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Une approche comprhensive de lefficience thique

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  • 1. Sous le sceau de lUniversit Europenne de Bretagne Universit Rennes 2 Ecole Doctorale Sciences Humaines et Sociales Centre de Recherche sur lEducation, les Apprentissages et la Didactique EA 3875 Jouer le jeu Une approche comprhensive de lefficience thique Thse de Doctorat en Sciences et Techniques des Activits Physiques et Sportives dirige par Yvon LEZIART et soutenue le 30 Juin 2009 par Frdric BOZZI Membres du jury Monsieur Marie Joseph BIACHE, Professeur, Universit Clermont-Ferrand 2 (Prsident du jury) Monsieur Jean GRIFFET, Professeur, Universit Aix-Marseille 2 (Rapporteur) Monsieur Philippe SARREMEJANE, Professeur, Universit Paris 12 (Rapporteur) Monsieur Yvon LEZIART, Professeur, Universit Rennes 2 Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 2. 2 Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 3. 3 REMERCIEMENTS Monsieur LEZIART pour ses exigences quant au travail empirique Messieurs HEAS et RONCIN pour leurs objections AUX Joueurs de prrgionale des clubs de Saint-Brieuc, Pordic, Yffiniac et Goudelin Prsidents des clubs de Saint-Brieuc, Pordic, Yffiniac et Goudelin Membres du Comit Dpartemental de Tennis de Table, en premier lieu Michel Scherlin AUX PARTENAIRES AVISES DE DISCUSSION QUONT ETE Michel GADAL, Directeur Technique National de la Fdration Franaise de Tennis de Table Yves REIGNIER, Directeur Technique De Zone de la Fdration Franaise de Tennis de Table Kenny RENAULT, Conseiller Technique Fdral de la Fdration Franaise de Tennis de Table Robert URIAK, professeur agrg de philosophie Frdric ROUDAU, professeur agrg de philosophie Yann LE GALL, ducateur spcialis Andr MICHEL, sculpteur Sverine RICHARD, photographe Jrome HAMY, graphiste Sylvain ROLLAND, dessinateur pour enfants Jean-Pierre LE GALL, pastelliste Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 4. 4 Jouer le jeu Une approche comprhensive de lefficience thique Si lthique nest pas illusoire, comment comprendre son efficience ? La question ncessite didentifier des complexes objectifs de sens et daction. Il sagit en effet de se placer du ct du corps pour ne plus verser dans lternel dbat idologique qui, prcisment, lude la question. Un travail empirique simpose, que nous engageons dans un championnat dpartemental de tennis de table. Nous ne pouvons au demeurant mettre en relation sens et actions sans penser le plan sur lequel les apposer. La comparaison nave conduit en effet rabattre inconsciemment les lments actionnels sur lunique plan de la reprsentation. Do la ncessaire induction dun plan dapposition partir de la frquentation mthodique du terrain. Cette construction ne peut se faire aux dpends des acteurs, sources du sens thique et des actions effectives, mais doit tre conforme une pistmologie de la complexit et de limmanence. Au terme dune dmarche graduelle qui vise la connexion de la posture et du terrain, nous dterminons ainsi le jeu comme plan dapposition. Jouer le jeu , cest raliser un bien dans et par des actions sportives. En en identifiant les dclinaisons, nous laborons des complexes de sens et daction. Ceux-ci sont dduits selon un principe gnalogique partir des donnes dj collectes. Aprs leur analyse mthodique, nous sommes en mesure de faire une description dtaille du processus defficience qui a cours dans un change type. Nous dfendons par l lide que lthique adjoint au dsquilibre, cur inconscient du mouvement et dimension physiologique de la motivation, une nuance qui lui assure perduration dans un monde de lquilibre institu. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 5. 5 SOMMAIRE TOME 1 Jouer le Jeu : une approche comprhensive de lefficience thique 1- Introduction : la question de lefficience thique p8 1- Le dbat apologie-critique p8 2- Le rejet du plan idologique p12 3- La question de lefficience thique p15 4- Les lusions traditionnelles de la question de lefficience p24 5- Une approche comprhensive p33 6- Le terrain p40 7- Le processus de recherche p44 2- Gnalogie de la question de lefficience thique p49 1- Linterprtation philosophique de laction sportive comme signifiant thique p51 2- Lpreuve dsillusionnante du rel p52 3- La raction critique dans les sciences humaines p54 4- Labandon de la posture critique p57 5- La science descriptive de lillusion dthique p59 6- Le retour au problme de lefficience thique et le glissement de terrain p61 7- Dduction de principes pistmiques p64 3- Epistmologie de la question de lefficience thique p67 1- La ncessaire construction dun plan dapposition p67 2- Le rejet des plans transcendants p68 3- Le plan dimmanence p71 4- Les dterminations minimales de lthique efficiente p75 5- Sujet et monde p82 6- Inconscients et libert p86 7- Cadre thorique : motivation et institution p93 4- Mthodologie : la construction inductive du plan dimmanence p104 1- La frquentation du terrain comme hypothse en acte p104 2- La connexion de la posture et du terrain p107 3- Le systme du jugement comme point de dpart p109 4- La mthode pour sortir du systme du jugement p112 Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 6. 6 5- Le processus effectif de mutation p116 6- Rsultats p119 7- Le plan ludique comme plan dimmanence p131 5- Axiologie : la construction dductive des complexes de sens et daction p137 1- La dtermination de faons de jouer p137 2- La ncessaire compatibilit des faons de jouer p141 3- Gnalogie sociale des faons de jouer p143 4- Dduction des lments axiologiques actualisant les biens sociaux p148 5- Gnalogie existentielle des faons de jouer p155 6- Rsultats : six tables de complexes de sens et daction p168 7- La pertinence des donnes quant au problme de lefficience thique p188 6- Une analyse comprhensive de lefficience thique p192 1- La formulation dune hypothse au sujet de la contagion dun mouvement p192 2- La dfinition du mouvement comme dplacement et sa critique p193 3- Lpaisseur du mouvement humain p194 4- Le mouvement comme dsquilibre p196 5- Lhypothse quant lefficience thique sur les mouvements effectifs p199 6- La mthode du traitement des donnes p203 7- Analyse des donnes et explicitation des rsultats p205 7- Conclusions p224 1- Une conceptualisation de lefficience thique p224 2- Discussion p229 3- Applications p232 4- Gntique de la thse : dsquilibre et thique de la recherche p235 5- Ouvertures p238 6- Une cologie p238 7- Une gyncologie p240 8- Bibliographie p243 1- Ouvrages p243 2- Articles p251 9- Glossaire p257 Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 7. 7 TOME 2 Annexes 1 : entretiens et observations 1- Introduction p2 2- Joueurs et rencontres de prrgionale p3 Distance 1 p4 Distance 2 p23 Distance 3 p39 Distance 4 p47 Distance 5 p72 Distance 3 p79 Distance 4 p81 Distance 5 p82 3- Comit dpartemental p87 Distance 1 p87 Distance 2 p88 Distance 3 p89 Distance 4 p90 Distance 5 p91 4- Club de Goudelin p92 Distance 1 p92 Distance 2 p93 Distance 5 p94 TOME 3 Annexes 2 : vrifications 1- Vrifications des catgories induites de la distance 1 p4 2- Vrifications des catgories induites de la distance 2 p24 3- Vrifications des catgories induites des distances 3 et 3 p34 4- Vrifications des catgories induites des distances 4 et 4 p42 5- Vrifications des catgories induites des distances 5 et 5 p56 6- Vrifications des faons de jouer dduites la distance 6 p65 7- Vrifications des lignes de dveloppement social p105 8- Vrifications des lments idiosyncrasiques p131 Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 8. 8 1- Introduction : la question de lefficience thique 1-Le dbat apologie-critique 11- Lapologie En matire de sport, parler dthique est un rflexe. Rares sont les discours qui ne font pas talage des vertus intrinsques lacte de jouer avec son corps, des lignes, des projectiles et les autres. Homo Sporticus convoque et voque quelque chose de fondamental lhumanit, lthique relve du fondamental, donc les deux ont partie lie. Jeu (87) signale ainsi un lien entre leffort dsintress du sportif et limpratif catgorique de Kant : on soblige beaucoup pour jouer, alors quon joue pour jouer. Baillet (01) lui fait cho, pour qui la belle histoire du sport atteste de lexistence dun esprit sportif oeuvrant comme une me ou un principe transcendant et universel . Les tenants du mouvement olympique insistent dailleurs, feignant de demander : o trouve-t-on de manire aussi intense ce qui construit ces valeurs sans lesquelles un homme reste quai toute sa vie ? pour mieux assurer que lthique, devenant le principe fondateur des activits humaines, inscrit les finalits du sport dans le processus universel de civilisation (CNOSF, 06, p168). Au final, on fait comme si tre sportif serait tre moral (Vigarello, 04). On ne va pas jusqu revendiquer lexclusivit morale, mais on met en avant lexemplarit dune saine exigence qui par elle-mme pourrait impulser des mouvements rdempteurs et pacificateurs par del le terrain. La morale inhrente au sport devient ainsi larchtype moral. Do lextrme tendance cultiver des discours proslytes et moralisateurs aux sujets et au sujet du sport. Car sy jouent laccomplissement de chacun dans la joie de leffort et laccomplissement de tous dans la puissante socialisation quil fait natre. Faire du sport, cest apprendre agir en fonction de certaines valeurs (Hotz, 98). Faire du sport, cest apprendre se connatre et se matriser. Faire du sport, cest apprendre connatre les autres et les respecter. Faire du sport rapproche les peuples et lutte contre les guerres (Belmihoud, 06). En rsum, la pratique sportive ncessiterait le recrutement de qualits morales autant quelle dvelopperait les qualits morales. Plus prcisment, on entend que les qualits sociales sont ncessaires pour pratiquer autant que la pratique dveloppe des qualits transfrables la vie sociale. Le sport sert lpanouissement de la personne et du citoyen, de la dignit et du vivre ensemble, de la libert et de lgalit. Lexemple traditionnel de lascension par le sport porte ainsi en lui les deux versants des bienfaits sportifs : russite personnelle dans et par le social, russite du dispositif social dans et par la personne. Srandour crit dailleurs, dans la prface de louvrage du CNOSF (06) qui se veut contribution du mouvement sportif la socit franaise , vouloir affirmer un certain nombre de ralits simples pour que soit davantage reconnu le rle social voire socital du mouvement sportif . Dans cette optique, le recours au nom de Pierre de Coubertin fonctionne comme un signe de ralliement. Adam (07) affirme ainsi que le sport perfectionne et cultive une morale dmocratique qui fait rver lquilibre du plaisir et de la volont, de linitiative et de la solidarit, des mots qui font chos ceux que De Coubertin crit dans la Revue sportive illustre (20) : leffort des muscles et celui de la pense, lentraide et la concurrence, le patriotisme et le cosmopolitisme intelligent, lintrt personnel et labngation de lquipier, assembls en faisceau pour un labeur commun . Jeu voit mme le sport comme contre-socit exemplaire qui ralise lgalit comme prsuppos et constitue une base empirique pour des valeurs comme lgalit. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 9. 9 12- La critique Le revers de la mdaille, cest que dautres sacharnent observer avec autant dardeur que de dsenchantement les ralits sportives : triche et dopage, violence envers lautre et envers soi, morts symboliques et morts relles, caution dun systme conomique ravageur, lieu propice attiser les haines et dclencher les conflits intestins et mondains que les socits tentent lordinaire de gommer. Il sagit ds lors de dnoncer les vidences contrefactuelles : un footballeur nest pas ncessairement un bon pre, un bon patriote, un bon ambassadeur de la paix du seul fait quil dirige magnifiquement un ballon au centre dune quipe et dun terrain. Le discours sportif recle mensonges et manipulations. Ces mots de Coubertin (31) au sujet de la mise en place du mouvement olympique en tmoignent : on se disputait ! Excellent ! Rien de tel pour asseoir un comit que de voir les candidats boxer alentour . Loin des discours hagiographiques, Arnaud (Coubertin, 31) commente dailleurs au sujet du baron : il est calculateur, intrigant, opportuniste, manipulateur. Quun sort contraire sacharne sur lui, il devient dsagrable, capricieux, colreux, vex de ne pas tre reconnu pour ce quil dsire tre , avant de stipuler que sa qute de reconnaissance sociale est une fuite en avant lissue incertaine . Dury (94) rappelle aussi quil voulait faire entrer le sport lcole en dfonant la porte, ou mieux, en la faisant dfoncer par les potaches . La violence du projet peut dailleurs relever du symbolique : par exemple quand le sport contraint la foule sans quelle peroive le sens qui lui est impos (Andrieu, 02). Comme les apologues voquaient le recrutement et le dveloppement de qualits morales, les critiques affirment que les qualits amorales sont ncessaires la pratique autant que la pratique les alimentent. Le sport dveloppe en ce sens la comptition et lagressivit. Il rduit le sujet un automate, une machine produire , et rend le spectateur passif. Ellul (91) signale ainsi que la valeur de la technique rside dans la russite et lagressivit. Brohm (94) confirme, qui note que les rfrences la scientificit conduisent une double rduction : celle du sujet un ensemble de ractions observables dans des situations exemplaires (alors quil est projet existentiel), celle de la corporit la motricit et au mouvement sportif. Bredemeier et Fields (83) euphmisent pour leur part la prtention morale : la dynamique de comptition, la protection confre par les officiels et les rgles et la relative inconsquence des intentions sportives contribuent dcharger les pratiquants de la demande habituelle en matire de moralit (p24). Les discours critiques insistent galement sur la connotation sociale de cette amoralit. Lenfermement et la contrainte sont ncessaires pour pratiquer, pendant que la pratique dveloppe des qualits transfrables, qui plus est ncessaires, la socit capitaliste. Brohm (93) dcrit ainsi lefficience relle de la morale sportive comme transmutation de lhomme en machine produire par le biais dune reformulation du sens de lexistence au service de la civilisation capitaliste. Il cite Coubertin, qui avance le stuggle for life comme loi de la vie scientifiquement dtermine. Le sport napparat donc plus comme prparation la citoyennet, mais bien plutt comme moyen denfermement. A preuve les crises et angoisses du retour la vie sociale chez les sportifs de haut-niveau. Brohm (93) sattache mme montrer le lien historique qui existe entre sport et nazisme : dfil, volont de force, puret, domination en sont autant de signes. Nous pouvons dailleurs en voir dautres dans ces mots de Coubertin que cite Dury (94) : Berlin, on a vibr pour une ide que nous navons pas juger, mais qui fut lexcitant passionnel que je recherche constamment . Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 10. 10 13- La controverse Face ces attaques critiques, les apologues argumentent. Certes la ralit ne correspond pas son idal thique, mais celui-ci intervient comme force rgulatrice de la confrontation. Prenant acte des possibles dviances, les tenants de lolympisme signalent dautre part qu il est indispensable davoir recours une rgulation dans la confrontation : cest le rle de lesprit sportif ou fair play , qui consiste cder pour viter une querelle (CNOSF, 06). Cette rgulation morale sapplique galement au politique : pour tre un vrai sportif, le dirigeant doit dabord tre un honnte homme. Perdre le sens de lhonntet est admettre linjustice, la dloyaut, le trucage jusque dans les licences de sport . Or cette force rgulatrice est ncessairement plastique. Analysant la mythologie de la solidarit sportive, Lefvre (98) prcise ainsi que si le sport nest pas le refuge de valeurs quil prtend tre, la logique antinomique qui le constitue est nanmoins prendre comme une reconnaissance de la complexit du monde. Elle sappuie sur Simmel ( lhomme est ltre de liaison qui doit toujours sparer et qui ne peut relier sans avoir spar ) pour avancer quHomo sporticus spare et rassemble en mme temps. Ds lors, contre lide que le sport revendiqu de haute vertu ne le serait pas par nature, mais par tout un systme de contraintes qui visent assujettir ce corps de lexubrance et de lexcs , Lefvre (97, p77) demande : ne peut-on pas imaginer la morale sportive comme une arme adaptative ? . Le sport est en effet dialogique, donc ne peut accueillir une morale totalitaire. Ehrenberg (91) va en ce sens, qui crit que les discours sportifs ne sont ni vrais ni faux, ils indiquent seulement la plasticit infinie du sport . La moralit, le fondement ou le principe dfiniraient ainsi le vrai sport. Le mme Ehrenberg (91) crit dailleurs : quand [par le sport] on encense les valeurs de lentreprise, ce nest pas la disciplinarisation de la force de travail, mais laction dentreprendre elle- mme . Dans cette perspective, le sport serait lincarnation des valeurs mritocratiques, il ferait la synthse harmonieuse entre concurrence et justice, puisque la justice est le produit de la concurrence : le premier est toujours le meilleur. Le sport est en ce sens spectacle de la juste ingalit : on peut certes constater quil y a des ingalits en acte, mais le plus important est que le principe soit galitaire. Ds lors, les apologues rappellent que le sport doit rester fidle sa vrit : le mouvement sportif est le premier mouvement associatif : association dides, dhommes, dactions. Lactivit doit rester en liaison avec son fondement. Le mouvement sportif se doit de raffirmer son attachement indfectible la continuit de la masse et de llite, et son unicit, au-del des diffrences avec ses composantes (CNOSF, 06). Cest dire quil doit accomplir sa nature galitaire vritable. Jeu (93) signale dautre part que la question est celle de savoir pourquoi on fait du sport, non pas celle de savoir pourquoi on fait faire du sport. La perspective renvoie au sujet. Ds lors Brohm, qui prtend que le sport encourage vivre le jeu sur le mode de la socit comptitive qui opprime les hommes, sous-estimerait la capacit des sportifs se comprendre eux-mmes. Notons en outre que si les foules vont vers quelques dous, ce nest pas en fonction des finalits, mais en fonction du dsir : la critique a beau changer les reprsentations au sujet du sport, lattraction est trop forte, qui appelle laccomplissement du dsir et une nouvelle modification des reprsentations. La philosophie du dsir dont se rclame Brohm ntant dailleurs pas formule, la critique de la critique sy engouffre : Jeu (93) fustige une vague morale du dsir . Dans la ligne de celui-ci, Griffet (97) rtorque la critique que le sport nest pas quune institution : cest aussi un phnomne en volution relevant dune libre adhsion des pratiques, le lieu dune cration dutilisations du corps et dinachvement des thiques. La dsillusion peut dailleurs tre elle-mme cratrice de lien social. Qui plus est le Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 11. 11 progrs social souvent critiqu par Brohm peut tre compris comme consquence dune activit dont le sens se rsume au jugement esthtique, parfaitement subjectif en lui-mme : le sport est pratiqu parce quil plait. Ce qui lie les individus est en ce sens propre leur activit, lintensit de ce qui est vcu : le sport peut tre conu comme base empirique do merge le principe dgalit, puisque se tenir la limite de ses possibilits, l o les chances de russir ou dchouer squivalent, cest tre une limite intensive, l o le sentiment est fort. Le progrs est ainsi la consquence logique de la recherche dmotions soutenues. Face ces arguments, la critique se radicalise. Emerge lide que lidal thique nest rgulateur quen tant que masque. Cest la fonction idologique qui est ici dnonce, en rfrence au marxisme : sur les diffrentes formes de proprits, sur les conditions dexistence sociale slve toute une superstructure dimpressions, dillusions, de faons de penser et de conceptions philosophiques particulires. La classe ouvrire toute entire les cre et les forme sur la base de ces conditions matrielles et des rapports sociaux correspondants. Lindividu qui les reoit par la tradition ou par lducation peut simaginer quelles constituent les vritables raisons dterminantes et le point de dpart de son activit (Marx, 52, p47). On peut encore citer Althusser (71, p238) : lidologie comme systme de reprsentation se distingue de la science en ce que la fonction pratico-sociale lemporte en elle sur la fonction thorique... Les socits scrtent lidologie comme lment indispensable leur respiration . Le sport est ds lors conu comme opium du peuple et les discours comme superstructure. La rfrence Machiavel (99) peut dailleurs sonner la charge de la dmystification du pouvoir de paix reconnu au sport : peut-on remettre le destin de la cit entre les mains de deux champions ? Non, car les vaincus ne pourraient accepter les consquences dune dfaite fictive : si la violence intrinsque au sport est symbolique, la paix laquelle elle doit conduire nest que fictive. Vigarello (04) note en ce sens quon a attribu au sport des qualits intrinsques qui ne sont que des exigences qui le transcendent (par exemple, lgalit comme idal venant du social). Dans cette perspective, Brohm conoit le discours sportif comme prdication idologique, discours performatif qui dcrte existant ses souhaits. Cette pense du dsir affirme la ralit de ses illusions dans un discours qui nonce un corps de valeurs, de jugements de valeurs ou dtalons axiologiques (Weber), en fin de compte une conception du monde. Do la ncessit de dconstruire les ides axiologiques, car elles tablissent une distorsion entre jugement de valeur et savoir empirique. Fougeyrollas (in Brohm, Baillette, 95) affirme ds lors qu il nest de sociologie fondamentale que critique . Le sport ne peut rien en ralit, cest ce quil sagit de mettre jour. Notons certes ltrange transfert sur lefficience sociale du sport : que peut une activit qui ne peut rien pour elle-mme ? Il faut dnoncer le si , mot prfr du sport qui permet de transformer le dsir en valeur, ou encore son ontologie idologique : la comptition serait lexpression de lessence humaine, le sport serait une sublimation de cet instinct ; refuser la comptition, ce serait refuser la vie. Il sagit de dnoncer lhypocrisie des rcuprateurs qui omettent de parler de la fondamentale dimension conflictuelle du sport, presque tous les niveaux de pratique dailleurs, et pas seulement dans le sport spectacle. Il sagit de dnoncer la fonction hallucinogne des discours thiques qui masquent lintrt mdiocre et la plate posture symbolique des beaux parleurs, comblent les vides techniques et les incomptences des rcuprateurs. Moscovici (91) fait en ce sens une rflexion propos des reprsentations sportives : le sport en tant que fait culturel (tant du point de vue anthropologique quthique et axiologique) saffirme dabord par les visions du monde quil vhicule ; or dans le professionnalisme, le corps est transform en pure fabrique nergtique qui refoule toutes les dimensions affectivo- pulsionnelles risquant dentraver le succs. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 12. 12 La critique senorgueillit en outre dun bilan consquent. Quand Elias et Dunning (94) vont contre lide admise (on la trouve chez Caillois, Huizinga, Coubertin, Bouet) que toute socit a amnag en son sein le sport, Brohm (95) avance que la thorie critique la dit bien avant. Cest arguer dune efficience de la critique : des faits nis il y a dix ans sont agits aujourdhui comme des vidences. Il prcise ainsi qu aux objections de nihilisme nous opposons les bilans La thorie critique a fait avancer la connaissance du sport cent fois plus vite que les dissertations sur les techniques sportives, lthique, la dmocratie galitaire, et bien plus srieusement que les enqutes sur les pratiques sportives des franais Nous scions mthodiquement les branches de larbre sportif en anantissant les unes aprs les autres ses illusions (p14). Ce mouvement critique est n en mai 68, annonc dans un article (sport, culture et rpression) du n43 de la revue Partisans qui prcise lentreprise de dconstruction des principes, catgories, valeurs et finalits du sport bourgeois contemporain. Or Brohm affirme que, depuis, Quel corps ? considre que toute transformation du sport passe par le renversement du capitalisme et ltablissement dautres rapports sociaux, linstauration dautres valeurs : respect, coopration, dveloppement harmonieux, solidarit Une utopie porteuse de sens et despoir. Et lutopie est une force productive (p40). Cette valeur serait ainsi efficiente dans et par sa dnonciation de linefficience des valeurs sportives traditionnelles. 2- Le rejet du plan idologique 21- La valorisation dans le systme du jugement Malgr les prtentions respectives, force est de constater que le dbat reste aportique. La rfrence Coubertin est par exemple elle-mme loccasion de dbats idologiques : soit on dit quil est acteur, pas un rveur, soit on dit quil est surtout penseur abstrait. La pice noue dailleurs une trange intrigue quand on voit les protagonistes donner le change leurs adversaires au point daller dans leur sens : alors quon shabituait une opposition des arguments de raisons et des arguments de cause, dacteur et de structure, de rve et de ralit, ceux qui par got laissent les positions extrmes comme repoussoir moral se laissent aller lamalgame. Les deux positions peuvent en effet tre adoptes successivement pour peu quon veuille sassurer de disposer aux yeux des autres dun discours avis sur la chose sportive. Ainsi des journalistes sportifs du service public qui tantt racontent avec force motion la fabuleuse histoire dun hros du patrimoine, tantt se gaussent sur une annexe de la chane de la navet de ceux qui auraient pu y croire. Et pourtant les oscillations dopinion semblent chaque fois se rclamer dune sincre exigence thique ! Celle-ci devient si plastique quon peut en faire ce quon veut et la plier aux exigences de la situation du moment. Lre moderne est ladaptation, loin des morales rectes de nos anctres. En matire dthique, tout est permis. Nous vivons ainsi sous le rgne du jugement de valeur, systme de socialisation plus puissant que lobjet sur lequel il se prononce. Car mettre un jugement permet chaque fois de se placer du bon ct et dactualiser sa lgitimit le formuler. Juger quelque sportif amoral, cest dvaluer ses actes au nom de principes dont on se rclame, ce qui implique de faire comme si on suivait ces principes alors mme quon en rfrera dautres pour lgitimer telle action dviante. A lexigence de justice invoque pour tel contrevenant succdera le plus naturellement du monde lthique de plaisir, pour peu que le juge soit jug. Juger cest se mettre en valeur, tous le partagent et chacun le cautionne tant quil en sort grandit. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 13. 13 Cette tendance confiner lthique au domaine du jugement se fait galement jour dans un certain nombre danalyses. Quand Sirost (97) propose den revenir aux phnomnes empiriques, ce qui se donne vivre, en bref, aux jugements de faits plutt quaux jugements de valeur , il opre un tel rabattement sur le plan du jugement. Chappuis (99) de mme, qui veut prouver que la vie sociale est effectivement rgie par la solidarit en arguant du fait que nous ne pourrions dnoncer les drives comme drives si ce ntait pas le cas ; cest dire que ce qui est rel, cest le jugement. Philonenko (99), remarquant que la mmoire de lactivit sportive ne cesse de grandir, justifie cette ralit en expliquant que la morale repose sur les techniques denregistrement : le problme, cest justement que le jugement est une ide qui peut oublier les corps exprimentaux. Or le jugement est bien enregistrement en conscience dune ralit vcue ou observe. 22- Le plan commun des deux postures : lide Oprer sur lunique plan du sens, cest soctroyer la possibilit de parler du sens idel. Les apologues le revendiquent dailleurs. Les tenants du mouvement sportif veulent ainsi que le code dthique europen soit un mode de pense, pas seulement un comportement . Coubertin (31) lui-mme voulait scinder lide olympique de ses actualisations ou ralisations. Au seuil de son rcit, il expose cette exigence de sparation de lide et de laction, fustigeant ses interlocuteurs qui ne parvenaient pas saisir [sa] pense, interprter cette chose oublie : lolympisme, et en sparer lme, lesprit, le principe des formes antiques qui lavaient enveloppe (p9). Il fera tout par la suite pour se garder de jamais laisser les Jeux sannexer quelquune de ces foires au milieu desquelles leur valeur philosophique svapore (p58), remarquant en outre que le vrai pril tait dans leffritement de lide olympique (p161). Il dfinit ainsi les membres du CIO comme les trustee de lide olympique qui avaient charge den imprgner les concours , ajoutant que cela ne les rendaient pas comptents pour se substituer aux techniciens dans la conduite mme de ces concours (p71). Cest dire que lesprit olympique est distinct des corps qui laccomplissent. Coubertin impulse encore en 1906 la cration de concours darchitecture, de sculpture, de musique, de peinture et de littrature pour toutes uvres indites directement inspires par lide sportive (p81) : les arts sont autour du sport, et non pas dans le sport. Dury (94), affirmant que cet idaliste parvint raliser nombre de ses ides , fait lui-mme cho cette tendance sparer initialement esprit et corps. La propension donne dailleurs une prise solide aux critiques : quand on parle des corps souffrants, on peut aisment voir les belles ides comme les masques dune pnible ralit. Jeu (93) prtend pourtant que le sport est loccasion de matriser la ralit par la construction de son symbole. Quand lhomme ne peut plus agir directement sur les choses, il agit sur leur symbole pour se sentir chez soi dans le monde. En symbolisant la violence, on se joue delle. Cette pratique nous vient du tribalisme (87). Frazer (36) dcrivait cette magie de la ludicit comme une satisfaction du dsir par une sorte dhallucination motrice : les hommes ont pris par erreur lordre de leurs ides pour lordre de la nature et se sont imagins que parce quils sont capables dexercer un contrle sur leurs ides, ils doivent galement tre en mesure de contrler les choses (p420). Freud (12/13) dfinit galement lart comme domaine o la toute puissance des ides est maintenue : grce lillusion artistique, le jeu produit les mmes effets affectifs que sil sagissait de quelque chose de rel. Cette pratique vise la satisfaction dun dsir qui tourmente. Le refuge dans lidal explique ds lors le mcanisme dvitement du rel. Baudry (in Brohm, Baillette, 95, p301/304) dcrit ainsi la volont de matriser le corps comme lexpression de lespoir de pouvoir sen passer : vaincre le corps, cest se dpasser soi-mme. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 14. 14 De son ct, la sociologie critique est certes une attaque du consensus idologique relatif lapolitisme, langlisme, la puret du sport, mais elle reste une contre-idologie : son activit principale consiste en effet faire une analyse des discours, donc reste uniquement du ct du sens. Caillat (89), reprenant dailleurs les mots de Brohm, prsente ainsi ces analyses : le texte reprsentatif est celui qui permet linterprtation critique des positions idologiques . Il identifie quatre types de textes (fondateurs ou performatifs, techniques, apologtiques, de clbration) et les dfinit comme idologie, cest--dire comme langage imaginaire de la vie relle qui devient lui-mme rel en tant quacte de langage . Il lui faut ainsi sappuyer sur Fauconnet et Mauss : le fond intime de la vie sociale est un ensemble de reprsentations . Les structures matrielles objectives sont totalement doubles par les structures mentales subjectives. Au final, la dmarche verse dans la facilit pistmique : lidologie ne varie gure au cours du temps , elle constitue donc un objet de recherche aisment identifiable. Se placer au niveau du langage ralimente dailleurs les discours dcris, plus que de renvoyer au plan de laction concrte. Nous pouvons dautre part remarquer que les critiques scindent pour mieux relier, postulent la domination pour mieux librer. Cest ce qui va constituer la pierre de touche des apologues. Remarquant que les effets des champs disciplinaires ont pouss tudier ce qui spare dans lobjet, Pigeassou (04) signale depuis Jeu un regain dintrt pour ce qui constitue lunit du sport : ce qui rassemble est plus important que ce qui oppose . En effet, au del de la diversit des faits et des modes dintervention des acteurs sportifs, un principe gnrique est adopt et partag par ceux qui se rfrent au sport : il sagit du principe dvaluation de lactivit dploye et de ses dclinaisons obliges. Le consensus des consensus repose sur ladoption de ce cadre dinterprtation partag, il participe au reprage des lments constitutifs de lthique. Lthique sportive se dfinit comme lensemble des principes et des codes gnrateurs de sens qui stablit la fois comme rfrence normative et rgulatrice de la sphre sportive et comme enjeu dans la dfinition et la reformulation des fondements de ce qui constitue cette thique . Cest dire quon retrouve dans le jugement moral cette unit que la critique avait fait exploser. Or cest aussi sur ce plan que la critique opre, qui montrera la dconnexion des jugements et des actions effectives. Au final, lidalit du jugement rassemble donc les deux postures plus que ses variations ne les sparent. 