Vers une histoire de la linguistique cognitive amé ?· Vers une histoire de la linguistique cognitive…

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    13-Sep-2018

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Vers une histoire de la linguistique cognitive amricaine Jean-Michel Fortis, C.N.R.S. quipe Histoire des Thories Linguistiques Universit Paris Diderot 5 dcembre 2012 Universit de Poitiers 1 2 Une science dynamique na que faire de son pass. Elle va de lavant. Marvin Minsky Franoise Fogelman-Souli (cit par Dupuy, 1994, Aux Origines des Sciences Cognitives, p.34) Plan 1. A quoi sert lhistoire de la linguistique? Quelques remarques gnrales. 2. Le cas de la linguistique cognitive amricaine: son contexte dmergence et la grammaire gnrative. 3. La smantique gnrative. 4. Les origines des thmatiques et des outils descriptifs dvelopps par la LC en milieu amricain. 3 1RE PARTIE A quoi sert lhistoire de la linguistique? 4 A quoi sert lhistoire de la linguistique? Dans lintrt de la description linguistique elle-mme, lhistoire peut servir ne pas rinventer le fil couper le beurre (ou le rinventer sans le dire). comprendre mieux des concepts, ou au moins expliquer des anomalies (comme la distinction conjonctions / adverbes). voir dautres angles dattaque possibles, historiquement attests, et donc relativiser telle ou telle approche. cette relativisation historique peut saccompagner dune rflexion sur les critres qui dfinissent une bonne thorie aux yeux des acteurs. 5 A quoi sert lhistoire de la linguistique? Du point de vue de la reprsentation par les acteurs de leur situation historique, lhistoire peut servir lucider lhorizon de rtrospection des acteurs (Auroux). offrir une version non (ou diffremment) instrumentalise de lhistoire (cf. Chomsky, 1966, Cartesian Linguistics). ici interviennent (cf. Blanckaert 2011, La linguistique naturaliste, propos de lopposition naturalisme / historicisme social; Puech & Raby 2011, Formes et enjeux de la rtrospection): canonisation de certaines sources, exclusion dautres, discours pidictique, dmonstration du caractre cumulatif de lapproche, progrs et auto-promotion de la nouveaut. 6 A quoi sert lhistoire de la linguistique? Lhistoire nest pas un luxe: Most we know about language has been learned in the last three decades. Bickerton, 1990, Language and Species, p. 5. The most important way in which cognitive linguistics differs from other approaches to the study of language, then, is that language is assumed to reflect certain fundamental properties and design features of the human mind. Evans & Green, 2006, Cognitive Linguistics. An Introduction, p.5. 7 Quelques prcautions viter la tlologie rtrospective (= narrer lhistoire en fonction de ce que la postrit va approuver). Admettre le para-scientifique, les emprunts hors champ linguistique etc. ne pas chercher les prcurseurs. tendre vers la neutralit pistmologique sans tomber dans lide que les thories sont incommensurables (Auroux, Hist. des Ides Linguistiques I, p.16-7). viter de faire une histoire rationnelle la Hegel (le rel est rationnel). ne pas oublier les facteurs institutionnels, politiques etc. 8 2ME PARTIE Le contexte dmergence de la linguistique cognitive 9 Contexte Le naturalisme mentaliste (19me) et non rductionniste (parfois non matrialiste, p.ex. Lotze), ce que Hatfield appelle le naturalisme mthodologique (1990, The Natural and the Normative), nest plus acceptable. Bloomfield (1935, Language, p.vii): le mentalisme est inutile en linguistique: we can pursue the study of language without reference to any one psychological doctrine. et il soppose au mcanisme (qui permet de penser la causalit). 10 Contexte Annes 1960: Fin dune opposition mentalisme / mcanisme. Le dpassement de cette opposition est autoris et thoris par le fonctionnalisme computationnel; mais aussi dpassement des objections possibles (post-wittgensteiniennes) lidentification dtats mentaux avec des tats crbraux (cf. Putnam 1960, Minds and Machines). Le conglomrat des sciences cognitives, qui favorise la notion de reprsentation (en part. smantique: thories diverses du traitement smantique en psychologie et IA: flow charts, schmas, cadres, modles mentaux, rseaux smantiques; relgitimation dides traditionnelles: imagerie, rep. smantiques, langage mental, primitives smantiques). 