Rfrence du chapitre Ccile Van de Velde ... ? Rfrence du chapitre Ccile Van de Velde,

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    11-Sep-2018

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  • Rfrence du chapitre

    Ccile Van de Velde, Intergnrationnel : un tat des lieux et des liens , in

    Tavoillot Pierre-Henri (dir.), Mtarevue sur le lien intergnrationnel. Un tat

    des savoirs et des dbats, Paris, CampusLab, Observatoire de

    lIntergnrationnel, dcembre 2011, p. 50-56.

  • IV- Intergnrationnel : un tat des lieux et des liens

    Ccile Van de Velde, sociologue, Matre de confrence lEHESS. Professeur invite lUniversit de Montral

    Du point de vue dune sociologue comparatiste de la jeunesse, la question du lien intergnrationnel frappe demble par son enjeu, tant social que scientifique. Dune part, la crise annonce la monte en puissance de la question sociale de lintergnrationnel au sein des socits europennes, tant elle radicalise le double dfi de la prcarit juvnile et du vieillissement. La rduction attendue des dpenses dEtat et la fragilisation des perspectives demploi mettent lpreuve les quilibres dj prcaires entre les diffrents ressorts de protections -tatiques, familiaux, locaux- au sein de chacun des modles sociaux europens. La dgradation des perspectives conomiques ractive ainsi la question de la place des solidarits dans nos socits, mais aussi celle de leur prix, de leurs interrelations et de leurs failles potentielles. O sont les rservoirs de solidarits et de protection en France et en Europe ? Le lien intergnrationnel peut-il constituer un palliatif face la crise, et jusquo ? Dautre part, la question du lien entre les gnrations est lourde denjeux scientifiques, car elle sinscrit dans un dbat social, souvent idologique, qui se polarise actuellement entre un prisme du conflit insistant sur laccroissement des ingalits intergnrationnelles, et un prisme des solidarits insistant sur les flux dentraide, financiers, affectifs et matriels entre les gnrations familiales. Poser la question sociologique du lien entre les gnrations invite saisir non seulement ce qui le forge, mais aussi ce qui les freine ou le met en cause : cette approche permet ainsi darticuler les questions des ingalits sociales et des solidarits familiales et locales entre les gnrations. On peut lui donner de multiples dfinitions : le lien entre les gnrations sera ici approch par les diffrentes sphres au sein desquelles il se dploie liens sociaux, familiaux, de travail ou de proximit-, souvent penses sparment. La prsente note propose donc un essai de cartographie sociologique des liens entre gnrations en France et en Europe occidentale, en soulignant leurs potentiels, leurs conditions et leurs limites.

    I. Les liens entre les gnrations en temps de crise : leons europennes

    Amorons notre rflexion par une courte esquisse des formes et des modalits du lien intergnrationnel en Europe occidentale et du maillage social dans lesquels elles sinscrivent. Penser lEurope des protections intergnrationnelles et ses modalits dvolution face la crise- ncessite de se pencher sur larticulation des protections individuelles, familiales et sociales dune socit lautre.

  • 1. Socits mditerranennes : les gnrations familiales fragilises face la crise

    En poussant les solidarits familiales intergnrationnelles jusqu leurs limites, les socits mditerranennes nous montrent les risques potentiels dune valorisation des liens familiaux comme seule valeur refuge, cense pouvoir compenser la dgradation des perspectives demploi et des marges de manuvre de lEtat. Au del de leurs diffrences, les socits du sud de lEurope ont ceci de commun de stre appuyes, au cours des dernires dcennies, sur le ressort quasi-exclusif des solidarits familiales entre les gnrations pour rguler des dpendances sociales croissantes tout au long des parcours de vie, que ce soit celles lies un vieillissement acclr, ou celles lies lallongement des tudes et laccroissement du chmage et de la prcarit chez les jeunes. Jusquici, ces solidarits familiales, culturellement lgitimes, ont servi de rgulation sociale effective, notamment pour scuriser les parcours de jeunesse et de vieillesse : lge au dpart de chez les parents na cess de reculer depuis les annes 70, jusqu atteindre aujourdhui plus de 28 ans ; lautre chelle des ges, le maintien des personnes ges domicile reste un pilier central de rgulation de la dpendance des personnes ges. Comparativement aux autres socits europennes, ces solidarits sont envisages dans une logique dassurance tout au long de la vie, et de rciprocit directe de long terme1 : mes parents maident mais je les aiderai en retour . Toutefois, elles se voient aujourdhui atteindre leurs limites, et ne peuvent plus constituer un rservoir croissant et extensible de protection face la crise. Ce mouvement est perceptible depuis plusieurs annes dj : les voil mises lpreuve par une norme croissante dautonomie, particulirement prgnante au sein des jeunes gnrations mobiles et europanises, pour qui le report de linstallation familiale est de plus en plus vcu comme un compromis individuel, une contrainte conomique, voire une injustice sociale2. La dgradation des perspectives conomiques est venue radicaliser cette tension, en assombrissant les perspectives de jeunes gnrations, tout en fragilisant la capacit des ans subvenir aux besoins familiaux. La solidarit familiale entre gnrations suppose une forme de capabilit des individus, remise en cause par la crise. Cest en ce sens quil faut lire le mouvement multignrationnel des Indigns espagnols, non pas comme une fracture gnrationnelle, mais plutt comme une demande de reprise en main des vies face un destin qui leur chappe doublement, au niveau individuel le taux de chmage des 16-24 ans slve 46% en 2011-, et au niveau collectif, face l puisement des solidarits gnrationnelles et laffaiblissement suppos du pouvoir politique dans un contexte de crise.

