene des Daseins hereingeholt. Dichtung ist Stiftung nicht nur im Sinne der freien Schenkung, sondern Stiftung zugleich im Sinne dieses grundlegenden Grndens. Der Entwurf bringt jenes Anders wie sonst ins Offene ; aber im Grunde ist es kein Fremdes, sondern nur das bislang verborgene Eigenste des geschichtlichen Daseins. Der dichtende Entwurf kommt aus dem Nichts in der Hinsicht, dass er sein Geschenk nie aus dern Sonstigen und Bisherigen nimmt, er kommt jedoch nie aus dem Nichts, insofern das durch ihn Zugeworfene nur die hinterlegte Bestimmung des geschichtlichen Daseins ist. Kunst als Dichtung ist Stiftung im doppelten Sinne der Schenkung und der Grndung. Als diese aber muss die Kunst sich auf den Grund : die Erde, einlassen und zwar so, dass diese in das Offene des Entwurfs kommt als die sich verschliessende. Darin liegt : es muss der Streit zwischen der Erde und dem Weltentwurf angestiftet werden, es muss ein Werk sein. Der Grund der Notwendigkeit des Werkes liegt im Wesen der Kunst als Dichtung. Diese ist Stiftung als Anstiftung des Streites als ein Anfang. Daraus ersehen wir jetzt : Kunst ist Dichtung und als solche Stiftung in einem dreifachen Sinne : als Schenkung, als Grndung, als Anfang.

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Lessence de la langue est posie au sens large du terme. Et comme la langue, en mme temps, est ce projet par lequel de ltant souvre en gnral pour la premire fois comme tant lhomme, luvre de langue est luvre dart la plus originelle. Le btir et le figurer, au contraire, se produisent toujours dj dans louvert du dit et du nommer et ils sont embrasss et gouverns par lui. Mais cest pour cela justement quils demeurent des chemins propres de lart, un dire potique chaque fois spcifique (Hw. 61). En tout projet potique, est libr un ouvert, cet autrement quautrement qui non seulement ne survient nulle part au sein de ltant sous-la-main, mais encore demeure inaccessible toute prtention de celui-ci. Le projeter est toujours un excdent. La posie est libre donation et dispensation : une fondation. Et pourtant, il sen faut que lessence de la posie, cest--dire lart soit puise par sa dtermination comme projet (Hw. 62). Dans le projet potique, en effet, ce nest pas simplement cet autrement quautrement qui est ouvert, mais ltre-ouvert qui est toujours tel pour un L qui est pr-jet au L, ou celui qui est le L. Et cest seulement par une telle pr-jection que le Dasein devient avenant, cest--dire historial. Le projet potique est ad-jet au Dasein. Le Dasein lui-mme nest jamais une gnralit, mais chaque fois celui-ci et quelque chose dunique. Un peuple est toujours dj jet dans son L. De cet tre-jet, Hlderlin, le pote, nous dit : Et tout comme les petits de laigle, leur pre les jette luimme hors du nid, afin quils se cherchent une proie dans la campagne, de mme, en souriant, les dieux nous poussent en avant. Voix du peuple, 1re version, d. Hellingrath, tome IV, p. 140, ou 2e version, p.143 (Hw. 59) Si cependant un tel dfi projetant est vritablement posie, alors ce qui nous est jet par lui ne saurait tre une quelconque intimidation. Le projet vritablement potique est bien plutt louverture de cela en quoi le Dasein comme historial est dj jet. Et cela, cest la terre, et, pour un peuple, cest toujours sa terre, le fond se refermant o il repose avec tout ce que encore retir lui-mme il est dj. Aussi bien, cette donation comprise dans le projet doit-elle tre re-puise dans le fond referm, et proprement repose sur celui-ci. Cest ainsi que le fondement, en tant que portant, est pour la premire fois fond et re-pris dans louvert du Dasein. Si la posie est fondation, ce nest pas seulement au sens de la libre dispensation, mais en mme temps au sens de ce fonder qui re-pose le fondement. Le projet porte cet autrement quautrement louvert ; mais, au fond, il ne sagit de rien dtranger, mais seulement de la proprit la plus propre, bien que jusquici demeure en retrait, du Dasein historial (Hw. 62). Si le projet potique vient du rien, cest dans la mesure prcise o il nemprunte point son offrande lhabituel, au traditionnel ; cependant, il ne provient en aucun cas de rien dans la mesure o ce qui est ad-jet par lui nest autre que la destination, tenue en dpt, du Dasein historial (Hw. 62). Lart comme posie est fondation au double sens de la dispensation et de la reposition. Et en tant que tel lart doit ncessairement sengager dans le fondement la terre , et cela de telle sorte que celle-ci advienne dans louvert du projet en tant que celle qui se referme. Autrement dit, il faut que le litige entre la terre et le projet du monde soit instaur il faut quune uvre soit. Le fondement de la ncessit de luvre se trouve dans lessence de lart comme posie. Celle-ci est fondation comme instauration du litige comme commencement. Ainsi pouvons-nous apercevoir ceci : lart est posie et comme tel, fondation en un triple sens : comme dispensation, comme re-fondation, comme commencement (Hw. 62-63).