11 Contexte En linguistique, constitution de la grammaire gnrative, rejeton du structuralisme amricain (avec des lments venant des mathmatiques). Chomsky peru comme rinstaurant le mentalisme en ling. (aprs Logical Structure of Ling. Theory; Seuren 1998). Le tournant est vers 1957, sintresse lacquisition, met en place son dispositif dargumentation en faveur de la GU et son image historique de rupture. Psychologie endogne: Une bonne thorie ling. est ipso facto psychologiquement relle (in Rules and Representations). En outre, Chomsky a t peru comme rinstaurant la smantique au cur de la grammaire. 12 Perception de la GG McCawley (1976b, Notes from the Linguistic Underground, p.6) : Aspects brought semantics out of the closet. Here was finally a theory of grammar that not only incorporated semantics (albeit very programmatically) but indeed claimed that semantics was systematically related to syntax Langacker (1973 [1967], Language and its Structure, p.10): In recent years, linguists have recognized that meaning and syntax are crucial to an understanding of language. () They have also recognized that language is basically a psychological phenomenon, one that cannot be studied fruitfully just by observing linguistic behavior. The resulting approach to the investigation of language, a movement known as generative grammar, provides the basic orientation of this book. 13 Perception de la GG Pour comprendre cette perception de la GG comme (r)introduisant la psychologie et la smantique, il est ncessaire de prsenter la notion de structure profonde. 14 La structure profonde Ds les origines la GG sest donne pour but de rendre compte des noncs ambigus (p. ex. the shooting of the hunters) en leur donnant des reprsentations diffrentes. Inversement, elle sest proccupe aussi de reprsenter la relation qui unit des noncs en relation paraphrastique (synonymes) mais distincts dans leur forme syntaxique, par exemple lactif et le passif. Des transformations permettent de driver les noncs synonymes (la notion de transformation vient de Zellig Harris; dtails dans Seuren, 1998, Western Linguistics): N1 V N2 N1 is V-ed by N2 (Transf. Passive) 15 La structure profonde Katz et Postal, 1964, An integrated theory of linguistic descriptions: Indicateurs sous-jacents (underlying phrase markers) c--d niveau danalyse o on peut rcuprer les relations grammaticales (sujet et objet), retrouver la structure en constituants, ou rtablir les lments effacs et permuts. Selon K&P, les noncs en relation paraphrastique doivent avoir le mme indicateur sous-jacent parce quils slectionnent les mmes lments cooccurrents: Par ex. Johns flying of the plane et the way in which John flies the plane ont le mme ind. sous-jacent: les deux noncs sont paraphrastiques et slectionnent erratic ou foolish : Johns flying of the plane is erratic / foolish etc. et the way in which John flies the plane is erratic / foolish etc. (Katz et Postal 1964, p.140). 16 La structure profonde Linfluence de Katz et Postal a t importante. Cest leur niveau des structures sous-jacentes que Chomsky va adapter sous le nom de structure profonde, apparemment sous linfluence directe de Postal (selon Jackendoff, cf. Huck et Goldsmith 1995, Ideology and Linguistic Theory, p.98-99). Do le modle d Aspects of the Theory of Syntax (1965). 17 Le modle d Aspects of theTheory of Syntax (1965) 18 Structure profonde Reprsentation smantique Structure de surface Lexique Reprsentation phontique Rgles de structure syntagmatique Rgles de sous-catgorisation Rgles dinsertion Rgles de projection Transformations Rgles phonologiques 3ME PARTIE La smantique gnrative 19 Importance de la sm. gnrative Tous les linguistes qui ont eu un rle important dans la constitution de la LC (Lakoff, Chafe, Langacker, Talmy, Fillmore, Fauconnier) ont adopt un moment un point de vue gnrativiste (mme ceux en activit avant lhgmonie de la GG, comme Chafe). Tous ont particip au mouvement de la smantique gnrative (SG), ou ont eu des positions trs proches de celle-ci (mais Fauconnier est un cas spcial). Le schisme GG non-abstraite (GGNA) / SG prlude lmergence de la LC (mais nest pas sa source unique). 