Salanskis - Deleuze, La Transcendance Et Le Slogan

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    13-Jul-2016

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<ul><li><p> DELEUZE, LA TRANSCENDANCE ET LE SLOGAN </p><p>Jean-Michel Salanskis </p><p>Collge international de Philosophie | Rue Descartes </p><p>2008/1 - n 59pages 8 18</p><p>ISSN 1144-0821</p><p>Article disponible en ligne l'adresse:--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------</p><p>http://www.cairn.info/revue-rue-descartes-2008-1-page-8.htm--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------</p><p>Pour citer cet article :--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------</p><p>Salanskis Jean-Michel, Deleuze, la transcendance et le slogan , Rue Descartes, 2008/1 n 59, p. 8-18. DOI : 10.3917/rdes.059.0008--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------</p><p>Distribution lectronique Cairn.info pour Collge international de Philosophie. Collge international de Philosophie. Tous droits rservs pour tous pays.</p><p>La reproduction ou reprsentation de cet article, notamment par photocopie, n'est autorise que dans les limites desconditions gnrales d'utilisation du site ou, le cas chant, des conditions gnrales de la licence souscrite par votretablissement. Toute autre reproduction ou reprsentation, en tout ou partie, sous quelque forme et de quelque manire quece soit, est interdite sauf accord pralable et crit de l'diteur, en dehors des cas prvus par la lgislation en vigueur enFrance. Il est prcis que son stockage dans une base de donnes est galement interdit. </p><p> 1 / 1</p><p>Doc</p><p>umen</p><p>t tl</p><p>cha</p><p>rg </p><p>depu</p><p>is ww</p><p>w.ca</p><p>irn.in</p><p>fo - </p><p> - -</p><p> 190</p><p>.194</p><p>.182</p><p>.102</p><p> - 28</p><p>/04/</p><p>2013</p><p> 14h</p><p>08. </p><p> Col</p><p>lge</p><p> inte</p><p>rnat</p><p>iona</p><p>l de </p><p>Philo</p><p>soph</p><p>ie </p><p>Docum</p><p>ent tlcharg depuis www.cairn.info - - - 190.194.182.102 - 28/04/2013 14h08. Collge international de Philosophie </p></li><li><p>JEAN-MICHELSALANSKISDeleuze, la transcendanceet le sloganDeleuze est aujourdhui revenu comme objet lhistoire de la philosophie la franaise, dontil se fit dabord connatre comme un orfvre, on le sait. Simultanment, sa manire philoso-phique est toujours prsente : un nombre significatif de jeunes philosophes entrent dans la carrire de prtendant la parole philosophique par un essai deleuzien. Ces deuxtendances du moment se croisent et se composent dans les diverses thses rattachables Deleuze que nous accueillons ces dernires annes, dans lespace universitaire. Thses quiprouvent lexemplarit maintenue dune pense, dun chemin, dun geste. Telle seraitlactualit.Les choses ont-elles vraiment chang, dailleurs ? Le premier crit de lordre du livre, jamaispubli, que josai pour ma part revendiquer en tant que philosophique, tait une reprise dcale en mode mathmaticien du petit livre Rhizome de Deleuze, rdige dans la foule demes 25 ans, juste aprs lblouissement ressenti la lecture de Diffrence et rptition : je nesaurai ici parler comme quelquun dtranger lenthousiasme deleuzien.</p><p>HumeurPourtant, cest surtout depuis une distance que je voudrais ici discuter brivement sa pense.Distance voire incomprhension qui, je crois, mhabitaient dj, bien que sous une autreforme, lpoque de ma plus grande allgeance. cette poque, je mattachais plutt contourner la difficult en interprtant les ides de Deleuze en telle sorte quelles serapprochent de ce quil me fallait , si peu ou si mal que je sache le dfinir.