Salanskis - Deleuze, La Transcendance Et Le Slogan

  • Published on
    13-Jul-2016

  • View
    3

  • Download
    1

DESCRIPTION

Philosophy

Transcript

  • DELEUZE, LA TRANSCENDANCE ET LE SLOGAN

    Jean-Michel Salanskis

    Collge international de Philosophie | Rue Descartes

    2008/1 - n 59pages 8 18

    ISSN 1144-0821

    Article disponible en ligne l'adresse:--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    http://www.cairn.info/revue-rue-descartes-2008-1-page-8.htm--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    Pour citer cet article :--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    Salanskis Jean-Michel, Deleuze, la transcendance et le slogan , Rue Descartes, 2008/1 n 59, p. 8-18. DOI : 10.3917/rdes.059.0008--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

    Distribution lectronique Cairn.info pour Collge international de Philosophie. Collge international de Philosophie. Tous droits rservs pour tous pays.

    La reproduction ou reprsentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorise que dans les limites desconditions gnrales d'utilisation du site ou, le cas chant, des conditions gnrales de la licence souscrite par votretablissement. Toute autre reproduction ou reprsentation, en tout ou partie, sous quelque forme et de quelque manire quece soit, est interdite sauf accord pralable et crit de l'diteur, en dehors des cas prvus par la lgislation en vigueur enFrance. Il est prcis que son stockage dans une base de donnes est galement interdit.

    1 / 1

    Doc

    umen

    t tl

    cha

    rg

    depu

    is ww

    w.ca

    irn.in

    fo -

    - -

    190

    .194

    .182

    .102

    - 28

    /04/

    2013

    14h

    08.

    Col

    lge

    inte

    rnat

    iona

    l de

    Philo

    soph

    ie

    Docum

    ent tlcharg depuis www.cairn.info - - - 190.194.182.102 - 28/04/2013 14h08. Collge international de Philosophie

  • JEAN-MICHELSALANSKISDeleuze, la transcendanceet le sloganDeleuze est aujourdhui revenu comme objet lhistoire de la philosophie la franaise, dontil se fit dabord connatre comme un orfvre, on le sait. Simultanment, sa manire philoso-phique est toujours prsente : un nombre significatif de jeunes philosophes entrent dans la carrire de prtendant la parole philosophique par un essai deleuzien. Ces deuxtendances du moment se croisent et se composent dans les diverses thses rattachables Deleuze que nous accueillons ces dernires annes, dans lespace universitaire. Thses quiprouvent lexemplarit maintenue dune pense, dun chemin, dun geste. Telle seraitlactualit.Les choses ont-elles vraiment chang, dailleurs ? Le premier crit de lordre du livre, jamaispubli, que josai pour ma part revendiquer en tant que philosophique, tait une reprise dcale en mode mathmaticien du petit livre Rhizome de Deleuze, rdige dans la foule demes 25 ans, juste aprs lblouissement ressenti la lecture de Diffrence et rptition : je nesaurai ici parler comme quelquun dtranger lenthousiasme deleuzien.

    HumeurPourtant, cest surtout depuis une distance que je voudrais ici discuter brivement sa pense.Distance voire incomprhension qui, je crois, mhabitaient dj, bien que sous une autreforme, lpoque de ma plus grande allgeance. cette poque, je mattachais plutt contourner la difficult en interprtant les ides de Deleuze en telle sorte quelles serapprochent de ce quil me fallait , si peu ou si mal que je sache le dfinir.

    8 |

    RD 59 intrieur 4/01/08 14:47 Page 8

    Doc

    umen

    t tl

    cha

    rg

    depu

    is ww

    w.ca

    irn.in

    fo -

    - -

    190

    .194

    .182

    .102

    - 28

    /04/

    2013

    14h

    08.