20 Rle de la smantique gnrative? Reste claircir le rle de la SG: Lakoff (1987, Women, Fire and Dangerous Things, p.582) I view cognitive grammar as an updated version of generative semantics. Langacker (1987, Foundations of Cognitive Grammar I, p.4) Cognitive grammar is not in any significant way an outgrowth of generative semantics. 21 Un malentendu Cf. Robin Lakoff (1989 : 941) : in his less technical writings, like Cartesian Linguistics (1966) and Language and Mind (1967), which were being discussed and worked on in the immediate post-Aspects period, Chomsky implied a lot in these areas [= la cognition]. He talked of DSs [Deep Structures] as linked to universal human cognitive structures, Ts [Transformations] as windows into the mind. Fin de non recevoir de Chomsky : a dreadful surprise, selon Jackendoff (Harris 1993 : 139). Un schisme suit, qui oppose la SG la GG non-abstraite (Newmeyer). Sur GGNA / SG: Harris, 1996, The Linguistic Wars; Huck & Goldsmith, 1995, Ideology and Linguistic Theory; Newmeyer, 1986, Linguistic Theory in America. 22 La smantique gnrative Hypothse de Katz-Postal : les transformations laissent le sens inchang (principe pressenti par Z. Harris). Problme : limprative, par ex., ne prserve pas le sens de la dclarative sous-jacente. Solution de Katz et Postal (1964) : enrichir les structures profondes de marqueurs formels : I you Present will drink the beer > Drink the beer ! Au lieu de marqueurs formels, dautres postulent des structures profondes smantiques (par ex. Lakoff, ou Langacker quand il traitera de la transformation interrogative). 23 La smantique gnrative Lakoff date la naissance de la SG de 1961 (mmoire dundergraduate achev en 1964: tentative dlaborer une grammaire du conte partir de lappareillage dune GT; matriau: la morphologie du conte de Propp). Lakoff 1963 (Toward generative semantics): extension considrable de la notion de paraphrase (I like the book / the book pleases me ont la mme SP) et des contraintes smantiques sur la distribution: hit a ball hit a smash (cf. What I did to the ball / *to a smash was hit it) Fillmore traitera ce type de prob. avec sa grammaire des cas (1968, The case for case). Lakoff (1963): la gnration doit prendre en compte la smantique et procder partir de ce que nous pensons et voulons exprimer. 24 La smantique gnrative Jonction avec la logique des prdicats par suite de: la rduction des parties du discours profondes (chez Bach, Ross, Lakoff et McCawley) P, N, V, conjonctions. V = prdicat, N = argument (en corfrence avec une variable chez McCawley par ex.) limpossibilit de traiter certains problmes (comme les anaphores croises: a boy who saw her kissed a girl who knew him) lemploi des arbres de drivation pour reprsenter les formules logiques (et par ex. les phnomnes de porte des quantificateur) Lakoff: at that time, semantics meant logic - there was no other technically viable approach to semantics. (Huck & Goldsmith 1995, p.107). 25 La smantique gnrative Une thorie totale: Logique: reprsenter la forme logique (quantification), y compris le raisonnement (paraphrases avec connecteurs logiques; Lakoff 1970, Linguistics and natural logic). Distributionnelle: reprsenter les contraintes smantiques sur les formes de surface. Pragmatique: reprsenter les prsuppositions et la structure informationnelle. 26 La smantique gnrative Un exemple: le traitement de absolutely (Lakoff 1970) Logiquement: Sam didnt see anyone Sam saw no one. x( (Sam saw x)) x(Sam saw x) mais Distributionnellement: inacceptabilit de *Sam didnt see absolutely anyone vs Sam saw absolutely no one due labsence dun quantificateur universel. et absolutely est en cooccurrence avec necessary, impossible, fascinating mais non avec possible, interesting. notion de valeur extrme sur une chelle (Robin Lakoff). Mme perspective chez Fauconnier (sur any, indicatif dun point bas sur une chelle; Fauconnier 1975, Pragmatic scales and logical structure ). 