Historique et critique du facteur d’impact ?· de Philadelphie a lancé le Science Citation Index.…

  • Published on
    16-Sep-2018

  • View
    212

  • Download
    0

Transcript

67Manuel Durand-Barthez Historique et critique du facteur dimpact Schedae, 2008, prpublication n7, (fascicule n1, p. 67-76).Schedae, 2008Historique et critique du facteur dimpactManuel Durand-BarthezConservateur, Bibliothque universitaire Sciences, Universit Paul Sabatier (Toulouse 3)Rsum : Pour un chercheur, voir ses travaux frquemment cits dans des revues fort facteurdimpact est essentiel pour sa progression de carrire. Limportance de ces citations nest pasmoindre pour son laboratoire de tutelle puisquen dpend la modulation des subventions dontil peut bnficier.LInstitute for Scientific Information de Philadelphie (ISI) exerce depuis 1961 une influence pr-pondrante dans lvaluation des sources (le facteur dimpact des revues est dfini par le Jour-nal Citation Reports JCR) et dans lvaluation des auteurs (via le Science Citation Index SCIet le Social Science Citation Index SSCI). Ce modle dvaluation quantitative des citationsdes travaux de recherche apparat de plus en plus dficient et appelle des solutions alternatives.Durant ces cinq dernires annes, deux modles alternatifs ont t conus. Le dpartementSciences humaines du CNRS a labor un modle plus respectueux de la ralit ditoriale scien-tifique quant lvaluation des sources. En ce qui concerne lvaluation des auteurs, le modleCitebase issu du rservoir libre ArXiv.org (sciences exactes et appliques) contrecarre avanta-geusement celui du SCI.Apparue fin 2004, Google Scholar, dernire ne des sources de citations, ptit dun manque derigueur, tant au niveau de la dfinition de sa couverture qu celui des algorithmes qui la rgissent.Cette mosaque encore floue des alternatives lISI ne peut quencourager la communautscientifique au sens large laborer un modle dvaluation de la recherche, sinon mondial dumoins europen, plus respectueux de ltat de lart, dont les modalits de fonctionnementseraient clairement tablies avec toute la rigueur qui simpose.Vous avez dit : notoire ?Publish or perish ! Voil bien une devise qui domine encore de manire assez con-sensuelle le monde scientifique au sens large. Mais lvolution des pratiques ditorialesdans le milieu de la recherche aura pu, ces dernires annes, faire driver ce dicton en :Be cited, or perish !. Au premier degr, labondance de publications peut laisser suppo-ser que lauteur est remarquable parce que prolifique. Mais labondance nest pas loinsen faut incompatible avec la mdiocrit. Aussi la citation est-elle cense constituer ungage supplmentaire de qualit.Lorsque lon dit quun chercheur doit justifier, pour son avancement, dun certain nom-bre darticles publis dans des revues de rang A , lesquels doivent leur tour bnficierPrpublication n 7 Fascicule n 1 68Schedae, 2008, prpublication n7, (fascicule n1, p. 67-76).http://www.unicaen.fr/services/puc/ecrire/preprints/preprint0072008.pdfdun nombre minimum de citations par des auteurs publiant dans ces mmes revues, celamet en vidence deux phnomnes distincts. Dune part lvaluation des personnes etdautre part celle des sources, cest--dire des revues scientifiques.Un troisime phnomne est sous-jacent : lvaluation de linstitution, voire du labora-toire, dont relve lauteur, avec la cl des financements variables en fonction de la noto-rit de lensemble.Il nest pas rare aujourdhui, compte tenu de linflation ditoriale dans le domaine scien-tifique, que des chercheurs limitent leurs investigations documentaires au recensement despublications rcentes manant de sources dment cites, cest--dire prcisment notoires.Cela signifie entre autres que les cls daccs aux donnes dinformation seront pourlessentiel de trois types : noms dauteurs individuels remarqus (auxquels se substituentfrquemment des acronymes dquipes ou de projets), noms dinstitutions ou de labora-toires rputs, et pour finir, tout simplement le titre dune revue qui fait autorit dans ledomaine. Tout semble se passer comme si les noms communs de