World MIgration Report 2011 (Franais)

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    06-Apr-2016

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La rcente crise conomique mondiale a mis en vidence la capacit de rsistance de la migration et confirm que la mobilit humaine fait partie intgrante de notre monde interdpendant. La migration est loccasion dchanger des talents, des services, des comptences et des expriences. Or, elle demeure un sujet politiquement sensible, et les pouvoirs publics ont souvent la difficile tche de dissiper les malentendus qui lentourent. Les informations et les ides errones peuvent en effet enclencher un cercle vicieux, en influenant la politique gouvernementale qui, son tour, perptue des attitudes ngatives dans les mdias et lensemble de la communaut. Laction des pouvoirs publics et le discours politique peuvent donc jouer un rle dterminant dans la faon dont les migrants sont considrs dans les socits dorigine et daccueil. A cet gard, bien communiquer sur les migrants et la politique migratoire est un enjeu essentiel pour les gouvernements des pays de dpart et de dest

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  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011

    BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

  • Le prsent Rapport est le fruit dune collaboration entre les auteurs et lquipe de rdaction, sous la direction des rdacteurs en chef. Les remarques, interprtations et conclusions qui y sont exprimes ne refltent pas ncessairement les opinions de lOIM ou de ses Etats membres. Les dsignations employes et la prsentation des documents tout au long de louvrage nimpliquent pas lexpression par lOIM dune quelconque opinion quant au statut juridique dun pays, dun territoire, dune ville ou dune zone, ou de ses autorits, ou concernant ses frontires ou ses limites.

    Sauf indication contraire, le prsent volume ne comprend pas les donnes publies aprs juin 2011.

    LOIM croit profondment que la migration humaine et ordonne est bnfique pour les migrants et la socit. En tant quorganisation intergouvernementale, lOIM agit avec ses partenaires de la communaut internationale afin daider rsoudre les problmes oprationnels que pose la migration ; de faire mieux comprendre quels en sont les enjeux ; dencourager le dveloppement conomique et social grce la migration ; et de prserver la dignit humaine et le bien-tre des migrants.

    Publi par : Organisation internationale pour les migrations 17 route des Morillons 1211 Genva 19 Suisse Tl: +41 22 717 91 11 Fax: +41 22 798 61 50 E-mail: hq@iom.int Internet: http://www.iom.int

    2011 Organisation internationale pour les migrations (OIM)

    ISSN 1561-5502ISBN 978-92-9068-621-7e-ISBN 978-92-1-055228-8

    Tous droits rservs. Aucun lment du prsent ouvrage ne peut tre reproduit, archiv ou transmis par quelque moyen que ce soit lectronique, mcanique, photocopie, enregistrement ou autres sans lautorisation crite pralable lditeur.

    Imprim en France par Imprimerie Courand et Associs.

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  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION iii

    EQUIPE DE REDACTION DE LOIM

    Rdacteurs en chef Gervais Appave, Frank Laczko.

    Responsable de la rdaction Md. Shahidul Haque.

    Rdacteurs PARTIE AChapitre I: Graeme Hugo*, Christine Aghazarm, Gervais Appave.Chapitre II: Rudolf Anich, Gervais Appave, Christine Aghazarm, Frank Laczko, Amir Kigouk. PARTIE BChapitre III: Jrme Elie**, Christine Aghazarm, Gervais Appave, Frank Laczko, Rudolf Anich. Chapitre IV: Rudolf Anich, Gervais Appave, Frank Laczko, Pindie Stephen, Ricardo Cordero, Pooja Pokhrel, Sacha Chan Kam, Sarah Craggs, Anvar Serojitdinov, Patrick Corcoran, Aurelia Collados de Selva, Goran Grujovic, Jenna Iodice, Alexander Kapirovsky, Patrice Cluzant, Mike Gray, Chiara Milano, Fernando Calado, Daniel Redondo, Kristina Touzenis, Valerie Hagger.

    Comit consultatif et adjoints la rdaction

    Maureen Achieng, Sacha Chan Kam, Ricardo Cordero, Sarah Craggs, Erika Laubacher-Kubat, Nuno Nunes, Robert Paiva, Navitri Putri Guillaume, Patrice Quesada, Bruce Reed, Pindie Stephen, Sarah Tishler, Irena Vojackova-Sollorano, Elizabeth Warn.

    Coordination des publications Valerie Hagger.

    Mise en page Joseph Rafanan.

    Traduction Carmen Andreu, Fabienne Witt, et lquipe du service de traduction.

    Attachs de direction Frances Solinap, Antoinette Wills, Rudolf Anich, Christine Aghazarm.

    Cartographie Gael Leloup, Patrice Cluzant, Rudolf Anich.

    Edition Olga Sheean, Susan Parker.

    * Universit dAdelade (Australie).** Institut de hautes tudes internationales et du dveloppement, Genve (Suisse).

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION v

    REMERCIEMENTS

    Lquipe de rdaction remercie tous les auteurs qui ont contribu au prsent ouvrage, et plus particulirement M. William Lacy Swing, Directeur gnral de lOIM, dont les orientations et les encouragements ont permis de mener bien cette publication.

    Nous remercions aussi tous les bureaux extrieurs, qui nont mnag aucun effort pour recueillir des donnes sur les activits de lOIM, ainsi que les collgues au Sige de lOrganisation, qui ont analys et fait la synthse de ces donnes.

    Lquipe de rdaction tient galement exprimer sa reconnaissance Jrme Elie, Rainer Mnz et Martin Ruhs pour leurs exposs dans le cadre de la srie de sminaires interinstitutions sur le Rapport Etat de la migration dans le monde.

    Toute notre gratitude va en outre au Gouvernement de lAustralie et la Fondation John D. et Catherine T. MacArthur pour le gnreux appui financier quils ont fourni en vue de llaboration et de la publication du Rapport Etat de la migration dans le monde 2011.

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION vii

    TABLE DES MATIERES

    EQUIPE DE REDACTION DE LOIM iii

    REMERCIEMENTS v

    LISTE DE FIGURES, TABLEAUX, CARTES ET ENCADRES ix

    AVANT-PROPOS DU DIRECTEUR GENERAL xi

    RESUME xiii

    PARTIE A

    CHAPITRE 1- BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 3

    INTRODUCTION 3

    IMPORTANCE DE LOPINION PUBLIQUE SUR LA MIGRATION 5

    OPINION PUBLIQUE SUR LEMIGRATION ET LA MIGRATION DE RETOUR 17

    OPINION PUBLIQUE : SITUER LES CONCLUSIONS DES ENQUTES DANS LEUR CONTEXTE 21

    POLITIQUE ET MEDIAS : RLE, RESPONSABILITE ET EQUILIBRE 25

    CONCLUSION 37

    BIBLIOGRAPHIE 41

    CHAPITRE 2- LA MIGRATION INTERNATIONALE EN 2010 ET 2011 49

    TENDANCES MIGRATOIRES INTERNATIONALES 49

    EVOLUTION DES POLITIQUES DANS LE MONDE 58

    APERU REGIONAL AFRIQUE 63

    APERU REGIONAL AMERIQUES 65

    APERU REGIONAL ASIE 69

    APERU REGIONAL EUROPE 72

    APERU REGIONAL MOYEN-ORIENT 76

    APERU REGIONAL OCEANIE 79

    CONCLUSION 82

    BIBLIOGRAPHIE 84

  • viiiviii ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | TABLE DES MATIERES

    PARTIE B

    CHAPITRE 3- ORGANISATION INTERNATIONALE POUR LES MIGRATIONS : RENOUVEAU

    ET CROISSANCE DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE FROIDE 95

    INTRODUCTION 95

    EVOLUTION DE LOIM DEPUIS 1989 97

    OIM ET GESTION GLOBALE DES MIGRATIONS : REPONSES AUX

    TENDANCES MONDIALES 101

    LA QUESTION DE LA GOUVERNANCE : UN ESPACE DACTION PUBLIQUE

    EN FORMATION 114

    CONCLUSION 119

    BIBLIOGRAPHIE 120

    CHAPITRE 4- APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010 127

    INTRODUCTION 127

    MOUVEMENTS 129

    AIDE AUX MIGRANTS 133

    INTERVENTIONS DURGENCE EN CAS DE CRISE HUMANITAIRE

    ET ASSISTANCE DAPRES-CRISE 148

    RENFORCEMENT DES CAPACITES 152

    PUBLICATIONS DE LOIM 156

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION ix

    LISTE DE FIGURES, TABLEAUX, CARTES ET ENCADRES

    CHAPITRE 1- BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Figure 1. Inquitudes de lopinion face limmigration, 19742009 7Figure 2. Avis favorables un accroissement de limmigration et dans un contexte daugmentation de la proportion dimmigrs dans la population dans certains pays de lOCDE, 19952003 8Figure 3. Corrlation entre le niveau de chmage et la proportion de personnes jugeant les niveaux dimmigration trop levs (%), Australie, 19742010 11Figure 4. Proportion de personnes interroges dans les pays de lUnion europenne qui estiment que les immigrants apportent beaucoup leur pays, 2006 12Figure 5. Pourcentage de personnes interroges estimant que le nombre dimmigrs vivant en Allemagne est trop lev, 19842008 15Figure 6. Attitude des Australiens envers les expatris (en % de personnes interroges) 19Figure 7. Impact de la couverture mdiatique de limmigration sur le niveau dinquitude de lopinion publique, 20002006 27Figure 8. Contribution la croissance du PIB (%) par appartenance ethnique aux Etats-Unis dAmrique, 20002007 30Figure 9. Rapport impts/prestations verses par les services sociaux publics aux Etats-Unis dAmrique, 2008 31

    Tableau 1. Pourcentage suppos et rel de migrants dans la population de quatre pays transatlantiques, 2010 8Tableau 2. Pourcentage de personnes estimant que le Royaume-Uni compte trop dimmigrants, 1999 et 2008 13Tableau 3. Attitudes face au nombre dimmigrants admis (% des personnes interroges), chantillon de pays, 2003 16Tableau 4. Opinion publique sur les niveaux dimmigration en Australie (%), chantillon dannes 16Tableau 5. Points de vue des gouvernements sur le niveau dimmigration, 1976, 1986, 1996 et 2009 22Tableau 6. Les dix astuces connatre avant dentrer en contact avec les mdias 32

    Encadr 1. Principales questions se poser lors de lanalyse de sondages dopinion sur la migration 6Encadr 2. Campagne de sensibilisation des mdias italiens 26Encadr 3. Coup de projecteur sur les migrants 29Encadr 4. Quand la radio mle pdagogie et divertissement en Amrique du Sud 35Encadr 5. Les mdias sociaux au service de la comprhension interculturelle 36

    CHAPITRE 2- LA MIGRATION INTERNATIONALE EN 2010 ET 2011

    Carte 1. Nombre de ressortissants de pays tiers que lOIM et le HCR ont aid rentrer chez eux au dpart de la rgion MOAN en juin 2011 51

  • x ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | LISTE DE FIGURES, TABLEAUX, CARTES ET ENCADRES

    CHAPITRE 4- APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010

    Figure 1. Nombre total de personnes rinstalles, par rgion de dpart, 20012010 129Figure 2. Principaux mouvements lis laide au rapatriement librement consenti, par rgion, 20012010 130Figure 3. Nombre de bnficiaires de programmes daide au retour volontaire et la rintgration, 20002010 134Figure 4. Programmes daide au retour volontaire et la rintgration, par rgion de dpart et darrive (%), 2010 134Figure 5. Nombre de bnficiaires de laide au retour volontaire et la rintgration, 10 principaux pays de dpart et darrive, 2010 135Figure 6. Nombre de prises en charge individuelles de victimes de la traite, 20002010 136Figure 7. Nombre total de victimes de la traite prises en charge, par sexe et par ge (%), 20002010 137Figure 8. Nombre total de victimes de la traite prises en charge, par type dexploitation (%), 20002010 137Figure 9. Services dappui en matire dimmigration et de visas, par type, 20062010 138Figure 10. Nombre de demandes de services dappui en matire dimmigration et de visas qui ont t traites, 20062010 139Figure 11. Nombre de migrants forms, 20012010 142Figure 12. Nombre total dvaluations sanitaires, par pays de destination, 20012010 143Figure 13. Evaluations sanitaires de rfugis et de migrants, par sexe et par ge (%), 2004 2010 144Figure 14. Nombre total dvaluations sanitaires, par rgion dorigine, 20012010 144Figure 15. Dpenses de promotion de la sant et dassistance sanitaire aux migrants, par rgion (%), 20012010 145Figure 16. Dpenses de promotion de la sant et dassistance sanitaire aux migrants (millions de dollars E.-U.), 20012010 146Figure 17. Dpenses dassistance sanitaire aux populations migrantes vivant une situation de crise (millions de dollars E.-U.), 20012010 147Figure 18. Dpenses totales dassistance sanitaire aux populations migrantes vivant une situation de crise, par rgion (%), 20012010 147Figure 19. Nombre de projets durgence et daprs-crise, 20012010 148Figure 20. Nombre total de projets durgence et daprs-crise, par rgion, 20012010 149Figure 21. Nombre de bnficiaires des 10 principaux projets durgence ou daprs-crise (milliers), 2010 150Figure 22. Nombre estim de bnficiaires des activits de renforcement des capacits, 20012010 152Figure 23. Nombre de personnes ayant bnfici de cours et de formations sur le droit international de la migration (DIM), 20042010 155Figure 24. Revue International Migration nombre total dabonnements souscrits par des bibliothques et de tlchargements darticles par an, 20012010 156

    Tableau 1. Principaux programmes de vote depuis ltranger, 20012010 151

    Carte 1 : Nombre de personnes ayant bnfici dune aide la rinstallation, par rgion de dpart et nationalit, 2001-2010 131Carte 2 : Nombre de personnes ayant bnfici dune aide la rinstallation, par rgion darrive et nationalit, 2001-2010 132

    Encadr 1. Chiffres cls des 60 annes dexistence de lOIM 158Encadr 2. Sources des donnes 162

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION xi

    AVANT-PROPOS DU DIRECTEUR GENERAL

    Le Rapport Etat de la migration dans le monde 2011 : Bien communiquer sur la migration, le sixime du genre, est plus particulirement consacr aux ides que se fait le public de la migration.

    Etant donn que, selon toute probabilit, la migration internationale continuera de prendre de lampleur et de gagner en complexit, la socit de demain sera sans doute caractrise par une diversit sociale et conomique plus grande. Lintgration harmonieuse des migrants dans la socit daccueil et, plus gnralement, la faon dont la communaut dans son ensemble envisage la migration comptent parmi les dfis politiques majeurs auxquels seront confronts les Etats Membres de lOIM.

    La partie A du Rapport 2011 analyse la faon dont les reprsentations et les attitudes faonnent lopinion publique et, ce faisant, influencent laction des pouvoirs publics. Elle examine en outre limportance qui revient aux mdias dans la diffusion de linformation et le faonnement de lopinion et des politiques. Le Rapport Etat de la migration dans le monde 2011 met en relief la ncessit dadopter des stratgies novatrices pour modeler une image positive des migrants et de la migration dans lopinion. Il souligne quil est indispensable damliorer la comprhension et la reconnaissance des avantages de la migration, dlaborer des politiques davantage fondes sur des faits, et de veiller une meilleure participation des migrants eux-mmes. La partie A passe galement en revue les principales tendances de la migration observes en 2010 et 2011 sous langle de laction publique, de la lgislation, de la coopration internationale et du dialogue sur la migration lchelle mondiale, avant de retracer quelques-unes des tendances rgionales profondes sur la scne migratoire.

    En hommage au soixantime anniversaire de lOIM, en 2011, la partie B montre, dans un survol historique, comment la conception de la migration dfendue par lOrganisation et ses activits de gestion des migrations ont volu en rponse aux profondes mutations politiques, conomiques et sociales qui se sont produites depuis la fin de la guerre froide. Un aperu statistique des activits programmatiques mises en uvre par lOIM ces dix dernires annes (2001-2010) complte ce tableau.

    Comme par le pass, le prsent rapport est le fruit de consultations et dune collaboration avec des spcialistes extrieurs et des collgues de lOIM. Nous les remercions pour leurs nombreuses contributions. Nous remercions aussi chaleureusement le Gouvernement de lAustralie et la Fondation MacArthur pour leur fidle soutien financier.

    William Lacy SwingDirecteur general

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION xiii

    RESUME

    La migration internationale, plus que tout autre domaine daction publique, fait lobjet de reprsentations errones dans le discours public et politique, tout en tant profondment influence par lopinion. En dpit de la rvolution des communications, nombreux sont ceux qui demeurent mal informs de lampleur, de la porte et du contexte socioconomique des flux migratoires. Bien communiquer sur la migration est essentiel, car toute gestion des migrations suppose de grer aussi lide que la socit se fait des migrants. Informer avec exactitude les parties prenantes et le grand public sont peut-tre les moyens daction les plus importants mettre en uvre dans les socits confrontes une diversit croissante.

    Les socits riches de comptences et dexpriences diffrentes sont mieux mme de mettre profit leurs ressources humaines pour stimuler la croissance. La migration est justement lun des moyens favorisant lchange de talents, de services, de comptences et dexpriences. Pourtant, elle reste trs politise et souvent mal perue, malgr la ncessit vidente de diversification dans les socits et les conomies actuelles, en mutation rapide. Quoi quil en soit, lampleur et la complexit de la migration internationale sont normalement appeles crotre sous leffet du creusement des disparits dmographiques, des nouvelles dynamiques politiques internationales, des rvolutions technologiques et des rseaux sociaux, ce qui aura des rpercussions profondes sur la composition socioconomique et ethnique des socits. Cette volution obligera les pouvoirs publics relever de nouveaux dfis pour intgrer les migrants dans la socit daccueil et, plus gnralement, pour faire en sorte que la migration soit bien vcue par lensemble de la communaut. Dans ce contexte, limage des migrants dans leurs socits dorigine et daccueil revt une importance fondamentale.

    Le Rapport de lOIM Etat de la migration dans le monde 2011 : Bien communiquer sur la migration examine sans dtour les problmes qui se font jour en cette poque de mondialisation et de mobilit humaine sans prcdent, et appelle un changement radical dans notre faon de communiquer sur la migration. Pour tirer profit de la diversit rsultant de la migration et des enjeux de cette diversit, il y a lieu de mener un dbat politique et public clair et transparent. Maintenir le statu quo prsente un triple risque :

    1. La politisation persistante des dbats ne peut que renforcer les proccupations sectaires, au lieu de servir des intrts plus vastes, nationaux, rgionaux et internationaux. Lun des principaux cueils que les promoteurs dun dbat rationnel doivent viter est dutiliser la question pour masquer dautres problmes politiques, sociaux et conomiques.

    2. Comme la frontire entre un dbat raliste et honnte sur les enjeux de la migration et lexploitation de strotypes et de boucs missaires est souvent tnue, les tentatives pour encourager un dbat quilibr risquent de se perdre en justifications face aux propos ngatifs qui prvalent, plutt que dimprimer ces changes un tour constructif.

  • ivxiv

    3. Les efforts dintgration et de rintgration seront invitablement affaiblis tant que les migrants eux-mmes ne seront pas uniquement lobjet, mais aussi les acteurs du dbat sur la migration.

    En outre, le Rapport passe en revue les tendances de la migration et les principaux enjeux des politiques migratoires en 2010 et 2011. En hommage au soixantime anniversaire de lOIM, une section spciale retrace les politiques et les oprations menes par lOrganisation depuis sa cration.

    SATTAQUER AUX IDEES REUES SUR LES MIGRANTS ET LA MIGRATION

    Bien quil soit de plus en plus largement admis que les migrants peuvent crer du capital social par-del les frontires, que la diversification culturelle est un facteur de stimulation de lentreprenariat, ou quune population active multiculturelle est particulirement rentable, les migrants sont globalement mal perus dans de nombreuses socits. Cette image ngative des migrants sexplique en partie par le fait que les flux migratoires sont plus visibles et plus divers que jamais, soulevant des questions sur lutilit de la migration qui, laisses sans rponse, conduisent une distorsion de linformation et des reprsentations errones.

    Comprendre lopinion et les ides que se fait le public

    Lopinion et les ides du public sur la migration varient dun pays lautre et lintrieur de chaque pays (parfois mme entre sous-groupes dune mme communaut). Elles varient aussi dans le temps. Cest pourquoi, il est impossible disoler une opinion publique particulire, alors mme que les arguments qui se rclament de cette opinion occupent souvent une place prpondrante dans le discours politique et public. Les constatations prsentes dans ce Rapport, qui reposent sur un examen dtaill denqutes et danalyses denqutes existantes menes lchelle mondiale, dgagent quelques-uns des principaux facteurs qui influencent lopinion, ainsi que les lments qui sont souvent au cur des sentiments hostiles prdominants.

    Lune des grandes constatations est la surestimation du nombre de migrants dans un pays ou une rgion donne, que ce soit en valeur absolue ou en proportion de la population. Cette tendance est encore plus marque sagissant des migrants en situation irrgulire. Les tudes montrent aussi que, lorsquon fournit aux personnes interroges un complment dinformation sur les migrants et la migration avant de leur demander si elles pensent quil y a trop de migrants, leurs rponses sont gnralement plus favorables. Les conclusions sont donc influences par les ides les plus couramment admises, la faon dont les questions sont formules (avec ou sans biais) et la signification du terme migrant aux yeux des personnes interroges (travailleur migrant, rfugi, demandeur dasile, migrant irrgulier). Le sens attribu ce terme peut aussi influer sur ce que pensent les personnes interroges de la contribution des migrants.

    La grande majorit des tudes, toutefois, sintressent essentiellement aux opinions et reprsentations dans les pays de destination. Beaucoup moins de recherches empiriques ont t consacres lmigration ou au retour sous langle du pays dorigine, bien que ces deux facteurs soient de plus en souvent reconnus comme des enjeux extrmement importants de laction publique. Des enqutes de moindre envergure ou des tudes qualitatives font apparatre

    ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | RESUME

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION xv

    que lopinion publique varie considrablement, les migrants tant tantt considrs comme ayant abandonn leur pays dorigine, tantt comme des hros nationaux. Les opinions sont galement faonnes par des facteurs tels que la dure du sjour ltranger, les incidences sur la communaut ou la famille reste au pays, la situation conomique du pays dorigine, et la comprhension du processus migratoire ou de lexprience des migrants ltranger.

    Cependant, ces reprsentations et opinions ne sont pas statiques et ne se forment pas non plus toutes seules. Dans les pays dorigine comme de destination, elles subissent linfluence de facteurs socioconomiques et dmographiques, tels que lge, le niveau dinstruction, le type demploi et lorientation politique. Bien que ces facteurs agissent de manire assez constante sur lopinion, positive ou ngative, les observations montrent que celle-ci peut changer et change effectivement sous leffet, en particulier, de relations plus troites avec les migrants et dune meilleure comprhension de ce quest ou nest pas un migrant.

    Les attitudes sont aussi souvent faonnes par des facteurs contextuels. En priodes de rcession conomique, lorsque les taux de chmage sont levs, ou en priodes de troubles ou de conflits politiques, des doutes surgissent quant lutilit de la migration. Dautres observations montrent que ces situations donnent gnralement lieu des programmes ou des discours politiques restrictifs et un discours plus ngatif dans les mdias. Cependant, ces inquitudes, mme quand elles sont fortement ressenties, dpendent aussi de lactualit et peuvent sestomper lorsque les conditions samliorent.

    Si lon sintresse de plus prs lopinion publique, on saperoit que mme en priodes de rcession ou de crise conomique, durant lesquelles lhostilit lencontre des migrants peut tre plus forte, la migration nest pas le principal sujet de proccupation. Elle nen est pas moins rgulirement voque dans les sondages dopinion, ce qui na rien dtonnant compte tenu de son caractre transversal et des liens quelle prsente avec des questions socioconomiques plus gnrales. Le caractre populiste des dbats actuels sur la migration dans de nombreuses rgions du monde a cr un climat dans lequel il nest que trop facile de considrer les migrants comme tant directement ou indirectement responsables du chmage, de linscurit et de labsence de cohsion sociale, entre autres. Ces inquitudes, qui prennent racine dans des transformations bien plus complexes, ne disparatront pas par la vertu de politiques migratoires plus restrictives. Sattaquer unilatralement la migration revient envoyer le mauvais message, savoir que la migration est effectivement lorigine du problme suppos, et ne permet pas de rpondre aux proccupations fondamentales de la population, qui sont ou non lies la migration proprement dite. Un examen plus attentif de ce qui se dissimule derrire les rsultats des sondages dopinion fait clairement apparatre que les opinions ne sont pas toujours dfavorables et que les proccupations profondes exprimes dpassent souvent le cadre de la migration.

    Mdias, politique et informations disponibles

    Il est communment admis que la mobilit est une caractristique de la socit contemporaine et, jusqu un certain point, il est galement entendu, reconnu, voire accept que la migration est bnfique pour lconomie. Cependant, une communication dforme sur la migration peut enclencher un cercle vicieux aboutissant des informations errones, relayes par les politiques publiques, les mdias et le grand public, et qui, leur tour, peuvent fausser le discours tous les niveaux. Laction publique et le discours politique peuvent donc jouer un rle dterminant dans la faon dont les migrants sont considrs au sein des socits dorigine et daccueil. A cet gard, tant le fond que la forme du discours des pouvoirs publics

  • vixvi

    sur les migrants et la politique migratoire sont dterminants. A lvidence, la migration est souvent le sujet fourre-tout qui masque les peurs et les incertitudes de la population relatives au chmage, au logement ou la cohsion sociale (dans les pays de destination), ou encore la perte ou au gaspillage de capital humain et la dpendance conomique (dans les pays dorigine).

    Bien quil soit impossible dtablir des liens directs de cause effet entre les informations diffuses par les mdias et lopinion ou llaboration des politiques, linfluence des mdias est relle maints gards. Les conclusions de lanalyse du contenu des mdias prsentes dans le Rapport montrent que ceux-ci sont souvent la principale source dinformation (statistiques, tendances, analyse) de la population sur les migrants et la migration. En outre, les mdias peuvent orienter le dbat en privilgiant certains aspects de la migration (comme le statut irrgulier), en assurant une couverture pisodique ou en exagrant les faits. Le dsquilibre de linformation peut aussi tre la consquence de la commercialisation croissante des mdias depuis vingt ans.

    Malgr le volume croissant de donnes disponibles sur les cots et avantages de la migration, on observe un dcalage entre les producteurs (universitaires, politologues) et les utilisateurs (responsables politiques, mdias, grand public) de linformation. Le Rapport voque plusieurs raisons cela : le discours tend se focaliser sur la politique au dtriment des faits (les opinions de parties prenantes cls, comme les employeurs, sont, par exemple, souvent peu relayes) ; les tudes universitaires nont que rcemment commenc traiter la migration comme une question prioritaire part entire ; les responsables politiques prouvent des difficults communiquer les faits et chiffres de la migration paralllement aux politiques correspondantes ; labsence dvaluation systmatique des politiques migratoires ne permet pas de dterminer celles qui sont efficaces ; enfin, les mdias ne savent pas comment rendre compte avec exactitude des questions de migration. Le faible recours aux donnes disponibles pour laborer les politiques migratoires (ou le dtournement de ces donnes des fins politiciennes), et labsence dvaluation des incidences de ces politiques peuvent conduire attribuer facilement lchec de ces politiques aux migrants.

    Enfin, les images inexactes vhicules sur les migrants et la migration influent directement sur les migrants eux-mmes. Dans les pays daccueil, les grands mdias servent de point de rfrence aux nouveaux arrivants, les informant sur la socit dans laquelle ils vivent dsormais. Les donnes disponibles montrent que les migrants sont trs conscients du portrait ngatif et fond sur des strotypes donn deux, notamment dans les mdias, ce qui peut leur donner un sentiment de marginalisation si aucune mesure nest prise ou si leurs points de vue ne sont pas relays de manire quitable.

    La marche suivre

    Le Rapport met en lumire plusieurs exemples de bonnes pratiques suivies par les pouvoirs publics, la socit civile, les organisations internationales et les mdias qui se sont efforcs de bien communiquer sur la migration. Ces initiatives se sont attaches, par exemple, promouvoir une image positive des migrants et de leur contribution, en dissipant les mythes de la migration par des campagnes dinformation et en donnant aux migrants la possibilit de raconter leurs expriences. Pour avoir une incidence durable, toutefois, ces initiatives ont souvent besoin dtre dveloppes, dtre adaptes aux contextes locaux et, surtout, dtre soutenues par une forte volont politique, elle-mme inscrite dans une stratgie long terme.

    ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | RESUME

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION xvii

    1) Elaboration dun discours sur la migration ouvert, nuanc et exhaustif

    Il y a lieu dlargir le dbat sur la migration pour quil ne tourne pas indfiniment autour des mmes problmes, rels ou imaginaires (qui sont les uns et les autres largement relays), mais sintresse la situation dans son ensemble. Il est important que ce nouveau dbat nourrisse le discours dominant et ne se contente pas dy ragir. Deux questions sont communment poses pour lancer les discussions sur la migration et aider formuler une politique migratoire : 1) Que faut-il faire au sujet des groupes de migrants dj prsents dans le pays ? 2) Que faut-il faire au sujet des futurs migrants ? Pour mener un dbat constructif et mieux inform, il faut commencer par examiner dun peu plus prs la place que pourrait, de manire raliste, occuper la migration dans la planification dmographique, sociale et conomique. Sous cet angle, il pourrait tre possible de recadrer le discours de faon quil dbouche sur un rsultat majoritairement admis ou consensuel, et ne se perde plus dans des querelles de clocher.

    Le discours devrait, en outre, dpasser les frontires et investir des enceintes multilatrales telles que les processus consultatifs rgionaux, le Dialogue international sur la migration de lOIM, ou le Forum mondial sur la migration et le dveloppement (FMMD).

    2) Dpolitisation du dbat et prise en compte sans dtour des sujets de proccupation

    Les ides ngatives sur la migration reposent souvent sur des parti pris, et non sur des faits. En tout tat de cause, il est indispensable dexaminer les effets positifs et ngatifs dans un esprit douverture et dimpartialit. Le discours doit aussi tenir compte de lintrt gnral du pays, et non se focaliser sur les intrts de couches particulires de la socit. Beaucoup dtudes consacres aux effets positifs potentiels de la migration sappliquent la socit et lconomie dans leur ensemble. Ces messages risquent de perdre de leur force si lon resserre lobjectif sur des sous-groupes particuliers de la socit ou de lconomie. Pour autant, il ne faut pas ngliger les inquitudes de la population locale mesures susceptibles denrayer la migration irrgulire, ou pressions dmographiques sur les infrastructures locales, par exemple. Il est prfrable dexpliquer lopinion ce qui a t efficace ou inefficace, sans rejeter sur les seuls migrants la responsabilit de lchec de certaines mesures.

    Le manque dinformations facilement accessibles au public et traitant directement de tous ces problmes est peut-tre la principale cause dune incomprhension persistante. La diffusion dinformations traitant des proccupations du moment et expliquant clairement les droits des nationaux et des non-nationaux contribue lever les malentendus et permet que les politiques soient perues comme justes et respectueuses des droits de chacun.

    3) Collaboration avec les mdias pour parvenir une couverture mdiatique objective

    Les mdias influencent considrablement le discours public, faonnent lopinion et, ce faisant, agissent sur toutes les parties prenantes, notamment les dcideurs et les politiques. Do la ncessit de poser la question fondamentale suivante : Comment peut-on amener les mdias prsenter une image plus objective de la migration et de ses effets ? Pour que linformation soit objective, il faut viter les gros titres reprenant lenvi le mme problme, la sur- ou sous-reprsentation de groupes particuliers, et les strotypes. Il faut galement admettre que les migrants ne forment pas un groupe homogne et que la migration est souvent lie bien dautres enjeux publics.

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    Les pouvoirs publics jouent un rle crucial dans la cration dun climat social et politique propice au traitement juste et fidle de linformation et la bonne utilisation des donnes disponibles. Limpulsion politique est donc importante pour donner une image plus nuance de la migration, ce qui fait peser une grande responsabilit sur les dirigeants politiques, mme sils ne doivent pas tre les seuls montrer la voie suivre. Dautres parties prenantes, comme la socit civile, le secteur priv et les milieux universitaires, ont aussi un rle non ngligeable jouer. Elles pourraient collaborer davantage avec les mdias que par le pass. Bien que lide puisse susciter un certain malaise dans les milieux journalistiques, il incombe aux autres parties prenantes de nouer le dialogue avec les mdias pour faire en sorte que ceux-ci soient mieux informs de la complexit des questions migratoires.

    Il est galement essentiel de donner des indications sur la faon de traiter la migration. Renforcer les capacits des reporters et des journalistes, notamment, par des formations ou des documents dinformation peut aider crer un noyau de spcialistes qui seront mme daborder le sujet de manire plus objective. Laccs des lignes directrices sur la faon de parler de la migration constitue un bon point de dpart. Dans lidal, ces indications devraient aussi porter sur llaboration de stratgies de communication, pour ce qui concerne les chercheurs, et sur ltablissement de partenariats au sein des mdias. Les chercheurs, en effet, peuvent jouer un rle dterminant en sattachant replacer leurs conclusions dans le contexte politique et le cadre daction considrs, et prendre une part active au dbat, exploitant pour ce faire les donnes disponibles et leurs connaissances spcialises, sans compromettre leur intgrit intellectuelle.

    La diffusion dinformations compltes exige en outre de lever les obstacles la diversit dans les mdias. Llimination des discriminations structurelles dans les grands organes dinformation et lintgration de personnes dorigines diverses sont essentielles pour battre en brche les contenus discriminatoires en prsentant des points de vue diffrents.

    4) Reconnaissance des migrants comme des acteurs part entire de linformation

    A lvidence, lun des plus grands dfis que doivent relever ceux qui souhaitent promouvoir une image objective de la migration et des migrants est de donner la parole ces derniers. Les donnes disponibles montrent clairement que plus les non-migrants ont de contacts personnels avec les migrants, moins ils ont tendance porter sur ceux-ci un regard ngatif. Trop souvent, les migrants sont considrs comme des figures passives du dbat sur la migration, que ce soit dans leur pays dorigine ou de destination.

    Que les ides fausses rsultent du discours politique ou du traitement mdiatique, lun des meilleurs moyens de les faire reculer et de limiter leurs effets sur les migrants est de confrer ceux-ci un rle actif dans le dbat public. Plusieurs solutions sont possibles : accorder plus de place aux mdias ethniques aux cts des grands organes dinformation, faire entrer la diversit dans ces derniers, ou encore encourager lutilisation des nouveaux outils des mdias sociaux pour permettre aux migrants dlargir leur audience et de donner une image plus fidle de qui ils sont et de ce quils font.

    ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | RESUME

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION xix

    MIGRATION INTERNATIONALE : EXAMEN ANNUEL 2010/2011

    La lente sortie de crise montre la capacit dadaptation de la migration internationale

    La priode 2010/2011 a t marque par une lente et parfois hsitante sortie de crise, aprs la pire rcession mondiale depuis des dcennies. Les taux de croissance du PIB de la plupart des pays revenu lev sont redevenus positifs au dbut de 2011, tandis que les indicateurs de croissance de nombreuses conomies mergentes et en dveloppement affichaient leur bonne sant. Toutes sortes de prdictions sur les effets de la migration avaient t avances mesure que se dveloppait la crise, mais elles nont t que partiellement vrifies par les donnes recueillies sur le terrain. A maints gards, la crise conomique de 2008/2009 et ses rpercussions ont reproduit lchelle mondiale ce qui stait pass au niveau rgional lors de la crise conomique asiatique, dix ans plus tt : i) bien que certaines tendances mondiales aient t releves, des disparits considrables ont pu tre observes aux niveaux rgional et local ; ii) les populations de migrants constitues sur plusieurs dcennies nont gure chang dans lensemble ; iii) de nombreux signes dun ralentissement des flux migratoires vers les pays de destination ont t nots ; iv) beaucoup de grands pays de destination ont revu la baisse les objectifs de leurs programmes dimmigration, soit en prvision dune diminution de la demande de main-duvre migrante, soit simplement pour protger leur march du travail intrieur ; et v) les craintes quant une forte diminution des rapatriements de fonds se sont rvles infondes ; aprs un repli relativement limit, les envois de fonds ont bien repris en 2010 et devraient continuer de crotre dans les annes venir. De faon gnrale, la migration internationale a montr sa capacit dadaptation face aux ralentissements conomiques, et on peut sattendre un accroissement de lampleur et de la complexit des flux migratoires dans les prochaines dcennies.

    Laugmentation du nombre de dplacements induits par des facteurs environnementaux souligne la ncessit de renforcer les capacits,

    la consultation et la coordination

    Les catastrophes naturelles particulirement dvastatrices survenues en 2010, telles que le tremblement de terre en Hati, ont continu de mettre en relief lincidence des facteurs environnementaux sur les schmas migratoires et la ncessit, pour les pouvoirs publics, de se prparer grer les mouvements de population dclenchs par de tels vnements. Sil est indubitable que les responsables politiques sintressent de plus en plus aux questions lies aux changements climatiques et environnementaux (accords de Cancn et Convention de Kampala, par exemple), de nombreux Etats ne disposent toujours pas des capacits ncessaires pour rsoudre de faon globale et cohrente les difficults qui en rsultent. Les accords de Cancn, en reconnaissant la migration comme une composante de ladaptation, ont fait progresser lintgration de la migration dans les plans dadaptation aux changements climatiques, mais, lchelle nationale, cette intgration reste faire de manire systmatique.

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    Crise au Moyen-Orient et en Afrique du Nord : coup de projecteur sur la Libye

    Depuis le dbut de 2011, des troubles sociaux et politiques (surtout au Moyen-Orient et en Afrique du Nord) ont donn lieu des mouvements de travailleurs migrants pris dans des conflits dans leur pays de destination, qui avaient besoin daide pour rentrer chez eux un phnomne rarement vu une telle chelle par le pass. En labsence daide internationale, ces migrants sont confronts au choix difficile de rester sur place en attendant la fin des hostilits, ou de fuir vers un pays voisin. Dans le contexte de la crise libyenne en cours, et en coopration avec le Haut Commissariat des Nations Unies pour les rfugis (HCR), lOIM a organis lvacuation de 143 000 travailleurs migrants vers leur pays dorigine (chiffre au 31 mai 2011). Il reste des difficults surmonter pour rpondre aux besoins actuels des personnes vacues et de celles qui pourraient tre bloques dans le pays. Par ailleurs, plusieurs pays dAfrique et dAsie ont besoin daide pour rintgrer les nombreux travailleurs migrants de retour qui ont quitt la Libye.

    Le Forum mondial sur la migration et le dveloppement reste une enceinte efficace de dialogue et de collaboration dans le domaine de la migration

    En 2010, la prsidence mexicaine du Forum mondial sur la migration et le dveloppement stait employe renforcer la coopration entre les pays dorigine et de destination en introduisant les notions de responsabilit partage, davantages collectifs et de partenariats. En 2011, lapproche adopte par la prsidence suisse a plutt vis mettre profit les principaux rsultats des runions prcdentes du FMMD et appliquer les recommandations qui en dcoulaient laide de divers outils de planification (comme le manuel du Groupe mondial sur la migration, Mainstreaming Migration into Development Planning). Au niveau rgional, certaines avances majeures ralises dans le cadre des processus consultatifs rgionaux (PCR) par exemple, la suite des runions ministrielles organises par le Dialogue sur la migration en Afrique australe (MIDSA) et le processus de Colombo devraient inciter les pouvoirs publics renforcer le dialogue inter-Etats et se concerter sur des questions de migration prsentant un intrt commun. Dventuelles synergies et autres possibilits de coopration entre le FMMD et les PCR dans le domaine de la gestion des migrations mergeront lors des prparatifs du deuxime Dialogue de haut niveau des Nations Unies sur les migrations internationales et le dveloppement, qui se tiendra New York en 2013.

    ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | RESUME

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION xxi

    SPECIAL SOIXANTIEME ANNIVERSAIRE DE LOIM APERU HISTORIQUE

    DE LACTION DE LORGANISATION INTERNATIONALE POUR LES MIGRATIONS

    Une organisation mondiale qui aide ses Etats Membres mieux grer la migration

    Cre en 1951, voil 60 ans, lOrganisation internationale pour les migrations (OIM), initialement appele Comit intergouvernemental provisoire pour les mouvements migratoires dEurope , est aujourdhui la seule organisation dote dun mandat mondial sur la migration.

    Tout au long de son histoire, lOIM a mis en uvre des programmes qui visent rpondre aux changements et aux vnements cls dans le monde, et anticiper les problmes et les tendances venir. Si, initialement, lOrganisation se consacrait essentiellement la rinstallation des rfugis et des autres personnes dplaces par la Seconde Guerre mondiale en Europe, son ventail de services sest largi au fil des annes tant sur le plan gographique que sur celui des domaines traits. Elle revt dsormais une dimension mondiale, dfend des intrts plantaires et dispose de la capacit dagir dans chaque rgion du globe, tout en restant concentre sur son objectif essentiel, savoir uvrer de concert avec ses Etats Membres pour promouvoir une gestion des migrations ordonne et respectueuse de la dignit humaine.

    Ces vingt dernires annes, conformment son approche globale de la gestion des migrations, lOrganisation a toff son portefeuille de programmes pour y inclure un ventail complet de services destins aux migrants, aux Etats Membres et aux parties prenantes intresses. De fait, il est apparu trs tt que le transport des migrants et des rfugis impliquait bien plus que le simple mouvement de ces populations dun lieu un autre, et quil ne pouvait tre men bien sans la fourniture simultane dautres services essentiels.

    Aujourdhui, les activits mondiales de lOIM recouvrent tous les aspects de la gestion de la migration. LOIM reconnat que les migrations contemporaines sont un processus complexe, et, dans son approche globale de leur gestion, elle tient compte des liens entre la migration et les questions politiques, sociales et conomiques du moment, afin de maximiser les avantages et les contributions quapportent les migrants la socit. Actuellement, les programmes de lOIM portent sur les lments suivants : facilitation de la migration (migration de main-duvre ou mouvements lis des situations durgence ou daprs-crise), lutte contre les mouvements illicites tels que la traite des tres humains, gestion efficace des frontires, rinstallation, intgration des migrants dans les socits daccueil, retour volontaire et rintgration des migrants, fourniture de soins mdicaux, et programmes de renforcement du potentiel de dveloppement de la migration.

    Paralllement ses oprations sur le terrain, lOIM semploie activement, depuis vingt ans, alimenter et soutenir les instances multilatrales de consultation sur la migration internationale. Bien que ces instances soient informelles et naient pas de caractre contraignant, elles jouent un rle important dans lamlioration de la coopration, de la coordination et de la cohrence internationales dans le domaine de llaboration des politiques. Bon nombre de ces processus

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    consultatifs sont rgionaux par nature mais, ces dernires annes, le FMMD a offert une tribune plus large dchanges dinformations et de dbats. LOIM est galement apparue comme une source majeure dinformations spcialises sur la migration, ayant publi plus de 600 rapports sur le sujet au cours des dix dernires annes. Au fil des ans, les publications de lOIM sont devenues des outils de communication de plus en plus importants, et les tudes quelle a menes lui ont permis dlaborer un nombre croissant de nouveaux programmes pour rpondre aux questions de migration mergentes.

    LOIM en chiffres : 20012010

    La croissance de lOIM a t particulirement forte ces dix dernires annes : le nombre de ses Membres est pass 132 Etats, son budget a quadrupl et ses activits se sont considrablement diversifies. Bien que des statistiques sur les oprations de lOIM dans le monde aient t communiques ponctuellement par le pass, cest la premire fois quune vue densemble est publie.

    LOIM recueille des statistiques sur ses programmes et projets oprationnels dans plus de 133 pays. Ces statistiques comprennent des donnes sur les personnes aides depuis la cration de lOrganisation en 1951. Les donnes reproduites dans le Rapport Etat de la migration dans le monde 2011 couvrent les dix dernires annes et portent sur diffrents types dactivits lies aux mouvements (rinstallations ou rapatriements, notamment), mais aussi sur dautres formes dintervention qui se sont considrablement dveloppes au fil des ans, comme la facilitation de la migration de main-duvre, laide aux victimes de la traite, laide au retour volontaire et dautres modalits dassistance aux migrants.

    Plus de 60 millions de personnes (notamment des personnes dplaces lintrieur de leur propre pays, des rfugis, des migrants en dtresse et des ex-combattants) ont bnfici dinterventions durgence de lOIM lors de crises humanitaires, et dune assistance daprs-crise de 2001 2010.

    LOIM a aid 810 000 rfugis se rinstaller dans un pays tiers de 2001 2010. Au total, 130 610 personnes ont bnfici dune aide au titre des programmes de

    rapatriement de lOIM sur la mme priode. Prs de 330 000 migrants ont reu une aide au retour volontaire et la rintgration

    (AVRR) dans plus de 170 pays depuis 2000. Ces dix dernires annes, lOIM a ralis plus de 46 000 prises en charge de victimes de

    la traite. LOrganisation a facilit le recrutement et lemploi denviron 20 000 travailleurs trangers

    temporaires de 2003 2010. Entre 2001 et 2010, 352 328 migrants ont bnfici des activits de formation de

    lOIM. Entre 2006 et 2010, lOIM a trait 382 133 demandes de services dappui en matire

    dimmigration et de visas. Plus de 1,5 million de migrants ont bnfici dune assistance sanitaire durant le voyage

    et dvaluations sanitaires de 2001 2010.

    ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | RESUME

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION xxiii

    Rle de lOIM lavenir

    Aprs des annes de croissance rapide, plusieurs domaines, dont la migration et le dveloppement, ont pris de lampleur et resteront des lments essentiels de laction de lOIM. Dautres domaines, plus rcents comme la migration induite par les changements environnementaux gagneront en importance, et lOrganisation y joue un rle minent de chef de file. LOIM poursuivra ses activits traditionnelles, tout en restant ouverte aux tendances mergentes et en ragissant rapidement aux situations de crise. Le renforcement des capacits des Etats Membres et des autres parties prenantes en matire de gestion des migrations, tel quexpos dans le Rapport Etat de la migration dans le monde 2010 de lOIM, est vou occuper une place de plus en plus centrale dans laction de lOrganisation.

    Le dbat sur lapproche globale de la gestion des migrations, notamment sur llaboration dun modle appropri de gouvernance internationale des migrations, se poursuivra certainement. Les activits de recherche et de forum continueront dvelopper ce thme et rechercher les moyens de rendre la coopration internationale plus efficace, y compris par le truchement de mcanismes comme le FMMD et les PCR.

    LOIM coopre de plus en plus souvent avec divers mcanismes interinstitutions et participe lquipe de pays des Nations Unies dans plusieurs endroits. Officiellement, toutefois, elle conserve son statut dobservateur auprs de lONU, avec les avantages et les inconvnients que cela reprsente sur le plan des interventions et du lancement de nouvelles initiatives. Il est certain que les Etats Membres suivront cette question avec intrt.

    Dsormais fermement ancre dans le tissu social de notre socit mondiale, la migration continuera de gagner en importance et en intrt politique dans un avenir prvisible. Ces soixante dernires annes, lOIM est reste la pointe du dbat sur la migration, adaptant sa vision et ses oprations lvolution des tendances migratoires. Seule organisation dote dun mandat mondial sur la migration, elle aura un rle central jouer lavenir, tant sur la scne internationale quau service de ses Etats Membres.

  • PARTIE A

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 3

    BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    INTRODUCTION

    La migration internationale, plus que tout autre domaine daction publique, fait lobjet de prsentations dformes des faits, tout en tant profondment influence par lopinion. La comprhension des migrations contemporaines a considrablement progress grce aux travaux thoriques fonds sur lconomie noclassique, la nouvelle conomie des mnages, la thorie du dualisme du march du travail, la thorie des rseaux, la thorie des systmes mondiaux, la causalit cumulative ou encore les rcentes avances de la thorie du transnationalisme (Massey et al., 1993, 1998 ; Vertovec, 2001). Les recherches empiriques consacres la migration sont aussi de plus en plus nombreuses. Toutefois, ni la thorie ni la recherche ne semblent avoir autant influ sur llaboration des politiques que le discours politique, les informations rapportes par les mdias et lopinion publique sur la nature, le but et les incidences socioconomiques de la migration.

    Ces dbats sinscrivent dans un contexte migratoire mondial dont ltendue et la complexit risquent fort de crotre sous leffet du creusement des disparits dmographiques, des nouvelles dynamiques politiques internationales, mais aussi des rvolutions technologiques et des rseaux sociaux. Dans de nombreuses rgions du monde, cette volution est dj luvre. Les tendances dmographiques, sociales, environnementales, politiques et conomiques long terme ont eu et continueront davoir un impact considrable sur lampleur et les schmas des mouvements migratoires.

    Ces flux migratoires ont souvent de profondes rpercussions sur la composition socioconomique et ethnique des socits, ce qui pose aux pouvoirs publics de nouveaux dfis, consistant intgrer les migrants dans la socit daccueil et, plus gnralement, faire en sorte que la migration soit bien vcue par lensemble de la communaut. Tous les pays ou presque tant confronts la migration dune manire ou dune autre, les socits prennent conscience que le choix qui soffre elles nest pas de savoir si mais plutt comment elles doivent sadapter aux changements. Accepter une socit en mutation et plurielle exige de se pencher sur des questions fondamentales quant la nature de la socit et au tissu social, mais galement sur des aspects trs pratiques concernant la structure, lorganisation et le fonctionnement des institutions, politiques et rglementations publiques, afin de trouver un juste quilibre entre les avantages conomiques et sociaux de la migration et les cots qui en dcoulent.

    CHAPITRE 1-

  • 4 CHAPITRE 1 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Dans ce contexte, limage des migrants dans leurs socits dorigine et daccueil revt une importance fondamentale. Bien quil soit de plus en plus largement admis que les migrants peuvent crer du capital social par-del les frontires, que la diversification culturelle est un facteur de stimulation de lentreprenariat, et quune population active multiculturelle est particulirement rentable, les migrants sont globalement mal perus dans de nombreuses socits. La frontire entre un dbat raliste et honnte sur les enjeux de la migration et lexploitation politique de strotypes et de boucs missaires est souvent tnue. Limage ngative des migrants sexplique en partie par le fait que les flux migratoires sont plus visibles et plus divers que jamais, soulevant des questions qui, laisses sans rponse, se traduisent par une distorsion de linformation et des reprsentations errones. A lvidence, les migrants en gnral, ainsi que les personnes de nationalits ou de groupes ethniques donns, sont souvent stigmatiss dans les pays de destination. Cette stigmatisation lencontre des migrants existe galement dans les pays dorigine, entretenue par lide quils ont abandonn leur pays, ou par les espoirs et attentes irralistes des familles de migrants et des communauts dorigine.

    Une communication dforme sur la migration peut enclencher un cercle vicieux aboutissant des informations errones, relayes par les politiques publiques, les mdias et le grand public, et qui, leur tour, peuvent fausser le discours tous les niveaux. Laction publique et le discours politique peuvent donc jouer un rle dterminant dans la faon dont les migrants sont considrs au sein des socits daccueil. A cet gard, le discours des pouvoirs publics quant au fond et la forme sur les migrants et la politique migratoire est un enjeu essentiel. Linformation et lducation du public sont peut-tre les moyens daction les plus importants mettre en uvre dans les socits aux prises avec la migration, dans la mesure o toute gestion des migrations suppose aussi de grer lide que la socit se fait des migrants.

    Dans un premier temps, ce chapitre analyse les constatations relatives aux ides et attitudes du public quant la migration dans diffrents pays du monde et lincidence de celles-ci sur la formation de lopinion et, par ricochet, sur les politiques. Il sintresse ensuite au contexte dans lequel ces ides et attitudes sont faonnes, et au rle que jouent les mdias par linfluence quils exercent sur lopinion et la manire dont ils relaient celle-ci. Il comprend galement des exemples de bonnes pratiques appliques par les pouvoirs publics, la socit civile et les mdias. Enfin, il sinterroge sur les moyens permettant de mieux communiquer sur les questions de migration cls, de faon amliorer llaboration des politiques et sassurer une meilleure participation des migrants eux-mmes.

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 5

    IMPORTANCE DE LOPINION PUBLIQUE SUR LA MIGRATION

    De nombreuses tudes ont t consacres lopinion du public sur la migration et les migrants qui, pour la plupart, sintressent aux pays de destination. Cependant, malgr lattention croissante porte aux avantages potentiels de lmigration pour les pays dorigine, les attitudes sur lmigration et les migrants dans ces pays nont gre t tudies de manire systmatique (Nations Unies, 2006 ; Banque mondiale, 2006 ; CMMI, 2005). Le prsent chapitre comble cette lacune en sappuyant sur des tudes qualitatives ralises petite chelle ainsi que sur des enqutes comparatives rgionales, nationales et internationales. Il reste nanmoins que la qualit des tudes sur les attitudes du public face la migration est trs ingale.

    Les tudes sur lattitude du public dpendent fortement des enqutes et des sondages dopinion. Or, il est important de garder lesprit que ces mthodes sont critiques, la fois sur le plan technique et sur la faon dont les rsultats sont interprts. Considrer que les rsultats dune enqute refltent lopinion publique peut en effet poser problme divers gards1. Tout dabord, cela revient dire que toute personne est en mesure de se forger une opinion sur nimporte quel sujet, ce qui conduit souvent ngliger limportance des non-rponses dans lchantillon sond. Ensuite, lagrgation des rponses individuelles comme reprsentative dune opinion publique, alors que les rponses ne sont pas toujours les produits dun cadre de rflexion commun, peut faire croire, tort, lexistence dun consensus (OCDE, 2010).