    Col

    lge

    inte

    rnat

    iona

    l de

    Philo

    soph

    ie

    Docum

    ent tlcharg depuis www.cairn.info - - - 190.194.182.102 - 28/04/2013 14h08. Collge international de Philosophie

  • CORPUS

    De quoi sagit-il, dans ce que je suis en train de mettre en scne avec embarras comme marticence ? Je pourrais dire, en toute simplicit : de la transcendance.Lorsquon revisite les crits de Deleuze, la virulence de son rejet de la transcendance sauteaux yeux. Dun ct, elle prend toutes les formes dune exaspration type : Deleuze entend dans la transcendance la fois la religion, la hirarchie et la rpression. Par exempleil raffirme, dans Quest-ce que la philosophie ?, ltranget principielle de laventure philoso-phique des concepts et de llaboration religieuse des figures : une attitude amorce dans lereligieux narrive au philosophique qu condition de rompre avec le religieux, dit-il. Parexemple, il dpeint la psychanalyse, rapportant lexprience psychique larborescencedipienne, qui comme telle reconstitue de la transcendance, comme rpression du fairerhizome . Par exemple, il galise les autoritarismes historiques des rigidificationsarborescentes qui seraient, cette fois, laccomplissement politique de la transcendance. Cequil crit parat, un premier niveau de lecture au moins, absolument sans modalisation ourecul dans lassertion. De plus, il le dit avec lhumeur familire qui sassocie ce genredides : certains gards, Deleuze ne parle pas autrement quun gauchiste convaincu dans cespassages, et cette faon pour sa parole si singulire, si souveraine et exceptionnelle parailleurs, de suivre un tempo alors commun ajoute de la virulence, atteste une sorte deviolence qui fait partie de lassertion.

    Transcendance et immanenceBien entendu, laffaire de la transcendance est aussi traite par Deleuze au niveau mme delexplicitation la plus interne et la plus essentielle de sa philosophie, qui se trouve enloccurrence tre immdiatement une philosophie de la philosophie. Pour lui, en substance,philosopher consiste affronter le chaos en inventant des concepts, et en instituant suivant lesconnexions des concepts un plan dimmanence. Les concepts sont des thmatisationsinfiniment rapides de variations insparables (cest bien par o la saisie conceptuelle requiertla plonge dans le chaos), toute leur pertinence rside dans les dynamiques associes de leurramification propre et de leurs valences conjonctives. Le plan dimmanence est le jeu de tellesdynamiques. On ne saurait jamais tre assur quil se tienne dans les limites dun concept, decelui qui est en cause, ni mme dun plan, de celui qui se tisse autour du concept et avec lui :les plans eux-mmes se pluralisent sur fond dun plan absolu, figure du dehors correspondantau chaos dans sa capture philosophique.

    | 9

    RD 59 intrieur 4/01/08 14:47 Page 9

    Doc

    umen

    t tl

    cha

    rg

    depu

    is ww

    w.ca

    irn.in

    fo -

    - -

    190

    .194

    .182

    .102

    - 28

    /04/

    2013

    14h

    08.

    Col

    lge

    inte

    rnat

    iona

    l de

    Philo

    soph

    ie

    Docum

    ent tlcharg depuis www.cairn.info - - - 190.194.182.102 - 28/04/2013 14h08. Collge international de Philosophie

  • JEAN-MICHEL SALANSKIS

    En dautres termes, ce serait de manire tautologique que la philosophie se meut danslimmanence, par dfinition du concept et en vertu de lhabitus immanent au jeu conceptuel :il ny aurait pas une alternative philosophique entre transcendance et immanence, toutephilosophie serait de soi conqute dune immanence. Imagine-t-on dobjecter qu il y a ,selon notre mmoire, maintes assertions de transcendance dans les philosophies lgues ? Ladifficult est prvue par la pense de Deleuze, qui reconnat la tendance, irrpressible, detoute entreprise philosophique supplmenter dun datif limmanence, dsignant ce quoilimmanence est immanente : le terme mis au datif se retrouve par force en position detranscendance, que ce soit Dieu ou le sujet, pour prendre les exemples les plus faciles. Donc ilest peut-tre vrai que les philosophies signes dans lhistoire tmoignent dune hsitationentre limmanence et la transcendance, comme sil y avait l les termes dune alternative et lespoints de focalisation dun dbat. Mais en profondeur le dbat est plutt symptomatique de laretombe sans doute consubstantielle au philosopher : ce nest pas tant la philosophie qui laissese nouer en elle sa discussion, cest plutt leffort dimmanence qui nen finit pas de buter surson sdiment ou sa dchance interne, la transcendance.Ce parcours de la pense de Deleuze est assez connu, je crois, je voudrais simplement ensouligner deux aspects qui me paraissent caractristiques :1) Dun ct, le dernier mot relativisant qui reconnat linexorabilit du moment datif, dela rintroduction de formes ou notions de transcendance dans tout immanentisme, nentameen fait nullement la puissance axiologique de la mise en perspective dorigine. Quoi quil ensoit dune telle concession, qui nous permettra, en effet, de lire avec sagesse et probitbienveillante des auteurs qui paraissent ne pas se soucier dimmanence, voire accueillirdemble des sens de transcendance, la vision de la philosophie comme conqute de plansdimmanence et invention de concepts a t impose, et une valuation faisant, ce titre, deSpinoza le prince des philosophes a t produite. Nous avons reconnatre que, dans latexture des philosophies effectives, transcendance et immanence interviennent comme desmoments, mais nous navons rien perdu de ce qui rattache lune la bonne incandescence dela pense philosophique, et lautre son essoufflement ou son dvoiement.2) De lautre ct, il ne saurait tre question, dans un tel expos, denvisager des justifications lestimation diffrentielle de limmanence et de la transcendance. La philosophie est unmouvement pour et par limmanence ; son mode fondamental, celui du concept, estoriginairement inscrit dans un tel mouvement, et un tel faisceau de constats suffit une fois

