testament 9 hiver 2012

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    11-Mar-2016

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Emmanuel Rastouil, Katsuji Makura, Jacques Sicard, Ivan Dmitrieff, Paul Antoine Pz, Franck Mullor, Emmanuelle Malaterre, Strofka, M, Yannis Sanchez, Daniel Darc, Lilas Kwine, Marie Hlne Musset, Herv Pizon

Transcript

  • LILAS KWIARIE-LINE MUSSET /

  • Sommaire dito 06 / EMMANUEL RASTOUIL Le pome de l'homme 2/3 16 / KATSUJI MAKURA Entre deux rails

    18 / JACQUES SICARD Faust & Holly Motors 22 / IVAN DMITRIEFF Verre(s) Photographies 34 / PAUL ANTOINE Pz Bagaud... 38 / FRANCK MULLOR Hakus... 44 / IVAN DMITRIEFF La fve 48 / EMMANUELLE MALATERRE L'origine du monde 50 / STROFKA 64 / M Pour le cireur inconnu - Carnet de voyage 74 / YANNIS SANCHEZ Chant d'un illumin... 76 / DANIEL DARC Entrevue 80 / LILAS KWINE Entre les heures... 82 / MARIE-LINE MUSSET Joyeux Nol 92 / HERV PIZON Rendez-vous... 97 / Anciens numros 98 / Abonnements Testament 9 (hiver 2012) est dit par : http://parolesdauteurs.over-blog.com l'association Paroles d'Auteurs - Sige social - Les Orangers A- rue Van Gogh 83130 La Garde Le testament revue vocation potique est sur Facebook Rdaction Emmanuel Rastouil contact : letestament@bbox.fr Concept graphique et Mise en page Emmanuel Rastouil Relectures Emmanuelle Malaterre Impression Repro Systemes 83 - 155 rue gnral Audoud 83000 Toulon

    Il a t tir 100 exemplaires de cette revue numrots de 1 100

    En couverture, testament bouge uvre originale papiers dchirs et lettres d'Emmanuelle MALATERRE

    Supplment au testament 9 , 100 cartes curs papiers

    dchirs Emmanuelle MALATERRE.

    ISSN 2112-4469

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  • dito O sont les potes? Qui les connait? Renseignez-moi, s'il vous plat. Qui les a vus fendre la foule compacte et rsigne pour se placer sur le ct et regarder ailleurs? Qui les entend clamer leur fureur de vivre, leur amour renouvel et leur besoin de rve? O se cachent-ils? Sur Facebook? A la tlvision? Renseignez-moi, c'est important. J'ai peur qu'ils n'aient t submerg par un tsunami, engloutis dans une tempte ou une quelconque fin du monde, et abandonn le monde son propre sort, insensible, funeste... En attendant, Le testament 9 vous convie une parenthse potique toute hivernale (chaud dans les curs!) avec la douceur des hakus de Katsuji Makura et Franck Mullor, le carnet de voyage de M, Les miroirs de Strofka, les bords de mer de Paul Antoine Pz, les illuminations de Yannis Sanchez, la mlancolie de Lilas Kwine, les chansons d'Herv Pizon, une Darcentrevue d'un des derniers chanteur-hros de sa gnration, les verre(s) embus d'Ivan Dmitrieff, un collage papier d'Emmanuelle Malaterre longtemps tenu secret, l'autre frie de nol de Marie-Line Musset et la prose cinmatographique de Jacques Sicard! O sont les potes? Si vous en avez la moindre ide, laissez-donc un message sur letestament@bbox.fr , nous serions combls d'apprendre que nous ne sommes pas seuls. Emmanuel RASTOUIL.

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  • EMMANUEL RASTOUIL

    DANS LA COLLINE Allons, mon bel amour, marcher dans la colline,

    Sous le soleil brlant qui plombe les vallons.

    Nous pourrons nous aimer ou jouer au ballon

    Sous lombre dun grand chne la verdeur divine.

    Le cur de la nature est comme lorigine, Un crin pur et vrai pour ce que nous voulons :

    Lpanouissement ! Privs des violons, Cest par nos chants unis que lamour sachemine.

    Mettons premirement le Seigneur entre nous

    Pour nous garder du mal, de la peur et des fous

    Et guider nos efforts, nos rves malhabiles !

    Mais la fille sennuie, prend son air malheureux Lui, voit dans son regard des sentiments hostiles

    Qui viendront tt ou tard semer le doute entre eux.

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  • LE SOIR Quand le soleil expire un dernier souffle au jour,

    Que le bleu vire au brun, tandis quune msange Siffle un retour au nid pour son mle en vendange,

    Je sens poindre en mon cur lespoir de ton retour.

    Quand le doux soir mtreint, je comprends notre amour : Cest un chant de dpit port dune voix dange Cherchant mattirer dans une danse trange Que seule ta prsence attnue alentour.

    Je ne sais si je dois prendre plaisir au trouble

    Qui renat chaque jour quand la crainte redouble Comment ne pas cder la tentation ?

    Quand je suis prs de toi, jai trop peur de comprendre Quon ne peut vivre avec la seule passion ! Si le destin te prend, je ne peux te dfendre

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  • EMMANUEL RASTOUIL

    LES AMES SURS Lamour nous a lis comme deux mes surs Prtes surmonter le meilleur et le pire

    (Pour nos esprits nafs, le rve peut suffire

    A combler nos futurs de milliers de douceurs).

    Mais ctait sans compter sur tous les agresseurs Qui rodent alentour dans le but de dtruire

    La flamme de lamour ds lors quelle respire ! Beaucoup de bons amis se changent en censeurs

    Faut-il fermer les yeux pour rester dans la ronde ?

    Que seraient nos bats sans lemprise du monde ? Quel prix doit-on payer pour tre aim des siens ?

    Le garon dchanta, saisi par lvidence : Lexistence est offerte au chant des musiciens Si lhomme est absorb dans la fivreuse danse.

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  • LIDEAL Comment puis-je approcher de mon rve idal

    Sil nest pas garanti par la faveur divine ? Car si je cherche en moi, sans dtours, je devine

    Un attrait partag pour le bien et le mal.

    Laisserai-je chapper un langage immoral,

    Lappel matrialiste au bord de la piscine ? Chercherai-je, insistant, au fond dun magazine De quoi nourrir mes buts, mon bonheur capital ?

    Puis-je planter un arbre au bord de ce systme,

    Esprer voir grandir ses branches sans problme

    Et nier le chaos qui sourd dans mon quartier ?

    Car ce schma de vie aveuglant, phmre,

    Ne minspire au final que dgot et piti. Chaque jour me rsout tuer la chimre.

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  • EMMANUEL RASTOUIL

    REALITE On meuble sa maison comme on meuble sa tombe :

    Les rideaux, la Hi-Fi pour le plus grand confort,

    Un repas sur le pouce, viter tout effort

    Et voir la tl la terre qui succombe.

    Je nai jamais voulu dune telle hcatombe, Je pensais tre heureux, gris, dans un dcor

    Qui me mine aujourdhui, par crainte de la mort... , mon cur est dfait, tant dangoisse le plombe !

    Cest l quest le dilemme, en mon fort intrieur, Mon dsir goste uvre comme un pilleur Et, face la raison, les deux livrent bataille !

    Donc, trs honntement, je devrais accepter

    Le tumulte du monde et son cri qui massaille Sans que le matriel ne vienne contenter

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  • NE SOYEZ PAS HEUREUX ! Ne soyez pas heureux ! Et ne soyez pas tristes !

    Si vous voyez le monde et son flot de malheurs Les assassins, truands, gostes voleurs,

    Comptent leurs derniers jours, leurs rves hdonistes !

