Présence numérique: du symbolique à la trace - mei ?· Les nouvelles formes de présence en ligne…

  • Published on
    13-Sep-2018

  • View
    212

  • Download
    0

Transcript

PARTIE IVIMAGES ET TRACESPrsence numrique:du symbolique la traceLouise Merzeau*Universit de Paris-Ouest Nanterre La Dfense &CRIS (Centre de recherche sur linformation spcialise, A1738)Les nouvelles formes de prsence en ligne sont volontiers interprtes comme parti-cipant dun effondrement gnralis de lordre symbolique. En fait, le numriquemet en uvre une logique de personnalisation de linformation, qui bouleverse leshirarchies mais qui radicalise en mme temps la contrainte des normes. Relevantdune smiotique paradoxale, les traces que nous laissons sur les rseaux ne peuventplus tre analyses en terme de signes ou de discours. Elles engagent des procduresdinterfaage et de profilage qui doivent tre penses comme organisation. Cest cette condition que la mdiation technique rvlera sa dimension proprementsymbolique dindexation, dagrgation et de rgulation, largement masque par lesstratgies industrielles.Tlphonie mobile, cartes puce, moteurs de recherche, achats enligne linformatisation des critures et des changes fait du principe detraabilit le nouveau mot dordre de la socit. En quoi cet environne-ment numrique affecte-t-il la mdiation symbolique de nos identits?Notre prsence au monde peut-elle sincarner travers les mmesschmes lorsquelle sexprime sur des rseaux sociotechniques diffrents,* louise@merzeau.netMEI, n29 (Communication, organisation, symboles), 2008154relevant de modes dorganisation spcifiques ou indits? Cest cesquestions que nous voudrions apporter quelques lments de rponse, ensuggrant comment la trace numrique affecte la catgorie mme desymbole, du fait des solidarits entre relations smiotiques et milieutechnique.Effondrements symboliquesCe quon appelle encore les nouvelles technologies sont priodique-ment accuses daggraver un phnomne deffondrement symbolique1,dont lorigine nest jamais clairement identifie, mais quon associe glo-balement au rgne de la vidosphre (Debray). La fin des grands rcits(Lyotard), le dclin des hirarchies, lemprise du journalisme, la supr-matie du document, et pour finir le narcissisme des individus seraientautant de symptmes dun mme malaise affectant les formes hautes dela culture travers ses principaux symboles. Aprs la tlvision, cest autour du Rseau dendosser le rle darme de rgression massive, agentdrosion des mdiations cratrices dordre et de cohsion.Dans les reprsentations du Web, lide de la dsagrgation a mmeremplac lutopie du village global laquelle on nose plus gure serfrer. Absence de clture, de territoire, de transcendance, rapportsanhistoriques et horizontaux Mme pour ses plus fervents dfenseurs,lunivers de la circulation informatique est sans ordre de commencement nide commandement: [] une socit mondialiste dindividus sans liens, unedmocratie des singuliers [] sans unit ni totalit2. L o les mdias demasse maintenaient une convergence de lattention qui compensait enpartie la dsaffection envers les figures symboliques du rassemblement,lInternet favoriserait une dsymbolisation des rapports aussi biensmantiques que sociaux. La netiquette elle-mme, jadis invoquecomme rgle et mythe dorigine, nexerce plus la force symbolique quelle1 Sur cette notion, voir notamment Bougnoux, Daniel, 2006. La crise de lareprsentation (chapitre 8). Paris :La Dcouverte.2 Damien, Robert, 2008. Internet et fraternit. Disponible surhttp://www.mediologie.org/tribune/internet-fraternite/damien.html (tous les liens mentionns dans cet article ont t consults le20/11/2008).Prsence numrique : du symbolique la trace Louise Merzeau155exerait sur les pratiques rticulaires. Rve estomp dune rgulation auto-nome et spontane de lInternet1, elle nest plus en mesure dimposerluniformit dune contrainte dontologique face la multiplicationexponentielle des messages et des usages. En radicalisant la segmentationdes publics et lexigence dinteractivit, les derniers dveloppements desdispositifs en ligne (plus connus sous le