</p><p>8 |</p><p>RD 59 intrieur 4/01/08 14:47 Page 8</p><p>Doc</p><p>umen</p><p>t tl</p><p>cha</p><p>rg </p><p>depu</p><p>is ww</p><p>w.ca</p><p>irn.in</p><p>fo - </p><p> - -</p><p> 190</p><p>.194</p><p>.182</p><p>.102</p><p> - 28</p><p>/04/</p><p>2013</p><p> 14h</p><p>08. </p><p> Col</p><p>lge</p><p> inte</p><p>rnat</p><p>iona</p><p>l de </p><p>Philo</p><p>soph</p><p>ie </p><p>Docum</p><p>ent tlcharg depuis www.cairn.info - - - 190.194.182.102 - 28/04/2013 14h08. Collge international de Philosophie </p></li><li><p>CORPUS</p><p>De quoi sagit-il, dans ce que je suis en train de mettre en scne avec embarras comme marticence ? Je pourrais dire, en toute simplicit : de la transcendance.Lorsquon revisite les crits de Deleuze, la virulence de son rejet de la transcendance sauteaux yeux. Dun ct, elle prend toutes les formes dune exaspration type : Deleuze entend dans la transcendance la fois la religion, la hirarchie et la rpression. Par exempleil raffirme, dans Quest-ce que la philosophie ?, ltranget principielle de laventure philoso-phique des concepts et de llaboration religieuse des figures : une attitude amorce dans lereligieux narrive au philosophique qu condition de rompre avec le religieux, dit-il. Parexemple, il dpeint la psychanalyse, rapportant lexprience psychique larborescencedipienne, qui comme telle reconstitue de la transcendance, comme rpression du fairerhizome . Par exemple, il galise les autoritarismes historiques des rigidificationsarborescentes qui seraient, cette fois, laccomplissement politique de la transcendance. Cequil crit parat, un premier niveau de lecture au moins, absolument sans modalisation ourecul dans lassertion. De plus, il le dit avec lhumeur familire qui sassocie ce genredides : certains gards, Deleuze ne parle pas autrement quun gauchiste convaincu dans cespassages, et cette faon pour sa parole si singulire, si souveraine et exceptionnelle parailleurs, de suivre un tempo alors commun ajoute de la virulence, atteste une sorte deviolence qui fait partie de lassertion.</p><p>Transcendance et immanenceBien entendu, laffaire de la transcendance est aussi traite par Deleuze au niveau mme delexplicitation la plus interne et la plus essentielle de sa philosophie, qui se trouve enloccurrence tre immdiatement une philosophie de la philosophie. Pour lui, en substance,philosopher consiste affronter le chaos en inventant des concepts, et en instituant suivant lesconnexions des concepts un plan dimmanence. Les concepts sont des thmatisationsinfiniment rapides de variations insparables (cest bien par o la saisie conceptuelle requiertla plonge dans le chaos), toute leur pertinence rside dans les dynamiques associes de leurramification propre et de leurs valences conjonctives. Le plan dimmanence est le jeu de tellesdynamiques. On ne saurait jamais tre assur quil se tienne dans les limites dun concept, decelui qui est en cause, ni mme dun plan, de celui qui se tisse autour du concept et avec lui :les plans eux-mmes se pluralisent sur fond dun plan absolu, figure du dehors correspondantau chaos dans sa capture philosophique.</p><p>| 9</p><p>RD 59 intrieur 4/01/08 14:47 Page 9</p><p>Doc</p><p>umen</p><p>t tl</p><p>cha</p><p>rg </p><p>depu</p><p>is ww</p><p>w.ca</p><p>irn.in</p><p>fo - </p><p> - -</p><p> 190</p><p>.194</p><p>.182</p><p>.102</p><p> - 28</p><p>/04/</p><p>2013</p><p> 14h</p><p>08. </p><p> Col</p><p>lge</p><p> inte</p><p>rnat</p><p>iona</p><p>l de </p><p>Philo</p><p>soph</p><p>ie </p><p>Docum</p><p>ent tlcharg depuis www.cairn.info - - - 190.194.182.102 - 28/04/2013 14h08. Collge international de Philosophie </p></li><li><p>JEAN-MICHEL SALANSKIS</p><p>En dautres termes, ce serait de manire tautologique que la philosophie se meut danslimmanence, par dfinition du concept et en vertu de lhabitus immanent au jeu conceptuel :il ny aurait pas une alternative philosophique entre transcendance et immanence, toutephilosophie serait de soi conqute dune immanence. Imagine-t-on dobjecter qu il y a ,selon notre mmoire, maintes assertions de transcendance dans les philosophies lgues ? Ladifficult est prvue par la pense de Deleuze, qui reconnat la tendance, irrpressible, detoute entreprise philosophique supplmenter dun datif limmanence, dsignant ce quoilimmanence est immanente : le terme mis au datif se retrouve par force en position detranscendance, que ce soit Dieu ou le sujet, pour prendre les exemples les plus faciles. Donc ilest peut-tre