concepts faisaient place,dans une requte informationnelle, de plus en plus souvent aux noms propres des cher-cheurs ou de leurs supports de publication.Origines et finalit du Facteur dimpactDs 1960, sous limpulsion dEugene Garfield, lInstitute for Scientific Information dePhiladelphie a lanc le Science Citation Index. Sa premire tranche (1961)1 recensait lespublications issues de 613 revues2 juges prpondrantes dans tous les domaines dessciences exactes et appliques. Lobjectif de cet outil danalyse est de comptabiliser lescitations qui en sont issues afin den valuer les auteurs.La slection des sourcesCette comptabilisation est en soi neutre. Ce qui lest moins, bien sr, est le mode deslection des revues. Lexplication donne ce sujet par le comit ditorial en 1972 estplutt sommaire :Le corpus initial de revues sera compos de celles qui jouissent de la plus large audienceauprs des chercheurs, en mettant laccent sur les revues multidisciplinaires et interdisciplinai-res, ainsi que sur les revues les plus significatives dans chaque domaine. Les abonns serontconsults et lanalyse de leurs centres dintrt pourra aussi modifier les critres de slection.Le nombre des revues sources couvertes pourra tre accru pour largir le spectre des analysesproposes3.On rtorquera quil est difficile de trouver des critres de slection autres que le seulusage et le relatif consensus qui peut sen dgager. Il nen demeure pas moins que le critrede lorigine gographique (pays usuellement qualifis de dvelopps ) et de la langue(prpondrance anglophone) simposent demble lorigine. lpoque de la guerre1. Le volume millsim 1961 a t publi dix ans plus tard.2. Soit environ dix fois moins quaujourdhui. En 2004, le SCI Sciences exactes et appliques version On linecomprend environ 5 900 titres, tandis que le SSCI relatif aux Sciences humaines en compte 1 700.3. 1961, vol.1, p. xvii. The initial corps of journals will be those of interest to the widest possible audience ofscientists with primary emphasis on multidisciplinary and interdisciplinary journals as well as the most sig-nificant journals in every branch of science. The subscribers will be consulted and their interests must alsoaffect the selection criteria. The number of source journals that will be covered will be increased as sup-port for the service increases. On verra quen Sciences humaines, le CNRS a propos en 2004 des argu-ments aussi souples . 69Schedae, 2008, prpublication n7, (fascicule n1, p. 67-76).http://www.unicaen.fr/services/puc/ecrire/preprints/preprint0072008.pdffroide, la littrature sovitique tait assez prise dans certains domaines, notamment lesmathmatiques, et traduite partiellement en anglais par les Amricains.Tenons-nous en ces aspects initiaux de la publication du SCI, car les donnes actuel-les, quoique relativement similaires, ont t bouleverses par le contexte ditorial com-mercial et lmergence de lOpen Access.Une fois franchi le cap de la slection des sources, venons-en aux critres danalysedes corpus de citations.Lanalyse des corpus de citationsLes annes les plus frquemment cites sont les deux (1959-1960) qui prcdent immdiate-ment lanne source (1961). Plus de la moiti des citations porte sur des articles publis dansles six annes prcdentes, et plus de 75 % sur des articles publis dans les douze annesantrieures4.Cela signifie que ds le dbut de la publication du SCI, le module des deux ans pr-cdant la citation est demble retenu comme pertinent pour lvaluation des sources.Ainsi, en 1975, soit trois ans aprs la publication de la srie dbutant en 1961, lISI conoit-il le complment indispensable de cet index, cest--dire le Journal Citation Reports (JCR)dont le nud est prcisment ce fameux module de deux ans. En valuant la rpercussiondes articles publis par une revue pendant deux annes conscutives, travers leurs cita-tions par lensemble des revues du corpus de rfrence durant la troisime anne, le JCRattribue un Impact Factor la revue en question5. Par ailleurs, les disciplines sont classesen catgories6. Le chercheur a tout intrt rechercher le classement de telle ou