LIRE LA BANDE DESSINEE AVEC TINTIN Pour reconnaître les procédés de la bande dessinéePour reconnaître les procédés de la bande dessinée.

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    04-Apr-2015

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Page 1 LIRE LA BANDE DESSINEE AVEC TINTIN Pour reconnatre les procds de la bande dessinePour reconnatre les procds de la bande dessine Page 2 Se donner un code Pour se reprer dans une bd, on emploie quelques termes : La page est numrote La planche est lensemble de cases qui figurent sur la page Chaque planche est constitue de 4 bandes Les cases sont au nombre de 3 ou 4 par bandes. On dsignera donc les bandes par des lettres (a, b, c, d) et les cases par des chiffres (1,2,3,4). Il existe, mme chez Herg, des exceptions Mais prenons un exemple simple. Page 3 Un dbut de rcit Nous lisons de gauche droite. Ce nest pas anodin. Observez la bulle A2. Tintin entend le bruit et sinterroge. La situation initiale naura dur quune case, celle de la promenade joyeuse avec Milou. Llment perturbateur est cet avion (nous reviendrons sur ce moyen de transport pour envisager la planche finale). Et dj des pripties. Et le suspens A la fin de cette planche, Tintin semble bien mort. Observez les cases D 3 des divers albums, et vous remarquerez des constantes. Page 4 Un autre dbut Le dialogue tait limit dans la planche inaugurale de Lle noire, il en va autrement pour la planche que vous observez. Une loi du genre est cependant respecte, laquelle ? Revenons quelques principes simples : une planche inaugurale rpond des questions importantes : qui ? O ? Quand ? Cest le cas ici grce lencadr narratif ou texte explicatif en A1. Cest aussi toute la discussion entre Tournesol et Haddock. Un dialogue de sourds, propice aux jeux de rimes et donc au gag. Retrouvez ces rimes. Mme Milou joue sur les mots Page 5 Une dernire planche inaugurale Vous retrouvez la loi dj envisage. Sur une planche trs sonore puisquon commence par un gros plan sur le tlphone. Et bien sr par un gag assez connu. Le tlphone nous rappelle quon ne voit pas tout, et quimaginer est aussi important que voir : cela se nomme le hors - champ, et ce hors - champ joue un rle essentiel dans tout rcit en image ou image (cinma, bd, photo). Le hors champ peut figurer dans le cadre mais tre cach. Lanecdote qui ouvre cet album a son unit daction, de lieu, de temps et de personnage (ici Nestor). On parlera donc de scne. Page 6 Pour situer, une fois de plus (la dernire) Un bon scnariste, et cest le cas dHerg comme celui, au cinma dHitchcock, peut capter lattention du lecteur spectateur en crant une fausse piste. Les Dupond(t) sont des personnages bien utiles pour cela. Ici, tout commence par un article de presse qui sert dencadr narratif. On a limpression dentrer directement dans lintrigue (in medias res, au milieu de laction). Notons, en passant limportance de Milou qui se gratte souvent en quelques planches. Faon aussi dexister auprs du hros. Page 7 Une planche finale, pour boucler Rappelez vous lavion, au dbut de Lle noire. En voici un autre pour terminer. Il est important dans tout rcit, de donner une forme et si possible, de boucler la boucle, pour que la situation finale fasse cho la situation initiale. Cette dernire page donne lexplication aux divers mystres planant au sujet de lle noire : la page de journal remplit cette fonction de rsolution prcdant la situation finale. Elle vite de longs propos des personnages. A lpoque, la presse ne connaissait que le noir et blanc. Quant aux Dupond(t), ils avaient toujours des problmes de chapeau. Page 8 Une autre planche finale Rappelez-vous la premire case de cet album. Et regardez la dernire. Rappelez-vous limportance de Milou auprs de son matre qui a souvent le beau rle. Et observez le fox terrier en C1 et en D1. Ses paroles et sa mimique sont trs loquents La tlvision est bien utile pour expliquer ce qui sest pass. Sauf lorsquelle interroge Tournesol Notons encore un procd important : notre ami Sraphin Lampion regarde lcran en noir et blanc avec sa belle -mre. Et qui voit, en vision subjective ? Page 9 Jouer sur le rythme grce au montage Raconter une histoire est dabord lui donner un rythme. Au cinma comme en bd, cest affaire de montage, cest--dire, ici, denchanement de cases. Une case na dintrt que par rapport celle qui la suit ou la prcde. Dans cette planche, deux rcits se croisent : dune part, les Bordures traquent Tintin et Haddock. Tout se passe par tlphone. Dautre part, les voyageurs de lavion se battent avec un morceau de sparadrap, que lon retrouvera tout au long de lalbum. Observez la multiplication des cases et le passage de lavion aux personnages bordures. Lorsque deux actions se droulent en mme temps en des lieux diffrents, on parle de montage altern. Pour que le rythme soit mieux rendu encore, Herg a plac des encadrs narratifs indiquant lheure. Comme dans les films de Hitchcock dont le suspens est rythm par lhorloge. Entre chaque case, le