27 La smantique gnrative Niveau pragmatique: reprsentation du focus sous forme du nud prdicatif le plus lev in Lakoff (1965 [1970]). Dans les annes 1970, sous linfluence de la philosophie, explosion des recherches sur les prsuppositions, les contextes de croyance, les ambiguts rfrentielles : Reprsentation de lambi. de dicto / de re (McCawley 1970), notions de world-creating verb (Morgan 1969), de contrepartie (image dun rfrent dans un monde possible < David Lewis) chez Lakoff (1968), de monde Image (Jackendoff 1975), de fonction pragmatique, c--d assignant son rfrent une expression, chez Nunberg (1978) tous thmes repris par Fauconnier (espaces rfrentiels puis espaces mentaux). 28 La smantique gnrative Les arbres de drivation sont chargs de multiples tches: reprsenter les constituants, la forme logique, la porte de lassertion et des quantificateurs, le focus informationnel, les ambiguts. Un ex. est la reprsentation de lambigut de dicto / de re (McCawley, 1970, Where do noun phrases come from?, inspir par Quine) : Willy said that he had seen the woman who lives at 219 Main St. o the woman who lives at 219 Main St. est de dicto ou de re. 29 La smantique gnrative Interprtation de dicto: 30 La smantique gnrative vs interprtation de re: 31 La smantique gnrative Rle des langues de spcialit: Chafe et Talmy sont confronts des langues polysynthtiques, resp. lonondaga (fam. iroquoienne) et latsugewi (fam. hokan). La thorie syntaxique dAspects nest pas approprie. passage un niveau plus profond, smantique, o le message est mis nu, et qui permet la comparaison avec langlais (Fortis 2012, Chafe et Talmy: deux approches de la linarisation lpoque de la SG). 32 La smantique gnrative Le programme demeure universaliste (comme chez Chomsky): the semantic structure of Onondaga differs from that of English in relatively trivial ways, and that the striking differences between the two languages arise largely as the result of postsemantic processes, which lead to markedly different surface structures. (Chafe 1970a, Meaning and the Structure of Language, p.268) chez Talmy (1972, Semantic structures in English and Atsugewi ), cest une mme structure sous-jacente universelle, qui va servir de patron syntaxico-smantique langlais et latsugewi. 33 Objets Linguistiques Non-Identifis Thses de Gruber (1965, Studies in lexical Semantics) et Talmy (1972). Travaux localistes. Gruber rles thmatiques de Source / Thme / But, Ex. obtain incorpore un TO profond; TO V = TO est obligatoirement incorpor, c--d le sujet doit tre un but). Les notions positionelles sont applicables aux champs identificationel, possessionel, classificateur or communicationel: the coach turned into a pumpkin (identificational), John gave a book to Bill (possessional), John translated the letter from Russian to English (class membership), John reported to Mary that (1965: 47s). Il appelle cette application abstract motion. Gruber va inspirer Jackendoff sa thorie localiste des rles thmatiques (1976, 1983), peut-tre influencer Talmy (?). 34 Objets Linguistiques Non-Identifis Talmy (1972): structure profonde commune langlais et latsugewi: 35 Objets Linguistiques Non-Identifis Les structures de surface sont drives par adjonction darbre et un processus appel conflation (fusion de prdicats = predicate raising en SG). 36 Objets Linguistiques Non-Identifis Exemple atsugewi: 37 Objets Linguistiques Non-Identifis Les structures de surface sont drives par adjonction darbre et un processus appel conflation (fusion de prdicats = predicate raising en SG). Apparemment, pas de lien avec la tradition localiste ni avec la toute rcente grammaire localiste des cas dAnderson (Fortis, par.). Les travaux de Jackendoff et de Talmy sont en continuit avec leurs analyses cognitivistes postrieures (Jackendoff 1983, Talmy 1985 etc.). Exception: abandon des arbres et des drivations complexes chez Talmy. Influence vraisemblable de Talmy sur Langacker. 