    10 |

    RD 59 intrieur 4/01/08 14:47 Page 10

    Doc

    umen

    t tl

    cha

    rg

    depu

    is ww

    w.ca

    irn.in

    fo -

    - -

    190

    .194

    .182

    .102

    - 28

    /04/

    2013

    14h

    08.

    Col

    lge

    inte

    rnat

    iona

    l de

    Philo

    soph

    ie

    Docum

    ent tlcharg depuis www.cairn.info - - - 190.194.182.102 - 28/04/2013 14h08. Collge international de Philosophie

  • CORPUS

    pour toutes la justification. Cest assez de participer suffisamment du mouvement pourentendre quil est celui de limmanence, et pour se dtourner de la transcendance, ne plus sesoucier delle que dans la mesure o on la reconnat comme la forme typique de lchec. Unlment envelopp dans la conception deleuzienne est que construire un plan dimmanence,cest le prner de manire irrsistible : limmanence nest-elle pas par excellence ce dontlexposition enrle, ce qui, comme mouvement, efface la distinction entre dcrire et tredun ct, dcrire et justifier de lautre, dcrire et prescrire enfin ?

    Prescription et sloganCest de cela que je voudrais au fond surtout parler : du rapport que peut entretenir une tellepense avec la prescription. La difficult est principalement la suivante : ds lors que latranscendance est associe au commandement et la rpression, une tentation vidente de laphilosophie immanentiste est de dsavouer (sans mme avoir le dire, depuis le fait mme delimmanence quelle agit et quelle est) toute prescription, toute nonciation qui sempareanticipativement des comportements.Toute prescription, sera-t-on port juger, est commelesquisse dune verticalit dans le monde commun, du rassemblement des comportements etdes choses sous une transcendance qui systmatise une telle verticalit.Mais la philosophie deleuzienne est-elle dans labstention lgard de la prescription ? cela, deux rponses.Dun ct, celle qui tait dj contenue dans la remarque 1) ci-dessus. On y faisait tat, surlexemple du rapport entre immanence et transcendance dans les philosophies, dun scnarioconstant de lexposition deleuzienne. Ramen une forme symbolique, ce scnario est lesuivant : produire une distinction entre A et B, dans un langage tel que tout lexcitant, leprestigieux, lmancipatoire, va du ct de A, et tout le born, lemprisonn, lautoritaire,lennuyeux, le sot, va du ct de B ; puis expliquer que la dichotomie qui galise A au bien etB au mal est trop simple, que laffirmer serait encore sacrifier A, que dans les faits bien sr Aet B sont toujours inextricablement mls dans lexprience, que A engendre son B et que Bengendre son A, et que cest chacun de poursuivre A en faisant fond sur B juste assez pourviter les pires. Nous avons peu prs ce discours propos de transcendance et immanencedans Quest-ce que la philosophie ?, propos de rhizome et arborescence dans Rhizome, proposdes agencements nomades schizo et de la vie organique police de LAnti-dipe Commentse faire un corps sans organe ? , propos de machine de guerre et appareil dtat dans Mille

    | 11

    RD 59 intrieur 4/01/08 14:47 Page 11

    Doc

    umen

    t tl

    cha

    rg

    depu

    is ww

    w.ca

    irn.in

    fo -

    - -

    190

    .194

    .182

    .102

    - 28

    /04/

    2013

    14h

    08.