    Ne soyez pas heureux ! Ni mme fatalistes !

    Si lon ne chrit plus les morales valeurs, Quand la tl rpand quantit de douleurs,

    Ne les partagez pas, elles sont pessimistes !

    Personne ne viendra pour juger la fin ?

    Sera-t-on libr de tous nos jougs, enfin ?

    Et peut-on prendre part la dliquescence ?

    Que lon me mette mort si je deviens oisif ! Car je ne veux goutter aucune jouissance

    Qui me dtournerait de mon but exclusif !

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  • EMMANUEL RASTOUIL

    SOLITUDE Javoue tre attir par une solitude Qui viendrait comme un feu rchauffer mon tourment,

    Partager en ami ce triste isolement,

    Affronter avec moi lennui dun hiver rude.

    Pourtant, le dsespoir peut troubler la quitude

    Que javais pris pour joie, au moins pour un moment ; Lorsque je me sens seul, je demande comment

    Transformer en bonheur la vile servitude.

    , je sais qutre seul excite le dsir Dun goste lan, poursuivant le plaisir Que lon ne peut combler avec celle quon aime.

    Pourtant, que cherches-tu ? Quel est cet idal

    Qui te fera savoir ton intrt suprme ?

    Tu relves la tte esprant un signal

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  • LINFINI

    Lhomme se tient debout sur un puissant rocher, Contemplant lhorizon que la mer bleue aligne. Le vent souffle en rafale ondulant lhumble ligne Qui miroite au soleil sa peau comme un bcher.

    Ce quil voit le rassure et loblige chercher Partout le Crateur. Son uvre le dsigne : Force, Justice, Amour en sont chacun le signe

    Passant l sous ses yeux, quil sent et peut toucher !

    Cest quil lui fut offert ce sentiment de grce, Pour mieux le dcouvrir et le suivre la trace

    Vers ce bel horizon comme un bout dinfini.

    Au-del de sa mort et de son bref passage,

    Dans un grand livre ouvert son nom reste bni.

    Sous un ciel large et pur lhomme reprend courage.

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  • EMMANUEL RASTOUIL

    REVE DE FEU Cest une vision qui vient mon esprit, Quand londe du sommeil, lapaise et le promne. Une jeune vnus sans doute est-elle humaine ?- Se dresse devant moi, me regarde et sourit.

    Une simple dentelle orne son ventre crit

    Dune courbe parfaite. Et son regard amne Me laisse prsager de la belle Clymne,

    Docilit, douceur, par ce corps quelle offrit

    Dans ce rve perdu, jamais je ne consomme !

    Mme si cette offrande est l pour combler lhomme, Il ne mappartient pas de briser mon serment.

    Je suis comme Joseph, face cette autre femme

    Qui senfuit pour ne pas devenir son amant. Je ne veux succomber au dsir et au charme !

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  • AMOUR Si jai li ma vie la tienne jamais, Cest que je veux taimer plus fort quil est possible Et rendre cet amour aussi beau quinvincible Puisque nous ne formons quune chair dsormais.

    Ce sentiment puissant, quailleurs tu rclamais, Te semblait dfendu, trop loin, inaccessible Cette fatalit bridait ton cur sensible Et chargeait lhorizon de tours indcis, mais

    Chaque jour, je chris la douceur que tu donnes,

    Mais je crains constamment que tu ne mabandonnes Serre-moi dans tes bras, je ten prie, aime-moi !

    Mon bel enchantement, cest de te voir sourire, Une flamme mon cur qui conforte ma foi, Car nous avons, tous deux, un futur construire

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  • KATSUJI MAKURA

    ENTRE DEUX RAILS Arthur Bidegain

    Aller-

    Dans la file dattente Elles ne cessent de tomber

    Les feuilles impatientes

    charpe grise Un nuage rend perceptible

    La chaleur

    Entre deux rails Et un courant lectrique

    Ma mlancolie

    Mont Paris Lautomne a fait Un pas de plus

    Sur la tombe Quelques fleurs arranges

    Es-tu encore l ?

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  • -Retour

    lil du peintre La vigne donne un signe

    Qui ne trompe pas

    Lescargot Dans les mains de mon fils

    Quelle fragilit !

    Entre chaque pas Je trane un vide cosmique

    Et parfois trbuche

    La centrale nuclaire Aussi loin que porte le regard

    Ajoute au ciel un nuage

    Il est temps de brler Le tas de feuilles mortes

    Lessiveuse rouille

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  • JACQUES SICARD

    FAUST de ALEKSANDR SOKOUROV "Pourquoi le pouvoir est-il confi des hommes malheureux ?" demande Sokourov dans un entretien aux Cahiers du cinma. Parce que les hommes heureux n'ont pas encore ouvert les yeux, serait-on tent de lui rpondre, restant ainsi dans le mme registre de sotte pense. L'affirmation que recle la question est bien sr un contresens double d'une vilnie. En vrit, le pouvoir est destin aux bienheureux. A ceux qui croient. Pouvoir et foi sont mmes. Imagine-t-on une foi qui ne se ralise travers le pouvoir dans la mesure o en soi elle en prsente dj tous les caractres d'exclusive, d'emprise et de commandement ? Entre Sokourov et un malheureux, la diffrence tient dans un rapport diffrent la matire. Le suppos malheureux, sorte de monteur du sensible, ne considre la matire que sous l'angle de la brisure ; il devine bien avant de savoir que l'argile n'est mallable que par artifice, c'est une substance raide comme une cravache fabrique partir du pnis d'ne sch, nul n'en flchit la continuit inexorable qu'en la cassant. Cassure faite, il est loisible de se rafrachir les yeux rougis ses courants d'air ou de se faufiler entre ses bords. Rien d'autre chez cet homme sans vrai apaisement. Et comment cela se pourrait-il ? Sokourov, chrtien qui donc croit pouvoir, ne brise pas la matire mais l'agglomre. Ses images, il les compose partir d'une masse physique homogne et ductile, un bloc la plasticit biblique (cette plasticit que si complaisamment on porte son crdit) d'o il lve et anime des ombres voues la maldiction de devenir humaines en marchant, entre autres promises au relent sucr qui entoure les croyants et les matres. Des ombres comme Faust, double et frre de Sokourov et consorts. Et les crimes vers lesquels, travers les sicles, Faust s'avance, ce sont leurs crimes - pas ceux du malheureux.

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  • A propos de l'me, dclinaison du sens de la vie, que recherche tant Faust.- Si Dieu, celui-ci tant Verbe et l'homme son image, pour ce dernier l'me ne sera jamais qu'un mot. Ne le serait jamais si l'Ange dchu, le double obscur de l'entit sainte, Lucifer ou Mphistophls, ne tranait ses ailes exiles sur Terre. Hritant des proprits du sol, y ajoutant sa lumire souffle, c'est par son entremise que l'me devient non seulement visible mais relle et concrte. A travers son incarnation disgracie, n'importe qui peut saisir le cher principe spirituel comme un cur palpitant dans un cage thoracique tenue ouverte par des carteurs. Le Diable matrialise, le Diable est matrialiste. Et l'on ne peut mme pas dire qu'il le soit de faon immonde en plaant d'emble, parce que de toute ternit telle serait sa place, l'me sur l'un des plateaux de la balance de l'usurier. Nul n'ignore que le vivant est d'usage ou d'change. L'tonnant, d'abord, est que cette dsesprante vrit soit, comment dire ? Exprimentalement confirme par la messagre de la plus grande esprance lme. Ensuite, par cela mme, quelle le soit pour les sicles des sicles, sans objection possible. La mcrance du Diable nest pas marxiste. En change de son me, quelle sorte de nuit damour avec Marguerite la soyeuse Mphistophls offre-t-il au visage dtruit de Faust ? Sur un lit dalgues et de galets, tout au fond dun trou deau o lon jette les chats et les malheureux se noient, quclaire la foudre la lumire illusionniste dune exprience de mort imminente . Pour Marguerite, cette lumire a le dor mystique, le jaune solaire de Batrice chez Odilon Redon ; pour Faust, elle a la peau paisse aux pores dilats dun autoportrait de Rembrandt la lampe actylne, vert moussu. Deux poncifs. Auxquels sajoutent, redoublant celui sans joie des sexes, laccouplement des couleurs dont en ce XVIme sicle on revt les fous. Cest lerreur de lange aptre. Il oublie que Marguerite et Faust ont en tte, depuis le berceau, le dessin du labyrinthe de la cruaut. Si toute issue y est un garrot, on peut ici et l se tapir. Sil nest pas de cl glisser dans le nud de larbre de lisire les murs de buis ont des recoins o sanesthsier de baisers quivaut la libert sans foi ni loi des portes ouvertes.