38 Le cas Langacker Evolution complexe, drive depuis la SG jusqu la proto-grammaire cognitive quest la Space Grammar (Fortis 2010c, De la grammaire gnrative la Grammaire Cognitive). Initialement, influence de Postal (p.ex. analyse des interrogatifs reprise de Katz & Postal, 1964, An Integrated Theory of Linguistic Descriptions). Ex. (simplifi) dune drivation in Langacker (1965: 593): wh + Henri + prfre + quelque + tableau => (changement dordre) wh + quelque + tableau + Henri + prfre => (duplication) wh + quelque + tableau + Henri + prfre + Henri => (pron., facultatif) Quel tableau Henri prfre-t-il? 39 Le cas Langacker Etape suivante: limination des marqueurs formels de Katz et Postal en faveur de V performatifs profonds (comme en SG). Note des difficults concernant la synonymie des transforms. Ex. ??Cest quelque chose que tu vois? Quest-ce que tu vois? (Langacker 1973) cette non synonymie des transforms est la cible de critiques de Chafe et surtout Bolinger, par ex. dans Meaning and Form, 1977 (dont Langacker reprendra certaines critiques de la GG dans Foundations). 40 Le cas Langacker Cherche une motivation fonctionnelle aux rgles de mouvement, la transformation passive et la pronominalisation (notion de command). Les rgles de monte (raising rules) ou de commande sont dcrites comme tablissant la primaut (primacy) ou la saillance dun constituant (Langacker 1969, 1974). La passivation ralise un foregrounding. des processus purement formels seraient dpourvus de motivation. 41 Le cas Langacker Pour expliquer la variation typologique dans lexpression du passif (langues uto-aztques: le passif peut reposer sur une nominalisation, une sorte de construction impersonelle, ou une rflexivation), il pose une struct. prof. trs abstraite (Langacker & Munro 1975): = argument non-distinct (omis, ou identique N2 dans une construction rflexive ) Par ex. en mojave: was killing John = John was killed 42 Le cas Langacker Langacker pose que le passif anglais a la mme structure et que le syntagme en by correspond une prdication indpendante ayant un certain apport smantique. Il tudie la smantique de BE, DO, HAVE en raison de leur rle dauxiliaire et aussi en raison de leur polyvalence (interviennent dans la passivation et les structures possessives dans des langues uto-aztques par ex.). La description typologique le conduit une analyse smantique des auxiliaires, copules, prpositions (Langacker 1975) 43 Le cas Langacker Etape suivante: toutes les propositions ont un type de structure qui inclut celle des passifs, avec un auxiliaire profond qui peut tre DO, HAVE ou BE: The apple was eaten = I SAY [PAST [BE [ APPLE EAT]]] Cette hypothse caractrise le nouveau modle : la stratigraphie fonctionnelle. Dans ce modle, I have the book et the book is to me ne sont plus synonymes (DO profond dans le 1er cas, BE profond dans le second). chaque construction a sa smantique propre, la construction syntaxique tend tre limage de la composition smantique: Ce sont l des thses de la Gram. Cognitive. 44 Le cas Langacker La Space Grammar reprend le modle prcdent (en strates): Gr: Ground Ep: epistemic layer (TAM) Ex: existential layer (niveau de BE, DO) OC: objective content (noyau propositionnel) (adapt de Langacker 1978) Cette structure est dite iconique. 45 Le cas Langacker Cette structure laisse progressivement place un modle fond sur la dpendance des arguments aux verbes (influence probable de Fillmore, peut-tre de Tesnire). Langacker spare aussi les TAM et les articles du prdicat et de ses arguments (plan pistmique vs objectif). Le rsultat est un clatement du modle stratigraphique, et lmergence dun modle par assemblage de signes (lis par dpendance). Dans ces reprsentations clates, les relations grammaticales et lendocentricit du prdicat napparaissent plus (> emprunte figure et fond Talmy; Fortis 2010c). 46 47 Langacker, 1979, Grammar as image, p.117. Le cas Langacker Dans la Space Grammar, les couches (Gr, Ep, Ex, Obj) sont ralises par des units qui portent en elles leur mode de composition dans la chane (influence de Chafe?) > abandon progressif des rgles gnratives, modle fond sur le signe et la dpendance (1978: 860). 