Les quatres ecole de droit sunnites

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    05-Jan-2017

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  • Prface

    Interrogez donc les gens du Rappel, si vous ne savez pas

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    Coran sourate 16 verset 43.

    Qui pouvait imaginer quun jour des musulmans iraient jusqu remettre en cause la lgitimit des

    quatre imms et des quatre coles de droit sunnites au nom du Coran et de la Sunna ?

    Eh bien ! cest chose faite aujourdhui.

    Certes, il a fallu, pour en arriver l, que la Communaut musulmane en soit arrive une phase

    assez loigne de la spiritualit des pieux Anciens. Sans doute, il a fallu, pour aboutir cet tat

    de fait, que celle-ci fasse les concessions les plus injustifies un esprit moderne qui ne fait

    quun avec lesprit anti-traditionnel lui-mme.

    Mais ceci nexplique pas tout, et il est ncessaire de chercher les racines de ce renversement

    dans quelque uvre de dviation ancienne arrive aujourdhui un stade extrme.

    Il est vrai que le discours des dtracteurs des quatre coles de droit sunnites est suffisamment

    habile pour que limmense majorit des musulmans sy laisse tromper : appel la cration dune

    seule cole de droit qui runirait sunnites et chiites ; invitation lexercice sans rserve de

    linterprtation juridique y compris pour qui ny est pas habilit ; exhortation au renouveau

    de la pense lgislative en Islm et une relecture des noncs scripturaires

    Il fallait en effet que lesprit du mensonge revte tous les dguisements pour ne pas tre reconnu

    pour ce quil est. Il fallait quil imite sa faon, en laltrant et en le faussant de manire le faire

    toujours ses fins, cela mme quoi il veut sopposer : faisant en sorte quune hypothtique

    cole de droit unique prenne les apparences des quatre coles consacres de droit, dissimulant

    la ngation du Coran et de la Sunna sous laffirmation de leur dfense

    Seulement un discours mensonger doit toujours comporter dans une de ses parties quelque

    chose de saugrenu ; cest l, dirions-nous, sa marque de fabrique. Or, sil y a une affirmation qui

    prte rire, cest bien celle qui consiste prtendre que se conformer lune des quatre coles

    de droit sunnites est contraire au Coran et la Sunna ; comme si ces quatre coles puisaient

    une autre source !

    De mme laffirmation fallacieuse qui consiste dire que lIslm comprend uniquement cinq

    piliers, ainsi quil est rapport dans un hadth, et que ni Dieu ni Son Envoy sur lui les grces et

    la paix nont demand aux musulmans de se conformer aux prceptes dicts par les docteurs

    des quatre coles de droit hormis cela. Comme si ces cinq piliers fondamentaux nexigeaient pas

    dtre tays et explicits par ces milliers dautres hadth rapports daprs le Prophte sur lui

  • les grces et la paix , lesquels traitent de tous les aspects de la vie du musulman, pour en

    comprendre et en appliquer les prceptes !

    Pour parler bref, nous dirons que lobjectif de ce modeste ouvrage est de donner au lecteur une

    ide fidle des quatre coles de droit sunnites, en lui prsentant un historique succinct de leur

    dveloppement, une courte biographie des imms qui y ont donn leur nom, un aperu sommaire

    des causes de leurs divergences et une vue densemble des rgles inhrentes la pratique de

    lijtihd.

    Lessentiel pour nous tant den appeler inlassablement une restauration du sens de la doctrine

    et de la tradition, y compris dans un domaine aussi extrieur que celui du droit musulman.

    Corentin Pabiot.

  • Le Fiqh o Dfinition du fiqh o Gense du fiqh o La constitution des coles de fiqh o Gense de la science des sources du droit musulman o Le cadre politique o Les lgislations trangres ont-elles ragit sur le droit musulman ?

    Le Fiqh Dfinition du fiqh

    A lorigine, le mot fiqh signifie le fait de saisir le sens dune parole quelconque. Par la suite, on a

    appel fiqh le fait de comprendre le sens du Coran et de la Sunna quant aux statuts lgaux

    (ahkm) dont doivent tre affects les multiples cas juridiques susceptibles de se produire pour

    tout assujetti la Loi rvle, savoir tout musulman pubre et sens ; autrement dit quant

    savoir si tel acte donn, au regard de la Loi rvle, doit tre considr comme interdit ou

    rprouvable ou indiffrent ou recommand ou obligatoire.

    Cest lensemble des statuts juridiques tirs de ces sources, le Coran et la Sunna, qui constitue le

    fiqh, ou encore le droit musulman. Ce droit traite aussi bien des obligations cultuelles (bdt)

    que des relations sociales (mumalt), que du domaine pnal ou encore du statut personnel.

    Gense du fiqh

    A lpoque de lEnvoy de Dieu sur lui la grce et la paix la Loi divine procdait directement

    de lui. Il recevait les rvlations coraniques et les expliquait sur le champ, par ses paroles, par

    ses actes ou par ses approbations tacites. Aucune cause de dsaccord entre les musulmans ne

    pouvait surgir cette poque puisque le Prophte sur lui la grce et la paix tait la rfrence

    absolue ; nul ntait besoin de recourir aux textes scripturaires, Coran et Sunna, la spculation

    par voie interprtative ou au raisonnement par analogie (qiys).

    Mais aprs la mort de lEnvoy de Dieu sur lui la grce et la paix , lassimilation de la Loi

    divine par rvlation ne fut plus possible. Le Coran se conserva alors par des chanes de garants

    (de rapporteurs), ininterrompues, multiples et convergentes (tawtur). Quant la Sunna, les

    Compagnons de lEnvoy de Dieu sur lui la grce et la paix convinrent tous que ctait pour

    nous, un devoir dagir en accord avec ce qui, des actes ou des paroles de Muhammad, nous tait

    parvenu de faon authentique et sre.

  • Dieu a dit dans le Coran : {Vous qui croyez, obissez Dieu, obissez lEnvoy et aux

    responsables dentre vous. Si vous tes en dsaccord sur une affaire, dfrez-la Dieu et

    lEnvoy, pour autant que vous croyiez en Dieu et au Jour dernier. Cela sera meilleur pour vous,

    et de plus belle incidence} s. 4, v. 59 ; cest--dire : si vous tes en dsaccord sur quelque chose,

    dfrez-le Dieu et Son Envoy tant quil vit parmi vous ; sil meurt sur lui les grces et la

    paix , alors rfrez-vous au Coran et sa Sunna aprs lui.

    Al-Baghaw rapporte daprs Mudh : Lorsque lEnvoy de Dieu sur lui la grce et la paix

    voulut envoyer Mudh au Ymen, il lui demanda : Comment trancheras-tu les diffrends ports

    devant toi ? Je rendrai mon jugement selon le Livre de Dieu, rpondit-il. Et si tu ne trouves

    pas la solution dans le Livre de Dieu ? Je la chercherai dans la Sunna de Son Prophte, reprit-

    il. Et si tu ne la trouves pas dans la Sunna ? Je mettrai profit mon opinion, et npargnerai

    pas mes efforts pour trouver la solution . Puis Mudh relate : LEnvoy de Dieu sur lui la

    grce et la paix , dun geste de satisfaction, me frappa la poitrine, disant : Louange Dieu qui a

    permis au messager de son Prophte de lagrer .

    Al-Hkim rapporte daprs Ab Hurayra que lEnvoy de Dieu sur lui la grce et la paix a dit :

    Aprs ces deux choses que jai laisses parmi vous, vous ne vous garerez plus : Le Livre de

    Dieu et ma Sunna .

    A la suite de cela, le consensus communautaire (ijm) occupa une position adjacente celle du

    Coran et de la Sunna. En effet, les Compagnons du Prophte sur lui la grce et la paix

    tombrent daccord sur le fait de dsavouer ceux dont les avis contredisaient leur consensus, non

    quils laient fait sans raison srieuse, car laccord des gens comme eux ne pouvait avoir lieu

    sans rfrence solide au Coran et la Sunna. Dieu a dit dans le Coran : {Qui rompt avec

    lEnvoy aprs que la guidance se soit lui manifeste, qui adopte un chemin autre que celui des

    croyants, de lui Nous Nous dtournons autant quil se dtourne, et le faisons brler dans la

    Ghenne. Excrable destination !} s. 4, v. 115.

    A quoi il faut ajouter linfaillibilit de la Communaut musulmane, laquelle est chose prouve. Ibn

    Mjah rapporte dans ses Sunan le dire du Prophte sur lui la grce et la paix suivant : Ma

    Communaut ne se runira pas sur une erreur . Cest ainsi que le consensus communautaire

    devint une autre source du droit musulman.

    Si lon examine les procds par lesquels les Compagnons et les premiers musulmans opraient

    pour dduire des lois du Coran et de la Sunna, on constate quils rapprochaient les cas

    semblables et tiraient leurs conclusions par analogie, soit pas accord unanime, soit par

    concession des uns aux autres.

  • Aprs la mort de lEnvoy de Dieu sur lui la grce et la paix une multitude de cas se

    prsentrent, qui ntaient pas prvus par les textes sacrs. Il fallut donc comparer et rapprocher

    ces cas nouveaux de ceux qui se trouvaient dans les textes. De la sorte, la comparaison de deux

    cas semblables tant justifie, on pouvait sassurer que tous deux taient rgis par la mme loi

    divine.

    Dans son al-Milal wa an-Nihal, Muhammad Ibn Abd Al-Karm Ash-Shahrastn a dit ce sujet :

    Nous savons que les vnements particuliers et les prcdents juridiques, aussi bien en

    matire dactes cultuels que de rapports sociaux, sont trop nombreux pour tre numrables. Et

    nous savons aussi de science certaine quil ne saurait y avoir autant de textes (du Coran et de la

    Sunna) quil y a dvnements particuliers. Cest mme l une hypothse inconcevable que des

    textes, qui sont en nombre ncessairement finis, puissent servir jusquau bout des vnements

    dont la nature est dtre infinie. Do il rsulte avec certitude que la recherche juridique et le

    raisonnement analogique sont indispensables, et qu tout vnement particulier doit

    correspondre, par la force des choses, une recherche de cette nature .

    Ainsi se forma une quatrime source de droit : le raisonnement par analogie, sur lequel les

    premiers musulmans se mirent daccord. Telles sont, selon la majorit des docteurs de la Loi

    sunnites, les quatre sources du droit musulman. Dautres ont ajout des sources supplmentaires

    dont nous parlerons en leur lieu.

    En gros, on peut donc dire qu cette poque, le fiqh sest constitu par transmission

    ininterrompue, multiple et concordante, mais que, ds que surgissait un cas susceptible de

    constituer un prcdent juridique en matire de licite ou dillicite, on recourait alors la recherche

    juridique, laquelle avait elle-mme recours plusieurs sources. La premire est le Coran, auquel

    il convient de sen tenir sil offre un sens vident ou un texte premptoire. On considre alors que

    le cas susceptible de crer un prcdent est implicitement contenu dans lun ou lautre de ces

    deux moyens dargumentation juridique. Si tel nest pas le cas, le second recours est celui de la

    Sunna, o lon sapplique chercher une anecdote qui puisse avoir un effet juridique. En cas de

    succs, on sy tient sans chercher plus loin. En labsence de cette anecdote, il ne reste plus quun

    dernier recours, qui est la recherche juridique libre.

    Ainsi donc, dj du temps des Compagnons, les sources du droit tait au nombre de quatre,

    Coran, Sunna, consensus communautaire et raisonnement analogique.

    La constitution des coles de fiqh

    Dans les premires dcades de lIslm, la proximit du temps de lEnvoy de Dieu sur lui les

    grces et la paix et des Compagnons permettait aux premiers juristes de lIslm de rsoudre

    facilement les cas qui se prsentaient eux en recourant directement au Coran, la Sunna et

    la pratique des Compagnons. Mais mesure que la conqute stendait, de nouveaux peuples,

    aux lments divers, aux institutions et aux lois spciales, ne laissrent pas de faire surgir de

    nouveaux cas dont la solution directe ne se trouvait pas dans le Coran et la Sunna. Force tait

  • donc dtablir des comparaisons, de recourir au raisonnement analogique, dmettre un jugement

    personnel de faon rpondre ces nouveaux cas non mentionns explicitement dans les

    textes. Entre autres Compagnons qui, trs tt, prirent parti pour un recours plus systmatique au

    raisonnement analogique, citons les quatre califes Ab Bakr, Umar ibn Al-Khattb, Uthmn ibn

    Affn et Al ibn Ab Tlib, mais aussi Abd-Allh ibn Masd, Zayd ibn Thbit, Ubayy ibn Kab ou

    encore Ab Ms al-Ashar

    Cette tendance se manifesta surtout en Irq, sous limpulsion notoire de Abd-Allh ibn Masd,

    pays o, du fait des antcdents culturels et de la varit de la population, les nouveaux cas

    poss taient plus frquents qu Mdine et au Hijz.

    Les juristes musulmans qui sadonnrent la pratique de linterprtation juridique se partagrent

    finalement sur deux tendances : celles des partisans du hadth, ahl al-hadth, et celle des

    partisans du jugement personnel, ahl ar-ray.

    Les premiers, soit les partisans du hadth, furent gnralement originaires du Hijz. On leur

    donne cette dnomination en raison du soin quils mirent collecter les traditions prophtiques et

    transmettre les dires des Compagnons. Se rclamant juste titre de lenseignement de

    Compagnons comme Abd-Allh ibn Umar1), ils faisaient de ces textes le fondement des

    prescriptions juridiques propres leur cole et ils ne recouraient que rarement au raisonnement

    analogique limplicite comme lexplicite , et cela dans les cas o ils navaient leur disposition

    ni tradition ni aucune espce de tmoignage crit.

