Ken Knabb Joie de La Revolution-A4

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    10-Dec-2015

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Ken Knabb Joie de La Revolution-A4

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  • www.bopsecrets.org

    Pour contacter Ken Knabb : BUREAU OF PUBLIC SECRETS

    P.O. Box 1044, Berkeley CA 94701, USA

    knabb@bopsecrets.org

    Ken Knabb a pris part comme des millions dautres jeunes amri-cainEs la contre-culture hip, avant de faire parti du groupe Contra-diction. Traducteur amricain des films de Guy Debord et d'une an-thologie de l'Internationale Situationniste, Ken Knabb est galement l'auteur de nombreux tracts, brochures et autres crits, dont cer-tains ont t traduits en une quinzaine de langues.

    Cet ouvrage ainsi que la plupart de ses crits - en anglais et pour la majorit, traduit en franais - se retrouvent sur son site web Bu-reau of Public Secrets :

    Chapitre 1. Quelques ralits de la vie - p.4

    / Utopie ou rien / Le communisme stalinien et le socialisme rformiste ne sont que des variantes du capitalisme / Dmocratie reprsentative contre dmocratie de dl-gus / Irrationalits du capitalisme / Quelques rvoltes modernes exemplaires / Quel-ques objections courantes / Domination croissante du spectacle /

    Chapitre 2: Prliminaires - p.15

    / Brches individuelles / Interventions critiques / La thorie contre lidologie / viter les faux choix, lucider les vritables choix / Le style insurrectionnel / Le cinma radi-cal / Le ludisme / Le scandale de Strasbourg / Misre de la politique lectorale / R-formes et institutions alternatives / Political correctness ou lalination gale pour tous / Inconvnients du moralisme et de lextrmisme simpliste / Avantages de lau-dace / Avantages et limites de la non-violence /

    Chapitre 3: Moments de vrit - p.37

    / Les causes des brches sociales / Les bouleversements de laprs-guerre /Leffervescence des situations radicales / Lauto-organisation populaire / Le FSM de Berkeley / Les situationnistes en Mai 1968 / Louvririsme est dpass, mais la posi-tion des ouvriers est toujours centrale / Grves sauvages et sur le tas / Grves de consommateurs / Ce qui aurait pu arriver en Mai 1968 / Les mthodes de la confusion et de la rcupration / Le terrorisme renforce ltat / La lutte finale / Linternationa-lisme /

    Chapitre 4: Renaissance - p.61

    / Les utopistes nenvisagent pas la diversit post-rvolutionnaire / Dcentralisation et coordination / Quelques garanties contre les abus / Consensus, dcision majoritaire et hirarchies invitables /Llimination des racines de la guerre et du crime / Labolition de largent / Labsurdit de la plupart des emplois actuels / La transformation du tra-vail en jeu / Les objections des technophobes / Questions cologiques / Lpanouis-sement de communauts libres / Des problmes plus intressants /

  • La Joie de La Joie de La Joie de La Joie de la Rvolutionla Rvolutionla Rvolutionla Rvolution

    Ken Knabb

    1997-2008

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    Chapitre 1. Quelques ralits

    de la vie

    La racine du manque dimagination rgnant ne peut se comprendre si lon naccde pas limagination du man-

    que; cest--dire concevoir ce qui est absent, interdit et cach, et pourtant

    possible, dans la vie moderne. Internationale Situationniste n 7

    Utopie ou rien Dans toute lhistoire on na jamais vu

    un contraste si frappant entre le possi-ble et ce qui existe effectivement.

    Il nest pas ncessaire dexaminer ici tous les problmes du monde actuel. La plupart sont connus, et le fait de sappesantir sur eux ne fait le plus sou-vent que nous rendre moins sensibles leur ralit. Mais mme si nous avons assez de force pour supporter les maux dautrui, la dtrioration so-ciale actuelle nous affecte tous. Ceux dentre nous qui ne souffrent pas de la rpression physique souffrent nan-moins de la rpression morale impose par un monde de plus en plus mesquin, stressant, stupide et laid. Ceux qui chappent la misre conomique ne peuvent chapper lappauvrissement gnral de la vie.