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  • JACQUES SICARD

    HOLY MOTORS de LEOS CARAX Quoi qu'il en soit, tout nous parle d'intrieur ; nos existences chimriques nous appellent l'intrieur. Ma Mie, mon autre et mme jolie, accoude-toi ce balcon. Car, voici, la brune derrire ses rideaux tirs, l'intimit du soir dont la vue basse scarifie l'espace comme pte de peinture ; et la friche suspendue laisse un bouquet de jasmin de nuit s'panouir entre les fissures du bton ; et vient l'heure du chat gris aux yeux verts, lourd et doux comme un golem, en visite chez les humains. Loin de l'incommensurable punition des usines ; loin des vastes tendues de retraitement des dchets subjectifs ; loin de la multiplication de la lumire et loin de la multiplication du travail qui suivent des lignes de dveloppement parallles ; loin de l'infini gnrateur d'avenir. La premire maison : l'treinte de cur ; la seconde maison : les mots faute de tout ; la troisime maison : le plafond des images. Et c'est seulement lorsque le plafond au noir maonne la vue sur les trois-huit du ciel immense que mon il se tourne vers les demeures du Cinma.

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  • IVAN DMITRIEFF

    VERRE(S) Photographies Le verre est, comme pour notre il, pupille que le monde en son reflet traverse ; et tout ce que nous voyons est la mmoire de notre esprit, et le verre, espace mdian entre nous et notre rve par de transparences et dopacits.

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  • PAUL ANTOINE PZ

    BAGAUD On voudrait lappeler Marquise Mais Gauguin la dj prise Exquise Sapho sans fard, ngligeant son havane Une Roche touche lme, interdite aux rabanes Ses fortin-trieurs sont modestes Pour solide gardien, un puits deau de pluie Les murs couverts de fresques, graves au charbon Racontent le dessein de rares habitants Un escalier colimaon Descend au fond, vers les poissons Et levant le rideau deau, sillumine Un trange spectacle, sans le son Tir par un couple dhippocampes Un Bernard lHermite sinvite Venu des tropiques, dans un silence cosmique Un poisson clown allume, la rampe aquatique Llgante girelle stonne Au-dessus delle rsonnent, dtranges flic flouc Averti, le congre allume un cigare Goguenard, le rpte au homard qui craint le bouillon Quant au savant saran, demi-habile, il pense au puffin ! Reviendra-t-il un jour, loiseau plagique ? Sa plainte obsdante est inscrite Ah ! Les rats sclrats qui l-haut font salon et se moquent dufs Il est seul savoir, que dans une coquille de Phnix Sommeille, la naissance du soleil

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  • DE LA PLAGE DU SUD A Benot

    Du vallon de la solitude Scoulent lentement, tremps de silences Des demi-soupirs Ombres lgres qui passent et seffacent Puis sondent londe porte En plonge, Ils retiennent leur souffle ! blouis par des eaux lucides Envots par le tempo dalgues alanguies Dont la sensuelle libert Exhale une odeur divagante Au fond dune mer matines ou rien ne dnote Une clairire de sable clair O, solo, un carrelet tapi, attend lheur Dune rencontre trouvre Capable de faire tourner son limonaire Accompagn du chapon rouge Aussi transparent que lengoulevent Un poisson lune qui na rien faire ici Sempare de linstrument Et cre dans linstant, une sorte de firmament Plante l, une grande nacre chevele Bouche be, assiste au concert, Faite de volont simple, Elle est la seule pouvoir Saisir les soupirs cachs Dun carton, en plis daccordon.

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  • PAUL ANTOINE PZ

    DU GRAND LANGOUSTIER La langouste, cale sous son parasol nacr Ne le regardait plus Meurtri, ruin par les vents Dvtu, baign de lumire sche La peine tait profonde La mer, inquite, donnait du cor depuis longtemps Passe un commandeur aux gots rocailles Adoub de drames et de grandeur Arm dun pic opinitre, Hardi, brise la gangue comme leurent fait Les enfants casse-muraille A la recherche dun gal Au cur de la pierre un propos Une simple extravagance O rside le chef-duvre dune ide Dans ce silence charg de sueur Leffort passe dune me lautre Lexigence de lun devient celle de lhte Chacun requrant de nouvelles faveurs De fil en aiguille, nouveau fort Les Bormes schisteuses scintillent La flamme du vieil endormi brasille Son poumon faonn tel laiguier Par loculus expire, dinattendus soupirs Surpris par un pli de nuage Un rayon fortuit dore le canon Regard petit duc, pos l pour attendre Muet, telle une carte postale bleu tendre A la meurtrire lgamment poudre Apparat la dame de cur au regard sobre

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  • Matresse dun cyclopen discret Et dun gemme en demi-pyramide Sous lil vgtal dun phnix Ce gant hliotrope coiff dun rempart Parle au passant randonneur Comme le Zarathoustra il dit : Fais de ta vie une uvre dart

    LA CITE D'HELIOS A la Bourdonnire

    Ici, on monte, on marche sur du soleil Au rythme du palan, tirant jusquau village Partout ses rayons festoient, embrassent Des fleurs dhibiscus rissolent sous ce feu En terrasse Un verre de bire, pour un temps smaphore Aux bulles teintes de lumire ambre Peroit dans le contre-jour, Patin dun voile parfumeur Une femme dont le corps Saphique fredonne Sous un feuillage dombres Les pins, par habitude Invitent la sieste Fards dodeurs goteuses Ils ont, bienveillants, demand lair marin Tant de tideur pour un frisson La volupt na que faire du tourment La mer inoxydable veut ces corps Danse avec, incorpore Par londe claire Ignore la duplicit

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  • FRANCK MULLOR

    HAKUS

    Saches, je testime Au sillage sur la ligne

    Par got asocial.

    Je connus Le plaisir va-nu-pieds de la terre

    Chevelure daile qui bout.

    Tout autour ma dextre Tu fais graviter un prne

    lanc de fleurs.

    Au premier tage Les plaies aux portes de rose

    Mont donn vivre.

    Des cils il coule un Cavalier de vivier ple, Je lui donne bon vent.

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  • Jai longtemps ft, Noble crime de laurier

    Jarchive sans carte.

    tre vu trac Homme sur multiple argile

    Ma glose prsent.

    Dvoiler la ville Jusqu la hauteur des poings,

    Fredonne la blessure.

    Je viens pour convier Le pre informe de lair

    Sve du voyage.

    Je texpose Le drageoir subtil Mon cur sur le fil.