tellerevue dans sa catgorie disciplinaire afin de savoir o il est prfrable de publier7.Sans tre particulirement sophistiqu, le modle de lISI offre un certain nombredautres possibilits dvaluation, outre le Facteur dimpact, notamment lindice dactualit(Immediacy Index) et le seuil de dclin (Cited Half-Life).Lindice dactualit permet, au vu du nombre de citations sur la priode la plusrcente, de dterminer les revues dont les articles se rfrent essentiellement des sujetsinnovants dont lobsolescence peut tre rapide.Le seuil de dclin indique au terme de quelle priode la moyenne des articles dunerevue commence voir le nombre de leurs citations dcrotre. Ce seuil a videmment ten-dance varier en fonction de lindice dactualit.Dune faon gnrale, le chercheur a tendance se contenter de la consultation dufacteur dimpact, seul important pour lui parce que synthtique par rapport aux deuxautres critres, et lautorisant dterminer trs rapidement vers quel comit de lecture ildevrait orienter son texte.4.SCI 1961, vol.6, Source index, p. 13. The most frequently cited years are the two (1959-1960) immediatelypreceding the source year (1961). More than half citations are to articles published within the precedingsix years, and more than 75 % to articles published within the preceding twelve years.5. Exemple : la revue EMBO Journal (biologie molculaire et biochimie) a publi 710 articles en 2001 et 677en 2002. Soit un total de 1 387. Au sein du corpus des 5 907 revues analyses par le JCR dans son dition2003, ces articles 2001-2002 de lEMBO Journal ont t cits : 7 998 fois en 2001 et 6504 fois en 2002, soitun total de 14 502. Si lon divise ce second total par le premier, on obtient lImpact Factor dEMBO Jour-nal, soit 10,456.6. On en dnombrait 85 en 1961 et 170 en 2003.7. LEMBO Journal arrive au dixime rang sur les 261 revues que comporte la catgorie Biochemistry &Molecular Biology en 2003. 70Schedae, 2008, prpublication n7, (fascicule n1, p. 67-76).http://www.unicaen.fr/services/puc/ecrire/preprints/preprint0072008.pdfLes limites du modleOmniprsent dans les institutions et les administrations centrales (ministres chargsde lenseignement suprieur et de la recherche) de nombreux pays, le modle de lISI pr-sente un certain nombre de dfauts, tenant pour les uns aux modalits de calcul et pourles autres des facteurs humains. En dresser linventaire implique videmment dviter lesconclusions htives, la maladresse des clichs et les gnralisations douteuses. Nonobs-tant, on relvera les points suivants :Les modalits de calcul1. Impact Factor (IF) La priode type de deux ans nest pas forcment la mieux adapte toutes les disci-plines. Les domaines anims par une innovation permanente (informatique, biologiemolculaire, etc.) sy prtent mieux, lvidence, que les disciplines o la recherche aun caractre plus prenne (zoologie, botanique, gologie fondamentale). Actuelle-ment, la version on line du JCR permet davoir une volution des IF sur les quatre der-nires annes ; Le support documentaire en tant que tel : priodicit (1 ou 52 fascicules annuels),nombre darticles par fascicules plus ou moins grand ; deux facteurs qui tiennent lavolumtrie. Celle-ci est affiche dans les tableaux du JCR, mais il appartient lusagerden tirer les consquences. Obnubil par le facteur dimpact en tant que rsultat, ilnen tient pas forcment compte ; Le changement de titre ventuel en cours danne (absorption, scission, fusion) creune entit nouvelle ; Par voie de consquence, les nouvelles revues, issues notamment de la mouvanceOpen Access, ne pourront acqurir un IF notable quau terme dun certain dlai (5 ansminimum) ; Le nombre darticles de recherche par opposition aux articles de type Review estaussi une variable prise en compte dans les tableaux du JCR, mais pas forcment parlutilisateur, toujours drain par lIF ; Prpondrance de langlais : un excellent article dans une langue secondaire serapubli dans une revue faible IF Mais logiquement, on publiera un excellent article enanglais si lon veut tirer les bnfices dun bon IF Lauto-citation est un flau gnralis ; mais on saura