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Die Knst bringt die Wahrheit zum Geschehen, indem sie stiftend eine Offenbarkeit des Daseins ins Werk setzt. Warum muss aber ein solches Geschehen der Wahrheit, warurn muss Kunst als Dichtung sein ? Antwort : weil das Wesen der Wahrheit als Unverborgenheit Verborgenheit einschliesst. Diese ist sowohl Verdeckung (Un-Wahrheit) als auch einfaches Sichverschliessen und dazu Grenze der Offenheit schlechthin. Zur Wahrheit gehrt die Verschlossenheit d.h. die Erde. Diese versagt sich jedem auflsenden Zudrang. An ihr findet alle Offenheit ihre Schranke. Aber diese Schranke ist nichts jenseitiges, sondern gerade das, was die Offenheit beschrnkt, in sie hereinsteht, sie trgt und bindet ; d.h. die Wahrheit ist wesenhaft erdhaft. Und deshalb muss die Wahrheit, sofern sie in einer wesendichen Weise geschieht, die Erde mit in das Da hereinstellen. Es muss ein Geschehen der Wahrheit von der Art der Kunst, es muss ein Werk sein. Die Einsicht in diesen Wesenszusammenhang verschafft uns erst die eigentliche Wesensbestimmung der Kunst. Kunst ist eine Weise, wie Wahrheit erwirkt wird nmlich als Werk. Die Kunst lsst mithin als Stiftung die Wahrheit erst entspringen. Kunst er-springt die Wahrheit. Etwas er-springen, im stiftenden Sprung erst zum Sagen bringen, das meint das Wort Ur-sprung. Die Kunst ist also nicht erst deshalb ein Ursprung, weil sie der Grund der inneren Mglichkeit und Notwendigkeit des Werkes bleibt, sondern dieses bleibt sie, weil sie zuvor schon mit Bezug auf die Wahrheit und fr diese ein Ursprung ist, jenes Entspringenlassen, das sich zum Werk gentigt sieht. Der Ursprung des Kunstwerkes ist die Kunst, weil die Kunst selbst wesenhaft schon im Ur-sprung ist. Allein die Kunst ist als Ins-Werk-Setzen der Wahrheit nur eine Weise, wie Wahrheit geschieht. Eine andere Art des Ursprungs ist die Tat des Staatsgrnders, sie bringt die Wahrheit geschichtlich zur Handlung und Haltung und Gesinnung. Wieder eine andere Art des Geschehens der Wahrheit ist das Fragen und Sagen des Denkers ; er zwingt die Wahrheit und zwar nicht hinterher, sondern im voraus in den Begriff. Jeder Ursprung ist einzigartig und keiner kann den anderen ersetzen. Entsprechend sind Werk, Tat und Begriff wesens-verschieden, wenngleich wir auch in lssiger Rede vom Werk des Philosophen und von einer knstlerischen Tat sprechen. Wahrheit ist nur, wenn sie wird. Und sie wird nur, indem. sie als Werk, als Tat, als Begriff sich so oder so entscheidet und damit neue Entscheidungsbereiche grndet. Muss nun aber immer, wenn Wahrheit geschieht, auch Kunst und ein Werk sein ? Wie und wann ist Kunst als Entspringenlassen der Wahrheit ? Mit dieser Frage stehen wir am Wendepunkt unseres Weges vom Kunstwerk zu seinem Ursprung. Wir kehren jetzt vom Ursprung zum Werk zurck, nicht auf demselben Weg, sondern in der Vollendung der Kreisbewegung.

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Lart porte la vrit au provenir tandis quil met fondativement en uvre une manifestet du Dasein. Mais pourquoi faut-il que soit un tel provenir de la vrit, pourquoi faut-il que soit lart en tant que posie ? Rponse : parce que lessence de la vrit comme hors-retrait inclut le re-trait. Celui-ci est aussi bien recouvrement (non-vrit) que, aussi, simple fermeture et, avec elle, limite de ltre-ouvert comme tel. la vrit appartient le refermement, cest--dire la terre. Celle-ci se refuse tout assaut dissolvant. En elle, tout tre-ouvert trouve sa borne. Mais cette borne, loin dtre extrieure lui, est prcisment ce qui borde ltre-ouvert, qui sengage en lui, qui le porte et qui le lie ; cest--dire que la vrit est essentiellement terrestre. Et cest pourquoi la vrit, pour autant quelle provient en une guise essentielle, doit ncessairement co-engager la terre dans le L. Il faut que soit un provenir de la vrit selon la modalit de lart, il faut quune uvre soit. Laperception de cette connexion essentielle nous permet pour la premire fois dobtenir la dtermination dessence authentique de lart. Lart est une guise selon laquelle la vrit est ouvre - savoir comme uvre. Cest ainsi lart, et lui seulement, qui, comme fondation, laisse la vrit jaillir. Lart fait r-sulter la vrit. Laisser quelque chose r-sulter, la porter seulement au dire dans le saut fondatif, cest l ce que signifie le mot origine (Hw. 64). Si lart est une origine, ce nest donc pas parce quil demeure le fondement de la possibilit interne et de la ncessit de luvre, non, il ne demeure un tel fondement que parce que pralablement il est dj par rapport la vrit et pour elle une origine, ce laisser jaillir qui se voit oblig luvre. Lorigine de luvre dart est lart, parce que lart est lui-mme essentiellement dj dans le saut-originaire (Hw. 65). Cependant lart, en tant que mise-en-uvre de la vrit, est seulement une guise en laquelle la vrit advient. Une autre modalit de lorigine est lacte du fondateur de la cit, qui porte historialement la vrit laction, au geste et au dessein. Une autre modalit, derechef, du provenir de la vrit est le questionner et le dire du penseur ; il force la vrit accder, et cela non pas aprs coup, mais dentre de jeu, au concept. Toute origine est unique en son genre, et nulle ne peut suppler une autre. De manire correspondante, uvre, acte, concept sont essentiellement diffrents, quand bien mme une expression relche nous fait parler de l uvre dun philosophe et dun acte artistique. La vrit n est que pour autant quelle advient. Et elle nadvient que pour autant que comme uvre, comme acte, comme concept - elle se dcide ainsi ou ainsi, fondant du mme coup de nouveaux domaines de dcision (Hw. 50). Est-ce dire cependant que, lorsque la vrit provient, il faut aussi que lart, quune uvre soit ? Comment et quand lart est-il en tant que laisser jaillir de la vrit ? Avec cette dernire question, nous voici rendus au point o notre chemin, qui nous conduisait jusquici de luvre dart vers son origine, revire. Dsormais, nous nous en retournons de lorigine vers luvre, et cela non point en rebroussant chemin, mais en accomplissant le mouvement circulaire.