    Quant aux partisans du jugement personnel, ils furent pour la plupart originaires de lIrq et

    disciples de limm Ab Hanfa an-Numn Ibn Thbit, lequel tenait son fiqh des Successeurs

    directs des Compagnons2).

    Ce furent Muhammad Ibn al-Hasan ash-Shaybn, le cadi Ab Ysuf Yaqb Ibn Ibrhm al-

    Ansr, Zufar Ibn al-Hudhayl, al-Hasan Ibn Ziyd al-Lulu, Ibn Sama, Ab Mut al-Balkh, Bishr

    al-Mris.

    On les appela partisans du jugement personnel parce quils apportrent le plus grand soin fixer

    les rapports du raisonnement analogique avec les sciences religieuses, extraire par mode

    dinduction les ides gnrales des textes, pour confrer ensuite ces mmes ides une valeur

    normative par rapport la pratique juridique.

    Cest au cours des deuxime et troisime sicles que le droit musulman se constitua en coles

    clairement constitues. Ce fut le rsultat dune laboration juridique progressive. Il faut attendre

    la fin du premier sicle pour rencontrer des spcialistes vraiment connus en jurisprudence

    religieuse, tel Ibrhm an-Nakha, Ibn Ab Shibrima, Uthmn al-Batt et autres.

  • Gense de la science des sources du droit musulman

    La science des racines , ou sources du droit musulman, est dorigine tardive en Islm. La

    raison en est que les premiers musulmans avaient une pratique de la langue arabe qui leur

    suffisait pour tirer le sens des mots issus du Coran et de la Sunna (sachant que cest du sens des

    mots quon tient la plupart des rgles observer pour tirer des statuts lgaux des cas

    particuliers). Dautre part, ils navaient pas besoin dexaminer les chanes de transmission des

    traditions prophtiques (comme ce sera le cas plus tard), puisquils taient contemporains des

    transmetteurs, quils connaissaient personnellement.

    Mais ces premiers musulmans moururent et, avec eux, la premire gnration de lIslm ; toutes

    les sciences devinrent alors des techniques. On ne parla plus alors de lecteurs du Coran pour

    dsigner les rudits mais de juristes et de savants. Ces juristes durent apprendre les rgles et les

    principes de base, pour pouvoir tirer les lois des textes probants.

    Cest ainsi quils mirent au point, par crit, une branche particulire, laquelle ils donnrent le

    nom des sources du droit, usl al-fiqh. Ainsi, les docteurs musulmans, comparant le droit un

    arbre dont les branches puisent la vie dans quelques racines puissantes, divisrent la science du

    droit en deux parties nettement distinctes : dune part, la science des racines (usl) qui fait

    connatre la mthode suivant laquelle le droit slabore, les principes directeurs de ce droit ; et

    dautre part, la science des branches (fur), qui comporte un simple expos du droit pratique,

    labor suivant la mthode et bas sur ces principes, et quon appelle fiqh.

    Le premier auteur sur ce sujet fut limm Ash-Shfi, qui dicta, l-dessus, sa fameuse Risla.

    Fakhr ad-Dn ar-Rz, parlant de lapport de limm ash-Shfi en ce domaine, a dit : Certes,

    avant limm ash-Shfi, les musulmans discutaient des questions ayant trait aux sources du

    droit : ils se dmontraient et se faisaient des objections. Mais ils ne disposaient pas dun code

    global auquel se rfrer pour connatre les preuves de la Loi rvle, et dterminer les modalits

    de leur confrontation et leur prpondrance. Limm ash-Shfi a labor les principes du droit. Il

    a labor un code global auquel se rfrer dans la connaissance des degrs des preuves de la

    Loi rvle. Il est tabli que limm ash-Shfi est ltude du droit ce quAristote fut ltude de

    la logique .

    Plus tard, les juristes hanafites en firent autant. Ils discutrent et vrifirent fond les rgles de

    base. Cest ainsi que la science des sources du droit sest perfectionne, que les problmes ont

    t prsents clairement et que les rgles de base ont t poses.

  • Le cadre politique

    Avec lavnement des Abbsides 3), cest une nouvelle re qui souvre pour la jurisprudence

    islamique. Les circonstances politiques ont eu une influence dcisive dans son laboration.

    En effet, les Abbsides entendirent appliquer rigoureusement la Loi rvle la vie quotidienne,

    sen inspirer dans toutes leurs dcisions : aux juristes de leur fournir des recueils de textes, de

    les codifier. Cest de cette poque que date les premires codifications lgislatives et que

    slaborent, autour de quelques imms, les principales coles de droit.

    Outre les quatre coles que nous connaissons aujourdhui, il y en avait de nombreuses autres

    lpoque, qui taient plus ou moins tendues et qui par la suite disparurent, soit cause de

    labsence de personnalits vigoureuses pour les dfendre, soit par suite de principes trop

    rigoureux, comme lcole dhhirite qui refusait, globalement, de recourir lanalogie et sen tenait

    trop rigidement la littralit des textes4). Dans son Al-Muqaddima , Ibn Khaldn (n en 1332,

    mort en 1406) a dit ce propos : Lcole dhhirite a disparu aujourdhui avec ses docteurs,

    dsapprouve par la grande majorit des musulmans. Elle ne survit plus que dans lternit des

    livres. Certes, il arrive que des gens dsoeuvrs sattachent encore cette cole et ses

    ouvrages pour en pntrer le systme, mais ils perdent leurs temps et se heurtent lopposition

    et la dsapprobation de la grande majorit orthodoxe. Celle-ci voit en eux des innovateurs qui

    sinstruisent dans des livres dont aucun matre na la clef .

    Parmi les autres imams dcoles, on cite : al-Awz (mort en 157 H.), Sufyn ath-Thawr (mort en

    161 H.), al-Layth Ibn Sad (mort en 175 H.), Sufyn Ibn Uyayna, Ibn Jarr at-Tabar (mort en 310

    H.) etc

    Les lgislations trangres ont-elles ragit sur le droit musulman ?

    Le fiqh est une discipline spcifiquement islamique. Certes, un des buts des docteurs de la Loi

    musulmane fut dappliquer les principes du Coran et de la Sunna aux cas nouveaux que

    pouvaient susciter la vie quotidienne. Il en rsulta que des influences locales vinrent interfrer

    trs tt, et que leur importance ne cessa de crotre mesure que lIslm se rpandit en des terres

    dj pourvues dune solide structure juridique, tels les Empires byzantin et ssnide. Aussi bien,

    avant de se diversifier en coles de droit, le fiqh se diversifia selon les rgions : Mdine, Irq, et

    plus tard lEgypte Mais vouloir juger du fiqh par la seule tude de cette adaptation aux

    coutumes juridiques prexistantes, comme lon fait certains orientalistes serait nen point saisir

    lesprit le plus profond5). Cest en fonction dabord du Coran et de la Sunna quil se situe, et non

    en fonction de sources extra-islamiques.

    Ainsi, le fiqh nest-il point quelque chose de surajout la doctrine islamique, quelque chose

    qui serait venu sy adjoindre aprs coup et du dehors, mais il en est au contraire une partie

    intgrante, puisque, sans lui, elle serait manifestement incomplte.

  • La supposition toute gratuite dune origine trangre, byzantine ou persane, est dailleurs

    contredite formellement par le fait que les moyens dexpression propres au fiqh sont troitement

    lis la constitution mme de la langue arabe. Et sil y a incontestablement des similitudes avec

    les autres droits qui existent ailleurs, celles-ci sexpliquent tout naturellement et sans quil y ait

    besoin de recourir des emprunts hypothtiques, car, le besoin de rgles rgissant les

    rapports humains tant un dans toutes les socits, tous les droits sont ncessairement

    identiques en leur essence quelle que soit la diversit des formes dont elles se revtent. 1) Limm Mlik ibn Anas rapporte daprs Nfi que Abd-Allh ibn Umar a dit : La science se rsume

    trois choses : le Livre de Dieu parlant, la Sunna passe et (le fait de dire) je ne sais pas

    2) On rapporte quAb Hanfa a dit : Jai recueilli le fiqh de Umar, Al, Abd-Allh Ibn Masd et Ibn Abbs,

    daprs leurs disciples directs .

    3) Descendants dAl-Abbs, un oncle du Prophte Muhammad sur lui la grce et la paix , qui prirent la

    tte du califat de 750 jusquen 945.

    4) Les chefs de lcole dhhirite taient Dwd Ibn Al, son fils et ses disciples, dont le fameux Ibn Hazm de

    Cordoue (n en 994, mort en 1063). Pour les dhhirites, les uniques sources de la Loi sont les textes et le

    consensus communautaire. A leurs yeux, lanalogie vidente (jal) et la causalit (illa) suggres par les

    textes sont contenues dans les textes eux-mmes, puisquun texte qui nonce un motif permet de juger

    dans tous les cas semblables. Ils rptent ce propos, le dicton bien connu comme quoi : Ce fut Satan

    qui, le premier, chercha des analogies . Ils nont manifestement pas pris garde au fait que la recherche des

    prescriptions de la Loi ne peut pas tre une dmarche trangre cette mme Loi. Au surplus, jamais Loi

    rvle ne reut sa forme dfinitive sans faire une place, ses cts, la notion de recherche juridique. La

    raison en est quil est indispensable son expansion dans le monde dadmettre que la recherche juridique

    doit tre prise en considration. De plus, nous avons sous les yeux la faon dont les Compagnons de

    lEnvoy de Dieu sur lui la grce et la paix ont pratiqu lanalogie, notamment en ce qui concerne le droit

    successoral. Cest ainsi, par exemple, quils ont donns au frre du dfunt les mmes privilges qu laeul.

    Ces faits sont trop connus pour pouvoir chapper tout observateur impartial de la biographie des

    Compagnons.

    5) Entre autres orientalistes qui ont emprunt cette voie, citons Goldziher, qui a dit notamment : Le droit

    islamique porte () aussi bien dans sa mthodologie que dans ses dispositions particulires des traces

    indniables de linfluence du droit romain. (Goldziher, Dogme, p. 39).

  • Les hommes

    Limm Ab Hanfa o Ses origines o Sa vie o Ses matres o Ses disciples o A propos de limm Ab Hanfa o Le Fiqh Al-Akbar o La position de limm Ab Hanfa vis--vis des traditions prophtiques Limm Mlik o Ses origines o Sa vie o Ses disciples o Le Muwatta o A propos de limm Mlik Limm ash-Shfi o Sa gnalogie o Les disciples de limm ash-Shfi o La Risla o A propos de limm ash-Shfi Limm Ahmad o Sa vie o Les disciples de limm Ahmad o Le Musnad de limm Ahmad o A propos de limm Ahmad

    Les hommes

    Avant de parler des quatre coles de droit sunnites proprement dit, il convient de connatre

    lhistoire particulire de ceux qui leur ont donn leurs noms et les faits et les dits qui constituent

    les vies de ces personnes. En voici un aperu rapide.

    Limm Ab Hanfa

    Savant de Kfa 1), ponyme de lcole hanafite (n Kfa en 80 /696 ; mort en 150/ 767). Limm

    Ab Hanfa Dieu lagre est, chronologiquement, le premier des quatre fondateurs des coles

    de droit sunnites.

  • Ses origines

    Les hagiographes ne sont pas daccord sur les origines de limm Ab Hanfa. Pour les uns, sont

    aeul paternel, Zt, dorigine perse, aurait t mis en captivit par les musulmans lors de la prise

    de Kaboul, en Afghanistan. Dabord esclave de la tribu des Ban Tamm Ibn Thalaba, Zt aurait

    t ensuite affranchi par eux et serait devenu leur client. Pour dautres, laeul paternel dAb

    Hanfa serait un certain Numn ; issu de la noblesse persane, il naurait jamais t rduit

    lesclavage. Pour dautres encore, Zt, laeul dAb Hanfa, serait un arabe de la tribu des Ban

    Yahy Ibn Zayd Ibn Asad ou un des fils de Rshid al-Ansr ou encore un descendant des

    Babyloniens. Mais ces deux derniers avis sont rcuss par les hagiographes srieux.

    Sa vie

    Limm Ab Hanfa est n Kfa en lan 80 de lHgire, ville o il passa la majeure partie de sa

    vie. Son pre, Thbit, aurait t un commerant ais et un musulman sincre. On rapporte que,

    rencontrant Al Ibn Ab Tlib, celui-ci aurait invoqu en sa faveur, lui et sa descendance.

    Intress initialement au commerce des soieries, le jene Ab Hanfa fut remarqu par limm

    Ash-Shab Ibn Ab Sulaymn qui lui suggra de ctoyer les docteurs de la Loi de lpoque ; ce

    quil fit. Se distinguant par son intelligence, il apprit le Coran auprs de lun des sept lecteurs

    consacrs : limm sim Dieu lui fasse misricorde. Puis, lge de vingt deux ans, se

    dcouvrant un engouement particulier pour la science du droit aprs avoir tudi fond la

    thologie scolastique, il se lana dans ltude de cette science auprs de limm Hammd Ibn Ab

    Sulaymn al-Ashar. Ab Hanfa tudia le droit auprs de limm Hammd durant dix huit ans,

    priode au cours de laquelle il ctoya de nombreux autres docteurs, notamment lors de ses

    plerinages rpts la Mecque. Il est noter que parmi les hommes de science, limm Ab

    Hanfa frquentait en particulier les Successeurs directs des Compagnons. Cest ainsi quil a dit :

    Jai recueilli le fiqh de Umar, Al, Abd-Allh Ibn Masd et Ibn Abbs, daprs leurs

    disciples directs . Puis la mort de limm Hammd, Ab Hanfa, alors g de quarante ans, prit

    la tte du cercle denseignement de son matre et entreprit de dlivrer des avis juridiques

    (fatwas). Cest alors quil commena enseigner les fondements de ce qui deviendrait plus tard

    lcole hanafite, sous limpulsion de ses principaux disciples.

