Une vision prospective des métiers développée par les ...

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BrefCreq n 254juillet 2008 Une vision prospective des mtiers dveloppe par les professionnels du btimentLes mtiers du btiment parais-sent vous une grande stabi-lit, ne serait-ce quen raison de la dure des difices qui oblige recourir des techni-ques prouves, voire ma-triser les techniques anciennes permettant de les restaurer. Pourtant, leur volution sest acclre, sous leffet de lin-dustrialisation du secteur ainsi que de lessor des matriaux de construction et des qui-pements techniques. Lidentit des professionnels apparat parfois tiraille entre la fidlit la tradition et louverture la modernit. Pour ne pas subir des tendances qui conduisent soit la disparition dun pa-trimoine de savoir-faire, soit lincapacit sapproprier de nouveaux matriaux et nouvelles technologies, les professionnels ont construire le devenir de leurs mtiers. Les objectifs assigns au secteur de la construction en matire de protection de lenvironne-ment rendent cette question plus cruciale encore. Des annes 1970 lan 2000, lide de mtier, associe la nostalgie dun ge dor, parait frappe de discrdit. Prsents comme des survivances dans un secteur particulier, celui de lartisanat, les mtiers ne constituent plus la rfrence des diplmes professionnels. Deux phnomnes illustrent cette volution : la modification des intituls de spcialits de dipl-me et la diminution des sous-commissions qui composent les commissions professionnelles consultatives (CPC, cf. note page 2). Les intituls de spcialits sallongent, rompent avec la terminologie traditionnelle des m-tiers. Dans le domaine du btiment, on recourt des termes gnriques comme ceux de constructeur , monteur ou monteur-poseur : monteur en quipement thermique du btiment la place de plombier sanitaire ou de monteur en chauffage ; constructeur en maonnerie et bton arm la place de maon ; constructeur en bton arm des travaux publics la place de coffreur Puis on substitue ces appellations demploi des appella-tions dactivit : le terme de construction remplace celui de constructeur , le terme de mtallerie remplace celui de mtallier , etc.Au sein des CPC, le nombre des sous-commissions se rduit et celles-ci couvrent des do-maines professionnels de plus en plus vastes. Dans un premier temps au ministre de ldu-cation nationale, dans la CPC btiment et travaux publics (BTP), la rduction du nombre de sous-commissions semble servir une nouvelle approche des activits regroupes autour de cinq grandes fonctions : ossature, quipements, amnagement, finitions, travaux publics. Mais ce mouvement se poursuit, si bien que les reprsentants des mtiers apparaissent en dfinitive cder la place aux reprsentants des branches professionnelles. Cette CPC compte aujourdhui deux sous-commissions, contre douze la fin des annes 1970. Au ministre de lEmploi, la CPC du BTP a longtemps comport un grand nombre de sous-commissions. En 1985, il y en avait encore trente-deux, auxquelles sajoutaient douze groupes de travail. La rduction de cet ensemble quatre commissions nationales spcialises, au dbut des annes 2000, a bien t perue par les partenaires sociaux comme engendrant de relles difficults dbattre sur le contenu des titres professionnels.Durant toute cette priode marque par laffaiblissement de la notion de mtier, dautres no-tions comme celles de champ professionnel, demploi-type ou de comptence sont apparues (cf. encadr page 2). Elles correspondent des visions de la relation formation-emploi qui nmanent plus des communauts de travail mais des ministres certificateurs ou des entre-prises, et contribuent ainsi, dans la construction des diplmes, au remplacement de logiques professionnelles par des logiques institutionnelles.Vers un renouveau de la notion de mtier Sans avoir jamais disparu du dbat en raison de la vitalit de lartisanat et du compagnonnage, la question du mtier semble ressurgir dans le secteur du btiment partir des annes 1990. Cela se traduit par lmergence de diplmes de niveau baccalaurat prpars par lappren-tissage, les brevets professionnels qui, peu peu, se constituent en un ensemble complet et cohrent de spcialits donnant la rplique aux baccalaurats professionnels. Puis, au dbut des annes 2000, la rnovation de lensemble des CAP du btiment est loccasion, pour Creq BrefChamp professionnel, emploi-type et comptences : des notions qui ne remplacent pas lide de mtiern 254 juillet 2008Les Commissions professionnelles consultatives (CPC) sont composes de reprsentants des employeurs, des salaris, des pouvoirs publics, ainsi que de personnalits