Le sang dans l’art, l’art dans le sang

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  • Transfusion Clinique et Biologique 17 (2010) 382385

    Revue gnrale

    Le sang dans lart, lart dablo

    rreste, Bndre-tor-P

    mbre

    Rsum

    Parmi les rtaindu domaine on samanifestatio orpo 2010 Else

    Mots-cls : S

    Abstract

    In the different forms of art developed by Humanity over the centuries, artists have at times chosen themes from the world of medicine or health,such as blood donation or transfusion. In order to illustrate this, we have looked at three artistic domains: painting, movies and body art. 2010 Elsevier Masson SAS. All rights reserved.

    Keywords: B

    Parmi leloppes aupour thmela sant. Lergle, en pavisuel. Poufestations acinma, la

    1. Le sang

    Il est trgrottes prce quonNiaux prsrouges au

    Auteur coAdresses

    jeanjacquesle

    1246-7820/$doi:10.1016/jlood; Art; Blood donation; Blood transfusion

    s nombreuses formes dart que lHumanit a dve-cours des sicles, certains artistes ont parfois prisdes sujets relevant du domaine de la mdecine ou dedon de sang et la transfusion nont pas chapp la

    rtie en raison de leur caractre aussi spectaculaire quer illustrer cela, nous avons retenu diffrentes mani-rtistiques relevant de trois domaines : la peinture, lert corporel.

    et la peinture

    aditionnel dattribuer aux dessins des parois deshistoriques la reprsentation la plus ancienne depeut considrer comme lart pictural. Celles deentent, sur le corps des animaux blesss, des tchesxquelles on attribue des significations diverses :

    rrespondant.e-mail : bruno.danic@efs.sante.fr (B. Danic),frere@orange.fr (J.-J. Lefrre).

    probablement une vertu pdagogique, afin de cibler les partiesles plus vulnrables des animaux chasser, mais peut-tre aussi,selon Andr Leroi-Gourhan, les symboles de mort dsignspar les sagaies et les blessures, et ceux de la vie, suggrs parles signes des sexes [1]. Tout au long de lhistoire de lArt, etdonc de celle de lHumanit, le sang est utilis pour reprsenterles scnes religieuses sacrifices humains ou animaux, scnesbibliques, la Cne, la Passion du Christ, les Martyrs, etc. et lesscnes de guerre, de massacre, dexcutions. Le sang fascine, etEdgar Poe, dans Arthur Gordon Pym, le dfinit mme commele mot suprme, le roi des mots, toujours riche de mystre,de souffrance et de terreur. Parce que le sang accompagne etsymbolise toutes les tragdies humaines, Gaston Bachelardaffirme que, dans linconscient collectif, il nest jamais heureux[2]. Cest cependant l un jugement svre, car lart pictural estaussi requis pour tmoigner des uvres humaines, notammentdans le domaine de la mdecine et de la chirurgie. On pourraitciter entre autres Trophime Bigot, Gerrit Dou, Jean-JulesGeffroy, Henri Gervex, Thobald Chartran, Adalbert FranzSeligmann. . . Ds les premires tentatives thrapeutiques

    see front matter 2010 Elsevier Masson SAS. Tous droits rservs..tracli.2010.09.152Blood in art, art in

    B. Danic a,, J.-J. Lefa tablissement francais du sang-Bretagne, rue Pierre-Jean-Gine

    b Institut national de la transfusion sanguine, 6, rue Alexac Laboratoire dhmatologie, CHU dAmiens, 1, place Vic

    Disponible sur Internet le 3 nove

    formes dart que lHumanit a dveloppes au cours des sicles, cede la mdecine ou de la sant, comme le don de sang et la transfusins artistiques relevant de trois domaines : la peinture, le cinma, lart cvier Masson SAS. Tous droits rservs.

    ang ; Art ; Don du sang ; Transfusion sanguinens le sangodb,c

    P 91614, 35016 Rennes cedex, FranceCabanel, 75015 Paris, Franceauchet, 80054 Amiens, France2010

    s artistes ont parfois pris pour thme des sujets relevantnguine. Pour illustrer cela, nous avons retenu diffrentesrel.

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    transfusionnelles, cette nouvelle pratique mdicale inspire lesartistes. Lambivalence attache aux reprsentations du sangsalimentemagique, s

    Il apparreprsentatle donneurtemps, defusion [3].homme danla superbe q la fin dusauv de jtir du XIXce qui peutlindicationqui poussecer dans lales premirgner lhmailleurs, lale courantnant, au Siune telle sibras (de mvent un homdes receveuXIXe siclpolitiques eguerre.