    Dans certains pays, lopinion publique nest pas tudie avec la mme rigueur que dautres domaines. Ainsi, une valuation dtudes sur limmigration et lopinion publique en Australie a montr quen labsence dune vritable culture de la recherche dans ce domaine, les sondages dopinion devenaient le jouet des mdias, les journalistes tant juste tenus de produire des manchettes provocatrices (Markus, 2011). Cette mme valuation a galement cit plusieurs exemples denqutes dopinion en Australie dont les questions taient partiales ou influenaient les personnes interroges : la formulation des questions, leur position dans lenqute, ainsi que lchantillon, la mthode et le mode dadministration de lenqute conduisaient les personnes rpondre par oui ou par non. Aussi, ce qui pourrait tre considr comme lopinion de la majorit sur un ventail de questions laisse dans bien des cas une impression de flou et mme dincohrence, car une personne interroge peut souvent se dclarer favorable la fois lassimilation et au multiculturalisme, ou prconiser la diversit culturelle tout en se disant proccupe par les divisions que celle-ci engendre (ibid.). Cette mme tude rapporte en outre quune analyse des mdias a fait apparatre une tendance gnralise rendre compte de ces rsultats de sondage biaiss sur un mode sensationnel.

    Parmi les autres facteurs qui ajoutent limprcision des rsultats des sondages figure labsence de dfinition commune des termes migrants et migration . Dans tous les pays, on trouve de nombreuses catgories de migrants ; or, un grand nombre denqutes omettent de prciser les groupes viss. Les personnes interroges peuvent entendre le terme

    1 Outre les difficults abordes dans cette section, il convient de souligner que la majorit des tudes ne prcisent pas la composition de lchantillon utilis. Selon la porte de ltude, celui-ci peut aussi inclure des migrants, ce qui risque de fausser les rsultats dans un sens ou un autre.

  • 6 CHAPITRE 1 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    migrant de diverses faons, et avoir des points de vue diffrents selon les catgories de migrants. Bien souvent, les enqutes ne refltent pas la complexit de ces attitudes.

    Les enqutes et sondages dopinion sur la migration font donc problme si leurs mthodes sont contestables. En revanche, sils sont analyss la lumire de facteurs contextuels, ils peuvent apporter de prcieux clairages, comme nous le verrons dans les sections qui suivent. Cependant, un examen minutieux et critique des sources dopinion est un pralable indispensable tout dbat clair et objectif sur les questions de migration lchelle locale, nationale et internationale. Lencadr 1 prsente une liste de questions types dont les analystes des sondages dopinion sur la migration pourraient sinspirer lorsquils interprtent les rsultats.

    Encadr 1. Principales questions se poser lors de lanalyse de sondages dopinion sur la migration

    La mthode utilise est-elle solide et srieuse ? Le sondage dfinit-il clairement les termes migrant et migration ? Lenqute est-elle reprsentative de lensemble de la population ? Les questions incitent-elles les personnes interroges rpondre dans un sens

    plutt que dans un autre ? Comment les non-rponses ont-elles t prises en compte ? Les questions refltent-elles toute la complexit des attitudes, ou obligent-elles

    les personnes interroges rpondre de faon manichenne ? Lenqute a-t-elle t mene loccasion dun vnement susceptible dinfluer sur les rsultats ?

    Opinion publique sur limmigration et facteurs dinfluence

    Limiter notre comprhension de lopinion publique aux gros titres serait primitif et simpliste. (Kleemans et Klugman, 2009, p. 19)

    Les apprciations que portent les populations sur la migration, telles quelles sont prsentes par les sondages, sont souvent dfavorables, et daucuns pensent que cette tendance sest renforce ces dernires annes. Ce qui est sr, cest que lopinion publique sur la migration varie dun pays lautre et lintrieur de chaque pays, mais aussi dans le temps. On observe des diffrences selon les sous-groupes de population dun mme pays, ce qui peut galement rvler la prsence de facteurs ou de problmes externes. A cet gard, il est souvent trompeur de parler de lopinion publique, alors que les points de vue sont trs divers, de mme que leur intensit. Pour mieux comprendre les attitudes lgard de la migration, il faut analyser ces diffrences et variations. Cette section examine quelques-uns des principaux facteurs qui influencent lopinion, ainsi que les grandes diffrences dattitude au sein de la population face la migration.

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 7

    Niveaux dimmigration rels, supposs et souhaits, et statut des migrants

    Laugmentation relle des flux migratoires ou, plus exactement, la mesure dans laquelle les niveaux supposs de migration sont considrs comme inacceptables , ont souvent un effet pernicieux sur lopinion publique. Certains attribuent galement la monte gnrale de linquitude et de lhostilit lgard de la migration non seulement laccroissement des flux de migrants, mais aussi leur rythme (Papademetriou et Heuser, 2009). Quels que soient lampleur ou le rythme des migrations, lopinion est aussi influence par le statut des immigrants rgulier ou irrgulier. Les niveaux souhaits de migration ne se rduisent donc pas un simple problme de chiffres, sans lien avec les questions dorigine et de statut des migrants.

    La figure 1 montre quau Royaume-Uni, le pourcentage de la population qui se dit proccupe par la hausse de limmigration ces 10 dernires annes a augment paralllement aux niveaux dimmigration. Il a par ailleurs t constat que, depuis les annes 1960, les Britanniques jugent les niveaux de migration trop levs, et que cette opinion a assez peu vari en dpit des fluctuations des niveaux rels de migration, ce qui donne penser que cest limportance accorde aux questions migratoires qui a volu ces dernires annes (Hurrell, 2010).

    Figure 1. Inquitudes de lopinion face limmigration, 19742009

    Source : Adapt d Ipsos MORI et Bureau national des statistiques du Royaume-Uni, 1974-2009 (cit dans Page, 2009).

    Une tude de lOCDE (2010), comparant les donnes des enqutes ISSP (Programme international denqutes sociales) menes en 1995 et 2003 dans diffrents pays de lOCDE, a conclu que, sur cette priode, la population des pays considrs tait devenue de moins en moins favorable limmigration mesure que les flux migratoires augmentaient (voir la figure 2).

  • 8 CHAPITRE 1 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Figure 2. Avis favorables un accroissement de limmigration et dans un contexte daugmentation de la proportion dimmigrs dans la population dans certains pays de lOCDE, 19952003

    Note : Pourcentages calculs en excluant les non-rponses. Donnes pondres.Source : OCDE, 2010 : 120 (http://dx.doi.org/10.1787/migr_outlook-2011-en).

    Mme si ces constatations semblent indiquer un lien entre les chiffres et les opinions dfavorables, il est important de garder lesprit que, dans les pays de destination, la population mconnat souvent lampleur et la nature de la migration ainsi que les politiques qui influent sur ces paramtres. Une tude couvrant huit pays daccueil (Canada, France, Allemagne, Italie, Pays-Bas, Espagne, Royaume-Uni et Etats-Unis dAmrique) a montr que dans chacun deux, les personnes interroges avaient tendance largement surestimer le nombre de migrants (Transatlantic Trends, 2010, p. 6), comme lindique le tableau 1. Pour dterminer si la connaissance des faits tait susceptible dentraner un changement dattitude, on a demand un premier groupe de personnes, aprs leur avoir prcis le nombre rel de migrants, si elles estimaient quil y avait trop , beaucoup, mais pas trop ou trop peu de migrants dans leur pays ; un second groupe sest ensuite vu poser la mme question, mais sans informations complmentaires. Il est apparu que les personnes du premier groupe avaient moins tendance dire quil y avait trop de migrants dans leur pays. Les ides errones sur le nombre rel de migrants sont monnaie courante dans les pays de destination, et cest l un aspect essentiel car, comme le souligne le rapport dun sminaire Policy Network (Hurrell, 2010), la question de savoir si le niveau dimmigration est ou non appropri est la principale ligne de faille du dbat sur limmigration .

    Tableau 1. Pourcentage suppos et rel de migrants dans la population de quatre pays transatlantiques, 2010

    Pays Pourcentage suppos Pourcentage rel

    Italie 25 7

    Espagne 21 14

    Etats-Unis dAmrique 39 14

    Canada 39 20

    Source : Transatlantic Trends, 2010, p. 6.

    Augmentation de la proportion dimmigrs dans la population entre 1995 et 2003 (points de %)

    volution de la proportion dindividus souhaitant une augmentation des flux migratoires entre 1995 et 2003 (ratio)

    Proportion dindividus favorables une augmentation des flux migratoires en 1995 (%)

    Augmentation de la proportion dimmigrs dans la population entre 1995 et 2003 (points de %)

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 9

    Aux Etats-Unis dAmrique, des donnes concordantes font apparatre que la majorit de la population prconise une rduction du niveau de migration ou un maintien au niveau actuel. Les sondages Gallup, dont les sries chronologiques comptent parmi les plus longues et sont les plus utilises, tudient les questions dimmigration depuis les annes 19602. En gnral, les sondages rvlent que seule une courte majorit (58 % en 2001, 51 % en 2006 et 50 % en 2009) estime quil faut diminuer la migration. Fait intressant, les sondages Gallup montrent que, depuis 2001, limmigration est considre par la majorit des personnes interroges (58 % en 2003, 67 % en 2006 et 57 % en 2010) comme une bonne chose pour le pays. Dans les enqutes de 2006 et de 2008, une forte majorit des personnes interroges (74 % et 79 %, respectivement) considrent en outre que les immigrants illgaux (en situation irrgulire)3 ne prenaient pas le travail des nationaux, puisquils occupaient des postes faiblement rmunrs dont les Amricains ne voulaient pas. Les enqutes de Gallup font tat dune opinion publique plus favorable limmigration et aux immigrants que dautres enqutes, comme celles menes par Vision Critical/Angus Reid Public Opinion. A la fin de 2010, une tude effectue par cette socit a tabli que 57 % des personnes interroges estimaient que limmigration avait des consquences ngatives aux Etats-Unis dAmrique, que 39 % souhaitaient voir le nombre dimmigrants lgaux baisser, et que 56 % considraient que les immigrants illgaux prenaient le travail dAmricains.

    En 2006, le Pew Hispanic Center4 a analys une srie de sondages raliss au dbut de lanne 2006, et a conclu que la question de savoir si, dans lensemble, limmigration est une bonne chose pour le pays semblait diviser lopinion en deux camps presque gaux. En revanche, les Amricains ntaient pas daccord sur les niveaux souhaits dimmigration lgale (rgulire), puisque environ un tiers dentre eux taient favorables au maintien de limmigration lgale ses niveaux actuels, tandis quun autre tiers souhaitaient la voir diminuer. Une proportion infrieure prconisait un accroissement de limmigration lgale, et la plupart des Amricains considraient limmigration illgale comme un problme grave.

    Peu dtudes ont t consacres aux attitudes lgard des immigrants dans les pays en dveloppement ou nouvellement industrialiss. Cependant, une enqute nationale mene en 2006 auprs de 3 600 citoyens sud africains adultes dans le cadre du Southern African Migration Project a montr que la part de ceux qui souhaitaient une interdiction totale de limmigration tait passe de 25 % en 1999 37 % en 2006. En outre, 84 % des sonds estimaient que lAfrique du Sud autorisait trop de ressortissants trangers entrer sur son territoire (Crush, 2008). En Malaisie, au Sngal, en Tanzanie et au Venezuela, des pourcentages analogues de personnes interroges se sont dclares favorables un durcissement des restrictions et des contrles de limmigration (Pew, 2007).

    Il est difficile de dterminer dans quel sens voluent les attitudes lgard de la migration mesure que la proportion de migrants dans la population totale augmente et/ou que ceux-ci sont considrs comme intgrs dans la communaut. Dans une enqute World Values Survey, il a t demand 214 628 personnes, dans 86 pays, si elles voyaient une objection avoir un voisin migrant. Comme on pouvait sy attendre, le pourcentage dobjections a t faible dans

    2 Voir http://www.gallup.com/poll/1660/ Immigration.aspx3 LOIM prfre parler de migration rgulire ou irrgulire. Cependant, pour reprendre prcisment les formulations adoptes

    dans les sondages, nous avons t parfois amens employer les termes migration lgale et illgale dans le prsent document.

    4 Voir http://pewhispanic.org/files/factsheets/18.pdf

  • 10 CHAPITRE 1 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    plusieurs grands pays dimmigration (comme lAustralie, la Nouvelle-Zlande, lEspagne et la Suisse). En revanche, il est lev dans plusieurs autres pays o les niveaux de migration sont importants, notamment au Moyen-Orient et dans certaines parties de lAsie. Cette raction de rejet sexplique peut-tre par la relative nouveaut du phnomne migratoire dans ces pays, ainsi que par la spcificit de la dynamique migratoire dans ces rgions. Il apparat toutefois clairement quil nexiste aucune corrlation systmatique entre lacceptation des migrants et leur part dans la population nationale.

    Tout porte nanmoins croire que les diffrentes catgories dimmigrants ne sont pas perues de la mme faon. Ainsi, lOCDE a observ que lopinion publique est gnralement mieux dispose envers les rfugis quenvers les autres migrants, mme si, dans les pays qui acceptent beaucoup de rfugis, la population est davantage proccupe par les consquences de la migration quailleurs (OCDE, 2010). En outre, les attitudes varient selon le pays dorigine des immigrants.

    Economie, emploi, ingalits et niveau suppos de contribution des migrants

    Selon lenqute World Values Survey prcite, les attitudes lgard de la migration sont fortement influences par les possibilits demploi (Kleemans et Klugman, 2009). Dans la plupart des 52 pays couverts en 20052006, la majorit des personnes interroges approuvaient les restrictions en matire de migration, et nombre dentre elles associaient ces restrictions la situation de lemploi. Cependant, plusieurs pays prsentant un niveau de dveloppement humain moyen lev (selon lindice du dveloppement humain)5 taient favorables un durcissement des restrictions en matire migratoire, quel que soit le volume demplois disponibles (ibid.).

    Lexistence dune corrlation entre les attitudes lgard de limmigration et les possibilits demploi ressort aussi clairement des donnes des sries chronologiques australiennes. La figure 3 montre que la proportion dAustraliens estimant que les niveaux dimmigration sont trop levs suit de prs le taux de chmage pendant la priode 19742010. Une nette relation entre les attitudes envers la migration et le niveau du chmage a t constate dans 34 pays (Kleemans et Klugman, 2009). En Europe, les lments dinformation disponibles laissent aussi penser quen priode de ralentissement conomique, lopinion se retourne contre les immigrants (Kessler et Freeman, 2005).

    5 Voir http://hdr.undp.org/fr/statistics/hdi/

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 11

    Figure 3. Corrlation entre le niveau de chmage et la proportion de personnes jugeant les niveaux dimmigration trop levs (%), Australie, 19742010

    Source : Markus, 2011.

    Dans les pays o lingalit (mesure par le coefficient de Gini6) est plus forte, on a davantage tendance penser que les nationaux devraient tre prioritaires sur le march du travail (Kleemans et Klugman, 2009). Il nen reste pas moins que, dans des pays prsentant des niveaux dingalit analogues, cette prfrence nationale peut tre perue de faon assez diffrente. En outre, dans les pays o le PIB est lev, la population est plus rticente laisser entrer des migrants (politique de limmigration), mais se montre mieux dispose leur gard une fois quils sont prsents sur le territoire : elle est favorable lgalit de traitement sur le march du travail, et voit gnralement moins quailleurs un inconvnient avoir un migrant comme voisin (ibid.).

    Par ailleurs, les inquitudes quant la situation de lconomie ou de lemploi sont dues non seulement aux possibilits du travail et aux ingalits face lemploi, mais aussi au sentiment que les migrants prennent le travail des nationaux ou obrent les ressources du pays. La question de la corrlation entre la migration et lemploi soulve donc celle, plus vaste, de la nature et du niveau des contributions des migrants leur socit daccueil. L encore, on observe de grandes disparits selon les pays. LEurobaromtre standard de la Commission europenne (2006) a cherch jauger lopinion publique des pays de lUnion europenne sur, entre autres, la contribution des migrants. Les personnes interroges devaient indiquer si elles taient ou non daccord sur laffirmation suivante : Les immigrants apportent beaucoup notre pays. La figure 4 montre la proportion de personnes interroges qui sont daccord. En moyenne, dans lUnion europenne, 40 % de la population tait daccord, mais une petite majorit (52 %) ne ltait pas. Cependant, comme lillustre la figure 4, il existe des variations considrables dun pays lautre. Des niveaux daccords suprieurs la moyenne ont t observs en Finlande, en Irlande, au Luxembourg, aux Pays-Bas, au Portugal et en Sude. linverse, les niveaux daccord taient trs bas dans plusieurs pays dEurope de lEst.

    6 Pour plus dinformations, voir le site http://stats.oecd.org/glossary/detail.asp?ID=4842 (site consult le 22 aot 2011).

  • 12 CHAPITRE 1 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Figure 4. Proportion de personnes interroges dans les pays de lUnion europenne qui estiment que les immigrants apportent beaucoup leur pays, 2006

    Pays %

    Sude 79

    Portugal 66

    Irlande 56

    Luxembourg 56

    Finlande 54

    Pays-Bas 53

    Royaume-Uni 47

    Danemark 45

    France 44

    Grce 43

    Italie 41

    Union europenne (25) 40

    Belgique 40

    Espagne 40

    Autriche 37

    Pologne 33

    Allemagne 30

    Chypre 30

    Slovnie 28

    Malte 21

    Lituanie 20

    Hongrie 19

    Rpublique tchque 17

    Estonie 16

    Lettonie 16

    Slovaquie 12

    Roumanie 43

    Bulgarie 23

    Source : Adapt de la commission europenne, 2006.

    Une enqute sur les conditions de vie au Qatar a montr quune majorit crasante de nationaux apprciaient la contribution des trangers au dveloppement du pays, en raison de leur ardeur au travail (89 %) et de leur savoir-faire (89 %) (SESRI, 2010). Ils reconnaissaient en outre que la prsence dtrangers (expatris et travailleurs migrants) ouvrait le pays de nouvelles cultures. Cependant, ils taient quelque 75 % penser que le nombre de travailleurs trangers faisait peser une lourde charge sur les services de sant du pays (ibid.). Selon une enqute de lOrganisation internationale du Travail (OIT) (2010) sur limage des travailleurs migrants en Rpublique de Core, en Malaisie, Singapour et en Thalande, la majorit des personnes interroges considraient que ces travailleurs taient ncessaires pour pallier les pnuries de main-duvre ; en Rpublique de Core et Singapour, 80 % des sonds en moyenne estimaient quils apportaient une contribution nette lconomie (contre 40 % en Thalande et un peu moins de 40 % en Malaisie). A loppos, une enqute mene en 2006 en Afrique du Sud a conclu que les migrants taient largement considrs comme une menace pour le bien-tre socioconomique du pays, 67 % des personnes interroges estimant que les

    31 % - 40 %

    41 % - 50 %

    0 % - 30 %

    61 % - 100 %

    51 % - 60 %

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 13

    migrants puisaient les ressources , et 62 % prtendant quils prenaient les emplois des nationaux (Crush, 2008). Comme nous le verrons plus en dtail dans les sections qui suivent, ces ides sinscrivent souvent dans des contextes socioconomiques et culturels plus larges, et ne peuvent pas tre analyses sparment.

    Age, milieu socioconomique, appartenance ethnique, situation gographique et niveau dtudes

    Les attitudes lgard de la migration varient galement considrablement selon les sous-groupes lintrieur des pays, en fonction de lge, du statut socioconomique et du niveau dtudes. Le lien entre lge et les attitudes est manifeste, comme en tmoigne lexemple du Royaume-Uni, o la population ge est indniablement la plus hostile la migration (voir le tableau 2). Entre 1999 et 2008, toutefois, cest dans les tranches dge infrieures que lon a relev la plus forte augmentation du nombre de personnes estimant que le Royaume-Uni comptait trop dimmigrants. Le tableau fait galement apparatre une importante diffrence entre les catgories socioprofessionnelles, les ouvriers qualifis se montrant les plus hostiles.

    Tableau 2. Pourcentage de personnes estimant que le Royaume-Uni compte trop dimmigrants, 1999 et 2008

    ge 1999 2008 Variation en %

    15-29 44 67 +23

    30-49 51 67 +16

    50-64 64 71 +7

    Plus de 65 69 78 +9

    Catgorie socioprofessionnelle 1999 2008 Variation en %

    Cadres suprieurs et professions intellectuelles suprieures 48 63 +15

    Professions intermdiaires (C1) 47 70 +23

    Ouvriers qualifis (C2) 60 75 +15

    Ouvriers non qualifis et personnes vivant dune pension dEtat 65 74

    +9

    Source : Ipsos MORI, juin 1997juin 2008, cit dans Page, 2009.Note : La catgorie des professions intermdiaires (C1) comprend les agents de matrise, les employs ainsi que les cadres

    moyens, et les professions intermdiaires administratives et intellectuelles. Selon la nomenclature des catgories socioprofessionnelles adopte au Royaume-Uni, la catgorie des ouvriers qualifis (C2) regroupe les mnages dont le soutien de famille principal occupe un emploi manuel qualifi ncessitant un apprentissage ou une formation (plomberie ou mcanique automobile, par exemple).

    Des tendances similaires sont releves en Australie et en Allemagne, bien que les tudes analyses ne permettent pas de conclure une volution de lopinion dans les tranches dge infrieures. Dans une enqute ralise en Allemagne, lopinion la plus favorable lgard des migrants a t observe chez les 1624 ans, encore que cela puisse tenir au fait que les jeunes ont plus de contacts avec les migrants, notamment parce quils comptent des amis et des connaissances parmi ces derniers. Environ 65 % des jeunes portaient un regard positif sur les migrants, contre 32 % chez les 60 ans et plus (Abah, 2009). En Australie, lhostilit envers les migrants est le plus gnralement exprime par des personnes qui ont plus de 65 ans, sont sans diplme ni qualifications post-scolaires ou professionnelles, dcrivent leur situation financire laide dexpressions comme fins de mois difficiles ou pauvre , occupent un emploi de

  • 14 CHAPITRE 1 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    type conducteur dengins, agent de conduite ou manuvre, mentionnent une appartenance religieuse mais pratiquent peu, et qui sont veuves ou divorces (Markus, 2010).

    Le niveau de qualification et la situation gographique sont galement apparus comme dimportants facteurs dinfluence dans lanalyse des donnes denqutes ESS (European Social Survey) et ISSP effectue par lOCDE, qui a montr que les travailleurs peu qualifis taient gnralement plus favorables des politiques restrictives, et que ceux des zones rurales avaient davantage tendance considrer la migration comme prjudiciable (OCDE, 2010). De mme, en Malaisie, en Rpublique de Core, Singapour et en Thalande, les rsultats denqutes donnent penser que ceux qui connaissent des travailleurs migrants et entretiennent avec eux des relations professionnelles ou sociales sont mieux disposs leur gard (OIT, 2010).

    Les tudes des attitudes font aussi rgulirement ressortir que les niveaux dinstruction levs sont associs des sentiments positifs lgard de la migration (Rothon et Heath, 2003 ; McLaren et Johnson, 2004 ; Statistique Canada, 2003 ; Commission europenne, 2006). Cependant, si lon croise les niveaux dinstruction, le PIB et lindice du dveloppement humain, on obtient un scnario plus nuanc : les groupes sociaux trs instruits sont plus favorables la migration dans les pays riches que dans les pays pauvres (Kleemans et Klugman, 2009). En outre, selon lanalyse denqutes de Kleemans et Klugman, il existe une corrlation positive entre toutes les variables associes au niveau de revenu et la catgorie socioprofessionnelle et les attitudes lgard de la migration, et les personnes qui vivent dans les grandes villes portent un regard plus positif sur la migration (2009).

    En outre, les sondages et les tudes montrent invariablement que les personnes issues de limmigration tendent gnralement tre favorables la migration (Pew Research Center, 2006 ; CMMI/IPPR, 2004). Cependant, on observe des variations entre les migrants ns ltranger et ceux de deuxime gnration, ns dans le pays daccueil, dont les opinions peuvent, au fil du temps, se rapprocher de celles de la population autochtone.

    Importance du facteur temps

    Les tudes saccordent montrer que les reprsentations, les attitudes et les opinions lgard de la migration et des migrants varient au fil du temps. Bien que les attitudes de certains groupes soient profondment enracines et inflexibles, lopinion publique dans son ensemble peut changer et change effectivement, ce qui souligne limportance de prsenter au grand public des informations srieuses et objectives. Cette variabilit est encourageante pour tous ceux qui luttent contre les informations errones, les prjugs et lintolrance qui caractrisent parfois le discours public sur la migration.

    Plusieurs tudes font apparatre cette tendance vers un changement de mentalits. La figure 5, par exemple, montre comment limage de limmigration a volu en Allemagne entre 1984 et 2008. Daprs les observations dAbah : Si lhostilit envers les migrants a pu tre forte par moments [] un processus de familiarisation sest mis en place, qui a conduit une acceptation plus grande des immigrants par le grand public (2009, p. 31). On a constat une volution analogue sur une priode prolonge en Australie et aux Etats-Unis dAmrique, mesure quaugmentait le nombre de migrants (Suro, 2009 ; Betts, 2005).

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 15

    Figure 5. Pourcentage de personnes interroges estimant que le nombre dimmigrs vivant en Allemagne est trop lev, 19842008

    Source : Institut fr Demoskopie Allensbach, cit dans Abah, 2009.Note : Les donnes se rapportent aot 1984, juin 1998, dcembre 2004 et mars 2008. * Les donnes pour 1984 concernent uniquement lAllemagne de lOuest.

    Cependant, cette volution vers une meilleure acceptation au fil du temps nest en aucun cas linaire, et peut tre influence par divers autres facteurs. Au Royaume-Uni, par exemple, les inquitudes du public propos de limmigration ont atteint des niveaux sans prcdent ces 10 dernires annes, avec un point culminant en 2008. Il a fallu la monte des proccupations dordre conomique dues la crise financire mondiale pour les faire reculer (Page, 2009).

    Le cas de lAustralie offre un autre exemple de la variabilit de lopinion. Comme le souligne Markus (2011, p. 6), lAustralie (de mme que le Canada) compte parmi les pays les mieux disposs lgard de limmigration. Markus en donne une illustration avec les donnes reproduites au tableau 3, tires de lISSP. Ces donnes indiquent quen 2003, lAustralie arrivait juste derrire le Canada (68 %), avec 61 % de personnes interroges dclarant souhaiter que le nombre de migrants venant dans le pays augmente ou reste en ltat. Ce chiffre nest que de 44 % aux Etats-Unis dAmrique, 30 % en Allemagne, 22 % au Royaume-Uni et 18 % en Russie. Cependant, Markus (2011, p. 8) sappuie sur les donnes de plusieurs sondages (y compris ceux raliss par la Fondation Scanlon) pour montrer limportante variabilit du pourcentage de la population qui considre le nombre dimmigrants comme tant peu prs satisfaisant ou trop faible. Le tableau 4 indique que ce pourcentage est pass de 28 % en 1997 57 % en 2003, avant de retomber 46 % en 2010.

  • 16 CHAPITRE 1 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Tableau 3. Attitudes face au nombre dimmigrants admis (% des personnes interroges), chantillon de pays, 2003

    Evolution souhaite du nombre de migrants arrivant dans le pays

    Augmentation Maintien au mme niveau

    Augmentation + maintien au

    mme niveau

    Diminution

    Canada 29 39 68 32

    Australie 23 38 61 39

    Espagne 10 39 49 52

    Danemark 10 39 49 51

    Etats-Unis dAmrique 11 32 44 56

    Portugal 3 41 44 56

    Nouvelle-Zlande 16 28 43 57

    Sude 12 30 42 58

    Irlande 9 32 41 59

    Autriche 7 32 39 61

    France 8 26 34 66

    Hongrie 2 29 31 69

    Allemagne Ouest 5 24 30 70

    Pays-Bas 4 26 30 70

    Norvge 7 22 29 71

    Royaume-Uni 6 16 22 78

    Fdration de Russie 4 13 18 83

    Source : ISSP Research Group, 2003, cit dans Markus, 2011, p. 7.Note : Lenqute australienne a t mene auprs de 2 183 personnes du 27 aot au 24 dcembre 2003. La question tait

    assortie de cinq rponses possibles : Pensez-vous que le nombre actuel de migrants arrivant en [PAYS] devrait tre : fortement augment ; lgrement augment ; maintenu au mme niveau ; lgrement rduit ; fortement rduit ? Les sous-totaux peuvent varier de +/-1 % en raison des arrondis (ZA, 2005, cit dans Markus, 2011).

    Tableau 4. Opinion publique sur les niveaux dimmigration en Australie (%), chantillon dannes

    Anne Trop levs A peu prs adquats/trop faibles

    1996 62 32

    1997 64 28

    2001 41 54

    2002 41 54

    2003 37 57

    2005 39 56

    2007 36 53

    2009 37 55

    2010 47 46

    Source : Markus, 2011, p. 8.

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 17

    OPINION PUBLIQUE SUR LEMIGRATION ET LA MIGRATION DE RETOUR

    Le plus souvent, lanalyse des attitudes lgard de la migration et des migrants internationaux sintresse au volet destination du processus, autrement dit, limmigration. Or, la migration a galement un profond retentissement sur les pays de dpart et leur population. La question de lmigration se pose avec une acuit croissante, non seulement parce quelle gagne en importance, mais aussi parce que ses incidences sur le dveloppement deviennent de plus en plus videntes depuis quelques annes (Banque mondiale, 2006). Comme pour limmigration, les attitudes et les reprsentations lgard des migrants peuvent donc influer sur la formulation des politiques et vice-versa. Pourtant, peu de recherches empiriques ont t consacres lopinion publique sur lmigration, surtout dans les pays en dveloppement, qui sont devenus dimportantes sources de migration vers les conomies revenu lev et dautres pays en dveloppement. On dispose de quelques enqutes qualitatives petite chelle qui, toutefois, ne sintressent gure la migration de retour. Cependant, les choses voluent car le retour est de plus en plus souvent considr comme une composante essentielle du cycle de la migration.

    Lenqute mene en 2002 dans 44 pays dans le cadre du projet Pew Global Attitudes Project7 a rvl que lmigration tait considre par une part non ngligeable de la population comme un problme trs important dans un certain nombre de pays, surtout en Amrique latine (Honduras [63 %], Argentine [58 %], Guatemala [53 %] et Mexique [52 %]). Des inquitudes au sujet de lmigration ont galement t releves en Bulgarie (58 %) et en Afrique du Sud (52 %). Cependant, la faon dont les migrants ou les migrants de retour sont perus par la population ou les pouvoirs publics est variable, allant du sentiment dabandon llvation des expatris au rang de hros nationaux. En outre, les opinions semblent aussi tre faonnes par des facteurs tels que la dure du sjour ltranger, les incidences sur la famille ou la communaut reste au pays, et la situation conomique qui prvaut dans le pays dorigine.

    Au Mexique, le Pew Research Center a interrog en 2009 1 000 adultes qui, dans leur majorit (62 %), ont dclar que, sils le pouvaient, ils ne sinstalleraient pas aux Etats-Unis dAmrique, alors quune importante minorit dentre eux (33 %) se sont dit prts le faire. Parmi ces derniers, 55 % (soit 18 % de lchantillon total) ont estim quils taient prts tenter leur chance sans autorisation. Prs de la moiti des personnes interroges (48 %) pensaient quil ntait pas bon pour le Mexique que tant de ses ressortissants vivent aux Etats-Unis dAmrique, tandis que 42 % ont exprim lopinion inverse. Environ 81 % ont considr comme tant trs problmatique le fait que les Mexicains quittent le pays pour trouver du travail ltranger. Une tude petite chelle ralise dans quatre provinces du Viet Nam fait galement apparatre des divergences de vues sur lmigration mme si, dans leur majorit, les personnes interroges y taient favorables. Des tudes quantitatives et qualitatives ont rvl que la plus grande partie de la population, ainsi que les autorits locales tous les chelons, dfendaient la migration de main-duvre. La majorit des personnes interroges pensaient que la migration tait bnfique la fois pour leur famille et pour la communaut. Elles taient 11 % tre dfavorables la migration.

    7 Voir http://pewglobal.org/files/pdf/165.pdf

  • 18 CHAPITRE 1 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Le taux dopposition le plus lev (16 %) a t enregistr parmi les 36 45 ans. On trouvait galement davantage de femmes (13 %) opposes la migration que dhommes (7 %) (Yen et al., 2010).

    Des opinions tout aussi contrastes sur lmigration on t enregistres dans le nord du Ghana, encore quelles varient largement selon le type de migration saisonnire/temporaire, ou de longue dure/permanente. Lors dune tude de lmigration dans la rgion, des entretiens ont t mens avec 204 chefs de famille ruraux, auxquels on a demand dexprimer leur opinion sur les consquences de trois catgories de migration : saisonnire, de longue dure et de retour. Leurs rponses ont fait apparatre des opinions diffrentes selon le type de migration. Par exemple, presque toutes les personnes interroges estimaient que la migration de main-duvre saisonnire avait des consquences positives, notamment sur la scurit alimentaire et laccs aux biens. Pour la migration de longue dure, en revanche, les rponses taient plus ambivalentes. Dun ct, les personnes avaient le sentiment que ce type dmigration rduisait la pression sur les terres agricoles et permettait damliorer le niveau de vie pour certains. De lautre, elles avaient limpression que de nombreux migrants ne parvenaient pas atteindre les objectifs conomiques qui avaient motiv leur dpart, ou quils navaient plus de relations avec leur communaut dorigine (van der Geest, 2010).

    Au Guatemala, lopinion publique sur lmigration reflte la situation conomique du pays, dans la mesure o la migration est gnralement considre comme une solution et non pas comme un problme. Selon un sondage ralis par CID Gallup8 au Guatemala, quatre Guatmaltques sur cinq connaissent quelquun qui a migr aux Etats-Unis dAmrique en qute de travail (cit dans Gilbert et Bauder, 2005).

    Pour sa part, une tude mene par Soruco et al. (2008) dans la rgion de Cuenca en Equateur se penche sur les facteurs qui expliquent pourquoi les opinions sur lmigration sont majoritairement ngatives dans cette partie du pays. Trois raisons sont dgages pour expliquer pourquoi lmigration est juge mauvaise pour la rgion, pour les migrants eux-mmes et, surtout, pour leur famille ; a) les migrants sont considrs comme des personnes draisonnables, dont les rapatriements de fonds ne sont pas investis dans des activits productives et durables, et donc ne contribuent pas lconomie nationale ; b) les migrants sont perus comme irresponsables car ils abandonnent leur famille ; et c) les enfants dmigrants sont rputs plus mauvais lcole que les autres enfants, parce quils ne sont pas intgrs dans la socit et quils sont censs rejoindre leurs parents ltranger (Soruco et al., 2008). Sous langle des catgories socioconomiques, les reprsentations discriminatoires sont plus frquentes parmi les personnes vivant en ville, haut revenu, instruites, maries, et dun certain ge (ibid.).

    Des tudes menes au Sngal laissent entrevoir un scnario trs diffrent. Dans le discours public sngalais, lmigrant est souvent considr comme un symbole de russite, et les migrants comme des mines dor (Riccio, 2005, cit dans Fall et al., 2010), ainsi que des modles suivre pour la jeunesse. On observe toutefois des variations rgionales, les jeunes de Dakar, par exemple, tant plus attirs par lOccident que par dautres destinations africaines. Cependant, le statut socioconomique joue aussi un rle : la France devient la destination de choix des lites instruites, tandis que les habitants des zones rurales migrent vers lEspagne et lItalie, souvent aprs avoir migr Dakar dans un premier temps (Fall et al., 2010).

    8 Consultora Interdisciplinaria en Desarrollo (CID, Consultants interdisciplinaires en dveloppement).

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 19

    On trouve des avis positifs sur lmigration galement dans des pays dorigine dvelopps, tels que lAustralie. Un sondage ralis auprs de 1 000 Australiens afin dvaluer le regard port sur les expatris et la diaspora montre que les ressortissant expatris sont plutt bien considrs, comme lillustre la figure 6 (Fullilove et Flutter, 2004). De mme, les Australiens jugent positive lexistence dune communaut importante dAustraliens dans dautres pays. En outre, il apparat que les jeunes sont gnralement plus positifs que les personnes ges.

    Figure 6. Attitude des Australiens envers les expatris (en % de personnes interroges)

    Source : Adapt de Fullilove et Flutter, Lowy Institute, 2004, p. 39.

    Migration de retour

    La migration de retour est peut-tre laspect du cycle migratoire qui a suscit le moins dintrt, sans doute parce que la majeure partie des ressources de recherche se trouvent dans les pays trs dvelopps, alors que la plupart des migrations de retour se font en direction des pays en dveloppement. Cette situation est dautant plus regrettable que les ides reues sur le processus de retour et les attitudes cet gard ont une grande incidence sur le vcu des migrants de retour et de leur communaut daccueil. Mieux comprendre les valeurs (positives ou ngatives) attaches la migration de retour constituerait un premier pas vers llaboration de politiques et de stratgies de communication efficaces en matire de retour.

    Dune manire gnrale, les migrants dont la russite financire ltranger est manifeste sont considrs dun bon il et peuvent mme devenir des modles. A linverse, on peut faire sentir ceux qui reviennent au pays aprs une tentative avorte de trouver du travail et un logement ltranger quils ont abandonn leur famille et leurs amis. Les avis sont plus nuancs selon que le retour est volontaire ou involontaire.

    Les valuations donnent souvent des rsultats en demi-teintes. Dans le cas des migrants sngalais, comme voqu plus haut, le retour au pays est souvent considr comme souhaitable, et le fait que des migrants ayant russi rentrent au pays avec des gains matriels influe positivement sur la faon dont lmigration est perue. En revanche, la manire dont ces migrants ont gagn leur argent ltranger et dont ils le dpensent est parfois regarde avec suspicion, et ils peuvent galement tre critiqus en raison de comportements et dattitudes adopts durant leur sjour ltranger par exemple, parce quils se comportent comme des Europens (Fall et al., 2010).

  • 20 CHAPITRE 1 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Cette ambivalence lgard des migrants de retour peut galement dcouler des attentes conomiques dues de la famille ou des amis, ou tre lexpression de sentiments anti-occidentaux. Ainsi, dans une tude consacre aux migrants afghans revenant au pays, les rponses faisaient principalement tat de pertes conomiques et de lchec de lexprience migratoire, et laissaient mme entendre que les migrants avaient perdu leur conscience religieuse cause de leur sjour ltranger (de Bree, 2008). Lune des conclusions les plus frappantes de cette enqute tait peut-tre que de nombreux migrants considraient leur retour comme un traumatisme ; la majorit dentre eux en effet taient rentrs sous la contrainte, ce qui suscitait en eux un sentiment de honte et dchec. Soixante-quinze pour cent des personnes interroges ont dclar que lexprience de leur migration et de leur retour avait eu des consquences ngatives sur leur vie (ibid.).

    On trouve des conclusions analogues dans une tude de lOIM mene dans le Caucase du Sud, o des migrants de retour taient en tat de stress ou en mauvaise sant parce quils navaient pas russi amliorer la situation socioconomique de leur famille. Nanmoins, pour 18 % dentre eux, les liens familiaux staient en fait resserrs, largement sous leffet de la joie dtre runis et de la satisfaction tire dune amlioration de leur situation socioconomique. Pour les autres, le sjour temporaire ltranger navait en aucune faon chang leurs relations familiales. Environ deux tiers des personnes interroges ont dit avoir t soutenues par leur famille, qui les avait notamment aides se sentir laise aprs leur retour (OIM, 2002).

    En ce qui concerne le retour de victimes de la traite, les sentiments taient l aussi en demi-teintes, en raison dune incomprhension de ce flau ou du sentiment de honte ou de rprobation face aux victimes, au sein de leur famille ou de la communaut plus large. Dans une tude ralise au Viet Nam, un grand nombre de victimes se sont heurtes la suspicion, la rprobation et une discrimination de la part de leur famille, des voisins et de la communaut. Les rsultats de ltude ont fait apparatre que la discrimination tait plus forte dans les zones rurales quen milieu urbain. Certaines personnes tendaient rendre la victime responsable , estimant tort que ce qui lui tait arriv tait la consquence dun mode de vie dissolu et de lappt du gain. Dautres ides dfavorables reposaient, dans le cas de femmes victimes de la traite, sur lhypothse quelles se seraient prostitues (Yen et al., 2010).

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 21

    OPINION PUBLIQUE : SITUER LES CONCLUSIONS DES ENQUTES DANS LEUR CONTEXTE

    Comme on la indiqu plus haut, les questions des enqutes sur les migrants et la migration doivent tre formules et dfinies avec soin, car elles dterminent largement les rsultats. En outre, lopinion publique sur la migration est une variable qui peut tre instable et sensible toutes sortes dexternalits, dont les cycles conomiques, le taux de chmage, les types de migration, ou encore les proccupations politiques et sociales du moment. Or, ce qui est sr, cest que cette opinion peut avoir une influence sur les politiques et les dcideurs. Comme lexpliquent les sections qui suivent, il existe dtroits liens de corrlation entre lopinion, llaboration des politiques et les mdias. Nanmoins, compte tenu de la difficult dtablir des liens directs de cause effet entre la couverture mdiatique et lvolution de laction publique, il est essentiel, avant de se pencher sur dautres acteurs tels que les mdias, de bien examiner les questions souleves par les sondages dopinion et de les situer dans le contexte politique, social et conomique plus large dans lequel elles se posent.

    Tableau densemble lchelle mondiale

    Il nest pas inutile de brosser un tableau densemble de la migration dans le monde, comme lavait tent en 2002 lenqute Pew Global Attitudes. Fait intressant, celle-ci a constat que dans aucun des 44 pays considrs, limmigration et lmigration ntaient regardes comme les principaux problmes nationaux. Il nen demeure pas moins quune forte proportion de personnes interroges ont dclar que limmigration tait un problme trs important dans leur pays : 63 % en Afrique du Sud, 61 % au Liban, 59 % au Honduras et 55 % en Italie. Lmigration est aussi qualifie de problme trs important dans certains pays, comme on la vu plus haut.

    Mme si, dans lesprit de la plupart des gens, limmigration ne constitue pas un problme national majeur en regard dautres enjeux, les immigrants et les groupes minoritaires sont gnralement considrs comme un obstacle la bonne marche du pays. Selon lenqute Pew, le Canada est le seul pays o une forte proportion de la population (77 %) a une opinion favorable des immigrants. Parmi les autres grands pays industrialiss, cest aux Etats-Unis dAmrique que lon trouve le plus grand soutien aux immigrants (49 %). Il reste quune importante minorit (43 %) estime que ceux-ci ne sont pas une bonne chose pour le pays. Les immigrants sont particulirement impopulaires en Europe. Dans tous les pays europens sauf la Bulgarie, ils sont rputs avoir une influence nfaste sur le pays. En Europe occidentale, une forte hostilit lgard des immigrants a t releve en Allemagne et en Italie (60 % et 67 %, respectivement). Cette attitude est encore plus marque en Europe de lEst, o une grande majorit des personnes interroges en Rpublique tchque (79 %), en Slovaquie (69 %) et en Russie (59 %) voient limmigration dun mauvais il.

    Une enqute ultrieure ralise par Pew en 20079 a fait apparatre que la majorit des personnes interroges dans les 47 pays considrs, exception faite du Japon, de la Core du Sud et des Territoires palestiniens occups, ont dclar que leur pays devrait limiter davantage

    9 Voir http://pewglobal.org/files/pdf/258.pdf

  • 22 CHAPITRE 1 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    limmigration ce qui correspond tout fait aux conclusions mentionnes plus haut, selon lesquelles la plupart des gens souhaiteraient voir les niveaux de migration diminuer10. Une enqute mene par les Nations Unies (voir le tableau 5) qui rend compte du point de vue des pouvoirs publics (et non de la population comme dans le cas des enqutes Pew) indique nanmoins quentre 1996 et 2009, le nombre de pays dvelopps considrant limmigration comme trop leve a recul, tandis que le nombre de ceux qui la jugent trop faible a augment. Ce nest que dans les pays les moins avancs que lon a constat un accroissement du nombre de gouvernements estimant que la migration est trop leve.

    Tableau 5. Points de vue des gouvernements sur le niveau dimmigration, 1976, 1986, 1996 et 2009

    A. Par niveau de dveloppement

    Nombre de pays Pourcentages

    Anne Trop bas Satisfaisant Trop lev Total Trop bas Satisfaisant Trop lev Total

    Monde

    1976 11 129 10 150 7 86 7 100

    1986 6 125 33 164 4 76 20 100

    1996 4 148 41 193 2 77 21 100

    2009 9 152 34 195 5 78 17 100

    Rgions plus dveloppes

    1976 1 27 6 34 3 79 18 100

    1986 0 26 8 34 0 76 24 100

    1996 1 31 16 48 2 65 33 100

    2009 4 41 4 49 8 84 8 100

    Rgions moins dveloppes

    1976 10 102 4 116 9 88 3 100

    1986 6 99 25 130 5 76 19 100

    1996 3 117 25 145 2 81 17 100

    2009 5 111 30 146 3 76 21 100

    Pays les moins avancs

    1976 2 39 1 42 5 93 2 100

    1986 1 40 7 48 2 83 15 100

    1996 0 41 8 49 0 84 16 100

    2009 0 41 8 49 0 84 16 100

    Source : Nations Unies, 2010.

    Ces chiffres font clairement apparatre que la migration, mme si elle nest pas considre comme le principal problme national et nest pas toujours perue de la mme faon, demeure invariablement un sujet de proccupation, ce qui na toutefois rien dtonnant compte tenu

    10 Lenqute a galement rvl que 94 % de la population en Cte dIvoire et une proportion presque identique de la population en Afrique du Sud, en Indonsie et en Malaisie (89 %) taient daccord pour limiter limmigration. La majorit des Amricains (75 %) et des Canadiens (62 %) dclarent de mme que les restrictions lentre sur leur territoire devraient tre renforces. Ces inquitudes sont partages par les populations dAmrique latine : environ trois quarts des Vnzuliens (77 %), des Chiliens (74 %) et des Boliviens (73 %) estiment que leur pays devrait limiter et contrler davantage limmigration, tout comme la grande majorit des Brsiliens (72%), des Mexicains (71 %) et des Argentins (68 %) et un peu plus de la moiti des Pruviens (51%). En Europe, ce sont les Italiens qui semblent les plus proccups par les niveaux dimmigration : 87 % sont davis que leur pays devrait limiter et contrler davantage les entres sur le territoire. Ce sentiment tait partag par environ les trois quarts de la population en Espagne (77 %), au Royaume-Uni (75 %), en Rpublique tchque (75 %) et dans la Fdration de Russie (72 %), ainsi que par 68 % des Franais, 66 % des Allemands, 64 % des Slovaques et 63 % des Ukrainiens.

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 23

    de son caractre transversal. Les attitudes lgard de la migration se forment rarement, voire jamais indpendamment des enjeux socioconomiques du moment, et leur nature est fortement influence par les liens supposs avec des lments aussi divers que la situation du march du travail, le rythme peru des mutations culturelles, et mme lenvironnement. Or, elles sont rgulirement traites de faon isole. Il est donc particulirement important dexaminer attentivement les rponses aux questions et le contexte dans lequel celles-ci sont poses lors des enqutes.

    Examen approfondi des opinions publiques et des discours sur la migration

    Dune manire gnrale, les enqutes sur les attitudes visent en gros valuer trois dimensions : la dimension conomique, celle relative la scurit, et la dimension socioculturelle. Dans la plupart des pays, le dbat sur la migration est pos de la mme manire. Le degr de prise en compte de lune ou lautre de ces dimensions, ou dune combinaison des trois, dpend dans une large mesure du discours sur la migration dans le pays, et en partie de la raction des pouvoirs publics. Dans de nombreuses rgions du monde, toutefois, les responsables politiques sont tombs dans le pige du populisme ces dernires annes (Citrin et Sides, 2008), perdant de vue ce qui constitue le cur du dbat sur la migration. La politisation des questions migratoires se traduit immanquablement par des erreurs dinterprtation et des informations errones, et par des politiques voues lchec. Dans un tel climat, il nest que trop facile de considrer les migrants comme tant directement ou indirectement responsables des problmes de chmage, dinscurit et de cohsion sociale, alors mme que ceux-ci sont enracins dans des processus de transformations bien plus vastes et plus complexes. Il est intressant de noter que, selon le rapport dune rcente tude de Transatlantic Trends (2010), la migration nest la proccupation prioritaire dans aucun des pays interrogs (Allemagne, Canada, Espagne, Etats-Unis dAmrique, France, Italie et Royaume-Uni), malgr la monte de lhostilit lencontre des migrants durant la crise conomique qui a clat en 2008.

    Aussi importantes soient-elles, les proccupations plus profondes concernant, entre autres, la prcarit de lemploi, le logement et lducation, ne seront pas dissipes par la vertu de politiques migratoires plus restrictives. Il y a plusieurs raisons cela : prises unilatralement, les mesures de ce type risquent denvoyer le mauvais message, savoir que la migration est effectivement lorigine du problme suppos. En outre, elles sont souvent inefficaces, car les restrictions ne peuvent pas elles seules stopper la migration et ne rglent pas la question des migrants qui sont dj dans le pays, pas plus quelles napaisent les inquitudes que ceux-ci suscitent au sein de la population. Bien quune approche trs restrictive puisse calmer pour un temps les appels de lopinion en faveur dune intervention des pouvoirs publics, elle ne rsoudra probablement pas les problmes plus vastes, qui ressurgiront sans nul doute moyen ou long terme (Hurrell, 2010). Une approche plus globale de la gestion des migrations, assurant un quilibre entre les mesures de contrle et la libert de circulation, aurait davantage de chances de succs.

    Le discours dominant sur la migration et la manire dont les socits et les Etats apprhendent couramment la question demeurent parfois ancrs dans des interprtations historiques qui ne correspondent pas la ralit de la mobilit humaine contemporaine. Ainsi, certaines identits, cultures, langues, religions et origines nationales peuvent tre omises ou exclues. Outre quelle mconnat souvent les ralits nationales en mutation, la promotion ou la perptuation de ces ides risque aussi daviver les ractions de rejet ou de xnophobie face limmigration (OIT et al., 2001). Dans le discours politique et public, la mise en corrlation

  • 24 CHAPITRE 1 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    dlibre de la migration ou des migrants, dune part, et la criminalit, le statut irrgulier, la maladie, le chmage et dautres problmes sociaux, dautre part, est particulirement dangereuse car ce procd transforme les migrants en boucs missaires, ce qui les marginalise et accentue leur vulnrabilit.

    Lintgration est un autre aspect important qui se trouve souvent au cur des dbats sur la migration. Les dclarations politiques entendues rcemment en Europe, en Australie et ailleurs ont relanc les discussions sur la notion de multiculturalisme. Dans un monde de plus en plus caractris par la diversit sociale, il est tout fait comprhensible que lon sinterroge sur le ou les meilleurs modles de politique. Il nest pas possible de balayer dun revers de main les inquitudes relatives aux menaces ou lidentit culturelles. Il importe toutefois de veiller bien cadrer le dbat. Comme la soulign lAssemble parlementaire du Conseil de lEurope (2008), Le dbat public sur lintgration semble tre pass dun examen plutt technique, dans le cadre duquel les diffrents handicaps taient examins et traits, un dbat plus gnral sur les cultures et les valeurs des diffrents groupes et, en dernire analyse, sur la qualit intrinsque de ces cultures et valeurs et leur compatibilit . Cela signifie quil est prfrable de sattacher laborer des politiques efficaces qui sattaquent aux vrais problmes, plutt que de faire reposer la charge de lintgration sur les seuls migrants ou de sintresser aux styles de vie, religions, valeurs ou identits considrs comme suprieurs (Spencer, 2011 ; Castles, 2008 ; Malik, 2011).

    Lincidence sur lopinion des discours sur la migration ne se limite pas aux pays de destination. Dans plusieurs pays dorigine, limage que la population se fait de la migration sest amliore au vu des avantages potentiels de lmigration et de la situation conomique nationale. Lun des facteurs les plus visibles de cette volution des mentalits a t la cration de liens avec la diaspora par la mise en place de ministres, de politiques ou de programmes spcifiques. Nanmoins, force est de reconnatre que lembellie nest pas totalement sans nuages ; il nest pas rare que ces reprsentations positives se nuancent dinquitudes au sujet, par exemple, de lexode des comptences ou encore de la vulnrabilit des migrants lexploitation et aux abus.

    Les Philippines offrent lune des illustrations les plus connues dun discours favorable lmigration. Le Gouvernement philippin sest efforc de valoriser les travailleurs philippins doutre-mer, notamment en les dsignant comme les nouveaux hros nationaux, et en organisant plusieurs manifestations nationales qui mettent leur travail lhonneur (Asis, 2008). Au Sngal, le Gouvernement a galement adopt une approche volontariste de la gestion des migrations en crant un Ministre des affaires trangres et des Sngalais de ltranger. Plusieurs gouvernements arabes ont reconnu que lmigration pouvait contribuer attnuer les pressions sur le march du travail national. Ds les annes 1960 et 1970, lAlgrie, lEgypte, la Jordanie, le Maroc et la Tunisie ont entrepris de faciliter la mobilit internationale de leurs ressortissants (Fargues, 2006), mme si ces mesures concernaient gnralement les travailleurs peu qualifis (ibid.).

    Pour comprendre lopinion publique dun pays donn ainsi que le discours sur la migration, il est indispensable de bien cerner les facteurs qui dterminent cette opinion et la manire dont les politiques publiques sont interprtes, ces deux lments tant parfois contradictoires alors mme quils prtendent rpondre aux exigences de la population. La section ci-aprs examine comment les opinions, le discours politique et les mdias sinfluencent mutuellement, et quelles sont les consquences sur le contenu du discours sur la migration, et la manire dont linformation est prsente.

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 25

    POLITIQUE ET MEDIAS : RLE, RESPONSABILITE ET EQUILIBRE

    Dj fortement influence par les caractristiques dmographiques et le contexte national, lopinion publique sur la migration et les migrants est aussi faonne par des parties prenantes, des groupes dintrt et des acteurs de la socit notamment les associations patronales, les syndicats, les organisations non gouvernementales (ONG), les pouvoirs publics, les partis politiques et les mdias.

    Face lintrt croissant des mdias pour la migration depuis 10 ans, et eu gard la place prpondrante que cette question occupe dsormais dans le dbat politique, il convient de se pencher sur la responsabilit essentielle qui revient aux mdias dans lvolution de lopinion publique et dans leur rle de relais de celle-ci. En ce qui concerne les politiques, les mdias ont la capacit non seulement de dterminer les priorits et de donner le ton sur les questions dimmigration, mais aussi de reflter les dbats qui animent le public et les milieux politiques (Papademetriou et Heuser, 2009, p. 23). Cest pourquoi les mdias ont le devoir de prsenter linformation avec exactitude et objectivit, en partenariat avec les acteurs comptents, notamment avec les responsables politiques.