    2. Intergnrationnel : une rticence librale

    Des solidarits intergnrationnelles minimales et coupables : le cas du Royaume-Uni offre une configuration sociale au sein de laquelle le dveloppement de

    1 Ccile Van de Velde, Devenir adulte. Sociologie compare de la jeunesse en Europe, Paris, PUF , 2008. 2 Ctait dj le sens du mouvement -mditerranen galement- des mille-euroistes , port il y a quelques annes par de

    jeunes trentenaires diplms qui manifestaient leur dpit face la faiblesse prolonge des salaires et au surendettement de

    long terme. Van de Velde C., Indigns : les raisons de la colre , Cits, Paris, PUF, n.47-48, octobre 2011, p. 293-297

  • lentraide intergnrationnelle est freine par une puissance norme dindpendance individuelle. Dans un mode de rgulation dobdience librale, les vies sont rendues plus sensibles au march : les protections dEtat sont universelles, uniformises selon lge, mais relativement faibles quant aux montants octroys ; les individus sont censs se protger eux-mmes, que ce soit par lemploi, le crdit ou lassurance individuelle. Au Royaume-Uni, cette confiance relative au march march du travail et march bancaire- pour rguler les vulnrabilits au fil de lge se conjugue avec une dvalorisation, institutionnelle et normative, des solidarits familiales. Cette dlgitimation est notamment perceptible au niveau des jeunes gnrations, invites sautofinancer de faon prcoce : lge mdian au dpart de chez les parents est actuellement de 21 ans et les flux financiers descendant les gnrations sont les plus faibles dEurope. Les trajectoires socio-professionnelles sont trs ractives face aux alas actuels des marchs : dans un contexte daccroissement acclr du prix du logement, la crise accentue la pression financire sur les parcours, notamment pour les gnrations les plus jeunes qui ont massivement recours lemprunt pour financer les tudes, et qui ne peuvent rembourser leurs dettes par lemploi escompt3. Elle se radicalise galement pour certains pans des gnrations retraites qui ont massivement pargn pour prparer leur sortie de lemploi. Face ces difficults, les solidarits familiales augmentent, mais de faon limite et ingale. La sollicitation de lentraide familiale entre les gnrations est souvent considre comme coupable , voire impossible, ce qui induit dans certains cas des trajectoires dentre dans la grande pauvret, ds 16 ou 18 ans : la jeunesse sans-abri est rige en problme social au Royaume-Uni. Il est cependant possible que cette contrainte normative se desserre : on observe actuellement, parmi les sociologues britanniques, un mouvement de pense qui remet en cause cette idologie de lindpendance freinant le potentiel de solidarits intergnrationnelles face aux difficults conomiques. Si les solidarits familiales sont plutt faibles au Royaume-Uni, notons-y cependant lexistence dune relative mixit intergnrationnelle au sein des tudes, du fait dune formation continue amnage au sein des universits, tout comme un important panel dges au sein de la sphre de travail.

