Objet d'étude : La question de l’Homme dans les ?· 2017-08-25 · C´était un loup gris des Carpates…

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    11-Sep-2018

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CORPUS de l'Epreuve Anticipe de Franais 1SObjet d'tude : La question de lHomme dans les genres de largumentation du XVI nos jours Chapitre 1 : le loup comme allgorie de l'homme ?Doc 1 : Le loup et l'agneau , livre I, Jean de La Fontaine, Fables, 1668.1510152025La raison du plus fort est toujours la meilleure.Nous lallons montrer tout lheure.Un Agneau se dsaltraitDans le courant dune onde pure.Un Loup survient jeun qui cherchait aventure,Et que la faim en ces lieux attirait.Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?Dit cet animal plein de rage :Tu seras chti de ta tmrit.Sire, rpond lAgneau, que votre MajestNe se mette pas en colre ;Mais plutt quelle considreQue je me vas dsaltrantDans le courant,Plus de vingt pas au-dessous delle ;Et que par consquent en aucune faonJe ne puis troubler sa boisson.Tu la troubles, reprit cette bte cruelle,Et je sais que de moi tu mdis lan pass.Comment laurais-je fait si je ntais pas n ?Reprit lAgneau, je tte encor ma mre,Si ce nest toi, cest donc ton frre :Je nen ai point. Cest donc quelquun des tiens :Car vous ne mpargnez gure,Vous, vos bergers, et vos chiens.On me la dit : il faut que je me venge.L-dessus au fond des fortsLe Loup lemporte, et puis le mange,Sans autre forme de procs. 1Doc 2 : Les loups sont entrs dans Paris , Albert Vidalie, 1967, ditions Majestic15101520 Et si c'tait une nuit Comme on n'en connut pas depuis, Depuis cent mille nuits. Une nuit de fer, une nuit de sang, Une nuit, un chien hurle. Regardez bien, gens de Denfert, regardez le. De son manteau de bronze vers le lion, Le lion tremble. [ Les hommes avaient perdu le got De vivre, et se foutaient de tout Leurs mres, leurs frangins, leurs nanas Pour eux ctait qudu cinma Le ciel redevenait sauvage, Le bton bouffait lpaysage... d'alors Les loups, ououh! ououououh! Les loups taient loin de Paris En Croatie, en Germanie Les loups taient loin de Paris Jaimais ton rire, charmante Elvire Les loups taient loin de Paris. Mais a fait cinquante lieues Dans une nuit queue leu leu Ds que a flaire une ripaille De morts sur un champ de bataille Ds que la peur hante les rues Les loups sen viennent la nuit venue... alors Les loups, ououh! ououououh! Les loups ont regard vers Paris De Croatie, de Germanie Les loups ont regard vers Paris Cessez de rire, charmante Elvire Les loups regardent vers Paris. 253035404550Et vl quil fit un rude hiver Cent congestions en fait divers Volets clos, on claquait des dents Mme dans les beaux arrondissements Et personne nosait plus le soir Affronter la neige des boulevards...alors Des loups ououh! ououououh! Des loups sont entrs dans Paris Lun par Issy, lautre par Ivry Deux loups sont entrs dans Paris Cessez de rire, charmante Elvire Deux loups sont entrs dans Paris. Le premier navait plus quun il Ctait un vieux mle de Krivo Il installa ses dix femelles Dans le maigre square de Grenelle Et nourrit ses deux cents petits Avec les enfants de Passy... alors Cent loups, ououh! ououououh! Cent loups sont entrs dans Paris Soit par Issy, soit par Ivry Cent loups sont entrs dans Paris Cessez de rire, charmante Elvire Cent loups sont entrs dans Paris. Le deuxime navait que trois pattes Ctait un loup gris des Carpates Quon appelait Carm-Prenant Il fit faire gras ses enfants Et leur offrit six ministres Et tous les gardiens des fourrires... alors255606570Les loups ououh! ououououh! Les loups ont envahi Paris Soit par Issy, soit par Ivry Les loups ont envahi Paris Cessez de rire, charmante Elvire Les loups ont envahi Paris. Attirs par lodeur du sang Il en