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    12-Sep-2018

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Histoire littraire : le roman. Au Moyen ge, la structure du roman est trs libre. Le roman dsigne nimporte quel crit en langue vulgaire, le romanz , par opposition la langue savante, le latin. 1/ Le tournant du XVIIme sicle En France, au XVIIme sicle, le roman prcieux simpose tout dabord, et d signe un long rcit de plusieurs centaines de pages, caractris par sa thmatique amoureuse et son invraisemblance. Cest le cas du roman pastoral, comme LAstre, dHonor dUrf. On peut citer galement le roman galant de Mademoiselle de Scudry, La Cllie. cette poque, les dvots reprochent au roman son amoralit. Le roman est considr comme un genre superficiel, qui traite de sujets frivoles, voire licencieux, comme lamour, le dsir Cest pourquoi les romanciers auront cur, par la suite, de redorer le blason du genre en le rapprochant de la ralit, pour le prsenter comme srieux, capable de traiter de sujets graves. Ainsi, ds la fin du XVIIme sicle, le roman de Mme de Lafayette, La Princesse de Clves, rompt avec linvraisemblance du roman prcieux. Il inaugure une certaine forme de ralisme, avec une analyse psychologique approfondie des personnages et un contexte historique prcis (la Cour de Henri II). Le classicisme dune forme brve et la sobrit du style caractrisent galement ce rcit. 2/ Lmergence du ralisme au XVIIIme sicle. Au XVIIIme sicle, le roman soriente vers plus de vraisemblance : il veut tre considr comme un genre srieux, et, pour cela, il prtend sappuyer sur des documents authentiques (lettres, mmoires, manuscrits). Ainsi, par exemple, le prambule de La Vie de Marianne, de Marivaux, illustre bien cette tendance pseudo-raliste : Avant que de donner cette histoire au public, il faut lui apprendre comment je lai trouve. Il y a six mois que jachetai une maison de campagne quelques lieues de Rennes, qui, depuis trente ans, a pass successivement entre les mains de cinq ou six personnes. Jai voulu faire changer quelque chose la disposition du premier appartement, et, dans une armoire pratique dans lenfoncement dun mur, on y a trouv un manuscrit en plusieurs cahiers contenant lhistoire quon va lire, et le tout dune criture de femme. On me lapporta ; je le lus avec deux de mes amis qui taient chez moi, et qui, depuis ce jour-l, nont cess de me dire quil fallait le faire imprimer. Je le veux bien, dautant plus que cette histoire nintresse personne. [] Cest une femme qui raconte sa vie ; nous ne savons qui elle tait. Cest la Vie de Marianne ; cest ainsi quelle se nomme elle-mme au commencement de son histoire ; elle prend ensuite le titre de comtesse ; elle parle une de ses amies dont le nom est en blanc, et puis cest tout. la mme poque fleurit le genre des pseudo-mmoires. La clbre Histoire du chevalier Des Grieux et de Manon Lescaut, entre autres, est en fait insre dans un roman beaucoup plus long intitul Mmoires et aventures dun homme de qualit : lauteur, labb Prvost, cherche, accrditer la vracit du rcit. Enfin, le roman pistolaire (par lettres) participe lui aussi de cette veine raliste : les lettres sont fictives, mais procurent une certaine vraisemblance lhistoire. On peut songer au roman de Rousseau, La Nouvelle Hlose, ou celui de Choderlos de Laclos, Les Liaisons dangereuses. 3/ Le triomphe du ralisme au XIXme sicle. Au XIXme sicle, le roman raliste va progressivement simposer, en raction contre lidalisme de la priode romantique. A- Du romantisme Les crivains romantiques ont plutt tendance faire du hros romanesque un personnage hors du commun, par de toutes les vertus. Par exemple, dans Le Lys dans la valle, Balzac prsente lhrone principale, Madame de Mortsauf, comme limage de la perfection terrestre , le symbole mme de la vertu, en la dotant de toutes les sductions de lme et du corps. leur manire, les hros stendhaliens se distinguent eux aussi du vulgaire par lnergie qui les anime lorsquils ont lutter pour leur amour ou pour leur ambition : ce sont des tempraments ardents, originaux, et passionns. Le hros de La Chartreuse de Parme, Fabrice del Dongo, incarne bien cet enthousiasme passionn, au service dun idal de bonheur cher lauteur. Mais laspiration lidal appelle un contrepoint. Ainsi, le roman romantique se caractrise souvent par une opposition systmatique entre le Bien et le Mal, par un manichisme un peu simpliste. Les romans de Victor Hugo illustrent frquemment cette dualit1, en particulier Notre-Dame de Paris. Frollo, le prtre malfique, et Quasimodo, le monstre bnfique, sont des personnages antithtiques, qui luttent, chacun leur manire, pour obtenir les faveurs de la belle bohmienne, Esmralda. B- au ralisme. Si lon trouve encore chez Stendhal