23- Labsence de la question de lefficience En fait, le dbat est inefficient parce quil nat dans une posture de linefficience. Ce qui spare initialement les deux vises, cest un a priori sur le lien des valeurs voques et des actions constates : il est tantt vident que les valeurs sactualisent, tantt vident quelles illusionnent sur la ralit des pratiques. Comprenons donc que ce qui les rassemble, cest labsence de la question du lien du sens lacte. Ainsi quand les dirigeants du mouvement sportif en viennent sintresser au problme de lapplicabilit, ils vacuent promptement les exigences thiques pour ne parler que de la loi, laissant justement aux premires le soin futur dadapter la raison au rel et de combler le vide dexistence et dhumanit inhrente toute lgalit. De la mme faon la critique est tourne vers la dnonciation de la dconnexion des actes et des prtentions, sans jamais montrer comment une nouvelle thique pourrait concrtement se raliser une fois le terrain nettoy de salissures idologiques. La question reste chaque fois entire de savoir comment une thique, cristallin de sens, peut avoir quelque influence sur le cours des choses humaines et sportives. Cest dans cette impasse que simmiscent les jugements contraires qui se satisfont deux-mmes. On procde ensuite un vritable voilage de limpens. Les apologues usent dun langage mystrieux : cest la Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 15. 15 magie du sport . Coubertin (09, p2) dsigne la pdagogie sportive comme plan de formation morale et sociale dissimule sous le couvert des sports scolaires . Les critiques, eux, multiplient les discours sur les discours. Pourtant, les deux postures prsupposent lefficience thique, sans quoi elles ne seraient pas tenables. A chaque constat dinefficience thique surgit en effet une nouvelle prtention defficience. La critique rvle par exemple les vraies valeurs du sport, cest--dire celles qui sont prtendument luvre dans les pratiques. Ce faisant, elle met en avant lefficience dautres valeurs comme la rvolution, la critique, la solidarit A linverse, le mouvement sportif se prsente comme modle qui promeut lhomme daction dont senchantent les socits dindustrie, celui sachant vouloir, oser, entreprendre, organiser, gouverner et tre gouvern . Les valeurs censes tre luvre dans la modernit seraient actualises dans le sport. Dans le conflit des valeurs qui sensuit, vritable guerre des Dieux , ce qui rapproche chaque posture et lui permet de sopposer une autre, cest donc justement cette prtention lefficience. 3- La question de lefficience thique 31- La prtention lefficience inhrente toute approche thique Parler dolympisme comme thique en acte, cest prtendre lefficience thique. Coubertin (31) parle ainsi dun de ses collgues, trs comptent en matire sportive, et surtout en esprit sportif (p103). Fleuridas et Thomas (94) rappellent que le serment olympique tient laccomplissement de lthique olympique dans les jeux : le reprsentant des athltes dclare qu au nom de tous les athltes, je promets que nous nous prsentons aux jeux olympiques en concurrents loyaux, respectueux des rglements qui les rgissent et dsireux dy participer dans un esprit chevaleresque , pendant quun juge promet que nous remplirons nos fonctions pendant les prsents jeux olympiques en toute impartialit, respectueux des rglements et fidles aux principes du vritable esprit sportif (p91). Cette comptence thique doit se diffuser dans lordre de la pyramide : pour que 100 pratiquent la culture physique, il faut que 50 fassent du sport. Pour que 50 fassent du sport, il faut que 20 se spcialisent. Pour que 20 se spcialisent, il faut que 5 ralisent des prouesses . Jeu (94) affirme en ce sens que lolympisme nest pas du sport plus de lthique, cest un ensemble conceptuel de pense et de vie. Ds lors, lolympisme contemporain a pour but dadapter les fondements de lolympisme aux ralits daujourdhui. Il ne faut donc pas nier la ralit dans laquelle existe lolympisme car cest dans lhomme et par lhomme que la fte olympique doit se construire. Jeu prconise de se mfier de la construction du personnage de Coubertin comme signe de ralliement : plus il est parfait et idal, plus il sloigne des applications relles. Il faut au contraire identifier les obstacles la ralisation du projet thique que constitue lolympisme (la banalisation de lamoralit, par exemple). Les discours du mouvement sportif font constamment cho cette exigence fondamentale. Pour le CNOSF (06), lenjeu est de sadapter sans renverser ses valeurs . Mais il est certain que la recherche de lefficacit ne peut se faire au dtriment de lthique sportive (p103), ou encore que le recours aux principes ne saurait tre diffr dans un domaine o labsence dthique peut avoir des effets catastrophiques (p122). Au demeurant, on se dsengage vite des consquences nfastes : le sport ne peut tre tenu responsable et supporter les consquences dagissements individuels faits dans un cadre qui ne lui est pas propre . On trouve vite des raisons de ne pouvoir valuer la porte thique : il y a une dilution des actions, dont lvaluation savre parfois complexe au regard de la diversit des Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 16. 16 interlocuteurs hirarchiques . Cest pour cette raison quon verse de nouveau dans lincantation : les associations ont su reprer des besoins sociaux, des services et des modes daction relevant de lintrt gnral (CNOSF, 06). Chovaux et Coutel (03) relatent ainsi les paroles dun entraneur qui prtend redonner des valeurs un club qui avait peut-tre tendance les ngliger , alors mme quest mise jour limpossible cohabitation entre la morale sportive et la passion des spectateurs. Blareau (96) dcrte de mme que lducateur est le lien entre un idal moraliste et le vcu du terrain, il dveloppe chez lathlte le sens de lesprit sportif en imaginant ou en explicitant des phases de jeu renvoyant son essence mme . Et Thrard (07) dcrire : il est ncessaire de redonner ses valeurs au football , dclarait rcemment Michel Platini. Plus quune ncessit, cest une urgence. Et le drame de Catagne doit simposer comme loccasion de passer du verbe laction. Elu prsident de lunion europenne de foot, lancien champion ajoutera un trophe son prestigieux palmars sil parvient mobiliser Etats et Institutions contre les mauvais gnes du ballon rond. Mais redonner un code dhonneur au foot, cest aussi lui insuffler un autre tat desprit. Cela passe sans doute par linstauration de nouvelles rgles dapprentissage, darbitrage, de transfert, de droits de retransmission. Luvre est dampleur, dlicate pour redonner un sens au spectacle. Sans perdre de vue que la crise traverse par le sport roi est sous bien des aspects le reflet dun monde qui peine lui-mme retrouver ses repres . La prtention se fait galement jour en Staps. Blareau (96) crit ainsi : lthique constitue les bases des prescriptions morales Traduite comme science de la morale, lthique serait lart de diriger sa propre conduite ou, par extrapolation, celle des autres , ou encore : thique du sport = morale applique . Arnaud (00) fait galement tat de ces prtentions : les principes et les valeurs du sport permettent de sorienter dans une activit peu familire motionnellement et topographiquement. Dans cette prospection, lidologie assumerait une triple fonction : cognitive (de construction de la ralit sociale), axiologique (dorientation dans cette ralit partir dun certain nombre de valeurs) et conative (dinfluence sur les conduites) . Wahl (04), qui demande si le football est le dernier vecteur dintgration, se dpartit des navets et pose la question du rsultat, mais appelle ne pas verser dans le pessimisme et appartient lui-mme au conseil rgional de lthique qui veille au respect des valeurs dans le sport . La dficience morale peut dailleurs tre conue comme simple apparence, masque de lefficience relle. Duret crit en ce sens (in Duret, Bodin, 03) : ne plus accepter de se soumettre en toutes occasions aux dcisions de larbitre revient dfendre son autonomie morale. Le sport sert alors de moins en moins linculcation de la discipline et de plus en plus la construction de soi dans un processus dindividuation . Il faut dailleurs remarquer quen matire dthique, la prtention lefficience va bien au-del des discours sportifs. Elle se fait jour partout. Les discours publics et politiques, qui ne sont certes pas avares de contenus thiques, en font tat. Le Prsident de la Rpublique Franaise proclamait dans un journal tlvis en novembre 2006 : les principes de la Rpublique ne sont pas des mots. Ils sont une force qui porte la nation tout entire. Il faut donc les apprendre. Il y a lducation civique lcole, o on apprend les valeurs . Le code dthique europen prtend pour sa part diffuser des directives claires dfinissant les comportements conformes ou contraires lthique et veiller ce que des encouragements ou sanctions cohrents et adapts soient dispenss dans toutes les formes . En 2004, le parlement europen dcide la cration de lanne europenne de lducation par le sport et vise utiliser les valeurs vhicules par le sport pour accrotre les connaissances et savoir- faire de la jeunesse . Voulant aborder les valeurs en France, un enquteur de lINSEE (03, p557) crit : les valeurs sont des objets sociaux dlicats approcher, car intriorises et pas toujours conscientes. Pourtant, elles orientent fortement les actions et jugements des Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 17. 17 personnes . Malgr le fait quelles soient difficiles approcher , ce qui pourrait mettre en doute quon puisse savoir quelles orientent les actions, ce savoir semble ainsi assur. Les discours philosophiques et de sciences humaines vont dailleurs parfois dans le mme sens. Pour Nussbaum (01), chacun doit tendre laccomplissement de soi, cest--dire mettre sa vie en accord avec ses ides : lchec est une sorte de mort. Chesterton avait comme adage : toute pense qui ne devient parole est une mauvaise pense, toute parole qui ne devient acte est une mauvaise parole, tout acte qui ne devient fruit est une mauvaise action . Faisant cho Weber qui oppose morale de conviction et morale de responsabilit, cest-- dire intentions pures et anticipation des consquences de laction, Pettit (04) oppose promouvoir une valeur et honorer une valeur, signalant que dans la promotion, on peut utiliser des moyens qui nhonorent pas la valeur. Certes Weber reconnat aux actions rationnelles par rapport aux valeurs une double dimension : subjective (le sujet adhre par conviction aux fins poursuivies) et objective (les actes, relations entre le sujet et le but valoris). Mais la seule vraie morale est pour les deux lthique de responsabilit, o le moyen immane de la fin. La mme vidence quant la dimension efficiente de lthique vritable se fait jour dans les mots de Dortier (98) : rarement mises en valeur de faon explicite, les valeurs sont pourtant omniprsentes, car elles dterminent fortement nos actions et le regard que nous portons sur le monde . Il cite Rokeach (73) pour qui la valeur est une croyance persistante quun mode spcifique de conduite ou un but de lexistence est personnellement ou socialement prfrable un autre , ou encore Weber (93) : le processus de raisonnement moral de lindividu est le vhicule servant activer, filtrer et traduire les valeurs personnelles en comportement . Riffault (98) affirme dailleurs que cette proccupation est historiquement marque : sappuyant sur une enqute sur les valeurs des franais faite dix ans dintervalle, elle interprte lindividuation des comportements comme le signe dune motivation avoir des responsabilits, et le pragmatisme comme celui de lengagement concret plus que le got des grandes ides gnrales. Tout discours thique prtend ainsi tre plus quun simple discours : il porte en lui la prtention lefficience de ce dont il parle. Ceci vaut dailleurs pour les discours critiques. Si nous disons que formuler un principe thique et sy tenir est un principe thique, nous devons donc demble remarquer qu la source de cela, il y a un principe thique qui affirme que laction doit tre lie lide. Dans un jargon aristotlicien, la prtention revient dire que lthique est certes thortique, mais aussi praxis, et encore poesis : lthique cre certaines actions, ces actions tant elles-mmes praxis. Pigeassou note en outre que cette prtention saccrot historiquement : lthique est initialement thorie raisonne du bien, qui se fonde sur des choix axiologiques et sorganise autour de principes fondamentaux pour se constituer en pense normative, puis devient ensemble dlments de rfrence vise prescriptive et normative pour guider les comportements et les conduites de lhomme, enfin elle est thique du dsir, intgre laction de lhomme. 32- La ncessit de la question de lefficience thique Il nous semble donc tonnant que la forte prtention thique ne pousse pas mrir une conscience plus aigu du problme de lefficience. Ceci vaut spcialement pour le milieu sportif. Son activit consiste en effet dgager un lieu privilgi pour laction, certes codifie par des rgles et dtermine par nombre de facteurs techniques, mais dont les consquences lui sont directement rapportes. Le terrain nest pas un lieu pur, retir, immuable comme les apologistes voudraient croire, mais il demeure un espace-temps concentr et m au rythme de laction humaine. Ds lors toute prtention thique, qui justement est axiologique, devrait se Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 18. 18 pencher sur les moyens de formuler des noncs soucieux de rgir directement laction. Il y a dailleurs un enjeu thique cette ncessaire prise de conscience : si le mouvement sportif ny regagne pas lautonomie qui lui est si chre, il risque fort dtre rcupr par des pouvoirs publics qui lui apportent certes plus de loi pour pallier ses dviances (procs, perquisitions policires), mais par l-mme redfinissent son identit profonde, son tre et ses devoir-tre. Apparat donc une ncessit sociale et politique pour le mouvement sportif de se poser la question de lapplicabilit de lthique, ou linverse de la formulabilit dune thique applicable. La question est galement pertinente lchelle de lindividu. La pratique sportive se veut en effet libert daction, et le sujet revendique que laction sportive lui appartienne en propre. Or cette libert appelle lobligation dy mettre du sens, la ncessit de sautodterminer, en ranon de lautonomie gagne dans les luttes sociales et spirituelles et grce aux progrs techniques. Il nous semble ainsi globalement tonnant que lexigence de matrise du sens des actions effectues ne soit pas plus rpandue : mme quand on se sent dpossd, partant quon a des raisons de douter de son existence comme tre thique, aucune crise nappelle une profonde rflexion. Certes, nous pourrions penser avec Morin (90, p107) que ds quune action est entreprise, elle chappe lintention. Lenvironnement sen saisit dans un sens qui peut tre contraire lintention initiale . Mais un tel constat renvoie justement la question de savoir jusquo laction peut appartenir lacteur, et en amont en quoi elle peut lui appartenir. A moins de penser quil est constitutif de lhumanit de savoir que le sens de son action chappe son pouvoir, ou relve dun inconscient quelle a trop peur de sonder. Mais alors quoi bon formuler des principes thiques ? Nous devons peut- tre penser avec Nietzsche que nous navons que lillusion pour ne pas mourir de la vrit . Pourquoi tant daveuglement propos des choses censes rendre les choses senses ? Il semble donc que la question philosophique du sens et de la valeur simpose pour qui prtend agir de faon thique. Les tenants de lolympisme sentent dailleurs la ncessit de poser la question de lefficience dans cette double perspective. Jeu (94) crit que la recherche sportive ne doit pas dire que le comment, mais aussi le pourquoi : le sens . Cest dire la ncessit de passer de la question comment a fonctionne ? comment confrer notre dmarche une valeur humaniste ? Jeu, During, Pringarbe, Rodenfuser (Jeu, 94), quand ils distinguent entre une vraie et une fausse morale dans le sport , notent que la morale ne peut tre un ensemble de rgles de conduite appliquer sans conditions. On ne peut toutefois renoncer en parler. Tout le problme est donc dlever le dbat un niveau suffisant pour que les discours ne soient pas seulement des vux pieux. Lerreur est de concevoir des morales extrieures, car la critique est alors facile, qui elle-mme oublie que si le sport est rcupr, cest quil y avait quelque chose rcuprer. Pour disposer dune vraie morale, il faudrait allier positivit de la loi et libert de conscience : cest dans le dpassement dialectique de la contradiction quil faut rechercher le sens de la responsabilit morale du sportif . Les auteurs ont conscience des manques : le problme, cest quon ne prcise pas et quon narticule pas aux pratiques les valeurs ducatives, de dsintressement, duniversalit . Paillou conclue ainsi (Jeu, 94) que les humanistes doivent procder avec mthode, cest--dire lier en un mme mouvement ide- agir-objectifs, moins de cantonner lagir de lagitation. Biache (97) note dautre part que cette proccupation tait celle de Pierre de Coubertin. On peut sen assurer la lecture de ces mots : si certains systmes sont meilleurs, il nen est pas de parfait : en somme ils valent surtout par ceux qui les appliquent (Coubertin, 09). Ce sont en fait les postures actuelles qui la passent sous silence. En effet, Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 19. 19 lattitude conservatrice dfinit le sport par ses origines et na de cesse daccuser les dviances ce fondement, pendant que lattitude moderne juge les pratiques laune des valeurs contemporaines. Or de telles conceptions, par dfaut danalyse, ne rpondent pas la question de lthique sportive Le sport na de valeur thique que sil substitue au jugement des actes et des pratiques lanalyse philosophique de la technique . A linverse, Coubertin propose une philosophie dusage qui mle jugements globaux et prceptes de conduite, non pas un systme cohrent de pense. Il fait une analyse technique du corps proche dun Mauss (36) avanant que la qualit du geste sprouve dans les diffrentes modalits du mouvement du corps, qui devient lui-mme instrument. Andrieu (02) note linverse que Coubertin est un philosophe, il sintresse aux valeurs sans se soucier de lapplication . Ainsi la rvolution pdagogique initie en 88 sest essouffle en dix ans, laissant place aux anciennes traditions gymniques, parce quil ny avait pas de lien entre les penseurs et les enseignants, alors que ceux-ci auraient d appliquer la rforme. Les dbats sur les moyens restent infructueux, alors que cest une proccupation majeure des enseignants. Dailleurs, Coubertin soppose au matrialisme ambiant : lathlte cisle son corps pour honorer les dieux. Mais cest quand Coubertin lui-mme va devenir utilitariste que le sport va se rpandre. Andrieu (02) ressitue ds lors le dbat idologique : sy oppose des conceptions du sport comme vanit, alination, alibi politique ou comme cole de courage, de dsintressement ou subordonn une hygine militaire. Citant Leclercq ( on a dj discouru sur le sport et ses valeurs sans saccorder ), qui faisait cho Jeu ( on ne tient pas les mmes choses pour essentielles, il y a donc invitablement des divergences et des conflits ), Andrieu rappelle que ce dbat dide est originel. Ainsi on a imagin tort que le sport tait porteur de valeur en soi, or le sport nest quune orientation de lactivit humaine et cest lorientation qui donne sens, donc pour comprendre le sport, il faut le replacer dans son temps et comprendre toutes les influences qui veulent orienter le sport suivant des idologies propres . Cest donc bien le dbat idologique qui empche de poser la question de lefficience, mais cest galement le caractre aportique de celui-l qui commande de poser celle-ci. De la mme faon, les approches philosophiques font tat de la ncessit de la question. Considrant la qute dexcellence comme valeur prtendue du sport ( cest un exemple pour le reste de la communaut datteindre lexcellence in Robert, Simon, 85, p150), Galvin (95) remarque demble que pour asseoir cette phrasologie, il faudrait mener une tude qui puisse identifier les effets de valeur prsums de la pratique sportive, et prouver le lien causal pratique-effet de valeur. Ajoutons demble quil faudrait montrer le lien entre effet de valeur et pratique. Pharo (04) met en avant que malgr lacceptation moderne des diffrentes morales, malgr le cosmopolitisme moral, le problme reste aujourdhui entier de trouver une rgle daction commune. Il objecte dailleurs Ogien, pour qui le rapport aux valeurs nest pas une cause de laction, seulement une faon de les rationnaliser (in Canto-Sperber, 96), que la question nest pas de savoir si on peut expliquer laction par les valeurs, mais bien de comprendre comment elles influencent laction. La ncessit se fait galement pressante la lecture de Freud (14, p164) : le moi joue le mme rle que le clown qui, par ses gestes, cherche persuader lassistance que tous les changements qui se produisent dans le mange sont des effets de sa volont et de ses commandements . Poser la question thique, cest arrter le cirque et rclamer une vritable efficience. Foucault renverse certes la question, qui demande comment les acteurs se font sujets de leurs actes effectifs : comprendre le travail thique, cest comprendre les processus de subjectivation. Mais la faon dont les acteurs se font sujets remodle laction elle-mme, cest ce qui occasionne les avances sociales et la reformulation dinterdits. Notre question se Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 20. 20 situe au niveau de ce dtail : quest-ce que remodle lthique dans laction ? Dans un mme renversement de perspective, Blackburn (93) prconise de ne pas seulement dnoncer les non- sens ou montrer que telle ralit nest que le produit de telle autre, mais aussi expliquer pourquoi nos noncs ont un sens : nous faisons comme si les ralits que dcrivent nos discours sont bien l, nous sommes capables de mimer les engagements propres au ralisme. Or les noncs moraux ne sont pas seulement les descriptions dguises de nos motions. Nos noncs ne dcrivent pas des motions, ils les expriment : quand nous les formulons, nous enregistrons nos engagements vis--vis de certaines valeurs dont lorigine est subjective, mais que nous formulons si et seulement si nous sommes capables de concevoir un point de vue partag avec les autres. Lthique est donc rgulation des sentiments humains. Or dans les deux cas, ces processus intrieurs nont de sens que dans leur connexion au monde par laction. 33- Le sens de la question de lefficience thique Le problme philosophique de lefficience est clairement pos par Livet (05, p9) : dans quelle mesure peut-on considrer une personne comme responsable des changements quelle a produit dans le monde ? Le problme, cest que si laction est une transformation entre une intention et un mouvement, entre une reprsentation interne et un comportement externe, alors laction doit mettre en branle un processus causal, mais elle dclenche ce processus au nom de buts, fins, valeurs qui sont des raisons de laction. Or comment relier raisons et effets par un processus causal ? Une justification ne fonctionne pas comme une cause, elle est roriente rtrospectivement ; une raison est dirige vers le futur comme justification anticipe. De plus, si une raison est une cause, alors meilleure est la raison, plus efficiente devrait tre la cause, ce qui nest pas le cas. Sappuyant sur Davidson (33), Livet (05) formule le problme : y a- t-il un autre type de causalit qui ne se rduise pas la causalit vnementielle et dont la nature nous permettrait de comprendre la nature de lagir ? Si nous remontons de cause en cause, nous ne trouverons jamais un agent. Pourtant, nous prouvons un fort sentiment de responsabilit . Davidson remplace alors agent par agentivit pour penser cette causalit spcifique. Si la question est celle du type de lien du sens laction, cest certes dans un ordre causal o lthique serait la cause et laction serait leffet. Au demeurant, la spcificit du lien doit nous retenir de nous laisser aller aux logiques dominantes, abstraites ou parfaites pour le dfinir. Car si nous en rfrons une logique formelle de type mathmatique, il semble vident que lchec certain de la comprhension du lien nous conduira basculer de nouveau dans lidologie ou la contre-idologie. Si linverse nous en rfrons une logique concrte, par exemple une causalit mcanique (le vent pousse la porte, qui pivote sur ses gonds), nous basculons galement dans quelque chose de trop rigide pour parler de lhumain, du vcu. La logique dont nous parlons ne peut tre ou de sens ou daction, elle est ncessairement de sens et daction. Peirce crit en ce sens quil faut comprendre la croyance en rapport avec laction, pas avec le rel. Mais il ne sagit pas de dsubstancialiser laction au point den faire une simple ide. Nous refusons dutiliser des expressions comme agir en fonction de certains valeurs , qui masquent le problme par des mots. Laction peut en effet se faire sans connexion la valeur, dans un processus o seul le sujet se reprsente que laction a trait la valeur. Il nous faut donc mthodiquement douter tre en possession du type de lien qui existe entre sens et action. Il est ds lors ncessaire douvrir les possibilits. Dj, notons dans la tradition la rfrence des rgimes de causalit diffrents : Aristote distingue entre causalit Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 21. 21 efficiente et finale, certains parlent de logique qui accepte la contradiction, Maffesoli dtermine lmotion comme cause de la socialisation, qui agit par contagion, Austin parle de la performativit. Cette dernire est dailleurs trs intressante. Nous ne la retenons pas en tant que telle, nous la refusons avec Brohm. Dans une expression comme il faut respecter la personne , la personne est en effet le sujet qui respecte, donc il y a double performativit : le sujet doit respecter le sujet pour linstituer, cest un cercle vicieux. Mais nous retenons le performatif titre dexemple dune nouvelle efficience. Pour parler de causalit spcifique, nous pouvons encore citer Paillard (86) : il ny a pas dincompatibilit entre la conception dune organisation nerveuse base sur lexistence de circuits anatomiquement dfinis et ltonnante plasticit de ses manifestations : grce au principe de la rtroaction rgulatrice, la machine peut cesser dtre un systme de transformations aveugle aux effets dtermins une fois pour toutes . Cest parler dune causalit circulaire. Plus que la mtaphore ou les simples rapports isomorphes, Paillard note que les thmes de la pense, du langage, de la perception, de lmotion affirment la filiation du moteur au psychique. Comment le cerveau peut-il plus quil ne contient dj ? Cest toute la question de la cration thique qui nous occupe. Hume (48, 4me section) porte le problme au plus haut point. Il distingue entre relations dides et choses de fait. Grce aux premires, on arrive une certitude, mme si rien dans le monde ny correspond. Par le biais des secondes, on peut arriver une certitude, mais le contraire peut aussi tre accept par lesprit. Cest dire que la pratique que nous avons du monde et dans le monde repose sur des infrences qui ne sont pas rationnellement fondes. Hume lexplicite dans lexprience de la boule de billard : il ny a rien dans lexprience qui prouve que le mouvement de la boule A est cause du mouvement de la boule B, leffet est entirement diffrent de la cause donc on ne peut linfrer de la cause. Ds lors, si une cause peut tre lie une infinit deffets, pourquoi privilgier une liaison dtermine ? Il y a pourtant bien un fondement nos connaissances empiriques : cest lhabitude. Linduction nest pas fonde rationnellement, mais elle fonctionne presque toujours. Cette gnalogie de la causalit aboutit un scepticisme probabiliste. Or nous avons des raisons dadopter cette posture sceptique au sujet de lthique. Au demeurant, si on intgre lhumain dans lexprience, comme propulseur de la boule et non plus comme simple observateur, alors on ne peut plus dpossder lhumain de son efficience. Or lui-mme se la reprsente comme thique. Nous avons donc la ncessit de penser lefficience de lthique : dire que cest lhabitude ne dit rien sur son rgime spcifique. Au contraire, penser lefficience thique ncessite de concevoir lthique comme quelque chose qui influe sur laction en tant quelle lui appartient. Il faut donc en rfrer une causalit spcifiquement humaine quand on parle dthique. Quelle causalit ? revient poser la question quelle humanit ? . Cette question de la gnalogie, rflexe nietzschen, ne vaut pas pour elle-mme, mais dans le but de comprendre le mode defficience de celle-l. Il sagit de rintroduire la libert dans lexplication causale. La question qui nous occupe est ainsi celle de savoir comment lthique opre dans le rel de laction humaine. Il ne sagit pas dexpliquer par les causes, mais dtudier cette causation , en comprendre le rgime spcifique. Il ne sagit pas de savoir do vient la morale (Journet, 07), mais bien plutt de saisir o va la morale. Lide thique est probablement sujette des dperditions dnergie, mais elle fait quelque chose quil nous faut dailleurs comprendre avant de mesurer son impact. Do lutilit dun lexique spcifique : nous parlons defficience, en nous appuyant sur la dfinition quen donne le Centre National des Ressources Textuelles et Lexicales (cr en 2005 par le CNRS) : (philosophie) capacit d'une cause suffisamment forte ou puissante pour produire un effet . Lthique efficiente est celle qui agit effectivement. La catgorie ou valeur efficiente est la valeur qui saccomplit Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 22. 22 dans laction. Il ne sagit aucunement de dire que cest une vraie valeur, puisque toutes les fausses valeurs sont galement efficientes (lillusion cre ce dont elle est illusion). Dailleurs mme si on remarque au sujet des reprsentations thiques certaines fractures ontologiques et sociologiques, il y a une efficience relle, mme pour les illusions ; donc ce sont les reprsentations initiales qui sont biaises, et faire un concept de lefficience thique cest se proposer de rduire la fracture. Parler defficience thique nest en ce sens pas plus abstrait que de parler de forces sociales (tradition sociologique) qui oeuvrent concrtement. Il va donc falloir identifier une catgorie efficiente et des actions effectives afin dmettre une hypothse au sujet du type defficience qui est luvre en ce cas. Cette dmarche fait cho celle de Jullien (96) qui entreprend de passer de la question de lefficacit, imprgne de volontarisme, celle de lefficience : il ne sagit plus de faire une psychologie du vouloir, mais une phnomnologie de leffect. Leffet est trop souvent causal et explicatif, leffect concerne la dimension opratoire de leffet, ce qui le rend effectif. 34- Les enjeux de la question de lefficience Lenjeu dune telle tude, cest dabord de distinguer le faire-comme-si du faire-au- mieux, pour ne pas risquer de laisser les deux attitudes se confondre, laissant le terrain libre toutes sortes de ptitions de principe qui ne sont souvent rien dautre que les piphnomnes de postures intresses. Le faire-au-mieux sied dailleurs lactivit sportive. Il contient en lui la possibilit de lchec thique autant que celui de laction cense en dcouler. Le faire- au-mieux met distance le monde des vidences o les intentions thiques ne peuvent prtendument pas chouer, justement par le fait mme quelles sont tragiquement dlies de laction effective. Quand on place lthique en un tel ciel dgag des doutes du monde, on croit lencenser et en fait on lui retire tout : une efficience possible. Tout homme lapparence pure peut sen rclamer. Faire comme si, cest intgrer sa fonction de lextrieur en se parant des traits de la vertu, cest donc dsubstancialiser le devoir-tre thique, le priver dune paisseur qui seule garantit la sincre motivation du sujet sy tenir et sy accomplir. Faire au mieux, cest donc linverse tenir lactivit sportive pour une occasion dtre soi, dtre soi intensment. Une telle vise interdit de tricher avec soi ou avec le monde. Qui plus est il faut bien remarquer que ceux qui ne font rien ont la critique aise propos de ceux qui agissent mais ne sont pas aussi purs que lide le laissait prsager. Il semble en effet ncessaire la ralisation de lide que celle-ci mute ds quelle se veut pense incarne et non plus seulement reprsente. On peut mme voir de la sagesse dans lacceptation dsintresse de mensonges et dintrts voils par la vertu, du moment que la voie relle trace par lide soit optimum pour lhumain : ainsi de la position du sage chez Rousseau (93) qui accepte la ruse du riche aux dpends du pauvre, ainsi de Jeu (93) qui encourage le bnvolat des dirigeants sportifs sans tre dupe de leur qute de capital symbolique, voire matriel. Remarquons ici que la critique radicale, dans son oubli de penser radicalement le possible lien de lthique laction, ne permet pas de nuancer entre le faire-comme-si et le faire-au-mieux, devant ds lors sattacher faire comme si elle disposait dun savoir absolu sur la chose sportive. La rvolution promet dailleurs beaucoup dans lesprit et tourne mal dans les faits. Il nous semble y avoir plus de force dans la tentative de cration dun concept de lefficience que dans la contre-idologie : la vraie rsistance est dans le silence de la rvolte plutt que dans la haute parole contestataire qui ne fait quasseoir les a priori de la parole dominante. La seule question est dj une arme critique : celui qui dfend son point de vue au nom de lthique, mme en acceptant plusieurs grandeurs, il sagit de demander comment il va faire, tant entendu quil a raison. Un concept de lefficience pourrait dautre part aider lutter contre la trs actuelle opinion qui Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 23. 