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Wie ist berhaupt ein Ursprung ? Immer nur als ein Sprung. Daher ist der Anfang eines Ursprungs unvermittelt und pltzlich. Nur was ein Ur-sprung ist, in dem geklrten Sinne wie Kunst, kann einen Anfang haben. Das Unvermittelte des Anfangs schliesst jedoch nicht aus, sondern gerade ein, dass er am lngsten und ganz unauffllig sich vorbereitet. Der Anfang ist als der Sprung immer ein Vor-sprung, in dem schon alles Kommende bersprungen ist, wenn auch noch eingehllt. Der Anfang enthlt schon verborgen das Ende. Der Anfang hat jedoch Pie das Anfngerhafte des Prirnitiven . Der Primitive ist, weil ohne den freien Sprung und inneren Vorsprung immer zukunftslos. Er vermag nichts weiter aus sich zu entlassen, weil er nichts anderes enthlt als das, worin er gefangen ist. Der Anfang dagegen ist nie primitiv d.h. ursprungslos, wohl aber anfnglich : das verschlossene Noch-nicht. Das scheinbar Unbeholfene, Herbe, ja Drftige ist nur das Ungewhnliche einer Hrte gegen die verschlossene FIle. Wo ein Anfang zum Sprung kommt, hat er stets den Anschein eines Rckfalls zum Begleiter. Denn der Anfang kann ja gerade nicht das Bisherige in der gesicherten und bekannten Bahn weiterfhren. Das Bisherige bleibt stehen und kommt aus den Fugen. Das Wirre und Absinkende macht sich breit. Das ist Folge der wachsenden Unkraft des Bisherigen, nicht des Anfangs. Dieser selbst nimmt seinen Grund tiefer und muss deshalb unter den bisherigen Grund hinab. So kann es lange zweideutig bleiben, ob hinter dem unumgnglichen Anschein des Rckfalls ein Untergang steht oder ein Aufgang. Aufgrund seiner Pltzlichkeit wird der Anfang sogleich zurn Gewesenen und endgltig Unwiederbringlichen. Je strenger er als dieses festgehalten wird, umso magebender bleibt er. Die Wiederholung des Anfanges ist immer eine Verwandlung des anfnglichen Anfanges, dasselbe und doch gerade wieder ein Anderes. Wiederholung dagegen im Sinne der blossen Wiederbringung des vermeintlich Gleichen gibt es nur beim Gleichgltigen und Abgeleiteten. Wann aber ist ein Anfang der Kunst, ein Anfang als Kunst notwendig ? Immer dann, wenn das Seiende im Ganzen und als ein solches in die Offenheit gebracht werden will. Das geschah fr das Abendland erstmals im Griechentum. Was knftig Sage heit, wurde da magebend ins Werk gesetzt. Das so erffnete Seiende im Ganzen wurde dann verwandelt zum Seienden im Sinne des Gottgeschaffenen. Das geschah im Mittelalter. Und dieses Seiende wurde wiederum verwandelt im Beginn der Neuzeit. Das Seiende wurde entzaubert und zum rechnerischen Beherrschbaren und Durchschaubaren erklrt. Jedesmal brach eine neue Welt auf, d.h. jedesmal musste die Offenheit des Seienden gegrndet werden in dem, was alle Offenheit trgt, begrenzt und bindet : in der Erde und ihrer Beistellung. Jedesmal musste die Erde mit der Welt in den Streit gebracht werden ; jedesmal musste das Werk der Kunst sein ; denn in ihr geschieht der ausgezeichnete Ausbruch und zugleich die gemeste Grndung der erdhaften Wahrheit. Je nach der Weite und Hhe der sich erffnenden Welt bemit sich die Tiefe und Verschlossenheit des Abgrunds der Erde, bemit sich die Schrfe und Hrte des Streites zwischen Welt und Erde, bemit sich die Gre des Werkes, bemit sich die Sprungkraft der Kunst als Ursprung. Immer aber wandelt sich mit dem durch das Werk erffneten Seienden die Seinsart des Werkes selbst. Das Dastehen des Zeustempels ist ein anderes als das des Bamberger Doms. Welt und Erde, deren Streit sie bestreiten, und wie sie ihn bestreiten, sind anders. Aber die Art des Sagens, demgem die Bauwerke sind, wird gerade durch sie erst als magebendes gestiftet.

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Comment une origine est-elle en gnral ? Rponse : elle nest jamais que comme saut. Aussi, le commencement propre une origine est-il immdiat et soudain. Seul ce qui est saut originel au sens qui a t clarifi, comme lart, peut avoir un commencement. Toutefois, limmdiat du commencement nexclut point, mais inclut bel et bien quil se soit prpar aussi longtemps quil est possible, et cela dans linapparence la plus complte. Le commencement, en tant quil est le saut, est toujours un sur-saut qui a dj saut pardessus tout tant venir, quoique de manire encore enveloppe. Le commencement contient dj, en retrait, la fin. Cependant, le commencement ne prsente jamais le caractre inchoatif de ce qui est primitif . Ce qui est primitif, parce que lui fait dfaut le libre saut et le sur-saut intime, est toujours sans avenir. Il est incapable de librer quoi que ce soit dautre partir de soi, parce quil ne contient rien dautre que ce en quoi il est tenu captif. Le commencement, au contraire, nest jamais primitif, cest--dire sans origine, mais bel et bien initiateur : il est le ne-pas-encore referm. La gaucherie, la rudesse, et mme lindigence apparentes qui peuvent sattacher lui ne sont jamais que linsolite de cette duret qui affronte la plnitude referme. L o un commencement sapprte faire le saut, toujours il saccompagne dune apparence de rechute. Car prcisment le commencement ne saurait reconduire laccoutum sur la voie assure et bien connue quil suivait jusqualors. Le traditionnel reste sur place, et sort de ses gonds. La confusion, la dperdition svissent. Telle est la consquence de limpuissance croissante de lusuel - non point du commencement lui-mme. Car celui-ci prend son fondement plus profond, ce pourquoi il lui faut creuser jusquen dessous du fondement antrieurement pos. Aussi lquivoque peut-elle longtemps subsister quant savoir si cest un couchant ou un levant qui se prpare derrire linvitable semblant dune rechute (Hw. 63). Sur la base de sa soudainet, le commencement a tt fait de devenir de ladvenu, du dfinitivement ir-rductible. Mais plus rigoureusement il est maintenu comme tel, et plus il demeure dcisif. La rptition du commencement est toujours une mtamorphose du commencement initiateur -le mme et pourtant justement un autre. Quant la rptition au sens de la simple restitution dun soi-disant identique, il nen peut exister que dans le domaine de ce qui est indiffrent et driv. Et quand un commencement de lart, un commencement comme art est-il ncessaire ? Toujours lorsque ltant en totalit et comme tel veut tre port ltre-ouvert. Cela advint pour la premire fois en Occident avec le monde grec. Ce qui par la suite sappellera lgende fut alors dcisivement mis en uvre. Ltant ainsi ouvert en son tout fut ensuite transform en tant au sens du cr par Dieu : telle est luvre du Moyen ge. Puis cet tant, derechef, fut transform au dbut des Temps modernes. Ltant fut dsenchant et expliqu au titre de ce que le calcul peut matriser et percer jour. chaque fois, cest un monde nouveau qui mergea, cest--dire qu chaque fois ltreouvert de ltant dut tre refond dans ce qui porte, limite et lie tout tre-ouvert : dans la terre et sa mise labri. chaque fois il fallut la terre entrer en litige avec le monde ; chaque fois luvre dart fut appele tre ; car cest en elle que se produit la perce insigne et, en mme temps, la re-fondation la plus approprie de la vrit terrestre. lampleur et la hauteur du monde qui souvre se mesure chaque fois la profondeur et le refermement de labme de la terre, se mesure lacuit et lpret du litige entre terre et monde, se mesure la grandeur de luvre, se mesure la force de saut de lart comme saut originaire. Seulement, avec ltant ouvert par luvre, cest aussi le mode dtre de luvre mme qui se transmue. Le se-tenir-l du temple de Zeus est autre que celui de la Cathdrale de Bamberg. Monde et terre, dont ils disputent le litige, et selon le mode en lequel ils le disputent, se manifestent autrement. Et pourtant, cest prcisment et seulement par eux que la modalit du dire conformment auquel ils sont uvres difies est fonde comme modalit dcisive (Hw. 63-64). 49

