L’immigration marocaine en Belgique (1964-2004) ?· Maroc en 1956 et de l’Algérie en 1962, ...…

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    13-Sep-2018

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Limmigration marocaine en Belgique (1964-2004)Florence Loriaux__________________________________________________________Aujourdhui il y a en Belgique plus de 220 000 personnes dorigine marocaine (comprenant lesMarocains non naturaliss et les 131767 naturaliss depuis 1985). Ces chiffres ne comprennentcependant pas la troisime gnration qui acquiert automatiquement la nationalit belge ni lesMarocains vivant dans la clandestinit.Les Marocains en Belgique constitue la deuxime communaut trangre en Belgique (140303) der-rire les Italiens (210 656). Mais en raison du nombre trs important de naturalisation des Marocainsdepuis 1985, les chiffres sous-estiment considrablement la population dorigine marocaine.1er janvier 2002 population marocaine rsidant en Belgique lgalement = 90 642 personnes = 10,5%de la population trangre = de 1% de la population totale et se dcompose de la manire suivan-te : 41 856 femmes (46,2%) et 48 786 hommes (53,8%).Si la prsence marocaine est pratique-ment insignifiante au dbut des annes1960, ses effectifs vont saccrotre rapi-dement en passant de 460 units en1961 39 300 en 1970.Origines80% de la population rsidant en Belgique vient du nord du Maroc, des rgions rurales du Rif, desprovinces de Tiznit et du Sous. La grande majorit des migrants arrivent directement en Belgique sans transiter par un autre pays.Il y a au Maroc une grande tradition de migration notamment une migration saisonnire verslAlgrie, vers les grandes villes du Maroc et vers le midi de la France. Avec lindpendance duMaroc en 1956 et de lAlgrie en 1962, la migration vers lAlgrie cesse. LEurope, qui est alors la recherche douvriers non qualifis, accueille ces populations. Le gouvernement marocain vasigner des accords avec lAllemagne, la France, les Pays-Bas en vue de la migration et de la mise autravail des ouvriers marocains. Des bureaux de recrutement sinstallent au Maroc. Les lieux dimplantationLongtemps la Wallonie fut la premirergion d'accueil en raison du dveloppe-ment de l'industrie lourde, sidrurgie, ).Par la suite, Bruxelles est le principal pledattraction conomique. 45% de la popu-lation marocaine totale rside Bruxelles(Molenbeek, Bruxelles-Ville, Saint-Josse-ten-Noode), en Wallonie et en Flandreautour dAnvers et de Gand. 1 volution du chiffre de la population marocaine en BelgiqueAnnes Nombre1961 4611970 392941981 1051331991 1420981996 140303Bruxelles Flandres Wallonie1970 21852 11191 62511981 57874 30135 171241991 77409 42728 219611996 74070 45828 20405En un sicle la population de nationalit trangre est passe de 171 000 personnes en 1890 prsde 910 000 au premier janvier 1996. En 1890, la population trangre est compose de quelquesnationalits tandis quun sicle plus tard il sagit dune mosaque trs diversifie de nationalits. Lagrande majorit vient de pays europens, aujourdhui comme hier. De terre dmigration, laBelgique est devenue une terre dimmigration1945-1981 : limmigration organiseLe mouvement dimmigration, sil est bien prsent ds la fin du 19e sicle, prend vritablement sonampleur aprs la Deuxime guerre mondiale, encourag par les pouvoirs publics et le patronat. Lapremire initiative est lance loccasion de la bataille du charbon, plan de relance de lindustriecharbonnire qui ncessite une abondante main duvre. Le 20 juin 1946, est sign le Protocole dAccord avec lItalie afin d'organiser le recrutement massifde travailleurs italiens pour travailler dans les charbonnages. 2000 travailleurs seront envoys parsemaine en change de charbon. De 1946 1948, plus de 76 000 Italiens travailleront. Leur contratstipule quils doivent travailler 5 ans dans la mine. On assiste galement une immigration dordrepolitique lie linstauration de rgimes communistes en Europe de lEst.A la suite de la catastrophe de Marcinelle en 1956, l'tat italien refuse d'envoyer ses ressortissantsdans les charbonnages belges. En outre, lItalie qui sindustrialise a elle-mme besoin de main-d'u-vre. Si lItalie bloque le courant dmigration officiel, le regroupement familial et les mouvementsindividuels se poursuivent. La Belgique va se tourner successivement vers l'Espagne (1956) 3 400Espagnols viennent travailler entre 1956 et 1959 , et vers la Grce en 1957.A la pnurie de main duvre sajoute la crainte de devoir faire face au vieillissement de la popula-tion. On relance limmigration qui se voit officiellement investie dune mission de repeuplement etde rajeunissement de la population belge et assure la reproduction de la force de travail.Des mesures sont prises afin dorganiser limmigration, comme la cration de centres dintgration,l'envoi de fonctionnaires chargs du recrutement auprs des ambassades de Rome, Madrid et Rabat,la cration de centres rgionaux