    Evaluation de la couverture mdiatique de la migration : reflet et formation de lopinion

    Si les liens de causalit entre linformation relaye par les mdias et lopinion ne sont pas toujours vidents, il semble bien que ceux-ci influent sur les attitudes tant des responsables politiques que du grand public, et ce de plusieurs faons essentielles.

    Tout dabord, les mdias informent sur le phnomne migratoire, tantt en attirant lattention sur les statistiques, les tendances et lanalyse, tantt, et le plus souvent, en rendant compte dvnements lis la migration jugs intressants et cest surtout ce rle qui intresse les chercheurs. En outre, les mdias faonnent le dbat. En mettant en avant un aspect de la migration et en en occultant dautres, ou en usant dun lexique particulier ou de certaines figures de rhtorique (comme les analogies), les journalistes ne livrent pas uniquement des faits sur la migration, mais suggrent galement des cls de lecture (Chappell and Glennie, 2011). Parler de vagues de migrants, par exemple, laisse entendre que lon peut tre submerg. Etant donn que les mdias oprent des choix parmi les dimensions de la migration pour dterminer leur angle de traitement, ltendue et la nature de leur couverture peuvent fortement influer sur lopinion publique. Ils peuvent donc contribuer la russite ou lchec des politiques migratoires, selon que les analyses ou les comptes rendus quils en font sont favorables ou dfavorables (Papademetriou et Heuser, 2009).

    Les diffrents mdias tant souvent la principale source dinformation sur la migration et les migrants, surtout pour ceux qui ont peu ou pas de contact avec ces derniers, les images vhicules peuvent tre lourdes de consquences. Par le choix de leurs sujets, les mdias dterminent les questions auxquelles le public va ou non rflchir, tout en renforant ou diminuant limportance que revtira tel ou tel aspect pour lopinion. Les questions traites plus souvent retiennent davantage lattention, et contribuent dfinir les priorits politiques

  • 26 CHAPITRE 1 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    et sociales (Chappell et Glennie, 2011). Autrement dit, la large couverture de la migration par les mdias dans de nombreux pays confre au sujet une visibilit quil naurait peut-tre pas autrement.

    Dans certaines circonstances, les mdias contribuent susciter ou exacerber lide infonde que la migration menace la souverainet et la cohsion sociale nationales, ou encore rpandre des strotypes inconsidrs sur les migrants, tout en omettant de faire tat des aspects bnfiques. Il convient nanmoins de reconnatre que certains reprsentants des mdias, qui aimeraient parfois apporter un clairage plus favorable sur le sujet, se heurtent au fait que les acteurs concerns au premier chef (ONG et associations de migrants, par exemple) ne sont pas en mesure ou sont rticents lide dengager le dialogue. Lencadr 2 montre comment les mdias italiens ont essay de sensibiliser le public la migration.

    Encadr 2. Campagne de sensibilisation des mdias italiens

    Devant limage obstinment ngative qui tait relaye par les mdias en Italie, lOIM sest associe lagence de publicit Publicis pour mettre en route plusieurs projets destins sensibiliser la fois les mdias et le grand public aux ralits de la migration. La campagne a donn des migrants une image souvent occulte, celle de personnes contribuant de faon positive la socit. Lance pour la premire fois en 2009, puis de nouveau en 2011, la campagne intitule Le migrant ordinaire dans les infos a t diffuse dans de nombreux journaux italiens. Elle montrait un mdecin dorigine africaine en train de sauver la vie dun Italien, avec en incrustation un titre ironique reprenant le strotype du migrant qui, une fois encore, faisait la une de lactualit. Son message simple et direct reprsente, selon lOIM, la majorit silencieuse des immigrants qui travaillent dur et contribuent au dveloppement du systme conomique et social italien .

    Source : http://www.italy.iom.int/

    Les tudes portant sur la couverture de la migration par les mdias vont des analyses quantitatives trs labores portant sur le contenu dchantillons reprsentatifs de la presse crite et lectronique, des valuations plus qualitatives11. Elles font ressortir quil existe, semble-t-il, un lien entre le traitement mdiatique de la migration et linquitude que celle-ci suscite dans lopinion. Selon une tude ralise au Royaume-Uni, les fluctuations du niveau dinquitude du public propos de limmigration concideraient avec lintensit de la couverture du sujet par les journaux, comme lillustre la figure 7 (Page, 2009).

    Selon les conclusions dun certain nombre dtudes, les mdias donnent rarement une image nuance de la migration et de ses effets. Papademetriou et Heuser (2009, p. 24) soutiennent que la couverture mdiatique en Europe et en Amrique du Nord fait, certains gards, obstacle la rforme dans ce domaine, principalement parce quelle insiste sur la migration illgale et le rle des migrants dans ce processus, et minimise de ce fait la part de responsabilit ventuelle des pouvoirs publics ou des employeurs. En outre, les mdias ont tendance communiquer de manire discontinue, accordant une attention exagre aux crises et permettant aux opinions tapageuses et extrmes de se faire entendre. Etant donn

    11 Pour une description dtaille des tudes consacres au traitement de limmigration, voir le rapport SOPEMI 2010 de lOCDE.

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 27

    que ces ides sont rarement contrebalances, par des informations dcrivant la migration comme le processus social quelle est (avec ses cots et ses avantages), il nest pas tonnant que lopinion publique se polarise.

    Figure 7. Impact de la couverture mdiatique de limmigration sur le niveau dinquitude de lopinion publique, 20002006

    Source : Ipsos MORI 20002006, cit dans Page, 2009.

    Dautres tudes se sont intresses au rle que jouent les mdias dans la formation de lopinion publique et llaboration des politiques par exemple, en sefforant dtablir un lien entre la migration, la criminalit et la violence urbaine, ou en brouillant la distinction entre les migrants irrguliers, les migrants rguliers, et mme les migrants de la deuxime gnration. Une tude consacre aux pratiques des mdias aux Etats-Unis dAmrique a rvl que certains agissements profondment ancrs dans le journalisme amricain ont produit un discours qui conduit le public associer limmigration lillgalit, la crise, la polmique ainsi qu lchec des pouvoirs publics (Suro, 2009, p. 186). Le plus frappant est peut-tre ce que Suro appelle l effet cumul de linformation : si, considrs individuellement, des articles ou reportages sur la migration peuvent tre exacts, leffet cumul de la surmdiatisation ou de la sous-mdiatisation sous un angle donn finit par dformer la ralit. La dsignation des migrants et de groupes de migrants par des termes gnraux comme des migrants , des Africains ou des Asiatiques a le mme effet (Direction norvgienne de lintgration et de la diversit, 2009).

    En rsum, les mdias ont tendance traiter la migration dans les pays dimmigration ou dmigration comme suit :

    Couverture pisodique multiplication des reportages en raison dun vnement particulier li la migration, souvent de nature ngative.

    Accent mis sur lillgalit frquent, alors mme que les migrants en situation irrgulire reprsentent une minorit des migrants.

  • 28 CHAPITRE 1 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Exagration des faits en Australie, par exemple, les demandeurs dasile taient au nombre de 5 020 en 2008, soit 1,3 % de lensemble des demandeurs dasile dans le monde (HCR, 2011, p. 6), et ne reprsentaient quune infime fraction de la progression de la migration trangre nette en 20082009, qui slevait 315 686 personnes (ABS, 2011, p. 11). Cependant, la couverture de limmigration par les mdias australiens en 2008 tait essentiellement consacre larrive de demandeurs dasile par bateau sur les ctes nord du pays.

    Absence de mise en contexte aux Etats-Unis dAmrique, par exemple, on dit que les mdias, lorsquils traitent des migrants, voquent rarement le rle central que joue le march du travail national dans la dtermination de lampleur et des caractristiques des flux dimmigrants.

    Deux observations supplmentaires mritent dtre mentionnes. Premirement, la nature des mdias a considrablement chang ces 20 dernires annes, ce qui a transform la manire dont linformation sur la migration est traite. La commercialisation croissante des grands mdias a, en plusieurs occasions, conduit des rseaux dinformation privilgier la recherche du sensationnel, y compris dans les sujets sur la migration, contribuant souvent renforcer les images ngatives (OCDE, 2010). Une tude mene au Royaume-Uni (Threadgold, 2009) souligne la complexit du traitement mdiatique de la migration en raison des liens entre les groupes dinformation et les pouvoirs publics, et entre les journalistes et les sources politiques. Lorientation gnrale des politiques est communique aux travailleurs de linformation, et les histoires que relatent les socits de mdias alimentent le discours sur laction mener. Comprendre les cultures professionnelle et rdactionnelle dans lesquelles les journalistes travaillent ainsi que les priorits commerciales et les cultures de marketing qui les influencent nest pas chose aise (ibid., p. 226). En outre, certains considrent que la prolifration des mdias et lavnement de nouvelles formes de diffusion de linformation ont morcel le paysage mdiatique. Aux Etats-Unis dAmrique, par exemple, Suro (2009) estime que le journalisme impartial nest aujourdhui plus quun moyen parmi dautres de rendre compte dun sujet donn, et que lvolution des mdias sest traduite par un ventail plus large de points de vue souvent plus partisans.

    Deuximement, bien que la nature et les mcanismes de la communication de linformation aient chang, les acteurs, eux, sont plus ou moins rests les mmes. La prsence, dans les mdias, de reporters et de journalistes dorigines culturelles, religieuses ou ethniques diffrentes demeure problmatique, surtout dans les grands organes dinformation. Il existe donc une double discrimination, qui tient la fois la structure des mdias et au contenu de linformation (Lken-Klaen et Heckmann, 2007). En consquence, les points de vue susceptibles de trouver un cho au sein des communauts de migrants sont souvent exclus des grands mdias, mme sils peuvent ensuite tre relays par des circuits parallles, comme la presse ethnique ou en langue trangre et les programmes spcialiss la tlvision ou la radio. Bien que ces formes de mdias puissent tre considres par certains comme un facteur disolement et non dintgration des migrants, elles peuvent rpondre directement aux proccupations dune communaut donne en traitant de sujets souvent passs sous silence dans les mdias dominants (ibid.). En outre, ceux-ci sont souvent traduits au sens culturel autant que linguistique par les mdias ethniques, ce qui permet de mieux comprendre la situation. Des ONG comme New American Media sefforcent dtablir des liens entre ces deux catgories dorganes de linformation, en organisant des projets conjoints et des sminaires de perfectionnement professionnel destins aux journalistes des mdias ethniques. Dautres initiatives, telles que le projet Coup de projecteur sur les migrants (Migrants in the Spotlight)

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 29

    (voir lencadr 3) de lOIM financ par la Commission europenne, visent galement runir des journalistes autochtones et migrants pour sensibiliser aux questions de la migration.

    Encadr 3. Coup de projecteur sur les migrants

    Le projet Coup de projecteur sur les migrants est financ principalement par la Commission europenne et concerne la Rpublique tchque, la Hongrie, la Lettonie, la Lituanie, la Roumanie et la Slovaquie. Il consiste mieux sensibiliser et informer les mdias et les tudiants en journalisme, y compris les immigrants eux-mmes, sur les questions de migration, les ressortissants de pays tiers, lintgration et dautres sujets connexes, dans le but dassurer une couverture efficace et conforme la ralit. Mis en uvre par lOIM, il comprend une srie de douze cours dont lobjet est dapprendre des professionnels des mdias (membres de chanes de migrants et tudiants en journalisme, notamment) rendre compte des questions migratoires de manire rigoureuse et pertinente. Une confrence internationale intitule Promoting Migrant Integration through Media and Intercultural Dialogue a t organise en mai 2011, au cours de laquelle des prix ont t dcerns des jeunes qui avaient pris part, dans leur pays, un concours dcriture et de documentaires sur des sujets se rapportant la migration et lintgration.

    Source : http://www.mits-eu.org/index.php/en/home

    Politique, mdias et informations disponibles : une union qui a ses failles

    Malgr le volume croissant de donnes disponibles sur les cots et avantages de la migration, la communication entre ceux qui produisent ces donnes et le public est source de malentendus ou absente. Cependant, tant donn que lopinion ne se forme pas indpendamment du discours politique ou de la couverture mdiatique, il est fondamental de sinterroger sur la faon dont les responsables politiques et les organes dinformation choisissent dutiliser les donnes disponibles et dchanger avec le public sur ces questions, si lon veut aboutir un traitement quilibr et rationnel des questions de migration.

    Plusieurs ides dominantes sur les effets de la migration ou des migrants ont t rcuses par des tudes sur la question. Ainsi, on dit souvent dans les pays de destination que les travailleurs migrants prennent les emplois des nationaux, alors que ce nest pas ncessairement le cas. Les migrants reprsentent souvent une main-duvre complmentaire palliant des pnuries sur le march du travail (OIM, 2008 et 2010), qui peuvent tre dues un dficit de comptences que le systme local de formation ou dducation na pas t en mesure de rsorber, ou correspondent des emplois dont les nationaux ne veulent pas. De fait, des tudes approfondies sur les incidences de limmigration menes dans des pays dimmigration traditionnels font apparatre que les effets de la migration sur lemploi de la population locale sont mineurs, et que la migration peut mme dboucher sur la cration demplois (Wooden et al., 1994).

    Selon une autre ide fausse, les migrants reprsenteraient un cot conomique pour le pays de destination, alors quen ralit, ils contribuent lconomie divers gards. La forte croissance conomique, le dclin de la fertilit et le vieillissement de la population font que

  • 30 CHAPITRE 1 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    les conomies croissance rapide ne parviennent pas toujours rpondre aux besoins de leur march du travail. Les pnuries de travailleurs ou de comptences, deviennent des obstacles la croissance, que les migrants peuvent aider surmonter. Ceux-ci contribuent galement lconomie du pays de destination, et les services dont ils bnficient sont largement compenss par les impts quils payent. De fait, leur contribution nette par personne lconomie est souvent suprieure celle des non-migrants, car le pays daccueil na pas eu financer leur ducation ni leur formation. En outre, si les migrants choisissent de passer leur retraite dans leur pays dorigine, le pays hte na pas non plus supporter le cot de leur dpendance lorsquils seront plus gs.

    La figure 8 donne un exemple dapport bnfique de la migration qui fait rarement la une des journaux malgr son caractre frappant, en montrant que les immigrants ont t lorigine de prs dun tiers de la croissance du PIB des Etats-Unis dAmrique entre 2000 et 2007.

    Figure 8. Contribution la croissance du PIB (%) par appartenance ethnique aux Etats-Unis dAmrique, 20002007

    Source : SIMDE, daprs lUS Bureau of Economic Analysis, Gross Domestic Product by Industry Accounts (19952007), et lUS Bureau of Census, Current Population Survey, March Supplement (19952007), cits dans Puentes et al. (2010, p. 24).

    De la mme faon, la figure 9 montre le rapport entre les prestations perues par les migrants vivant aux Etats-Unis dAmrique aux services publics sociaux et le montant des impts pays. Il apparat clairement que les nationaux tirent plus davantages de leurs impts que les migrants.

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 31

    Figure 9. Rapport impts/prestations verses par les services sociaux publics aux Etats-Unis dAmrique, 2008

    Source : Graphique adapt partir des donnes de lUS Bureau of Census, Current Population Survey, March Supplement, 2008, cit dans Puentes et al. (2010, p. 25).

    Dans les pays dorigine, on insiste souvent sur les effets ngatifs de lmigration dus aux pertes de capital humain, de capacits dinitiative et de comptences. Si ces pertes sont sans nul doute un rel sujet dinquitude pour les pays en dveloppement, et surtout pour les pays les moins avancs, des donnes de plus en plus nombreuses font apparatre que lmigration peut avoir des retombes positives sur le dveloppement des familles et des communauts restes au pays et donc, dans une certaine mesure, sur le pays dorigine dans son ensemble. A lchelle mondiale, ce sont les rapatriements de fonds et leur contribution au dveloppement et lattnuation de la pauvret dans les pays de dpart qui sont le plus souvent cits parmi les effets favorables de la migration. En 2010, ils taient estims 325 milliards de dollars E.-U. (Banque mondiale, 2011). Souvent, ils dpassent le niveau de laide publique au dveloppement (APD) et, en termes nets, ils sont probablement suprieurs linvestissement tranger direct (IED).

    Pourquoi, alors, les dcideurs et les mdias semblent-ils moins laise concernant les informations disponibles ? Il y a plusieurs raisons cela. Premirement, le discours sur la migration tend se focaliser davantage sur des enjeux politiques et les aspects motionnels que sur les faits, qui peuvent rapidement passer la trappe dans la fivre du dbat. Il est galement vrai que certaines donnes ne sont gure divulgues. Daprs Suro (2009), lune des voix les plus absentes du dbat sur la migration aux Etats-Unis dAmrique est celle des employeurs. Les opinions des employeurs, qui sont pourtant des parties prenantes cls sur les questions de migration, sont trs peu relayes, bien quon saccorde dire que lexprience de la migration et de lintgration commence avant tout sur le lieu de travail (FRA, 2010 ; US DHS, 2008). Autre exemple de communication slective, les obstacles sociaux, conomiques et politiques auxquels se heurtent les migrants, qui font lobjet de nombreuses tudes, mais sont rarement mentionns dans les mdias.

    Deuximement, les axes de recherche en sciences sociales ne considrent que depuis peu la migration comme une question dintrt prioritaire. Habituellement, celle-ci nest pas traite comme un sujet dtude indpendant, mais comme une question secondaire, en raison des liens quelle entretient avec des objectifs nationaux plus vastes, tels que lindustrialisation ou

  • 32 CHAPITRE 1 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    la consolidation des structures tatiques. Comme le rsume Castles (2008), dans le domaine des sciences sociales, le courant de pense dominant a toujours t en retard en matire de migration. Aujourdhui, une comprhension plus juste de la migration en tant que telle se fait jour, mais les responsables politiques ont encore du mal accepter ce changement dapproche. Cette volution a aussi son mauvais ct, savoir la tentation de chercher des tudes sur mesure visant appuyer des objectifs de politique prcis (ibid.).

    Troisimement, les responsables politiques doivent relever un vritable dfi lorsquils communiquent la communaut, travers les mdias, des faits et chiffres lis la migration ainsi que les politiques correspondantes. En effet, lexercice dpasse la simple transmission dinformations. On trouvera au tableau 6, adapt de Chappell et Glennie (2011), une approche dtaille de la communication dans le domaine de la migration.

    Tableau 6. Les dix astuces connatre avant dentrer en contact avec les mdias

    1. Recrutez des professionnels de la communication familiers des mdias, mme sils ne savent pas grand chose en matire de migration. Leur connaissance de la migration pourra tre approfondie par la suite.

    2. Ne cherchez pas raliser des supports promotionnels ou publicitaires destins aux mdias. Les brochures nintressent pas ces derniers. Quelle quen soit la forme, ce que vous produisez leur intention doit donner matire rcit.

    3. Les notes de synthse sont utiles aux responsables politiques, mais ne sont pas censes servir galement de matriel pour les mdias. Les responsables politiques et les mdias sintressent gnralement des angles dapproche diffrents.

    4. Le matriel communiqu aux mdias ne doit pas dpasser quatre pages et tenir de prfrence sur une page.

    5. Encouragez la formation de rseaux avec les mdias dans lensemble de lorganisation. Plus celle-ci aura de contacts avec les organes dinformation, mieux ce sera.

    6. Tenez jour un carnet dadresses de vos interlocuteurs dans les mdias, avec leurs courriels et numros de tlphone.

    7. Ragissez rapidement ; les premiers sexprimer dans un dbat ont des chances dtre sollicits ultrieurement si celui-ci se poursuit.

    8. Un bon agent de communication consacre presque autant de temps rechercher des interlocuteurs potentiels (journalistes ou partenaires stratgiques) et nouer des relations avec eux, qu raliser du matriel pour les mdias.

    9. Soyez cratifs dans la faon de dvoiler les rsultats de vos recherches. Par exemple, organisez des manifestations autour de la publication et de la diffusion de vos communiqus de presse.

    10. Ne vous reposez pas exclusivement sur les mdias ; ceux-ci ne doivent tre que lun des axes dune stratgie de communication plus vaste.

    Source : Chappell et Glennie, 2011.

    Quatrimement, il nexiste pas ou presque pas de culture de lvaluation des politiques migratoires. La migration est lun des rares domaines daction des pouvoirs publics ne pas tre valu de manire systmatique (Arditis et Laczko, 2008), ce qui perptue le dcalage entre les donnes disponibles et ladoption de conclusions fermes quant aux stratgies les plus susceptibles de porter du fruit. Dans ces circonstances, prsenter de nouvelles politiques au public avec conviction constitue un dfi.

    Divers autres arguments sont avancs pour expliquer pourquoi la couverture mdiatique ne reflte pas les meilleures tudes disponibles : les journalistes ont une connaissance

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 33

    insuffisante des questions migratoires ; les aspects ngatifs sont souvent plus faciles traiter que les aspects positifs ; la migration est un phnomne complexe, et il est plus simple et plus efficace (sous langle de la vente de journaux) de mettre laccent sur des faits ngatifs, surtout dans la presse sensation ; certains reporters prsentent sciemment leurs propres points de vue plutt que ceux de lensemble de la population ; les mdias peuvent se montrer slectifs quant aux sujets quils abordent, afin daller dans le sens de leur public, rel ou suppos ; et lopinion dun mdia reproduit parfois celle de ses propritaires ou des lites politiques qui font pression sur lui (Chappell et Glennie, 2011).

    Compte tenu des facteurs susmentionns, demander plus de donnes probantes ne suffit pas, et ce nest pas non plus le seul moyen de mieux informer le public. Notre propos nest pas de nier limportance de telles donnes, mais damener les responsables des politiques et les mdias les exploiter avec exactitude, et le public tre plus exigeant. Il ne sagit pas non plus de se contenter de prendre le contrepied, et de prsenter les questions de migration sous un jour favorable, sans aucun discernement. Ce quil faut, cest un dialogue permettant dexaminer de manire critique, mais quilibre, les interactions entre le discours politique, les mesures existantes, les tudes fondes sur les faits et la couverture mdiatique.

    O est le migrant ? Impact et action des mdias

    Qui suis-je vraiment ? Quand je cours le 800 mtres pour lquipe nationale junior, je suis Norvgien. Mais quand on parle des Somaliens dans les mdias, on vient me demander si je suis un dealer ou un truand. Alors, tout coup, je suis Somalien.

    Dclaration de Mohamed Abdi, ancien membre de lquipe nationale olympique junior dathltisme, lors dun entretien avec le journal Aftenposten (cit dans : Direction norvgienne de lintgration et de la diversit, 2009).

    Dans la plupart des dbats consacrs limage des migrants dans lopinion ou limportance dinformations nuances et dun dialogue clair, il manque une composante essentielle : le migrant. Trop souvent dans ce type danalyse, le migrant est un agent passif : celui dont on parle, qui est au cur de discussions passionnes, mais qui reste quasiment en marge de lanalyse. Il en va de limage du migrant comme du discours public sur la migration : lun et lautre peuvent tre faonns et influencs par des informations biaises et partiales. Deux angles intressent les dcideurs ce stade : limage publique associe aux migrants (positive ou ngative) et la faon dont elle se forme. Ce point a dj t largement abord et, comme on la dit prcdemment, si des ides fausses sont vhicules sans contrle, elles peuvent se traduire chez les migrants par un sentiment de marginalisation et de stigmatisation.

    Mais quelle image les migrants ont-ils deux-mmes, et quels facteurs pourraient la faonner ? Les rseaux de migration ou les rseaux sociaux sont les ressources les plus communment cites par les migrants en qute de conseils avant et aprs leur arrive dans le pays hte. Ils fournissent des informations utiles sur les perspectives conomiques, ou sur des questions plus spcifiques telles que lemploi, le logement ou les services sociaux. Dautres sources dinformation, comme la tlvision, la radio, les journaux et Internet, ont elles aussi incidence sur les manires de voir les migrants et leurs relations au sein de la socit daccueil.

    La relation entre les migrants et les diffrents mdias peut tre envisage sous plusieurs angles. Avant le dpart, les mdias trangers sont une importante source dinformation pour les candidats lmigration, et tendent souvent renforcer lide que la migration est un

  • 34 CHAPITRE 1 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    voyage vers lEldorado (Braga, 2007). Que linformation soit correcte ou non, chaque migrant interprte diffremment ce quil voit ou entend, et cette interprtation influe sur la faon dont il imagine sa vie future (ibid.).

    Dans le pays daccueil, les grands mdias servent de point de rfrence aux nouveaux arrivants, offrant ces derniers des renseignements et des repres socioculturels sur la socit dans laquelle ils vivent dsormais. Dans de nombreux pays, les mdias contribuent de manire dterminante au sentiment dunit et dappartenance nationales. Cependant, lorsquils accordent ce sentiment didentit nationale une place prpondrante, ils peuvent, dessein ou non, exclure certains groupes, comme les migrants. Selon des tudes conduites auprs de migrants, ceux-ci sont trs conscients du portrait ngatif et fond sur des strotypes donn deux dans les mdias. Cette prise de conscience peut les amener se sentir marginaliss et sinterroger sur leur appartenance. Plusieurs tudes (Mainsah, 2009 ; Widyawati, 2005/2006) insistent sur les dceptions que peut engendrer lemploi dune terminologie sans nuance et dimages strotypes pour qualifier lensemble des migrants, comme sils constituaient un bloc homogne. Elles soulignent, en outre, quun sentiment de frustration encore plus fort nat du dcalage entre les reprsentations gnralement ngatives vhicules par les mdias et les relations positives quont les migrants au quotidien avec la population locale.

    Au-del des gros titres : favoriser la comprhension et lutter contre les prjugs sur le terrain

    Face aux risques inhrents la politisation des questions migratoires, et face lhostilit affiche envers les migrants, les gouvernements et dautres parties prenantes ont ragi de diverses manires, souvent par le truchement de partenariats nous au niveau local et communautaire. Bien que ces initiatives ne fassent pas la une des journaux, une rapide analyse indique quelles trouvent un cho trs favorable. Frquemment regroupes sous lappellation gnrique de programmes dintgration , elles comprennent des activits de sensibilisation, de diffusion dinformations et daide directe aux migrants, ainsi que des mesures visant favoriser la comprhension interculturelle et lutter contre la xnophobie. Les voies de communication empruntes sont trs diverses : tablissements denseignement, manifestations sociales et culturelles, voire vnements sportifs. Entre autres exemples, on citera linstauration dune Journe de lharmonie en Australie en 1999, organise par le Dpartement de limmigration et de la citoyennet dans le but de donner tous les Australiens loccasion de clbrer la diversit culturelle12. Dans lUnion europenne, des fonds spciaux sont affects des initiatives menes au titre du Fonds europen pour lintgration des ressortissants de pays tiers. Ailleurs, des organismes de lutte contre la discrimination et la xnophobie ont t crs, comme lInstitut national contre la discrimination, la xnophobie et le racisme (INADI), en Argentine13, et lObservatoire espagnol du racisme et de la xnophobie, en Espagne14. Dans certains pays dorigine, les pouvoirs publics ont cibl leur action sur les migrants de retour, afin dessayer de maximiser leurs contributions, travers le Centre national de rintgration des travailleurs doutre-mer, aux Philippines15, ou le programme Paisano (Compatriote), au Mexique16. Au bout du compte, toutefois, linfluence de ces mesures sur les reprsentations et les attitudes pourrait bien dpendre de la persvrance avec laquelle elles sont mises en uvre et de la faon dont elles sont prsentes au grand public.

    12 Voir : http://www.harmony.gov.au/13 Voir : http://inadi.gob.ar/institucional/14 Voir : http://oberaxe.es/ 15 Voir : http://www.nrco.dole.gov.ph/About.aspx16 Voir : http://www.paisano.gob.mx/

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 35

    Lune des faons dencourager des changes plus positifs et de lutter contre les reprsentations ngatives au sein des populations locales est de diffuser des messages plus fidles la ralit par dautres voies de communication. Ainsi, le projet Untold Stories: Learning with Digital Stories17, ralis conjointement par lOIM et Cross Czech, permet aux trangers qui vivent en Rpublique tchque denregistrer leur histoire sur des supports numriques. Ces rcits sont ensuite placs sur un site web public, qui offre aux membres de la socit tchque la possibilit de mieux connatre les migrants de leur pays. Dautres approches ont t adoptes, comme celle dcrite dans lencadr 4 et qui vise un objectif similaire travers des feuilletons radiophoniques.

    Encadr 4. Quand la radio mle pdagogie et divertissement en Amrique du Sud

    En 2006, le feuilleton radiophonique Pueblo de Paso a t lanc dans le but de sensibiliser le public la migration, de linformer, de promouvoir le respect lgard des migrants et de faciliter leur intgration. Des personnages et des vnements fictifs ont servi dcrire les relations au quotidien entre les migrants et la socit daccueil, et prsenter la migration sous un angle la fois divertissant et pdagogique. Lmission sattaquait aux mythes et strotypes associs aux populations migrantes, sans discours moralisateur. Cette campagne a t diffuse par 184 stations de radio en Amrique latine. Elle a amen des ONG du Nicaragua remanier leur programme de travail, inspir des ateliers locaux et des forums en El Salvador, et aid des organisations de la socit civile Panama faire mieux connatre les questions de migration. Mme sil reste des difficults surmonter pour atteindre les jeunes auditeurs, comprendre linfluence de lmission sur le public, et laborer des outils pdagogiques facilitant lchange des enseignements tirs des missions produites, cette campagne montre quil est possible de nourrir un dialogue positif sur la migration lchelle internationale.

    Source : http://www.cameco.org/files/mediaonthemove-salas.pdfPueblo de Paso a t produit par le Centro de Comunicacin Voces Nuestras (Centre de communication La parole est nous), avec le soutien de lEvangelischer Entwicklungsdienst (Service des Eglises vangliques pour le dveloppement EED, Allemagne), de lAmbassade royale des Pays-Bas, et de lAsociacin Latinoamericana de Educacin Radiofnica (ALER, Association latino-amricaine des radios pdagogiques)

    La diffusion persistante de messages ngatifs constitue un risque majeur pour la socit comme pour les migrants. A force de se voir rgulirement dcrits comme des criminels ou des clandestins, ceux-ci risquent, au bout du compte, dintrioriser cette notion et dagir en consquence (Lken-Klaen et Heckmann, 2007). La catgorie la plus vulnrable est souvent celle des migrants de la deuxime gnration, qui continuent parfois dtre exclus par la population locale. Pour prvenir ce risque, il faut donner une vraie place aux migrants dans les programmes diffuss par les grands mdias et bannir les clichs.

    Cependant, les migrants ne restent pas passifs et ont cherch faire entendre leur voix et celle de leur communaut par lintermdiaire des mdias ethniques. Ces dernires annes, naviguer dans lespace identitaire constitu par le pays dorigine et le pays daccueil est devenu de plus en plus ais. Lavnement des mdias et rseaux sociaux a facilit les changes entre les migrants et les socits htes grce des moyens novateurs et traditionnels. Linnovation vient notamment de la porte mondiale de ces nouvelles formes de communication et de la

    17 Voir : www.iom.hu ; www.untoldstories.eu

  • 36 CHAPITRE 1 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    possibilit quelles offrent de favoriser la solidarit lchelle plantaire, indpendamment des contextes nationaux. Les sites des mdias sociaux ont permis aux migrants (la diaspora numrique ) de dbattre de sujets qui les touchent et dont il nest pas toujours facile de parler habituellement, comme le racisme, les tabous culturels, lidentit, les conflits et ce que signifie le fait dtre migrant. Ces initiatives en ligne sont particulirement efficaces parce quelles sont ouvertes tous, migrants ou non-migrants, et runissent les conditions propices un dialogue plus fdrateur et mieux inform sur les migrants et la migration. Lencadr 5 donne un exemple de la faon dont le site dun mdia social de porte mondiale tente datteindre un large public de migrants et dorganisations soccupant de migration.

    Encadr 5. Les mdias sociaux au service de la comprhension interculturelle

    Les mdias sociaux, qui peuvent favoriser les changes en temps rel et relier les personnes, les lieux et les ides, sont de plus en plus utiliss pour amorcer des changements, partager un espace public commun et faire circuler des ides nouvelles. Les questions de migration ne font pas exception. La cration du site Migration et intgration : construire des socits dinclusion par lAlliance des civilisations des Nations Unies (UNAOC) et lOIM vise, en offrant une tribune virtuelle originale, favoriser la comprhension interculturelle, rduire lintolrance et encourager les praticiens de lintgration adopter de bonnes pratiques en matire de migration et dintgration. Les principales composantes dIBIS sont une base de donnes mondiale de bonnes pratiques en matire dintgration ainsi quune base de donnes consacre aux praticiens de lintgration. Des points sur lactualit de la migration dans le monde, laccs des forums de discussion et la diffusion des rsultats dtudes les plus rcents contribuent crer une communaut en ligne uvrant lharmonie et la cohsion au sein des socits daccueil des migrants.

    Pour plus dinformations, voir : www.unaoc.org/communities/migrationintegration

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 37

    CONCLUSION

    Le monde change un rythme sans prcdent, exigeant des socits quelles ragissent avec souplesse et inventivit. La migration est une occasion dchanger des talents, des services, des comptences et des expriences. Or, elle demeure un sujet politiquement sensible et souvent mal compris du plus grand nombre, ce qui va lencontre de lvolution de nos socits et de nos conomies. Les vnements qui agitent le monde depuis 20 ans et qui, encore rcemment, ont endeuill la Norvge, ne font que renforcer lurgence de sattaquer au plus vite cette question lchelle internationale, en encourageant un dbat clair, ouvert et honnte sur les sujets qui proccupent tous les migrants (immigrants, migrants ou migrants de retour), ainsi que les socits dorigine et de destination des migrants.

    Le prsent chapitre a expliqu le pourquoi dune telle urgence, en sintressant principalement la faon dont on communique sur la migration et aux raisons pour lesquelles elle donne lieu des informations errones et partiales. Bien quil existe une masse croissante dinformations issues dtudes consacres aux causes de la migration et ses incidences sur lconomie, la socit et lenvironnement, le dbat sur les questions migratoires en tient rarement compte. Les principaux acteurs de ce dbat politiques, dcideurs, organisations patronales, socit civile, mdias et associations de migrants ignorent souvent les informations disponibles ou les utilisent de manire slective, voire pour servir leurs intrts personnels. Les rsultats de recherche, le dbat sur la politique mener et linformation diffuse par les mdias se conjuguent pour crer des ides brouilles l o une analyse claire et prcise simpose. La complexit de la question de la migration et sa dimension humaine se perdent alors dans des arguments politiques brandis des fins lectoralistes ou politiciennes.

    Comme on la mis en vidence dans ce chapitre, les reprsentations et les opinions du public sur les migrants ne se forment pas toutes seules. Elles sont influences par des facteurs socioconomiques et dmographiques, comme lge, le niveau dtudes, le type demploi et lorientation politique. En outre, certains facteurs externes peuvent faire douter de lutilit de la migration : priodes de rcession conomique accompagnes de niveaux de chmage levs, troubles politiques ou conflits provoquant des exodes subits de migrants, ou encore craintes pour la scurit nationale la suite dun attentat. Toutefois, ces proccupations, mme quand elles sont fortement ressenties, dpendent aussi de lactualit, et sestompent gnralement lorsque les conditions samliorent. Il est fondamental que les promoteurs dun dbat rationnel vitent que la migration ne devienne lexplication commode de tous les problmes politiques, sociaux et conomiques qui perturbent des socits aux prises avec la mondialisation. A lvidence, la migration est souvent le sujet fourre-tout masquant les peurs et les incertitudes qui sous-tendent les proccupations de la population que ce soit le chmage, le logement ou la cohsion sociale (dans les pays de destination), ou encore la perte ou le gaspillage de capital humain et la dpendance conomique (dans les pays dorigine).

    Ltude approfondie des rsultats dun certain nombre de sondages et denqutes fait apparatre que les opinions qui circulent au sein des populations sont, dans le mme temps, plus nuances et moins rigides que nous sommes souvent ports le croire. Il est admis, diffrents niveaux, que la mobilit est une caractristique de la socit contemporaine. Jusqu un certain point, on a galement compris, reconnu, voire accept que la migration confre des avantages lconomie et la socit, et que les migrants compltent plus quils

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    ne concurrencent les nationaux sur le march du travail. En dautres termes, les lments disponibles sont suffisants pour permettre un dbat rflchi et quilibr sur la migration, qui ne dpeigne pas celle-ci comme une source davantages dpourvue de cots, mais lui accorde la place et la valeur qui lui reviennent dans nos socits interconnectes.

    Il est important de souligner que la faon dont la communication sur la migration est gre influera non seulement sur les mentalits des socits dorigine et daccueil, mais aussi sur limage quauront delles-mmes les populations de migrants et sur leur comportement. Ce chapitre a expliqu pourquoi il faut traiter les migrants comme des acteurs essentiels du dbat sur la migration, et non comme de simples spectateurs. Leur attribuer un rle passif les exposera aux clichs et crera in fine un clivage inutile entre eux et la communaut hte. Les migrants existent dans des espaces complexes, et sont amens naviguer entre leurs pays dorigine et de destination, et passer dune socit lautre. Leur volont et leur capacit de sintgrer dans la socit daccueil dpendront en grande partie de la faon dont ils peroivent la place qui leur est faite, au sein ou en marge de la socit, et la valeur quon accorde leur contribution au bien-tre socioconomique de celle-ci.

    Plusieurs exemples mentionns plus haut ont montr comment les pouvoirs publics, la socit civile, les organisations internationales et les mdias se sont efforcs de promouvoir une image nuance des migrants et de leur contribution, en dissipant les mythes de la migration par des campagnes dinformation et en donnant aux migrants la possibilit de raconter leurs expriences sur de nouveaux supports. Cependant, pour que ces mesures et dautres influent durablement sur les reprsentations et les attitudes du public, elles doivent tre dveloppes, adaptes au contexte local et, surtout, tre fondes sur une forte volont politique et inscrites dans une stratgie long terme. A cette fin, quatre grandes orientations mritent dtre examines :

    1) Elaboration dun discours sur la migration ouvert, nuanc et exhaustif

    Il y a lieu dlargir le dbat sur la migration pour quil ne tourne pas indfiniment autour des mmes problmes, rels ou imaginaires (qui sont les uns et les autres largement relays), mais sintresse la situation dans son ensemble. Il est important que ce nouveau dbat nourrisse le discours dominant et ne se contente pas dy ragir. Deux questions sont communment poses pour lancer les discussions sur la migration, et aider formuler une politique migratoire : 1) Que faut-il faire au sujet des groupes de migrants dj prsents dans le pays ? 2) Que faut-ilfaire au sujet des futurs migrants ? Pour mener un dbat constructif et mieux inform, ilfaut commencer par examiner dun peu plus prs la place que pourrait, de manire raliste,occuper la migration dans la planification dmographique, sociale et conomique. Sous cetangle, il pourrait tre possible de recadrer le discours de faon quil dbouche sur un rsultatmajoritairement admis ou consensuel, et ne se perde plus dans des querelles de clocher.

    Une stratgie long terme sera ncessaire, qui consistera notamment envoyer des messages cls aux mdias lors de la publication de nouvelles tudes, ou sils concernent un sujet dactualit.

    Llargissement du discours peut se situer aussi bien lchelle nationale quinternationale, dans des enceintes multilatrales telles que les processus consultatifs rgionaux, le Dialogue international sur la migration de lOIM et le Forum mondial sur la migration et le dveloppement.

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 39

    2) Dpolitisation du dbat et prise en compte des sujets de proccupation

    Bien que la migration prsente sans conteste un intrt politique, elle ne doit pas tre traite exclusivement comme une question politique. Les reprsentations dfavorables qui lentourent reposent souvent sur des interprtations partisanes, et non sur des faits. Dans la plupart des dbats sur la migration. Dans tous les cas, il convient dexaminer les effets positifs et ngatifs avec honntet et impartialit. Le discours doit aussi tenir compte de lintrt gnral du pays, et non se focaliser sur les intrts de couches particulires de la socit. De nombreuses tudes consacres aux effets positifs potentiels de la migration sappliquent la socit et lconomie dans leur ensemble. Ces messages risquent de perdre de leur force sils ne concernent que des sous-groupes particuliers de la socit ou de lconomie. Pour autant, il ne faut pas ngliger les inquitudes de la population locale interrogations sur les moyens de lutte contre la migration irrgulire, ou pressions dmographiques sur les infrastructures locales, par exemple. Il est prfrable dexpliquer lopinion ce qui a t efficace ou inefficace, sans rejeter sur les migrants la responsabilit de lchec de certaines mesures.

    Le manque dinformations facilement accessibles au public et traitant directement de tous ces problmes est peut-tre la principale cause dune incomprhension persistante. La diffusion dinformations traitant des proccupations du moment et expliquant clairement les droits des nationaux et des non-nationaux permet de lever les malentendus et fait en sorte que les politiques soient perues comme neutres et respectueuses des droits de chacun.

    3) Collaboration avec les mdias pour parvenir une couverture mdiatique objective

    Les mdias influencent considrablement le discours public, faonnent lopinion et, ce faisant, agissent sur toutes les parties prenantes, notamment les dcideurs et les politiques. Do la ncessit de poser la question fondamentale suivante : Comment peut-on amener les mdias prsenter une image plus objective de la migration et de ses effets ? Pour que linformation soit objective, il faut viter les gros titres tournant toujours autour du mme problme, la sur- ou la sous-reprsentation de groupes particuliers et les strotypes. Il faut galement admettre que les migrants ne forment pas un groupe homogne, et que la migration est souvent lie bien dautres enjeux publics.

    Les pouvoirs publics jouent un rle crucial dans la cration dun climat social et politique propice au traitement juste et fidle de linformation, et la bonne utilisation des donnes disponibles. Limpulsion politique est donc importante pour donner une image plus nuance de la migration, ce qui fait peser une grande responsabilit sur les dirigeants politiques, mme sils ne doivent pas tre les seuls montrer la voie suivre. Dautres parties prenantes, comme la socit civile, le secteur priv et les milieux universitaires, ont aussi un rle non ngligeable jouer, sans oublier dautres lites et personnalits. Il existe de nombreux exemples de personnes qui ont embrass des causes relevant de la justice sociale, dont limpact sur les mdias et lopinion publique a t considrable. Ces leaders dopinion pourraient collaborer davantage avec les mdias que par le pass. Bien que lide puisse susciter un certain malaise dans les milieux journalistiques, il incombe ces acteurs de nouer le dialogue avec les mdias pour faire en sorte que les professionnels de linformation soient mieux informs de la complexit des questions migratoires.

    Il est galement essentiel de donner des indications sur la faon de traiter la migration. Renforcer les capacits des reporters, des journalistes et dautres intervenants par des

  • 40 CHAPITRE 1 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    formations ou des documents dinformation peut aider crer un noyau de spcialistes des questions migratoires, qui seront mme de traiter du sujet de manire plus objective. Laccs des lignes directrices sur la faon de parler de la migration (comme celles fournies sur le site www.ethicaljournalisminitiative.org) constitue un bon point de dpart. Dans lidal, ces indications devraient porter sur llaboration de stratgies de communication, pour ce qui concerne les chercheurs, et sur ltablissement de partenariats au sein des mdias. Les chercheurs eux-mmes peuvent jouer un rle dterminant en veillant replacer leurs conclusions dans le contexte politique et le cadre daction considrs et en prenant une part active au dbat, en sappuyant sur les donnes disponibles et leurs connaissances spcialises, sans compromettre leur intgrit intellectuelle.

    La diffusion dinformations objectives exige en outre de lever les obstacles la diversit dans les mdias. Llimination des discriminations structurelles dans les grands organes dinformation et lintgration de personnes dorigines diverses permettent ensuite de supprimer les contenus discriminatoires par la prsentation de points de vue diffrents.

    4) Les migrants : des acteurs part entire de linformation

    A lvidence, lun des grands dfis que doivent relever ceux qui souhaitent promouvoir une image objective de la migration et des migrants est de donner la parole ces derniers. Les donnes disponibles montrent clairement que plus les non-migrants ont de contacts personnels avec les migrants, moins ils ont tendance porter sur ceux-ci un regard ngatif. Trop souvent, les migrants sont considrs comme des figures passives du dbat sur la migration, que ce soit dans leur pays dorigine ou de destination. Or, les rpercussions de cette conception errone, tant dans le discours politique que dans le traitement mdiatique, npargnent pas les migrants eux-mmes.

    Lun des meilleurs moyens de lutter contre les ides fausses est de confrer un nouveau rle aux migrants dans les discussions publiques, afin quils ne soient plus uniquement lobjet mais aussi les acteurs du dbat. Plusieurs solutions sont possibles : permettre aux mdias ethniques de sexprimer davantage aux cts des grands organes dinformation, faire entrer la diversit dans ces derniers, ou encore mettre profit les avances technologiques des mdias sociaux pour encourager les migrants donner une image plus fidle de qui ils sont et de ce quils font.

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    consult le 20 aot 2011).

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    Zentralarchiv fr Empirische Sozialforschung (ZA)2005 Codebook, National Identity II, ZA Study 3910. ISSP module 2003. ZA, Universit

    de Cologne. Voir : http://prod.library.utoronto.ca/datalib/codebooks/utm/za/3910/za3910.pdf (site consult le 24 aot 2011).

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 49

    LA MIGRATION INTERNATIONALEEN 2010 ET 2011

    Le prsent chapitre analyse les principales tendances de la migration observes en 2010 et 20111, notamment sous langle de laction publique, de la lgislation, ainsi que de la coopration et du dialogue lchelle internationale. Aprs un bref tour dhorizon de lvolution de la migration et des politiques dans le monde, il dcrit grands traits les principales orientations constates dans six rgions, savoir lAfrique, les Amriques, lAsie, lEurope, le Moyen-Orient et lOcanie.

    TENDANCES MIGRATOIRES INTERNATIONALES

    Malgr les effets persistants de la crise conomique mondiale, le nombre total de migrants dans le monde na pas diminu ces dernires annes. Les flux migratoires vers les pays dvelopps se sont quelque peu ralentis pendant et immdiatement aprs la crise : aux Etats-Unis dAmrique, par exemple, le nombre dtrangers entrant sur le territoire est pass de 1 130 818 en 2009 1 042 625 en 2010 ; au Royaume-Uni, ce chiffre a recul de 505 000 en 2008 470 000 en 2009 ; en Espagne, de 692 228 en 2008 469 342 2009 ; en Sude, de 83 763 en 2009 79 036 en 2010 ; et en Nouvelle Zlande, de 63 910 en 2008 57 618 en 2010 (DAES, paratre). Cependant, aucune inversion majeure des schmas migratoires na t releve, si bien que la population mondiale de migrants qui stait constitue pendant plusieurs dcennies na gure chang : en 2010, le nombre total de migrants internationaux tait estim 214 millions, contre 191 millions en 2005 (DAES, 2009). On recense environ un milliard de migrants dans le monde (soit un peu prs un septime de la population mondiale), tant entendu que le nombre de migrants internes est estim 740 millions (PNUD, 2009) de personnes. Cette stabilit gnrale masque toutefois certains faits nouveaux survenus en 2010/2011. Les sections qui suivent prsentent quelques tendances profondes.

    I. Transitions politiques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord (MOAN)

    Les transitions politiques survenues en 2011 au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ont eu dnormes rpercussions sur les schmas migratoires dans la rgion et au-del. Les manifestations contre le Prsident tunisien Ben Ali ont conduit sa dmission, le 14 janvier 2011, et ont t suivies de mouvements de protestation dans dautres pays arabes2, dont lEgypte, o le Prsident Moubarak a abandonn le pouvoir en fvrier 2011. La Libye a connu une rapide dtrioration de lordre public aprs les tentatives du Gouvernement de rprimer les grandes manifestations qui ont clat dans plusieurs villes de province partir de la mi-fvrier 2011. Les heurts entre manifestants et forces de scurit se sont rapidement transforms en guerre civile, entranant un exode massif vers les pays voisins. A la fin de juin 2011, plus de 600 000 migrants (dont environ

    1 Les donnes exposes ici tiennent compte des derniers chiffres publis en 2010 et au dbut de 2011. Sauf indication contraire, ce chapitre ne comprend pas dinformations rendues publiques aprs juin 2011. Les donnes sur la migration restant relativement rares et fragmentaires, les chiffres nouvellement publis qui sont inclus ici sont parfois antrieurs 2010, tout en restant nanmoins pertinents pour lanalyse.

    2 Algrie, Arabie Saoudite, Bahren, Iraq, Jordanie, Kowet, Libye, Liban, Maroc, Oman, Rpublique arabe syrienne et Ymen.

    CHAPITRE 2-

  • 50 CHAPITRE 2 | LA MIGRATION INTERNATIONALE EN 2010 ET 2011

    280 000 nationaux de pays tiers)3 avaient quitt le pays selon lOIM4, soit une grande partie des 1,5 million de migrants (la plus importante population de travailleurs migrants en Afrique du Nord) qui se trouvaient dans le pays avant le dclenchement des hostilits (UC Davis, 2011a). Dimportants mouvements transfrontaliers ont t constats aux frontires avec la Tunisie et lEgypte5, pays qui ont enregistr lentre de 256 000 et 184 000 personnes, respectivement, dont un nombre non ngligeable de ressortissants libyens qui, le plus souvent, faisaient des aller-retour pour des raisons conomiques, tandis que leur famille restait en Egypte. En dehors de la rgion, ce sont Malte et lItalie qui ont vu arriver le plus de migrants ; la fin du mois de juin 2011, plus de 43 000 personnes avaient dbarqu sur lle de Lampedusa (19 200 en provenance de la Libye, et 24 100 de Tunisie). Aucun exode important dautres pays de la rgion (Egypte comprise) na t signal.

    Les mdias ont souvent relay lide que la crise en Afrique du Nord allait entraner une forte augmentation de la migration irrgulire vers lEurope6. En ralit, un pourcentage infime de personnes dplaces par le conflit ont dcid de traverser la Mditerrane par bateau, la plupart cherchant regagner la Libye ou obtenir de laide pour se rendre dans un autre pays dAfrique ou dAsie. Un grand nombre de ces travailleurs migrants ont pu rentrer chez eux grce laide apporte par lOIM en partenariat avec le HCR. A la fin de juin 2011, plus de 143 000 nationaux originaires denviron 50 pays tiers avaient t vacus (voir la carte 1), principalement vers les sept pays dorigine suivants : Bangladesh (31 000), Tchad (26 000), Egypte (24 000), Soudan (17 000), Niger (12 000), Ghana (11 000) et Mali (10 000)7.

    Ces chiffres ne rvlent cependant pas toute lampleur des mouvements de retour. Les donnes de lOIM laissent ainsi penser que prs de 200 000 migrants sont revenus en Egypte. En outre, certains pays asiatiques, comme les Philippines, demandent aux candidats lmigration de cotiser un fonds qui peut ensuite tre utilis pour rapatrier les migrants en dtresse devant tre vacus dun pays. Quelque 26 000 30 000 Philippins (surtout des travailleurs) se trouvaient dans la Libye avant le soulvement et, selon le Ministre philippin du travail et de lemploi, environ 10 000 dentre eux ont t vacus et rapatris8.

    Le retour soudain de nombreux travailleurs migrants dans des pays en dveloppement dAfrique et dAsie risque davoir de graves rpercussions sur la stabilit conomique de ces pays. Alors que, bien souvent, ceux-ci sont dj aux prises avec un chmage lev, ils doivent prsent tenter dabsorber les nombreux migrants de retour qui arrivent sur leur march du travail. Ils risquent en outre de connatre des difficults financires, car ces travailleurs ne pourront plus rapatrier de fonds. Le Tchad et le Niger, par exemple, ont vu respectivement 70 000 et 80 000 de leurs nationaux revenir dEgypte et de Tunisie, par leurs propres moyens ou avec laide de lOIM, pendant les trois premiers mois de la crise libyenne. Ces mouvements de retour massifs ont suscit des inquitudes quant la scurit alimentaire dans les communauts daccueil, et soulign la ncessit de mettre en place des possibilits de rintgration et des programmes

    3 Dans le contexte de la crise libyenne, un national de pays tiers sentend dun migrant qui traverse la frontire entre la Libye et un pays dont il nest pas originaire.

    4 Estimations de lOIM. Voir : Migration Crisis from Libya, IOM Middle East North Africa Operations, disponible ladresse suivante : www.migration-crisis.com/libya/ (site consult le 30 juin 2011).

    5 Dautres mouvements ont t enregistrs la frontire avec lAlgrie, le Niger, le Soudan et le Tchad.6 Le 10 mai, par exemple, le International Herald Tribune publiait une lettre dopinion intitule Look whos coming to Europe

    (Voyez qui vient en Europe), alors mme que larticle relevait que la plupart de ceux qui quittaient la Libye taient des travailleurs migrants de retour dans leur pays dorigine en Afrique ou Asie.

    7 Voir les rapports en ligne de lOIM ladresse suivante : www.migration-crisis.com/libya/ (site consult le 30 juin 2011).8 Voir : http://globalnation.inquirer.net/news/breakingnews/view/20110302-322970/10000-Filipinos-from-Libya-head-for-home

    (site consult le 4 juillet 2011).

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 51

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  • 52 CHAPITRE 2 | LA MIGRATION INTERNATIONALE EN 2010 ET 2011

    de stabilisation communautaire pour viter de dstabiliser la sous-rgion et attnuer le risque dune crise humanitaire due une pnurie de moyens de subsistance9.

    Des mesures ont dj t prises dans certains pays pour aider les migrants de retour se rintgrer. Au Bangladesh, par exemple, la Banque mondiale a approuv un projet de rapatriement et de reconstitution des moyens de subsistance des travailleurs migrants, qui consiste couvrir le cot du rapatriement et verser une subvention en espces exceptionnelle denviron 775 dollars E.-U. (lquivalent denviron 30 mois de salaire moyen au Bangladesh)10, qui a pour but daider les migrants satisfaire leurs besoins immdiats et se constituer des moyens dexistence au Bangladesh. Dot dun budget total de 74,1 millions de dollars E.-U., ce projet est en grande partie (40 millions de dollars E.-U.) mis en uvre par lOIM pour le compte du Gouvernement bangladais. Le Gouvernement npalais a galement utilis son fonds daide sociale aux travailleurs ltranger pour couvrir les cots de rapatriement.