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  • FRANCK MULLOR

    APPARITION - Il faut renouveler ma sve. Victor Hugo

    Le pont-levis rabaiss Sur la douve et le foss Lentement se dresse : Le soir dessine de loin

    Lombre abhorre de Rolin Sur la forteresse.

    Nous nadorons pas Rolin,

    Gmit le duc chtelain, Il est comme larbre

    Qui fouette sil est lch ; Son bras a, sil est touch,

    La froideur du marbre.

    Voyez-le, voyez son front ! Ses cheveux volent en rond

    Tout autour du casque ; , croit-on pas voir, limon !

    Ou la goule ou le dmon Senvoler du masque !

    Nous smes aussi certain Ce fait horrible ; un matin Qui semblait sans tches,

    Versa son charnier denfant ; A leur tte, et les coiffant,

    Quatre de ses haches !

    Jtais hier au vent fuyant ; Rien de cet homme effrayant,

    Nulle part cet tre ; Je sens la fracheur qui suit, Puis le miasme quelle fuit,

    Puis Rolin paratre.

    Remmorez-vous son poing, Le librant du pourpoint, Ronflant noir de mouche,

    Son amer rire public,

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  • Lorsquil sta un lombric clos sur sa bouche !

    Sa tempe verte accueillait La ronce que lon cueillait

    A sa chevelure ; La mousse est-ce son coussin ?

    Son lit et son traversin Est-ce la nature ?

    Il vient ! La cloche a trembl ;

    Il frappe, et mon vin miell Se change en boue rance. Vient-il dun ange suspect Nous prsenter le respect,

    Aprs lapparence !

    Nouvrons pas ; laissons partir, Laissons le vent le sentir, Laissons quil lemporte !

    Allez voir par quelque trou ! - Quoiquon hoche le verrou :

    Rien devant la porte.

    Non ! Laissez-le ; il est mort ; Cest le passant du remord, Cest lhorreur qui tombe ! Laissez ! Il boit son trpas ;

    Je te couvre de mon pas, Dit lif la tombe.

    L, son corps va refleurir ; Mes racines vont nourrir Lhomme sous la terre.

    Le Monstre veut sabolir ; O laissez-le devenir Ma sve ordinaire !

    Respirez son parfum vieux

    Tombant des profonds cheveux Des forts grandioses ;

    Pensez-y, de temps en temps. Voil dsormais cent ans

    Quil nourrit les roses.

  • FRANCK MULLOR

    L'ETOILE ANTINOS Hadrien, empereur de Rome, tant Csar Montrant du doigt les feux de lHestia romaine, Menant la royaut bannie de tout hasard, Disait : loracle me fit pre du domaine, Loracle vit en moi une pythie habile. Je vois : ma mort au large animer son exil, Jappelle un astre blond mon Athna virile, Par lui une onde claire est trouble au fond du Nil. Je vois : le docte ami de limpriale cour Sapprter chez Vesta de son plus rouge atour, Et redire le thme nonc de sa bouche : Un phbe lanc enchan lautel Sera pour lempereur frapp dun coup mortel. Je vois cette statue dans lAigle tre farouche.

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  • LA TRAME

    Augmente, panouit sa grille quadrille Dune myriade neuve de nouveaux carreaux. Faites grandir le zoom aux angles temporaux, Pendant quun des carrs de la strate strie, Celui qui fait le coin de deux droites rayes, Sapproche, lentement accru par la macro ; La fonction F = bta facteur de rh Contraint son ploiement de lignes travailles. A force, le quadri segment remontera Le plan quadrangulaire de la camra ; Lil de tlvision, dont les fuites sont courbes, Dans le micro-passage entame son entr. Le point de lobjectif influence les courbes Du cadre figur, alors que le carr

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  • IVAN DMITRIEFF

    LA FEVE

    Son pre lui avait dit : Elle est sortie du ventre vert et je lai pos sur la paume de cette main qui depuis a vu bien des saisons. Ce fut le cadeau premier du cycle du ciel et de la terre mes gestes jardiniers. A prsent que tu dois me succder sur le domaine, je la glisse dans la poche de ton pantalon de travail afin quelle accompagne lallonge de tes propres pas. Le jour venu, remet la ainsi, ton tour, ton fils ou ta fille, pour que lhistoire de notre nom et de notre amour pour cette terre soit donne leur mmoire et leur affection. Et il stait pench, ses paules figes par larthrose dans la forme du cintre, pour se dsaltrer au point deau. Un rai de lumire chahutait les feuilles du chne et son fils, trangement, se taisait. Papa mon pre, ma main est plonge dans ma poche et enserre telle une cosse la graine, mais aujourdhui que je suis au pied des murs que tu as dresss pierre sche aprs pierre sche, et ici, debout devant larbre que tu as plant au jour de ma naissance, je tremble de touvrir toute la peine qui depuis mon enfance mabme. Lombre dun nuage pouss par vent dest rampa lourdement sur le sol calcaire, obscurcissant leurs bottes et son pre, qui pourtant en toute circonstance aimait nourrir le silence, voyant son fils comme interdit avec cet il mouill par le mystre, toussa deux fois et dit : Fils ? Alors quil sapprtait renouveler son appel, soudain, comme sil se fut trouv instantanment dans ce temps particulier que connat celui qui est en train de mourir, il vit resurgir au beau milieu de sa tte le film dune scne terrible de sa vie passe : la pelle appuye contre le roncier prte pour enfouir, les yeux adultres de sa jeune pouse ports au ciel, lenfant du scandale au milieu du profond sillon quaccroupie elle finit dexpulser, le cordon ombilical tendu sous le sexe tant ador, tranch net avec son couteau, et lensevelissement infernal des cris infantiles, et sa jeunesse haineuse sourde la voix hurle de celle qui pourtant il aime, il aime. Un fort vent spiral venait de frapper le sol entre leurs pieds, ennuageant dans son rebond leurs yeux de terre et de particules de foin broy, lorsque le fils hritier de la fve, ouvrit celle-ci toute sa bouche, pour lavaler. Et le pre regardait le fils, et le fils regardait le pre.

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  • papa mon pre, comme la pourriture de lhumus travaille donner les meilleurs fruits et la vase faire clore les fleurs les plus belles, je sens en moi sourdre ce temps dtreindre ma souffrance telle une preuve sacre riche de sens et davenir, moi, qui croyais tre mis devant le fait accompli de ne devoir vivre que la prose du monde, avec son cortge de mensonges, dinjustices et dignominies, je je vois prsent quil ne tient qu moi de pouvoir vivre sa posie. Le sifflement cadenc dune tourterelle qui non loin de l prenait son envol rsonna dans lair, et il sut qutait enfin venu le jour de lcher la laisse de son silence, lorsque son pre linterrompit : Fils, je vois sur le chemin de tes tempes battre le sang, et ton geste malhabile remettre en question ma loi de pre. Est-ce ton tour, aprs celui de ta mre en son temps, de vouloir me faire faire lpreuve de ma conscience, comme si depuis mon pouvantable faute lamour ne pouvait devenir pour moi un acte lucide de vivre ? Alors, sache que par le drame, jai appris que lexistence humaine nest pas un simple segment de vie qui va solitaire de la naissance la mort, mais que cette existence est le vcu millnaire de millions denfants, de femmes et dhommes dans lexprience de leurs joies, de leurs souffrances, de leurs bonheurs, de leurs maladies et de leurs malheurs que, dans sa totalit, nous portons, tous, en nous, et dont nous sommes chacun, notre faon, lunit. Comme tu les. Comme je le suis. Alors oui, mon fils. Cest tuer lhumanit entire que de tuer un seul enfant, un seul homme. De mme que cest la tuer en nous-mme. Un premier trait de pluie avait franchi les obstacles du vent pour venir en une large goutte diluer le sel entre les lvres du fils. Et une onde de leur esprit saccorda pour vibrer dans le souvenir dune identique image : celle dun fils assis sur le perron, tenant sur ses frles genoux los iliaque de son frre inconnu, trouv dans la profondeur dun champ en suivant la galerie dune taupe quil stait amus vouloir faire sortir de terre. De sa langue, le fils pera le fil de ses lvres pour en ponger lamertume saline, et cela lui rappela le parfum de los qualors il avait par instinct voulu goter, puis, trs lentement, dans un chuchotement heurt tout juste audible loreille, dit : Enfant, la surface de moi-mme, tait joyeuse, mais non la profondeur, et, le jour o maman est partie, Pre, une vague norme, de souffrance, son point dquilibre de reflux, est revenue, terriblement, atrocement, dferler, dans ma poitrine, et, engloutir, mon cur, et, noyer mes nerfs, et.