23 pense laction authentique et thique comme tant laction sans rflexion, celle qui simpose au sujet comme vrit, qui dcle la libert dans la ncessit propre dune thique du ressenti. Car si nous voyons sa puissance agir au quotidien, nous connaissons aussi ses ravages mondiaux. Il sagit donc daccder la puissance, et non pas au pouvoir comme capacit que possde un individu ou un groupe dexercer une contrainte pour obtenir dautrui quelque chose ou quelque acte quil en dsire (Laburthe-Tolra, Warnier, 93). La critique fait dailleurs parfois lanalyse de lefficience : on essaie de voir comment il y a un lien entre une valeur mauvaise et laction dont on juge quelle en dcoule. Il nous semble quil faut aussi la faire en positif, et ainsi se donner quelques moyens daccder la joie. Lenjeu de cette recherche, cest galement daccder des rsultats applicables en matire dthique. Nous pouvons en effet nous inquiter avec Portalis (04), dfenseur de la psychanalyse, de savoir que penser dune socit o les questions existentielles nauraient plus leur place dune socit qui propose ses membres un bonheur administr qui rend inutile et suspecte toute attitude rflexive ? . Cette proccupation est relaye par Gaberan (03) dans le champ des sciences de lducation. Considrant que lducation fait passer du vivre lexister, il estime que quand les ducateurs pensent tre en manque de moyens pour satisfaire la commande sociale, ils sont en fait en recherche de sens et de motivation. Mme si la question du sens peut apparatre comme perte de temps en ce monde, il faut voir que le dveloppement de ltre est la vraie mission de lducateur. Cette perte dthique vient en fait de laction des ducateurs des annes 80 qui pour tre reconnus ont technicis leur action. Or laction doit servir au sujet, non la survie du systme. Il sagit daider lappropriation de soi par soi en cheminant avec la personne plutt que de se construire une bonne conscience : face lautre qui souffre, nous cherchons vacuer notre propre souffrance ne de notre impuissance . Atteindre des objectifs, cest donc du vide existentiel. Il faut bien plutt faire un travail thique. Dans une telle perspective, notre recherche vise la rconciliation de la recherche et de laction. Thomas (93) dit bien que cest lexigence de performance maximum qui est moteur du dveloppement des sciences du sport, notamment de la bio-physiologie, puis de la psychologie. A preuve, un ouvrage de physiologie est meilleur aujourdhui quen 1920. Or a nest pas le cas en sociologie, dans la mesure o celle-ci est souvent inefficace. Ds lors, il ne faut pas tre seulement critique, ni sintresser quaux symboles, mais bien plutt sintresser au sens dans son rapport laction, quitte subir certaines fluctuations pistmiques. Penser le lien laction est en effet la meilleure garantie de lefficience future des enseignements moraux. Rconcilier recherche et pratique, cest par exemple viter la premire de ne faire que juger le haut-niveau, sa violence symbolique. Si on peut identifier une violence de lInstitution sportive dans le processus de production de ses lites (Papin, in Bodin, 01), si on peut dnoncer lenfermement et lhomognisation des tre humains, ou encore la slection des plus dous cette normalisation, il faut galement considrer que la personne habite lhabitus de faon ce quy coule lexistence, sans quoi lextinction de la motivation conduirait larrt de la pratique. Une vraie prospective vise ds lors montrer aux fdrations comment faire pour maintenir la vie dans cette normalisation, plutt que de se livrer au mensonge thique : elles ont tout y gagner, car sans la vie ou lenvie, il ny a pas de performance possible. De mme quand on refuse avec Duret (in Bodin, 01) que la recherche serve de caution lide que le sport soit contre-feu la violence des cits, il ne sagit pas de faire une unique critique des prtentions, mais plutt de poser la question de savoir comment le sport peut tre un remde la violence. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 24. 24 4- Les lusions traditionnelles de la question de lefficience La question pose en ces termes nous semble nouvelle. Alors mme que lthique est une rfrence constante, la question nest en effet jamais radicalement pose. Quand on en effleure la porte, on llude prestement. Or nous avons identifi cinq faons rcurrentes dluder le problme : on peut faire comme si lefficience relevait de lvidence, activer un cercle vicieux qui permet dvacuer la question du lien du sens laction, transfrer le problme de lefficience une autre activit que celle dont on parle, basculer dans le vrai pour navoir plus parler de la ralit, ou enfin contextualiser la dficience thique. Ces lusions se font jour autant chez les apologues que chez les critiques : car si les derniers accusent utilement les premires de se dpartir du problme, ils en restent au niveau du dbat idologique. Mais le plus surprenant, cest que nous avons pu remarquer la mme tendance au sein de textes qui se proposent de penser lthique sans la renvoyer une illusion. Certes la question de lefficience nest pas toujours au cur des dmarches, mais celles-ci prtendent souvent lefficience ou supposent rsolue la question pour laborer leur ide. Il est donc tout fait utile de mettre jour les lusions dont on parle, pour ainsi viter de les reproduire dans notre propre tude. 41- Les apologies La faon la plus commune dluder le problme de lefficience est de faire comme sil nexistait pas. Les abus de langage sont ds lors frquents. Parlant du sport comme moyen d agir en fonction de certaines valeurs , Hotz (98) avoue demble que lenseignement du sport na pas pour finalit les valeurs , mais prcise que les valeurs ont le rle dtoiles conductrices qui guident nos efforts dans la bonne voie . La mtaphore tient lieu de toute rflexion. On se raccroche par cette voie tous les idologmes sociaux, ou alors on sort du problme en se rfugiant dans des vidences fonctionnelles : le lien du sens lacte est prtendument garanti par lactivit intentionnelle de lacteur. Parlant dthique, Molodzoff (95, p233) affirme ainsi que ce qui est essentiel, ce nest pas de savoir, mais de mettre en uvre. Lesprit procde par essai-erreur, et corrige automatiquement la trajectoire adopte lorsquil saperoit quelle drive du but . Il lui est plus tard (02) ais de faire un rsum de lthique : un esprit sain dans un corps sain , signifiant par l que lthique sportive lie dans la sant le corps et lesprit. Lattitude prend vite des traits mystiques quand elle consiste croire que la seule parole va agir sur le rel et mouvoir les corps dans le bon sens, au point quon ne voit mme plus les dconnexions entre les prtentions et les actes. Lincantation revt mme parfois des formes surprenantes : en dsaccord sur le mode dorganisation de la comptition, un pongiste de renom affirmait ainsi dans la presse crite qu il est prfrable de rater un championnat de France au profit de lthique ; averti et sduit par cette magnanime dclaration de sens, le public a gnreusement valoris son active prsence ! La thorie critique du sport dnonce ce sujet une pratique addictive. Et plus que le sport, ce sont les discours moraux qui constituent un opium du sportif. Le faire comme si nest pas le seul moyen utilis. On peut galement identifier la prsence dune logique base sur un cercle vertueux. Dpositaire dune potique du rugby, Herrero (CNOSF, p16) crit par exemple : le sport sculpte la chair et nous offre la possibilit de dclarer nos talents et dvoiler nos richesses. Connatre la force dpure des transpirations et ce sentiment de tranquillit qui vous habite au retour du stade aprs de beaux efforts ou dpres joutes, est une exprience de bonheur intense . Cest dire que le sport permet daccder, par le corps, une ide de lexistence. Or cet ordre de lefficience qui va de laction vers le sens est promptement retourn : alors saluons humblement nos ans, Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 25. 25 matres et sages, sains hommes qui, sur les pistes et les prs, nous ont invit rflchir . Ces mots font en effet rfrence une morale, vhicule par des hommes, qui fait agir. La question de savoir comment cette morale fait agir nest pas rsolue, et pourtant elle disparat. Dans cet amalgame linguistique entre corps et esprit, partant de leur efficience, le renversement logique napparat plus et la question de lefficience disparat. Le transfert constitue un troisime moyen. Il consiste reporter lefficience thique affirme un autre domaine dapplication. Dans cette perspective, on conoit lactivit sportive comme vecteur daccs des principes moraux qui seront appliqus ensuite une autre activit, souvent la vie sociale. Cette tendance se fait jour dans le mot de Tazieff (in Brohm, 93) : se dpenser entirement pour remporter une victoire sportive, pour sa seule gratuit, constitue un lment essentiel dune rgnration du sens des valeurs , partant une raction efficace contre la nocivit dune civilisation de la facilit. A la revendication dinefficience fait en effet suite celle de transfert la vie relle. Mais lthique sportive ne semble rien pouvoir pour le sport lui-mme, voil pourquoi toute dviance est rapporte une cause extrieure. Bourg (94) affirme en ce sens que la drgulation conomique altre lthique du sport la fois dans son objectif, la norme sportive comme norme rgulatrice, et dans son fondement subjectif, le systme des valeurs communment associ au sport . Il prdique ds lors de nouveau (p58) : les instances sportives doivent rcuprer le pouvoir face lultralibralisme et refonder leur lgitimit sur une vritable thique qui sest trouve pervertie par la pntration incontrle de la finance dans le sport, laquelle a fait perdre tout son sens lactivit sportive . Or la question de savoir ce que peut un tel pouvoir est passe sous silence. On peut encore faire basculer lefficience thique dans une dimension particulire qui ne requiert plus de penser lefficience. On peut ainsi considrer que lthique relve de linaction : par exemple, le fair-play est un refus du duel. Mais surtout, on parle de la vraie thique pour navoir plus parler de la ralit sportive. On distingue ainsi entre un sport amateur et un sport spectacle pour rserver au premier la possibilit dtre le lieu dexercice de lthique sportive. Or il faut noter ce sujet que ceux qui regardent le spectacle sportif sont aussi ceux qui pratiquent le sport amateur. Qui plus est cette recherche de la vrit thique peut trangement tre mene en sappuyant sur limaginaire. Cest ce que font les acteurs du mouvement sportif quand ils affirment que les JO ont t synonymes de paix entre les peuples, acceptant la perf pour seule diffrence (Drut in Charpentier, Boissonnade, 96, p13) ou encore admettent lordre olympique toute personne ayant illustr par son action lidal olympique, soit par son accomplissement personnel, soit par sa contribution au dveloppement du sport (Fleuridas, Thomas, 84, p74). Demandant quelles sont les valeurs authentiquement sportives et pourquoi elles le sont, Jeu (94) propose galement de prendre appui sur lanalyse des puissances de limaginaire, partant du principe que les rmanences anthropologiques ont forcment une raison dtre. Vigarello (02) note dailleurs que considrer le spectacle sportif comme monde du vrai est une croyance mythique qui consiste transposer la ralit dans limaginaire pour mieux agir sur elle. Le dernier moyen dluder la question, cest la contextualisation. On renvoie le constat dinefficience des facteurs historiques. A propos des premiers Jeux Olympiques, Coubertin (31, p37) affirme que le monde grec avait tressailli tout entier ce spectacle. Une sorte de mobilisation morale soprait . Mais il se contredit demble : Athnes, on navait fait que de la technique habille dhistoire ; ni congrs, ni confrence, aucune proccupation morale apparente (p44). Qui plus est il encourage la cration de lAcadmie Olympique pour pallier le fait que la croissance fulgurante des jeux olympiques ne nous a Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 26. 26 pas laiss le temps dtudier, denseigner les principes olympiques . De la mme faon, Blareau (96) prtend que lthique est aujourdhui objet de recherche et denseignement, sous-entendant que ce ntait pas le cas dans le pass. Dans cette perspective, linefficience est rapporte au pass et son efficience est affirme pour lavenir. Mais ce renvoi peut fonctionner dans lautre sens : linefficience thique est la marque du prsent, alors que lefficience se faisait jour dans le pass. On accuse la modernit davoir perdu lexigence morale qui fondait le sport en son origine. La question pose est ds lors bien plus souvent celle du lien entre la valeur en acte dans les pratiques contemporaines et les valeurs prtendues fondatrices du sport. Boix, Espada et Pointu (94) crivent ainsi sur lhritage trahi par Juan Antonio Samaranch. Pour Chovaux et Coutel (03), la communication du spectacle sportif se substitue la transmission de la tradition sportive. Le jeunisme veut rejeter le respect de la tradition o se situent les valeurs thiques. Ils proposent ainsi de faire l analyse des processus par lesquels la spectacularisation des pratiques sportives risque de pervertir durablement les valeurs thiques universelles hrites de la tradition sportive (fraternit, gnrosit, solidarit) (p9). La spectacularisation des pratiques autorise pour eux la capture des valeurs fondatrices du sport au profit du capitalisme total. Bujon (03) surenchrit : force est de constater que les carrires des boxeurs pro places sous lemprise des managers ne sont pas mritocratiques et drogent aux principes sur lesquels se fonde le sport moderne : galit des chances, impartialit des jugements, loyaut . Palierne (03) crit certes avec plus de doute sur lidalisation du pass : le sport fut-il jamais un milieu dchange, daltruisme, dgalit avec son code dthique ? Toujours est-il quil devient maintenant, coup sr, un milieu de rivalit, dgosme, darrivisme dans lanarchie la plus complte . Mais pourquoi ds lors maintenir ce fondement moral que constituerait le pass ? Srement pour donner de la valeur la critique du prsent. La question tait-elle pose au seuil de la rnovation du sport ? Quoiquil en soit, force est de constater que la question nest pas pose au prsent. 42- Les critiques Nous rencontrons les mmes faons dluder le problme de lefficience au sein de la posture critique. La premire consiste unifier les sens thiques en faisant comme sil ny avait que de la violence dans le sport. De la mme faon que les apologues multiplient les discours, les critiques le font pour ne pas voir quil y a aussi amiti, douceur, esthtique dans le sport : le dbat idologique est lui-mme lopium de la critique. Or partir du moment o il ny a plus quune valeur luvre dans le sport, il apparat quelle est ncessairement au principe des actions. La question de savoir comment une valeur peut influencer laction nest ds lors plus ncessaire. Pour lvacuer, on sappuie galement sur un cercle vicieux. Plutt que de se confronter au problme de lefficience, la Thorie Critique, qui en cela est contre-idologie, se laisse ainsi aller lillusion de connaissance en versant dans la rvlation. Le thme prfr de la grande rvlation critique est justement la violence inhrente au sport : le sport adopte tous les signes extrieurs dune Institution libre, galitaire et fraternelle. Sil possde indiscutablement certains traits de surface qui vont en ce sens, en ralit lanalyse de ses structures profondes rvle quil majore la relation dantagonisme et favorise la manifestation de la domination (Parlebas in Arnaud, 86). Une fois induit ce principe de violence, lactivit critique consiste collectionner les cas favorables comme autant de preuves. On scinde donc le sens prtendu des actions relles pour mieux les relier ensuite. Le cercle vicieux qui va de lidal critiqu lide affirme permet ainsi de rester au niveau du sens, sans jamais aller dans laction. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 27. 27 Llusion se fait encore sur le mode du transfert. Lefficience de la posture critique ne vaut en effet pas pour elle-mme : alors que la critique se fait au nom de valeurs plus humaines, lactivit critique consiste tre violente et polmique. Les pulsions rvolutionnaires reportent ainsi le problme thique dans un avenir idal, quand sera renvers ce qui apparat mauvais, plutt que de demander comment le bien peut dores et dj saccomplir. Dans la mme perspective, on bascule aisment dans le vrai. Il sagit, en tant dniais, didentifier les valeurs vhicules, les vraies valeurs. Mais la critique cache pour mieux rvler. En effet, tout le monde est au courant des choses rvles. Ainsi par exemple, au sujet de la remarque de Bujon (03) sur les boxeurs, nous pouvons prciser avec Wacquant (01) que les boxeurs ne sont pas dupes et ont hautement conscience dtre exploits . Cest dire que les boxeurs peuvent mettre un autre sens leur pratique et que la question de son efficience reste entire. Pour finir, on contextualise. Il sagit de dire que la dficience thique relve de circonstances conomiques particulires (lavnement du capitalisme) avant de sappuyer sur la critique marxiste de lidologie, entendue comme ensemble de reprsentations conformes aux intrts de la classe dominante, pour dnoncer lillusion prsente. Brohm crit ainsi que la sportivisation est le ciment idologique du libralisme triomphant, car elle semble procder dune nature humaine ternelle. Caillat (89) lui fait cho : lidologie sportive est lidologie type du consensus, car postule que le sport est synonyme dunion et de fraternit . Or chaque fois, on passe sous silence la question de lefficience de lillusion thique elle-mme pour insister sur la seule ncessit den sortir. 43- Les analyses conceptuelles Certains textes vocation conceptuelle font galement comme si lefficience thique ntait pas problmatique. Ainsi dOnffray (93) qui, sappuyant sur ladage nietzschen ( sois le matre et le sculpteur de toi-mme ), prend acte de limportance de lefficience thique : ce qui constitue une individualit comme un destin qui sincarne est avant tout dans ses effets, plus particulirement dans la consquence de ses effets (p32). Il fait ainsi le portrait dun modle, Le Condottire, qui excelle aussi bien dans le corps que dans lesprit, montre une thique luvre et sinstalle dans le rel pour en faire sa proprit , mme quand il sagit dun animal : la monture enregistre la volont de lcuyer puis sculpte dans les muscles et lespace un mouvement contenu et dcid (p40). Mais sil sait que le passage de lbauche lpure, puis luvre, suppose la patience et le projet, la capacit mettre en place des logiques dynamiques (p50), sil demande enfin comment sy prendre ? pour que la vie prenne forme sous la pression de la volont, il napporte aucune prcision au sujet du processus de production thique. Il est par consquent contraint de multiplier les mots pour expliquer labsence de rponse : il est dans la nature dune thique dtre diffrente : les idaux quelle se propose sont toujours hors datteinte et ne valent que comme des indications de direction (p90). Le second moyen dluder le problme de lefficience est dactiver un cercle vertueux. Il sagit daffirmer que lhomme actualise lthique dans des actions, mais de considrer celles-ci sous un angle symbolique. Ainsi de Lvi-Strauss (62) qui tudie le rituel pour rvler la pense : ce que le rituel cherche surmonter nest pas la rsistance lhomme mais la rsistance, lhomme, de sa pense (p609). Or nous devons noter que cest un vu des acteurs que de dpasser la rsistance, cest--dire accder lautonomie. Ds lors la question Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 28. 28 de lefficience consisterait demander comment lautonomie peut sactualiser dans laction rituelle. A linverse Lvi-Strauss procde ltude du rite comme symbole qui renseigne sur la pense : les oprations de classification et de catgorisation ont en effet pour but de relier lordre symbolique la structure de lesprit humain. Au-del du rationnel de lorganisation sociale, il y a quelque chose de commun quon retrouve chez lhomme quelles que soient son origine et sa culture : cest linconscient collectif de lesprit humain, qui se nourrit des mmes images, symboles, imaginaires. La dimension actionnelle disparat et tout sunit dans la reprsentation. Qui plus est, on sappuie ici sur la linguistique qui avec De Saussure cherche dcrire le systme de la langue, puis avec Chomsky affirme que toutes les langues sont fondamentalement du mme type, donc remet en cause la variabilit des cultures. La frquentation du symbolique est ainsi le meilleur moyen dunifier le sens et dvacuer laction. Cette proccupation devient dailleurs une proccupation habituelle de lanthropologie. Lombard (94) affirme en ce sens que lobjet de lethnologie, cest la culture globale , savoir les croyances, mythes et langues. La volont de constituer cette discipline en science fait donc renvoyer lthique la croyance : on croit ds lors la constituer en science de lunit humaine. Ce cercle vertueux se retrouve dailleurs dans les approches globales de lthique en Staps : Pociello (95) met par exemple en relief que le sport donne limage de lexcellence individuelle et limage de la solidarit lie lquipe, mais ne pose pas la question du lien de limagerie la pratique. Certaines rflexions tendent galement transfrer lefficience thique un autre domaine que celui partir duquel est formule lthique. Ainsi de Scheller (16) pour qui, mme si les valeurs peuvent se raliser dans les proprits daction ou dtat de chose , elles restent des devoir-tre abstraits dont lobjectivit ne peut tre tablie que sur un plan contrefactuel, qui les distingue ontologiquement des choses existantes . Ainsi de Canto- sperber (06) qui, consciente de lintrt thique daujourdhui ( nos contemporains sont de plus en plus soucieux de justifier leurs pratiques et les rgles quils se donnent Nous ne vivons plus dans un monde o les personnes acceptent de faire telle ou telle chose sans en connatre les raisons ), prtend que la philosophie morale ne peut quapporter une explicitation dans la formulation et la justification des rgles et principes que les tre humains se donnent pour agir . Ainsi de Queval (04) qui, consciente quon soccupe de savoir si une valeur est mythique ou relle alors que la question est de savoir comment une valeur peut tre relle, apporte la rponse suivante : lesprit sportif nest pas oprant pour duquer, fdrer, stimuler, mais comme mythe il a valeur dexplication du monde et donne sens la communaut. Sa mission serait ainsi de faire valoir ce mythe dans sa porte thique et civilisatrice : voil un nime renvoi de lefficience limaginaire et au magique. On peut encore basculer dans la vraie thique. Soit on la survalue et on renvoie lefficience au mystique, soit on la sous-value et on renvoie lefficience dautres causes (psychanalytiques, sociologiques). Ceci conduit dconnecter une nouvelle fois le sens de laction. Cest ce que fait Ogien (07) dans sa critique du paternalisme : les maximalistes sont des libraux qui prconisent de se proccuper de sa propre perfection (Aristote et lart de vivre, Kant et le devoir), or ceci revient vouloir protger les gens contre eux-mmes, leur faire du bien sans leur opinion. Il refuse donc avec Mill (59) lide que chacun de nous serait membre de la police morale, toujours dispos juger immorales certaines actions, penses, faons de vivre. Il parle encore avec Arendt (50/73) des agressions contre la libert que sont les lois qui voudraient nous protger de nous-mmes. Son argument tient ce quil ny a pas de valeur morale du rapport soi : les infractions sont btise, pas immoralit. Il y a dailleurs plusieurs problmes dans lide de devoir envers soi- mme : celui qui soblige envers soi-mme nest pas oblig (Hobbes, 51). Ogien formule Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 29. 29 ds lors une thique minimale qui met en avant les seuls principe dgale considration, principe de neutralit lgard des conceptions du bien personnel, principe dintervention limits aux cas de tort flagrant, principe dindiffrence morale du rapport soi-mme. Cest ce que fait galement Walzer (94) : la morale minimale est partage par tous les hommes, en de des morales maximales, cest--dire concrtes. Or il nous faut remarquer qu force de se dpartir du paternalisme, on diffuse une morale minimale sans rapport laction : on abstrait la morale pour ne pas tre tax de moralisme, cest--dire que la morale cote laction. Ds lors, la critique de la police morale prend la forme dune prise de pouvoir : cest aux historiens et aux anthropologues dexpliquer la persistance de ce paternalisme moral, mais cest aux philosophes de lvaluer (p196). Do probablement le got pour les exemples imagins pour valuer les cas moraux. Nous sommes ici dans une thique de conviction, pas de responsabilit. Le dernire faon dvacuer la question, cest de procder lunique tude des justifications. Certes celle-ci est dcontextualise, mais elle trouvera un cho trs important dans les analyses factuelles. Cest pourquoi nous prsentons ici les fondements dune approche qui rabat laction effective sur sa justification, partant lude le problme de lefficience. Cest le cas de Locke (90) qui, parlant de la loi dopinion ou de rputation , crit : la mesure de ce quon appelle vertu et vice est cette approbation ou blme qui stablit par un secret et tacite consentement (livre 2, chapitre 28, 12). Les hommes ne pensent qu ce qui peut leur conserver lestime de ceux quils frquentent (13), et cest sur la conformit que leurs actions ont avec lune de ces lois que les hommes se rglent, quand ils veulent juger de la rectitude morale de ces actions, et les qualifier de bonnes ou mauvaises . Or sintresser la justification permet doublier de parler de la conformit. Ainsi de Philonenko (99) qui considre que le sport est une finalit sans fin, puisque montrer que lon est le meilleur est un acte gratuit qui trouve en lui-mme sa propre justification : lacte et la justification sont ainsi confondus en tant quide. 44- Les analyses factuelles Lahire (02) fait lautocritique des approches sociologiques. Il note que Bourdieu veut penser ensemble individu et collectif, mental et social, psychologie et sociologie, mais reste trop abstrait dans les rponses. Or nombre de sociologues ont fini par faire comme sils savaient parfaitement ce quest une disposition ou un schme, un systme de dispositions ou une formule gnrative des pratiques, comme si lexistence dun processus socio-cognitif tel que la transfrabilit des dispositions ou des schmes constitutifs de lhabitus tait un fait empirique nettement tabli . Notons galement que les notions d idologie pratique ou d ide incorpore font lconomie du problme. Car la question est : comment se fait cette incorporation ? Ou encore : comment les conduites sont-elles motives par les valeurs ? (Ansart, 99). La question est confirme par Le Scanff et Legrand (04), Missoum et Thomas (98) ou encore Le Deuff (02). Ds lors, pourquoi ne pose-t-on pas radicalement la question de lefficience ? Comment comprendre le lien entre tel sens, telle motivation et telle action ? Dire comme beaucoup que lthique a une efficience au niveau de la motivation ne suffit pas : encore faut-il montrer comment llment thique de la motivation intervient dans laction. A la suite dAug et Colleyn (04) qui demandent : la rgularit observe est-elle produite par le jeu des pratiques ou par la structure prescriptive pralable ? , il faudrait se demander : si cest par la prescription, comment a marche ? Au lieu de cela, on opre un passage magique de la reprsentation lethos, se contentant de dire comme Laburthe et Tolra (93) que lensemble des significations, entendues comme visions du monde, informe lethos Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 30. 30 dun groupe. Le problme de lethnologue devient en ce cas celui de traduire un systme de reprsentation dans un autre cadre, pas celui de comprendre son activit relle. Les analyses factuelles peuvent galement activer un cercle vertueux pour luder le problme. On travaille en effet souvent sur des reprsentations dconnectes de la pratique. Ceci apparat dans lexprience du jugement : A juge B mauvais, on peut dduire de ce jugement une norme de conduite N ; puis A agit de faon non-conforme N et on dduit de ce jugement un cart entre la norme et la pratique. Or il faut remarquer que dans les deux cas, il ny aucune connexion jugement-pratique : ds lors pourquoi faire comme si ? Le mme sophisme opre dailleurs dans ltude des sanctions. Dans larticle Dfinition du fait moral (1893) Durkheim dfinit ainsi la morale comme toute rgle de conduite laquelle une sanction rpressive diffuse est attache . Or ce qui est efficient cest la sanction, et non pas lthique cense tre au principe de laction. On peut encore transfrer le problme vers le concept, la philosophie. Cest ce que font les analyses factuelles quand elles justifient de llusion du problme en mettant en avant certains cueils. On parle notamment dobstacles mthodologiques : le poisson est mal plac pour dcouvrir lexistence de leau (Kluckhohn) pour signifier la difficult mener une opration rflexive sans labstraire du terrain, ou encore dobstacles pistmiques qui renvoient lefficience thique un domaine qui chappe la logique de la preuve. Au final, le problme est tenu pour non scientifique : cest un problme philosophique, entendu que la philosophie est constitue par l ensemble des tudes visant saisir les causes premires, la ralit absolue ainsi que les fondements des valeurs humaines, et envisagent les problmes leur plus haut degr de gnralit (Le Robert). La science, qui pour sa part parcellise, naurait donc pas affaire ce niveau de gnralit. Cette distinction entre deux approches diffrentes renvoie dailleurs la dichotomie des causes et des raisons. Mais on peut galement basculer dans le vrai. Il sagit de faire ltude des vraies valeurs partir des observations empiriques. Faure et Suaud (in Duret, Bodin, 03) tiennent ainsi prciser que les valeurs du sport , qui constituent le crdo des institutions, relvent moins dune logique sportive que dune logique politique. Papp et Prisztoka (95) se demandent quelle place la pratique sportive, considre comme valeur thique, peut occuper dans la structure des valeurs. Et de faon plus prononce, on fait lanalyse des ralits. Il sagit de penser le dcalage du sens et de laction. Lethnologie vise en effet la saisie du jeu entre les rgles telles quelles sont exprimes et la faon dont elles sont amnages, contournes ou manipules dans la pratique. Cette approche avait t initie par Malinowski (22) qui crit : les renseignements manant des indignes contiennent lidal de la morale tribale, lobservation montre comment les gens sy conforment dans la vie relle . Il sattache ds lors mettre en vidence la contradiction, ce qui permet dattnuer la vision harmonieuse du fonctionnement social. Or il serait ncessaire, pour nous, de se demander au pralable ce que cest que de se conformer, et probablement de refaire les discours plutt que dtudier le dcalage. Pourtant Chaze et Pigeassou (in Billard, Durand, 92), considrant le fait que les catgories dlments confronts ordre des faits et ordre des mots ne sont pas de mme nature , notent qu il serait abusif de croire quil puisse y avoir simple adquation et continuit, la complexit des actions sopposant la gnrosit des mots ; mais ils prconisent ltude des dcalages ou des distorsions entre les discours et les actions qui y correspondent . De la mme faon, Tchernia (95) conclut dune vaste tude sur lattitude des franais lgard de lthique que les franais adhrent toujours aux morales traditionnelles, mais il y a dcalage entre principes et application . Taylor (02), partant de lhypothse que le fait central de la modernit est une nouvelle conception de lordre moral de la socit , que Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 31. 