    Parmi les personnes qui quittent la Libye, certaines ne peuvent pas regagner facilement leur pays dorigine, comme les Somaliens et les Erythrens, et ont parfois besoin dune assistance spciale pour se rinstaller dans un pays tiers. Cependant, peu dentre elles se sont rendues en Europe, contrairement aux informations distilles lenvi par les mdias selon lesquelles des dizaines de milliers de migrants dAfrique du Nord tenteraient dentrer illgalement sur le continent europen. A la fin de juin 2011, les migrants arrivs par mer Malte et en Italie, essentiellement des Erythrens et des Somaliens, reprsentaient moins de 3 % des personnes ayant quitt la Libye. De mme, le nombre de Tunisiens partis ltranger depuis la mi-fvrier tait infrieur aux prvisions initiales11. En outre, selon le HCR, seule une faible proportion dentre eux taient des rfugis. La grande majorit des migrants en qute dune vie meilleure en Europe taient des jeunes Tunisiens (surtout des hommes clibataires gs de 20 30 ans) qui ont profit de la situation pour chercher du travail ltranger.

    II. Augmentation du nombre de catastrophes naturelles et de personnes dplaces

    On estime que plus de 42 millions de personnes ont t dplaces dans le monde en 2010 en raison de catastrophes naturelles soudaines, soit, respectivement, 6 et 25 millions de plus quen 2008 et 2009. La grande majorit dentre elles (38 millions) lont t cause de catastrophes lies aux changements climatiques (essentiellement des inondations et des temptes). Cette augmentation considrable, en 2010, est surtout due aux inondations exceptionnelles (IDMC/NRC, 2011) survenues en milieu danne en Chine (provoquant le dplacement de plus de 15 millions de personnes) et au Pakistan (au moins 11 millions de dplacs), ainsi quaux tremblements de terre au Chili, au Japon et en Hati. Le Bangladesh, lInde et les Philippines ont galement t durement touchs par des catastrophes naturelles, faisant de lAsie la rgion la plus fragilise. Au total, 321 catastrophes naturelles se sont produites en 2010, soit un chiffre lgrement suprieur aux 290 enregistres en 2009, mais proche de la moyenne des 10 dernires annes (EM-DAT/CRED, 2011)12. Selon le Centre de suivi

    9 Voir les rapports en ligne de lOIM ladresse suivante : www.migration-crisis.com/libya/ (site consult le 31 mai 2011).10 Estimation ralise partir des chiffres communiqus par le bureau bangladais des statistiques en dcembre 2004, aprs

    une enqute sur la population active, dans Measuring Gender Dimensions of the World of Work in Bangladesh: A Training Guide, Bureau international du Travail (OIT), 2006, pp. 33 et 34. Voir : http://www.ilo.org/wcmsp5/groups/public/---ed_emp/documents/instructionalmaterial/wcms_116277.pdf

    11 Voir les rapports en ligne de lOIM ladresse : www.migration-crisis.com/libya/ (site consult le 31 mai 2011).12 Chiffre extrait le 25 mars 2011 de la base de donnes internationale sur les catastrophes (EM-DAT) : www.emdat.be

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 53

    des dplacements internes (IDMC), leur nombre a doubl au cours des 20 dernires annes (passant de 200 plus de 400 par an). Le nombre de personnes dplaces cause de conflits, soit 2,9 millions en 2010, est bien moins lev (ibid.).

    Le tremblement de terre qui a dvast Hati en janvier 2010 et les graves inondations qui se sont produites ultrieurement au Pakistan sont des exemples particulirement significatifs de catastrophes naturelles provoquant des dplacements. Bien que, dans les deux cas, une importante aide humanitaire internationale ait t mobilise, les besoins en matire de moyens dexistence, de logement ou encore de services de sant et autres ne sont pas encore totalement satisfaits, et les travaux de reconstruction et de radaptation se poursuivent.

    Le tremblement de terre en Hati a fait plus de 300 000 morts et provoqu le dplacement denviron 1,5 million de personnes. Contrairement aux prvisions, il ny a pas eu dmigration massive aprs la catastrophe (Fondation pour les Nations Unies, 2011), peut-tre, surtout, parce que les Hatiens navaient pas les moyens ncessaires pour se lancer dans un voyage coteux et dangereux. Par ailleurs, le problme des dplacements internes reste proccupant. Un an aprs le sisme, lOIM a constat que 810 000 personnes vivaient toujours dans des sites improviss, Port-au-Prince et en province13.

    A la fin de juillet 2010, le Pakistan a t frapp par les pires inondations de son histoire, qui ont touch plus de 18 millions de personnes, laiss 11 millions de sans-abris et tu quelque 1 750 personnes [...] 14. Le pays tout entier a t touch : tout dabord les rgions montagneuses du nord, puis progressivement les rgions basses du sud (Sindh et Punjab). Les inondations ont t compares un tsunami au ralenti , car les zones littorales de la rgion du Sindh ont t inondes en septembre et en octobre, soit plus de deux mois aprs les pluies responsables des eaux de crue descendant du nord du pays. Bon nombre de personnes dplaces durant les inondations (plus de 11 millions) attendent toujours une aide pour rentrer chez elles15.

    Entre mai et aot 2010, la Chine a subi des inondations et des glissements de terrain de grande ampleur. Le Ministre chinois des affaires civiles a indiqu que plus de 3 millions de personnes avaient t temporairement dplaces dans le centre du pays rien que pendant la deuxime quinzaine de juillet 2010 (FICR, 2010). Le tremblement de terre de fvrier 2010 au Chili a fait environ 2,6 millions de victimes, parmi lesquelles 800 000 ont t dplaces (EM-DAT/CRED, 2011 ; Croix-Rouge amricaine, 2011).

    Les donnes relatives aux incidences des phnomnes environnementaux volution lente sur les dplacements de personnes sont plus difficiles obtenir, mais certaines indications laissent penser quun nombre croissant de personnes sont touches par les scheresses (EM-DAT/CRED, 2011) : en Somalie, par exemple, celles-ci ont provoqu le dplacement de plus de 52 000 personnes depuis le 1er dcembre 2010, dont beaucoup ont rejoint la capitale, Mogadiscio. Bien que les migrations dues la scheresse ne soient pas inhabituelles, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) souligne que cest la premire fois quon assiste un afflux massif dleveurs vers la capitale (IRIN, 2011).

    13 Voir : http://www.iom.int/jahia/Jahia/media/news-releases/newsArticleEU/cache/offonce?entryId=29002 (site consult le 4 juillet 2011).14 Voir lappel rvis de lOIM, septembre 2010. Disponible ladresse suivante : http://www.iom.int/jahia/webdav/shared/

    shared/mainsite/published_docs/IOM-Revised-Pakistan-Flood-Appeal.pdf (site consult le 4 juillet 2011).15 Voir les Notes pour la presse de lOIM : Pakistan : six mois aprs les inondations. Disponible ladresse suivante : http://www.iom.int/jahia/Jahia/media/press-briefing-notes/pbnAS/cache/offonce/lang/fr/pid/113?entryId=29083 (site consult le 4 juillet 2011).

  • 54 CHAPITRE 2 | LA MIGRATION INTERNATIONALE EN 2010 ET 2011

    De mme, le phnomne appel Dzud16, en Mongolie, a modifi les habitudes de dplacement des nomades. Les populations rurales ont gagn les abords de la capitale en raison dun hiver extrmement froid et sec qui a tu leur btail, leur source traditionnelle de revenus.

    III. Stabilit du nombre de rfugis et de demandeurs dasile

    A la fin de 2010, on estimait 15,4 millions le nombre de rfugis17 dans le monde et 845 800 celui des demandeurs dasile18. Si le nombre de rfugis a lgrement progress (de 153 000 par rapport 2009), les demandes dasile reues par le HCR ou les Etats ont diminu de 11 % en 2010. Laugmentation du nombre de rfugis est essentiellement due la dtrioration de la situation en Somalie, qui a provoqu lexode de 119 000 habitants vers des pays voisins en 2010 (HCR, 2011a). A la suite des conflits qui ont clat au dbut de 2011 en Afrique du Nord et de lOuest, notamment dans la Libye et en Cte dIvoire, on sattend une hausse du nombre de rfugis en 2011.

    Par contraste, les donnes du HCR rvlent une baisse importante du nombre de demandeurs dasile dans les pays industrialiss19 depuis 10 ans. Au total, quelque 358 800 demandes dasile y ont t dposes en 2010 soit une baisse de 5 % par rapport 2009 et denviron 42 % par rapport au niveau maximum de la dcennie qui avait t atteint en 2001, quand prs de 620 000 demandes dasile avaient t dposes (HCR, 2011b).

    IV. Migration et crise conomique mondiale : des signes de reprise

    Des signes notables (quoique contrasts) de reprise de lconomie mondiale sont apparus en 2010 et en 2011. Les pays mergents et les pays en dveloppement ont affich un taux de croissance moyen de leur PIB de 7,1 % en 2010, contre 2,6 % en 2009, mais la reprise a t plus timide dans les conomies industrialises avances (de -3,4 % en 2009 3 % en 2010), o le chmage tait toujours lev la mi-2011 (FMI, 2011). En fvrier 2011, et pour la premire fois depuis le dbut de la crise, une tendance la baisse des taux de chmage sest amorce dans la majorit des pays de l Organisation de coopration et de dveloppement conomiques (OCDE). Les pays de lOCDE comptaient alors quelque 45 millions de chmeurs soit 2,1 millions de moins quen fvrier 2009, mais 14,3 millions de plus quen fvrier 2008 (OCDE, 2011).

    16 Catastrophe naturelle complexe de longue dure, cause par une scheresse estivale suivie dimportantes chutes de neige et de tempratures inhabituellement basses en hiver, et dun dgel dangereux au printemps. Pour plus dinformations, voir Dzud Appeal, quipe de pays des Nations Unies en Mongolie, mai 2010. Disponible ladresse suivante : http://www.undp.org/cpr/documents/recovery/mongolia_appeal.pdf (site consult le 4 juillet 2011).

    17 Ce chiffre englobe les rfugis (9,95 millions la fin de 2010) et les personnes dont la situation est analogue celle des rfugis (597 000 la fin de 2010), deux catgories qui relvent du mandat du HCR, ainsi que les rfugis pris en charge par lOffice de secours et de travaux des Nations Unies pour les rfugis de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) (environ 4,82 millions la fin de 2010). Les rfugis sont les personnes reconnues comme tels en application de la Convention de 1951 relative au statut des rfugis, de son Protocole de 1967 et de la Convention de lOUA de 1969 rgissant les aspects propres aux problmes des rfugis en Afrique ; les personnes reconnues comme rfugies conformment au Statut du HCR ; ou celles bnficiant dune forme complmentaire de protection ou dune protection temporaire. La catgorie descriptive des personnes dont la situation est analogue celle des rfugis comprend des groupes de personnes qui se trouvent hors de leur pays ou de leur territoire dorigine et sont confrontes, en matire de protection, des risques similaires ceux que connaissent les rfugis, mais dont le statut de rfugi na pas t dtermin, pour des raisons pratiques ou autres.

    18 Selon la dfinition du HCR, les demandeurs dasile (dossiers en attente) sont des personnes qui ont sollicit une protection internationale et dont la demande de statut de rfugi na pas encore t examine. Les 845 800 personnes mentionnes ci-dessus sont des demandeurs dont le dossier tait en attente la fin de lanne 2010, quelle que soit la date de dpt de la demande.

    19 Les donnes se rapportent aux 44 pays industrialiss suivants : les 27 pays de lUnion europenne (UE), lAlbanie, lAustralie, la Bosnie-Herzgovine, le Canada, la Croatie, les Etats-Unis dAmrique, lex-Rpublique yougoslave de Macdoine, lIslande, le Japon, le Liechtenstein, le Montngro, la Nouvelle-Zlande, la Norvge, la Rpublique populaire dmocratique de Core, la Serbie, la Suisse et la Turquie.

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 55

    Depuis le dbut de la crise conomique mondiale, en 2007-2008, maintes prvisions ont t formules quant ses incidences potentielles (et celles de la reprise ultrieure) sur la migration : fort recul des afflux de migrants ; arrt brutal de la croissance de la population trangre dans les pays revenu lev ; baisse drastique des rapatriements de fonds en direction des pays dorigine des migrants ; et augmentation de la migration de retour en raison de la hausse du chmage parmi les migrants vivant ltranger. Les informations disponibles portent croire quil reste difficile de prvoir les schmas et lampleur des flux migratoires.

    Sil est malais, par exemple, dvaluer prcisment les retombes de la reprise conomique sur les possibilits demploi offertes aux travailleurs migrants, les derniers chiffres communiqus font apparatre une situation contraste. Dans certains pays, il semblerait que limmigration progresse, tandis que dans dautres on sattend un recul du nombre de migrants. Au Canada, le nombre de travailleurs trangers entrant dans le pays recommence augmenter (de 178 271 en 2009 182 322 en 2010), et atteint presque le niveau de 2008 (Citoyennet et Immigration Canada, 2011). Les Etats Unis dAmrique ont enregistr davantage de nouveaux arrivants en 2010 quen 2009 et en 2008 (476 049 contre 463 042 et 466 558, respectivement) (U.S. Department of Homeland Security, 2011). En Allemagne la population trangre a augment denviron 58 800 personnes (+ 0,9 %), ce qui constitue la premire hausse en cinq ans aprs un lger recul entre 2006 et 2009 (Office fdral de la statistique Destatis, 2011).

    A loppos, le Royaume-Uni prvoit quil abritera dici 2015 360 000 migrants de moins que le nombre projet avant la rcession, en juillet 2008, soit 200 000 actifs en moins (Ministre britannique des communauts et des collectivits territoriales, 2009, cit dans Ghosh, 2011, p. 73). En Irlande, il est estim que 60 000 personnes avaient quitt le territoire durant lanne sachevant en avril 2009, et que 40 000 autres allaient encore partir (Ghosh, 2011).

    Selon le Rapport Etat de la migration dans le monde 2010 et la rcente publication OIM/Processus de La Haye intitule The Global Economic Crisis and Migration: Where do we go from here? (ibid.), la rcente crise conomique (la pire depuis plusieurs dcennies) a mis en vidence certains grands dfis qui se poseront lavenir en matire de schmas migratoires et de gestion de la migration, qui vont bien au-del des rpercussions sur les rapatriements de fonds. La crise conomique mondiale semble avoir eu au moins cinq types de consquences.

    Premirement, plusieurs milliers de migrants ont perdu leur emploi ou nont pas pu obtenir le renouvellement de leur permis de travail en raison des suppressions demploi massives sur le march du travail des pays de destination. Ainsi, la fin de lanne 2009, plus de 7 millions demplois avaient disparu aux Etats Unis et 1,6 million en Espagne, surtout dans les secteurs de la construction et de la transformation (MPI, 2010a). En outre, le chmage a frapp plus durement les travailleurs trangers que les autochtones (en particulier en Espagne) (OIM, 2010a), en partie parce que les migrants taient concentrs dans les secteurs de lconomie les plus exposs la rcession (la construction, par exemple), et en partie parce quils taient gnralement plus jeunes et soumis une inscurit de lemploi plus grande que la population locale.

    Deuximement, la population de migrants na pas diminu autant que prvu car, mme aprs avoir perdu leur emploi, ceux-ci taient nombreux prfrer rester et ne pas profiter des incitations au retour qui leur avaient t proposes dans certains pays, au vu de la situation conomique souvent pire dans leur pays dorigine. Ainsi, le Plan de Retorno Voluntario un

  • 56 CHAPITRE 2 | LA MIGRATION INTERNATIONALE EN 2010 ET 2011

    systme de prime au dpart mis en place par le Gouvernement espagnol en juin 2008 pour accorder des prestations de chmage aux nationaux non ressortissants de lUnion europenne (UE) qui acceptaient de retourner dans leur pays navait enregistr que 11 660 demandes en avril 2010 (sur les 87 000 escomptes), et seulement 8 451 immigrants taient effectivement rentrs chez eux (Lopez, 2011). De mme, les programmes dincitation au retour proposs aux migrants en Rpublique tchque et au Japon nont eu que peu deffets. A linverse, lexemple de la Pologne montre comment les rsultats conomiques dun pays dorigine peuvent influer sur la dcision de retour des migrants. Depuis 2008, le nombre de personnes revenant en Pologne a augment, probablement parce que ce pays est le seul de lUnion europenne ne pas tre entr en rcession et avoir poursuivi sa croissance conomique, grce une demande intrieure relativement leve et au fait que le commerce extrieur reprsente une faible part de son PIB (Kaczmarczyk et al., 2010).

    Troisimement, laugmentation du chmage parmi les travailleurs migrants a vraisemblablement rendu ceux-ci plus vulnrables sur le march du travail, bien quon ne dispose pas encore de renseignements complets sur la mesure dans laquelle la crise a contribu leur prcarisation. Cependant, des lments portent croire que lattitude du public envers les immigrants sest durcie et que la tolrance leur gard a diminu, augmentant leur vulnrabilit face la discrimination et la xnophobie.

    Le quatrime effet de la crise est une diminution des flux de migration irrgulire. Dans lUE, par exemple, le nombre darrestations aux frontires pour tentative dimmigration illgale a recul dun tiers entre 2008 et 2009 (Frontex, cit dans le Rapport Etat de la migration dans le monde 2010).

    Cinquimement, malgr un certain repli des fonds rapatris, peut-tre d laugmentation du chmage parmi les travailleurs migrants, les rapatriements de fonds ont souvent bien rsist car la migration de retour na pas t aussi forte que prvue. Depuis le dbut de la crise en 2007-2008, les flux de fonds rapatris ont affich une grande rsistance par rapport aux autres flux financiers, tels que linvestissement tranger direct (IED) et laide publique au dveloppement (APD) (Banque mondiale, 2010). En 2010, ils semblaient en passe de retrouver leurs niveaux davant-crise. Le montant total des rapatriements de fonds enregistrs a t estim plus de 440 milliards de dollars E.-U. en 2010, dont la plus grande partie (325 milliards) a t envoye vers des pays en dveloppement. Ce montant reprsente une hausse de prs de 6 % par rapport 2009 (416 milliards de dollars E.-U. lchelle mondiale, dont 307 milliards vers des pays en dveloppement) (ibid.). Selon les prvisions, les fonds rapatris devraient crotre denviron 7 8 % pendant les trois prochaines annes (2011-2013), ce qui pourrait leur faire passer le cap des 500 milliards de dollars E. U. en 2012, pour atteindre 536 milliards en 2013 (dont 375 et 404 milliards, respectivement, vers des pays en dveloppement) (Banque mondiale, 2011a).

    Dans lensemble, il apparat que les changements provoqus par la crise conomique mondiale sur les marchs du travail et dans les schmas de migration ont t relativement phmres. Une question cruciale se pose toutefois pour lavenir : dans quelle mesure la lenteur de la reprise conomique gnrale se ressentira-t-elle sur les perspectives demploi des travailleurs migrants ? La relance de lemploi tarde souvent suivre celle de la production, ce qui ncessite de privilgier les mesures de cration demplois incluant ou ciblant spcifiquement les migrants. Or, ce jour, les Etats nont pris aucune mesure de relance conomique lintention des migrants.

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 57

    V. Actualit de la traite des personnes

    Lanne 2010 a marqu le dixime anniversaire du Protocole dit de Palerme relatif la lutte contre la traite des personnes20. Cependant, tout porte croire que ce flau na gure recul depuis la signature de ce texte.

    Le nombre de victimes de la traite dans le monde (y compris les adultes et les enfants contraints au travail forc, au travail asservi et la prostitution force) est rest lev et tait estim 12,3 millions en 2010 (U.S. Department of State, 2010). A lchelle mondiale, presque 2 personnes sur 1 000 sont victimes de la traite, et ce rapport passe 3 pour 1 000 en Asie et dans le Pacifique.

    Daprs certaines indications, toutefois, la communaut internationale sintresse actuellement de plus prs au problme. Ainsi, le nombre de signataires du Protocole de Palerme a augment de presque 50 % en 10 ans (passant de 80 en 2000 117 la fin de 2010). Cette importante avance a concid avec une progression du nombre de ratifications par des pays de destination (par exemple, la Chine et lIrlande). Cependant, selon le rapport Trafficking in Persons (TIP) 2010 Report, 62 pays ayant ratifi le Protocole nont encore condamn aucun trafiquant en vertu de lois conformes celui-ci, tandis que 104 pays nont pas de lois, politiques ni rglements pour prvenir lexpulsion des victimes. Des progrs ont aussi t enregistrs aux niveaux rgional et national. Le 14 dcembre 2010, le Parlement europen a adopt le texte dune nouvelle directive de lUE sur la traite des tres humains, qui remplace la dcision-cadre 2002/629/JHA21. Cette directive constitue une tape importante vers un durcissement de lattitude lgard des trafiquants et un renforcement de la protection des victimes. Elle largit lventail des pratiques relevant du droit pnal pour y inclure la manipulation psychologique denfants en vue dabus sexuels et le tourisme sexuel, et prvoit des mesures destines amliorer la situation des enfants lors des poursuites22.

    En 2010, alors que lAfrique du Sud accueillait la premire coupe du monde de football organise sur le continent africain, le lien entre la traite des personnes et les manifestations sportives a suscit un regain dattention. Devant la vive inquitude de la communaut internationale, qui craignait que lvnement ne contribue une brusque augmentation de la traite, surtout des fins dexploitation sexuelle, des chefs religieux, des enseignants, des acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux, ainsi que des reprsentants du secteur priv se sont runis pour dlivrer dune seule voix un message fort et efficace. Lobjectif tait dinformer les communauts sur les dangers et les indices de cette pratique, et sur les moyens didentifier et daider les victimes, ainsi que sur les autorits auxquelles les cas de traite doivent tre signals.

    20 Nations Unies (2000), Protocole additionnel la convention des Nations Unies contre la criminalit transnationale organise visant prvenir, rprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants.

    21 Rsolution lgislative du Parlement europen du 14 dcembre 2010 sur la proposition de directive du Parlement europen et du Conseil concernant la prvention de la traite des tres humains et la lutte contre ce phnomne ainsi que la protection des victimes et remplaant la dcision-cadre 2002/629/JAI.

    22 La nouvelle directive sapplique la traite des tres humains des fins dexploitation sexuelle et dexploitation de leur travail. Les nouvelles dispositions comprennent une dfinition plus large de la traite (mendicit force, prlvement forc dorganes, activits criminelles forces, etc.), des peines plus longues (10 ans au lieu de 8), la protection des enfants, la non-poursuite des victimes, la fourniture de services juridiques et mdicaux aux victimes, et ltablissement ou le renforcement dans les Etats membres de politiques visant prvenir la traite (voir : http://register.consilium.europa.eu/pdf/fr/10/pe00/pe00069.fr10.pdf, site consult le 4 juillet 2011).

  • 58 CHAPITRE 2 | LA MIGRATION INTERNATIONALE EN 2010 ET 2011

    EVOLUTION DES POLITIQUES DANS LE MONDE

    Un Forum mondial sur la migration et le dveloppement plus orient vers laction

    La quatrime dition du Forum mondial sur la migration et le dveloppement (FMMD)23 un processus de consultation volontaire, intergouvernemental, non contraignant et informel a t organise par le Gouvernement mexicain en novembre 2010 Puerto Vallarta, et a runi 131 gouvernements. A cette occasion, une table ronde a, pour la premire fois, t consacre aux liens entre le changement climatique, la migration et le dveloppement, et la problmatique hommes-femmes et la famille, tandis quun espace commun avait t mnag pour favoriser la communication entre les gouvernements et les participants de la socit civile. En outre, le manuel Mainstreaming Migration into Development Planning, labor linitiative de lOIM et approuv par le Groupe mondial sur la migration (GMG), a t prsent aux Etats. Sa publication puis son approbation la quatrime runion du FMMD ont ouvert la voie sa mise en uvre dans les pays en dveloppement qui cherchent intgrer pleinement la migration dans leurs plans de dveloppement.

    Les dbats entre les Etats Puerto Vallarta ont dbouch sur 47 recommandations, dont la plupart sadressent directement aux Etats participants, qui peuvent choisir de les appliquer au niveau national et, le cas chant, aux niveaux rgional et international.

    En 2011, le FMMD plac sous la prsidence de la Suisse a adopt un nouveau fonctionnement. Au lieu dune runion plnire annuelle, sa prsidence a organis travers le monde une srie de runions plus restreintes, cibles et orientes vers laction, lappui de son thme phare : Agir pour la migration et le dveloppement cohrence, capacit et coopration. Ces runions thmatiques dvelopperont le contenu et les principaux rsultats des prcdentes runions du FMMD. Environ quatorze runions organises en divers endroits dans le monde ont t consacres aux trois modules thmatiques suivants : mobilit et dveloppement de la main-duvre ; lutte contre la migration irrgulire par des stratgies cohrentes de migration et dveloppement ; et outils de planification ncessaires pour laborer des politiques de migration et dveloppement fondes sur des donnes factuelles. Le dbat final du FMMD 2011 sera loccasion de prsenter les conclusions prliminaires dune valuation des rsultats enregistrs par le FMMD depuis sa cration.

    Paralllement, lAssemble gnrale des Nations Unies a organis le 19 mai 2011 un dbat thmatique informel dune journe sur les migrations internationales et le dveloppement. Lobjectif tait dapprofondir le dialogue en cours sur la question au sein du FMMD, et de contribuer aux prparatifs du deuxime Dialogue de haut niveau de lAssemble gnrale sur les migrations internationales et le dveloppement en 2013.

    23 Ouvert tous les Etats membres et observateurs des Nations Unies, le FMMD vise faire avancer la comprhension du lien de complmentarit entre la migration et le dveloppement ainsi que la coopration dans ce domaine, et encourager ladoption de mesures concrtes. Pour plus dinformations, voir : http://www.gfmd.org/en/process.html (site consult le 24 juin 2011).

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 59

    Processus consultatifs rgionaux sur la migration

    Les processus consultatifs rgionaux sur la migration (PCR) sont des tribunes privilgies de discussion et de partage dinformations pour les Etats dsireux de promouvoir la coopration dans le domaine de la gestion des migrations. Nombre dentre eux ont enregistr dimportants progrs en 2010.

    Le Dialogue sur la migration en Afrique australe (MIDSA) a organis pour la premire fois en 10 annes dexistence une runion ministrielle Windhoek (Namibie), qui avait pour but de stimuler la rflexion sur les meilleurs moyens de faciliter un renforcement de la coopration rgionale sur la migration, et llaboration de politiques migratoires. Des recommandations ont t faites pour amliorer et harmoniser les donnes rgionales sur la migration, acclrer la ratification du Protocole de la SADC sur la facilitation de la circulation des personnes, sensibiliser le public aux dangers de la migration irrgulire, et attnuer les incidences de lexode des cerveaux dans la rgion24.

    En avril 2011, le Bangladesh a accueilli la quatrime Consultation ministrielle du processus de Colombo, dont les dbats ont port sur les points suivants : promotion et protection des droits, du bien-tre et de la dignit des migrants ; amlioration des services aux migrants ; renforcement des capacits des gouvernements et des partenaires nationaux ; et amlioration des changes dinformations sur les travailleurs migrants. LOIM a ralis une tude sur la migration de main-duvre en provenance des pays du processus de Colombo (Labour Migration from Colombo Process Countries: Good Practices, Challenges and Ways Forward), qui passe en revue les politiques et programmes existants et nonce diverses bonnes pratiques en matire de gestion de la migration de main-duvre25.

    Le processus consultatif rgional relevant de lAutorit intergouvernementale pour le dveloppement (IGAD) a tenu sa premire runion de PCR pour examiner et adopter un plan daction. Dautres avances ont t enregistres par la Confrence rgionale sur la migration et le processus de Bali sur le trafic illicite dtres humains, la traite des personnes et la criminalit transnationale connexe (voir les aperus rgionaux).

    En ce qui concerne les brches subsistant dans le paysage mondial des PCR, le dsir de mettre en place un nouveau PCR a progress parmi les pays membres de la Communaut conomique des Etats de lAfrique centrale (CEEAC), qui continuent dexaminer cette question. Dans les Carabes seule rgion qui ne dispose pas encore dun PCR un groupe restreint de pays a entam des discussions en vue dinstituer une enceinte de dlibrations rgulires sur des questions migratoires prsentant un intrt commun.

    Ces initiatives sont rvlatrices du dsir croissant des pays, quils soient dorigine, de transit ou de destination, de se runir pour discuter de questions migratoires. Le rle que les PCR et des enceintes interrgionales analogues traitant de la migration peuvent jouer pour assurer la cohrence des politiques migratoires, lintrieur des rgions et entre elles, est dsormais largement reconnu. Cependant, les capacits ingales dont disposent les PCR font souvent obstacle lefficacit des changes. A la demande des pays participant aux PCR, lOIM veille au

    24 On trouvera la liste complte des recommandations et des objectifs du MIDSA ladresse suivante : http://www.migrationdialogue.org/midsa/ (site consult le 4 juillet 2011).

    25 Le texte intgral de la Dclaration de Dhaka est disponible ladresse suivante : http://www.colomboprocess.org/images/docs/dc2011/dhaka%20declaration.pdf (site consult le 4 juillet 2011). Des informations dordre gnral sur le processus de Colombo peuvent tre consultes ladresse suivante : http://www.colomboprocess.org/

  • 60 CHAPITRE 2 | LA MIGRATION INTERNATIONALE EN 2010 ET 2011

    renforcement des capacits, afin que les Etats intresss soient mieux mme de garantir la prvisibilit et la rgularit des runions conditions indispensables pour instaurer et prserver la confiance et promouvoir la coopration lintrieur et entre les rgions. Conformment au dsir croissant de favoriser la coopration interrgionale et dchanger des ides et des pratiques comme lavait galement recommand la runion mondiale des PCR tenue en 2009 le Gouvernement du Botswana et lOIM ont organis en 2011 la troisime runion mondiale des prsidents et secrtariats des PCR, qui avait pour thme gnral Intensifier la coopration sur la migration par le dialogue et le renforcement des capacits .

    La consultation de 2011, comme les runions prcdentes, a permis aux reprsentants des divers PCR de mettre en commun des informations et des bonnes pratiques sur les questions migratoires prsentant un intrt pour les diffrents PCR. En outre, elle a favoris lexamen dventuelles amliorations que les Etats pourraient apporter lorganisation et au fonctionnement de leur PCR respectif, afin damliorer la rgularit des runions et, par consquent, leur efficacit. Ce faisant, cette consultation a non seulement consolid le rle des PCR en matire de migration internationale, mais a aussi contribu au renforcement des capacits. Elle a examin, en outre, les liens possibles avec dautres mcanismes pour faciliter le dialogue, les partenariats et la coopration entre Etats aux niveaux rgional, interrgional et mondial, notamment dans le cadre du FMMD et du Dialogue de haut niveau sur les migrations internationales et le dveloppement de lAssemble gnrale des Nations Unies.

    Consquences des changements environnementaux sur la migration : une prise de conscience accrue de la part des dcideurs

    En dpit de la rcente vague dintrt pour les effets des changements climatiques et environnementaux et des catastrophes naturelles sur la migration, la plupart des Etats nont toujours pas arrt leurs politiques nationales en la matire. De fait, les mcanismes de coopration internationale et les politiques rgionales et nationales de gestion des flux migratoires environnementaux nen sont qu leurs dbuts. Les politiques existantes sont souvent ponctuelles et ne sinscrivent pas dans un systme cohrent de gestion des migrations. Nanmoins, plusieurs pays ont entrepris dadopter des dispositions lgislatives ou de favoriser les consultations et le dbat sur les solutions potentielles aux problmes de la migration environnementale, si bien que la thmatique migration et environnement est dsormais davantage au cur de lactualit politique.

    Au niveau national, les Etats Unis ont adopt la loi sur le statut de protection temporaire, qui offre une protection provisoire aux migrants hatiens prsents sur leur territoire au moment du tremblement de terre de 2010 et qui ne pouvaient pas rentrer chez eux. Cette loi a t assortie dune disposition de suspension temporaire des expulsions. Actuellement, ce texte et les lois similaires promulgues titre exceptionnel dans dautres pays (par exemple en Sude et en Finlande) sont les seuls instruments juridiques avoir t spcifiquement conus en rponse la migration environnementale, mme si leur but nest pas de faciliter les flux induits par des catastrophes naturelles ou dautres phnomnes environnementaux (Martin, 2009). Au Bangladesh, une concertation nationale sur laction mener dans les domaines de lenvironnement, du changement climatique et de la migration a t organise par lOIM et le BRAC Development Institute (BDI) en mai 2010 dans le but de favoriser le dbat sur le lien entre lenvironnement, le changement climatique et la migration au Bangladesh, et de promouvoir le dialogue entre les acteurs du dveloppement, les pouvoirs publics et la socit civile (OIM, 2010c). En mars 2010, le Gouvernement du Kenya a prsent un projet de politique nationale

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 61

    sur les personnes dplaces lintrieur de leur propre pays qui portait sur les dplacements lis aux conflits, aux catastrophes naturelles et aux projets de dveloppement, avec trois principaux objectifs : 1) offrir au personnes dplaces lintrieur de leur propre pays une protection adquate ; 2) prvenir les dplacements futurs ; et 3) honorer les obligations du pays au regard du droit international (IDMC/NRC, 2010a).

    Ce projet de politique est conforme la Convention sur la protection et lassistance aux personnes dplaces en Afrique (Convention de Kampala). La Convention de Kampala est, lchelle mondiale, le premier instrument juridique rgional contraignant de ce genre qui oblige les Etats protger et aider les personnes dplaces lintrieur de leur propre pays. Elle sapplique aux dplacements provoqus par divers vnements, comme les conflits et les catastrophes dorigine naturelle ou humaine, et ceux lis aux projets de dveloppement. En outre, elle nonce des normes visant protger les personnes contre les dplacements arbitraires et les personnes dplaces lintrieur de leur pays durant leur exode, et leur apporter des solutions durables. Adopt par lUnion africaine (UA) en octobre 2009, ce texte doit tre ratifi par 15 pays pour entrer en vigueur et devenir juridiquement contraignant. A ce jour, 31 Etats membres de lUA lont sign (11 en 2010)26, mais seulement 6 lont ratifi27, lOuganda ayant t le premier le faire, en fvrier 2010.

    A sa runion Puerto Vallarta (Mexique) en 2010, le FMMD a, comme mentionn plus haut, organis pour la premire fois depuis sa cration en 2007 une table ronde consacre aux incidences des changements climatiques sur la migration et le dveloppement, ce qui tmoigne lvidence de limportance croissante que revtent ces questions dans le monde, et montre que les discussions lchelle mondiale sur la migration et le dveloppement ne peuvent plus ignorer le rle des changements environnementaux et climatiques.

    Enfin, lchelle mondiale, les accords de Cancn conclus lors de la Confrence des parties la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) en 2010 Cancn (Mexique) constituent peut-tre le rsultat le plus important de lanne sur la question de la migration et de lenvironnement. Les objectifs dfinis par ces accords incluaient, entre autres, la rduction des missions de gaz effet de serre, et une aide aux groupes vulnrables pour leur permettre de sadapter aux incidences des changements climatiques. Plus particulirement, lun des lments des accords, le Cadre de ladaptation de Cancn, fait explicitement rfrence aux migrations et aux dplacements dans le contexte de ladaptation :

    La Confrence des Parties

    14. Invite toutes les Parties renforcer, au titre du Cadre de ladaptation de Cancn, laction engage pour ladaptation, compte tenu de leurs responsabilits communes mais diffrencies et de leurs capacits respectives, ainsi que de la spcificit de leurs priorits nationales et rgionales de dveloppement, de leurs objectifs et de leur situation, en sacquittant notamment des tches suivantes :

    26 En 2010 : Bnin, Burkina Faso, Comores, Gabon, Ghana, Lesotho, Mozambique, Rpublique dmocratique du Congo, Rpublique-Unie de Tanzanie, Sao Tom-et-Principe et Tchad.

    27 A ce jour : Gabon, Rpublique centrafricaine, Sierra Leone, Somalie, Ouganda et Zambie. Voir : http://www.internaldisplacement.org/kampala-convention (site consult le 20 juin 2011).

  • 62 CHAPITRE 2 | LA MIGRATION INTERNATIONALE EN 2010 ET 2011

    [] f) Adoption de mesures propres favoriser la comprhension, la coordination et la coopration concernant les dplacements, les migrations et la rinstallation planifie par suite des changements climatiques, selon les besoins, aux niveaux national, rgional et international ; (Dcision 1/CP.16 de la Confrence des Parties la CCNUCC)28

    La mention des migrations dans ces accords est une tape importante sur la voie dune plus grande concertation lchelle mondiale pour faire face aux migrations induites par le changement climatique et promouvoir des mesures concrtes visant rduire la vulnrabilit et renforcer les capacits dadaptation, notamment parmi les populations les plus touches dans les pays en dveloppement.

    Avant dexaminer les tendances rgionales en 2010/2011, il reste souligner deux autres faits nouveaux lchelle mondiale. Premirement, lAssemble mondiale de la Sant a adopt en mai 2010 un code de pratique non contraignant pour le recrutement international des personnels de sant (ax sur les conditions de recrutement et demploi quitables pour le personnel de sant migrant, et le non-recrutement dans les pays o les soins de sant font cruellement dfaut). Deuximement, un rapport de lOrganisation internationale du Travail (OIT) dcrivant une approche fonde sur les droits a fait la synthse des principes et directives applicables la formulation de politiques de migration viables (Nations Unies, 2010).

    28 Voir : http://unfccc.int/resource/docs/2010/cop16/fre/07a01f.pdf#page=2 (site consult le 19 avril 2011).

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 63

    APERU REGIONAL AFRIQUE

    Importance de la migration intrargionale

    Malgr lide vhicule par les mdias selon laquelle lEurope risque dtre submerge par un afflux de migrants venus dAfrique, le phnomne reste relativement limit. Selon des donnes officielles, quelque 30 millions dAfricains (environ 3 % de la population) ont migr (Banque mondiale, 2011b). Environ deux tiers des migrants originaires de lAfrique subsaharienne gagnent dautres pays de la rgion, et 4 % seulement des migrants vivant dans des pays de lOCDE sont originaires de lAfrique subsaharienne (ibid.). En 2010, 64 % de la migration subsaharienne tait intrargionale et lie lemploi, principalement destination de lAfrique du Sud, du Burkina Faso ou du Kenya. LAfrique de lOuest offre peut-tre le meilleur exemple de flux intrargionaux, puisque 70 % des mouvements sont effectus lintrieur de la sous-rgion, tandis quen Afrique australe et orientale, les mouvements interrgionaux reprsentent respectivement 66 % et 52 % des flux (Banque mondiale, 2011c ; OIM, 2011b). A loppos, la grande majorit (90 %) des migrants provenant dAfrique du Nord se rendent en dehors de cette rgion (Banque mondiale, 2011c). Globalement, environ la moiti des migrants africains vivent sur un autre continent, essentiellement en Europe.

    Retour des rapatriements de fonds aux niveaux davant-crise

    LAfrique subsaharienne a peut-tre t moins touche par la crise conomique mondiale que dautres rgions en dveloppement. Aprs un recul modeste (de 0,8 milliard de dollars E.-U. 20,6 milliards de dollars E.-U. en 2009), les fonds rapatris ont nouveau augment en 2010 (atteignant 21,5 milliards de dollars E.-U.) pour retrouver leur niveau de 2008. Une rcente enqute sur les mnages ralise lchelle du continent a rvl quen 2010, 30 millions dAfricains vivant ltranger auraient envoy chez eux plus de 40 milliards de dollars E.-U., soit 2,6 % du PIB de lAfrique et quatre fois le montant total enregistr en 1990 (Banque mondiale, 2011c). Les rapatriements de fonds sont la principale source dentres nettes de capitaux trangers aprs linvestissement tranger direct (IED). Le cot du rapatriement de fonds vers lAfrique subsaharienne est lev, reprsentant en moyenne prs de 10 % dune transaction standard de 200 dollars E.-U., contre moins de 8 % pour la plupart des autres rgions en dveloppement (ibid.).

    Intrt constant port aux processus consultatifs rgionaux (PCR) sur la migration

    Dans certaines rgions cls dAfrique, les gouvernements ont renou leur dialogue sur la migration en 2010 dans le cadre de processus rgionaux informels. Comme indiqu plus haut, la premire runion ministrielle organise en 10 ans dans le cadre du Dialogue sur la migration en Afrique australe (MIDSA) a eu lieu en 2010, tandis quen Afrique orientale, le Processus consultatif rgional sur la migration relevant de lAutorit intergouvernementale pour le dveloppement a tenu sa premire runion en tant que PCR pour examiner et adopter un plan daction. Par ailleurs, lintrt de pays dAfrique centrale pour la cration dun PCR a dbouch sur la dcision de constituer un processus consultatif rgional associant des pays dj membres de la CEEAC.

  • 64 CHAPITRE 2 | LA MIGRATION INTERNATIONALE EN 2010 ET 2011

    Entre en vigueur du March commun de lAfrique de lEst

    Le 20 novembre 2009, les chefs dEtat de la Communaut de lAfrique de lEst (CAE) ont sign le Protocole portant cration du March commun de lAfrique de lEst. Entr en vigueur le 1er juillet 2010, ce texte prvoit la libre circulation des biens, de la main-duvre, des services et du capital dans la sous-rgion29. De tels rgimes de libre circulation jettent les bases dune migration Sud-Sud bien gre qui, son tour, peut contribuer la ralisation des objectifs du Millnaire pour le dveloppement (OMD)30. Bien que les pays africains aient cr, depuis la fin des annes 1960, une demi-douzaine de zones de libre-change pour promouvoir la libert de commerce et de circulation, on en ignore encore les retombs (UC Davis, 2010a).

    Elections et impasse en Cte dIvoire

    Llection prsidentielle organise en novembre 2010 en Cte dIvoire a abouti une impasse politique et un climat de violence face au refus du prsident Laurent Gbagbo de cder le pouvoir son rival Alassane Ouattara, alors mme que la Commission lectorale indpendante (CEI) avait apport la preuve que celui-ci avait gagn les lections. La situation sest dbloque en avril 2011, lorsque des troupes fidles Alassane Ouattara, le prsident reconnu par la communaut internationale, ont arrt lancien prsident Gbagbo, mais les quatre mois dintenses combats entre les deux camps ont fait des centaines de morts et provoqu des dplacements massifs lintrieur du pays et vers ltranger. Au 25 mars 2011, les violences avaient fait plus de 462 morts31. Le 15 avril 2011, lOCHA estimait environ 1 million le nombre de personnes dplaces lintrieur du pays, tandis que le HCR signalait que plus de 147 000 personnes avaient fui vers le Libria (USAID, 2011).

    Rfrendum au Sud-Soudan

    Le 9 janvier 2011, le rfrendum dautodtermination du Sud Soudan a dbouch sur un vote crasant en faveur de la scession (avec effet au 9 juillet 2011). Si les lections se sont droules dans lordre et le calme32, des mouvements massifs de Sud-Soudanais vivant dans le nord (environ 1,5 2 millions de personnes) ont t enregistrs en direction du sud du pays avant et aprs le rfrendum. Alors quils travaillaient en majorit Khartoum et dans dautres centres conomiques du Nord, ils ont dcid de rentrer chez eux, par peur de reprsailles ou en prvision dune amlioration des perspectives conomiques. Plus de 120 000 Sud-Soudanais taient revenus dans la rgion avant le rfrendum au rythme de 2 000 personnes en moyenne par jour depuis la mi-dcembre 2010. Aprs le rfrendum, des affrontements dans les provinces situes le long de la frontire conteste entre le Nord et le Sud (notamment dans la province riche en ptrole dAbyei et au Sud-Kordofan) ont provoqu le dplacement de quelque 140 000 personnes et accentu le risque dune reprise des hostilits (HCR, 2011c).

    29 Voir : http://www.eac.int/advisory-opinions/doc_view/362-eac-common-market-protocol.raw?tmpl=component (site consult le 24 juin 2011).30 Voir : http://www.africa-eu-partnership.org/fr/node/1276 (site consult le 19 juin 2011).31 Reliefweb, Cte dIvoire : violences lectorales et dplacements (au 25 mars 2011). Voir : http://reliefweb.int/sites/reliefweb.

    int/files/resources/28874903C1F55CBA8525785E0063E551-SS-2010-CIV-0324.pdf (site consult le 19 juin 2011).32 Le programme denregistrement et de vote ltranger que lOIM a mis en place a permis 60 000 lecteurs vivant dans

    huit pays diffrents de prendre part au rfrendum. Pour plus dinformations, voir : http://www.southernsudanocv.org/ (site consult le 4 juillet 2011).

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 65

    APERU REGIONAL AMERIQUES

    Plus dun million de personnes dplaces aprs le tremblement de terre en Hati en janvier 2010 Lancement dinterventions humanitaires complexes

    Comme on la vu au dbut de ce chapitre, lanne 2010 a commenc sous de mauvais auspices dans les Amriques. Le 12 janvier, le tremblement de terre dune magnitude de 7 qui a dvast Hati a fait 300 000 morts et entran le dplacement de 1,5 million de personnes. En mai 2011, lOIM a constat que 680 000 personnes vivaient toujours dans des sites improviss Port-au-Prince et en province, o elles taient particulirement vulnrables en raison dune pidmie de cholra et de la saison des pluies et des cyclones (OIM, 2011c). Bien que ce chiffre constitue un net recul (56 %) par rapport aux estimations de juillet 2010 portant 1 500 000 le nombre de personnes dplaces lintrieur de leur propre pays, il montre nanmoins quil reste beaucoup faire en matire daide humanitaire, mais aussi de reconstruction et de redressement durables. En effet, si les dplacements induits par des catastrophes naturelles sont souvent temporaires, les mouvements de retour peuvent prendre du temps car un certain nombre de dispositions doivent tre prises, notamment en ce qui concerne laccs la terre et la proprit. Aussitt aprs le tremblement de terre, lOIM a coordonn et gr laide fournie aux personnes dplaces dans les camps, enregistrant plus de 1,3 million de personnes et les orientant vers des services et programmes, y compris de reconstruction et de retour33. LOIM a apport une contribution majeure laide humanitaire internationale, fournissant des abris et assurant la rception des articles non alimentaires distribus aux familles touches.

    En outre, les informations quelle a recueillies dans les camps sont utilises pour formuler des politiques de reconstruction et de redressement. Par ailleurs, elle soccupe des questions relatives la terre et la proprit (qui entravent considrablement la reconstruction), des infrastructures communautaires, et de la rduction de la violence lchelle locale dans le cadre du programme PREPEP (Programme de revitalisation et de promotion de lentente et de la paix) financ par les Etats-Unis dAmrique, et participe des programmes daide la construction dabris communautaires.

    Etats-Unis dAmrique : toujours le premier pays de destination, avec une population hispanique qui a presque doubl en 10 ans

    En 2010, les Etats-Unis dAmrique comptaient environ 43 millions de ressortissants trangers, soit 13,5 % de la population totale du pays (Banque mondiale, 2011b). Le recensement de 2010 fait apparatre que les Hispaniques34 reprsentaient 16,3 % de la population totale, et que leur nombre est pass de 35,3 millions en 2000 50,5 millions en 2010 (Pew Hispanic Center, 2011a). Environ 11,6 millions dentre eux taient originaires du Mexique, soit un tiers de tous les immigrants (ibid.).

    Selon des estimations du Pew Hispanic Center, le nombre de migrants en situation irrgulire sest lev environ 11,2 millions en 2010, aprs avoir recul pendant deux ans par rapport

    33 OIM Hati, http://www.iomhaiti.com/page.php?id=28, site consult le 31 mai 2011.34 La population hispanique sentend des personnes nes ltranger et de celles dorigine hispanique nes aux Etats-Unis

    dAmrique.

  • 66 CHAPITRE 2 | LA MIGRATION INTERNATIONALE EN 2010 ET 2011

    2007, o ils avaient atteint le niveau record de 12 millions (2011b). Cette tendance est probablement lie la baisse gnrale du nombre dmigrants mexicains depuis 2007 due la crise conomique. Bien que lconomie ait commenc se rtablir, la situation sur le march du travail ne sest encore gure amliore.

    Les rapatriements de fonds depuis les Etats-Unis dAmrique sont rests relativement stables durant la crise en regard des rpercussions enregistres sur dautres facteurs conomiques en 2010 : le montant total des fonds rapatris en Amrique latine et dans les Carabes a atteint environ 58,1 milliards de dollars E.U., soit une progression de 1,2 milliard par rapport 2009 (Banque mondiale, 2011b). On sattend une poursuite de cette augmentation en direction de lAmrique latine, compte tenu de la stabilisation de lconomie des Etats-Unis dAmrique et de la reprise de la croissance depuis le dbut de 2011 (hausse de 1,8 % du PIB au premier trimestre, et baisse de 0,6 % du chmage, qui sest tabli 9 % et devrait tomber 7,8 % en 2012). Aprs une forte chute en 2009 et une quasi-stagnation en 2010, les rapatriements de fonds ont progress denviron 7 % au premier trimestre de 2011 par rapport leurs niveaux des annes prcdentes (Banque mondiale, 2011a).

    Enlisement de la rforme de limmigration aux Etats-Unis dAmrique, et polmique propos des lois sur limmigration adoptes lchelle des Etats

    La forte politisation du dbat sur limmigration na fait quenliser davantage encore ladoption dune vaste rforme de limmigration aux Etats-Unis dAmrique. Bien que lhostilit lgard des immigrs, surtout en situation irrgulire, ne date pas dhier, elle semble augmenter en priode de ralentissement conomique, lorsque le chmage frappe les autochtones de plein fouet, ce qui se rpercute sur les politiques de migration. La loi DREAM35 prsente au Congrs des Etats-Unis dAmrique en septembre 2010, aurait rgularis certaines catgories de jeunes migrants. Elle na pas reu le soutien des deux grands partis et a t rejete par le Snat la fin de lanne. Le Prsident Obama a toutefois raffirm en mai 2011 El Paso (Texas) lurgence dune rforme de limmigration et la dtermination du Gouvernement dfendre ladoption de la loi DREAM, rappelant que dans lhistoire des Etats-Unis dAmrique, les grands flux dimmigration avaient rendu le pays plus fort et plus prospre . Relevant que les priodes de dclin conomique saccompagnaient souvent de sentiments de peur et dhostilit lgard des nouveaux arrivants, il sest nanmoins dclar convaincu que limmigration restait une bonne chose pour lconomie amricaine et quil tait ncessaire dattirer des travailleurs qualifis36.

    A lchelle des Etats, ladoption du projet de loi controvers n1070 du Snat dans lArizona, tait la une de lactualit en avril 2010. Plusieurs dispositions ont t vivement critiques et contestes devant les tribunaux notamment celles autorisant les policiers interroger une personne sur son statut dimmigrant sils ont un soupon raisonnable quant la rgularit de sa prsence sur le territoire, ou encore celles imposant aux immigrants davoir sur eux une preuve de leur statut et ont t temporairement suspendues en juillet par le tribunal de district des Etats-Unis dAmrique. Dans lintervalle, toutefois, 23 autres Etats ont adopt des

    35 La Loi sur le dveloppement, laide et lducation pour les mineurs trangers (DREAM) vise donner aux personnes remplissant les conditions requises la possibilit de sengager dans larme ou de sinscrire luniversit en vue dobtenir la nationalit, ce qui leur serait autrement impossible. Ses dfenseurs estiment quelle revt une importance vitale non seulement pour les personnes qui en bnficieraient, aussi pour le pays tout entier. Elle offrirait aux tudiants immigrants dpourvus de documents une chance de mettre leurs connaissances durement acquises et leurs talents au service du pays qui leur a tant donn. Voir : http://www.nilc.org/immlawpolicy/dream/index.htm#facts (site consult le 19 juin 2011).

    36 Le texte intgral du discours est disponible ladresse suivante : http://www.whitehouse.gov/the-press-office/2011/05/10/remarks-president-comprehensive-immigration-reform-el-paso-texas (site consult le 19 juin 2011).

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 67

    dispositions restrictives similaires en matire dimmigration, en rponse lide que se faisait la population locale (MPI, 2010b) de limmigration37.

    A lchelle fdrale et provinciale, les rformes du Canada en matire dimmigration visaient principalement les tudiants et les travailleurs hautement qualifis

    En raison de la crise conomique mondiale, le Gouvernement canadien a, dans un premier temps, rduit la taille de son programme de migrants qualifis. En 2010, toutefois, en rponse lamlioration de la situation du march du travail, il a rvis les modalits dobtention des visas de travail pour permettre au pays de disposer des diverses comptences ncessaires pour contribuer au redressement conomique. Les modifications apportes en 2010 aux lois de limmigration dans tout le pays se sont traduites par des restrictions dans certains programmes de main-duvre trangre couples des mesures visant attirer davantage dimmigrants hautement qualifis. Au niveau fdral, le Programme des travailleurs qualifis a t revu pour rduire les retards dans le traitement des demandes et mettre davantage laccent sur la reprise conomique. La grande nouveaut a t linstauration dun systme de plafonnement qui fixait 20 000 le nombre de demandes traites, dont 1 000 au maximum par profession. Etaient principalement vises les personnes qui remplissaient les conditions requises mais navaient pas doffre de travail officielle dun employeur canadien (Citoyennet et Immigration Canada, 2010). Le nombre de professions relevant de ce programme a galement t ramen de 38 29. Dans quatre provinces (Colombie britannique, Manitoba, Ontario et Qubec), les restrictions au titre des programmes de slection des candidats par les provinces ont t assouplies pour les tudiants ayant termin leurs tudes au Canada, afin de faciliter leur demande de permis de rsidence (ibid.).