vint des mille et des cents Faire carouss, liesse et bombance Dans ce foutu pays de France Jusqu cque les hommes aient retrouv Lamour et la fraternit.... alors Les loups ououh! ououououh! Les loups sont sortis de Paris Soit par Issy, soit par Ivry Les loups sont sortis de Paris J'aime ton rire, charmante Elvire Les loups sont sortis de Paris Jaime ton rire, charmante Elvire Les loups sont sortis de Paris... ]* Ripaille : festin, congestions : infections pulmonaires, Krivo : ville d'Ukraine, Carme-Prenant : les trois jours prcdant les privations du Carme dans la religion chrtienne, faire carouss' liesse et bombance : grand festin 3Doc 3 : Le Petit chaperon rouge, Jol de Pommerat, Actes Sud, 2004.15101520253035Sans vraiment s'en rendre compte la petite fille s'tait un peu avance sous les arbres, et laplace de son ombre elle ne voyait plus maintenant que des petits insectes qui lui volaient autour.Elle aperut aussi deux grands yeux qui avaient l'air d'observer dans sa direction.Elle pensa qu'elle n'avait jamais rien vu d'aussi beau et elle eut tout de suite envie de s'approcher.Ce n'tait pas une chose ordinaire qu'elle avait devant elle.C'tait mme vraiment une trs belle chose cette chose qu'elle avait devant elle.La petite fille pensa qu'elle en avait peur, c'est vrai, mais que cette chose ne ressemblait en rien la bte monstrueuse qu'elle s'attendait rencontrer dans les bois, comme le lui avait prdit sa maman, au contraire.Elle s'approcha.Elle s'approcha encore.Elle s'approcha encore et encore.Elle s'approcha encore et encore et encore.Elle se dit que c'tait mme un peu agrable d'avoir un petit peu peur de quelque chose qui avait l'air d'tre aussi vrai.Elle se mit parler.Et elle eut l'impression que cette chose qui avait l'air d'tre un animal, ressemblant finalementun peu un vrai loup, lui rpondait .LA PETITE FILLE.- Je n'ai pas peur de toi.LE LOUP.- Moi non plus je n'ai pas peur.LA PETITE FILLE.- Je ne sais pas qui tu es.LE LOUP.- Je ne te connais pas non plus.LA PETITE FILLE.- Je ne sais pas qui tu es mais je n'ai pas peur.LE LOUP.- Qu'est-ce que tu fais par ici ? Tu es trs jolie...LA PETITE FILLE.- Toi aussi tu es trs joli aussi... Je vais quelque part chez ma grand-mre qui est la mre de ma mre et qui est trs vieille comme le sont souvent les vieux maintenant.LE LOUP.- Jamais on ne voit d'enfant comme toi venir toute seule jusqu'ici.LA PETITE FILLE.- Je crois que je suis sortie de mon chemin en jouant un peu avec mon ombre et j'ai atterri comme a sous les grands arbres sans faire attention.LE LOUP.- Ton ombre est encore l ?LA PETITE FILLE.- Non, elle ne va jamais sous les grands arbres, j'ai juste un flan avec moi, que j'ai fait moi-mme pour ma grand-mre, la mre de ma mre, qui habite une maison qui n'est pas trs loin d'ici par la route, j'espre que tu n'auras pas envie d'en manger car je ne 4404550l'ai pas fait pour toi.LE LOUP.- Ce n'est pas grave.LA PETITE FILLE.- Je l'ai fait en pensant ma grand-mre qui est la mre de ma mre et quiest triste car elle est un peu trop seule toute la journe en ce moment cause du fait qu'elle est malade et qu'elle ne peut pas sortir .LE LOUP.- Tu penses beaucoup ta grand-mre ?LA PETITE FILLE.- Oui beaucoup, beaucoup trop mme je crois, a me rend triste de savoir qu'elle est beaucoup trop toute seule, c'est triste d'tre trop tout seul dans la vie.LE LOUP.- Est-ce que tu serais contente si je venais la voir aussi avec toi ?LA PETITE FILLE.- Oh oui je crois, elle n'attend personne d'autre que moi aujourd'hui mais cela lui ferait plaisir je crois que tu m'accompagnes. Est-ce que tu es trop tout seul toi aussi des fois ?LE LOUP.- Oui des fois.LA PETITE FILLE.- On pourra tous manger finalement un peu de mon flan si tu viens. Est-ce que tu as faim ?LE LOUP.