vrai que les philosophies signes dans lhistoire tmoignent dune hsitationentre limmanence et la transcendance, comme sil y avait l les termes dune alternative et lespoints de focalisation dun dbat. Mais en profondeur le dbat est plutt symptomatique de laretombe sans doute consubstantielle au philosopher : ce nest pas tant la philosophie qui laissese nouer en elle sa discussion, cest plutt leffort dimmanence qui nen finit pas de buter surson sdiment ou sa dchance interne, la transcendance.Ce parcours de la pense de Deleuze est assez connu, je crois, je voudrais simplement ensouligner deux aspects qui me paraissent caractristiques :1) Dun ct, le dernier mot relativisant qui reconnat linexorabilit du moment datif, dela rintroduction de formes ou notions de transcendance dans tout immanentisme, nentameen fait nullement la puissance axiologique de la mise en perspective dorigine. Quoi quil ensoit dune telle concession, qui nous permettra, en effet, de lire avec sagesse et probitbienveillante des auteurs qui paraissent ne pas se soucier dimmanence, voire accueillirdemble des sens de transcendance, la vision de la philosophie comme conqute de plansdimmanence et invention de concepts a t impose, et une valuation faisant, ce titre, deSpinoza le prince des philosophes a t produite. Nous avons reconnatre que, dans latexture des philosophies effectives, transcendance et immanence interviennent comme desmoments, mais nous navons rien perdu de ce qui rattache lune la bonne incandescence dela pense philosophique, et lautre son essoufflement ou son dvoiement.2) De lautre ct, il ne saurait tre question, dans un tel expos, denvisager des justifications lestimation diffrentielle de limmanence et de la transcendance. La philosophie est unmouvement pour et par limmanence ; son mode fondamental, celui du concept, estoriginairement inscrit dans un tel mouvement, et un tel faisceau de constats suffit une fois</p><p>10 |</p><p>RD 59 intrieur 4/01/08 14:47 Page 10</p><p>Doc</p><p>umen</p><p>t tl</p><p>cha</p><p>rg </p><p>depu</p><p>is ww</p><p>w.ca</p><p>irn.in</p><p>fo - </p><p> - -</p><p> 190</p><p>.194</p><p>.182</p><p>.102</p><p> - 28</p><p>/04/</p><p>2013</p><p> 14h</p><p>08. </p><p> Col</p><p>lge</p><p> inte</p><p>rnat</p><p>iona</p><p>l de </p><p>Philo</p><p>soph</p><p>ie </p><p>Docum</p><p>ent tlcharg depuis www.cairn.info - - - 190.194.182.102 - 28/04/2013 14h08. Collge international de Philosophie </p></li><li><p>CORPUS</p><p>pour toutes la justification. Cest assez de participer suffisamment du mouvement pourentendre quil est celui de limmanence, et pour se dtourner de la transcendance, ne plus sesoucier delle que dans la mesure o on la reconnat comme la forme typique de lchec. Unlment envelopp dans la conception deleuzienne est que construire un plan dimmanence,cest le prner de manire irrsistible : limmanence nest-elle pas par excellence ce dontlexposition enrle, ce qui, comme mouvement, efface la distinction entre dcrire et tredun ct, dcrire et justifier de lautre, dcrire et prescrire enfin ?</p><p>Prescription et sloganCest de cela que je voudrais au fond surtout parler : du rapport que peut entretenir une tellepense avec la prescription. La difficult est principalement la suivante : ds lors que latranscendance est associe au commandement et la rpression, une tentation vidente de laphilosophie immanentiste est de dsavouer (sans mme avoir le dire, depuis le fait mme delimmanence quelle agit et quelle est) toute prescription, toute nonciation qui sempareanticipativement des comportements.Toute prescription, sera-t-on port juger, est commelesquisse dune verticalit dans le monde commun, du rassemblement des comportements etdes choses sous une transcendance qui systmatise une telle verticalit.Mais la philosophie deleuzienne est-elle dans labstention lgard de la prescription ? cela, deux rponses.Dun ct, celle qui tait dj contenue dans la remarque 1) ci-dessus. On y faisait tat, surlexemple du rapport entre immanence et transcendance dans les philosophies, dun