Rapport final 2 TREND

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    PREFECTURE DE LA REGION DILE-DE-FRANCE

    REGION ILE-DE-FRANCE

    OBSERVATOIRE FRANAIS DES DROGUES ET DES TOXICOMANIES

    Observatoire rgional de sant dIle-de-France

    tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003 Tendances rcentes et nouvelles drogues (TREND)

    Juin 2004

    La coordination du dispositif TREND Paris et la rdaction du rapport ont t ralises par

    Sandrine HALFEN et Isabelle GRMY Observatoire rgional de sant dIle-de-France

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    2

    Nous remercions toutes les personnes qui ont particip au dispositif

    TREND Paris, notamment les responsables de lobservation de terrain,

    Jimmy Kempfer (espace festif) et Guillaume Pfaus (espace urbain), ainsi

    que les quipes et les usagers des structures de premire ligne (Aides-

    Audvih, Ego et Nova Dona) pour leur prcieuse participation au

    dispositif TREND.

    Nous remercions galement, pour leur collaboration lors de la mise

    jour du recensement des structures de prise en charge des usagers de

    drogues et des automates (distributeurs/rcuprateurs de seringues) en

    Ile-de-France, Madame Moyse et Madame Denajar de la DASS de Paris,

    Monsieur Houette de la DASES, Monsieur Vernet de la DDASS de Seine-

    et-Marne, Monsieur Goux et Monsieur Patrick Bouti de la DDASS des

    Yvelines, M. Douceron de la DDASS de lessonne, Madame Boucheny de

    la DDASS des Hauts-de-Seine, Madame Borgalli-Lasne de la DDASS de

    Seine-Saint-Denis, Madame Falip et Madame Zerbit de la DDASS du Val

    de Marne, Monsieur La Ruche de la DDASS du Val dOise.

    Nous remercions enfin lObservatoire franais des drogues et des

    toxicomanies dont le financement a permis la ralisation de cette tude

    ainsi que lquipe TREND de lObservatoire franais des drogues et des

    toxicomanies, Pierre-Yves Bello, Abdalla Toufik, Michel Gandilhon,

    Isabelle Giraudon, Nicolas Bonnet, pour son soutien mthodologique et

    logistique.

  • Sommaire

    3

    Sommaire

    Introduction p. 5

    Mthode p. 11

    Points de repres sur la toxicomanie Paris et en Ile-de-France p. 25

    Les usagers et les contextes de consommation p. 35

    Caractristiques des usagers p. 37

    Modalits dusage p. 53

    tat de sant des usagers p. 61

    Organisation des trafics p. 67

    Les produits consomms p. 73

    Lusage de cannabis et de ses drivs p. 75

    Lusage des opiacs (hrone, Subutex, mthadone, sulfate de morphine) p. 81

    Lusage des produits stimulants (cocane, crack, ecstasy, amphtamines) p. 99

    Lusage des produits hallucinognes (LSD, ktamine, GHB, champignons) p. 119

    Lusage des mdicaments psychotropes (Rohypnol, Rivotril, Artane) p. 129

    Synthse des observations p. 135

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    4

  • Introduction

    5

    Introduction

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    6

  • Introduction

    7

    LObservatoire franais des drogues et des toxicomanies (OFDT) a mis en place depuis 1999 un

    dispositif national intitul TREND, Tendances rcentes et nouvelles drogues, visant reprer

    les nouvelles tendances de consommation de produits psychoactifs. Ce dispositif repose sur un

    rseau de douze sites dobservation en France mtropolitaine et dans les dpartements doutre-

    mer 1. La coordination de chaque site dobservation est ralise au niveau local et lOFDT

    assure la coordination du rseau des sites.

    Ce dispositif repose, au niveau de chaque site, sur le recoupement des informations obtenues

    selon quatre types de dmarches : une observation ethnographique en milieu festif et en milieu

    urbain, la ralisation de groupes focaux associant dune part des professionnels des champs

    sanitaires et dautre part des acteurs de la police et de la justice, la passation de questionnaires

    quantitatifs auprs dusagers frquentant des structures de premire ligne et de questionnaires

    qualitatifs auprs dquipes en charge des structures de premire ligne et dassociations de

    rduction des risques intervenant dans les vnements festifs techno.

    L'Observatoire rgional de sant d'Ile-de-France assure depuis 2002 la coordination de TREND

    pour le site francilien 2 mais ce site a t intgr au dispositif TREND ds 1999.

    Modifications du dispositif TREND Paris en 2003

    Quelques limites, observes en 2002 pour Paris et la Seine-Saint-Denis, ont conduit

    lObservatoire rgional de sant dIle-de-France, en accord avec lOFDT, modifier quelque

    peu le dispositif TREND pour lanne 2003.

    1 En France mtropolitaine, Bordeaux, Dijon, Lille, Lyon, Marseille, Metz, Paris, Rennes et Toulouse et dans les dpartements doutre-mer, la Guyane, la Martinique et la Runion. 2 S. Halfen, I. Grmy, Phnomnes mergents lis aux drogues Paris et en Seine-Saint-Denis en 2002, Tendances rcentes et nouvelles drogues (TREND), ORS Ile-de-France, septembre 2003 et OFDT, Observations locales des drogues, Observations sur les usagers de drogues en 2002 dans douze sites en

    France, rapports locaux du rseau des sites TREND, OFDT, mai 2003, P.Y. Bello, A. Toufik, M. Gandilhon, I. Giraudon, N. Bonnet, Phnomnes mergents lis aux drogues en 2002, quatrime rapport national du dispositif TREND, OFDT, juin 2003. Tous les documents (rapports de site et rapports nationaux) sont disponibles sur le site de lOFDT : www.ofdt.fr.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

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    Ces changements ont pour objectif damliorer la fiabilit des analyses, en favorisant le

    recoupement des informations recueillies. En effet, une information portant sur un phnomne

    mergent sera considre comme tant dautant plus fiable quelle sera rapporte par diffrentes

    personnes et/ou en diffrents endroits.

    Tout dabord, lensemble du dispositif a t recentr sur le seul dpartement de Paris, afin, avec

    des moyens comparables 2002, de multiplier les sites dobservation dans cette ville et rduire

    au maximum la possibilit quun phnomne puisse totalement chapper lobservation issue

    du dispositif TREND. Le dispositif TREND 2003 a donc exclusivement port sur Paris.

    En milieu festif, lobservation a t largie en 2003 dautres courants musicaux que la techno,

    tels que le ragga, le reggae, le drum'n'bass, le hip hop, le hardcore, etc. Le dispositif a t plus

    gnralement ouvert dautres vnements (clubs, soires, raves payantes) que les seuls

    vnements festifs underground du type free-party et tecknival.

    LOFDT a souhait faire voluer en 2003 le dispositif national dobservation ethnographique

    afin de le rendre plus efficace. (cf. partie mthodologie).

    Les espaces tudis Paris en 2003

    La collecte des donnes pour le site TREND Paris concerne lensemble du territoire de la

    ville. Nanmoins, certains espaces ont t plus particulirement concerns par lobservation en

    milieu urbain et ont fait lobjet dune exploration approfondie durant lanne 2003. Ces espaces

    ont t choisis pour leur diversit au regard des usages et des usagers frquentant ces lieux.

  • Introduction

    9

    Ainsi, trois zones gographiques ont fait lobjet dune observation approfondie :

    le nord-est de Paris : essentiellement le quartier de la Goutte dOr, Chteau Rouge, le

    boulevard de la Chapelle, le carrefour Marcadet-Poissonniers, la Porte de la Villette, la

    Porte de Clichy

    le centre de Paris : essentiellement le quartier des Halles, de Rambuteau, le boulevard

    Sbastopol, le quartier de Strasbourg Saint-Denis

    le sud de Paris : essentiellement les 14me et 15me arrondissements.

    En milieu festif, les observations ont port la fois sur des vnements alternatifs (free parties,

    sound systems), mais aussi des soires dans certains clubs ou discothques (Flche dOr,

    Batofar, Gibus, Amnsia, Rex, etc.) ou dans des bars thmes ou branchs techno du 11e

    arrondissement de Paris.

    Outre ces vnements, les informations sur le milieu festif ont t recueillies dans un festival

    hip hop Alliance Urbaine Bagneux, la manifestation de lAppel du 18 joints ainsi

    qu deux manifestations contre les lois de Scurit Quotidienne, la Fte de la musique (21

    juin 2003 sur les quais de la Seine), la Techno Parade Paris, un teknival, une fte techno

    dans un chteau, la fte techno Attentat sonore Cergy Pontoise (95) ainsi qu diffrentes

    ftes (Gaia Concept Password is love , Trance, Hommage Willyman , Electronicaes,

    etc.).

    Le rapport TREND 2003 relatif Paris

    Le rapport relatif lobservation TREND Paris en 2003, qui alimentera le rapport national

    ralis par lOFDT paratre prochainement, se compose de trois chapitres.

    Le premier a pour principal objectif de fournir quelques donnes quantitatives de cadrage sur la

    toxicomanie Paris, et plus gnralement en Ile-de-France. Ces donnes sont issues de

    diffrentes sources disponibles dinformations (donnes de ventes de produits de substitution

    aux opiacs, de matriel strile dinjection, dinfractions la lgislation sur les stupfiants, de

    dcs par surdose), complts par un recensement des structures de prise en charge des usagers

    de drogues et des automates (distributeurs/rcuprateurs de seringues) en Ile-de-France.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

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    Les deux chapitres suivants sattachent dcrire spcifiquement les observations ralises en

    2003 dans le cadre du dispositif TREND Paris.

    Le premier de ces chapitres prsente une approche transversale des observations, et non une

    approche par produit, et porte sur les caractristiques des usagers et leur tat de sant ainsi que

    sur les contextes de consommation et lorganisation des trafics. Il sagit dans ce chapitre de

    rendre compte des observations qui ne sont pas spcifiques un produit.

    Le second de ces chapitres aborde, en revanche, les usages avec une approche par produit : les

    opiacs (hrone, Subutex, mthadone, Sknan/Moscontin, Nocodion, rachacha,

    opium), les produits stimulants (cocane, crack/free base, ecstasy, amphtamines), le cannabis,

    les produits hallucinognes (LSD, ktamine, GHB, protoxyde dazote, champignons

    hallucinognes, salvia divinorum) et les mdicaments psychotropes.

    Pour chacun de ces produits, une premire partie porte plus spcifiquement sur les usagers

    (leurs caractristiques et leurs modalits dusages) et une seconde plus strictement sur le produit

    (sa disponibilit, son prix, le trafic, la perception du produit, les problmes sanitaires associs

    lusage du produit).

    Dans les deux derniers chapitres, laccent est plus particulirement mis sur les phnomnes

    mergents lis aux usages et aux usagers : nouveaux groupes de consommateurs ou

    modifications des caractristiques des usagers, changements dans les procdures de prparation,

    dans les modes dadministration et dans les associations de produits, modifications du trafic et

    de sa visibilit, apparition ou disparition dun problme de sant en relation avec la prise dun

    produit, etc.

  • Mthode

    11

    Mthode

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    12

  • Mthode

    13

    Prsentation du dispositif TREND 3

    Depuis sa mise en place en 1999, le dispositif TREND sappuie notamment sur un rseau de

    sites situs en France mtropolitaine et dans trois dpartements doutre-mer. Les 12 sites

    appartenant au rseau sont les suivants : Bordeaux, Dijon, lIle-de-France (Paris, Seine-Saint-

    Denis), Lille, Lyon, Marseille, Metz, Paris, Rennes, Toulouse pour la France mtropolitaine ; la

    Guyane, la Runion et la Martinique pour les dpartements doutre-mer. Lensemble de ces sites

    constituent un des lments du systme dinformation sur les phnomnes mergents lis

    lusage de drogues du dispositif TREND.

    La prsente introduction vise fournir au lecteur les lments de comprhension ncessaires

    une bonne lecture de ce [rapport]. La premire partie traitera des objectifs du dispositif TREND

    dans son ensemble et des moyens quil utilise ou quil sest forg pour les raliser ; la seconde

    sattardera plus spcifiquement sur le rseau des sites en dcrivant son fonctionnement et les

    outils dont il dispose pour llaboration [].

    Objectifs

    Lobjectif du dispositif TREND est de fournir, en complment des dispositifs existants, des

    lments de connaissance sur les phnomnes mergents lis aux usages de drogues. Ces

    lments doivent permettre aux diffrents acteurs investis dans le champ de la toxicomanie,

    quils soient mdecins, travailleurs sociaux, usagers, responsables publics, de disposer

    dinformations prcoces sur les phnomnes relevant de lusage de drogues afin dlaborer des

    rponses rapides et permettre ainsi une meilleure protection des usagers et de la population en

    gnral. Lobservation est oriente en priorit en direction de lusage de substances illicites,

    lequel, du fait de sa faible prvalence dans la population, chappait aux enqutes

    pidmiologiques classiques. Le dispositif TREND est fond essentiellement sur la dtection

    des phnomnes mergents, lesquels recouvrent soit des phnomnes indits soit des

    phnomnes existants mais qui navaient pas t dtects par les systmes dobservation en

    place.

    3 Cette partie est extraite de la synthse nationale de lensemble des sites : Bello P.-Y., Toufik A., Gandilhon M., Giraudon I., Bonnet N., Phnomnes mergents lis aux drogues en 2002. Quatrime rapport national du dispositif TREND, Paris, OFDT, juin 2003, 288 p.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    14

    Dans ce cadre, le dispositif TREND tente dobserver les volutions partir de six thmatiques

    principales :

    les populations mergentes dusagers de produits ;

    les modalits dusage de produits ;

    les dommages sanitaires et sociaux associs la consommation de produits ;

    les produits mergents ;

    les modalits dacquisition de proximit ;

    les perceptions et reprsentations des produits.

    Pour ce faire, deux espaces principaux dinvestigation ont t dlimits : lespace urbain et

    lespace festif techno. Lespace urbain recouvre pour lessentiel les usages et les modalits

    dusage observables dans les structures daccueil de bas seuil (boutiques et programmes

    dchange de seringues), les centres de soins et les lieux ouverts tels le monde de la rue et

    des squats. Lespace festif techno dsigne les lieux o se droulent des vnements festifs

    relevant de la culture techno et, ce, quel que soit le type dvnement, quil ait lieu dans le cadre

    dun club, dun technival, dune free partie voire mme dune soire prive.

    Le choix dinvestiguer en priorit ces deux espaces sest fait de manire pragmatique en se

    fondant sur lexistence dune tradition dobservation de lusage de drogues sappuyant sur des

    rseaux de personnes comptentes et exprimentes. Toutefois, cela ne signifie nullement que

    ces deux espaces puisent eux seuls la ralit de lusage de drogues en France mtropolitaine

    et dans les dpartements doutre-mer.

    Outils de collecte

    Lobservation dans ces deux espaces sappuie sur des outils spcifiques de collecte, des

    investigations spcifiques et des systmes dinformation partenaires qui prexistaient la

    cration du dispositif TREND.

  • Mthode

    15

    Les outils de collecte propres au dispositif sont constitus par le rseau des douze sites, le

    systme SINTES (analyse des drogues de synthse) et la Veille mdia (analyse des perceptions

    sur les substances illicites vhicules par un certain nombre de magazines destines un public

    compos de jeunes adultes).

    Les investigations spcifiques portent sur lapprofondissement dune problmatique particulire

    mise en vidence lors dune observation.

    Les systmes dinformation partenaires comprennent lenqute OPPIDUM des CEIP (Centre

    dvaluation et dinformation sur les pharmacodpendances), qui offre une description chaque

    anne des usagers frquentant les CSST ; le systme SIAMOIS de lINVS (Institut national de

    veille sanitaire), lequel observe lvolution des ventes de matriel dinjection et de produits de

    substitution ; lenqute ESCAPAD de lOFDT (Observatoire franais des drogues et des

    toxicomanies), qui traite, sur la base dune enqute quantitative, des consommations de

    substances psychoactives chez les jeunes de 18 ans ; les donnes de lOCRTIS (Office central

    de rpression du trafic illicite de stupfiants), qui portent sur les dcs par surdose et de la

    CNAMTS, qui scrutent lvolution des prescriptions de mdicaments appartenant la

    configuration de lusage de drogues.

    Le rseau des sites 4

    Le rseau des sites est plac depuis lanne 2001 sous la responsabilit de douze coordinations

    locales charges dassurer la ralisation de la collecte des informations ncessaires

    lidentification des phnomnes mergents lis lusage de drogues. Celles-ci ont t mises en

    place aprs deux annes de fonctionnement du dispositif afin de disposer dun interlocuteur

    pour chaque site permettant dpouser au plus prs les ralits du terrain.

    4 Cette partie est extraite de Bello P.-Y., Toufik A., Gandilhon M., Giraudon I., Bonnet N., op. cit.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    16

    Lobjectif de ces coordinations est dassurer, en partenariat avec la coordination nationale

    assure par lquipe TREND de lOFDT, la constitution et la prennit dun rseau local de

    collecte et danalyse des informations et de rdiger un rapport annuel local rendant compte des

    volutions constates sur leur site. Les outils de collecte

    Les outils de collecte dont disposent les coordinations locales sont les suivants :

    des observations ethnographiques ralises dans lespace urbain et dans lespace festif

    techno ;

    des entretiens qualitatifs, raliss laide dun cahier guide, avec des quipes en charge

    de structures de bas seuil, des associations de sant communautaire ou de rduction des

    risques dans le cadre du mouvement festif techno ;

    des groupes focaux runissant des professionnels investis dans les champs sanitaires et

    rpressifs et des usagers impliqus notamment dans les groupes dautosupport ;

    une enqute transversale quantitative ralise auprs dusagers de structures de bas seuil

    partie prenante du rseau local. Les observations ethnographiques 5

    Jusqu prsent, le recueil des donnes ethnographiques Paris et en Seine-Saint-Denis reposait

    sur le travail de trois enquteurs conduisant des observations dans des lieux trs dlimits. En

    2003, lobservation des usages a t ralise sous la responsabilit des deux personnes (lune

    pour lespace urbain, lautre pour lespace festif) charges de mettre en place un rseau

    dobservateurs de terrain (ou informateurs) disposant, indpendamment de leur participation au

    dispositif TREND, dinformations sur les consommations de produits psychoactifs. Ces

    observateurs, le plus souvent eux-mmes usagers de drogues, permettent de favoriser un accs

    un nombre dinformations dautant plus lev que leur composition est htrogne, en termes

    daccessibilit un groupe (ge, sexe, produits consomms, quartiers frquents, vnements

    festifs frquents, etc.).

    5 La description de lobservation ethnographique a t rdige par lORS Ile-de-France.

  • Mthode

    17

    Les enqutes qualitatives

    Les enqutes qualitatives reposent sur des questionnaires semi-ouverts adapts la ralit de

    chaque espace portant sur chacune des substances intressant le dispositif TREND. Les

    substances investigues pour les deux espaces sont les suivantes : hrone ; buprnorphine haut

    dosage (Subutex) ; sulfate de morphine (Sknan, Moscontin) ; mthadone ; codne ;

    cocane ; crack/free base ; cannabis ; flunitrazpam (Rohypnol) ; trihexiphenidyle (Artane) ;

    autres benzodiazpines ; solvants ; ecstasy ; amphtamines ; ktamine ; LSD ;

    opium/rachacha ; champignons hallucinognes. Pour chaque produit, les thmes abords sont

    relatifs la disponibilit, laccessibilit, au prix, la prparation, au mode dadministration,

    aux problmes de sant, aux caractristiques des consommateurs, la perception du produit, au

    trafic.

    Pour lespace urbain, les questionnaires sont remplis, en collaboration avec le coordinateur, par

    les quipes des structures de bas seuil partenaires du rseau local. Pour lespace festif techno, le

    remplissage est confi des associations travaillant sur la rduction des risques intervenant dans

    lespace festif techno.

    Les groupes focaux

    La mthode de travail recourant la constitution de groupes focaux sinspire de la pratique

    de cette technique par lOrganisation mondiale de la sant lors de diagnostics rapides de

    situation. Il sagit de runir des personnes ayant une thmatique commune mais des pratiques et

    des points de vue diversifis. Il est ainsi possible dobserver des convergences dopinion (ou des

    divergences) sur labsence, lexistence, le dveloppement de tel ou tel phnomne. On peut

    ainsi produire de manire rapide et relativement lgre des connaissances sur des volutions

    relativement rcentes. []

    Les enqutes transversales quantitatives

    Lenqute transversale quantitative est ralise, chaque anne, auprs des usagers des structures

    de bas seuil participantes de chacun des sites. Le questionnaire volue lgrement chaque anne,

    essayant de prendre en compte les remarques mises. Le recueil dinformation auprs des

    usagers se droule pendant quelques semaines. Celui-ci repose sur un questionnaire ferm qui

    aborde la description socio-dmographique de la personne, quelques lments de son tat de

    sant, ses consommations de produits psychoactifs et en 2001 quelques questions plus

    approfondies sur la consommation de buprnorphine haut dosage.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    18

    Autres outils

    Observations diverses

    Par ailleurs, dans le cadre du rseau des sites, des partenariats nationaux avec des associations

    susceptibles de rapporter des observations, sous la forme de notes destines aux coordinations

    locales, dans les deux espaces dinvestigation, peuvent tre tablis [].

    SINTES

    La plupart des coordinations TREND de mtropole sont partie prenante du systme SINTES

    (Systme didentification national des toxiques et substances). La base de donnes SINTES vise

    identifier, par le biais danalyses toxicologiques de produits de synthse, les nouvelles

    tendances (suivi pidmiologique) et les nouveaux produits (identification de molcules ou

    dassociations de molcules inconnues jusqualors). Les collectes ralises au niveau local

    permettent de disposer dinformations sur la composition des drogues de synthse qui circulent

    dans une rgion donne.

    Les systmes dinformation partenaire

    A linstar de ce qui se passe pour le dispositif national, qui a mis en place un partenariat avec un

    certain nombre de sources institutionnelles dinformations telles les CEIP, lOCRTIS, lInVS ou

    la CNAMTS, le rseau des sites bnficie des donnes prodigues par chacune des sources

    susmentionnes mais dclines lchelon local. Ces donnes, essentiellement quantitatives,

    permettent une mise en perspective des donnes qualitatives, qui composent le cur des

    rapports de site.

    Les synthses [] [de chaque site] sont donc le produit de la confrontation, de la mise en

    perspectives, des donnes obtenues, au niveau local, grce aux outils de collecte prsents plus

    haut. Cette mthode de travail, fonde sur le croisement des donnes, permet dviter la simple

    juxtaposition dinformations. Chaque rapport de site est le fruit dun processus de

    confrontations des donnes disponibles aboutissant une synthse des faits qui paraissent les

    plus pertinents et les plus confirms. Le systme dinformation franais sur les drogues se

    trouve ainsi enrichi de connaissances dcoulant directement des observations quotidiennes des

    acteurs de terrain, quels quils soient.

  • Mthode

    19

    Le rapport de site

    La rdaction des rapports de site est sous la responsabilit de chacun des coordinateurs de site.

    Une charte de rdaction et une structure communes ont t tablies conjointement par les

    coordinateurs et lOFDT. Toutefois chaque site peut adapter le plan en fonction des

    problmatiques locales.

    Ce rapport a trois objectifs :

    Contribuer la synthse nationale annuelle sur les phnomnes mergents lis aux

    drogues en France ;

    Etre un outil dapprhension des phnomnes mergents lis aux drogues au niveau

    local pour lensemble des personnes intresses et particulirement les dcideurs et les

    professionnels.

    Etre un outil de rtro information vers lensemble des acteurs du site ayant contribu

    la collecte dinformation.

    Il est important de rappeler que les collectes dinformations ralises concernent gnralement

    des populations de taille restreinte, particulirement au niveau local. Linterprtation des

    phnomnes dcrits dans les rapports de site doit donc se faire en prenant en compte les

    importantes limites mthodologiques lies lobservation de phnomnes illicites et lusifs. La

    mise disposition du lecteur de modifications prcoces des drogues de leurs usages et

    consquences, pour fascinantes quelles puissent tre, ne peut faire oublier quil ne sagit que de

    lun des aspects de lobservation des drogues et des toxicomanies et quil vient en complment

    de lappareil [dobservation] pidmiologique classique.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    20

    Les mthodes de travail utilises Paris en 2003

    Observation des usages en milieu festif et en milieu urbain

    Jusquen 2003, le recueil des donnes ethnographiques dans le dispositif TREND en Ile-de-

    France reposait sur le travail de trois enquteurs conduisant des observations dans des lieux trs

    dlimits. Afin de rendre le dispositif dobservation plus efficace, celui-ci a volu en 2003,

    permettant de recueillir des informations moins localises et davoir une image plus globale des

    phnomnes.

    Lobservation des usages a t ralise sous la responsabilit dune personne charge de mettre

    en place un rseau dobservateurs de terrain (ou informateurs ou observateurs-cls )

    disposant, indpendamment de leur participation au dispositif TREND, dinformations sur les

    consommations de produits psychoactifs.

    Ces observateurs, le plus souvent eux-mmes usagers de drogues, ont permis de favoriser un

    accs un nombre dinformations dautant plus lev que leur composition a t htrogne, en

    termes daccessibilit un groupe (ge, sexe, produits consomms, quartiers frquents,

    vnements festifs frquents, etc.). En milieu festif, des personnes vivant dans des squats

    (techno punks et teufeurs) en proche banlieue (Montrouge, 92, Vanves, 92 et Montreuil, 93) ont

    aussi t interroges.

    La responsabilit de cette observation en milieu urbain a t confie Guillaume PFAUS et

    celle de lobservation en milieu festif Jimmy KEMPFER.

    Durant lanne 2003, chaque espace dobservation a donn lieu la rdaction de quatre notes de

    synthse ainsi que de notes portant spcifiquement sur des thmes transversaux qui ont sembl

    intressants explorer en profondeur durant toute lanne.

    Pour le milieu festif, il sagit des consommations de drogues dans le milieu festif gay,

    espace qui navait pas t observ jusqu prsent et dont les consommations semblaient

    prsenter des caractristiques particulires.

  • Mthode

    21

    Dans le milieu urbain, deux thmes ont t privilgis : la question de la

    permabilit de lespace urbain et de lespace festif et celle des usages de drogues

    parmi les femmes. Ces deux thmes avaient t voqus plusieurs reprises durant

    lanne 2002 et il a sembl intressant de mieux comprendre ces deux problmatiques.

    Recueil des donnes auprs de structures de premire ligne et dassociations de rduction des risques intervenant en milieu festif

    Une enqute quantitative par questionnaire auprs dusagers de structures de premire

    ligne a t ralise durant le second semestre 2003. Quatre structures parisiennes ont particip

    au recueil des donnes auprs des usagers :

    ACCUEIL EGO (18me arrondissement) : 53 questionnaires

    AIDES-AUDVIH (1er arrondissement) : 53 questionnaires

    STEP (18me arrondissement) : 45 questionnaires

    NOVA DONA (14me arrondissement) 37 questionnaires.

    Au total 188 questionnaires ont t complts par les quipes des structures auprs des usagers.

    La saisie a t ralise par lOFDT et lexploitation statistique a t conduite lORS Ile-de-

    France avec le logiciel SAS 8.02.

    Une enqute qualitative par questionnaire visant raliser un tat des lieux de lusage de

    drogues dans lespace urbain et dans lespace festif a t conduite durant le dernier trimestre

    2003. Les quipes de trois structures de premire ligne ainsi que de deux associations ralisant

    des actions de rduction des risques en milieu festif ont particip ce recueil :

    EGO/STEP (18me arrondissement)

    AIDES-AUDVIH (1er arrondissement)

    NOVA DONA (14me arrondissement)

    ASSOCIATION LIBERT (milieu festif)

    ASSOCIATION TECHNO PLUS (milieu festif)

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    22

    Entretiens auprs de professionnels de sant

    Des entretiens auprs de diffrents professionnels de sant, pour la plupart ayant particip au

    dispositif TREND en 2002, ont t conduits en 2003, visant identifier des changements dans

    le profil des usagers, dterminer si des phnomnes nouveaux ou une symptomatologie

    nouvelle lis aux consommations de drogues avaient t observs. Les entretiens ont t raliss

    avec des mdecins, des pharmaciens, un alcoologue et une infirmire.

    Toutes les donnes recueillies en 2003 dans le cadre du dispositif TREND Paris, travers les

    diffrentes mthodes prsentes ci-dessus, ont t informatises puis classes par produit et par

    thme partir dune base dorganisation des donnes fournie par lquipe TREND de lOFDT 6.

    Ainsi, pour chaque produit, les informations ont t classes selon diffrents thmes (une

    information pouvant apparatre dans plusieurs thmes) : Disponibilit, Accessibilit, Prix,

    Prparation-temporalit, Mode d'administration, Effets-frquence-intensit, Rgulation-

    polyconsommation, Sant, Groupes de consommateurs, Perception des usagers, Perception des

    non-usagers, Appellations, Petit trafic, Scne ouverte.

    Les donnes pour Paris ont donc t confrontes les unes aux autres pour conduire les analyses

    prsentes dans ce rapport.

    6 Il sagit dune base ralise partir du logiciel QSR Nvivo.

  • Mthode

    23

    Contributions au dispositif TREND Paris en 2003

    Observation des usages en milieu urbain et en milieu festif

    Responsable de lobservation de terrain concernant lespace urbain : Guillaume PFAUS

    Responsable de lobservation de terrain concernant lespace festif : Jimmy KEMPFER,

    collaborateurs principaux : Benot DELAVAULT, Arnaud SOLANET

    Enqute par questionnaire qualitatif auprs des quipes des structures de premire ligne et des associations de rduction des risques Milieu urbain

    Espoir Goutte dOr : Paris, 18me. Recueil des donnes coordonn par Ccile

    ROUGERIE, avec laide de Philippe BLANGIS, Diab DIALLO et Nordine

    BENASSA ainsi que la participation dusagers.

    Nova Dona : Paris, 14me. Recueil des donnes coordonn par Mustapha

    BENSLIMANE

    Aides Audvih : Paris, 14me. Recueil des donnes coordonn par Reno DELACROIX,

    Jean-Jack LE BACQUER, Laurent GERLAUD

    Milieu festif

    Techno plus : Recueil des donnes coordonn par Matthieu BENAYOUN et Djamila

    MEGHAIZEROU

    Association Libert : Recueil des donnes coordonn par Jimmy KEMPFER

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    24

    Enqute par questionnaire quantitatif auprs des usagers des structures de premire ligne

    L'enqute s'est droule entre mai et juillet 2003 l'Accueil Ego, Step et Nova Dona et entre

    aot et septembre 2003 Aides-Audvih. Au total, le nombre de questionnaires remplis est le

    suivant : Accueil Ego : 53, Aides-Audvih : 53, Step : 45 et Nova Dona : 37, soit un total de 188

    questionnaires.

    Entretiens avec des professionnels de sant

    Monsieur BARY, mdecin, directeur du Centre du Moulin Joly, Croix rouge franaise,

    (11me)

    Madame DJURIC, infirmire, Centre du Moulin Joly, Croix rouge franaise, (11me)

    Monsieur BONNET, pharmacien, ECIMUD de la Salpetrire (13me)

    Monsieur EDEL, praticien hospitalier, ECIMUD de la Salpetrire (13me)

    Monsieur JAURY, mdecin libral, Rseau Rive Gauche (15 me)

    Monsieur LAFRAGETTE, pharmacien libral (7 me)

    Madame THPOT, alcoologue, service dhpatologie de lhpital Necker (15 me)

    Nous remercions toutes ces personnes pour leur prcieuse collaboration.