qualifies. Elles donnent un avis sur la cration, lactualisation ou la suppression des diplmes de lenseignement technologique et professionnel, du CAP au BTS.Les certifications correspondent lensemble constitu par les diplmes de lducation nationale, les titres professionnels du ministre en charge de lEmploi, les certifications inscrites au Rpertoire national des certifications professionnelles (RNCP).Champ professionnel : laccent mis sur lacquisition de savoirs technologiques gnrauxLors de la rnovation des diplmes professionnels de lducation nationale, au milieu des annes 1980, la notion de champ profes-sionnel justifie le regroupement de diplmes dont les savoirs acadmiques et technologiques sont proches. Lintitul des spcialits fait alors moins rfrence lemploi quau domaine dactivits, la fonction. largi, le primtre des emplois vis par ces diplmes peut couvrir plusieurs secteurs dactivits conomiques, comme si lacquisition des savoir-faire spcifiques aux diffrents emplois pouvait tre renvoye la priode dadaptation qui suit lembauche. Cette transversalit des nouveaux diplmes a amen rviser leur affectation aux diffrentes CPC. La redistribution fut dfavorable au secteur du btiment. Le territoire de la CPC du BTP a diminu au profit de la CPC des industries du bois qui a hrit du domaine de la menuiserie et de la charpente, de la CPC mtallurgie qui a pris en charge toute llectricit et la mtallerie, de la CPC des industries extractives et matriaux de construction qui a couvert les mtiers de la pierre. Cela a progressivement dform le contenu des qualifica-tions du btiment, et a contribu en dvaloriser limage. Emploi-type : une notion qui privilgie linsertion professionnelle immdiatelabore par le Creq loccasion de la ralisation du Rpertoire franais des emplois, lemploi-type est dfini comme le regroupement de situations de travail dont les caractristiques sont suffisamment communes pour pouvoir tre occupes par un mme individu. Cette notion a ensuite servi de support la refonte des certifications du ministre de lEmploi. la diffrence de lemploi-mtier parfois utilis pour spcifier lactivit du professionnel accompli, lemploi-type est celui que lon occupe ds lobtention du titre professionnel. La dcom-position du titre en certificats de comptences professionnelles (CCP) relatifs des activits-types correspondant des emplois existants, permet un accs partiel ou progressif la qualification. Elle permet en principe darticuler des titres correspondants des qualifications suffisamment proches pour avoir des CCP communs.Cette nouvelle ingnierie rompt avec un mode dlaboration des certifications o lamlioration des programmes de formation lem-portait sur le recueil des besoins exprims par les entreprises. La notion demploi-type apparat cependant peu propice llaboration dun point de vue prospectif, car la dmarche qui consiste dfinir des contours demploi souhaits par des responsables dentreprises, privilgie le court terme.Comptence : une notion au service des politiques dentrepriseLa notion de comptence, telle quelle fut dfinie par le Conseil national du patronat franais (CNPF) lors des journes internationales de la formation Deauville en 1998, accompagne un renforcement de la gestion du personnel des entreprises. Elle vise optimiser le rapport entre comptences requises pour occuper tel ou tel emploi et comptences acquises par le salari. Prsente comme un nou-veau modle de qualification, la comptence nest plus ici certifie par la communaut des pairs (comme dans le modle du mtier), ni dfinie par la ngociation collective de la branche, mais labore au sein de lentreprise. Elle est troitement lie lorganisation du travail en vigueur. les organisations professionnelles de travailler la rdaction de rfrentiels qui mettent mieux en vidence les aspects concrets de lactivit. Par exemple, la capacit mettre en uvre-raliser du rfrentiel de certification du CAP Couverture tait, en 1988, trs sommairement dcrite par lnonc de huit comptences terminales. Il ny est fait aucune rfrence aux matriaux classiquement utiliss dans la couverture par lments (tuiles, ar-doises). En 2000, la mme capacit est dcrite dans le CAP Couvreur au moyen dune quarantaine de comptences.Non seulement le dsir de mtier semble avoir subsist comme dfinition de soi au travail, mais il y a un regain dintrt pour une notion qui, face aux limites de lorganisation du travail et la complexit des situations professionnelles, traduit la ncessit dlaborer et de reconnatre des savoirs oprationnels.Ce renouveau de la notion de mtier nest pas dpourvu dambigut car le contexte socioco-nomique a profondment chang depuis quel-ques