nom de Web 2.0) ont encoreaccentu la conviction que le numrique dfaisait ce que des sicles desymbolisme avaient assembl dans des moules formels, linguistiques ouprotocolaires. Lexplosion de la blogosphre, en particulier, est interpr-te comme lultime manifestation dun individualisme o sachverait ladliaison des membres de la communaut.Cet imaginaire du Web car cest bien de cela quil sagit ne reposeque partiellement sur la ralit. Tout dabord, prtendre que loprativitdInternet ne devrait plus rien aux systmes symboliques qui soudentensemble les croyances, les appartenances et les savoirs, cest supposerque le Rseau est une sorte disolat communicationnel2. Or, outre queles internautes restent soumis aux lois de la cit, le cyberespace est lui-mme ancr dans un tissu industriel, conomique, politique et culturel,dont il procde. Si lon se penche par exemple sur ce quon range sousltiquette dInternet citoyen, on verra quil ne supplante pas lesformes traditionnelles du dbat dmocratique, structur par les rituels lecto-raux (lections, rfrendums), les logiques dopinion (mesures par sondages)ou lorganisation professionnelle dune couverture mdiatique du dbatpublic. Les dispositifs de la dmocratie reprsentative sont suffisammentinstalls aujourdhui pour quil soit difficile de remettre en cause leur lgiti-mit3. En revanche, lenvironnement numrique induit une inflexionde nos pratiques sociales, qui renouvelle la chose publique comme agen-cement politique et comme finalit de sens. Vivier de nouvelles1 Mathias, Paul, 2008. Des liberts numriques. Notre libert est-elle menace parlInternet? Paris: PUF, p.61.2 Mathias, Paul, Internet et fraternit. Disponible surhttp://www.mediologie.org/tribune/internet-fraternite/mathias.html3 Cardon, D., 2006. La blogosphre est-elle un espace public comme lesautres?. Transversales, 26/04/2006. Disponible sur http://grit-transversales.org/article.php3?id_article=100MEI, n29 (Communication, organisation, symboles), 2008156comptences et apptences communautaires, le Web nabolit pas les lienssymboliques: il manifeste un nouveau dsir dtre-ensemble.De la mme manire, le retour lindividu comme mesure du numriqueest assez trompeur, puisque, dans ce contexte-l, lindividu est assez radica-lement transform et li un sentiment modifi du lieu et des formes de pr-sence. [] De la possession la proprit, de la nationalit et de lidentit la responsabilit et ses limites juridictionnelles, certains des postulats les plusfondamentaux de nos modes dappartenance des collectivits, la socit, notre culture, sont en effet remis en cause1. Cet individu, comme on leverra, est lui-mme un lieu de liens, dpendant du tissu symbolique queforme le Rseau.Pertinence et personnalisationL o la culture de masse fabriquait des dnominateurs communs, lenumrique tend personnaliser les donnes quil traite et dissmine. Lasocit de linformation nest plus une socit du spectacle, parce que lemessage ne se conoit plus que par rapport un contexte, un besoin, unerelation. Luniformisation des codes clate au profit dune logique duciblage. Reconstruite chaque session, la pertinence dcompose lesgrands messages en contenus modulables, pour livrer chacun son infor-mation. Cible, contextuelle, intelligente: on attend dsormais decelle-ci quelle soit sur mesure. Avec chaque instruction, doit tre enre-gistr un profil et un filtre de pertinence. Le rseau lui-mme, dans saconfiguration physico-informationnelle, sadapte aux requtes quil faitcirculer, en rglant les flux de manire pouvoir les traiter sans perte nidlai. Les donnes personnelles deviennent donc le pivot dune nouvelleconomie des connaissances et des interactions, centre sur les diffrencesplus que sur les convergences.Lindividu qui sert de filtre ces reconfigurations nest ni celui qui sisolede ses semblables pour sautocentrer, ni celui qui on assigne une placeen surplomb, pour quil sajuste au plan dun grand Tout (interprtationdu monde, programme politique ou vise marketing). Cest une entitinformationnelle, dfinie par la collection des traces quil dpose au gr1 Doueihi, Milad, 2008. La grande