  • Points de repres sur la toxicomanie Paris et en Ile-de-France

    25

    Points de repre

    sur la toxicomanie

    Paris et en Ile-de-France

  • 26

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  • Points de repres sur la toxicomanie Paris et en Ile-de-France

    27

    Paris se rvle de loin le dpartement le plus confront la toxicomanie

    La comparaison des diffrents indicateurs issus dILIAD 7 relatifs aux usagers de drogues (voir

    tableau 1) montre que la rgion Ile-de-France, notamment Paris, demeure, actuellement encore

    particulirement touche par les problmes de toxicomanie. Ainsi, les indicateurs relatifs au

    recours au systme mdico-social, aux ventes de Stribox et de Subutex en pharmacies de

    ville ainsi quaux dcs par surdoses placent Paris (et plus gnralement la rgion Ile-de-France)

    au premier rang des dpartements de France confronts la toxicomanie.

    Si la rgion Ile-de-France a depuis toujours t trs touche par les problmes de toxicomanie,

    ces dix dernires annes ont vu des modifications profondes des caractristiques des usagers de

    drogues, principalement en raison du dveloppement de la politique de rduction des risques.

    Changement de physionomie de la toxicomanie avec la politique de rduction des risques

    Initie en 1987 avec la vente libre des seringues et poursuivie en 1995/1996 avec les traitements

    de substitution aux opiacs (mthadone et Subutex), la mise en place de la politique de

    rduction des risques, a entran une forte diminution de la mortalit par surdoses, une baisse

    des risques infectieux et a permis une meilleure prise en charge des toxicomanes.

    La diffusion des traitements de substitution a conduit un nombre croissant dusagers dopiacs

    sengager dans une dmarche de soins. Les ventes de Subutex en pharmacies de ville ont ainsi

    fortement augment. Paris demeure le dpartement d'Ile-de-France o les ventes de produits de

    substitution sont les plus importantes : plus de 40 % des ventes de Subutex en Ile-de-France et

    prs de 60 % de celles de mthadone dlivre en mdecine de ville sont ralises dans la seule

    capitale.

    7 Le dispositif ILIAD, Indicateurs locaux pour linformation sur les addictions, mis en place par lODFT, regroupe des donnes sur les addictions provenant de diffrentes institutions, notamment de lInstitut de veille sanitaire, de lOffice central pour la rpression du trafic illicite de stupfiants, de la Direction de la recherche, des tudes, de l'valuation et des statistiques du ministre de l'Emploi et de la Solidarit.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    28

  • Points de repres sur la toxicomanie Paris et en Ile-de-France

    29

    La diffusion des traitements de substitution a entran une forte baisse de lusage dhrone,

    (usage qui aujourdhui ne semble plus en recul) comme en tmoigne, par exemple, le fait que le

    nombre dinfractions pour usage dhrone a t divis par prs de quatre entre 1994 et 2000

    alors que, durant la mme priode, celui de cannabis tait multipli par prs de trois.

    Impact sanitaire important de la politique de rduction des risques

    La diffusion des traitements de substitution, en entranant une diminution de la consommation

    dhrone, a eu en particulier pour consquence de rduire trs sensiblement le nombre de dcs

    par surdoses enregistrs par les services de police : de 299 dcs par surdoses en 1994 en Ile-de-

    France, ce nombre sest stabilis autour de 50 depuis 1999 (13 Paris en 2002).

    Paralllement la diffusion des traitements de substitution aux opiacs, lutilisation du matriel

    de prvention (Stribox, seringues, kits dinjection, etc.) sest largement diffuse chez les

    usagers depuis la fin des annes 80, limitant ainsi les pratiques de partage et les risques

    infectieux, notamment du VIH et du virus de lhpatite C (VHC).

    Outre la baisse probable des contaminations par le VIH, la politique de rduction des risques a

    aussi permis de faciliter pour les usagers de drogues les contacts avec les professionnels de

    sant. Elle a favoris un meilleur suivi thrapeutique du VIH, ayant permis de rduire la

    mortalit par sida chez les usagers de drogues.

    Nanmoins, si la diffusion des Stribox et laccs diversifi au matriel strile dinjection ont

    probablement diminu de faon importante, chez les usagers injecteurs, les contaminations par

    le VIH, limpact semble moins vident sur la prvalence du VHC. D'aprs diffrentes

    enqutes 8, la prvalence du VHC reste leve chez les usagers de drogues, comprise entre 43 %

    et 73 % selon les tudes. Lenqute ralise en 2002 auprs des usagers des structures de

    premire ligne dans le cadre du dispositif national TREND a montr une prvalence du VHC de

    62 % parmi les usagers ayant utilis linjection au cours de la vie (comme au cours du dernier

    mois) et de 12 % parmi ceux ayant utilis le sniff mais jamais linjection (TREND/OFDT).

    8 Emmanuelli J., Jauffret-Roustide M., Barin F., Epidmiologie du VHC chez les usagers de drogues, France, 1993-2002 , Bulletin pidmiologique hebdomadaire, Numro thmatique Epidmiologie de lhpatite C, N 16-17/2003, 22 avril 2003, pp. 97-100.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    30

    Tableau 2 : Rpartition des structures de prise en charge et des outils de rduction des

    risques par dpartement en fvrier 2004

    Les structures de prise en charge Nb total de

    CSST (1) Dont

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    Ile-de-France 58 + 3 MP* 47+ 2 MP* 8 1 16 7

    * MP : CSST en milieu pnitentiaire ** l'un des CSST intervient aussi en milieu pnitentiaire

    Les automates Distributeur

    seul non coupl un rcuprateur

    Rcuprateur seul non

    coupl un distributeur

    Distributeur coupl un rcuprateur

    Totem de prvention

    Total des automates en 2004

    Total des automates en 2000

    (2) Paris 16 0 3 5+4 * 28 18 Seine-et-Marne 0 0 1 0 1 0 Yvelines 0 0 0 0 0 0 Essonne 2 0 9 1 12 12 Hauts-de-Seine 16 0 7+1* 3 27 27 Seine-St-Denis 7 0 5 4 16 16 Val-de-Marne 11 0 14 4 29 16 Val-d'Oise 1 2 4 1 8 8

    Ile-de-France 53 2 44 22 121 97

    * Automates se composant de deux distributeurs

    (1) Les Centres spcialiss de soins pour Toxicomanes (CSST) ont t comptabiliss selon le nombre de lieux de consultations, y compris les annexes, et non selon le nombre dassociations grant ces structures. (2) Donnes mises jour en juillet 2000

    Sources : les DDASS d'Ile-de-France, la DASS de Paris, la DASES de Paris Donnes transmises en fvrier 2004

  • Points de repres sur la toxicomanie Paris et en Ile-de-France

    31

    Rpartition ingale du dispositif de rduction des risques selon les dpartements dIle-de-France

    Dans la rgion Ile-de-France, on assiste globalement un renforcement des politiques de

    rduction des risques avec une augmentation du nombre de CSST dlivrant de la mthadone,

    des installations supplmentaires de distributeurs et/ou rcuprateurs de seringues et une

    augmentation de la prise en charge par les mdecins de ville des traitements de substitution par

    le Subutex. Ces dernires annes ont en effet t marques par une diversification des

    dispositifs, permettant datteindre des usagers de drogues ayant des profils, des demandes et des

    besoins diffrents.

    Cependant, en termes dquipement, il existe dimportantes disparits entre les dpartements,

    variant de aucun distributeur et/ou rcuprateur de seringues dans les Yvelines 29 dans le Val

    de Marne (voir tableau 2).

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    32

    Graphique 1 : Rpartition par arrondissement des structures de prise en charge et des

    outils de rduction des risques Paris en fvrier 2004 9

    .T .Ds

    .C(m)

    .Ds

    .C .2C(2m)

    .B .2Ds .Dr .2T

    .3C(2m)

    .C(m) .2Ds .Dr

    .3C(m)

    .T .4C(4m)

    .B .Dr

    .C(m)

    .2C(m)

    .2B .S

    .3Dr .2T

    .B .Dr .T

    .4Dr .T

    VI

    VIII

    VII

    XV

    XVI

    XIV

    XIII

    XII

    V

    XX

    XIX

    XVIII

    XVII

    IX X

    III

    XI

    I

    II .T

    IV

    .Ds

    .C(m) .Ds

    Sources : DASS de Paris, DASES de Paris, fvrier 2004

    - C : CSST - Ds : Distributeur seul non coupl un rcuprateur - (m) : dont CSST avec mthadone - Dr : Distributeur coupl un rcuprateur - B : Boutique - S : Sleep-in - T : Totem de prvention 10 : un Totem du 1er arrondissement et du 20me arrondissement

    disposent de deux Distribox, de mme que deux Totem du 10me arrondissement

    Lecture : par exemple, le 10me arrondissement de Paris dispose de deux CSST (les deux avec mthadone), d'une "boutique", de deux distributeurs seuls, d'un distributeur coupl un rcuprateur et de deux Totem.

    9 Est exclu de la carte le CSST situ en milieu pnitentiaire dans le 14me arrondissement. 10 Le Totem de prvention est une sorte de borne qui se compose d'un distributeur de kits de prvention, d'un rcuprateur de seringues, d'un distributeur de prservatifs (gratuits ou payants selon les conventions) et d'un panneau d'information.

  • Points de repres sur la toxicomanie Paris et en Ile-de-France

    33

    Concentration dans le nord de Paris des activits autour de la toxicomanie

    A Paris, la situation est aussi trs htrogne selon les arrondissements (voir graphique 1). Si

    lemplacement des Centres de soins spcialiss aux toxicomanes (CSST) est tributaire de celui

    des hpitaux, celui des autres structures de prise en charge ( boutique , programme dchange

    de seringues, Bus) dpend davantage des politiques conduites dun arrondissement lautre, des

    besoins locaux ressentis, des priorits politiques, des lieux de vente de drogues, de prostitution,

    des politiques coercitives, des pressions exerces par les habitants pour empcher l'installation

    de ce type de structures, etc.

    Les donnes relatives aux ventes de Subutex, de Stribox, la dlivrance de mthadone,

    l'accs des distributeurs/rcuprateurs de seringues, l'existence de structures accueillant les

    usagers de drogues ( boutique et sleep-in) et de centres de soins, placent nettement en avant

    le nord-est parisien (notamment le 10me et le 18me) (voir carte ci-contre).

    Nanmoins, au cours de ces quatre dernires annes, on peut noter, dune part, un accroissement

    important du nombre dautomates installs Paris (le nombre de distributeurs est pass de 18 en

    juillet 2000 11 28 en fvrier 2004 avec cinq nouvelles implantations prvues en 2004), dautre

    part, une meilleure rpartition dans les diffrents arrondissements de Paris. Si en juillet 2000,

    six arrondissements de Paris ne disposaient daucune structure daccueil pour les usagers de

    drogues ou daucun outil de rduction des risques, ce nest plus le cas que de trois

    arrondissements actuellement (4me, 8me et 16me, indiqus en gris sur la carte ci-contre). Cet

    accs plus large au matriel dinjection, par le biais des distributeurs, peut peut-tre expliquer la

    baisse des ventes de Stribox dans les pharmacies de ville (voir tableau 1).

    11 date de la mise jour des donnes dans le cadre du rapport : Halfen S., Grmy I., Toxicomanies et rduction des risques en Ile-de-France, ORS Ile-de-France, dcembre 2000.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    34

  • Les usagers et les contextes de consommation

    35

    Les usagers et les

    contextes de consommation

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    36

    Tableau 3 : Consommation des produits parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne* (en %)

    (n = 188) Proportion d'usagers du produit

    parmi les usagers interrogs

    Usage au cours de la

    vie

    Usage au cours du

    mois

    Usage quotidien

    % dusagers quotidiens parmi

    les usagers au cours du dernier

    mois

    Cannabis 91 72 45 62 Hrone 87 31 9 29 Cocane / crack 80 44 17 (3/16)** 37 Buprnorphine 72 45 37 80 Benzodiazpines (hors Rohypnol) 49 32 17 52 Rohypnol 47 15 6 38 Mthadone 44 30 24 81 Ecstasy 35 10 1 5 Sknan, Moscontin 33 18 12 67 Codine 30 4 1 29 LSD 30 5 0 0 Amphtamines 28 6 0 0 Champignons 26 3 0 0 Poppers 19 2 0 0 Artane 12 5 2 33 Ktamine 12 4 0 0 Solvants 11 0 0 -- Rachacha 10 2 1 25

    Tabac 92 92 100 Alcool 64 21 34

    Lecture : Parmi les usagers de cannabis au cours du dernier mois (72 %), 62 % dclarent une consommation quotidienne. Au total, parmi lensemble des usagers des structures, 45 % ont indiqu avoir une consommation quotidienne de cannabis au cours du dernier mois.

    * Accueil Ego, Aides-Audvih, Step et Nova Dona ** Le premier chiffre entre parenthses correspond lusage de la cocane et le second celui du crack.

  • Les usagers et les contextes de consommation

    37

    Caractristiques des usagers

    Les usagers rencontrs dans lespace urbain Prcarit sociale des usagers des structures de premire ligne

    La population des usagers interroge dans les structures de premire ligne (Accueil Ego, Aides-

    Audvih, Step et Nova Dona) est particulirement touche par les problmes de consommation

    de produits psychoactifs (voir tableau ci-contre). Lenqute quantitative mene dans ces

    structures permet de mieux caractriser cette population dun point de vue social et

    dmographique. Cest une population essentiellement masculine : au total, 81 % sont des

    hommes et 19 % des femmes. La proportion de femmes varie nanmoins du simple au triple

    selon les structures : de 28 % Ego 9 % Step (23 % Aides et 14 % Nova Dona). L'ge

    moyen des personnes interroges est de 35,5 ans (hommes 36,0 ans, femmes 33,4 ans) avec un

    ge minimum de 20 ans et un ge maximum de 59 ans. La rpartition par ge est la suivante :

    20-29 ans, 21 %, 30-34 ans, 23 %, 35-39 ans, 27 % et 40 ans et plus, 29 %.

    Parmi l'ensemble des usagers interrogs, 60 % vivent seuls (48 % avant 35 ans et 70 % 35 ans

    et plus), moins de deux personnes sur dix vivent en couple. Alors que 12 % des usagers disent

    avoir au moins un enfant charge, seuls 5 % disent vivre avec des enfants.

    Environ la moiti des usagers dclarent vivre dans des conditions de logements relativement

    stables (logement indpendant stable 33 %, logement stable dans la famille, chez des parents ou

    des proches 12 % ou logement stable en institution 4 %) et l'autre moiti dcrit des conditions

    de logements extrmement prcaires (SDF 24 %, logement prcaire en institution 11 %,

    logement prcaire chez des proches 8 % ou autre 7 %). Les femmes (voir tableau 4 page

    suivante) semblent plus souvent que les hommes disposer d'un logement individuel stable (47 %

    contre 30 %). Les usagers de l'Accueil Ego sont de loin les plus prcariss, en termes de

    logement : seuls 11 % ont un logement individuel stable contre 42 % en moyenne dans les trois

    autres structures. Les usagers de l'Accueil Ego sont 38 % dclarer tre SDF (22 % Aides-

    Audvih et Step et 8 % Nova Dona). Si la grande majorit des usagers (91 %) ont dclar vivre

    en Ile-de-France depuis plus de 6 mois, ce sont ceux qui vivent en Ile-de-France depuis moins

    de 6 mois qui dcrivent les conditions de logement les plus prcaires. Parmi les usagers

    interrogs, 10 % ont un niveau d'tudes primaire, 61 % ont un niveau secondaire (BEPC, BEP,

    CAP), 20 % ont le niveau bac et 9 % un niveau d'tudes suprieur au bac.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    38

    Tableau 4 : Conditions de logements des usagers interrogs dans les structures de premire ligne* (en %)

    Logements stables

    (1) Logements prcaires

    (2)

    Hommes (n= 150) 48,7 51,3 Femmes (n= 36) 52,8 47,2

    Moins de 35 ans (n= 84) 47,6 52,4 35 ans et plus (n= 104) 51,0 49,0

    Aides-Audvih (n= 53) 56,6 43,4 Accueil EGO (n= 53) 20,8 79,2 Nova Dona (n= 37) 70,3 29,7 STEP (n= 45) 57,8 42,2

    Ensemble (n= 188) 49,5 50,5

    (1) Logements stables : logement indpendant stable, logement stable en famille, chez des parents, logement stable en institution (2) Logements prcaires : logement prcaire en famille, chez des parents, logement prcaire en institution, SDF, camion ou autre

    Tableau 5 : Type de ressources au cours du dernier mois parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne* (en %)

    (n = 188) Pourcentage

    dusagers ayant ces ressources

    Revenus demplois 27,1 Assedic 13,3 RMI 29,3 AAH 13,8 Aucune ressource 24,5 Aides : famille, proches, tiers 4,8 Autres 3,2

    * Accueil Ego, Aides-Audvih, Step et Nova Dona

  • Les usagers et les contextes de consommation

    39

    Les femmes semblent avoir un niveau d'tudes plus lev que les hommes (42 % ont un niveau

    bac ou plus contre 26 % des hommes).

    Au cours des six derniers mois, la plupart des personnes n'ont pas travaill : 17 % disent avoir

    eu une activit rmunre continue, 9 % une activit rmunre intermittente, 44 % dclarent

    avoir t au chmage et 16 % dcrivent d'autres types d'activit comme la mendicit, le vol, le

    deal, la prostitution, etc. Les conditions de vie sont particulirement difficiles pour les usagers

    des structures (voir tableau 5) : seuls 27 % d'entre eux citent des ressources lies un travail (y

    compris prostitution, travail non dclar, deal), 43 % citent comme ressources le RMI ou une

    AAH, et 32 % disent n'avoir aucune ressource ou vivre de la mendicit ou d'aides (famille,

    proches, tiers).

    Une nette majorit des personnes (86 %) bnficient d'une couverture sociale (55 % des usagers

    ont la CMU) mme si 10 % dclarent n'avoir aucune couverture sociale (14 % chez les

    personnes de moins de 35 ans contre 7 % chez celles de 35 ans et plus, 12 % chez les hommes

    contre 3 % chez les femmes). Les usagers de la structure Aides-Audvih sont particulirement

    prcariss : 17 % n'ont aucune couverture sociale contre 7 % des usagers des trois autres

    structures (notons que 100 % des usagers de Nova Dona ont une couverture sociale).

    Une clientle toxicomane ancienne et dsinsre pour laquelle la prise en charge sociale reste extrmement difficile

    Les personnels des structures de premire ligne comme les professionnels de sant font tat

    quune grande partie de leur clientle sont des personnes usagres de drogues depuis de

    nombreuses annes et trs dsinsres tant du point de vue social que familial. Dans une

    structure de prise en charge prventive et de suivi de pathologies infectieuses telles que le VHC,

    le VIH et autres IST, la clientle usagre de drogues accueillie, qui pour des raisons souvent

    lies sa dsinsertion, na pas recours l'hpital, prsente le plus souvent des conduites

    addictives trs anciennes. Il s'agit, le plus souvent, danciens hronomanes, parfois sous

    substitution, trs poly-consommateurs, utilisant notamment du crack, essentiellement fum,

    mais parfois aussi par voie intraveineuse. Ils vivent dans la rue ou dans des squats depuis

    plusieurs annes. gs de 35 40 ans, ils sont compltement dsinsrs de la vie familiale (en

    gnral tellement violente qu'ils prfrent la rue ) et de la vie sociale.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    40

    Ils se serviraient des traitements de substitution prescrits comme d'un matelas pour

    redescendre ou pour grer les priodes o l'argent manque pour acheter dans la rue (Rambuteau,

    Chteau Rouge, Les Halles) des produits tels que le crack, mdicaments (Rohypnol) et des

    sulfates de morphine. L'alcool et le tabac sont toujours trs prsents. Le parcours de ces

    toxicomanes est souvent non linaire avec des priodes calmes et des priodes de crises plus

    fortes o pertes de suivi, recours l'injection sont frquentes. Ce sont des personnes, suivies

    depuis de nombreuses annes pour lesquelles tout projet de vie et de rinsertion semble se

    solder invariablement ou presque par des checs.

    Les professionnels de sant en exercice libral interrogs (mdecin et pharmacien) prennent

    galement en charge parmi leur clientle usagre de drogues des personnes trs dsinsres

    plutt ges, vivant de minima sociaux, (RMI, Assedics ou Cotorep), suivies au long court. Ces

    patients semblent relativement bien contrls d'un point de vue des addictions et des

    complications somatiques, en particulier les pathologies hpatiques et le VIH, mais aussi la

    prise en charge dentaire et nutritionnelle ainsi que gyncologique pour les femmes. En

    revanche, le problme majeur de ces patients est dordre social et, pour eux, les rponses

    sociales semblent peu adaptes, en termes de prises en charge, et impuissantes contribuer

    leur rinsertion.

    Limportance des difficults sociales est accentue par les problmatiques familiales en gnral

    trs lourdes. Ces patients, socialement et familialement trs dsinsrs sont en gnral entrs

    trs prcocement dans la toxicomanie. Ce sont des personnes elles-mmes impliques dans des

    problmatiques familiales qui peuvent tre svres. Un mdecin signale limportance des

    dysfonctionnements familiaux dans lesquels les problmes d'addictions prsents chez les

    parents, le sont galement chez les enfants. Les enfants sont marqus par les addictions des

    parents du fait des difficults affectives et sociales qu'elles ont entranes, marqus aussi par des

    modles parentaux peu cadrs en matire de consommation de produits addictifs. Dans ces cas

    l, le mdecin de famille peut jouer un rle de vritable rfrent et mdiateur familial pour

    essayer, dans une prise en charge parfois moins stigmatisante qu'un recours

    psychothrapeutique, de dnouer les conflits familiaux.

  • Les usagers et les contextes de consommation

    41

    Dans cette population de personnes dsinsres, certaines des femmes usagres de drogues ont

    eu des enfants. Si la grossesse n'est pas toujours planifie, elle constitue, en gnral un moment

    privilgi o les rponses sociales offertes permettent aux mamans toxicomanes de s'en sortir

    momentanment. Cependant, cette amlioration psychologique et sociale apparat souvent

    transitoire et il arrive qu'aprs la naissance les problmes sociaux reprennent le dessus, avec

    notamment des problmes aigus de logement, d'aide sociale dficiente qui amnent souvent des

    dcisions de justice aboutissant au retrait de l'enfant et un retour de la maman dchue dans une

    toxicomanie importante.

    Les professionnels de sant interrogs mettent en avant que, s'il reste confirm que les

    traitements de substitution ont permis une stabilisation des problmes d'addictions et une prise

    en charge effective et efficace des problmes somatiques, cela n'a gure permis de faire voluer

    les situations sociales de ces personnes svrement dpendantes et fortement dsinsres,

    notamment en ce qui concerne les conditions de logement et laccs au travail.

    Le profil des femmes usagres de produits psychoactifs et leurs perceptions plus ngative que

    les hommes de leur consommation

    Les femmes frquentant les structures de premire ligne sont trs minoritaires. Elles prsentent

    des caractristiques particulires : un peu plus jeunes que les hommes, elles sont plus souvent

    dun niveau dducation plus lev, plus souvent dtentrice dun logement stable et dune

    couverture sociale.

    Selon lobservation de terrain en milieu urbain, les femmes entres dans des problmes de

    consommations de produits psychoactifs semblent beaucoup plus que les hommes soucieuses de

    le cacher. Lorsque la consommation de drogues est visible, cest parce que cest prcaire

    selon les dires de lune dentre elles, qui a ajout quand on peut, on vite de se montrer . Les

    femmes sont en gnral rticentes se mettre dans des tats aussi extrmes que les hommes en

    abusant des drogues. Elles cherchent en gnral prserver certaines apparences. Une femme

    compltement dfonce passe moins bien quun homme. Et cest plus choquant . De plus,

    comme le mentionne une autre femme beaucoup [de femmes] pensent qualler vers les

    associations cest une dfaite . Les femmes seraient plus soucieuses de limage quelles

    donnent delles-mmes alors que cette proccupation semble absente chez les hommes. Cest en

    tout cas une ide rcurrente exprime parmi les quipes des structures de premire ligne, qui

    vise interprter ainsi le fait que la proportion des femmes frquentant ces lieux est infrieure

    la proportion des femmes usagres de drogues qui auraient besoin dun tel soutien.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    42

    Une des raisons pouvant expliquer la rticence des femmes frquenter les structures daccueil

    serait notamment le fait que les femmes usagres de drogues ayant souvent recours la

    prostitution pour financer leur consommation, le regard port sur elles est doublement

    stigmatisant et difficile supporter. Des hommes eux-mmes reconnaissent que le fait dtre

    usager de drogues est un trait de lidentit sociale plus facile assumer que le fait de se

    prostituer.

    Toxicomanie et prostitution restent troitement lies parmi les femmes

    Les personnes interroges (hommes et femmes) dans le cadre de lobservation en milieu urbain

    dclarent que, dans les milieux les plus prcaires, les ressources provenant de la prostitution

    reprsentent une part largement majoritaire des ressources qui alimentent le march de la

    drogue. Si la prostitution voque par les diffrents observateurs TREND Paris ne concerne

    que celles des femmes, les hommes toxicomanes semblent aussi tirer des ressources de la

    prostitution fminine.

    Ainsi, lapparence et ltat physique des hommes usagers de crack trs prcariss tant

    dgrads, au point de limiter leurs possibilits dacqurir des ressources par le vol ou dautres

    moyens, une grande partie dentre eux tirent leurs ressources de la prostitution des femmes. Au-

    del du racket des femmes, les hommes peuvent aussi avoir un rle de protecteur pendant

    lactivit de prostitution des femmes, impliquant un partage des gains. Les hommes peuvent

    simposer dans ce rle, ce qui ne laisse pas aux femmes concernes dautre choix que

    daccepter, dans dautres cas, ce sont les femmes qui choisissent ce protecteur . Elles

    semblent le faire en tenant compte de plusieurs facteurs : la qualit de la relation quelles ont

    avec cet homme et sa rputation (quil ne soit pas connu pour tre trop imprvisible ou violent) ;

    sa respectabilit dans le milieu pour plus de scurit ; mais aussi le fait que cet homme ne

    soit pas trop impressionnant physiquement , de faon pouvoir se dfendre en cas de conflit

    avec lui. Parfois, un homme peut tre arnaqu par la femme quil est suppos protger : il a

    veill toute la nuit, et au moment de consommer ses produits, elle disparat sans partager avec

    lui ni le produit, ni les gains de la prostitution.

    Les personnes rencontres dans le cadre de lobservation en milieu urbain pensent que les

    femmes, parce quelles ont plus facilement accs aux ressources que les hommes, notamment

    travers la prostitution, consommeraient gnralement davantage et leurs conduites addictives

    seraient aussi plus excessives que celles des hommes.

  • Les usagers et les contextes de consommation

    43

    A la diffrence de lanne 2002, o des consommations de produits psychoactifs avaient t

    signales parmi des groupes de femmes prostitues (opiacs, benzodiazpines, crack,

    amphtamines parmi des femmes dEurope de lEst, crack et hrone parmi des femmes

    dAfrique), en 2003, la question de la prostitution a peu t voque par nos observateurs en

    relation avec des consommations de produits. Ainsi, des cas de jeunes prostitues, parfois

    mineures, originaires de zones rurales d'Europe de l'Est (Roumanie, Georgie, Ukraine, Russie,

    Albanie) ont t signals par une des structures qui prcise que si les consommations ne sont

    pas au devant de la scne parmi ces jeunes filles soumises la prostitution dans des rseaux trs

    organiss, elles peuvent nanmoins tre prsentes, notamment travers l'alcool. Cette mme

    structure voque aussi lapparition trs rcente de femmes, relativement ges (entre 40 et 60

    ans), originaires du nord-est de la Chine, de zones de faillites de nombreuses industries lourdes,

    qui se prostituent mais dont l'inclusion dans un rseau de prostitution n'a pas t rellement mise

    en vidence. Cette nouvelle population qui, depuis lanne 2003, se fournit en prservatifs

    dans cette structure reste pour l'instant une nigme pour les intervenants de cette structure

    mais les consommations de produits psychoactifs semblent absentes.

    Plus grande visibilit de toxicomanes issus de milieux sociaux levs

    Les professionnels de sant libraux (pharmaciens, mdecins) interrogs font tat dune

    clientle diversifie en terme d'origine sociale. La mise en place, en 2003, dans le sud-ouest

    parisien dune structure de soins pour toxicomanes relevant du secteur priv qui prend en charge

    des toxicomanes issus de milieux aiss voire fortuns a fait apparatre une clientle qui navait

    pas recours aux lieux traditionnels de soins pour toxicomanes. Ainsi, en raison d'un

    conventionnement avec cette structure prive de soins, une pharmacie dit avoir doubl sa

    clientle (aujourdhui de plus de 150 personnes traites) avec des patients venant se faire

    dlivrer sur ordonnance des produits de substitution, principalement issus de milieux sociaux

    aiss. Un mdecin note dans sa clientle la prsence de vieux hronomanes, pisodiquement

    sous traitement de substitution, exerant des professions artistiques (crivain, photographe) avec

    peu de contraintes notamment dhoraires de travail et voluant dans un milieu ais. Cette

    profession artistique leur a permis de perdurer dans des addictions avres, tout en restant

    insrs dans leur cadre professionnel. Cependant un mdecin alcoologue mentionne que le

    passage dune situation aise une situation de dsinsertion peut tre trs rapide, indiquant voir

    de plus en plus d'hommes issus de professions librales ou de cadres de 40-50 ans fragiliss par

    une situation conomique peu favorable et qui rentrent dans des conduites d'alcoolisation.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    44

    Or, le milieu du travail apparat de moins en moins tolrant aux comportements dviants et aux

    conduites addictives, notamment alcooliques. Ce mdecin indique que les personnes se

    dsocialisent trs rapidement, accumulent les dettes, les ruptures et autres soucis familiaux et la

    dgringolade sociale peut tre trs rapide : en moins de deux ans on peut voir des personnes

    se dsinsrer professionnellement, socialement et familialement et tomber dans une situation

    d'isolement affectif et social profond.

    Des usagers dEurope de lEst

    Leur prsence, dj mentionne lanne dernire, se confirme. Il est cependant particulirement

    difficile dapprocher ces usagers de drogues, dont la plupart ne parlent pas du tout le franais.

    Daprs des usagers de drogues interviews, les personnes dEurope de lEst ne se mleraient

    pas aux autres groupes de personnes prcaires et toxicomanes. Presque toujours en groupe, ils

    seraient assez violents et sont particulirement redouts par les autres usagers de drogues.