    Ses matres

    Limm Ab Hanfa ctoya de nombreux matres, parmi lesquels Zayd Ibn Al Ibn al-Husayn,

    Jafar as-Sdiq, Abd-Allh Ibn Hasan Ibn Ab Muhammad an-Nafs az-Zakiyya, At Ibn Ab

    Rabh et Nfi, le disciple dIbn Umar.

  • Ses disciples

    Quant ses disciples, les plus clbres dentre eux sont Ab Ysuf Yaqb Ibn Ibrhm al-Ansr,

    Ab Abd-Allh Muhammad Ibn al-Hasan ash-Shaybn et Zufar Ibn Hudhayl.

    A propos de limm Ab Hanfa

    Dans son Madrik, le cadi Iyd rapporte : Al-Layth Ibn Sad rencontra Mlik alors quil sortait

    dune runion avec Ab Hanfa. Voyant Mlik essuyer son front ruisselant de sueur, al-Layth lui

    demanda : Pourquoi transpires-tu comme cela ? Je transpire, rpondit Mlik, cause dAb

    Hanfa. Sache, frre dEgypte, que cet homme est un juriste digne de ce nom . Plus tard,

    comme al-Layth rencontrait Ab Hanfa et lui disait : Que de bien Mlik dit de toi ! , il rpondit :

    Et moi je ne connais personne qui ait un esprit aussi vif et aussi perspicace . Limm ash-

    Shfi a dit propos dAb Hanfa : Que celui qui dsire plonger dans un ocan de science

    tudie assidment [lhritage scientifique laiss par] Ab Hanfa et ses disciples ; certes, nous

    avons tous une dette envers lui en matire de jurisprudence .

    Le Fiqh Al-Akbar

    La doctrine thologique de limm Ab Hanfa sapparente dans ces grandes lignes celle

    dveloppe plus tard par limm Mturd2), qui fut un de ses francs disciples et qui est considr

    juste titre, lui et limm al-Ashar, comme faisant partie des gens de la Sunna et du

    consensus , ou encore, comme les dfenseurs de lorthodoxie sunnite. Disons mme quen

    matire de doctrine thologique, hanafisme et mturidisme en sont venu tre quasiment

    synonymes. Une des premires professions de foi sunnites qui soit parvenue jusqu nous est

    celle du Fiqh Al-Akbar rdige par Ab Hanfa dessein de se situer clairement par rapport aux

    sectes htrodoxes. En voici les points principaux :

    Dieu

    Dieu est un, na pas de partenaire. Rien ne Lui ressemble.

    Les attributs de Dieu sont rels, mais ils ne sont pas comme les attributs humains.

    Dieu est sans corps, sans substance, sans accidents.

    Dieu cre ex nihilo (en partant de rien).

    Dieu est crateur avant de crer.

    Dieu sera vu (de visu) dans lau-del, mais sans termes et sans modes.

    La main, le visage de Dieu sont des attributs rels, comme loue et la vue.

  • Le Coran

    Le Coran est la parole de Dieu incre et ternelle.

    Les hommes

    Lacte volontaire de lhomme est cr par Dieu, acquis par lhomme.

    Le pcheur reste musulman.

    Le musulman pcheur sera livr au bon vouloir divin dans lau-del, si Dieu le veut Il le

    chtiera, et sIl veut Il lui fera grce.

    Les prophtes

    Les prophtes son impeccables (incapables de pcher).

    Lintercession du Prophte Muhammad ( au Jour du jugement est(

    relle.

    La politique

    Le califat dAb Bakr, puis de Umar, puis de Uthmn, puis de Al, par ordre de priorit,

    est lgitime.

    La position de limm Ab Hanfa vis--vis des traditions prophtiques

    Sil est exact que les quatre imms orthodoxes nont pas tous rapport autant de traditions les

    uns que les autres on dit quAb Hanfa en aurait transmis dix-sept, Mlik, trois cents dans son

    Muwatta et Ahmad Ibn Hanbal, 30.000 dans son Musnad , il est parfaitement erron de dduire

    de cela que ceux qui en ont transmis peu en avaient peu en mmoire et ngligeaient ce domaine.

    Et comment pourrait-il en tre ainsi alors que la Loi musulmane dcoule en entier du Coran et de

    la Sunna ?

    Non, si les uns ont transmis moins de traditions que dautres, cest manifestement pour viter

    dtre critiqus et accuss de laxisme par leurs pareils, et parce que leur jugement personnel les

    conduisait laisser de ct de nombreuses traditions ou filires dfectueuses.

    Noublions pas que si les gens du Hijz ont t plus prolixes que les Iraquiens, cest parce que

    Mdine fut la ville o le Prophte Muhammad sur lui la grce et la paix se rfugia et o ses

    Compagnons se fixrent ; tandis que ceux dentre eux qui passrent en Irq taient proccups

    avant tout par le jihd.

    Quant Limm Ab Hanfa, le chef de lcole Irquienne, il est vrai quil na rapport que peu de

    traditions, mais cest prcisment parce quil tait trs strict sur les conditions remplir pour

    quelles soient dclares valides, nhsitant pas les dclarer faibles si quelque condition de

    recevabilit venait manquer ou quelque argument logique venait les contredire.

  • Et lon na pas le droit de dire que limm Ab Hanfa sest abstenu, de propos dlibr, de

    rapporter des traditions prophtiques, car comme les autres imms, il tait un grand docteur en

    traditions, ainsi que le prouve la confiance que mettent en lui les traditionnistes, qui citent ses

    arguments, la fois pour et contre.

    Ainsi, on rapporte qutant interrog propos dAb Hanfa, lillustre traditionniste Yahy Ibn

    Sad al-Qattn rpondit : Craignant Dieu, il ne fait que prner le savoir dont le Souverain

    suprme la gratifi. Quand nous approuvons une de ses thses, nous nhsitons pas

    ladopter . De mme, on rapporte que quand Shuba Ibn al-Hajjj (mort en 160 de lHgire),

    traditionniste dautorit, apprit la mort dAb Hanfa, il dit : Avec lui, vient de disparatre le fiqh

    de Kfa. Dieu le comble, lui et nous, de Sa misricorde .

    Limm Mlik

    Savant de Mdine, ponyme de lcole mlikite (n Mdine en 93/ 712 ; mort en 179/ 795

    Mdine galement). Limm Mlik Dieu lagre est, chronologiquement, le deuxime des

    quatre fondateurs des coles de droit sunnites.

    Ses origines

    La gnalogie de limm Mlik est Mlik Ibn Anas Ibn Mlik Ibn Ab mir, de la tribu ymnite

    des Asbah. Sa mre, al-liyya Bint Shark, appartenait la tribu des Azd. Ceci confirme lorigine

    arabe de limm Mlik.

    Sa vie

    Limm Mlik naquit Mdine dans une famille verse dans la science du hadth. Son aeul,

    Mlik Ibn Ab mir, de la gnration des tbin, de mme que son frre, an-Nadr, et ses oncles

    paternels, furent des docteurs de la Loi confirms et des traditionnistes mrites. Limm Mlik

    commena par apprendre le Coran par cur, puis il se consacra la mmorisation du hadth et

    des avis juridiques des Compagnons. Ses premiers matres en sciences religieuses furent Raba

    ar-Ray, puis Ibn Hurmuz, dont il fut le disciple durant une dizaine dannes. Il frquenta

    galement Nfi, le client dIbn Umar, ainsi quIbn Shihb az-Zuhr, de qui il recueillit le hadth. Se

    distinguant lge adulte par sa matrise des sciences religieuses et par son aptitude dlivrer

    des avis juridiques, il fut habilit par ses pairs fonder un cercle dtude dans la Mosque du

    Prophte sur lui les grces et la paix , cercle quil prsida ensuite dans sa demeure jusqu la

    fin de sa vie. Lensemble des biographes situe la mort de limm Mlik autour de lan 179 de

    lHgire.

  • Ses disciples

    Parmi les disciples les plus connus de limm Mlik, citons Abd-Allh ibn Wahb (125/197), Abd

    ar-Rahmn Ibn al-Qsim 128/191), Ashhab Ibn Abd al-Azz al-Qays al-mir (140/204), Asad

    Ibn al-Furt Ibn Sinn du Khursn (145/213) ou encore Abd al-Malik Ibn al-Mjishn.

    Le Muwatta

    uvre matresse de limm Mlik, le Muwatta est un prcis conu comme un manuel commode

    et consensuel, offrant une slection denviron 1900 hadth embrassant lensemble des matires

    de foi et de loi. Bien que louvrage sapparente aux recueils de la Tradition, il prsente les

    caractristiques dun manuel de mthodologie du droit canonique, dune part, et de recueil

    lgislatif, nonant des principes applicables en matire civile et pnale, dautre part. Pour

    donner un aperu de la thmatique du Muwatta : 1088 hadth qui y sont cits traitent du culte ;

    205, du statut personnel ; 257, des transactions ; 85 des peines lgales ; 256 de domaines

    divers.

    A propos de limm Mlik

    Limm ash-Shfi a dit propos de Mlik : Quels hommes que Mlik et Ibn Uyayna ! Sans

    eux, la science du Hijz aurait disparu en entier . Il a dit aussi : Mlik est mon matre ; tout

    mon savoir, je le tiens de lui. Il est le firmament des hommes de science et nul ne minspire

    confiance autant que lui .

    Limm Ahmad a dit au sujet de Mlik : Mlik est un matre parmi les matres dans la

    science (sacre) ; il est un imm dans le hadth et dans le fiqh. Il sest inspir de lexemple de ses

    prdcesseurs avec intelligence et finesse.

    Limm ash-Shfi

    Eponyme de lcole shfiite (n Ghazza en 150/767 ; mort en 204/ 820 Fustt). Limm ash-

    Shfi Dieu lagre est, chronologiquement, le troisime des quatre fondateurs des coles de

    droit sunnites.

    Sa gnalogie

    La gnalogie de limm ash-Shfi est Ab Abd-Allh Muhammad Ibn Idrs Ibn al-Abbs Ibn

    Uthmn Ibn Shfi Ibn as-Sib Ibn Ubayd Ibn Abd al-Yazd Ibn Hshim Ibn al-Muttalib Ibn Abd

    Manf Ibn Qusay al-Qurash. Qurayshite3)par son pre, il descend de la mme famille que

    lEnvoy de Dieu sur lui la grce et la paix.

  • A lge de deux ans, limm ash-Shfi, alors orphelin de pre, est emmen par sa mre la

    Mecque, chez des parents. Vivant modestement Shib Ibn al-Khayf, le jeune Muhammad Ibn

    Idrs reoit une ducation propre son statut de membre de la noblesse Qurayshite : posie et

    archerie. Ses longs sjours au sein de la tribu des Hudhaylites, tribu de lArabie du Nord, rpute

    pour la beaut de son parler, lui permettent dacqurir une trs grande matrise de la langue et

    une trs belle qualit dcriture. Il avait, dit-on galement, des connaissances en mdecine et en

    physiognomonie (firsa).

    Lenseignement reu par limm ash-Shfi se rpartit, spatialement, sur deux grandes units : le

    Hijz et lIrq.

    A la Mecque, il rencontre Muslim Ibn Farwa Ab Khlid az-Zanj (m. 179/795), son matre en fiqh

    avant sa rencontre avec Mlik, ainsi que Sufyn Ibn Uyayna (m. 198/813) qui lui donna

    lautorisation de dlivrer des avis juridiques alors quil avait peine quinze ans. A Mdine, il fait la

    connaissance de Abd al-Azz Ibn Muhammad ad-Darward (m. 187/802), qui devient un de ses

    matres en fiqh et en sciences du hadth, mais il dcouvre surtout limm Mlik Ibn Anas, dont il

    suit lenseignement pendant une quinzaine dannes.

    En Irq, il approfondit ses connaissances en fiqh auprs de Muhammad Ibn al-Hasan ash-

    Shaybn (m. 189/805), Ab Ysuf Yaqb Ibn Ibrhm (m. 182/797), les deux grands disciples de

    Ab Hanfa, ainsi que Ab Thawr et dautres encore. Cest durant son sjour en Irq que limm

    ash-Shfi rencontra limm Ahmad Ibn Hanbal.

    Les disciples de limm ash-Shfi

    On distingue trois grands transmetteurs gyptiens de la doctrine juridique de limm ash-Shfi :

    Ab Yaqb Ysuf Al-Buwayt (m. 231/845), auteur dun prcis de luvre de son matre ; Ab

    Ibrhm Isml al-Muzan (m. 264/877), galement auteur dun prcis ; Ab Muhammad ar-Rab

    al-Murd, lui aussi auteur dun prcis.

    Quant lIrak, trois grands transmetteurs jalonnent la diffusion de la doctrine juridique de limm

    ash-Shfi en cet endroit du monde : Ab Al al-Hasan az-Zafarn (m. 260/874) ; al-Husayn Ibn

    Al al-Karbs (m. 245/859 ou 248/862) ; Abu-l-Qsim Uthmn al-Anmat (m. 288/901).

