Van Der Veen_à Paraître_a

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    06-Jan-2016

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<ul><li><p>Lolke J. Van der Veen</p><p>Sbastien Bodinga-bwa-Bodinga</p><p>UUNNEE SSOOCCIITTTTRRAADDIITT IIOONNNNEELLLLEE NNOOIIRREE</p><p>AAFFRRIICCAAIINNEE EETT SSEESS PPLLAANNTTEESSUUTTIILLEESS :: LLEESS VVIIYYAA DDUU</p><p>GG AA BB OO NN</p><p>Dnomination, catgorisationet utilisation des plantes</p><p>(Ouvrage soumettre pour publication)</p></li><li><p>INTRODUCTION</p></li><li><p>INTRODUCTION</p><p>La flore tropicale de lAfrique Centrale : richesse et diversit</p><p>La flore tropicale de lAfrique Centrale se caractrise par son extrme richesse et sa trsgrande diversit. Elle recle plusieurs dizaines de milliers despces vgtales dontlintrt pour lhumanit et plus gnralement pour lcosystme de la plante tout entireest manifeste. Outre lquilibre cologique la fort offre lhomme des ressourcesnaturelles pour le prsent et pour lavenir. Les populations noires africaines qui viventdans ce milieu, ont su exploiter ces ressources avec une sagesse intuitive et empiriqueremarquable pendant de trs longs sicles. Le lexique geviya-franais de la flore dont ilsera question dans cet ouvrage, constitue un tmoignage intrigant de la manireharmonieuse dont ces peuples ont russi articuler nature et culture dans le domaine de laflore.</p><p>La constitution dun savoir empirique</p><p>Pour les Eviya du Gabon, peuple trs minoritaire vivant au centre du Gabon (voir cartes 1et 2 ci-aprs), tout comme pour de nombreux autres peuples de ce fascinant paysdAfrique Centrale, la fort est traditionnellement perue comme un lieu sacr, imprgnde mystres et de forces dont il convient de respecter scrupuleusement lharmonie etlquilibre internes tout moment. Les rapports que les membres de cette ethnieentretiennent avec ce milieu sont multiples et complexes.</p><p>Dune part, les Eviya vivaient de la fort. Ils trouvaient en elle de quoi se nourrir etse chauffer, de quoi fabriquer les divers ustensiles dont ils avaient besoin et de quoi gurirou soulager leurs maux. La fort tait ainsi pour eux un lieu de vie qui fournissait lesmoyens de subsistance, alors que labsence de fort tait synonyme de disette ou defamine1.</p><p>Dautre part, les Eviya et les groupes ethniques qui les entourent, vivent, envore denos jours, au milieu de la fort. Dans bien des cas, elle les cerne et se fait omniprsente.Pour survivre il tait indispensable jusqu trs rcemment de connatre ses lieux et de lespratiquer ; indispensable aussi de connatre ses lments constitutifs. Un non-initi se </p><p>1. Le mot geviya pour la plaine ou la savane (-nz`a`a) signifie galement famine !</p></li><li><p>Une socit traditionnelle noire africaine et ses plantes utiles : les Eviya du Gabon</p><p>4</p><p>perdait facilement en fort o tout se ressemble et se perdre dans ces lieux obscursimpliquait la plupart du temps la mort1. Il fallait donc apprendre sy reprer. Activer etaiguiser tous les sens, notamment la vue, lodorat et loue. La matrise cognitive de la fortet des plantes tait une ncessit absolue. Il fallait en outre apprendre se protger desforces et tres surnaturels qui, selon les croyances locales, peuplent les vgtaux, lesrivires et les ruisseaux, les chutes et certains autres lieux spcifiques.</p><p>Toute exploitation sauvage dun tel environnement tait, dans une perspectiveculturelle traditionnelle du moins, simplement impensable parce que contraire la naturedes choses. Lorsque lhomme tait amen entrer dans ce lieu pour chasser ou pcher,pour cultiver ou encore pour cueillir quelques feuilles censes soigner ses maux, il taittenu daccomplir des gestes rituels afin dapaiser les esprits et les gnies du lieu. Cesactes taient lexpression dune dfrence profonde lgard de cet univers qui letranscendait et lui offrait ses richesses. Sen servir pour vivre est autoris dans lespritdun Moviya condition de rtablir lquilibre rompu.