48 Le cas Langacker Gnralisation de la dualit figure / fond: la figure est le designatum, par opp. au systme de concepts auquel le designatum est associ. La tte est aussi une figure (le profil). Le lien entre les deux rside dans la morphologie (-er dans runner est le designatum et la tte, run est la base; Langacker 1979). Influence vraisemblable de Talmy (fig. / fond) et Fillmore (frame). Renomme la Space Grammar en Cognitive Grammar partir de 1983. Par la suite, rcupre la notion de rgle (formation du participe pass; 1982) et sarrange pour en faire une forme de catgorisation. Rcupre la constituance. lmergence de la GC conclut ainsi une drive depuis la GT et la SG. 49 Le reflux de la SG Position institutionnelle moins forte que les Chomskyens (peu dtudiants, sauf Chicago). Changements thoriques frquents (surtout chez Lakoff). Difficults thoriques, lies la syntaxe (les amalgames) mais surtout la prise en compte des connaissances encyclopdiques et de lexprience humaine. Pas dapproche unifie. Certains partent du ct de la smantique formelle (cf. Partee 2011). Rpliques du ct adverse (p. ex. lhypothse lexicaliste; cf. Newmeyer 1986). 50 De nouvelles thmatiques Vers 1975, linfluence de la SG sestompe. Simultanment, Summer Institute de Berkeley, 1975 : exposs de Rosch sur les catgories et le prototype, de Fillmore sur la notion de cadre (micro-systme smantique), Kay & McDaniel sur la catgorisation des couleurs, Talmy sur les primitives topologiques. Lakoff voit la promesse dune convergence : dimension non-propositionnelle et non-logique du sens : durant cet t de 1975, je me suis rendu compte que la grammaire transformationnelle et la logique formelle taient dsesprment inadaptes et jai arrt de faire de la smantique gnrative (Ruiz De Mendoza Ibez 1997 : 39). 51 Le prototype et la catgorisation Patchwork thorique mis en place par Rosch et croisant de multiples influences (Fortis 2010b, De lhypothse de Sapir-Whorf au prototype). Forte influence initiale de Berlin & Kay (1969, Basic Color Terms, malgr le peu de fiabilit de cette tude; cf. Hickerson 1971). Elargissement progressif chez Rosch: couleurs focales > bonnes formes > catgories dites smantiques. Conclut une volution allant du relativisme (annes 1950, chez Lenneberg) luniversalisme (annes 1970), rhabilitant par ex. des ides volutionnistes. Universalisme lgitim par le modle neurophysiologique de Kay & McDaniel (1978) et servant couramment dprcier le relativisme linguistique (lhypothse Sapir-Whorf). 52 Le prototype et la catgorisation Version finale de Rosch: Les catgories smantiques sont organises comme les catgories naturelles (ex.: les couleurs et les formes), autour de prototypes (tous les membres ne sont pas galement typiques de la catgorie, ils sont associs par une ressemblance de famille). Leur structuration obit au principe de maximisation de la validit dindice (cue validity ; maximisation de la redondance des indices et de la contrastivit). Au niveau de base (chien), la validit dindice est maximale et la discontinuit morphologique par rapport au niveau suprieur est maximale (animal). Le niveau infrieur (Milou) spcifie peu par rapport au ndb. (Fortis 2010) 53 54 Le prototype et la catgorisation Notion de prototype importe par Lakoff ds 1973 (Hedges, enclosures, du type strictly speaking ou regular dans Harry is a regular fish). Lakoff, avec Ross, sintressait aux phnomnes de gradience (Nouniness de Ross date de 1973). Modle: Fuzzy Grammar (Lakoff 1973, Fuzzy grammar and the competence / perf. terminology game). A lpoque, lenclosure est formalise par la thorie des ensembles flous de Zadeh (1965), abandonne ensuite (pas plausible cognitivement). 55 Le prototype et la catgorisation La thorie du prototype est simplifie (exit la validit dindice, sauf chez Nunberg) et employe en smantique lexicale (traitement de la polysmie). Elle permet de rcuprer la problmatique de la formation analogique (Bybee et Slobin 1982 lappliquent aux familles de verbes irrguliers anglais). Le thme de la catgorisation et de la typicalit contribuent rveiller des problmatiques en sommeil (smantique lexicale, analogie) et de connecter ces problmatiques avec des questions lies la variation et la diachronie (chez Bybee par ex.). Souvent, la perspective est typiquement empiriste (sens concrets, spatiaux etc. sont prototypiques). La typicalit est vue comme en contradiction avec le programme gnratif (Lakoff 1991). 56 Les mtaphores Aprs 1975, Lakoff rumine (a chang encore de modle syntaxique). Produit finalement un article attrape-tout (Linguistic Gestalts 1977) o des phnomnes disparates sont traits par la notion de Gestalt (entendue comme supplment exprientiel qui permet de comprendre, construire, rejeter une structure linguistique). Peut-tre faute daffiliation thorique claire se tourne vers les mtaphores (Metaphors We Live By, en coll. avec Johnson, 1980). Les figures (surtout la mtonymie) taient prsentes dans la SG mais initialement elles taient traites sous forme de rgles (beheaded-NP chez Borkin 1972, reification chez Lakoff et McCawley). 