    La Risla

    Parmi les quelques soixante-dix-huit ouvrages composs par limm ash-Shfi, La Risla f usl

    al-fiqh occupe une place centrale. Premier trait sur les fondements du droit musulman dans

    lhistoire de lIslm, la Risla labore avant tout les usl, les racines , par lesquelles on aboutit

    au fiqh proprement dit.

  • Ibn Khaldn a dit dans sa Muqaddima : Le premier auteur sur les fondements du droit fut

    ash-Shfi, qui dicta, l-dessus, sa fameuse Risla. Il y traite des prescriptions et des interdits,

    de la syntaxe et du style, des traditions, de labrogation et du principe de lanalogie par rapport au

    motif lgal. Plus tard, les juristes hanafites en firent autant.

    Cest aussi un ouvrage fondateur en matire de science des traditions. Limm ash-Shfi y fait

    en outre une critique radicale du conformisme juridique qui vise, dune part discrditer les

    traditions locales vivantes comme source de droit religieux, et, dautre part, ce que les doctrines

    des imms ne puissent tre invoques en matire lgale sans autre preuve lappui que

    lautorit dont ces grands matres avaient t investis. Il y systmatise les principes gnraux de

    la Loi rvle et dtermine le cadre dans et par lequel les prescriptions juridiques particulires

    doivent tre formules.

    Fakhr ad-Dn ar-Rz a dit ce sujet : Avant ash-Shfi, les gens taient partags en deux

    groupes : les partisans du hadth et les partisans du raisonnement personnel. Les premiers

    avaient bien une grande connaissance des hadth du Prophte sur lui les grces et la paix ,

    mais il taient incapables de raisonner et de soutenir des controverses ; chaque fois quun

    adversaire leur posait une question ou leur exposait un problme, ils taient incapables dy

    rpondre et restaient cois. De mme, les seconds taient verss dans le raisonnement et la

    controverse, mais leur connaissance des hadth et de la Sunna taient insuffisante. Quant ash-

    Shfi Dieu lagre il tait savant aussi bien dans la Sunna du Prophte sur lui les grces et

    la paix et dans ses rgles quen matire de controverse et de raisonnement. [] Il prit sur lui de

    faire triompher les hadth de lEnvoy de Dieu sur lui les grces et la paix et il nest pas de

    question pose, de problme expos ni dambigut souleve [en ce domaine] sans quil y

    rpondt .

    A propos de limm ash-Shfi

    Abd-Allh, un des fils de limm Ahmad, raconte : Comme je demandai un jour mon pre :

    Je tentends souvent demander la grce de Dieu pour ash-Shfi ; quel genre dhomme tait-il

    donc ? , il me rpondit : mon fils, limm ash-Shfi Dieu ait son me tait ce que le

    soleil est pour le monde et ce que la sant est pour les hommes. Dis-moi, ces deux choses

    peuvent-elles tre remplaces ? .

    Limm Ahmad

    Eponyme de lcole hanbalite (n Baghdd en 164/780 ; mort Baghdd en 241/855), limm

    Ahmad Dieu lagre est chronologiquement le quatrime des fondateurs des coles de droit

    sunnites.

  • Sa vie

    La gnalogie de limm Ahmad est Ab Abd-Allh Ahmad Ibn Muhammad Ibn Hanbal Ibn Hill,

    de la tribu arabe des Shaybn, la branche la plus noble des Raba. Sa mre, domicilie Mar,

    dans le Khursn, migra Baghdd alors quelle tait enceinte de lui. Cest dans cette

    mtropole que le jene Ahmad naquit et dbuta ltude des sciences religieuses auprs dimms

    illustres tels que Ab Ysuf, Hushaym Ibn Bashr al-Wsit ou encore Al Ibn Hashm Ibn Bard.

    Apprenant dabord le Coran et la rhtorique arabe, limm Ahmad choisit de se consacrer la

    mmorisation et ltude du hadth et des propos des Compagnons partir de 179 et rencontra

    cette fin tous les traditionnistes de Baghdd de lpoque. Puis en 187, il entreprit de voyager

    travers le monde la recherche de la tradition du Prophte sur lui les grces et la paix et des

    hommes qui lavaient recueillie. Entre autres hommes de science quil rencontra au cours de ses

    voyages, citons limm ash-Shfi, Sufyn Ibn Uyayna ou encore Isml Ibn Aliyya. Ce nest

    qu lge de quarante ans que limm Ahmad, de retour Baghdd, commena rapporter le

    hadth et mettre des avis juridiques (fatwa).

    Les disciples de limm Ahmad

    Parmi les disciples de limm Ahmad les plus connus, citons ses deux fils Slih (mort en 266) et

    Abd-Allh (mort en 290), Ahmad Ibn Muhammad Ibn Hni Ab Bakr al-Athram (mort en 273),

    Abd al-Mlik Ibn Abd al-Hamd Mahrn al-Maymn (mort en 274), Ahmad Ibn Muhammad Ibn

    al-Hajjj Ab Bakr al-Marz (mort en 275), Harb Ibn Isml al-Handhal al-Karmn (mort en 280)

    ou encore Ibrhm Ibn Ishq al-Harb (mort en 285). Cependant, la liste des disciples de limm

    Ahmad serait incomplte si lon ny ajoutait pas le nom de lillustre Ahmad Ibn Muhammad Ibn

    Hrn Ab Bakr al-Khalll (mort en 311), qui, bien quil ait recueilli le fiqh de limm Ahmad de la

    bouche de ses disciples, est considr comme le grand compilateur et transmetteur de la

    doctrine juridique de limm, et, par l mme, comme celui qui a pos les bases de lcole

    hanbalite.

    Le Musnad de limm Ahmad

    Ltude des isnd, des chanes de transmetteurs, commanda leffort des ahl al-hadth qui

    entreprirent de runir en corpus les principales traditions prophtiques. Ils le firent selon deux

    mthodes. La plus ancienne se suffit de grouper les hadth selon les chanes de transmetteurs, et

    reproduire intgralement ces dernires. On appela ces recueils musnad, entendons ouvrage

    fond sur lisnd ininterrompu . Le plus clbre Musnad est celui de limm Ahmad Ibn Hanbal.

    Ce corpus demeure lun des usuels de rfrence en matire de tradition prophtique, mme sil

    est en marge des recensions canoniques que sont les Sahh de Bukhr et Muslim et les Sunan

    de Ab Dwd, at-Tirmidh, an-Nas et Ibn Mjah.

  • Le Musnad de limm Ahmad serait un choix de 31.000 traditions prophtiques tir dune masse

    de 750.000 traditions. Ce qui laisse entendre que toutes les traditions cites dans le Musnad

    peuvent servir dargument lgal, malgr lavis contraire dIbn Salh dans son Ulm al-Hadth.

    A propos de limm Ahmad

    On rapporte que limm ash-Shfi, quand il parlait de limm Ahmad, ne lappelait pas par son

    nom, mais disait en signe de respect : Notre noble compagnon a dit ou Notre noble

    compagnon nous a inform .

    Abd ar-Rahmn Ibn Mahd a dit propos de limm Ahmad : Chaque fois que je regardais

    Ahmad ibn Hanbal, il me rappelait Sufyn ath-Thawr. 1) Koufa ou Kfa ( [al-kfa]) est une ville d'Irak, environ 170 km au sud de Bagdad, et 10 km au

    Nord-est de Nadjaf. Elle est situe sur les rives du fleuve Euphrate. La population en 2003 tait estime

    110 000 habitants. C'est la deuxime ville de la province de Nadjaf.

    2) Ab Mansr al-Mturd est mort Samarqand en 333/944. Ab al-Hasan al-Ashar est n en 260/873-74,

    Basra.

    3) On rapporte que lEnvoy de Dieu sur lui les grces et la paix a dit : Les imms sont de Quraysh .

  • Les coles o Les caractristiques gnrales a. Lcole hanafite vous avez dit laxiste ? b. Lcole mlikite vous avez dit librale ? c. Lcole shfiite vous avez dit syncrtiste ? d. Lcole hanbalite vous avez dit rigoriste ? Lcole hanafite Lcole mlikite Lcole shfiite Lcole hanbalite

    Les coles Ainsi que nous lavons vu plus haut, les premiers sicles de lIslm connurent une floraison de

    tendances. Plusieurs dentre elles cherchrent se systma- tiser, sans aboutir cependant la

    constitution dcoles durables. Ainsi les analyses, fort empiriques encore, de limm al-

    Awz,1) ou encore celles de limm Sufyn ath-Thawr. Cest au dbut de lre abbside, donc

    au troisime sicle de lHgire, que se constiturent les quatre grandes coles de droit musulman

    toujours vivantes. Elles se partagent jusqu nos jours, toute ltendue de lIslm sunnite.

    Les caractristiques gnrales

    a. Lcole hanafite vous avez dit laxiste ?

    On a coutume de prsenter le hanafisme comme lcole juridique aux tendances les plus

    laxistes . A vrai dire, il serait fallacieux de laccuser de telles tendances. Ce qui la caractriserait

    plutt, cest un effort pour dvelopper le raisonnement juridique, ou, si lon prfre, une certaine

    rationalisation des mthodes. En effet, on a vu que les Iraquiens taient pauvres en traditions

    prophtiques. Il ny a donc rien dtonnant ce quils aient fait grand usage du raisonnement

    juridique et y soient devenus trs habiles. Je me bornerai souligner deux modalits de ces

    mthodes. Lcole hanafite insiste sur lutilisation non seulement du jugement personnel du

    prudens (ray), mais sur la finalisation de ce jugement par la recherche du mieux, jugement

    prfrentiel (istihsn). En outre, la dcision ainsi formule doit avoir pour base un largissement

    de la troisime source du droit, le qiys ou raisonnement analogique. Les hanafites resteront

    clbres pour leur recherche de la illa, du motif causal qui fonde cette analogie. Telle est bien la

    note la plus marquante du hanafisme.

  • b. Lcole mlikite vous avez dit librale ?

    On a souvent dit que limm Mlik tait le seul des quatre imms autoriser le principe de

    lintrt indtermin (al-maslaha al-mursala) et que celui-ci tait donc all plus loin dans le sens

    libral . Or y regarder de plus prs on saperoit que les trois autres imms eux aussi

    autorisaient ce principe, quoiquils ne le rangeassent pas parmi les sources lgales du droit

    musulman en tant que telles, le considrant comme une des formes du raisonnement analogique.

    Cest ainsi que limm Ahmad considrait lintrt indtermin comme une des branches du

    raisonnement analogique, que limm ash-Shfi lappelait qiys et quAb Hanfa le nommait

    istihsn Limm Mlik est surtout remarquable pour avoir ajout, aux sources du droit connues

    des autres docteurs, un autre lment : la coutume de Mdine. Pour cet imm, la coutume de

    Mdine est une des sources du droit musulman. On sait aussi limportance accorde par limm

    Mlik la fois au consensus des savants et leur jugement personnel. Par ailleurs, lcole

    mlikite est celle qui tient le plus compte de cette source secondaire quest le urf ou coutume.

    c. Lcole shfiite vous avez dit syncrtiste ?

    Il serait erron de percevoir lcole shfiite comme un mlange clectique des avis prns

    par les partisans du hadth, et ceux dfendus par les partisans du ray, comme lont prtendu

    certains. Car alors il faudrait poser que le shfiisme est une simple juxtaposition dlments de

    provenances diverses sans quaucun principe dordre plus profond vienne les unifier et les

    constituer, ce qui ne peut pas tre, pas plus quun tas de pierres ne saurait constituer un difice.

    Il nest que de voir la faon dont limm ash-Shfi prendra ses distances par rapport au

    consensus de Mdine, principe pourtant prn par Mlik, il nest que de constater la manire dont

    il rejettera la recherche interminable des causes logiques, systme cher Muhammad Ibn al-

    Hasan et lcole hanafite, pour conclure lautonomie parfaite dash-Shfi par rapport ses

    anciens matres. Plutt, le shfiisme se caractrise par une synthse des deux coles du hadth

    et du ray, cest--dire par une tude approfondie des principes de ces deux coles pour en tirer

    des consquences juridiques spcifiques. On dira en rsum que la russite relle du shfiisme

    est davoir valoris la Sunna comme source du droit, minimisant par l lapport du jugement

    prudentiel et prfrentiel, et davoir largi le consensus mlikite limit Mdine, en un consensus

    gnral.

    d. Lcole hanbalite vous avez dit rigoriste ?

    Faire du hanbalisme lcole rigoriste par excellence serait une vue aussi fragmentaire et

    sommaire que de parler du laxisme hanafite ou du libralisme mlikite. Disons plutt que

    lcole hanbalite, labore partir des recueils de hadth du grand traditionniste Ahmad Ibn

    Hanbal, dborde de beaucoup le domaine juridique tel quon lentend au sens occidental du mot.

    Le hanbalisme est avant tout une attitude moraliste. Nadmettant par exemple que les traditions

    du Prophte sur lui les grces et la paix et des premiers Compagnons, sans recours au

  • jugement prfrentiel (istihsn) ni lopinion personnelle (ijtihd), le taqld ou acquiescement au

    pass prend chez eux une valeur non pas dacceptation passive, mais dintgration vivante un

    pass toujours actuel. Chez les hanbalites, le souci des valeurs morales primera volontiers la

    solution juridique ; fortement attachs aux notions de justice et de contrat, ils entendront en

    sauver lesprit plutt que la lettre.

    Lcole hanafite

    Lcole hanafite se maintint toujours, mais non exclusivement en Irq o elle est ne, et en Syrie.