conversion numrique. Paris:Seuil, p.82.Prsence numrique : du symbolique la trace Louise Merzeau157de ses connexions: requtes, achats, tlchargements, contacts, golocali-sations, valuations, mais aussi contenus produits, slectionns, diffuss,etc.Protiforme, flexible et pseudo-anonyme, cette prsence numrique nestpas a-symbolique, mais elle obit de nouvelles logiques dancrage et detransmission, sdimentaires et non isomorphes1. Linscription dans lecollectif supposait jusqu maintenant que les particularismes soient la-gus dans des invariants: strotypes, codes, mythologies. linverse, ledroit de cit numrique dpend des possibilit de pister les singularitspour cibler toujours plus finement linformation. Le token devient lavaleur ajoute sans laquelle aucun type ne peut motiver attention et mar-chandisation2. Laccs au symbolique entendu comme socialisationpasse dsormais par le dpt, volontaire ou consenti, dempreintes tou-jours plus nombreuses, plus fiables et plus dtailles de nos affinits, denos penses et de nos activits. Des moteurs de recherche aux sites mar-chands et des plates-formes de partage aux rseaux sociaux, lincorpora-tion au corps symbolique du collectif repose prsent sur des techniquesde profilage et de personnalisation, qui marquent non seulement lasingularit de chaque individu, mais aussi de chaque situation decommunication.Smiotiques paradoxalesLa traabilit numrique enchevtre la hirarchie entre les empreintesque je dpose et celles que le groupe dispose pour mencadrer. Dans lesplates-formes de partage, les wikis, les blogs ou les rseaux sociaux, lestraces de mon passage sont aussitt reconverties en contenus, lesquelspourront leur tour tre marqus par dautres internautes. Se multiplientgalement des outils comme Hotmap ou TouchGraph, qui permettentdobserver ce que dautres ont cherch, visionn ou marqu. Lordre1 Voir Mathias, Paul, article cit.2 Sur la personnalisation des traces, voir Merzeau, Louise, Du signe latrace: linformation sur mesure, Herms n53 (Prsence numrique:traabilit, identit, sociabilit) ( paratre). Sur la distinction type/ token,voir larticle ponyme dans Stanford Encyclopedia of Philosophy. Disponiblesur http://plato.stanford.edu/entries/types-tokensMEI, n29 (Communication, organisation, symboles), 2008158symbolique garant de rgularit et de stabilit et linfinie diversit desinflexions sont ainsi rabattus sur un mme plan qui se renouvelleconstamment.Ltagement entre message et message-cadre est lui aussi remis enquestion, puisque la moindre activit (connexion, requte, inscription)produit de linformation en dehors de tout mtalangage. Ce que jeregarde, coute, frquente, achte ou plbiscite est automatiquementdcoup en donnes de profilage, avant mme que soient poss uneintention, un mode demploi et une lgitimit.Cest tout le paradoxe des traces numriques, qui relvent la fois delindice et du symbole, au sens peircien des termes. Dun ct, elles fonc-tionnent exactement comme des empreintes, attestant une prsence ouune identit par simple contigut. De lautre, elles se dtachent de leursource, se dcoupent, sagencent et circulent comme des units discrtesde sens. Entre reprsentation et manifestation (Bougnoux), elles ontune valeur dictique (leur fonction de contact est dailleurs souvent plusimportante que leur contenu), mais elles relvent dune nonciationdlie et diffre. Pour les stratgies de profilage ou de surveillance, nosdonnes nont de prix que parce quelles signalent notre prsence, tout entant des units isolables, agenables et calculables1. Cest leurindicialit quon sintresse, condition quelles ne restent pas captivesdu corps, du moment et du lieu dont elles tmoignent.On comprend donc pourquoi lhypersphre2 peut tre assimile la foisau comble de la dcomposition analytique propre au symbolique (le codeinformatique est souvent prsent comme larchtype des systmes oppo-sitionnels), et au comble de lcrasement des hirarchies sur la relation etla prsence. Cest que le code numrique ne fonctionne pas comme unhorizon ou un arrire-plan, mais comme une couche et une (re)source.Communiquer numriquement