    3. En sociale-dmocratie, des liens rguls par lEtat

    Dans les socits du nord de lEurope, les liens entre gnrations apparaissent fortement mdiatiss par lEtat, qui dploie des droits sociaux levs sur lensemble des ges de la vie. Comme le montre Andr Masson4, les philosophies sociales-dmocrates tendent se caractriser par une mfiance envers les solidarits familiales -en particulier celles qui descendent les gnrations- considres comme ingales et arbitraires , et privilgier une relative uniformisation de la protection sociale tout au long des parcours de vie. Lge nest de ce fait pas en soi un outil de politique sociale 5 : les aides tudiantes sont par exemple offertes tous ds la

    3 Aurlien Casta, La nouvelle condition des tudiants anglais : entre emploi et endettement , Formation Emploi, n.110,

    v.2, 2010. 4 Masson A., Des liens et des transferts entre gnrations, Paris, Editions de lEHESS, 2009. 5 On peut reprer cependant, comme le suggre Andr Masson, une relative asymtrie dans les modes dintervention entre les

    ges : sous la forme privilgie de services la personne pour les ans, et daides directes dans lducation ou le

    financement des tudes pour les plus jeunes.

  • majorit et sans limite dge, tout comme le revenu minimum. Couples avec lemploi prcoce, ces politiques publiques induisent une relative indpendance entre gnrations. Pour exemple, lge mdian au dpart de chez les parents dans les socits nordiques, de 20 ans, est le plus prcoce dEurope ; lautre chelle des ges, la dpendance de fin de vie est fortement institutionnalise. Ces politiques rduisent les ingalits sociales entre gnrations et structurent une forte solidarit sociale entre les ges. Mme si ces pays font face un accroissement de leur chmage juvnile, surtout en Sude, le dbat sur la gnration sacrifie ny existe pas, et les enqutes montrent que loptimisme reste de mise6. Notons que dans les faits, les solidarits familiales ne sont pas pour autant inexistantes7. Comparativement aux socits mditerranennes, elles ne sinscrivent pas dans une logique dinterdpendance et dassurance de long terme, mais relvent plutt dune logique de rciprocit directe et de court terme, dans une double norme dgalit et dautonomie8.

    4. Une polarisation des gnrations ? La socit franaise et ses ges fragiles

    De faon plus accentue encore que ses voisins continentaux, le modle social franais mise sur une forte activation tatique des solidarits -sociales et familiales- entre les gnrations, et institutionnalise un double circuit intergnrationnel : ascendant au niveau social, par le jeu des retraites qui lie les gnrations actives aux gnrations retraites, et descendant au niveau familial, par une politique principalement tourne vers les ans et consacrant la solidarit familiale dans la protection des plus jeunes. LEtat est ainsi prsent tout au long des parcours, mais de faon trs diffrencie selon les ges. Conjugue avec un march du travail centr sur les 30-45 ans, cette rgulation cre des ges fragiles au sein de la socit franaise : les solidarits familiales, bien queffectives, ne compensent pas pour autant les difficults rencontres certaines priodes de la vie, notamment par les juniors et certaines franges des seniors . Au del de leur dimension idologique, la vigueur des dbats sur les gnrations rpond ainsi une configuration franaise qui conjugue un systme mritocratique figeant les destins de faon prcoce par le diplme, un march du travail discriminant pour les entrants -jeunes ou plus gs- en cas de retournement de conjoncture, et un systme de protection sociale plutt tourn vers les ans. Les solidarits intergnrationnelles jouent un rle actif de scurit, mais sinscrivent dans un relatif flou normatif9 : lanalyse, si les flux financiers entre gnrations sont relativement lgitims au nom de lentraide ou de la transmission, le maintien de la cohabitation intergnrationnelle, que ce soit pour les jeunes ou pour les plus gs, apparat plus dvaloris.

    6 Fondapol, 2011, La jeunesse du monde, Fondation pour lInnovation Politique, 2011. 7 Claudine Attias-Donfut souligne les liens de coopration potentielle entre solidarits tatiques et familiales entre

    gnrations. Claudine Attias-Donfut, Les solidarits entre gnrations. Vieillesse, Familles, tat, Paris, Nathan, 1995, 352 p. 8 Van de Velde C., Devenir adulte. Sociologie compare de la jeunesse en Europe, Paris, PUF, 2008. 9 Ce flou normatif sinscrit dans une tension Etat-famille tout au long des ges, perceptible par exemple dans lpisode de la

    canicule de 2003 et le jeu de balancier quil a laiss transparatre entre la responsabilit suppose des familles et celle de

    lEtat dans la protection des personnes ges.