    Nouvelles mesures ncessaires face lvolution de la migration en Amrique latine

    Mme si elle prend actuellement de lampleur, la mobilit intrargionale en Amrique latine nest pas un phnomne nouveau. De nouveaux schmas migratoires apparaissent, caractriss par larrive de nouveaux migrants provenant de pays extrieurs la rgion notamment dautres pays du Sud. Il sagit notamment de migrants dAfrique subsaharienne qui arrivent au Brsil par bateau et gagnent ensuite dautres pays sud-amricains, ou encore de personnes qui parviennent traverser locan jusquen Argentine, au Chili ou en Uruguay (The Miami Herald, 2010 ; Reuters, 2009 ; Multimdia des Nations Unies, 2009). Ces migrants viennent surtout de Cte dIvoire, dEthiopie, du Ghana, du Mali, du Nigria, de la Rpublique dmocratique du Congo, du Sngal, de Somalie et du Zimbabwe, et leur prsence est devenue plus visible ces dernires annes (bien quils soient bien moins nombreux que les autres) en Argentine et dans les pays voisins (Bolivie, Brsil, Chili, Colombie, Equateur, Paraguay et Uruguay) (ibid.). Des migrants arrivent aussi dAsie du Sud, par exemple en Equateur, o le nombre de Bangladais, Pakistanais, Npalais et Sri-lankais a progress de 300 % ces trois dernires annes (BBC, 2010). Malgr des mesures destines faciliter laccs des migrants un domicile lgal et protger leurs droits sociaux et humains (y compris laccs aux soins mdicaux et lducation), des cas de discrimination et dexclusion sont souvent rapports. Il est arriv que cette prsence accrue de migrants engendre des tensions sociales et, par contrecoup, des sentiments anti-immigrants. En Argentine, par exemple, un groupe de migrants (originaires pour la plupart de la Bolivie, du Paraguay et du Prou) a t agress

    37 Pour plus dinformations, voir : http://www.migrationinformation.org/Feature/display.cfm?id=809 (site consult le 19 juin 2011).

  • 68 CHAPITRE 2 | LA MIGRATION INTERNATIONALE EN 2010 ET 2011

    en 2010 par des autochtones la suite de loccupation par des migrants sans abri dun parc Buenos Aires pour protester contre les mauvaises conditions de logement38. Laccroissement des flux dimmigration saccompagne ncessairement de mouvements irrguliers. En 2010, pour tenter de remdier aux niveaux levs de migration irrgulire, le Panama a dcid damnistier tout immigr clandestin rsidant depuis plus de deux ans dans le pays39. On estime quenviron 20 000 migrants irrguliers ont bnfici de ce programme de rgularisation. Migration intrargionale, migration et dveloppement, et reprise conomique : thmes centraux des processus et forums rgionaux en Amrique latine

    Des mcanismes rgionaux, tels que le MERCOSUR40 (March commun du Sud), la CAN (Communaut andine des nations) ou lUNASUR (Union des nations de lAmrique du Sud), reconnaissent limportance de la libre circulation des personnes et de la coopration commerciale et conomique en Amrique du Sud. Le MERCOSUR dfend mme la rgularisation des migrants en situation irrgulire, considrant quune mobilit accrue contribue au renforcement de lintgration rgionale. Depuis lentre en vigueur, le 11 mars 2011, du trait constitutif de lUNASUR, la libert de circulation en Amrique du Sud est en passe de devenir une ralit (UNASUR, 2011).

    Parmi les autres grandes enceintes de discussion, citons le Forum ibro-amricain sur la migration et le dveloppement, qui a runi San Salvador en 2010 des fonctionnaires gouvernementaux des 22 pays lusophones et hispanophones membres du Secrtariat Gnral Ibro-amricain (SEGIB) pour dbattre de la crise financire et de ses incidences persistantes sur les migrants et leur famille (OIM, 2010d). En 2011, la runion ministrielle annuelle sest tenue dans la Rpublique dominicaine et avait pout thme : Migration et main-duvre : une responsabilit partage entre les Etats. Dautres sujets importants ont galement t abords, dont les stratgies visant exploiter le potentiel de dveloppement de la migration et dfendre les droits humains des migrants, quel que soit leur statut migratoire. La runion de la Confrence rgionale sur les migrations (CRM galement appele Processus de Puebla), tenue en mai 2010 Mexico, sest penche sur des domaines thmatiques analogues. A loccasion de cette runion, qui marquait le quinzime anniversaire du processus de Puebla, les ministres ont raffirm leur attachement au processus et au renforcement de la coopration rgionale sur la migration. Les incidences de la migration sur la famille ont t au cur des dbats, de mme que les dfis poss par limmigration extrargionale (CRM, 2010).

    38 Pour plus dinformations, voir : http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2010/12/12/en-argentine-la-police-intervient-apres-cinq-jours-d-emeutes-anti-immigres_1452404_3222.html (site consult le 19 juin 2011).

    39 Voir : http://en.centralamericadata.com/en/article/home/Panama_Concedes_Immigration_Amnesty (site consult le 19 juin 2011).40 Pour de plus amples informations sur le MERCOSUR, consulter le site : www.mercosur.int

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 69

    APERU REGIONAL ASIE

    Des millions de personnes dplaces par plusieurs catastrophes naturelles en 2010

    En 2010, lAsie a t frappe par plusieurs catastrophes naturelles qui ont touch des millions de personnes, dont bon nombre ont t dplaces lintrieur de leur propre pays. La rgion figure au premier rang de lindice 2010 dexposition aux risques naturels41, le Bangladesh et lIndonsie arrivant en tte des pays exposs un risque extrme . Parmi les quinze pays asiatiques les plus touchs figurent lAfghanistan, la Chine, lInde, le Myanmar, le Pakistan, les Philippines et Sri Lanka (IRIN, 2010). Au total, 249,2 millions de personnes ont t victimes42 en 2010 de phnomnes mtorologiques extrmes, essentiellement des inondations (176,6 millions) ainsi que des scheresses (66,5 millions) et des temptes (6,1 millions) (EM-DAT/CRED, 2011). En juillet et aot 2010, le Pakistan a d faire face de graves inondations qui ont entran le dplacement de plus de 11 millions de personnes43. Plus lest, les inondations en Chine ont dplac plusieurs millions de personnes. Les temptes ont principalement touch le Bangladesh, la Chine et les Philippines (ibid.).

    Une rgion de forte migration, dont les pays comptent parmi les principaux bnficiaires de rapatriements de fonds au monde

    Au dbut de la crise conomique mondiale, plusieurs prvisions annonaient un important recul des flux migratoires et des rapatriements de fonds partir et lintrieur de lAsie. Cependant, les informations disponibles font apparatre des similitudes avec la crise financire asiatique prcdente, savoir des effets de dure relativement courte et des consquences ingales mais globalement modres sur tous les pays de la rgion (OIM, 2009). Cette situation est en partie due laugmentation des prix du ptrole (qui ont plus que doubl entre le dbut de 2009 et le premier trimestre de 2011) et, le redressement conomique dans les pays exportateurs de ptrole (qui accueillent une part importante de migrants originaires dAsie), qui ont permis de maintenir un haut niveau les fonds rapatris vers les pays dAsie du Sud-Est (Banque mondiale, 2011a).

    En 2010, 5 des 10 premiers pays dmigration taient en Asie : le Bangladesh, la Chine, lInde, le Pakistan et les Philippines (Banque mondiale, 2011b). Toujours en 2010, un important courant migratoire a t enregistr lintrieur de lAsie vers des pays ou des rgions comme la Malaisie, la RAS de Hong Kong, la Rpublique de Core et Singapour. Un nombre non ngligeable de travailleurs bangladais, indonsiens, npalais et philippins ont migr en Malaisie et Singapour, tandis que la Thalande a t lune des principales destinations des migrants originaires de pays voisins comme le Cambodge, la Rpublique dmocratique populaire lao et le Myanmar (OIM, paratre). Cest toutefois la migration de la main-duvre

    41 Lindice dexposition aux risques naturels a t cr par Maplecroft, une agence mondiale danalyse des risques tablie au Royaume-Uni et spcialise dans lvaluation des risques sociaux, politiques et environnementaux. Voir www.maplecroft.com

    42 Le terme victimes dsigne les personnes dplaces mais aussi celles qui se retrouvent sans abri ou qui ont t vacues. Les pays/rgions pris en considration sont les suivants : Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Bruni Darussalam, Cambodge, Chine, RAS de Hong Kong, Inde, Indonsie, Japon, Macao (Chine), Malaisie, Maldives, Mongolie, Myanmar, Npal, Pakistan, Philippines, Rpublique de Core, Rpublique dmocratique populaire lao, Singapour, Sri Lanka, Tawan (province de Chine), Thalande, Timor-Leste et Viet Nam. Les phnomnes considrs sont des catastrophes complexes, des scheresses, des tremblements de terre, des inondations et des temptes). Voir : http://www.emdat.be

    43 Voir les Notes pour la presse de lOIM : Pakistan : six mois aprs les inondations. Disponible ladresse suivante : http://www.iom.int/jahia/Jahia/media/press-briefing-notes/pbnAS/cache/offonce/lang/fr/pid/113?entryId=29083 (site consult le 4 juillet 2011).

  • 70 CHAPITRE 2 | LA MIGRATION INTERNATIONALE EN 2010 ET 2011

    temporaire vers le Moyen-Orient et, en particulier, les pays du Conseil de coopration du Golfe (CCG), qui a constitu le flux dominant. Selon les dernires donnes de 2009, environ 97 % des migrants indiens et pakistanais et 87 % des migrants sri-lankais ont gagn ces pays (ibid.).

    Dans plusieurs pays, la croissance dmographique et le chmage lev peuvent mettre lconomie locale en difficult, si bien que lmigration est souvent considre comme un lment de la solution. Au Viet Nam, par exemple, o la majeure partie de la population est ge de 15 19 ans, lintgration sur le march national du travail pose un vritable dfi au Gouvernement44. Lducation et la formation de cette main-duvre jeune pourraient lui ouvrir des possibilits demploi ltranger, ce qui allgerait les pressions sur lconomie locale. De mme, des pays comme le Bangladesh, dont la capitale Dhaka (lune des villes qui connat lexpansion la plus forte au monde) pourrait compter plus de 20 millions dhabitants dici 2025, devraient rester parmi les principaux pays dmigration (ONU-Habitat, 2009) de la plante.

    Malgr un ralentissement temporaire dans certains pays sous leffet de la crise conomique de 2008-2009, les rapatriements de fonds (estims 170 milliards de dollars E.-U. en 2010) ont continu stimuler le dveloppement de la rgion. Au premier trimestre de 2011, le Bangladesh et le Pakistan ont enregistr une hausse des fonds rapatris de 11,4 % et 35 %, respectivement, bien que leurs ressortissants aient t durement touchs par la crise dans la rgion MOAN. Sans surprise, les principaux pays dmigration taient les principaux bnficiaires de rapatriements de fonds (par exemple, 53,1 milliards de dollars E.-U. pour la Chine, et 51,3 pour lInde) (Banque mondiale, 2011a). Cependant, en pourcentage du PIB, ce sont les fonds rapatris vers le Bangladesh et les Philippines qui ont t les plus levs (12 % dans les deux cas), la proportion tant nettement infrieure en ce qui concerne la Chine et lInde (Banque mondiale, 2011b).

    Par ailleurs, les pouvoirs publics ont pris des mesures pour faciliter lenvoi de fonds. Au Bangladesh, par exemple, o 11,1 milliards de dollars E.-U. ont t rapatris en 2010, le Gouvernement a approuv la cration en mai 2010 dune banque (la Expatriate Welfare Bank) destine faciliter le rapatriement de fonds bas prix vers le pays. Cette banque propose galement des prts un taux dintrt maximal de 10 % aux Bangladais qui ont obtenu un contrat de travail ltranger (UC Davis, 2010c).

    Adoption de mesures pour amliorer le bien-tre des migrants, leur soutien et leur protection

    Au vu des mesures adoptes par les gouvernements, le renforcement de la protection et du soutien des travailleurs expatris a indubitablement t au centre des proccupations politiques en 2010 : nouvelles politiques en matire de migration de main-duvre, signature daccords ou de mmorandums daccord avec de grands pays de destination, et autres dispositions visant amliorer la transparence du recrutement et mieux informer les travailleurs migrants.

    En 2010, le Pakistan et les Philippines ont tous deux adopt de nouvelles politiques de migration de main-duvre ou modifi celles en place. La Politique nationale de lemploi 2010 du Pakistan (en attente dapprobation par le Conseil des ministres) prvoit un rgime

    44 Bureau gnral de la statistique du Viet Nam. Voir : http://www.gso.gov.vn/default_en.aspx?tabid=515&idmid=5&ItemID=9813 (site consult le 20 juin 2011).

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 71

    complet dassurance sociale pour les ressortissants expatris, augmente le salaire minimum des migrants, et cre un systme dinformation sur le march du travail (OIM, paratre). Aux Philippines, la loi de 1995 sur les travailleurs migrants et les Philippins de ltranger a t modifie en 2010 pour inclure, notamment, des pnalits plus fortes en cas de recrutement illgal, ainsi que lextension des services daide sociale (ibid.). LIndonsie a sign en 2010 plusieurs mmorandums daccord avec divers pays de destination, dont lAustralie, les Emirats arabes unis, le Kowet, le Japon, la Jordanie, le Liban, la Malaisie, le Qatar et la Rpublique de Core. La modification du mmorandum conclu avec la Malaisie, en particulier, prconisait de renforcer la protection des travailleurs domestiques (UC Davis, 2010a et 2010b).

    Outre ces politiques et accords, dautres mesures de protection ont t mises en place en 2010, par exemple Sri Lanka, o un nouveau systme impose de signer tout nouveau contrat de travail avant le dpart du migrant en prsence dun reprsentant du Bureau sri-lankais de lemploi ltranger, afin que celui-ci explique les conditions gnrales du contrat. De mme, en Indonsie, le nouveau rglement ministriel 14/2010 oblige les migrants signer leur contrat devant un fonctionnaire du Ministre du travail et de la transmigration lors dune runion dinformation avant le dpart (OIM, paratre). Pour faire mieux connatre la migration et lemploi ltranger et faciliter laccs linformation sur ces questions, le Npal a cr un centre de documentation pour les migrants qui conseille les migrants et les candidats lmigration (ibid.).

    Mesures visant restreindre la migration irrgulire au dpart et au sein de la rgion

    La migration irrgulire lintrieur et au dpart de lAsie reste une question prioritaire. Pour tenter de rgulariser la situation des migrants sur son territoire, le Gouvernement thalandais a mis en place un programme denregistrement qui accorderait un renouvellement de permis de travail de deux ans aux personnes se soumettant une procdure de vrification de la nationalit et des informations biographiques avant la fin de fvrier 2010. Cette procdure sappliquait certaines catgories et ciblait principalement les 60 000 travailleurs migrants (surtout des Birmans) dont les permis devaient expirer en janvier 201045. Paralllement, le Gouvernement coren a amnisti 178 200 migrants irrguliers, quil a autoriss partir (sans exiger le paiement des amendes habituelles) entre mai et septembre 2010 (UC Davis, 2010c).

    A lchelle rgionale, plusieurs ateliers ont t organiss en 2010 dans le cadre du Processus de Bali sur le trafic illicite dtres humains, la traite des personnes et la criminalit transnationale connexe. Ces ateliers portaient, entre autres, sur la coopration rgionale concernant les rfugis et les mouvements irrguliers, et sur laide au rapatriement et la rintgration. La quatrime runion ministrielle du Processus de Bali, tenue en mars 2011, a t loccasion dexaminer dventuelles stratgies de relance de la coopration en matire de lutte contre la traite des personnes (et, pour la premire fois, une proposition de cadre de coopration rgionale pour rpondre aux mouvements irrguliers et combattre le trafic illicite dtres humains) et de raffirmer la volont des Etats participants de cooprer rellement en matire de contrle aux frontires et de rpression pour lutter contre le trafic illicite de personnes46.

    45 Voir : http://www.bangkokpost.com/opinion/opinion/168839/lost-faces-behind-another-migration-deadline (site consult le 24 juin 2011).

    46 Pour plus dinformations, voir : http://www.baliprocess.net/ (site consult le 20 juin 2011).

  • 72 CHAPITRE 2 | LA MIGRATION INTERNATIONALE EN 2010 ET 2011

    APERU REGIONAL EUROPE

    Lente sortie de crise mais persistance du chmage

    En 2010, la reprise en Europe aprs la crise conomique et financire mondiale semblait bien engage, mais pas encore dfinitivement acquise. LUnion europenne (UE) a estim que le taux de croissance moyen de son PIB slevait 1,8 % en 2010 (soit une nette amlioration par rapport au taux de -4,2 % en 2009)47 mais que, paralllement, le taux de chmage a augment en moyenne de 8,9 % en 2009 9,6 % en dcembre 2010. La main-duvre trangre, surtout, est reste plus expose au risque de chmage que les autochtones (OIM, 2010a ; MPI, 2010a). En Espagne, par exemple, 12,4 % dimmigrants taient sans emploi la fin de 2007, contre 7,9 % dEspagnols de naissance. Mi-2010, ces chiffres atteignaient respectivement 30,2 % et 18,1 % (ibid.). En Allemagne, le taux de chmage parmi les migrants durant lt 2010 tait presque le double de celui des Allemands (12,4 % contre 6,5 %) (UC Davis, 2010a). Au Royaume-Uni, la situation tait diffrente selon les groupes dimmigrants : les ressortissants dEurope centrale et orientale taient relativement peu touchs par la monte du chmage, contrairement aux migrants originaires dAfrique, du Bangladesh et du Pakistan (ibid.). Dans le sud de lItalie, le chmage des travailleurs saisonniers a suscit des tensions sociales sans prcdent et des meutes anti-migrants (The Economist, 2010). Cependant, le chmage a galement frapp les nationaux, gnrant dans certains cas de nouveaux flux migratoires partir et au sein de lEurope. En Irlande, par exemple, dimportantes vagues de nationaux ont, par suite de la rcente crise conomique, quitt le pays la recherche de meilleures perspectives demploi. A la fin de 2010, 60 000 personnes avaient quitt lIrlande (contre 7 800 en 2009), ce qui reprsente le niveau dmigration le plus lev depuis 1989. On estime que lmigration nette cumule pourrait slever 160 000 personnes sur la priode 2009-2013 si la situation du march du travail ne samliore pas (ESRI, 2010). Programme de Stockholm et durcissement du contrle des frontires extrieures de lUE

    Les questions relatives la migration et lasile sont restes prioritaires dans les politiques de lUE tout au long de 2010. Conformment aux objectifs dfinis dans lapproche globale de la question des migrations48, adopte par le Conseil europen en 2005 et entrine en 2006, plusieurs mesures ont t prises pour favoriser la conclusion de partenariats avec des pays tiers dans le but de promouvoir des politiques migratoires compltes et cohrentes notamment pour faciliter la migration de main-duvre et amliorer la gestion des frontires.

    47 Selon Eurostat, certains pays, comme la Bulgarie, lEspagne et lIrlande, prsentent un taux de croissance du PIB compris entre 0,1 % et 0,2 % seulement. Voir : http://epp.eurostat.ec.europa.eu/portal/page/portal/statistics/search_database

    (site consult le 20 juin 2011).48 Lapproche globale de la question des migrations est ne de la ncessit pour lUE dadopter une politique globale commune de

    limmigration qui soit largement reconnue et encourage par la Commission europenne et les Etats membres. Les partenariats avec les pays tiers, la solidarit et le partage des responsabilits sont au cur de cette approche, le but tant de promouvoir la mise en place de politiques densemble cohrentes pour traiter les questions de migration, dassocier diffrents domaines daction (dveloppement, affaires sociales et emploi, relations extrieures et justice, et affaires intrieures), et dadopter la fois des mesures court terme et une vision plus longue chance pour sattaquer aux causes profondes de la migration et de la migration force. Voir : http://www.europa-eu-un.org/articles/fr/article_7589_fr.htm (site consult le 20 juin 2011).

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 73

    Le 22 novembre 2010, la Commission europenne a adopt une communication intitule La stratgie de scurit intrieure de lUE en action 49, qui recommandait diverses mesures visant contrer les menaces les plus immdiates auxquelles lEurope tait confronte en matire de scurit. Pour renforcer la scurit par la gestion des frontires , la Commission a donc dcid de crer un systme europen de surveillance des frontires (EUROSUR) ; de dtecter les points sensibles aux frontires extrieures ; et de publier des rapports conjoints sur la traite et le trafic illicite dtres humains, et la contrebande de marchandises illicites, comme base doprations conjointes.

    Toujours en 2010, le Conseil europen a prsent le Programme de Stockholm Une Europe ouverte et sre qui sert et protge les citoyens . Ce programme pluriannuel (2010-2014) dfinit les orientations stratgiques de la programmation lgislative et oprationnelle en matire de libert, de scurit et de justice. La stratgie de lUE sarticule autour de deux grands volets : un contrle plus efficace des frontires extrieures pour prserver la libert de circulation intrieure, et une coopration avec les pays dmigration pour quils acceptent le retour de leurs ressortissants et collaborent pour rduire la migration de dpart illgale (UC Davis, 2010a). A cette fin, le Programme de Stockholm a largi le rle de lagence Frontex50 de lUnion europenne et a dot celle-ci dun budget de 83 millions deuros en 2010 (contre 6 millions en 2005) (UC Davis, 2010c). Des accords bilatraux de radmission entre les Etats membres de lUE et des pays dorigine ou de transit ont t intgrs dans le programme. Un accord de ce type a t conclu avec le Pakistan en octobre 2010 : Cet accord a pour principal objectif dtablir [...] des procdures rapides et efficaces didentification et de rapatriement en toute scurit et en bon ordre [des Pakistanais en sjour irrgulier sur les territoires de lUE]. 51 Le durcissement des contrles aux frontires de lUE non seulement sest traduit par une augmentation du nombre darrestations (au troisime trimestre de 2010, 34 000 passages irrguliers de frontire ont t reprs, soit environ 4 000 de plus qu la mme priode en 2009), mais a aussi dissuad les migrants potentiels de se diriger vers les frontires de lUE (au premier trimestre de 2010, seulement 150 immigrants sont arrivs en Italie et Malte, contre 5 200 la mme priode en 2009 (Frontex, 2010).

    Cependant, le Programme de Stockholm comprend galement plusieurs mesures destines faciliter la migration de main-duvre, ce qui indique que la migration reste une question prioritaire au sein de lUE. Il place notamment lapproche globale de la question des migrations et la dimension externe de la politique migratoire de lUE (fonde sur les partenariats avec des pays tiers) au cur du dbat politique. Il insiste en outre sur lgalit des droits entre les ressortissants de pays tiers et les nationaux de lUE, ainsi que sur limportance des programmes dintgration. Par ailleurs, llaboration du plan daction pour la mise en uvre du Programme de Stockholm entre 2010 et 2014 a donn lieu, au sein de la Commission europenne, des discussions sur le dveloppement de la lgislation communautaire relative lemploi saisonnier et ladmission de ressortissants de pays tiers dans le cadre des mutations lintrieur dune entreprise. Lintroduction de la carte bleue europenne pour faciliter limmigration hautement qualifie (prvue en 2011) est une tape sur la voie dune stratgie commune en matire de migration de main-duvre (OIM, 2010a ; Collett, 2010).

    49 Pour plus dinformations, voir : http://eur-lex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri=CELEX:52010DC0673:FR:HTML (site consult le 20 juin 2011).

    50 Frontex est une agence spcialise indpendante charge de coordonner la coopration oprationnelle entre les Etats membres dans le domaine de la scurit aux frontires.

    51 Voir le communiqu de presse publi par le Conseil de lUnion europenne, ladresse : http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/fr/jha/116919.pdf (site consult le 20 juin 2011).

  • 74 CHAPITRE 2 | LA MIGRATION INTERNATIONALE EN 2010 ET 2011

    Stratgie Europe 2020 et cration de la Direction gnrale Affaires intrieures

    Le 17 juin 2010, le Conseil europen a adopt la Stratgie Europe 2020 (qui remplace la Stratgie de Lisbonne [2000-2010]) en vue de favoriser la croissance de lemploi et la competitivit au sein de lUE. Elle vise en outre amliorer lintgration des migrants lgaux et porter le taux demploi 75 %52. Bien que la demande de travailleurs trangers ait diminu dans certains secteurs conomiques pendant la crise, la Commission europenne reconnat quune politique de limmigration long terme, bien organise, continuera de jouer un rle important pour combler les dficits de main-duvre et relever les dfis dmographiques de lUE 53. Lobjectif est duvrer au dveloppement conomique durable de lEurope grce la libert de circulation interrgionale, afin de rpondre aux besoins de comptences sur le march du travail. A cet gard, la Commission sintressera plus particulirement aux mcanismes de rapprochement de loffre et de la demande de main-duvre, la reconnaissance des comptences, la protection des travailleurs saisonniers, et la mise en uvre effective des politiques dintgration54. En juillet 2010, la Direction gnrale (DG) Affaires intrieures tait cre la suite de la scission de la DG Justice, libert et scurit en deux directions gnrales. La nouvelle DG Affaires intrieures a pour mission de garantir la scurit en Europe et [de] placer la solidarit au cur de la politique europenne en matire de migration. Le plan daction relatif au Programme de Stockholm constitue la feuille de route pour mettre en uvre ces priorits et devrait faciliter la cration dune zone sans frontires intrieures, o les citoyens de lUE et les trangers peuvent entrer, se dplacer, vivre et travailler, de faon apporter avec eux de nouvelles ides, des capitaux et des connaissances ou combler les lacunes du march du travail, et ce conformment la Stratgie Europe 2020 55.

    Politiques nationales restrictives et accords bilatraux de retour

    Au niveau national, certains gouvernements ont dcid de durcir lentre des migrants, par exemple en rduisant les contingents de visas, en instituant des systmes points, en restreignant lobtention de la citoyennet ou en imposant des examens dintgration. Bien que souvent perues par les mdias et le grand public comme hostiles aux migrants, ces mesures ont t introduites essentiellement pour attnuer les incidences de la crise conomique mondiale sur les taux de chmage nationaux, qui taient en hausse, surtout parmi les travailleurs trangers. Le 4 dcembre 2009, la Suisse a dcid de rduire de moiti le contingent de travailleurs non originaires de lEspace conomique europen (EEE) dsormais plafonn 2 000 personnes pour des visas long sjour et 3 500 pour des visas court sjour ou sjour temporaire. De mme, le 6 avril, le Royaume-Uni a adopt son premier plafond dimmigrants conomiques non ressortissants de lUE (pour la priode 2011-2012). Seulement 20 700 migrants hors UE seront autoriss occuper des emplois qualifis au Royaume-Uni partir davril 2011, au titre du niveau 2 du systme points56. En outre, les migrants qualifis et hautement qualifis doivent dsormais se soumettre un test daptitude la vie au Royaume-Uni pour prouver quils disposent des connaissances linguistiques et pratiques requises pour sinstaller dans le pays 57. Pour sa part, le Gouvernement danois a instaur un nouveau

    52 Pour plus dinformations, voir : http://www.consilium.europa.eu/ueDocs/cms_Data/docs/pressData/fr/ec/115348.pdf (site consult le 20 juin 2011).

    53 Pour plus dinformations, voir : http://ec.europa.eu/commission_2010-2014/malmstrom/archive/malmstrom_speech_oecd_migration_outlook_12_july_2010.pdf (site consult le 20 juin 2011).

    54 Ibid.55 Voir : http://ec.europa.eu/dgs/home-affairs/index_en.htm (site consult le 20 juin 2011).56 Pour plus dinformations sur le plafond dimmigration du Royaume-Uni, voir : http://www.visabureau.com/uk/news/06-04-

    11/uk-immigration-cap-comes-into-force.aspx (site consult le 27 juin 2011).57 Pour plus dinformations sur ces conditions, voir : http://www.ukba.homeoffice.gov.uk/sitecontent/newsfragments/44-kol-

    skilled (site consult le 27 juin 2011).

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 75

    systme points qui rend le regroupement familial plus difficile. Il a galement dfini de nouvelles conditions pralables remplir par un tranger souhaitant pouser un ressortissant danois58: tre g dau moins 24 ans, et prouver son indpendance financire et sa volont de sintgrer dans la socit danoise. Les pays du sud de lEurope, comme lEspagne et lItalie, ont aussi commenc laborer des accords de coopration avec des pays dorigine ou de transit, afin de proposer une aide et des emplois temporaires en change dune coopration en matire de rduction de la migration illgale (UC Davis, 2010c). Ces accords ont conduit une baisse importante des arrives par mer dans lUE (principalement Chypre, en Grce, en Italie et Malte)59. Cependant, le resserrement des contrles et de la coopration en matire de retours semble uniquement avoir dplac le problme. En effet, une forte augmentation des arrives par voie terrestre a t constate en 2010 dans la rgion nord-est de la Grce, via la Turquie60.

    Outre les retours effectus au titre de ces accords bilatraux, des expulsions dtrangers en situation irrgulire ont galement eu lieu. En France, le Gouvernement a procd des expulsions massives de Roms, provoquant lindignation des dfenseurs des droits de lhomme et dorganisations de la socit civile aprs la publication dune circulaire du Ministre de lintrieur (date du 5 aot 2010) ciblant spcifiquement les Roms. Entre le 28 juillet et le 17 aot 2010, la France a renvoy 979 ressortissants roumains et bulgares, sur lesquels 828 ont t raccompagns la frontire avec leur consentement et 151 ont t expulss.

    58 Voir : http://www.nyidanmark.dk/en-us/coming_to_dk/familyreunification/spouses/spouses.htm (site consult le 27 juin 2011).59 Voir le rapport complet de la BBC ladresse : http://www.bbc.co.uk/news/world-europe-11973294 (site consult le 27 juin 2011).60 Ibid.

  • 76 CHAPITRE 2 | LA MIGRATION INTERNATIONALE EN 2010 ET 2011

    APERU REGIONAL MOYEN-ORIENT

    Sortie de crise dans la rgion MOAN (Moyen-Orient et Afrique du Nord) : progression du PIB, des rapatriements de fonds et des salaires

    En 2010, la rgion MOAN sest globalement bien releve de la crise conomique mondiale, principalement grce la hausse des prix du ptrole et des niveaux de production, et des politiques budgtaires de soutien. Selon des estimations du Fonds montaire international (FMI), le PIB de la rgion a progress de 4,2 % en 2010 (soit prs du double des 2,3 % enregistrs en 2009), et une croissance encore plus forte (4,8 %) est prvue pour 2011 (FMI, 2010). Cest sans doute dans les pays dAsie du Sud bnficiaires de rapatriements de fonds, qui comptent quelque 11 millions de travailleurs expatris dans la rgion MOAN, que la crise humanitaire dans la Libye et linstabilit dans certains pays voisins auront les consquences les plus lourdes (Banque mondiale, 2011a).

    La hausse des salaires moyens (estime 6,6 % pour 2011, contre 6,1 % en 2010) a fait des pays du CCG une destination prise des travailleurs contractuels lintrieur et lextrieur de la rgion61, o la composition de la main-duvre trangre semble se diversifier. Paralllement la prsence de travailleurs originaires dAfrique, dAmrique du Sud et dExtrme-Orient, le nombre de Chinois augmente rapidement, peut-tre en raison des difficults rencontres pour recruter dans les pays sources traditionnels, comme lInde et les Philippines62. En 2010, 8 des 10 pays accueillant le plus de migrants internationaux par rapport leur population autochtone se situaient au Moyen-Orient (Arabie saoudite, Bahren, Emirats arabes unis, Isral, Jordanie, Kowet, Oman et Qatar). Au Qatar, dans les Emirats arabes unis et au Kowet, les migrants internationaux reprsentent respectivement 87 %, 70 % et 69 % de la population totale du pays.

    A linstar des taux de croissance du PIB, les flux de fonds rapatris vers les pays de la rgion MOAN ont fortement augment, passant de 33,7 milliards de dollars E.-U. en 2009 35,4 milliards de dollars E.-U. en 2010, soit un niveau proche de celui davant-crise enregistr en 2008 (39,5 milliards de dollars E.-U.). Les fonds rapatris chaque anne par les travailleurs temporaires venus combler les pnuries de main-duvre dans les secteurs demplois peu qualifis reprsentent une source vitale de revenus pour de nombreux mnages et, parfois, une part non ngligeable du PIB du pays dorigine. Ainsi, lintrieur de la rgion, les envois de fonds vers le Liban et la Jordanie ont reprsent respectivement 22,4 % et 15,6 % du PIB de ces pays en 2009 (Banque mondiale, 2011b).

    Accroissement rapide de la population et chmage lev des jeunes

    Le Moyen-Orient, o la grande majorit de la population a moins de 25 ans, connat lun des taux de croissance dmographique les plus levs au monde63. Cest pourquoi, la demande

    61 Pour plus dinformations, voir : http://www.gulftalent.com/home/Gulf-salaries-to-rise-by-7-percent-in-2011-Article-45.html (site consult le 27 juin 2011).

    62 Ibid.63 Seule lAfrique devrait probablement avoir une population plus jeune en 2020.

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 77

    demplois restera leve64, et les nationaux rechercheront de plus en plus des postes hautement qualifis du fait de laugmentation des dpenses que la plupart des pays du CCG ont consacres lducation ces dernires annes. Cependant, lconomie de ces pays reposant sur la croissance de secteurs forte intensit de main-duvre (comme la construction), la plupart des dbouchs resteront ouverts pendant quelque temps aux travailleurs peu qualifis aux prtentions salariales modestes, ce qui crera un dcalage entre les attentes de la main-duvre autochtone et les emplois disponibles sur le march national du travail (EIU, 2009). En 2010, par exemple, le Gouvernement saoudien a d faire face une augmentation du chmage et a prouv des difficults offrir du travail ses citoyens. La prsence sur le march du travail de 4,7 millions de travailleurs trangers, pour 4,3 millions de nationaux (OIT, 2011) a engendr une pression supplmentaire sur les dcideurs publics, bien que les trangers soient principalement employs dans des secteurs demplois peu qualifis qui nintressent gure les Saoudiens. Dautres pays du CCG et de la rgion arabo-mditerranenne65 ont galement enregistr un taux de chmage moyen lev de prs de 15 % de la population active totale en 2008, et un taux dactivit officiel de la population en ge de travailler infrieur 46 % (contre une moyenne mondiale de 61,2 %). En outre, le chmage touchait surtout les jeunes la recherche dun premier emploi. De fait, le taux de chmage des nationaux gs de 14 24 ans tait de 21,6 %, soit un niveau bien suprieur la moyenne mondiale de 14 %. On a estim que plus de 1,5 million demplois supplmentaires par an seraient ncessaires au cours des 10 prochaines annes pour stabiliser le chmage (Commission europenne, 2010)66. Face cette situation, de plus en plus de mesures de remplacement ont t adoptes dans de nombreux pays du Moyen-Orient, notamment aux Emirats arabes unis, o le Gouvernement a cherch inciter les employeurs recruter des nationaux plutt que des trangers (UC Davis, 2010a).

    Renforcement de la protection des droits des migrants

    La deuxime tendance politique constate en 2010 concerne la protection des droits des travailleurs migrants. Ce sont eux qui ont le plus pti de la crise conomique mondiale (mme si, dans lensemble, celle-ci a t moins grave au Moyen-Orient) (OIT, 2011). Leur vulnrabilit est gnralement due une absence de lois protgeant les travailleurs trangers, ou la non-application de la lgislation du travail67. En 2010, plusieurs socits ont t contraintes de fermer aux Emirats arabes unis. Certaines ont abandonn leurs travailleurs trangers, les laissant sans passeport ni salaire. Ce fut le cas, par exemple, pour plus de 300 travailleurs indiens, dont le salaire mensuel tait de 800 dirhams (217 dollars E.-U.), qui ont dclar ne pas avoir t pays pendant au moins six mois (UC Davis, 2010a). Cependant, certains gouvernements de la rgion ont pris des mesures pour amliorer les conditions de travail et le respect des droits des migrants. En aot 2009, le Bahren a modifi son systme de parrainage (kafil) afin de faire du gouvernement, et non de lemployeur, le parrain officiel des migrants, et de permettre ceux-ci de changer demployeur plus facilement (UC Davis, 2010c). Au Kowet, aprs plusieurs signalements dabus et sous la pression de la socit civile,

    64 Cela tant, la forte croissance dmographique enregistre ces dernires annes (4 % sur 2005-2009) dans les six pays du CCG (Arabie saoudite, Bahren, Emirats arabes unis, Kowet, Oman et Qatar) devrait progressivement prendre fin (augmentation annuelle moyenne prvue de 2,6 % entre 2009 et 2020), en raison de la baisse du taux daccroissement naturel de la population et du ralentissement du flux de migrants peu qualifis, lequel est d aux moindres possibilits demploi offertes dans les secteurs forte intensit de main-duvre comme la construction. Pour plus dinformations, voir : http://graphics.eiu.com/upload/eb/Gulf2020part2.pdf (site consult le 20 juin 2011).

    65 Comprenant lAlgrie, lEgypte, la Jordanie, le Liban, le Maroc, la Rpublique arabe syrienne et la Tunisie, ainsi que les Territoires palestiniens occups.

    66 Commission europenne, Labour Markets Performance and Migration Flows in Arab Mediterranean Countries: Determinants and Effects, vol. 1, Final Report & Thematic Background Papers. European Economy, Occasional Papers 60, avril 2010. Voir : http://ec.europa.eu/economy_finance/publications/occasional_paper/2010/pdf/ocp60_1_en.pdf (site consult le 27 juin 2011).

    67 Pour plus dinformations, voir le rapport dAljazeera, ladresse : http://english.aljazeera.net/news/middleeast/2010/07/201072885146573166.html (site consult le 27 juin 2011).

  • 78 CHAPITRE 2 | LA MIGRATION INTERNATIONALE EN 2010 ET 2011

    le Gouvernement a finalement dcid de fixer des salaires minimums pour les travailleurs expatris du secteur priv, afin de leur assurer des conditions de vie dcentes68. En septembre 2010, il a galement annonc son intention dabolir le systme du kafil en 2011 (Human Rights Watch, 2010), ce qui reprsenterait certainement une tape importante vers un plus grand respect des droits des migrants internationaux. Cela tant, tous les pays de la rgion ne sont pas dcids procder de telles rformes. Aux Emirats arabes unis, par exemple, bien que le Ministre du travail ait reconnu la ncessit dexaminer le systme du kafil, il a clairement indiqu que celui-ci resterait en vigueur (UC Davis, 2011b). De leur ct, certains grands pays dorigine ont commenc laborer des accords bilatraux de migration de main-duvre avec dimportants pays de destination, dans le but de garantir les droits de leurs ressortissants ltranger. En 2010, le Liban et le Npal ont ainsi dcid de signer un accord bilatral visant renforcer la protection des migrants npalais au Liban et limiter les problmes lis aux voies irrgulires dimmigration69.

    Persistance du dplacement de nationaux iraquiens

    Lun des principaux enjeux de la rgion est le grand nombre dIraquiens dplacs. A la fin de 2010, un Iraquien sur dix tait toujours dplac lintrieur de son propre pays, soit 2,8 millions de personnes (IDMC/NRC, 2010b), tandis que le nombre total de nationaux dplacs tait valu 15 % de la population totale (estime 30,2 millions en 2010) (IDMC/NRC, 2010c). La plupart dentre eux avaient t dplacs soit cause des mesures de rpression du Gouvernement de Saddam Hussein, aprs linvasion de 2003, soit en raison des violences sectaires dclenches par lattentat la bombe perptr la mosque Al-Askari Samarra. Cependant, depuis 2009, peu de nouveaux dplacements ont t enregistrs en dehors des rgions disputes de Kirkouk et de Ninawa, dans le nord du pays, bien que plusieurs attaques et menaces visant les communauts chrtiennes dIraq en 2010 aient entran des dplacements internes et internationaux, surtout partir de Mossoul et de Bagdad (OIM, 2011d). En 2010, le nombre global de dplacements a baiss jusquen septembre. Cependant, aprs lattentat contre lglise Saidat al-Najat de Bagdad, le nombre de familles dplaces a augment durant les deux derniers mois de lanne (ibid.). Parmi les problmes de plus en plus proccupants auxquels les Iraquiens dplacs doivent faire face figurent une grande pnurie de logements, le nombre lev de mineurs (souvent sans accs lducation), et les consquences des changements dmographiques induits par une migration de longue dure sur la cohsion sociale, la coexistence religieuse et laccs aux ressources telles que la terre, leau et le ptrole (ibid.).

    68 Voir Kuwait Times Kuwait to enforce minimum wage. 1er avril 2010, ladresse suivante : http://www.kuwaittimes.net/ (site consult le 27 juin 2011).69 Pour plus dinformations, voir : http://www.res-con.biz/news/5693-Nepal,-Lebanon-agree-to-regularise-labour-migration-

    process/ (site consult le 20 juin 2011).

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 79

    APERU REGIONAL OCEANIE

    Lapparition de nouveaux schmas migratoires et laugmentation des demandeurs dasile en Australie ont raviv un dbat dj trs politis sur la migration

    En 2010, lOcanie comptait 6 millions de migrants internationaux. Bien quil corresponde moins de 3 % de la population de migrants dans le monde, ce chiffre reprsente 16,8 % de lensemble de la population de lOcanie (environ 35 millions). Cette proportion est mme suprieure dans les principaux pays de destination, lAustralie et la Nouvelle-Zlande, o les migrants internationaux constituent respectivement 21,9 et 22,4 % de la population nationale totale (DAES, 2009).

    Mme si les grands flux de migration nont rien de nouveau dans la rgion, la prise de conscience de lvolution rcente des schmas migratoires a suscit des dbats publics enflamms en Australie en 2010, surtout lors des campagnes lectorales. Larrive par bateau dun nombre de migrants toujours plus lev que dhabitude (2 849 en 2009 et 6 879 en 2010) a dclench une vive polmique politique (Phillips et Spinks, 2011).

    LAustralie, qui est depuis longtemps une destination de prdilection des migrants originaires du Royaume-Uni et du reste de lEurope, voit dsormais arriver de vastes contingents dmigrants dAsie et de pays voisins de lOcanie. LAustralie et la Nouvelle-Zlande rorientent leur politique migratoire pour la cibler sur les travailleurs hautement qualifis

    En 2010, le Gouvernement australien a continu de privilgier limmigration hautement qualifie. Les modifications apportes son programme gnral dimmigration qualifie (General Skilled Migration) redfinissent et resserrent les critres de slection des migrants qualifis afin de faciliter la mise en correspondance de loffre et de la demande dans certains secteurs. Cette rforme donne la prfrence aux candidats dj en possession dune offre demploi (Employer Nomination Scheme) ou qui remplissent les conditions nonces dans le programme rgional de migration parraine (Regional Sponsored Migration Scheme). La liste de professions demandes (Migration Occupations in Demand List) ainsi que la liste de comptences indispensables (Critical Skills List) ont t remplaces par la liste de professions qualifies (Skilled Occupation List), qui numre les professions que doivent exercer les candidats limmigration au moment du dpt de leur demande70.

    Le programme australien de migration qualifie permanente (Australian Permanent Skilled Migration Program), dj rduit de prs de 15 % en janvier 2009 en raison de la crise conomique mondiale, a t encore t amput de plus de 108 000 places en 2009-2010 (OCDE, 2010). En Nouvelle Zlande, la situation ntait gure diffrente en 2010 : le nombre de personnes sinstallant dfinitivement ou pour une longue dure a diminu (denviron 6 000 par rapport 2009), ce qui a engendr des pnuries de main-duvre supplmentaires (Statistics New Zealand, 2011).

    70 Pour plus dinformations, voir : http://www.immi.gov.au/skilled/general-skilled-migration/whats-new.htm (site consult le 20 avril 2011).

  • 80 CHAPITRE 2 | LA MIGRATION INTERNATIONALE EN 2010 ET 2011

    Convenant quil tait ncessaire dattirer davantage de migrants hautement qualifis, en particulier des jeunes, la Nouvelle-Zlande a lanc au dbut de 2010 une nouvelle politique intitule Silver Fern (fougre dargent), qui consiste dlivrer deux types de permis/visa, pour rechercher un emploi et pour acqurir une premire exprience (Immigration New Zealand, 2010). Le programme Silver Fern de recherche demploi autorise chaque anne un contingent de 300 jeunes justifiant de qualifications reconnues entrer en Nouvelle-Zlande pour y rechercher un emploi qualifi pendant neuf mois au maximum. Les candidats doivent tre gs de 20 35 ans, rsider en dehors du pays, possder une qualification correspondant aux besoins dfinis dans le programme ou, plus gnralement, dans la politique nationale relative aux migrants qualifis, rpondre aux exigences linguistiques et disposer dune somme minimale pour assurer leur subsistance durant leur sjour. Le programme Silver Fern dacquisition dexprience procure un permis de travail dune validit de deux ans au plus aux candidats dtenteurs dun permis Silver Fern de recherche demploi ou dacquisition dexprience qui ont obtenu une offre demploi qualifi dau moins 12 mois, et qui rpondent certains critres de sant et de moralit, comme pour le permis de recherche demploi. Ces deux programmes ne donnent pas au conjoint et personnes charge le droit un visa ou un permis de travail71.

    LAustralie et la Nouvelle-Zlande restent les principaux pays de destination de la rgion pour les migrants de Polynsie, Mlansie et Micronsie, o les incidences futures du changement climatique suscitent de vives inquitudes

    Des Polynsiens, Mlansiens et Micronsiens continuent dmigrer en Australie et en Nouvelle Zlande, o des programmes de visas dentre spciaux ont t mis en place pour faciliter la migration de ressortissants de plusieurs Etats insulaires, notamment le Programme pour les travailleurs saisonniers du Pacifique en Australie, et la Catgorie daccs pour le Pacifique en Nouvelle Zlande. Le programme australien est rserv aux citoyens de Kiribati, de Papouasie Nouvelle Guine, des Tonga et de Vanuatu invits par un employeur agr. Il permet aux travailleurs saisonniers doccuper un emploi en Australie pendant quatre six mois, dentrer plusieurs fois sur le territoire pendant cette dure, et de revenir y travailler les annes suivantes. Cependant, ils ne peuvent travailler que pour des employeurs agrs, et ne sont pas autoriss demander un autre visa pendant leur sjour ni venir avec des personnes charge (Ministre de limmigration et de la citoyennet du Gouvernement australien, 2010).

    Cest en juillet 2002 que la Nouvelle Zlande a mis en place le programme de rsidence Catgorie daccs pour le Pacifique, destin aux pays du Pacifique avec lesquels elle entretient dtroits liens culturels et historiques. Chaque anne, ce programme permet 250 citoyens des Tonga, 75 de Tuvalu, et 75 de Kiribati (avec leur conjoint et leurs enfants charge) de rsider sur lle. En 2009-2010, 357 personnes en ont bnfici, contre 360 en 2008-2009 (Ministre no-zlandais du travail, 2010). Bien que ce programme nait pas t conu pour faciliter la migration en prvision des incidences escomptes du changement climatique sur les les du Pacifique, il pourrait servir de tte de pont pour des flux migratoires futurs grce aux rseaux et liens sociaux crs par les migrants (McAdam, 2011).

    71 Voir : http://www.immigration.govt.nz/NR/rdonlyres/D370501C-1B03-4C06-9205-5E98CF20A6EA/0/AmendmentCircular201002.pdf (site consult le 21 juin 2011).

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 81

    Les incidences du changement climatique (en particulier llvation du niveau de la mer) sur les les du Pacifique ont t au centre des proccupations lors des prparatifs et pendant toute la dure de la Confrence des parties la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC) Cancn en 2010. Durant la phase de prparation, le Secrtariat du Programme rgional ocanien de lenvironnement (PROE) a organis une runion des pays insulaires du Pacifique, en novembre 2010, pour les aider sorganiser en vue des discussions de Cancn, o devait se rendre une importante dlgation de la rgion Pacifique, compose notamment de chefs dEtat, de ministres de lenvironnement et dambassadeurs (PROE, 2010).

  • 82 CHAPITRE 2 | LA MIGRATION INTERNATIONALE EN 2010 ET 2011

    CONCLUSION

    La periode considre a t une priode de transition pour toutes les rgions du monde une priode pendant laquelle la communaut internationale a amorc une lente et parfois hsitante sortie de crise, aprs avoir connu la pire rcession mondiale depuis des dcennies. Les taux de croissance du PIB de la plupart des pays revenu lev sont redevenus positifs, tandis que de nombreux pays mergents et en dveloppement affichaient de solides indicateurs de croissance. Pour les observateurs des migrations internationales, 2010 a t loccasion de faire le point sur les consquences de la crise sur la migration, la lumire des prvisions qui avaient t faites.

    Toutes sortes de prdictions avaient t avances mesure que se dveloppait la crise tantt bien dfinies, tantt hsitantes voire, le plus souvent, contradictoires. On estimait, par exemple, que les flux de migration de main-duvre se ralentiraient compte tenu des pertes probables demplois dans les pays de destination, surtout dans les secteurs forte intensit de main-duvre immigre, tels que la sant, la construction, la transformation et le tourisme. On sattendait galement des politiques dimmigration plus strictes et/ou des coupes dans les programmes de migration. Un certain nombre danalystes prvoyaient une augmentation de la migration irrgulire (pour contourner les rductions prvues dans les programmes de migration de main-duvre) et des retours dans les pays dorigine. Enfin, beaucoup sattendaient une chute des rapatriements de fonds, qui porterait prjudice aux conomies en dveloppement.

    Il faudra un certain temps pour runir toutes les donnes pertinentes, et encore plus pour les analyser comme il se doit, mais on peut dores et dj formuler quelques conclusions prliminaires. La situation mondiale la suite de la crise conomique de 2008/2009 est maints gards semblable celle de lAsie au lendemain de la crise qui avait frapp cette rgion 10 ans plus tt, et peut tre rsume comme suit :

    Bien que certaines tendances mondiales soient apparues, des disparits considrables existent aux niveaux rgional et local.

    Les populations de migrants constitues sur plusieurs dcennies nont gure chang dans lensemble.

    De nombreux signes dun ralentissement des flux migratoires vers les pays de destination ont effectivement t observs.

    Beaucoup de grands pays de destination ont revu la baisse les objectifs de leurs programmes de migration, soit en prvision dune diminution de la demande de main-duvre migrante, soit simplement pour protger leur march du travail intrieur.72

    Les craintes quant une forte diminution des rapatriements de fonds se sont rvles infondes. Aprs un repli relativement limit, les envois de fonds ont bien repris en 2010 et devraient continuer de crotre dans les annes venir.

    72 A ce jour, toutefois, les liens de cause effet ne sont pas clairement tablis, si bien quil est impossible de dire si ces dcisions ont rellement t responsables de la baisse des mouvements, ou si celle-ci sest produite parce quon sattendait gnralement de telles coupes.

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 83

    Dans lensemble, les vnements des deux dernires annes ont, tout le moins, mis en vidence la capacit dadaptation de la migration face aux bouleversements sociaux et conomiques.

    Par ailleurs, les catastrophes naturelles particulirement dvastatrices survenues en 2010 ont mis en relief lincidence des facteurs environnementaux sur les schmas migratoires et la ncessit, pour les pouvoirs publics, de se prparer grer les mouvements de population dclenchs par de tels vnements. Lintrt pour les questions lies aux changements climatiques et environnementaux sest accru, mais de nombreux gouvernements ne disposent toujours pas des connaissances et des capacits ncessaires pour rsoudre de faon globale et cohrente les difficults qui en rsultent. Les accords de Cancn, la Convention de Kampala ou certaines mesures nationales comme le dialogue engag par des parties prenantes bangladaises sur les politiques mener constituent des premires avances, mais il faudra renforcer la consultation et la coordination pour trouver et appliquer des rponses efficaces la question de la migration environnementale.

    Plus rcemment, les troubles sociaux et politiques (en particulier au Moyen-Orient et en Afrique du Nord) ont donn lieu des mouvements de travailleurs migrants pris dans des conflits survenus dans leur pays de destination, qui avaient besoin daide pour rentrer chez eux, un phnomne rarement vu une telle chelle par le pass. Chacune de ces situations rappelle la vulnrabilit des travailleurs migrants, qui peuvent voir leur emploi (et leur employeur) disparatre du jour au lendemain, et tre ensuite confronts au choix difficile entre attendre la fin des hostilits au pril de leur vie, ou fuir vers un pays voisin dans lespoir de trouver un moyen de regagner leur pays dorigine. La communaut internationale a soutenu les interventions menes en rponse cette crise migratoire (33 pays dorigine avaient demand lOIM daider leurs ressortissants rentrer au pays), mais dautres efforts sont ncessaires pour sattaquer cette nouvelle forme de dplacements massifs forcs, afin de protger les personnes concernes et de proposer des solutions appropries.

    Les dfis de la coopration internationale dans le domaine de la migration sont considrables. Le Forum mondial sur la migration et le dveloppement (FMMD) constitue ce jour le plus grand espoir de renforcer le dialogue et la collaboration lchelle internationale. En 2010, la prsidence mexicaine du FMMD sest employe rduire la polarisation entre pays dorigine et de destination en introduisant les notions de responsabilit partage, davantages collectifs et de partenariats. En 2011, lapproche davantage oriente vers laction adopte par la prsidence suisse visait plutt mettre profit les principaux rsultats des runions prcdentes et les mettre en application laide de divers outils de planification. Parmi ces outils, on citera les profils migratoires.73 Qui ont suscit en 2010 un intrt croissant lchelle nationale et au sein du FMMD et du GMG, sans oublier le manuel du GMG, Mainstreaming migration into development planning. Au niveau rgional, certaines avances majeures ralises dans le cadre des processus consultatifs rgionaux (PCR) (par exemple, lors des runions ministrielles organises par le MIDSA et le processus de Colombo) pourraient inciter les pouvoirs publics renforcer le dialogue inter-Etats et se concerter sur des questions de migration prsentant un intrt commun. Il reste explorer les ventuelles synergies et possibilits de coopration entre le FMMD et les PCR dans le domaine de la gestion des migrations, notamment dans la perspective du deuxime Dialogue de haut niveau des Nations Unies sur les migrations internationales et le dveloppement qui se tiendra New York en 2013.

    73 Les profils migratoires sont labors en consultation avec un large ventail de parties prenantes dans le but de renforcer la cohrence des politiques et llaboration de politiques fondes sur des donnes probantes et dintgrer la migration dans les plans de dveloppement.