</p><p>Cest ainsi quau fil des sicles sest constitu, grce linteraction intensive entreles hommes africains et la fort, un savoir empirique immense du milieu forestier. Cesavoir concerne bien videmment les repres physiques, les changements dus auxvariations saisonnires mais aussi tout ce que la fort offre dutilisable (fruits, feuilles,corces, racines, sves, bois, etc.) ainsi que lexploitation de tous ces lments pourlalimentation, la mdecine, les pratiques rituelles, la chasse et la pche, la construction descases et la fabrication dobjets, et bien dautres domaines encore. Il ncessite un longapprentissage.</p><p>Il est certain que les populations bantoues du Gabon sont pour une partie de leursconnaissances de la fort au moins, redevables ceux que lon appelle les Matres de lafort, cest--dire les Pygmes (wa-b`Ong&amp;O en geviya). Ceux-ci taient installs bienavant larrive des bantous et avaient dj appris domestiquer ce milieu extrmementriche mais peu accueillant pour lhomme. Le lexique geviya de la flore comporte quelqueslments qui font rfrence ces spcialistes de la fort. (Cf. les entres -penda dy-awabOngO et bo-kolo bw-a wabOngO.) Toutefois, le nombre de ces lments nestpas reprsentatif de lapport des Pygmes aux connaissances de la fort.</p><p>Ces connaissances accumules avec le temps ne constituent pas un savoir unifi. Ilsagit bien plutt dun savoir dispers, fragment. Le Moviya moyen a desconnaissances qui lui permettent de faire face aux besoins du quotidien. Desconnaissances plus spcifiques sont dtenues par ceux qui frquentent le milieu forestierpour lexercice de la chasse ou de la mdecine. Ce sont en particulier les devins- </p><p>1. Comme laffirme si bien le proverbe geviya : d`Kmb`an`a g&amp;o p`Knd`K `a s&amp;ab&amp;ak&amp;a m&amp;od&amp;Kg`a. Ce nesont que les inhabitus qui se perdent en fort.</p></li><li><p>Une socit traditionnelle noire africaine et ses plantes utiles : les Eviya du Gabon</p><p>5</p><p>gurisseurs (-ng`ang`a en geviya) qui inspirent crainte et respect aux autres membres dugroupe. Ils connaissent parmi les plantes de la fort celles qui restituent la sant et cellesqui peuvent causer la mort (poisons et contrepoisons), et ne partagent ce savoir quavec lespersonnes de leur choix. Il ny a gnralement pas de mise en commun des savoirsspcifiques entre tradipraticiens. Chacun veille garder minutieusement le secret des soinsthrapeutiques quil dispense.</p><p>Un savoir millnaire doublement menac</p><p>Il est bien connu que de lourdes menaces psent de nos jours sur les richesses de la forttropicale. Chaque anne des milliers dhectares de fort quatoriale africaine disparaissentet avec ceux-ci dinnombrables espces vgtales et animales. Lexploitation sauvage desressources naturelles risque de dclencher plus ou moins long terme une catastrophe lchelle plantaire dont les dgts seront inestimables. Elle donne dores et dj lieu ladisparition progressive des connaissances du milieu, notamment de celles qui concernentla pharmacope et les noms des vgtaux. Dici peu de temps, de nombreuses plantesdisparatront sans avoir t tudies scientifiquement et avec elles vraisemblablement ausside nombreux principes actifs susceptibles de soigner des pathologies que la mdecineoccidentale moderne ne sait pas encore combattre de manire efficace1.</p><p>Une autre menace, toute aussi grave, pse sur la continuit des savoirs accumuls. Ilsagit du modernisme. Celui-ci occasionne une modification en profondeur du rapportentre les hommes et la fort. Le monde rural se transforme. Lhomme gabonais en seforgeant dautres modes de vie devient moins dpendant de la fort. Lcole moderne sesubstitue de plus en plus lcole de la fort. Les nouveaux moyens de transport et decommunication ont ouvert une brche dans la forteresse verte. Lconomie des villages semodifie et de nouvelles habitudes alimentaires sinstallent. Les centres dintrt sedplacent et lon assiste labandon progressif des valeurs traditionnelles.