  • II. Ressorts et ressources de lintergnrationnel au sein de la socit franaise

    Resserrons dsormais un peu la focale pour se livrer, dans cette seconde partie, un exercice plus prcis de reprage des supports, des conditions et des limites possibles au dveloppement de lintergnrationnel au sein de la socit franaise.

    1. Un cloisonnement des ges La volont mme dobserver ou de valoriser explicitement lintergnrationnel en est le reflet : on souffre, en France, dune pense segmente et cloisonne des ges, dont lintergnrationnel pourrait tre le contrepoids. La prgnance dune conception catgorielle des ges imprgne les politiques publiques, tout comme les institutions sociales et ducatives. La situation pourrait paratre paradoxale : tout en activant les circuits sociaux et familiaux de solidarit entre gnrations -voqus plus haut-, lorganisation politique et sociale spare les ges. On peut y lire lhritage dune pense ternaire de la vie, pourtant bouscule par des parcours contemporains de plus en plus mobiles : plus quailleurs, la jeunesse, mme prolonge, est pense comme le temps exclusif de lducation et des tudes sous lgide exclusif de lEtat, lge adulte comme celui de lemploi stable, et la retraite comme celui de linactivit sociale. Que ce soit en termes de systmes de formation (formation initiale, formation tout au long de la vie , universits tous ges pour les retraits), de modalits doctroi des aides sociales (non octroyes en dea de 25 ans), ou de mise en place des contrats aids (CDD juniors, CDD seniors), on observe un traitement segment du parcours des ges. A cette sparation des ges, rpond une dualisation des gnrations dans le dbat social voire scientifiques, souvent rduites un schma binaire opposant la gnration 68 la gnration Tanguy ou sacrifie 10. Cette segmentation induit un aspect mconnu et peu tudi des rapports entre les ges, savoir la question de leur cloisonnement spatial. Ecoles ou universits pour les uns ; clubs seniors, universits tous ges, ou maisons de retraite pour les autres. Les institutions qui jalonnent les parcours de vie ne favorisent pas la mixit des ges. Selon Bernadette Veysset 11 , nous serions passs dun modle de socit qui mlangeait les ges et sparait les sexes -les hommes associs dans les travaux des champs, et les femmes de tous ges dans les tches domestiques- une socit qui mlange les sexes mais qui spare les ges. Cette tranget lautre est accentue par la trs faible visibilit des plus gs, notamment dans les mdias, et par un regard relativement ngatif port sur certains pans des jeunes gnrations, assimiles aux nouvelles classes dangereuses 12. Des phnomnes de sgrgation gnrationnelle sobservent galement dans le domaine de lhabitat. Parfois explicitement recherchs dans les lotissement seniors , ces processus sexpliquent galement par un effet mcanique du vieillissement des habitants dun quartier qui a connu peu de renouvellement, comme dans certaines zones pavillonnaires.

    10 Linterprtation dun sondage rcent paru dans Le Monde en est une illustration, dans un ditorial au titre vocateur :

    Vieux privilgis, gostes , Le Monde, 23 novembre 2011. 11 Bernadette Veysset, Dpendance et vieillissement, Paris, LHarmattan, 1989. 12 Robert Castel, Linscurit sociale, Paris, Le Seuil, 2003.

  • Un des principaux leviers structuraux au dveloppement de lintergnrationnel serait donc de rompre avec ce cloisonnement politique, spatial et social des ges, et avec cette fragmentation des temporalits au cours de la vie.