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  • Le flash silencieux dun clair venait de solariser le fond de lair, laissant ensuite lcho dune assourdissante dflagration douvrir lespace un dluge deau. Aucun deux ne bougeait. Comme si volontiers ils soffraient au dchanement du ciel. pouvantails deau, pouvantails deau, pouvantails deau, semblait chanter une petite voix fantme, au regard de leurs silhouettes transparaissant dans cette folie docan de pluie, ce vacarme de percussions de la terre au diapason de leur douleur, et cest ainsi, que la voix du fils prit lchelle du cri pour accder lcoute du pre : Pre, mon pre, la borne de nos ides et de nos croyances dessine en nous un chemin dignorance et dillusion qui mne notre errance vers les folies de la peur et les ccits de lespoir. Enfant, jai got la mort de mon frre obscure. Longtemps, jai dgluti son absence dans le sentiment coupable de mon geste, et trembl la barre du tribunal de la nuit. Mais il y a parfois dans la vie d'un homme un chemin de souffrance telle, q'un jour, sur le seuil de se perdre, il vient lui que se fasse l'unit o la conscience ne rduit plus, et le coeur non plus, pour atteindre au plus vaste, et je sais que c'est mon heure, Pre, c'est mon heure. Et le crpuscule embrassait leurs joues et caressait leurs mains laissant leurs yeux souvrir la nuit de leau...

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  • Emmanuelle MALATERRE

    L'ORIGINE DU MONDE Collage / papiers dchirs

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    POUR LE CIREUR INCONNU Chez toi, chez moi Chez toi, alle du Prado, La Paz, Bolivie, Trois mille huit cent mtres d'altitude Chez moi, Toulon, Cte d'azur, niveau de la mer C'est une histoire de foulard Chez moi, celles qui couvrent leur visage se prtendent libres.... Chez toi, ceux qui ne montrent pas le leur, brossent leur plaie vif. Dans la Cit des possibles La honte fleurit sur sa tige et les feuilles frissonnent de gne Humiliation, illusion, compassion C'est acide comme le citron, amer comme la cige, Fatal comme un litige soluble dans l'indiffrence radication impensable. trange, mais chacun s'en arrange Dans la Cit des possibles Cache ta face chaque fois que tu bosses, Crache sur la surface cirer, et cravache Quand ton courage se fissure Dans la Cit des possibles Te voici taciturne harass Tandis que vacillent les espoirs jeun, Tnacit accroche comme rafistole Au bagage d'une justice, mais laquelle ? Dans la Cit des possibles Nous sommes les personnages d'un opra misre Non crit pour un public phmre Au travers de mes verres Essilor J'assiste au matraquage intime de mes valeurs. Le malheur est spectacle Donc je regarde bien ! Le maigre barrage d'toffe ne fait mme pas peur aux bacilles

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  • Normal ! Un gosse qui bosse avec l'orage dans les pupilles ! L'Eldo-radeau prend l'eau, l'Eldo-radeau drive, Ne tient pas ses promesses Ne les tiendra jamais, mon cur occidental enrage Et mes mninges ne font plus le tri. Dans la Cit des possibles Se vrillent des mirages tnus de pacotille; Je ne connatrai jamais de toi que tes cils soyeux Et la rocailleuse cascade de ta voix. Malgr tous les oublis coca chicha singani Et les fleurs d'ivresse au parfum de rage Malgr tous les virages et les chansons geles, Je reste la touriste, celle qui sait, celle que a drange, tout a, Celle qui s'meut, s'indigne, s'agite et agit peu. La honte fleurit sur sa tige et les feuilles frissonnent de gne Le malheur est spectacle Donc je regarde bien ! Alors se fige sur mon front Cette sueur d'ange incrdule Qu'aucune rvolte n'absorbera jamais. Dans la Cit des possibles Tous les jours, pour quelques bolivianos Tu mets ton visage en cage, peau de chiffon, regard cirage, Et vas-y ! Fais-moi briller mes shoes Quand je descends de mon taxi ! Dans la Cit des possibles L'innocence court mais n'a pas le temps de filer. Alors se figent dans tes mains Cette sueur d'ange crasseux Qu'aucune pice de monnaie n'effacera, jamais !

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    CARNET DE VOYAGE

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    PEROU, PAIX ROUE Ma tl, mon salon, mon divan, mon cran, Tu te pointes comme a l-dedans, Tu te plains sans te plaindre, c'est dire Que dans ce soir soyeux Tu ne dis pas ce qui n'est pas bien Mais qu'est-ce que tu causes ! ! ! Et j'coute ta liste de puis mon existence lisse

    INTI Intimit un peu raye par ta voix enroue Ma tte ne se sent ni coupable ni complice Et je continuerai m'habiller en Prada alors que J'coute ta vie Ballade cordillre Casse cabosse Dvale des valles Ta vie laboure comme tes joues Par le vent et le froid Ta vie sertie dans la terre Et la boue de tes anctres

    PACHAMAMA Tu te pointes comme a Dans ma villa, Moi, ici-bas bras ballants Toi, quechua l-bas d'en haut J'en ai perdu mon folklore et mes chemins de pierre Tandis que le cur soleil seul souriait INCA Incapables de nous trouver, de nous sauver Nos peuples sont malades et nos ttes troues Ides dgrades, richesses adules, Dieux abandonns Pas assez assidus Racines centenaires pour un prsent

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  • Acidul Ta voix s'raille car

    VIRACOCHA ne cocha pas ta case BONHEUR Me voici sourde, pas doue pour donner ma douceur A distance J'ai longtemps vir, cherch un rve Le monde tourne, mais pas les roues fortunes Pour accrocher un peu d'amour, confort rconfort tnu Aux grilles rouilles des avenirs dj revenus

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  • YANNIS SANCHEZ

    CHANT D'UN ILLUMINE Une aiguille qui tourne en rond Cest de la lumire passe Mme une loupiote mon front Cest dj du temps qui trpasse Puisque lon ma dit une fois Quune lampe a dure un an, Une torche un an et six mois Un lampadaire cest trois ans Lhalogne gale quatre ans Puisque lon ma dit une fois Quun lustre cela fait cinq ans.

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  • L'INVITEE DE LA RIME Limpide aux jours dt, sa dorure slance Et dploie en avant son entrain sans pareil Contenu sagement dans lombre du sommeil Dans lespoir des lueurs sonnant la dlivrance. Tout son empressement relch dans lurgence Vient marquer grands coups la stupeur du rveil Et son spectre couleur paille couleur soleil Se dverse au secret dune obscure fragrance. Sa provenance nat dune ultime secousse, Son charnier est un lac phmre de mousse : Quiconque sen approche en peroit le signal. Vous paraissez surpris, pourtant tout est normal, Cest que la posie a cela de malice Quelle peut vous conter dun ton original En onze alexandrins le roman de la pisse.