distinguer lauto-citation due lafaible aura des auteurs, de celle qui mane dune quipe hautement performantedans son domaine au niveau international, contrainte de mentionner ses propres tra-vaux lorigine de ses avances. L aussi, les tableaux du JCR sont explicites ; un algo-rithme de rgulation est prvu par lISI, appliquer manuellement par lutilisateurlui-mme le cas chantLISI avertit lutilisateur dans son Tutorial : beaucoup de donnes sont manipuler avecprcaution et lusager doit faire preuve de discernement dans lexploitation des donnesbrutes. Mais souvent fascin par la seule colonne des IF, il fait jouer laspect boursier dutableau synthtique annuel apparaissant sur le premier cran, autour de ce seul indice. Caril faut souligner qu chaque fois que nous mentionnons lexpression tableaux du JCR ,il sagit presque toujours de donnes accessibles moyennant un clic supplmentaire pour aller au-del du tableau synthtique de base. Et cest prcisment l que le btblesse 71Schedae, 2008, prpublication n7, (fascicule n1, p. 67-76).http://www.unicaen.fr/services/puc/ecrire/preprints/preprint0072008.pdf2. Lindice dactualit (Immediacy Index) LImmediacy index permet, entre autres, de mettre en vidence les revues qui fontautorit sur les sujets innovants. Une gnralisation serait tendancieuse car des revuesgnralistes de bon niveau figurent galement en tte de lImmediacy index (cest lecas de Nature ou de Science) ; Les revues paraissant un rythme important (grand nombre de fascicules par an)auront videmment plus de chances de voir un grand nombre darticles cits rapide-ment que les autres. Ce sera par exemple le cas des revues mensuelles : un article parudbut janvier pourra tre cit n fois par les autres dans les onze mois qui suivent.3. Le seuil de dclin (Cited half-life)A priori, plus lindice est lev et plus les articles de cette revue servent de rfrence long terme, et plus cette revue peut tre considre comme fondamentaliste ; Facteur correctif de ce jugement : si la revue a chang de format (par exemple : fortediminution du nombre de pages et donc darticles dans chaque numro partir dunecertaine date comprise dans ce tableau) ou de titre, les donnes globales peuventsen trouver fortement nuances ;A contrario, si lindice est trs faible, cela peut signifier que la revue a un caractredominant dactualit courante et que son information devient rapidement obsolte aupoint de ntre pratiquement plus cite ds la seconde anne suivant sa publication.Il est clair que les rsultats du SCI seront fortement conditionns par le JCR dans lamesure o lauteur se dirigera naturellement vers les revues forte valeur ajoute . Mais la longue, ce systme gnre des carences ou des excs que des scientifiques de hautrang prennent depuis peu la libert de dnoncer.4. Une indexation dfaillante des auteurs collectifsDe 1961 1996, le SCI navait tenu compte que du premier nom dauteur figurant dansla squence numrant en tte dun article les membres de lquipe qui lavait commis. Ona donc remdi cette injustice fondamentale, laffichage des rsultats dune requte detype Cited Author, o lauteur de type n+1 est mentionn en caractres minuscules,affubl dun point de suspension Si lon songe que ce modle a prsid aux destinesde nombreux chercheurs travers le monde, on imagine les dconvenues et les aigreursquil a pu susciter.Quant aux auteurs collectifs souvent regroups sous le sigle dsignant leur projet , il sont trs mal rpertoris. Un article issu de la rubrique Opinion des lecteurs ,anonyme dirons-nous par excs dauteurs dans la mesure o cest le groupe ditorialNature qui la commis, a en quelque sorte dclench la polmique. Le 10 janvier 20028, ilrvlait une erreur flagrante de lISI qui avait comptabilis les citations dun article fonda-mental publi par Nature dans une proportion excessivement infrieure la ralit, du faitque lauteur tait collectif (48 composantes) et de ce fait trs mal index. Il sagissait duConsortium International Human Genome Sequencing, lorigine dun texte essentielintitul Initial sequencing and analysis of the human genome9. Lerreur vient de lincapacitde lISI