Immer wenn die Kunst anfngt, kommt in die Geschichte ein Stoss, fngt Geschichte erst oder wieder an ; wobei Geschichte nicht heit : Abfolge irgendwelcher und sei es noch so wichtiger Begebenheiten, sondern Entrckung des Daseins eines Volkes in sein Aufgegebenes als Einrckung in sein Mitgegebenes. Wie aber jeder Ursprung seinen Anfang hat, so jeder Anfang seinen Beginn. Dieser lsst den Anfang anheben im Bisherigen. Dadurch bekommt jeder Anfang den Anschein eines blossen bergangs und dies verleitet dazu, den Anfang aus dem Vormaligen erklren zu wollen. Mit nur solcher Absicht auf Erklrung gibt man den Anfang sogleich aus der Hand, wenn man ihn berhaupt je gefasst hat. Wie jeder Ursprung seinen Anfang und jeder Anfang seinen Beginn, so hat jeder Beginn seinen Anlass. Dieser hngt mit dem Anfang nicht unmittelbar zusammen, dennoch wird der Umkreis der je mglichen Anlsse schon durch den Anfang vorbestimmt. Weil dieser Zusammenhang aber verborgen bleibt, hat der Anlass im Verhltnis zum Anfang meist den Anschein des Zufalls. Der Anlass zu einem Kunstwerk kann z.B. ein aus blich gewordenen Bedrfnissen herkommender Auftrag sein. Der Auftrag will das Bisherige gerade festigen, whrend, das durch ihn veranlasste Werk seine Erschtterung erffnet. Doch was ist nun das Anfangen ? Antwort : das Einspringen in den Ursprung. Dieser wird dadurch nicht gemacht, sondem das Werden der Wahrheit wird im dichtenden Stiften erlitten. Und das ist das Wesen des Schaffens : das ertragende Auffangen des Entwurfs, das Aushalten des im Werk herauskommenden Streites, das Innestehen im unvertrauten Bereich der neuen Wahrheit, dieses Einspringen in eine erst im Sprung sich bestimmende Mitte des Da-seins. Das Schaffen geschieht nur in der Einsamkeit der einzelnen Einzigen. Durch sie wird die Wahrheit des geschichtlichen Daseins eines Volkes entschieden. Aber nicht allein der Knstler, sondern jeder, der einen Ursprung der Wahrheit zum Sprung bringt, ist ein Schaffender; jedoch nicht eine Art von Knstler, sondern von je eigener Art. Der in der Kunst als Dichtung angestiftete Streit zwischen Welt und Erde das in sich stehende Werk ist immer ein Geschaffenes. Damit nennen wir jenen Wesenszug im Werksein des Werkes, ber den wir bisher hinwegsahen. Das Geschaffensein gehrt zum Werksein selbst ; denn was soll auch sonst Werk besagen ? Ja, haben wir denn aber nicht zu Beginn alle Mhe darauf verwendet, das Erzeugtsein durch den Knstler als eine unwesentliche Bestimmung vom Werk selbst gerade fernzuhalten ? Gewi, Erzeugtsein jedoch und Geschaffensein sind nicht dasselbe. Jedes Geschaffene ist im Bereich der Kunst immer auch ein Erzeugtes, jedoch nicht umgekehrt. Und deshalb lsst sich auch vom Erzeugen und Anfertigen her nie das Schaffen und das Geschaffensein des Werkes begreifen. Indem wir jetzt das Geschaffensein als Wesenszug des Werkes zu bestimmen versuchen, sind wir auf unserem Kreisgang vom Ursprung zurck wieder beim Ausgang beim Kunstwerk selbst angelangt.

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Partout o lart commence, partout un choc simprime lhistoire, qui pour la premire fois commence, ou re-commence ; mais histoire ne signifie point ici : la squence dvnements quelconques, si importants quils soient, mais : lem-portement du Dasein dun peuple dans ce qui lui est dvolu comme re-portement dans ce qui lui est cooffert (Hw. 63-64). Mais de mme que toute origine a son commencement, de mme tout commencement a son dbut. Celui-ci laisse le commencement samorcer dans la situation reue. Par suite, tout commencement revt lapparence dune simple transition, ce qui conduit vouloir expliquer le commencement partir de ce qui le prcdait. Mais qui se contente dune telle intention explicative a tt fait de laisser chapper la commencement, supposer mme quil soit parvenu le saisir. De mme que toute origine a son commencement et tout commencement son dbut, de mme tout dbut a son incitation. Celle-ci nest pas avec le commencement dans une connexion immdiate, et pourtant la sphre des incitations chaque fois possible est dj prdtermine par le commencement. Mais comme cette connexion demeure retire, lincitation, dans son rapport au commencement, a souvent une allure fortuite. Lincitation dune uvre dart, par exemple, peut tre une simple commande suscite par des besoins devenus courants. La commande, justement, veut consolider lantrieur, alors que luvre suscite par elle ouvre son branlement. Mais quest-ce enfin que cela : commencer ? Rponse : faire le saut dans lorigine. Celle-ci nest pas constitue par l, mais ladvenir de la vrit est endur dans le fonder potique. Or telle est lessence du crer : capturer dans le projet en le supportant, soutenir le litige qui se lve dans luvre, in-sister dans le domaine insolite de la vrit nouvelle, faire le saut dans un milieu du Da-sein qui ne se dtermine que dans le saut lui-mme. Le crer ne se produit que dans la solitude dune unicit singulire. Par elle, la vrit du Dasein historial dun peuple est dcide. Non seulement lartiste, mais encore quiconque porte au saut une origine de la vrit est un crateur ; pour autant, il ne devient pas une manire dartiste, mais prserve sa manire propre. Le litige entre monde et terre instaur dans lart comme posie - luvre se tenant en soi - est toujours un cr. Nous nommons ainsi ce trait essentiel dans ltre-uvre de luvre que nous avons jusquici laiss de ct. Ltre-cr appartient ltre-uvre luimme ; car que pourrait sinon vouloir dire le mot uvre ? Et pourtant : navons-nous pas pris depuis le dbut toute la peine du monde tenir justement distance ltre-produit par lartiste, en le traitant comme un dtermination inessentielle de luvre elle-mme ? Assurment, cependant, ltre-produit et ltre-cr ne sont pas la mme chose. Tout cr, dans le domaine de lart, est toujours aussi un produit, mais linverse nest pas vrai. Et cest bien pourquoi il est galement impossible de jamais concevoir le crer et ltre-cr en partant du produire et de lapprter. Tandis que nous tentons actuellement de dterminer ltre-cr comme trait essentiel de luvre, nous en sommes revenus, sur notre cours circulaire, notre point de dpart - luvre ellemme.