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  • DANIEL DARC

    INUTILE ET HORS DUSAGE Suis-je inutile et hors dusage ? Ou peut-tre un peu trop amer Sans perle, simple coquillage Jtais sur le bord de la mer Dj en moi je sens lautomne Qui doucement ronge mon corps Laffreuse angoisse memprisonne Combien de temps jusqu la mort Je sens la tragdie qui sonne Comme une odeur nausabonde Faudrait-il donc que jabandonne Vaudrait-il mieux compter les secondes ? Le soir est noir la nuit est blanche Il est trop tard pour les remords Soudain je sens mon cur qui flanche Et ma mmoire rsiste encore Dans le ciel viennent les nuages Aprs tout quest-ce que a peut faire Bientt sera lheure de lorage Bientt jentendrai le tonnerre Lautomne se transforme en hiver Jaurai bien aim tre sage Il est trop tard je dsespre Suis-je inutile et hors dusage Suis-je inutile et hors dusage Suis-je inutile et hors dusage Suis-je inutile Et hors dusage ?

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  • ENTREVUE Daniel Darc est un miracul. Ses succs Pop au dbut des annes 80 avec son groupe Taxi Girl auraient d avoir raison de lui, de sa jeunesse rebelle indompte, ses coups de sang, son mal de vivre et sa gueule d'ange. Mais voil. De faon difficilement croyable, Daniel Darc a survcu toutes les blessures de guerre que la vie (ou lui-mme) infligeait, et a continu faire au mieux les seules choses qu'il sait faire: crire, enregistrer et tourner.

    Le testament l'a rencontr Hyres, un jour d'automne, la veille d'un concert acoustique au Thtre Denis, avec l'envie simple de revoir un ami assagi depuis longtemps qui a su accompagner les quadragnaires que nous sommes du berceau l'ge de raison... Depuis la sortie de l'album ( La taille de mon me Sony Music) nous n'avons jou que 7 ou 8 fois dans cette formation (piano, violoncelle, voix). Il faut trouver un lieu qui s'y prte... entame Darc, repoussant une grande partie de la tarte tatin qu'il venait d'entamer. Est-il plus son aise pour autant, sur une scne plus dpouille? Je n'aime pas trop avoir d'espace sur scne. Juste de quoi chanter me suffit. Au moins je me concentre sur ce que j'ai faire. J'aime travailler l'conomie. Si la presse a encens son dernier album, l'homme reste lucide quant au succs relatif qui lui permet de visiter la France la rencontre de son public. Je suis surpris de voir mes concerts des gens de mon ge, et des enfants... Peut-tre leurs petits-enfants! s'tonne-t-il, un rien ironique. Son public est pourtant acquis sa cause depuis longtemps. 1988, quand il chantait qui veut l'entendre qu'il est Le seul garon sur terre avec Jacno en acolyte privilgi; l'aube des annes 90, sur les pas de danse de Nijinsky , de faon plus intime, ou grce Frdric Lo, dans un Crve-cur ressuscitant la flamme potique l'aube des annes 2000, flamme qu'il a entretenue avec talent par la suite sur Amours Suprmes , brlot Rock rche et incandescent. Daniel Darc n'a jamais cess de chanter, le cur en avant, corch vif assnant chaque morceau Live comme si c'tait le dernier, comme si sa propre vie, son honneur en dpendait. Je me sens proche de la Beat Generation, Les Stones, Kerouac, Sur la route , ceux qui vivent intensment... Et ma vie tourne autour de la scne. J'cris, j'enregistre, je tourne... C'est ma raison de vivre! Sans , je m'ennuie mort.

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  • Quels sont ses disques de chevet? Qu'emmne-t-il avec lui d'htel en htel? J'ai toujours ma bible avec moi, quelques romans, la posie de Carco... La posie rime m'emmerde, part Verlaine! En fait, l'homme est disponible, humble et gentil. Il rpond avec politesse mais ajoute que tout cela n'a plus beaucoup d'importance. A quinze ans, j'aurais pu devenir mcano. J'ai trs vite compris que je ne ferais pas long feu l'cole! Mais le Rock m'a happ. C'tait plus fort que tout. Je savais que ma vie tait l. C'tait vident. Aujourd'hui, la route est faite. L'ange a vieilli, mais ses chansons resteront pour la postrit. Propos recueillis par Emmanuel RASTOUIL

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  • Photo Emmanuel Rastouil

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  • LILAS KWINE

    APRES LES HEURES Aprs les heures les heures perdues secondes brises en bues saouls en quelques doutes flanchent les bustes en nues floues sombrent les curs tremblent aux fentres les gouttes d'ombres de quelques tres cascadeurs pleurs dvalant sur le carreau mancip de quelques leurres Aprs les heures temps de dsordre six degrs chargent catalyseurs en sueur moite corces lasses les vains regrets qui nous contemplent le tac des ans le poids des lueurs cavalent en pleurs au caniveau de nos humeurs de nos tombeaux

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  • HIVERNATION Il est des contemplations cueillir distraitement comme ces rves dlicats disperss par l'orage Il en est des transes... Inspirer, se nourrir, s'inspirer puissamment si prs des pores de ceux qui... Il est des temps lgants pour s'tendre mme l'tendue frache d'une ombre jeune et claire Des drames effondrs qui trbuchent, et se recueillent en si peu d'autres - rares, ces bras agrent l'opacit discrte Des temps pour s'abandonner aux espoirs antiques dont quelques embus s'obstinent patiemment poursuivre les traces Des temps o l'on se guette, o l'on se scrute basse frquence Et le sang pulse en dehors de l'cho, cogne et recogne, aux parois pithliales rsonne le fou qui enfonce la porte d'un royaume hroque sans autre reine que l'absence de lois vaines... Il est des joies ngliges, des ardeurs parfois presque l'heure Il est des peines contretemps lorsque la messe est dj dite, des chagrins insoutenables en des phalanges comprimes, tant de passions encore, consumes au cendar du mmorial Il est de la sueur, des cris, des gmissements de la jouissance extrader la raison Il est des supplicis expirants gorges sches, des consentants sans retour antpnultime radicale Il est des jours arides comme des nuits taries de songes, quelques mensonges apaisent comme une pluie d't... Des secondes si profondes qu'elles confinent la perptuit, des heures creuses de khl saturnien et ces abandons bats au sommeil graduel Il est des dclins amorcs le rire fou aux clats, des cirques et des canyons franchis deux pas d'lan Il est des frontires gommes d'un seul battement de cil des battements de cur stupfis devant tant d'outrage, des prsents enfouis sous le pass dcompos Il est des temps pour se dire, et d'autres pour se taire Il est des temps pour lire, et ma pense rentre en hiver.

  • MARIE-LINE MUSSET

    JOYEUX NOL

    Non pas l, un peu plus bas. Oui, cest a, comme a. Paulette Debecker sexcuta mollement. Elle fixa sans conviction ltoile lumineuse au sommet du sapin. Tous les ans, elle avait le vertige et la tremblote en effectuant cette ultime opration. Maurice tait prsent trop lourd pour lchelle, alors elle se rsignait effectuer cette acrobatie sous la dictature claire de son mari. Nom de Dieu ! Tu las accroche de travers, faut tle dire comment ! Ma pauvre fille tas vraiment pas le compas dans lil ! Paulette tait remonte sans piper mot, et dun petit mouvement giratoire avait donn lquilibre parfait la dcoration. Avec le vent, elle devrait remonter tous les soirs jusqu la Nol. Maurice ne rigolait pas, ctait un perfectionniste de lillumination. Ctait son dada, sa raison de vivre depuis plus de vingt ans. Bon, bah quest-ce que tattends ! Tu peux descendre, on va attaquer la gouttire. Il faisait un froid de canard, Paulette avait la goutte au nez et les doigts gourds. Tout ce cirque, ce ntait plus trop de son ge. Les rhumatismes avaient eu raison de sa souplesse. Lui restait l en bas, comme un gnral dirigeant ses armes. Il tait labri de ce vent qui la glaait jusquaux os.