    Cependant, si un certain nombre dentre eux sont littralement SDF et se rassemblent la nuit

    dans des espaces urbains dsaffects (sous des ponts ou dans des hangars abandonns), la

    plupart dentre eux vivent dans des squats relativement organiss et situs en-dehors de la ville,

    dans des communes attenantes. Il y aurait ainsi des squats trs peupls dans les communes de

    Bagnolet et Montreuil [ceci avait aussi t signal durant 2002]. La journe, ces personnes

    gagneraient le centre-ville de Paris afin de se procurer leurs moyens de subsistance

    (observation de terrain en milieu urbain).

    Certains usagers dEurope de lEst commenceraient frquenter des structures de premire

    ligne du nord de Paris. Ces usagers seraient surtout des hommes polytoxicomanes consommant

    du Subutex, souvent par voie intraveineuse, de lalcool en grande quantit, de lecstasy, du

    cannabis. Parmi cette population, des Polonais seraient des consommateurs damphtamines,

    notamment par voie intraveineuse. Ils seraient les premiers pourvoyeurs damphtamines sur

    Paris. Il est souvent question, dans les tmoignages recueillis, dune filire polonaise de

    distribution damphtamines, la Pologne tant considre comme un pays producteur de ces

    drogues qui, vendues sous forme de poudre, peuvent tre ingres, snifes ou injectes.

  • Les usagers et les contextes de consommation

    45

    Les usagers rencontrs dans lespace festif Clubbeur ou teuffeurs : des caractristiques diffrentes

    Deux catgories de personnes semblent pouvoir distinguer les amateurs de musique

    techno frquentant les espaces festifs techno :

    les teuffeurs : amateurs de musique techno plutt alternative ou underground de type

    Hard Core frquentant les ftes technos clandestines (free partie) et teknivals. Il

    sagit dune appartenance culturelle spcifique avec ses codes vestimentaires (souvent

    des treillis ou dautres vtements amples et trs fonctionnels comme des sweats

    capuche, des parka, etc.). La consommation de produits psychoactifs peut tre incluse

    dans ce mode de vie.

    Les clubbeurs : personnes frquentant les clubs dans les milieux techno branchs. Le

    clubbeur sort plutt le week-end, il peut parfois tre qualifi ironiquement de teuffeur

    du dimanche ou de touriste par ceux qui sestiment tre des teuffeurs

    authentiques 12. les clubbeurs sont souvent plus insrs socialement que les teuffeurs.

    Il sagit damateurs dune musique techno dansante de type House .

    Des consommations importantes de produits psychoactifs dans le milieu festif gay

    Lobservation des consommations dans le milieu festif gay masculin montre que de nombreuses

    drogues sont associes la fte, aux botes, aux sorties, aux rencontres, aux ambiances festives

    en gnral, et leur usage semble souvent considr comme parfaitement intgr alors mme

    que des consommations quotidiennes de benzodiazpines ou dantidpresseurs durant la

    semaine pour rguler les effets secondaires des stimulants ont t signales.

    Les produits les plus couramment utiliss en milieu festif gay sont les stimulants (cocane,

    ecstasy, plus rarement amphtamines) et les hallucinognes dorigine synthtique (ktamine,

    GHB, poppers). Certains de ces hallucinognes ne semblent dailleurs quasiment utiliss que

    parmi les gays (GHB et poppers).

    Lusage de drogues dans le milieu gay semble avoir pour principale spcificit par rapport aux

    usages dans le milieu festif en gnral, que les effets attendus des produits sont trs

    frquemment en lien avec la sexualit et avec une sorte de qute de la performance sexuelle.

    12 Par contre le teuffeur pourra tre peru par le clubbeur comme quelquun qui est dans labus, dans le dpassement des limites en matire de consommation de drogues

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    46

    Les produits ou les associations de produits sont en effet utiliss pour favoriser les rapports

    sexuels et pour dcupler le plaisir . Dans ce contexte, les associations des produits illicites

    avec des mdicaments sexuellement stimulants, tels que le Viagra, ne semblent pas rares.

    Poursuite du morcellement de lespace festif techno et mergence dvnements trs confidentiels 13

    Durant lanne 2002, les observations du milieu festif techno issues du dispositif TREND

    Paris et en Seine-Saint-Denis avaient permis de noter la dsorganisation des espaces festifs,

    suite au dcret d'application de l'amendement Vaillant 14 sign durant le premier semestre 2002.

    En 2003, les observations en milieu festif techno montrent que lapplication de cet amendement

    semble effectivement avoir contribu dsorganiser le milieu festif techno et favoriser le

    morcellement de lespace festif en diffrents petits espaces o les interventions sanitaires sont

    plus difficiles mener.

    En effet, cette loi semble avoir contribu diminuer le nombre dvnements de type free

    parties, mais surtout modifier nettement leur caractristiques, en rendant ces ftes trs

    confidentielles, ne regroupant souvent pas plus de 200 300 personnes, lies par une forte

    appartenance un sous groupe musical et qui suivent un crew , une bande, voire une tribu .

    Les informations relatives ces ftes ne circuleraient que par le bouche oreille et non plus

    par Infoline 15. Ce type de fte nattirerait pas de gros dealers professionnels et les produits

    seraient vendus sur un mode plus convivial , ils seraient mme souvent acquis sur le mode du

    troc (un peu de cannabis contre des ecstasy, une varit decstasy contre une autre, etc.). De

    nombreuses personnes viendraient nanmoins ces nouvelles teufs avec leurs propres

    produits, prvus pour tre consomms durant la nuit.

    13 Cette partie fait la synthse de lensemble des observations en milieu festif ralises durant lanne 2003 sur ce nouveau type de teufs . 14 Cet amendement (inspir par lamendement Mariani) rglemente lorganisation de rassemblements exclusivement festifs caractre musical et rduit, de fait, trs nettement la possibilit dorganiser de gros vnements . 15 Au sujet de ces nouvelles teufs , voir aussi la partie sur la ktamine.

  • Les usagers et les contextes de consommation

    47

    Afin de restreindre encore plus la visibilit de ce type dvnements mais aussi afin de limiter la

    stigmatisation par rapport aux autres milieux festifs, les organisateurs de ces ftes ne

    souhaiteraient pas lintervention des associations de prvention. La prsence des associations

    serait en effet associe aux drogues, aux dbordements, aux problmes, etc.

    Les vnements festifs de type underground semblent peu attirer les femmes

    Selon les observateurs du milieu festif, les filles seraient en gnral en minorit dans les ftes

    techno. Elles peuvent reprsenter environ 40 50 % lors dvnements comme la fte techno de

    la fte de la musique qui sest droule le 21 juin sur les quais de la Seine. Mais lors dune free

    party de type Hardcore (avec beaucoup de basses 16), le pourcentage de filles dpasserait

    rarement 10-20 %. En gnral, plus la musique est dure , moins il y a de filles.

    Les conditions dans lesquelles se droulent les vnements festifs underground (souvent dans

    des friches industrielles) semblent aussi constituer un frein pour les filles : froid, manque de

    confort (pas de toilettes, ni deau pour se laver), lieux parfois sales et trs poussireux.

    Nanmoins depuis la mdiatisation du mouvement techno, certains observateurs affirment que

    la proportion de filles prsentes lors des ftes aurait sensiblement augment.

    La permabilit entre lespace festif et lespace urbain

    Les observations recueillies en Ile-de-France durant lanne 2002 dans le cadre du dispositif

    TREND nous avaient conduit conclure que la frontire entre les caractristiques des usages en

    milieu festif et ceux en milieu urbain tait plus permable quauparavant, en termes de produits

    consomms, de mode de consommation, de frquences de consommation et de mode

    dadministration des produits. En particulier, plusieurs observateurs signalaient que des

    personnes qui jusqualors consommaient des produits psychoactifs exclusivement dans un

    contexte festif avaient dsormais des consommations hors de ce cadre, conduisant probablement

    des usages plus rguliers et plus problmatiques.

    16 Le Hardcore est la musique type des free parties. Il se dcline en sous-genres avec des variantes : speedtek, Gros Hardcore, etc.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    48

    Ce constat a conduit explorer davantage cette question en 2003, travers lobservation en

    milieu urbain. Ainsi, une partie de cette observation a port sur la problmatique du passage

    dune consommation dite rcrative une consommation de produits hors dun contexte festif,

    sur les caractristiques de ce passage et des usagers 17.

    Les modalits de passage

    La permabilit entre les deux espaces de consommation (milieu festif et milieu urbain) peut

    se dfinir :

    soit par des contacts (au travers du deal notamment) entre des usagers appartenant

    respectivement lun ou lautre de ces espaces. Ainsi, des jeunes issus du milieu festif

    apparaissent dans des contextes de deal et de consommation o, habituellement, on

    rencontre essentiellement des usagers de drogues en situation de grande prcarit et qui

    nont pas de lien avec la culture techno.

    soit par le passage dun mode de consommation (et souvent de vie) propre lun des

    deux espaces vers lautre, qui se manifeste toujours dans le sens dun usage de drogues

    dans un cadre festif vers un usage hors cadre festif dans un contexte de prcarit, et

    jamais dans lautre sens. Ainsi, des jeunes issus du milieu festif adoptent une

    consommation de drogues dsorganise, quotidienne, compulsive, et un mode de vie

    prcaire qui peut aller jusqu lerrance, sans pour autant se mler aux groupes

    dusagers trs prcaires (notamment de crack), tels quils sont dcrits concernant le

    nord-est parisien.

    Le second cas semble tre le plus courant et concernerait notamment la plupart des usagers

    frquentant le sud de Paris. Mme lorsque des usagers issus du milieu festif se mettent

    frquenter les mmes lieux que ceux en grande prcarit du milieu urbain, ils auraient plutt

    tendance rester en groupe sans vraiment se mler aux autres groupes dusagers.

    17 Cette partie fait la synthse de lensemble des observations en milieu urbain ralises durant lanne 2003 sur ce thme.

  • Les usagers et les contextes de consommation

    49

    Les lieux de contacts entre les usagers des deux espaces

    Il semble que le trafic de drogues, hors celui de mdicaments dtourns, ne soit pas le lieu de

    croisement des personnes prcaires usagers de drogues du milieu urbain et des personnes

    usagers de drogues issues du milieu festif. Dun ct, lintrt pour les drogues de synthse qui

    caractrise les usagers festifs ne semble pas tre partag par les usagers du milieu urbain, en

    tout cas les plus prcaires dentre eux. De plus, lapprovisionnement en drogues, telles que

    lhrone et la cocane, nemprunte pas les mmes voies selon quil sagisse du sud ou du nord.

    Enfin, si le deal de crack est le fait des mmes filires du trafic dans les deux zones, il ne se

    passe ni aux mmes moments, ni dans les mmes lieux.

    Cependant, les lieux de deal de mdicaments dtourns apparaissent comme les lieux de

    contacts privilgis entre les usagers de drogues issus du milieu festif et ceux du milieu urbain

    proprement parler. Cest le cas des environs des Halles ainsi que, par intermittence, le quartier

    de Chteau-Rouge. Ainsi, avant les vacances dt, il tait possible dobserver la prsence de

    jeunes, vtus dans un style techno ou punk, la plupart du temps en groupe, venus

    sapprovisionner en mdicaments de substitution et en benzodiazpines (Rohypnol,

    Rivotril). En septembre, ces groupes avaient disparu de la scne de Chteau-Rouge puis sont

    rapparus en fin danne 2003. Daprs des usagers-revendeurs de cachets, ils viendraient

    essentiellement pour sapprovisionner en Sknan, utilis en voie injectable.

    En 2003, dans le cadre de lobservation en milieu urbain, il a t voqu le cas dusagers de

    drogues frquentant des squats technos , dans lesquels vivent, dans une certaine marginalit

    et prcarit, des jeunes se revendiquant de la culture techno, trs ports sur lusage de drogues.

    Ces lieux seraient frquents, sporadiquement, aussi bien par des jeunes bien insrs

    socialement et appartenant au milieu techno, que par des usagers de drogues du milieu

    urbain prcariss. Du fait de cette configuration, ces lieux seraient particulirement indiqus

    pour le deal.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    50

    Les caractristiques des usagers issus du milieu techno

    Concernant la question de lusage de drogues en milieu festif, des connaisseurs du milieu des

    raves et des free parties distinguent en gnral quatre catgories de participants ces

    vnements :

    des personnes attires par la musique qui sy joue et qui ventuellement

    consommeront des drogues. Elles reprsentent la grande majorit des personnes

    prsentes dans ces ftes

    des personnes qui viennent faire du commerce de drogues

    des personnes ges dau moins trente ans se revendiquant plus ou moins de

    mouvements de travellers , notamment des Spirale Tribes , quon peut voir

    comme un avatar des mouvements hippies des annes 70. Ces Spirale Tribes ,

    communauts nomades qui ont import les free parties en France au dbut des annes

    90, seraient aujourdhui moins mobiles et plus prcaires, et leurs membres seraient

    assez enclins une consommation abusive de substances psychoactives.

    des jeunes attirs par le caractre clandestin des free parties et curieux dexprimenter

    tous types de produits. Sans initiation pralable par des pairs plus gs, ces jeunes,

    souvent mineurs, ont tendance consommer abusivement.

    Les personnes de ces deux dernires catgories, sans doute beaucoup plus minoritaires que la

    premire, seraient surtout concernes par le passage dun usage rcratif de drogues un usage

    problmatique de drogues. La troisime catgorie semble correspondre un processus de

    passage de type collectif qui sest produit au cours des annes 90, avec lide dune

    identification aux mouvements contre-culturels des dcennies 60 et 70, lmergence de

    lidologie Beatnik reprsente par Jack Krouac, William Burroughs ou Allen Ginsberg, ou au

    dveloppement du mode de vie hippie, dont lusage de drogues est lune des caractristiques en

    tant que moyen de se librer dune pense enferme dans le rationalisme et la socit de

    consommation, mais o cet usage sans contrle peut mener la toxicomanie destructrice. La

    dernire catgorie dusagers serait lie un processus plus rcent, plus individualis.

  • Les usagers et les contextes de consommation

    51

    mergence dusagers issus du milieu festif dans les structures de premire ligne

    Dans les structures de premire ligne accueillant des usagers de drogues, plusieurs observateurs

    en 2002 comme en 2003 ont signal lmergence dusagers issus du milieu festif.

    Le premier constat quon peut faire concerne la terminologie employe par les professionnels

    des structures daccueil pour toxicomanes pour dsigner le public dont les caractristiques

    socioculturelles observables premire vue (apparence vestimentaire, ge, etc.) permettent

    didentifier comme appartenant, ou ayant appartenu, des sous-cultures 18 des personnes

    dont lun des traits significatifs est lusage de substances psychoactives illicites, et quon peut

    rassembler sous le terme gnrique de milieu festif .

    Cette terminologie est variable selon les professionnels consults, signe, sans doute, la fois de

    la diversit des ralits que la notion de milieu festif englobe, et de labsence dune

    approche commune et consensuelle du monde professionnel de la rduction des risques en

    milieu urbain concernant ce public. Ainsi, certains dsignent ce public de jeunes festifs ,

    dautres de travellers , dautres encore de techno-kids , etc.

    Bien que diffrents, ces termes, de la part des professionnels, dsignent de faon gnrale le

    public venant (ou donnant lapparence de venir) du milieu festif . Pourtant, ces dsignations

    gnrales recouvrent des ralits diffrentes. On peut rapidement proposer quelques critres qui

    permettraient de construire une typologie rudimentaire de ce phnomne :

    lge des personnes : il semble possible didentifier des classes dge, lune englobant

    des jeunes ayant autour de 20 ans, lautre des personnes adultes ayant autour de 30

    ans.

    la culture vestimentaire rattache une sous-culture particulire : dune part le look

    punk , habits noirs, cuir, coiffure alternant crne ras et cheveux long, dautre part le

    look techno privilgiant la plupart du temps les treillis militaires.

    le fait soit de vivre en groupe dans des squats, soit derrer dun foyer dhbergement

    lautre, et de frquenter les structures daccueil pour toxicomanes de faon plutt

    solitaire.

    18 le prfixe sous signifiant ici un sous-ensemble par rapport la culture de la socit globale.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    52

    Tout dabord, il semble ncessaire de signaler que toutes les catgories de ce public ne

    frquentent pas les structures de premire ligne. Les usagers de drogues issus du milieu

    festif se montrent gnralement rticents frquenter les lieux destins aux personnes

    prcaires, et a fortiori le dispositif spcialis pour toxicomanes, exception faite des programmes

    dchanges de seringues et de matriel de rduction des risques lis lusage de drogues. En

    revanche, des personnes travaillant dans des lieux daccueil pour personnes prcaires en gnral

    ( tout public et non pas seulement public toxicomane ) ont signal la prsence croissante

    de ce type dusagers de drogues dans leurs structures.

    Les usagers qui frquentent les structures de premire ligne sont en gnral les plus prcaires

    dentre eux. Ils sont aussi parmi les plus jeunes et les plus dsocialiss et sont souvent vus seuls.

    La plupart du temps, ils maintiennent des relations, occasionnelles ou rgulires, avec des

    groupes de punks ou de techno-kids , rassembls autour dune culture alternative. Certains

    dentre eux sen sont nanmoins compltement coups, et ont un mode vie proche de celui des

    usagers trs prcariss frquentant la scne du crack du nord-est de Paris.

    Les autres catgories dusagers de drogues issus du milieu festif sont plus invisibles dans les

    structures et donc plus difficiles approcher. Il est nanmoins possible de signaler deux

    catgories : dune part des personnes ges dau moins trente ans, plus autonomes par rapport

    aux services sociaux, vivant souvent en squats et en communaut, et semblant plutt lis au

    mouvement punk. Dautre part, des usagers gs de 20 ans, de style techno, vivant en groupes

    plus ou moins importants dans des squats se trouvant surtout en banlieue, ou encore, pour une

    petite partie dentre eux, dans des maisons loignes de Paris, parfois mises disposition par

    des parents.

  • Les usagers et les contextes de consommation

    53

    Modalits dusage

    Des pratiques de partage encore importantes

    Les pratiques de partage du matriel dinjection ne sont pas rares (mais paraissent moins

    frquentes qu'en 2002) parmi les usagers ayant utilis la voie injectable au cours du dernier

    mois, mme si elles sont dcrites comme tant occasionnelles (c'est--dire de 1 5 fois dans le

    mois). En effet, 12 % ont partag leur seringue durant le dernier mois (11 % occasionnellement,

    1 % rgulirement), 33 % ont partag leur produit (23 % occasionnellement, 10 %

    rgulirement), 12 % ont partag leur eau de rinage (9 % occasionnellement, 3 %

    rgulirement), 20 % ont partag leur cuillre (15 % occasionnellement, 5 % rgulirement) et

    10 % ont partag leur coton et/ou leur filtre (9 % occasionnellement, 1 % rgulirement). Le

    problme le plus frquemment rencontr par les injecteurs est la difficult s'injecter.

    Le sniff est une pratique aussi rpandue que l'injection parmi les usagers interrogs des

    structures puisque 86 % l'ont dj expriment au cours de leur vie (63 % plus de 10 fois) et

    23 % des usagers des structures ont utilis le sniff au cours du dernier mois. L'ge moyen du

    premier sniff est de 20,3 ans (minimum, 10 ans, mdiane : environ 19 ans). Les pratiques de

    partage chez les usagers ayant sniff au cours du mois sont plus frquentes que parmi les

    usagers injecteurs : 40 % ont partag leur produit (26 % occasionnellement, 14 %

    rgulirement), 20 % ont partag leur paille (17 % occasionnellement, 3 % rgulirement).

    La consommation de produit autre que le tabac et le cannabis par voie fume (en chassant le

    dragon 19, en bang 20, avec des pipes artisanales 21, etc.) a t exprimente par prs des

    trois-quarts des usagers des structures (57 % plus de 10 fois dans la vie) et 30 % des usagers des

    structures ont eu cette pratique au cours du dernier mois. L'ge moyen de la premire

    consommation de cette manire est de 24,1 ans (minimum 13 ans). Les pratiques de partage

    chez les usagers ayant fum au cours du mois sont trs frquentes favorisant, sans doute,

    notamment la transmission du VHC : 57 % ont partag leur produit (31 % occasionnellement,

    26 % rgulirement) et 44 % ont partag leurs ustensiles (18 % occasionnellement, 25 %

    rgulirement).

    19 La fume du produit, chauff sur un papier aluminium, est aspire laide dune paille ou dune pipe. 20 Sorte de pipe eau permettant daspirer le produit sans y associer de lair, pour obtenir des effets plus rapidement. 21 pipes faites, par exemple, avec des doseurs, des botes de conserve ou des canettes.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    54

    Les pratiques dinjection perdurent mais leurs consquences sanitaires semblent en diminution

    Les pratiques dinjection ne semblent pas diminuer de faon notable. Parmi les usagers des

    structures de premire ligne, lusage de la voie intraveineuse semble encore trs frquent. En

    effet, parmi les usagers interrogs des structures, 80 % ont dj utilis la voie injectable au

    cours de leur vie (74 % plus de 10 fois) et 52 % des usagers des structures ont utilis la voie

    injectable au cours du dernier mois. L'ge moyen de la premire injection est de 20,5 ans

    (minimum 12 ans).

    De plus, laccroissement du nombre de seringues distribues en milieu festif ne semble pas

    indiquer une rduction des pratiques dinjection. Ainsi, en milieu festif, des membres des

    quipes de prvention qui sont intervenus dans les free-parties, notamment durant la priode

    davril juin, et dans le Teknival du 1er mai, affirment avoir remarqu une hausse de la

    demande de seringues. Plus de 3.000 seringues ont t dlivres durant les quatre jours du

    Teknival.

    Ce chiffre est relativiser avec le nombre de participants nettement plus lev que les annes

    prcdentes et de nombreux autres paramtres tels que :

    Les personnes semblent oser demander plus facilement des seringues. Elles shabituent

    la prsence des stands de prvention et ont parfois tiss des liens avec des intervenants

    prsents depuis des annes.

    Des personnes originaires de villages ou de petites villes de province dans lesquels

    acheter des seringues reste problmatique, profitent de lanonymat et de la gratuit pour

    faire des stocks. Cependant, linjection est trs mal considre, elle est trs rare et plutt

    pratique par des personnes voluant la priphrie du mouvement festif. Il sagit

    souvent de personnes qualifies de zonards , originaire du milieu techno-punk, en

    situation derrance ou vivant dans des squats parisiens. Ils sont souvent injecteurs de

    Subutex.

    Enfin, Paris, la croissance trs importante du nombre de distributeurs de seringues

    entre 2000 et 2004 passant de 18 28 ne semble pas non plus venir tayer lide selon

    laquelle il y aurait une diminution des pratiques dinjection.

  • Les usagers et les contextes de consommation

    55

    Lensemble des lments suggre davantage que les pratiques dinjection seraient ralises dans

    de meilleures conditions dhygine et, notamment, que les pratiques de partage de seringues

    seraient en diminution.

    En effet, la plupart des observateurs en milieu urbain, festif et chez les professionnels de sant

    paraissent noter une diminution des consquences sanitaires les plus graves des pratiques

    dinjection. Lobservation de lespace urbain montre que les pratiques d'injection seraient

    apprivoises dans la mesure o les toxicomanes qui les pratiquent occasionnellement avec

    du crack, du Sknan et plus rarement de l'hrone ne prsentent plus de complications

    infectieuses importantes. Ceci est sans doute mettre en relation avec une meilleure hygine de

    l'injection, notamment chez des personnes dont le capital veineux est trs entam et qui

    seraient plus sensibles ce type de complications. Cette diminution des complications

    infectieuses a t note comme trs rcente par un responsable dun centre soignant des

    personnes en grande prcarit. Les usagers de drogues du sud parisien prendraient davantage de

    prcautions par rapport ceux du nord en ce qui concerne le shoot , en tant vigilant quant

    la propret du matriel utilis et au contexte de la consommation. A cet gard, il y aurait

    beaucoup de squats, relativement organiss, qui le permettraient. La consommation peut aussi se

    faire dans des parkings ou dautres lieux publics, mais toujours dans une plus grande discrtion

    relativement au nord de Paris, et presque jamais dans des halls dimmeuble ( la diffrence de

    ce qui peut se passer dans le nord).

    Si certains professionnels de sant semblent penser que les pratiques dinjections seraient en

    rgression, ils laffirment surtout au regard dune diminution importante selon eux des

    complications notamment infectieuses due linjection. Ainsi deux professionnels de sant ont

    mentionn la baisse trs marque des abcs en relation avec des injections intraveineuses

    ralises avec du matriel d'injection non strile et dans de mauvaises conditions. Cependant,

    les pratiques dinjection semblent encore assez, voire trs, courantes et les diminutions des

    pathologies infectieuses observes pourraient tre davantage dues des pratiques de rduction

    des risques par un usage plus systmatique dun matriel dinjection strile qu une relle

    diminution de ce mode dadministration.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    56

    Tableau 6 : Consommation de mdicaments selon le mode de prescription au cours du dernier mois parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne* (en %)

    Sur

    prescription Hors

    prescription Les deux Ensemble

    Subutex 52,4 26,8 20,7 100,0 Mthadone 89,1 10,9 0,0 100,0

    Moscontin 30,0 63,3 6,7 100,0

    Codine 33,3 66,7 0,0 100,0

    Rohypnol 29,6 44,4 25,9 100,0

    Artane 11,1 66,7 22,2 100,0 Autres benzodiazpines 60,0 33,3 6,7 100,0

    * Accueil Ego, Aides-Audvih, Step et Nova Dona

  • Les usagers et les contextes de consommation

    57

    De plus, si les structures de premire ligne semblent saccorder sur cette diminution des

    pratiques dinjection, lactivit dun ECIMUD dans un grand groupe hospitalier parisien semble

    plutt dmontrer la persistance de ces pratiques et des consquences sanitaires encore trs

    prsentes mme si la pathologie infectieuse ne semblent plus tre au premier plan. Ainsi, en

    milieu hospitalier, des patients prsentant des micro-abcs avec mains gonfles Popeye en

    relation avec des injections de Subutex ont galement t dcrits. De mme, le nombre de

    candidoses notamment ophtalmiques a significativement augment : 32 candidoses ont t

    diagnostiques depuis 2000 dans un ECIMUD parisien, notamment 28 en relation avec des

    injections de Subutex. Un patient a prsent, ce qui est exceptionnel, une candidose

    ophtalmique bilatrale. Il est noter que durant la priode de la canicule (quinze premiers jours

    daot), trois de ces candidoses ont t rapportes, peut-tre en relation avec l'extrme chaleur

    qui favoriserait le dveloppement de mycoses. Un hpatologue note chez certaines personnes

    dont ltat veineux est trs dgrad les difficults de traiter des pathologies infectieuses telles

    que les hpatites qui demandent des traitements par voie intraveineuse.

    Les traitements de substitution : prescription et dtournement

    Il est difficile de savoir comment sont utiliss les traitements de substitution pour un usager

    donn dans une trajectoire de polyconsommation. Cependant, lenqute quantitative fournit

    certaines indications sur les usagers de structures de premire ligne chez qui la consommation

    de mdicaments est importante (voir tableau ci-contre). Certains produits sont quasiment

    uniquement obtenus dans le cadre dun traitement de substitution prescrit. Cest le cas de la

    mthadone qui est le mdicament le plus largement obtenu avec une prescription (89 % des

    cas). En ce qui concerne le Subutex, il est obtenu, par ces usagers des structures de premire

    ligne uniquement par une prescription dans plus de la moiti des cas et pour plus dun quart

    dentre eux la fois sur et hors prescription, 20 % de ces usagers le consommeraient en dehors

    de toute prescription. Inversement, l'Artane est le mdicament le plus souvent obtenu hors

    prescription (68 %). Il est obtenu uniquement sur prescription dans 11 % des cas. De mme

    pour le Rohypnol ou le Moscontin qui sont obtenus sur prescription uniquement dans 30 %

    des cas. Les observations ralises dans le milieu urbain montrent que le Subutex accessible

    hors prescription par change ou par deal des comprims est largement disponible dans la rue,

    le prix denviron un euro par comprim confirme une large disponibilit de ce produit.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    58

    Selon un pharmacien du sud parisien, les dtournements des traitements prescrits seraient trs

    peu frquents , dans la mesure o ce pharmacien indique connatre tous les mdecins rfrents

    et que les prescriptions sont, de ce fait, discutes et coordonnes entre patient, mdecin et

    pharmacien. Les dtournements de mdicaments prescrits peuvent survenir dans certains cas

    que le pharmacien dcrit comme rares. Par exemple, il arrive que des clients inconnus, porteurs

    d'une ordonnance dont le mdecin rfrent nest pas un mdecin connu du pharmacien, arrivent

    la pharmacie, parfois des moments o aucune vrification auprs du mdecin prescripteur

    n'est possible. La faon dont est gre la dlivrance des traitements de substitution demands

    dpend des quantits prescrites et du moment et de la faon dont la demande est formule par le

    patient. En une occasion, la CPAM a signal au pharmacien une personne habitue se faisant

    multi-prescrire, cas qui a t discut conjointement avec la personne elle mme, son mdecin et

    le pharmacien. Dans un autre cas, c'est une ordonnance n'manant pas du mdecin habituel qui a

    attir l'attention du pharmacien sur la multi-prescription. Mais en gnral, le pharmacien pense

    que sa clientle suit ou essaie de suivre assez scrupuleusement les traitements prescrits.

    Cependant, il est possible que ces pratiques dtroit suivi ne soient pas homognes dune

    pharmacie lautre. Quand bien mme elles le seraient, il est possible quune mme personne

    ait recours simultanment plusieurs mdecins prescripteurs la fois afin de se constituer un

    stock personnel de mdicaments en cas de besoin et davoir la possibilit de lutiliser dans le

    cadre dchange ou de deal. Une enqute sur les multi-prescriptions ralise par la

    CNAMTS/OFDT permettra prochainement dclaircir ce point. Le 8 avril 2004, lAssurance

    maladie, dans son Point dinformation mensuel, indiquait Concernant le Subutex, une tude

    ralise rcemment [2000] par lAssurance maladie montre que 90 % des patients ont une

    posologie conforme aux recommandations des experts. Nanmoins, 10 % des patients peuvent

    tre suspects dabus ou dusage dtourn (revente), en raison dune posologie suprieure aux

    doses maximales recommandes (plus de 16 milligrammes par jour), ou dun recours plus de

    trois mdecins. Concernant la mthadone, les risques associs la prescription en ville

    (nomadisme et dtournement) ont t peu valus mais des tudes locales semblent montrer un

    trs faible usage dtourn : les patients traits par mthadone en ville consultent en moyenne

    moins de prescripteurs que les patients sous Subutex.

  • Les usagers et les contextes de consommation

    59

    Diversification des modes dapprovisionnement

    Si la grande majorit des produits est achete par lintermdiaire de dealers (dans la rue, dans

    des plans appartements , dans le mtro, par lintermdiaire de rseaux de connaissance, etc.),

    il semblerait que de plus en plus dusagers utilisent le rseau Internet pour se procurer

    directement des produits ou ramnent certains dentre eux de pays o la lgislation est moins

    prohibitive quen France ou de pays dans lesquels il est possible de trouver certains produits

    non disponibles en France.