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Das Schaffende macht sich als Anstifter des Streites zu der Bahn, auf der das Werk in die durch es selbst erffnete Offenheit des Da zu stehen kommt, jenes Da, das zu sein ein Volk sich entschliesst. Das Werk ist jedoch nicht eine nachtrgliche Kundgabe dieser Entschiedenheit, kein Ausdruck dessen, was ein Volk ist, sondern der weisende Vorsprung in jenes, was es werden will. Daher ist die grosse Kunst niemals eine zeitgeme Kunst. Gro ist eine Kunst, wenn sie ihr Wesen zur vollen Entfaltung bringt d.h. in ihr Werk die Wahrheit setzt, die das Ma fr eine Zeit werden soll. Nicht aber kann das Werk sich der Zeit gem machen. Zwar gibt es solche Erzeugnisse. Aber sie sind kein Vorsprung, weil ohne Ursprung, sondern immer nur ein Nachtrag. lm Gefolge jeder wesentlichen Kunst steht eine Nachkunst ; sie sieht so aus wie jene, kann vieles sogar besser und ist von der grossen Kunst doch durch einen Sprung nicht nur gradweise verschieden. Das Geschaffensein aber ist jener Zug im Werk, kraft dessen es die in ihm gesetzte Wahrheit einem Volk zu wissen gibt als jene Offenheit des Seienden, in deren Lichtung das Volk sich zu sich selbst bringen. Deshalb ist das Grundverhltnis nicht ein Genu, nicht eine Erhitzung, sondern ein Wissen dieser ins Werk gesetzten Wahrheit in allen ihren Bezgen. Das Geschaffensein steht im Werk selbst mit da. Das Erzeugtsein liegt zwar im Werk, wird aber gerade durch das Geschaffensein verhllt. Der schaffende Einsprung in den Ursprung ist die Anstiftung des Streites zwischen Welt und der sich verschliessenden Erde. Die dunkle Herbe und die ziehende Schwere, das ungelste Drngen und Aufleuchten, die ungesagte Verschweigung aller Dinge, kurz : die Erde in der sich verschwendenden Hrte ihres Sichverschliessens kann nur ausgestanden werden wieder in einer Hrte. Und das ist das Setzen der Grenze in Umriss, Aufri und Grundri. Indem das Sichverschliessende herausgerissen wird ins Offene, muss das Reissende selbst zum Riss, zur ziehenden Grenze und zur fgenden Fuge werden. Wir kennen das Wort Albrecht Drers : Denn wahrhaftig steckt die Kunst in der Natur, wer sie heraus kann reissen, der hat sie (Lange-Fuhse, s. 226). Reissen heisst hier Herausheben, aber in der Weise des Zeichnens und des Arbeitens mit der Reifeder. lm Wesen des Werkseins als Bestreitung des Streites liegt der Grund der Notwendigkeit des Aufreiens und des Reiens und d.h. dessen, was wir die Form nennen, in die dann jenes gebracht wird, was von ihr aus gesehen zum Stoff wird. Das handwerkliche Formen des Stoffes, das Verfertigen ist aber nichts Gleichgltiges, gerade weil das Erzeugen aus dem Wesen des Schaffens gefordert ist. Dieses Werken mit dem sogenannten Stoff hat seine eigene Gre und diese besteht darin, dass es im dastehenden Werk seine Mhsal und Verzweiflung, aber auch seinen Sturm und seine Lust verschweigt. Das blosse Anfertigen dagegen wird von sich aus nie ein Schaffen etwa so, dass das Erzeugnis bei einem bestimmten Grad von Qualitt in ein Kunstwerk berginge. Auch hier ist der Sprung. Wo dagegen Kunst ist, geschieht Wahrheit, ist Geschichte. Deshalb gilt der Satz : Wo Vorgeschichte, da ist keine Kunst, sondern nur Vorkunst. Das will sagen : die Erzeugnisse der Vorgeschichte brauchen nicht bloe Werkzeuge und ein mit deren Hilfe angefertigtes Gebrauchszeug, ein Zeugwerk zu bleiben. Sie knnen jenes Mittlere sein, was wir weder als Zeugwerk noch als Kunstwerk ansprechen drfen. Was dieses Mittlere sei, das zu bestimmen, gelingt nur, wenn wir imstande sind, es von zwei Seiten her, vom rechten Begriff des Zeugwerkes und vom rechten Begriff des Kunstwerkes her einzugrenzen. Aber dieses Mittlere ist nie ein vermittelnder, allmhlicher bergang nach seinen Seiten, sondern zu diesen ist je ein Sprung. Allein die Abgrenzung des Kunstwerkes gegen das Zeugwerk ist fr das rechte Wissen um die Kunst selbst von grundstzlicher Bedeutung.