et Balzac des traces de lidal romantique, ces mmes auteurs vont sefforcer dancrer leurs romans dans la ralit de leur temps. Le sous-titre du Rouge et le Noir, Chronique de 1830, exprime bien la volont denraciner le rcit dans le contexte politique et social de lpoque, savoir les dernires annes de la priode de la Restauration : travers les aventures de Julien Sorel, Stendhal nous prsente un tableau de la socit franaise contemporaine, de la noblesse de province laristocratie parisienne, en passant par les milieux ecclsiastiques. Il dfinit dailleurs lui-mme le roman comme un miroir que lon promne le long dun chemin. Le projet romanesque de Balzac tmoigne galement de ce parti pris raliste : dans lavant-propos de La Comdie humaine, lcrivain dclare vouloir faire concurrence ltat-civil . Il ajoute : la socit franaise allait tre lhistorien, je ne devais tre que le secrtaire. Dans Le Pre Goriot, en plongeant le jeune Rastignac dans les mandres de la bourgeoisie et de laristocratie parisienne, Balzac lui fait dcouvrir, ainsi qu son lecteur, les rouages de cette socit. 4/ Du ralisme au naturalisme. Le naturalisme prolonge le ralisme. Le terme est utilis par Zola ds 1866. Plusieurs crivains se groupent autour de lui pour dfendre le roman, genre encore trop souvent mpris pour sa futilit. Certains participent aux Soires de Mdan , dans la proprit de Zola, prs de Paris, o lauteur a pris lhabitude de runir ses amis pour parler littrature. (Maupassant, Huysmans) Zola sinspire des mthodes et des thories scientifiques contemporaines pour laborer ses romans. Les sciences naturelles sont le modle de la dmarche naturaliste. Il sagit dexpliquer les phnomnes sans recourir des causes surnaturelles, par les simples lois de la nature. Zola met au point la mthode naturaliste en empruntant beaucoup la dmarche exprimentale du mdecin Claude Bernard. Lobservation prcde lanalyse : on sait quavant dcrire ses ouvrages, Zola se livrait des enqutes minutieuses sur le terrain quil compltait dune solide documentation. Ainsi, il visita en personne la mine dAnzin avant de rdiger Germinal, se documentant par ailleurs scrupuleusement sur les termes techniques utiliss par les mineurs. La formulation de lhypothse et lexprimentation succdent lobservation. Dans ses crits thoriques, et en particulier dans Le Roman exprimental, Zola explique que le romancier analyse le mcanisme des faits en oprant sur les caractres, sur les passions, sur les faits sociaux comme le chimiste et le physicien oprent sur les corps bruts. . Le roman devient le champ de lexprience qui permet de vrifier lhypothse de dpart. Pour formuler ses hypothses, Zola sinspire des thories scientifiques rcentes, comme les lois sur lhrdit, nouvellement mises jour. Dans le cycle des Rougon-Macquart, nous pouvons en effet observer les ravages de la folie, de lalcoolisme ou autres tares gangrner une partie de la famille. Cette dmarche pseudo-scientifique vise restituer le rel sous tous ses aspects. Par consquent, le naturalisme va ouvrir le champ du roman toutes les classes sociales. Nous nous sommes demands si ce quon appelle les basses classes navaient pas droit au roman, lance Zola. Et il ajoute : Le premier homme qui passe est un hros suffisant . Le personnage de roman a perdu son caractre hroque ; il devient plus populaire et plus ordinaire. Balzac avait ouvert la voie en faisant par exemple dun simple ngociant, le pre Goriot, le hros ponyme de son roman. Mais les Goncourt vont plus loin, puisque dans Germinie Lacerteux, ils sondent le cur dune domestique alcoolique. Et le projet romanesque de Zola va dans le mme sens, comme en tmoigne le titre complet Les Rougon-Macquart, Histoire naturelle et sociale dune famille sous le Second Empire. Chaque roman fera dcouvrir au lecteur un milieu social particulier : le monde des mineurs dans Germinal, le monde ouvrier dans LAssommoir, o Zola souhaitait faire un roman sur le peuple , qui ait lodeur du peuple ; mais aussi le monde des paysans dans La Terre, ou celui des Halles de Paris dans Le Ventre de Paris Pour sa part, Flaubert prsentera dans Madame Bovary la vie mdiocre dune bourgeoise de province, et dans Lducation sentimentale, la trajectoire rate dun jeune homme mont Paris faire son droit . 