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  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 91

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    Washington.

  • PARTIE B

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 95

    ORGANISATION INTERNATIONALE POUR LES MIGRATIONS : RENOUVEAU ET CROISSANCE DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE FROIDE

    INTRODUCTION

    Il y a 60 ans, le Comit intergouvernemental provisoire pour les mouvements migratoires dEurope (prdcesseur de lOIM et renomm par la suite Comit intergouvernemental pour les migrations europennes [CIME] 1) a vu le jour lors de la Confrence internationale sur les migrations (Bruxelles, dcembre 19512). Ce comit tait conu avant tout comme une institution oprationnelle charge du mouvement ordonn des personnes dplaces par la Seconde Guerre mondiale en Europe.

    La cration du CIME procdait de la volont dapporter sans dlai une rponse collective au problme que semblait poser en Europe une population excdentaire , regroupant tous ceux (et notamment les rfugis vivant dans des camps) que les conomies europennes ne pouvaient pas, pensait-on, intgrer ni aider lpoque (Jacobsen, 1963). Cette pression dmographique tait considre comme un problme conomique et politique majeur plusieurs titres. Tout dabord, la surpopulation dans certaines rgions due la pauvret et au chmage, tait perue comme un obstacle au redressement conomique de lEurope alors stimul par le plan Marshall. Ensuite, dans lesprit des dcideurs, la situation rappelait les annes 1930 et quelques-uns des facteurs qui avaient conduit au rcent conflit mondial. Enfin, on estimait que cette population excdentaire et le faible niveau de vie qui lui tait associ risquaient dexposer certaines couches de la population la propagande communiste. Elle tait considre comme une source dinstabilit susceptible de perturber non seulement les Etats europens, mais aussi lensemble de la Communaut atlantique. La cration du CIME rpondait au besoin de disposer dune entit internationale qui sattaquerait ces questions et ces menaces supposes en facilitant une migration ordonne.

    Le transport a donc t, lorigine, la fonction centrale de lOrganisation, encore que lActe constitutif de 1953 ait assign celle-ci la mission plus vaste de fournir des services directement lis un mouvement particulier de migrants. Il convient de noter que, ds le

    1 Depuis 1951, lOrganisation a chang trois fois de nom ou de dnomination. Initialement appele Comit intergouvernemental provisoire pour les mouvements migratoires dEurope (PICMME) , elle est devenue en 1952 le Comit pour les migrations europennes (CIME) puis, en 1980, le Comit intergouvernemental pour les migrations (CIM) (bien que ce changement de dnomination nait donn lieu aucun amendement lActe constitutif) et, en 1989, l Organisation internationale pour les migrations (OIM) . Pour plus de clart, et sachant que le prsent rapport porte essentiellement sur la priode postrieure 1989, on parlera ici surtout de lOIM ou de lOrganisation .

    2 LActe constitutif du CIME a t adopt en 1953 et est entr en vigueur en 1954.

    CHAPITRE 3-

  • 96 CHAPITRE 3 | ORGANISATION INTERNATIONALE POUR LES MIGRATIONS : RENOUVEAU ET CROISSANCE DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE FROIDE

    dbut, lOrganisation devait soccuper du transport des migrants et de lmigration des rfugis (Acte constitutif du CIME, 1953, article 1.3), bien quaucune dfinition formelle de ces catgories nait t donne dans lActe constitutif.

    Il importe galement de rappeler que lOrganisation avait t conue au dpart comme une organisation non permanente (Acte constitutif du CIME, 1953, prambule), afin de faire face des problmes qui, malgr leur complexit, semblaient lpoque revtir un caractre le plus souvent temporaire (rsolution n 610, 1979, p. 1). De plus, elle a t cre en dehors du systme des Nations Unies, et ce pour deux raisons. La premire tait que les principaux pays fondateurs (notamment lAustralie, le Canada et les Etats-Unis dAmrique) souhaitaient pouvoir dfinir librement le nombre et les types de migrants quils admettraient. LOrganisation a t donc t mise sur pied sous la forme dune institution contrle par les Etats qui respecte pleinement leurs droits souverains en matire de migration (Acte constitutif du CIME, 1953, article 1.2). La deuxime raison tait une consquence directe de la guerre froide : larticle 2.b de lActe constitutif du CIME stipulait que le Comit tait ouvert aux seuls Gouvernements [ayant] fourni la preuve de lintrt quils port[ai]ent la libre circulation des personnes , ce qui excluait de fait les pays communistes ainsi que les pays sous domination ou contrle communiste, qui tous imposaient des restrictions importantes lentre et la sortie, et empchait toute affiliation formelle aux Nations Unies (Karatani, 2005). Enfin, le CIME a t conu lorigine comme une petite institution oprationnelle, souple, efficace et peu coteuse (Perruchoud, 1987) qui, de ce fait, devait dployer ses activits en coopration avec dautres organisations internationales comptentes.

    Aprs ces dbuts modestes, lOrganisation sest dveloppe pour prendre une envergure mondiale. Les cinq premires dcennies de cette volution ont t dcrites en dtail dans une tude publie loccasion du cinquantenaire (Ducasse-Rogier, 2002). Le prsent chapitre sintresse surtout lhistoire plus rcente de lOIM, et analyse la faon dont sa conception de la migration et ses activits de gestion des migrations ont volu sous leffet des bouleversements politiques, conomiques et sociaux survenus depuis la fin de la guerre froide.

  • 97ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    EVOLUTION DE LOIM DEPUIS 1989

    Dans les annes 1970, devant le foss grandissant entre les dispositions constitutionnelles de lOrganisation (qui, comme nous lavons vu plus haut, visaient essentiellement faciliter les mouvements migratoires au dpart de lEurope) et la ralit des activits quelle menait, les Etats Membres ont commenc prendre conscience de la ncessit de rviser lActe constitutif (ibid.). Il a fallu toutefois attendre 1984 pour que le Conseil dcide de procder une rvision de lActe constitutif afin de le mettre en harmonie avec les ralits globales sous lempire desquelles le CIM exerait dj ses activits (MC/1631, 1989, p. 5). Parmi ces ralits, il convient de citer les exodes massifs (en particulier en Asie du Sud-Est et en Amrique centrale) de demandeurs dasile, de rfugis et de migrants ; la prise de conscience que, pour rpondre ces flux, il fallait engager des moyens politiques et conomiques qui se trouvaient hors de la porte des rgions concernes et, plus forte raison, des Etats ; et, en consquence, llargissement du cercle des Etats recherchant des rponses internationales globales aux casse-ttes poss par la mobilit. En Amrique latine, en particulier, on sintressa aussi trs tt au lien entre la migration et le dveloppement, et notamment au recrutement de professionnels hautement qualifis pour compenser la pnurie de comptences et de connaissances spcialises.

    Aprs de longues consultations, les amendements traitant de ces questions ont finalement t adopts en mai 19873, et la nouvelle Constitution est entre en vigueur deux ans plus tard, le 14 novembre 1989.

    La rvision de lActe constitutif de 1953 visait essentiellement deux objectifs : dune part, dvelopper les activits et augmenter le nombre dEtats Membres pour rpondre aux besoins nouveaux et, dautre part, adopter une approche holistique du phnomne migratoire. De fait, on pensait que les nouvelles tendances de la migration internationale traduisaient :

    un besoin plus grand que jamais dune approche globale de la planification de la migration, savoir le besoin de considrer que la migration est la fois lie aux changements conomiques, politiques et sociaux qui surviennent parmi et dans les nations et en constitue un effet secondaire important et que, par consquent, les solutions apporter aux problmes de migration ne peuvent plus tre conues et appliques isolment, mais dans le contexte dun monde de plus en plus interdpendant (MC/1631, 1989, p. 7).

    Ces 20 dernires annes, cette ide sest trouve reprise dans les activits, principes, documents directeurs et publications majeures de lOIM, soulignant que les migrations sont aujourdhui un processus multinational et quelles ne peuvent plus tre gres de manire bilatrale ou unilatrale (OIM, 2003, p. 17 ; MC/INF/255, 2002).

    Bien quelle ait reprsent un tournant dcisif, lentre en vigueur de la nouvelle Constitution na pas rvolutionn le travail de lOrganisation. A bien des gards, la rvision a consist aligner la Constitution sur les changements administratifs introduits progressivement par ladoption de diverses rsolutions du Conseil. Ces amendements ont transform une situation de facto

    3 Rsolution n 724.

  • 98 CHAPITRE 3 | ORGANISATION INTERNATIONALE POUR LES MIGRATIONS : RENOUVEAU ET CROISSANCE DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE FROIDE

    en une situation de jure (MC/1631, 1989, p. 6). Ainsi, la porte mondiale de lOrganisation avait t reconnue ds 1979 dans une rsolution du Conseil (rsolution N 610, 1979). Cet alignement a permis de renforcer et de dvelopper nombre dactivits et dobjectifs de lOIM mis en place dans les annes 1970 et 1980.

    Si lOrganisation est reste fidle la philosophie et aux concepts dfinis par ses pres fondateurs , et si elle a continu de respecter la souverainet des Etats en matire de migration et de fonctionner de manire souple, efficace et conomique, elle a nanmoins subi quelques changements, dont les plus importants sont rsums ci-aprs :

    - LOrganisation a t officiellement renomme Organisation internationale pour les migrations .

    - La rfrence son caractre temporaire a t supprime.- Bien que la ncessit de promouvoir la coopration et la coordination avec dautres

    organismes internationaux, gouvernementaux et non gouvernementaux ait continu dtre souligne, les services de lOIM nont plus t dfinis par rapport ceux dautres organisations4.

    Parmi les autres changements dorientation notables figure la dcision de ne plus promouvoir les migrations . En effet, des campagnes dinformation avaient t menes dans lEurope de laprs-guerre pour communiquer aux populations dplaces les possibilits de migration qui soffraient aux personnes dsireuses de commencer une nouvelle vie ltranger. La rvision de la Constitution a permis dadopter une conception plus large de la migration, qui cadrait avec lide nouvelle selon laquelle la mobilit tait en train de devenir une caractristique essentielle du paysage mondial. Les Membres reconnaissaient ainsi que la migration tait effectivement un processus pouvant avoir des effets positifs et ngatifs (MC/1631, 1989, p. 5). LOIM sest donc efforce de maximiser les effets positifs, tout rduisant au minimum les effets ngatifs. Aprs la fin de la guerre froide et ladoption de la nouvelle Constitution, la premire intervention majeure de lOrganisation a t celle mene pour le compte de prs dun million de travailleurs contractuels en situation de dtresse lissue de linvasion du Kowet par lIraq en 1990/1991 (Georgi, 2010). Une aide durgence massive a t dploye pour enregistrer et rconforter ces travailleurs et assurer leur retour au pays - surtout au Proche-Orient ou dans dautres rgions dAsie. Plus ou moins la mme poque, linquitude grandissait en Europe occidentale face laugmentation continue des flux de demandeurs dasile arrivant dEurope de lEst et dEurope centrale la suite de la dissolution de lUnion sovitique. Le sentiment gnral tait que les mutations politiques et conomiques donnaient naissance des schmas de mobilit nouveaux et parfois imprvisibles.

    A partir de 1992, les Membres ont prouv la ncessit de faire le bilan et dexaminer srieusement les tendances et les besoins futurs, [et ont] aussi voulu prciser, la lumire des conditions nouvelles, ce que pouvait tre le rle dune agence intergouvernementale charge de grer les migrations (MC/1842, 1995, p. 1). Par la suite, le document Planification stratgique de lOIM : cap sur le vingt et unime sicle (MC/1842, 1995) et la rsolution du Conseil n 923 du 29 novembre 1995, sur les activits futures de lOIM, ont dfini les objectifs stratgiques qui ont guid laction de lOrganisation jusquen 2007.

    4 En vertu de larticle 1.1.b de lActe constitutif de 1953, lOrganisation avait t charge de fournir des services que dautres organisations internationales [ntaient] pas en mesure de fournir .

  • 99ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Il convient surtout de noter que la rsolution n 923 exposait une vision ambitieuse, soulignant que lOIM tait attache au principe selon lequel les migrations qui seffectuent en bon ordre et dans le respect de la dignit humaine sont bnfiques aux migrants et la socit , et quelle devait agir en vue de contribuer relever les dfis de la migration sur le plan pratique ; de favoriser la comprhension des questions de migration ; de promouvoir le dveloppement conomique et social par le biais de la migration ; et duvrer au respect effectif de la dignit humaine et au bien-tre des migrants . Par ailleurs, le document MC/1842 encourageait lOrganisation parvenir une meilleure comprhension des questions de migration, laborer de nouvelles approches rgionales et amliorer la gestion des flux migratoires. Il appelait galement une expansion plus large de lOrganisation en termes de membres , afin de constituer une nouvelle OIM qui devrait apparatre en lan 2000 comme lorganisme mondial de rfrence dans le domaine de la migration (MC/1842, 1995, p. 4)5.

    La cration, en 1995, de la fonction de coordination des questions de sexospcificit a t un aboutissement important des efforts dploys par lOrganisation pour rpondre aux appels de ses Membres et intgrer les questions de genre dans lensemble de ses activits et programmes. Par cette mesure, lOIM reconnaissait en outre que les migrants hommes et femmes avaient des besoins diffrents, alors quun nombre croissant de femmes dans le monde migraient de manire indpendante et non plus uniquement dans le cadre de la cellule familiale.

    Dans les annes qui ont suivi 1995, lAdministration a t maintes fois invite par les Etats Membres dvelopper lapproche stratgique adopte par lOIM pour exercer ses responsabilits constitutionnelles la lumire des dfis et bouleversements persistants dans le monde. En 2007, aprs un examen de trois ans, la stratgie de lOIM a t prsente aux Membres de lOrganisation, afin que celle-ci lintgre dans son cadre juridique (rsolution du Conseil n 1150 du 7 juin 2007). Cette stratgie na pas modifi fondamentalement lapproche de 1995, mais a permis de synthtiser les priorits dfinies par les Etats Membres eux-mmes en 12 points concourant la ralisation de lobjectif premier de lOIM , savoir faciliter la gestion ordonne et respectueuse de la dignit humaine des migrations internationales (MC/INF/287, 2007, p. 3).

    Durant les trois annes qua dur llaboration de la stratgie de lOIM adopte en 2007, la question de la protection des migrants a t au cur des proccupations. Il sagissait de dfinir le rle de lOIM en matire de protection des personnes, qui, daprs certains, sortait du cadre de son mandat. Des organisations non gouvernementales (ONG) ont critiqu le fait que lOIM ne disposait daucun mandat ni daucun pouvoir normatif dans le domaine de la protection (Bengtson et al., 2008, pp. 6 et 7 ; Human Rights Watch, 2003). Cependant, depuis la fin des annes 1980, et bien que ntant pas une organisation de supervision ni de contrle, lOIM estime que sa Constitution et certaines dcisions du Conseil posent les fondements de son rle de protection, en particulier sous langle de la dfense des droits humains des migrants, tout en estimant que [son] rle et [ses] activits de protection [...] ne dispensent en aucun cas les Etats de leur obligation de veiller au respect effectif des droits humains des migrants . LOIM prcise en outre quelle appuie et complte les activits que mnent les Etats en application de leur devoir de protection (MC/INF/298, 2009, p. 4).

    5 Les appels en faveur dun accroissement du nombre de membres, tant dans la Constitution de 1989 que dans celle de 1995, ont abouti une augmentation des adhsions pendant les annes 1990 et 2000. Entre 1990 et 2000, lOrganisation a vu le nombre de ses Membres doubler (de 39 79 Etats), puis a accueilli 53 nouveaux Membres entre 2000 et 2011, pour atteindre son total actuel de 132 Etats Membres.

  • 100 CHAPITRE 3 | ORGANISATION INTERNATIONALE POUR LES MIGRATIONS : RENOUVEAU ET CROISSANCE DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE FROIDE

    LOIM justifie son rle en matire de protection des migrants comme suit :

    Directement ou indirectement, lOIM uvre au respect de la dignit humaine et la protection des personnes dans laccomplissement de ses activits, cest--dire par son action. Par exemple, en assurant des vacuations ou des transports srs dans les situations de conflit, ou en fournissant des formes daide connexes, lOIM protge lintgrit physique des bnficiaires et contribue la pleine ralisation du droit de quitter tout pays et de revenir dans son pays de nationalit. Lorsque lOIM offre un refuge aux victimes de la traite, elle protge le droit humain fondamental de ne pas tre tenu en esclavage ou en servitude. Les programmes spciaux de rinstallation ou dmigration de lOIM dans les situations de conflit interne contribuent la mise en uvre du droit de trouver refuge ltranger. Par ses programmes mdicaux, lOIM veille ce que les migrants soient aptes voyager et facilite le suivi des soins mdicaux dans les pays daccueil, ce qui contribue promouvoir le droit un niveau de vie adquat, notamment au plan de la sant et du bien-tre (OIM, 2007, pp. 2 et 3).

    La nature des migrations ayant chang, lOIM a volu en consquence et pris une importance politique de plus en plus grande. Grce sa capacit avre et dadaptation et dintervention, son objectif stratgique continue de rpondre aux besoins des migrants et aux demandes de ses Etats Membres.

  • 101ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    OIM ET GESTION GLOBALE DES MIGRATIONS : REPONSES AUX TENDANCES MONDIALES

    Tout au long de son histoire, lOIM a mis en uvre des programmes qui visent non seulement rpondre aux changements et aux vnements cls dans le monde, mais aussi anticiper les problmes et les tendances venir. Ces 20 dernires annes, conformment son approche holistique de la gestion des migrations, lOrganisation a toff son portefeuille de programmes pour y inclure un ventail complet de services destins aux migrants, aux Etats Membres et aux parties prenantes intresses. De fait, il est apparu trs tt que le transport des migrants et des rfugis impliquait bien plus que le simple mouvement de ces populations dun lieu un autre, et quil ne pouvait tre men bien sans la fourniture simultane dautres services essentiels qui, leur tour, appelaient une plus grande diversit dactivits et de programmes (Perruchoud, 1987).

    Progressivement, la palette des services fournis par lOIM sest largie : aide avant le dpart, durant le transit et larrive ; aide au transport ; formation professionnelle en langues ; informations sur le pays ; conseils juridiques ; prts dintgration ; assurance maladie ; et examens mdicaux. Elle a, par exemple, labor et appliqu (dabord en Amrique latine) son concept de coopration technique en matire de migration, dans le but daider les gouvernements renforcer leurs capacits dans le domaine des politiques, de la lgislation et de ladministration de la migration (Ducasse-Rogier, 2002). Dans les annes 1960 et 1970, lOrganisation a reu de plus en plus de demandes davis et de coopration technique des mouvements dun pays un autre ; [...] on lui a demand conseil et aide pour mettre jour la lgislation sur la migration, organiser des bureaux aux frontires[, et d]autres mesures ont t prises en coopration avec certains gouvernements pour lancer des programmes [...] dune plus grande ampleur , notamment en Amrique latine (MC/1631, 1989, p. 3). Cette volution a t raffirme et renforce par ladoption de la nouvelle Constitution en 1989, dont larticle 1.1.c dfinit lobjectif de ces activits comme suit : fournir, la demande des Etats intresss et avec leur accord, des services de migration tels que le recrutement, la slection, la prparation la migration, les cours de langues, les activits dorientation, les examens mdicaux, le placement, les activits facilitant laccueil et lintgration, [et] des services de consultation en matire de migration.

    Aujourdhui, dans son approche globale de la gestion des migrations (MC/INF/255, 2002), lOIM tient compte des liens entre la migration et les questions politiques, sociales et conomiques contemporaines, afin de maximiser les avantages et contributions quapportent les migrants la socit. La gestion des migrations, telle quelle est aborde dans le Rapport Etat de la migration dans le monde 2008 de lOIM, nest pas synonyme de contrle ou de restriction , mais dsigne llaboration mthodique et rflchie des politiques ncessaires et le choix judicieux de mesures qui sauront rpondre aux questions de fond que se pose la communaut internationale (OIM, 2008a).

    LOIM reconnat que les migrations contemporaines sont un processus complexe qui englobe divers lments : raisons de migrer, dcision de migrer (de manire rgulire ou non), entre, intgration et, le cas chant, retour et rintgration. Ces diffrentes tapes sont

  • 102 CHAPITRE 3 | ORGANISATION INTERNATIONALE POUR LES MIGRATIONS : RENOUVEAU ET CROISSANCE DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE FROIDE

    interdpendantes et font intervenir un large ventail de parties prenantes, dont les employeurs, les gouvernements, les organisations internationales, la socit civile et la famille. En outre, ce processus est influenc par les politiques relatives au travail, la scurit, la sant, la protection sociale et lconomie, pour nen citer que quelques-unes. La difficult dune gestion efficace des migrations est donc de maintenir un quilibre entre ces domaines et tapes du processus migratoire, tout en favorisant la coopration ncessaire entre les acteurs qui interviennent aux niveaux national et international.

    Aujourdhui, les activits de lOIM couvrent tous les lments dune gestion globale des migrations, qui sont dfinis en fonction du contexte socioconomique et politique appropri : facilitation de la migration (migration de main-duvre ou mouvements lis des situations durgence ou daprs-crise), lutte contre les mouvements illicites tels que la traite des tres humains, gestion efficace des frontires, rinstallation, intgration des migrants dans les socits daccueil, retour volontaire et rintgration des migrants, fourniture de soins mdicaux, et programmes de renforcement du potentiel de dveloppement de la migration.

    Action de lOIM : 19902011 Interventions humanitaires

    En 1951, les interventions humanitaires ntaient pas censes tre au cur du mandat de lOrganisation, bien que les activits mises en uvre aient t, certains gards, de nature humanitaire. LOrganisation avait pour mission de soccuper des rfugis et des personnes dplaces, et de contribuer rsorber lexcdent de population en Europe, participant ainsi au redressement du continent lissue de la Seconde Guerre mondiale et offrant de nouvelles possibilits aux candidats lmigration. Toutefois, assez tt dans son histoire, lOIM a mont des oprations axes sur les secours et laide humanitaire, un aspect qui a pris de lampleur par la suite, notamment par la mise en place doprations dvacuation. Entre autres exemples notables, on citera les interventions lies aux dplacements forcs de populations en Hongrie (19561957), en Tchcoslovaquie (1968), en Ouganda (1972), au Chili (1973) et en Indochine ( partir de 1975) (MC/INF/249, 2002). Daucuns ont fait valoir que, ce faisant, lOIM avait acquis des comptences techniques sans quivalent en matire de transport humanitaire international cest--dire de transport dun grand nombre de personnes dans des circonstances difficiles (Ducasse-Rogier, 2002, p. 60).

    Bien que les activits humanitaires ne soient pas mentionnes expressment dans la Constitution de 1989, il est prcis dans un document stratgique de 1989 que certaines activits du CIM entreprises en faveur des rfugis et des personnes dplaces ont une motivation humanitaire, [et] quelles peuvent contribuer et contribuent en fait apaiser des tensions dans certaines rgions, aidant ainsi la restauration de la paix (MC/1631, 1989, p. 17). En 1995, lOIM a une nouvelle fois soulign quelle ne se considre pas elle-mme au premier chef comme une organisation ayant pour mission dintervenir dans les crises , mme si lun de ses principaux objectifs tait de fournir une aide la migration aux personnes en butte des situations durgence (MC/1842, 1995, pp. 6 et 5). Enfin, comme nous lavons indiqu plus haut, le document de stratgie de 2007 lui a assign pour mission de : Renforcer la gestion humaine et ordonne des migrations et le respect effectif des droits humains des migrants, conformment au droit international (MC/INF/287, 2007, p. 3), pendant et en dehors des situations de crise. Ces documents stratgiques ont donc favoris le dveloppement de laction humanitaire de lOIM, bien quune rcente tude externe ait relev

  • 103ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    que lOrganisation na pas jug ncessaire de dfinir clairement la notion d aide humanitaire , ni mme de classer ses interventions sous ce vocable (Bengtson et al., 2008, p. 19).

    Le dveloppement des activits dans le domaine de la migration force sest appuy en particulier sur la dfinition des catgories de personnes au nom desquelles lOrganisation pouvait agir. De fait, larticle 1.1.b de la Constitution de 1989 dispose que lOIM doit soccuper du transfert organis des rfugis, des personnes dplaces et dautres personnes ayant besoin de services internationaux de migration . Cet article est important, car il couvre tout le spectre des personnes qui se dplacent, en particulier celles considres comme se situant dans la zone grise . Cette expression a t employe lpoque pour dsigner les personnes qui nentrent ni dans la catgorie des rfugis lune des extrmits du spectre, ni dans celle des migrants nationaux lautre extrmit . En 1989, en rfrence ces migrants de la zone grise , le Directeur gnral de lOIM observait : Il semblerait quaujourdhui aucune autre organisation internationale nait le mandat gnral et lautorit de soccuper de ces personnes (MC/1631, 1989, p. 19).

    Cette approche a permis une grande souplesse de fonctionnement et donn la possibilit dagir en faveur de migrants exclus des mandats et des instruments juridiques dautres organisations internationales. Pour lOIM, le terme personnes dplaces comprend grosso modo les personnes qui nentrent pas dans la dfinition classique des rfugis, mais qui ont d partir de chez elles en raison de conflits arms, de situations de violence gnralise, de catastrophes naturelles ou provoques par lhomme, ou de violations des droits de lhomme. Les personnes dplaces lintrieur de leur propre pays entrent galement dans cette catgorie, puisque les raisons de leur dplacement sont les mmes (MC/INF/258, 2002, p. 2). Or, il sest trouv que de nombreux dplacements de population enregistrs dans les annes 1990 et 2000 sortaient des catgories habituelles (par exemple, les dplacements internes ou ceux lis des catastrophes naturelles), ce qui a contribu de manire dterminante la participation de lOIM laction humanitaire internationale.

    Pendant la priode qui a suivi la guerre froide, lOIM a consolid ses capacits dintervention durgence et daprs-conflit et a d, maintes reprises, vacuer ou rapatrier un grand nombre de civils lors de crises provoques par des guerres civiles, des catastrophes naturelles soudaines, des scheresses et des famines. Jusquau dbut des annes 1990, toutefois, ces oprations durgence taient axes sur le transport et les activits connexes de services mdicaux et denregistrement. Depuis, elles ont considrablement volu, en rponse la ncessit de mener des actions plus varies impliquant un renforcement des activits antrieures et postrieures au transport, lorsque les capacits locales taient insuffisantes pour faire face la situation. Le principal avantage comparatif de lOIM rsidait ici dans sa capacit combiner, dune part, les moyens et la notorit dune organisation intergouvernementale et, dautre part, une rapidit et une souplesse dintervention inhabituelles (MC/INF/260, 2002, p. 3).

    Depuis le dbut des annes 1990, le champ dactivits a t largi, surtout dans les situations de conflit ou daprs-conflit, pour englober les efforts de dveloppement, de reconstruction, de dmobilisation et de radaptation. Entre autres activits, on citera :

    La dmobilisation et la rintgration des ex-combattants en Colombie (2001), au Mozambique ( la suite de la guerre civile de 1992) et en Angola (1995) ;

    Le soutien en matire lectorale, afin daider les nationaux vivant ltranger participer, hors du pays, aux lections en Bosnie-Herzgovine (19961999), au Timor

  • 104 CHAPITRE 3 | ORGANISATION INTERNATIONALE POUR LES MIGRATIONS : RENOUVEAU ET CROISSANCE DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE FROIDE

    oriental (1999) et en Iraq (2005), et dappuyer les missions dobservation lectorale de lUnion europenne (UE) dans des pays tiers ;

    La construction dabris durgence au lendemain de louragan Mitch au Honduras (1998) et du tremblement de terre Gujarat, en Inde (2001) ;

    Divers programmes de retour volontaire et des arrangements plus cibls concernant le retour de nationaux qualifis au Kosovo plac sous administration des Nations

    Unies en vertu de la rsolution 1244 du Conseil de scurit des Nations Unies6 et au Timor-Leste ; La distribution darticles non alimentaires et une assistance mdicale au lendemain du

    tsunami de 2004 dans locan Indien ; Lvacuation de nationaux de pays tiers durant la crise au Liban, en 2006 ; Lattnuation des risques de catastrophe, entre autres en Amrique centrale, au Pakistan

    et au Timor-Leste ; Une assistance technique dans le cadre des programmes de rparation au Guatemala,

    en Iraq, au Kenya, en Sierra Leone et en Turquie (MC/INF/249, 2002 ; OIM, 2009c)7.

    Plus rcemment, en 2010 et 2011, lOIM a jou un rle considrable dans trois interventions durgence majeures lies au tremblement de terre en Hati (2010), aux inondations au Pakistan (2010) et la crise qui secoue actuellement le Moyen-Orient et lAfrique du Nord notamment pour vacuer des nationaux de pays tiers hors de la Libye.

    Enfin, il convient de relever que ces programmes et services saccompagnent souvent dun ventail plus large de services lis la sant, au soutien psychologique et aux efforts de stabilisation communautaire, ou encore dun renforcement des capacits des gouvernements et des communauts vulnrables dans les situations durgence et daprs-crise. Ainsi, des situations durgence complexes comme la crise au Kosovo (rsolution 1244 du Conseil de scurit) en 1999 ont amen lOIM fournir une rponse globale comprenant une aide au transport, lvacuation, le retour, la rintgration des ex-soldats, un renforcement des capacits mdicales et une formation au soutien psychologique.

    En sus de ces nouveaux domaines dactivit, les oprations de rinstallation de rfugis conduites ds 1951 ont elles aussi t largies compter de 1989 dautres services et rgions en raison de lvolution de la situation des rfugis dans le monde. La plupart des rfugis que lOIM a rinstalls ces dernires annes venaient dAfrique, du Moyen-Orient et dAsie, et se sont tablis principalement en Australie, au Canada, aux Etats-Unis dAmrique et dans les pays nordiques, mme si, depuis peu, dautres pays dEurope ou dAmrique latine ont aussi commenc accueillir des rfugis. Les principaux services dans ce type dintervention sont laide au transport, le traitement des documents et les examens mdicaux, mais ils englobent galement les conseils, lorientation culturelle, la formation avant le dpart, ou encore des cours de langues et des formations qualifiantes destins faciliter la rinstallation dans le pays daccueil.

    Il faut souligner que, de plus en plus souvent, les activits humanitaires sont menes dans le cadre dune coopration interinstitutions, bien que lOIM soit indpendante du systme des Nations Unies. LOIM a jou un rle important dans la mise en place de lapproche sectorielle du Comit permanent interorganisations, contribuant au lancement de nombreux groupes

    6 Ci-aprs dnomm Kosovo (rsolution 1244 du Conseil de scurit) .7 Pour plus dinformations, consulter le site web de lOIM : http://www.iom.int/jahia/Jahia/activities/by-theme/movement-

    emergency-post-crisis/cache/offonce/

  • 105ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    sectoriels et llaboration de stratgies daction groupe. LOIM dirige le groupe sectoriel de la coordination et de la gestion des camps en partenariat avec le HCR, jouant le rle de chef de file pour les dplacements induits par les catastrophes naturelles, les situations durgence provoques par lhomme relevant de la responsabilit du HCR. Elle participe en outre cinq autres groupes sectoriels. Une valuation externe de son rle et de sa valeur ajoute en matire daide humanitaire a fait apparatre que, de lavis mme dautres organisations, lOIM comble des lacunes manifestes et est dote dune organisation qui lui permet de ragir et de se mobiliser rapidement (Bengtson et al., 2008, p. 49). On estime donc que, grce son vaste mandat, lOIM est en mesure dintervenir dans de nouveaux domaines sans se heurter aux limitations que connaissent dautres organisations (ibid.). Il est noter que depuis le milieu des annes 1990, son rapprochement en direction du systme des Nations Unies a donn lieu des dbats internes et des changes avec des organismes des Nations Unies sur les possibilits de coopration futures8.

    Aide la migration rgulire et lintgration

    Le recul des conflits et le redressement conomique dans diverses rgions du monde dans les annes 1990 et, surtout, 2000 (Balkans, Communaut dEtats indpendants [CEI], Amrique latine et Asie du Sud-Est) ont cr de nouvelles possibilits de migration de main-duvre, qui ont amen les pays de destination ajuster leurs politiques pour tre plus comptitifs sur le march mondial de lemploi qualifi. Les pays dimmigration traditionnels et dautres pays de lOCDE9 ont de plus en plus cibl les migrants hautement qualifis, ainsi que dautres travailleurs susceptibles de pallier la pnurie de main-duvre dans certains secteurs. Paralllement, lUE sest employe dvelopper la mobilit au sein de lUnion et attirer des ressortissants de pays tiers hautement qualifis, afin dtre comptitive lchelle mondiale. La structure des schmas migratoires a galement volu. Les traditionnels mouvements Nord-Sud se sont poursuivis, mais les mouvements Sud-Sud se sont accentus, de mme que les flux intrargionaux, notamment de la CEI vers la Russie ou de lAsie intrieure vers la Malaisie, Singapour, la Core et la RAS de Hong Kong10. De nouveaux flux vers lAfrique du Sud, souvent temporaires, se sont galement forms en provenance de pays voisins, et de nouvelles destinations sont apparues dans les pays du Golfe. Ainsi, mesure quvoluaient les forces luvre dans la migration de main-duvre, les pays de destination et dorigine taient contraints de renforcer leurs capacits de gestion des flux migratoires, non seulement en facilitant la migration rgulire pour maximiser les avantages de la migration pour les migrants et la socit, mais aussi en rduisant la migration irrgulire (voir la section suivante). Considre comme une question dintrt international, la protection des travailleurs migrants est devenue lun des thmes majeurs de lactualit politique.

    Depuis, lOIM a t de plus en plus souvent invite par ses Etats Membres et dautres parties prenantes fournir des services destins renforcer les capacits dlaboration des politiques et de gestion en matire de migration de main duvre. Des domaines dintervention spcifiques sont prvus dans sa Constitution (notamment larticle 1.1 prcit, qui mentionne le recrutement, la slection, la prparation la migration, les cours de langues, lorientation et lintgration), ainsi que dans sa stratgie, qui souligne la ncessit d [a]ppuyer les efforts des Etats dans le domaine de la migration de main-duvre, notamment en ce qui concerne les mouvements de courte dure, et dautres types de migration circulaire (MC/INF/287, 2007).

    8 Pour plus dinformations, voir : MC/INF/234, 1997 ; MC/INF/263, 2003 ; MC/INF/285, 2006 ; et MC/INF/290, 2007.9 Organisation de coopration et de dveloppement conomiques.10 Rgion administrative spciale de Hong Kong, Chine.

  • 106 CHAPITRE 3 | ORGANISATION INTERNATIONALE POUR LES MIGRATIONS : RENOUVEAU ET CROISSANCE DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE FROIDE

    Aprs stre limite aux services se rapportant exclusivement au transport, lOIM fournit prsent des services dinformation et de sensibilisation des migrants, notamment par le truchement des centres de documentation pour migrants mis en place travers le monde (OIM, 2010a), et forme la gestion de la migration de main-duvre des fonctionnaires des pays dorigine et de destination11. LOrganisation a aussi facilit ladoption de dispositifs de recrutement et de migration circulaire, tels que le Modle de migration temporaire et circulaire de main-duvre conclu entre la Colombie et lEspagne (OIM, 2008a).

    La diversification des flux migratoires sest traduite par de nouvelles possibilits et des dfis indits en matire dintgration pour les pays de destination, aussi bien traditionnels que nouveaux. Bien que le discours varie dun pays lautre, lintgration est peut-tre lun des sujets les plus marquants et les plus politiss de ces dernires annes (voir la Partie A). Dans sa stratgie, lOIM indique que son rle est d [a]ider les Etats faciliter lintgration des migrants dans leur nouvel environnement [...] (MC/INF/287, 2007). Dans la pratique, toutefois, ce rle commence avant le dpart, se poursuit aprs larrive dans le pays de destination et peut tre largi pour englober laide aux migrants aprs le retour dans le pays dorigine (voir plus loin). Cette approche dpasse la simple prise en compte des droits et devoirs des migrants, et comprend aussi ceux du pays hte, ce qui reflte le changement de discours sur lintgration constat ces dernires annes12. Depuis 2005, plusieurs ateliers du Dialogue international sur la migration ont port sur ce thme et sur des sujets connexes, comme limage des migrants dans la socit. Les projets de lOIM en matire dintgration se sont considrablement dvelopps depuis 10 ans, surtout en Europe, du fait de limportance prise par le sujet et de la mise en place lchelle de lUE dun fonds consacr la question. Des projets, comme celui intitul Intgration : une approche multiconfessionnelle, rpondent aux besoins des communauts htes daller la rencontre des migrants par le truchement, notamment, de leurs communauts religieuses. Le fait de dispenser aux chefs religieux une formation sur les droits civiques permet de rapprocher la communaut daccueil et les migrants. Les projets mis en uvre ne se limitent toutefois pas lEurope et comprennent, par exemple, des initiatives rgionales Sud Sud, comme les campagnes contre la xnophobie One Movement en Afrique du Sud, lances en 2008 en rponse aux meutes qui avaient clat dans le pays (OIM, 2009d).

    Migration irrgulire et lutte contre la traite des tres humains

    Les moteurs de la migration irrgulire ne sont gure diffrents des facteurs de migration rgulire, et sont donc en grande partie faonns par des variables socioconomiques. Cependant, les voies ouvertes aux migrants potentiels dpendent largement des politiques en place dans les pays de destination. Au dbut des annes 1990, la migration irrgulire est monte en flche sous leffet conjugu de nombreux facteurs, dont des conflits (au Moyen-Orient et dans les Balkans, par exemple), des troubles politiques et des politiques migratoires restrictives. En outre, de nouveaux rseaux intrargionaux de trafic illicite de migrants et de traite des personnes sont apparus et se sont dvelopps en rponse la volont demprunter des itinraires de rechange et souvent risqus (avec laide de passeurs ou de trafiquants) pour parvenir destination.

    Les migrants en situation irrgulire sont aussi bien des hommes, des femmes ou des enfants, et sont particulirement exposs lexploitation et des violations des droits de lhomme.

    11 Voir, par exemple, OIM/OIT/OSCE, 2006.12 Voir, par exemple, OIM, 2007 et OIM, 2010b.

  • 107ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Par ailleurs, les flux migratoires irrguliers entravent le fonctionnement lgitime des pouvoirs publics, dont le but est de rguler lentre et le sjour de non-nationaux sur un territoire donn. La traite des personnes est une forme dexploitation des migrants (rguliers et irrguliers) particulirement grave qui viole leurs droits humains et sape la souverainet des Etats.

    Cest pourquoi, lOIM a introduit plusieurs programmes avec un double objectif : prvenir ces violations et cette exploitation pendant le cycle de migration, et renforcer la scurit en aidant les Etats mettre en place des systmes informatiss de gestion des frontires pour recueillir des donnes, valuer la gestion des frontires et former des fonctionnaires dans ce domaine. La gestion efficace des frontires, associe des voies de migrations sres et lgales, est un aspect essentiel de la mobilit mondiale et un moyen indispensable de faciliter la migration tout en vitant les mouvements illicites et en prservant le respect et les droits humains des migrants.

    Bien que la question de la traite des tres humains soit de plus en plus au centre des proccupations politiques depuis 20 ans, le phnomne est bien plus ancien. Il a t dfini, quoique en des termes plus restreints, la fin de la Seconde Guerre mondiale pour lutter contre le commerce international des femmes notamment des fins de commerce sexuel, comme lindiquait la Convention pour la rpression de la traite des tres humains et de lexploitation de la prostitution dautrui adopte par les Nations Unies en 1949. Mme si ce texte navait pas force obligatoire et prvoyait des mcanismes dautodclaration, il est lune des premires initiatives mondiales de protection dans ce domaine.

    Le regard port sur la traite des personnes a chang durant les annes 1980 et 1990, sous leffet dune prise de conscience de tendances mondiales et dun renforcement de la lutte contre cette pratique. Le tourisme et lexploitation sexuels en Asie du Sud-Est, la traite de femmes et de filles originaires dEurope de lEst en direction de lEurope occidentale, et le trafic destination de lAmrique du Nord, entre autres, ont commenc proccuper les gouvernements et les groupes de dfense des droits de lhomme (OIM, 2005 ; ASEAN/OIM, 2007). En Europe, notamment, lvolution socioconomique des pays du bloc de lEst, le dveloppement de la criminalit organise transnationale, les guerres incessantes en ex-Yougoslavie, et la demande de main-duvre bon march en Europe de lOuest ont t autant de facteurs qui ont expos certaines personnes la traite.

    Les activits de lutte contre la traite de lOrganisation, mises en uvre partir de 1994, taient initialement axes sur la traite aux fins dexploitation sexuelle dont taient victimes les femmes et les filles au lendemain des conflits en ex-Yougoslavie. Cette anne-l, lOIM a galement organis une confrence mondiale Genve sur le thme Mesures prendre au niveau international contre le trafic de migrants et protection des droits des migrants , au cours de laquelle les participants ont tent de donner une premire dfinition de la traite des personnes. Durant les annes 2000, les activits de lOIM se sont dveloppes dans les domaines suivants : prvention, sensibilisation, aide directe aux victimes et rintgration, en Europe, en Afrique, en Asie, en Amrique latine et en Amrique du Nord. Le nombre dtudes sur le sujet a aussi augment rapidement entre 1995 et 2005, lOIM ayant produit elle seule 40 publications (OIM, 2005). En 2000, lOrganisation a cr le Module de lutte contre la traite, qui est aujourdhui la plus grande base de donnes mondiale consacre aux victimes. Dans son document de stratgie de 2007, elle dfinit son rle dans la lutte contre la traite comme suit : Aider les Etats mettre au point et raliser des programmes, des tudes et des expertises techniques visant lutter contre le trafic illicite de migrants et la

  • 108 CHAPITRE 3 | ORGANISATION INTERNATIONALE POUR LES MIGRATIONS : RENOUVEAU ET CROISSANCE DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE FROIDE

    traite des personnes, notamment des femmes et des enfants, dune manire conforme au droit international (MC/INF/287, 2007).

    A lchelle internationale, la ncessit politique de plus en plus imprieuse de lutter contre la traite et le trafic illicite des personnes a dbouch sur ladoption, en 2000, de la Convention des Nations Unies contre la criminalit transnationale organise et, en particulier, des deux protocoles dits de Palerme le Protocole visant prvenir, rprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants, et le Protocole contre le trafic illicite de migrants par terre, air et mer.

    Si, initialement, lapproche suivie lchelle mondiale et par lOIM tait centre sur la traite des femmes et des filles aux fins dexploitation sexuelle, une rorientation sest amorce rcemment. La traite des hommes et des garons apparat comme une tendance mondiale de plus en plus marque, tout comme la traite aux fins dexploitation par le travail, dont le travail domestique (OIM, 2010c). Un nombre croissant de bnficiaires des programmes de lOIM sont des hommes victimes de la traite des fins de travail forc et dexploitation (voir chapitre 4 pour plus dinformation).

    Retour volontaire et rintgration : une composante part entire de la gestion des migrations

    Bien que certaines approches de la migration de retour remontent aux annes 1960, cette question na vraiment pris de limportance qu partir des annes 1980, avec la signature dun nombre croissant daccords de radmission entre pays dorigine et pays daccueil, notamment en Europe occidentale, dans un contexte de forte augmentation du nombre de personnes cherchant se rendre dans des pays industrialiss pour chapper aux perscutions, conflits ou difficults conomiques dans de nombreuses rgions du monde. Dans les annes 1990, ladoption de lois nationales plus strictes en matire dasile, particulirement en Europe, conjugue des taux de rejet levs, sest traduite par un accroissement du nombre de migrants contraints de rentrer chez eux ou de tomber dans lirrgularit dans le pays daccueil (Keely et Stanton Russell, 1994). Les pressions croissantes ainsi exerces sur les rgimes dimmigration et dasile ont donn la question de la migration de retour une importance politique particulire. Faciliter le retour des personnes qui ne satisfaisaient pas aux critres de protection ni aux critres humanitaires devint un enjeu majeur dans de nombreux pays, et a conduit considrer la migration de retour et la rintgration comme faisant partie intgrante de la gestion des migrations. Laide au retour volontaire et la rintgration est dsormais une composante part entire des politiques de migration et dasile de nombreux pays ou organismes rgionaux, comme lUE. En outre, elle est de plus en plus souvent au cur des mesures de coopration visant lutter contre la migration de transit irrgulire, afin daider les migrants en dtresse ltranger, souvent dpourvus de ressources, rentrer chez eux. Plus gnralement, le concept de retour est dsormais intgr dans les dispositifs de migration circulaire.

    Depuis les annes 1980, les activits lies au retour des migrants ont donc occup une place de plus en plus importante dans laction de lOIM, modifiant considrablement son champ dintervention qui, auparavant, tait ax sur lmigration (Perruchoud, 1994). LOIM na cess de raffirmer que ce service visait avant tout mettre les droits fondamentaux des migrants, y compris les droits procduraux, au cur des priorits (MC/INF/293, 2008, p. 2), et quelle ne soccupait pas de retours forcs, tout en admettant qu il est parfois difficile dapprcier si la dcision de quitter un pays est volontaire, tant donn les ventuelles pressions et incitations susceptibles dinfluencer sur ce type de dcision (Perruchoud, 1994).

  • 109ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Il est dsormais largement reconnu que les travailleurs migrants peuvent choisir de rentrer chez eux leur gr, une fois quils se sont constitus un pcule suffisant ou sils souhaitent se rinstaller dans une communaut et un environnement familiers. Une analyse de la migration de retour au cours des dernires dcennies met en vidence la complexit et la diversit croissantes de la migration internationale, ainsi que llargissement progressif de lventail des migrations de retour. Alors que les premires tudes prsentaient le retour simplement comme la fin du cycle migratoire, une fois atteints les objectifs conomiques viss (ou aprs la constatation que ces objectifs nont pu tre atteints), les perspectives adoptes plus rcemment se sont intresses davantage au contexte dans lequel voluent les migrants, chez eux et dans leur socit daccueil. Ce contexte dtermine la fois les circonstances dans lesquelles seffectue le retour, et les conditions dans lesquelles les migrants de retour peuvent se rintgrer durablement dans leur communaut dorigine et contribuer efficacement au dveloppement de leur pays natal.

    Ces 30 dernires annes, les raisons qui ont pouss lOIM mettre en place des programmes de retour volontaire assist et de rintgration ont suivi une volution similaire, reflet du changement des conditions de migration. Le principe, adopt de longue date par lOIM, du retour volontaire , cens rsulter dune dcision claire et non contrainte, est un pralable toute participation de lOrganisation des mesures de retour, et sinscrit dans le prolongement de la question de la prparation du retour, voque plus haut, sans laquelle il ne peut y avoir de rinstallation durable. De mme, lOIM est lavant-garde des efforts de promotion des mcanismes daide aprs le retour et daide la rintgration, qui jouent un rle essentiel dans le processus de retour. Elle met laccent sur lanticipation, un stade prcoce du processus, des perspectives de retour et de rintgration, et sur la promotion de mesures conues pour aider les migrants mobiliser et exploiter des ressources supplmentaires, soit avant leur retour, soit aprs leur rinstallation dans leur pays dorigine.

    Il y a 30 ans, la plupart des programmes de retour volontaire assist et de rintgration de lOIM consistaient simplement faciliter lorganisation du transport. Depuis, ils se sont toffs pour inclure une gamme de services visant favoriser la prennit du retour. La rintgration fait dsormais partie intgrante de ce type de programmes en Belgique, en Espagne, en Irlande, au Royaume-Uni et en Suisse, par exemple. De nombreuses initiatives ne se contentent pas de favoriser la rintgration des migrants de retour, mais aident galement les communauts les accueillir.

    Par ailleurs, on sintresse de plus en plus au lien entre retour et dveloppement et la contribution du premier au second, mme si dautres travaux de recherche sont ncessaires pour analyser les enseignements tirs et dterminer comment amliorer la gestion de la migration de retour dans lintrt de tous migrants et pays et socits concerns. A cet gard, il est fondamental dacqurir une meilleure comprhension de la mise en uvre des programmes de retour volontaire assist et de rintgration, et de dvelopper la coopration dans ce domaine.

    Valorisation du potentiel de dveloppement de la migration

    Aujourdhui, il est gnralement admis que le potentiel de dveloppement de la migration dpend troitement des mesures qui facilitent celle-ci : voies officielles, intgration et rintgration, et capacits de lutte contre les flux migratoires irrguliers, qui augmentent la vulnrabilit des migrants lexploitation et aux violences (voir le Rapport Etat de la migration dans le monde 2008, notamment le chapitre 12).

  • 110 CHAPITRE 3 | ORGANISATION INTERNATIONALE POUR LES MIGRATIONS : RENOUVEAU ET CROISSANCE DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE FROIDE

    Pourtant, jusquaux annes 1990, la migration tait souvent perue par lensemble de la communaut internationale comme un obstacle au dveloppement. Ainsi, la question de l exode des cerveaux , cest--dire lmigration de travailleurs hautement qualifis de pays en dveloppement vers les pays dvelopps, tait au cur des dbats dans les annes 1960 et 1970. On se demandait en outre dans quelle mesure des efforts de dveloppement cibls pouvaient contribuer diminuer les pressions migratoires. Quand il est devenu vident que de tels efforts avaient pour effet (au moins dans un premier temps) de dclencher plutt que de juguler les flux sortants, lintrt pour le lien entre la migration et le dveloppement a rapidement diminu. Une vision plus positive sest progressivement impose vers la fin des annes 1990, lorsque la communaut internationale a pris la pleine mesure du rle jou par les migrants dans le dveloppement de leur pays dorigine grce aux rapatriements de fonds ou aux transferts de comptences et de connaissances et de leur pays de destination par linjection de capital humain niveaux de qualification.

    Tout au long des annes 2000, divers forums internationaux, dont le Dialogue de haut niveau sur les migrations internationales et le dveloppement, organis en 2006 par les Nations Unies, et le Forum mondial sur la migration et le dveloppement (FMMD), cr en 2007, ont clairement mis cette question au rang des proccupations internationales. Par ailleurs, plusieurs processus consultatifs rgionaux sur la migration (PCR) accordent un degr de priorit lev au couple migration et dveloppement. Cest pourquoi, la plupart des parties prenantes reconnaissent aujourdhui les effets positifs de la migration internationale sur les pays dorigine, et considrent les migrants comme des agents potentiels de dveloppement (OIM, 2004).

    Au sein de lOIM, lquation migration et dveloppement a suscit au fil des ans un intrt et un enthousiasme variables. Cette notion se trouvait au cur de la cration de lOrganisation. Dans la rsolution qui a institu le Comit intergouvernemental provisoire des mouvements migratoires dEurope, en 1951, il tait expressment reconnu [q]uil existe un rapport troit entre le problme du dveloppement conomique et celui de limmigration (Rsolution de la Confrence de Bruxelles, 1951). Comme nous lavons mentionn prcdemment, on estimait que la migration organise de la population active europenne excdentaire vers des pays doutre-mer faciliterait le redressement de lEurope aprs la Seconde Guerre mondiale en agissant comme une soupape de scurit et en stimulant la cration de nouveaux dbouchs conomiques dans les pays manquant de main-duvre (Elie, 2010a). Plus tard, la Constitution de 1989 ferait aussi explicitement rfrence cette notion, en reconnaissant dans son prambule que la migration peut stimuler la cration de nouvelles activits conomiques dans les pays daccueil et quune relation existe entre la migration et les conditions conomiques, sociales et culturelles dans les pays en dveloppement .

    Dans les annes 1960 et 1970, le concept de migration et dveloppement a pris corps dans des programmes de migration slective pour lAmrique latine, qui visaient soutenir le dveloppement grce limmigration de travailleurs hautement qualifis venus dEurope (Ducasse-Rogier, 2002). En rponse aux inquitudes suscites par les effets de lexode des cerveaux sur les pays en dveloppement, au dbut des annes 1970, lOIM a abandonn sa stratgie de dploiement court terme de spcialistes au profit de programmes encourageant le retour permanent de nationaux qualifis, initialement mis en uvre en Amrique latine (Oates et de Boeck, 1998). A partir des annes 1980, ces programmes se sont principalement

  • 111ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    focaliss sur les expatris dAsie et dAfrique13, o lon considrait que le problme de lexode des cerveaux tait devenu endmique (OIM, 2009a).

    Plus rcemment, cest essentiellement en Afrique que lOIM a mis en place des programmes particulirement novateurs dans ce domaine. Lun deux est un dispositif par tapes connu sous le nom de programme RQAN (retour et rintgration de nationaux africains qualifis) (MC/INF/244, 2000), dont le but tait de renforcer le rle et lutilisation des connaissances et des comptences des migrants hautement qualifis pour appuyer les processus de dveloppement socioconomique, technique et scientifique de leur pays dorigine (OIM, 2009a, p. 21). Tout au long des annes 1980 et 1990, les programmes se sont multiplis et ont gagn en complexit, conduisant une augmentation du nombre des retours et saccompagnant de nouvelles caractristiques. Ainsi, en 1991, la phase III du programme RQAN a introduit une assistance financire et technique lintention des petits entrepreneurs (Oates et de Boeck, 1998), et a mis profit des programmes de cration demplois dans les pays en dveloppement pour tenter de limiter les pressions migratoires.

    A la fin des annes 1990, toutefois, il est devenu manifeste que, malgr quelques succs leur actif, les programmes RQAN ne donnaient pas toujours les rsultats escompts. Lexode des comptences, notamment, demeurait proccupant, et les programmes ne dbouchaient pas systmatiquement sur des retours de longue dure ou permanents. De nouvelles approches taient donc ncessaires pour continuer neutraliser les effets de lexode des cerveaux et rationaliser les programmes de dveloppement et de migration. Dimportants amnagements ont t introduits dans les programmes RQAN, mais ils taient de plus en plus souvent axs sur les situations daprs-crise et de redressement. Cependant, lun deux offrait aux nationaux la possibilit de retourner au pays pour des affectations de courte dure (entre trois et six mois), car il devenait vident que, souvent, les expatris qualifis prfraient conserver leur poste dans le pays daccueil pendant quils participaient des projets de dveloppement dans leur pays dorigine (OIM, 2009a).