    Et la vie elle-mme toute pitoyable quelle soit, ne pourra continuer long-temps. Le saccage de la plante par lexpansion mondiale du capitalisme nous a amens au point o il est bien possible que lhumanit disparaisse en quelques dcennies.

    Pourtant, ce mme dveloppement rend possible labolition du systme de hirarchie et dexploitation bas sur la pnurie, et lavnement dune nouvelle forme de socit rellement libre.

    Dvalant de dsastre en dsastre vers la folie collective et lapocalypse cologique, ce systme a acquis une vitesse qui ne peut plus tre matrise, mme par ceux qui sen prtendent les matres. Nous rapprochant dun monde dans lequel nous ne pourrons sortir de nos ghettos fortifis sans la protection de gardes arms, ni aller au grand air sans nous appliquer une lotion protec-trice de crainte dattraper un cancer de la peau, il est difficile de prendre au srieux ceux qui nous conseillent de qumander quelques rformes.

    Ce qui est ncessaire, mon avis, cest une rvolution mondiale participa-tive et dmocratique qui abolira le ca-pitalisme et ltat. Il peut sembler ridi-cule de parler de rvolution, mais tou-tes les autres solutions prsument la continuation du systme actuel, ce qui est encore beaucoup plus ridicule. Ce nest pas rien, je le reconnais, mais je crois que rien ne peut aller la racine de nos problmes, qui situe en-de de cette rvolution.

    Le communisme stalinien et le

    socialisme rformiste ne sont que des

    variantes du capitalisme Avant dexaminer ses implications, et

    de rpondre quelques objections cou-rantes qui lui sont opposes, il faut souligner quune telle rvolution na rien voir avec les strotypes rpu-gnants que ce terme voque gnrale-ment: terrorisme, vengeance, coups politiques, chefs manipulateurs pr-chant le sacrifice, suiveurs zombies scandant les slogans autoriss, etc. Il ne faut surtout pas la confondre avec les deux checs principaux de ce projet dans lhistoire moderne, le communisme stalinien et le socialisme rformiste.

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    Maintenant quil a svi durant plu-sieurs dcennies, dabord en Russie, puis dans plusieurs autres pays, il est devenu vident que le stalinisme est tout le contraire dune socit libre. Lorigine de ce phnomne grotesque est moins vidente. Les trotskistes et dautres ont essay de distinguer entre le stalinisme et le bolchevisme de L-nine et Trotsky. Il y a certes des diff-rences, mais elles sont plutt quantita-tives que qualitatives. Ltat et la rvo-lution de Lnine, par exemple, pr-sente une critique de ltat plus coh-rente que celles quon peut trouver dans la plupart des textes anarchistes. Le problme, cest que les aspects ra-dicaux de la pense de Lnine ont fini par masquer la pratique effectivement autoritaire des Bolcheviks. Se plaant au-dessus des masses quil prtendait reprsenter, et instaurant une hirar-chie interne entre les militants et leurs chefs, le Parti bolchevique tait dj en tran ddifier les conditions du dve-loppement du stalinisme lorsque L-nine et Trotsky taient encore au pou-voir.(1)

    Mais si nous voulons faire mieux, il faut tre clair sur ce qui a chou. Si le socialisme signifie lentire partici-pation des gens aux dcisions sociales qui affectent leur vie, celui-ci na exist ni dans les rgimes staliniens de lEst, ni dans les Welfare States de lOuest. Leffondrement rcent du stalinisme nest ni la justification du capitalisme ni la preuve de lchec du communisme marxiste. Quiconque sest donn la peine de lire Marx, ce qui nest videm-ment pas le cas de la plupart de ceux qui le critiquent, sait fort bien que le lninisme est une grave distorsion de sa pense, et que le stalinisme nen est quune pure parodie. Il sait aussi que la proprit tatique na rien voir avec le communisme dans son sens authentique de proprit commune, communautaire. Ce nest quune va-

    riante du capitalisme dans laquelle la proprit tatique-bureaucratique rem-place (ou fusionne avec) la proprit prive-commerciale.