dcennies. Les employeurs ne manquent pas duser de cette notion de manire dtourne, notamment lorsquil sagit demplois peu quali-fis. Il semble cependant que le mtier permet un indispensable ancrage du travail dans une culture et une identit professionnelles, partir duquel on peut apprhender plus clairement les volutions. Parce quelle demeure familire, cette notion of-fre la possibilit aux professionnels de construire leur vision de lavenir, et de la confronter celle des autres. Pour quelle ne constitue pas un leurre et quelle ne serve pas une vision nostalgique du pass, la rhabilitation de la notion de mtier doit tre accompagne dune rflexion qui associe les professionnels concerns la redfinition du m-tier, au renouvellement du genre professionnel dirait-on en clinique de lactivit.LAssociation ouvrire des compagnons du devoir du tour de France (AOCDTF) ayant cr des instituts suprieurs des mtiers au sein desquels des grou-pes devenir des mtiers sont chargs dlaborer une vision prospective, il nous est apparu naturel de la solliciter pour poursuivre cette rflexion sur les mtiers (cf. encadr page 4). Celle-ci sarticule Douze dimensions de savoir-faireCreq Bref n 254 juillet 20081. Percevoir-sentir : avoir une intelligence du geste, un savoir du corps, une agilit reposant sur la mobilisation des sens.2. Composer avec le matriau et la situation : connatre la matire, ses qualits, ses faiblesses ; avoir le coup pour assurer une utilisation optimale des matires naturelles, htrognes.3. Ajuster-corriger : intervenir au cours du processus de fabrication, matriser les alas grce une formalisation de la pratique.4. Crer, amnager ses outils : apprhender les dtails qui font la perfor-mance dun instrument, concevoir des amliorations.5. Faire un travail soign, avoir une dmarche esthtique : tendre vers la perfection, un sens esthtique6. Cooprer, travailler en quipe : coordonner spontanment son travail avec dautres, favoriser les travaux de chacun7. Apprhender la situation : avoir une vue densemble de louvrage. Com-prendre ldifice pour conformer son action et ne pas le dnaturer.8. Se reprsenter le droulement de lopration : anticiper le droulement de laction pour ajuster au mieux son intervention.9. Dialoguer avec le client : comprendre les attentes du client, lui apporter les informations utiles.10. Dialoguer avec les autres professionnels : comprendre les proccupations des mtiers connexes, changer ; exprimer son point de vue.11. Perfectionner, innover : voluer, tre en recherche de progrs, appren-dre en permanence.12. Apprendre, transmettre : partager son savoir-faire. lire galement Le dsir de mtier : engagement, identit et reconnaissance au travail, F. Osty, Presses universitaires de Rennes, 2003. Refaire son mtier. Essai de clinique de lactivit, J.-L. Roger, dition ERES, 2007. Le sens du travail. Chronique de la modernisation au guichet, F. Hanique, ERES, Sociologie clinique, mars 2004. La sagesse du potier, J. Girel, Paris, Loeil neuf ditions, collection Sagesse dun mtier , 2004. Tu seras choumac, R. Maroli, Paris, Librairie du compagnonnage, 1978.autour de deux thmes : dabord une approche de la culture et de lidentit des mtiers du btiment avec un travail didentification des savoir-faire des mtiers ; ensuite, une analyse des tendances dvo-lution de la socit et de leur impact sur les m-tiers. Cette organisation des dbats en deux temps a permis de sinterroger sur ce qutait aujourdhui lidentit du mtier avant dengager une rflexion sur son devenir. Les savoir-faire, toujours au cur de lidentit de mtierIl y a des prjugs sur les savoir-faire. Parce quils sont ancrs dans la pratique, quils saffinent au gr de lexprience des individus et quils rsis-tent lanalyse de lobservateur extrieur, on a tendance les rduire une habilet manuelle, une routine. Or, loin de se rsumer cela, ils met-tent en jeu toutes les dimensions de la personne, ses capacits intellectuelles, psychomotrices, ses sens, son affectivit. Les savoir-faire ne sont pas des formes dgrades dun savoir savant mais font partie dun processus de construction du savoir qui prend appui sur lexprience. En accord avec les Compagnons, le savoir-faire a t dfini comme un savoir qui sacquiert dans laction, au contact des hommes de mtier, un savoir issu de lexprience et rgulirement rinterprt, qui est aussi acquisition dune culture, dune identit de mtier.Comment engager un change structur de faon ce que les professionnels puissent passer en re-vue les savoir-faire propres leurs mtiers ? Les tra-vaux et entretiens raliss antrieurement avec des professionnels du btiment, ainsi que la lecture de nombreux ouvrages