    Parmi ces produits, il est possible de distinguer deux principales catgories :

    les produits de synthse commands sur Internet : les substances sont parfois

    expdies sparment et lusager doit lui-mme faire la prparation (cest par

    exemple le cas du GHB).

    les produits naturels destins lautoproduction : lusager va acheter travers

    Internet ou dans certains pays des graines qui lui permettront de faire ses propres

    plantations (par exemple, certains types de cannabis trs forte teneur en

    ttrahydrocannabinol, certaines vraies graines de LSA-Rose de bois, les

    champignons hallucinognes). Les produits naturels peuvent parfois tre

    galement achets sur Internet, dans leur forme dj consommable (feuilles de salvia

    divinorum, champignons hallucinognes).

    Le rseau Internet semble ainsi faciliter laccs aux produits hallucinognes (synthtiques ou

    naturels) et ce mode daccs pourrait mettre les produits la porte dun nouveau public

    frquentant peu les espaces festifs technos, dans lesquels ces produits restent relativement

    disponibles et accessibles.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    60

    Tableau 7 : Proportion de personnes ayant dclar avoir fait un test du VIH, VHC ou VHB au cours de la vie parmi les usagers interrogs dans les structures de premire ligne* (en % - les effectifs sont indiqus entre parenthses)

    Test de dpistage du VIH

    Test de dpistage du VHC

    Test de dpistage du VHB

    Hommes 94,0 (141/150) 89,3 (134/150) 83,1 (128/148) Femmes 91,7 (33/36) 88,9 (32/36) 80,6 (29/36)

    Moins de 35 ans 88,1 (74/84) 83,3 (70/84) 75,9 (63/83) 35 ans et plus 98,1 (102/104) 94,2 (98/104) 88,4 (91/103)

    Aides-Audvih 94,3 (50/53) 88,7 (47/53) 83,0 (44/53) Accueil EGO 84,9 (45/53) 81,1 (43/53) 75,5 (40/53) Nova Dona 100,0 (37/37) 97,3 (36/37) 91,4 (32/35) STEP 97,8 (44/45) 93,3 (42/45) 84,4 (38/45)

    Ensemble 93,6 (176/178) 89,4 (168/188) 82,8 (154/186)

    Tableau 8 : Proportion de personnes sropositives au VIH, VHC ou VHB parmi les usagers tests pour ces infections, interrogs dans les structures de premire ligne* (en % - les effectifs sont indiqus entre parenthses)

    Test de dpistage du VIH

    Test de dpistage du VHC

    Test de dpistage du VHB

    Hommes 14,5 (20/138) 46,2 (61/132) 8,4 (10/119) Femmes 12,5 (4/32) 34,4 (11/32) 3,5 (1/29)

    Moins de 35 ans 9,7 (7/72) 42,9 (30/70) 4,9 (3/61) 35 ans et plus 17,0 (17/100) 44,8 (43/96) 9,0 (8/89)

    Avoir dj pratiqu linjection 16,2 (23/142) 52,2 (72/138) 8,9 (1/123) Ne jamais avoir pratiqu linjection 3,5 (1/29) 3,7 (1/27) 0,0 (0/26)

    Avoir inject durant moins de 10 ans 4,4 (2/46) 27,3 (12/44) 2,6 (1/39) Avoir inject entre 10 et 14 ans 12,1 (4/33) 66,7 (22/33) 14,8 (4/27) Avoir inject 15 ans ou plus 26,7 (16/60) 63,8 (37/58) 11,1 (6/54)

    Ensemble 14,0 (24/172) 44,0 (73/166) 7,3 (11/150)

    * Accueil Ego, Aides-Audvih, Step et Nova Dona

  • Les usagers et les contextes de consommation

    61

    tat de sant des usagers

    Perception de la sant : bonne sant physique perue mais sant mentale fragile

    Les personnes ayant recours aux structures de premire ligne se peroivent plutt en bonne

    sant physique, sans diffrence notable entre hommes et femmes : 11 % disent s'tre senties en

    excellente sant au cours du dernier mois, 58 % en bonne sant, 25 % en mauvaise sant et 6 %

    en trs mauvaise sant physique. Les usagers de l'Accueil Ego sont ceux qui se sont sentis en

    moins bonne sant physique : 32 % disent s'tre sentis en mauvaise sant et 13 % en trs

    mauvaise sant contre respectivement 22 % et 4 % des usagers dans les trois autres structures.

    La sant psychique des usagers (hommes ou femmes) au cours du dernier mois apparat trs

    fragile : 40 % des usagers disent s'tre sentis en mauvaise sant psychique et 7 % en trs

    mauvaise sant psychique. Les usagers de l'Accueil Ego sont galement ceux qui se sont sentis

    en moins bonne sant psychique : 19 % disent s'tre sentis en trs mauvaise sant psychique

    contre 2 % des usagers dans les trois autres structures.

    Les usagers qui ont dclar avoir utilis du Rohypnol ou d'autres benzodiazpines au moins

    une fois par semaine au cours du dernier mois sont ceux qui dcrivent l'tat de sant physique et

    psychique le plus mauvais : 50 % des usagers de benzodiazpines disent tre en mauvaise sant

    physique (28 % chez les non-usagers hebdomadaires) et 69 % en mauvaise sant psychique

    (43 % chez les non-usagers hebdomadaires).

    Bonne connaissance du statut srologique pour les infections virales (VIH, VHC, VHB)

    La trs grande majorit des usagers ont dj pratiqu des dpistages du VIH (94 %), du VHC

    (89 %) et du VHB (83 %), sans diffrence entre les hommes et les femmes. Les jeunes usagers

    sont nettement plus nombreux ne pas connatre leur statut srologique. Pour le VIH, 12 % des

    usagers de moins de 35 % n'ont pas fait de test contre 2 % des usagers de 35 ans et plus. Pour le

    VHC, les pourcentages sont respectivement de 17 % et 6 % et pour l'hpatite B, de 24 % et

    12 %.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    62

    Parmi celles et ceux qui ont dj fait un test, les rsultats montrent une sroprvalence de 14 %

    pour le VIH, 44 % pour le VHC et 7 % pour le VHB, sans diffrence significative selon le sexe

    ou selon l'ge ( la diffrence de l'enqute de 2002 o les femmes et les plus jeunes usagers

    taient moins souvent contamins) 22.

    Les usagers qui au cours de leur vie ont dj utilis la voie injectable comme mode

    d'administration des produits sont plus nombreux tre contamins par le VIH et/ou le VHC

    que les personnes qui n'ont jamais inject leur produit : respectivement 16 % et 3 % pour le VIH

    et 52 % et 4 % pour le VHC.

    La proportion d'usagers contamins par le VIH et/ou le VHC semble d'autant plus leve que la

    priode durant laquelle la personne a utilis la voie injectable est longue ( ge de dernire

    injection moins ge de premire injection ). Parmi les personnes testes pour le VIH, celles

    dont la dure d'utilisation de la voie injectable est de moins de 10 ans sont 4 % tre

    sropositives au VIH, celles dont la dure est comprise entre 10 et 14 ans est de 12 % et celles

    dont la dure est suprieure 15 ans est de 27 %. Pour le VHC, ces proportions sont

    respectivement de 27 %, 67 % et 64 %. Au total, parmi les personnes testes pour le VIH et

    pour le VHC, 13 % sont co-infectes.

    Des pathologies hpatiques svres et prcoces, survenant parfois avant 30 ans chez des jeunes

    polyconsommateurs, ont t signales par des mdecins. Ainsi, les lits des services

    d'hpathologie peuvent accueillir de nombreuses personnes ex-usagres de drogues ou ex-

    toxicomanes notamment pour des traitements et suivis d'hpatites C mais aussi pour des

    pathologies hpatiques complexes (pancratique, cirrhoses et hpatomes) souvent trs prcoces

    par rapport aux ges habituels de survenue, rsultantes dune consommation dalcool associe,

    de la consommation de produits psychoactifs mdicamenteux hpathotoxiques, notamment

    psychotropes et des co-infections VIH, VHB et VHC.

    22 Les rsultats sur la prvalence des infections, notamment du VHC, doivent tre nuancs au regard de ltude de faisabilit sur les frquences et les dterminants des pratiques risque de transmission VIH et VHC chez les usagers de drogues, ralise par lInVS Marseille, davril juin 2002, auprs de 167 usagers (117 rencontrs dans des structures et 50 en mdecine de ville). Dans cette tude (intitule Coquelicot), sil existe une bonne concordance entre la prvalence du VIH dclare par les usagers de drogues et les rsultats des tests sanguins raliss auprs deux (22 %), en revanche, pour le VHC, la prvalence calcule partir du dclaratif est nettement sous-estime par rapport celle mesure partir des tests biologiques (52 % versus 73 %). (Prsentation J. Emmanuelli, M. Jauffret-Roustide, A. Laporte, InVS, 20/11/2002)

  • Les usagers et les contextes de consommation

    63

    Les autres affections repres

    En plus des pathologies infectieuses virales voques, les personnes usagres de drogues

    souffrent daffections multiples. Ainsi, au cours du dernier mois, les personnes interroges dans

    le cadre de lenqute quantitative ralise dans les structures de premire ligne, ont dclar avoir

    souffert (par ordre dcroissant) de fatigue (70 %), danxit (65 %), de problmes de dents

    (62 %), doublis inhabituels (45 %), de perte de poids (45 %), de dpression (39 %), de maux de

    tte (39 %), dessoufflement inhabituel (37 %), de constipation (36 %), de palpitations (34 %),

    de tremblements (30 %), de toux grasse (30 %), de difficult marcher (26 %), de problmes de

    peau (26 %), de vertiges (24 %), de toux sche (23 %), de douleur de poitrine (22 %), de fivre

    (20 %), de perte de connaissance (18 %), de saignement de nez (13 %), dinfections

    sexuellement transmissibles (8 %), de surdoses (7%), dinfections urinaires (7%), de jaunisse

    (3%) et de toux sanglante (3%).

    La varit des pathologies dont souffrent les personnes toxicomanes est confirme par un

    mdecin responsable dun ECIMUD interrog. Selon lui, les pathologies autres quinfectieuses

    (en particulier virales) sont devenues prdominantes. Ainsi, les patients suivis durant et en post

    hospitalisation proviennent de diffrents services. Si de nombreux patients proviennent des

    services de maladies infectieuses, d'autres proviennent des services de stomatologie, des

    urgences, de traumatologie, d'hpathologie, de gyncologie, de maternit et de psychiatrie. Les

    patients suivis durant lanne par lECIMUD provenaient de 29 des 39 services hospitaliers. Ce

    mdecin prcise notamment que le groupe hospitalier de la Piti-Salptrire ayant un service

    d'urgence stomatologique fonctionnant 24 heures sur 24, un nombre important de patients de

    l'ECIMUD arrive par cette voie en raison de traumatismes, violences, bagarres et chutes . De

    nombreuses patientes proviennent galement du service de la maternit qui suit des grossesses

    risque, dans la mesure o les patientes toxicomanes enceintes sont considres comme ayant des

    grossesses risque. Une sage femme offre une consultation particulirement oriente au

    dpistage et diagnostic prcoce des risques lis aux conduites d'addictions.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    64

    L'anne dernire, ce mdecin avait mentionn cinq accidents vasculaires crbraux (AVC) dans

    un contexte de consommation de produits festifs et stait interrog sur la relation de causalit

    existante entre les AVC et les consommations. Sans avoir confirmation, les services de

    neurologie et de neuro-chirurgie ont signal quatorze cas au cours de l'anne prcdente d'AVC

    transitoires, perte de mmoire en relation avec des prises de produits (ktamine, cocane,

    ecstasy) ou peut-tre en relation avec un sevrage brutal dun produit de type amphtaminique.

    La sur-mdiatisation du GHB a laiss penser quelques participants des ftes, par ailleurs

    consommateurs dautres produits, notamment dalcool, quils avaient pu en tre victimes, sans

    quil ny ait eu confirmation.

    Une comorbidit psychiatrique frquente et svre (psychotique notamment) est note par

    lensemble des professionnels de sant qui prennent en charge des usagers de drogues. Le

    cloisonnement des pratiques et des structures de psychiatrie et leur insuffisance quantitative

    semblent tre des obstacles une prise en charge adquate de cette comorbidit psychiatrique.

    Consquences sanitaires de la canicule du mois daot

    Il est difficile de savoir ce qui sest rellement pass durant la priode caniculaire pour les

    usagers de drogues Paris, lun des dpartements les plus touchs par la canicule. Le rsultat de

    lobservation de lespace urbain suggre que pour les usagers de crack, il ny aurait pas eu de

    consquences nfastes. Au contraire, les usagers de ce produit auraient affirm que la chaleur

    potentialise les effets recherchs du produit. Dautre part, des personnes usagres de drogues,

    bien quayant abandonn cette pratique et qui avaient dans le pass recours linjection,

    affirment que la chaleur, en dilatant les veines, facilite la prise de drogues par voie

    intraveineuse.

    Cependant, le fait quun grand nombre de structures daccueil soient fermes pendant les

    vacances rend la vie des usagers des drogues en situation de prcarit plus difficile que

    dhabitude. De plus les difficults daccs de leau potable, associe la consommation de

    drogues, a manifestement provoqu des tats de dshydratation chez les usagers les plus

    prcariss.

  • Les usagers et les contextes de consommation

    65

    Lalcool et le tabac restent les deux produits psychoactifs les plus consomms avec des complications parfois graves

    Lobservation du milieu urbain montre que les usagers sont trs nombreux consommer du

    tabac et de lalcool. Ainsi, parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne

    (Accueil Ego, Step, Aides-Audvih et Nova Dona), 92 % ont dclar avoir fum du tabac au

    cours du dernier mois, sans diffrence selon le sexe ou selon l'ge. La totalit dentre eux sont

    des fumeurs quotidiens. Le nombre moyen de cigarettes fumes quotidiennement est

    particulirement lev puisque 64 % des fumeurs et des fumeuses consomment 20 cigarettes et

    plus par jour (en moyenne 21 cigarettes par jour chez les hommes et 17 cigarettes chez les

    femmes).

    Lalcool est aussi largement consomm parmi les usagers interrogs puisque 64 % ont dclar

    en avoir consomm au cours du dernier mois, sans diffrence selon l'ge ou le sexe. Parmi ceux

    ayant consomm de l'alcool au cours du dernier mois, un tiers dclare une consommation

    quotidienne. Un peu plus de la moiti des usagers (56 %) qui ont consomm de l'alcool durant le

    dernier mois indiquent que les jours o ils boivent, ils consomment en moyenne quatre verres

    ou moins, 21 % disent consommer cinq ou six verres d'alcool et 22 % sept verres d'alcool et

    plus. La bire (surtout la bire forte) est la boisson la plus consomme. Ainsi, les usagers

    dcrivent des consommations leves tant en termes de frquence que de quantit consomme.

    Lusage de lalcool est souvent dcrit comme procurant un effet de dfonce mais permettant

    aussi de potentialiser les effets des autres produits.

    Les phnomnes d'alcoolisation chez les personnes sous substitution aux opiacs (Subutex ou

    mthadone) semblent trs frquents et rendent particulirement difficile la prise en charge des

    hpatites C, infection trs frquente chez les usagers injecteurs et, pour laquelle la

    consommation dalcool constitue un facteur augmentant nettement les risques, dj levs, de

    cirrhose du foie.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    66

    Lun des mdecins interrogs, exerant dans un service dhpatologie, signale que les effets

    cumulatifs des prises de mdicaments et des consommations dalcool provoquent des

    complications hpatiques extrmement prcoces, cela de faon plus nette encore parmi les

    femmes, particulirement sensibles aux consquences de ces consommations mdicamenteuses

    hpatotoxiques associes de l'alcool. Ce mdecin cite dailleurs le cas dune jeune femme

    enceinte avec une cyrrhose du foie, complication habituellement relativement tardive.

    Ce mdecin signale aussi que des conduites de consommations alcooliques rcentes, y compris

    chez des femmes, sont observes parmi des populations africaines nouvellement arrives du

    Rwanda et du Bnin, en raison des difficults conomiques et politiques dans leur pays, et

    suivies pour des hpatites B et des infections VIH. Enfin, ce mdecin observe de plus en plus

    de vieux alcoolo-dpendants en grande difficult sociale, trs dsinsrs, vivant dans la rue

    ou dans des squats, parfois dans leur voiture, et qui cumulent l'ensemble des complications de la

    dpendance alcoolique : polynvrites, maladies hpatiques mais aussi tuberculose.

    Lalcool semble aussi trs prsent parmi les consommations observes en milieu festif. Les

    alcools consomms semblent tre plus forts que ceux nots hors de lespace festif (pastis, rhum,

    vodka, Marie Brizard, etc.). Les usages dcrits montrent que lalcool est galement souvent

    utilis pour potentialiser les effets dautres produits, dans une logique de gestion des

    effets et dans le cadre de polyconsommations.

    Pour ce qui est de la consommation de tabac en milieu festif, aucune information na t donne

    ce sujet par nos observateurs, mais la consommation de cannabis relativement frquente dans

    cet espace, quasiment toujours fum, laisse supposer une consommation de tabac non

    ngligeable.

  • Les usagers et les contextes de consommation

    67

    Organisation des trafics

    Gographie des trafics et des usagers dans lespace urbain parisien

    Lexploration approfondie de trois zones gographiques de Paris durant lanne 2003 (le nord-

    est, le centre et le sud de Paris) permet de distinguer des diffrences, en termes dorganisation

    des trafics mais galement de produits vendus et donc de profil des usagers.

    Dans le nord-est de Paris, comme en 2002, il semble quil y ait toujours une importante

    activit de trafics de stupfiants dans des zones de deal dlimite (Porte de la Chapelle,

    Stalingrad, la Goutte dOr). Dans le 18me arrondissement, le crack est le produit le plus

    frquemment observ ainsi que les mdicaments dtourns. La disponibilit de l'hrone brune

    serait aussi en augmentation. En revanche, les produits de synthse, tel que l'ecstasy, sont trs

    rares. Les scnes de deal et de consommation sont particulirement visibles aux alentours de

    certaines stations de mtro du 18me arrondissement. Les usagers qui frquentent le nord-est de

    Paris ont souvent un mode de vie trs dsorganis et sont souvent en situation de grande

    prcarit socio-sanitaire, avec des polyconsommations importantes et trs peu matrises.

    Certains dentre eux, le plus souvent des hommes de plus de trente ans, ne disposant que de trs

    peu dargent, se limiteraient acheter de trs petites quantits de drogues. Ne parvenant que

    rarement satisfaire, ne serait ce que pour un temps limit, leur besoin des effets de la drogue,

    ces personnes, prouveraient un manque incessant qui les amneraient passer des jours

    daffils chercher les moyens de satisfaire une envie rarement assouvie, sans manger, sans se

    laver, sans dormir ni mme se reposer.

    Dans le centre de Paris, il semble quil y ait une zone de trafic de cannabis autour des Halles et

    du boulevard Sbastopol et un trafic important de mdicaments (notamment Subutex,

    Rohypnol). Il s'agit surtout de petits trafics de dpannage pour des usagers de passage. En

    effet, comme lindique lobservation en milieu urbain, sans doute du fait de sa centralit, on

    peut rencontrer, dans le quartier des Halles, un nombre consquent de profils diffrents

    dusagers de drogues. Sans tenir compte des personnes socialement intgres venant

    sapprovisionner en Subutex [] ou en cannabis [], et qui ne font que passer, on peut

    numrer :

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    68

    des consommateurs de crack qui vendent [] du Subutex, puis vont sapprovisionner

    en crack dans le nord-est (Chteau-Rouge, Stalingrad, etc.). Ces personnes prsentent en

    gnral une apparence plus soigne que celle de la plupart des usagers de crack de

    Chteau-Rouge, ce qui leur permet de passer plus ou moins inaperus. []

    des jeunes squatteurs en situation de prcarit et plus ou moins lis au milieu festif [].

    des personnes de plus de quarante ans, la plupart anciens hronomanes, plus ou moins

    insrs []. La plupart consomment des produits de substitution associs la prise

    dalcool et de cannabis. Certains indiquent se rendre occasionnellement vers la Goutte

    dOr pour acheter du crack, quils reviennent consommer au centre-ville. Ils affirment

    ne pas aimer frquenter le nord-est et tiennent se distinguer des fumeurs de crack qui

    sy trouvent. []. Il y a parfois des conflits entre ce groupe et les [personnes] qui

    vendent de lherbe et du shit [dans le quartier des Halles] qui semblent tre surtout

    des conflits de territoire. [].

    des gens venus de lEst europen (notamment, daprs nos informations, des Russes,

    des Gorgiens, des Polonais), se dplaant toujours en groupes dau moins trois ou

    quatre personnes. Si ces usagers dEurope de lEst sont assez visibles dans le quartier

    des Halles, leur rapport la gographie de la ville est plus complexe. Ils frquentent

    plutt les quartiers centraux de la ville : outre les Halles, notamment les alentours de la

    Place de la Rpublique et les abords du Canal St-Martin, o serait en train de se

    dvelopper un deal de Subutex consquent, et o ils sapprovisionnent.

    Dans le sud de Paris 23, Montparnasse serait le centre du deal (surtout de cannabis) autour

    duquel sorganise la consommation locale : Cest l que tout arrive et tout repart .

    Lobservation de terrain dans la zone sud de Paris na nanmoins pas permis didentifier de

    scnes de deal et de consommation proprement parler, cest--dire de scnes visibles comme

    celles du nord-est (Chteau-Rouge) ou du centre (Les Halles). Les lieux de vente les plus

    significatifs (surtout de cannabis, de cocane et dhrone) semblent se situer plutt dans les

    banlieues proches de Paris : Vanves, Bagneux ( rservoir dhrone blanche selon un

    interlocuteur), Clamart, Meudon, Chtillon et Montrouge.

    23 Cette partie fait la synthse de lensemble des observations en milieu urbain ralises durant lanne 2003 sur le sud de Paris.

  • Les usagers et les contextes de consommation

    69

    Dans le sud de Paris, des dealers mobiles vendraient de la cocane, de lhrone, mais aussi du

    crack, principalement sur les lignes de mtro, notamment la ligne 6, de Bir-Hakeim Place

    dItalie, et la ligne 12, de Pasteur Porte de Versailles. Par ailleurs, il a t fait mention de la

    possibilit de sapprovisionner en drogues dans des squats du sud de Paris. Lexistence de lun

    deux a t signale dans le 15me arrondissement, aux alentours de la place Cambronne.

    Les usagers de drogues du sud ont manifestement le souci de donner deux-mmes une image

    trs diffrente de celle des usagers du nord-est. Dans leurs discours, apparat clairement une

    volont de se distinguer : ceux du nord seraient plus sales , embrouilleurs , on ne peut

    pas leur faire confiance . Les usagers de drogues du sud semblent avoir une consommation

    plus organise, et en gnral un mode de vie plus stable que ceux du nord de Paris et se

    serviraient mieux des structures daide (centres daccueil, foyers dhbergement), mais

    essentiellement des structures daide aux exclus tous publics prcaires et moins des

    structures daide aux toxicomanes. Les usagers du sud de Paris consomment principalement de

    la cocane par voie intraveineuse (mais aussi, moins frquemment, en sniff), de lalcool, du

    cannabis, et de lhrone pour grer la descente . Ils prennent aussi des mdicaments,

    Subutex, Rivotril et Rohypnol, exclusivement en ingestion, ainsi que du Sknan par voie

    injectable. Ces produits ntant quasiment pas disponibles dans le sud en dehors des circuits de

    distribution lgaux, ils sapprovisionnent aux Halles et ventuellement Chteau-Rouge. Il y a

    aussi une consommation de crack, mais essentiellement en injection.

    Deux populations dusagers de drogues frquentant le sud de Paris peuvent tre distingues :

    essentiellement des hommes, gs de 30 50 ans, dont la majorit est ne en France, et

    qui ont un long parcours dans la toxicomanie. En gnral, ils ont une certaine matrise

    de leur toxicomanie, surtout si on les compare aux consommateurs de crack de la Goutte

    dOr. Ainsi, ils sont souvent inscrits dans des programmes de substitution, notamment

    la mthadone, et consomment de la cocane en injection, parfois du crack. Leur

    apparence est souvent moins dgrade que celle des fumeurs de crack du nord de Paris.

    Ils ne shabillent pas dune faon traduisant une appartenance une culture particulire,

    sauf pour certains dentre eux, plus gs (50 ans), qui portent les cheveux longs, la

    manire de hard-rockeurs.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    70

    des personnes souvent trs jeunes, dont la part de filles est plus importante que dans la

    catgorie prcdente. On peut rattacher ces personnes la catgorie des jeunes

    squatteurs issus de la culture techno ou punk.

    Ces deux catgories tirent leurs ressources principalement des aides sociales et de la manche

    et rares sont ceux qui doivent se prostituer, voler, ou commettre dautres actes dlictueux pour

    financer leur consommation. En gnral, ils attendent davoir suffisamment de moyens pour

    sacheter de quoi consommer pour une journe ou une demi-journe, nayant ainsi pas recours

    au dealer au coup par coup, comme cest souvent le cas parmi les usagers de crack du nord.

    Une pression policire importante en 2003

    Lanne 2003 a t marque Paris par une pression policire importante, tant dans le milieu

    festif techno que dans lespace urbain. Selon les informations transmises par les diffrents

    observateurs du dispositif TREND Paris, cette pression policire semble avoir eu diffrentes

    consquences sur les usagers, les modalits dusage et lorganisation des trafics :

    Dans le milieu festif techno : le dbut de lanne 2003 aura t marque par une

    pression policire, notable travers des interventions des forces de lordre dans des

    lieux festifs techno parisiens (Le Batofar et Le Gibus) et par des fermetures

    administratives (La Flche dOr Bagnolet, Le 287 Aubervilliers, et Les Folies Pigalle

    Paris). Selon lobservation en milieu festif, cette vague de rpression, relativement

    mdiatise, semble avoir cr une certaine paranoa parmi les diffrents acteurs du

    milieu (teuffeurs, organisateurs, dealers) aboutissant, dune part, exclure des

    catgories de personnes de certains espaces festifs et, dautre part, dvelopper, en

    priphrie des espaces, un autre mode dorganisation du deal dans les espaces festifs

    techno.

    Jusqu rcemment, la programmation de certains clubs parisiens attirait surtout

    un jeune public de teuffeurs amateurs des free parties et le prix modique

    dentre ces soires (2 euros) permettait laccs tous. En 2003, ces clubs ont,

    dune part, augment leur tarif dentre (aux environs de 10-15 euros) dans le but

    de rguler les participants, dautre part, la plupart de ces clubs ont galement

    modifi leur programmation musicale afin dattirer une clientle de clubbeurs

    plus aiss.

  • Les usagers et les contextes de consommation

    71

    Dans ce contexte, la pression des services de scurit des clubs sest renforce et

    la fouille lentre des tablissements serait devenue beaucoup plus soutenue et

    intrusive quauparavant (vrification des papiers didentit, distribution de petites

    notes prcisant quil est interdit dtre en possession de drogues, palpation). La

    surveillance lintrieur de ces tablissements tant beaucoup plus insistante, le

    deal sest dvelopp aux abords de ces clubs, dans la rue, favorisant la cration de

    micro-march principalement decstasy. Lexistence de ces micro marchs

    tant maintenant relativement connue, des consommateurs se rendraient parfois

    devant ces clubs, sans y entrer, uniquement pour sapprovisionner en drogues.

    Dans lespace urbain : la pression policire semble stre exerce (ou renforce), dune

    part, sur les usagers de drogues et les personnes bnficiant de traitements de

    substitution (Subutex notamment), dautre part, sur les personnes impliques dans le

    trafic de produits illicites ou de mdicaments dtourns de leur usage.

    Pour ce qui est des usagers, plusieurs observateurs ont indiqu que lors des

    interpellations, les fonctionnaires de Police confisquaient ou dtruisaient les

    comprims de Subutex trouvs, ce qui conduisait les usagers conserver

    toujours sur eux lordonnance de la prescription du traitement. Ainsi, lun des

    pharmaciens interrogs indiquait que les personnes bnficiant d'un traitement de

    substitution semblaient systmatiquement lui demander une copie de l'ordonnance

    afin de pouvoir justifier, en cas de besoin, la possession d'un traitement de

    substitution. Dans le quartier des Halles, deux observateurs signalent nanmoins

    que les cachets de Subutex seraient dtruits quand bien mme la personne

    interpelle serait en mesure de prsenter une ordonnance mdicale.

    Pour ce qui est des trafics, la prsence policire a t plus consquente

    quhabituellement dans le nord-est de Paris, se traduisant par une intervention

    policire dans les zones de ventes de mdicaments dtourns et par le

    stationnement quasi permanent de cars de CRS dans ce secteur de trafics. Cette

    pression policire a le plus frquemment pour consquence le dplacement

    (souvent provisoire) des scnes de deal. Dans le quartier des Halles, la monte

    de la rpression est signale par lune des structures comme tant lun des

    vnements les plus marquants de lanne 2003, entranant aussi un changement

    de la physionomie de la scne .

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    72

  • Les produits consomms Paris

    73

    Les produits consomms Paris

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    74

  • Les produits consomms Paris

    75

    Lusage du cannabis et de ses drivs

    Les donnes relatives la consommation de cannabis ne concernent que les espaces

    dobservation du dispositif TREND Paris et ne peuvent tre gnralisables lensemble des

    personnes consommant du cannabis, notamment celles qui ont des consommations

    occasionnelles et qui constituent probablement la plupart des usagers de ce produit.

    Usagers et modalits dusages

    Le cannabis est trs largement consomm par les usagers des structures de premire ligne

    Parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne (Accueil Ego, Step, Aides-Audvih

    et Nova Dona), le cannabis est le produit dont la consommation au cours de la vie est la plus

    frquente : 91 % des personnes interroges en ont dj consomm au cours de leur vie, 72 % ont

    dclar en avoir consomm durant le dernier mois et 45 % dclarent une consommation

    quotidienne de cannabis. Parmi les personnes ayant consomm du cannabis durant le dernier

    mois, prs des deux tiers (62 %) ont dclar en avoir consomm tous les jours. Les usagers ont

    dclar avoir fum en moyenne chaque jour 4,6 joints. La moiti des usagers de cannabis

    consomment 3 joints et plus par jour.

    L'ge moyen du dbut de la consommation de cannabis est de 15,5 ans (9 ans minimum, 28 ans

    maximum). Avec les solvants, et en dehors de lalcool et du tabac, il s'agit du produit initi le

    plus tt. Le type de cannabis consomm est la rsine de cannabis (89 % des usagers au cours du

    dernier mois), l'herbe (33 %) et l'huile (5 %).

    Le cannabis apparat donc comme tant le produit illicite, d'une part, le plus frquemment

    consomm et, d'autre part, le plus frquemment consomm quotidiennement.

    Les usagers de cannabis sont dcrits par les observateurs de TREND comme prsentant une

    grande htrognit, en termes de caractristiques socio-dmographiques : du collgien au

    cadre suprieur , des hommes et des femmes, de tous ges. Lune des structures de premire

    ligne du sud de Paris (qui reoit aussi des personnes dans le cadre des procdures dorientation

    avec classement sans suite) indique nanmoins, pour caractriser les usagers, que ce sont

    beaucoup de jeunes encore scolariss et souvent en chec scolaire .