57 Les mtaphores La thorie de la mtaphore conceptuelle a de nombreux prcurseurs (Burkhardt & Nerlich 2010, Tropical Truths, Introduction). Pour Lakoff & Johnson, plusieurs filiations directes: pragmatique: la mtaphore comme acte de parole indirect (Searle 1979), ou acte de parole sui generis (Loewenberg 1975). philosophique: Max Black (1955, 1979), Paul Ricur (1975, La Mtaphore Vive). pistmologique: mtaphore comme modle en science (Pepper 1942, Hesse 1966), outil heuristique (Donald Schn), fictionnalisme (tradition empiriste et pr-analytique, Tooke > Bentham puis Vaihinger). esthtique: smantico-littraire chez Richards (1936, Philosophy of Rhetoric), gnrale chez Goodman (1968, Languages of Art). linguistique: Reddy (1969, 1979: The conduit metaphor). psychologique (Ortony 1978; stades de comprhension, importance de lanomalie smantique, co-prsence de la reprsentation du vhicule). 58 Les mtaphores Les annes 1970 sont une priode dexplosion des recherches (Noppen liste 4900 rf. entre 1970 et 1985 !). The 1970s have seen the renaissance of figurative language. It is now a hot topic. (Honeck, 1980, Historical notes on figurative language) Illinois Conference on Metaphor and Thought (1977). Actes dans Ortony; 1979, Metaphor and Thought. Interdisciplinary Conference on Metaphor, University of California, Davis (1978). Plusieurs rencontres de : la Society for Research in Child Development (1975) lAmerican Psychological Association (1977, 1978, 1979). University of Chicago Extension (1978) : Metaphor : the conceptual leap, qui a accouch de S. Sacks (ed.), 1979, On metaphor. 59 Les mtaphores Problmatique transversale, issue de Richards et reprise par Max Black (1954-5) et Ricur (La Mtaphore Vive): La mtaphore est-elle une comparaison abrge ou une interaction? Exploite-t-elle des similitudes qui lui prexistent, ou est-elle cratrice de similitudes (rle constitutif)? Ce questionnement a des rsonances philosophiques profondes (critique de la notion de ressemblance chez Black et Goodman par ex., mais qui remonte Platon et Aristote). 60 Les mtaphores Les sources immdiates: La rhtorique restreinte la mtaphore vient des philosophes (et aussi de Richards). La prsentation XBUT EST YSOURCE (ex. MORE IS UP) vient de Black. La mise en rapport de systmes (ou domaines) vient de Black et Goodman. Influence des cadres de Fillmore (?) et du nolocalisme. Lide de mtaphore ramifie et constitutive dune perspective sur un domaine se trouve chez Reddy (1979, la mtaphore rifiante de la communication des ides par un canal, induisant un anti-subjectivisme). La contestation de la mtaphore-comparaison vient de Richards, Black, Ricur et Goodman. Les corrlations exprientielles sont une objection nouvelle la mtaphore-comparaison. (sur les influences philosophiques, voir Johnson 1981, Metaphor in the philosophical tradition) 61 Les mtaphores Spcificits de lapproche de Lakoff & Johnson: Traitent de mtaphores courantes, uses (avec le risque que la smantique paraisse toujours claire). Fournissent des descriptions explicites des domaines relis (par ex. structure de cadre, avec rles actantiels). Risques: ngliger lanalogie, la ressemblance de famille, laxe paradigmatique des comparaisons etc. (Haser, 2005, Metaphor, Metonymy and Experiential Linguistics). Articulent leur thorie avec une critique dune forme de ralisme (mais voir la tradition fictionnaliste), de la notion de vrit-correspondance etc. (mais leur adversaire est largement fictif; Haser 2005). 62 Les mtaphores (Relative) originalit de Lakoff & Johnson: Insistance sur le thme de lincarnation (embodiment): schmes sensorimoteurs (renvoi tonnant Kant) et corrlations exprientielles (Johnson 1987, The Body in the Mind) . Forte imprgnation empiriste. Offrent une sorte de symptomatologie des ides philosophiques in Philosophy in the Flesh (sur quelles mtaphores fonctionnent-elles? Mais voir Pepper 1942, World Hypotheses, en science). La thorie va servir contester le programme gnratif et les sciences cognitives de premire gnration (paradigme computationnel, formel, logiciste; Lakoff & Johnson 1999, Philosophy in the Flesh). 