    Elle gagnera assez vite les territoires de lest. LAfghnistn lui a reconnu un statut prfrentiel et

    elle est majoritaire parmi les sunnites du Pakistan, de lInde, de la Chine. Elle eut enfin toutes les

    faveurs des musulmans dorigine turque, en Asie centrale dabord, mais surtout dans lEmpire

    ottoman dont elle fut le rite officiel. Elle domine lheure actuelle en Turquie, et reste prsente,

    mais minoritaire, dans les pays arabes jadis sous tutelle ottomane.

    Lcole mlikite

    Ne Mdine, lcole mlikite sera assez vite connue en Egypte, en Haute-Egypte surtout. Elle

    rayonnera de l sur lensemble de lAfrique musulmane. Si le hanafisme continue davoir des

    reprsentants en Tunisie et en Algrie, qui furent sous la tutelle ottomane, le mlikisme y reste

    lcole de beaucoup la plus suivie, et la seule reconnue au Maroc. Cest sous sa forme mlikite

    que lIslm est le plus rpandu en Afrique noire. On en trouve enfin des traces sur la cte est de

    la pninsule arabique. Lcole Mlikite sest un moment divise en trois tendances diffrentes :

    celle de Kairouan, fonde par Sahnn ; celle de Cordoue, fonde par Ibn Habb ; celle de lIrq,

    fonde par le cadi Isml et ses disciples. Ni les Maghrbins, ni les Espagnols, nacceptrent le

    jugement des Irqiens, sil ntait pas appuy par une tradition remontant limm Mlik ou lun

    de ses disciples. Plus tard, ces trois tendances se fondirent en une seule, notamment grce aux

    efforts dAb Bakr at-Turtsh et, plus tard, dAsh-Shrimsh.

    Lcole shfiite

    Lcole shfiite continue de dominer en Basse-Egypte, au Hijz (du moins en partie), en

    certaines rgions de lArabie du sud, en Afrique orientale musulmane , en Indonsie, et Malaisie.

    Elle est prsente aussi en Erythre et Somalie, sur les ctes Malabar et Coromandel de lInde, et

    parmi les groupes musulmans de Thalande, du Vietnam, des Philippines.

    Lcole hanbalite

    Durant longtemps, et au contraire des autres coles, elle neut pas sous sa mouvance des

    territoires dlimits. Elle fut trs influente Baghdd. Elle eut de nombreux reprsentants en

    Palestine et en Syrie, spcialement Damas et ses alentours.

  • Table des matires

    Les divergences o 1 Leur dsaccord concernant les rgles dinterprtation du Coran et de la Sunna a. La question des termes gnraux b. La question de limplicite contrario, ou mafhm al-mukhlafa c. Une addition au texte multi-confirm est-elle une abrogation partielle de celui-ci ? o 2 Leur dsaccord concernant le Coran a. La question des lectures isoles o 3 Leur dsaccord en matire de Sunna a. Le problme des traditions hd b. Le problme des traditions mursal o 4 Leur dsaccord concernant le consensus communautaire a. La coutume de Mdine o 5 Leur dsaccord en matire de raisonnement analogique a. Peut-on faire jouer lanalogie en matire de peines lgales et dexpiations ? o 6 Leur dsaccord en matire de sources lgales annexes 1. Le principe de lintrt indtermin, ou maslaha mursala o Le principe de la prsomption de continuit, ou istishb

    Les divergences

    Aprs la mort du Prophte sur lui les grces et la paix Les musulmans tirrent leurs lois du

    Coran et de la Sunna, avec dinvitables diffrences. En effet, ces deux sources sont en langue

    arabe. Or, il est frquent, surtout en matire juridique, que le sens des mots tirs du Coran et de

    la Sunna diffre.

    De plus, le degr de recevabilit des traditions prophtiques est extrmement variable et il arrive

    mme que leur contenu en matire lgale soit apparemment contradictoire. Comme il faut

    bien trancher, les opinions diffrent.

    Et puis autre cause de divergence il se pose des problmes quaucun texte na prvu. En tel

    cas, on procde par comparaison et raisonnement analogique. De la sorte, les dsaccords sont

    invitables, et cest ce qui explique leur apparition parmi les premiers musulmans et les docteurs

    qui leur succdrent. 1)

    Quoi quil en soit, ces divergences portent exclusivement sur des matires trancher par la voie

    de linterprtation ou ijtihd, et, partant, le principe du libre examen rend ces divergences

    parfaitement lgitimes.

    Les divergences en matire de mthode

    Les quatre coles de droit sunnites sont unanimes dire que quatre sources premires (usl)

    permettent de dterminer la qualification lgale 2)dun acte quelconque :

    Le Coran

    La Sunna

  • Le consensus communautaire

    La dduction analogique

    Ces quatre sources sont classes par ordre de supriorit. Ainsi, lorsque le Coran ne fournit pas

    la solution dune difficult pose, on fait appel la Sunna. Si la Sunna nest pas plus explicite, on

    se rfre au consensus. Si le consensus fait dfaut, on recourt au raisonnement analogique.

    Le fondement scripturaire de ce classement est cette tradition rapporte par al-Baghaw daprs

    Mudh : Lorsque lEnvoy de Dieu sur lui les grces et la paix voulut envoyer Mudh au

    Ymen, il lui demanda :

    Comment trancheras-tu les diffrends ports devant toi ? Je rendrai mon jugement selon le

    Livre de Dieu, rpondit-il.

    Et si tu ne trouves pas la solution dans le Livre de Dieu ?

    Je la chercherai dans la Sunna de Son Prophte, reprit-il.

    Et si tu ne la trouves pas dans la Sunna ?

    Je mettrai profit mon opinion, et npargnerai pas mes efforts pour trouver la solution .

    Puis Mudh relate : LEnvoy de Dieu sur lui les grces et la paix , dun geste de

    satisfaction, me frappa la poitrine, disant : Louange Dieu qui a permis au messager de son

    Prophte de lagrer .

    Mais ces mmes coles divergent concernant la porte normative de ces quatre sources lgales.

    Voici, dans leurs grandes lignes, les causes de leur dsaccord ce sujet.

    1 Leur dsaccord concernant les rgles dinterprtation du Coran et de la Sunna

    Comme on le sait, le Coran, comme dailleurs la Sunna, prsente alternativement deux

    caractres : ou bien il est premptoire et univoque, de telle sorte que le sens sen comprend la

    simple lecture ; ou bien il est ambigu et quivoque, cest--dire quil peut tre compris de diverses

    faons, de telle sorte que seul le raisonnement est mme de faire prvaloir telle interprtation

    sur telle autre.

    Dieu a dit :

    Cest Lui qui a fait descendre sur toi le Livre, dont tels

    versets, sa partie mre, sont premptoires, et tels autres ambigus

    # > :%$ 3 (9 78 (36+ )# 3 1 (0/.

    s. 3, v. 7.

    Quil y ait dans le Coran du premptoire et de lambigu, de lunivoque et de lquivoque, nest pas

    un phnomne propre au Coran, cest le fait de la langue arabe en gnrale.

  • a. La question des termes gnraux

    Une des causes de dsaccord entre les quatre coles en matire dexgse est celle des termes

    gnraux (alfdh al-umm). Les quatre coles saccordent dire que tous les termes gnraux

    du Coran qui contiennent une prescription lgale ont par eux-mmes valeur gnrale et

    concernent la totalit des individus de la catgorie quils dsignent.

    Ainsi, dans le verset : {Quant aux rpudies (al-mutallaqt), mise en observation de leur

    personne pour une dure de trois cycles de puret}s.2;v.228, le terme al-mutallaqt englobe sans

    restriction tout ce qui est dsign par cette appellation.

    Mais les quatre coles divergent ensuite entre elles sur le point de savoir si ces termes gnraux

    englobent les individus quils dsignent de faon certaine (qat), auquel cas ils obligent la foi et

    laction, ou de faon conjecturale (dhann), auquel cas il obligent seulement laction et non

    la foi.

    Pour les mlikites, les shfiites et les hanbalites, ils les dsignent de faon conjecturale.

    Pour la majorit des hanafites, ils les dsignent de faon certaine ds lors quaucun indice na

    restreint leur porte.

    De ce dsaccord, dcoule au moins une question de taille : peut-on restreindre (takhss) la porte

    dun nonc scripturaire dont le mode de transmission emporte la certitude, comme le Coran ou

    la Sunna mutawtira , en sappuyant sur une source lgale conjecturale, comme le hadth de

    transmission individuelle (khabar al-whid) ou lanalogie ?

    On sen doute, pour la majorit des hanafites la rponse est non, car, disent-ils, les termes

    gnraux tirs du Coran et de la Sunna mutawtira3) emportent la certitude tant du point de vue

    du mode de transmission que du point de vue du sens, or ce qui est tel ne saurait tre restreint

    dans sa porte par une source conjecturale.

    Pour les autres coles, la chose est globalement permise.

    Exemple :

    Entre autres applications pratiques qui dcoulent de leur dsaccord sur cette question, citons le

    cas clbre du musulman qui a tu intentionnellement un non musulman : est-il passible de la

    peine du talion ?

    Pour limm Ab Hanfa et ses disciples, la rponse est oui. Ceux-ci se fondent sur le sens

    gnral du verset : {Vous qui croyez, le talion vous est prescrit en cas de meurtre} s. 2 ; v. 178,

    lequel englobe indiffremment le meurtre du musulman et du non musulman4).

    Selon les mlikites, les shfiites et les hanbalites, il ny a pas lieu talion en tel cas. En effet,

    ceux-ci restreignent la porte du verset en sappuyant sur la tradition prophtique rapporte par

    al-Bukhr daprs Ab Juhayfa : Comme je demandais Al sil y avait chez eux un crit, il me

    rpondit : Non, nous navons rien dautre que le Livre de Dieu ou la comprhension qui en a t

    donne tout homme musulman, ou encore ce qui est inscrit sur ce feuillet. Et quest-ce que

    contient ce feuillet ? reprit Ab Juhayfa. Dans ce feuillet, rpondit Al, il y a ce qui a trait au prix

    du sang, la libration des prisonniers et le principe que la vie du musulman nest pas due pour

  • celle du non musulman , et ce, bien que cette tradition nait pas t transmise par voie de

    tawtur.

    b. La question de limplicite contrario, ou mafhm al-mukhlafa

    Un autre point de divergence entre les quatre coles concerne le procd exgtique du mafhm

    al-mukhlafa, lequel consiste dduire, de lapparence dun nonc, une forme dimplicite

    appele implicite contrario . En dautres termes, de ce que, dans un verset (ou un dire

    prophtique), telle disposition lgale parat explicitement lie la prsence dans la chose

    concerne dune qualit donne, est-ce que lon peut conclure contrario quelle ne sapplique

    pas en labsence de cette qualit ?

    Lillustration de cela est le dire de lEnvoy de Dieu sur lui la grce et la paix comme quoi

    laumne lgale est payer sur les moutons au pturage ; on en conclura, en vertu du mafhm

    al-mukhlafa, quelle ne concerne pas les moutons demeurs ltable.

    Les mlikites, les shfiites et les hanbalites admettent ce procd, tandis que les hanafites, eux,

    le rcusent dans ses grandes lignes.

    Exemple :

    Entre autres exemples pratiques qui dcoulent de leur dsaccord propos de ce procd, il y a

    la question de lentretien de la femme frappe dune rpudiation irrvocable (bin).

    Pour les mlikites, les shfiites et les hanbalites, lentretien de la femme frappe dune

    rpudiation irrvocable nest pas obligatoire tant quelle nest pas enceinte. Ils arguent du principe

    du mafhm al-mukhlafa que le verset : {Si elles sont en cours de grossesse, pourvoyez leur

    entretien jusqu ce quelles accouchent} s. 65 ; v. 6, rend lentretien de la femme rpudie

    obligatoire condition que celle-ci soit enceinte. Do lon conclut contrario que son entretien

    nest pas obligatoire si elle nest pas enceinte.

    Pour les hanafites, lentretien de la femme frappe dune rpudiation irrvocable est obligatoire,

    quelle soit en cours de grossesse ou non, car ils rcusent le procd du mafhm al-mukhlafa.

    c. Une addition au texte multi-confirm est-elle une abrogation partielle de celui-ci ?

    Une autre question consiste se demander si une addition au texte multi-confirm

    (mutawtir) doit tre considre comme une abrogation (naskh) partielle de celui-ci.

    Par exemple, sagissant des ablutions mineures, le Coran prescrit quatre obligations : {Vous qui

    croyez, si vous vous mettez en devoir de prier, alors lavez-vous le visage, et les mains jusquaux

    coudes, passez-vous la main sur la tte et lavez-vous les pieds jusquaux chevilles} s. 5, v. 6.

    Mais une tradition prophtique ajoute : Les uvres ne valent que par les intentions, et chaque

    homme nobtient que ce qui est conforme son intention . La question est donc de savoir si

    lintention sajoute au quatre premires obligations des ablutions.

    Si, comme les hanafites, on part du principe quune addition au texte coranique constitue une

    abrogation partielle de celui-ci, la rponse est non, car seul un texte multi-confirm de degr

  • quivalent peut alors labroger. Or, la tradition prophtique ci-dessus tant hd, et donc dun

    degr infrieur, elle ne peut sadditionner au verset coranique, et donc labroger partiellement.

    Do lon conclut quil nest pas obligatoire de formuler lintention de sablutionner en droit

    hanafite.