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    76

    En milieu festif, le cannabis est cit comme tant le produit le plus consomm dans les free

    parties ainsi que dans les concerts rock. En revanche, dans le milieu festif gay, le cannabis ne

    semble pas spcialement recherch par la majorit, contrairement de nombreux clubbeurs

    htros et surtout teuffeurs . (observation en milieu festif et en milieu festif gay).

    Le cannabis est largement associ pour rguler les effets des autres produits

    Le cannabis (marijuana ou rsine de cannabis) ne se consomme quasiment que fum 24, en

    joint (cannabis associ du tabac puis roul dans deux feuilles de papier cigarette) ou en

    bang (sorte de pipe eau permettant daspirer le produit sans y associer de lair, pour obtenir

    des effets plus rapidement), qui serait un mode de consommation trs courant dans les petites

    free parties . Les effets de lusage de cannabis diffrent selon les consommateurs dans la

    mesure o le cannabis serait un amplificateur dtat . Il pourrait ainsi provoquer un tat

    euphorique, un tat de fatigue, un tat de dtente, un tat dpressif et parfois une certaine

    paranoa. Les diffrences de qualit du cannabis se rpercuterait sur lintensit des effets et non

    sur le type deffets produits.

    Largement consomm par les usagers des autres produits, le cannabis semble tre trs

    couramment associ tous les produits. Le mode de consommation mme du cannabis fait quil

    est toujours associ la consommation de tabac et lalcool semble galement laccompagner

    frquemment. Le cannabis est galement souvent utilis en descente , pour calmer, lors

    dusage de produits stimulants (cocane, crack, ecstasy, speed) mais aussi pour provoquer des

    montes ou des re-montes (avec lArtane ou lecstasy).

    Augmentation des demandes de prise en charge de la consommation problmatique de

    cannabis

    Diffrents problmes de sant entrans par la consommation abusive de cannabis ont t

    rapports par les structures de premire ligne, ainsi que par des professionnels de sant et par

    lobservation en milieu urbain : pertes de mmoire, dpendance psycho-comportementale, tat

    dpressif, paranoa, problmes pulmonaires, effets sur la sant lis la consommation associe

    de tabac, brlures aux doigts lors de la prparation, hypoglycmie. Des cas, minoritaires

    semble-t-il, ont t rapports de personnes qui ptent les plombs lorsquelles consomment

    du cannabis, faisant preuve de comportements agressifs ou schizophrniques (observation en

    milieu urbain).

    24 Des consommations de cannabis par voie orale, associ des aliments, existent aussi.

  • Les produits consomms Paris

    77

    Les problmes sociaux lis la consommation abusive de cannabis, en particulier son effet

    dsocialisant chez les jeunes, sont aussi voqus par diffrents observateurs. Une mdecin dun

    rseau de soins pour toxicomanes et malades du sida indique que de plus en plus de jeunes

    viennent, soit seuls soit accompagns de leurs parents ou amens par des copains, pour des

    problmes de consommations parfois importantes de cannabis (plusieurs joints par jour) et

    des rpercussions importantes sur la vie quotidienne, pour lesquels on peut retrouver de

    vritables syndromes amotivationnels (tat de dmotivation profonde) et dpressifs. Un

    mdecin intervenant lhpital de la Salptrire (ECIMUD) confirme cette augmentation de la

    demande de prise en charge de jeunes patients dpendants au cannabis et de la demande

    dinformation sur les consquences sanitaires de la consommation de cannabis.

    Enfin, un cas clinique, assez exceptionnel, a t rapport par un mdecin dun homme dune

    vingtaine dannes arriv aux urgences de lhpital de la Salptrire et prsentant un syndrome

    de sevrage majeur au cannabis (avec une consommation de cannabis quivalente 20 30

    joints par jour 25). Il a t observ un tableau clinique trs vocateur dun syndrome de

    sevrage, avec notamment vomissements importants, crampes digestives et hyper-anxit

    classique. Ce syndrome de sevrage, qui a dur 36 heures, tait comparable ceux qui sont

    gnralement observs pour les opiacs.

    Le produit

    Le cannabis a toujours de nombreuses appellations. Pour la rsine de cannabis, les termes les

    plus courants sont : haschich , shit , teuch , teuchi , chichon , teuteu ,

    zetla , chocolat , 12 (12 grammes), 25 (25 grammes), Aya . Pour la marijuana :

    herbe , Marie-Jeanne , beu , bedo , ganja .

    25 Le cannabis tait chauff la flamme puis aspir (mode de consommation appel douilles ), ce qui provoque une dcharge plus importante et rapide que le mode fum en joint .

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    78

    Un produit disponible partout Paris

    Quel que soit le quartier (centre, nord-est, sud de Paris), le cannabis est dcrit comme tant trs

    disponible (et trs facilement accessible) et cela de faon croissante depuis quelques annes. A

    Paris, cest dans le quartier des Halles et dans celui de la Goutte dOr quil serait le plus

    disponible.

    En milieu festif, le cannabis est galement dcrit comme (trs) disponible quel que soit le type

    dvnements festifs (raves payantes, free parties, teknivals, soires prives). En revanche, il

    serait plus difficile den trouver dans les clubs/discothques, tant peu discret consommer, du

    fait de son odeur, et plus volumineux et moins rentable la vente que les autres produits

    psychoactifs.

    Lautoproduction et Internet comme mode dapprovisionnement

    La marijuana serait souvent prfre la rsine de cannabis, et de plus en plus demande du fait

    de sa rputation de produit naturel . Lautoproduction serait de plus en plus populaire parmi

    les usagers. Certains sites Internet spcialiss constitueraient aussi un mode

    dapprovisionnement pour des usagers qui, ayant une connaissance trs approfondie des

    produits et de leurs effets, se fourniraient en fonction des effets recherchs, par exemple pour

    obtenir du cannabis trs forte teneur en ttrahydrocannabinol.

    Des prix en baisse, variables selon la qualit et selon les quartiers

    La disponibilit croissante de cannabis ces dernires annes a contribu faire baisser les prix et

    rduire les marges de bnfices des petits dealers . Actuellement, selon lobservation en

    milieu urbain, une part de 100 grammes ou plus transforme en barrettes rapporterait au

    maximum aprs revente, le double de la somme de dpart.

    Selon lobservation en milieu urbain, la portion de rsine de cannabis ( barrette ) la plus

    couramment vendue dans la rue coterait 10 euros, pour une barrette un peu moins

    importante que celle qui tait vendue 100 francs avant le passage leuro. Plus rarement,

    certains vendent des parts 5 euros, ce qui est plutt mal vu en gnral par les autres vendeurs :

    a casse le march .

    Dans le quartier des Halles, le prix moyen dune barrette pesant 4 grammes serait de 15

    euros. Pour ce mme prix moyen, la barrette pserait deux fois moins dans le sud de Paris.

    En revanche, dans le quartier de la Goutte dOr, o le produit serait le moins cher de Paris (mais

    de qualit moyenne ), le prix de la barrette de 6 grammes serait de 10 euros.

  • Les produits consomms Paris

    79

    Selon lobservation en milieu urbain, les plans des Halles ont mauvaise rputation parmi

    les fumeurs et sont dconseills. Cest un trafic tenu principalement par des Antillais, et qui

    semble tre dabord destin approvisionner des personnes de passage Paris, ou pour un

    dpannage .

    En milieu festif, le prix courant dune barrette de rsine de cannabis marocain serait de 15

    euros (3 grammes) pour une qualit moyenne , de 5 euros pour un gramme de marijuana de

    bonne qualit et les prix pourraient monter 10-15 euros le gramme pour des productions

    de trs bonne qualit ( Skunk , pollen , production hydroponique ou cultive en

    placard , herbe de type Sinsemilla , c'est--dire ne comprenant que des ttes et donc

    plus forte teneur en ttrahydrocannabinol).

    Le cannabis en Ile-de-France serait de meilleure qualit que dans le reste du pays

    Il semblerait quen gnral, la rsine de cannabis arrive depuis le Maroc directement en Ile-de-

    France, et quelle soit par la suite transporte vers dautres rgions en France, avant dtre, le

    plus souvent coupe pour augmenter sa quantit. Le produit disponible en Ile-de-France

    serait donc de meilleure qualit que dans le reste du pays.

    Poursuite de banalisation de la consommation de cannabis

    Le cannabis bnficie dune trs bonne perception gnrale parmi les usagers de ce produit,

    peru comme peu nocif pour la sant, comme banal, comme un produit convivial et favorisant

    linspiration et/ou limagination. Chez certains jeunes nanmoins, le cannabis est assimil un

    bouffeur dambition (observation en milieu urbain).

    La marijuana (lherbe) aurait une meilleure rputation que la rsine, du fait de son ct

    naturel et parce que sa qualit semble plus facile que la rsine vrifier partir de son seul

    aspect.

    Chez les non-usagers de cannabis, le produit est aussi relativement banalis, mme si chez

    certains, le produit reste assimil une drogue et est donc diabolis

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    80

  • Les produits consomms Paris

    81

    Lusage des opiacs

    Lhrone

    Usagers et modalits dusages

    Parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne (Accueil Ego, Step, Aides-Audvih

    et Nova Dona), lhrone est le second produit (aprs le cannabis) dont la consommation au

    cours de la vie est la plus frquente : 87 % des personnes interroges en ont dj consomm au

    cours de leur vie, 31 % ont dclar en avoir consomm durant le dernier mois et 9 % dclarent

    une consommation quotidienne d'hrone. Parmi les usagers ayant consomm de l'hrone au

    cours du dernier mois, prs d'un sur trois (29 %) a dclar en avoir consomm tous les jours.

    Visibilit de plus en plus importante de jeunes consommateurs dhrone

    Les usagers dhrone peuvent tre distingus en deux principales catgories : dune part, les

    anciens hronomanes, souvent des hommes, gs denviron 30-40 ans, le plus frquemment

    dsinsrs (en situation de grande exclusion pour la plupart), bnficiant des minima sociaux

    (RMI, AAH, etc.) et vivant souvent dans une logique de survie . Du fait du cot du produit,

    lusage dhrone peut tre occasionnel et associ notamment aux traitements de substitution.

    Diffrents observateurs (une structure de premire ligne du quartier de la Goutte dOr, deux

    associations de rduction des risques intervenant en milieu festif et un mdecin impliqu dans

    un rseau de soins pour toxicomanes et malades du sida) ont signal une nouvelle catgorie

    de consommateurs dhrone. Ces consommateurs dhrone seraient essentiellement des jeunes

    usagers de drogues de synthse, teufeurs aguerris ou exclus galriens apparents la

    communaut teufeurs mais gars dans le milieu . Un mdecin signale aussi avoir eu des

    patients relativement jeunes (garons et filles, environ 25 ans), plutt bien insrs dans le milieu

    du travail et issus de milieux aiss, en demande de sevrage de lhrone ou de traitement de

    substitution aux opiacs. La plus grande visibilit de cette population de jeunes consommateurs

    dhrone dans les structures de prise en charge des usagers de drogues semble indiquer le

    passage dune consommation rcrative dhrone un usage problmatique ncessitant une

    aide.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    82

    Des modes dadministration variables selon les effets recherchs

    Trois modes dadministration de lhrone sont dcrit par nos observateurs :

    inject ( shoot ) : le produit est dissout le plus souvent avec du citron ou plus

    rarement de lacide citrique ou ascorbique et chauff puis filtr pour liminer les

    impurets et enfin inject laide dune seringue. Pour limiter les pratiques de partage

    et les risques infectieux, le Stribox permet aux usagers de pouvoir disposer de

    lensemble du matriel ncessaire la pratique de linjection, lexception des produits

    de dissolution (citron, acide citrique ou ascorbique).

    sniff : lusager fait un rail et aspire le produit par le nez avec une paille. Le

    Strawbag ou kit sniff permet aux usagers, galement pour limiter les pratiques de

    partage, de pouvoir disposer de lensemble du matriel ncessaire la pratique du sniff.

    fum/inhal ( chasser le dragon ) : la fume du produit, chauff sur un papier

    aluminium, est aspire laide dune paille ou dune pipe.

    Parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne, ceux qui ont dj consomm de

    l'hrone au cours de la vie sont 77 % l'avoir dj injecte, 76 % l'avoir dj sniffe et 46 %

    l'avoir dj fume. L'ge moyen du dbut de la consommation d'hrone sniffe est de 19,7 ans

    (minimum 10 ans), celui de la consommation par injection est de 20,1 ans (minimum 12 ans) et

    de la consommation d'hrone fume de 21,9 ans (minimum 10 ans). Parmi les usagers ayant

    consomm de l'hrone au cours du dernier mois, 76 % ont dclar l'avoir injecte, 33 % l'avoir

    sniffe et 14 % l'ont fume : linjection semble donc rester le mode dadministration

    prdominant chez les usagers interrogs dans les structures mme sil semble que la

    consommation d'hrone sniffe ou fume poursuive sa progression, dj observe en 2002, que

    ce soit chez les anciens injecteurs ou chez les nouveaux usagers dhrone.

    Les effets de lhrone semblent tre variables, selon les modes dadministration du produit

    mais galement selon les personnes. Linjection de lhrone produit une monte rapide

    (environ 3 minutes) puis un effet de type flash alors que lorsque lhrone est sniffe, la

    monte est plus lente (environ 15 minutes) avec un effet plafond durant 4-5 heures. Par

    ailleurs, chez certaines personnes lhrone a des effets stimulants alors que chez dautres, au

    contraire, elle aura des effets calmants. Les effets sdatifs semblent nanmoins tre plus

    frquemment rencontrs, avec une sensation de bien-tre, des effets apaisants et relaxants.

  • Les produits consomms Paris

    83

    Des effets sanitaires lis au mode dadministration des produits

    Les problmes de sant lis la consommation dhrone rsultent principalement du mode

    dadministration du produit, avec, pour linjection, outre les risques infectieux (VIH, VHC) lis

    aux pratiques de partage, des abcs (rsultant souvent de linjection de Subutex), des ncroses

    du systme veineux, des thromboses et pour le sniff, des saignements du nez. Des vomissements

    sont signals pour la consommation fume dhrone. La consommation associe dhrone,

    dalcool et de benzodiazpines et/ou dhypnotiques semble favoriser les surdoses.

    Des associations de produits frquentes pour rguler les effets

    Compte tenu des niveaux levs de consommation, les associations de produit sont

    particulirement frquentes 26 chez les usagers interrogs dans les structures de premire ligne.

    Outre le tabac, consomm par la quasi-totalit des usagers, qui est associ tous les autres

    produits, les associations les plus frquentes sont celles impliquant l'hrone, la cocane ou le

    crack, la buprnorphine et/ou le cannabis. Ainsi, parmi les usagers ayant eu une consommation

    au moins hebdomadaire d'hrone au cours du dernier mois, 51 % ont dclar avoir aussi eu une

    consommation au moins hebdomadaire de cannabis, 38 % de mthadone et 32 % de cocane ou

    de crack.

    Les donnes recueillies auprs des diffrents observateurs de TREND confirment le fait que les

    associations de produit avec lhrone sont relativement frquentes. Ces associations ont pour

    fonction soit damliorer les effets de lhrone, soit de pallier le manque dhrone, soit de

    grer les effets dautres produits.

    Dans le premier cas, lalcool (le plus souvent de la bire forte) semble tre un produit

    consomm en grande quantit chez les usagers dhrone pour potentialiser les effets de

    lhrone ou amliorer ses effets lorsque sa qualit est mdiocre.

    Des associations dhrone avec des benzodiazpines ou avec des traitements de substitution

    aux opiacs sont aussi cites. Ces associations semblent rpondre deux logiques diffrentes :

    soit les mdicaments sont utiliss dans une logique de gestion de lattente ( sil n'y a pas de

    plan hro ), soit lhrone sera consomme en extra , de faon trs occasionnelle chez

    danciens usagers dhrone sous traitement de substitution aux opiacs.

    26 Les consommations ont t considres pour cette analyse comme tant associes si l'usager a dclar avoir consomm chacun des produits en moyenne plus d'une fois par semaine (consommation au moins hebdomadaire) durant le dernier mois

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    84

    En milieu festif, lhrone serait souvent consomme pour rguler la descente lie la

    consommation de produits stimulants, notamment decstasy. Dans cette perspective, il semble

    que lhrone soit souvent fume en chassant le dragon . Lassociation de la cocane et de

    lhrone (appele speed-ball), sniffe ou plus rarement injecte, a galement t rapporte en

    milieu festif par une seule structure, ce qui semble indiquer une pratique peu frquente (le cot

    lev constitue sans doute un frein).

    Le produit

    Lhrone blanche reste rare Paris

    Les informations relatives lhrone semblent indiquer une disponibilit de ce produit variable

    selon les quartiers de Paris, mais globalement plutt faible, en particulier en ce qui concerne

    lhrone blanche. Dans les quartiers o les usagers de drogues sont dans des situations de plus

    grande prcarit, il semblerait que lhrone blanche, plus chre que la brune, soit peu ou

    faiblement disponible.

    Dans le centre de Paris (quartier des Halles), lhrone, blanche comme brune, napparat pas

    disponible, contrairement au sud de Paris (14me arrondissement) o lhrone, blanche et

    brune, est disponible.

    En revanche, dans le nord-est de Paris (quartier de la Goutte dOr), si lhrone blanche est

    faiblement disponible, la disponibilit de lhrone brune est signale par nos observateurs

    comme tant en augmentation ( la brune revient en force sur le quartier ), associe une

    meilleure qualit quauparavant.

    Dans le sud comme dans le nord-est de Paris, laccessibilit au produit, dans la rue, ne semble

    pas difficile alors quelle passe par des rseaux de consommateurs dhrone dans le centre.

    Pour autant, dans ces trois espaces gographiques, la consommation comme le trafic dhrone

    dans la rue semblent peu visibles. Dans le quartier de la Goutte dOr, les problmes rencontrs

    par les riverains sont surtout lis au fait que certains usagers sinstallent dans les parties

    communes dimmeubles pour consommer lhrone par injection.

  • Les produits consomms Paris

    85

    En milieu festif, lhrone (en gnral brune) apparat surtout disponible dans les vnements

    alternatifs ou underground du type teknivals et free parties. Dans ces vnements festifs, la

    disponibilit de lhrone (appele rabla ) pourrait avoir augment en 2003 par rapport

    2002. Nanmoins, globalement, du fait de la forte diminution de ce type dvnements durant

    lanne, on observe plutt une baisse de la disponibilit de lhrone dans le milieu festif en

    gnral.

    Le prix de lhrone blanche serait suprieur celui de lhrone brune

    Toutes les donnes concordent pour montrer que le prix de lhrone blanche est plus lev que

    celui de lhrone brune.

    Les informations recueillies auprs des usagers des structures de premire ligne (Accueil Ego,

    Step, Aides-Audvih et Nova Dona) indiquent que le prix courant du gramme d'hrone blanche

    serait denviron 55 euros (variant de 30 150 euros). Le prix courant du gramme d'hrone

    brune serait denviron 40 euros (variant de 20 90 euros). Ces informations sont confirmes par

    les quipes des diffrentes structures de premire ligne qui indiquent un prix moyen du gramme

    dhrone brune autour de 40-50 euros et dhrone blanche autour de 60 euros.

    En milieu festif, le prix moyen de lhrone semble tre lgrement plus lev quen milieu

    urbain, aux alentours de 50-60 euros le gramme dhrone brune. Le seul prix cit pour la vente

    dhrone blanche en milieu festif est de 90 euros en moyenne le gramme.

    Perception plutt ngative du produit en lien avec la baisse de la qualit de lhrone

    La perception du produit parmi les usagers semble tre en relation avec la qualit du produit

    juge trs variable et plutt mauvaise en ce moment. Si lhrone de qualit est considre

    comme le produit de vraie dfonce , les effets terme (souffrance, manque, galre, etc.) sont

    perus ngativement par les usagers et sont associs limage des vieux junkies .

    Les donnes recueillies montrent que la perception de lhrone chez les non-usagers de ce

    produit est unanimement connote ngativement. Ce produit est trs associ la dpendance,

    la dchance, la galre , quelque chose de dangereux, de diabolique, qui fait peur et quil

    faut viter absolument.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    86

    Les termes pour qualifier lhrone sont multiples, permettant souvent de caractriser la couleur

    du produit : hro, dope, dfonce, Isabelle, memeu, blanche, brune, brown, brown sugar, pako,

    rabla, bla. Le terme de rabla semble tre surtout utilis en milieu festif. Certains

    tmoignages indiquent que des usagers de rabla nimaginent pas que cette poudre brune soit

    de lhrone.

    La buprnorphine haut dosage (Subutex)27

    Usagers et modalits dusages

    La buprnorphine haut dosage, commercialise sous le nom de Subutex, constitue un

    traitement de substitution aux opiacs. Les comprims doss 0,4,mg, 2 mg ou 8 mg doivent

    tre utiliss par voie sublinguale. Diffrents noms sont utiliss par les usagers pour parler du

    Subutex : Sub, Subu, Besu, Sebu, B8, Bonbon (terme gnrique pour les mdicaments). Lun

    des pharmaciens interrogs indique que les posologies habituelles des patients sous Subutex

    varient de 10 16 mg, plus rarement 24 mg.

    Le Subutex est largement rpandu parmi les usagers des structures de premire ligne

    Parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne (Accueil Ego, Step, Aides-Audvih

    et Nova Dona), la buprnorphine est le 4me produit (aprs le cannabis, l'hrone et la

    cocane/crack) dont la consommation au cours de la vie est la plus frquente. Parmi les usagers

    des structures, 72 % ont dclar en avoir dj consomm au cours de la vie, 45 % en avoir

    consomm durant le dernier mois et 37 % ont dclar en avoir une consommation quotidienne.

    Parmi les personnes ayant consomm de la buprnorphine durant le dernier mois, 80 % ont

    dclar en avoir consomm tous les jours. Avec la mthadone (autre traitement de substitution

    aux opiacs), c'est le produit le plus frquemment consomm quotidiennement.

    Chez les personnes ayant consomm de la buprnorphine au cours du dernier mois, 70 %

    indiquent que c'est pour se soigner, 11 % que c'est pour se dfoncer et 19 % la fois pour se

    soigner et pour se dfoncer .

    27 Dans ce texte, il sagit principalement dusage dtourn de Subutex, cest pourquoi le terme de produit est utilis au lieu de traitement .

  • Les produits consomms Paris

    87

    mergence dune population dusagers de Subutex non consommatrice dhrone

    Les usagers de Subutex prsentent souvent les mmes caractristiques socio-dmographiques

    que les usagers dhrone dcrits prcdemment : massivement des hommes, gs de 30-40 ans

    en moyenne, en situation de prcarit sociale.

    Nanmoins, les descriptions produites par nos observateurs montrent aussi dautres catgories

    de consommateurs : dune part des usagers initiant leur consommation aux opiacs par le

    Subutex. Comme en 2002, des cas sont cits de personnes ayant dcouvert le Subutex en

    prison et ayant dsormais une dpendance au produit. Des personnes, semble-t-il mieux insres

    socialement, viendraient galement sapprovisionner en Subutex, en fin de journe (c'est--

    dire aprs le travail), dans les points de vente de mdicaments de substitution dtourns du

    centre de Paris, o il peut leur sembler moins stigmatisant (et plus discret) dacheter des cachets

    que dans les points de vente du nord-est parisien davantage marqus comme tant des lieux

    pour les toxicomanes. Enfin, des personnes dont le look traduit leur appartenance au

    milieu festif (techno ou punk) constituent aussi le profil des usagers de Subutex qui viennent

    sapprovisionner auprs des vendeurs de rue. Pour ces usagers, certains sont dcrits comme

    danciens teufeurs devenus hronomanes et voluant la priphrie des mouvements

    techno . Il semble aussi probable que pour dautres usagers issus du milieu festif, la

    consommation dopiacs soit initie avec celle de Subutex. Chez ces jeunes au look techno

    et punk , la consommation de Subutex se ferait surtout par voie injectable (linformation

    nest nanmoins cite qu travers lobservation des usages en milieu urbain), comme la

    consommation de Sknan galement observe dans cette population.

    Signalons que parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne (Accueil Ego, Step,

    Aides-Audvih et Nova Dona) ayant dj consomm de la buprnorphine au cours de la vie (plus

    de 10 fois), 11 % dclarent ne jamais avoir consomm d'hrone au cours de leur vie (ce

    pourcentage est de 4 % pour la mthadone).

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    88

    Inject, sniff, fum : les modes de consommation dtourne du Subutex sont variables

    chez un mme usager

    Si le mode oral de consommation de la buprnorphine reste prdominant parmi les usagers

    interrogs des structures de premire ligne (61 % au cours du dernier mois), 47 % des

    consommateurs dclarent aussi avoir consomm au cours du dernier mois les comprims en

    injection, 9 % l'ont sniff et 9 % l'ont fum. On soulignera donc la proportion relativement

    leve de personnes ayant un mode inadquat de consommation de la buprnorphine (fum,

    sniff ou inject). Le mode d'administration du Subutex semble variable chez un mme

    usager, probablement en fonction des effets attendus : parmi ceux qui ont dclar avoir

    consomm par voie orale le Subutex au cours du dernier mois, 27 % disent aussi l'avoir inject

    durant cette mme priode.

    En injection, le mode de prparation du Subutex est relativement comparable celui de

    lhrone : le comprim est cras puis dilu avec de leau, puis chauff dans un Stricup ou

    une canette dcoupe, utilise comme coupelle ou une cuillre et ventuellement filtr avant

    dtre inject laide dune seringue 1 cc. Pour obtenir une prparation plus rapidement, une

    des structures signale que certains usagers utilisent des seringues de 2 cc. ou 2,5 cc. dans

    lesquels ils diluent directement le comprim de Subutex avec de leau.

    Deux modes de consommation fume du Subutex sont rapports : dans le premier cas, le

    comprim est cras, mlang du tabac et roul comme un joint . Dans le second cas, la

    cigarette est dtasse, le cachet est cras puis aspir laide de la cigarette afin que le produit

    se disperse dans le tabac puis la cigarette est fume (il sagirait dun mode de consommation de

    lhrone chez les Africains).

    Les effets psychoactifs et les consquences sanitaires de lusage dtourn de Subutex sont

    importants

    Les effets attendus de la buprnorphine utilise comme traitement de substitution aux opiacs

    sont de calmer ou de lutter contre le manque et davoir un effet relaxant.

    Pour les usages dtourns, notamment en injection, les effets recherchs, sont gnralement

    ceux procurs par lhrone, savoir une monte . Chez les non-usagers dhrone, la prise

    de Subutex semble produire un effet de dfonce .

  • Les produits consomms Paris

    89

    Les modes dadministration dtourns du Subutex provoquent de nombreux dommages

    sanitaires lis, dune part, au mode dadministration mme (injection, sniff), mais aussi au

    produit et au fait que lexcipient du Subutex comporte des composs non solubles, notamment

    de lamidon de mas qui paissit la solution en cas de dilution. Abcs importants, dgradation

    du systme veineux, problmes pulmonaires et cardiovasculaires, risque dembolie crbrale,

    phlbites, thromboses, lymphdmes, sont les principaux dommages sanitaires lis la

    consommation dtourne de Subutex.

    La question du sevrage au Subutex, et plus gnralement du sevrage aux traitements de

    substitution aux opiacs, reste entirement pose.

    La consommation dalcool semble importante chez les usagers de Subutex

    Le Subutex est cit par diffrents observateurs, en milieu festif et en milieu urbain, comme

    tant utilis pour rguler la descente de stimulants et en particulier de crack. Certains

    usagers de crack semblent attendre la descente pour consommer du Subutex alors que

    dautres prennent un petit morceau de comprim de Subutex chaque prise de crack.

    Outre le crack, les produits les plus souvent cits comme tant associs la consommation de

    Subutex sont lalcool (produisant des effets plus forts, plus longs et plus rapides ) et les

    benzodiazpines ou lArtane le plus souvent galement associs lalcool (dans une recherche

    de vraie dfonce ).

    Les associations semblent frquentes puisque parmi les usagers des structures de premire ligne

    interrogs, les consommateurs de buprnorphine sont 68 % dclarer aussi une consommation

    au moins hebdomadaire de cannabis, 35 % une consommation de cocane ou crack et 10 % une

    consommation d'hrone.

    Le produit

    Une disponibilit variable selon les quartiers

    Parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne (Accueil Ego, Step, Aides-Audvih

    et Nova Dona), seule une minorit dclare avoir obtenu le Subutex exclusivement hors

    prescription (21 %), la majorit (52 %) dit avoir obtenu le Subutex avec une prescription ou

    pour 27 % des usagers la fois avec et sans prescription.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    90

    La vente de rue du Subutex semble tre essentiellement concentre dans le nord-est et le

    centre de Paris o le produit est dcrit comme trs disponible, trs accessible et trs visible, avec

    nanmoins des variations en fonction de la prsence policire. Dans le sud de Paris ainsi que

    dans les vnements festifs (raves payantes, free parties, teknivals, soires prives,

    clubs/discothques), le Subutex serait rarement disponible, voire, naurait aucune visibilit

    dans certains vnements festifs. Dans certains de ces vnements, il serait nanmoins possible

    de sen procurer par le biais du bouche oreille.

    La vente de Subutex dans les pharmacies de ville apparat elle aussi limite. Selon deux

    professionnels de sant, un mdecin et un pharmacien, alors que les traitements de substitution

    sont largement prescrits par les mdecins gnralistes, les pharmaciens sont de plus en plus

    nombreux ne dlivrer ni traitements de substitution ni matriels dinjection strile. Les motifs

    invoqus sont le manque de comptences, la peur, linscurit, la lassitude, lexcs de

    documents administratifs et comptables remplir. Ainsi des zones entires de Paris ne seraient

    pas desservies. Ce mme mdecin indiquait par exemple avoir appel pas moins de dix

    pharmacies dans une rue du 11me arrondissement de Paris avant den trouver une acceptant de

    fournir un traitement de substitution pour un de ses patients. Une enqute ralise d'avril juin

    1999 par l'association Mdecins Sans Frontires auprs de 200 pharmacies parisiennes 28 tires

    au sort montrait effectivement la faible disponibilit du matriel d'injection dans les pharmacies

    parisiennes (seuls 55 % vendaient des Stribox) et une ingalit importante face l'accs au

    matriel d'injection selon les arrondissements de Paris.

    Des prix variables en fonction de la disponibilit du produit

    Le prix du comprim de Subutex de 8 mg obtenu sans prescription est de 1,6 euros en

    moyenne quand on se rfre aux rponses des usagers interrogs des structures de premire

    ligne (Accueil Ego, Step, Aides-Audvih et Nova Dona). Ce prix est confirm par nos

    observateurs.

    En milieu urbain, et dans les quartiers o le produit est trs disponible dans la rue (centre et

    nord-est de Paris), il serait possible de trouver des comprims doss 8 mg 1 euro et des

    plaquettes de 7 comprims pour 7 euros.

    28 Mdecins Sans Frontires, Centre mdico-social, Programme de rduction des risques destin aux usagers de drogues par voie intraveineuse. Enqute auprs des pharmacies parisiennes. Accs au matriel d'injection pour les usagers de drogues par voie intraveineuse, octobre 1999.