    Forte de lexprience acquise avec les programmes RQAN, lOIM a lanc en 2001 son initiative Migrations pour le dveloppement en Afrique (MIDA). Sappuyant sur un cadre plus souple et plus ouvert, celle-ci portait principalement sur la contribution des membres hautement qualifis de la diaspora leur communaut dorigine, la faveur de retours rpts de courte dure, ainsi que du transfert et du partage de connaissances et de comptences au moyen des technologies modernes. Le programme MIDA largissait le concept de diaspora, afin dinclure les migrants binationaux (jouissant de la double nationalit, du pays hte et du pays dorigine) et ceux de la deuxime ou troisime gnration, et faisait appel aux transferts virtuels et financiers (OIM, 2009a). Consciente de limportance des rapatriements de fonds et des partenariats entre le secteur priv et les communauts de la diaspora pour atteindre des objectifs de dveloppement, la stratgie MIDA veillait en outre la cohrence entre les programmes de lOIM et les stratgies de dveloppement nationales et rgionales plus larges.

    Ces 20 dernires annes, les programmes mis en uvre par lOIM dans dautres rgions, notamment en Amrique latine et en Asie, ont galement mis laccent sur le levier de dveloppement que reprsentent la diaspora et ses rapatriements de fonds. Il convient de

    13 Bien que peu de projets de retour des nationaux qualifis aient t raliss en Europe, la fin de la guerre froide a conduit excuter des programmes axs sur la coopration technique et le transfert de ressources humaines qualifies, notamment en faveur de la Fdration de Russie, dautres Etats indpendants issus de lUnion sovitique, et de la Rpublique dAlbanie.

  • 112 CHAPITRE 3 | ORGANISATION INTERNATIONALE POUR LES MIGRATIONS : RENOUVEAU ET CROISSANCE DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE FROIDE

    souligner quen Amrique latine et dans les Carabes, lOIM a progressivement privilgi la matrialisation du potentiel de dveloppement des rapatriements de fonds et des comptences des migrants au dtriment des programmes de retour. De fait, lAsie, lAmrique latine et les Carabes comptent aujourdhui parmi les plus importants bnficiaires de rapatriements de fonds au monde (OIM, 2008a). Dans le cas de lAsie, lampleur des bouleversements politiques et des mouvements de rfugis qui sen sont suivis a considrablement entrav la mise en uvre des programmes de migration et dveloppement plus classiques qui avaient t utiliss en Amrique latine et en Afrique. Cependant, lessor conomique asiatique de la fin des annes 1990 a entran une hausse importante de la migration de main-duvre (principalement temporaire, avec une forte proportion de femmes), en particulier lintrieur de la rgion (OIM, 2008b). Ces dernires annes, les programmes de lOIM dans cette rgion ont essentiellement vis faciliter les rapatriements de fonds en rduisant les cots de transaction, en sensibilisant aux incidences de lenvoi et de lutilisation des fonds sur lun et lautre sexe, et en enrichissant la base de connaissances relatives aux principaux couloirs de rapatriements de fonds (OIM, 2009a).

    Ainsi, ces 20-30 dernires annes ont t dterminantes dans lvolution des dbats, des politiques et des projets concernant le couple migration et dveloppement. Nombre dautres aspects, tels que la cohrence des politiques de migration et dveloppement, les contributions de la diaspora au dveloppement, la gestion de la dynamique de la population et des ressources qualifies, ou encore lintgration de la migration dans la planification du dveloppement et les stratgies de rduction de la pauvret, sont galement en cours dtude ou mis en uvre (MC/INF/281, 2005 ; GMG, 2010).

    Promotion de la sant des migrants

    Depuis sa cration, lOrganisation fournit des services de sant dans le contexte migratoire ses Etats Membres. Pendant longtemps, toutefois, ces services sont rests assez limits, consistant essentiellement procder un examen mdical des migrants, leur administrer les soins mdicaux et vaccinations ncessaires, et vrifier leur aptitude au voyage. Les interventions de lOIM dans les situations durgence humanitaire et de dplacements massifs de populations, telles que celles lies la crise indochinoise, se sont traduites par un accroissement du volume de services mdicaux offerts, notamment dans le cadre de programmes dvacuation et de rinstallation, ce qui a sans doute fait de lOIM le plus important prestataire de services dvaluation sanitaire dans le contexte de limmigration au dbut des annes 2000 (OIM, 2003, p. 89). Bien que les valuations sanitaires et les soins mdicaux prodigus avant le dpart restent une composante essentielle des programmes sanitaires, la palette de services mdicaux a progressivement t largie pour englober tous les aspects de la sant des migrants partir des annes 1990 (Ducasse-Rogier, 2002). Conjugues aux dplacements durgence, la migration de main-duvre et la migration irrgulire, et notamment la traite des personnes, ont ncessit de sintresser dautres enjeux sanitaires lis la migration ainsi quaux activits oprationnelles associes (OIM, 2003, p. 87).

    Cest ainsi quau fil des ans, une meilleure comprhension des effets rciproques entre migration et sant sest fait jour. Il a t reconnu que la mobilit ninflue pas uniquement sur la sant des personnes qui se dplacent mais aussi sur celle des communauts dans lesquelles elles sjournent et sur celle des communauts dorigine o ces personnes sont appeles retourner (MC/INF/262, 2003, p. 7). LOIM a donc commenc envisager le

  • 113ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    lien entre la sant et la mobilit comme un lment fondamental de la sant publique en gnral, qui justifiait des stratgies globales. Elle a adopt une approche de la sant dans le contexte migratoire qui concern[ait] lensemble des populations mobiles, de mme que leurs communauts dorigine et dadoption et qui touch[ait] potentiellement tous [ses] domaines dintervention . Dans ce cadre, le rle de la Division Migration et sant (MHD) de lOrganisation a t dfini comme suit : promouvoir le bien-tre physique, mental et social des migrants, [...] leur fournir des services de sant de grande qualit et [...] faciliter la mise en uvre de stratgies de gestion des aspects sanitaires de la migration, par le biais dactivits de recherche, de coopration technique et de conseil (MC/INF/275, 2004, p. 1). LOIM sestime qualifie pour fournir directement des services sanitaires quitables aux individus et aux communauts, la demande des Etats concerns et en accord avec eux, et pour conseiller les gouvernements et les aider renforcer leurs capacits en matire dlaboration de politiques nationales, rgionales et mondiales visant promouvoir et protger la sant des migrants (OIM, 2003, p. 87 ; OIM, 2009b, pp. 11 et 12).

  • 114 CHAPITRE 3 | ORGANISATION INTERNATIONALE POUR LES MIGRATIONS : RENOUVEAU ET CROISSANCE DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE FROIDE

    LA QUESTION DE LA GOUVERNANCE : UN ESPACE DACTION PUBLIQUE EN FORMATION

    La migration tant de plus en plus au centre des proccupations internationales depuis 20 ans, de nombreuses questions se posent quant aux meilleurs moyens de parvenir une gouvernance mondiale efficace dans ce domaine. Lun des principaux dfis auxquels la plupart des Etats sont confronts consiste peut-tre parvenir un quilibre dlicat entre le respect de la souverainet nationale sur les questions de migration, et la participation aux diverses initiatives supranationales, qui vont des dialogues informels aux instruments juridiques internationaux.

    Londe de choc provoque par les attentats du 11 septembre 2001 a encore accru la complexit de la situation. De plus en plus souvent, en effet, des liens ont t tablis entre migration, scurit et terrorisme international, ce qui a amen plusieurs pays de destination prendre des mesures unilatrales pour apaiser les inquitudes croissantes sexprimant lchelle nationale (OIM, 2003 et 2010d ; Aleinikoff, 2003). Il nen reste pas moins que toute approche unilatrale dun problme multilatral tel que la migration reste intrinsquement limite et que diverses formes de coopration simposent : accords bilatraux et rgionaux entre pays (par exemple, sur la mobilit de la main-duvre et la radmission), nouveaux modes de coopration rgionale et multilatrale informelle et non contraignante, et divers forums de dialogue sur les politiques migratoires consacrs un large ventail de questions relatives la migration.

    La prsente section, qui sintresse principalement lmergence et au rle des mcanismes informels non contraignants, souvre sur une prsentation succincte des instruments multilatraux et rgionaux existants. Il existe de nombreux instruments internationaux qui sont applicables la migration internationale, mais ils ne forment pas un ensemble homogne et, ce jour, il nexiste aucun rgime global unique rgissant la migration lchelle mondiale (Hanser, 2010). La Convention internationale des Nations Unies de 1990 sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille fait figure dexception. Elle porte bel et bien sur la migration, mais ses principaux signataires sont des pays dorigine, signe de la rticence des grands pays de destination y tre parties (voir, par exemple, MacDonald et Cholewinski, 2007 ; et Piper et Iredale, 2003).

    Il existe dautres instruments juridiques plus cibls qui se rapportent la migration : deux conventions de lOrganisation internationale du Travail, la Convention (n 97) sur les travailleurs migrants (rvise) de 1949, et la Convention (n 143) sur les travailleurs migrants (dispositions complmentaires) de 1975 ; et deux protocoles additionnels la Convention des Nations Unies contre la criminalit transnationale organise : le Protocole visant prvenir, rprimer et punir la traite des personnes, en particulier des femmes et des enfants (2000), et le Protocole contre le trafic illicite de migrants par terre, air et mer (2000). Dautres instruments se rapportent indirectement la migration, dont le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, le Pacte international relatif aux droits conomiques, sociaux et culturels (1966), la Convention sur llimination de toutes les formes de discrimination lgard des femmes (1979), et la Convention relative aux droits de lenfant (1989).

  • 115ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Les progrs enregistrs ces dernires annes ont t plus importants au niveau rgional que mondial. La mobilit de la main-duvre ou la libre circulation des personnes ont t dfinies de manire plus explicite dans le cadre de plusieurs processus dintgration conomique rgionale notamment lUE, la suite de lAccord de Schengen et du Trait dAmsterdam, mais aussi le MERCOSUR14 et lUNASUR15 en Amrique latine, lUnion africaine (UA), la CEDEAO16 en Afrique de lOuest, et lASEAN17 en Asie du Sud-Est. En outre, des accords bilatraux sur la main-duvre se sont multiplis entre pays dorigine et pays de destination, enregistrant mme un essor sans prcdent depuis 1991 (OIM, 2003).

    Rle de lOIM et des mcanismes non contraignants dans la gouvernance de la migration

    En labsence dun rgime mondial, les mcanismes de gouvernance non contraignants ou informels (quils soient rgionaux ou centrs sur un thme prcis) donnent aux Etats et aux parties prenantes concernes la possibilit dchanger informations et bonnes pratiques, et de cooprer en vue de trouver des solutions viables aux problmes communs.

    Les efforts dploys par lOIM pour dvelopper et promouvoir le dialogue international sur la migration depuis le milieu des annes 1980 ont concid avec laccroissement du nombre de forums traitant des questions migratoires. Au dpart, lattention tait focalise sur la recherche de solutions aux problmes poss par laugmentation des demandeurs dasile. Lextrait suivant rsume la situation qui prvalait lpoque :

    En 1984, le nombre de demandeurs dasile en Europe occidentale a cr de 50 % par rapport lanne prcdente. Il nexistait alors que deux grandes instances de dialogue intergouvernemental sur cet essor inattendu : le Sous-Comit plnier sur la protection internationale du Comit excutif du Haut Commissariat des Nations Unies pour les rfugis, et le Comit ad hoc dexperts du Conseil de lEurope sur les aspects juridiques de lasile territorial, des rfugis et des apatrides. Entre 1984 et 1991, le nombre de demandeurs dasile a plus que quintupl rien quen Europe occidentale, et a quasiment quadrupl en Amrique du Nord et en Australie. En 1991, plus de 100 runions ont t organises sur ce sujet dans trentaine denceintes (Stanton et Keely, 1994, p. 6).

    La Constitution de 1989 a tabli que lun des rles de lOIM tait doffrir aux Etats, ainsi quaux organisations internationales et autres organisations, un forum pour des changes de vues et dexpriences et pour la promotion de la coopration et de la coordination des efforts internationaux sur les questions de migration internationale, y compris des tudes sur de telles questions en vue de dvelopper des solutions pratiques (art. 1.1.e). En 1995, le Conseil a avalis le rle de lOrganisation visant favoriser la comprhension des questions de migration et devenir le point de rfrence naturel pour lobtention dinformations sur les migrations internationales, rgionales et internes (rsolution n 923, 1995, paragraphe 2 ; MC/1842, 1995). Cette mme anne, les objectifs ci-aprs ont t assigns

    14 March commun du Sud, lorganisation conomique rgionale sud-amricaine. Voir http://www.mercosur.int/msweb/Portal%20Intermediario/

    15 Union des nations de lAmrique du Sud. Voir http://www.pptunasur.com/16 Communaut conomique des Etats de lAfrique de lOuest. Voir http://www.ecowas.int/?lang=fr17 Association des nations de lAsie du Sud-Est. Voir http://www.aseansec.org/

  • 116 CHAPITRE 3 | ORGANISATION INTERNATIONALE POUR LES MIGRATIONS : RENOUVEAU ET CROISSANCE DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE FROIDE

    lOIM : conduire [...] le dbat international sur la migration et assumer un rle prpondrant et dynamique dans le dbat international sur les questions de migration [...] de manire favoriser une coopration internationale accrue dans le domaine de la migration (MC/1842, 1995, pp. 13 et 14).

    En 1989, des responsables de lOIM avaient estim que lOrganisation devrait [...] dvelopper sa propre capacit dagir comme un catalyseur pour ce genre de discussions et devenir linstitution charge de la mise en uvre des politiques de migration qui rsulteraient dun tel dialogue (MC/1631, 1989, pp. 13 et 21). Lances vers le milieu des annes 1980, ces discussions, qui se sont progressivement imposes sous la dnomination de Processus consultatifs rgionaux sur la migration (PCR), ont gagn en importance au cours des annes 1990 et 2000 (Thouez et Channac, 2006). Les PCR traitent de questions trs diverses, telles que la migration de main-duvre, le couple migration et dveloppement, la migration et le commerce, lintgration des migrants, la protection des droits des migrants, le trafic illicite et la traite dtres humains, ou encore la thmatique migration et sant (Klein Solomon, 2005). Pilotes par les Etats, ces runions rgionales priodiques, informelles et non contraignantes ont t cres dans le but de dbattre de questions migratoires, tout en permettant aux Etats de conserver leur libert daction et toute la souplesse voulue en matire de gestion des migrations (Hansen, 2009). Au cours de ces runions, les Etats sefforcent de parvenir un consensus partiel sur les politiques migratoires rgionales et lancent des projets de coopration (Georgi, 2010, p. 55).

    Nayant pas force obligatoire, les PCR ne visent pas produire des rsultats normatifs, et ne doivent donc pas ncessairement tre considrs comme les prmisses de la cration dinstitutions formelles ou dun rgime migratoire contraignant (Klein Solomon, 2005). Cependant, les recommandations, dclarations et plans daction issus des PCR ont manifestement eu une influence certaine aux chelons national et rgional. Il est probable qu une grande partie de lintrt que prsentent les PCR [...] rside dans leur nature informelle et non obligatoire (Klein Solomon, 2005, p. 10), car ils facilitent la coopration, la concertation et la cohrence aux niveaux national, rgional et international (par la confiance quils instaurent), le partage de donnes et dinformations, et le renforcement des capacits des Etats qui nont pas dexprience en gestion des migrations.

    Depuis le milieu des annes 1990, lOIM a particip la plupart des PCR en qualit de membre, de partenaire ou dobservateur. Elle a largement contribu au dveloppement et la prennit de ces processus, en apportant son concours la majorit des secrtariats de PCR et, parfois, en assumant la responsabilit dactivits de suivi : recherche, diffusion dinformations, renforcement des capacits, coopration technique, ou mise en uvre de projets (Thouez et Channac, 2006). Elle a notamment jou un rle important dans les processus de Puebla (Amriques) et de Colombo (Asie du Sud), et dans le Dialogue sur la migration en Afrique australe (MIDSA). Les processus rgionaux peuvent jeter les fondements dun cadre commun de gestion des migrations, et ont effectivement inspir la cration dautres tribunes informelles et non contraignantes dans ce domaine, dont lInitiative de Berne et le Dialogue international sur la migration de lOIM.

    Tout au long des annes 2000, plusieurs mcanismes informels sont venus sajouter aux PCR. En 2001, avec lappui de lOIM, le Gouvernement suisse a lanc lInitiative de Berne, un processus mondial de discussions pilot par les Etats, qui a dbouch en 2004 sur ladoption dun rapport final intitul Agenda international pour la gestion des migrations. Par ailleurs,

  • 117ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    en coopration avec lOrganisation internationale du travail (OIT), le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de lhomme (HCDH), la Confrence des Nations Unies sur le commerce et le dveloppement (CNUCED), le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les rfugis (HCR) et lOffice des Nations Unies contre la drogue et le crime (UNODC), lOIM a cr en avril 2003 le Groupe de Genve sur les migrations, qui deviendra en 2006 le Groupe mondial sur la migration (GMG). Le GMG est un groupe interinstitutions runissant 16 chefs de secrtariat, qui a pour but de favoriser lapplication de lensemble des normes et instruments internationaux et rgionaux pertinents se rapportant la migration, et dencourager ladoption dapproches cohrentes, compltes et concertes en matire de migration internationale18. A la fin de 2003, le Secrtaire gnral des Nations Unies et un certain nombre dEtats ont lanc la Commission mondiale sur les migrations internationales (CMMI), un organe indpendant dont le mandat tait doffrir un cadre pour la formulation de solutions cohrentes et globales aux problmes de migration (CMMI). Cette commission a cess ses fonctions en 2005, et ses conclusions et recommandations ont t publies cette mme anne19.

    Avec la cration du Forum mondial sur la migration et le dveloppement (FMMD), en 2007, une autre enceinte internationale de premier plan est ne qui, cette fois, est axe sur le lien entre la migration et le dveloppement, conformment aux recommandations formules en 2006 par le Dialogue de haut niveau des Nations Unies sur les migrations internationales et le dveloppement. Aujourdhui dans sa cinquime anne dexistence, le FMMD est conu comme un processus informel, non contraignant et volontaire, pilot par les Etats, qui vise formuler lintention des gouvernements des recommandations pour leur permettre damliorer leurs pratiques et leurs politiques dans lintrt des socits dorigine et daccueil et des migrants eux-mmes20. Le rle de lOIM lgard du FMMD varie selon les besoins de lEtat hte, mais consiste gnralement dtacher un conseiller principal pour aider chacun des gouvernements qui en assure la prsidence se prparer et grer sa prsidence. LOIM apporte galement son concours sous la forme de travaux, la demande des organisateurs et/ou des Etats participants, et notamment de la socit civile. Elle hberge par ailleurs une Unit dappui indpendante, qui facilite le travail du prsident en exercice du FMMD (MC/INF/302, 2010).

    Enfin, forte des connaissances spcialises acquises dans le cadre des PCR, lOIM a lanc son propre forum mondial annuel, le Dialogue international sur la migration (IDM), loccasion de la session du Conseil clbrant le cinquantime anniversaire de lOrganisation, en 200121. Durant cette session, le Conseil a adopt la rsolution n 1055, afin de renforcer le rle du Conseil en tant que forum de dialogue sur les politiques migratoires, en accord avec la Constitution de lOrganisation (2001). La cration de lIDM apparat donc comme la ralisation de lun des principaux objectifs de lOIM dfinis en 1989. Reconnaissant que la migration tait dbattue dans de nombreuses enceintes internationales, lOrganisation a considr que [c]e qui fai[sai]t dfaut, c[tait] un cadre pour rassembler tous les fils conducteurs et pour permettre de discuter de la migration dans son ensemble plutt que de ses divers aspects et que lune des vocations majeures du CIM pour les annes venir tait en fait dlaborer une semblable approche globale du dialogue sur la migration (MC/1631, 1989 p. 21). En 2007, les Etats Membres de lOIM ont confirm le caractre prioritaire de lIDM en lincluant dans la stratgie de lOrganisation. Comme dautres processus consultatifs, le Dialogue international

    18 Voir le site web du GMG : http://www.globalmigrationgroup.org/19 Voir Les migrations dans un monde interconnect : nouvelles perspectives daction, disponible ladresse suivante : http://www.gcim.org/fr/20 Voir le site web du FMMD : http://www.gfmd.org/21 Voir OIM, 2002, et la page web de lIDM : http://www.iom.int/idm

  • 118 CHAPITRE 3 | ORGANISATION INTERNATIONALE POUR LES MIGRATIONS : RENOUVEAU ET CROISSANCE DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE FROIDE

    sur la migration est un mcanisme informel et non contraignant qui na pas vocation laborer des normes ou des rsolutions ayant force obligatoire. Il sinscrit dans le cadre du Conseil de lOIM, et offre aux Etats Membres de lOrganisation et aux observateurs une tribune dchange de vues et dexpriences, afin de faciliter la coopration entre Etats sur la migration internationale, et de promouvoir la cohrence entre la migration et les domaines connexes de laction publique, ainsi quavec dautres acteurs et parties prenantes (Klein Solomon, 2005, p. 5).

    Bien quil nexiste aucun rgime international des migrations, la gouvernance de la migration occupe, depuis quelques annes, le devant de la scne politique. Lmergence de mcanismes informels lchelle rgionale et mondiale tmoigne clairement dune prise de conscience de la ncessit de cooprer et dchanger par-del les mesures unilatrales. Cependant, la nature et la structure informelles de telles tribunes seront-elles viables long terme et, dans le cas contraire, quelles pourront tre les solutions de remplacement ? Dans les annes venir, il faudra dterminer comment adopter des plans daction concrets dans des institutions et des cadres juridiques.

  • 119ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    CONCLUSION

    Depuis la fin des annes 1980, lOrganisation internationale pour les migrations a volu, adoptant une approche globale de la gestion des migrations en rponse aux changements survenus dans les tendances migratoires dans le monde. Le prsent chapitre a analys cette volution en examinant le dveloppement des programmes de lOIM, llargissement de son champ daction et sa dmarche stratgique. LOrganisation a indubitablement conserv et mme renforc son utilit, puisquelle revt dsormais une dimension mondiale, dfend des intrts plantaires, et dispose de la capacit dagir dans chaque rgion du globe et de rpondre lventail complet des questions migratoires et des enjeux connexes. En dpit de ces changements spectaculaires et du rythme de son expansion, lOIM est reste concentre sur son objectif essentiel, savoir uvrer de concert avec ses Etats Membres pour promouvoir une gestion des migrations ordonne et respectueuse de la dignit humaine.

    Aprs 20 ans de croissance rapide, peut-tre faut-il se demander dans quelle direction lOrganisation va voluer. A lvidence, plusieurs domaines dont le couple migration et dveloppement ont pris de lampleur ces dernires annes et resteront au premier plan. Il en existe dautres, plus rcents comme la migration induite par les changements environnementaux qui gagneront en importance et dans lesquels lOrganisation joue un rle minent de chef de file . Il ne fait donc aucun doute qu lavenir, lOIM poursuivra ses activits traditionnelles tout en restant ouverte aux tendances mergentes et en ragissant rapidement en cas de crises. Le renforcement des capacits des Etats Membres et des autres parties prenantes en matire de gestion des migrations, tel quexpos dans le Rapport Etat de la migration dans le monde 2010 de lOIM, est vou occuper une place de plus en plus centrale dans laction de lOrganisation.

    Le dbat sur lapproche globale de la gestion des migrations, notamment sur llaboration dun modle appropri de gouvernance internationale des migrations, se poursuivra certainement. Les activits de recherche et de forum continueront dvelopper ce thme, et rechercher les moyens de rendre la coopration internationale plus efficace. Cette volution aura sans nul doute une incidence sur lavenir dautres mcanismes, tels que le FMMD ou les PCR examins plus haut.

    Enfin, dans les annes venir, il sera intressant dobserver lvolution des liens entre lOIM et le systme des Nations Unies sur les questions de migration. Comme nous lavons indiqu prcdemment, lOIM participe de plus en plus souvent divers mcanismes interinstitutions, et intervient au sein de lquipe de pays des Nations Unies dans plusieurs endroits. Officiellement, toutefois, elle conserve un statut dobservateur auprs de lONU, ce qui prsente des avantages et des inconvnients sur le plan des interventions et du lancement de nouvelles initiatives. Il est certain que les Etats Membres suivront cette question avec intrt.

    A lheure de la mondialisation, la migration est un phnomne enracin dans le tissu social de la socit actuelle. Elle restera importante et au cur des proccupations politiques dans un avenir prvisible. Ces 60 dernires annes, lOIM tait la pointe du dbat sur la migration, adaptant sa vision et ses oprations lvolution des tendances migratoires. Seule organisation dote dun mandat mondial sur la migration, elle aura un rle central jouer lavenir, tant sur la scne internationale quau service de ses Etats Membres.

  • 120 CHAPITRE 3 | ORGANISATION INTERNATIONALE POUR LES MIGRATIONS : RENOUVEAU ET CROISSANCE DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE FROIDE

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    Klein Solomon, M.2005 International Migration Management through Inter-State Consultation

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    Origin and Destination. Organisation pour la scurit et la coopration en Europe (OSCE), Vienne/Organisation internationale du Travail (OIT), Genve/OIM, Genve.

    Organisation internationale pour les migrations (OIM)2002 Cinquantime anniversaire de lOrganisation internationale pour les migrations.

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  • 123ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

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    Processes. West European Politics, vol. 29(2), pp. 370387.

    Rsolutions/Constitutions

    Rsolution de la Confrence de Bruxelles du 5 dcembre 1951 (Rsolution portant cration dun Comit intergouvernemental provisoire pour les mouvements migratoires dEurope), adopte par les gouvernements prsents la Confrence de Bruxelles sur les migrations, tenue du 26 novembre au 4 dcembre 1951. Archives de lOIM.

    Acte constitutif du Comit pour les migrations europennes (CIME), 19 octobre 1953. Archives de lOIM.

    Rsolution du Conseil n 610 du 19 novembre 1979 (La vocation mondiale du CIME). Archives de lOIM.

    Rsolution n 724 du 20 mai 1987 (Amendements lActe constitutif du Comit pour les migrations europennes, adopte sa cinquante-neuvime runion, le 9 octobre 1953). Archives de lOIM.

    Constitution de lOIM, 1989 (Constitution de lOrganisation internationale pour les migrations). Archives de lOIM.

    Rsolution du Conseil n 923 du 29 novembre 1995 (Activits futures de lOIM).

    Rsolution du Conseil n 1055 du 29 novembre 2001 (Rle du Conseil en tant que forum de dialogue sur les politiques migratoires).

    Rsolution du Conseil n 1150 du 7 juin 2007 (Stratgie de lOIM).

  • 124 CHAPITRE 3 | ORGANISATION INTERNATIONALE POUR LES MIGRATIONS : RENOUVEAU ET CROISSANCE DEPUIS LA FIN DE LA GUERRE FROIDE

    Documents dinformation de lOIM

    MC/1631 (Maintien de lefficacit de lOrganisation en vue de nouveaux dfis. Rapport du Directeur gnral sur la mise en uvre de la rsolution n 749 du 26 mai 1988), 13 octobre 1989.

    MC/1842 (Planification stratgique de lOIM : cap sur le vingt et unime sicle), 9 mai 1995.

    MC/2216 (Stratgie de lOIM Rapport de la Prsidente), 24 mai 2007.

    MC/INF/234 (Coopration de lOIM avec le systme des Nations Unies), 30 octobre 1997.

    MC/INF/236 (Politique et programmes de retour de lOIM : une contribution la lutte contre limmigration illgale), 5 novembre 1997.

    MC/INF/240 (Coopration technique en matire de migration : Contribution de lOIM llaboration dune politique de migration et une gouvernance renforce de la migration), 28 octobre 1999.

    MC/INF/244 (Document-cadre de politique migratoire de lOIM pour lAfrique subsaharienne), 17 novembre 2000.

    MC/INF/249 (Interventions durgence et daprs-conflit [19902001]), 10 mai 2002.

    MC/INF/255 (Elments dune approche globale de la gestion des migrations), 1er novembre 2002.

    MC/INF/258 (Politiques et activits de lOIM concernant les personnes dplaces dans leur propre pays), 18 novembre 2002.

    MC/INF/259 (Politique et activits de lOIM concernant les droits des migrants), 13 novembre 2002.

    MC/INF/260 (Rle de lOIM dans les situations de crise et daprs-conflit), 18 novembre 2002.

    MC/INF/262 (Note sur la stratgie de lOIM Les conditions migratoires actuelles et futures et le rle de lOIM), 13 octobre 2003.

    MC/INF/263 (Relations OIM-ONU Rapport succinct du Groupe de travail sur le cadre institutionnel), 10 novembre 2003.

    MC/INF/266 (Le rle de lOIM dans le renforcement des dialogues sur la migration), 10 novembre 2003.

  • 125ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    MC/INF/269 (Coopration technique en matire de migration [CTM] Contribution de lOIM au renforcement des capacits institutionnelles en matire de gestion des migrations), 10 novembre 2003.

    MC/INF/270 (Traites des tres humains Stratgies et activits de lOIM), 11 novembre 2003.

    MC/INF/274 (Stratgie de lOIM Les conditions migratoires actuelles et futures et le rle de lOIM), 4 novembre 2004.

    MC/INF/275 (La sant dans le contexte migratoire Un bnfice partag par toutes les parties), 8 novembre 2004.

    MC/INF/281 (Grandes approches de la migration et du dveloppement), 9 novembre 2005.

    MC/INF/285 (Relations OIMONU), 14 novembre 2006.

    MC/INF/287 (Stratgie de lOIM), 9 novembre 2007.

    MC/INF/290 (Relations OIM-ONU : complment danalyse des avantages et inconvnients des diffrentes options envisages), 9 novembre 2007.

    MC/INF/293 (Dialogue international sur la migration 2008 Migration de retour : dfis et opportunits), 10 novembre 2008.

    MC/INF/298 (Droits humains des migrants Politiques et activits de lOIM), 12 novembre 2009.

    MC/INF/302 (Examen de la stratgie de lOIM), 12 octobre 2010.

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION 127

    APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 20101

    INTRODUCTIONDepuis sa cration en 1951, lOIM a jou un rle de plus en plus important dans le domaine des migrations internationales, au service des migrants et des Etats Membres des diffrentes rgions du monde. Sa croissance est particulirement forte depuis 10 ans : le nombre de ses Etats Membres a plus que doubl, son budget a quadrupl, et la diversit de ses activits est telle que les parties prenantes peinent se tenir informes de la nature, du lieu, des modalits et des circonstances de ses interventions. En cette anne o lOrganisation clbre son soixantime anniversaire, il nous a donc sembl judicieux dadjoindre une aperu statistique au prsent Rapport, afin de donner un aperu des activits et de fournir des donnes de base qui serviront de point de rfrence pour valuer les volumes dactivit futurs.

    LOIM collecte des statistiques sur ses programmes et projets oprationnels dans plus de 133 pays. Bien que les donnes sur les oprations soient principalement recueillies aux fins dlaboration, dvaluation et de gestion des projets, elles nen sont pas moins importantes pour la recherche, et permettent aussi lOrganisation de prsenter ses activits aux Etats Membres et aux donateurs. Les statistiques de lOIM comprennent des donnes sur les personnes aides depuis sa cration en 1951, mme si ces informations comportent parfois des lacunes et des incohrences. Une premire analyse de ces lments a t effectue en 2001 et a donn lieu la publication dun ouvrage intitul LOrganisation Internationale pour les Migrations 1951 - 2001.

    Les statistiques donnes dans le prsent chapitre couvrent la dcennie suivante. Elles portent sur diffrents types dactivits lies aux mouvements (rinstallations ou rapatriements), mais aussi sur dautres formes dintervention qui se sont considrablement diversifies au fil des ans. En particulier, on y trouve pour la premire fois des statistiques sur les services assurs par lOIM dans les situations durgence, tels que laide aux personnes dplaces lintrieur de leur propre pays ou aux rfugis.

    Le fait que lOIM recueille des statistiques essentiellement aux fins dlaboration, dvaluation et de gestion des projets impose certaines limites la collecte et lanalyse des donnes globales. Les donnes oprationnelles se rapportent en effet davantage lexcution des programmes et des projets qu lvolution ou aux types des flux migratoires. En dautres termes, les donnes disponibles sont surtout recueillies en fonction des caractristiques des services (type et nombre de services fournis), et non du nombre de bnficiaires ou

    1 Cette aperu statistique naurait pas t possible sans la contribution dun certain nombre de personnes. Nous tenons remercier tous les bureaux extrieurs pour leur formidable travail de collecte dinformations, ainsi que le Dpartement de la gestion des migrations (DMM), le Dpartement des oprations et des situations durgence (DOE) et le Dpartement de la coopration internationale et des partenariats (ICP) pour leur travail de synthse. Nos remerciements vont en particulier Pindie Stephen, Ricardo Cordero et Pooja Pokhrel (Division Migration de main-duvre et migration assiste) ; Sacha Chan Kam, Sarah Craggs et Anvar Serojitdinov (Division de laide aux migrants) ; Patrick Corcoran et Aurelia Collados de Selva (Division de la gestion de limmigration et des frontires) ; Goran Grujovic, Jenna Iodice et Alexander Kapirovsky (Division Migration et sant) ; Patrice Cluzant et Mike Gray (Division des rinstallations et de la gestion des mouvements) ; Chiara Milano et Fernando Calado (Division des situations durgence et daprs-crise) ; Daniel Redondo et Kristina Touzenis (Unit du droit international de la migration) ; et Valerie Hagger (Unit des publications).

    CHAPITRE 4-

  • 128 CHAPITRE 4 | APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010

    de la catgorie des migrants aids. En outre, il faut garder lesprit les points suivants (voir galement lencadr 2 sur les sources des donnes la fin du chapitre) :

    a) Sries chronologiques : les statistiques incluses ici sont censes couvrir la priode allant de janvier 2001 dcembre 2010. Pour certaines activits de lOIM, toutefois, les donnes ne sont recueillies systmatiquement que depuis quelques annes, si bien quelles sont parfois incompltes ou constituent les meilleures estimations disponibles. Dautres activits sont peu documentes car elles ont t lances aprs 2001.

    b) Priorit aux activits de lOIM : les statistiques prsentes ici se rapportent uniquement aux services de lOIM et refltent souvent des donnes privilgiant les pays o lOrganisation excute des programmes de longue date ou dans lesquels des situations durgence ont ncessit des interventions majeures. Ces chiffres ne doivent donc pas tre considrs comme des indicateurs de schmas migratoires lchelle mondiale (par exemple, en ce qui concerne les retours ou la lutte contre la traite), mais ils peuvent tre utiliss pour complter ou recouper des sources de donnes externes.

    c) Ventilation des donnes : les donnes tant principalement recueillies aux fins de gestion des programmes et des projets, elles ne sont souvent pas ventiles en fonction de lvolution ou du type des flux migratoires. Ainsi, les programmes de retour peuvent comprendre diffrentes catgories de personnes (personnes bnficiant dune protection temporaire, demandeurs dasile dbouts et migrants victimes de la traite). Or, les donnes disponibles sur les mouvements de retour ne peuvent pas, actuellement, tre dissocies par catgories, qui devraient normalement prsenter dimportantes variations en fonction de caractristiques telles que lge et le sexe.

    d) Comptages multiples : lOIM fournit souvent diffrents services aux migrants parfois non seulement dans le pays dorigine, mais aussi dans le pays daccueil selon leurs besoins spcifiques. Certains migrants peuvent ainsi tre enregistrs dans plus dun secteur de services ou par plusieurs bureaux extrieurs de lOIM. En labsence dun systme de donnes totalement intgr capable de suivre les enregistrements au niveau individuel, il se peut que le nombre total de bnficiaires soit fauss du fait de comptages multiples ou denregistrements incohrents. Cest pourquoi, les statistiques qui suivent se rapportent parfois au nombre de services fournis plutt quau nombre de bnficiaires.

    e) Couverture : globalement, le taux de rponse des bureaux extrieurs se situe entre 80 et 90 %, ce qui a permis dobtenir des estimations fiables pour la plupart des indicateurs. Pour certains services, toutefois, les informations disponibles ntaient pas suffisantes pour produire une estimation lchelle mondiale, si bien que seules les donnes globales au niveau national ou rgional ont t incluses.

    Le prsent chapitre livre des donnes sur les dix dernires annes, en commenant par les activits relatives aux mouvements (rinstallations, rapatriements), suivi des services daide aux migrants (retours volontaires assists et rintgration, aide aux victimes de la traite, services prconsulaires, mesures facilitant le recrutement et lemploi, programmes de formation des migrants et valuations sanitaires). Laide aux personnes dplaces dans leur propre pays, rfugis, ex-combattants, font partie des interventions durgence en cas de crise humanitaire et assistance daprs-crise. Elle examine ensuite brivement les programmes visant renforcer les capacits destins aux fonctionnaires gouvernementaux, reprsentants des organisations internationales, des organisations non-gouvernementales et de la socit civile, y compris les sminaires sur le droit international de la migration et de la gestion des migrations. Pour finir, elle propose un panorama des publications de lOIM depuis 2001 et les chiffres correspondants. Les deux encadrs de la fin donnent quelques chiffres cls sur les activits menes depuis 60 ans, et dcrivent les sources des donnes utilises pour laborer ce chapitre.

  • 129ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    MOUVEMENTS

    Rinstallation Rinstallation 20012010 2010

    Pays de dpart couverts 165 123

    Pays de rinstallation couverts 136 92

    Nombre de projets/programmes 212 74

    Dpenses totales 1 141 millions de dollars E.-U. 158 millions de dollars E.-U.

    Nombre de bnficiaires (rfugis) 810 000 101 685

    Faciliter la rinstallation de rfugis dans les Etats qui leur offrent une protection temporaire ou la possibilit de se rinstaller dfinitivement est, depuis toujours, lune des principales activits de lOIM. De 2001 2010, elle a aid 810 000 rfugis se rinstaller dans un pays tiers, ce qui reprsente 49 % de lensemble des efforts quelle dploie pour prter assistance aux personnes ayant besoin dun transport international. Le nombre de rfugis secourus par lOIM durant cette priode comptait presque autant dhommes (51 %) que de femmes (49 %).

    Laide la rinstallation des rfugis a nettement recul en 2002 et 2003, aprs les attentats du 11 septembre 2001 et le ralentissement des admissions de rfugis aux Etats-Unis dAmrique, d pour une large part des restrictions lies la scurit. A mesure qutaient rsolus les problmes de scurit, le nombre dadmissions a progress rgulirement aux Etats-Unis dAmrique pendant le reste de la dcennie. Durant cette priode, les cas de rinstallation de rfugis ont continu se diversifier et/ou augmenter, pour englober de plus en plus de groupes ou de nationalits bnficiant du statut de rfugi, de rgions dorigine (voir la figure 1 et la carte 1) et dEtats offrant aux personnes ncessitant une protection internationale la possibilit de se rinstaller durablement.

    Figure 1. Nombre total de personnes rinstalles, par rgion de dpart, 20012010

    Source : OIM, 2011.

  • 130 CHAPITRE 4 | APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010

    Entre 2001 et 2010, 532 078 rfugis se sont rendus aux Etats-Unis dAmrique, soit 66 % des bnficiaires dune aide la rinstallation dans le monde. Au total, 103 282 personnes ont reu une aide pour se rinstaller au Canada, 60 000 en Australie, 74 300 dans les pays nordiques, et 25 388 dans dautres pays dEurope occidentale (voir la carte 2).

    Rapatriement

    Rinstallation 20012010 2010

    Pays de dpart couverts 87 26

    Pays de rinstallation couverts 105 31

    Nombre de projets/programmes 40 14

    Dpenses totales 41 millions de dollars E.-U. 1.5 million de dollars E.-U.

    Nombre de bnficiaires (rfugis) 130 610 13 200

    Entre 2001 et 2010, 130 610 personnes ont bnfici dune aide au titre des programmes de rapatriement de lOIM. Ceux-ci consistaient essentiellement aider des rfugis ou des groupes de rfugis retourner volontairement dans leur pays dorigine, comme lAngola (49 841), la Rpublique dmocratique du Congo (44 375), la Rpublique du Libria (8 060), le Soudan (7 841), lEthiopie (3 312) et lIraq (1 010) (voir la figure 2).

    Laide a t fournie en application du mmorandum daccord conclu entre le Haut Commissariat des Nations Unies pour les rfugis (HCR) et lOIM.

    Figure 2. Principaux mouvements lis laide au rapatriement librement consenti, par rgion, 20012010

    Source : OIM, 2011.

  • 131ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Cuba

    34 9

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  • 132 CHAPITRE 4 | APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010

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    1.

  • 133ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    AIDE AUX MIGRANTS

    Aide au retour volontaire et la rintgration

    Aide au retour volontaire et la rintgration 20012010 2010

    Pays couverts > 170 166

    Nombre de projets/programmes > 550 > 80

    Dpenses totales 720 millions de dollars E.-U. 142 millions de dollars E.-U.

    Nombre de bnficiaires (retour volontaire et rintgration)

    environ 330 000 34 014

    Laide au retour volontaire et la rintgration (AVRR) est lune des activits cls de lOIM, qui permet des dizaines de milliers de migrants de rentrer au pays chaque anne. Cest en 1979 qua t mis en place le Programme de retour et de rintgration de demandeurs dasile dAllemagne (REAG), premier cadre formel de retour volontaire assist. Il a t suivi par des programmes similaires en Belgique, aux Pays Bas, au Royaume-Uni et dans de nombreux autres pays. Ces premiers programmes de retour volontaire assist consistaient uniquement fournir aux migrants des informations, des conseils, le transport jusquau pays dorigine, et une aide restreinte la rintgration, alors que les programmes plus rcents comportent un volet de rintgration plus substantiel, ainsi que des activits de suivi et dvaluation visant prenniser les retours. De nombreuses mesures sont galement mises en place en rponse aux inquitudes des communauts dorigine accueillant les migrants de retour. Laide au retour volontaire et la rintgration ne cesse de prendre de lampleur, les pays (daccueil et dorigine) tant de plus en plus nombreux considrer cette activit comme essentielle pour garantir une gestion des migrations efficace et respectueuse de la dignit humaine. Des programmes AVRR sont mis en uvre dans toutes les rgions du monde, et de plus en plus souvent entre des pays en dveloppement (retours Sud-Sud, en sus des retours Nord-Sud). Aujourdhui, lOIM excute plus de 100 projets daide au retour volontaire et la rintgration dans le monde.

    Prs de 330 000 migrants originaires de plus de 170 pays ont reu une telle aide depuis 2000 (voir la figure 3). De 2001 2008, le nombre de bnficiaires est rest relativement stable, se situant entre 20 000 et 30 000 par an. En 2010, lOIM a aid 34 014 migrants retourner chez eux dans des conditions humaines et dignes et/ou rintgrer leur pays dorigine.

  • 134 CHAPITRE 4 | APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010

    Figure 3. Nombre de bnficiaires de programmes daide au retour volontaire et la rintgration, 20002010

    Source : OIM, 2011. Note : Le nombre lev enregistr en 2000 se rapporte aux migrants de retour au dpart du Kosovo plac sous administration

    des Nations Unies en vertu de la rsolution 1244 du Conseil de scurit (dnomm ci-aprs Kosovo [rsolution 1244 du Conseil de scurit] ).

    Bien que, par le pass, les programmes AVRR aient t principalement mis en uvre dans lUE, dautres rgions gographiques sont couvertes depuis peu, dont les Amriques, lAsie/Ocanie, lAfrique et le Moyen-Orient. En 2010, lEurope tait le point de dpart de 85 % des migrants de retour, suivie de lAfrique et de lAmrique latine, avec 6 % chacune (voir la figure 4). Ces trois dernires annes, 8 des 10 principaux pays de dpart taient europens (les deux autres tant la Jamahiriya arabe libyenne et le Mexique). En 2010, lOIM a excut des projets daide au retour volontaire et la rintgration dans 26 Etats membres de lUE, ainsi quen Norvge et en Suisse.

    La rpartition gographique des pays darrive tait plus quilibre : 37 % des migrants sont revenus en Europe, 23 % en Afrique/Moyen-Orient et en Asie/Ocanie, et 17 % en Amrique latine/Carabes (voir la figure 4).

    Figure 4. Programmes daide au retour volontaire et la rintgration, par rgion de dpart et darrive (%), 2010

    Source : OIM, 2011.

  • 135ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Figure 5. Nombre de bnficiaires de laide au retour volontaire et la rintgration, 10 principaux pays de dpart et darrive, 2010

    Source : OIM, 2011.

    Les migrants de retour sont principalement des hommes, qui taient gs de 20 30 ans lorsquils ont quitt leur pays en qute de conditions de vie meilleures, parfois accompagns de parents. La dcision de rentrer au pays est gnralement motive par des raisons personnelles et/ou socioconomiques. La plupart des bnficiaires avaient dpos une demande dasile qui avait t rejete. Les autres catgories de bnficiaires comprennent les migrants dpourvus de documents ou qui nont pas le droit de rester dans le pays daccueil (par exemple, parce que leur visa est arriv expiration). Paralllement lassistance porte aux migrants dans le cadre des programmes AVRR, lOIM continue doffrir moindre chelle une aide la rintgration aux migrants de retour au titre dautres dispositifs mis en place par les pays dorigine ou de destination.

    Lutte contre la traite

    Lutte contre la traite 20002010 2010

    Pays couverts Environ 85 Environ 85

    Nombre de projets/programmes > 750 > 70

    Dpenses totales 193 millions de dollars E.-U. 35 millions de dollars E.-U.

    Nombre de prises en charge de victimes de la traite par des bureaux extrieurs de lOIM

    46 554 5 911

    Le programme de lutte contre la traite de lOIM constitue une source de donnes internationales unique au monde, obtenues directement auprs des victimes de la traite prises en charge par lOrganisation et/ou par des fournisseurs de services. Les donnes sont recueillies au moyen du module MiMOSA2 de lutte contre la traite, ou suivant la mthode apparente applique par les bureaux qui nutilisent pas la base de donnes sur la traite de lOIM (mais qui sont

    2 Ci-aprs dnomme base de donnes sur la traite de lOIM .

  • 136 CHAPITRE 4 | APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010

    tenus de communiquer leurs donnes au Sige chaque trimestre)3. Finance par le Bureau de la surveillance et de la lutte contre la traite des personnes (G/TIP) du Dpartement dEtat des Etats-Unis dAmrique, la base de donnes sur la traite de lOIM est la plus grande source de donnes brutes sur les victimes de la traite ayant t enregistres. Aprs sa cration en 1999-2000 au Kosovo (rsolution 1244 du Conseil de scurit), elle a t dveloppe pour englober les pays dorigine voisins du sud-est de lEurope, puis dautres pays et rgions du monde.

    LOIM apporte aux victimes de la traite une aide directe et personnalise fonde sur une approche globale : hbergement, soins mdicaux, aide psychosociale, assistance juridique, mesures facilitant le retour volontaire (aprs une valuation des risques), et aide la rintgration. LOrganisation lutte contre la traite et aide les victimes dans les pays dorigine, de transit et de destination. Ses projets daide directe, qui taient initialement axs sur les femmes victimes de la traite aux fins dexploitation sexuelle, concernent dsormais toutes les victimes hommes, femmes et enfants de tous les pays du monde, y compris leur pays dorigine, et toutes les formes dexploitation.

    Aujourdhui, la base de donnes est installe dans 72 bureaux extrieurs de lOIM, avec des volumes de donnes collectes variables. A la fin de dcembre 2010, le systme contenait des informations sur environ 16 000 victimes enregistres bnficiaires de laide de lOIM dans plus de 85 pays sources et plus de 100 pays de destination4. Pour complter ces donnes, lOIM a demand des renseignements supplmentaires 106 bureaux extrieurs mettant en uvre des programmes de lutte contre la traite. Les donnes combines font apparatre que ces dix dernires annes, elle a fourni une aide des victimes 46 554 occasions5 (y compris les cas o laide a t fournie en plusieurs endroits diffrents la mme personne). Rien quen 2010, elle a enregistr 5 911 prises en charge par ses bureaux extrieurs (voir la figure 6).

    Figure 6. Nombre de prises en charge individuelles de victimes de la traite, 20002010

    Source : OIM, 2011.

    3 Lors de lexamen de ces chiffres, il convient de tenir compte du contexte et des rserves qui simposent : i) les donnes concernent les personnes aides par lOIM et ne donnent donc pas une image prcise de la traite dans un pays ou une rgion en particulier ; ii) laccent ayant t mis lorigine sur la traite aux fins dexploitation sexuelle et sur les mouvements transfrontires, on a eu tendance ngliger dautres types de victimes (les hommes, par exemple), dautres formes de traite (par exemple, aux fins de travail), ou encore les victimes de la traite interne, ce qui a parfois donn une image dforme du phnomne ; iii) les donnes recueillies selon la mthode apparente comportent parfois des doublons (le bureau extrieur dun pays de destination communique des donnes sur des bnficiaires galement pris en charge par le bureau dun pays source, surtout en cas de retour volontaire assist). Cela tant, il reste que laide est fournie dans les deux cas, et mrite dtre mentionne ; et iv) en mai 2011, six bureaux extrieurs de lOIM (4 %) navaient toujours pas communiqu leurs donnes et/ou confirm quils navaient pas mis en uvre de projet de lutte contre la traite (en raison, le plus souvent, doprations durgence humanitaire dployes par lOrganisation).

    4 Ce chiffre ne recle aucun double comptage.5 Ce chiffre ne correspond pas au nombre total de victimes : une mme personne peut, en effet, recevoir une aide de deux bureaux extrieurs

    de lOIM (dans le pays o elle a t victime dexploitation, puis dans son pays dorigine). Ce cas serait ainsi enregistr par les deux bureaux.

  • 137ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Les donnes rvlent une majorit de femmes et dadultes gs de 18 ans ou plus (63 % et 65 %, respectivement). Environ un quart des cas concernent des mineurs (22 %) et des hommes (26 %). Lge et le sexe denviron 10 % des victimes nont pas t enregistrs (voir la figure 7).

    Figure 7. Nombre total de victimes de la traite prises en charge, par sexe et par ge (%), 20002010

    Source : OIM, 2011.

    Il sagissait de victimes de la traite aux fins dexploitation sexuelle (42 %), de travail forc (30 %), dexploitation sexuelle et de travail forc combins (4 %), et de mendicit (3 %) (voir la figure 8). La nature de lexploitation est inconnue dans 18 % des cas.

    Figure 8. Nombre total de victimes de la traite prises en charge, par type dexploitation (%), 20002010

    Source : OIM, 2011.

    Les chiffres soulignent la ncessit de sattaquer la traite autrement que sous le seul angle de lexploitation sexuelle des femmes et des enfants. Les donnes relatives aux personnes prises en charge par lOIM montrent que presque 50 % dentre elles avaient t victime de la traite aux fins dexploitation sexuelle, et que plus dun tiers avaient t astreintes un travail forc. Depuis 2005, la part des victimes avres de la traite aux fins de travail forc a augment chaque anne. Cette volution a concid avec une progression du nombre de cas relevs de traite dhommes ou de traite aux fins de travail forc, et avec une prise de conscience accrue de ces phnomnes (voir la note de bas de page 3). En 2010, pour la premire fois de son histoire, lOIM a aid plus de victimes de la traite aux fins de travail forc que de victimes de la

  • 138 CHAPITRE 4 | APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010

    traite aux fins dexploitation sexuelle. Il faut galement noter que moins de 1 % des victimes prises en charge par lOIM avaient t enleves sur le lieu de la traite et que, linverse, plus de la moiti avaient t recrutes par lentremise dune personne connue.

    Enfin, on pense souvent tort que les personnes sont victimes de la traite hors de leur pays, alors que 25 % des personnes prises en charge par lOIM sont victimes de la traite dans leur propre pays.

    Services dappui en matire dimmigration et de visas

    Services dappui en matire dimmigration et de visas 20062010 2010

    Pays couverts > 50 > 50

    Nombre de projets/programmes > 65 62

    Nombre de services (demandes dassistance traites) 382 133 84 901

    Dans le domaine de la gestion des migrations, lun des volets importants de laction de lOIM est la fourniture dune assistance directe aux gouvernements et aux migrants en matire dimmigration et de dlivrance de visas principalement pour le regroupement familial, les tudes et, dans une moindre mesure, le travail. LOrganisation offre divers services individualiss : administration de centres de demande de visas, aide la demande de visa, aide logistique et contact avec les agents de limmigration, entretiens, vrification des documents et contrle dintgrit, traitement des passeports/visas/documents, et renseignements sur les pays (voir la figure 9). En 2010, lOIM a trait 84 901 demandes de services dappui en matire dimmigration et de visas (voir la figure 10).

    Figure 9. Services dappui en matire dimmigration et de visas, par type, 20062010

    Source : OIM, 2011.

  • 139ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Figure 10. Nombre de demandes de services dappui en matire dimmigration et de visas qui ont t traites, 20062010

    Source : OIM, 2011.

    LOIM est attache la qualit des services quelle offre, et veille en particulier ce que les demandeurs de visa soient toujours traits avec dignit et respect, et ce quon les informe dans leur langue des procdures de demande et de dlivrance de visa ainsi que de leurs droits et responsabilits. Elle rappelle rgulirement aux migrants que la dlivrance des visas relve entirement des autorits nationales.

    Pour les gouvernements, ces services permettent damliorer la collecte de donnes, de simplifier et de rationaliser les procdures de visa, de rduire les tches administratives qui prennent du temps, de diminuer les cots, damliorer la qualit du service, de lutter contre la fraude et de renforcer la scurit dans les missions diplomatiques ou consulaires. LOIM est parfois sollicite pour assurer une fonction de reprsentation ou fournir un appui logistique en matire dimmigration ou de dlivrance de visas, l o il nexiste pas de reprsentation permanente ou lorsque le traitement des visas est dlocalis ltranger.