nexige pas quon inscrive son message1 Pdauque, Roger T., 2006. Le document la lumire du numrique. Prfacede Melot, M., Caen: C&F ditions, p.186.2 Sur les mdiasphres, voir notamment Merzeau, Louise, 1998. Ceci netuera pas cela. Cahiers de mdio log i e n6. Disponible surhttp://www.merzeau.net/txt/mediation/ceci.html et 2005. Mdia-sphre in Mdium n4.Prsence numrique : du symbolique la trace Louise Merzeau159dans un rpertoire culturel ou une mmoire dusages, mais quon leconforme aux langages, formats et protocoles qui le rendent effectif.Certes, nous sommes toujours parls par la langue, dont nous ne cernonsjamais les contours (Lacan). Mais, moins dtre informaticien, lalangue numrique nous est quant elle invisible. Or, comme lemontre Paul Mathias, cest dans cette sous-couche que se dpose lordresymbolique de la loi: Les normes exognes qui sont labores pouraccompagner le dveloppement de lInternet, apprivoiser les usages, et lesrendre toute force compatibles entre eux aussi bien quavec la loi []touchent essentiellement la structure codale du Rseau, et non pas seule-ment au caractre irrfragable des principes thiques ou juridiques quilconviendrait dy dfendre. Ces normes dfinissent en effet directement lesprotocoles techniques susceptibles de rguler nos pratiques rticulaires1.Ce quon prend pour un affaissement symbolique rsulte donc en fait delimplmentation des normes au niveau mme des chanes opratoires. Lacommunication en rseau nest pas un jeu chaotique et pulsionnel, cestun entrelacs de rgles juridiques, industrielles et techniques, tellementdiscrtes quon simagine les avoir court-circuites. On savait dj que lemdium compte au moins autant que le message. Dsormais, on doitadmettre que le moindre de nos messages se double dune informationsur linformation qui en dtermine la valeur: message is metatag. Pour lesmoteurs de recherche, les annonceurs (datamining) ou les communautsdamis (Facebook), peu importent les contenus, seules comptent lesmtadonnes dindexation, didentification et de localisation. Cest cequil faut analyser toujours plus finement, car cest ce quil faut rendredisponible pour le croiser avec dautres donnes.Des systmes de signes aux systmes de tracesDans lenvironnement numrique, la trace nest donc plus une inscrip-tion seconde, qui accde au symbolique par leffet dune coupure avec leprsent de lmission. Elle est consubstantielle lacte communication-nel. Indpendante dune intention, intgre au mdium (cest--direautomatise) et archi-codifie (jusquau code-barre dans lInternet desobjets), elle prcde pour ainsi dire le message quelle enregistre. Ainsi,1 Mathias, Paul, op. cit., p.63.MEI, n29 (Communication, organisation, symboles), 2008160aprs avoir appris quon ne peut pas ne pas communiquer, nous devonsadmettre quon ne peut pas ne pas laisser de trace. Outre les divers agisse-ments par lesquels nous signalons notre prsence consciemment, lestraces produites par les machines et par les autres composent une ombrenumrique1 en expansion constante. Historiques de navigation,commentaires de blogs, listes de diffusion, rseaux affinitaires, imagescaptures nul nest plus en mesure de contrler entirement cettetraabilit, qui chappe largement tout surplomb.Pour penser une telle mutation, on ne saurait sen tenir la seule analysedes messages et des discours. En oblitrant les dimensions machinique etorganisationnelle de linformation, lapproche smiologique ou rhto-rique manque lessentiel de ces transformations. Non parce quelles obi-raient aux seules dterminations techniques, mais parce quelles touchentau caractre indissociablement social et technique de la mdiation.Dcrits en termes de traces, les faits de communication font au contraireapparatre des processus dorganisation, hors desquels linanit desmessages peut laisser penser lextinction du symbolique.Toute mise en traces suppose en effet une mise en ordre, qui affecte lafois les stocks (classements), les connaissances (classifications) et leshirarchies (droit daccs). Elle assigne aux donnes un site, qui produitlespacement ncessaire aux accs, parcours ou