- Oui un peu c'est vrai, ce n'est pas facile de manger tous les jours quelque chose qui fasse vraiment plaisir l'intrieur.LA PETITE FILLE.- Moi je mange tous les jours des choses qui me font un peu plaisir l'intrieur.LE LOUP.- Tu as de la chance.LA PETITE FILLE.- Oui car ma maman me donne manger tous les jours.LE LOUP.- C'est bien je t'envie de manger tous les jours quelque chose que tu aimes toi.5Doc 4: Plutarque Que les btes ont l'usage de la raison (1er sicle)15101520GRYLLUS. [] Aussi toutes les sciences, toutes les tudes auxquelles l'homme se livrepour son luxe ou son amusement, les btes, grce leur intelligence, leur merveilleusesagacit 1 , et en dpit de leur conformation 2 physique, les btes, dis-je, s'en pntrent leplus facilement du monde. Je ne parle pas des petits quadrupdes qui savent suivre lapiste, des jeunes poulains qu'on dresse marcher en cadence, des chiens qui sautent travers des cercles tournants. On voit sur nos thtres des chevaux et des boeufs qui secouchent, qui dansent, qui s'arrtent avec une ponctualit surprenante. Ils excutent, enfaisant preuve d'une merveilleuse exactitude, des mouvements assez peu faciles pourl'homme, et l'on reconnat en eux une docilit singulire apprendre et retenir par coeurune foule de choses qui ne sont pourtant d'aucune utilit. Voudrais-tu mettre en doute quenous soyons de bons coliers? Apprends que nous sommes aussi des matres. Les perdrix,quand elles prennent la fuite en avant de leurs petits, les habituent se cacher derrire unemotte de terre qu'ils dressent devant eux avec leurs pattes et se renverser sur le dos. Voisles jeunes cigognes, sur les toits: en prsence des personnages expriments de la bandeet sous leur direction, elles essayent prendre leur vol. Les rossignols donnent leurspetits des leons de chant ; et ceux qui, ayant t pris de trop bonne heure, sont levsentre les mains des hommes, gazouillent beaucoup moins bien : on dirait des lves privstrop tt de leur matre. C'est depuis que je suis entr dans cette enveloppe-ci, que jem'tonne des raisonnements par lesquels les sophistes 3 m'avaient fait croire que tous lesanimaux, l'homme except, sont dpourvus de sens et de raison. ULYSSE. Ainsi donc maintenant, Gryllus, tu as chang d'opinion , et tu dclares que labrebis, que l'ne sont des tres raisonnables ! GRYLLUS. Ce sont prcisment ces derniers animaux, mon trs cher Ulysse, qui doiventnous faire conjecturer 4 que la nature des btes n'est rien moins qu'trangre la raison et la sagacit.Oeuvres morales, tome 4, trad. de Dominique Ricard.6Doc 5 : Michel de Montaigne, Les Essais (1582)15101520La prsomption 1 est notre maladie naturelle et originelle. La plus malheureuse et la plus frlede toutes les cratures, c'est l'homme, et en mme temps [dit Pline], la plus orgueilleuse. Ellese sent et se voit loge ici, au milieu de la bourbe et de l'ordure du monde, attache et cloue la pire, la plus morte et la plus croupissante partie de l'univers, au dernier tage du logis et leplus loign de la vote cleste, avec les animaux de la pire des trois conditions 2 ; et pourtantelle se place, selon sa pense, au-dessus du cercle de la lune et ramne le ciel sous sespieds. C'est par la vanit de cette mme pense que l'homme s'gale Dieu, qu'il s'attribueles qualits divines, qu'il se distingue lui-mme et se spare de la foule des autres cratures,taille les parts des animaux ses confrres et compagnons, et leur distribue telle portion defacults et de forces que bon lui semble. Comment connat-il, par l'action de son intelligence,les mouvements internes et secrets des animaux ? Par quelle comparaison d'eux avec nousconclut-il la stupidit qu'il leur attribue ? Quand je joue avec ma chatte, qui sait si elle ne tire pas plus son passe-temps de moi que jene fais d'elle ? Platon, dans sa peinture