et articles ont permis de dga-ger douze dimensions de savoir-faire (cf. encadr ci-dessus). Cette typologie a donc t utilise pour conduire des entretiens collectifs. travers ces changes, les professionnels ont dit leurs savoir-faire, soulign ce que leurs mtiers avaient de singulier, et voqu lvolution des m-tiers. La cartographie des dimensions de savoir-faire issue de lanalyse de contenu des entretiens fait apparatre des diffrences entre les mtiers. Percevoir-sentir , composer avec le matriau et la situation , sont des dimensions trs prsen-tes chez les couvreurs et les tailleurs de pierre. Les premiers accordent aussi une grande importance la dimension ajuster-corriger tandis que les seconds valorisent la dimension se reprsenter le droulement de lopration . Comme les couvreurs et les tailleurs de pierre, les char-pentiers placent en tte composer avec le matriau et la situation mais en lui associant deux autres di-mensions : se reprsenter le droulement des op-rations , et cooprer-travailler en quipe . Comme pour les couvreurs, ajuster-corriger est une dimension primordiale chez les plombiers qui accordent toutefois autant dimportance la dimension dialoguer avec le client . Les mtalliers inscrivent leur travail dans un proces-sus impliquant dautres intervenants : apprhen-der la situation , se reprsenter le droulement de lopration , occupent une place de choix. Les pltriers accordent une grande importance la dimension faire un travail soign, avoir une d-marche esthtique : Notre finalit, cest davoir un produit propre et fini Cest une question dapprciation. Ce nest pas une question de temps. Cest une question de faire son travail comme il faut et cest le sens de lautocritique Nous, on a le sens de lharmonie et du coup dil. Quon fasse un ouvrage en plaques de pltre, en pltre traditionnel, en staff, on doit contenter lil . la limite, ce ne serait pas trs grave que ce soit tordu, mais partir du moment o a parat droit, cest ce qui compte (un membre du groupe des pltriers).Toutefois cette dernire dimension est prsente dans le discours de tous les professionnels qui voquent en mme temps les obstacles la mise en uvre des savoir-faire caractristiques de cet-te dimension. Expriment-ils ainsi le regret de ne pouvoir toujours effectuer un travail de qualit, la rsistance quils opposent au management den-treprise, ou encore leur attachement aux valeurs de lartisanat ? linverse, mme sils le regrettent, ils admettent que le rapport loutil nest plus le mme et, souvent, ne font rfrence que pour m-moire la dimension crer, amnager ses outils . ISSN - 0758 1858CreqDirection de la publication : Michel Qur. Rdaction : Christian Campo.Commission paritaire n 1063 ADEP.Reproduction autorise condition expresse de mentionner la source.Dpt lgal n 49-459.Centre dtudes et de recherches sur les qualifications 10, place de la Joliette, BP 21321, 13567 Marseille cedex 02.Tl. 04 91 13 28 28. Fax 04 91 13 28 80.http://www.cereq.frImprim par le CreqMthodologie et objectifs de ltuden 254 juillet 2008Pour en savoir plus Dcrire les mtiers. Les savoir-faire de diffrents mtiers du btiment et leur volution, P. Kalck, Creq, NEF n27, 2008. La rvolution des mtiers, sous la direction de F. Piotet, Paris, PUF, Le lien social, 2002. Le savoir artisan, lefficacit de la mtis, D. Schwint, Paris, Lharmattan, 2002.Lanalyse dveloppe dans ce Bref sinscrit dans le cadre dune recherche mene par le Creq en 2006 sur lingnierie des diplmes de lducation nationale et des titres professionnels du ministre en charge de lEmploi. Elle contribue laborer un jugement distanci et critique sur ces certifications. En parallle, elle fournit des pistes de travail permettant dorienter lactivit des instituts des mtiers, fonds par lAssociation ouvrire des compagnons du devoir du tour de France (AOCDTF). Cette association loi 1901 reconnue dutilit publique sadresse 15 000 compagnons de 25 mtiers diffrents. En fondant les instituts de mtier, les Compagnons du devoir ont ainsi cr des espaces de rencontre, de mmoire, de recherche et de formation, dont la vocation est daider les hommes de mtier envisager lavenir dans le respect des valeurs fondamentales du compagnon-nage : laccueil, le mtier, le voyage, la communaut, la transmission. Lenqute a t propose aux six instituts des mtiers du domaine du btiment : institut de la charpente et de la construction bois, institut suprieur des mtiers du pltre, institut suprieur du mtal dans le btiment, institut suprieur de la cou-verture, institut suprieur de recherche et de formation aux mtiers de la pierre, institut des mtiers de sanitaire et de gnie climatique.Elle a