63 Les constructions La notion revient pour de nombreuses raisons, certaines relvent dune contestation de la GG: Non-synonymie des transforms (Bolinger 1977, Meaning and Form, et aussi Chafe et Langacker); Le pansmantisme: toutes les formes ont un sens (pas de marqueurs ou de catgories purement formelles; Chafe > Langacker); Le thme de lidiomaticit (association dune forme, vent. dviante avec des conditions demploi smantiques et pragmatiques; Bolinger, Fillmore & Kay); Des observations sur des corrlations entre comportement syntaxique et classes smantiques, et sur les alternances (type dative movement), importantes en GT (cf. Green 1974, Semantics and syntactic regularity, sur lalternance dative; source de Goldberg). 64 Inductivisme Notion dabstraction ou dextraction de rgularits partir dinstances spcifiques, renforce par la convergence entre: Les constructions (Tomasello 2003, Constructing a Language). La notion de schma (substitue celle de rgle) chez Bybee et Slobin, elle-mme en lien avec la notion de prototype: productivit limite, comptition entre schmas (*bringed / brought / brang), rgularisations et changements diachroniques (1982, Rules and schemas in the development and use of the English past tense). La notion de grammaire fonde sur lusage et la dfinition de la grammaire comme structured inventory of conventional units (Langacker 1987, ch. 2; Fortis 2011, La notion de linguistique usage-based chez Langacker). opposition au nativisme chomskyen. 65 Psychologisation Retour des facults psychologiques, titre dexemple: Mmoire: en lien avec lidiomaticit / les collocations et la critique de la productivit gnrativiste (Bolinger 1976, Meaning memory); pour rendre compte de phnomnes intonnationnels chez Chafe (1973, Language and memory). Conscience: en lien avec lexpression de linfo. donne / nouvelle chez Chafe (1974, Language and consciousness). Image: emploi des diagrammes (localisme, schmatisme, gestalt et critique des primitives propositionnelles chez Langacker). Attention: des lexicalisations diffrentes dun mme vnement orientent lattention vers des composants diffrents de lvnement (Talmy). 66 Conclusion Rle de la SG? Beaucoup des problmatiques de la LC proviennent de la SG. Certaines thories sont directement issues dapproches type SG (celle de Talmy, et la Space Grammar; cf. aussi les cadres de Fillmore). On ne peut pas parler de rupture complte entre GG et LC. Caractristiques initiales de la LC et rapport la GGNA Des traits de la LC rsultent de son opposition la GGNA, la suite de la dfaite de la SG. La LC sest construite par convergences autour dun noyau empiriste: primaut de lexprience, gnralisation partir du divers de lexprience. Non nativiste et non rationaliste. Elle a permis de rveiller des thmatiques dormantes (smantique lexicale, constructions et blending, figures). 67 Conclusion Constitution de la LC en paradigme: La structure de la LC est en rseau, faite demprunts et de renvois mutuels: figure et fond, prototype, schma, construction, cadre, mtaphore. MAIS accentuation psychologiste aprs 1980 (imagerie, schmatisme, abstraction / catgorisation, attention, mmoire). Cest une condition de sa plausibilit selon Lakoff (1991): Impratif cognitif vs autonomie de la GU en GG. 68 Conclusion Conscience de soi: dnomination. Annes 1980; cognitive linguistics ap. Lamb 1971 (thorie stratificationnelle, post-structuraliste); Lakoff & Thompson (1975a et 1975b): cognitive grammar (mais ils sagit en fait dun modle danalyse syntaxique). Cognitive linguistics simpose dans les annes 1980 (Cogn. Gr. chez Langaker en 1983). Institutionnalisation (association internationale de linguistique cognitive et parution de Cognitive Linguistics, resp. en 1989 et 1990; France: AFLiCo en 2005, Lapaire & Lemmens). Croissance considrable des publications (x 10 entre 1988 et 2007; voir chiffres et mthode de comptage chez Geeraerts, 2010, Recontextualizing grammar : Underlying trends in thirty years of Cognitive Linguistics). 69

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