    Le long spectacle de lopposition en-tre ces deux varits du capitalisme a occult leur renforcement mutuel. Les conflits srieux se limitaient des ba-tailles par procuration dans le Tiers Monde (Vietnam, Angola, Afghanistan, etc.). Aucun des deux partis na jamais fait la moindre tentative srieuse pour renverser lennemi au coeur de son empire. Le Parti communiste franais a sabot la rvolte de Mai 1968, et les puissances occidentales, qui sont inter-venues massivement dans les pays o on ne voulait pas delles, ont refus denvoyer ne serait-ce que les quel-ques armes anti-chars dont avaient besoin les insurgs hongrois de 1956. Guy Debord a fait observer en 1967 que le capitalisme dtat stalinien s-tait rvl un simple parent pauvre du capitalisme occidental classique, et que son dclin commenait priver les dirigeants occidentaux de la pseudo-opposition qui les renforait en figurant lunique alternative possible leur sys-tme. La bourgeoisie est en train de perdre ladversaire qui la soutenait ob-jectivement en unifiant illusoirement toute ngation de lordre existant (La Socit du Spectacle, thses 110-111).

    Bien que les dirigeants occidentaux aient prtendu se rjouir de leffondre-ment du stalinisme comme dun vic-toire de leur propre systme, il se trouve quaucun dentre eux ne lavait prdit, et il est vident quils nont ac-tuellement aucune ide sur ce quil convient de faire en rponse tous les problmes qui sont poss par cet ef-fondrement, si ce nest tirer un maxi-mum de profit de la situation avant que tout scroule. En ralit les com-pagnies multinationales et monopolis-tes qui proclament la libre entreprise comme panace savent bien que le

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    capitalisme de libre-change aurait explos depuis longtemps du fait de ses propres contradictions sil navait pas t sauv malgr lui par quelques rformes pseudo-socialistes.

    Ces rformes (services sociaux, assu-rances sociales, journe de huit heu-res, etc.) ont beau pallier certains des dfauts les plus choquants du sys-tme, elles nont aucunement permis de le dpasser. Ces dernires annes, elles nont mme pas permis de pallier ses crises endmiques. De toute faon, les amliorations les plus importantes nont t acquises que par des luttes populaires longues et souvent violen-tes, qui ont fini par forcer la main des bureaucrates. Les partis gauchistes et les syndicats qui prtendaient mener ces luttes ont servi essentiellement de soupapes de sret, rcuprant les tendances radicales et lubrifiant les mcanismes de la machine sociale.

    Comme lont montr les situationnis-tes, la bureaucratisation des mouve-ments radicaux, qui a transform les gens en suiveurs continuellement trahis par leurs chefs, est lie la spectacularisation croissante de la so-cit capitaliste moderne, qui en a fait des spectateurs dun monde qui leur chappe et cette tendance est deve-nu toujours plus vidente, bien que ceci ne soit gnralement compris que trs superficiellement.

    Considres dans leur ensemble, tous ces phnomnes indiquent quune so-cit libre ne peut tre cre que par la participation active de lensemble du peuple, et non par des organisations hirarchiques qui prtendent agir leur place. Il ne sagit pas de choisir des chefs plus honntes, ou plus sensibles de leurs lecteurs, mais de naccorder de pouvoir indpendant aucun chef, quel quil soit. Il est nor-mal que ce soient des individus ou des minorits agissantes qui se soient sur l'initiative des actions radicales, mais il

    faut quune partie importante et tou-jours croissante du peuple participe, sinon le mouvement naboutira pas une nouvelle socit, mais se soldera par un coup dtat qui installera de nouveaux dirigeants.