de l'ge d'or sous Saturne 3 , compte parmi lesprincipaux avantages de l'homme d'alors la communication qu'il avait avec les btes : ens'enqurant 4 et en s'instruisant auprs d'elle, il connaissait les vraies qualits et lesdiffrences de chacune d'entre elles et, par ce moyen, il acqurait une trs parfaiteintelligence et sagesse, et cela lui permettait de conduire bien plus heureusement sa vie quenous ne saurions le faire. Nous faut-il une meilleure preuve pour juger l'impudence 5 humainesur la question des btes ?Livre II, chap.12 Apologie de Raymond Sebon , trad. moderne de Andr Lanly, HonorChampion.1- fait de se sentir suprieur 2- Des trois sortes d'animaux : ariens, aquatiques, terrestres 3- Dans sa Politique 4-Se renseignant 5- La prtention injustifie7Doc 6 : Voltaire Le loup moraliste 1510152025303540Un loup, ce que dit lhistoire,Voulut donner un jour des leons son fils,Et lui graver dans la mmoire,Pour tre honnte loup, de beaux et bons avis. Mon fils, lui disait-il, dans ce dsert sauvage,A lombre des forts vous passez vos jours ;Vous pourrez cependant avec de petits oursGoter les doux plaisirs quon permet votre ge.Contentez-vous du peu que jamasse pour vous,Point de larcin : menez une innocente vie ;Point de mauvaise compagnie ;Choisissez pour amis les plus honntes loups ;Ne vous dmentez point, soyez toujours le mme ;Ne satisfaites point vos apptits gloutons :Mon fils, jenez plutt lavent et le carme,Que de sucer le sang des malheureux moutons ;Car enfin, quelle barbarie,Quels crimes ont commis ces innocents agneaux ?Au reste, vous savez quil y va de la vie :Dnormes chiens dfendent les troupeaux.Hlas ! Je men souviens, un jour votre grand-prePour apaiser sa faim entra dans un hameau.Ds quon sen aperut : O bte carnassire !Au loup ! scria-t-on ; lun sarme dun hoyau,Lautre prend une fourche ; et mon pre et beau faire,Hlas ! Il y laissa sa peau :De sa tmrit ce fut le salaire.Sois sage ses dpens, ne suis que la vertu,Et ne sois point battant, de peur dtre battu.Si tu maimes, dteste un crime que jabhorre. Le petit vit alors dans la gueule du loupDe la laine, et du sang qui dgouttait encore :Il se mit rire ce coup. Comment, petit fripon, dit le loup en colre,Comment, vous riez des avisQue vous donne ici votre pre ?Tu seras un vaurien, va, je te le prdis :Quoi ! Se moquer dj dun conseil salutaire ! Lautre rpondit en riant : Votre exemple est un bon garant ;Mon pre, je ferai ce que je vous vois faire. Tel un prdicateur sortant dun bon repasMonte dvotement en chaire,Et vient, bien fourr, gros et gras,Prcher contre la bonne chre.Voltaire, Portefeuille vol8Doc 7 : Alfred de Vigny La mort du loup 151015202530354045J'aperois tout coup deux yeux qui flamboyaient,Et je vois au del quatre formes lgresQui dansaient sous la lune au milieu des bruyres,Comme font chaque jour, grand bruit sous nos yeux,Quand le matre revient, les lvriers joyeux.Leur forme tait semblable et semblable la danse ;Mais les enfants du loup se jouaient en silence,Sachant bien qu' deux pas, ne dormant qu' demi,Se couche dans ses murs l'homme, leur ennemi.Le pre tait debout, et plus loin, contre un arbre,Sa louve reposait comme celle de marbreQu'adorait les romains, et dont les flancs velusCouvaient les demi-dieux Rmus et Romulus.Le Loup vient et s'assied, les deux jambes dressesPar leurs ongles crochus dans le sable enfonces.Il s'est jug perdu, puisqu'il tait surpris,Sa retraite coupe et tous ses chemins pris ;Alors il a saisi, dans sa gueule brlante,Du chien le plus hardi la gorge pantelanteEt n'a pas desserr ses mchoires de fer,Malgr nos coups de feu qui traversaient sa chairEt nos couteaux aigus qui, comme des tenailles,Se croisaient en plongeant dans ses larges entrailles, Jusqu'au dernier moment o le chien trangl,Mort longtemps