chargs de dlivrer les permis, la mise en place du Conseil consul-tatif de limmigration qui remplace la Commission tripartite de la main duvre trangre,De 1962 1965, plus de 125 000 permis de travail sont dlivrs, cest une haute priode de conjonc-ture conomique. De nombreux secteurs dactivits manquent de main duvre. La Wallonie resteun des ples principaux dimmigration mais Gand, Bruxelles, Anvers attire aussi normment. La Belgique soriente vers les pays du MaghrebDs 1955, le gouvernement franais se dit prt envoyer dans les charbonnages belges des tra-vailleurs nord-africains nayant pas encore sjourns en France et prt les initier au travail dans lesmines. Objectif : rsorber le chmage et se dbarrasser dune main duvre turbulente. LaCommission de la main-duvre va prfrer toutefois recruter des Italiens et des Grecs !En 1957, les autorits marocaines prennent directement contact avec la Belgique pour envoyer desMarocains dans les mines. Une rponse favorable est donne. titre dessai, 300 travailleurs sontenvoys dans le cadre dun recrutement exprimental. En 1958, les consultations auprs des repr-sentants syndicaux et patronaux vont donner un avis favorable un recrutement ventuel. Mais, dansun premier temps, le protocole avec le Maroc naura pas de suite parce quil ny a pas de demandedemploi. Les ngociations sont reportes jusquau moment o une immigration relle sera organi-se.En 1962, on relance les discussions car il y pnurie de main-duvre. Le chiffre de 2000 candidatsest avanc. Un an plus tard, la Fdchar dcide douvrir un bureau Casablanca en avril 1963.500 travailleurs marocains arrivent sans que les papiers ne soient en rgle !Pendant ce temps, des prospections sont menes dans diffrents pays (Turquie, Maroc, Algrie).Pour lAlgrie, les tractations seront plus longues (elle souhaite limiter limmigration pour pallier au 2 remplacement des 800 000 franais et les pieds noirs aprs la guerre franco-algrienne de 1958 1952. En outre lAlgrie veut rcuprer une main duvre ayant acquis une formation profession-nelle et s'appose au dpart des familles.Devant cette exigence, le protocole belgo-marocain, la diffrence de celui prvu en 1963, ne par-lera plus de formation professionnelle. La Belgique craint galement la politisation de la main-du-vre algrienne sortant dune guerre atroce. La main-duvre marocaine juge apolitique, plus reli-gieuse, plus soumise, doue et maniable, a toutes les prfrences. Il y a galement des intrts belges assez nombreux au Maroc. En janvier 1964, le Maroc achte desproduits belges et la balance commerciale entre les deux pays tendent squilibrer.Le 16 juillet 1964, un accord bilatral est galement sign entre la Belgique et la Turquie. Le recru-tement est gr par un organisme dEtat. Le gouvernement turc encourage lmigration pour rsor-ber le chmage important qui svit dans le pays. Les Turcs arrivs entre 1963 et 1965 sont engagspour travailler dans les charbonnages du Limbourg et de Charleroi. Ils continueront arriver entre1967 et 1970 via lAllemagne o ils nont pas trouvs de travail et sjournent souvent de manireclandestineLe 17 aot 1964, la Belgique signe avec le Maroc un accord bilatral. Cet accord ne sera pas publiau Moniteur ainsi que dautres conventions avant 1977. En 1973, lors dune affaire dexpulsiondenfants marocains en sjour illgal en Belgique, le ministre de la justice dcouvrira que rien nat publi par crainte de voir les enchres grimper.Laccord garantit lgalit de traitement ainsi que lautorisation du transfert de fonds, ce qui repr-sente un enjeu financier important grce au rapatriement des conomies. En 1968 dautres accordscomplteront la convention, notamment en matire de scurit sociale, pour rgler des problmespratiques, et concernant le versement des allocations familiales pour les enfants rests au paysEn 1969, un accord sign avec la Tunisie, en 1970, un autre avec lAlgrie. Le recrutement partir de 1964Une vaste campagne est organise dans le pays. Des bureaux de recrutement sont mis sur pied dansles principaux centres. Une brochure Vivre et travailler en Belgique vantant les avantages enmatire de conditions de travail et de vie quotidienne : vous, qui venez darriver en Belgique pour yvivre et y travailler, le Ministre de lEmploi et du Travail souhaite une trs cordiale bienvenue, aunom du peuple belge. Le vu du Gouvernement belge est que vous vous sentiez chez vous dans notrepays et que, trs rapidement, vous preniez votre place dans la vie sociale, dans la vie culturelle etdans la vie conomique de la communaut rgionale au sein de laquelle vous allez dsormais vivreet travailler.Au dbut, il y a des contingents : les travailleurs ne peuvent tre employs que dans des secteursdactivit bien dfinis (mines, mtallurgie, btiments). Ils sont recruts par le personnel diplomatiqueen collaboration avec la Fdchar qui a un bureau de recrutement. La Fdchar fait parvenir une listede candidats au consul gnral qui la transmet au ministre