31 limpens moderne est une nouvelle conception de la vie, saperoit du profond dcalage entre les principes et leur application . Il nous semble ainsi tout fait tonnant quil stonne du fait quon sarrange avec cet intolrable, tant les valeurs annonces sont initialement inefficientes. Une autre approche, similaire, consiste tudier les effets secondaires. Ainsi de Elster (89) qui tudie les cas o on obtient ce quon recherche en vitant de sy appliquer (par exemple, tre naturel), de Lumer (95) qui analyse les buts du sport et des effets secondaires du sport ou de Cherkaoui (06) qui vise le paradoxe des consquences dans un essai sur une thorie wbrienne des effets inattendus et non voulus des actions (06). Ces approches sont intressantes mais nen constituent pas moins un vitement de la question de lefficience. Ce basculement dans le rel est en fait la consquence dune prise en compte dun problme de la dfinition des valeurs. Brchon (00) annonce en ce sens que le terme valeur est un terme galvaud, dont les usages sont multiples . Lemel (in Brchon, 00, p217/238) prcise dailleurs que sil y a peu prs accord sur lide que les valeurs dsignent des principes lis des caractristiques dordre moral ou thique en un sens trs large, susceptibles dorienter les actions individuelles, les dfinitions prcises de ce quon entend par valeur et systme de valeur sont trop nombreuses et varies pour quune tude puisse tre accepte par tous comme dcisive . Ils prconisent donc, plutt que dentrer sans preuve dans les diagnostics pessimistes et dramatiques faciles, de commencer par nous demander ce quest une valeur. Brchon oppose ainsi les dfinitions ralistes et les dfinitions critiques des valeurs. Par exemple, Stoezel (43) dfinit les valeurs comme des idaux, des prfrences qui prdisposent les individus agir en un sens dtermin, elles appartiennent aux orientations profondes qui structurent les reprsentations et les actions dun individu . Elles ne sont certes pas directement observables, on ne peut donc les atteindre que par infrence partir de ce quun individu veut bien livrer de lui-mme , mais les valeurs dun individu construisent son identit profonde, ce qui le mobilise et le fait vivre , et sil peut modifier ses valeurs, il agit toujours en fonction delles. A linverse, dautres thories considrent les valeurs comme des rationalisations idologiques et des auto-justifications, lies aux intrts des individus et de leurs groupes sociaux. Or au sujet de cette perspective, Brchon note qu il est fort intressant de pouvoir reprer les carts entre valeurs et agir, de se demander pourquoi certains membres nagissent pas toujours conformment leurs valeurs , car mme lorsque les valeurs ne se traduisent quimparfaitement dans les actes, elles ont une certaine efficacit sociale. Le problme, cest que mme rgl ce problme de dfinition en prenant parti pour un certain ralisme des valeurs, Brchon sappuie sur des tudes qui laissent tomber les actions : on peut regretter que le questionnaire nintgre que trs peu des comportements effectifs, renforce labstrait du questionnaire et limite les conclusions sur les liens effectifs entre les principes de vie et leur mise en uvre, dont on a affirm ds lintroduction quils taient complexes . On lude enfin la question de lefficience en contextualisant linefficience actuelle de lthique au regard de ce quelle tait avant, sans demander quoi que ce soit au sujet de cette deuxime affirmation. Bvant (03) dcrit ainsi les associations comme des entreprises, certes non-lucratives mais pour qui, dans la poursuite de leur projet, la rfrence aux valeurs fondatrices ne suffit pas . Il faut ds lors distinguer entre valeurs fondatrices et actions relles. Loirand lui fait cho : lancienne conception socio-ducative du sport tend tre remplace par un mouvement de spcialisation sportive privilgiant la recherche de performance. On assiste une rationalisation qui imposerait la prdominance dune activit rationnelle par rapport une fin (victoire en comptition) et loignerait les associations de leurs valeurs fondatrices . Or cette transformation ne viendrait pas de lextrieur, mais des associations elles-mmes. Il nous faut cependant noter que la question du lien valeur Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 32. 32 fondatrice/action nest pas plus pose que celle du lien valeur daujourdhui/action. De mme pour Duret (in Duret, Bodin, 03) qui prcise que le passage du champion au statut de star la libr dexigences morales qui constituaient prcdemment des contraintes incontournables : ce fourvoiement dans lidalisation du pass constitue un rabattement sur le plan de lide, alors que la question est celle de savoir comment ces contraintes modifient laction. Tout pareillement, Chovaux et Coutel notent que les valeurs absentes des temps dmocratiques sont vcues fictivement et par procuration dans le spectacle sportif ; celui-ci met en scne des valeurs thiques, mais sans engagement rel ni participation effective. La recherche devrait ds lors sortir de ce sportivement correct par la restitution de la rationalit thique, et rinstaurer une civilisation humaniste et dcente. Le problme, cest quils ne proposent que danalyser la fictivit prsente sans comprendre la prtendue authenticit passe quil sagit daccomplir de nouveau. De la mme faon, il nous faut objecter Balandier (04), qui remarque que lhomme contemporain sinterroge sur sa propre identit, que cette question est prsente toutes les poques, et quelle est justement celle de la modernit, du nouveau. On peut dailleurs procder une contextualisation dun autre ordre. Bodin note en effet (in Duret, Bodin, 03) quil y a peu de travaux sur la question des normes, et lexplique par le fait que cest un objet mouvant cause des transformations de la socit et, partant, des valeurs vhicules en son sein . Les normes ne sont [en effet] que laboutissement dune vision particulire de ce quest ou devrait tre la socit . Bauman (00) crit dans le mme sens que tout ce qui donnait nos socits un caractre stable sefface pour laisser place un monde o les conditions dans lesquelles ses membres agissent changent en moins de temps quil nen faut aux modes dactions pour se figer en habitudes et en routines . A cela, Bodin (in Duret, Bodin, 03) ajoute qu on ne saurait prtendre lexhaustivit ds lors que lon entend se pencher sur la question des normes sportives . Cette caractristique actuelle de lobjet thique semblerait ainsi justifier quon ne soccupe pas du problme de lefficience. Cette justification de llusion de la question de lefficience peut en outre muter en tude des justifications. Cette approche nat du mme constat quant la plasticit des valeurs actuelles. Thvenot et Boltansky (91) proposent ainsi de comprendre les valeurs comme des grandeurs, sur un modle dynamique qui permet de nouvelles grandeurs, et non plus comme normes statiques devant tre rigidement appliques ou comme prescriptions stables de laction . Le sens moral est ds lors assimil la capacit se justifier et reconnatre ce qui est fond : les valeurs sont des formes de justifications propres rsister aux disputes . Les individus restent en tat de justice tant que dans les conflits ils se rfrent un cadre de rfrence commun. Or il faut remarquer que la dynamique axiologique laquelle il est fait rfrence nest pas celle dune action, mais dune pense mouvante. Boltansky et Thvenot ne soccupent donc que des mots et des justifications, alors quils prtendent la pragmatique chre lpoque. Les actes sont censs dcouler de la ngociation qui est rgule par des valeurs, mais le passage des mots laction est pass sous silence. Les approches critiques dnoncent dailleurs immdiatement une manipulation verbale. Pourtant, cette approche a donn naissance nombre danalyses en Staps. Par exemple, Heinich (03) se donne pour tche dexpliciter et danalyser la multiplicit des registres de valeurs disponibles aux acteurs . La sociologie de la singularit permet au sociologue de se dtacher de ses propres jugements de valeurs spontans, pour faire de lensemble des jugements lobjet mme de sa recherche . Le problme cest que dans cette approche, le rapport laction concrte est encore mis de ct. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 33. 33 5- Une approche comprhensive 51- Le maintien du corps Mises part les approches psychologiques qui insistent sur les techniques de dsactivation de la pense, dans une optique doptimisation de la performance qui aurait une simple rsonance thique, les diverses dmarches voques nous semblent luder la question de lefficience de la mme faon : elles vacuent le corps. Berthelot (in Bodin, Has, 02) note en ce sens que la sociologie sest largement constitue en vacuant le corps pour penser les relations sociales, et surtout les hommes qui y participent. Lhomme est dans cette conception, fondatrice de la discipline, un tre moral : il croit en des ides, vhicule des valeurs qui ont des rpercussions corporelles videntes. Or lvidence, cette tendance reste active. Queval (04) parle en effet dune idologie qui pousse lindividu ses limites extrmes (p1), dune idologie du progrs qui, lavnement des instruments de mesure, pousse dpasser la mesure. Pour ce faire, elle compare idologie antique et idologie moderne : les jeux grecs sont violents, mais ceci nentrane pas lide de dpassement de soi, mme sils expriment la qute de gloire Il faudra attendre que la modernit bouleverse les comportements de lhomme et du monde pour que cette ide prenne sa pertinence thorique, pour quelle devienne un rfrent de lhomme moderne (p55). Or dans les deux cas on ne voit pas comment lindividu se conforme la nature ou la dpasse dans la praxis sportive. Un rabattement sur lide est donc ici opr, le corps agissant tant toujours homogne lide : tantt finalit naturelle, tantt instrument de mesure infini. Une telle vacuation conduit invitablement verser dans le dbat idologique. Sopposent ainsi les tenants dune thique minimale (Ogien, Walzer) des philosophes (Nussbaum, Marzano) qui considrent que le consentement nexclut pas que nos choix soient contraints par des facteurs conomiques, ou encore que lautodtermination nest pas une notion transparente. Sopposent ainsi les approches factuelles de la justification (Thvenot et Boltansky) et les approches critiques dobdience bourdieusienne (Lordon). Sopposent bien plus encore humanits et sciences dures. Certains courants des sciences humaines accusent en effet les neurosciences de rductionnisme, alors mme que ce sont les avances des neurosciences qui ont t contre le rductionnisme : parlant dpignse, elles affirment que le rseau des connexions synaptiques nest pas soumis un programme gntique fix par avance, mais bien plutt capable dune souplesse adaptative. Les neurosciences donnent ainsi sens au fait de poser la question de lefficience. Au final, le dbat idologique tous azimuts est un dbat entre deux postures : tantt on se place du ct de lide, au risque de verser dans le verbiage, lidologie, la mise en valeur de soi, tantt on se place rsolument du ct de laction, des faits, au risque de verser dans le dterminisme, dans lintolrance lgard de lide de libert humaine. Ds lors, si lvacuation du corps constitue le moyen dluder la question, le maintien du corps est le moyen le plus sr de la poser de faon radicale. Mais il ne sagit pas de rendre la priorit au corps, comme par exemple quand on considre que lavnement du temps de loisir constitue un dplacement de valeur du travail vers le loisir, cest--dire une revalorisation du corps par rapport lesprit : cette attitude frquente ne fait en effet que scinder de nouveau corps et esprit. Le retour au corps vient du fait quon avait sacralis lesprit ; or il faut dpasser ce dpassement de lesprit, sans quoi on continuera de scinder corps et esprit. Cest en ce sens que Le Boulch (95), remarquant que physiologie, anatomie et psychologie sintressent au mouvement, propose de forger une dmarche propre en fonction de cet objet, la psychocintique, qui soit une approche fonctionnelle dpassant la dichotomie Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 34. 34 entre corps efficace et corps motionnel. Il crit certes : laction dans le milieu, condition de ladaptation au rel, prcde la rflexion et en est la condition. Lautonomie de la pense passe par lautonomie corporelle , pour dire que le mouvement prsent dans toute conduite est un moyen privilgi de dveloppement. Le mouvement est dailleurs le seul support qui soit susceptible dtre utilis depuis la vie intra-utrine jusqu la vieillesse. Mais la question de lefficience reste entire : cest une chose de considrer la gnalogie de lautonomie, sen est une autre de penser ses effets. Le Boulch en a dailleurs conscience, qui note une mcanisation du corps, une dpossession de lhomme par la technique et demande de rhumaniser lapprentissage moteur : le dveloppement de lorganisme comme systme autonome constitue une longue histoire qui mne du biologique au social, du moi vcu au moi reprsent, mais est aussi un prlude la construction du soi qui implique la participation du sujet son propre dveloppement. Cest bien ce stade que se pose la question de lefficience thique. Pour viter de faire du discours sur le discours, il nous faut donc maintenir le corps, mais prcisment comme condition dlaboration dune pense pertinente quant lefficience thique. Avec Deleuze (85), nous pensons ainsi que le corps nest plus ce qui spare la pense delle-mme, ce quelle doit surmonter pour arriver penser. Cest au contraire ce dans quoi elle doit plonger pour atteindre limpens : non pas que le corps pense, mais il force penser, et penser ce qui se drobe la pense, la vie (p246). Cette posture spinoziste fait cho ladage dAdorno (66) : la pense doit penser contre elle-mme en tant quabstraction spare du rel, pour pouvoir sortir delle-mme, cest--dire revenir au concret. Si on ne fait pas cette critique, la philosophie risque dtre du mme acabit que la musique daccompagnement que les SS utilisaient pour couvrir les cris de leurs victimes . Arendt (72) concevait galement que ds quon spare une ide de sa base empirique, on peut la relier nimporte quelle ide, partant verser dans labstraction. Maintenir dans lobjet la dimension corporelle constitue donc pour nous le moyen dviter lidalisation, pour enfin pouvoir poser radicalement la question de lefficience thique. 52- Une approche complexe Nous proposons donc de poser la question et surtout de nous y tenir. Cest sastreindre rester au raz du sens et de lacte, lendroit prcis de leur connexion possible. A lobjection qui consiste dire que lthique a affaire la tendance, partant quelle ne peut sobserver qu une certaine distance et non au prs de laction, nous rpondons que si elle est motrice de laction, alors nous pouvons la retrouver dans chaque dclinaison axiologique de ladite tendance. Au demeurant nous ne considrons pas quelle soit la seule force loeuvre, mme si certes elle prtend tre fondamentale : elle est pour nous un facteur parmi dautres. Car dj, il y a moult dterminants de lactivit humaine, cest ce quont montr les sciences humaines depuis quelles travaillent comprendre lhumain et le social. Il nen reste pas moins que la comprhension du lien du sens thique laction sportive constituerait un gain de sens. Il y a donc un intrt demander : si laction sportive est pour partie thique, comment lest-elle ? Pour y rpondre, le maintien du corps est le plus sr outil : il correspond en outre au maintien de lhtrogne dans lobjet. Laburthe-Tolra et Warnier (93) notent en ce sens que lobjet est ce qui vient lencontre du sujet. Lesprit scientifique, cest alors laptitude supporter la contradiction, la capacit daffronter ce qui est le plus tranger et le plus dsagrable la spontanit humaine : lobjection incessante des objets . Il nous faut en ce sens prouver lhtrognit des sens et des actions pour traiter au mieux la question de lefficience thique. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 35. 35 Sil faut maintenir lhtrognit de lobjet pour produire du sens concret, celui-ci ne peut alors merger que dans une approche de la reliance. Nous nous subsumons ainsi sous la remarque de Lvi-Strauss (62) : les aspects du rel qui nous semblent irrductibles, comme la pense et la vie, ou la vie et la matire inanime, reprsentent les maillons extrmes dune chane qui les unit lun lautre par des maillons intermdiaires En raison de notre position de sujets dans un monde dobjets, nous ne saisirons jamais la faon dont lunion sopre. Au moins pourrons nous esprer remonter quelques maillons dans chaque sens, et faire se rapprocher les bords dune situation de discontinuit qui probablement subsistera toujours . Selon Dortier (06) cette reliance serait le dfi du XXIme sicle : la multiplication des champs de recherche a rendu impossible la vision globale, le sens global, partant a conduit un clatement du monde. Nous produisons des connaissances locales, linverse des paradigmes du 20me sicle comme le marxisme, la psychanalyse ou le structuralisme qui visaient la cohrence (lhistoire a un sens, lconomie a des lois, la socit a un ordre, lindividu a un but). Or la dconstruction de ces approches partir des annes 90 ncessite aujourdhui une reliance des savoirs. Dans cette perspective, Maffesoli (05) note que les discours du devoir- tre viennent dune conception du savoir comme pouvoir (p57), et quil faut bien plutt sattacher trouver lide-force des situations, leur raison interne . Contre la coupure pistmologique, linverse de la brutalit dune raison instrumentale, il faut uvrer laborer une reliance rotique, une pense intgrative qui comme la phnomnologie cherche accompagner ce qui crot lentement en fonction dune raison interne. Il sagit de contempler la vie comme uvre. Ernst disait bien quon ne parle pas de son objet, mais travers lui. Le monde nest que relationnel, et la recherche une relation de plus dans le monde. Mais cette activit de reliance ne doit en aucun cas constituer un rabattement de la multiplicit sur lunit. Il faut au contraire sattacher maintenir le multiple dans lobjet. Non pas rabaisser du complexe du plus simple, mais dcouvrir comment chaque simplicit apparente recouvre une complexit insouponne (Lvi-Strauss, 62). Cette proccupation nest dailleurs pas inexistante en Staps. Chovaux et Coutel (03) affirment ainsi que lerreur thorique est davoir un point de vue tranch sur cette pratique culturelle quest le spectacle sportif, comme Ehrenberg qui le tient pour idal de dmocratie ou Chesneaux qui voit le spectateur comme mutant rgressif. Dfinir le spectacle sportif doit plutt procder dune connaissance approfondie de ce que vivent et ressentent les spectateurs, ce qui commande des approches empiriques multiplies. Identifiant un avers motivationnel et un envers institutionnel , Pociello (99, p1) note de la mme faon qu il faut tre capable de saisir simultanment ces deux dimensions extrmes et de tenir les deux bouts du raisonnement . Or la vrit, les deux points de vue renvoient deux exigences fondamentales de comprhension : lexigence proprement philosophique de fonder le sujet thique en rpondant la question de son autonomie ( quelles conditions peut-on tre sr et certain dagir selon un principe thique, et non pas sous linfluence de ses dsirs, de ses intrts, dun mauvais environnement, dun malin gnie qui fait prendre le mal pour le bien ?), et lexigence connotation sociologique didentifier limpulsion thique dans le cours des choses pour pouvoir la tester scientifiquement (comment la causalit objective peut-elle accepter en son sein une rationalit subjective ? que peut une ide sur les mouvements des corps ?). Se proposer dtudier lthique sportive ncessite par consquent de se tenir entre philosophie et sociologie, entre rflexion conceptuelle et exprimentation factuelle. Penser la dimension thique de laction ncessite de comprendre comment lide du sujet peut saccomplir dans le monde et comment le monde peut tre modifi par une ide thique. Cest maintenir le lien problmatique entre la question de lefficience relle dune abstraction et celle de lappropriation de son sens par le sujet. Abandonner une des composantes, cest dtruire la spcificit du problme thique et rater une possible rponse. Ceci implique en outre de ne Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 36. 36 recourir aucun transcendant qui ferait lunit de la dualit, car ce serait l encore rduire le problme pour sen dbarrasser. Il sagit donc de sengager dans une approche complexe. Mauss (68) signalait la ncessit daborder lhomme sous un triple point de vue (biologique, psychologique, sociologique). Morin est aujourdhui le promoteur de cette pense complexe que nous exigeons dlaborer. Celle-ci se fait galement jour en Staps. Prsentant les divers schmes explicatifs qui y sont luvre (causal, structural, hermneutique, actanciel, dialectique), Berthelot (90) prne la ncessaire acceptation de la pluralit tant quon se soumet la logique de la preuve. Cette multirfrencialit est un moyen de lutte contre le terrorisme intellectuel. Le problme, cest certes que ce pluralisme ne se fait pas dans lentente, mais dans la lutte, ce qui conduit un retranchement des clans et un durcissement des positions. Klein (98, p13/20) note galement une diversit des objets, mthodes et champs dapplication en Staps, qui viennent souvent des autres disciplines, ce qui conduit un clatement du savoir. La lutte pour lhgmonie disciplinaire en Staps est invitable, et les quelques interdisciplinarits qui existent entre disciplines proches sont encore orientes vers la domination. Pour maintenir les Staps luniversit, il est donc pour lui ncessaire de trouver des thmes fdrateurs. Or il nous semble justement quil y en a un, et que tous en parlent : cest la question de lefficience. Celle-ci ne peut dailleurs tre pose dans une seule discipline, puisquun cloisonnement conduirait rduire tantt le sens, tantt laction. Le Pogam (98) avance ainsi que les Staps peuvent tre le modle de la multirfrencialit. Prenant en compte trois schmes dintelligibilit y oprant (dialectique (Brohm), structural (Bourdieu), hermneutique (Sansot)), il fait tat des scissions mais encore des liens : si on oppose forces mcaniques et ensemble de relations entre agents, si on refuse de concevoir le langage comme arme de pouvoir, il nen reste pas moins que lhermneutique reconnat que limaginaire est li au positionnement, et que les deux premiers reconnaissent les crivains comme tant en mesure de connatre le social. Hbrard (98) note en outre la ncessit de maintenir culture savante et culture technique, mme sil y a scissions et msententes, ou mme si le ministre demande lunit : il faut en effet prserver autant la lgitimit universitaire que lutilit sociale. 53- Philosophie et anthropologie Mais comment adopter une approche complexe sans verser dans lillusion du savoir total ? Comment dautre part tre lisible sans sacrifier lhtrognit ? Pour viter ce double cueil, il est ncessaire de prciser la dmarche. Si en effet nous partons du principe que le maintien du corps est la clef du maintien de lhtrognit, il nous faut considrer que les actions effectives sont partie intgrante de notre objet. Or ne sachant pas quelles actions effectives sont pertinentes ni quel niveau il nous faut les aborder, notre approche doit tre globale : cest dire quil nous faut faire une anthropologie des actions sportives. Lobjet de celle-ci nest au demeurant pas de lordre de limaginaire ou du symbolique. La comprhension du symbolique comme tche de lanthropologie sportive a peut-tre dailleurs des causes idologiques quil nous faut repousser (lolympisme est fdrateur en tant que symbole, et lanthropologie qui sattache saisir la globalit y trouve une pierre de touche). Une telle approche conduirait en effet construire une anthropologie interprtative qui sempresse de prophtiser les mutations profondes dune socit en crise somme de retrouver ses vraies valeurs. Faure et Suaud (03) dcrient ainsi les sociologies sans enqute, ces considrations qui relvent dune simple mise en forme littraire des reprsentations immdiates de la pratique. Au contraire, la globalit caractristique de lanthropologie semble constituer une vertu pour saisir la complexit du rel. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 37. 37 Mais si lapproche anthropologique nous semble pertinente quant la question de lefficience thique, nous avons au demeurant mis jour une certaine tendance llusion de la question parmi les sciences humaines. A lexception des principes dontologiques quelles se rapportent (par exemple, ne pas abuser les hommes tudis), celles-ci posent en effet peu la question de lapplicabilit. Mme quand Ferry (96) parle dthique reconstructive, cense rparer les situations de souffrance morale, il dcrit une rparation qui nest pas matrielle mais dordre symbolique : il sagit dofficialiser une parole et de faire des gestes , entendus en un sens abstrait. Les sciences humaines sinterdisent dailleurs de verser dans la prescription, puisque de ce qui est on ne peut driver ce qui doit tre (Hume, 39). Loin de notre question (de ce qui doit tre, comment driver ce qui advient ?), elles sattachent traditionnellement des questions comme : un individu naturellement goste peut-il avoir des intentions morales, cest--dire dsintresses ? Ou encore : sil y a des intentions morales justifies, est-ce quil y a des faits moraux ? Or la premire, se plaant sur un plan psychologique, se coupe de laction, mais encore prjuge de ce qui est moral (dsintress), partant met en pril un possible lien laction (lintrt est force motrice). La seconde suppose rsolue la question du passage des intentions aux faits, prenant seulement acte de leur correspondance et cherchant linterprter. Cest bien ce que fait Durkheim quant il cherche dterminer le fait moral . Cette dmarche appelle une gnalogie de la morale, qui est trs rpandue en sociologie, mais encore en psychologie comme chez Piaget ou Kohlberg. Au final, on ne sintresse plus la question de lefficience venir. Notre dmarche est certes plus proche de la tradition wbrienne. Weber sattache en effet mettre jour lefficience de lthique protestante dans le dveloppement du capitalisme. Mais sil repre certaines conceptions morales qui accompagnent les actions humaines, un rapport aux valeurs animant les promoteurs du capitalisme, il ne fait lui- mme quinterprter des correspondances puisque les acteurs en question sont ignorants en matire de dcrets divins. A la suite, Habermas et Boudon rintroduisent lide de proprit du sens pour les acteurs. Il sagit pour eux de savoir comment une attitude que les acteurs jugent eux-mmes morale peut avoir des effets sur le cours rel des choses. Mais ils font encore limpasse sur le lien aux actions effectives. Lefficience est en effet rapporte au fait que les attitudes en question prennent le pas sur des motivations ou des raisonnements qui nont pas de caractre thique. On reste ici dans le registre de la prfrence, de la priorit dune reprsentation sur une autre, on ne bascule pas dans celui de laction. Nous voyons donc apparatre dans ces dmarches soit une dpossession des acteurs du sens de leur action, soit une dpossession des acteurs de leur tension laction, alors que la question de lefficience ncessite de maintenir les deux dimensions. Notre question inclut donc celle du sens dans son rapport laction, entendu que le sens thique dont on parle ne peut tre que celui des acteurs. Il sagit pour nous de voir les actions du point de vue indigne. Christakis (03) note qu une approche psychosociologique suppose que nous ayons accs la signification que les acteurs donnent leur comportement . Or Durand, Arzel et Saury (98) prcisent que dans un paradigme de la rationalit technique , on a tendance concevoir le sens des actions comme lapplication de formes procduralises des connaissances scientifiques, cest--dire comme une simple transformation des lois en principes daction. Do la ncessit de changer de paradigme et dinstaurer des rapports diffrents entre chercheurs et praticiens. Ils proposent ainsi un programme de recherche qui accorde le primat lacteur et son point de vue et accepte lide de la complexit de la situation, focalise sur lanalyse de la signification pour les acteurs des actions et vnements de la pratique et recourt une thorie de la signification dveloppe par Ricur (86). Javeau (93), se dpartissant du scientisme initial qui consistait appliquer aux Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 38. 38 phnomnes humains les mmes procdures de construction du savoir que ceux en passe de russir dans lordre des phnomnes autres quhumains, propose mme de passer dune pistmologie de la situation une pistmologie de la condition humaine : il sagit de rintroduire la question du sens. Il note ce sujet que les actionnalistes prcdemment cits prennent en compte le sens que les acteurs confrent leurs actions, mais en restent un sens li lintrt. Au contraire, le sens dont ils parlent est ncessairement li au sens de lexistence toute entire. Or il nous faut remarquer que toutes ces approches font cho lethnomthodologie labore par Garfinkel (67). Il sagit de mener une recherche empirique qui vise les mthodes que les individus utilisent pour donner sens et en mme temps accomplir leurs actions. Ces ethnomthodes constituent de vritables raisonnements sociologiques pratiques : procdures indissociables de laction, lacteur les utilise pour rendre les situations descriptibles. Le chercheur doit donner du sens aux actions concrtes en sappuyant sur elles, allant contre lobjectivisme qui masque la subjectivit du chercheur en niant lobjectivit de lacteur. Cest bien dans cette tradition quil nous faut nous inscrire. Mais comment accder au sens pour les acteurs ? Bourdieu (93) remarque que les ouvrages mthodologiques restent domins par les vieux principes issus de la volont de mimer les signes extrieurs de la rigueur des disciplines les plus reconnues. Cette mimtisation des sciences exactes est ce qui a fait natre les sciences sociales, avec cette sparation entre chercheur et sujets que justement nous voulons dpasser. Midol (98) lui fait cho, qui entend que les sciences humaines ne doivent pas singer les sciences dures, sous peine dapparatre molles. Ce serait dailleurs rentrer dans une guerre o la domination et la transformation du monde seront toujours vainqueurs de lattitude comprhensive. Notons en outre quil nous faut viter lunification rigide qui se dfie de lclatement de lobjet. Lapproximation du traitement de la question est ainsi un moindre mal par rapport llusion du problme de lefficience. Cest dire quil est ncessaire de rintroduire la libert et la subjectivit dans notre tude. Or Bourdieu, Chambrdon et Passeron (73) insistent sur le fait que la subjectivit des faits humains est irrductible aux mthodes des sciences de lobjectif. Il faut ds lors comprendre que lpistmologie doit aider la recherche, non pas linhiber en versant dans le terrorisme conceptuel. Il sagit bien plutt dassurer une vigilance pistmologique et mthodologique qui consiste interroger les mthodes et les thories dans leur mise en uvre pour dterminer ce quelles font aux objets et les objets quelles font . Il faut qui plus est maintenir la dialectique thorie-empirie en se dfiant des instruments qui inhibent le va-et-vient thorie-empirie, comme linformatique. Le contrle mutuel des chercheurs crera aussi une certaine interdisciplinarit qui pourra faire clater les isolats pistmologiques, cest--dire les inconscients que ne rvlent pas les discussions disciplinaires. Notons en ce sens que cest cette interdisciplinarit qui nous a permis de montrer que la question de lefficience nest pas pose. Au demeurant, accder au sens pour les acteurs ne revient pas faire un simple compte rendu des comptes rendus. Il ne faut pas en rester au niveau de la reprsentation. Alors mme que nous voulons accder ce qui dans lide se transmet laction effective comme htrogne, cest--dire chaque fois diffrent, la reprsentation rabat en effet la diffrence sur la rptition. Dnonant un quadruple carcan de la reprsentation, Deleuze (68) conclut que seul peut tre pens diffrent ce qui est identique, semblable, analogique et oppos, cest toujours par apport une identit conue, une analogie juge, une opposition imagine, une similitude perue que la diffrence devient objet de reprsentation. On donne la reprsentation une raison suffisante comme principium comparationis sous ces quatre figures la fois. Cest pourquoi le monde de la reprsentation se caractrise par son impuissance penser la diffrence elle-mme (p180). Il y a ds lors ncessit dgager la Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 39. 