indexer correctement les auteurs collectifs. Or ces consortia sont de plus en plusnombreux dans le domaine scientifique. Des chercheurs amricains issus de disciplinesmdicales (de Providence et Baltimore) ont ralis une tude intitule Problems with8. Errors in citation statistics [Opinion] Nature, 415, 101 (10 January 2002), doi : 10.1038/415101a.9.Nature, 409, 860-921 (15 February 2001) ;http://www.nature.com/nature/journal/v409/n6822/abs/409860a0.html 72Schedae, 2008, prpublication n7, (fascicule n1, p. 67-76).http://www.unicaen.fr/services/puc/ecrire/preprints/preprint0072008.pdfIndexing and Citation of Articles with Group Authorship10 en 2002. Sur 232 articles collec-tifs du domaine de lOphtalmologie, 102 sont recenss avec la liste des seuls auteurs indi-viduels, 97 sont signals avec la mention du nom du collectif insr dans la liste desauteurs individuels et 33 ne mentionnent que le premier nom dauteur individuel cit, sui-vant le procd que lon a dnonc plus haut.Les facteurs humainsPeter Lawrence, minent chercheur du Laboratoire de Biologie molculaire de Cam-bridge, a publi dans Nature en 200311 un article fondamental pour lanalyse critique ducouple SCI/JCR. Il nhsite pas sexprimer sur le npotisme croissant qui ronge les comi-ts de lecture, allant mme jusqu dceler des articles excessivement synthtiss, voiremis en page de faon marginale, pourvu que leurs auteurs puissent figurer dans une revue fort IF.David Colquhoun,du Dpartement de Pharmacologie de lUniversity College de Lon-dres, sest insurg contre les incohrences du systme : Challenging the tyranny of impactfactors12 en rponse ou plutt pour faire suite aux observations de Lawrence :Dans le cadre de mon propre travail, par exemple, jai publi un article dans la revue Nature(dont le facteur dimpact est de 27,9), qui na compt que 57 citations, et un article dans larevue Philosophical Transactions of the Royal Society (dont le facteur dimpact est de 3,1) quia gnr plus de 400 citations13.Ce qui monte en pingle le paradoxe mis en avant par Lawrence. Par ailleurs, Henk F.Moed (Universit de Leyde) rsume en 8 questions les critres analyser rigoureusementafin doptimiser lusage des statistiques bibliomtriques, en reprenant pour une bonnepart les arguments de Lawrence14. Il prcise galement que certaines analyses sappuientsur le DVD SCI et dautres sur le produit On line Web of Science dont les fichiers sourcesnont pas le mme volume15. Il est noter par ailleurs que le JCR souffre certains gardsdes mmes disparits16.Les alternatives au modle de lISIDeux tentatives, europenne et franaise,de rquilibrage dans le secteur des Sciences humaines et socialesFace ce modle quasi monopolistique, le Dpartement Sciences humaines et socia-les (SHS) du CNRS a tent de mettre en uvre un autre mode de calcul. Il a, pour ce faire,saisi en 2004 une occasion ponctuelle : la rvaluation des revues quil subventionnait.Cela signifie que le modle prsent a t utilis dans un cadre institutionnel circonscrit, des fins bien dfinies. Autrement dit, cest en quelque sorte la fin qui a dtermin lemoyen. Cest du moins ce qui apparat en dernire analyse.10.JAMA 2002 ; 287, 2772-2774.11. The politics of publication Nature, 422, 259-261 (20 March 2003), doi : 10.1038/422259a.12.Nature, 423, 479 (29 May 2003), http://www.nature.com/nature/journal/v423/n6939/full/423479a.html.13. In my own work, for example, I have published a Nature (impact factor 27.9) article with only 57 citations, andan article in Philosophical Transactions of the Royal Society (impact factor 3.1) with more than 400 citations.14. The impact-factors debate : the ISIs uses and limits, Nature, 415, 731-732 (14 February 2002), doi : 10.1038/415731a, http://www.nature.com/nature/journal/v415/n6873/full/415731a.html.15. Version 2004 : sur disque : 3 700 titres ; sur le Web of Science: 5 800.16. En 2004, le JCR Sciences exactes et appliques version On line comprend environ 6 100 titres et sa versionCD 5 000, tandis que le JCR relatif aux Sciences humaines en compte 1 800 On line et 1 600 sur CD. 73Schedae, 2008, prpublication