    Col

    lge

    inte

    rnat

    iona

    l de

    Philo

    soph

    ie

    Docum

    ent tlcharg depuis www.cairn.info - - - 190.194.182.102 - 28/04/2013 14h08. Collge international de Philosophie

  • JEAN-MICHEL SALANSKIS

    plateaux, etc. Je ne vois pas le moyen de nier que ce scnario, envisag sur le plan pragmatique,fonctionne tout de mme en fin de compte comme la prescription de A. Les diverscorrectifs labors dans la seconde phase du scnario (qui, en fait, ne reviennent gure dans leprincipe sur la valorisation de A relativement B), nont jamais la force suffisante poursuspendre le prne implicite de A : la manire dont A et B ont t camps reste le message leplus fort, ce par quoi lon a t surtout instruit, et ce dont drive toute option pratiquepossible. Deleuze a donc mis au point, en quelque sorte, dans ce parcours-type, sa faon deprescrire.Autre rponse : Deleuze ne ddaigne pas, ventuellement, le pur et simple slogan. De cela,lexemple nous est donn par la coda de Rhizome, que je reproduis ici : crire n, n-1, crire par slogans : Faites rhizome et pas racine, ne plantez jamais ! Ne semezpas, piquez ! Ne soyez pas un ni multiple, soyez des multiplicits ! Faites la ligne et jamais lepoint ! La vitesse transforme le point en ligne ! Soyez rapide, mme sur place ! Ligne dechance, ligne de hanche, ligne de fuite. Ne suscitez pas un Gnral en vous ! Faites des cartes,et pas des photos ni des dessins ! Soyez la Panthre rose, et que vos amours soient comme lagupe et lorchide, le chat et le babouin 1. La liste est bien prsente comme une liste de slogans. Impossible, bien entendu, de ngligerlambiance ironique et joueuse. Lintention de lauteur est au moins autant dimposer lajubilation heureuse et lgre de la pense que de srieusement faire passer les slogans. Enmme temps, les slogans numrs correspondent vraiment aux diffrents points quelopuscule a abords. Les prescriptions incorpores par chaque slogan sont en effet celles quirecommandent, chaque fois, le A de la distinction invente par Deleuze contre le B.Observons encore le glissement de linfinitif limpratif, pour marquer la diffrence entreles mta-slogans crire n, n-1, crire par slogans et les slogans effectifs introduits pareux, qui sont limpratif bon teint.La question est, bien sr : quest-ce qui distingue ces faons de prescrire du jeu detranscendance ? Que le tour de la distinction puissamment dissymtrique corrige opre toutseul, ou quil soit ponctu par un lchage parodique de slogans, quest-ce qui rend de tellesprocdures meilleures que celle du commandement attach lidalit, seffaant derrireelle autant quil en est lintervention et le hors-tre mme ?Sans doute, dans un tel dbat o chaque voix ne rencontre jamais que ses propres critres, parforce, Deleuze rpondrait-il par limmanence, nouveau. Pour lui llment parodique suffit

    12 |

    1. Cf. Gilles Deleuze, Rhizome, Paris, Minuit, 1976, p.74.

    RD 59 intrieur 4/01/08 14:47 Page 12

    Doc

    umen

    t tl

    cha

    rg

    depu

    is ww

    w.ca

    irn.in

    fo -

    - -

    190

    .194

    .182

    .102

    - 28

    /04/

    2013

    14h

    08.