39 forme du prsuppos implicite : limage orthodoxe de la pense se rassemble sous les catgories de lidentit et de lunit, do son effort pour penser la diffrence en dehors de toute ngativit, pour atteindre la diffrence comme premire par rapport lidentit. Pour penser le problme de lefficience, il sagira donc pour nous de se dpartir autant de la morale qui sanctifie la ritration, et surtout qui la rend possible, nous donnant un pouvoir lgislatif dont nous exclut la loi de la nature (p11), que de la reprsentation qui prend pour modle une rptition matrielle et nue, quelle contient par le mme et quelle explique par le ngatif . Des lments identiques ne se rptent [en effet] que sous la condition dune indpendance des cas, dune discontinuit des fois qui fait que lun napparat pas sans que lautre ait disparu : la rptition dans la reprsentation est oblige de se dfaire en mme temps quelle se fait. Cest pourquoi pour reprsenter la rptition, il faut installer des mes contemplatives, des mois passifs, des synthses sub-reprsentatives pour les restituer ensuite dans un espace et un temps de conservation propres la reprsentation mme . Eviter la reprsentation, cest donc tout la fois maintenir lhtrognit de laction et celle de la posture qui tente de saisir la connexion du sens et de laction. Ce dernier point met en avant la ncessit de recourir la rflexion philosophique. Si certes nous ne pratiquerons pas de rflexion conceptuelle pure, nous ne cautionnerons aucunement les traditionnelles critiques de la philosophie qui la taxent dabstraction ou dintrospection. Limmersion ne suffit en effet pas faire de limmanence : celle-ci ncessite une profonde rflexion philosophique (Spinoza, Nietzsche). Se dpartissant de faire le philosophe , Bourdieu (94) parle dailleurs lui-mme de philosophie de la science relationnelle quand il veut aller contre la pense ordinaire qui sattache aux substances plus quaux relations objectives. Il parle aussi de philosophie de laction dispositionnelle, qui prend acte des potentialits inscrites dans le corps et structures des situations dans lesquelles agissent les agents, pour aller contre la thorie qui tient toute action ou reprsentation qui nest pas engendre comme rsultat de raisons explicitement poses dun individu autonome pleinement conscient de ses motivations et contre la thorie qui tient lagent pour un piphnomne de la structure. Plus simplement, nous notons que les joueurs prtendent avoir une philosophie, et nous ne pouvons aller contre eux. La philosophie est dailleurs un bon moyen pour se mettre en position de doute quant la lgitimit de discours que tout un chacun ressent au sujet de lthique et au sujet du sport. Nous pourrions certes nous voir objecter que nous faisons de la philosophie sans en faire, et que ltude de terrain limite la rflexion conceptuelle sur lthique puisque les joueurs ne sont pas philosophes ; mais il faut rpondre cela que le monde est monde social, donc que la question de laccomplissement de lide est celle de son accomplissement dans le monde socialis, ce qui implique de prendre en compte la philosophie des acteurs. Loin de prendre part au dbat qui oppose dmarches philosophiques et dmarches anthropologiques, lutte dinfluence strile, nous chercherons donc mler philosophie et anthropologie. Cest ce que prconise Pharo (04) quand il souligne la ncessit de sintresser aux contenus conceptuels. Aug et Colleyn (04, p13) notent dailleurs que la question du sens, cest--dire des moyens grce auxquels les tres qui habitent un espace social saccordent sur la manire de le reprsenter et dy agir est lhorizon de la dmarche anthropologique. Cette question se situe galement au cur du dbat philosophique contemporain . Javeau (03) propose ainsi de passer de la sociologie orthopdique lanthropo-philosophie. Pour notre part, nous proposons plutt de faire une philo- anthropologie. A la lettre, nous pourrions dire quil sagit de pratiquer une activit qui aime le discours sur lhomme, qui aime lhomme et qui aime le discours de lhomme sur lhomme (humanisme de mthode) : il ne sagit donc ni de parcelliser, ni de chosifier Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 40. 40 lhomme comme lavancent parfois les philosophies humanistes lencontre des sciences de lhomme. En tout cas, il sagit de saffronter autant au problme philosophique dobjectivation du sens conceptuel de lthique quau problme sociologique de son inscription dans les faits (Pharo, 04). Cest sinscrire dans un processus de complexification de lthique : par del les visions unilinaires de lhistoire de lhumanit dcoulant de lutilisation de la discipline pour dominer les peuples coloniss, par del la scission de lanthropologie culturelle et de lanthropologie sociale, par del les unifications quont constitues le structuralisme, le marxisme et le fminisme, nous nous inscrivons dans ce quon appelle le courant postmoderne, men ou inspir par des philosophes comme Lyotard, Derrida, Deleuze ou Foucault, qui mlent philosophie et anthropologie. 6- Le terrain 61- La conception du sport comme rvlateur Nous envisageons une philo-anthropologie de lefficience thique qui considre sens des acteurs et actions effectives. Le terrain de cette approche comprhensive, cest le sport : on a vu quel point la prtention thique y tait forte. Mais il est ncessaire den dfinir le statut et dviter certaines erreurs. Il arrive en effet quon conoive le sport comme un rvlateur du monde (Fink, 66), de la socit (Huizinga, 51), de lhomme ( ce nest que lorsquil joue que lhomme est homme , Schiller) ou de ses valeurs : devant la scne [sportive] le spectateur cherche se renseigner sur les valeurs auxquelles aspire lhomme, qui apparaissent comme but de laction et du mouvement (Laban, 50). Le sport serait fait social total , cest--dire moment privilgi o une socit se donne voir tout entire en mettant en branle lintgralit de ses institutions et de ses reprsentations (Lvi-Strauss in Mauss, 50). Il peut mme tre peru comme analyseur psychosociologique, cest--dire miroir, analyseur de notre socit, de son devenir multidimensionnel, de nos contradictions personnelles et collectives (Amodo, Bolle de Bal, 03, p55). Le sport est ainsi rvlateur dautre chose que lui-mme. Tout ceci tient au fait que le jeu est survaloris : quand ces approches parlent dautres activits, elles ont en effet tendance y voir apparatre llment ludique. Il est dailleurs plus frquent encore quon dcrive le sport comme spectacle de la socit. On a fait varier cette ide satit. Bodin et Has (02) crivent en ce sens : longtemps dconsidr, le sport est un lment culturel de nos socits contemporaines qui nous renseigne sur la socit (p11). Bernard (95) dcrit le sport comme moyen de reprsentation de la socit par elle-mme : il est en effet dramatisation de ses divisions et euphorie dune unit et identit retrouve. Pociello (99) voit le sport comme produit qui rvle la socit elle-mme, notamment ses valeurs : le systme de pratique se double dun systme de reprsentations et de valeurs par lequel notre socit se dote dune vision du monde et produit des manires particulires de se comporter (Pociello, 04). Ehrenberg (04) prtend avoir une approche diffrente : il ne faut pas chercher ce qui se passe en ralit derrire le visible, mais raisonner directement partir de ce quil nous fait prcisment voir . Ainsi, dans lanalyse du spectacle sportif, il sagit de chercher la configuration gnrale du visible qui en donne le sens. Mais il aboutit au mme rsultat : le sport nous montre notre idologie dmocratique. Dans la mme ligne, Jeu (94) conoit le sport comme contre-socit qui ralise un idal social, luniversalit, puisquon se bat parce quon est daccord. La rgle, cest dailleurs laffrontement : la non combativit est une faute. Voil qui constitue une autre manire de dire que le sport est, par opposition, rvlateur de la socit elle-mme. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 41. 41 Le sport spectacle, pour Yonnet (98) aussi, est le spectacle de notre socit dmocratique : il opre une mise en scne de lincertitude grce une planification de lgalit des conditions et des acteurs (quand lincertitude disparat, on glisse vers le spectacle pur et lesthtique du geste). Ainsi, travers cette invention du 20me sicle, les dmocraties ont trouv le thtre o symboliser leur croyance la plus profonde . Bromberger (04) affirme galement que le spectacle sportif est rvlateur des passions contemporaines : la comptition offre une vision cohrente du monde contemporain et un support laffirmation des appartenances locales et nationales, cest pourquoi elle mobilise et fascine. Une vritable thtralisation de valeurs cardinales de nos socits y a cours : sa popularit tient au fait quelle incarne lidal des socits dmocratiques et renvoie aux dbats sur la justice imparfaite. Le monde devient en effet humainement pensable : dans une socit o chacun est appel au succs, lchec est psychologiquement tolrable si linjustice ou le destin portent la responsabilit : quen serait-il dun monde entirement transparent o chacun aurait la certitude rationnelle doccuper, juste titre, son rang, o lon ne pourrait plus accuser lacharnement du sort ou les interminables trucages de lautre ? . Plus prcisment, on peut considrer le sport comme rvlateur de certaines valeurs de notre socit. Yonnet (98) voit en ce sens linterdiction du dopage comme lexigence spcifique qui met en lumire le fait que la sant est une valeur de notre socit. Simmonot (88), remarquant que la religion sportive gouverne tous nos comportements quotidiens , prcise que le sport est en fait rvlateur dune redfinition de la valeur sant : la sant nest plus respect et conservation des grands quilibres organiques, elle est potentiel de vie intense, rupture dquilibre pour dpasser les preuves qui risquent de la compromettre . On assiste une reformulation de la rhtorique sanitaire et une mise distance des signes de vieillesse. Et cest le sport qui, encore une fois, nous rvlerait cette ralit. 62-La conception du sport comme laboratoire Une autre tendance consiste lire le sport comme laboratoire pour sa propre discipline. On le considre ainsi souvent comme laboratoire danalyse anthropologique. Dans une perspective critique, Brohm lentend dpositaire de discours qui sont des donnes idologiques brutes quil suffit de ramasser pour faire une analyse critique. Or ses opposants vont dans le mme sens. Jeu (87) conoit en effet le sport comme conservatoire et laboratoire . Parlebas (03), tenant le sport pour une domestication de la motricit ludique, voit en lui le reprsentant ethnomoteur de notre culture du 21me sicle . Les jeux sont [ainsi] le laboratoire de lidologie de leur poque (p35). Amodo (03) crit que le spectacle sportif permet dobserver le monde sous sa forme euphemise avec ses exploits, ses tricheries, ses abus de pouvoir. Tout se passe un peu comme si lon pouvait observer de lextrieur un monde dans lequel on est pris quotidiennement pour le meilleur et pour le pire, malgr soi trop souvent . Pidoux (00) avoue ainsi que le sport est pris comme terrain commode . Cest ce que fait Huizinga (51) quand il vise le berceau ludique do naissent les grandes activits : pour connatre la culture, il opre un retour sur le jeu comme constituant sa substance premire. Il sappuie ds lors sur une dfinition du jeu comme action libre, hors de la vie srieuse, gratuite, limite, ordonne spcifiquement et absolument. Cette dtermination propre au jeu lui fait dailleurs vacuer le sport de la sphre ludique. On peut en outre considrer le sport comme laboratoire danalyses plus serres. Ainsi dAmodo et Bolle de Bal (03) qui, dterminant le sport comme dynamique du corps et de la psych, mais aussi comme ensemble de contraintes et de problmatiques institutionnelles, voient en lui un objet privilgi pour la psychosociologie dinspiration clinique : le sport reprsente lune des activits susceptibles dclairer les mystrieux mandres de lunit Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 42. 42 somato-psychique par lequel se tisse la cration humaine . Considrant lapproche biomcanique, Vigarello (in CNOSF, 06) rappelle quavec Marey et Demen limage se fait mmoire du mouvement , et que ds lors le corps soffre aux hypothses de laboratoire. Queval (04) lui fait cho, qui affirme quaprs la rvolution scientifique, le sport devient le laboratoire exprimental des possibilits humaines. Elle distingue ds lors entre un sport outil de sant, dquilibre, daccomplissement de soi et un sport comme course la performance, dmesure, laboratoire. Paillard (86), cherchant sappuyer sur les attitudes, peroit galement le remarquable laboratoire que constitue le terrain de pratique des activits sportives, avec tout ce quil offre lexprimentateur de situations bien codifies dans leur rgles dexcution et dvaluation . Pour finir Famose remarque que la performance sportive a lavantage de proposer des situations claires, bien dfinies. 63- Critique de ces conceptions Ces conceptions sappuient en fait sur la reprsentation dun terrain abstrait, dont la puret relverait de sa dtermination par la rgle. Pourquoi en effet lutter contre le dopage en sport et pas ailleurs ? Car la rgle fonde le sport. Vargas (p83) prcise que la rgle du jeu nest pas lquivalent de la loi. La loi est de nature ngative, elle interdit et sanctionne afin de permettre la vie communautaire. Elle na aucune force ontologique, alors que la rgle sportive cre le sport et annule tous les actes qui y drogent. Le non-lieu juridique manifeste limpuissance de la loi tandis que le non-jeu sportif manifeste la toute puissance de la rgle . Queval (04, p290) formule lillusion : on voit donc lattachement du sport la rgle : une manire de contrat social sy exprime, une pure de ce que la socit tente dtre . Chovaux et Coutel crivent ainsi que le jeu, sur la base dune convention concerte, dun accord dclar donc dun contrat, reconduit sa manire et de faon temporaire la fiction protofondatrice du pacte social qui repose sur la recherche dun accord assorti de rgles qui puisent leur motif dans une dfiance, voire une mfiance, vis--vis de la problmatique articulation de la raison et des passions . On y voit donc une discipline des passions par la rgle, qui nentrave pas lnergie vitale sans laquelle aucune vie sociale ne peut se dvelopper. Cest une vritable reprsentation en modle rduit du jeu social, mais o il y a un grossissement des traits qui met directement en scne les rapports de force et les relations de solidarit. Au sujet de cette tendance labstraction, Bockrath (95) remarque pourtant que la signification morale dactivits sportives ne peut pas se dduire des seules rgles de la comptition comme condition rgulatrice de leur existence . Aug et Colleyn (04) arguent qu on ne peut croire en lexistence empirique dun terrain bien clos ; on ne peut fixer la clture dune culture ou dun terrain . Chesneaux (95) parle en ce sens de dralisation : le sport est dnatur et dludis. Il observe une mutation du rapport lespace et au temps : lespace devient hors sol, dissoci de lenvironnement naturel et incapable dchanges avec ce milieu, le temps est peru dans une conscration de lphmre et de linstantan, ignorant linsertion dans la dure et le respect de processus. Notons que lide de sport comme laboratoire nest acceptable que dun point de vue non-scientifique. Car cest lmanation dune pense transcendante. Or nous exigeons limmanence puisque nous voulons comprendre lefficience thique en sport, pas dans labstrait. Famose note dailleurs le problme que la recherche fondamentale, se droulant dans une tradition de laboratoire et un niveau microscopique, travaille sur des conditions exprimentales qui diffrent des situations relles, et que ds lors les praticiens en assurant lapplication ont tendance sappuyer sur des bases intuitives et spculatives : on est tourn tantt vers le pourquoi, tantt vers le comment. Le sport nest pas non plus en lui-mme une thorie sociale. Ce ne peut tre quun tre Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 43. 43 intentionnel qui montre en quoi le sport est rvlateur. Le masque de la projection permet ici de ne pas sinterroger sur la posture qui fait natre cette ide sur la socit. Dailleurs le sport comme laboratoire nest que laboratoire des illusions : linterprtation des signes et symboles que le sport vhicule peut saisir quelques mythes fondateurs de notre socit (Pociello, 99). Notons en outre que tant quon parle de LA socit, on peut certes isoler une autre socit qui en soit rvlatrice. Il semble au contraire que la socialit relve du multiple. Ces postures participent en fait dun privilge autoproclam du sport, dune mise en valeur qui fait rater lobjet thique. Le sport devient vite un faire-valoir. La conception du sport comme laboratoire semble ainsi tre le pendant universitaire dune conception du sport comme idal, exception. Vigarello (99) voit le dopage comme dsillusion eu gard au sport idal, Mignon croit assister la fin de lexception sportive, pendant que les tenants du no- olympisme continuent didentifier le sport au droit dans la mesure o il instaure ses propres rgles, ce qui lui vaudrait indpendance et prestige vis--vis de la socit (CNOSF, 06). Or les acteurs, eux, ne se dsillusionnent pas beaucoup, car ils sillusionnent moins. Il y a dailleurs un double cueil dans la mise en valeur de soi par celle du sport : elle risque de faire osciller entre complexe et folie des grandeurs, mais encore oblige une vise extrieure du sport, car quand on y travaille ou le pratique, il est ordinaire. Dailleurs cette mise en valeur vient peut- tre masquer un complexe qui na pas lieu dtre, complexe quant lobjet dtude dans un contexte de lutte disciplinaire. Ceci relve galement dune certaine violence intellectuelle. Le sport conu comme laboratoire viendrait-il de la conception coubertinienne qui voit dans le sport le lieu dexercice de la volont qui voudrait triompher du corps ? Notons certes quen connaissance de cause, Coubertin propose que ce soit des religieux qui interviennent dans lducation sportive pour matriser la brutalit engendre par le sport (in Andrieu, 2002). De la mme faon, Jeu (94) remarque que la fausse science est celle qui ramne le sport elle, le dnature, ne laime pas. La vraie science prend de la hauteur, connat ses limites et les compense par le respect de son objet. Cest un principe que nous devons faire notre. 64- Statut, dtermination et caractristiques de notre terrain Le sport nest pas un laboratoire universitaire, il est avant tout une activit de terrain (Blain in CNOSF, 06, p59). Nous considrerons en effet le sport comme activit spcifique et dtermine, mais sans statut particulier quant la recherche. Cest un domaine de lactivit humaine comme un autre, il ny a aucun besoin de le prtendre rvlateur dun ensemble. Si nous assumons le recours la philosophie, celle-ci ne relvera pas de ltonnement feint : le sport nest pas une bizarrerie. Certes, on y peroit de la violence et de labsurde, mais comme dans toute autre activit. Ds lors il nous faudra construire un discours en nous appuyant sur les acteurs. De la mme faon, nous ne percevons pas lethnologie comme tude du lointain qui ncessite laltrit. Cette conception est expose par Lombard (94, p13) : lethnologie tant l tude des cultures trangres lobservateur, il est donc important que linvestigation porte sur un groupe ou une socit culture, mentalits, pratiques diffrentes . Au contraire, il nous semble que connatre le milieu vite de dire des btises. Panoff (68) affirme en ce sens que la divergence entre thorie et pratique dans le domaine ethnologique ne peut conduire qu des spculations ruineuses . Elle renvoie en effet au prjug qu il existe des faits bruts, visibles mme par le profane . Nous ferons donc tout pour ne pas considrer le sport comme activit exotique. La ncessit de lexpertise et lexigence daccessibilit au sens constituent donc les critres de choix de notre terrain : nous mnerons notre tude auprs de huit pongistes adultes, pratiquant la comptition au meilleur niveau dpartemental dans le bassin briochin (Ctes Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 44. 44 dArmor), au cours de la saison 2005/2006. Le sens que les acteurs mettent leur pratique est en effet accessible et autonome, puisquils sy engagent librement et dans la dure. Labsence darbitres les contraint dailleurs se prendre en charge. Les actions sont en outre comprhensibles, puisque nous avons une certaine expertise en tennis de table. Notons de surcrot que le terrain est multidimensionnel. Cest un espace qui englobe les salles de comptition, les salles dentranement, la place publique, le domaine priv et les tlcommunications. Il est faiblement spar davec la vie non-sportive. Cest un temps spcifique : une saison sportive, cest--dire deux phases de championnat. Cest un certain nombre dagents : les joueurs de la poule ; nous suivrons en particulier huit dentre eux appartenant quatre quipes rivales (deux par quipes). Ce sont des vnements, que cre toute la pratique pongiste de ces joueurs : les entranements, les rencontres de championnat, les tournois, les spectacles sportifs. Pour finir ce sont des enregistrements : les moments de formulation du sens, comme la troisime mi-temps, les entrevues hors contexte. Il exige donc par lui-mme un approche globale et une vise complexe. 7- Le processus de recherche 71- La ncessit du processus Nous projetons donc de mener une approche comprhensive de lefficience thique immanente aux pratiques pongistes griffonnes. Il nous faudra dabord identifier une thique efficiente, cest--dire apposer du sens et des actions qui soient lies. Cela ne va pas de soi, puisque les discours thiques peuvent ntre que des mtadiscours. Si certes nous ne pourrons pas effectuer dexprimentation dans des conditions de laboratoire, nous tenterons de construire rigoureusement des donnes traitables : il nous faudra oprer un travail postural pour faire muter le terrain en objet. Cest dire que notre dmarche sera ncessairement processive. Cette caractristique apparat galement quand on considre le deuxime mouvement de notre tude. Il sagira en effet de comprendre le lien immanent du sens thique aux actions effectives. Or il faut remarquer que cette rflexivit du second mouvement correspond la rflexivit thique elle-mme. Celle-ci pouse et construit ce second mouvement : pour tre, la recherche doit ainsi savoir faire ce quelle dit qui peut tre. Ceci renvoie la constitution des sciences humaines telle que la peroit Foucault. Pensant larchologie du savoir, il met en effet jour que les sciences humaines deviennent possibles partir du moment o connatre nest plus suivre les articulations, dtailler les nervures dune reprsentation, mais chercher les conditions de possibilit. La pense pense dsormais le vrai par un perptuel mouvement de dcentrement o elle tente de se dcaler pour saisir ce qui la soutient. Si certes notre dmarche est processive, nous rencontrerons cependant le problme du point de dpart. Nous sommes en ce sens tout fait concerns par le problme du commencement que formule Deleuze (68) : comment commencer penser sil faut dgager les conditions du commencement par la pense elle-mme ? En effet, nous voulons accder au sens pour les acteurs ; or il nous faut nous dgager de la reprsentation par la pense elle- mme, dans ce mouvement de rflexivit. Nous ne pouvons certes pas autoproclamer une pistm contre une doxa, puisque nous pourrions retomber dans le problme de la mise en valeur. Cette pistm doit donc tre construite. Or la cration ne relvera pas du pur concept comme chez Deleuze, mais de la philo-anthropologie que nous voulons mettre jour. Ceci renvoie par consquent une conception de la science comme crative. Non pas quil sagisse de cautionner une vision interventionniste comme celle de Hacking (89), pour qui le laboratoire change le monde (la classification produit un effet sur les individus classifis qui Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 45. 45 conduit en retour modifier la classification, classer est une manire de faonner les gens). Mais nous nous subsumons sous son constat pistmique : devant lrosion du dterminisme, il y a ncessit dinventer une autre recherche pour avoir prise sur un univers dincertitude, pour nous prmunir contre le vertige mtaphysique que fait peser sur nous le problme de linduction et labsence de fondement absolu de la connaissance et de la stabilit du monde (Hacking, 02). Cette nouvelle recherche est pour nous processive, qui accompagne les mouvements du monde et additionne les dmarches inductive et dductive. 72- La logique hypothtique Notre point de dpart thorique, cest un postulat : il y a une efficience thique . Nous allons par l mme contre le principe le plus fondamental de la pense : le prsuppos de labsence de prsuppos (Bourdieu). Cest au demeurant un prsuppos que nous faisons muter en hypothse pour pouvoir dclencher notre tude sur lefficience, ce qui constitue la dmarche inverse que celle de demander quelles sont les valeurs avant de comparer avec le rel et trouver un dcalage. Le postulat il y a une efficience thique se pose ainsi a priori contre le risque de rgression linfini : la question du lien du sens laction ne consiste pas le mettre en doute. Savoir sil en a un ou pas, ce serait dailleurs prendre position au cur du dbat idologique. Si en effet la question nest pas explicitement pose, chaque camp se base sur une rponse a priori : le lien est tantt vident, tantt videmment fallacieux. Or prendre parti dans ce dbat constitue un pige pour la pense, qui pour exister se positionne a priori avant de combattre coup darguments contre ladversaire de principe. On devient vite comdien de son idal (Nietzsche). Nous refusons ainsi de concevoir lthique comme premire, fondamentale, comme cest le cas dans le dbat : force de la trouver si importante, elle finit par ne plus devenir relle. Nous la prsupposons lie laction, mais seulement comme facteur partiel, activit partielle et non pas au principe de toutes choses. Il nous semble au demeurant quil vaut mieux faire le pari que lthique existe, qui agit sur le cours des choses. Car dj, la ralit ne serait pas en ltat si lthique nexistait pas. Malgr toutes les critiques au sujet de sa dimension illusoire, la ralit en serait change si le masque tombait et la cruelle ralit se rvlait. La critique radicale qui rduit les prtentions morales des masques de lintrt des dominants ou un mensonge soi-mme se heurte ainsi un constat implacable : lillusion cre ce dont elle est illusion. Nous avons rencontr cet trange phnomne lors dune tude au sein dun club professionnel de Volley-ball : un faire-comme-si-on-est-solidaire engendre une solidarit relle au niveau de la communaut et accomplit le sujet en tant que membre de celle-ci. Bourdieu crit dans le mme sens que lintrt luniversel (cest--dire au prtendu dsintress) est le moteur le plus sr de la tension luniversel . La tentation de rduire lhomme un pur agent de la structure se heurte son tour au constat quun sujet qui ne met plus de sens ses actions simmobilise, preuve que la reprsentation thique participe lenclenchement de laction. On retrouve dailleurs ce phnomne au niveau social quand on parle de crise des valeurs. On peut donc convoquer toutes les raisons dune dviation de la facult thique, ou linverse toutes les causes mondaines qui contrarient le sens voulu de laction, il faut constater que le processus thique est rel. A moins de pratiquer une ascse bouddhique qui atteint une dimension thique suprme en se coupant du monde, ou dadopter une thique de camlon qui se pare des couleurs du monde par peur den perdre le cours. Mais en ce cas lthique naurait plus rien voir avec une quelconque efficience quant laction, bien plutt elle relverait de linaction ou des consquences de laction, alors mme que parler dthique sportive ne peut se faire sans avoir quelque gard laction sportive. Notons dailleurs que ce qui relve de la Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 46. 46 croyance est un moteur certain de laction : qui pourrait douter que lthique coubertinienne voir loin, parler franc, agir ferme ait agit sur le monde, et agit encore ? Il nous semble que faire cette hypothse pouse un mouvement naturel de lexistence, et est lgitime pour autant quon noublie pas le statut hypothtique dune telle position. Il ny a en effet pas de pyrrhonniste parfait , on ne peut douter de tout. Dans cette perspective, nous pouvons citer les expriences de Gth et de Wason, qui concluent que nous avons une reprsentation instinctive de ce qui est juste et de ce qui ne lest pas. Dans le champ des sciences neurologiques, on peut dailleurs effectuer un reprage des zones du cerveau qui sactivent lors de la rflexion thique. Les connexions synaptiques qui ne sont pas stabilises par laction ou la stimulation rpte sont limines : si lthique perdure, cest quelle est stimule dans laction. Dans le champ des Staps, Mignon (99) remarque encore que si on a certes une difficult mesurer lefficacit du sport comme moyen dapprendre se contrler, on ne peut se risquer abandonner tout investissement de ce type. Mme quand le sens donn nest quune croyance, il y a dailleurs efficience. Cest ce que montrent Rascle et Sarrazin (05) quand ils crivent que les croyances lies la performance crent un tat desprit particulier chez lathlte, qui donne aux situations une certaine signification, engendre certaines priorits, nourrit des ractions cognitives, affectives et comportementales particulires. Les croyances interviennent dans lentre dans lactivit, mais aussi pendant le droulement de laction. Ceci fait cho la description des incidences sur la performance sportive des anatomies et physiologies fantasmatiques (Boyer, 92) et, comme tout le reste, constitue une raison de croire en la probabilit du prsuppos. Mais si nous conscientisons ce prsuppos au sujet de lefficience thique, cest pour pouvoir, ensuite, poser la question intressante : si lthique oriente le cours de laction, comment le fait-elle ? Aprs lhypothse de travail vient le travail de lhypothse : sil y a effectivement une efficience thique, comment la comprendre ? . Sil y a un lien actif du sens laction, quelle est cette activit ? Comment la ressource thique est-elle mobilise dans la conduite de laction ? La question est celle du rgime defficience, qui se pose dans la dynamique de laction, non pas seulement celle du fonctionnement interne ou de la fonction dans un ensemble statique. Dire que lillusion engendre ce dont elle est lillusion ne suffit pas : il faut en effet expliquer comment. Ceci commande de faire une hypothse sur lefficience partir dune observation empirique. Si certes nous abandonnons les hypothses avant daller sur le terrain (Garfinkel), nous ferons en effet, a posteriori, lhypothse que lthique a la puissance de modifier les dsquilibres inhrents toutes actions : elle leur confre une qualit particulire pour leur assurer une perduration dans des conditions socio-sportives dtermines qui, elles, visent lquilibre et le statique. 73- La logique crative Notre dmarche consistera donc induire les lments analysables, puis dduire lefficience qui y a cours. Cest ce quavoue Affergan (93) quand il parle de crise de linduction : la mthode ethnologique ne peut que senraciner dans le principe de linduction. Cette raffirmation de la ncessit de linduction va certes contre les objections de Popper (34). Celui-ci met en dfaut les sciences empiriques qui utilisent tort des mthodes inductives, cest--dire oprent un passage logiquement injustifi qui mne des incohrences logiques. On atteint seulement, pour lui, un degr de probabilit des rsultats, et quand on met en avant que le principe dinduction est lui-mme probable pour lgitimer cela, alors on verse dans la rgression linfini. A linverse, il faut pour lui procder par mthode dductive de contrle, cest--dire crer une hypothse, puis en dduire logiquement des conclusions pour Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 47. 