    Dmocratie reprsentative contre dmocratie de dlgus

    Je ne reviendrai pas sur les critiques classiques du capitalisme et de ltat, faites par les socialistes et les anar-chistes. Elles sont largement connues, et en tout cas facilement accessibles. Mais pour clarifier quelques-unes des confusions propres la rhtorique poli-tique traditionnelle, il est intressant de faire une typologie lmentaire de lorganisation sociale. Pour simplifier, je commencerai en examinant spar-ment les aspects politiques et les aspects conomiques, bien quils soient videmment lis. Il est aussi vain dessayer dgaliser les conditions conomiques par laction dune bureau-cratie tatique, que dessayer de d-mocratiser la socit alors que le pou-voir de largent permet la minorit riche de dominer les institutions qui dterminent la conscience des ralits sociales. Puisque le systme fonctionne comme un ensemble, il ne peut tre chang fondamentalement que dans son ensemble.

    Pour commencer avec laspect politi-que, on peut distinguer grosso modo cinq niveaux de gouvernement :

    (1) Libert illimite (2) Dmocratie directe a) de consensus b) de dcision majoritaire (3) Dmocratie de dlgus (4) Dmocratie reprsentative (5) Dictature minoritaire dclare

    La socit actuelle oscille entre (4) et (5), cest--dire entre le gouverne-

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    ment minoritaire non dguis et le gouvernement minoritaire camoufl par une faade de dmocratie symboli-que. Une socit libre abolirait (4) et (5) et rduirait progressivement le besoin de (2) et (3).

    Je discuterai plus tard les variantes de (2). Mais la distinction essentielle est entre (3) et (4).

    Dans la dmocratie reprsentative les gens abdiquent leur pouvoir des fonctionnaires lus. Les programmes des candidats se limitent quelques gnralits vagues, et une fois quils sont lus, on a peu de contrle quant aux dcisions effectives quils peuvent prendre, si ce nest par la menace de transfrer son vote, quelques annes plus tard, sur un politicien rival quel-conque qui sera de toute faon gale-ment incontrlable. Les dputs d-pendent des riches pour les pots-de-vin et les contributions quils reoivent pour leurs campagnes lectorales. Ils sont subordonns aux propritaires des mdias, qui dterminent lagenda poli-tique. Et ils sont presque aussi igno-rants et impuissants que le grand pu-blic quant aux nombreuses questions importantes sur lesquelles les dcisions sont prises par des bureaucrates non lus ou par des agences secrtes et incontrlables. Les dictateurs dclars sont parfois renverss, mais les vrita-bles dirigeants des rgimes dmocratiques, les membres de la minorit minuscule qui possde ou do-mine pratiquement tout, ne sont ja-mais ni lus ni remis en question par la voie lectorale. Le grand public ignore mme lexistence de la plupart dentre eux.

    Dans la dmocratie de dlgus, ceux-ci sont lus pour des buts bien dfinis, et avec des instructions trs prcises. Le dlgu peut tre porteur dun mandat impratif, avec lobliga-tion de voter dune faon prcise sur une question particulire, ou bien le

    mandat peut tre laiss ouvert, le d-lgu tant libre de voter comme il lentend. Dans ce dernier cas, les gens qui lont lu se rservent habituelle-ment la droit de confirmer ou de reje-ter les dcisions prises. Les dlgus sont gnralement lus pour une dure trs courte et ils peuvent tre rvoqus nimporte quel moment.

    Dans le contexte des luttes radicales, les assembles de dlgus se sont appeles gnralement des conseils. Cette forme ft invente par des ou-vriers en grve pendant le rvolution russe de 1905 (soviet est le mot russe pour conseil). Quand les soviets sont rapparus en 1917, ils furent dabord soutenus, puis manipuls, domins et rcuprs par les Bolcheviks, qui rus-sirent bientt les transformer en courroies de transmission de leur pro-pre parti, en rel...