    Col

    lge

    inte

    rnat

    iona

    l de

    Philo

    soph

    ie

    Docum

    ent tlcharg depuis www.cairn.info - - - 190.194.182.102 - 28/04/2013 14h08. Collge international de Philosophie

  • CORPUS

    faire entendre que ses slogans ne sont que des stabilisations provisoires de lexprience dunagir dans la qute de louverture, et ne doivent tre suivis que pour autant que et tant que leurrigidification ne fait pas verser dans la fermeture. Les impratifs ponctuels de la liste, formulspour la plupart avec des ressources lexicales qui ne mobilisent pas luniversel fig et fix, desressources profanes en quelque sorte, signifient bien la modestie de toute prescription,sollicite de ne rien faire dautre en fin de compte quexprimer lauto-lucidation dumouvement dans son mouvoir mme.Reste quon pourrait se demander si les approches transcendantes qui soumettent lemonde au jugement et lexigence de lidalit ou de la transcendance ne peuvent pas serclamer dun pragmatisme et dun localisme de la mme eau, du moins ds lors quil sagitde leffectuation concrte des exigences, de monnayer les archi-prescriptions en maximesadaptes et excutoires.Mais laissons cela, revenons Deleuze, et abordons un dernier motif qui chez lui fait cho latranscendance, clairant lusage de la prescription que nous venons dvoquer : celui dudehors.

    Le dehorsRien nest plus deleuzien, il me semble, que le frisson du dehors. Lorsque la prose philoso-phique de Gilles Deleuze sempare de nous et nous bouleverse, son arrive dans notre me estcomme le souffle du vent du large . le lire, nous avons le sentiment denfourcher unepuissance qui balaye linutile, ltriqu, qui dgage enfin la plaine pour la course splendide delinattendu aux milles visages. Sa philosophie en appelle au dehors, trouve dans chaque cas lafaon de le dire et lui donner sens nouveau, elle prolonge tout arrt, tout lieu, vers unhorizon de fuite qui est la merveille-mme.Mais ce dehors deleuzien, nest-ce pas simplement sa transcendance ? Dehors dit-il autrechose que au del, dans lconomie mme que lui procure la prose deleuzienne ? Deleuze fait-il autre chose que dire la transcendance comme dcentrement plutt que comme chappeverticale ? On peut tre tent daccepter une telle formulation, et de soutenir dans la foulequil est important de penser en termes de dcentrement plutt que de verticalit, que telleserait justement la contribution deleuzienne. sen tenir cette vue, il faudrait tout de mmeconcder que le dehors deleuzien, comme la transcendance en son concept classique, estprincipe de dcentrement lgard de tout de tout item de focalisation concevable ,

    | 13

    RD 59 intrieur 4/01/08 14:47 Page 13

    Doc

    umen

    t tl

    cha

    rg

    depu

    is ww

    w.ca

    irn.in

    fo -

    - -

    190

    .194

    .182

    .102

    - 28

    /04/

    2013

    14h

    08.

    Col

    lge

    inte

    rnat

    iona

    l de

    Philo

    soph

    ie

    Docum

    ent tlcharg depuis www.cairn.info - - - 190.194.182.102 - 28/04/2013 14h08. Collge international de Philosophie

  • JEAN-MICHEL SALANSKIS

    principe de dcentrement absolu comme la transcendance est principe dchappement, franchissement au-del absolu : ce qui constitue une affinit non ngligeable.On peut aller plus loin et contester que le sens du dehors comme domaine auquel on accdesuivant le vent du large puisse se passer du thme de lau-del, que le dehors puisse viter unesorte de connivence plus profonde avec la transcendance. Dans sa si belle thse Espace etexprience, Pierre Zaoui reprend lide du dehors pour en faire le cur de la notion vraiedespace. Espace au sens pur et au sens fort, pour lui, signifie ce qui nest pas seulementrevtement spatial dun monde, coordonne extensive, mais qui est plutt annonce du dehorsdans une exprience, donc depuis un dedans : toute vritable exprience est exprience dundehors partir de la construction dun dedans, vasion et rversion depuis la pratique mmequi tisse le dedans, comme Pierre Zaoui le montre avec talent propos de plusieurs cas, quivont de la dramaturgie picturale de Fra Angelico la cure analytique selon Freud, en passantpar la fondation des abbayes cisterciennes au cur des forts ( au dsert ) 2. Ne faut-il pas,outrepassant les descriptions de Zaoui, comprendre que le dehors est tout de mme, chaquefois, llvation inappropriable qui mane en quelque sorte de limmanence agie, quil ny ajamais de dehors qui sabstienne de monter pour sexcepter ? Parce que, au fond, ledcentrement au sens deleuzien requiert larrachement aux coordonnes qui rabattent sur leplan, et seule une vasion orthogonale peut cet arrachement. En termes dhistoire de laphilosophie : le dehors deleuzien est, ultimement, dpendant de lvasion levinassienne ; sansautrement qutre et sans transcendance, tout rsonnera toujours comme dedans en fin decompte.Mais cette rflexion sur le dehors deleuzien, nous lavions dit, est aussi une autre faondinterroger le statut du prescriptif chez lui : on pourrait dire que Deleuze accepteimplicitement et explicitement un prescriptif unique et pour lui suffisant, qui serait Bouge ! . Cette injonction serait la seule juste et la seule irrprochable, parce quellenexcderait pas sur le principe dimmanence, nen appellerait pas un supplmentimpossible son gard, et se confondrait dans chaque cas avec le geste, linvention revenant duchaos pour dbouter lopinion.Reste lobjection et la difficult : un prescriptif, comme tel, trahit limmanence. Il demandecertains mondes possibles plutt que dautres, il oblige donc se tenir dans la suspensiongnrale de ltre, denvisager sa variation suivant une dimension introuvable qui est ladimension daccueil des mondes parallles. Cette dimension au-moins est par dfinition