appropriations. Elle faitjouer le principe dconomie, qui vise rduire lencombrement desstocks et des canaux (miniaturisation, simplification, compression), etqui produit du mme coup le supplment dune conversion dchelle. Elleengage enfin une anticipation, en prescrivant des normes dusages (plate-forme de partage, wiki, nuages de tags), qui modlisent leur tour desmanires de percevoir, dcrire, dchanger ou de penser.Ce que nos tudes doivent mettre en lumire, ce nest pas une grammairequi rglerait lavance toutes nos interactions, mais linterfaage destechniques, des savoirs et des croyances o la raison slabore. Carlefficacit symbolique de nos actes communicationnels procde moinsdes codes de signification que des systmes de traces qui informent1 Expression emprunte John Gantz, directeur de recherche et vice-prsidentchez IDC, dans une tude sur lexpansion de lunivers numrique. Disponiblesur http://france.emc.com/about/news/press/2008/20080311-01.htmPrsence numrique : du symbolique la trace Louise Merzeau161lespace et le temps en amont. Programmes, interfaces, rseaux,mmoires: bien plus que lagencement des signes et leur articulation un rfrent, ce sont ces dispositifs qui conditionnent nos dispositions.Cest dautant plus important que dans lenvironnement numrique,lutilisateur nest plus contraint par une critriologie de conservation ou unsystme daccs linformation constitus a priori. Utilisateur de sesmmoires, il en est aussi et dabord le rassembleur et lorganisateur1. Ildispose des ressources, des instruments de traitement et des outils luipermettant dagencer des liens qualifis entre les donnes. Du moins,cest lui qui actualise la plasticit informationnelle, prformate dans lescodes informatiques et les standards industriels.Quel pouvoir symbolique?Pas plus quelle ne dissipe le code ou la loi, lhypersphre nabolit pas lesmdiations. Lillusion dune communication directe et sans dlai,alimente par les discours de promotion des quipements et des produitsde lindustrie culturelle, nest tenace que parce quon persiste sparercontrainte technique et ordre symbolique. Cette utopie na dautre butque de faire croire lutilisateur quil est acteur, quand on fait justementtout pour le rduire au statut de consommateur. Montrer linverse quelespace public dpend, non des gots et des humeurs individuelles, maisde lagencement collectif des traces, cest souligner quil ny a pas detechnique qui ne soit politique. Constatation qui ne vise pas dnoncerun tat de fait, mais au contraire rhabiliter la fonction de mdiationdans toute communication.Faire de lInternet un monde plat, immdiat et dhirarchis, cestlaisser le champ libre aux stratgies de pouvoir entrepreneuriales outatiques qui cherchent en permanence le contrler. Le danger nest pasla disparition des intermdiaires, mais la confiscation de la mdiation parles seules logiques du marketing et de la surveillance. Dlguer la norma-lisation de la prsence numrique aux seuls standards technologiques1 Stiegler, B., 1992. tat de la mmoire et mmoire de ltat, texte critpour le Catalogue du pavillon franais de lExposition universelle de Svillede 1992. Disponible sur http://www.arsindustrialis.org/?q=node/1936MEI, n29 (Communication, organisation, symboles), 2008162revient oublier que ces standards ont eux-mmes une porte symbo-lique. Nous devons au contraire nous rapproprier collectivement largulation de nos traces. tats, collectivits locales, corporations, syndi-cats, associations: tous les mdiateurs doivent participer la gestion desidentits, pour tablir de nouvelles rgles de sociabilit.La difficult est due au fait que les enjeux de pouvoir se sont dplacs dumot dordre vers le mot de passe1, et de lmission vers lindexation. Cene sont plus les orateurs ou les auteurs qui pensent pour nous, maisles moteurs et les agrgateurs. Cest ce qui explique que les donnespersonnelles et plus encore les algorithmes de calcul des pertinences(comme le fameux PageRank de Google) sont au cur des dynamiquesde concurrence et dinnovation. Le pouvoir appartient ceux qui saventarchiver, croiser et crawler les