    2. Les viviers de la mixit A lire les travaux mergents sur ces questions, les viviers de lintergnrationnel sont nombreux. Ils laissent entrevoir lenjeu des espaces intermdiaires entre la famille et lEtat, que ce soit dans les institutions de travail ou au niveau associatif et local, o mergent des signes dune mixit dge et dun dcloisonnement des gnrations. Plus encore quau sein de familles dj fortement sollicites, le renforcement des liens intergnrationnels pourrait se jouer dans ces sphres mso-sociales . Nombreuses sont les tudes qui pointent lmergence dune gnration active, retraite, dmographiquement nombreuse, dj fortement investie dans laide aux enfants et aux jeunes, mais aussi, dans la sphre sociale, dans les activits bnvoles ou militantes. Ces franges aises des baby-boomers reprsentent un potentiel social ingal, prompt sengager dans des fondations, des formes multiples daide au financement, ou daccompagnement au travail et linsertion. Loin dune retraite initialement associe une mort sociale , on assiste plutt lmergence des retraits dans la cit , pour reprendre un titre de Pierre-Philippe Viriot-Durandal13. Sous leur impulsion, les tudes deviennent un lieu de mixit gnrationnelle croissante. Cest le propre par exemple des travaux dAline Chamahian14 que davoir montr combien les retraits investissent aujourdhui les tudes, dans les Universits tous ges ou dans les universits traditionnelles. Si cet investissement tardif se fait le plus souvent dans lobjectif principal de boucler la boucle , et de renatre des aspirations inabouties jusque l, il relve galement parfois dune logique de comptences et de certification qui les rapproche des plus jeunes. Renforcer la mixit intergnrationnelle au sein des tudes pourrait passer par une intgration de la formation tout au long de la vie au sein des universits, tout comme par un ramnagement des horaires pour attirer les gnrations intermdiaires. Notons galement le potentiel de coopration intergnrationnelle susceptible de se dvelopper au sein de la sphre de travail, lheure o stend le panel des ges en emploi. La thse conduite par Constance Perrin Joly 15 au sein dune grande entreprise de transport souligne combien cette coopration ne se traduit pas uniquement par la transmission mais bien par une co-construction de lactivit entre juniors et seniors. Enfin, sont relever de nombreuses initiatives locales destines rassembler les ges. Elles mettent aujourdhui en uvre une multiplicit de supports intergnrationnels,

    13 Jean-Philippe Viriot Durandal, Des retraits dans la cit , Informations sociales, n88, Dcembre 2000-janvier 2001,

    pp102-113. 14 Aline Chamahian, "Vieillissement actif et enjeux de la formation dans le temps de retraite , Lien social et Politiques, n

    62, automne 2009, p. 59-69. 15 Constance Perrin-Joly, tre du mtier de gnration en gnration. Les changes intergnrationnels dans une entreprise

    de transport face au dfi de l'allongement de la vie active, Thse sous la direction d'Anne-Marie Guillemard, soutenue le 9

    dcembre 2009 lUniversit Paris-Descartes.

  • limage du site Internet Voisin ge cre par le sociologue et lingnieur social Nathan Stern16, appelant les diffrentes gnrations voisiner . Ces projets ne visent pas uniquement les juniors et seniors : la dsormais clbre maison de retraite des Babayagas fonde par Thrse Clerc est en soi une initiative intergnrationnelle rassemblant de multiples gnrations de militantes ges, dans des formes renouveles du vivre ensemble .

    3. Lintergnrationnel, jusquo ? Conditions et limites

    Veillons toutefois, dans lappui ou le soutien aux solidarits familiales ou locales entre gnrations, la souffrance du trop proche pour reprendre les mots de Marc Beviglieri 17 , que pointent de nombreux travaux sur les situations de cohabitation ou dentraide gnrationnelles. La valorisation des formes gnrationnelles de care familial ne doit pas, par exemple, cacher la souffrance potentielle des aidants, voire limpression de sacrifice de ces relations non mdiatises. Lexistence dune puissante aspiration lautonomie est galement prendre en compte au sein des liens intergnrationnels de proximit : dans la sphre locale, Sophie Nemoz a montr comment la corsidence organise entre jeunes et vieux trouvait parfois ses limites, vcue comme une restriction possible lautonomie de chacun. Les projets intergnrationnels sont donc destins rester lettre morte sils ne se penchent pas sur la recherche de la bonne distance , attentive la place de chacun dans une relation dinterdpendance, et laissant lespace ncessaire lautonomie (donc linitiative) et lgalit (donc la rciprocit). Une telle recherche dquilibre est prsente par exemple dans des projets damnagements locaux en Allemagne ou au Danemark, qui se traduisent non pas par une corsidence intergnrationnelle, mais plutt par une mixit instaure lchelle dun quartier, sous la forme de bguinages modernes. Cest l toute la difficult des projets intergnrationnels impulss ou mdiatiss par le politique, le march ou le secteur associatif : au del des intentions souvent louables, lintergnrationnel ne simpose pas. Ils ne peuvent trouver leurs effets que sils rpondent la juste alchimie entre autonomie et rciprocit quexige le lien contemporain.

    16 Nathan Stern, site Voisin-Ages : http://www.voisin-age.fr/ 17 Breviglieri M., Les dsagrments du proche et les tentations de lautonomie. , in Jouan M., Laugier S., Penser

    lautonomie, Paris, PUF, 2009.

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