n7, (fascicule n1, p. 67-76).http://www.unicaen.fr/services/puc/ecrire/preprints/preprint0072008.pdfEn amont de cette opration semble par ailleurs se situer un pr-texte , en lespceun projet intitul European Citation Index in Humanities. Le Dpartement SHS, dans larevue Sciences de lHomme et de la Socit17, retranscrit en mai 2004 un texte de lESF(European Science Foundation), du 23 mars 2003, concernant la mise en uvre dun Index europen des citations . Il explique la logique et la raison dtre de cette proc-dure et met en avant la ncessit de promouvoir des outils dvaluation statistique de laproduction scientifique europenne en sciences humaines.Le texte de lESF ne veut pas prendre position sur le SCI (sciences exactes et appli-ques) qui bnficie maintenant dun solide appui 18. Ce qui peut tre pris comme unedrobade vis--vis du secteur des natural sciences ctoie une critique svre de lAHCI(Arts and Humanities Citation Index) publi par le mme ISI. LESF reproche cet Institutde privilgier les titres nord-amricains, dans un esprit relativement similaire celui quianime la polmique europenne lencontre du projet Google Print.Ce souci est manifeste dans la procdure SHS du CNRS ; mais laspect linguistiquenest pas le seul faire lobjet de mesures tendant lquit.Dune manire gnrale, le Dpartement a dpouill 125 revues sur la dcennie 1992-2001. travers elles, 38 973 bibliographies terminales darticles ont permis le recensement de584398 citations. 18 domaines disciplinaires se partagent ce corpus. Alors que lESF sattaqueau seul AHCI, le CNRS a choisi dajouter le domaine des Sciences sociales son analyse.Une premire question peut se poser quant aux critres de slection de ces 125revues. Sonds par messagerie, certains acteurs de cette analyse ont mis en avant des cri-tres qui semblent relever (sans quil faille le moins du monde leur en tenir rigueur) delempirisme. On relve ainsi : une srie de listes proposes la European Science Foun-dation et discutes au niveau europen , a priori les revues comit de lecture de rf-rence dans les thmes concerns, anglophone et francophone ; elles ont t choisies aprsdiscussion avec le prsident de la section nn qui avait tabli une liste de notation desmeilleures revues comit de lecture , ma propre exprience et jai sond nombre decollgues, en leur demandant de me donner leur panel de revues gnralistes dans leschamps disciplinaires concerns . Le coordinateur de lopration synthtise ce choix dunoyau19: le dpartement a slectionn, en prenant des avis dans la communaut scienti-fique, un groupe de revues-cur de la discipline avec, en gnral, trois revues franaiseset trois revues trangres, le plus souvent, mais pas exclusivement, anglo-saxonnes 20.Selon les disciplines, ce groupe a pu tre largi pour tenir compte des spcificits duchamp considr (spcialits, langue, etc.). Ces 18 groupes sont diviss en quartiles, ceux-ci correspondant une valeur variableen fonction du nombre des titres constituant le corpus, variation qui prside la constitu-tion de 3 rangs de revues : A : revues internationales de trs haut niveau ; B : revues internationales de haut niveau ; C : revues daudience nationale.La mthode et ses rsultats suscitent quelques observations : le nombre dannes, quoique norm dix sur lensemble, a pu subir des modulationsen fonction du groupe disciplinaire. Ainsi, en Archologie, Quatre revues franaises17. Sciences de lHomme et de la Socit, n 69, mai 2004, p. 8-10 : Building a European Citation Index inHumanities.18. for which there is now substantial support, ibid. p. 8.19. Extrait de lIntroduction cette enqute par Christian Henriot, ibid. p. 720. Voir La Mthodologie de lenqute, ibid., p. 53 sqq.74Schedae, 2008, prpublication n7, (fascicule n1, p. 67-76).http://www.unicaen.fr/services/puc/ecrire/preprints/preprint0072008.pdf(Palo, Gallia, Gallia prhistoire et Archologie mdivale) ont t dpouilles sur dixannes de parution (1992 2001). En revanche, la revue mensuelle Journal of Archaeo-logical Science na t dpouille que sur trois ans (1997, 2000 et 2001). Les autresrevues ont t dpouilles pour la