    Jusquason rle accmais sanssagit dunle donneursagissait ddu donneurpar la dimlorigine ducorollaire,faire appelreceveur, m

    citera de ncinmatogr

    Le mdrduit umajeur, etque sur lescorrespondmdecine sde docteurmdecine.lanesthsisicle davademeurentneur et le mdvouemen

    Dans certaines images, se manifeste une sorte de pudeur face la transfusion : les regards sont baisss ou fuyants, comme si

    e tranit de

    ineessiessie, coessinte ;catiocon

    st dactreser :veur

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    nchision

    sang

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    s et dsentgenrs caansfnalit lese remtrieLa

    an Lfilm

    viergsfusn dugenmas ducon

    e oici de lambivalence de lacte lui-mme : mdical etcientifique et transgressif, mortel et salvateur.at aussi que limagerie transfusionnelle, travers laion des trois acteurs de la transfusion le receveur,, le mdecin varie considrablement au cours dumme que la reprsentation des procds de trans-Avec le temps, le receveur, qui est constamment uns les images les plus anciennes, perd la matrise etue lui accordent les premires images, pour devenir,XIXe sicle, un malade inconscient et lagonie,

    ustesse par lacte transfusionnel. En outre, par-e sicle, le receveur est toujours de sexe fminin,sexpliquer de diverses manires : en premier lieu,de lhmorragie du post-partum est la circonstance

    les accoucheurs (notamment anglo-saxons) se lan-venture de la transfusion curatrice de lanmie (danses tentatives du XVIIe sicle, elle ne visait pas soi-orragie, mais combattre la snilit ou la folie) ; parreprsentation se trouve probablement influence parartistique romantique ; enfin, ntait-il pas inconve-cle des lumires, de faire figurer une femme danstuation, qui requrait que lon dnude au moins unme, les images de saignes montraient le plus sou-

    me, non une femme). Cette prdominance fmininers va toutefois connatre deux exceptions partir du

    e : lutilisation de la transfusion dans les caricaturest la dmonstration de son apport dans un contexte de

    u XXe sicle, limagerie du donneur est marque paressoire. Il est celui qui permet la ralisation de lacte,plus. Au stade des premires exprimentations, ilagneau (ou dun chien) sacrifi. Au XIXe sicle,

    est un homme, qui peut tre un proche (le mari, silune transfuse) ou le mdecin lui-mme. Limage hroque napparat quau XXe sicle, apporte

    ension des conflits mondiaux, qui sont dailleurs dveloppement de la transfusion moderne et, en

    des besoins en sang. Cette volution conduit aussi des donneurs qui nont plus de lien direct avec leais ce recours un donneur inconnu, tranger, sus-

    ouveaux fantasmes qui alimenteront davantage lartaphique.ecin est souvent absent des premires images oun rle doprateur discret. Il ne devient un sujetmme le vritable matre duvre de lacte ralis,images du XIXe. Cette valorisation de son image la priode au cours de laquelle lexercice de lae rglemente : en France, par exemple, le diplmeen mdecine devient obligatoire pour exercer la

    Le XIXe sicle est aussi celui du dveloppement dee, de lhygine hospitalire et chirurgicale. Cest unnces considrables mettant en avant des savants quiaujourdhui encore des rfrences. Parfois, le don-decin se confondent en une seule personne, dont let confine lhrosme [4,5].

    cet actil sagprdomtransgrtransgrsaigntransgrdiffremodifianimalchair ele caratransfule rece

    Ainreprseen offrinstrumtransfuen faisniquesancientmoigde ladonneusaffradimen

    2. Le

    Qurecons

    inondeest plude limmythecompo

    Letre depost-trpersonet traitstatut dnit an1987).Sheriddans ledunede trande la fi

    Lesdu cinpoque(1938)priodsgressif, voire sacrilge, effrayait, notamment quandmler le sang humain celui de lanimal. Car ce qui, ds les premires images de la transfusion, cest laon que constitue lacte de transfuser en lui-mme :on mdicale, car la transfusion est antinomique de lansidre alors comme la thrapeutique de rfrence ;on sociale, par le mlange de deux sangs doriginetransgression religieuse, enfin, car la tentative den du caractre humain par la transfusion de sangstitue aussi un dfi aux lois divines ( lme de lans le sang. . . , Lv. 17 :11,12). Par la suite, ce seradramatique du besoin en sang qui justifiera lacte dequil sagisse dune accouche ou dun soldat bless,est transfus ou il meurt.epuis le XVIIe sicle, lusage et la fonction de laion de la transfusion revtent un objectif didactique,ne source documentaire relative aux procds et aux

    s ncessaires. La reprsentation picturale de lactenel assure galement une fonction de lgitimation,ntrer la transfusion dans la catgorie des gestes tech-rtoris et rgents par un protocole. Ds cette poquees partisans de la transfusion lavaient compris. Ende laudace du progrs scientifique, de la fragilit

    ition humaine et de lhrosme ou de laltrit dus artistes clbrent une vision de lHomme qui oser des conventions et des dogmes pour assumer lapromthenne du geste mdical.