  • Les produits consomms Paris

    91

    Il convient nanmoins de prciser que les prix peuvent nettement varier en fonction de la

    disponibilit du produit. Il devient ainsi plus cher le dimanche et les jours fris. Durant le mois

    daot, o le nombre de mdecins exerant est plus faible, et donc les possibilits dobtenir une

    prescription plus limites, le comprim de Subutex sest vendu dans la rue jusqu 5 euros,

    soit cinq fois le prix habituel. Aprs les mois dt, son prix serait revenu au niveau habituel.

    En milieu festif, le Subutex, plus rarement propos la vente, semble tre vendu 2-3 euros le

    comprim dos 8 mg (1-2 celui dos 2 mg).

    Une perception ngative du produit chez les usagers comme chez les non-usagers

    Globalement, la perception de ce produit est plutt ngative chez les usagers comme chez les

    non-usagers. Pour les premiers, la dpendance entrane par le Subutex semble tre un des

    lments favorisant cette perception. Chez les personnes ne consommant pas de Subutex, ce

    produit semble tre associ la toxicomanie, un produit de rue , avec un statut ambigu

    (drogue/mdicament ou mdicament pour drogus ).

    En milieu festif, le Subutex semble tre un produit peu valoris, dont la consommation nest

    pas mise en avant par les usagers. Signalons quun groupe de Hardcore assez connu

    sappelle Subutek.

    La mthadone

    La mthadone est une substance opiace psychotrope inscrite sur la liste des stupfiants. Le

    traitement doit tre initi par un mdecin exerant dans un Centre de soins spcialiss aux

    toxicomanes (CSST) ou un service hospitalier spcialis. Dans une premire phase, le

    traitement est dlivr quotidiennement par le centre, avec des analyses toxicologiques urinaires

    ralises chez lusager. Dans une seconde phase, un relais en mdecine de ville peut tre

    envisag, aprs avis du mdecin du CSST. De plus, un rythme de dlivrances du traitement plus

    espac peut galement tre envisag.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    92

    Usagers et modalits dusages

    Quasi-absence dutilisation dtourne de la mthadone

    Parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne (Accueil Ego, Step, Aides-Audvih

    et Nova Dona), 44 % ont dclar avoir utilis au cours de leur vie de la mthadone, 30 % ont

    dclar en avoir utilis durant le dernier mois et 24 % dclarent une utilisation quotidienne.

    Parmi les seules personnes en ayant utilis au cours du dernier mois, 81 % ont dclar une

    utilisation quotidienne de mthadone. Parmi les produits psychotropes, la mthadone est

    celui qui est le plus frquemment utilis quotidiennement avec la buprnorphine.

    Toujours parmi les usagers interrogs des structures, la mthadone est le mdicament le plus

    largement obtenu exclusivement avec prescription (89 % des cas) et dont les raisons

    dutilisation sont le soin : 95 % des motifs cits dutilisation. L'ge moyen du dbut de

    lutilisation de mthadone est 32,4 ans (avec un ge minimum de 20 ans). C'est le produit

    qui est initi le plus tardivement. Les usagers de mthadone, plutt des hommes, sont dcrits par

    nos observateurs comme issus de tous les milieux socio-professionnels.

    Si les effets attendus de la mthadone sont de calmer et de prvenir le manque, et plus

    gnralement davoir des effets sdatifs, quelques effets secondaires sont dcrits :

    endormissement, dpendance au produit ( a accroche plus dur que la came ), bouffes de

    chaleur, sudation, constipation, baisse de la libido, prise de poids. Les risques de surdoses sont

    galement voqus lors dusages mdicalement non contrls.

    La mthadone (surnomme aussi mtha ou miel ) est une solution buvable, quasiment

    exclusivement consomme par voie orale. Son usage dtourn par voie injectable semble

    exceptionnel, un des observateurs indique mme que cela relve plutt du mythe . Lusage

    dtourn de mthadone par voie orale, bien que rare, semble nanmoins exister en particulier

    parmi les usagers de produits stimulants (cocane, crack, amphtamine) qui utilise la mthadone

    afin damortir la descente lis aux effets des stimulants.

    Lun des pharmaciens interrogs indique que les posologies des patients sous mthadone varient

    de 40 100 mg, une exception prs d'un patient avec 280 mg.

  • Les produits consomms Paris

    93

    Des associations frquentes o lalcool prdomine

    Outre lassociation entre la mthadone et les stimulants, les personnes substitues la

    mthadone semblent nombreuses consommer de lalcool, dans une logique de compensation

    de la dfonce et ce dautant que lalcool semble potentialiser les effets de la mthadone. Des

    associations avec le cannabis ou les benzodiazpines sont galement cites par nos observateurs.

    Enfin, parmi les usagers dopiacs, lutilisation ponctuelle de mthadone dtourne, permettrait

    de grer la consommation, dans lattente de trouver de lhroine.

    Ces donnes sont confirmes par les informations recueillies auprs des usagers des structures

    de premire ligne : environ la moiti des usagers de mthadone consomment aussi du cannabis

    au moins une fois par semaine et un peu plus d'un tiers de l'hrone, la mme frquence. C'est

    parmi les usagers de mthadone que la consommation d'alcool est la plus leve.

    Le produit

    Trs faible disponibilit hors prescription et disponibilit rduite dans les pharmacies de ville

    Les contraintes importantes lies la dlivrance du traitement conduisent un trs faible trafic

    de mthadone. Les seuls cas cits relvent plutt de petits combines entre proches, lies

    des sur-prescriptions. Les doses ont en effet tendance tre sur-values lorsque le traitement

    est initi afin dviter le manque. Lusager aura ensuite tendance diminuer la dose, ce qui peut

    lui permettre de stocker des flacons non-utiliss.

    Comme pour le Subutex, laccessibilit la mthadone en pharmacie de ville Paris semble

    trs ingale du fait, selon un pharmacien, de la lourdeur de la dlivrance de ce produit qui

    ncessite un suivi quotidien, des stocks importants en nombre et en volume et une gestion assez

    contraignante. Selon ce pharmacien, une simplification dans le sens d'une comptabilisation

    mensuelle des entres et sorties de produits de substitution lui semblerait aussi efficace et en

    simplifierait considrablement la dlivrance . Lenqute mene en 1999 par Mdecins Sans

    Frontires auprs de 200 pharmacies parisiennes montrent nanmoins que la rticence des

    pharmaciens dlivrer du matriel d'injection est importante (dans une pharmacie sur deux, le

    Stribox ntait pas disponible), alors mme que ce matriel nest soumis aucune contrainte

    particulire de dlivrance.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    94

    La vise thrapeutique est associe limage de la mthadone

    Bien que dune dlivrance contraignante et produisant des effets secondaires non ngligeables,

    la mthadone a plutt une image positive parmi les usagers, considre comme la dernire ligne

    droite avant larrt dfinitif. Elle est davantage perue comme un traitement de substitution que

    comme un produit permettant une dfonce . Par ailleurs, sa gratuit apparat comme un

    avantage mme si linconvnient rside dans le fait que la prise doit souvent se faire dans un

    centre.

    Les sulfates de morphine (Sknan, Moscontin)

    Parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne (Accueil Ego, Step, Aides-Audvih

    et Nova Dona), 33 % ont consomm au cours de leur vie du Sknan ou du Moscontin, 18 %

    ont dclar en avoir consomm durant le dernier mois et 12 % dclarent une consommation

    quotidienne. Parmi les seules personnes ayant consomm des sulfates de morphine durant le

    dernier mois, 67 % ont dclar en avoir consomm tous les jours. Les sulfates de morphine

    constituent le produit le plus frquemment consomm quotidiennement aprs la buprnorphine

    et la mthadone. En revanche, la diffrence des deux autres mdicaments, la majorit des

    usagers (63 %) qui en ont consomm au cours du mois les ont obtenus hors prescription. Seuls

    22 % des usagers indiquent que la prise de ces mdicaments est lie un soin, 22 % indiquent

    que la motivation est de se dfoncer et 56 % admettent que la prise du mdicament est la

    fois pour se soigner et la fois pour se dfoncer . L'ge moyen du dbut de la consommation

    de Sknan ou de Moscontin, de 29,7 ans, fait partie des plus tardifs, juste avant l'ge moyen

    d'initiation la buprnorphine et la mthadone.

    Daprs nos observateurs, lusage de Moscontin est exceptionnel, voire inexistant. Les

    donnes qui suivent portent donc exclusivement sur le Sknan, appel par les usagers

    Skn .

  • Les produits consomms Paris

    95

    Usagers et modalits dusages

    Un jeune groupe dusagers issus du milieu festif consommant surtout le Sknan par voie

    injectable

    Deux populations usagres de Sknan sont dcrites par nos observateurs.

    Dune part, un groupe de personnes de 30-40 ans, anciens usagers dhrone, ayant des

    caractristiques proches des utilisateurs de Subutex, mais semble-t-il plus dsocialiss et plus

    gs. Il sagirait de personnes pour lesquels le Sknan est utilis comme traitement de

    substitution aux opiacs.

    Un autre groupe de consommateurs de Sknan semble avoir t identifi Paris tant par les

    observateurs TREND en milieu festif quen milieu urbain. Il sagirait de jeunes issus du milieu

    festif, punks ou techno punks, se procurant le produit dans la rue, en groupe, et sadministrant

    surtout le Sknan par voie injectable. Il sagirait essentiellement de squatteurs ou de personnes

    en errance .

    Lusage dtourn du Sknan se fait principalement par voie injectable

    La consommation dtourne de Sknan se fait par voie orale, par voie nasale (sniff) ou par

    voie injectable. Dans ce dernier cas, la prparation dure en moyenne dix minutes (ouvrir la

    glule, craser les granuls en y ajoutant de leau, faire chauffer le produit, aspirer travers un

    filtre, injecter). Le sniff prend moins de temps puisquil suffit dcraser les granuls et de les

    consommer. Le principal mode de consommation dtourne du Sknan rapport par les

    observateurs est la voie injectable qui produirait des effets peu prs comparables ceux

    obtenus avec lhrone ( monte , flash et dfonce ). Provoquant plus rarement des abcs et

    des gonflements des mains que le Subutex inject, le Sknan produirait aussi un effet plus

    puissant, et plus proche de celui de lhrone, ce qui expliquerait lengouement croissant pour

    ce produit, notamment par les jeunes au look alternatif (observation de terrain en milieu

    urbain).

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    96

    Le Sknan inject provoquerait des dommages sanitaires importants

    Outre les problmes sanitaires entrans par linjection en gnral et plus particulirement par

    celle de mdicaments destins la voie orale, des effets secondaires lis linjection de

    Sknan sont signals : rougeurs, dmangeaisons, eczma, paralysie et engourdissement des

    membres, endormissement ( piquer du nez ). La prise associe de Sknan et de mthadone

    ou Subutex provoquerait des douleurs et leffet dune poussire (injection dune

    impuret). Des tmoignages de personnes usagres indiquent aussi que les effets du manque

    seraient terribles , horribles . De plus, cette consommation dvelopperait une forte

    rsistance aux antalgiques. Selon une note dobservation de terrain en milieu urbain qui rapporte

    les propos dune femme consommatrice de Sknan Lautre jour, jai eu un mal de tte si

    fort que jai d aller en urgence lhpital ; lquipe mdicale ne savait pas quoi me donner

    pour me soulager. Si un jour je dois me faire oprer, je ne sais pas comment les mdecins

    pourront soulager mes douleurs .

    Lalcool et les mdicaments (benzodiazpines) semblent prdominer dans les produits associs

    au Sknan. Le Sknan dtourn semble aussi tre utilis pour grer la descente lors de

    prises associes des stimulants.

    Le produit

    Le Sknan serait un mdicament dtourn relativement disponible

    Alors que le Sknan vendu sans prescription est dcrit comme rare dans le sud de Paris,

    en revanche, dans le centre ainsi que dans le nord-est de Paris, il serait globalement disponible,

    voire trs disponible, malgr des variabilits notables selon les priodes. Par exemple, la

    disponibilit de Sknan, comme de Subutex, aurait t moins importante pendant les mois

    dt, particulirement aux alentours du 15 aot. En revanche, en fin danne 2003, il y aurait eu

    une disponibilit accrue de Sknan dans le nord-est de Paris, qui serait devenu le seul point de

    vente de rue significatif de Sknan Paris. Selon lobservation de terrain en milieu urbain, le

    Sknan serait dsormais presque introuvable aux Halles, car ceux qui en vendent y feraient

    lobjet dune pression policire accrue .

  • Les produits consomms Paris

    97

    Selon lobservation de terrain en milieu urbain, il semblerait que les dispositions lgales qui

    rendent ncessaires laccord pralable dun mdecin-conseil de lAssurance Maladie lors dune

    primo-prescription de Sknan naient pas eu comme consquence de diminuer la disponibilit

    du Sknan dtourn dans le nord-est et le centre de Paris. Une personne dont lessentiel des

    ressources provient de la revente de mdicaments de substitution quelle se fait prescrire a

    signal que de nombreux mdecins ignoraient les dispositions lgales et prescrivaient du

    Sknan, apparemment en toute bonne foi, sans laval du mdecin-conseil, des patients qui le

    demandaient.

    Un pharmacien a galement indiqu regretter qu'il n'y ait pas de cadre plus prcis en ce qui

    concerne la dlivrance des sulfates de morphine, notamment la ncessit que les mdicaments

    ne soient dlivrs que dans le cadre d'un CSST.

    Nanmoins, la dlivrance de Sknan prsentant davantage de contraintes que le Subutex, le

    prix des glules de 100 mg vendues sans prescription est aussi plus lev. Les observateurs en

    milieu urbain indiquent de faon unanime un prix minimum de 2 euros, un prix maximum de 5

    euros et un prix habituel de 2 euros (la plaquette de 7 glules, 10 euros, et 20 euros la bote de 3

    plaquettes). Dans lobservation en milieu festif, le seul prix cit est de 3 5 euros la glule.

    Lieux de deal de mdicaments dtourns : contact privilgi entre usagers issus du festif et

    usagers de lespace urbain

    Les trafics de Sknan Paris se droulent en gnral dans les mmes lieux que ceux du

    Subutex, et plus gnralement des mdicaments dtourns.

    Dans les lieux de vente des mdicaments dtourns, une visibilit beaucoup plus importante de

    jeunes au look techno et punk venant sapprovisionner en Sknan a t note en 2003. Lune

    des notes dobservation de terrain indique que les lieux de deal de mdicaments dtourns

    apparaissent comme les lieux de contacts privilgis entre les usagers de drogues issus du

    milieu festif et ceux du milieu urbain proprement parler. Cest le cas des environs des Halles

    [ ainsi que] de Chteau-Rouge, par intermittence. Avant les vacances dt, on pouvait

    observer la prsence de jeunes, vtus dans un style techno ou punk, la plupart du temps en

    groupe, venus sapprovisionner en mdicaments de substitution et en benzodiazpines

    (Rohypnol, Rivotryl). []. Daprs des usagers-revendeurs de cachets, ils viendraient

    essentiellement pour sapprovisionner en Sknan, utilis en voie injectable .

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    98

    Image plutt positive du produit chez les usagers et ngative chez les non-usagers

    La perception du produit est plutt bonne chez les usagers de Sknan, comme de la came

    mais non coupe ! , dfonce injectable pas cher . En revanche, chez les non-usagers de

    Sknan, limage du produit est associe lide de dpendance, au manque, un pige qui

    conduit retourner lhrone, en cas dabsence de glules

    La codine (Nocodion)

    Lusage dtourn de codne semble extrmement rare : parmi les usagers interrogs des

    structures de premire ligne (Accueil Ego, Step, Aides-Audvih et Nova Dona), seuls 4 %

    indiquent en avoir consomm au cours du dernier mois. Nos observateurs du milieu festif

    comme du milieu urbain (quel que soit le quartier) confirment le caractre marginal de lusage

    dtourn de codine.

    Lopium et le rachacha 29

    Parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne (Accueil Ego, Step, Aides-Audvih

    et Nova Dona), un sur dix a dclar avoir consomm du rachacha au cours de sa vie, seul un

    usager a dclar avoir dj consomm de lopium.

    Les observateurs parisiens du dispositif TREND, en milieu festif comme en milieu urbain,

    indiquent labsence de visibilit de ces deux produits, une accessibilit nulle et des produits

    introuvables. Le rachacha, consomm fum, est cit par un des observateurs du milieu festif

    comme tant associ la culture des free parties , bien qutant en perte de vitesse .

    29 Le rachacha est une pte issue du pavot. Son principe actif est la morphine.

  • Les produits consomms Paris

    99

    Lusage de produits stimulants

    La cocane

    Les caractristiques des usagers de cocane et leurs modalits dusage tant relativement

    diffrentes de celles des usagers de crack/free base, nous les aborderons dans deux parties

    distinctes.

    Usagers et modalits dusages

    Grande diversit des usagers de cocane

    Les donnes recueillies en 2003 par les diffrents observateurs de TREND Paris semblent

    montrer une grande diversit des caractristiques des usagers de cocane, allant de la personne la

    plus insre socialement la plus marginalise. Nanmoins, compte tenu du cot lev du

    produit, la cocane semble tre, en milieu festif, surtout consomme par des personnes, hommes

    et femmes, de classes sociales plutt aises et le produit serait peru comme trs litiste .

    Des modes dadministration multiples

    La cocane est principalement consomme sniffe ou injecte, plus rarement fume. Le sniff

    permettrait une monte plus progressive (mais provoque des dgts nasaux) alors que

    linjection de cocane permettrait des effets immdiats et un flash (mais provoquerait des

    dommages veineux et des risques de surdoses 30).

    30 Linjection de cocane serait nanmoins considre par certains usagers comme moins nfaste que celle de Subutex, provoquant moins dabcs et nayant pas comme consquence le gonflement des extrmits des membres suprieurs (observation de terrain en milieu urbain).

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    100

    En milieu festif, dautres modes de consommations de la cocane ont t observs en 2003

    Paris, sans quil ne soit possible de dterminer si certains ne relvent pas juste

    dexprimentations plus que de pratiques vritablement existantes : des usagers goberaient

    la cocane en enveloppant la poudre dans une feuille de papier cigarette, dautres

    linhaleraient, des tmoignages de plusieurs personnes frquentant le milieu festif gay indiquent

    aussi des consommations de cocane par voie rectale (la poudre serait enveloppe dans du

    papier cigarette). Enfin, des usagers du milieu festif auraient aussi voqu de la cocane dilue

    prise sous forme de gouttes dans lil, provoquant une monte trs rapide (30-40 secondes).

    Des effets moduls par les modes et les rythmes de consommation

    Quel que soit le mode de consommation de la cocane, les effets recherchs sont ceux dun

    stimulant. La faon de consommer le produit provoquera ces effets plus ou moins rapidement,

    avec plus ou moins dintensit, plus ou moins durablement. Certains usagers prfrent ainsi des

    effets stimulants trs marqus qui peuvent les conduire avoir une consommation compulsive,

    avec des prises rptes toutes les 5-10 minutes. Dautres usagers prfreront une

    consommation plus dopante , avec une prise sniffe toutes les 2-3 heures. Lexcitation, la

    sensation de libert, la confiance en soi, limpression dtre un surhomme , des sensations

    sur-dimensionnes , lenvie de parler sont les principaux effets ressentis lors de la prise de

    cocane.

    Une polyconsommation frquente pour grer la descente

    Les opiacs (hrone, mthadone et Subutex) ainsi que les benzodiazpines et lalcool

    semblent tre trs frquemment consomms en association avec la cocane, au moment de la

    descente , ce qui conduit lun des observateurs mettre lhypothse selon laquelle les

    produits stimulants comme la cocane auraient tendance favoriser une plus grande

    polyconsommation, notamment au moment de la descente .

    Lassociation de la cocane et de la ktamine (mlange appel Calvin Klein) a galement t

    rapporte exclusivement en milieu festif (cf. la partie sur la ktamine).

    En milieu festif, la cocane serait aussi utilise la suite dune consommation decstasy, afin de

    relancer les effets de lecstasy ou dapaiser les effets ngatifs lis la descente decstasy.

    Cette pratique serait surtout utilise par les personnes qui consomment plusieurs cachets

    decstasy dans la mme soire.

  • Les produits consomms Paris

    101

    Lune des structures de rduction des risques intervenant en milieu festif indique que de plus

    en plus de consommateurs nous confient que leur consommation de cocane stend au-del du

    milieu festif, dans leur milieu professionnel et/ou dans un cadre priv. Cependant, ils ne

    considrent pas que cette consommation leur pose problme, si ce nest dun point de vue

    financier, au contraire ils considrent que celle-ci leur a permis de rguler leur consommation

    decstasy .

    Des qualits variables entranant des effets secondaires diffrents

    Lobservation de terrain en milieu urbain permet de distinguer diffrentes qualits de cocane.

    Il y aurait [] une qualit plus mdiocre de la cocane qui est nomme synthtique . Sous

    ce terme, les personnes interviewes ne se sont pas montres capables didentifier clairement ce

    qui dans la matire premire employe o le processus de fabrication de ce type de produit le

    distingue de la cocane dite vgtale . Cependant, il y a un consensus sur le fait que cette

    cocane synthtique contient la plupart du temps de lamphtamine, ce qui donnerait lieu

    des effets non souhaits bien identifis : une insatisfaction permanente par rapport aux effets

    attendus, qui obligerait en reprendre sans cesse jusqu' puisement du produit, une crispation

    plus prononce des mchoires et une nervosit dsagrable, une descente plus longue et

    pnible, qui empcherait de trouver le sommeil. Ce produit serait dune texture neigeuse et

    dune couleur trs blanche. Dans le sud de Paris, ce type de cocane serait le plus souvent

    disponible dans la rue ou dans le mtro.

    A linverse, la cocane dite vgtale tendrait vers le jaune ou le gris et se prsenterait sous

    forme de cristaux assez solides qui, une fois crass, formeraient une poudre plutt grasse .

    Une prise de cette cocane de meilleure qualit proportionnerait une satisfaction plus longue

    permettant de ne pas en reprendre tout de suite, de pouvoir se consacrer dautres activits [],

    ou simplement de parler avec les autres . De plus, la descente suivant la prise serait plus

    douce, et nempcherait pas de dormir correctement. Ce type de produit, si on en trouve dans la

    rue ou le mtro, est plus facile trouver dans les plans appart. ou les plans squat .

    Le discours des usagers de drogues du sud de Paris montre une attention particulire porte aux

    diffrentes qualits de cocane, qui semble symptomatique dune plus grande matrise de la

    consommation de drogues par rapport aux usagers de crack du nord-est parisien.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    102

    Cette distinction entre cocane vgtale et synthtique est galement note dans lobservation en

    milieu festif o la cocane vgtale est perue comme tant de meilleure qualit et surtout moins

    nocive que la cocane synthtique.

    Le produit

    La cocane na pas trouv de nouvelles appellations en 2003 et les termes utiliss restent les

    suivants : coke, coca, coco, CC, caroline, poudre.

    Disponibilit et accessibilit trs leves du produit

    A lexception du centre de Paris (quartier Les Halles) o la cocane serait rare, les observateurs

    du milieu urbain (nord-est et sud parisien) indiquent une grande disponibilit de la cocane tout

    comme les observateurs du milieu festif qui notent, quels que soient les lieux et les types

    dvnements (raves payantes, free parties, teknivals, soires prives, clubs, discothques) une

    disponibilit trs leve de la cocane. En milieu festif, cette disponibilit pourrait tre en hausse

    et, selon certaines personnes, tendrait se rapprocher de celle de lecstasy.

    Globalement, durant lanne 2003, la disponibilit de la cocane aurait t rgulire dans le sud

    de Paris, et parat beaucoup stable que dans le nord-est parisien (comme dailleurs pour tous les

    autres produits). Durant le second semestre 2003, Paris, des interpellations de nombreux

    semi-grossistes de cocane auraient eu pour consquence de limiter la disponibilit du produit.

    Mme si lachat de cocane est possible dans la rue (nord-est et sud de Paris), le trafic de

    cocane ny apparat pas de faon visible. Les ventes se feraient plutt par tlphone, dans des

    appartements ou par des livraisons domicile . Dans le sud de Paris, le deal de cocane se

    ferait aussi dans le mtro.

    Des prix plutt la baisse

    Tous les observateurs, du milieu festif comme du milieu urbain, saccordent dire que le prix

    moyen du gramme de cocane est de 75-80 euros 31. Pour obtenir des produits de trs bonne

    qualit , les prix peuvent nanmoins slever 120 euros. Dans le mtro, la cocane serait

    vendue le plus souvent dans des bonbonnes cotant 20 euros.

    31 Un gramme permettrait 7-8 prises.

  • Les produits consomms Paris

    103

    Ces bonbonnes contiendraient moins de 0,2 grammes, soit lquivalent dune ou de deux prises

    au maximum. En banlieue, la cocane sachterait aux alentours de 250-300 euros les 5

    grammes.

    Les prix de la cocane auraient eu tendance diminuer durant lanne en milieu festif o dans

    certains vnements, le gramme se serait vendu 40-50 euros. En milieu urbain, il semblerait

    aussi que les prix soient plutt la baisse. La diminution de la disponibilit du produit ces

    derniers mois pourrait contribuer changer la tendance.

    Un produit illicite relativement bien peru

    La cocane est plutt positivement perue par les usagers (produit pour faire la fte ,

    consommation festive , produit de luxe ). Lune des structures intervenant en milieu festif

    tecnho indique que la banalisation de la consommation de cocane constitue lun des deux

    vnements les plus marquants au cours de lanne 2003. Chez les non-usagers, lattrait du

    produit reste important mme si les effets excitants peuvent ne pas intresser.

    Le crack ou le free base

    Usagers et modalits dusages

    mergence de diffrentes populations de consommateurs de crack

    En milieu urbain, les observateurs sont assez unanimes pour dire que les usagers habituels

    de crack sont le plus souvent des hommes, gnralement trs dsocialiss, la plupart sans travail

    et sans ressource lgale, pratiquant frquemment le deal de mdicaments dans le centre de Paris

    pour pouvoir acheter du crack.

    A ct de cette population dusagers de crack habituels frquentant les structures de

    premire ligne, lmergence de diffrentes populations consommatrices de crack peut tre note,

    travers lobservation en milieu urbain :

    Avant les vacances dt, des jeunes issus du milieu festif [] en voie de

    prcarisation taient frquemment visibles entre Chteau-Rouge et Stalingrad, souvent

    pour se procurer du cannabis ou du crack (observation en milieu urbain).

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    104

    Durant les mois dt, un nombre significatif (visible) de personnes encore jamais

    vues sur les scnes habituelles de trafic et de toxicomanie de rue du nord-est a t

    observ par diffrentes personnes : des jeunes Beurs (maximum 30 ans) venant

    manifestement de banlieue, du genre racaille de cit , consommant du crack et du

    Subutex (observation en milieu urbain).

    Un usager de drogues ayant tmoign, qui, bien que SDF, garde une apparence

    physique normale et dit matriser, dans une certaine mesure, sa consommation, affirme

    que des habitants du 18me arrondissement, trs bien insrs socialement et

    professionnellement, consomment occasionnellement du crack, leur propre

    domicile, avec des amis, lors de moments festifs. Comme ils ne connaissent pas les

    modalits dapprovisionnement et de consommation, ils se renseignent auprs dusagers

    quils jugent fiables, tel notre interlocuteur, allant jusqu' les rtribuer (le plus souvent

    en produit) afin quils leur confectionnent des pipes et leur montrent comment fumer .

    (observation en milieu urbain)

    Par ailleurs, en milieu festif, selon un observateur, lusage de crack tendrait se banaliser

    auprs des amateurs de cocane qui considreraient ce mode de consommation comme anodin.

    Fum ou plus rarement inject

    Le crack continue dtre consomm fum ou inject.

    La consommation fume du crack et du free base peut se faire selon diffrentes techniques : en

    chassant le dragon (la fume du produit, chauff sur un papier en aluminium, est aspire

    l'aide dune paille), en bang (sorte de pipe eau permettant daspirer le produit sans y

    associer de lair, pour obtenir des effets plus rapidement) ou avec des pipes artisanales (faites,

    par exemple, avec des doseurs, des botes de conserve ou des canettes).

    Linjection serait plus rare, en particulier en milieu festif. Lobservation de terrain en milieu

    urbain indique que dans le sud de Paris, lusage se ferait le plus souvent par voie intraveineuse,

    ce qui, selon certains interlocuteurs, serait moins nocif que la prise fume.

    Des effets parfois inattendus selon la qualit du produit

    Les effets attendus de lusage de crack (ou free base) sont un tat de grande excitation avec

    flash et monte brusque. Les usagers indiquent que la qualit de la cocane employe dans la

    fabrication du crack dterminerait la qualit de ce produit et les effets qui suivent la prise.

  • Les produits consomms Paris

    105

    Par exemple, Paris, durant les mois de juillet et daot, le crack aurait t de mauvaise

    qualit , avec un got de parfum et les effets se seraient montrs inattendus, entranant

    parfois des consquences dsagrables : sensation dgarement, maux de tte, tension extrme,

    troubles inhabituels du comportement, descente difficile. De plus, la qualit dite

    mauvaise ou moyenne du crack semble accrotre les effets collatraux ngatifs :

    Parfois tas limpression que tu ne fumes que du bicarbonate, et a tangoisse de ne pas avoir

    leffet recherch ; ou encore, des usagers affirment consommer du produit et ressentir un effet

    puissant mais inattendu : tu ne sais plus o tes, tu crois que tu deviens fou (observation en

    milieu urbain).

    En rgle gnrale, lintensit de la descente est particulirement forte, associe un tat de

    paranoa, des crises dangoisse et lapparition de tics trs frquents ainsi quun tat de

    manque qui conduit des prises rapidement renouveles et une consommation pouvant

    devenir compulsive. Les principaux produits associs lusage de crack semblent tre

    consomms pour attnuer lintensit de la descente : opiacs (mthadone et Subutex),

    cannabis, benzodiazpines et alcool.

    Des dommages socio-sanitaires importants

    Outre les problmes sanitaires lis la consommation par voie injectable, le mode de

    consommation fum du crack, avec des pipes, provoque des dommages sanitaires importants :

    brlures aux lvres lies la temprature du doseur, lvres corches lies la fragilit du

    doseur en verre, coupure des doigts en sectionnant la galette de crack. Enfin, la

    consommation de crack peut galement provoquer un tat dpuisement, des problmes

    pulmonaires (toux grasses, problmes respiratoires), des crises dpilepsie plus ou moins fortes,

    des candidoses, une fragilisation importante des dents, des problmes psychologiques.

    Le dplacement assez rgulier des zones de trafic de crack, li la pression policire, a conduit

    une plus grande difficult de se procurer le crack au cours du dernier trimestre 2003, obligeant

    les usagers de drogues se dplacer normment en fonction des informations quils reoivent

    dautres usagers. Selon lobservation en milieu urbain, cette situation aurait principalement

    comme consquence socio-sanitaire que la vie des usagers sen trouve encore davantage

    dsorganise, la recherche du produit exigeant plus de temps et defforts de leur part . Les

    consquences le plus souvent exprimes par les usagers sont un grand tat de fatigue et la

    dtrioration des pieds (ampoules, plaies, tendinites).

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    106

    Le produit

    Crack et free base : des diffrences dusage et de perception plus que de composition

    Le free base se compose de poudre de cocane associe du bicarbonate de soude et de leau.