47 tester la cohrence du systme et rechercher la forme logique de la thorie, avant de dduire des applications empiriques de ces conclusions qui permettent de mener une exprimentation pour contrler ces dernires. Or il nous semble que cette exigence contient en elle sa propre dficience : elle rend ncessaire la forme logique systmatique, ce qui constitue une application durcie de lesprit au monde. Ceci pose le problme de lirrespect de lhtrogne dans lobjet, mais encore celui de la btise. La btise se caractrise par limpossibilit de changer de point de vue. Or ceci renvoie au mythe du cadre de rfrence, selon les mots de Popper lui-mme. Selon lui la mthode de la discussion critique permet de dpasser les prtendues prisons dans lesquelles nous sommes (Quine, Kuhn, Worf). Certes il ny a pas dobservation non-imprgne des thories, mais a ne veut pas dire quelles soient incommensurables. Or, considrant que la discussion critique durcit les points de vue, nous optons pour lide que la discussion critique doit donc tre faite en soi dans le processus de formulation de lhypothse, et que celui-ci sappuie sur la dmarche inductive. Lcriture rendra dailleurs compte de cette processivit dont on parle, base sur le passage de linduction la dduction. Cest pourquoi, en plus de lenchanement des phrases, la mise en page fait clairement apparatre les paragraphes, partant met en relief le passage des uns aux autres. Les titres et sous-titres constituent en outre de vritables liants des 700 briques de mots qui construisent notre thse. Il ne sagit dailleurs pas de reprsenter le mouvement, mais de le produire : produire dans loeuvre un mouvement capable dmouvoir lesprit en dehors de la reprsentation (Deleuze, 68). Il sagit de faire corps avec le monde sportif frquent, de devenir par le texte une pice de cette ralit. Le lecteur aura ds lors affaire une criture en mouvement, qui parfois est souple et basique, parfois serre et technique. Ceci est d au fait que se ctoient dans les mots descriptions factuelles et analyses conceptuelles. Les prsences du sens thique et de laction effective seront ainsi quilibres : cest pourquoi les donnes traites seront exposes dans ce tome, alors que les donnes premires apparatront dans les annexes. Ce mouvement apparatra en outre dans une criture qui se donne des rfrences pluridisciplinaires, que nous tenterons de sparer quelque peu pour assurer la clart du discours. Nous essaierons par ces moyens dexposer une dmarche qui se veut mthodique dans labord du problme autant que dans llaboration dune rponse, mais toujours soucieuse de ne pas scarter de la question. Au terme de la construction de lobjet, qui consiste reprer et mettre sur le mme plan des noncs thiques et des actes en manant, nous formulerons lhypothse que lthique connecte au rel de laction est celle qui adjoint une nuance particulire au dsquilibre propre laction humaine. Il nous faut nanmoins commencer par exposer la gense idiomatique de la question pour rendre compte de la posture existentielle qui la fait natre. Ce travail qui se veut scientifique est en effet, en lui-mme, volont thique de se rconcilier avec les attitudes ordinaires pour ne pas senfermer dans un ciel absolu mais priv de la compagnie des hommes avec qui thique et sport peuvent se faire. Nous tenterons de montrer comment nous avons essay de la matriser pour que le pathos ne dirige pas le logos. Car dj il ne faut pas concevoir lexigence du lien du sens laction comme anodine, alors mme quelle pourrait tre elle-mme le bacille de la volont de contrler les autres. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 48. 48 Dduction de principes pistmiques Poser la question de lefficience thique est un acte. Rien ne sert de dnoncer lidologie morale si on ne cre pas de concept de lefficience thique, car la contre-idologie bascule invitablement dans lidologie. Poser la question de lefficience thique ncessite de ne pas poser au pralable celle de savoir sil y a ou non une efficience de lthique, car cette dernire verse dans le dbat idologique. Poser la question de lefficience thique ncessite de ne pas poser la question de la valeur de la valeur. Il ne faut en effet procder aucune valorisation de soi ou aucune dvalorisation de lobjet. Poser la question de lefficience thique ncessite de ne pas poser la question la premire personne, car elle pousse verser dans la valorisation de soi. Il faut linverse questionner le lien du sens laction dun point de vue extrieur. Ce point de vue nest pas objectif et ncessite dtre construit. Poser la question de lefficience thique ncessite en ce sens de la poser des acteurs rels. Mais la question se pose sur un terrain qui nest pas un laboratoire. Poser la question de lefficience thique ncessite de ne pas la poser au seul plan du langage ou de lide. Maintenir la question ncessite de maintenir lhtrognit de lobjet dans une approche complexe. Poser la question de lefficience thique ncessite de la poser au prsent, celui du sens et de laction. Mais la question de lefficience ncessite dengager un processus qui soit inductif puis dductif. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 49. 49 2- Gnalogie de la question de lefficience thique Se donner lthique comme thme de recherche ne va pas sans problme. Rien ne peut tre initi tant que le chercheur pratique des jugements de valeur ou value la ralit observe au regard de lthique tudie. Durkheim (95) parle en ce sens de la ncessit dune rupture pistmique. Mauss (50) conseille de ne pas croire. Ne pas croire quon sait parce quon a vu. Ne porter aucun jugement . Il ajoute dailleurs : Ne pas stonner. Ne pas semporter , signalant la ncessit de matriser lmotion pour ne pas se laisser aller au jugement. Celle-ci est en effet la source dune lecture du monde immdiate et inconsciente de ses causes, qui verse aisment dans lvaluation. Elle ne constitue pas en elle-mme un cueil pistmique, mais il faut viter de lui laisser trop dinfluence. Au demeurant, cette lgitime exigence ne doit pas conduire nier la fondamentale prsence du jugement et de lmotion dans lexistence humaine, quelle soit individuelle ou sociale, sportive ou scientifique. Une telle position reviendrait en effet dnaturer lobjet quon se propose de comprendre et la posture quon essaie de construire. Aborder lefficience thique est donc une affaire dlicate, elle ncessite de se dpartir du jugement et de lmotion sans proclamer leur inexistence. Nous prtendons nanmoins sortir de cette aporie en cherchant formuler prcisment notre question et son traitement partir de leur mergence au sein dune exprience socio-sportive riche en motions et en jugements. Dans les pages qui suivent, nous tenterons en effet de jalonner le parcours qui nous a conduit jusqu la formulation du problme de lefficience thique. Il nous semble dailleurs pertinent de rendre compte des mutations successives de notre questionnement, non pour elles-mmes - dautant quon pourrait aisment douter quen ralit elles se soient aussi clairement et logiquement enchanes, mais parce quil en va dune comprhension de ce quest notre recherche dans son rapport lobjet thique ainsi que dune comprhension de la notion centrale defficience. Hypothse, mthode et rsultats ncessitent en ce sens dtre prsents la lumire de leur mergence. Sen tenir leur unique expos reviendrait dailleurs dsubstancialiser lexprience qui les a fait natre alors mme que notre position, contre la posture critique qui notre avis oublie de prendre en compte le vcu socio-sportif, se propose de comprendre le rgime spcifique defficience thique dans le rapport problmatique entre dsir et intrt, devenir-soi et devenir-social, motivation et institution. Or ces processus peuplent la dmarche comprhensive. Dsir, accomplissement de soi et motivation inconsciente taient ainsi tout fait prgnants dans notre prcdente enqute sur un club de volley-ball, notamment parce que celle-ci permettait de frquenter le sport de haut-niveau. Layant atteint dans notre propre discipline, nous ne risquons certes plus de croire que la valeur sportive fera la valeur de notre travail. Mais si nous nous intressons dsormais au sport de base, cest pour comprendre un milieu qui nous a construit et, un moment donn, repouss. Nous ne prtendons donc aucunement matriser totalement notre investissement, bien au contraire cette gense du questionnement se veut une ouverture la critique dans le sens o elle assume sa posture et appelle son sujet le commentaire extrieur, notamment de la part de la psychologie intrioriste que nous lirons comme repoussoir. Il sagit de mettre en perspective les futurs rsultats pour quils puissent tre connects dautres rsultats, mais encore dautres approches. Il sagit surtout de ne pas faire le chercheur pour plutt tenter de le devenir. Les contenus de cette gense sont certes slectionns et lisss, et ils sont issus dun carnet de recherche qui pourrait ntre quune tentative de conjurer langoisse de navoir rien dire. Bourdieu (86) insistait en ce sens sur lillusion que cre lenregistrement direct dun Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 50. 50 rcit de vie qui, sous lapparence de donne brute, suppose trop de choses pour pouvoir tre pris pour argent comptant : lhistoire de vie prsuppose que la vie est une histoire, partant que les vnements peuvent tre organiss selon des relations intelligibles dans un dveloppement qui conduit une finalit ncessaire, ds lors elle reconstruit artificiellement lidentit du sujet vivant par-del la contingence du vcu singulier et des reprsentations qui en mergent. Nous pourrions en ce sens tre tents de nous mettre en valeur dans et par un rcit qui voudrait faire la preuve que la question que nous posons est lmanation dune question dthique aux dimensions existentielles. Mais cest justement pour construire une rupture pistmologique davec la mise en valeur de soi, une attitude frquente dans le rapport aux valeurs, que nous proposons ici de constituer la biographie dune qute thique et intellectuelle. Celle-ci constitue une vritable prparation psychologique. Elle est ncessaire pour Bachelard (38) qui demande : quelles conditions psychologiques sont requises pour que le scientifique fasse progresser la science ? Il affirme que lesprit, pour devenir scientifique, doit rencontrer des obstacles psychologiques dont le dpassement constituera un progrs dans la connaissance de lobjet. Cest dire que la mutation spirituelle est cause de la cration de connaissances scientifiques. Lvi-Strauss (73) signale dautre part que dans une tude de terrain la collecte des donnes sopre sur soi : dans lexprience ethnographique, lobservateur se saisit comme son propre instrument dobservation . Ds lors, il lui faut apprendre se connatre, obtenir de soi une valuation qui deviendra partie intgrante de lobservation dautres soi. Chaque carrire ethnographique trouve son principe dans des confessions, crites ou inavoues (p25). Il est corrobor par Laburthe-Tolra et Warnier (98): certes dans les sciences humaines, le sujet est lui-mme son propre objet, la subjectivit est le milieu mme de la connaissance . Ceux-ci notent en outre que lentreprise ethnologique nest pratique qu partir du moment o la rsistance lcoute et la considration de lautre est vaincue : nous apprtant observer et couter des pongistes un tantinet moins avertis que nous sur lactivit, il est ncessaire de nous prparer accepter de la voir travers leur conscience. Nous montrerons ainsi comment nous avons cru disposer dun savoir thique, tout empreint de philosophie, qui aurait lgitim une tude montrant la faiblesse du savoir des autres. Ceci mettra en lumire la ncessit pistmologique de se dtourner dune science de lthique au profit dune science de lillusion dthique qui vite au chercheur dtre victime de son objet, cest--dire de croire tre en possession dun critre thique ou dun savoir de ce que devrait tre la ralit au regard de ce critre. Mais nous montrerons comment cette position adopte ne nous semble plus lgitime en tant que telle et linverse rclame de se dpartir de toute pistmologie indue pour rendre lobjet une ralit implacablement constatable. Nous passerons pour ce faire de linterprtation dune crise existentielle celle dun investissement professionnel dans le sport pour des raisons prtendument philosophiques, puis dune raction critique lgard du mouvement sportif jusqu la construction dune science de lillusion dthique au sein dun club professionnel de volley- ball, enfin de la rflexivit au sujet de ce travail la position du problme de lefficience thique au sein dune anthropologie des pratiques pongistes. Ce dernier suppose la problmatisation du rapport entre individu et socit conus dans leur irrductibilit, ainsi quune ontologie du devenir et une pistmologie de la distance. Nous verrons quil sagit pour nous de poser et surtout de maintenir la question du rgime defficience spcifique de lthique qui, sil se donne comme vidence dans lopinion, est souvent rduit lerreur, au mensonge ou lillusion dans les jugements qui prtendent en traiter. La gense du questionnement que nous exposerons ici peut ce titre constituer un cas de rgime thique spcifique, qui dailleurs devra tre pris en compte comme partie intgrante du terrain tudi, mais elle est avant tout une tentative dchapper la trs pressante et dangereuse tentation de Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 51. 51 projeter sur lobjet une idiosyncrasie : elle relve en effet de la ncessit de porter la conscience les conditions relatives de production pour viter de se faire croire que la construction dun objet quon veut objectif est elle-mme objective. 1- Linterprtation philosophique de laction sportive comme signifiant thique Etudiant en Khgne en qualit dapprenti philosophe, je vcus une trange exprience. Alors que javais pass vingt annes pouser les lignes et contenus de la normalit alentour, je rencontrai une soudaine difficult mexister comme moi ou encore comme personne , atome social sens sinscrire dans des projets intelligibles. Cette crise se doublait dune dfiance cynique lgard de tout ce qui mavait constitu jusque-l, et surtout lencontre du systme scolaire qui institue des savoirs consacrs comme vrais ou rels, contre lenceinte scolaire qui laisse la tyrannie du groupe le soin de rpartir les prix dans une vaste entreprise de sduction. Lexigence dauthentique travaillait substituer au rgime de lintersubjectif et du consensuel celui de lobjectif, de labsolu, du rapport direct aux choses. Lexigence dhonntet et dautonomie qui en naissait me contraignait une vie de solitude, soit du fait de ma volont de ntre pas contamin par la complicit ambiante que je jugeais abjecte, soit du fait de la volont dautrui de ntre pas contamin par un abyme de questions transpirant jusque dans des comportements inesthtiques et amoraux. La propension au soupon nietzschen ntait certes pas de tout repos et linconvnient majeur rsidait dans le fait que je navais alors plus assez dnergie, de motivation ou de dsir pour transformer par le travail ce donn brutal. Jessayais juste de ne pas sombrer dans la misre, me laissant aller reprendre des tudes que javais interrompues sans vritablement en faire le choix. En parallle dun cursus universitaire de philosophie o il ny avait ni buts ni espoirs, je pratiquais cependant le tennis de table dans une petite association dont je voulais me faire lartisan le plus joyeux tant elle me permettait de revivre socialement et daccder des choses pleines de sens. Je consacrai ds lors naturellement mon mmoire de matrise de philosophie la question de savoir comment il est possible que le sport puisse attirer les hommes. La perspective tait thique et sinscrivait dans une rflexion sur lexistence qui, mon avis, pose trois interrogations majeures : dans quel monde vit-on et comment sy accorder pour tre heureux ? (question de condition). Qui suis-je et comment maccomplir ? (question dthique). De quelle libert puis-je disposer et comment lutiliser ? (question de morale). Il me semblait que le monde du sport renvoyait ces questions en mme temps quil en attnuait la porte, partant les rendait moins oppressantes. Le monde du sport est en effet un monde de luttes spar du monde ordinaire par cette clture ludique qui affirme et assume son absurdit, cest--dire une absence de finalit extrieure qui lui donnerait tout son sens (Jeu, 87, 93). Laccomplissement de soi tient ds lors loptimisation de ses performances dans la mesure o il sagit de trouver le meilleur quilibre de ses facults pour atteindre sa propre excellence. Il en va aussi de libert puisque dans la dfaite je suis priv par ladversaire de la libert de jouer encore pour remporter le tournoi ou le championnat. Contre lapproche institutionnelle qui caractrisait la sociologie critique de Brohm (93), je proposai ainsi de prendre le point de vue intentionnel du joueur pour considrer la pratique comme une plaisante libert daction qui tait mise en jeu dans la lutte sportive. La rgulation des pratiques par les lois du jeu ntait plus considre comme une ultime alination mais justement comme ce qui cre une nouvelle libert, celle de jouer en mettant en jeu sa libert de jouer. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 52. 52 La philosophie agonistique que je formulai avait lavantage de rendre lisibles les problmes du rapport au monde, de laccomplissement de soi et de la libert. Ds lors, le retrait dans ce monde de lutte spar et stylis semblait prometteur tant il permettait daccorder une pratique une philosophie et une action son sens. Le mmoire de matrise, qui probablement ma servi formuler des raisons acceptables un investissement inconscient du milieu sportif, prenait ds lors la forme dune lgitimation philosophique de lattrait pour le sport par del lide de divertissement, que je prenais au sens pascalien de dtour de soi (Pascal, 57). Si le sujet libr de son travail fait du sport o il doit senferrer de nouveau des rgles contraignantes, cest parce quil jouit dune libert dun autre ordre et quil se trouve stimul par la mise en jeu de cette libert. Si le citoyen rpublicain contemple avec joie un spectacle qui nie ouvertement les principes fondateurs dgalit et de non- violence, cest parce que la communaut passionnelle qui en rsulte constitue une stylisation de la socialisation rationnelle qui prouve la ncessit de celle-ci. Si le sport ntait quun divertissement, il serait une erreur. Consquemment, sans avoir lu les apologues traditionnels du sport, notamment les tenants du no-olympisme, je faisais fonctionner, je mappuyais ou je lgitimais les idologmes habituels du monde sportif, notamment celui du sport salvateur : mes intenses activits de joueur et dentraneur professionnel, la prparation aux brevets dEtat dducateur sportif semblaient en effet sunifier dans un projet rdempteur o la pense ne manquait plus de corps et o les actions ne manquaient plus de sens. Ma rvolte trouvait un monde o saccomplir, au moins dans les limites dun cercle defficience que je croyais devoir grossir. Inquit par un monde social et global que je dcouvrais travers lexigence philosophique de comprhension, cause de beaucoup de frustrations, je croyais sortir du problme thique en me retirant dans un monde presque sacr. 2- Lpreuve dsillusionnante du rel Le crpuscule des idoles fut au demeurant trs prompt. Il tnt la destruction de lide que le monde sportif puisse tre un monde spar, absolu et sacr, parce que celui que je rencontrai et prouvai tait bien plutt institutionnalis et totalement infod au monde social et politique ordinaire. Ce monde qui aimait se penser comme une exception ne me semblait vraiment pas ltre en ralit. Mais surtout, alors mme que javais philosophiquement tent de lgitimer ce monde au regard des objections extrieures dont il tait victime - notamment celles de la sociologie critique de Brohm (93) ou celles manant de lide de divertissement pascalien, je devais mapercevoir avec un tonnement des moins superficiels que le mouvement sportif refusait toute rflexion thique. Si en effet on y fait aisment fonctionner le langage moral, si la rfrence la valeur est constamment prsente et si on parle avec vidence dun esprit sportif comme dune spiritualit spcifiquement sportive, le questionnement ce sujet ntait jamais le bienvenu, qui pourtant navait dobjectif que de mieux comprendre et donner plus de sens. Lhonntet thique dont je croyais faire preuve, en formulant la ralit agonistique de ltre sportif, tait constamment dvalue comme si une morale inhrente la pratique tait rpudie au profit dune bonne morale de bien-pensants qui devait satisfaire lidologie galitaire de limpratif dmocratique. Dans les formations du brevet dEtat dducateur sportif du premier et du deuxime degr, les cours de sciences humaines taient rarement loccasion dune rflexion thique et versaient bien souvent dans le catchisme des valeurs. Le vrai sport tait ainsi prsent comme porteur en lui-mme de valeurs indispensables et les dviances ntaient que le fruit dhrtiques qui naccdaient pas ce savoir intuitif de la spiritualit sportive. Les jugements de valeurs lencontre des tricheurs et autres dops avaient ds lors lavantage de grandir lidal sportif et, par la mme occasion, confirmer la vertu de ses dpositaires. Il ntait en ce Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 53. 53 sens pas possible quun ducateur sportif puisse penser et dire que le sport tait en lui-mme violent et porteur dingalits puisque, dune vidence partage, le sport tait tendu vers un idal de fraternit et contribuait soigner une socit malade de ses violences et de ses ingalits. Toutes les connaissances techniques et pdagogiques quun ducateur intgrait, de la physiologie la psychologie, tait immanquablement au service dune mission dintrt gnral comme latteste larticle premier de la loi du 16 juillet 1984 modifie : les activit physiques et sportives constituent un facteur important dquilibre, de sant, dpanouissement de chacun ; elles sont un lment fondamental de lducation, de la culture et de la vie sociale. Leur dveloppement est dintrt gnral et leur pratique constitue un droit pour chacun quels que soient son sexe, son ge, ses capacits ou sa condition sociale . Ce qui pourtant me semblait tonnant, cest que la constante valorisation thique des sportifs par eux-mmes au nom de valeurs transcendantes ntaient jamais sujette discussion : par exemple, alors mme que le dernier mmento de lducateur sportif consacre sept pages l esprit sportif et dfinit lducateur comme agent de lesprit sportif , la formatrice du Ministre de la Jeunesse et des Sports mexpliquait quelle ne pouvait s'y arrter dans la mesure o les autres connaissances taient par trop consquentes, avant dinsister sur le fait quelle tait trs sensible lthique et dsole de voir la modernit y droger. Ce quil y avait de plus tonnant, au final, cest donc que ce qui tait constamment donn comme le plus essentiel tait constamment pass sous silence. Limportant nimportait pas. La mme attitude enthousiaste et sre de son savoir quant aux ternelles valeurs sportives semblait en outre luvre parmi mes collgues ducateurs. Dans les runions de lquipe technique rgionale, un rassemblement bi-mensuel des cadres bretons, on se parait continuellement des vertus ducatives, on affirmait que notre mission tenait au plus haut lpanouissement des plus jeunes et on dvaluait consensuellement ceux dont on jugeait quils y drogeaient. Ce qui encore une fois me paraissait trs trange, cest quon ne se posait jamais de questions sur ce qui aurait pu toucher lpanouissement et lducation des jeunes, ou encore au fait de savoir en quoi le sport pourrait y contribuer. Bien plutt on maintenait tout ceci dans lirrflchi, peut-tre pour navoir pas sapercevoir que le sport engendrait ingalits et conflits, et ainsi pouvoir se consacrer aux problmes de technique et dorganisation dentranement, mais surtout ceux de la structuration politique et sportive de lactivit pongiste bretonne au sujet de laquelle tout un chacun semblait en mesure de juger des mauvaises dcisions et actions des dirigeants en place. Les ducateurs veillaient maintenir le problme des valeurs dans limpens pour laisser aux dirigeants le soin dtre les garants critiquables de ce dont ils croyaient tre les dpositaires naturels. La frquentation des dirigeants diffrents niveaux des instances sportives na pourtant pas non plus t sans dsillusions. Sduit par limage du dirigeant philosophe Bernard Jeu, prsident de la fdration franaise de tennis de table de 1982 1991 et consacr jamais comme le Prsident Bernard Jeu par les pongistes, jai d vite renoncer lide que tous les dirigeants puissent avoir un esprit philosophique et dsintress. Arguant tout moment de leur bnvolat sportif pour asseoir leur supriorit en matire dthique par rapport aux professionnels, ils utilisaient ce capital symbolique aux moments des runions dmocratiques pour faire passer leur intrt particulier. A ces occasions, les professionnels devaient souvent faire silence - mme au sujet de problmes de terrain, comme sils ntaient pas censs saisir les fins ultimes de laction du mouvement sportif. Alors quutilitarisme et intressement semblaient au principe des jugements et dcisions qui y avaient cours, les dirigeants navaient de cesse den rfrer la valeur. Ce quil y a ainsi de trs tonnant dans ce jeu de la ngociation dmocratique, cest que tout un chacun semble daccord sur lessentiel et les fondements thiques du mouvement sportif, et par consquent sur la normale Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 54. 54 position dominante de ceux qui sont habilits en parler. Mme ceux qui ne tirent pas le meilleur profit de lorganisation que les dirigeants au pouvoir tentent de prenniser semblaient indiffrents tous les discours moraux qui servent asseoir une domination intresse. Dans ce monde sportif rel, dcrit il est vrai dun point de vue tout empreint de ressentiment eu gard des espoirs dchus, on imagine aisment que celui qui demandait ce quon fasse des valeurs sportives un sujet de discussion, puisquil en allait du sens des actions entreprises au nom dune thique, a t vite priv des instruments, des temps et des espaces de parole officiels. La persistance dont jai fait preuve ma dailleurs amen tre marginalis et sujet des jugements qui semblaient dmasquer tantt ma tendance impropre la posie et la thorie, tantt mon got immodr pour largent et lintgrisme. De cette position bien involontairement occupe, il ma nanmoins t plus facile de mettre distance la parole officielle et ainsi mieux formuler ce qui constitue pour moi la problmatique du rapport lthique : pourquoi en rfre-t-on la valeur comme quelque chose qui rgule laction alors mme que ce nest pas le cas ? Quel rapport avons-nous la valeur au point de ne pas vouloir y penser ? Serions-nous ce point immoraux que nous ayons besoin de nous persuader que nous avons un rapport avec la valeur ? Comment peut-on ds lors croire tre moral ? Comment peut-on se mettre en valeur par la rfrence thique alors mme que celle-ci devrait demble nous faire sentir notre imperfection eu gard lidal auquel on se rfre ? Dans cette perspective, il me semblait justement que le sport tait un bon laboratoire. Le mouvement sportif mavait en effet attir par ses discours qui mettent en avant une proccupation thique, et mon exprience sportive navait pourtant t que celle du refus du rapport conscient la valeur. En dpassement de la philosophie que je mtais initialement construite, et qui peut-tre tait la source de mon malentendu avec le mouvement sportif et de mon incomprhension de sa morale, il me semblait donc pertinent de mattacher faire une science de lthique sportive. 3- La raction critique dans les sciences humaines Rintgrer un cursus universitaire, ctait pour moi esprer une nouvelle retraite dans un monde spar. Le milieu du savoir saurait, dtach quil est des intrts de position dans lespace sportif, recevoir et comprendre une approche critique du problme des valeurs sportives. Une victoire symbolique sur les discours sportifs dominants semblait ds lors envisageable, dautant que la science jouit aujourdhui dune force de persuasion consquente sur les mentalits. Cest probablement au nom de cet intrt que je rejetais alors le faux savoir philosophique qui mavait conduit vers un monde de lillusion dthique au profit dune science qui allait dmasquer celle-ci. Pour me familiariser avec cette nouvelle approche je mattachais videmment la lecture des sociologies critiques de Brohm (93) et de Caillat (89), et dun point de vue plus gnral celle de Bourdieu (82, 84, 93, 94). Ces travaux constituaient pour moi des formulations consistantes et officialises de ce que javais rencontr, travers les notions de simulacre de dmocratie et dillusion dthique. Et je croyais ainsi trouver ma place dans un espace nouvellement spar. Dans cette perspective, le premier travail que jai essay de mener a consist mettre jour une technique de lthique qui semblait manquer des sportifs dsireux dagir conformment certaines valeurs. Si en ralit ils ont du mal se comporter ainsi, et que bien plutt ils se laissent aller la tentation de lintrt, cest que jamais on navait montr comment il fallait y satisfaire. Toute la question consistait donc mettre jour le lien de la valeur laction par lintermdiaire de lintention. Ctait poser scientifiquement la question de lapplicabilit des principes. Les rsultats auraient conduit remettre en cause les Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 55. 55 axiologies galitaires des morales rapportes au sport au profit dune axiologie qui avouerait avec honntet sa tendance la cration dingalits. Le travail empirique qui sy rapportait consistait conduire des entretiens auprs dentraneurs de haut niveau du sport breton. Lide majeure tait de leur faire dire comment les valeurs rgulaient en ralit leurs actions en mappuyant sur une analyse du jargon de lentranement de haut-niveau. Celui-ci consiste valuer la performance produire, puis la factoriser pour en dduire les axes dentranement qui y prpareront. Ds lors, si daucuns analysent souvent la performance en terme de solidarit sur la place publique - et je veillais ce quils le refassent en ma prsence, cest parce quils considrent la solidarit comme un facteur de performance en fonction duquel les sportifs doivent se prparer. La question majeure tait donc en ce sens celle de savoir comment on sentrane tre solidaire, ce qui aurait d permettre de mettre jour les principes rels des actions relles plutt que des discours vides sur la formidable ducativit sociale du sport. Au demeurant, je constatai trs vite que dans les discours recueillis, les entraneurs avaient du mal me montrer le lien de la valeur laction : soit ils taient concrets et nabstrayaient pas eux-mmes laxiologie qui prsidait aux actions, soit ils parlaient de cette axiologie mais ne dcrivaient plus la pratique relle. La posture critique dans laquelle je me tenais me conduisit ds lors formuler lide que si les entraneurs ne russissaient pas me parler de leur pratique relle et de leur thique relle, cest parce quils taient victimes des discours prt--parler et des penses prconstruites manant de limpratif dmocratique dominant. Ayant initialement cru pouvoir simplement prendre en compte le discours des techniciens pour montrer la ralit de lthique agonistique, je mapercevais ce moment quil me fallait au pralable identifier les discours convenus de la place publique pour len en distinguer. Ce premier mouvement entre thorie et empirie me poussait donc largir ma vise aux discours des dirigeants. Lobjectif tait ds lors de comparer les discours thiques des entraneurs ceux-l pour faire merger la vraie thique sportive. Le cadrage thorique qui en permettait la scientifisation tenait au distinguo entre un sport aristocratique et un sport dmocratique. Penser le sport travers cette dualit conceptuelle semblait dailleurs pertinent tant son emploi semblait traditionnel. Si les sciences humaines sont divises au sujet des valeurs sportives, elles semblent en effet saccorder sur lorigine aristocratique du sport moderne et sur sa dmocratisation progressive. Lhistorien Andrieu (02) dcrit ainsi lmergence du sport dans une Angleterre domine par une aristocratie proche de lEglise et vivant une vie de loisir gouverne par une morale ancestrale. Cest ce sport que Coubertin veut introduire en France dans le but de former une jeune lite vers la conqute du pouvoir. Coubertin ralimente en outre le mythe antique du stade comme lieu dune identification avec le divin et le dpassement de soi comme dcouverte de Dieu en soi ; or cet effort de construction dun mythe ne saurait tre isol dune conception aristocratique du sport (Andrieu, 02, p94). Mais Andrieu ajoute demble que cette conception nous claire sur le sens quil peut avoir et quil ne pourra conserver bien longtemps pendant le vingtime sicle . La dmocratisation va en effet uvrer comme une modification des pratiques, mais encore comme une modification du sens qui leur est donn. Le sport devient ainsi un espace de lutte entre des conceptions qui seront tantt dmocratique, tantt aristocratique. Comprendre le sport devra donc se faire en rfrence cette lutte : on a imagin tort que le sport tait porteur de valeur en soi, car le sport nest quune orientation de lactivit humaine et cest lactivit qui donne sens, donc pour comprendre il faut le remplacer dans son temps et comprendre les influences qui veulent orienter le sport suivant leurs idologies propres (Andrieu, 02, p5). Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 56. 