    14 |

    2. Cf. Pierre Zaoui, Espace et exprience, thse de doctorat de lUniversit Paris X, juillet 2000.

    RD 59 intrieur 4/01/08 14:47 Page 14

    Doc

    umen

    t tl

    cha

    rg

    depu

    is ww

    w.ca

    irn.in

    fo -

    - -

    190

    .194

    .182

    .102

    - 28

    /04/

    2013

    14h

    08.

    Col

    lge

    inte

    rnat

    iona

    l de

    Philo

    soph

    ie

    Docum

    ent tlcharg depuis www.cairn.info - - - 190.194.182.102 - 28/04/2013 14h08. Collge international de Philosophie

  • CORPUS

    orthogonale toute dimension de monde. Donc la fameuse orthogonalit, que Deleuzeidentifie fort justement comme attache toute conception de transcendance, et quil tentede conjurer en nous maintenant et se maintenant la surface du plan , est dj l avec lamoindre prescription, du moins selon lanalyse que nous avons propose. Bien sr Deleuzerefuserait cette notion du possible, laquelle il opposerait plutt une pense bergsonienne duvirtuel comme inclus dans le rel. Mais le virtuel despce bergsonienne, comme version dupossible, justifie-t-il la prescription ? Quel sens y a-t-il enjoindre ce qui est dj l ? ajouter la pression du virtuel une dclaration de son avoir saccomplir ? Et, aprs tout, Deleuzelui-mme souhaite ne pas se priver de la notion de monde possible, il lvoque.La dernire station de ce dbat consistera pour moi rapporter en substance dans quelstermes je rintroduisais le prescriptif et sa fonction dans une optique deleuzienne, dans monessai clandestin dil y a trente ans.

    Lignes de fuite et particules dontiquesDans ce texte, du moins tel en est mon souvenir, jessayais de comprendre les sries ou lignesde fuite deleuziennes la fois en rapport avec un lment diffrentiel selon la terminologiedeleuzienne et en rapport avec ce que jappelais une particule dontique. Je suivaislenseignement deleuzien en posant en amont de toute fuite srielle, de toute ex-plication desrie, une sorte de germe manquant son identit, pur jet de diffrence non assigne. Je marchaisencore dans ses pas en proposant de nommer gnriquement dx, en mmoire de Leibniz et enrevenant lexprience de pense infinitsimale des origines, cet cart externe relativementaux chelles mmes auxquelles il sadresse. Chaque fuite srielle devait donc tre envisagecomme commande par un tel jet de diffrence libre, et comme dveloppant en lexplication deses termes limpulsion donne par ce jet. Impulsion qui, chez Deleuze, doit aussi tre identifieavec linstance de la question, prcipitant linter-diffrentiation de singularits qui sappelleproblme.Mais ce discours, dans son ensemble, me semblait aussi vouloir dire que lexpansion depuissance et de geste qui amenait les sries tait le suivi dune prescription : que llmentdiffrentiel, le dx, prenait la valeur dune commande, sgalait une particule dontique . Jeposais donc, dans une volont de compltion de la description, que les lancer par lesquelsne cessaient de repasser les dploiements constituant le mouvement complexe ne pouvaientpas seulement tre penss de manire intra-ontologique comme jets de diffrence libre, mais

    | 15

    RD 59 intrieur 4/01/08 14:47 Page 15

    Doc

    umen

    t tl

    cha

    rg

    depu

    is ww

    w.ca

    irn.in

    fo -

    - -

    190

    .194

    .182

    .102

    - 28

    /04/

    2013

    14h

    08.