    et le cinma

    soit un instantan de la ralit ou une mise en scnee ou fantasme, la reprsentation visuelle du sangcrans depuis la cration du cinmatographe. Lobjeti de sintresser lexploitation par le Septime Art

    du don du sang et de la transfusion sanguine, de leurse leur histoire, et ce dans les diffrents genres qui le[6].

    e fantastique ou thriller a largement exploit le mys-ractres vhiculs par le sang : relation psychiqueusionnelle (Blood Song, 1982) ou modification de la (Before I hang, 1940). linverse, le cinma a reprispremires croyances attribuant la transfusion unde absolu, avec ces monstres ramens leur huma-

    ure (Les Vampires, 1956 ; Aux frontires de laube,transposition au cinma des uvres vampiriques dee Fanu dans Vampyr (1932), ou de Bram StockerDracula (1992) ou Dracula, pages tires du journale (2002), offre par ailleurs de belles reconstitutionsions de bras bras ralises avec le matriel mdicalXIXe sicle.

    res de la comdie dramatique ou du mlodrame fontun miroir des volutions sociales des diffrentesdon et de la transfusion. Cest ainsi quHtel duNordstitue aujourdhui un tonnant tmoignage dunele prlvement de sang tait rmunr en France.

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    Dans le mme registre social, LHomme du jour (1936) met enscne un ouvrier qui accde la notorit dont il rvait grce audon de sanglabsence dce quil regcherche etamricainsang (La pela secondevaleurs poslhonntetassoci ladu monde,

    Le cintions thiqlexploitatiprisonniersla recherch

    Dans lement un cldont lunivblement Mpour la tlUtilise ensang (selon dramatisede prtexteM.A.S.H, lrpublicaincoren. Dadu sang b

    Dans leest utilis,dsastre. Dlanc laBesoin urgLa guerreaprs lattedons de sail ny eut fila populatiralit mdngatif, menous ne po

    Enfin, leles ressortsDe clbreLewis dansdonneur deje dirai touJean DujarDebbouze

    3. Le sang

    Une tellnvoquion

    ce nest plus lart qui reprsente le corps, cest le corps quidevient le matriau de lexpression artistique. Les media artis-

    utiliss peuvent tre le thtre, la vido, la peinture, voirepture (Marc Quinn, Self, 1991). Dawn Perlmutter voit,utilie co

    ertetuetfirmlut

    les ploodur sc

    lere, tae. sieuuesuvrees, lle ; lue d

    nclu

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    e, leductle sujsse sblese te

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    puientatobatutilisg. Casse tentat

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    aute

    nce

    t JL. Lhelardre JJsfusiotransers W: son geste altruiste sauve une star du music-hall, etanonymat du don le propulse sous les projecteurs. . .rettera amrement. Dans ces annes o la transfusionrecrute ses premiers donneurs volontaires, le cinmaexploite largement le caractre sacrificiel du don detite Annie Rooney, 1925 ; Lange blanc, 1931). Aprsguerre mondiale, le don du sang reste associ auxitives que la Socit amricaine souhaite valoriser :, la tolrance, et un courage qui est dsormais pluttvirilit (Hatari, 1962 ; Sous le plus grand chapiteau

    1952).ma amricain voque parfois les interroga-ues du dbat bnvolat/rmunration, traverson des sujets dmunis par le systme lucratif : les(Brubaker, 1981), les sans-logis (Blade 2, 2002 ; e du bonheur, 2005).genre mdical, la transfusion sanguine est videm-

    assique, au cinma comme la tlvision, des filmsers est celui de lhpital. Les modles sont proba-.A.S.H (1970) pour le cinma, puis la srie ponymevision et, bien sr, la srie plus rcente Urgences.arrire-fond, limage dun flacon ou dune poche delpoque) contribue crdibiliser le dcor, mais aussir la situation. La transfusion peut galement servirpour aborder dautres thmes : dans un pisode de

    es mdecins prlvent le sang dun major raciste etpendant son sommeil, afin de transfuser un bless

    ns un autre pisode, un soldat amricain bless exigelanc pour tre transfus. . .registre du film catastrophe, lappel au don de sangparmi dautres, pour traduire lampleur humaine duans Tremblement de terre (1974), un message est

    population de Los Angeles : On manque de sang.ent de sang AB ngatif ! Trois dcennies plus tard,des mondes (2005) sort dans les salles quatre ansntat du World Trade Center et la polmique sur lesng accepts par le New York Blood Center et dontnalement pas besoin. Dans le film, lappel lanc

    on est donc diffrent, et en tout cas plus adapt laicale : moins que vous soyez O plus ou rhsusrci infiniment, mais nous avons dj plus de sang queuvons en utiliser.