56 Lgitime par la discipline historique, mon cadre thorique semblait galement tre au diapason de la sociologie de Bourdieu (84). Considrant que lorigine du sport moderne tient la reprise par les enfants daristocrates de jeux populaires en leur faisant changer de sens et de fonction (p.177), il dcrit lthique de leffort gratuit et du dsintressement qui accompagne leur pratique comme une morale aristocratique faite et garantie par des aristocrates. Mais de mme, il montre comment le sport se constitue en champ, savoir en un lieu de luttes avec pour enjeu principal le monopole de la dfinition de la pratique sportive et de sa fonction lgitime : la force dmocratique et populaire tente de faire changer le sens du sport dans le mme temps o les origines aristocratiques restent prsentes, notamment dans les rituels des discours de clbration. Coubertin lui-mme (31), auquel se rfrent les auteurs cits, prend en compte les deux tendances sur lesquelles nous nous appuyons. Leur coexistence est dailleurs symbolise dans lide de pyramide : pour que cent se livrent la culture physique, il faut que cinquante fassent du sport. Pour que cinquante fassent du sport, il faut que vingt se spcialisent. Pour que vingt se spcialisent, il faut que cinq se montrent capables de prouesses tonnantes (p218). Notons ce sujet que dans lidologie actuelle lordre de la pyramide quon retient va plutt de la base au sommet, et cette inversion par rapport lordre de Coubertin est signe de cette lutte entre les deux forces sportives aristocratiques et dmocratiques. Pour finir, certains travaux sociologiques rcents semblent confirmer la pertinence du schma thorique : louvrage collectif sur le spectacle sportif (Chovaux, Coutel, 03) dcrit notamment les premires formes collectives de sport assurant la promotion de valeurs morales, dans un cadre associatif qui permet de vivre entre soi une thique fonde sur la gratuit et lengagement et ne manque pas de cultiver des principes distinctifs et agoraphobes, avant de montrer la transformation de la morale sportive pour satisfaire la ncessaire ducation dune foule de plus en plus abondante. La rcurrence de lutilisation du distinguo aristocratique-dmocratique qui caractrisait lidentit de deux forces majeures dinterprtation dans le champ des sciences humaines semblait ainsi me confirmer dans ma conception des thiques sportives. Dans ma dmarche, il sagissait ds lors de montrer lactuelle domination de la morale dmocratique sur la morale aristocratique, partant celle des dirigeants sur celle des entraneurs. La seconde tait une morale inhrente puisquoriginelle, la premire tait une morale affrente impose par des dirigeants rcuprateurs et malhonntes quant la relle cration dingalits et de conflits par le sport. Comprenons donc que notre sociologie critique avait pour but de montrer la domination de limpropre sur lauthentique comme pour librer celui-ci dans l'espace spar du savoir. Javais ainsi imagin faire passer un systme communicationnel, paradigme de lidologie dmocratique qui tend nier la lutte des conceptions pour masquer sa domination, un systme discursif o cette lutte rapparatrait. La mthode prvoyait doprer en faisant muter le premier discours des enquts vers un discours plus proche des pratiques que jaurais observes. Dans cet espace des discours qui allait de la presse aux paroles des joueurs, en passant par celles des spectateurs, des bnvoles, des dirigeants et des entraneurs, on pourrait ainsi voir sexprimer deux tendances majeures, qui sopposeraient au niveau de la comprhension de ce quest la solidarit : lthique dmocratique insisterait sur laffectif pendant que lthique aristocratique primerait la rationalit. Cette dfinition de la notion de solidarit en terme dquilibre entre cur et raison me semblait pertinente au regard des premiers entretiens que javais mens, mais encore en rfrence aux dfinitions tablies par les dictionnaires, aux ouvrages consults (Chappuis, 99 ; Chappuis-Thomas, 88) ou aux prsupposs des nombreux discours publics qui posent la solidarit rationnelle comme lorganisation politique fondamentale et la solidarit affectuelle comme ce qui pallie les dficiences de celle-ci. Il me semblait en outre avoir trouv un terrain des plus propices : le Golo Volley Ball, un club professionnel n 14 ans auparavant qui, au terme dune ascension Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 57. 57 fulgurante, joue les premiers rles pour laccession en pro A, compte trois cent licencis et encore plus dadmirateurs privs ou publics qui rapportent tout cela une formidable solidarit, tantt de cur, tantt de raison. 4- Labandon de la posture critique Des obstacles pistmologiques ont vite merg, qui ont mis jour la lourdeur des prsupposs scientifiques de ltude que javais initie. Car dj, lhypothse que les discours des entraneurs taient rationnalisateurs, partant aristocratiques, ne pouvait pas rsister aux constats empiriques. Les discours insistants sur laffectuel taient en effet aussi prsents chez eux que chez les dirigeants, et ceux-ci parlaient parfois plus du problme de lorganisation tactique dune quipe. Qui plus est, jobservais souvent les entraneurs juger de laction des joueurs par rapport une russite qui navait rien voir avec les critres pralablement formuls et prsents comme les principes de laction solidaire. Lide simposait progressivement, qui rendait envisageable le fait que les entraneurs pouvaient arguer de la solidarit a priori de la mme faon que les dirigeants sy rfraient a posteriori. Comment aurais-je pu ds lors continuer de penser que les entraneurs sont ncessairement les dpositaires de la vrit du terrain et que celle-ci relve dune thique aristocratique qui est rationalisatrice ? Travailler faire muter le discours des entraneurs vers une interprtation rationnelle de lactivit sportive supposait, de surcrot, que jtais en possession de la vrit du terrain un degr suprieur, alors mme que je ne connaissais presque rien du volley-ball et de la solidarit spcifique qui peut-tre y avait cours. Cette prtention la rvlation du discours vrai participait dune violence symbolique et dun terrorisme conceptuel inacceptable. Trs probablement, cette attitude tait un effet de ma ractivit lgard du milieu sportif et constituait un instrument de lutte par des apparences scientifiques pour asseoir un point de vue. La premire tape dune relle constitution scientifique dun objet dtude consistait alors pousser mon auto-critique pour pouvoir en tirer quelque leon. A lide que je ne pouvais dsormais plus postuler que jtais possesseur de la vrit du terrain sajoutait celle que je ne pouvais pas continuer de croire que je savais ce qutait un vrai discours dentraneur. En effet, comment aurais-je pu demble identifier un tel discours vrai alors que je dcrivais au pralable un amalgame des discours qui masquait la domination des discours des dirigeants ? Dans lanalyse des entretiens, je mapercevais ainsi que je navais aucun critre pour savoir si lenqut parlait en son nom ou par pense prconstruite, entendu quil pouvait faire dirigeant ou faire entraneur suivant la faon dont il pensait avoir le paratre dans la situation de communication que je lui proposais. Pour passer outre ces problmes, il et fallu croire que, si les discours propos de la solidarit taient biaiss, le chercheur nen tait aucunement victime au nom dune posture dtache dont nous avons montr quen ralit elle ne ltait pas. Bien plutt je formulais une exigence spcifique la construction scientifique de mon objet : pour pouvoir saisir un discours propre un enqut, il me fallait au pralable avoir identifi les discours convenus. Il sagissait en ce sens de substituer la distinction convenu - propre celle entre dirigeants et entraneurs qui renvoyait faux et vrai. Or ce quil me fallait remarquer cest que, malgr lattention que je portais tous les discours de solidarit diffus sur la place publique, je navais aucune connaissance claire et distincte des penses et discours prconstruits. Pour prendre en compte un point de vue rel, il me fallait donc au pralable construire lespace des points de vue au sein duquel il pourrait merger. Cest ce quoublie Wacquant (02) quand il conseille de prendre des notes quotidiennes pour chapper lobjet prconstruit de la mythologie collective : le mythe nest pas Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 58. 58 connu, il est diffus, il y a ncessit le reconstruire. Le premier travail faire consistait en ce sens identifier le discours ambiant des golards au sujet de la solidarit. La nouvelle perspective que jadoptais, fonde sur le renoncement lide que je puisse dtenir une vrit au sujet de la solidarit sportive ou que je sache a priori qui la possde, facilitait donc la mise distance des personnes consultes qui, a contrario, se prsentaient comme les dpositaires dune conception lgitime de la solidarit. Rien de plus ais en effet que de croire disposer dun savoir thique puisque celui-ci relve du devoir-tre, chappant ainsi toute contradiction dun rel qui ne sy conforme pas. Les golards en rfraient ainsi souvent lextrme importance et ltendue de ce quil y aurait dire au sujet de la solidarit dans le mme temps o ils faisaient preuve dune difficult en parler indpendamment des phrases toutes faites. Mon travail consistait ds lors tenter de reconstituer la matrice au sein de laquelle se construisaient ces discours sans au demeurant porter aucun jugement leur gard. Une mthode en dcoulait, qui tenait au reprage des jugements de valeur au sujet dune ralit apprhende en rfrence lide de solidarit, avant de dduire le critre sur lequel ils reposaient et de construire par l-mme une dfinition a posteriori de la solidarit cautionne implicitement par lensemble des golards. Le problme du bornage des donnes dans ce projet de reconstruction de lespace des points de vue devait en outre maider construire lobjet dtude. Quels discours devais-je en effet prendre en compte ? Pour pouvoir considrer autant les conceptions des entraneurs que celles des dirigeants, il me semblait clair quil fallait aller du terrain la place publique, entendu que terrain dsignait une aire de jeu limite en espace et en temps, clt sur lui-mme et rgi par des lois propres permettant par exemple de contrler les entres et sorties des joueurs, alors que place publique signifiait un espace-temps diffus et ouvert, tendant se dvelopper et permettant lexpression des paroles officielles. Lensemble des conceptions du devoir-tre solidaire mises jour devaient ainsi permettre de dfinir ce que les golards entendaient par solidarit tant au niveau du terrain que de la place publique. La dfinition de lespace dinvestigation mutait au demeurant au moment o je comprenais que la notion de place publique pouvait tre remplace par celle de club. Celui-ci est en effet la socit qui se cre autour du terrain, par et pour lui, et en ralit il nest pas constitu par un nombre limit de licencis : cest une entit associative qui tend se dvelopper et qui inclut les journalistes, les membres du club-entreprise, les lus locaux et les spectateurs qui, quand ils assistent aux rencontres, ont conscience de cautionner et de participer lactivit du club. Reconstruire lespace des points de vue consistait au final prendre en compte les conceptions du devoir- tre solidaire prtendment luvre sur le terrain et au sein du club auprs de reprsentants du terrain et du club pour en reprer les critres communs. Cette entreprise largie dans sa vise mais aux objectifs mieux dfinis souleva au demeurant un problme important. Le manque combler quavait cr le renoncement la dfinition subjective et a priori du devoir-tre solidaire commandait en effet didentifier une solidarit objective et a posteriori pour continuer de prtendre faire une tude sur les valeurs. Or ce que le travail empirique me livrait, ctait bien plutt un amas conceptuel dune extrme diversit o la notion de solidarit semblait si plastique quelle pouvait dsigner une chose et son contraire, au point quon puisse douter que rien de rellement solidaire nexiste au Golo Volley Ball. Les golards alimentaient parfois eux-mmes cette ide quand ils me rvlaient les multiples dviances au ncessaire principe de solidarit. Ainsi, mesure que je voulais massurer de lexistence dune solidarit qui ne serait pas relative la subjectivit de mon point de vue, elle semblait svanouir. La tentation de dnoncer la mythologie des discours solidaires ntait pourtant pas possible puisque cet t l encore porter un jugement au sujet de labstrait alors mme que mon tude sattachait mettre jour une abstraction, savoir la Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 59. 59 pense du on . Il me fallait faire dautre part un constat bien trange : dans le mme temps o je tentais de prendre le recul ncessaire la construction dun objet en me dpartissant de tout jugement de valeur, jtais reconnu par les golards comme faisant partie du club. La multiplication des observations, des discussions et des actions bnvoles taient entendues comme autant de signe de solidarisation davec le club, ce qui minterdisait encore une fois de nier toute existence de la valeur tudie si je voulais men tenir ce que les golards entendaient son sujet. Je ne pouvais dailleurs nier moi-mme que malgr son caractre diffus, je sentais bien exister sur mon terrain de recherche quelque chose pouvant tre nomm solidarit . Un problme latent fragilisait donc ma recherche, qui tenait lantinomie rel- fictif. Jen sortis en fait en acceptant progressivement lide que le fictif avait aussi une dimension de ralit. En loccurrence, je mapercevais que lillusion de solidarit que jidentifiais dans une dmarche scientifique tait, en tant que telle, un facteur rel de socialisation. Car dj, la disparition de cette illusion au profit dun discours de ralit tendance critique rendrait difficile la communication interne et externe, partant lattraction et la motivation laction. Il fallait bien que les choses soient pour partie telles quelles doivent tre pour tre telles quelles sont. Il est en ce sens trs probable quune approche critique de la prtention la solidarit maurait empch de me familiariser avec le jargon dont lemploi tait pour moi un facteur de socialisation. Or, puisqu la lettre tre solidaire, cest tre pour le tout , il me semblait pertinent davancer que lillusion de solidarit tait un rel facteur de solidarit. Identifier la pense convenue du devoir-tre solidaire chez les golards prenait ds lors le sens de la description dune illusion qui, puisquelle tait partage, participait llaboration dune relle solidarit. Cest de l que vnt le projet de faire une ethnographie de lillusion dthique socio-sportive solidaire golarde. 5- La science descriptive de lillusion dthique Ltude consistait prendre acte de la prtention golarde avoir affaire la solidarit, tant du point de vue du terrain o se pratique le volley-ball de haut-niveau amnag en spectacle sportif que du point de vue de la socit alentour se dfinissant par une activit de masse et une vie associative abondante. Les discours qui en faisaient lapologie affirmaient la solidarit de ces deux dimensions. Cest dire que cette entit socio-sportive exemplifiait lamalgame moderne entre une axiologie solidaire sportive et une axiologie solidaire sociale et lide que lune influe sur lautre : laxiologie solidaire luvre dans la pratique sportive est socialement efficiente et laxiologie solidaire inhrente lassociativit est du meilleur effet quant la performance des joueurs qui portent les couleurs du club. Japportais de nombreux exemples de cet idologme tirs de la gazette interne, des journaux locaux et des magazines publics. Au demeurant, malgr laffinit que javais avec les nombreuses tudes critiques qui sattachaient dconstruire le mythe de lthique sportive, joptais pour une position mdiane qui reconnaissait la dimension fictive et intresse de la prtention socio- sportive solidaire sans pour autant la renvoyer une irralit. Il me fallait en ce sens aller plus avant dans lide que lillusion dthique socio-sportive solidaire relevait de quelque ralit. Je reconnaissais ainsi au phnomne illusoire la ncessit pour lui que les golards en soient complices et quils se comportent comme sils y croyaient. Dautre part, la distinguant en cela de lerreur qui disparat une fois dcouverte, je concevais que lillusion dthique avait en propre de subsister malgr le dcryptage que javais opr son sujet. Ctait ds lors formuler lide que laxiologie socio-sportive solidaire avait quelque substance ou quelque substrat objectif sur lesquels les golards pouvaient sappuyer pour exercer une caution intersubjective. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 60. 60 Je me proposais donc de reconstituer positivement la substance illusoire et jeus recours pour ce faire la tradition de pense au sujet de lthique sportive, constitue par trois positions majeures : lapologtique issue du no-olympisme coubertinien, la critique issue dun courant anti-libral qui sattache dvaloriser les prtentions morales et les tudes qui refusent lactivit contre-idologique pour sintresser aux seuls principes rellement luvre dans lactivit sportive. La varit de jugement au sujet de la solidarit socio-sportive correspondait en fait une diffrence de traitement du statut des ides, des mots et des choses dans leurs fonctionnements rciproques : lapologtique semblait constater le lien de lide thique aux choses et aux corps en action en ne cessant de le dire, la critique semployait le dtruire en dnonant un usage masquant de la performativit linguistique et les dernires proposaient de mettre des mots sur des pratiques en vitant de se laisser aller une interprtation transcendante des valeurs. Jmis subsquement lhypothse que laxiologie solidaire prenait corps dans la tension entre des signes physiques, linguistiques et logiques que les golards mettaient constamment en correspondance pour cautionner la substance illusoire et se comporter en consquence. Au final, le rendu ethnographique de ltude consistait saisir les dclinaisons physiques de lillusion dthique socio-sportive travers la description de la fusion affectuelle qui permettait le dpassement de toutes les limites socio- sportives incrustes initialement dans lespace et le temps des rencontres sportives ; deuximement, rendre compte des dclinaisons linguistiques qui y correspondaient dans la mise en relief dune identit de lexique par-del une diversit de discours lie aux diffrents positionnements dans lespace socio-sportif ; enfin, mettre jour sous une forme arborescente (valeur-principes-rgles daction) et apodictique (condition de possibilit de chaque principe) le paradigme logique qui sous-tendait les discours et permettait aux actes et discours dtre solidairement conformes. Dans leur correspondance, les trois rgimes de signes taient ainsi compris comme donnant un contenu lidologme solidarit sportive = solidarit sociale , proposant un substrat objectif aux golards qui voudraient se comporter comme sils y croyaient. Ce que je me suis efforc de montrer dans le texte du DEA, cest donc que lillusion dont je parlais ne pouvait tre renvoye une pure fictivit puisque la caution collective dont elle faisait lobjet tait adosse des substrats objectifs. On lit ainsi communment et inconsciemment des signes trans-ontologiques comme autant de preuves de lexistence de la solidarit et cette intersubjectivit est substantive pour donner vie une valeur reconnue objective. On peut ds lors concevoir, en sappuyant sur le modle de comprhension de la construction de lintentionnalit dans la phnomnologie husserlienne, que la conscience du golard lambda se forme au contact de ces signes adosss au rel et aboutit un mode de reprsentation qui accepte parfaitement de consacrer lide de solidarit. Mais surtout, il me fallait conclure que lillusion cre ce dont elle est illusion : elle a une efficience mdiate. Nous voluons certes dans un monde reprsent, et le type de reprsentation influe sur le cours de nos actes. Le fait de relever illusoirement ces signes constitue dautre part une forme de politesse rendue la communaut socio-sportive, qui assure lintgration de lindividu dans celle-ci et en renforce la solidit. Et pour celui qui ne fait que mimer une attitude solidaire, parfaitement conscient du profit symbolique quil en tire, il nen reste pas moins que son jeu lui impose une certaine contrainte de comportement : le faire-comme-si pige le comdien, porter le masque engage un certain nombre de comportements. Lillusion constitue, plus quun vecteur dadoucissement des murs, un vritable moyen de contrle mutuel quant la soumission de chacun la communaut : mme le chef doit tre le comdien de cet idal collectif. Cest en ce sens que ce quon appelle la rputation, un jugement consensuel quant aux qualits morales de quelquun, est la source de nombre de comportements sociaux. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 61. 61 6- Le retour au problme de lefficience thique et le glissement de terrain Le problme, cest que les rsultats, plus que de rpondre la question de lefficience, la posaient de faon plus pressante. Ils taient en effet plus tourns vers la dimension objective de ltre thique que vers celle de la dynamique de laction, plus vers son insertion dans le monde que vers sa capacit en modifier le cours. Or parler dthique ncessite de se placer du point de vue de laction, puisque la prtention de ceux qui linvoquent, cest de mener laction en rfrence des valeurs. Faire une tude sur le sport ne semble dailleurs pas pouvoir se faire sans y avoir quelque gard. Ainsi, si jaccdais lide que nos reprsentations, mme illusoires, ont une efficience quant nos actions, la question mergeait demble, qui consiste se demander comment elle y est luvre. Si lillusion cre ce dont elle est illusion, il sagit de savoir comment sopre cette production. Ds lors comment aurais-je pu continuer qualifier dillusoire mon objet dtude alors mme que je mtais attach en montrer toute la ralit et que la question devenait pressante, qui consistait en comprendre la positivit dans son rapport laction ? Il me fallait dailleurs avouer que dans lexercice de mon mtier dentraneur je continuais croire en lefficience de certaines valeurs. Et je ne pouvais certes pas me rserver le privilge de connatre la force de la croyance thique dans laccomplissement de laction sportive, ou encore rduire ces choses lintrt quelles seraient censes masquer. Toutes les utilisations frauduleuses de lthique sont peut-tre possibles, il nen reste pas moins ncessaire de distinguer entre le faire comme si et le faire au mieux qui sied lunivers de la performance sportive. Dans la prcdente production, javais donc entrepris den finir avec lide de fictivit mais je mtais arrt trop vite en chemin et avais rabattu tous les fragments de ralit mis en relief sur une illusion dont je prjugeais lexistence. Je ne pouvais certes pas rintgrer un point de vue naf, mais il me fallait abandonner totalement le point de vue critique si je ne voulais pas luder une fois de plus le problme. Quon ne voit pas demble la faon dont lthique est efficiente, alors quon peut trs vite avancer nombre de raisons et causes qui cassent le prtendu lien de lthique laction, ne doit pas faire conclure son irralit. Il faut en effet remarquer quau sujet des causes et des raisons la question du lien laction concrte se pose galement (on peut agir contre son intrt, donc les raisons dintrt sont illusoires), ou encore quon peut aisment prter des intentions amorales autrui sans avoir aucun moyen de vrifier directement que le principe de son action est bien celui quon avance. Sans nier que lthique puisse tre sujette toutes les rcuprations possibles, il me fallait donc en revenir au problme fondamental de la moralit de laction : en quoi une action peut-elle tre morale et comment le vrifier ? Ctait poser la question du rgime spcifique de lefficience thique, cest--dire celle de la coexistence dides ou de reprsentations thiques et de comportements quon leur rapporte, entendu que ce rgime pourrait inclure la possiblit de lerreur, du mensonge, de lillusion. Il est en effet peu probable quelle soit du mme type quune causalit mcanique o la cause et leffet sont clairement distincts. Afin de repartir dans cette direction de la positivit thique, je mattachais initialement comprendre ce qui mavait pouss la concevoir dans sa dimension illusoire. Je mapercevais ainsi que si javais tent de me dpartir dune trop forte ractivit lgard du milieu sportif, il en restait peut-tre quelque chose dans ma faon de penser. Javais certes vit de partir dune dfinition de ce quest la solidarit pour ntre pas tent de juger de son existence ou non dans les pratiques golardes, mais jen rfrais cependant une causalit absolue, ce qui consacrait a priori linefficience thique. On peut dailleurs douter que la causalit ait en soi quelque chose dabsolu quand on pense avec Hume quelle relve dune habitude exprimentale, ce qui nous renvoie lide que cest dans lexprience rcurrente que nat la croyance en lefficience thique, par exemple dans le partage de lmotion de la Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 62. 62 tension la victoire associ lexplosion commune de joie quand celle-ci est atteinte. Qui plus est il me fallait accepter lide que la contradiction des principes thiques ne nuit pas ncessairement la ralisation des actions, et que la rigidit axiologique peut trs bien ne servir quune volont de voir autrui sy soumettre pour mieux matriser sa conduite et en bnficier. Thvenot et Boltansky (91) proposent en ce sens de concevoir les valeurs non plus comme des causes absolues et premires, mais plutt sur le registre des ordres de grandeur pour viter de penser quelles ne sont plus luvre dans la conduite des actions et quon est dans une crise des valeurs. Or ntait-ce pas projectif que de cibler une illusion thique (solidarit sportive = solidarit sociale) et de la formaliser en lui faisant pouser les lignes dune causalit absolue ? Lide me vint ainsi que malgr la tentative dobjectiver mon point de vue, javais projet sur mon objet une ractivit mue en exigence pistmologique. A force de craindre disposer a priori dun critre de solidarit, javais en ce sens ni la prsence du subjectif et ne mtais intress qu sa participation au fantasme collectif, ce qui mavait conduit rduire laffect un substrat de signes de lillusion. On pouvait en outre douter que je me sois totalement dsinvesti de toute prtention savoir ce quest la solidarit en dcidant de mener mon tude dans un milieu autre que celui de mon exercice professionnel, tant il me fallait moi-mme cautionner en quelque mesure lillusion pour ntre pas rejet par les golards et pour justement la faire exister afin den rendre compte. Au final, cette tendance projeter lexigence pistmologique sur mon objet ma sembl relever dune timidit indue. Hegel dit en ce sens que la peur de lerreur, cest la peur de la vrit, et on peut penser que cette tendance conduit ne plus sparer thorie, mthode et rsultats au risque de ne donner la pense dautre objet quelle-mme : tudier lidologie ou le langage comme substrat de lidologie, pratiquer la noologie ou la linguistique permet certes dassurer la co-naturalit de la pense et de son objet mais risque de faire oublier le monde et surtout laction dans le traitement du problme thique. Une telle nvrose pistmique fait en outre ncessairement accder la transcendance : la Valeur, javais substitu lIllusion. Retourner au problme fondamental de lefficience thique ncessitait donc linverse den revenir limmanence. Se recentrer sur laction ne pouvait donc plus se faire sans inclure la prsence dun acteur intentionn. Si on peut douter quil soit autonome dans son orientation et absolument matre de ses intentions, et que bien plutt il est agenc par une structure htronome, on ne peut remettre en cause le fait quil soit conscient, quil se reprsente son action dans un monde reprsent, quil donne lui-mme un sens son action et que tout ceci est co-extensif laction. Les causes relles inconscientes ne pourraient dailleurs officier sans que soient prsentes la conscience des sujets des raisons thiques que le sujet reoit comme relevant de sa propre production. Si on peut douter que le sujet de laction soit une personne ou encore un moi , on ne peut douter quil y ait une instance subjective irrductible au monde dans laquelle elle volue, dj parce quelle se vit comme telle. La question de lthique se posait ds lors dun autre point de vue : place au niveau de lexistence, elle avait voir avec laccomplissement de soi et non plus seulement son insertion au sein de la communaut humaine. Agir selon lthique, cest en ce sens agir de faon sy reconnatre comme source de sens et de valeur. On dsigne communment cette facult comme celle d avoir une philosophie . Sil semble vident que le sujet volue dans des champs structurs et structurants, la facult thique apparat ds quon considre la possibilit pour lui de choisir tel champ comme lieu daccomplissement de soi, celle de se laisser porter par la structure ou celle dentrer en rvolte : cest lier lthique au rgime des prfrences et des priorits. Or quand on rapporte celles-ci au sport, on voit bien la relation entre le sens quon assigne raliser telle tche et la motivation qui sensuit, partant la faon de sinvestir. Il sagit dailleurs souvent pour lentraneur de calibrer ce sens thique pour viter quun trop de sens devienne un trop denjeu et inhibe le sujet. Les entraneurs professionnels parlent de motivine Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 63. 63 pour qualifier la dimension physiologique de cette motivation, et sappuient sur la causerie davant match pour solliciter lenvie de tout donner (programmation neuro-linguistique). Mais sil y a un lien assur entre motifs et motions, il faut encore prendre en compte lmotion. Considrer le sujet ncessite en effet de ne pas le rduire une thique et bien plutt de saisir celle-ci au sein dun vritable monde des motions et des dsirs. Cest dire quil faut saisir le sujet sans oublier tout linconscient qui le sous-tend. Au demeurant, le repositionnement de la question thique au plan de lexistence subjective ne pouvait se faire dans loubli du social. Car dj laccomplissement de soi relve dun apprentissage social, voire dun refus communautaire avoir affaire des actes gratuits ou insenss pour le sujet, et lthique que celui-ci peut se formuler nest possible qu partir dun paradigme communautaire. Ceci constitue aussi une dimension inconsciente du sujet. Laction se droule dautre part dans un monde hyper cod, dans un environnement socio- sportif qui loriente profondment : saccomplir, cest devenir soi dans un monde qui a en propre dtre socialis. De la mme faon que la ncessaire analyse structurelle ne devait pas conduire nier lexistence dune instance subjective efficiente, la reconnaissance de celle-ci ne devait donc pas conduire nier le monde o se droule laction et, par exemple, sattacher tudier lidologie ou les justifications subjectives pour rpondre au problme thique. Cest dire que poser la question de lefficience thique quant laction concrte ncessite de maintenir un lien problmatique entre deux dimensions htronomes, entre la question de laccomplissement de soi dans le monde et la question de lutilisation de la libert que laisse la structure. Cest maintenir une instance subjective qui revendique le sens de son action et une instance objective qui oriente laction selon ses lois. Cest sintresser au contenu manifeste et au contenu latent de lthique existentielle et de la moralit sociale pour traiter la question de lefficience thique, plutt que de distinguer entre un terrain et une place publique pour traiter du phnomne dillusion collective. Si je formulai nouvellement lexigence de poser et de maintenir le problme de lefficience thique, partant la ncessit de prendre en compte le sujet, je me heurtais demble la question de savoir si une science rigoureuse du subjectif tait possible, cest-- dire si on peut objectiver le sujet sans le dnaturer outre mesure. Cependant je ne pouvais sacrifier cette dimension du problme sans consacrer par-l la disparition de mon objet dtude. Il me fallait donc sortir de cette aporie sans risquer de me fourvoyer une nouvelle fois, et pour ce faire, maintenir la coexistence de la dimension objective et de la dimension subjective, entendu que le subjectif nest pas latome de lintersubjectif et que lobjectif nest pas de lordre de lintersubjectivit mais bien plutt quils sont irrductibles lun lautre. Lexigence de les saisir dans leur coexistence participait certes dune ncessit dimmanence laquelle la rflexivit au sujet de mon travail de DEA mavait fait accder. Je dcidais alors, influenc en cela par la lecture de Deleuze et Guattari (72, 80), de recourir des catgories qui ne risqueraient pas de se dissoudre lune dans lautre : le social et le dsir, linstitution et la motivation. Ces notions courantes des discours sportifs sont rarement mises en rapport : par exemple, dans les cours de prparation aux brevets dEtat dducateur sportif, on spare totalement la sociologie des pratiques de la psychologie du pratiquant. Un glissement de terrain simposait ds lors de lui-mme. Il semblait en effet difficile de faire ltude de la coexistence du social et du dsir, partant de la morale collective et de lthique individuelle qui en dcoulent, au sein dun milieu professionnel o je connaissais la rticence pratiquer des discours qui puissent aller lencontre de la construction du mythe moral. Je dcidais ainsi de mintresser cette fois au sport de base o la revendication thique de lindividu est beaucoup plus prononce. Je concevais en outre la ncessit de mintresser Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 64. 