1 Cf. drame romantique : grotesque vs sublime 5/ Le roman moderne, du XXme sicle nos jours. A- Le tournant de La Recherche. Au tournant du XXme sicle, le roman sachemine vers la modernit avec luvre magistrale de Marcel Proust, la recherche du temps perdu. Contrairement aux rgles du rcit traditionnel, la recherche du temps perdu nest pas construit autour dune action principale. La premire partie de louvrage, Du ct de chez Swann, parat en 1913 et suscite lincomprhension des contemporains : un critique reproche lauteur davoir fait un livre qui nest ni un roman, ni un rcit, ni mme une confession , mais une somme de faits et dobservations, de sensations et de sentiments , des morceaux mis bout bout. Cette absence dintrigue traditionnelle fait prcisment de Proust un prcurseur du roman moderne : lessentiel est moins de raconter une histoire que dexprimer une certaine vision du monde. Il ne sagit plus dimaginer une fiction, mais de restituer la subjectivit dun regard pos sur les choses. la recherche du temps perdu ne vise pas raconter le pass, mais propose au lecteur de dcouvrir un autre rapport possible avec le monde. Le clbre pisode de la madeleine permet de mieux comprendre loriginalit de cet univers romanesque. Alors quil gote une madeleine trempe dans une tasse de th, en compagnie de sa mre, le narrateur retrouve soudain la saveur de la madeleine que lui offrait sa tante Lonie le dimanche matin, bien des annes auparavant, Combray. Par le truchement de cette sensation, tout Combray et ses environs, tout cela qui prend forme et solidit, est sorti, ville et jardins, de [cette] tasse de th . Lessentiel nest pas de retrouver le pass, mais, grce la mmoire involontaire, de ressentir en mme temps la sensation prsente et la sensation passe, de vivre la fois le pass et le prsent, pour accder lintemporel : une minute affranchie de lordre du temps a recr en nous, pour la sentir, lhomme affranchi de lordre du temps . Seul lart permet de vivre une telle exprience. Cest ce que comprend finalement le narrateur qui, dans Le Temps retrouv, dcide de se mettre crire. En se situant en dehors du temps , il pourra jouir pleinement de lessence des choses . B- La naissance du nouveau roman. Les codes de lcriture raliste contribuaient la description dun monde cohrent, dont le narrateur omniscient donnait la cl au lecteur. Le rcit au pass et la 3e personne supposait une parfaite matrise de lhistoire et du destin des personnages. Il sagissait, pour reprendre lexpression de Balzac, de concurrencer ltat civil en prsentant des personnages aussi vrais que possible dans un rcit organis selon les lois de la chronologie. Plus rien de tel au XXme sicle : les traumatismes causs par les deux grandes guerres mondiales remettent svrement en cause la stabilit du monde, et lcriture romanesque doit dsormais reflter les incertitudes et la fragilit du monde contemporain. La description complte dune ralit rassurante nest plus de circonstance, et, selon lexpression de Nathalie Sarraute, le roman entre dans lre du soupon . Ainsi, tous les lments du roman traditionnel sont remis en question. La notion de personnage est mise mal, lpoque est plutt celle du numro de matricule , comme le constate Alain Robbe-Grillet. Le personnage se trouve parfois rduit une simple initiale, ou un simple pronom personnel, comme Lui ou Elle dans Hiroshima mon amour, de Marguerite Duras. Les objets envahissent le rcit, mais perdent toute valeur symbolique. De mme, le titre du roman de Georges Perec, Les Choses, indique clairement la prdominance de lavoir sur ltre dans la socit de consommation quil dcrit. Paralllement, lemploi des temps tmoigne du refus dune organisation chronologique du rcit, le prsent domine. Lhistoire na pas dexistence pralable, le rcit scrit laborieusement sous les yeux du lecteur. Cette nouvelle forme de roman, inaugure par Nathalie Sarraute, prendra le nom de Nouveau Roman, mais il ne sagit pas dune cole. Cest un mouvement sans chef de file, sans revue ; il regroupe des crivains trs divers tels quAlain Robbe-Grillet, Michel Butor ou Claude Simon, mais qui ont en commun le rejet du roman traditionnel et lexploration de voies nouvelles. Priv de guide et de narrateur omniscient, le lecteur va dsormais tre confront un univers romanesque nigmatique, difficile dchiffrer, limage du monde contemporain. Il se perd dans le labyrinthe du rcit, celui des Gommes de Robbe-Grillet, par exemple : Wallas, agent spcial du ministre de lintrieur, est charg denquter sur la mort du professeur Daniel Dupont. Mais son enqute tourne en rond, limage de ses prgrinations dans une ville dailleurs sans nom. Comble de labsurdit, Wallas finira par tuer lhomme sur la mort duquel il tait charg denquter ! Dans ce roman, tout est fait pour drouter le lecteur : le rcit na plus aucune progression linaire, mais repose au contraire sur la rptition dlments narratifs, repris chaque fois sous un angle diffrent. Le roman devient ainsi la somme des perceptions possibles dune mme ralit. Lespace se disloque, les repres temporels svanouissent dans la confusion du pass, du prsent et du futur : le lecteur est perdu, il ne peut plus sidentifier aux personnages et lhistoire raconte.

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