blanc est une ellipse : le temps passe mais on le devine sans que ce soit crit ou dessin. Page 10 Lart daccommoder les bulles Donner entendre est tout un art. Cela semble vident mais si vous observez les bulles. Il y a ce pauvre homme qui ternue (en rouge), Haddock que cela surprend, et son !, il y a ce qui se dit voix haute et ce qui se pense en monologue intrieur (en bleu). Et Haddock se raconte une belle histoire. Jusquau moment o un objet plac en amorce, au premier plan provoque un juron et quelques pictogrammes de marin. Linsert de raccord (ce pied qui bute sur la valise) fait le lien entre la rverie gnreuse du capitaine et sa chute dans les bras de Szut (Chut ou Zut ?). Observez les contours des bulles : ces mtaphores sont trs parlantes : elles suggrent lmotion, lnervement ou la surprise. Page 11 Lchelle des plans Le nombre de case et de bandes par planche nest pas fig. Ainsi lorsquil faut utiliser le plan gnral ou plan densemble. En voici deux exemples tirs de lAffaire Tournesol. Sur la case du haut, on samusera de certains dtails proches de la caricature. Ainsi du glacier torticolli, de lhomme longue-vue ou de Sraphin Lampion qui prore. On samusera aussi du parallle entre le camraman de tlvision sur sa grue, et de lamateur sur son chelle. Et de lopposition entre silence et vide du parc, agitation derrire les grilles closes. La vision en plonge est aussi un procd ironique du narrateur illustrateur. Procd que lon retrouve dans le plan gnral du bas. Cette fois-ci le jeu sur la profondeur de champ montre les dgts engendrs par la voiture devenue folle.. Page 12 Lchelle des plans (suite) Pour donner du rythme, on la vu, le montage est essentiel. Cela ne suffit pas. Il convient aussi de varier lchelle des plans. Si le plan gnral invite la contemplation, des plans rapprochs permettent une lecture dimage plus rapide. Cest le cas ici : un plan moyen montre une partie du dcor urbain, des habitants tonns par le bruit des sirnes. Un autre plan densemble montre la maison, puis un trs gros plan montre une main, image provoquant linquitude. Nous sommes vite rassurs par la voix et le dialogue qui suit. Les gros plans montrant Haddock et sa chre bouteille (ici du vin du Jura) nous sont familiers. Mais notre attention est attire par un gros plan sur Milou. Il retourne sous les dcombres et en rapporte un parapluie : celui de Tournesol que les hros recherchent depuis un certain temps, le croyant Genve. Notons une fois de plus lusage qui est fait de la presse, comme encadr narratif. Page 13 De limportance du raccord Le raccord est la rptition dun lment visuel ou textuel qui sert de relais, de lien entre deux images Vous avez ici un exemple intressant : Haddock a dcouvert lhistoire de son anctre Franois de Haddoque. Il en raconte des pisodes fameux Tintin et les joue, pris par laction. Vous remarquerez la similitude entre les postures de Haddock et de son anctre, en B2 et C1. Notez aussi le plan amricain qui nous masque les jambes de Haddock en A3. Il nest pas trs caractristique de ce plan invent dans le western, pour des raisons que vous devinez Lalternance entre plans moyens montrant Haddock seul ou avec Tintin et plans gnraux donne son rythme au rcit du capitaine. Leffet de retour en arrire est remarquable car peine visible : lemploi du prsent et de phrases nominales exclamatives le gomment. Page 14 Toujours le rythme La bd sapparente au cinma puisquune case ne saurait exister sans celle qui la prcde ou la suit, comme une image existe par rapport lautre. Dans cette planche, on voit dabord du point de vue du narrateur omniscient. En six cases (+ une sur la page qui prcde) lespion repr fuit. Il est sans cesse en course et fait le raccord dune case lautre. Un gros plan en B2 donne les informations essentielles. Une case en point de vue subjectif (Tintin voit) nous claire : une cl et un paquet de cigarettes au nom crit en cyrillique mettent nos hros sur la piste. La dernire case rappelle que la menace est omniprsente, le danger ne venant cependant pas de gauche, si encore on peut parler de danger Page 15 Et pour terminer, ou presque Eh oui, on pouvait craindre le pire. Il est arriv, avec ses blagues deux sous, d u fond de limage. Sraphin Lampion, le casse pied emblmatique. Pendant quHaddock snerve, Tintin a le temps de dchiffrer sur le paquet de cigarettes ce qui lui importe. Sraphin fouille dans ses papiers en dsordre : deux actions se produisent en alternance mais dans le mme cadre. Presque un m ontage dans le plan. Le gag introduit avec et par Lampion se termine par un dsordre plus grand encore, dans les papiers. Une e llipse spatiale nous montrent les hros laroport. En a morce, au p remier plan, un personnage inquitant, au crne ras. Nos hros ne se doutent de rien, mais nous savons ce quils risquent. Dans le s uspens, Hitchcock le montre et lexplique, il faut a voir le spectateur avec soi, conscient de la menace qui pse sur le hros

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