</p><p>Cette volution a pour consquence fcheuse que la symbiose entre les hommes et lafort se relche et que les connaissances concernant cette dernire commencent svanouir.</p><p>1. Daprs un article publi dans la revue Sciences et Avenir, moins de 2% des 90.000 plantes recensessous les tropiques ont t tudies du point de vue pharmacologique jusqu ce jour. (Piro P., Lapharmacologie lcole des sorciers, Sciences et Avenir, Hors Srie n 90, pp. 26-31).</p></li><li><p>Une socit traditionnelle noire africaine et ses plantes utiles : les Eviya du Gabon</p><p>6</p><p>Qui sont les Eviya ?</p><p>Les Eviya (/e-&amp;Ky`a/, sing. /mo-&amp;Ky`a/) sont un groupe ethnique bantou du Gabonqui aujourdhui noccupe plus quun seul village situ sur la rive droite de la Ngouni(affluent de lOgoou) proximit des rapides de Samba-Nagoshi et des chutes delImpratrice1 et entirement entour de formations forestires secondaires, en face de laville de Fougamou, au centre du pays. (Voir carte 1, ci-dessous.) La rgion autour deFougamou se situe entre 200 et 500 mtres au-dessus du niveau de la mer.</p><p>l</p><p>Gabon</p><p>l l</p><p>l</p><p>l</p><p>l</p><p>l</p><p>l Lambarn</p><p>LIBREVILLE</p><p>Oyem</p><p>Port-Gentil</p><p>Mouila</p><p>Tchibanga</p><p>Franceville</p><p>OgooueOgoou</p><p>e</p><p>Nyanga Congo</p><p>Guine Equitoriale</p><p>Cameroun</p><p>OCAN </p><p>ATLANTIQUE</p><p>llFougamou</p><p>Sindara</p><p>MTS D</p><p>U </p><p>CHAILLU</p><p>0 100 200 km</p><p>route principalefleuve, rivire</p><p>EEvviiyyaa</p><p>Ngouni</p><p>Carte 1. Le Gabon et lhabitat des Eviya sur la rive droite de la Ngouni, en face de la ville deFougamou. La Ngouni est un affluent de lOgoou. Au sud-est de lhabitat des Eviya se situe leMassif du Chaillu o plusieurs affluents de la Ngouni prennent leur source.</p><p>La rgion autour du village eviya est peu peuple et difficile daccs. Situe au nord-ouestdu Massif du Chaillu, elle est dlimite par deux rivires, lIkoy et lIkob, qui prennentleur source dans ce Massif et se caractrise par un climat quatorial de transition de la </p><p>1. Entre Fougamou et Sindara. (Voir carte 1.)</p></li><li><p>Une socit traditionnelle noire africaine et ses plantes utiles : les Eviya du Gabon</p><p>7</p><p>zone centrale. La hauteur des prcipitations se situe entre 1 800 et 2 000 mm/an etlhumidit relative dpasse les 80 % pendant toute lanne. Le village se trouve entour dedeux types de formations vgtales : lest par la fort des montagnes gabonaises qui estreste en grande partie inaffecte par les grandes exploitations forestires et o, comme lemontrera aussi le lexique, les Csalpiniaces sont bien reprsentes et lokoum (o-kumeen geviya et appel au Gabon larbre-roi)1, lalep (o-tEva en geviya) et lozigo (o-sigo en geviya) encore abondants. proximit du village et de la ville de Fougamou ontrouve des plantations, des jachres et forts dgrades. Les populations locales pratiquentun systme itinrant de brlis2.</p><p>Les Eviya noccupent en ralit que trois quartiers sur quatre du village, savoirMavono, Mokaba et Byogo. Le quatrime quartier, celui de Ngwasa, est habit par desMitsogo qui appartiennent au mme ensemble ethnolinguistique rfrenc B30 dans laclassification de Malcolm Guthrie. Les noms de ces quartiers sont sans doute ceuxdanciens villages qui se trouvaient plus loin de la Ngouni lintrieur du pays3 et quisont abandonns de nos jours. (Voir carte 2, page suivante.)</p><p>Le nombre dindividus appartenant ce groupe est trs restreint. Il est nanmoinsdifficile de le dterminer avec exactitude dans la mesure o plusieurs membres de lethnieont quitt leur village natal pour stablir dans les grandes villes telles que Libreville, Port-Gentil et Franceville. Les premiers documents crits ceux de lexplorateur Paul DuChaillu faisant mention des Eviya (les Avias) suggrent que dj au milieu du sicledernier, les Eviya ntaient plus trs nombreux. Il y est question de quelques villagesseulement dont certains se trouvaient, lpoque, dans un tat assez lamentable et mal enpoint. Depuis, la population eviya a encore considrablement diminu en nombre sousleffet de plusieurs pidmies (varicelle et variole entre autres) et aussi par assimilationavec les ethnies voisines, les Mitsogo et les Eshira (infra). Il y a une quarantaine dannes,Soret estimait leur nombre 3504. Tout laisse penser que les Eviya, linstar de plusieursautres ethnies du Gabon, sont actuellement en voie de disparition totale.