consist en deux sances dentretiens collectifs de 3h30 par mtier, ru-nissant chaque fois entre six et douze personnes pour la plupart chefs dentre-prise, artisans, ou salaris. Ont t ponctuellement prsents des formateurs, des reprsentants des fournisseurs, et des responsables dorganisation professionnelle. La premire sance dentretiens avait pour objectif didentifier les savoir-faire caractristiques du mtier. La seconde dapprhender les tendances dvolution des mtiers. Chaque thme tait accompagn dun diaporama permettant din-troduire et de structurer les changes.Les savoir-faire qui mobilisent les sens, ceux qui se caractrisent par une connaissance fine et un tra-vail de la matire, gardent une grande place dans la reprsentation du mtier mais les changes avec les autres mtiers et lexprimentation de nouvel-les solutions techniques prennent de plus en plus dimportance. Tous ces changements ne laissent pas les profes-sionnels indiffrents ; ils expriment des difficults sadapter voire des regrets : ce ne sont pas seu-lement les comptences ou les habitudes qui sont remises en cause, ce sont aussi les valeurs ; ce nest pas tant le travail qui change mais le sens du travail qui est affect. Une dmarche prospective pour construire le devenir des mtiersLes changes avec les professionnels se sont poursuivis par une srie dentretiens portant sur lanalyse des tendances de la socit et leur im-pact sur les mtiers. Pour guider les dbats, ces tendances ont t considres sous langle de fac-teurs dj identifis par le Collge des mtiers de lAOCDTF : culturels et sociaux, rglementaires, conomiques, organisationnels, technologiques, dmographiques.Les entretiens ont permis de dgager des volutions concernant les prestations attendues par les clients, le fonctionnement du march et le processus de construction. Les clients attendent plus de confort et dhygine. Ils sont mieux informs, ont des exigences nouvel-les en matire dentretien prventif, accordent une grande importance au choix des quipements en fonction des opportunits et des cots. La clientle est de plus en plus sensible la ncessit dcono-miser lnergie, de mnager les ressources naturel-les, de bnficier dun habitat sain.Le march du btiment se transforme. Les cots de main-duvre ont augment, les exigences rela-tives la constitution des dossiers de marchs se sont accrues. Les dlais dexcution des chantiers sont plus contraignants. Les matriaux et quipements se sont multiplis et diversifis, les industriels dveloppent des stratgies de produits-services qui empitent sur lactivit ar-tisanale. Les constructions doivent rpondre des normes trs nombreuses et prcises. Les dcisions de justice rglent frquemment les diffrents entre partenaires conomiques. Les entreprises doivent sadapter ce nouveau contexte et attendent de nouvelles comptences de la part des salaris : veille technologique et rglemen-taire, respect strict des procdures, dveloppement de capacits dautocontrle des travaux effectus... Les proccupations exprimes par les professionnels runis linitiative des instituts des mtiers dpassent une rflexion pose en termes de simple adaptation des mtiers aux volutions de la socit.Le travail men avec les instituts des mtiers sest arrt lvaluation de limpact sur les mtiers des diffrents facteurs dvolution de la socit. Mais le groupe devenir des mtiers a marqu son sou-hait daller plus loin, en commenant formuler des vises stratgiques. Les Compagnons enten-dent tre aussi les acteurs du devenir des mtiers. Aujourdhui, les objectifs fixs par le Grenelle de lenvironnement obligent redfinir les relations aux clients, la conception des systmes construc-tifs, le choix et lutilisation des matriaux, lorga-nisation des changes commerciaux. Les profes-sionnels du btiment ont laborer des rponses qui dfiniront les contours dun nouveau secteur de la construction, avec de nombreuses rpercus-sions sur lemploi et les qualifications. Cela ouvre de larges perspectives de poursuite des rflexions engages.La rfrence au mtier resurgit dans un contexte de mutations qui conduit les professionnels se poser la question du sens de leur travail, de leur identit professionnelle : privatisation, largissement de la concurrence, dveloppement de la relation de service, modification de la clientle, prcarisation de lemploi De nombreux mtiers tablis sont en crise tandis que la professionnalisation de nou-veaux mtiers parat inacheve, incertaine. Il faut souhaiter quun renforcement des collectifs de tra-vail permette de surmonter la difficult faire vivre les mtiers et en assurer le renouvellement. Paul Kalck (Creq).

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