du travail Rabat, qui constitue sontour le dossier (visite mdicale, extrait de casier judiciaire, photos) puis convoque des candidats quireoivent un permis de travail. Cette nouvelle opportunit ne supprimera pas pour autant l'autre canal d'migration, savoir le sim-ple visa de touriste. Ceux qui arrivent en Belgique grce un simple permis de sortir du pays dli-vr par les autorits marocaines sont tenus de rgulariser leur situation sils restent. C'est l'employeurqui fait alors les dmarches pour que le travailleur immigr qu'il a engag puisse obtenir un permisde travail. Peu de travailleurs sont arrivs en Belgique par la voie officielle de recrutement. Ainsi, pour leMinistre marocain du travail, il ny avait que 3 457 enregistrements pour la Belgique. Arrivs spon-tanment, en touriste, une poque o on transgresse la rglementation du travail, il leur faut cepen-dant satisfaire un examen mdical. Ils doivent trouver du travail et puis rgulariser leur situation.Lorsque lon a des amis ou de la famille, cest plus facile. Ce phnomne est encourag par les 3 employeurs pour qui la procdure est plus conomique. 500 marocains auraient passer chaque moisla frontire durant lanne 63-64-65.En 1966-1967, le Ministre de lemploi et du travail naccorde plus de permis de travail pour lesmineurs de fonds car le secteur des mines est en crise. On prvoit le licenciement de 7 000 tra-vailleurs quil faut reclasser. En ralit, la fin du processus de recrutement se situe lanne mme dela signature de laccord. On demande au consul gnral de freiner les dparts alors quun millier decandidats sont dj prts quitter le Maroc.En 1967 une nouvelle lgislation ferme lemploi limmigration mais permet aux pouses et auxenfants des travailleurs migrants rsidant sous le mme toit de bnficier dun permis de travailconstituant un nouveau potentiel de main-duvre. En 1968 est proclam larrt du recrutement offi-ciel des Marocains.8 aot 1974 : arrt de limmigrationEn raison de la crise conomique le gouvernement belge dcide darrter limmigration de mainduvre non qualifie et de rgulariser 10 000 travailleurs clandestins. Dsormais les permis de tra-vail ne seront plus dlivrs quaux travailleurs trangers niveau lev de qualification.Le flux migratoire nest pourtant pas interrompu puisque le regroupement familial reste admis.Paralllement le culte islamique est reconnu par la loi du 19 juillet 1974.Limmigration de main duvre sest transforme en immigration de peuplement dfinitive. De mas-culine et adulte, elle est devenue familiale. Ainsi grce au regroupement familial et une fconditleve, les populations marocaines et turques ont enregistr de nombreuses naissances en Belgique.Mme si le potentiel migratoire du regroupement familial sest tari et malgr les mesures lgislati-ves favorisant lacquisition de la nationalit belge, La population marocaine est passe de 39 000personnes en 1970 142 000 personnes en 1991Dans les annes 1970, on assiste une vague migratoire dtudiants et dopposants au rgimedHassan II. Ce sont ces migrants qui vont jouer un rle dans lorganisation de limmigration maro-caineDans les annes 1980, on a encourag le retour des chmeurs migrants mais cette opration a connupeu de succs.En 1984, la rforme du code de la nationalit attribue automatiquement la nationalit belge aux indi-vidus ns en Belgique, gs de moins de 18 ans et dont lun des deux parents est galement n enBelgique et y a eu sa rsidence au moins cinq ans au cours des 10 dernires annes qui ont prcd la naissance. En 2000, une nouvelle rforme du code de la nationalit facilite encore les conditionsdobtention de la nationalit belge. En 2004, aprs des annes de dbats politiques et de pressions associatives, le droit de vote aux lec-tions communales a t accord aux trangers non europens, rsidant en Belgique depuis au moins5 ans. 4 Pour en savoir plus consulter : Site de IEMIM, Espace mmorial de limmigration. lire : Morelli, A., Histoire des trangers et de l'immigration en Belgique. De la prhistoire nos jours,Bruxelles: ditions Vie Ouvrire, 1992. Gaudier, J-P. et Hermans, P. (sous la dir.), Des Belges Marocains, Bruxelles, De Boeck, 1991. Dassetto, F. et Bastenier, A., L'Islam transplant. Vie et Organisation des minorits musulmanes enBelgique, Anvers: EPO, 1984. Mano, U., Voix et voies musulmanes de Belgique, Bruxelles, Publications des FacultsUniversitaires Saint-Louis, 2000. Bastenier, A., L'tat belge face l'immigration. Les politiques sociales jusqu'en 80, Louvain-la-Neuve, Academia, 1992. Delpere, F., Les droits politiques des trangers, Paris: PUF, 1995 (Que sais-je?). Lambert, P.-Y.,La participation politique des allochtones en Belgique. Historique et situationbruxelloise, Louvain-la-Neuve: Academia/Bruylant, 1999 (Sybidi Paper N24). Martens, A. Les immigrs. Flux et reflux d'une main d'uvre d'appoint, Louvain : PressesUniversitaire de Louvain-ditions Vie Ouvrire, 1976. 5

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