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En tant quinstaurateur du litige, le crateur se met sur la voie o luvre vient se dresser dans ltre-ouvert ouvert par elle-mme du L, de ce L quun peuple se rsout tre. Luvre, pourtant, nest pas une publication aprs coup de cet tre-dcid, une expression de ce quun peuple est, mais le sursaut qui fait signe vers cela mme que ce peuple veut tre. Cest pourquoi le grand art nest jamais un art actuel . Grand est un art lorsquil porte son essence au plein dploiement, cest--dire met en son uvre la vrit qui doit devenir la mesure pour un temps. Mais se rendre conforme au temps, luvre ne le peut pas. Certes il existe de tels produits artistiques. Mais ils ne sont pas un sur-saut parce quils sont sans saut originel, mais seulement un rsultat. Dans le sillage de tout art essentiel, il y a toujours de lart pigonal ; celui-ci offre mme apparence que lui, et pourtant il en diffre dun saut - et non pas seulement dun degr. Ltre-cr est ce trait dans luvre en vertu de laquelle elle donne savoir un peuple la vrit mise en elle comme cet tre-ouvert de ltant dans lclaircie duquel le peuple [peut] se porte jusqu soi-mme. Cest pourquoi le rapport fondamental [ elle] nest pas une jouissance, pas une exaltation, mais un savoir de cette vrit mise en uvre en tous ses rapports. Ltre-cr se tient l lui-mme et conjointement dans luvre. Quant ltre-produit, il rside sans doute lui aussi dans luvre, mais il y est justement voil par ltre-cr. Le saut crateur dans le saut originaire est linstauration du litige entre le monde et la terre qui se referme. Lobscure rudesse et la pesanteur attirante, la pousse et le flamboiement sauvages, la r-ticence discrte de toutes choses, bref : le terre en tant quelle prodigue la duret de sa rclusion ne peut tre soutenue quen une autre duret. Or tel est le poser de la limite en tant que trait qui cerne (contour), qui dploie (lvation) et qui fonde (plan). Tandis que ce qui se referme est ex-trait dans louvert, il faut que ce qui at-tire ainsi devienne lui-mme trait, limite qui trace et jointure qui ajointe. Nous connaissons le mot dAlbrecht Drer : Car en vrit lart se cache dans la nature, et celui qui peut len extraire le possde (d. Langue-Fuhse, p. 226). Extraire, ici, veut dire dgager, en loccurrence en dessinant et en gravant (Hw. 51-52, 58). Dans lessence de ltre-uvre comme disputation du litige se trouve le fondement de la ncessit du trait qui ouvre et en gnral du tracer, cest--dire de ce que nous appelons la forme laquelle est ensuite port tout ce qui par rapport elle devient matriau . Cependant, la formation artisanale du matriau, son apprtement nest rien dindiffrent, prcisment parce que le produire est requis par lessence du crer. Cet ouvragement du matriau a sa grandeur propre, qui consiste en ce que, dans luvre setenant-l, il fait silence sur la peine et le dsespoir, mais aussi sur limptuosit et le plaisir qui lui sont propres ; en revanche le simple apprtement ne saurait en aucun cas devenir par lui-mme un cration sous prtexte (par exemple) que le produit, partir dun certain degr de qualit , se transformerait en uvre dart. Car ici encore est le saut. Mais l o est lart, l provient la vrit, l est lhistoire. Cest pourquoi il est permis de dire aussi : l o il y a prhistoire, l il ny a point dart, mais seulement pr-art. Ce qui veut dire que les produits de la prhistoire nont nul besoin de demeurer de simples outils ou une chose dusage confectionn laide de ces outils, un ustensile. Ils peuvent trs bien tre cet intermdiaire que nous navons le droit dappeler ni ustensile ni uvre dart. Mais quant dterminer cet intermdiaire, nous ne pouvons y parvenir que si nous sommes en mesure de le dlimiter des deux cts, cest--dire partir du concept correct de lustensile et du concept correct de luvre dart. Nanmoins, un tel intermdiaire nest pas pour autant un passage mdiateur, progressif vers ces cts, non, seul un saut conduit eux. Il nen reste pas moins que la dlimitation de luvre dart par rapport lustensile prsente une signification fondamentale pour le savoir correct de lart lui-mme.

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Alle Besinnung auf die Kunst und das Kunstwerk, alle Kunsttheorie und Aesthetik seit den Griechen steht bis zur Stunde unter einem merkwrdigen Verhngnis. Die Besinnung auf die Kunst hat bei den Griechen (Plato und Aristoteles) eingesetzt mit der Kennzeichnung des Kunstwerkes als eines angefertigten Dinges d.h. eines Zeugwerkes. Darnach ist das Kunstwerk zunchst und das heisst hier auf sein wirkliches Sein hin angesehen ein geformter Stoff. Zugleich aber konnte nicht verborgen bleiben, dass das Kunstwerk im Grunde doch mehr ist. So fand man : das Kunstwerk nmlich das angefertigte Ding sagt nocht etwas anderes, als was es selbst ist, Allegorie . Man fand : mit dern Kunstwerk d.h. mit dem angefertigten Ding wird noch etwas anderes zusammengebracht, Symbol . Allegorie und Symbol geben seither die Rahmenvorstellungen her, in deren Blickbahn das Kunstwerk fortan unter den verschiedensten Abwandlungen bestimmt wird : als ein angefertigtes Ding, aber eben als ein hheres . Das Hhere wird da gedeutet aus dem Niederen, als ein Zusatz zu diesem. Die Mglichkeit, das Kunstwerk zuvor und eigentlich aus seinem eigensten Wesen zu bestimmen, ist von Anfang an preisgegeben und gar nicht erkannt. So bilden seitdem die Unterscheidungen von Form und Stoff, Inhalt und Gehalt, Gestalt und Idee das Rstzeug zur Erfassung des Kunstwerks. Und das Verhngnis besteht gerade darin, dass diese Unterscheidungen immer richtig und immer am Kunstwerk belegbar sind ; denn dieses lsst sich jederzeit auch als angefertigtes Ding betrachten, das dann einen geistigen Gehalt darstellt. Kunst ist sonach die Darstellung eines bersinnlichen in einem geformten sinnlichen Stoff. Allein das Kunstwerk stellt nie etwas dar ; aus dem einfachen Grunde, weil es ja nichts hat, was es darstellen kann, weil das Werk dasjenige erst schafft, was erstmals durch es ins Offene tritt. Aber zu all dem jetzt Gesagten mchte man erwidern : irn Grunde ist das ja belanglos, ob die Theorien ber die Kunst richtig oder falsch sind, genug, wenn die Kunst selbst und ihre Werke da sind. Allein es handelt sich hier ganz und gar nicht um Theorien ber die Kunst, sondern um das rechte Wissen vom Kunstwerk. Nur wo ein solches Wissen ein Volk bestimmt, ist es stark genug, eine Kunst zu ertragen und dem Schein von Kunst sich zu versagen. Wo aber ein echtes Wissen durch ein Scheinwissen hintangehalten und mileitet wird, da kann es vielleicht noch einen sehr ansehnlichen und sehr wertvollen Kunstbetrieb geben, aber niemals einen klaren und gegrndeten Entscheidungsraurn ber die Mglichkeit und Notwendigkeit einer Kunst. In der umfassendsten und zunchst endgltigen Besinnung auf das Wesen der Kunst, die das Abendland besitzt, in Hegels Vorlesungen ber die Aesthetik steht der Satz : Aber wir haben kein absolutes Bedrfnis mehr, einen Gehalt in der Form der Kunst zur Darstellung zu bringen. Die Kunst ist nach der Seite ihrer hchsten Bestimmung fr uns ein Vergangenes (S.W., X-1, 16). Man kann sich um diesen Satz und d.h. um all das, was hinter ihm steht, nicht dadurch herumdrcken, dass man Hegel gegenber etwa feststellt : ja wir haben doch seit Hegels Aesthetik, die im Wintersemester 1828/29 zum letzten Mal gelesen wurde, viele wertvolle Kunstwerke entstehen sehen. Diese Mglichkeit hat auch Hegel nie leugnen wollen. Allein die Frage bleibt : Ist die Kunst noch eine wesentliche und eine notwendige Weise, in der die fr unser geschichtliches Dasein entscheidende Wahrheit geschieht oder ist die Kunst das nicht mehr ? Und wenn sie es nicht mehr ist, dann etwa deshalb, weil sie es nicht mehr sein kann ?