    Et si, comme les mlikites, les shfiites et les hanbalites, on est dun avis contraire, la rponse

    est oui, car, disent-ils, il ny a abrogation que si la prescription nouvelle est incompatible avec la

    prcdente. Quand ce qui a t ajout la prescription initiale peut saccorder avec elle, on ne

    saurait, dans ce cas, parler dabrogation. On dduit de cela quil est obligatoire de formuler

    lintention de faire ses ablutions, selon les mlikites et les shfiites5) .

    2 Leur dsaccord concernant le Coran

    Le Coran est le Verbe de Dieu, rvl Son Prophte sur lui les grces et la paix et transcrit

    entre les deux couvertures du corpus. Le texte en a t transmis sans interruption en Islm. Mais

    la Tradition prophtique atteste que lEnvoy de Dieu sur lui la grce et la paix a rcit tel ou

    tel vocable coranique de telle ou telle manire. Or ces variantes de lecture dun mme vocable

    sont quelquefois rapportes par une chane de garants ininterrompue, multiple et convergente

    (mutawtir), ce qui ne laisse pas de causer des divergences dans sa porte normative.

    Exemple

    Ainsi, le verset six de la sourate cinq, que lon peut traduire :{Vous qui croyez, si vous vous

    mettez en devoir de prier, alors lavez-vous le visage, et les mains jusquau coude, passez-vous la

    main humecte sur la tte, et (lavez-vous) les pieds}, ou que lon peut traduire : {passez-vous la

    main humecte sur la tte et sur les pieds}, suivant que le vocable arjul soit lu au cas direct

    (nasb) ou au cas indirect (khafd).

    b. La question des lectures isoles

    Il arrive aussi que ces variantes de lecture soient rapportes par une chane de rapporteurs ne

    rpondant pas aux conditions du tawtur.

    Exemple

    Ainsi, le verset 89 de la sourate 5, lequel est rapport daprs Ubayy ibn Kab et Abd-Allh Ibn

    Masd en ces termes : Dieu ne vous tient pas grief du verbiage dans vos serments, mais bien

    de faillir dans vos engagements. De quoi lexpiation consisterait assurer dix pauvres une

    nourriture de la moyenne dont vous nourrissez votre famille ; ou bien leur vtement ; ou encore

    affranchir une nuque desclave ; pour qui nen aurait pas le moyen, un jene de trois jours

    conscutifs au lieu de {un jene de trois jours} sans ladjectif conscutifs selon la chane de

    garants ininterrompue, multiple et convergente.

    - Selon les hanafites et Ahmad, dans un des deux avis qui lui sont attribus, les trois jours de

    jene prescrits en cas de rupture dun engagement doivent obligatoirement se suivre dans le

    temps, conformment la lecture isole de Ubayy ibn Kab et Abd-Allh ibn Masd, Car de deux

  • choses lune : ou bien ladjectif conscutifs est un terme coranique, ou bien il sagit dun terme

    prophtique explicitant le Coran ; or dans les deux cas, ce terme oblige laction.

    - Selon les Shfiites, Mlik et Ahmad, dans le second avis qui lui est attribu, ces trois jours de

    jene ne doivent pas forcment se succder, conformment la lecture mutawtir du verset 89

    de la sourate 5. En effet, de deux choses lune : ou bien ladjectif conscutifs est un terme

    coranique, ce qui est impossible tant donn limpossibilit que les multiples rapporteurs du

    verset laient omis volontairement ; ou bien il sagit dun terme prophtique ou dun avis mis par

    un Compagnon, auquel cas ils nont pas force de loi.

    3 Leur dsaccord en matire de Sunna

    Au sens propre, le mot sunna signifie ce que lEnvoy de Dieu sur lui la grce et la paix a

    tabli comme rgle, comme loi ; cest le jugement qui lui est imput quant savoir si tel acte est

    interdit, rprouvable, indiffrent, recommand ou obligatoire.

    Il est incontest que lEnvoy de Dieu sur lui la grce et la paix ne sest jamais prononc en

    matire lgale que sous linfluence dune inspiration divine manifeste ou latente, et que, par

    consquent, sa Sunna est certainement la manifestation de la raison divine. Dieu a dit : {Il [le

    Prophte, sentend] ne parle pas selon son impulsion, ceci nest que rvlation lui rvle} s.

    53, v. 3, 4. Il a dit aussi : {Dieu a fait descendre sur toi le Livre, la sagesse, et ta appris ce que tu

    ne connaissais pas. La grce de Dieu sur toi est immense} s. 4, v. 113.

    Dans sa Risla, limm ash-Shfi a dit : Dieu a mentionn le Livre (al-kitb) et la Sagesse (al-

    hikma). Jai entendu un spcialiste en science coranique que jagre dire : La Sagesse, cest

    la Sunna de lEnvoy de Dieu sur lui la grce et la paix . Or ce propos ressemble ce que

    Dieu mme dit, mais Dieu Seul sait. Car la mention du Coran est immdiatement suivie de celle

    de la Sagesse. Dieu voque Sa bont lgard de Ses cratures et la manifeste en leur

    enseignant le Livre et la Sagesse6) . Il nest donc pas admissible mais Dieu Seul sait de

    distinguer la Sagesse de la Sunna .

    Cette Sunna sest manifeste de diverses manires : soit par une parole, soit par un acte

    accompli par lui sur lui la grce et la paix de telle ou telle faon, soit enfin par son

    consentement tacite un acte accompli par quelquun dautre de telle ou telle faon.

    La Sunna de lEnvoy de Dieu sur lui les grces et la paix nous est connue par des traditions

    que lon divise en deux catgories : les traditions multi-confirmes (al-akhbr al-mutawtira)

    et les traditions isoles (al-akhbr al-hd).

    Une tradition multi-confirme , cest--dire fonde sur une chane de transmetteurs

    ininterrompue dont le tmoignage est multiple et convergent7) , est considrer comme

    emportant la certitude absolue, obligeant la foi et laction.

    Sagissant maintenant des traditions isoles, cest--dire rapportes par un nombre de personnes

    trop restreint pour pouvoir tre considr comme constituant une tradition multi-confirme , le

    plus souvent par une srie de personnes isoles, commenant par un contemporain de lEnvoy

    de Dieu sur lui la grce et la paix , pour se terminer par le traditionniste qui, le premier, a fait

    un usage public et connu du dire prophtique, les quatre coles divergent sur cette question.

  • c. Le problme des traditions hd

    Selon les hanafites, les mlikites et les shfiites les traditions isoles sont considrer

    comme nemportant pas la certitude. Elles nobligent donc pas les musulmans y conformer leur

    foi, mais seulement y conformer leur action. Selon les hanbalites, elles obligent la foi aussi

    bien qu laction.

    Cas o une tradition hd contredit lanalogie

    Les avis des docteurs de la Loi sont partags concernant la tradition hd qui contredit une

    analogie dont la raison (illa) est dduite (mustanbata) dun texte emportant la certitude.

    Daprs les imms ash-Shfi et Ahmad, cest la tradition hd qui, dans labsolu, prvaut en

    tel cas.

    Pour certains hanafites, on nest tenu de privilgier la tradition hd que dans le cas o le

    garant de celle-ci est qualifi de docte.

    Enfin pour les disciples de limm Mlik, on fera prvaloir lanalogie sur la tradition hd dans

    tous les cas.

    Exemple :

    Entre autres applications pratiques qui dcoulent de leur dsaccord sur ce point, citons le cas de

    celui qui, en tat de jene obligatoire, mange ou commerce avec sa femme par mgarde : doit-il

    refaire titre de compensation le jour de jene quil a rompu et expier ?

    Selon les shfiites et les hanafites, il nest tenu rien, car daprs Ab Hurayra, lEnvoy de

    Dieu sur lui les grces et la paix a dit : Celui qui, par mgarde mange et boit, doit continuer

    jener, car cest Dieu qui a fait quil a mang ou quil a bu . Cette tradition est rapporte

    notamment par al-Bukhr. Dans une variante rapporte par Ibn Hibbn et ad-Draqutn, il y a cet

    ajout : Et il nest pas tenu de compenser .

    Selon les mlikites au contraire, il est tenu de reprendre un jour de jene titre de

    compensation, car la tradition rapporte par Ab Hurayra est contraire la stricte analogie,

    laquelle implique que le jene soit annul par ce genre dactes. Quant loubli, il na pas

    dincidence selon eux sur les prceptes obligatoires comme le jene de Ramadn.

    b. Le problme des traditions mursal

    Les traditions prophtiques diffrent galement, on le sait, par la qualit de leurs chanes de

    transmetteurs. Concernant ce quon appelle le hadth mursal, cest--dire une tradition rapporte

    par un des tbin, sans que celui-ci indique de quel Compagnon il la tient, il y a dsaccord entre

    les quatre coles ce sujet.

    En gros, pour limm ash-Shfi, on ne saurait y voir une preuve pour dcider dun statut lgal,

    moins que des traditionnistes srs et de mmoire parfaite rapportent ensemble une tradition en

    sappuyant sur une chane de garants remontant jusqu lEnvoy de Dieu sur lui la grce et la

    paix et de contenu semblable ce que ce tbi a transmise, ou que la tradition relche soit

    conforme celle dun autre transmetteur de traditions relches, dont on a reconnu la science et

  • dont les garants sont autres, ou que certains propos de Compagnons de lEnvoy de Dieu sur

    lui la grce et la paix sont conformes la tradition que ce rapporteur a rapporte

    Pour limm Mlik, les hanafites et les hanbalites, la tradition relche a force de loi. Ceux-

    ci arguent que les tbin taient unanimes considrer la tradition relche comme une

    preuve normative et quils avaient lhabitude domettre le Compagnon de qui ils la tenaient.

    Exemple :

    Entre autres consquences pratiques de leur dsaccord sur cette question, il y a le cas de la

    femme trangre (avec laquelle il ny a pas dempchement lgal de se marier) qui touche un

    homme : lui fait-elle perdre ses ablutions ?

    Pour les hanafites, la rponse est non, car Ab Dwd et an-Nas rapportent daprs Ibrhm

    at-Taym, daprs isha : Le Prophte sur lui la grce et la paix embrassait lune de nous,

    puis il priait sans refaire ses ablutions . Ab Dwd a dit : Cette tradition est mursal ; Ibrhm

    at-Taym ne la pas entendue de isha .

    Pour limm ash-Shfi, une femme qui nest pas interdite un homme au degr prohib, lui

    fait perdre ses ablutions au cas o elle le touche. Celui-ci invoque pour lui le verset coranique :

    {Ou avez touch (lmastum) des femmes} s. 5 ; v. 6, faisant valoir que le mot lams, pris au

    sens propre, dsigne le contact dune peau contre lautre. Quant la tradition rapporte par Ab

    Dwd, limm ash-Shfi la rejete, car tant qualifie de relche.

    4 Leur dsaccord concernant le consensus communautaire Il est de principe que la Communaut musulmane est infaillible quand elle se prononce en

    matire lgale. Cest une grce particulire que Dieu lui a faite. Dans le Coran, il est dit : {Vous

    tes la meilleure communaut jamais produite aux hommes : vous ordonnez le convenable,

    proscrivez le blmable et croyez en Dieu} s. 3, v. 110. Et lEnvoy de Dieu sur lui la grce et la

    paix a dit : Ma Communaut ne tombera pas daccord pour accepter lerreur . Dieu a dit

    dans le Coran : {Qui rompt avec lEnvoy aprs que la guidance se soit manifeste lui, qui

    adopte un chemin autre que celui des croyants, de lui Nous Nous dtournons autant quil se

    dtourne, et le faisons brler dans la Ghenne. Excrable destination !} s. 4, v. 115.

    Ainsi, dans la menace divine, la sparation davec le Prophte est associe la poursuite dune

    autre voie que celle des croyants. Or, si la poursuite dun autre chemin que celui des croyants

    tait permise, elle naurait pas t associe dans la menace divine ce qui est interdit. Et si le

    fait de suivre un autre chemin que celui des croyants est une faute, il est obligatoire de lviter, ce

    qui nest possible quen suivant le chemin des croyants.

    Ibn Mjah rapporte dans ses Sunan le dire du Prophte sur lui les grces et la paix suivant :

    Ma Communaut ne se runira pas sur une erreur . Certes, cet nonc a t rapport par voie

    de hd (cest--dire, par des Compagnons isols et relays ensuite pas une seule chane, ou

    par un trs petit nombre de chanes), mais sa signification, elle, a t rapporte par de multiples

    chanes vridiques et concordantes (tawtur manaw). On a rapport en effet que lEnvoy de

    Dieu sur lui la grce et la paix a dit : Ma Communaut ne se runira pas sur un garement

    . Il a dit aussi : La main de Dieu est avec ma Communaut . Et encore : Satan est avec le

    solitaire et sloigne de ceux qui sont deux ensemble . Et aussi : Ce que les croyants tiennent

  • pour bon est bon aux yeux de Dieu, ou encore : Celui qui sloigne de la Communaut, ne serai

    t-ce que dun empan, arrache de son cou le lien de lIslm .

    O lon voit que lEnvoy de Dieu sur lui la grce et la paix a ni quaucune erreur puisse

    provenir du consensus des croyants. Or lune des choses sur lesquelles la Communaut est

    tomb daccord est limpossibilit de sopposer son consensus. Il sensuit que cette interdiction

    est ncessairement vraie.