    Les services dappui en matire dimmigration et de visas comprennent galement une aide au voyage lintention des migrants et des pouvoirs publics : tarifs ariens rduits pour les migrants ; franchise de bagages plus gnreuse ; renseignements sur le voyage par avion et le pays de destination ; dlivrance de billets ; communication dinformations lavance aux rpondants ; aide pour remplir les formulaires au dpart et larrive ; escorte mdicale ou non durant le vol ; et aide au dpart, au transit et larrive dans certains pays. En 2010, lOIM a fourni une aide aux dplacements 15 791 migrants en partance pour lAustralie, le Canada, la Nouvelle Zlande et les Etats-Unis dAmrique.

    Facilitation du recrutement et de lemploi

    Facilitation du recrutement et de lemploi 20032010 2010

    Pays couverts 8 6

    Nombre de projets/programmes 7 4

    Dpenses totales(frais de prslection et frais avant le dpart uniquement ; billets davion la charge des employeurs)

    > 6 millions de dollars E.-U. > 0,5 million de dollars E.-U.

    Nombre de bnficiaires (travailleurs migrants) > 20 000 > 3 800

  • 140 CHAPITRE 4 | APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010

    LOIM aide les Etats Membres dfinir et mettre en place un large ventail dinitiatives et de projets de migration de main-duvre : renforcement des capacits de gestion ; protection des travailleurs migrants conformment aux normes internationales ; promotion et analyse de la migration circulaire ; facilitation du recrutement de travailleurs trangers temporaires ; formation et sensibilisation aux voies de migration de main-duvre lgales ; et encouragement du dialogue entre Etats et de la coopration rgionale sur la migration de main-duvre.

    LOIM a lanc ses services de facilitation du recrutement dans les annes 1970, paralllement aux programmes de migration slective en Amrique latine. Ces services ont principalement pour objectif de contribuer la mise en place de systmes dadministration transparents pour toutes les parties prenantes, dinstaurer la confiance entre les partenaires, et dassurer la protection des travailleurs migrants. Ils sont habituellement fournis au titre daccords bilatraux sur la main-duvre entre pays dorigine et de destination, ou dautres dispositifs conus pour prserver les droits des travailleurs migrants.

    Le rle de lOrganisation en ce qui concerne le recrutement de main-duvre trangre peut donc varier selon les circonstances, les besoins et les cadres existants dans les pays. Diffrents services sont proposs : diffusion dinformations ; cration de bases de donnes et enregistrement des travailleurs migrants potentiels ; mise en correspondance des comptences avec la demande ; slection et orientation avant le dpart ; aide durant le transit et aprs larrive ; orientations complmentaires dans le pays daccueil ; placement ; et retour et rintgration dans le pays dorigine.

    Ces dix dernires annes, lOIM a, en troite collaboration avec les gouvernements et les employeurs privs, facilit le recrutement et lemploi de quelque 20 000 travailleurs temporaires originaires de la Colombie, dEl Salvador, du Guatemala, du Honduras et de Maurice, pour des socits canadiennes, italiennes et espagnoles de divers secteurs (agriculture, levage, aviculture, production laitire, agroalimentaire, soins, transformation et services gnraux).

    Environ 80 % des travailleurs temporaires migrants bnficiaires de laide de lOIM taient des Guatmaltques qui se rendaient au Canada (15 997) dans le cadre dun programme de migration circulaire lanc en juillet 2003. Le niveau de circularit effective est important, environ 55 % (8 908) des migrants guatmaltques revenant au Canada au moins deux annes de suite, les 45 % restants tant de nouveaux travailleurs. Le taux de retour au Guatemala au terme du contrat de travail est remarquablement lev (99,8 %), et le taux dabandon en dbut de contrat est trs faible (2,5 %). En ce qui concerne le nombre total de travailleurs migrants aids par lOIM ces dix dernires annes, le pays dorigine qui arrive en deuxime position est la Colombie, avec 3 789 travailleurs placs au Canada, en Espagne et en Italie entre 2003 et 2010.

    Programmes de formation des migrants

    Programmes de formation des migrants 20012010 2010

    Pays couverts > 50 46

    Nombre de projets/programmes 40 15

    Nombre de bnficiaires (migrants) 352 328 40 749

  • 141ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Depuis le dbut des annes 1950, lOIM applique des programmes de formation destins aux migrants, non seulement avant leur dpart, pour faciliter la transition et ladaptation, mais aussi, dans certains cas, aprs leur arrive. Ces programmes comprennent un large ventail dactivits conues principalement pour permettre aux migrants (permanents et temporaires) de bien sintgrer dans le pays de destination.

    La formation procure aux migrants des renseignements importants sur le pays de destination, tout en les aidant dfinir et dvelopper les comptences qui leur seront ncessaires pour russir dans leur nouvel environnement. Paralllement, elle porte aussi sur les attitudes et changements de comportement adopter pour bien sintgrer.

    Ces programmes de formation sadressent aux rfugis, aux immigrants humanitaires, aux personnes admises au titre du regroupement familial, aux migrants qualifis, aux migrants par mariage, aux immigrants et aux travailleurs temporaires trangers. Ils doivent contribuer rduire les cots lis lintgration des migrants, en aidant les nouveaux arrivants devenir rapidement des membres autonomes et productifs de la socit daccueil, afin dtre moins vulnrables et de pouvoir participer rellement leur nouvelle communaut.

    Entre 2001 et 2010, 352 328 migrants ont bnfici directement dune formation de lOIM (voir la figure 11). Environ 86 % dentre eux taient en cours de rinstallation. La formation des rfugis et immigrants humanitaires est plutt axe sur lorientation avant le dpart informations sur le pays daccueil, cours de langue ou dalphabtisation, et formation avant lembarquement. Les sances dinformation avant le dpart ou lembarquement sadressent principalement aux personnes qui prennent lavion pour la premire fois, et traitent des formalits laroport, pendant le transit, durant le vol et larrive, notamment des formalits des douanes et de limmigration. Des informations sur la scurit pendant le vol, laccompagnement des nourrissons et des enfants, le change des couches et les vtements appropris leur sont galement communiques. Il peut aussi tre demand aux formateurs dinformer le personnel au sol et le personnel naviguant des compagnies ariennes des besoins spcifiques de certaines populations de rfugis. Quarante-huit pour cent des migrants ayant reu une formation ont bnfici du programme dorientation culturelle des Etats-Unis dAmrique (USCO United States Cultural Orientation), 34 % dentre eux appartenaient diverses catgories (rfugis, migrants qualifis, membres de la famille, investisseurs, et aides familiaux rsidents) en partance pour le Canada, et 11 % ont suivi des stages AUSCO (Australian Cultural Orientation)6.

    Quatorze pour cent des participants taient des travailleurs migrants qualifis et non qualifis, des demandeurs dasile, des migrants par mariage, des demandeurs de visa dimmigration et des membres des familles de victimes de la traite. Les formations suivies taient les suivantes : orientation avant le dpart, prparation lemploi, initiation la finance, ou informations sur le pays de destination pour faciliter la rinstallation, que celle-ci soit motive par le travail, les tudes ou la recherche de meilleures conditions de vie. Selon des estimations, les travailleurs migrant temporaires en partance pour le Canada depuis la Colombie, El Salvador, le Guatemala et Maurice reprsentaient 10 % des participants aux formations.

    Il convient de relever que les formations sont suivies par un public mixte quilibr (45 52 % des participants sont des femmes), exception faite des grands programmes de migration de main-duvre au dpart de lAmrique centrale, qui sont prdominance masculine.

    6 LOIM dtient actuellement le contrat mondial pour la fourniture de services dorientation culturelle avant le dpart pour lAustralie et le Canada, entre autres pays.

  • 142 CHAPITRE 4 | APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010

    Des activits de formation pour les migrants ont t mises en uvre dans plus de 50 pays, en particulier en Afrique (qui compte 54 sites de transit de rfugis), en Asie (Malaisie, Npal, Philippines et Thalande) et dans la rgion Moyen-Orient/Afrique du Nord (Egypte, Jordanie et Rpublique arabe syrienne).

    Sous leffet de laugmentation des contingents de rfugis et de limportance croissante des politiques dintgration, notamment dans lUnion europenne, les activits de formation des migrants de lOIM devraient normalement susciter un intrt accru et gagner en visibilit dans les programmes nationaux. Rien que par la place quelle occupe dans les activits en faveur de lintgration, la formation prouve quelle est un instrument cl de lamlioration des perspectives dintgration lchelle mondiale.

    Figure 11. Nombre de migrants forms, 20012010

    Source : OIM, 2011.

    Evaluation sanitaire dans le contexte migratoire et assistance sanitaire durant le voyage

    Evaluation sanitaire dans le contexte migratoire et assistance sanitaire durant le voyage

    20012010 2010

    Pays couverts 70 57

    Nombre de projets/programmes 63 28

    Dpenses totales 223 millions de dollars E.-U. 43 millions de dollars E.-U.

    Nombre de bnficiaires > 1,5 million de dollars E.-U. 265 000

    LOIM offre une assistance sanitaire depuis sa cration, en 1951. Au dpart, celle-ci revtait la forme de services mdicaux fournis aux migrants europens dplacs aprs la Seconde Guerre mondiale. Depuis, les activits dans le domaine de la sant ont volu, et le champ des responsabilits sest largi en rponse aux nouveaux besoins des migrants et des Etats, et lattention porte par la communaut internationale aux aspects sanitaires des schmas et tendances migratoires.

    Le programme dvaluation sanitaire dans le contexte migratoire et dassistance sanitaire durant le voyage est lun des plus importants services de gestion des migrations fournis par lOIM, sous langle du nombre de migrants bnficiaires, dintervenants et des dpenses oprationnelles.

  • 143ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Dans lintrt des migrants et des communauts daccueil, les valuations sanitaires prcdant le dpart visent viter la transmission transfrontire de maladies qui prsentent un risque de sant publique, sassurer que les migrants sont aptes voyager, et leur donner les informations et les moyens ncessaires pour accder aux services de sant leur arrive.

    Une fois remplies les formalits de demande dimmigration, la majorit des migrants utilisent les services de transport de lOIM, essentiellement lavion, pour gagner leur nouveau pays de rsidence. Les personnes qui ncessitent une assistance sanitaire durant le voyage (escorte mdicale) sont recenses lors de lvaluation sanitaire, en vue dassurer leur scurit pendant le trajet et de leur viter, ainsi quaux autres passagers, des dsagrments inutiles. Lescorte mdicale de lOIM prvoit galement lutilisation de systmes de notification qui orientent les intresss vers les agents de sant ou dimmigration comptents ou vers des parents leur arrive. Les valuations sanitaires dans le contexte migratoire ralises par lOIM sont de plus en plus souvent employes comme un outil de sant publique pour prvenir les maladies par la vaccination, et protger la sant des migrants potentiels et des rfugis par des mesures de sensibilisation, dducation sanitaire et des soins. De ce fait, elles contribuent lintgration des migrants dans les communauts daccueil.

    Entre 2001 et 2010, le nombre dvaluations sanitaires de rfugis et dimmigrants a presque tripl. Rien quen 2010, plus de 250 000 personnes rparties dans plus de 50 pays en ont bnfici. Au cours des dix dernires annes, plus de 1,5 million dvaluations sanitaires ont t effectues.

    Elles ont t ralises principalement pour le compte dimportants pays de destination, tels que lAustralie, le Canada, les Etats-Unis dAmrique, la Nouvelle Zlande et le Royaume-Uni (voir la figure 12). Cest ce dernier qui, en raison du programme pilote de dpistage de la tuberculose men par lOIM dans le pays depuis 2005, a accueilli le plus grand nombre dimmigrants ayant bnfici dune assistance sanitaire. Ceux-ci taient gnralement des tudiants et dautres adultes gs de 20 29 ans. Les Etats-Unis dAmrique ont t la destination la plus frquente des rfugis bnficiaires : vers la fin de la dcennie, lOIM procdait lvaluation sanitaire de plus de 90 % des rfugis en partance pour les Etats-Unis dAmrique, au titre du programme USRAP (United States Refugee Admissions Programme).

    Figure 12. Nombre total dvaluations sanitaires, par pays de destination, 20012010

    Source : OIM, 2011.

  • 144 CHAPITRE 4 | APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010

    Figure 13. Evaluations sanitaires de rfugis et de migrants, par sexe et par ge (%), 2004 2010

    Source : OIM, 2011.

    Les services dvaluation sanitaire se sont dplacs gographiquement ces dix dernires annes : la premire partie de la dcennie a vu une prdominance dvaluations sanitaires de rfugis et dimmigrants en provenance dEurope (surtout de la Fdration de Russie et dUkraine), tandis que la deuxime a vu une forte augmentation dvaluations de rfugis et dimmigrants originaires dAsie (principalement du Bangladesh, du Npal, du Pakistan et de Thalande) (voir la figure 14).

    Figure 14. Nombre total dvaluations sanitaires, par rgion dorigine, 20012010

    Source : OIM, 2011.

    Promotion de la sant et assistance sanitaire aux migrants

    Promotion de la sant et assistance sanitaire aux migrants

    20012010 2010

    Pays couverts environ 100 > 80

    Nombre de projets/programmes 248 131

    Dpenses totales 68 millions de dollars E.-U. 14 millions de dollars E.-U.

  • 145ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Paralllement son programme dvaluation et dassistance sanitaire, lOIM fournit directement ou indirectement des services de sant quitables et de qualit aux populations mobiles et autres migrants, y compris les migrants en situation irrgulire (victimes de la traite et migrants en dtresse), ou encore aux travailleurs migrants et aux communauts daccueil. Elle renforce cet effet les capacits de ses partenaires des secteurs sanitaire et non sanitaire publics et privs, ainsi que celles des migrants et communauts daccueil, de faon assurer des services sanitaires et sociaux complets et de qualit dun bout lautre du cycle migratoire. Parmi les questions de sant publique et de soins de sant primaire dont soccupe lOIM figurent la sant mentale, le soutien psychosocial, lintgration culturelle, les maladies infectieuses mergentes ou rsurgentes, les maladies non transmissibles, la grippe pandmique, la tuberculose, le paludisme, la sant sexuelle et reproductive, et les maladies sexuellement transmissibles, dont le sida.

    LOrganisation a largi et toff ses programmes de promotion de la sant et dassistance sanitaire aux migrants, passant de la supervision de 44 projets en 2004 la conduite de 131 projets (pour moiti lis au VIH) en 2010. Avec des dpenses avoisinant 66 millions de dollars E.-U. au cours des dix dernires annes (voir la figure 16), ces activits ont pris une place croissante dans les programmes mis en uvre par lOIM dans le domaine de la sant.

    Figure 15. Dpenses de promotion de la sant et dassistance sanitaire aux migrants, par rgion (%), 20012010

    Source : OIM, 2011. Note : Les dpenses totales pour la priode 20012010 se sont leves 68 millions de dollars E.-U.

  • 146 CHAPITRE 4 | APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010

    Figure 16. Dpenses de promotion de la sant et dassistance sanitaire aux migrants (millions de dollars E.-U.), 20012010

    Source : OIM, 2011.

    Assistance sanitaire aux populations migrantes vivant une situation de crise

    Assistance sanitaire aux populations migrantes vivant une situation de crise

    20012010 2010

    Pays couverts 22 17

    Nombre de projets/programmes 98 53

    Dpenses totales 44 millions de dollars E.-U. 7 millions de dollars E.-U.

    Les situations durgence dorigine naturelle ou humaine (troubles politiques ou conflits) entranent souvent des mouvements de population et ont de graves consquences sur la sant des populations. Lassistance sanitaire aux populations vivant une situation de crise se rpartit en trois grands domaines : aide durgence ; activits de redressement rapide, de reconstruction et de radaptation ; et sant mentale et soutien psychosocial. Avec des dpenses totales atteignant environ 44 millions de dollars E.-U. (voir la figure 17) au cours des dix dernires annes, ces activits constituent traditionnellement le troisime domaine dactivit de lOIM.

    Ces dix dernires annes, lOrganisation a apport une assistance sanitaire dans diverses situations durgence et daprs-crise, notamment en Afghanistan, en Hati, en Indonsie, au Kenya, au Kosovo (rsolution 1244 du Conseil de scurit), au Myanmar, au Pakistan, en Sierra Leone, Sri Lanka et au Soudan.

    7 Cette section traite uniquement des programmes et projets que gre lOIM dans le cadre des services de sant quelle assure dans le contexte migratoire. Cependant, les questions sanitaires stendant tous les domaines dintervention de lOrganisation en faveur des populations qui vivent une situation de crise, elles sont en partie couvertes par dautres sections de du prsent chapitre.

  • 147ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Figure 17. Dpenses dassistance sanitaire aux populations migrantes vivant une situation de crise (millions de dollars E.-U.), 20012010

    Source : OIM, 2011.

    Figure 18. Dpenses totales dassistance sanitaire aux populations migrantes vivant une situation de crise, par rgion (%), 20012010

    Source : OIM, 2011. Note : Les dpenses totales pour la priode 20012010 se sont leves 44 millions de dollars E.-U.

  • 148 CHAPITRE 4 | APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010

    INTERVENTIONS DURGENCE EN CAS DE CRISE HUMANITAIRE ET ASSISTANCE DAPRES-CRISE

    Interventions durgence en cas de crise humanitaire et assistance daprs-crise 20012010 2010

    Pays couverts > 70 39

    Nombre de projets/programmes > 1 120 184

    Dpenses totales 1 902 millions de dollars E.-U. 496 millions de dollars E.-U.

    Nombre de bnficiaires (dplacs internes, rfugis, migrants bloqus ltranger, ex-combattants, etc.)

    > 60 millions 10.4 millions

    Bien que les oprations durgence et daprs-crise fassent partie intgrante des activits de lOIM depuis sa cration, elles ont considrablement volu depuis le dbut des annes 1990. De 2001 2010, en rponse un environnement oprationnel en rapide mutation, caractris par une augmentation constante du nombre et de lampleur des catastrophes naturelles et par une escalade des conflits rgionaux, elles sont devenues le principal domaine dintervention de lOIM quant aux dpenses budgtaires et au nombre de bnficiaires. Ces dix dernires annes, lOIM a ragi des crises migratoires majeures qui ont entran des dplacements forcs, de vastes vacuations et des retours massifs dans plus de 64 pays (voir les figures 19 et 20). Elle a offert une assistance immdiate aux populations touches et des solutions adaptes aux diffrents contextes locaux. Plus de 1 120 projets et programmes ont t mis en uvre avec succs en faveur de plus de 60 millions de personnes dans le monde.

    Figure 19. Nombre de projets durgence et daprs-crise, 20012010

    Source : OIM, 2011.

  • 149ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Figure 20. Nombre total de projets durgence et daprs-crise, par rgion, 20012010

    Source : OIM, 2011.

    Grce sa souplesse oprationnelle et un rseau de plus 400 bureaux extrieurs, lOIM a mis en uvre un large ventail dactivits dattnuation des crises et de redressement, qui recouvre des interventions visant sauver des vies, le rtablissement de mcanismes dadaptation, la stabilisation des communauts, ainsi que la gouvernance et la mise en place dinstitutions. Les principaux bnficiaires sont les personnes dplaces lintrieur de leur propre pays, les rfugis, les migrants en dtresse, les victimes de graves violations des droits de lhomme, les ex-combattants et dautres personnes vulnrables contraintes de se dplacer la suite dun conflit ou dune catastrophe naturelle.

    Les interventions durgence dans les contextes de crise humanitaire sont axes sur la fourniture dabris durgence, la distribution darticles non alimentaires, la gestion des camps, ltablissement de profils et lenregistrement, lappui logistique, le transport, la protection, la sensibilisation, lassistance mdicale et le soutien psychosocial. En 2005, lOIM a adhr au processus de rforme humanitaire qui a dbouch sur lapproche sectorielle8, et sest vue confier la direction mondiale du groupe sectoriel charg de la coordination et de la gestion des camps lors des catastrophes naturelles. En troite coopration avec le systme des Nations Unies, au sein du Comit permanent interorganisations (IASC), et par sa participation la procdure dappel global des Nations Unies, lOIM veille ce que ses activits et programmes soient bien coordonns et conformes aux normes convenues au niveau mondial, et contribuent aux efforts de la communaut internationale. En 2010, elle a dirig les groupes sectoriels de la coordination et de la gestion des camps, des abris durgence, du relvement rapide, de la sant et de la protection dans 15 pays.

    Ces dix dernires annes, plus de 1 902 millions de dollars E.-U. ont t dpenss pour des interventions durgence. Parmi les interventions notables, citons les vacuations durgence dIraq (en 2003) et les oprations de secours dans locan Indien aprs le tsunami (2004) et au Pakistan aprs le tremblement de terre (2005) (voir la figure 21). Plus rcemment, le sisme qui a dvast la capitale dHati, Port-au-Prince, et les rgions voisines a entran le dplacement de millions dHatiens. LOIM a dirig le groupe sectoriel de la coordination et de la gestion

    8 Pour plus dinformations, veuillez consulter la page http://ochaonline.un.org/roap/WhatWeDo/HumanitarianReform/tabid/4487/Default.aspx

  • 150 CHAPITRE 4 | APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010

    des camps et mis en uvre 30 projets durgence consistant notamment distribuer des articles non alimentaires, fournir des abris provisoires, et suivre et enregistrer les populations dplaces. Elle a galement assur le soutien logistique des secours durgence par lentremise de ses partenaires humanitaires, au profit de plus de 1,5 million de bnficiaires directs, pour un cot total de 96 millions de dollars E.-U.. En aot 2010, les inondations sans prcdent qui ont frapp le Pakistan et fait quelque 20 millions de victimes ont ncessit une intervention internationale massive dans laquelle lOIM a jou un rle important. LOrganisation a dirig le groupe sectoriel des abris durgence, et ralis 18 grands projets durgence (fourniture dabris, distribution darticles non alimentaires, gestion de la logistique, et communication de masse pour plus de 4,6 millions de personnes), avec un budget de 32 millions de dollars E.-U.

    Figure 21. Nombre de bnficiaires des 10 principaux projets durgence ou daprs-crise (milliers), 2010

    Source : OIM, 2011.

    Les oprations daprs-crise de lOIM consistent principalement fournir une assistance technique aux gouvernements et un soutien aux communauts lors des phases de redressement et de transition. Ses domaines de comptence sont les suivants : retour et rintgration des personnes dplaces lintrieur de leur propre pays, des rfugis et des personnes vulnrables, rintgration des ex-combattants et du personnel militaire dmobilis, reconstitution des moyens dexistence, stabilisation communautaire par la reconstruction et la remise en tat des infrastructures sociales, et attnuation des risques de catastrophe. Ces dix dernires annes, lOIM a men des oprations daprs-crise dans plus de 70 pays, en aval des interventions humanitaires et, dans certains cas, en amont, assurant ainsi une prsence stratgique dans des rgions instables et sujettes aux catastrophes. Parmi les oprations les plus marquantes, il convient de citer : les mesures de stabilisation lissue des conflits en Colombie, au Kosovo (rsolution 1244 du Conseil de scurit) et Sri Lanka, o des centaines de milliers dex-combattants ont t rintgrs dans la vie civile ; le rapatriement librement consenti et la rintgration de rfugis en Afghanistan, en Angola et en Iraq ; la rduction des violences communautaires et la restauration de lenvironnement en Hati ; et la stabilisation communautaire par la construction dinfrastructures sociales de base en Afghanistan, en Rpublique dmocratique du Congo et en Iraq, o des milliers de personnes vulnrables ont bnfici de programmes Espces contre travail pour amliorer leurs moyens de subsistance, et des millions de membres des communauts ont bnfici de lamlioration des infrastructures publiques. Ces programmes, mis en uvre moyen ou long terme, bnficient non seulement aux destinataires directs des dons et des projets, mais aussi aux communauts au sens large, aux niveaux local et national.

  • 151ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    En troite coopration avec les Nations Unies et ses institutions spcialises, des organisations rgionales (Organisation pour la scurit et la coopration en Europe [OSCE]), lUnion africaine, lOrganisation du Trait de lAtlantique Nord (OTAN) et dautres partenaires locaux et internationaux, lOIM offre une assistance technique dans les domaines de la consolidation de la paix, de la justice et de la gouvernance, indispensables la transition vers la paix et la stabilit. Elle est reconnue cet gard pour son exprience des programmes de rparation et de soutien en matire lectorale et pour son savoir-faire dans ces domaines.

    LOIM fournit des conseils juridiques et techniques et des services de mise en uvre dans les domaines suivants : rglement des conflits portant sur la proprit ; et restitution de biens et ddommagement grande chelle des victimes de dplacements, de conflits, de catastrophes naturelles et de graves violations des droits de lhomme. Ces services sont fournis aux gouvernements nationaux et transitoires, ainsi quaux acteurs internationaux engags dans des activits de consolidation de la paix aprs un conflit, de rconciliation et de redressement, ou de reconstruction et de remise en tat au lendemain dune catastrophe naturelle. Entre 2000 et 2010, lOIM a contribu la mise en uvre des programmes suivants : les programmes allemands de ddommagement du travail forc et des pertes de biens (plus de 400 000 demandes de rparation en provenance de 90 pays, dans 27 langues) ; le programme relatif aux avoirs des victimes de lHolocauste (plus de 50 000 demandes) ; et des programmes de ddommagements collectifs, principalement pour les Sintis et les Roms ayant survcu aux perscutions nazies (plus de 90 projets dassistance dans 17 pays, et prs de 100 000 bnficiaires).

    Les institutions dmocratiques et lapplication des droits de lhomme ont un effet stabilisateur sur les communauts et contribuent prvenir les dplacements forcs. LOIM soutient les processus lectoraux dans les pays en transition politique ou en situation daprs-crise, permettant aux diasporas de participer aux lections, et appuie les missions dobservation lectorale de lUE dans des pays tiers. Entre 2001 et 2010, elle a particip 47 missions de ce type en tant que partenaire dexcution de lUE, au cours desquelles elle a assur des services administratifs, techniques et logistiques. Elle a galement mis en uvre certains des plus grands programmes de vote depuis ltranger, qui ont permis des centaines de milliers dexpatris recenss dexercer leur droit de vote et de participer aux processus politiques de leur pays dorigine en Afghanistan, en Iraq, au Kosovo (rsolution 1244 du Conseil de scurit) et au Sud-Soudan (voir le tableau 1).

    Tableau 1. Principaux programmes de vote depuis ltranger, 20012010

    Elections Anne Inscrits Votants Nombre de pays

    Elections lgislatives au Kosovo (rsolution 1244 du Conseil de scurit)

    2001 145 142 80 653 2

    Election prsidentielle en Afghanistan 2004 1 584 752 846 776 2

    Election de lAssemble nationale de transition en Iraq

    2005 279 785 265 148 14

    Rfrendum sur lindpendance du Sud-Soudan

    20102011 60 219 58 203 8

    Source : OIM, 2011.

  • 152 CHAPITRE 4 | APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010

    RENFORCEMENT DES CAPACITES9

    LOIM met en uvre un large ventail dactivits de renforcement des capacits pour aider les Etats et dautres bnficiaires externes10 bien grer la mobilit humaine. Le renforcement des capacits sentend de la dmarche consistant consolider les connaissances, aptitudes, comptences, ressources, structures et mcanismes dont ont besoin les Etats et les institutions pour atteindre leurs objectifs de manire efficace et durable et pour sadapter aux changements 11. Pour lOIM, il sagit notamment de contribuer llaboration de politiques et de programmes complets de gestion des migrations, de faon soutenir efficacement des politiques et objectifs nationaux plus larges.

    Selon les donnes communiques, plus dun demi-million de personnes (579 000), dont des fonctionnaires gouvernementaux et des reprsentants dorganisations internationales, dONG et de la socit civile, ont particip des formations de renforcement des capacits diriges par lOIM entre 2001 et 2010 (voir la figure 22).

    Figure 22. Nombre estim de bnficiaires des activits de renforcement des capacits, 20012010

    Source : OIM, 2011.Note : Les pics enregistrs en 2005 et 2009 correspondent aux mesures de renforcement des capacits de grande ampleur

    menes en Indonsie aprs le tremblement de terre de 2004 et le tsunami de 2008.

    Renforcement des capacits de sant dans le contexte migratoire

    En matire de sant des migrants, le renforcement des capacits consiste faire en sorte que les migrants puissent exercer leur droit la sant, ou que les associations de migrants, les ONG, les tablissements universitaires, les agents de sant et les administrations publiques soient mieux mme de faciliter laccs des migrants aux services de sant.

    9 Les statistiques prsentes dans cette section reposent sur les informations communiques par plus de 100 bureaux extrieurs pour la priode 20012010, et entendent donner une indication de lampleur et de la porte des activits de renforcement des capacits menes par lOIM. Elles ne refltent donc pas ncessairement toutes les activits mises en uvre dans ce domaine depuis 2001, dont on peut penser quelles sont bien plus importantes.

    10 Bien que les bnficiaires cibls soient principalement des fonctionnaires gouvernementaux et des reprsentants dorganisations internationales et dinstitutions de la socit civile, certains services ont galement t fournis directement aux migrants. De mme, certains des services dcrits la section prcdente (aide aux migrants) peuvent aussi tre considrs comme des activits de renforcement des capacits.

    11 Rapport Etat de la migration dans le monde 2010 Lavenir des migrations : renforcer les capacits face aux changements, OIM, Genve, 2010, p. 7.

  • 153ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Entre 2001 et 2010, on estime 34 000 le nombre de personnes ayant particip un programme de formation li la sant dans le contexte migratoire.

    Gestion de limmigration et des mouvements frontaliers

    Lobjectif des activits de renforcement des capacits menes par lOIM dans le domaine de la gestion de limmigration et des frontires est de fournir aux gouvernements les structures politiques, lgislatives et administratives, les systmes oprationnels et les ressources humaines ncessaires pour relever les dfis que pose la gestion des migrations. Les formations sadressent non seulement aux fonctionnaires gouvernementaux qui travaillent dans le domaine de la gestion de limmigration et des frontires, mais aussi aux reprsentants dorganisations internationales, de la socit civile et des mdias. Elles sont axes sur les besoins techniques et pratiques des agents de la migration. Parmi les principaux modules de formation, on citera les Elments essentiels de gestion des migrations, les Elments essentiels de la pratique migratoire et le manuel relatif aux procdures dexamen des passeports, ainsi quun large ventail de cours plus spcialiss. Un rseau de spcialistes et de correspondants dans le monde entier (en Rpublique-Unie de Tanzanie pour lAfrique, en Autriche pour lEurope, en Thalande pour lAsie, au Costa Rica pour les Amriques, et en Suisse pour la supervision mondiale) permet lOIM doffrir son assistance et de rpondre aux demandes dans les meilleurs dlais.

    En outre, le Centre africain de renforcement des capacits, bas en Rpublique-Unie de Tanzanie, transmet aux Etats africains un savoir-faire technique pour quils puissent rpondre aux grands dfis migratoires dans des domaines tels que la gestion des migrations et des frontires, la politique migratoire et les rformes lgislatives et administratives. Il les aide galement analyser et hirarchiser leurs besoins en formation. Son modle de travail extrmement efficace a permis en 2010 de former plus de 1 000 personnes dans divers domaines : fraude aux documents de voyage, gestion des frontires et systmes dinformation connexes, postes frontire intgrs, donnes et statistiques, gestion de lidentit, et techniques dentretien et denqute.

    On estime quau total, 298 000 personnes ont suivi un programme de formation la gestion de limmigration et des frontires entre 2001 et 2010.

    Amlioration de laide au retour volontaire et la rintgration

    Les activits de renforcement des capacits dans le domaine de laide au retour volontaire et la rintgration reposent dans une large mesure sur la notion de cogestion , cest--dire : le renforcement de la coopration et la promotion des partenariats entre pays dorigine, de transit et de destination, en particulier par des consultations et lchange dinformations. Les mesures de regroupement , par exemple, runissent des pays dorigine, de transit et de destination pour quils trouvent des solutions communes et concrtes aux problmes lis la migration irrgulire et la migration de retour.

    Depuis 2001, le nombre de personnes ayant bnfici dactivits de renforcement des capacits en matire de retour et de rintgration est estim 3 500.

  • 154 CHAPITRE 4 | APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010

    Lutte contre la traite

    La stratgie de gestion des migrations suivie par lOIM vise inscrire la lutte contre la traite des personnes dans le cadre de mesures plus vastes et plus compltes daide aux migrants vulnrables. Paralllement la collecte et la gestion de donnes, lOIM a dispens ces dix dernires annes des formations rgulires sur les normes internationales et les pratiques exemplaires en matire de recensement et de protection des victimes de la traite. Elle a galement renforc les cadres politiques et lgislatifs nationaux de lutte contre la traite, les plans daction nationale, ainsi que les services dorientation en vue dencourager une coopration relle et efficace entre les parties prenantes, et de dvelopper le suivi et lvaluation afin de promouvoir les pratiques exemplaires.

    Entre 2001 et 2010, les formations sur la lutte contre la traite ont runi environ 97 000 participants.

    Renforcement des capacits dans les situations durgence et daprs-conflit

    Dans ce domaine, lOIM cherche surtout dvelopper et renforcer les capacits nationales permettant de relever les dfis que posent les crises migratoires engendres par les catastrophes naturelles et les conflits. La plupart des projets mis en uvre dans des situations durgence et de transition comportent des lments de renforcement des capacits, qui visent autonomiser les pays et garantir la viabilit long terme des interventions.

    Lun des objectifs importants ici est de renforcer le rle et les capacits des autorits nationales (fonctionnaires gouvernementaux, administrations locales, organismes de protection civile, agents de police et de scurit) et des ONG dans divers domaines de comptences techniques par la transmission de connaissances et de comptences tires de lexprience, la diffusion de pratiques exemplaires et autres enseignements, afin damliorer les conditions de vie des migrants forcs et des personnes dplaces, et de venir en aide aux socits concernes. Parmi les principales questions abordes, citons la gestion et la coordination des camps, la gestion des dplacements durgence, la dmobilisation et la rintgration des ex-combattants, la rintgration socioconomique des migrants de retour, le rtablissement de moyens dexistence durables pour les personnes dplaces lintrieur de leur propre pays et les communauts vulnrables, la restitution des terres et le ddommagement des victimes, lenregistrement des lecteurs dans le cadre de processus de vote ltranger, ou encore la gestion de linformation.

    On estime que depuis 2001, plus de 85 500 personnes ont bnfici dactivits de renforcement des capacits dans des situations durgence et daprs-conflit, la majorit des programmes de formation ayant t mis en uvre en Hati et en Indonsie deux pays rcemment ravags par des catastrophes naturelles.

    Gestion de la migration de main-duvre

    LOIM renforce les capacits des pouvoirs publics, du secteur priv, de la socit civile et des migrants eux-mmes, afin de faciliter la gestion de la migration de main-duvre et llaboration de politiques en la matire. Lobjectif global est duvrer en faveur dune migration humaine et ordonne, en consacrant des projets spcifiques llaboration de cadres lgislatifs, la formulation des politiques et la gestion des programmes.

  • 155ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Depuis 2001, plus de 35 500 personnes ont t formes la gestion de la migration de main-duvre.

    Formation en droit international de la migration (DIM)

    LOIM aide activement les gouvernements et dautres parties prenantes amliorer les lois et procdures existantes en matire de migration, afin quils soient mieux mme de bien grer les migrations, en conformit avec les normes du droit international applicable.

    Pour renforcer les capacits existantes, lOIM conseille les gouvernements sur llaboration et la mise en uvre de lois sur la migration et sur des rformes juridiques, fondes sur les normes du droit international de la migration, et promeut une meilleure comprhension des questions relatives au DIM, essentiellement en dispensant divers cours et formations sur mesure.

    Ces cours sadressent aux fonctionnaires gouvernementaux, universitaires (enseignants et tudiants de troisime cycle) et reprsentants dorganisations internationales, de la socit civile et des mdias qui soccupent de questions migratoires. Ils traitent du cadre juridique international qui rgit la migration, et en particulier des droits et responsabilits des Etats et des migrants. Parmi les cours essentiels, il convient de citer le cours sur le droit international de la migration, organis chaque anne lInstitut international de droit humanitaire de San Remo (Italie) lintention des fonctionnaires gouvernementaux et des membres de la socit civile, et la formation destine aux diplomates aux Nations Unies, New York, dans le cadre des sminaires UNITAR/OIM/FNUAP sur la migration et le dveloppement.

    Depuis que lOIM a lanc ses activits de renforcement des capacits, en 2004, divers cours, formations, sminaires, confrences et tables rondes ont t organiss dans le monde entier. Au total, prs de 2 000 personnes soccupant des questions de migration en ont bnfici, dont 440 rien quen 2010 (voir la figure 23).

    Figure 23. Nombre de personnes ayant bnfici de cours et de formations sur le droit international de la migration (DIM), 20042010

    Source : OIM, 2011.

  • 156 CHAPITRE 4 | APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010

    PUBLICATIONS DE LOIM

    LOIM a toujours attach une grande importance la recherche. Ces dernires annes, le nombre de travaux majeurs publis a considrablement augment. Une cinquantaine de nouveaux titres sont parus en 2010, consacrs en particulier au couple migration et environnement, et ltablissement de profils migratoires par pays. Globalement, on estime plus de 600 le nombre de publications de lOIM dans le monde ces dix dernires annes.

    Certains titres paraissent rgulirement : le Rapport Etat de la migration dans le monde (2000, 2003, 2005, 2008, 2010 et 2011), la srie Dialogue international sur la migration (16 titres depuis 2001), la srie Migration Research (41 titres depuis 2001), la srie Droit international de la migration (24 titres depuis 2004), la srie des profils migratoires (plus de 35 rapports par pays), et le magazine Migrations (32 numros depuis 2001).

    Parue pour la premire fois en 2001, la revue International Migration (6 numros par an) est dite par lInstitut pour ltude des migrations internationales de lUniversit de Georgetown et distribue par Wiley. Le nombre total dabonnements souscrits par des bibliothques est pass de 621 en 2001 3 400 en 2010, tandis que le nombre annuel de tlchargements darticles, qui slevait 6 218 en 2001, a dpass la barre des 100 000 en 2010 (voir la figure 24).

    Figure 24. Revue International Migration nombre total dabonnements souscrits par des bibliothques et de tlchargements darticles par an, 20012010

    Source : OIM, 2011

    LOIM publie en outre des manuels et des outils de formation, tels que The IOM Handbook on Direct Assistance for Victims of Trafficking (2007), lIntroduction aux techniques daccompagnement et de communication : Manuel de lOIM destin aux responsables de communauts de migrants et aux travailleurs sociaux (2009), et Caring for trafficked persons

  • 157ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    (2009). Elle labore galement des notes dinformation sur divers programmes, ainsi que des aide-mmoires sur divers sujets, dont Migration, changements climatiques et environnement, The Millennium Development Goals and migration et Les rpercussions de la crise financire mondiale sur les migrations.

    En 2009, lOIM a lanc sa librairie en ligne (http://publications.iom.int/bookstore), qui permet daccder dans le monde entier lensemble de ses publications. Les nouvelles publications sont annonces par courriel plus de 7 000 personnes et institutions dans le monde. Plus de 1 350 utilisateurs et 1 650 commandes douvrages ont t enregistrs en 2009, et ces chiffres avoisinaient la barre des 2 000 la fin 2010.

  • 158 CHAPITRE 4 | APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010

    Encadr 1. Chiffres cls* des 60 annes dexistence de lOIM

    1951 A linitiative de la Belgique et des Etats-Unis dAmrique, une confrence internationale des migrations est organise Bruxelles, au cours de laquelle le Comit intergouvernemental provisoire pour les mouvements migratoires dEurope (PICMME) est cr. Lanne suivante, le PICMME devient le Comit intergouvernemental pour les migrations europennes (CIME).

    Annes 1950 Le CIME organise le traitement des dossiers et lmigration de plus de

    406 000 rfugis, personnes dplaces et migrants conomiques dEurope destination de pays doutre-mer.

    1956-57 Le CIME assume la responsabilit de la rinstallation de quelque 180 000 rfugis hongrois en Autriche et en Yougoslavie.

    1960 Le cap du millionime migrant assist par le CIME est franchi.

    1964 Le CIME lance les programmes de migration pour le dveloppement, avec pour objectif de recruter des migrants hautement qualifis afin de les placer dans des pays en dveloppement dAmrique latine.

    1968 Le CIME organise la rinstallation de 40 000 rfugis tchcoslovaques.

    1971 Dbut des activits daide la rinstallation de rfugis juifs originaires de lUnion sovitique. Le CIME aide le HCR rinstaller 130 000 rfugis du Bangladesh et du Npal au Pakistan.

    1972 Le CIME contribue lvacuation et la rinstallation dAsiatiques expulss dOuganda.

    1973 Un programme spcial permet la rinstallation de plus de 31 000 Chiliens dans 50 pays daccueil.

    En 1973, le cap du 2 millionime migrant assist par le CIME est franchi.

    1974 Le CIME devient une enceinte de dbat international et dchange dexpriences sur les questions migratoires entre gouvernements et autres organisations. Il lance son programme de retour de main-duvre qualifie lintention des Latino-Amricains rsidant ltranger.

    1975 Le CIME entreprend un programme de rinstallation pour les personnes dplaces et les rfugis indochinois.

    * Les chiffres indiqus dans cet encadr se rapportent uniquement aux mouvements et nincluent pas les bnficiaires dautres formes dassistance en matire de migration assures par lOIM, telles que dcrites dans ce chapitre.

  • 159ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    1980 En reconnaissance du rle croissant jou dans le monde, le Conseil du CIME donne lOrganisation un nouveau nom : Comit intergouvernemental pour les migrations (CIM).

    En 1980, le cap du 3 millionime migrant assist par le CIM est franchi.

    1983 Le CIM largit son programme de migration pour le dveloppement aux nationaux qualifis des pays africains.

    1985 Les programmes de migration pour le dveloppement sont largis lAsie.

    En 1985, le cap du 4 millionime migrant assist par le CIM est franchi.

    1986 Depuis 1975, un million de rfugis indochinois ont t assists par lOrganisation.

    1989 A la suite de lamendement et de la ratification de la Convention de 1953, le CIM devient lOrganisation internationale pour les migrations (OIM).

    1990 LOIM rapatrie les migrants en dtresse au Moyen-Orient aprs linvasion du Kowet par lIraq. Entre septembre 1990 et janvier 1991, elle assure le retour de 165 000 personnes en Egypte et diffrents pays dAsie.

    En 1990, le cap du 5 millionime migrant assist par lOIM est franchi.

    1991 LOIM facilite le retour denviron 800 000 Kurdes iraquiens dplacs.

    En 1991, le cap du 6 millionime migrant assist par lOIM est franchi.

    1992 LOIM fournit un soutien logistique et une assistance mdicale aux populations dplaces de lex-Yougoslavie.

    LOIM lance le programme durgence pour la Yougoslavie (YEP), portant sur

    lvacuation et le regroupement familial des personnes dplaces de lex-Yougoslavie. Au cours des huit annes qui suivent, le programme YEP vient en aide plus de 130 000 personnes.

    LOIM commence fournir une assistance technique en matire migratoire

    aux Etats membres de la Communaut dEtats indpendants (CEI).

    1993 Aprs la signature de laccord de paix au Mozambique, lOIM organise le retour de prs de 500 000 personnes dplaces lintrieur de leur propre pays (y compris des soldats dmobiliss et autres personnes vulnrables) et rfugis.

    En 1993, le cap du 7 millionime migrant assist par lOIM est franchi.

  • 160 CHAPITRE 4 | APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010

    1994 LOIM facilite le retour de 1,2 million de Rwandais depuis les pays voisins, et la rinstallation denviron 250 000 rfugis lintrieur de lex-Zare.

    En 1994, le cap du 8 millionime migrant assist par lOIM est franchi.

    1995 Aprs lclatement des hostilits en Tchtchnie, lOIM vacue environ 50 000 personnes vulnrables vers lIngouchie et le Daguestan afin dassurer leur scurit.

    En 1995, le cap du 9 millionime migrant assist par lOIM est franchi.

    1996 LOIM vacue les populations kurdes du nord de lIraq. En un peu plus de trois mois, 6 000 personnes sont ainsi rinstalles aux Etats-Unis dAmrique.

    LOIM aide plus de 190 000 rfugis bosniaques dEurope rentrer chez

    eux.

    En 1997, le cap du 10 millionime migrant assist par lOIM est franchi.

    1998 LOIM procure un abri aux Honduriens ayant tout perdu la suite de louragan Mitch.

    1999 LOIM met sur pied le programme dvacuation humanitaire par voie arienne lintention de quelque 80 000 rfugis kosovars de lex-Rpublique yougoslave de Macdoine destination de plus de 30 pays daccueil. Ds la seconde moiti de 1999, elle commence rapatrier ces personnes.

    2000 LOIM aide quelque 180 000 Kosovars rentrer chez eux, et organise le retour par terre, mer et air denviron 170 000 rfugis timorais. Elle aide galement rapatrier dIran quelque 160 000 rfugis afghans.

    LOIM lance un programme didentification et de ddommagement des victimes du rgime nazi soumises au travail forc en Allemagne.

    En 2000, le cap du 11 millionime migrant assist par lOIM est franchi.

    2001 LOIM organise le retour par mer en Sierra Leone de quelque 37 000 rfugis se trouvant en Guine.

    Elle contribue galement la construction dabris pour les victimes indiennes

    du tremblement de terre de Gujarat.

    En 2001, le cap du 12 millionime migrant assist par lOIM est franchi.

    2002 LOIM organise le retour denviron 45 000 personnes dplaces en Sierra Leone.

  • 161ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 | BIEN COMMUNIQUER SUR LA MIGRATION

    Elle fournit aussi une assistance pour le rapatriement dIran et du Tadjikistan de 71 000 rfugis afghans, et organise le retour de quelque 370 000 personnes dplaces en Afghanistan.

    2003 LOIM organise lvacuation et le retour denviron 5 000 ressortissants de pays tiers vivant en Iraq.

    2004 Dans le cadre du programme de dsarmement, de dmobilisation et de rintgration, lOIM organise le retour denviron 74 000 ex-combattants dans leur rgion dorigine, au Libria.

    2005 LOIM mne bien pour lIraq un important programme de vote ltranger dans 14 pays.

    Elle apporte une assistance au lendemain du tsunami qui sabat sur lAsie du Sud-Est en dcembre.

    LOIM fournit des abris aprs le tremblement de terre qui frappe le Pakistan lautomne.

    2006 LOIM organise lvacuation du Liban et le retour de quelque 13 500 nationaux de pays tiers, et contribue au rapatriement denviron 58 000 rfugis angolais depuis la Zambie.

    2007 LOIM facilite le retour et la rinstallation denviron 120 000 personnes dplaces au Soudan.

    En 2007, le cap du 13 millionime migrant assist par lOIM est franchi.

    2009 LOIM contribue au rapatriement en Rpublique dmocratique du Congo de 44 000 rfugis se trouvant en Zambie.

    2010 Aprs le tremblement de terre du 12 janvier en Hati, lOIM porte assistance 1,3 million de personnes dplaces vivant dans des camps de fortune Port-au-Prince et dans dautres provinces touches.

    Elle fournit des abris 830 000 mnages dplacs par les inondations au Pakistan, couvrant ainsi 48 % des besoins estims.

    Elle organise le retour de quelque 236 000 personnes dplaces Sri Lanka.

    De 2000 2010, lOIM facilite la rinstallation de 810 000 rfugis dans un pays tiers, aide 180 000 personnes dans le cadre de son programme de traitement des dossiers et dintgration des migrants, et apporte plus de 380 000 migrants une aide au retour volontaire et la rintgration.

    Elle aide les autorits provinciales du Sud-Soudan organiser dans huit pays la participation des expatris au rfrendum sur le statut de la province qui a eu lieu au dbut de janvier 2011.

    En 2010, le cap du 14 millionime migrant assist par lOIM est franchi.

  • 162 CHAPITRE 4 | APERU STATISTIQUE DES ACTIVITES DE LOIM ENTRE 2001 ET 2010

    Encadr 2. Sources des donnes

    Depuis janvier 2010, le systme MiMOSA (Application relative aux systmes oprationnels et de gestion des migrants) est utilis par tous les bureaux extrieurs pour traiter les donnes sur les mouvements grs par la Division des rinstallations et de la gestion des mouvements. Il remplace lancienne base Mosaic, qui contenait les statistiques sur les mouvements enregistrs par lOIM depuis janvier 1992. Il est actuellement install dans plus de 90 bureaux de lOrganisation, afin de permettre au personnel de partager des donnes sur diffrentes activits (valuations mdicales et sanitaires, transport, aide au retour volontaire et la rintgration, et lutte contre la traite). Les donnes sont ensuite regroupes dans un dpt de stockage de donnes, que lon peut interroger au moyen dune application Web pour crer des rapports. La base comprend des informations biographiques et dmographiques sur les migrants et les rfugis (nationalit, sexe, ge, composition du mnage ou origine et destination). Les donnes MiMOSA sont galement dupliques dans iGATOR, le systme o sont enregistres toutes les informations relatives aux commandes de billets davion des migrants avant dtre transfres dans le systme PRISM de gestion intgre des processus financiers et des ressources . Le personnel oprationnel de lOIM est form ces outils, ainsi quaux directives et procdures oprationnelles standard nonces dans le manuel sur la gestion des mouvements, afin dtre en mesure de produire des rapports financiers et descriptifs sur les programmes et projets de lOIM, comme lexige le Sige de lOrganisation, et pour rpondre aux attentes des donateurs.

    Les donnes sur les activits lies la sant (valuations sanitaires, assistance sanitaire durant le voyage, etc.) ont t runies et analyses laide dapplications conues par lOIM, du systme MiMOSA et du logiciel UKTB (United Kingdom Tuberculosis) Global Software. Ces dix dernires annes, la plupart des activits mdicales de lOIM ont t enregistres dans MiMOSA. Quant UKTB Global Software, il sagit dune application Web accessible partout dans le monde, qui couvre lensemble des activits menes par lOrganisation dans le cadre du programme britannique dvaluation sanitaire, actuellement mis en uvre dans huit pays, au profit de plus de 100 000 immigrants par an.

    LOIM nutilise pas encore pleinement MiMOSA pour enregistrer les informations relatives des services tels que le retour volontaire assist, la lutte contre la traite, la formation des migrants et les activits prconsulaires. Ce recours non systmatique aux outils informatiques, d au caractre actuellement facultatif de MiMOSA pour les activits non lies aux mouvements, demeure le principal obstacle la collecte de limportante masse dinformations existantes. Pour lheure, les informations sont recueillies soit au moyen de bases de donnes spcifiques (Module de lutte contre la traite, par exemple), soit partir de rapports des bureaux extrieurs. Cest pourquoi, la prsentation des rapports varie selon les secteurs de services. Cependant, des discussions sont en cours sur les moyens damliorer la coordination et la saisie des donnes qui devraient, en principe, rendre le systme MiMOSA obligatoire la fin de 2011 ou au dbut de 2012 pour toutes les activits de lOIM.

    Pour remdier cette contrainte, une enqute spciale a t ralise au dbut de 2011 avec le concours de tous les bureaux extrieurs de lOIM. Ses rsultats sont venus complter les donnes MiMOSA et ont fourni des chiffres supplmentaires pour les activits qui ne sont pas encore saisies systmatiquement (telles que celles qui se rapportent aux services fournis dans les situations durgence et daprs-crise).

  • ETAT DE LA MIGRATION DANS LE MONDE 2011 Bien communiquer sur la migration

    La rcente crise conomique mondiale a mis en vidence la capacit de rsistance de la migration et confirm que la mobilit humaine fait partie intgrante de notre monde interdpendant. La migration est loccasion dchanger des talents, des services, des comptences et des expriences. Or, elle demeure un sujet politiquement sensible, et les pouvoirs publics ont souvent la difficile tche de dissiper les malentendus qui lentourent. Les informations et les ides errones peuvent en effet enclencher un cercle vicieux, en influenant la politique gouvernementale qui, son tour, perptue des attitudes ngatives dans les mdias et lensemble de la communaut. Laction des pouvoirs publics et le discours politique peuvent donc jouer un rle dterminant dans la faon dont les migrants sont considrs dans les socits dorigine et daccueil. A cet gard, bien communiquer sur les migrants et la politique migratoire est un enjeu essentiel pour les gouvernements des pays de dpart et de destination.

    Le Rapport Etat de la migration dans le monde 2011 prsente les informations disponibles sur les reprsentations et les attitudes du public au sujet de la migration. Il analyse la manire dont celles-ci sont faonnes, et comment elles peuvent influer sur, ou tre influences par, laction des pouvoirs publics et les mdias. Il tudie en outre le rle que jouent ces derniers lorsquils relaient lopinion, rendent compte des tendances migratoires et orientent le discours sur la migration, et livre des exemples de bonnes pratiques suivies par les pouvoirs publics, la socit civile et les mdias pour communiquer une image positive et nuance des migrants. Enfin, il propose divers moyens pour mieux communiquer sur la migration, de faon faciliter la comprhension et la reconnaissance des avantages de celle-ci, encourager la formulation de politiques davantage fondes sur des donnes probantes, et sassurer une meilleure participation des migrants eux-mmes. Parmi les moyens abords, on citera : llaboration dun discours sur la migration ouvert, nuanc et dpolitis ; la promotion dun dbat qui nourrisse le discours dominant et ne se contente pas dy ragir ; ladoption de mesures rpondant aux proccupations du public pour viter que les migrants ne soient transforms en boucs missaires ; la collaboration avec les mdias pour parvenir une couverture des questions migratoires exacte et objective, fonde sur les informations disponibles ; et la reconnaissance des migrants comme des acteurs part entire de linformation, qui participent directement au dbat public sur la migration.

    La partie A du Rapport Etat de la migration dans le monde 2011 est consacre au thme retenu cette anne : Bien communiquer sur la migration. Elle analyse galement les principales tendances de la migration observes en 2010 et 2011 sous langle de laction publique, de la lgislation, ainsi que de la coopration et du dialogue lchelle mondiale et rgionale.

    En hommage au soixantime anniversaire de lOIM, la partie B retrace lvolution de lapproche suivie par lOrganisation en matire de gestion des migrations, et la diversification de ses activits programmatiques depuis la fin de la guerre froide. Elle prsente en outre un aperu statistique des programmes et des projets mens ces dix dernires annes.

    ISBN 978-92-9068-620-0 ISSN 1561-5502

    ETAT D

    E LA MIGRATIO

    N DANS LE M

    ONDE 2011