scnarioconstant de lexposition deleuzienne. Ramen une forme symbolique, ce scnario est lesuivant : produire une distinction entre A et B, dans un langage tel que tout lexcitant, leprestigieux, lmancipatoire, va du ct de A, et tout le born, lemprisonn, lautoritaire,lennuyeux, le sot, va du ct de B ; puis expliquer que la dichotomie qui galise A au bien etB au mal est trop simple, que laffirmer serait encore sacrifier A, que dans les faits bien sr Aet B sont toujours inextricablement mls dans lexprience, que A engendre son B et que Bengendre son A, et que cest chacun de poursuivre A en faisant fond sur B juste assez pourviter les pires. Nous avons peu prs ce discours propos de transcendance et immanencedans Quest-ce que la philosophie ?, propos de rhizome et arborescence dans Rhizome, proposdes agencements nomades schizo et de la vie organique police de LAnti-dipe Commentse faire un corps sans organe ? , propos de machine de guerre et appareil dtat dans Mille</p><p>| 11</p><p>RD 59 intrieur 4/01/08 14:47 Page 11</p><p>Doc</p><p>umen</p><p>t tl</p><p>cha</p><p>rg </p><p>depu</p><p>is ww</p><p>w.ca</p><p>irn.in</p><p>fo - </p><p> - -</p><p> 190</p><p>.194</p><p>.182</p><p>.102</p><p> - 28</p><p>/04/</p><p>2013</p><p> 14h</p><p>08. </p><p> Col</p><p>lge</p><p> inte</p><p>rnat</p><p>iona</p><p>l de </p><p>Philo</p><p>soph</p><p>ie </p><p>Docum</p><p>ent tlcharg depuis www.cairn.info - - - 190.194.182.102 - 28/04/2013 14h08. Collge international de Philosophie </p></li><li><p>JEAN-MICHEL SALANSKIS</p><p>plateaux, etc. Je ne vois pas le moyen de nier que ce scnario, envisag sur le plan pragmatique,fonctionne tout de mme en fin de compte comme la prescription de A. Les diverscorrectifs labors dans la seconde phase du scnario (qui, en fait, ne reviennent gure dans leprincipe sur la valorisation de A relativement B), nont jamais la force suffisante poursuspendre le prne implicite de A : la manire dont A et B ont t camps reste le message leplus fort, ce par quoi lon a t surtout instruit, et ce dont drive toute option pratiquepossible. Deleuze a donc mis au point, en quelque sorte, dans ce parcours-type, sa faon deprescrire.Autre rponse : Deleuze ne ddaigne pas, ventuellement, le pur et simple slogan. De cela,lexemple nous est donn par la coda de Rhizome, que je reproduis ici : crire n, n-1, crire par slogans : Faites rhizome et pas racine, ne plantez jamais ! Ne semezpas, piquez ! Ne soyez pas un ni multiple, soyez des multiplicits ! Faites la ligne et jamais lepoint ! La vitesse transforme le point en ligne ! Soyez rapide, mme sur place ! Ligne dechance, ligne de hanche, ligne de fuite. Ne suscitez pas un Gnral en vous ! Faites des cartes,et pas des photos ni des dessins ! Soyez la Panthre rose, et que vos amours soient comme lagupe et lorchide, le chat et le babouin 1. La liste est bien prsente comme une liste de slogans. Impossible, bien entendu, de ngligerlambiance ironique et joueuse. Lintention de lauteur est au moins autant dimposer lajubilation heureuse et lgre de la pense que de srieusement faire passer les slogans. Enmme temps, les slogans numrs correspondent vraiment aux diffrents points quelopuscule a abords. Les prescriptions incorpores par chaque slogan sont en effet celles quirecommandent, chaque fois, le A de la distinction invente par Deleuze contre le B.Observons encore le glissement de linfinitif limpratif, pour marquer la diffrence entreles mta-slogans crire n, n-1, crire par slogans et les slogans effectifs introduits pareux, qui sont limpratif bon teint.La question est, bien sr : quest-ce qui distingue ces faons de prescrire du jeu detranscendance ? Que le tour de la distinction puissamment dissymtrique corrige opre toutseul, ou quil soit ponctu par un lchage parodique de slogans, quest-ce qui rend de tellesprocdures meilleures que celle du commandement attach lidalit, seffaant derrireelle autant quil en est lintervention et le hors-tre mme ?Sans...</p></li></ul>

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