    Lors donc quen prsence dune action que ne prvoit aucun nonc, ni du Coran, ni de la

    Sunna, la Communaut tombe daccord soit pour qualifier expressment cette action

    (dobligatoire, recommande, indiffrente, rprouvable ou interdite), soit pour la qualifier

    tacitement, en la ratifiant par son attitude ; et, de mme, quand la Communaut qualifie

    implicitement une action nouvelle en laccomplissant elle-mme, la qualification lgale obtenue

    emporte la certitude, lgal des qualifications formules dans les noncs du Coran et de la

    Sunna.

    d. La coutume de Mdine

    Limm Mlik est remarquable pour avoir ajout, aux sources du droit connues des autres

    docteurs, un autre lment : la coutume de Mdine. Pour lui, les gens de Mdine, en raison de

    leur foi et de leur traditionalisme, se rattachaient, sans hiatus, aux gnrations prcdentes, pour

    savoir ce quil convenait de faire ou de ne pas faire. Et lon pouvait remonter ainsi la gnration

    directement en rapport avec les actes du Prophte et que celui-ci avait pu former. Pour limm

    Mlik, la coutume de Mdine est donc une des sources du droit musulman.

    Cependant, de nombreux docteurs pensent que la coutume de Mdine est plutt une question de

    consensus communautaire. Ils sont donc en dsaccord avec limm Mlik sur ce point, puisque le

    consensus communautaire concerne lensemble des musulmans, et non pas seulement les

    habitants de Mdine. Par exemple, dans sa Risla , toute la critique de limm ash-Shfi

    lgard de limm Mlik rside dans cette proposition : Cest la norme en usage chez nous (

    Mdine, sentend). Pour ash-Shfi un consensus local ne peut rpondre aux exigences de

    totalit chres la Communaut ; nest-il pas dit que lEnvoy de Dieu sur lui les grces et la

    paix a t envoy lhumanit toute entire ?

    Exemple :

    Entre autres exemples pratiques qui dcoulent du dsaccord des imms sur cette question, il y a

    la vocation hrditaire des parents par les femmes.

    Pour limm Mlik, les parents par les femmes, ou dhaw al-arhm, sont privs de toute

    vocation hrditaire. Se fondant sur la coutume de Mdine, celui-ci a dit : La norme en vigueur

    chez nous [] est que le fils du frre de la mre, laeul pre de la mre, loncle frre du pre de

    la mre, laeule mre du pre de la mre, la fille du frre germain et la tante paternelle et

    maternelle, ne recueillent rien de la succession de leur parent dfunt .

    Pour les hanafites et les hanbalites, les parents par les femmes hritent en labsence dun

    parent sib ou dun hritier fard autre que le mari ou la femme.

  • 5 Leur dsaccord en matire de raisonnement analogique Tandis que lcole dhhirite, a cru, semble-t-il, devoir sarrter au trois sources de droit

    prcdentes, Coran, Sunna et consensus communautaire, les quatre coles orthodoxes,

    sautorisant de lexemple des Compagnons du Prophte sur lui les grces et la paix et de

    lopinion de la majorit de leurs successeurs, passent une quatrime source, le qiys.

    Le qiys, ou raisonnement analogique, est un raisonnement deux termes selon un mode de

    procd oprant du semblable au semblable, du semblable au contraire, du plus au moins, du

    moins au plus et sans moyen terme universel.

    Faut-il croire que la doctrine des quatre coles tend accorder au raisonnement analogique une

    autonomie rationnelle totale ? Nullement. Dabord de par sa dfinition mme, ce raisonnement

    doit supposer lexistence dun cas-modle auquel on assimile le cas nouveau ; or le cas-modle

    doit tre pralablement mentionn ailleurs : dans le Coran, la Sunna ou le consensus

    communautaire. Ensuite, le trait dunion entre les deux cas doit, ou constituer8) ou envelopper9) le

    pourquoi de la lgislation, la raison pour laquelle la solution du cas primitif a t adopte. O lon

    voit que lanalogie lgale se rfre toujours largument dautorit que fournit le texte scripturaire,

    Coran, Sunna ou consensus communautaire.

    Dans son Al-Milal Wa An-Nihal, ash-Shahrastn a dit ce propos : Il nest pas admissible que

    lijtihd soit abandonn lui-mme et quil chappe ainsi toute norme de lgislation divine. En

    effet, le raisonnement pas analogie, sil en venait l, ne tarderait pas devenir lui seul une

    autre Loi religieuse, rivale de la premire. Etablir le bien fond dun statut juridique sans aucun

    fondement traditionnel [Coran ou Sunna], reviendrait instituer un nouvel ordre de choses, et

    celui qui instituerait un semblable statut se ferait lui-mme Lgislateur . Ce qui ne saurait tre,

    puisque Dieu seul a pouvoir de lgifrer.

    e. Peut-on faire jouer lanalogie en matire de peines lgales et dexpiations ?

    - Selon les imms ash-Shfi et Ahmad Ibn Hanbal, ainsi que la plupart des lgistes, il est permis

    de faire jouer lanalogie en matire de peines lgales et dexpiations. Ceux-ci invoquent pour eux

    les textes scripturaires, le consensus communautaire et les arguments rationnels. Sagissant

    dabord des textes scripturaires, ils arguent que ceux-ci autorisent lusage absolu de lanalogie

    sans restriction aucune. Or, sil avait d y avoir des restrictions lusage de lanalogie, il est bien

    certain que les textes scripturaires eu auraient faire mention, ce qui nest pas le cas. Quant au

    consensus commentaire, on rapporte que Umar commena par chtier de quarante coups de

    fouet le buveur de vin ; mais quand il vit que les hommes pratiquaient ce vice qui mieux mieux,

    il rassembla les Compagnons pour les consulter ce propos et leur exposa comment cette

    habitude se gnralisait. Al mit cet avis : Jestime que tu dois infliger au coupable quatre-

    vingts coups de fouet ; en effet, boire, il senivre ; devenu ivre il dlire, et quand il dlire il

    profre des calomnies ; infliges-lui donc la mme peine que le calomniateur ! A la suite de cette

    dlibration, Umar appliqua la peine de quatre-vingts coups jusqu la fin de son rgne, et les

    imms firent de mme aprs lui. Or, lavis mis par Al dcoule dune analogie.

  • - Pour les hanafites, on ne peut user de lanalogie en ces matires, car la fixation des peines

    lgales et des expiations transcende la raison humaine. Faute de savoir pourquoi Dieu les a fix

    tel ou tel nombre, il est impossible dutiliser les textes scripturaires comme base de dduction

    analogique. Dautre part, les peines lgales, comme les expiations, sont des sanctions ; et le

    raisonnement analogique emporte le doute et non la certitude. Or, le principe veut quen cas de

    doute, les sanctions pnales sont annules, cause du dire prophtique : Annulez les

    sanctions pnales en cas de doute .

    Exemple :

    - Pour les shfiites, les hanbalites, ainsi que Mlik, le violateur de spultures qui enlve les

    linceuls des cadavres encourt la peine damputation, par analogie avec le voleur. En effet, dans

    lusage le tombeau est un lieu de sret pour cette nature dobjets, bien quil ne le soit pas pour

    dautres. Or dans les deux cas, il y a soustraction frauduleuse du bien dautrui alors quil tait

    dans un lieu de sret.

    - Pour Ab Hanfa et Muhammad Ibn al-Hasan, le violateur nencourt pas lamputation, parce que

    le tombeau nest pas un lieu de sret pour autre chose que le linceul, et partant, lanalogie ne

    vaut pas ici.

    6 Leur dsaccord en matire de sources lgales annexes

    2. Le principe de lintrt indtermin, ou maslaha mursala

    Lintrt indtermin, ou maslaha mursala est un raisonnement inductif portant sur un cas

    nouveau ntant ni confirm par un prcdent issu dun texte sur lequel on puisse fonder une

    analogie, ni infirm par un nonc scripturaire, Coran ou Sunna. Ce raisonnement est tabli

    partir de procds gnraux auxquels la Loi a eu recours sur dinnombrables chapitres plus ou

    moins apparents celui en question, et de lensemble desquels se dgage une ide certaine :

    que tel genre dintrt est un but essentiel que la Loi recherche raliser. Le cas nouveau ne fait

    alors que nous prsenter un autre moyen, devant tre employ quand il simpose, pour raliser

    cet intrt gnrique.

    On a prtendu que Mlik, la diffrence des trois autres imms, tait le seul autoriser le

    principe de lintrt indtermin et que celui-ci tait donc all plus loin dans le sens libral .

    Or, y regarder de plus prs, on saperoit que les trois autres imms eux aussi autorisaient ce

    principe, quoiquils ne le rangeassent pas parmi les sources lgales du droit musulman en tant

    que telles, le considrant comme une des formes du raisonnement analogique10) . Cest ainsi que

    limm Ahmad considrait lintrt indtermin comme une des branches du raisonnement

    analogique , que limm Al-Shfi lappelait qiys11) et quAb Hanfa le nommait istihsn

    Exemple :

    Prenons par exemple la question suivante : Nous est-il permis, en cas de guerre, de tirer dans la

    direction de nos soldats faits prisonniers par lennemi et derrire lesquels celui-ci sest camoufl

    pour tirer sur nous et envahir nos pays ? Ou bien faut-il au contraire suspendre nos armes, par

    respect pour la loi formelle qui nous interdit dattenter une vie innocente ?

  • A cette question, on rpond en optant pour le moindre mal de cette alternative. Si nous restions

    inactifs par respect pour ce petit nombre des ntres que le malheur a fait servir de bouclier

    lennemi, le reste de larme, qui est la plus grande masse, serait extermin, et nos prisonniers

    eux-mmes ne seraient peut-tre pas pargns par la suite. Or, il est hors de doute que la Loi

    rvle accorde toujours la priorit la sauvegarde de la vie collective et de lintrt commun

    durable sur celle des vies particulires et des intrts passagers. Donc, tout en prenant nos

    prcautions pour pargner nos hommes nous ne devons pas interrompre nos oprations,

    dussent-elles les atteindre, si nous prsumons la russite de celles-ci.

    Le principe de la prsomption de continuit, ou istishb Cette mthode de raisonnement juridique consiste consacrer une action dans le temps prsent

    au nom du fait quelle existait dans le pass. Ainsi, dans le cas o, dans une circonstance

    donne, un statut juridique est tabli, ce statut demeure, mme si les circonstances changent. Le

    principe de prsomption de continuit est appliqu par lensemble des shfiites, et rejet dans

    ces grandes lignes par la plupart des docteurs des autres coles de droit sunnites.

    Exemple :

    Entre autres applications juridiques qui dcoulent de leur dsaccord concernant le fondement

    lgal de listishb, il y a la question de lhritage de la personne disparue.

    - Pour limm ash-Shfi Dieu lagre on doit considrer le disparu comme tant encore en

    vie ; aucun de ses hritiers ne peut recueillir sa succession, mais il peut lui-mme recueillir la

    succession dautrui. Largument invoqu par limm est que le disparu tait vivant lorigine ; on

    suppose donc quil en est de mme prsent.

    - Pour les hanafites, le disparu ne peut ni donner ni recueillir par succession, car le principe de

    listishb sert seulement carter et non tablir un fait pass.

    1) Ibn Khaldn, Kitb Al-Ibar . 2) On entend par qualification lgale le caractre obligatoire, recommand, indiffrent, rprouvable ou

    interdit dun acte quelconque. 3) Dont la chane de transmission est ininterrompue, multiple et convergente. 4) On raconte quun musulman coupable davoir tu un non musulman fut cit devant le cadi Ab Ysuf et

    condamn par celui-ci subir le talion. Alors un homme vint trouver ce magistrat et lui jeta un billet dont il

    tait porteur et ainsi conu : Toi qui rponds au meurtre du mcrant par celui du musulman, tu abuses !

    Lhomme juste nest pas comme linjuste. Savants et potes de Baghdd et des environs, remettez-vous en

    Dieu, pleurez sur votre foi et rsignez-vous ! Cest au rsign que va la rcompense ! Ab Ysuf a fait tort

    la religion en tuant le fidle cause de linfidle.

    Ab Ysuf se rendit alors auprs du calife ar-Rashd, quil mit au courant de laffaire et qui il montra ce

    billet : Tche, lui dit le calife, darranger habilement les choses pour viter un scandale . Ab Ysuf fit

    alors demander aux ayants droit de fournir des preuves que le prix du sang tait bien due et tablie, ce

    quils ne purent faire, et en consquence il annula la peine du talion. Le recours des procds de ce genre

    est tolr quand la chose est utile.

  • 5) Selon les hanbalites, lintention est une condition de validit des ablutions. 6) dans le verset coranique : {Dieu fut libral envers les croyants de mander parmi eux un Envoy de leur

    race pour leur rciter Ses signes, les purer, leur enseigner le Livre, la Sagesse, bien quils eussent t

    auparavant dans un grand garement} s. 3, v. 164. 7) Autrement dit, qui a t transmise par un nombre de garants si considrable quil nest pas concevable

    quils aient pu se concerter pour attribuer faussement un dire lEnvoy de Dieu sur lui la grce et la paix

    , ou en dnaturer le sens. 8) Qiys al-ill a. 9) Qiys al-shabah. 10) Cf. Ahmad Ibn Hanbal, du Cheikh Muhammad Ab Zahra, p. 297. 11) Dans sa Risla, Al-Shfi a dit : Certains hommes de science refusent dappeler cela qiys et

    soutiennent que ce nest rien dautre que la signification de ce que Dieu a dclar licite ou illicite, louable ou

    blmable, car cest compris dans la signification gnrale de ces prescriptions divines ; cest cette

    signification et non un raisonnement analogique fond sur une autre donne.

    Ils adoptent une attitude semblable dans dautres cas : les actes qui ont une signification quivalente celle

    du licit seront dclars par eux licites ; et ceux qui ont une signification quivalente celle de lillicite seront

    dclars illicites.