    Col

    lge

    inte

    rnat

    iona

    l de

    Philo

    soph

    ie

    Docum

    ent tlcharg depuis www.cairn.info - - - 190.194.182.102 - 28/04/2013 14h08. Collge international de Philosophie

  • JEAN-MICHEL SALANSKIS

    se transposaient toujours, de laveu mme de lexposition deleuzienne, en une prescription depoursuivre de faon non quelconque, seule capable de garantir leffectivit de lagencement, de lamise en uvre de lignes de monde : en vertu de lorientation empiriste qui est aussi celledu discours de Deleuze, une ligne de fuite est forcment dabord une ligne de monde. Et, dansla perspective que je ne pouvais refouler, qui simposait moi, une ligne de monde estforcment une ligne dobservance, elle tmoigne de la persistance de la praxis dans une figurequelle vit comme prescrite.Si lon accepte une telle reformulation, une telle addition dcalante, alors il faut envisagerautrement ce que Deleuze appelle dans Rhizome le principe de rupture a-signifiante. Ce dernier,on le sait, caractrise la modalit non convergente, htrogne, du jeu mutuel des sries,dterminant le destin aventureux de chaque srie. Chaque ligne de fuite du mouvementcomplexe, pour Deleuze, est comme aspire par une divergence, elle ne se relance que dans etpar un passage vers une autre srie, une autre ligne, qui est un passage de rupture. Cetterupture doit tre conue comme a-signifiante parce quil nest pas question que la nouvellefuite srielle soit comprise en une formule de sens qui lui prsiderait, qui la pr-inclurait danslancienne fuite srielle et nierait la divergence, le bond incommensurable. Mme lorsque deuxfuites srielles sapparient, saccouplent, mme lorsque le contact entre deux lignes de fuite estun contact de rsonance, il relve encore de la rupture a-signifiante en ceci quil est volutiona-parallle : cest--dire si je comprends bien une double propagation srielle dans laquellechaque nouveau terme dune srie joue par son mouvement de position sur les termes delautre srie, mais sans pour autant sidentifier la raison de celle-ci, la comprendre ou la reprendre , sans se laisser contaminer ou affecter de quelque manire par son sens.Dans la reconstruction que je tentais, les ruptures de Deleuze ne pouvaient consister quenle change de la particule dontique dictant son obstination et son effectivit la srie.Je postulais donc des processus de capture et de conversion dontiques : une particuledontique tait susceptible, dans la confrontation ltranget porte par le champ descommandements externes, de se convertir en une autre demande, de requrir et prescriredsormais autrement ; ou bien deux particules dontiques associes aux fuites de deux sriespouvaient saffecter lune lautre, et enjoindre des volutions distinctes et en un certain sensmutuellement indiffrentes mme si les gestes lmentaires de propagation de lune et delautre rsultaient de laltration mutuelle des deux particules dontiques, et passaient les unspar les autres. Les ruptures a-signifiantes de Deleuze devenaient, de la sorte, des modulations

    16 |

    RD 59 intrieur 4/01/08 14:47 Page 16

    Doc

    umen

    t tl

    cha

    rg

    depu

    is ww

    w.ca

    irn.in

    fo -

    - -

    190

    .194

    .182

    .102

    - 28

    /04/

    2013

    14h

    08.