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Depuis les Grecs jusqu nos jours, tout mditation sur lart et luvre dart, toute thorie de lart et toute esthtique sont soumises une remarquable fatalit. La mditation sur lart sest engage chez les Grecs (Platon et Aristote) avec la caractrisation de luvre comme chose apprte, cest--dire comme ustensile. Selon cette conception, luvre dart est dabord, cest--dire ici envisage en son tre effectif, un matriau form. Mais dans le mme temps, il ne pouvait chapper au regard que luvre dart est fondamentalement davantage . Ainsi dcouvrit-on que luvre dart - la chose apprte - dit encore quelque chose dautre que ce quelle est elle-mme : allo agoreuei, elle est allgorie . Autrement dit, luvre dart, cest--dire la chose apprte, quelque chose dautre est conjoint, symballei, elle est symbole . Depuis lors, allgorie et symbole fournissent la reprsentation-cadre conformment laquelle luvre dart, travers les mtamorphoses les plus diverses, restera dtermine : toujours elle sera une chose apprte, mais aussi et prcisment une chose suprieure . Le plus haut, on le voit, est ici interprt par rapport au plus bas, comme un ajout celui-ci. La possibilit de dterminer dabord et proprement luvre dart partir de son essence la plus propre est demble sacrifie, et mme elle nest pas aperue (Hw. 9-10). Ainsi les distinctions entre forme et matire, entre contenu et teneur, dune part, figure et ide, dautre part, forment-elles depuis lors larmature de toute saisie de luvre dart. et si fatalit il y a, elle consiste prcisment en ce que ces distinctions sont toujours correctes et toujours attestables mme luvre ; car celle-ci se laisse toujours aussi considrer comme une chose apprte prsentant une teneur spirituelle . Lart devient ainsi la reprsentation de quelque chose de suprasensible dans un manire sensible soumise une forme (Hw. 16-17). Seulement, luvre dart ne prsente jamais rien, et cela pour cette simple raison quelle na rien prsenter, tant elle-mme ce qui cre tout dabord ce qui entre pour la premire fois grce elle dans louvert (Hw. 44). tout ce qui vient dtre dit linstant, on pourrait cependant opposer la rplique suivant : est-il vraiment si important de savoir si les thories sur lart sont correctes ou fausses, et ne suffit-il pas que lart lui-mme et ses uvres soient l ? Mais ce dont il sagit ici, ce nest nullement de thories sur lart, mais du savoir convenable de luvre dart. Or l, et l seulement o un tel savoir dtermine un peuple, celui-ci est assez fort pour supporter lart et pour se refuse lapparence dart. Au contraire, l o un tel savoir authentique est retenu ou sduit par un pseudo-savoir, l il peut exister une activit artistique aussi remarquable que considrable, mais en aucun cas un espace clair et fond de dcision sur la possibilit et la ncessit dun art (Hw. 55-56). Dans le contexte de la mditation le plus vaste, et en un sens dfinitive, sur lessence de lart que possde lOccident, les Leons sur lEsthtique de Hegel, se rencontre cette proposition : Mais nous navons plus un besoin absolu de porter un contenu la prsentation sous la forme de lart. Lart, considr du ct de sa plus haute destination, est pour nous quelque chose de pass (S.W., t. X-1, p. 16) (Hw. 66). Lon ne saurait se drober cette phrase, cest--dire tout ce qui sabrite derrire elle, en objectant par exemple Hegel la constatation suivante : depuis le temps de son Esthtique, qui fut profess pour la dernire fois au semestre dhiver 1828-1829, nous nen avons pas moins vu clore plus dune uvre dart de grande valeur. Car cette possibilit, Hegel lui-mme est le dernier lavoir nie. Mais la question demeure : lart est-il encore une guise essentielle et ncessaire en laquelle provient la vrit dcisive pour notre Dasein historial, ou bien nest-il plus cela ? Et sil ne lest plus, est-ce par exemple parce quil ne peut plus ltre ? (Hw. 66-67).

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Die Entscheidung ber Hegels Satz ist noch nicht gefallen ; denn hinter diesem Satz steht das ganze abendlndische Denken seit den Griechen, die darin gegrndete Auffassung des Seins und der Wahrheit. All das ist heute noch in Geltung auch dort, wo wir nichts davon ahnen. Hegels Satz : Aber wir haben kein absolutes Bedrfnis mehr, einen Gehalt in der Form der Kunst zur Darstellung zu bringen bleibt wahr. Allein zur Frage muss werden, ob diese Wahrheit endgltig ist. Das will sagen : ob die inneren Voraussetzungen dieses Satzes, die berlieferte Auffassung vom Wesen der Kunst als Darstellung fr immer feststehen oder ob sie von Grund aus verwandelt werden mssen. Diese geistige Entscheidung kann nur in langer Arbeit vorbereitet werden. Nicht steht in Frage die Richtigkeit oder Falschheit einer aesthetischen Theorie, sondern zur Entscheidung steht, ob wir wissen, was Kunst und Kunstwerk in unserem, geschichtlichen Dasein sein knnen und sein mssen : ein Ursprung und dann ein Vorsprung oder aber ein nur noch Mitgefhrtes und dann ein bloer Nachtrag. Dieses Wissen oder Nichtwissen entscheidet mit darber, wer wir sind.

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Le verdict sur la phrase de Hegel nest point encore tomb ; car derrire cette phrase se tient toute la pense occidentale depuis les Grecs, se tient la conception de ltre et de la vrit quelle a fonde. Or tout cela est aujourdhui encore en vigueur, mme l o nous nen devinons rien (Hw. 67). La phrase de Hegel : Mais nous navons plus un besoin absolu de porter un contenu la prsentation sous la forme de lart , demeure vraie. Cependant, cela doit devenir une question de savoir si cette vrit est dfinitive. Autrement dit : de savoir si les prsuppositions internes de cette phrase, si la conception traditionnelle de lessence de lart comme prsentation subsistent pour toujours ou bien si elles doivent ncessairement tre mtamorphoses de fond en comble (Hw. 67). Cette dcision spirituelle ne peut tre que prpare dans un long travail. Ce nest point la rectitude ou la fausset dune thorie esthtique qui est ici en cause ; est au contraire soumise dcision cette question : savons-nous ce que lart et luvre dart peuvent et doivent tre dans notre Dasein historial : un saut originel, et alors un sur-saut ou bien un simple accompagnement, et ainsi un simple ajout aprs coup (Hw. 65). Ce savoir ou ce non-savoir dcide conjointement de la question de savoir qui nous sommes.