donnes. Naturellement, les dtenteurs dece pouvoir dnient eux-mmes que ce savoir-faire leur confre un pou-voir symbolique considrable, prfrant nous laisser croire quils secontentent de mettre linformation notre disposition. Pourtant, ce sontbien des thiques propritaires qui fondent les procdures daccs et de par-ticipation au Rseau. Car, pour les organisations entrepreneuriales, il sagitde rendre [les usages] compatibles avec leurs propres intrts, essentiellementconomiques, parfois galement idologiques, voire de mettre en avant leurpropre culture dentreprise2.En de de ces logiques marchandes, lenvironnement numrique reposesur des rgulations tellement dissimules et mconnues quon en oublielexistence. La gouvernance invisible de lInternet joue ainsi un doublerle. Dune part, elle remplit en arrire-plan des fonctions tradition-nelles dattribution, darbitrage et de rglementation (comme lICANN).Dautre part, elle alimente, par son invisibilit mme, la mythologielibertaire du Rseau qui lui permet de continuer se dvelopper. Cefonctionnement ddoubl de lordre symbolique se retrouve dans chaquemaille de la Toile. Ainsi le succs populaire de Wikipdia comme sonindniable porte pistmologique sexpliquent la fois par la prsence1 Deleuze, Gilles, 1990.Le chiffre est un mot de passe, tandis que les socitsdisciplinaires sont rgles par des mots dordre, Post-scriptum sur lessocits de contrle, Lautre journal, n1, mai 1990.2 Mathias, Paul, op. cit., p.60.Prsence numrique : du symbolique la trace Louise Merzeau163dun systme de mdiation trs sophistiqu et par le fait quil demeureinvisible la plupart des usagers.ConclusionQue la collectivit se dhirarchise, que linformation se personnalise etque la connaissance se dlocalise, cela ne fait pas de doute. Mais cesdconstructions ne dtruisent que les totalits objectivables, artificielle-ment construites pour sparer le social du politique. la diffrence desformes religieuses ou idologiques, lordre symbolique qui se construitdans la sociabilit numrique est log dans le mdium mme. Lidal oule bien commun ne sont pas projets dans un ailleurs mythique (origine,hritage ou destin), mais dans le maillage mme du rseau, comme struc-ture, comme image et comme rgle. Si elle prend la forme dun patch-work dsordonn et prolifrant de signes identitaires1, la prsence num-rique nest donc pas pour autant synonyme dun effondrement symbo-lique. Elle dporte en revanche le travail de la mdiation dans les couchespeu visibles de loutil, du canal et de la norme, quil est donc urgent de serapproprier en tant que symboles.1 Cardon, Dominique, 2008. Pourquoi sommes-nous si impudiques? inActualits de la recherche en histoire visuelle, 12octobre 2008. Disponible surhttp://www.arhv.lhivic.org/index.php/2008/10/12/835-pourquoi-sommes-nous-si-impudiquesPARTIE IVIMAGES ET TRACESCorps, nombre, lumire.Les phnomnes colors dil-ocan,image 3D exprimentaleAnne-Sarah Le Meur*Universit de Paris I (Panthon-Sorbonne)Anne-Sarah Le Meur travaille actuellement en 3D temps rel, sur OpenGl, pourraliser un environnement interactif panoramique 360 degrs, Au creux delobscur, bas sur le dsir de percevoir du spectateur. Ce projet tant quasimenttermin (Outre-ronde, rsidence ZKM, 2006-2009), sa partie visuelle est prsen-te sous forme de projection vido ou/ et performance-clavier: il-ocan, 2007.Sappuyant sur ces travaux, le texte prsent ci-dessous envisage la programmationdes changements de couleurs comme un processus, une organisation dynamique etinterroge le comportement de la couleur dans lespace. La question delorganisation spatiale des lments se dcouvre indissociable de leur significationsymbolique, toutes deux lies aux sensations visuelles.Ci-aprs, la surface sur fond noir, lgrement incline, un brouillard grisclair dans le coin suprieur gauche, apparat plisse. Les deux lumires,lune noire aux bords rougeoyants, lautre blanche, de force quasiidentique, se frlent.* aslemeur@free.fr Ce texte reprend et prolonge une prsentation auColloque Create. Putting the Human Back into Colour, Charleville-Mzires,24 fvrier 2008.

Recommended

View more >