</p><p>Quasiment rien ne nous est connu de lhistoire antrieure de cette ethnie. Latradition orale que rapporte Bodinga-bwa-Bodinga5 est intressante mais elle est loindtre claire et comprend des lments historiquement invraisemblables. Le groupelinguistique auquel appartient leur langue prsente des affinits avec les langues venues du </p><p>1. Pourtier (1989 : 35) attire lattention sur ltroite association entre lessence de cet arbre et le Gabon.2. Informations tires de Barret (1983). Dans cet ouvrage, Guy Caball prcise que la phytogographie estune science neuve au Gabon et que par consquent beaucoup de travail reste faire (p. 37).3. A 7 km environ.4. Dans Raponda-Walker (1960).5. Bodinga-bwa-Bodinga (1969).</p></li><li><p>Une socit traditionnelle noire africaine et ses plantes utiles : les Eviya du Gabon</p><p>8</p><p>Nord et du Nord-Est. Une zone dorigine commune situe dans le Nord du Gabon, enloccurrence lIvindo, parat plausible1. Il est toutefois probable que les Eviya habitentcette rgion depuis fort longtemps maintenant et que de nombreux changes ont eu lieuentre les diffrentes ethnies sur place.</p><p>Ngouni</p><p>chu tes</p><p>a val amo ntd ba rca dre cen tra l</p><p>maison familiale Bodinga</p><p>Zone EVIYA</p><p> Mokaba</p><p> Mavono</p><p>marigot</p><p>cole</p><p> Ngwasa</p><p>n n</p><p>n</p><p>Broussailles</p><p>Habitation(s)</p><p>n nn n n n</p><p>n</p><p>n</p><p>n</p><p>n</p><p>nn</p><p>n</p><p>n</p><p>n</p><p>n</p><p>n n</p><p>n</p><p>nn</p><p>n n</p><p>n</p><p>n</p><p>n</p><p>n</p><p>n</p><p>n</p><p>n</p><p>n</p><p>Fort second.</p><p>Zone MITSOGO</p><p>Vers anciens villages (7 km)</p><p>Carte 2. Plan du territoire eviya tabli d'aprs un croquis dtaill ralis par Mose Modandi wa-Komba. L'emplacement du quartier Byogo n'y ayant pas t prcis, celui-ci n'a pas t indiqu surcette carte. La ville de Fougamou se trouve en face, sur la rive oppose de la Ngouni.</p><p>La langue des Eviya sappelle le GEVIYA (/e-&amp;Ky`a/). Cette langue typiquementbantoue appartient avec cinq autres parlers au groupe linguistique B302. Elle a nanmoinst assez fortement influence par leshira, une autre langue bantoue gographiquementvoisine mais appartenant un autre groupe linguistique, le B40. Cette influence est </p><p>1. Van der Veen (1991).2. Pour le systme de rfrences, voir Guthrie (1948).</p><p>dbarcadre centrale</p></li><li><p>Une socit traditionnelle noire africaine et ses plantes utiles : les Eviya du Gabon</p><p>9</p><p>particulirement vidente dans le domaine du lexique (voir ci-aprs : Lnigme desdoublets et triplets lexicaux). Le lecteur intress pourra trouver une descriptionlinguistique dtaille dans Van der Veen (1991)1. Leshira est parl notamment dans largion de Fougamou et au sud de cette ville.</p><p>Le lexique geviya-franais de la flore</p><p>Le lexique spcialis qui suit comporte prs de 700 noms de plantes, simples oucomposs2 et de nombreuses prcisions sur lutilisation des plantes par les Eviya.Beaucoup de termes du lexique sont encore connus des jeunes locuteurs eviya maissigne inquitant ces derniers sont de moins en moins capables didentifiercorrectement les rfrents qui correspondent ces termes, sous linfluence, bien entendu,des facteurs dcrits ci-dessus.</p><p>Le nombre de vgtaux identifis jusqu ce jour slve 4493. Ceux-ciappartiennent prs de 90 familles. Certaines de ces familles sont particulirement bienreprsentes. Il sagit des Annonaces (12 espces), des Apocynaces (16 espces), desAraces (11 espces), des Composes (13 e...</p></li></ul>

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