  • Confortablement install sur la toile bayadre du pliant qui servait regarder le Tour de France la belle saison, il pointait du doigt lalignement approximatif des ampoules sur la gouttire. Une blanche, une rouge, une blanche, une rouge. Enfin, si tout allait bien Pour linstant on navait pas envoy le jus alors on ne pouvait pas encore juger de leffet. Le compte rebours avait commenc. Maurice se mettait la pression pire quavant un lancement de fuse Cap Canaveral. Plus que deux jours avant lembrasement de la rptition gnrale. Les penses de Paulette vagabondrent pendant un instant et senvolrent avec la petite fume qui schappait de sa bouche. Elle se souvenait prsent de cet achat qui avait transform la joyeuse priode de lavent en un douloureux cauchemar. Maintenant, il y avait lavant et laprs. Deux mois pour installer, et autant pour dmonter et tout ranger dans les cartons soigneusement tiquets jusqu lanne suivante. Faut te le dire en chinois ou quoi ! Cest pas droit ! Les chinois, enfin lAsie tout entire, taient en partie responsables de la tyrannie de Maurice. Avant le fluorescent, le phosphorescent, le clignotant, on se contentait des santons peints la main. Ctait un souvenir de leur voyage de noces sur la Cte dAzur, elle y tenait comme la prunelle de ses yeux. Nol tait alors un jour de fte chaleureux, et les dcorations ne franchissaient pas le seuil de la maison. Oui, un jour de fte. Mme si on navait pas de petit gter.

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  • Leur union tait reste strile, pourtant ce ntait pas faute davoir tout essay. Mais son corps refusait la semence de Maurice, son ventre ne lui avait jamais offert de nid assez douillet pour spanouir. Pendant que Maurice enflait comme la grenouille de la fable de La Fontaine, elle se desschait, elle tait devenue brindille prte senvoler du haut de son chelle. Un petit phasme ridicule qui se fondait dans le dcor. A gauche, oui l on dirait que lampoule est casse ? Tas mis tes yeux ou pas ? Elle se pencha dlicatement, presque loblique. Dvissa lampoule dfectueuse et la remplaa. Poche droite rouge, poche gauche blanche. Tas bien mis la bonne couleur, fais pas comme lanne dernire. Sacr vent, parfois elle le bnissait car il tait une excuse providentielle pour ne pas rpondre. La nuit tombait, demain serait un autre jour, elle tait puise. Quest-ce que tu fous ! On na pas fini ! On verra demain pour la suite, jy vois plus clair et jai froid. Tes quune petite nature, on est en retard sur le planning ! Le planning de quoi, Nol cest dabord un jour de fte. Jsuis fatigue Maurice. Lanne prochaine faudra que tu trouves quelquun dautre pour faire tout a, moi cest la dernire fois.

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  • Ctait dit. Plutt bien dit. Mais cela ne fut pas au got de Maurice. Cest cquon verra, il a rpondu. Cest tout vu, stait-elle surprise penser pour la premire fois. Comme si la graine dune sourde rvolte venait de germer. Assurment, cette graine-l avait trouv sa place pour pousser. Ce Nol, elle le voyait diffrent. Son surplus damour, elle le distribuait avec les cadeaux dune association caritative qui amliorait le quotidien de familles dshrites. Un repas de fte leur serait offert, elle ferait partie des bnvoles. Elle aimait ces enfants, ces gens gnreux qui le lui rendaient bien. Comme dhabitude, Maurice passerait son rveillon guetter les voitures qui ralentiraient pour admirer son uvre poustouflante. Il se considrait comme le Facteur Cheval de lampoule lectrique. Elle ne lui avait pas encore annonc quil passerait son 24 dcembre tout seul, elle avait encore une semaine pour le faire. Elle redoutait ce moment. La soupe tait servie dans les assiettes creuses. Ils sattablaient face face. Seul le bruit des couverts cognant la faence rythmait les commentaires du prsentateur du journal tl. Ils ntaient plus que deux passe-murailles la routine terne et dsesprante. La vapeur odorante et rconfortante du potage fit nouveau svaporer les ides de Paulette. Elle nentendait plus que lcho lointain du bruit de succion disproportionn qumettait Maurice en aspirant sa cuillre.

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  • Oui, cest a, le premier, ctait un Pre Nol sur son traineau avec des rennes, elle ne savait plus combien deux ou quatre, enfin a marchait par paire ces animaux-l. Le supermarch faisait la promo de ces merveilles venant de Chine et ne consommant pas plus quune ampoule 100 watts. On pourrait le mettre au-dessus de la porte, a ferait un peu de gait lentre du village, comme qui dirait a donnerait le sentiment dtre accueilli.

    Si a peut te faire plaisir, elle avait rpondu. Ctait lanne de sa mnopause prcoce, son allergie aux poils danimaux rendant tout espoir de substitut canin ou flin possible, ce Pre-Nol lumineux lui sembla tre une concession acceptable, une pitre consolation pour Maurice. Ce fut le dbut dun engrenage fatal. Lanne suivante, il fit lacquisition de feuilles de houx gantes avec en lettres dores un Merry Christmas dont Paulette tarda comprendre le sens. La mme anne, pendant les soldes estivales il acheta vingt-cinq mtres de guirlandes du 14 juillet. Il ferait disparatre le bleu, en repenserait totalement la configuration et lalternance des ampoules. Dannes en anne la production asiatique innovant, le stock de Maurice stoffa. Il dcida que la voiture dormirait dehors, ainsi les guirlandes seraient leur aise et au sec. Il classait ses articles par thmes, il respectait une chronologie qui chappait totalement Paulette. Comme un entomologiste fru, il crivait avec application des tiquettes codifies avec un marqueur dont lodeur indisposait sa femme. Les mcanismes de clignotements taient de plus en plus perfectionns et miniaturiss. On pouvait choisir la vitesse de la propagation de la lumire et donc mnager des effets qui feraient certainement ladmiration de tous les voisins, mme si le premier habitait huit cents mtres.

  • Aprs une dizaine dannes des folies clairantes des Debecker, le voisin le plus proche, Ren Mouillard dcida de partir chaque anne pour les Antilles au moment des ftes. Il fuyait ainsi lanimation saccade des guirlandes de Maurice qui donnaient ses nuits dhiver lambiance dun night-club. Il avait limpression de sendormir sous une boule facettes. Prs des tropiques au moins, la lumire tait stable et la chaleur dlicieuse pour ses lombaires fatigues. Mais tout le monde ne partageait pas lavis de Ren, le maire du village senorgueillissait chaque anne de cette animation inespre qui ne lui cotait pas un centime. Il alerta la presse locale qui fit lloge du sens artistique de Maurice. Ce dernier posa firement sur la photo qui illustrait larticle, son Pre-Nol sur les genoux. Pour un meilleur rendu, le reporter avait attendu la tombe de la nuit, on avait install Lillumin clair devant le sapin et branch les rennes avec la rallonge de la tondeuse. Paulette lui trouva un air trange, son visage rubicond clair par cette myriade de minuscules loupiotes. Tu manges pas, a va tre froid. Les yeux dans lbouillon cest pas bon. Paulette, jte cause. Mais Paulette tait ailleurs. Ce fut leffet boule de neige, la tlvision rgionale vint le filmer. Il tait si fier de montrer sa fabuleuse installation. On venait de toute la France entre le 20 dcembre et le 3 janvier pour admirer sa maison. Il reut la mdaille de la Rgion et tomba la mme anne dans la vente par correspondance.