    Col

    lge

    inte

    rnat

    iona

    l de

    Philo

    soph

    ie

    Docum

    ent tlcharg depuis www.cairn.info - - - 190.194.182.102 - 28/04/2013 14h08. Collge international de Philosophie

  • CORPUS

    historiques de la loi en milieu ouvert, ou des entrelacements de lois et dobservances, dans lemme mouvement. Au vu de la philosophie du sens qui est aujourdhui la mienne, je diraisvolontiers que mon opration dalors revenait dpeindre les ruptures a-signifiantes commedes nuds de sur-signifiance au contraire : des moments en lesquels le sens saiguise et noussollicite partir de sa ressource thique, retentissant pour ne pas laisser le mouvement sersoudre ltre.Cette lecture tait abusive, comment en douter ? Elle ntait sans doute pas viable non plus, nimme le point de dpart possible pour une pense diffrente (parce que trop dpendante dece quelle cherchait inflchir). Je la propose comme expression interne et affectueuse de la difficult que cet article tudie.

    pilogueLaversion de Deleuze lendroit de toute pense de la transcendance garde quelque chose demystrieux. On peut, certes, la recevoir comme simplement lie un contexte de laphilosophie franaise, fortement marqu par quelques paramtres historiques : lanti-religiosit (remontant aux postures des radsoc ), lanti-idalisme et le matrialisme(soriginant dans le rejet du kantisme et du spiritualisme universitaire du dbut du sicle parune gnration ayant rencontr le marxisme). Un immanentisme rvolutionnaire simposesans doute comme la pense promouvoir dans un tel contexte. Mais il y a quelque chose deplus fort et de spcifique chez Deleuze dans ce rejet, un extrmisme que lon ne retrouve pas,il me semble, chez ses compres (Foucault, Derrida, Lyotard).Je ressens un rapport entre lintensit de cette aversion et le fait que la philosophie de Deleuzese soit engage dans le slogan, de faon parodique lorsque la chose est explicite dans Rhizome,mais de faon implicite dans les flamboyantes expositions de dichotomie donnant lieu auparcours-type voqu plus haut. Bien que dsavouant tout usage philosophique de latranscendance, Deleuze conoit la philosophie comme ressaisie mtaphysique de ltre, etcomme alchimie mtaphysique dun devenir. En sorte quil ne peut pas ne pas en appeler une conversion mtaphysique : comme lappel quil lance ne saurait se retirer derrire unetranscendance que sa pense aurait fait parler, il se dpose dans la brutalit ordinaire duslogan.Mon ancienne lecture tait une tentative de renouer les fils de la transcendance et ducommandement, la faveur dun examen interne de la grande pense deleuzienne de

    | 17

    RD 59 intrieur 4/01/08 14:47 Page 17

    Doc

    umen

    t tl

    cha

    rg

    depu

    is ww

    w.ca

    irn.in

    fo -

    - -

    190

    .194

    .182

    .102

    - 28

    /04/

    2013

    14h

    08.

    Col

    lge

    inte

    rnat

    iona

    l de

    Philo

    soph

    ie

    Docum

    ent tlcharg depuis www.cairn.info - - - 190.194.182.102 - 28/04/2013 14h08. Collge international de Philosophie

  • JEAN-MICHEL SALANSKIS

    louverture complexe, de rconcilier llan mtaphysique de celle-ci avec ces plesdaversion. Mais la question la plus importante, que ni cet ancien travail ni le prsent article nersolvent, est de comprendre le rapport entre, dun ct, cette souffrance de latranscendance qui affecte la pense de Deleuze et, de lautre, sa faon dtre souveraine, denous illuminer de joie intellectuelle : quand, ainsi, en quelques mots dans Quest-ce que laphilosophie ?, il raconte Descartes, ou encore quand, dans le mme livre, il labore lide de lascience en opposition avec la philosophie comme ralentissement, coupure par les plans derfrence, introduction dobservateurs partiels plutt que de personnages conceptuels (etmme si lon nest pas daccord), ces deux exemples tant pris parmi tant dautres. Parfois,souvent, le discours de Deleuze semble une pure expression damour de la pense.Y a-t-il unrapport avec lagonistique dpeinte dans cet article, celle-ci est-elle la condition de haine de cet amour, ou bien les deux aspects sont-ils trangers ?

    18 |

    RD 59 intrieur 4/01/08 14:47 Page 18

    Doc

    umen

    t tl

    cha

    rg

    depu

    is ww

    w.ca

    irn.in

    fo -

    - -

    190

    .194

    .182

    .102

    - 28

    /04/

    2013

    14h

    08.

    Col

    lge

    inte

    rnat

    iona

    l de

    Philo

    soph

    ie

    Docum

    ent tlcharg depuis www.cairn.info - - - 190.194.182.102 - 28/04/2013 14h08. Collge international de Philosophie

Recommended

View more >