avant lui, sous ses pieds a roul.Le Loup le quitte alors et puis il nous regarde.Les couteaux lui restaient au flanc jusqu' la garde,Le clouaient au gazon tout baign dans son sang ;Nos fusils l'entouraient en sinistre croissant.Il nous regarde encore, ensuite il se recouche,Tout en lchant le sang rpandu sur sa bouche,Et, sans daigner savoir comment il a pri,Refermant ses grands yeux, meurt sans jeter un cri.II-J'ai repos mon front sur mon fusil sans poudre,Me prenant penser, et n'ai pu me rsoudreA poursuivre sa Louve et ses fils qui, tous trois,Avaient voulu l'attendre, et, comme je le crois,Sans ses deux louveteaux la belle et sombre veuveNe l'et pas laiss seul subir la grande preuve ;Mais son devoir tait de les sauver, afinDe pouvoir leur apprendre bien souffrir la faim,A ne jamais entrer dans le pacte des villesQue l'homme a fait avec les animaux servilesQui chassent devant lui, pour avoir le coucher,Les premiers possesseurs du bois et du rocher. 9505560III-[...]Hlas! ai-je pens, malgr ce grand nom d'Hommes,Que j'ai honte de nous , dbiles que nous sommes!Comment on doit quitter la vie et tous ses maux,C'est vous qui le savez sublimes animaux.A voir ce que l'on fut sur terre et ce qu'on laisse,Seul le silence est grand; tout le reste est faiblesse.-Ah! je t'ai bien compris, sauvage voyageur,Et ton dernier regard m'est all jusqu'au coeur.Il disait: " Si tu peux, fais que ton me arrive,A force de rester studieuse et pensive,Jusqu' ce haut degr de stoque fiertO, naissant dans les bois, j'ai tout d'abord mont.Gmir, pleurer prier est galement lche.Fais nergiquement ta longue et lourde tcheDans la voie o le sort a voulu t'appeler,Puis, aprs, comme moi, souffre et meurs sans parler." Les Destines, Pomes philosophiques , 1864Doc 8 : Elisabeth de Fontenay , Sans offenser le genre humain (2008, Albin michel)chap. 9 L'ordinaire de la barbarie Philosophe, ardente dfenseure de la cause animale, elle rflchit ici la faon dont les medias ontmodifi nos reprsentations au moment de la crise de la vache folle, alors qu'on abattait desanimaux par milliers pour tenter d'viter la contagion.15101520L'indiffrence et le lche soulagement avec lequel on consent alors toujours plus d'abattagemanifestent une brutalit qui n'a rien de bestial- mme si en latin, les animaux se disentanimalia bruta. Est-ce vraiment faire preuve d'un antihumanisme forcen* que d'tre choqupar l'insistance exclusive des dirigeants et des medias sur les problmes de sant publique etpar la dsinvolture* qu'ils affichent face au destin cruel et absurde de ces btes dtruites etbrles massivement sur des bchers ? Nous sommes trop souvent assigs par des imageset des dessins complaisants de bovins frapps de comportements erratiques* dont on segausse, puis d'animaux morts, tirs par des grues, compltement dsarticuls, encore entiersmais grotesquement dforms, la langue et les yeux gars, comme si les victimes des cesdsastres avaient t photographies au grand-angle. Quand Rembrandt et Soutinepeignaient un boeuf corch ou un quartier de buf, ils exprimaient, je l'ai dit, la pit et lapiti de l'art envers ceux qui sont dmembrs pour que les hommes s'en nourrissent. Maisaujourd'hui, nos images tiennent pour nul et non avenu, le rapport immmorial, le liensymbolique fort et profond qui lie l'homme et l'animal domestique .Les civilisations dont nous sommes issus pratiquaient des sacrifices : on offrait l'animal quidevait toujours tre parfaitement sain un dieu ou aux dieux. On en brlait une partie, enhommage la divinit, on en mangeait une autre. Parfois on brlait tout l'animal, et celas'appelait un holocauste . C'est cela mme que nous croyons voir pratiquer travers cesmassacres alors que, l'inverse des rites antiques, d'une part les animaux dtruits sontmalades ou prsums tels, et, de l'autre, il n'y a plus de divin : le dieu que nous honoronsrgne sur la filire des producteurs de viande et de volaille, et donc sur la sacro-sainteassiette du consommateur.