    genre de la comdie ne sest pas priv dexploitercomiques de la peur de la piqre ou du malaise.

    s acteurs se sont retrouvs dans cette situation : JerryLa polka des marins (1952), Tony Hancock dans Lesang (1961), Pierre Richard dans Je sais rien mais

    t (1973), Valrie Lemercier dans Palais royal (2005),din dans Un gars, une lle (2001), ric Judor et Jameldans H (1998).

    et lart corporel

    e revue du sang dans lart serait incomplte si nouss pas lart corporel au milieu du XXe sicle. Ici,

    tiquesla sculdans lrel, undcouvdes sta[8] conet djParmiciter Bgner svoqueterrestplantpar pluartistiqde lhommsexuelpolitiq

    4. Co

    LhQuel qassociles protanttde chasemblale mmsang vdes anreprsbrationreprsla rprsions,du sande mareprs

    Coni

    Les

    Rfre

    [1] Bine[2] Bac[3] Lefr

    Tran[4] The

    Harpsation du sang dans les performances de lart corpo-ntinuit avec les rituels sacrificiels sanglants [7]. Larcente dhmoglobine dans la patine croteuse

    tes rituelles des ethnies Dogons et Bamana du Malie lanciennet du lien entre art et rituels sacrificiels,ilisation directe du sang comme matriau artistique.erformances scniques utilisant ce liquide, on peutbath de Billy Curmano (1984) : lartiste se fait sai-ne par une infirmire dans une mise en scne quidon du sang ; il vide ensuite son sang sur un globendis quune voix off liste les pays en conflit sur lapartir des annes 1960, le sang menstruel est utilisrs artistes [9]. Dans une revue de diverses productionssur le sujet, Claire Lahuerta conclut que lexpressionvarie selon le sexe de lartiste : reprsent par des

    e sang menstruel demeure une substance taboue etes artistes fminines, elles, en font plutt un objetu combat fministe.

    sion

    re de lArt est indissociable de celle de lHumanit.oient lpoque et la dfinition de lArt qui lui estsang et ses diverses reprsentations accompagnent

    ions picturales humaines. Il en est tantt le matriau,et. Lorsque lhomme prhistorique dessine les scnesur les parois des grottes de Niaux, il enseigne sesles points cibles du corps de lanimal, et laisse dansmps la postrit les premires reprsentations dusymbole de la vie qui schappe et tmoignage dunees les plus universelles de la condition humaine. Lesions des divinits ou des scnes bibliques, la cl-s la dnonciation des faits de guerre, utiliseront laion du sang pour susciter la peur, la compassion, ouion. Lart contemporain, dans ses diffrentes expres-e le pouvoir attractif et rpulsif de la reprsentationr la banalisation de la vision du sang dans les mediasend repousser toujours plus loin les limites desions taboues qui lui sont associes.

    ntrt

    urs nont aucun conflit dintrt.

    s

    e sang et les hommes. Paris: Gallimard, Dcouvertes; 1988, p. 13.G. Leau et les rves. Paris: Corti; 1942, p. 84.

    , Danic B. Pictorial representation of transfusion over the years.n 2009;49:100717.

    fusion of blood. An operation at the hpital de la Piti, at Paris.eekly; 1874.

  • B. Danic, J.-J. Lefrre / Transfusion Clinique et Biologique 17 (2010) 382385 385

    [5] LHrosme dun, mdecin. Petit Journal Illustr; 1921.[6] Danic B, Lefrre JJ. Transfusion and blood donation on the screen. Trans-

    fusion 2008;48:102731.[7] Perlmutter D. The sacrificial aesthetic: blood rituals from art to murder.

    Anthropoetics 1999/2000;5.

    [8] Mazel V, Richardin P, Debois D, et al. The patinas of the DogonTellemstatuary: a new vision through physico-chemical analyses. J Cult Herit2008;9:34753.

    [9] Lahuerta C. Le sang menstruel dans lart contemporain. Reprsentation etmodernit. Publications de la Sorbonne; 2003.

    Le sang dans l'art, l'art dans le sangLe sang et la peintureLe sang et le cinemaLe sang et l'art corporelConclusionConflit d'intertReferences

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