priode 1997-2001 21 ; lchelle est tire en comparaison avec le petit nombre (7 en moyenne) des revues-cur du domaine, subdivis en deux parties quasiment quivalentes : anglo-saxonneet franaise. Lensemble des revues rpertories au final est valu par rapport aunombre de fois o elles sont cites la fin des articles publis dans ces revues-cur ; la rpartition en rangs A, B et C est effectue par les valuateurs de chaque domaine enfonction des quartiles qui se dgagent de lnumration des titres. Le rang C (audiencenationale) nest pas msestim.Certes, des oublis, des erreurs, ont pu ternir les rsultats ; de mme, certains gards,que les objectifs, visant en partie des rvaluations dordre budgtaire dans le soutienaccord par le CNRS la rdaction de quelques revues. Mais lon a voulu corriger un cer-tain nombre danomalies propres au modle de lISI et, ne serait-ce que vis--vis de cettemthode, il convient den prendre acte favorablement.Citebase, loutil dvaluation des citationsn de lOpen Archive InitiativeAutre alternative au modle ISI, cette fois spcifiquement dvolue aux sciences exac-tes et appliques : Citebase (http://www.citebase.org). On le doit Stevan Harnad et TimBrody, pionniers de lOpen Archive Initiative lUniversit britannique de Southampton.Il rsulte dune collaboration entre cette universit et celle de Cornell (Ithaca, N.Y.),ayant dbut en 1999. Le modle Citebase sapplique au miroir britannique dun rservoirinternational conu Cornell par le physicien Paul Ginsparg : ArXiv (http://www.arxiv.org).La premire base de donnes, HEP-TH (pour High Energy Physics Theory), a dmarr en aot1991, destination dune communaut restreinte comptant moins de 200 physiciens, tra-vaillant alors sur une approche de type modle matriciel , de ltude de la thorie des cor-des et de la gravit bidimensionnelle22.La base ArXiv est spcialise dans les domaines de la Physique, des Mathmatiques,des Sciences cognitives et de la Biologie quantitative.Il est intressant de remarquer quenviron une dizaine dannes avant que les biologis-tes cits plus haut mettent un avis trs critique sur les pratiques de citation en vigueur, lesphysiciens avaient lanc un modle de base de donnes prenant racine dans les prpubli-cations, certes destines pour la plupart figurer ensuite dans des revues dotes parfoisdun fort facteur dimpact ISI, mais privilgiant malgr tout le phnomne de la mise dis-position immdiate, avant rvision, de documents dont la porte scientifique pouvait, apriori, ne pas souffrir de tare particulire. Autrement dit, le fait de mettre en avant des seg-ments de connaissance susceptibles de faire progresser un domaine, avant mme quunecommunaut dexperts indpendants, extrieurs au laboratoire dorigine, ne prenne letemps de corroborer (ou, cela va de soi, dinfirmer) ces donnes, semblerait indiquer dans21. Commentaires sur les rsultats de lenqute, ibid. p. 55.22. The first database, hep-th (for High Energy Physics Theory), was started in August of '91 and was inten-ded for usage by a small subcommunity of less than 200 physicists, then working on a so-called matrixmodel approach to studying string theory and two dimensional gravity, P. Ginsparg, After DinnerRemarks , 14 Oct '94 APS [American Physical Society] meeting at LANL [Los Alamos National Laboratory],http://arxiv.org/blurb/pg14Oct94.html.75Schedae, 2008, prpublication n7, (fascicule n1, p. 67-76).http://www.unicaen.fr/services/puc/ecrire/preprints/preprint0072008.pdfla majorit des cas, la primaut de la mise disposition de linformation par rapport sa mise sous le boisseau (pour viter le vocable dissimulation qui serait inappropri)jusqu sa publication relativement tardive dans une revue hautement cote. Cest ceniveau quinterfrent dune part le phnomne OAI et dautre part celui de llaborationdun nouveau modle dvaluation statistique. Car celui-ci saffranchira (dans lhypothsede la consultation des preprints) du temps de rvision suivant les modes traditionnels, poursoffrir en quelque sorte lexamen public immdiat, le public (que lon ne se leurre pas, ilest videmment trs spcialis 23) manifestant son intrt