    Les usagers de free base seraient surtout issus du milieu festif et la consommation de ce produit

    se ferait principalement en milieu festif ou en appartement. Les usagers achtent la cocane en

    poudre et transforment eux-mmes le produit. Les termes utiliss pour parler du free base sont :

    base, taper la base, baser la CC, baser la coke, coke base, taper la galette

    Le crack se compose de poudre de cocane associe du bicarbonate de soude et de leau mais

    serait galement associ de lammoniaque. Ce dernier produit servirait accrotre la

    fulgurance de leffet et pourrait expliquer le pouvoir addictif du crack. Le crack est

    gnralement consomm par une population plus prcarise que celle consommant du free base

    et la consommation peut se faire dans la rue. Le crack est achet dans sa forme dj transforme

    (en galette - plusieurs doses - ou en caillou). Les appellations sont : galette, caillou et kiff.

    Il semblerait nanmoins que les diffrences de composition entre le crack et le free base (avec

    ou sans ammoniaque) ne soient pas toujours attestes, donnant parfois lieu des dbats sur le

    bien fond de la distinction. En revanche, les usagers de free base semblent toujours transformer

    ( baser ) la cocane alors que les usagers de crack achtent le produit dans sa forme dj

    transforme. Les diffrences seraient donc plutt dans la perception que les usagers ont du

    produit davantage que dans de relles distinctions sur sa composition.

    Une disponibilit concentre dans le nord-est de Paris

    A Paris, le crack semble tre presque exclusivement disponible dans le nord-est, o il est dcrit

    comme tant trs disponible . Nanmoins, nombre de dealers, notamment de crack, prsents

    dans le nord-est certains moments, le seraient aussi dautres dans le sud de Paris. De plus,

    selon lobservation en milieu urbain, des dealers mobiles, principalement issus de filires

    sngalaises ou maliennes , vendraient du crack (mais aussi de la cocane et de lhrone) dans

    le mtro, principalement sur les lignes 6 (Nation-Charles de Gaulle-Etoile) et 12 (Mairie dIssy-

    Porte de la Chapelle). Dans un certain nombre de stations situes dans le sud de Paris, des

    dealers attendraient, des heures fixes lavance, surtout par tlphone portable. Les usagers

    arriveraient par les rames de mtro, et l'change, rapide, se passerait au moment de l'arrt de la

    rame, les acheteurs et les vendeurs ressortant de la station ou reprenant la rame aussitt.

  • Les produits consomms Paris

    107

    Disponibilit variable et organisation du trafic fluctuante

    Bien que le crack soit trs disponible dans le nord-est de Paris, il existe des variations

    importantes en fonction de la priode de lanne (faible disponibilit en t) mais surtout de la

    prsence policire. Ces variations peuvent conduire les scnes de deal de crack se dplacer

    provisoirement (au mois doctobre, une partie du trafic de crack du nord-est de Paris se serait

    dplace dans le 10me arrondissement do il avait quasiment disparu).

    Ces variations peuvent aussi conduire des modifications provisoires du fonctionnement du

    trafic. Par exemple, selon lobservation de terrain en milieu urbain, la prsence policire sest

    traduite par une intervention policire, dbut novembre, la station Chteau-Rouge (le march

    des mdicaments dtourns), par le stationnement de cars de CRS aux abords du carrefour

    Marcadet-Poissonniers et, dans un autre registre, par une descente policire visant les

    revendeurs de cigarettes au march noir Boulevard de la Chapelle, galement dbut novembre.

    Cela, semble-t-il, a eu comme consquence le dplacement, ou plutt lclatement de la scne

    du deal de crack. Ce qui nous amne parler dclatement , cest le constat que si, ces

    dernires semaines [novembre], les scnes prcites ont vu leur activit ralentir, ces scnes ne se

    sont pas pour autant reconstitues significativement dans dautres lieux. Il est en effet rapport

    par des consommateurs de crack que les scnes sont devenues trs mouvantes, sur un plan

    spatial et temporel. Ainsi, des scnes de deal se reconstituent furtivement, certaines heures de

    la journe, dans plusieurs lieux du nord-est []. Les usagers se dplaceraient en fonction des

    informations quils reoivent dautres usagers, notamment ceux qui disposent de numros de

    tlphone de dealers et qui fixent des lieux de rendez-vous avec ceux-ci. []A titre dexemple,

    les structures daccueil pour toxicomanes du nord-est de Paris font le constat dune

    frquentation moins importante, et surtout de flux imprvisibles : certaines heures, les lieux

    daccueil sont bonds, dautres ils se vident presque compltement. (observation en milieu

    urbain, novembre 2003).

    A la fin de lanne, au mois de dcembre, la situation semble avoir volu et la scne de trafic

    sest reconstitue dans les lieux habituels avec une activit revenue au mme niveau

    quavant sa dispersion. Selon lobservation en milieu urbain, le crack serait mme plus

    disponible et dune qualit convenable . Un observateur du nord-est indique nanmoins que

    les dealers sont de plus en plus mobiles et se cachent de la police trs prsente sur le quartier.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    108

    Des prix similaires dans Paris

    Le crack se vend en galette (plusieurs prises) ou en caillou (une seule prise). Plusieurs

    observateurs signalent que les prix sont trs variables en fonction de la taille de la galette ou

    celle du caillou ainsi que de la quantit achete.

    Il semblerait nanmoins que, dans le nord-est de Paris, une galette cote entre 20 et 30

    euros, et donne lieu 2 3 prises. Dans le sud de Paris, le prix et la qualit semblent tre

    quivalents au produit qui circule dans le nord-est.

    En milieu festif, les usagers achtent la cocane en poudre pour la base pour environ 70-80

    euros le gramme.

    Perception trs variable du crack/free base selon le type dusage

    Si chez les non-usagers de crack, ce produit est trs ngativement connot ( pompe fric ,

    produit destructeur , abandon de soi-mme , produit dangereux ).

    Chez les usagers, en revanche, la perception du produit est trs lie au type dusage. A une

    consommation festive sera associe une image plutt positive et parfois cet usage sera mme

    peru comme trs anodin par les personnes concernes. Selon lobservation en milieu festif, un

    consommateur considrait que ctait un moyen moins nocif de consommer la cocane. La

    cocane sous cette forme, serait mme parfois perue comme moins nocive que lecstasy. En

    milieu festif, selon lobservation, le fait de baser la coke nest pas du tout peru comme

    quelque chose de grave ou de dangereux. Il sagit simplement de fumer la coke, presque au

    mme titre que le cannabis, sauf que a revient beaucoup plus cher. En revanche, le terme de

    crack est rarement utilis. Il est assimil la toxicomanie , la perte de contrle, la

    dchance .

    Le produit semble aussi avoir une image trs ngative parmi les usagers dont la consommation

    de crack apparat plus problmatique (trs addictif , cher , addiction souvent difficile

    grer au quotidien ). En milieu urbain, on notera que pour certains consommateurs, le fait de

    fumer et non dinjecter le crack peut faire merger une image plus positive du produit.

    Il semblerait aussi que le free base soit de moins en moins diabolis chez les teuffeurs

    ayant une certaine anciennet dans les free parties.

  • Les produits consomms Paris

    109

    Lecstasy

    Parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne (Accueil Ego, Step, Aides-Audvih

    et Nova Dona), 35 % disent avoir consomm de lecstasy au cours de la vie et 10 % au cours du

    derniers mois. Les consommations decstasy semblent tre essentiellement occasionnelles,

    comme le montre le fait que seuls 1 % des usagers des structures dclarent avoir une

    consommation quotidienne decstasy. Lge moyen des personnes ayant consomm de lecstasy

    au cours de la vie (comme au cours du dernier mois) est plus jeune que celui des non-usagers,

    respectivement 32 ans contre 37 ans.

    Usagers et modalits dusages

    Un produit consomm en milieu festif avec des passages une consommation hors dun

    cadre festif

    Lecstasy reste principalement consomme en milieu festif techno mme si des consommations,

    bien que rares, ont aussi t observes lors de concerts rock. Dans les vnements festifs techno,

    il ne semble pas que les usagers decstasy aient des caractristiques singulires par rapport aux

    personnes qui frquentent ce type dvnements, il sagit essentiellement de personnes ges de

    18-25 ans dans les clubs, les free parties et les teknivals et 18-40 dans le milieu festif gay o

    lecstasy reprsenterait 70 % des drogues consommes (observation de la consommation de

    produits psychoactifs dans le milieu festif gay).

    Si les consommations sont inities en milieu festif, des tmoignages de consommateurs

    montrent que de plus en plus de personnes consommeraient en dehors de tout cadre festif

    (observation en milieu festif).

    En milieu urbain, la consommation decstasy semble trs rare

    En milieu urbain, lobservation dans le sud de Paris a montr, selon des usagers interviews,

    que la consommation decstasy serait significative parmi les usagers prcaires. Pour autant,

    aucune des personnes rencontres dans ce cadre na dclar consommer elle-mme

    rgulirement de lecstasy.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    110

    Chez les usagers de drogues, en particulier de crack, du nord-est de Paris, la consommation

    decstasy parat exceptionnelle. Un entretien conduit avec une personne qui a tent de vendre

    des cachets d'ecstasy durant lt dans le nord-est de Paris (Chteau-Rouge) confirme ce

    phnomne. Selon cet observateur, les cachets decstasy nont eu aucun succs et il na pas t

    possible de les couler, bien que leur qualit tait soi-disant excellente . [il explique cela] par

    le fait que l'ecstasy fait peur aux personnes consommant habituellement du crack. Dune

    part, parce que la dure des effets serait perue comme tant trop importante pour des personnes

    habitues aux effets fulgurants mais brefs du crack, et saccommoderait mal avec lerrance dans

    la rue, lorsque les usagers nont pas les moyens de boire de lalcool ou de fumer du cannabis en

    quantit suffisante pour rguler lanxit lie la monte du MDMA (molcule de

    mthylne-dioxy-mthamphtamine composant lecstasy). Dautre part, parce que leffet

    conjugu de l'ecstasy et du crack est peru comme tant dsagrable . (observation en

    milieu urbain).

    Des modes dadministration mergents pour des effets recherchs toujours diffrents

    Si le principal mode dadministration de l'ecstasy est la voie orale ( gob 32), des modes de

    consommations plus rares sont galement dcrits dans le cadre de lobservation en milieu festif

    et en milieu festif gay, sans quil ne soit possible de dterminer si certains ne relvent pas juste

    dexprimentations plus que de pratiques vritablement existantes : comprim pil puis sniff,

    cristaux sniffs (rare car difficile rduire en poudre, le produit monterait plus vite mais

    leffet serait plus court), poudre sniffe (rare car provoquerait des douleurs aux sinus), cristaux

    consomms en chassant le dragon (ncessiterait des quantits trs importantes, effets plus

    intenses pendant 10-15 minutes mais plus courts), injection de l'ecstasy (sans doute rare, car

    pratique non cite par lune des structures intervenant en milieu festif techno), consommation

    par voie rectale (douleurs sur les muqueuses, effets plus rapides et plus violents que par voie

    orale, pratique rapporte dans le milieu festif gay).

    Les effets ressentis par lusage decstasy, apparaissent environ une demi-heure aprs la prise et

    dureraient environ trois sept heures, selon le mode dadministration, les personnes et la

    qualit du produit : effets euphorisants qui facilitent la communication, lempathie,

    lenthousiasme et les effets excitants permettant de ne pas ressentir la fatigue. Dans le milieu

    festif techno ( teuffeurs et clubbeurs ), lecstasy serait surtout consomme pour tre en

    phase avec la musique .

    32 Le comprim ou la glule est directement avale ou, sil sagit de poudre de MDMA, la poudre est enveloppe dans une feuille de papier cigarette puis ingre.

  • Les produits consomms Paris

    111

    Les usagers decstasy consommeraient des quantits de plus en plus importantes

    Selon lobservation en milieu festif, il est gnralement admis que les gens consomment les

    ecstasy en plus grand nombre quil y a quelques annes. Gober deux ou trois ecstas durant

    une soire est de plus en plus courant . Des consommateurs decstasy en milieu festif, qui

    disent consommer 3 5 ecstasy lors dune sortie reconnaissent avoir dvelopp une tolrance

    vis vis de ce produit qui les conduit augmenter la dose. Gnralement, ils commencent par

    gober deux ou trois comprims puis en reprennent un toutes les deux-trois heures.

    Lecstasy semble de plus en plus utilise par les polyconsommateurs

    Durant lanne 2003, la description faite de lusage de l'ecstasy par les diffrents observateurs

    conduit voir de plus en plus, travers lecstasy un produit de base chez les

    polyconsommateurs et lutilisation de l'ecstasy pour grer les effets des autres produits

    apparat comme un phnomne en progression durant cette anne.

    Pour attnuer ou au contraire pour potentialiser les effets, pour rebooster ou encore pour

    grer la descente , les associations de lecstasy avec dautres produits psychoactifs sont

    en effet trs nombreuses. Daprs la description faite par les diffrents observateurs de TREND,

    dans certains cas, l'ecstasy est utilise pour rguler les effets des autres produits, dans

    dautres cas, ce sont les autres produits qui servent rguler les effets de l'ecstasy.

    Dans la premire perspective o l'ecstasy nest pas le produit principal, les effets

    attendus de l'ecstasy sont, soit de relaxer au moment de la descente dautres produits

    (speed, LSD), soit de stimuler (champignons hallucinognes).

    Dans la seconde perspective o l'ecstasy est le produit principal, les effets attendus des

    autres produits sont, soit de relaxer au moment de la descente decstasy (cocane,

    cannabis, GHB, benzodiazpines 33), soit de potentialiser ou relancer les effets de

    lecstasy (alcool, cannabis, cocane 34).

    33 Lune des structures intervenant en milieu festif techno indique avoir not une rticence moindre parmi les consommateurs issus du milieu des free parties ( teuffeurs ) consommer des benzodiazpines pour attnuer les descentes . 34 La cocane ou le cannabis associ(e) l'ecstasy semble produire des effets diffrents (apaisant ou stimulant) selon les personnes, voire selon les quantits ou la temporalit des prises associes.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    112

    Des pratiques plus spcifiques, semble-t-il, au milieu festif gay ont galement t rapportes :

    Lassociation ecstasy et Viagra [dont lobjectif est daccrotre les

    performances sexuelles qui seraient rendues difficiles avec lecstasy] est connue

    par presque tout le monde et nos interlocuteurs paraissent trs renseigns sur le sujet.

    Certains prtendent quil faut consommer le Viagra avant, dautres aprs les

    stimulants. Les plus au fait affirment dailleurs connatre des mdicaments ou

    associations bien plus efficaces [Levitra, Cialis, deux mdicaments inducteurs

    drection, qui seraient consomms de faon dtourne par voie nasale]

    (observation en milieu festif gay).

    Avant de consommer de lecstasy, les usagers utiliseraient du Maalox, un

    mdicament employ pour soigner les ulcres lestomac. Le Maalox serait cens

    tapisser les parois de lestomac et retarder lassimilation des ecstasy et ainsi prolonger

    sensiblement les effets. Les descentes decstasy seraient ainsi rendues plus

    douces . Cette pratique serait de plus en plus frquente dans le milieu festif gay

    (observation en milieu festif gay).

    Les consommations rptes decstasy provoqueraient surtout des dommages psychologiques

    Outre les dommages sanitaires lis au mode dadministration sniff de lecstasy qui dgraderait

    davantage les sinus et les narines (saignement de nez, irritation sous les narines, douleurs au

    sinus pendant plusieurs jours suivant la prise) que les autres produits sniffs (cocane, hrone,

    ktamine ou amphtamines), les autres dommages sanitaires cits sont essentiellement de

    lordre psychologique : crise de folie, changement de personnalit, tat dpressif aprs des

    prises rptes ou le surlendemain, voire quelques jours aprs la prise, crises dangoisses. Des

    douleurs au foie et aux reins long terme sont aussi cites par lune des structures intervenant

    en milieu festif techno.

  • Les produits consomms Paris

    113

    Le produit

    L'ecstasy continue dtre appele taz , ecsta , pilule , pilule de lamour . Une

    nouvelle appellation ( des machines ) est signale par un observateur en milieu festif.

    Toujours trs disponible dans tous les vnements festifs techno

    L'ecstasy (essentiellement en comprims) est dcrite comme tant trs disponible dans les

    raves payantes, les free parties et les teknivals et disponible dans les soires prives et les

    clubs/discothques. La pte de MDMA est en revanche dcrite comme rare, voire trs rare, et

    essentiellement disponible en Teknival. Les cristaux de MDMA seraient galement trs rares

    mais trs recherchs car cette forme nest pas coupe avec dautres produits. En revanche,

    quelle que soit sa forme, l'ecstasy serait rare dans les vnements musicaux non techno (rock,

    reggae, etc.).

    Lobservation en milieu festif durant toute lanne 2003 permet de constater des grandes

    variations en termes de disponibilit des types d'ecstasy selon les priodes. Certaines

    varits de comprims disparaissent, puis rapparaissent dautres moments. Par exemple,

    durant les premiers mois de lanne, les ecstasy sigls Motorala taient les seuls disponibles

    systmatiquement dans les free parties. Vers le mois de mai, des varits de comprims qui

    ont la rputation dtre fortement doss sont rapparus ( Mistsubishi , Smiley ) ainsi que

    les varits habituelles ( Mercedes , Tulipe , Rolex , etc.).

    Disponibilit en augmentation hors de lespace festif

    Hors de lespace festif, l'ecstasy est dcrite comme faiblement disponible. Nanmoins,

    lobservation en milieu festif signale que il est maintenant plus facile de se procurer des

    ecstasy dans les quartiers ou par lintermdiaire de rseaux qui ne soccupaient que du cannabis

    jusqu prsent . De mme que plusieurs usagers, rencontrs dans le cadre de lobservation en

    milieu urbain, font le constat dune disponibilit et dune accessibilit de plus en plus grande

    de l'ecstasy sur diffrentes scnes visibles et dans des plans appart ou squat .

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    114

    Des prix fluctuants en fonction du lieu, de loffre et de la demande

    Si les six premiers mois de 2003 semblent avoir donn lieu une augmentation des prix de

    l'ecstasy, la tendance aurait plutt t la baisse en fin danne.

    En free parties et en teknivals, les prix seraient les plus bas, environ 5-7 euros le comprim et

    70-80 euros le gramme en poudre 35. Dans certains vnements, type Teknivals, en fonction de

    loffre et de la demande, les prix peuvent descendre jusqu 10 euros les trois comprims

    decstasy. Il serait frquent de trouver 12-13 comprims pour 50 euros.

    Dans les raves payantes, les soires prives et les clubs, les prix courants sont un peu plus levs

    et seraient actuellement de 10 euros le comprim et environ 80-100 euros le gramme en poudre.

    Hors de lespace festif, le produit semble relativement comptitif puisque, dans le sud de

    Paris, un comprim de MDMA coterait en moyenne 8-10 euros. Un usager, rencontr dans le

    cadre de lobservation en milieu urbain, a fait part dune offre decstasy dans un bar de lest du

    18 arrondissement au prix de 8 euros lunit.

    Les amphtamines (ou speed)

    Usagers et modalits dusages

    Parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne (Accueil Ego, Step, Aides-Audvih

    et Nova Dona), 28 % ont dclar avoir dj consomm des amphtamines dans leur vie. Aucune

    consommation quotidienne na en revanche t rapporte.

    Des consommateurs principalement issus du milieu festif

    Les amphtamines semblent tre essentiellement consommes dans le milieu festif, en

    particulier parmi les amateurs de Hardtek, de gothique, parmi les punks et plus rarement dans le

    milieu gay. Les informations recueillies auprs des observateurs en milieu festif ne permettent

    pas de mieux caractriser les usagers, dans la mesure o les informations ne sont pas toujours

    concordantes les unes avec les autres.

    35 Un gramme permettrait de faire 7 doses.

  • Les produits consomms Paris

    115

    Hors du milieu festif, lusage des amphtamines est trs souvent rapport parmi des personnes

    originaires dEurope de lEst, (souvent de Pologne, la Rpublique Tchque est aussi cite), en

    situation de grande prcarit. Dans une note dobservation en milieu urbain, il y est indiqu que,

    Daprs un observateur ayant frquent des communauts dimmigrs Polonais, ces personnes

    seraient les premiers consommateurs et revendeurs de ce produit. Leurs clients seraient

    essentiellement, selon lexpression de notre interlocuteur, des festifs zonards . Une structure

    intervenant en milieu festif confirme cela en indiquant que dans les squats et les milieux trs

    marginaux, cest le plus souvent les Polonais qui coulent le speed .

    Linjection de speed deviendrait visible en milieu festif

    Les modalits dusage des amphtamines les plus courantes sont le sniff (le plus souvent

    semble-t-il), linjection (plus rarement rencontre dans le milieu festif) et la voie orale (la

    poudre est avale sous forme de petite boulette enveloppe dans du papier cigarette). Sniff,

    les effets se manifesteraient au bout de trois minutes environ, en produisant une monte ,

    puis sattnueraient au bout de deux-trois heures. Par voie orale, les effets seraient plus lents (ils

    interviendraient au bout de 15-20 minutes), moins violents et dureraient environ cinq heures. Le

    produit serait assez souvent aval, accompagn dune petite trace sniffe, qui permettrait de

    ressentir quelques effets, en attendant ceux procurs par le produit aval. Lun des observateurs

    en milieu festif signale avoir entendu parler (sans avoir pu le voir) de speed bas comme la

    cocane. Un autre observateur du milieu festif indique avoir constat dans deux vnements

    festifs de la fin 2003 des consommateurs qui sinjectaient le speed.

    Des effets durables mais une descente pnible

    Le speed serait assimil une espce de coke du pauvre . Quelques amateurs estiment que le

    rapport qualit/prix est meilleur quavec la cocane car les effets (lexcitation) durent plus

    longtemps. La descente aurait nanmoins des effets trs dsagrables : contraction des

    muscles, en particulier des mchoires, tat de paranoa, crise dangoisse, grande irritabilit,

    puisement, insomnies. Beaucoup de polyconsommateurs saccordent dire que la descente

    de speed serait la plus dure grer . Pour faciliter la descente , des benzodiazpines, du

    cannabis, de lecstasy ou de lalcool seraient consomms. De plus, les produits de coupe

    souvent utiliss, base de cafine, seraient eux aussi lorigine de maux de ventre et de tte.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    116

    Le produit

    Les amphtamines continuent dtre appele amphet ou speed. Une nouvelle appellation

    ( vitesse ) est signale par un observateur en milieu festif.

    La disponibilit en milieu festif semble tre trs variable selon les priodes

    En milieu urbain, les structures ont indiqu une disponibilit faible des amphtamines (sud de

    Paris), voire nulle (centre et nord-est de Paris) mais qui pourraient tre en augmentation.

    Lachat se ferait plutt en appartement que dans la rue.

    En milieu festif, il existe une divergence de perception quant la disponibilit du produit : si

    lune des structures intervenant en milieu festif indique que le produit est rare quel que soit le

    type de lieu ou le type dvnement, lautre structure indique que le speed est disponible dans

    tous les vnements, voire trs disponible dans les free parties et les teknivals. Ces diffrences

    de perception semblent tre surtout lies au fait que la disponibilit de speed parat trs variable

    selon les priodes de lanne. Elle tait signale, durant les trois premiers trimestres de lanne,

    par lobservation en milieu festif, comme tant en rgression , de plus en plus difficile den

    trouver , non disponible depuis une longue priode alors quen fin danne, elle apparat

    comme de nouveau disponible , Dans les soires prives de type Hard Tekno , nous

    avons eu plusieurs tmoignages concernant la rapparition damphtamines provenant des pays

    de lest ( speed polonais ) .

    Lun des observateurs en milieu festif signale avoir entendu parl de Yaba 36 ou de pilules de

    speed trs fortes venant de Thalande .

    Le prix du gramme de speed oscillerait entre 10-15 euros et 25-30 euros en fonction des

    priodes, des lieux et de la quantit achete.

    36 Le Yaba serait une forme damphtamines dont les effets sont particulirement forts et peuvent surprendre les usagers habituels de speed tel quon le rencontre sur le march franais. Ce produit semble couramment appel Ice aux Etats-Unis . Source : OFDT, Veille Internet sur les substances pychoactives dans le cadre du projet TREND, Yaba, Pmoline, septembre 2001.

  • Les produits consomms Paris

    117

    Mauvaise perception du produit

    Le produit semble faire peur aux non-usagers et, selon lobservation en milieu festif, certains

    voquent parfois avec horreur des cas de personnes qui, stant mises sinjecter le speed o

    en consommer trs compulsivement, car ils en dtenaient de grandes quantits, ont sombr,

    perdu leurs dents, leur boulot, et parfois se sont retrouvs lhpital psychiatrique. .

    De plus, le speed aurait mauvaise rputation parmi les usagers du fait de sa mauvaise qualit

    assez souvent rencontre, lie au fait que les produits disponibles au dtail en France seraient

    souvent trs coups (mlangs dautres substances) compars ce qui se trouve

    ltranger (Angleterre, Allemagne, USA, Asie).

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    118

  • Les produits consomms Paris

    119

    Lusage des produits hallucinognes

    Les observations relatives aux produits hallucinognes montrent que les usagers ont de plus en

    plus recours Internet pour se fournir en produits.

    Le LSD

    Les donnes concernant le LSD sont peu frquentes et ne permettent que trs rarement dtre

    recoupes. Les informations qui suivent sont donc interprter avec prudence.

    Usagers et modalits dusages

    Parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne (Accueil Ego, Step, Aides-Audvih

    et Nova Dona), 30 % ont indiqu avoir dj consomm du LSD au cours de leur vie. Aucune

    consommation quotidienne na t rapporte.

    Consommation rare, exclusivement observe en milieu festif

    Le LSD semble tre dune consommation assez restreinte, y compris en milieu festif o il serait

    fortement apparent la sous-culture transe, no hippie . Il est aussi dcrit comme tant peu

    apprci dans le milieu festif gay.

    Le LSD (vendu sur un buvard) est le plus souvent consomm par voie orale. Lorsquil est vendu

    sous forme liquide, le LSD serait aval sur un morceau de sucre. Une dose sous forme liquide

    est cense tre plus forte quun buvard (200-300 microgrammes de LSD contre 50-150

    microgrammes). A la diffrence de 2002, le LSD en gele ou en carbone (micropointes, mines

    de crayon, pyramides, etc.) na pas t observ. Quelques tmoignages rapportent des cas

    dinjection de LSD mais leffet ne serait pas plaisant, trop rapide alors que le dbut de la

    perception de leffet (la monte ) ferait partie du rituel de consommation (observation en

    milieu festif).

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    120

    Selon le dosage, le LSD semble produire des effets diffrents : pour de petits dosages, des effets

    stimulants et un tat deuphorie, pour les dosages suprieurs, des hallucinations (modifications

    et altrations de la perception et des sens, effets visuels, rflexion intensifie) dune dure de six

    seize heures en fonction de la concentration du produit et de la personne.

    Les deux structures intervenant en milieu festif signalent que lecstasy est souvent associe

    lusage du LSD. Leffet relaxant de lecstasy permettrait dviter les mauvais trips sous leffet

    du LSD. Les effets du LSD fatiguant, la cocane serait aussi employe pour rebooster les

    usagers. Enfin, des consommations de Xanax ou de Lexomil sont rapportes en descente

    pour relaxer et dormir.

    Les effets sur la sant de lusage du LSD sont peu renseigns par nos observateurs. Lune des

    structures indique avoir quelques tmoignages au sujet de personnes scotches [qui ne

    redescendent pas ] aprs une consommation rpte ou abusive, voire aprs une seule . Les

    dlires paranoaques sont galement cits, avec une modification du comportement.

    Le produit

    Un produit introuvable dans lespace urbain

    Les observations concordent sur le fait que le LSD nest trouvable que dans les espaces festifs

    techno de type underground : disponible en free parties et trs disponible en teknivals mais

    dune disponibilit trs irrgulire, faisant quelque peu varier les prix. Nanmoins, bien que le

    prix diffre en fonction de loffre et de la demande sur les vnements, le prix moyen serait

    denviron 10-15 euros la goutte comme le buvard, ce qui correspond peu prs aux prix de

    2002.

    Le LSD, galement appel trip, buvard , carton , goutte , a plutt une image positive

    auprs des usagers. Le LSD serait peru comme un produit initiatique , une drogue

    mystique , festive, qui ouvre les portes de la perception pour les jeunes teuffeurs . En

    revanche, chez les non-usagers, le produit semble surtout susciter de la peur.

  • Les produits consomms Paris

    121

    La ktamine

    Les donnes concernant la ktamine sont peu frquentes et ne permettent pas toujours dtre

    recoupes. Les informations qui suivent sont donc interprter avec prudence.

    Usagers et modalits dusages

    Un produit consomm essentiellement par les teuffeurs et en milieu festif gay

    Lusage de ktamine (galement appele ket , kta , k ) semble relativement rare et

    trs circonscrit au milieu festif et certains types de lieux. Les usagers seraient essentiellement

    des personnes frquentant les free parties et les teknivals (teuffeurs) et des hommes frquentant

    le milieu festif gay (parfois de jeunes gay un peu marginaliss et abuseurs de toutes sortes de

    produits).

    La ktamine est vendue sous forme de poudre ou de liquide. Les consommateurs prfreraient

    lacheter sous forme liquide, pour limiter les risques de coupe importante. En liquide, la

    ktamine est cuite au bain-marie puis la poudre qui se trouve sur les bords est rcupre pour

    tre consomme.

    La ktamine serait le plus souvent consomme par voie nasale (sniff), plus rarement ingre

    (bue avec de leau) ou encore plus rarement injecte. La ktamine serait souvent consomme

    laide dun Bumper qui permet de bien doser la poudre. Il sagit dun doseur que lon trouve

    au march aux puces (comparable au doseur pastis) qui dlivre chaque manipulation, une

    quantit unique bien prcise.

    Les effets de la ktamine sont dcrits par deux observateurs avec les mmes termes : sensation

    dtre dans un environnement/univers cotonneux , avec un sentiment de dcorporation, une

    perte des repres spatio-temporels, de lgres hallucinations, un tat euphorique. Les usagers

    semblent tre des personnes en recherche de sensations nouvelles, plus intenses, plus extrmes.

    En milieu festif gay, la ktamine pourrait tre associe des jeux sexuels.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    122

    Des associations frquentes avec lalcool ou la cocane

    Souvent associe de lalcool, la ktamine serait galement consomme, en prise simultane,

    avec de la cocane (mlange appel Calvin Klein) ou de faon successive (la ktamine pour

    grer la descente de cocane ou la cocane pour booster ). La consommation associe

    de ktamine et de cocane, du fait de son cot, apparat parfois comme litiste et

    ostensiblement affirme car marquant une aisance financire ou un comportement

    branch . La ktamine semble aussi tre consomme avec de lhrone ou avec du speed ou

    encore avec des ecstasy.

    Les problmes respiratoires sont cits par deux observateurs comme pouvant tre la

    consquence dune consommation de ktamine en grande quantit ou associe avec

    excs de lhrone. La consommation associe de ktamine et dalcool semble aussi

    augmenter les risques de malaise.