* un refus absolu de considrer que l'homme est suprieur aux autres espces / * manque d'attention, voire l'indiffrence/ * absurdes10Chapitre 2 : Juger l'autre, se juger soi-mme ? Doc 9 : Supplment au voyage de Bougainville, Diderot151015202530Au dpart de Bougainville, lorsque les habitants accouraient en foule sur le rivage, s'attachaient ses vtements, serraient ses camarades entre leurs bras, et pleuraient, ce vieillard s'avana d'un air svre, et dit :[ " Pleurez, malheureux Tahitiens ! pleurez ; mais que ci soit de l'arrive, et lion du dpart de ces hommes ambitieux et mchants : un jour, vous les connatrez mieux. Un jour, ils reviendront, le morceau de bois que vous voulez attach la ceinture de celui-ci, dans une main, et le fer qui pend au ct de celui-l, dans l'autre, vous enchaner, vous gorger, ou vous assujettir leurs extravagances et leurs vices ; un jour vous servirez sous eux aussi corrompus, aussi vils, aussi malheureux qu'eux Mais je me console ; je touche la fin de ma carrire ; et la calamit que je vous annonce, je ne la verrai point. (Tahitiens ! mes amis ! vous auriez un moyen d'chapper un funeste avenir ; mais j'aimerais mieux mourir que de vous eu donner le conseil. Qu'ils s'loignent, et qu'ils vivent. "Puis s'adressant Bougainville, il ajouta : " Et toi, chef des brigands qui t'obissent, carte promptement ton vaisseau de notre rive : nous sommes innocents, nous sommes heureux ; et tu ne peux que nuire notre bonheur. Nous suivons le pur instinct de la nature ; et tu as tent d'effacer de nos mes son caractre. Ici tout est tous ; et tu nous as prch je ne sais quelle distinction du tien et du mien. Nos filles et nos femmes nous sont communes ; tu as partag ce privilge avec nous ; et tu es venu allumer en elles des fureurs inconnues. Elles sont devenues folles dans tes bras ; tu es devenu froce entre les leurs. Elles ont commenc se har ; vous voustes gorgs pour elles ; et elles nous sont revenues teintes de votre sang. Nous sommes libres ; et voil que tu as enfoui dans notre terre le titre de notre futur esclavage. Tu n'es ni un dieu, ni un dmon : qui es-tu donc, pour faire des esclaves ? 0rou ! toi qui entends la langue de ces hommes-l, dis-nous tous, comme tu me l'as dit moi-mme, ce qu'ils ont crit sur cette lame de mtal : Ce pays est nous. Ce pays est toi ! et pourquoi ? parce que tu y as mis le pied ? Si un Tahitien dbarquait un jour sur vos ctes, et qu'il gravt sur une de vos pierres ou sur l'corce d'un de vos arbres : Ce pays est aux habitants de Tahiti, qu'en penserais-tu ? Tu es le plus fort ! Et qu'est-ce que cela fait ? Lorsqu'on t'a enlev une des mprisables bagatelles dont ton btiment est rempli, tut'es rcri, tu t'es veng ; et dans le mme instant tu as projet au fond de ton cur le vol de toute une contre ! Tu n'es pas esclave : tu souffrirais plutt la mort que de l'tre, et tu veux nous asservir ! Tu crois donc que le Tahitien ne sait pas dfendre sa libert et mourir ? Celui dont tu veux t'emparer comme de la brute, le Tahitien est ton frre.Vous tes deux enfants de la nature ; quel droit as-tu sur lui qu'il n'ait pas sur toi ? Tu es venu ; nous sommes-nous jets sur ta personne ? avons-nous pill ton vaisseau ? t'avons-nous saisi et expos aux flches de nos ennemis ? t'avons-nous associ dans nos champs au travail de nos animaux ? Nous avons respect notre image en toi. Laisse nous nos murs ; elles sont plus sageset plus honntes que les tiennes ; nous ne voulons point troquer ce que tu appelles notre ignorance, contre tes inutiles lumires. ]11

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