    Ils rservent le nom de qiys au raisonnement que lon peut fonder sur une comparaison entre un prcdent

    et un cas secondaire pouvant prsenter une ressemblance portant sur deux ides diffrentes, lune des

    deux tant choisie, lexclusion de lautre, pour tablir lanalogie.

    Dautres hommes de science soutiennent que tout ce qui va au-del dune prescription explicite du Coran ou

    de la Sunna, pourvu quelle relve dune signification quivalente, est qiys mais Dieu est plus Savant ,

    p. 346, trad. Lakhdar Souami.

  • L'ijtihd Quel est le statut lgal de lijtihd ? o Les conditions requises pour tre qualifi de mujtahid Les diffrentes catgories de mujtahid o 1. le mujtahid au sens absolu du mot (mujtahid mutlaq) o 2. Le mujtahid au sens relatif du mot (mujathid muqayyad) Limitateur ou muqallid Les divergences dopinion qui sparent les quatre coles en matire de fiqh Est-il obligatoire de se conformer une seule cole de droit ? La question de la fermeture de la porte de lijtihd Quelques principes unanimement reconnus

    L'ijtihd

    Lijtihd est leffort ayant pour but de pntrer le sens intime de la Loi rvle (Coran et Sunna)

    pour y puiser la rgle applicable au cas concret rsoudre.

    Quel est le statut lgal de lijtihd ?

    Lijtihd, ou linterprtation de la Loi rvle, est une obligation dont le caractre est collectif et

    non individuel. Ds lors que certains membres de la Communaut sen chargent et travaille

    remplir les conditions qui y acheminent, cette obligation cesse de peser sur les autres membres

    de la Communaut. Si cette obligation a t dlaisse pendant une gnration, cette gnration

    est collectivement responsable devant Dieu et il va sans dire quelle se trouve alors en prsence

    dun grave danger.

    Ash-Shahrastn a dit ce propos : Les prescriptions lgales tenant au consensus des

    docteurs de la Loi sont le rsultat ncessaire des efforts dploys par ces mmes docteurs, si

    bien quelles sont, par rapport eux, comme leffet par rapport la cause. Or, si la cause qui est

    leffort des docteurs nexiste plus, les prescriptions lgales qui en rsultent seront elles-mmes

    dlaisses et lon verra se faire jour les opinions les plus insenses .

    Les conditions requises pour tre qualifi de mujtahid

    Nen dplaise nos coreligionnaires qui auraient des aspirations galitaires, tout le monde nest

    pas admis pratiquer lijtihd. Cette exclusion na rien darbitraire ; elle nest que la consquence

    naturelle de lassemblage de connaissances et de vertus que cet effort prsuppose pour pouvoir

    tre effectu avec fruit. Celui-l peut prtendre pratiquer lijtihd, qui sait :

  • 1. le Coran et la Sunna ; non pas tout le Coran ni toute la Sunna, mais les quelques

    cinq cent versets, les quelques mille traditions prophtiques qui contiennent les

    textes de loi proprement dits. Ces textes, il serait prfrable quil les st par

    cur, cela nest pourtant pas indispensable.

    2. La langue du Coran et de la Sunna, larabe ; non au degr de perfection quatteignent les

    lettrs de profession, mais suffisamment pour comprendre, la premire lecture, le sens des

    textes de loi. Il devra, en un mot, avoir de cette langue la connaissance que peut en avoir un

    Arabe layant tudie grammaticalement dans les uvres des crivains classiques.

    3. Toutes les rgles des fondements du droit (usl al-fiqh) ayant trait la subdivision des mots et

    des noncs du Coran et de la Sunna en termes particuliers, gnraux, communs, propres,

    figurs ; en noncs premptoires et conjecturaux ; en catgories dvidence et dobscurit. Il

    devra enfin stre rendu matre des rgles complexes qui rgissent la recherche et lemploi du

    motif causal, de la illa, cette assise de la qualification analogique.

    4. La qualit des garants qui rapportent la Sunna sous le rapport de la validit de leurs

    informations, moins quil ne puise ses informations dans les recueils officiellement consacrs

    comme authentiques, tels le Sahh dal-Bukhr et autres.

    Mais la runion mme de toutes ces connaissances nest pas juge suffisante pour autoriser

    pratiquer lijtihd, sil ne vient pas sy adjoindre quelque chose qui soit non plus une garantie de

    science, mais une garantie de caractre. Aussi les spcialistes des fondements du droit posent-

    ils en principe que celui qui prtend pratiquer lijtihd doit tre honorable , cest--dire de

    bonne foi, droit et vridique. Mais ces qualits morales sont toutes vertus caches. Aussi se

    base-t-on, pour conclure leur existence, sur une prsomption : cest que lhomme pieux,

    pratiquant les devoirs de la religion, ne commettant pas de pchs capitaux et sabstenant, dans

    la mesure du possible, de commettre des pchs vniels, doit tre tenu pour honorable .

    Les diffrentes catgories de mujtahid

    Dans la pratique on distingue deux catgories de mujtahid : les mujtahid au sens absolu du mot

    et les mujtahid au sens relatif du mot.

    1. le mujtahid au sens absolu du mot (mujtahid mutlaq)

    C'est celui qui, des sources premires du droit, le Coran et la Sunna, est capable dextraire

    directement et la mthode suivant laquelle le droit musulman slabore et le droit pratique lui-

    mme. De tels mujtahid, les jurisconsultes orthodoxes nen reconnaissent que quatre, les

    fondateurs des quatre coles de droit sunnites.

  • 2. Le mujtahid au sens relatif du mot (mujathid muqayyad)

    C'est celui qui se conforme la mthode tablie par ces chefs dcoles, mais qui, la lumire de

    cette mthode, est capable dextraire le droit pratique des sources premires du droit. En dautres

    termes, le mujtahid muqayyad est celui qui est capable de poser des normes juridiques selon les

    directives dune cole donne, tablir des rgles pour les cas nouveaux, en appliquant les

    principes dicts par limm de lcole, mais nest pas capable de crer un procd nouveau, une

    mthode nouvelle, un systme de dduction autre.

    Les raisonnements du mujtahid engendrent la conjecture

    Pour levs que soient les mujtahid au-dessus des gens du commun, ils ne sont que des

    hommes, sujets lerreur comme tous les autres. Le mujtahid donc, tantt trouvera la vrit, et

    tantt la manquera ; ses raisonnements engendreront la conjecture, tout au plus la probabilit,

    jamais la certitude. Telle est la rgle gnrale. al-Bukhr rapporte que lEnvoy de Dieu sur lui

    la grce et la paix a dit : Le juge qui tranche daprs son effort personnel dinterprtation et

    donne une solution juste aura deux rcompenses (dans lau-del) ; sil tranche daprs son effort

    personnel dinterprtation et donne une solution fausse, il aura droit une seule rcompense .

    Limitateur ou muqallid

    Est appel imitateur ou muqallid, toute personne ne runissant pas les conditions ncessaires

    la pratique de lijtihd. La rgle pour lui sera dadopter lopinion du mujtahid exprime par ses

    rponses1) . Dcoule de cela au moins une consquence de taille : limitateur ne peut adopter

    lopinion de nimporte qui et doit se rfrer une autorit en matire de jurisprudence.

    Dans son Qawid Al-Ahkm , Izz ad-Dn Ibn Abd as-Salm a dit : Les gens du commun

    sont dans lobligation de recourir limitation (dun imm), tant donn quils sont incapables de

    parvenir par le biais de lijtihd aux dcrets divins qui simposent eux .

    En faisant cette remarque que le mujtahid et le muqallid ne forment pas pour autant deux classes

    parfaitement distinctes. Ainsi, est-il concevable quune personne soit la fois imitatrice dans un

    domaine et pratique lijtihd (au sens relatif du mot) dans un autre.

    Aussi bien, si les partisans des quatre coles de droit sunnites imitent leur imm, ce nest pas par

    une aveugle routine ou par une servile copie, mais parce que leur imm a justifi ses

    enseignements par des preuves lgales tires du Coran et de la Sunna.

    Dans son Hujjat-Allh Al-Bligha , ad-Dahlaw a dit : Si lon suit lexemple de lun dentre eux

    (des quatre imms), cest parce que lon sait quils sont verss dans la science sacre, celle du

    Livre de Dieu et de la Sunna, et que leurs avis se fondent, soit sur des noncs du Coran et de la

    Sunna, soit sur des syllogismes juridiques partir de ces deux sources .

  • Les divergences dopinion qui sparent les quatre coles en matire de fiqh

    On a dit plus haut que ces divergences portaient exclusivement sur des matires trancher par

    la voie de linterprtation ou ijtihd, et, partant, le principe du libre examen rend ces divergences

    parfaitement lgitimes. Aussi les imms des quatre coles sont-ils considrs comme marchant

    dun pas gal dans la bonne voie, sous la guidance de leur Seigneur.

    Par la mme considration, il est permis dabandonner la doctrine dun imm pour adopter celle

    dun autre ; de passer, par exemple, de lcole hanafite lcole shfiite. La seule condition

    exige, cest que cette adoption dune cole nouvelle soit le rsultat dune conviction raisonne,

    forme la suite dun examen srieux des coles en cause.

    Est-il obligatoire de se conformer une seule cole de droit ?

    En dautres termes, le fidle qui na pas les capacits requises pour pratiquer lijtihd est-il tenu

    de se conformer en permanence une seule et mme cole ou bien peut-il adopter lavis dune

    autre cole sur certains points ?

    Chaque fois que le fidle prouve une difficult relle mettre en pratique un prcepte dict par

    son cole, il peut adopter lavis dune autre cole concernant le point qui loccupe.

    Entre autres exemples qui illustrent cela, le cas de la femme musulmane qui est en prsence de

    parents mles. Si lon sen tient lavis de lcole mlikite, celle-ci ne doit laisser apparatre

    devant eux que la tte (cheveux et visage), le cou, les mains et les pieds, ce qui ne manque pas

    de causer une gne relle certaines femmes dobdience mlikite. Celles-ci pourront donc si

    elles le veulent se conformer au rite shfiite qui autorise la femme musulmane laisser

    apparatre devant ses parents mles les parties de son corps qui sont en de des genoux et au

    dessus du nombril.

    Limportant tant que le fidle se conforme une autre cole en connaissance de cause et aprs

    un examen raisonn des avis en prsence.

    La question de la fermeture de la porte de lijtihd

    Cette mtaphore clbre par laquelle on exprime quaprs lijtihd des quatre imms, il ny a plus

    lieu ijtihd absolu nest ni une consquence du dogme islamique ni une consquence de la

    mthode : il y a l une simple situation de fait, cre dabord par limmense autorit personnelle

    des quatre imms dcole et par le sentiment que lexamen de leurs uvres inspire jusqu ce

    jour.

    Dans sa Muqaddima , Ibn Khaldn a dit : Ces quatre autorits (celles des quatre imms)

    sont les seules reconnues (par les docteurs de la Loi) dans les diffrentes cits musulmanes. Les

    autres ont d disparatre et les docteurs nadmettent plus la discussion. En effet, les

    terminologies scientifiques stant tellement diversifies, les obstacles empchant les juristes

    datteindre le niveau de jugement indpendant et absolu (ijtihd) tant tellement nombreux, les

  • risques que les controverses ne viennent encourager des gens non qualifis tant si forts, les

    docteurs se sont rcuss et renvoient dsormais aux quatre autorits (celle des quatre imms) et

    leurs coles. Ils dfendent de changer dobdience (dans ce domaine), car il sagit de choses

    graves. Une fois les textes de base correctement tablis, dans leur transmission authentique, il

    ny a plus dautre source consulter et chacun na plus qu se conformer la doctrine de son

    cole. Aujourdhui la jurisprudence na plus dautre sens. Et quiconque se rclamerait de sa

    rflexion personnelle (ijtihd) resterait abandonn lui-mme et naurait aucun partisan .

    Quelques principes unanimement reconnus

    1. Ni le Coran ni la Sunna ninterdisent au musulman de se conformer lune des quatre coles

    de droit sunnites.

    2. Ni le Coran ni la Sunna nobligent le musulman se conformer une cole de droit plutt qu

    une autre.

    3. Se conformer, en permanence, une seule cole de droit nest pas interdit.

    4. Il y a unanimit dans la Communaut pour dire quil est permis au musulman de se conformer

    aux avis de linterprte de la Loi quil veut, condition de savoir pourquoi il sy conforme.

    1) Sil est illicite dadopter les usages dautrui sans que ceux-ci aient t sanctionns par le Coran et la

    Sunna (comme de se conformer aux coutumes de ses anctres sans en examiner le bien-fond dans les

    noncs scripturaires) ; sil est interdit de suivre lexemple dune personne sans savoir si elle est habilite

    dlivrer des fatwas ; sil est prohib de limiter sur une question donne malgr lexistence dune preuve

    lgale premptoire qui contredise son avis, il est par contre permis, voire ncessaire, de suivre lexemple

    des docteurs de lIslm en matire de loi, ceux-ci tant les hritiers des prophtes et les garants de la

    Tradition. Dieu na-t-Il pas dit : {Interrogez donc les gens du Rappel, si vous ne savez pas} Coran ; sourate

    16, verset 42 ? Quant aux versets coraniques qui condamnent limitation servile, tels : {Ils se donnent pour

    matre leurs docteurs et leurs moines en place de Dieu} sourate 9, verset 31, ils ne sappliquent pas au

    domaine de la loi, mais ont trait, selon lavis qui prvaut, la foi et la croyance.

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