    Le produit

    Un produit relativement peu accessible

    La ktamine nest disponible que dans le milieu festif underground (free parties et teknivals) et

    dans certains clubs gay. Le produit semble disponible mais cach, circulant surtout dans des

    milieux prcis, souvent lis une forme de tekno trs hardcore (observation en milieu festif).

    La vente se ferait surtout dans des petits rseaux organiss par des revendeurs-consommateurs.

    Le prix moyen serait de 50-60 euros le gramme (le prix serait en lgre augmentation depuis 6

    mois).

    Des usagers stigmatiss pour leur consommation

    Selon lobservation en milieu festif, Les personnes sous linfluence de cette drogue, dans un

    tat trs visible et identifiable, sont toujours trs mal perues et parfois en butte des marques

    de mpris et de rejet manifestes. Dans le milieu des botes il convient de montrer que lon gre

    sa conso et ne pas trop attirer lattention du fait de sa consommation de drogues. Certaines

    botes ont chang leur programmation car un certain sous-genre musical tekno hardcore dranait

    un public dans lequel il y avait trop de consommateurs de ktamine. [ Dans une discothque

    du 11me arrondissement], de simples consommateurs de ktamine ont subi un tabassage en

    rgle de la part du service dordre pour les dissuader de revenir .

  • Les produits consomms Paris

    123

    Toujours selon lobservation en milieu festif, les consommateurs de ktamine sont trs mal

    vus par les teuffeurs. Ils sont perus comme non fiables, stigmatiss, ayant perdu leur dignit et

    quelquefois responsables de la mauvaise rputation des teuffeurs. Les difficults o lincapacit

    totale de coordination motrice sont souvent spectaculaires et cette image est frquemment

    voque comme repoussoir. Lusage de ktamine est peru un peu comme lusage intraveineux

    dhrone, cest--dire apparent la dchance.

    Dans les nouvelles teufs 37, la ktamine est rare et, en gnral, trs mal vue. A certaines de

    ces ftes, des banderoles No Kta ont pu tre vues.

    Les autres hallucinognes dorigine synthtique (GHB, protoxyde dazote, poppers)

    Les donnes concernant le GHB (gamma-hydroxybutirique), le protoxyde dazote et le poppers

    sont peu frquentes et ne permettent que rarement dtre recoupes. Les informations qui

    suivent sont donc interprter avec prudence.

    Disparition de la vente du protoxyde dazote dans les espaces festifs

    Si la consommation de protoxyde dazote, bien que trs restreinte, peut encore tre visible dans

    certains espaces festifs, en revanche, sa vente a compltement disparu. Les consommateurs

    viennent avec leur propre bonbonne pour leur consommation personnelle. Le protoxyde

    dazote serait surtout consomm en dbut de soire, en attendant que les effets des autres

    produits montent .

    37 Petites ftes assez confidentielles rassemblant au maximum quelques centaines de personnes (amateurs de free parties). Ces vnements plus discrets (linformation circule en gnral par le bouche oreille et non par Infoline) ont souvent lieu la grande priphrie parisienne, dans des clairires, des forts ou des espaces assez loigns des villes, de manire ce que lvnement ne soit pas repr. De plus, ces ftes, par leur petite taille, ne ncessitent que peu de moyens sonores. Un petit sound system de quelques kilowatts suffit. Parfois mme ce sont les postes radio dun groupe de voitures, judicieusement gares, qui assurent le son. Dautres fois ce sont juste des musiciens qui amnent guitares et percussions. Ces moyens sonores souvent faibles, limitent ainsi les risques de saisie du matriel de sonorisation. (observation en milieu festif)

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    124

    Le GHB serait surtout consomm par les clubbeurs et principalement par les gays

    Le GHB, est un produit surtout consomm par les personnes frquentant les clubs/discothques,

    principalement gays. Selon lobservation des consommations en milieu festif gay et plus

    largement en milieu festif, le GHB serait consomm en groupe, dans un esprit convivial, pour

    communiquer, rigoler et surtout faire lamour . En gnral, le produit se prsente sous forme

    liquide dans un flacon et le bouchon fait office de doseur. Une dose serait quivalente 2 ml de

    GHB ou 1 ml de GBL (produit comparable qui serait deux fois plus concentr que le GHB mais

    moins disponible) mais le dosage apparat souvent alatoire. Le produit est bu avec ou sans eau

    et provoquerait un tat deuphorie, dexcitation sexuelle et favoriserait la dsinhibition et la

    communication. Le GHB serait galement considr comme un bon antidpresseur . Il serait

    parfois associ dautres stimulants, notamment pour accompagner la descente decstasy ou

    de cocane. En revanche, les dangers (comas) lis la consommation associe dalcool et de

    GHB semblent trs connus parmi les usagers.

    Le GHB et le GBL seraient presque exclusivement disponibles en clubs gay et discothques. En

    revanche, ces produits sont dcrits comme tant rares en raves payantes ou soires prives et

    non disponibles en free parties et Teknivals. Le GHB et le GBL seraient principalement

    commands sur Internet pour 100 euros environ. Le GHB (comme le GBL) se compose de deux

    substances chimiques mlanger qui seraient parfois expdies sparment depuis deux pays

    diffrents. Ensuite, chaque dose serait vendue pour un ou deux euros ou offerte ou parfois

    change contre de lecstasy.

    Si le produit a une excellente image auprs des usagers, en revanche, chez les non-usagers, le

    GHB semble susciter de la peur, mme si sa rputation de drogue du viol lui vaut une

    certaine notorit et suscite galement de nombreux fantasmes. Certains simaginent que le

    consommateur (ou la consommatrice) est irrsistiblement attir(e) vers des actes sexuels

    (observation en milieu festif).

  • Les produits consomms Paris

    125

    Lusage du poppers na t rapport quen milieu festif gay

    Bien que 19 % des usagers des structures de premire ligne aient indiqu avoir dj consomm

    du poppers dans leur vie (2 % au cours du dernier mois), lusage du poppers na t rapport par

    nos diffrents observateurs que dans le milieu festif gay.

    Dans le milieu festif gay, selon lobservation qui y a t ralise, les drogues semblent trs

    utilises pour favoriser les rapports sexuels, pour raliser des performances dans ce domaine

    ou pour dcupler le plaisir. Les effets du poppers (Nitrite dAmyle) sont connus de tous

    pour dilater les sphincters et procurer un rush lorsque le produit est sniff au moment de

    lorgasme . Toujours selon lobservation, le poppers serait souvent considr comme un

    produit has been , pas du tout litiste. Daprs certains, les amateurs de poppers seraient

    souvent perus comme sexuellement passifs. Tous affirment que la qualit du poppers a

    beaucoup baiss. Celui quon trouve en France en vente libre sent trs mauvais et ses effets

    seraient dcevants. Certaines botes en vendraient en provenance dAngleterre ou de Hollande,

    de qualit suprieure : le vrai poppers .

    Les champignons et autres hallucinognes dorigine naturelle (Salvia divinorum, LSA-Rose de bois, DMT-Ayahuasca, datura, belladone)

    Les donnes concernant les champignons, la salvia divinorum, la LSA-Rose de bois et la DMT-

    Ayahuasca sont trs peu frquentes et ne permettent que trs rarement dtre recoupes. Les

    informations qui suivent sont donc interprter avec prudence.

    Les champignons hallucinognes (psylocibes) sont surtout consomms par les teuffeurs

    Les usagers de champignons hallucinognes sont principalement des teuffeurs, hommes et

    femmes amateurs de free parties et de nouvelles teufs , gs de 15 30 ans environ. Les

    champignons peuvent tre consomms crus, prpars avec des aliments (pizza, omelettes, etc.),

    pris en infusion ou encore macrs avec de lalcool. Leur consommation provoque des

    hallucinations auditives et visuelles, des montes de fous rires, un tat deuphorie et une

    perception sensorielle modifie. Les effets fatiguant beaucoup, les usagers consomment parfois

    de lecstasy ou de lalcool comme stimulant.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    126

    Les champignons hallucinognes semblent avoir t peu disponibles en 2003 et la plupart des

    consommateurs se les procureraient sur Internet, les ramneraient de Hollande ou dEspagne ou

    feraient leur propre culture. Les champignons tant essentiellement diffuss par lintermdiaire

    de rseaux personnels, il ny aurait pas vraiment de prix courants. Entre 5 et 15 euros selon

    lorigine et la varit seraient nanmoins ncessaires pour provoquer une euphorie

    consquente (observation en milieu festif). Le ct naturel des champignons serait

    rassurant pour les usagers, avec lassurance davoir un produit non coup . De plus, ce

    produit aurait une image chamanique qui serait trs bien perue dans le milieu festif techno.

    La salvia divinorum : des usagers introuvables dans lespace festif

    Aucun des observateurs du milieu festif na signal de consommation de salvia divinorum (ou

    sauge), de vente ou de tmoignages dusagers ayant expriment cette plante (de mme pour ce

    qui est de la DMT-Ayahuasca).

    Seul un mdecin, impliqu dans un rseau de soins pour toxicomanes et malades du sida fait

    mention de consommation de salvia divinorum (ingre, cuisine dans les ptes ?) chez des

    jeunes galement consommateurs de cannabis et de tabac. Selon ce mdecin, les consommations

    de salvia divinorum seraient en nette augmentation chez les jeunes qui se la procureraient sur

    Internet (par exemple, http://www.salvia-divinorum.com) ou dans certains magasins (boutiques

    new age, de chanvre, sotrisme....). Linformation sur la nette augmentation de la

    consommation chez les jeunes na pas t confirme par nos observateurs de lespace festif

    (clubs/discothques, free parties, teknivals, squats), ce qui indiquerait des consommations de

    salvia divinorum par des personnes ne frquentant pas cet espace ou par des groupes

    extrmement restreints.

    La LSA-Rose de bois : un usage occasionnel, voire unique

    La LSA-Rose de bois est constitue de graines de certains liserons qui contiennent des

    alcalodes. Ces graines peuvent tre achetes chez des grainetiers. Dans ce cas, il est ncessaire

    de les faire tremper dans de leau avant de les consommer, afin quelles ne provoquent pas de

    troubles digestifs car elles sont enduites d'un produit destin dissuader de les consommer.

    Dautres usagers affirment commander sur Internet de vraies graines de Hawa ou du

    Mexique. Elles sont aussi proposes en fte trs occasionnellement. Lexprience de son usage

    serait souvent mene une seule fois car les effets secondaires, souvent pnibles, ne

    compenseraient pas les effets hallucinognes.

  • Les produits consomms Paris

    127

    Datura et belladone : des plantes trs rarement consommes

    Parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne (Accueil Ego, Step, Aides-Audvih

    et Nova Dona), 10 ont indiqu avoir consomm au cours de leur vie des daturas (5 %) et 2 avoir

    dj consomm de la belladone. Lusage de ces plantes hallucinognes trs puissantes de la

    famille des Solanaces vireuses na en revanche pas t rapport par dautres observateurs.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    128

  • Les produits consomms Paris

    129

    Lusage de mdicaments psychotropes

    Le flunitrazpam (Rohypnol) 38

    Usagers et modalits dusages

    Un usage exclusivement rencontr en milieu urbain parmi des personnes plutt dsinsres

    Parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne (Accueil Ego, Step, Aides-Audvih

    et Nova Dona), le Rohypnol est le sixime produit (aprs le cannabis, l'hrone, la cocane

    et le crack, la buprnorphine et les autres benzodiazpines) dont la consommation au cours de la

    vie est la plus frquente : 47 % des personnes interroges en ont dj consomm au cours de

    leur vie, 15 % ont dclar en avoir consomm durant le dernier mois et 6 % dclarent une

    consommation quotidienne de Rohypnol. Parmi les personnes ayant consomm du

    Rohypnol durant le dernier mois, 38 % ont dclar en avoir consomm tous les jours. Le

    Rohypnol est le mdicament le moins utilis pour se soigner : 46 % des usagers disent

    l'utiliser pour se dfoncer , 25 % la fois pour se soigner et se dfoncer et 29 % pour se

    soigner.

    Lusage de ce produit na t rapport que par les observateurs du milieu urbain (observation de

    terrain, structures de premire ligne), ce qui laisse penser que le Rohypnol ne serait pas

    consomm dans lespace festif ou le serait rarement.

    Les usagers de Rohypnol semblent tre surtout des personnes dsinsres socialement qui le

    consomment par voie orale, le plus souvent accompagn dalcool. Des cas rarissimes de

    comprims de Rohypnol injects sont rapports par lune des structures du centre de Paris

    alors quune autre structure indique que linjection est impossible .

    38 Dans ce texte, il sagit principalement dusage dtourn de Rohypnol, cest pourquoi le terme de produit est utilis au lieu de mdicament ou traitement .

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    130

    La consommation associe de Rohypnol et dalcool serait trs frquente

    Les effets de lusage dtourn de Rohypnol semblent varier selon la dose absorbe : petite

    dose, le produit dtendra, donnera du cran pour passer lacte (faire la manche, faire de

    petites actes de dlinquance), forte dose, il entranera un dlire extrme, provoquera une

    excitation, un sentiment dinvincibilit ( effet Hulk ou effet Rambo ), une sensation de

    dshinibition.

    Outre lalcool (souvent des bires fortes) trs largement associ la consommation dtourne de

    Rohypnol afin de potentialiser les effets, le Rohypnol est aussi souvent associ au crack ou

    la cocane, pour grer la descente des stimulants. Le Rohypnol est galement utilis en

    association avec le Subutex.

    La consommation dtourne de Rohypnol peut provoquer des dommages sanitaires

    importants

    Les effets observs parmi les usagers rencontrs par les structures intervenant dans le centre et

    le nord-est de Paris sont : la perte de la mmoire, la perte de la vigilance et long terme, des

    difficults parler correctement. Ce produit entranerait aussi des problmes neurologiques

    (crises dpilepsie) et respiratoires. Enfin, des problmes indirects (plaies, blessures...) lis aux

    dlires de lusager et la perte de mmoire sont galement cits.

    Le produit

    Le Rohypnol est couramment appel Rup , Peuru , Rop , R .

    Un produit encore trs disponible malgr une baisse de son accessibilit

    Le Rohypnol est une benzodiazpine hypnotique habituellement prescrite dans le cas

    dinsomnies. Son usage dtourn comporte des risques pour la sant dune telle gravit que,

    pour limiter ce type dusage, lAgence franaise de scurit sanitaire des produits de sant

    (Afssaps) a modifi le mode de prescription du Rohypnol plusieurs reprises depuis le milieu

    des annes 90. En fvrier 2001, des mesures ont de nouveau t prises par lAfssaps pour en

    contrler davantage la prescription avec lutilisation dordonnance scurise et une dure

    maximale de prescription limite 14 jours avec une dlivrance fractionne de 7 jours.

  • Les produits consomms Paris

    131

    Malgr ces mesures, le Rohypnol dtourn est dcrit comme tant disponible dans le nord-est

    et le centre de Paris (o il est dcrit comme tant un deal de jour presque la crie ), avec

    une accessibilit leve et trs facile , bien quen baisse en raison des contraintes de

    dlivrance du produit depuis 2001.

    Le Rivotril, plus facilement accessible et donc moins cher, tendrait dailleurs le remplacer.

    Le Rohypnol se vendrait actuellement environ 1 euro le comprim (10 euros la bote de 14

    comprims, 5 euros celle de 7 comprims) avec des prix plus levs la fin du week-end ou les

    jours fris. Le trafic de Rohypnol se ferait en gnral dans les mmes lieux que celui du

    Subutex : les dealers sont toujours aux mmes endroits o ils attendent leurs clients . La

    plupart dentre eux sont aussi des consommateurs de Rohypnol.

    Les autres benzodiazpines (Rivotril, Valium, Xanax, Lexomil)

    Parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne (Accueil Ego, Step, Aides-Audvih

    et Nova Dona), la moiti des personnes interroges (49 %) dans les structures ont consomm au

    cours de leur vie d'autres benzodiazpines que le Rohypnol, 32 % au cours du dernier mois et

    17 % quotidiennement. Parmi les usagers qui ont consomm des benzodiazpines (autres que le

    Rohypnol) au cours du dernier mois, 54 % indiquent que c'est pour se soigner, 18 % que c'est

    pour se dfoncer et 28 % la fois pour se soigner et pour se dfoncer . La majorit des

    usagers dclarent avoir obtenu les benzodiazpines exclusivement sur prescription (60 %). Un

    tiers des usagers disent les avoir obtenu exclusivement hors prescription. La quasi-totalit des

    usagers de benzodiazpines (autres que le Rohypnol) ont consomm les comprims par voie

    orale au cours du dernier mois (90 %), 7 % les ont injects et 2 % les ont sniffs.

    Lusage dtourn de Rivotril serait en augmentation

    Selon lobservation de terrain en milieu urbain, La vente et lusage dtourns de Rivotril

    sont cits de faon rcurrente [par les usagers]. Grossirement, on peut, en se fiant aux

    tmoignages recueillis, distinguer deux types dusage de ce produit : un usage qui concernerait

    surtout des immigrants rcents en provenance du Maghreb, le plus souvent associ la prise

    dalcool et de cannabis [ces associations sont galement cites par une structure] ; et un usage

    visant grer la descente , de la part de consommateurs de crack.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    132

    Cela dit, il semblerait que parmi cette dernire population, lusage de Rivotril se fasse mme

    en dehors de la prise de crack, certains usagers allant jusqu' prendre une plaquette entire

    pour commencer la journe .

    Cest un produit dont la disponibilit sur les scnes de vente de mdicaments (autour du mtro

    Chteau-Rouge et aux alentours des Halles principalement) serait trs importante, et dont le prix

    serait modique : entre 2 et 3 euros la plaquette. [Aux Halles, la disponibilit du produit serait

    rcente et actuellement tout le monde en parle selon lune des structures intervenant dans ce

    quartier qui indique aussi une augmentation de la disponibilit et de laccessibilit au produit].

    Plusieurs personnes [rencontres dans le cadre de lobservation de terrain en milieu urbain] ont

    entendu dire que certains pouvaient sinjecter du Rivotril, mais aucune dentre elles ne la

    jamais constat [deux structures signalent dailleurs un usage de Rivotril exclusivement par

    voie orale].

    Ce produit ne bnficie pas dune bonne image, mme parmi les usagers qui en prennent. Il

    aurait comme effet de rendre abrutis ceux qui en consomment, tout en pouvant donner lieu

    des manifestations de violence extrme. Lune des personnes interviewes a dclar : la

    dernire fois que jen ai pris, je me suis pris la tte avec des gens, et je me suis rveill

    lhpital, sans savoir pourquoi ni comment .

    Le Rivotril serait en train de remplacer le Rohypnol, moins disponible depuis quelques mois

    suite des mesures lgales restreignant sa distribution. Le premier aurait un effet moins puissant

    et moins rapide que le deuxime, ce qui expliquerait que certains usagers, nayant pas en temps

    voulu leffet attendu, en prennent en quantit massive, jusqu' plusieurs plaquettes par jour ,

    selon deux de nos observateurs.

    Quelques usages occasionnels de Valium dtourn

    Lobservation des consommations de Valium na t rapporte que dans le centre de Paris. Le

    produit serait surtout utilis de faon occasionnelle pour aider grer les effets des autres

    produits (effet tranquilisant, destressant, euphorisant, somnifre).

  • Les produits consomms Paris

    133

    Sa disponibilit serait moyenne et le produit serait surtout accessible par des rseaux. La

    plaquette de 10 comprims se vendrait en moyenne 8 euros. En revanche, le prix des ampoules

    injectables nest pas connu. Sa consommation dtourne se ferait soit par voie injectable, soit

    par voie orale avec de l'alcool (bire) pour potentialiser les effets.

    Benzodiazpines et antidpresseurs pour rguler les effets des stimulants

    Selon lobservation des consommations en milieu gay, le Lexomil et le Xanax seraient trs

    populaires dans le milieu festif gay et consomm quotidiennement par de nombreux gays pour

    rguler les effets secondaires des stimulants. Cette consommation serait considre comme

    trs banale. De nombreuses autres personnes, dboussoles par le rythme de vie li aux sorties

    et consommations de drogues utiliseraient aussi des antidpresseurs.

    LArtane 39

    Les donnes concernant lArtane nont t rapportes que par une structure intervenant dans le

    centre de Paris (quartier les Halles) et nont donc pas pu tre recoupes.

    Usagers et modalits dusages

    Parmi les usagers interrogs des structures de premire ligne (Accueil Ego, Step, Aides-Audvih

    et Nova Dona), 12 % ont indiqu avoir dj consomm de lArtane au cours de leur vie et 5 %

    au cours du dernier mois. Les consommations quotidiennes de ce mdicament sont

    exceptionnelles parmi les usagers de ces structures (2 %). LArtane est le mdicament que les

    usagers ont le moins souvent dclar avoir obtenu exclusivement sur prescription, au cours du

    dernier mois (11 % des cas 40).

    39 LArtane est un mdicament antiparkinsonien. Dans ce texte, il sagit exclusivement de son usage dtourn. 40 A titre de comparaison, ils sont 30 % dans ce cas pour le Rohypnol, 52 % pour le Subutex, 60 % pour les autres benzodiazpines et 89 % pour la mthadone.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    134

    Des usagers exclusivement visibles dans le centre de Paris

    La consommation dArtane na t rapporte que par une seule structure intervenant dans le

    centre de Paris. Les usagers (appels Artaniens ) seraient quasiment exclusivement des

    hommes, sans domicile fixe, galrien . Les plus en rupture auraient des consommations

    quotidiennes importantes.

    Lusage dtourn dArtane, toujours par voie orale, provoquerait un dlire lev, difficile

    contrler, une excitation associe une sensation de flottement (leffet serait comparable

    celui de lecstasy) et, forte dose, des hallucinations. Les consquences sanitaires sont : un

    jugement altr, des troubles comportementaux importants, des pertes de mmoire, une forte

    accoutumance ( on ne peut jamais en descendre do le terme dArtaniens ).

    Le produit

    Un produit dont la consommation serait en augmentation

    Si le trafic dArtane hors prescription semble rare dans la rue, (lachat fonctionnant plutt

    travers des petits rseaux dusagers), en revanche, la consommation dans le centre de Paris est

    dcrite comme importante, et en augmentation en 2003. La structure intervenant dans le centre

    de Paris indique que, la monte de la consommation d'Artane constitue lun des deux

    vnements les plus marquants au cours de l'anne 2003.

    LArtane a plutt une image ngative ( produit de junkies ) auprs des non-usagers qui

    rsulterait des effets observs sur ceux qui en consomment : gesticulations soudaines et

    incontrles, agressivit, remontes imprvisibles, parfois plusieurs jours aprs la

    consommation. Dans le cadre de lobservation en milieu urbain, il na pas t possible de

    rencontrer dusagers de ce produit souhaitant tmoigner.

  • Synthse des observations

    135

    Synthse des observations

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    136

  • Synthse des observations

    137

    Les observations communes lespace urbain et lespace festif

    Un accs la rduction des risques plus difficile ?

    La plupart des observateurs de terrain ont ressenti que lanne 2003 a t marque par une

    augmentation de lactivit de police dans la lutte contre le trafic et les usages de stupfiants.

    Cette augmentation se serait aussi manifeste, tant dans le milieu festif que dans l'espace urbain,

    par des interventions de police dans des discothques et clubs spcialiss dans la musique

    techno, par des fermetures administratives de certains de ces lieux, ainsi que sur les lieux de

    deal du nord-est et du centre de Paris, sur les scnes de vente de crack et de mdicaments

    dtourns. Elle aurait galement contribu dplacer les lieux de deal la priphrie du milieu

    festif (dans les rues proches des discothques) et diminuer la disponibilit des produits.

    Mais selon plusieurs observateurs, cette pression policire se serait aussi manifeste vis--vis

    des usagers, notamment par la destruction de Subutex ou un accs plus difficile aux

    distributeurs de seringues d au caractre dissuasif de la prsence policire. Ces faits, sils

    savrent exacts, limiteraient lefficacit de la politique gouvernementale de rduction des

    risques (l'accs au matriel strile d'injection ou aux traitements de substitution), politique qui a

    permis de rduire la mortalit, la morbidit et la frquence de certains risques sociaux et qui a

    favoris un meilleur recours aux soins de ces usagers.

    Le recours au rseau Internet semble de plus en plus frquent pour ce qui est de lapprovisionnement en produits

    La grande majorit des produits est achete par lintermdiaire de dealers. Cependant, on

    observe une diversification des modes dapprovisionnement en produits, notamment travers le

    rseau Internet. Celui-ci est, en effet, de plus en plus utilis par les jeunes frquentant

    principalement le milieu festif pour se procurer des produits de synthse tels que le GHB et les

    produits naturels destins lauto-production, tels que des graines de cannabis, feuilles de

    salvia divinorum ou champignons hallucinognes.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    138

    Tabac, alcool et cannabis sont des produits omniprsents tant dans lespace urbain que dans lespace festif

    Les consommations de tabac, dalcool et de cannabis semblent trs prsentes parmi les usagers

    de drogues, tant dans lespace urbain que dans lespace festif. Lusage de lalcool est souvent

    dcrit comme procurant un effet de dfonce mais permet aussi de potentialiser les effets

    des autres produits. Lalcool constitue donc trs souvent le produit de base .

    Les phnomnes d'alcoolisation chez les personnes sous substitution aux opiacs (Subutex ou

    mthadone) semblent aussi trs frquents, rendant plus difficile la prise en charge des hpatites.

    Confirmation de lmergence de consommations problmatiques de cannabis chez les jeunes

    Les professionnels de sant signalent de plus en plus de demandes dinformations et surtout de

    demandes de soins manant de jeunes consommateurs rguliers de cannabis, pour la plupart

    pluri-quotidiens souvent exclusifs, pour qui leur consommation commence poser des

    problmes pour eux-mmes et pour leur entourage. Selon les professionnels de sant interrogs,

    ces jeunes arrivent souvent avec des symptmes dpressifs et syndromes amotivationnels. Ce

    constat suggre la ncessit quil y a de faire voluer le dispositif de soins jusqu prsent peu

    adapt ces demandes.

    Les observations relatives lespace festif

    Des consommations de produits psychostimulants en augmentation dans le milieu festif

    Dans le milieu festif techno, les niveaux de consommation decstasy semblent avoir beaucoup

    augment depuis lanne dernire. Si un comprim semblait suffisant pour pouvoir passer la

    soire et la nuit, il nest pas rare de voir consommer deux trois ecstasy pour commencer qui

    sont suivis par un comprim toutes les deux ou trois heures.

    De plus, lecstasy qui semblait tre la drogue de la fte par excellence semble bien plus

    souvent quauparavant associe dautres psychostimulants (cocane, free base, amphtamines

    et champignons hallucinognes). Ces associations de produits tmoignent de comportements

    avertis de gestion des montes et des descentes .

  • Synthse des observations

    139

    Il semble mme parfois que la place prpondrante de lecstasy soit quelque peu dplace et que

    ce produit soit plus frquemment quauparavant utilis comme un adjuvant comme les

    autres, ne servant lui aussi qu aider la monte ou la descente dautres produits

    psychostimulants, catgories de produits qui restent trs caractristiques du milieu festif, quel

    que soit le courant musical.

    En milieu festif, les consommations de Subutex ou dautres mdicaments notamment les

    benzodiazpines sont pratiquement absentes et limage de ces derniers produits est dailleurs

    assez ngativement perue. Les consommations dalcool et de cannabis y sont au contraire

    largement rpandues, ainsi que dans une moindre mesure, les produits hallucinognes. Les

    consommations de produits psychoactifs dans le milieu festif semblent dautant plus

    importantes et les filles dautant moins nombreuses que le courant musical comporte beaucoup

    de basses, type Hardcore.

    Apparition de nouveaux vnements festifs trs confidentiels

    Lapplication de lamendement Vaillant qui rglemente lorganisation des rassemblements

    exclusivement festifs caractre musical semble avoir contribu dsorganiser le milieu festif

    techno et favoriser le morcellement de lespace festif en diffrents petits espaces o les

    interventions sanitaires sont plus difficiles mener. Ces vnements trs petits, dont les lieux

    sont connus par le bouche oreille , accueillent au plus deux trois cents personnes. La

    musique qui sy coute est en gnral issue des courants musicaux de type Hardcore. La

    prsence dassociations de rduction des risques, rendant ces vnements trop visibles, ny

    semble pas souhaite par les organisateurs. Les consommations y sont probablement

    importantes mais encore peu dcrites.

    Apparition dusagers de drogues dpendants issus du milieu festif, en voie de dsocialisation

    A la marge des milieux festifs, on observe lmergence de jeunes dcrits comme zonards ,

    nomades ou en errance, vivant dans des squats ou des camions, qui auraient dbut leur carrire

    de consommateurs trs prcocement dans ces milieux festifs. Ces jeunes semblaient demble

    davantage attirs par ces consommations et leur aspect transgressif que par les courants

    musicaux. Ils passent progressivement des consommations et des modes de consommations

    plus lourds : injection, consommations dopiacs, de benzodiazpines et de Subutex, parfois

    inities sans consommation pralable dhrone.

  • tat des lieux de la toxicomanie et phnomnes mergents lis aux drogues Paris en 2003

    140

    Les observations relatives lespace urbain

    La prise en charge sociale reste extrmement difficile pour une large part des usagers de drogues bnficiant dun traitement de substitution

    Mme si la prise en charge sanitaire des usagers de drogues semble samliorer et la

    consommation des usagers rester relativement stable, grce aux traitements de substitution

    (Subutex et mthadone), lensemble des professionnels de sant et des personnels des

    structures de premire ligne soulignent la trs grande dsinsertion sociale et familiale de certains

    usagers, plutt gs, notamment ceux accueillis dans les structures de premire ligne.

    Si la prise en charge sanitaire des usagers de drogues semble samliorer, en revanche, leur prise

    en charge dun point de vue psychiatrique reste trs insuffisante.

    Les femmes ont une perception plus ngative de leur consommation que les hommes

    Il semble que les femmes usagres de drogues, trs minoritaires dans les structures de premire

    ligne, ont une perception beaucoup plus ngative que les hommes de leur propre consommation

    et hsiteraient bien davantage recourir ces structures. Cette hsitation rsulterait la fois de

    la peur de la double stigmatisation dusagres de drogues chez des femmes qui ont frquemment

    des pratiques de prostitution et du fait quelles seraient beaucoup plus sensibles leur image que

    les hommes.

    Des pratiques dinjection qui ne semblent pas diminuer, mais des pratiques de partage du matriel dinjection en rgression

    Le passage au second plan des pathologies infectieuses et virales, la moindre prsence note

    chez les professionnels de sant des complications infectieuses de type abcs ainsi que la

    diminution des pratiques de partage de seringues note tant par les professionnels que dans

    lenqute quantitative auprs des usagers plaident pour un accroissement des pratiques de

    rduction des risques en matire dinjection. En revanche, il ne semble pas quil y ait

    dindications dune relle diminution des pratiques dinjection.

    Les consommations dopiacs restent trs prsentes Les consommations dopiacs ne sont pas en diminution et des observations dinitiation

    (notamment en prison) de consommations dopiacs, travers le Subutex, sans consommation

    pralable dhrone, ont t dcrites par les observateurs du milieu urbain.