La part d'ombre de la filire nuclaire japonaise

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lefigaro.fr.2011.03.17 En 2002, le Japon et lAIEA sont couteaux tirs. En apart, un officiel de lAIEA raconte combien il est difficile de travailler avec ses interlocuteurs nippons sur place. Nous avions limpression quils nous disaient: nous voulons bien votre expertise technique, mais le Japon est diffrent, et nous navons pas besoin que vous nous disiez ce quil faut changer dans notre organisation. Cliquez sur laperu pour agrandir linfographie. Par Maurin Picard

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  • La part dombre de la filire nuclaire japonaise

    Des inspecteurs de lAgence internationale de lnergie atomique (AIEA) lors dune visite du site nuclaire de Fukushima Daiichi,le 21 aot 2010. Crdits photo : Tomohiro Ohsumi/Bloomberg

    Rpute pour son opacit, la socit prive Tepco, qui gre les sites nuclaires nippons, avait ignor des mises en garde de lAIEA.

    Sur la sellette pour sa gestion erratique des vnements et son imprparation la catas-trophe de Fukushima, la firme Tokyo Electric Power Company (Tepco), le quatrime produc-teur mondial dnergie nuclaire, trane un vieux parfum de soufre, linstar des dix autres op-rateurs nuclaires du Japon. Entre 1978 et 2002, 97 incidents, dont 19 jugs critiques, ont t recenss par le Nisa, lautorit nationale de sret nuclaire.

    Le scandale a culmin dans les annes 1990 aprs la dcouverte de rapports falsifis sur des taux de radiation et de multiples fissures dans les canali-sations du circuit de refroidissement de plusieurs centrales, dont le racteur no 1 de Fukushima Daiichi, conduisant lirradiation de plusieurs techniciens.

    Dissimulatrice, ombrageuse, forte dune assise fi-nancire nulle autre gale au monde et bnfi-ciant du soutien sans rserve du pouvoir excutif, lindustrie nuclaire japonaise naime pas que lon fouille dans ses affaires. LAgence internationale de lnergie atomique (AIEA) en a longtemps fait

    les frais. Depuis 1983, ses experts sillonnent lAr-chipel pour mener des valuations pousses des centrales nuclaires japonaises, lors de missions baptises Osart (Operational Safety Review Team), linstar de celle mene Fukushima en 1992. Plu-sieurs sources interroges Vienne sous couvert danonymat confirment quelles se sont toujours droules dans un climat tendu, voire hostile, les oprateurs japonais se montrant particulirement peu coopratifs et faiblement enclins se lais-ser inspecter par des experts trangers, selon lune de ces sources.

    Cliquez sur laperu pour agrandir linfographie.

    En 2002, le Japon et lAIEA sont couteaux tirs. En apart, un officiel de lAIEA raconte combien il est difficile de travailler avec ses interlocuteurs nippons sur place. Nous avions limpression quils nous disaient: nous voulons bien votre expertise technique, mais le Japon est diffrent, et nous navons pas besoin que vous nous disiez ce quil faut changer dans notre organisation.

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    http://www.lefigaro.fr/international/2011/03/17/01003-20110317ARTFIG00739-la-part-d-ombre-de-la-filiere-nucleaire-japonaise.php

    Par Maurin Picard

    17/03/2011 | Mise jour : 21:06

  • La part dombre de la filire nuclaire japonaise

    Cest en partie un problme de communication, tempre un ancien ingnieur nuclaire qui a long-temps travaill pour lAIEA au Japon, et qui a de-mand un strict anonymat. Les Occidentaux ne comprennent pas comment fonctionnent les Ja-ponais. Ils exigent des ngociations rapides, des dcisions immdiates. Les Japonais ressentent mal cette impatience, interprte comme une sorte darrogance typiquement occidentale. Cel a peut les conduire ragir en manifestant une certaine forme de fiert nationale.

    Ces frictions culturelles nexpliquent pas, elles seules, les incidents qui ont maill lhistoire r-cente de lindustrie nuclaire du Japon. plusieurs reprises, les autorits nuclaires japonaises ont ignor de trs srieuses mises en garde, profres en des termes pourtant beaucoup moins diploma-tiques que les experts des missions Osart.

    Des normes antisismiques totalement primes

    En 2008, lors dune runion du G8 Tokyo, lAIEA avertit le Japon que les normes antisismiques de ses centrales nuclaires sont totalement primes, daprs un cble diplomatique amricain obtenu par le site WikiLeaks, et que ses racteurs ne sont conus que pour rsister des sismes dune ma-gnitude de 7 sur lchelle de Richter.

    Lavertissement ne sera pas entendu. Le 16 juillet 2007, un sisme dune magnitude de 6,8 avait pourtant frapp la centrale Kashiwazaki-Kariwa (nord-ouest), provoquant un dbut dincendie et des rejets radioactifs en mer du Japon. Le racteur endommag restera hors-service durant vingt et un mois, lAIEA critiquant svrement les manque-ments la sret sur le site.

    Il en va de mme des normes anti-tsunami. Fukushima et ses gnrateurs au diesel auraient t conus pour rsister une vague de 6,3m de haut, explique Ian Hore-Lacy, porte-parole de la World Nuclear Association, un lobbyiste nuclaire tabli Londres. La vague qui, vendredi 11mars, a frapp Fukushima et a tout emport sur son pas-sage, gnrateurs principaux et de secours, fai-sait 7m de haut.

    Ces dfauts conceptuels touchent galement les mthodes de stockage du combustible. Les Ja-ponais sont trs cupides, renchrit Iouli Andreiev,

    un scientifique russe, spcialiste des accidents nu-claires. Ils ont rentabilis chaque centimtre car-r despace disponible dans leurs centrales. Mais lorsque vous avez un bassin de stockage rempli ras bord de combustible usag, le risque dincen-die crot en consquence si leau venait svapo-rer du bassin. Daprs lAIEA mercredi, le bassin de stockage de combustible usag du racteur no4, en proie aux flammes depuis trois jours, tait proche de sa capacit maximale, soit 800 assemblages de combustible, lorsque le drame sest nou.

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    Par Maurin Picard

    17/03/2011 | Mise jour : 21:06

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