pour le texte vis par linterm-diaire de deux stades.Premirement, le dchargement au vu du titre, dont la teneur, toujours trs tudiedans sa formulation par les auteurs-chercheurs, sera suffisamment significative.Deuximement, si laffinit saffirme, le lecteur-chercheur prendra la peine de citer cetexte dans larticle quil commettra son tour.Une raction en chane peut sensuivre : dautres lecteurs-chercheurs verront que telou tel texte a t cit x fois, et pourront sappuyer sur les lments fondateurs de ce textepour tayer une autre thse.Loutil permettant cette valuation de citations se nomme prcisment Citebase : il tablit un rapport entre le nombre de fois o un article lisible sur le Web est ouvert et le nombre de fois o il est cit ; il analyse le temps de latence situ entre la date d ouverture et la date de citation ; il trace une courbe marquant lvolution dun article partir des relevs effectus surle miroir britannique de la base ArXiv ; il suit le cycle des avatars dun article et de la gerbe darticles quil a pu susciter, enreliant les trois facteurs du nombre douvertures, du nombre de citations et du tempsintermdiaire de latence ; il tient compte du nombre factice de dchargements dus des alertes ou profils qui gnrent une ouverture quasi automatique du texte dans les premires 24 ou 48heures.Scholar Google, alternative au SCI ?Cest prcisment Citebase qui nous amne voquer finalement Google. Car Cite-base associe aux rfrences cites en fin darticles, un lien vers Scholar Google (http://scholar.google.com) qui permet de rebondir sur les citations. Grands groupes dito-riaux classiques et ressources non commerciales conformes au standard OAI, sont mois-sonns avec une couverture qui nest pas prcisment connue. De plus, et ce dtail nestpas ngligeable, lassociation dinitiales de prnoms aux patronymes nest pas toujourscohrente et ncessite une procdure, certes peu complexe, mais pouvant chapper auxpremiers essais des nophytes. Enfin, dpartager les auteurs homonymes en fonction deleur discipline est quasiment impossible.Ce qui surprend dans cette interface, cest dabord la philosophie du tutorial dAide.Lassistance mentionne en tout premier lieu na pas trait lergonomie, des prcisionsquant la couverture etc. Elle veut rpondre la question basique dun utilisateur classiquedu SCI : comment puis-je retrouver mes propres articles dans Scholar Google? (question 1)23. Il va de soi quune sorte dauto-censure ou de retenue naturelle empche gnralement toute fantaisiedans un texte. La rputation dune personne, dune quipe, de son responsable et du laboratoire toutentier, est implicitement engage dans un article. Lavancement de carrire et les subventions en dpen-dent pour une part non ngligeable.76Schedae, 2008, prpublication n7, (fascicule n1, p. 67-76).http://www.unicaen.fr/services/puc/ecrire/preprints/preprint0072008.pdfet, plus loin : pourquoi ne suis-je pas (encore) dans Scholar Google ? (question 6). Plussimplement et plus objectivement, elle positionne Scholar Google comme une alternativeau SCI, outil dvaluation des auteurs pouvant accessoirement aider llaboration dunebibliographie.Ce qui pourrait en second lieu susciter quelque inquitude, cest dentendre un cher-cheur franais de haut rang affirmer que ce rservoir est actuellement la seule alternativecorrecte au SCI, gratuite et universellement consultable. Si force est de constaterquaujourdhui on voit difficilement quel autre produit libre pluridisciplinaire (cette nuanceest importante) peut sy substituer, il convient de garder une certaine rserve et, en touttat de cause, dexplorer rapidement la voie dun nouvel outil dvaluation galement libredaccs, mais dont les rgles seront clairement dfinies, tant au niveau de la couverturequ celui des critres danalyse statistique.Ce nouveau modle pourrait combiner des lments dinvestigation envisags dansles deux expriences relates ci-dessus (CNRS/SHS et Citebase), associant avec une impar-tialit optimale les objectifs dvaluation des sources et des auteurs. Vaste projet sansdoute, mais dune brlante actualit

Recommended

View more >