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NOTES DU TRADUCTEURDas Brbele, cest--dire la petite Barbara (le mot allemand est le diminutif de ce prnom), surnom dune sculpture de Nikolaus Gerhart, deuxime moiti du XVe sicle. La Geschichte der deutschen Kunst de Hans Weigert, Berlin, 1942, que nous avons sous la main, lui consacre, p. 309, la notice suivante : Cest en 1464 que le matre sculpta les bustes de la Chancellerie (de Strasbourg). () De lensemble nont t conservs, exception faite pour quelques fragments originaux, que des moulages en pltre. Leur ordonnance peut tre rtrospectivement reconstitue partir des sculptures plus rcentes de Ludwig Juppe au chteau de Marbourg-sur-la-Lahn, o lon voit les demi-figures dun couple sembrassant audessus dun grand quartier (Wappenfeld). On pouvait galement voir les armes de la ville au portail de la Chancellerie, incendie en 1668. Quant aux bustes, qui eux non plus ne devaient pas manquer de signification, ils sont censs reprsenter un prophte et une sibylle. Cependant, ils nont rien de sacr, et le peuple prtendait y reconnatre le comte de Lichtenberg qui se livrait la magie et la Petite Barbara dOttenheim, un couple bien connu de cette cit. Le vieillard la regarde avec concupiscence, et elle dtourne coquettement les yeux avec une expression coquine de la bouche. Il se peut que le matre ait excut une commande religieuse, mais il nen reste pas moins que cest lunivers profane le regard inquitant et le nez monstrueux du sorcier, le jeu sducteur et prude de la jeune femme qui enflamment son inspiration, etc. V. sinon les p. 307-310 sur la vie et dautres uvres de lartiste. Quelques recherches, sans doute maladroites, ne nous ayant pas permis den savoir plus sur cette sculpture, nous remercions davance les lecteurs qui auraient lobligeance de nous communiquer des renseignements complmentaires, et nous nous ferons un plaisir de les publier. Pourquoi Heidegger ne cite-t-il plus le Brbele dans la version des Hw., publie en 1950 ? Est-ce en raison de linsuffisante notorit de luvre, tout au moins hors dAllemagne ? Ou bien aurait-elle pri dans les bombardements de la Seconde Guerre mondiale ? Javoue lignorer totalement. Nous regrettons galement de ne pouvoir en publier de photographie, que nous avons cherche en vain. Tout au moins le lecteur pourrait-t-il en examiner une dans le livre de Weigert, p. 717. Enfin, daprs la lgende qui ly accompagne, le Brbele se trouve bien Francfort, mais lInstitut Stdel, non pas au Liebighaus (ces muses, daprs le Guide Bleu dAllemagne fdrale, d. De 1964, p. 522, tant sis quelques mtres lun de lautre, sur le quai dit Schaumainkai). Encore une de ces bourdes de Heidegger qui firent la joie de M. Meyer Shapiro, suivi de prs par M. Andr Chastel ? moins que la statue nait t dplace entre 1935 et 1942 ? Je my perds Zu-sich-stehen : se-tenir-pour-soi , et non pas, comme ailleurs, Dastehen, se tenir l , ou Insichstehen, se tenir en soi . Lexpression est forme sur le verbe stehen construit avec zu : prendre le parti de . Elle signifie donc le fait de se dresser en faveur de soimme , pour ainsi dire. Par consquent, un tel pour soi na rien voir avec le pour soi (fr sich) au sens mtaphysique par opposition l en-soi (an sich). Tant pis, cette fois-ci, pour M. Shapiro et pour lhistoire de lart en gnral : ce temple est incontestablement idal. ma modeste connaissance, il ne ressemble en tout cas nullement aux rares temples de Zeus qui nous aient t conservs. La gorge crevasse o il se dresse fait-elle allusion Delphes ? Mais lon ny trouvait point de temple consacr 583 2 1

Zeus. Quant au site dOlympie, il est trop diffrent de celui que dcrit ici Heidegger Bref, ce nest sans doute pas sans motif que lauteur, en 1936, a supprim la mention de Zeus, ne parlant plus en gnral que du temple grec . Sourd : ungefge, lourd, massif mais aussi : indocile, rtif, par opposition gefgig : accommodant. Le mot appartient la mme famille que les termes fgen, Fuge, Gefge, verfgen, etc., abondamment utiliss ici par H., et que nous sommes obligs de restituer laide de la famille de joindre . Pour la racine, cf. par exemple le Dict. tymol. Duden, ss.vv. Fach, fangen, fugen, qui renvoie en dernire instance li.-e. pak, pag, fixer, lier (cf. latin pangere, pax, et Ernout-Meillet, s.v. paco, pax). Incidemment, il ne faut pas voquer ici la fugue (musicale), qui driverait du latin fuga, fuite . Heidegger fait la mme proposition philologique dans son Einfhrung in die Metaphysik (de 1935), Tbingen, 1953 = G.A., t. XI, p. 76, en allguant un article de la Zt.f.philo.Forschung, t. LIX. Aprit : nous rservons ce terme franais Offenstndigkeit, traduisant donc toujours Offenheit par tre-ouvert. LOffenstndigkeit, en effet, est lattitude de celui qui se tient ouvert, dans une disponibilit spcifique et totale. On remarquera la diffrence dcisive sparant cet alina de son parallle des Hw. 32 : l, Heidegger, pour dgager les deux traits essentiels de luvre, dclare avoir besoin den prendre en vue la chosit, ici, au contraire, il ne sembarrasse nullement de ce concept, demandant seulement que lon se remmore les exemples cits. Nul ne prtendra donc que les dveloppements de 1936 sur la chosit de luvre taient dj virtuellement prsents dans la version de 1935. On peut certes soutenir que celle-ci les requrait mais cest condition de le montrer de faon proprement phnomnologique, ce qui, mon gr, ne va point de soi. valuer - vaillance tente de reflter le jeu sur wrdigen-Wrde. Ce dernier mot, en effet, ne veut nullement dire ici dignit , mais garde toute sa force de substantif de werden, advenir . Cf. le grec art. Die Welt waltet porte notre texte sans quivoque. Cest seulement en 1936 que H. crera le verbe welten (Hw. 33). Cest naturellement la vrit que les Grecs nommrent altheia, non pas louvert du L, quen aucune manire ils nont nomm, et encore moins pens. Inversement, le horsretrait (Unverborgenheit) ne constitue ni ici, ni en gnral l objet propre de la mditation heideggerienne, mais, uniquement, ce quil appelle ici mme l essence de la vrit . Provenir : titre de justification de cette transposition de geschehen ( advenir tant rserv pour traduire werden), nous ne pouvons que renvoyer globalement notre traduction franaise dtre et Temps, hors commerce, 1985, section II, chapitre V : Temporalit et historialit .11 10 9 8 7 6 5 4

AVERTISSEMENT La prsente dition est prive et ne saurait tre vendue. Elle est disponible sur simple demande (dtails ladresse ) . 59