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  • Paulette restait la petite main ignore, collaboratrice hors pair de lclairage, devenue par la force des choses spcialiste des voltages et boites de drivation. Elle ne haussait jamais le ton en recevant la facture dlectricit, soulignant juste avec humour que lEDF devrait lui faire un tarif spcial comme il stait mis en tte de faire de lombre la Tour Eiffel. Elle ne protestait pas en classant les factures dispendieuses de Maurice dans la chemise Matriel de Nol . Elle navait rien dit non plus lors de son voyage pour participer un concours europen dillumins. Il avait t coiff sur le poteau par un belge communiste qui ne jurait que par le rouge, sa chute du Kremlin fut flamboyante. Maurice rentra dpit malgr une rinterprtation honorable de la prise de la Bastille. Cela lui aigrit le caractre. Ce voyage sonna le glas de sa carrire internationale. Il mettrait le paquet Nol, un point cest tout. Je ne serai pas l le 24, annona Paulette, lassociation a besoin de moi. Maurice strangla entre la poire et le fromage. Mais je te ferai ton manger avant de partir, tu nauras qu rchauffer. Pas question. Je tinstallerai le fauteuil comme tous les ans devant la fentre, tu ne rateras pas les voitures. Pas question. Tu me diras ce que tu veux pour ton menu. Paulette se leva, dbarrassa la table en silence pendant que Maurice jurait les cent mille bon dieu, son double menton tremblait de colre.

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  • A demain. Voil ctait fait. Sans appel. Inutile de le dire, a ne passerait pas comme une lettre la poste. Il avait le temps de digrer la nouvelle. Ils faisaient lit part depuis que leurs corps ne ressentaient plus la ncessit de simbriquer, c'est--dire depuis un bon bout de temps. Ils se tournaient le dos pour sendormir dans des lits spars. La bataille tait parfois rude pour la matrise de linterrupteur de la lampe de chevet commune. Une pice supplmentaire leur et pargn lcho de leurs ronflements. Mais Nol avait envahi la chambre damis aprs le garage. Pendant les jours qui suivirent, Maurice fut odieux. Le 20 dcembre au soir, la gnrale fut concluante, la maison des Debecker clairait des kilomtres la ronde. Le lendemain plusieurs flashes crpitrent sous leurs fentres, certains devaient avoir le sens du dtail, comme ceux qui filment les buffets pendant les croisires. Paulette changea les dernires ampoules, sassura que tous les branchements taient oprationnels. Le vent avait tourn louest et ramenait des nuages gonfls dune intense humidit qui rveillait ses douleurs. Laprs-midi du 24 dcembre, Maurice resta plong dans ses catalogues projetant pour lanne suivante un dispositif de commande distance. Paulette lui avait prpar un menu de fte : coquille Saint-Jacques la bretonne, pigeonneau aux raisins quelle avait pris soin denvelopper dans du papier alu afin dviter un desschement fatal, et une mini omelette norvgienne achete le matin mme la ptisserie de Madame Labb. Elle avait comme promis dress une petite table joliment dcore prs de la fentre. Il aurait ainsi une vue imprenable sur la route, sur les

  • gens qui sarrteraient faire La photo sur le chemin des rjouissances familiales. Une quitude bienfaisante baignait la maison toute entire, Paulette avait soigneusement dispos le petit Jsus dans la crche. Pour une fois elle raterait la messe de minuit. Elle avait besoin de regards chaleureux, de rires denfants, pas de bnis oui-oui hypocrites qui se confessaient une fois lan. Maurice ne lui adressa pas la parole lorsquelle enfila son manteau pour rejoindre la salle polyvalente ou serait servi le repas de lassociation. Elle lavait trahi, et manquerait lapothose du rveillon : une petite surprise lumineuse dont il gardait lexclusivit jusquau dernier instant. La grande salle tait pare pour ce jour de partage. Au pied dun norme sapin magnifiquement dcor attendaient des cadeaux scintillants et multicolores. Le Pre-Nol sans nul doute serait pass plus tt ici. Il y avait toujours des drogations plus ou moins embarrassantes pour ce genre doccasion, comme pour les arbres de Nol des grandes entreprises qui avaient tous lieu fin novembre. Les familles arrivrent petit petit, un Gloria jou la trompette accentuait le ct festif et bon enfant de la rencontre. Paulette tait aux anges justement. Cette lumire dans les yeux des enfants valait bien toutes les ampoules de la terre, les sons et lumire de tous les chteaux de France et de Navarre. Elle se sentait magicienne ce soir, la meilleure pyrotechnicienne de lunivers quand les enfants ouvrirent leurs paquets avec des yeux grands comme des phares. Elle posa doucement sa main sur son tablier pour dire au petit qui ntait jamais venu quelle laimait quand mme.

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  • Les convives sinstallrent table mais on net pas le temps dentamer le repas. A peine les grands plats inox de saumon norvgien dlevage poss sur la nappe, lobscurit se fit. Tout le village fut plong dans une obscurit totale. On pensa au grille-pain qui saturait avec les toasts. Maurice venait dallumer pour le grand soir. Les larmes aux yeux, Paulette murmura alors son intention : Joyeux Nol .

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  • HERVE PIZON

    RENDEZ-VOUS la foule immense se presse l'affluence des grands jours forme une brume paisse comme du velours juste son air la lumire le compte rebours cogne dans la tte et dans ce bruit qui court je ne suis pas en reste juste son air la lumire rien qu'un aller-retour je donnerais cher pour qu'elle m'entoure de son vocabulaire juste son air la lumire je marche contre-jour sur le trottoir dsert dans l'ombre de l'amour sur mon itinraire juste son air ce rendez-vous la lumire vous souvenez-vous

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  • L'ABSENCE fumer assis sur le trottoir accompagn par le froid se raconter des histoires des histoires dormir sur toi blottie dans ses interstices l'absence ds qu'elle s'immisce l'affluence de la rue une larme une escarmouche et ce sentiment tnu pas une seconde sans qu'il me touche blottie dans ses interstices l'absence ds qu'elle s'immisce c'est un aveu concd qui soudain me traverse le pas d'un homme press quand il pleut averse blottie dans ses interstices l'absence ds qu'elle s'immisce cogne en plein cur d'un rayonnement intense sonne toute heure quand on y pense blottie dans ses interstices l'absence ds qu'elle s'immisce presse d'en dcoudre l'amour lche du lest prte tout absoudre dans sa chanson de geste blottie dans ses interstices l'absence ds qu'elle s'immisce

  • HERVE PIZON

    IL AIME PAR DESSUS TOUT apprivoiser le contrejour sur les toits le soleil flambe les yeux ont toujours des fourmis dans les jambes il aime par-dessus tout cet instant prcis durant lequel couter les bruits de la terrasse il rajuste son costume les racines s'entrelacent soulevant le bitume il aime par-dessus tout cet instant prcis durant lequel il pense comment on repre la personne attendue au milieu d'une foule en hiver et mme dans cette cohue il aime par-dessus tout cet instant prcis durant lequel le dsir donne une acuit nulle autre pareille la conscience aige d'exister pour soi pour elle il aime par-dessus tout cet instant prcis durant lequel comme une boucle en quilibre sur sa chaise rendez-vous l'identique au bord de la falaise

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  • il aime par-dessus tout cet instant prcis durant lequel ses cheveux couvrent le matin les bouches sentent citron caf discerner deux points distincts tout teindre juste aprs

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