64 aux oppositions sportives des deux points de vue des protagonistes, puisque javais mis lide que la vrit de la solidarit, ctait lopposition ladversaire dans la tension la victoire mue en reprsentation de solidarit interne ; or il semblait plus ais de multiplier les observations de rencontres en sintressant au sport de base. Enfin et surtout, javais conscience que dans ma premire tude je mtais laiss aller aux mouvements structurels, notamment quand un entretenu me renvoyait un autre golard en prtendant quil saurait me rvler ce quil en est en matire de solidarit socio-sportive, et que si ce sujet javais certes travaill la rpartition des discours dans un espace explicitement structur, je mtais appuy sur une base de donnes immatrise. Ds lors, lamorce dune nouvelle enqute qui se proposait de rpondre un problme plus ample mais mieux dfini, je concevais quil me fallait voluer dans un terrain dont javais une grande prconnaissance, suivant en cela le conseil de Bourdieu (93). Or ce ne pouvait tre un autre milieu que le tennis de table, puisque jy avais une certaine expertise. Il y avait certes eu des rticences initiales my intresser dans le cadre dune tude scientifique, notamment dans lide que je risquais dtre victime de prjugs ou de dsirs, qui plus est dans celle que joccupais une position marginale : celle-ci aurait pu me priver de laccs aux discours des pratiquants. Mais je savais dsormais quil valait bien mieux se confronter aux prjugs plutt que de les laisser agir jusque dans une pistmologie prtendument construite. Je mapercevais en outre que les rticences parler taient rduites et que ce nouveau terrain semblait propice une saisie de la coexistence du consensus moral et de la revendication thique. On peut certes penser avec Laburthe et Tolra (93) que sous peine de se marginaliser, tout individu doit tre atteint dethnocentrisme ; il nen reste pas moins que la marginalisation est une posture intressante pour aborder ltude dune communaut : elle pousse penser la distance lobjet. 7- Dduction de principes pistmiques Il va sans dire que lexigence dimmanence, qui vise ne pas sortir du problme de lefficience thique en recourant un concept transcendant ou quelque autre thorie de la signification, rend lgitime une immersion ethnographique se proposant dpouser le rythme des actions sportives. Des problmes mthodologiques majeurs commandent au demeurant de spcifier la posture quelle engage. En effet, comment se mettre en qute du rel alors que nous le pensons en mouvement ? Et dautre part comment distinguer deux processus et surtout la morale et lthique qui y fonctionnent si nous les concevons comme inextricablement lis ? Ces deux questions mont amen lide que cest la distance lobjet qui rpartit les fixits quon se propose de comprendre. Cette ide trouve un cho sur le plan des sciences physiques, comme au sein de la thorie de la relativit dEinstein. De la mme faon, dans une tude qui relve des sciences humaines, javais considr une clture ludique qui ne peut apparatre que depuis la socit globale et javais travaill partir de lide de limitations spatio-temporelles qui ne peuvent tre marques que quand on les observe depuis les tribunes ; or du point de vue du joueur qui entre et sort, elles existent dune faon tout fait diffrente puisque dans son exprience il ne cesse de les franchir. Cette tendance que javais eue vient tout autant de lectures que de dterminations concrtes qui avaient valeur de contraintes dans mon enqute de terrain : je nai en effet jamais pu suivre lquipe golarde que depuis les tribunes, autant pendant les entranements que lors des rencontres, jamais depuis le banc des remplaants ou dans le car qui conduisait les joueurs sur le lieu des rencontres lextrieur. La question se pose donc de savoir quelle distance il faut se placer pour saisir les fixits. Poser la question du rgime spcifique de lefficience thique ncessite de poser celle du rgime de distance lobjet, comme cest le cas dans lutilisation des outils de mesure scientifique (microscope pour voir au plus petit, priscope pour voir au plus loin). Pascal disait bien que trop de distance et trop de proximit empchent la vue . Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 65. 65 Or il semble vident que le parcours que jai essay de retracer peut tre compris comme un ensemble de variations dans le rapport lthique et la pratique sportive : considr depuis un enfermement dans une solitude philosophique, le sport mapparaissait rdempteur, alors quun rapprochement consacra une dsillusion dans la mesure o je ne voyais plus clairement le lien entre lthique formule ou une morale annonce et les pratiques exprimentes. Le temps du DEA fut celui de la reprise de distance, aprs un mouvement critique qui ne faisait que prendre acte de cette dconnexion, dans le sens o il constatait que dans ce flou existait bien quelque chose qui relevait de lthique. Je passai ainsi de la dficience thique lefficience thique en passant par lefficience de lillusion thique, et de la question comment peut-on croire une chose pareille ? comment fonctionne pareille chose ? . Au final, la modification de la distance lobjet dfinit autant la posture que lobjet. Le projet de thse est en ce sens une vritable thique en acte, terme voulu dun processus existentiel initi il y a dix ans. La gense du questionnement que nous avons expose constitue donc dj une critique en acte qui vise assumer la subjectivit constituante pour tenter de construire un savoir objectif en sen extirpant sans prtendre ne pas tre subjectivement la source de la production. Mais encore la posture constitue par lensemble des distances lobjet tend constituer par elle-mme le plan sur lequel pourra tre mene notre tude. Une telle importance pistmologique de la posture ncessitait den prsenter les lments fondateurs, elle pousse dsormais penser son intgration dans la mthode. Nous pouvons dores et dj extraire de cette gnalogie quelques principes pistmiques : Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 66. 66 Dduction de principes pistmiques Penser lefficience thique ncessite de ne pas prjuger de lefficience thique (par exemple, la concevoir comme premire, fondamentale, absolue). Penser lefficience thique ncessite de ne pas prjuger dune valeur efficiente tudier (par exemple, la solidarit) puisquil sagit justement de saisir comment lthique peut merger et tre la source des actions. La mthode devra poser la question du reprage des lments connotation axiologique. Penser lefficience thique ncessite de ne pas prjuger du contenu conceptuel dune valeur identifie (par exemple, ce que veut dire solidarit). Penser lefficience thique ncessite de ne pas prjuger de la forme conceptuelle dune valeur identifie (par exemple, apodictique et arborescente). Penser lefficience thique ncessite de distinguer la question du rgime defficience de la question de la signification. Celle-ci veut dire ce que dit lthique, veut donner un sens ce qui donne sens et ainsi accde souvent la transcendance du signifiant (par exemple, celle de lIllusion). La question de lefficience se propose bien plutt de comprendre comment un rgime de signification peut nous renseigner sur un rgime daction. Mais penser lefficience thique ncessite de ne pas fuir les prjugs. En effet la timidit indue conduit se donner la pense pour seul objet (reprsentations, justifications). Sinterdire de juger pour penser lthique ne doit pas conduire tenir le jugement de valeur pour illusoire. Il faut au contraire prendre acte des jugements pour en faire un point de dpart et tenter den sortir. Penser lefficience thique ncessite de ne pas sparer savoir technique et croyance thique, encore moins de dvaluer les savoirs des acteurs, car mme lillusion est efficiente. Au demeurant, il est ncessaire davoir une grande connaissance du terrain. Ces principes pistmiques mergent de lexprience de recherche. Ils constituent les rsultats dune anthropologie de lacte de recherche. Or dans la mesure o nous voulons prendre en compte autant le sens que lacte, il y a ncessit croiser ces principes avec ceux qui mergent de la rflexion conceptuelle. Cest pourquoi il nous faut faire prsent une pistmologie de la question de lefficience. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 67. 67 3- Epistmologie de la question de lefficience thique 1- La ncessaire construction dun plan dapposition Penser lefficience thique requiert dapposer du sens et des actions qui soient connects en ralit. Ceci ncessite de les prlever sur un terrain objectif, dans une approche anthropologique complexe. Mais ceci ne va pas sans travail sur la posture. Nous remarquions en effet avec Lvi-Strauss (73) que la collecte des donnes sopre sur soi : dans lexprience ethnographique, lobservateur se saisit comme son propre instrument dobservation . Un tel propos est corrobor par Laburthe-Tolra et Warnier (98): certes dans les sciences humaines, le sujet est lui-mme son propre objet, la subjectivit est le milieu mme de la connaissance . Dans la prcdente gnalogie, nous avons dailleurs tent de mettre en perspective la question pose pour faire une vritable prparation psychologique ce travail de collecte des donnes. Mais il est galement utile de se pencher ici sur le type de pense qui sous-tend la posture de recherche. Une rflexivit est en effet ncessaire, qui vise dterminer quelles conditions celle-ci peut muter en rceptacle et quelle pense peut faire merger du sens pertinent quant lefficience. La pense comparative est souvent conue comme essentielle, voire fondatrice de lanthropologie. La rfrence aux pionniers se fait de ce biais. Montaigne sappuie dans les Essais (livre 1, Des Cannibales) sur les deux figures de lautre, la philosophie antique et lhomme sauvage, pour faire par comparaison le procs dune civilisation en crise. Montesquieu (Lettres Persanes) demande : comment peut-on tre persan ? pour savoir comment on est franais, ou anglais. Rivire (99) affirme ainsi que le point de vue comparatif reste toujours larrire plan lorsquon cherche les diffrences et ressemblances entre groupes humains . Et bien plus, la dmarche comparative est revendique comme mthode. Lvi-Strauss, qui dans les Mythologiques cherche dcouvrir les lois inconscientes du fonctionnement de lesprit, approuve la dmarche du point de vue linguistique : lethnologue a une mthode qui lui est propre, qui consiste chercher des expriences cruciales Si jarrive formuler la pense mythique dans un langage acceptable pour nous et pour eux, cest quon est arriv saisir les ressorts fondamentaux du mcanisme de la pense en gnral . Jeu (87) propose galement de faire la comparaison du sport moderne et des pratiques primitives : si on retrouve dans le sport moderne ce qui a dj t, alors on risque de rvler lessentiel du sport moderne . Cest ainsi quil identifie le lien du sport au rituel et sa fondamentale mise en scne tragique : lhomme manipule ses angoisses, agit sur le symbole pour agir sur la ralit. Chaque fois, la comparaison est donc indubitablement tenue pour lgitime dans sa capacit produire du sens. Mais ne reste-t-on pas dans la pense comparative au niveau le plus superficiel, celui du dnominateur commun ? Lessentiel de ce que nous cherchons nest-il pas dans la diffrence des sens et des actions, et la diffrence comme-t-elle ? Deleuze (68) propose de distinguer entre la diffrence et la rptition pour ne pas laisser les inconscients de pense rabattre la diffrence sur la rptition. Nous pourrions effectivement craindre que la pense comparative ne constitue une impossibilit penser la diffrence, dans la mesure o elle cherche rabattre les diffrences sur le commun. Ainsi dEhrenberg (91) qui stipule que le culte de la performance est li lgalit, dans le sens o on ne peut se comparer quentre gaux : lgalit est ici conue comme plan abstrait de comparaison. Ainsi dHeinich (03) qui compare art et sport pour mettre en vidence les spcificits de chacun : celles-ci sont en fait rabattues sur un plan commun, le plan de la comptition (le sport relve de la comptition Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 68. 68 avec autrui, pendant que lart relve de la comptition avec soi-mme pour aller le plus loin dans ce dont on est seul capable). Ainsi de Queval (04) qui compare les paradigmes antique et moderne pour clairer le prsent : point focal de la comparaison, le corps est dans les deux cas homogne une ide, qui est tantt finie, tantt infinie. Les diffrences ontologiques sont ainsi sacrifies pour les besoins de la production immdiate de sens. Qui plus est, le point de vue comparatif est adoss son inconscient : la pense comparative a certes conscience dutiliser un critre de comparaison, mais elle oublie souvent quelle utilise un plan de comparaison pour mettre en relation les compars. Cest ce que dnonce Bourdieu (92) quand il crit que la ralit laquelle nous mesurons toutes les fictions nest que la rfrence universellement garantie dune illusion collective : cest dire que le plan de comparaison des tant est a priori. Notre prcdente erreur a en ce sens consist rabattre la solidarit sportive sur le plan de la solidarit sociale : en sappuyant inconsciemment sur le plan de la place publique, nous avons en effet cr a priori le plan de lillusion. Or il est tout fait impropre de laisser linconscient du plan oprer lapposition du sens et des actions, car par l mme on prdtermine leur relation. Ce que met jour cette critique de la pense comparative, cest donc quil nous faut avoir pleine conscience du plan partir duquel nous oprons lapposition du sens thique et des actions sportives. Laburthe-Tolra et Warnier (98), concevant la dimension comparative de lethnologie, proposent ainsi que lethnologue fasse un retour sur sa propre civilisation, quil se regarde avec le regard de lautre : le regard loign lui fera apparatre sa propre tranget. Lobjectivit nest pas de se mettre hors socit, la seule dmarche possible consiste jouer le jeu dune autre insertion sociale pour rvler la nature de sa propre socialit. Penser lautre ncessite donc de penser travers lautre le plan partir duquel on le pense. Aug (06) avoue dailleurs quil y a une part de fiction dans la reconstitution ethnographique et que lethnocentrisme est un problme rel, mais il signale que ce que lanthropologue a de plus prcieux, cest justement sa capacit de dcentrement : chercheur et sujet doivent ainsi tre dans un entre-deux culturel. Nous devons en ce sens nous dcentrer eu gard au sens et eu gard laction, cest--dire nous maintenir dans un entre-deux propos de lefficience, de la mme faon que nous exigeons de nous maintenir dans un entre-deux du point de vue, entre philosophie et anthropologie. Plus que de le conscientiser, il sagit donc de construire le plan dapposition des sens et des actions. Nous commencerons par mettre distance les plans transcendants. 2- Le rejet des plans transcendants 21- Le jugement et la vrit Lacte du jugement est trs prsent chez les praticiens. Il sagit pour eux, en substance, dvaluer les actions effectives au regard de proccupations morales. Le jugement est ainsi un mode de comprhension et dexpression, mais encore un mode de socialisation : un jugement se fait propos dun acteur auprs dun autre et permet lactualisation dune complicit, dune conscience commune. Or cette contagion se fait dans le rabattement de toute la ralit sur un seul plan, qui aplanit toute la ralit pour quelle puisse tre juge et devenir pensable, cest-- dire reliable dautres penses qui sautent vite et refont le monde en sy taillant la part belle. Lacte du jugement se ralise ainsi en systme. Or le systme du jugement naboutit aucun verdict ni application, car il dsengage le juge dans le rapport laction. Nous rejetons donc le plan du jugement. Nous nous dpartissons ainsi des tudes qui, pour se connecter la ralit des pratiques sociales, choisissent dtudier le jugement. Cest ce que font Thvenot et Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 69. 69 Boltansky (91) quand ils se placent au niveau de la justification : certes, ltude du jugement permet un point de contact entre lobjet et la posture (il ny a plus de diffrence entre le juge observateur et le juge observ), mais le jugement tudi en lui-mme ne peut rien rvler de lefficience thique. Se donner le jugement comme objet danalyse ne garantit dailleurs aucunement quon ne juge pas, quon se dpartit de tout inconscient. Penser cest donc tout au contraire dconstruire le jugement, soulever le plan du jugement pour reconsidrer la ralit des sens qui saccomplissent. Penser lefficience requiert en outre dviter de placer les lments sur un plan de vrit. Le problme, cest en effet quun tel plan consacre lchec a priori dune recherche sur lefficience thique. Concevant le vrai comme la caractristique d'une reprsentation conforme ltat de chose, cest--dire que les rapports entre les mots et les rapports entre les choses sont similaires, Wittgenstein avance en ce sens quune reprsentation thique ne peut tre conforme un tat de chose, donc ne peut tre vraie : lthique est ds lors renvoye au domaine de la croyance, au mystique. Mais il nous semble que ceci nest vrai quautant quon considre lthique sur le registre de l ide claire et distincte , de lvidence, qui interdit de pouvoir constater quelque chose qui lui soit conforme dans le cours complexe des choses humaines. Placer lthique sur un plan de vrit, cest ainsi consacrer a priori le mensonge thique. Il y aura dailleurs toujours moyen de montrer a posteriori quil existe un dcalage entre noncs thiques et actions censes en dcouler, en sappuyant sur une redfinition du sens donn ou encore sur labyme ontologique qui spare les mots et penses des choses et actions. En matire dthique, le danger nest donc pas le mensonge, mais la vrit. Il nous faut refuser de placer notre tude sur ce plan, ce qui implique que nous ne procdions aucune hermneutique. Cest dailleurs procder une rupture pistmique davec la connaissance ordinaire qui fonctionne sur le mode secret/rvlation. Celui-ci consacre la mise en valeur de qui secrte, puis rvle. Le secret peut certes tre une connaissance, mais cest une connaissance qui nest pas de lordre de lefficience. Nous cartant du vrai, nous ne sommes donc ni dcouvreur, ni rvlateur, encore moins accoucheur (maeutique), professeur ou proslyte. Nous ne menons en outre aucune enqute. Une enqute prcde un verdict, cest--dire un jugement, or le milieu sportif que nous tudions nest sujet aucune accusation, moins que nous ne le fassions nous-mmes ; mais en ce cas nous serions juge, donc pas penseur, qui plus est nous serions juge et partie, avocat et procureur. 22- La reprsentation Face cette difficult parler de vrit en matire dthique, la tendance est souvent au positionnement de la question au seul plan de la reprsentation. Celle-ci peut tre dfinie comme opration qui consiste rendre sensible, en lamenant au niveau de la conscience, un objet, un concept ou une action absents (Denis (89) in LaRue, Ripoll, 04). Or la reprsentation produit une stimulation nerveuse faible mais identique celle de lacte : elle pourrait donc constituer un plan magique de connexion du sens et de laction. Nombre dtudes fonctionnent ainsi partir de types particuliers de reprsentations pour prtendument parler des actions. Cest le cas de la pense des correspondances. Mais linstar de la pense comparative, la pense des correspondances opre un rabattement des lments sur le plan dun des correspondants. Cest aussi le cas des tudes qui utilisent lanalogie (celle-ci consacrant la priorit dun tre sur les autres) pour ramener faible cot cognitif et de faon abusive linconnu du connu. Poincar (05) note certes lutilit scientifique de la mthode analogique : croira-t-on que [les chercheurs] ont toujours march pas pas sans avoir la vision du but quils voulaient Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 70. 70 atteindre ? Il a bien fallu quils tracent le chemin qui y conduisait, et pour cela ils ont eu besoin dun guide. Ce guide, cest dabord lanalogie . Oppenheimer (56) lui fait cho, pour qui lanalogie est invitable dans la pense humaine . Le modle connexionniste des neurosciences montre en outre que lassemblage des ides se fait sur le modle de la ressemblance, incluant analogie et mtaphore, ce qui expliquerait la profusion des analogies dans la pense quotidienne et scientifique. Mais il nous semble que ces explications ne doivent pas tenir lieu de justification. Les mtaphores sont en effet improprement utilises pour rvler les valeurs : les valeurs les plus fondamentales dune culture sont cohrentes avec la structure mtaphorique de ses concepts les plus fondamentaux . Sans aller jusqu leur reconnatre un tel pouvoir, Roggero (00) prtend que les mtaphores luvre dans le sport peuvent rvler la faon dont on le peroit, car nous navons pas de mots pour tout dire : par exemple pour parler du temps, on parle en termes despace. Or il nous faut noter que cest certes le cas, mais que justement, cest une erreur. Le langage ordinaire ne rend pas compte des ralits, cest au contraire une ralit linguistique qui se surajoute au rel et le rend moins abordable. Au final, nous considrons que la connexion magique du sens et des actions que semblent oprer les reprsentations, a fortiori les images, relve en fait dune mise lcart de laction relle et de ses dterminants concrets. Pour ne pas achopper sur ces problmes inhrents la reprsentation, Maffesoli prconise alors de travailler une prsentation des choses. Celle-ci vise une prise en charge intellectuelle du oui la vie, contre la philosophie qui ramne toute chose lunit du concept et pure le monde pour satisfaire une intelligence mcanique et instrumentale. Il sagit pour lui de construire une libido sciendi , savoir rotique aimant le monde quil dcrit et respectueux du polythisme vital. Comme Nietzsche, faire de la connaissance la plus puissante des passions. Il dnonce ainsi la schizophrnie du rationalisme morbide qui se coupe de la substance vitale, de lexistentiel : en isolant une des caractristiques du tout, en fragmentant ce dernier, lhomme justifie son vertige aboutissant sa propre amputation . Or le fil qui permettra de relier connaissance et vie, cest pour Maffesoli le sens commun. Celui- ci vit en effet sur le rgime de lquilibre intellect/affect. Limage tant omniprsente dans le social, il y aurait ds lors ncessit lutiliser. Limage tablit des correspondances, elle a le pouvoir dpiphaniser la matire et corporiser lesprit . La mtaphore nindique certes pas pour lui quel est le sens des choses, mais elle peut aider comprendre leur signification. Elle est la voie royale pour rendre compte du lien motionnel : limage dune socialit vcue, elle sait dire oui la vie (p211). Le monde vcu est celui de la correspondance (p264). Maffesoli (91) indique galement limportance de la forme : comme la peau du corps, elle est trs changeante et pourtant elle cohre lensemble quon nomme corps personnel. Au demeurant, si lapproche nous parat des plus intressantes dans sa dimension descriptive, nous ne considrons pas quil faille se laisser aller au sens commun. Il ne sagit pas de verser dans la critique radicale, qui le tient volontiers pour mtaphysicien de la pire espce (Engels in Brohm, Baillette, 95), mais il faut noter, dj, le rejet du vitalisme dans le sens commun lui-mme. De plus, il y a ncessit ne pas confondre le sens commun (comme matire et guide) et la pense commune. Celle-ci tombe sous le coup de lobjection deleuzienne : elle verse dans limage de la pense qui se prsuppose. Si nous ne voulons pas aller contre les acteurs, et notamment contre leur propension limage, nous ne pouvons nanmoins nous laisser aller penser sur le mme mode. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 71. 71 23- La transcendance comme plan Si nous rejetons tous ces plans, cest parce quils participent dune pense transcendante. Le systme du jugement est transcendant car cest du haut du jugement de valeur que se fait laffirmation que certaines choses et comportements ne devraient pas tre : on les renvoie une irralit de raison. Le jugement est en outre garant de la transcendance du juge. A linverse, il nous semble ncessaire daborder ltude des valeurs avec lide que tout est rel, que le mal est un non-tre uniquement au regard de certaines valeurs. Lexigence de ne pas juger se traduit par cet axiome : tout est rel . Au sujet des plans de vrit, de la reprsentation, de la correspondance, il nous faut demander : au nom de quoi deux ralits dont on montre la communaut de structure seraient-elles dans un rapport de cause effet ? Au nom dun principe transcendant qui affirme que ce qui se ressemble agit lun sur lautre. Tout ceci relve en fait dun plaquage de la pense qui se propose elle-mme comme objet, didologie et de contre-idologie qui ne conoivent pas le monde comme objet, cest--dire comme objection. Nous refusons aussi les penses mtaphoriques qui noient le lien dont on parle dans un tissu de mots. Le transcendant ne relie que ce quil a dli en pense. Nous devons dailleurs identifier ici dautres figures de la pense transcendante qui peuvent sriger en plan. Cest en premier lieu la pense finale, entendue comme transcendance qui rate la tension la finalit. Le fonctionnalisme fait ainsi la part belle la finalit, concevant chaque partie comme sintgrant au plan social. Lanti-pense finale peut dailleurs prsenter les mmes dfauts : la pense htrotopique de Jullien (96) constitue en effet un saut dans la pense chinoise. Il nous faut encore refuser tout essentialisme, qui consiste expliquer une chose par elle-mme ou par analogie : toute comprhension est tensionnelle. Au demeurant nous refusons de concevoir cette tension dans la relation entre une partie et un tout, o la partie a un sens eu gard un tout (fonctionnalisme). Car il y a en ce cas une diffrence de nature indue : la partie est ouverte sur le tout, qui lui, est ferm sur les parties. Nous pouvons ainsi objecter Maffesoli que le tout dont il parle est ferm, qui constitue une amputation dommageable. Nous considrons bien plutt le lien entre des lments et un complexe dlments, o le premier est ouvert sur le complexe et o le complexe est lui-mme ouvert. Au final, il sagit de se dpartir de toutes ces propensions la transcendance. Cest exiger limmanence dans la construction du plan dapposition des sens et des actions. 3- Le plan dimmanence 31- Immanence et transcendance Lexigence dimmanence est souvent revendique par les sciences humaines, en dpassement de la philosophie : elles arguent dune dmarche exprimentale, confrontent une hypothse un recueil mthodique de donnes pertinentes, la vrifient au contact du rel. Mais il semble ncessaire de pousser la dmarche plus avant : limmanence doit concerner autant les concepts que les mthodes. Lexigence dimmanence est dailleurs autant philosophique que scientifique. Certes Platon rate limmanence en poussant sortir de la caverne : tout le problme est de penser dans la caverne. Mais ce sont les philosophes qui, les premiers, luttent contre la transcendance en philosophie, cest--dire la transcendance conceptuelle. Il faut dautre part remarquer que certains anthropologues exigent limmanence mais retombent vite dans une pense unifiante, cest--dire transcendante. Do la ncessit de recourir une philosophie de limmanence, en vitant certes lcueil de rendre une ide transcendante artificiellement immanente (notamment par des exemples). Le rflexe est Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 72. 72 tellement ancr en nous quil faut redoubler de vigilance : nous avons nous-mmes, prcdemment, introduit lillusion comme concept transcendant. Ceci implique le refus du recours au transcendantal comme unification dlments htronomes dans et par un sujet abstrait. Il nous faut encore viter le niveau macro-anthropologique, l o la scission du sens et des actes est moins apparente. Car on se tient alors au niveau de la tendance ; la ralit ainsi saisie est mallable en conscience, qui semble actualiser telle valeur globale. Pourtant, quand on saisit la dconnexion, on crie au mythe. Do la ncessit daller demble au niveau micro-anthropologique. Il est au demeurant tout fait ncessaire de prendre en compte la transcendance luvre dans la ralit reprsentationnelle des conduites. Les acteurs parlent en effet volontiers de lacte de se transcender . De plus, si vouloir dfinir les valeurs du sport, le vrai sport, est pour nous une erreur, force est de constater que lacteur a besoin de ces mythes pour agir. Do la ncessit pour nous de rintgrer cette transcendance, cette tension transcendante. Quand Queval (04) oppose paradigme antique final et paradigme moderne dfinalis, elle semble contrario oublier que les acteurs, eux, finalisent. Mais certes, il faut viter driger en plan ces pulsions transcendantes, et bien plutt les ramener au plan dimmanence, qui intervient comme sub-reprsentatif. Cest ce que fait Durkheim quand il considre limmanence sociale du transcendant religieux. Cest aussi une chose que nous avons amorce dans notre prcdente tude : la question de la consistance de lillusion consiste ramener une pratique idologique, cest--dire un commerce dides, un change de reprsentations, ses conditions dmergence. Cest ce qu notre avis oublie de faire Jullien (96). Comparant le sens pratique indo-europen au chinois, il dvalue pour le premier la pense finale, mais ne rintgre pas la pense finale comme lment transcendant immanent au terrain. Or cest la posture qui doit tre immanente, et non pas se projeter sur le terrain. Dailleurs, si on se rapporte aux pratiques sportives, qui plus est pongistiques, il est indubitable que la pense chinoise a elle-mme une finalit : la victoire. Il sagit juste de ne pas laisser la finalit se rabattre sur laction, qui serait ds lors fixe. Intgrer la transcendance, cest donc dpasser la pense finale sans nier son existence. Cest ce type dapproche que prconise Bourdieu (87) quand il propose de dpasser lopposition luvre dans les sciences sociales entre objectivisme (traiter les faits sociaux comme des choses) et subjectivisme (faire un compte rendu des comptes rendus) : il sagit de construire des structures objectives immanentes au fondement des reprsentations, puis de prendre en compte les reprsentations qui, elles, sont volontiers transcendantes. 32- Une ontologie du devenir et du multiple Le plan dimmanence quil nous faut construire ne se donne pas comme plan de vrit, mais bien plutt comme plan de ralit. Celui-ci contient cependant les reprsentations et les prtentions la vrit. Le rel dont on parle inclut le rel humain qui a en propre de produire du sens, partant la tendance rvlatrice et transcendante. Le plan du discours nest pas vrit de laction, mais il est rel et a en propre de prtendre rvler la vrit de laction. De la mme faon, lthique nest pas la base de toutes choses, mais elle est relle et est conue comme la base de toutes choses. La pense est dans le monde et non pas hors-le-monde. Le plan de ralit constitue en ce sens un pr-lien hypothtique quant aux sens et actions quil nous faut apposer : si ce lien ne peut tre prjug, nous ne pouvons en effet parler dune ralit totalement indtermine. Do la ncessit dune ontologie de ce plan de ralit, propdeutique de lpistmologie. De quelle ralit parle-t-on quand on veut y apposer sens thique et action sportive ? Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 73. 73 321- Lontologie du devenir Le plan de ralit dpositaire de lefficience thique est ncessairement en devenir, a fortiori le rel humain. Celui-ci est en effet conatus : tre, cest persvrer dans son tre (Spinoza). Lthique est dautre part un ensemble de devoir-tre qui semblent lgitimes : or le devoir-tre suppose une temporalit pour pouvoir saccomplir, pour pouvoir advenir en ralit. De mme, laction suppose le temps : le mouvement saccomplit dans le temps, il est devenir corporel. On pourrait objecter que laction sportive relve du prsent, est hic et nunc, quen sport il faut y tre , cest--dire tre prsent . Mais on ne parle aucunement ici dun prsent chronologique, bien plutt dun temps vcu dont la consistance tient au devenir comme condition de laccomplissement. Bergson parle ainsi de prsent vital, de dure : lexpectative est le temps lui-mme, qui contient les doutes et les possibles. Ceci renvoie dailleurs la glorieuse incertitude du sport . A ce sujet, on peut encore voir dans le sport de comptition lternel retour des preuves, par del la limitation une partie, une rencontre ou un championnat. Cette ontologie est dailleurs ncessite par les dmarches empiriques. Aug et Colleyn (04) notent en ce sens que le fait social nest pas identifi comme un objet stable, mais comme un ensemble de processus qui ne cessent dvoluer sous laction des hommes (p8). La frquentation exploratoire de la pongistique griffonne nous incite dailleurs prendre acte de cette ontologie du devenir. Nous y constatons en effet une volution des approches individuelles de la pratique, de laveu des joueurs eux-mmes, ou encore une volution des organisations collectives. Cette donne sest dailleurs vite transforme en contrainte grer : une des quipes suivies a t qualifie au niveau suprieur, les trois autres pouvaient tre amenes descendre dun chelon au terme de la premire phase, et certains joueurs avec qui nous avions commenc travailler se sont dsinvestis. Mais le temps de la fixation est galement partie constituante du rel. Des scores et des rsultats sont en effet conscientiss, consigns sur des documents et transmis la commission sportive qui les entrine : la ralit enregistre intervient comme fixit. On vit ainsi dans un monde dentits et didentits. La transcendance est donc suspension, en reprsentation, du processus. Mais, nous lavons vu, elle se rintgre au processus. Ce temps de la fixation est dailleurs partie intgrante de la recherche : celle-ci est processive, mais contient des points de fixations rflexifs. La fixit est en effet ncessaire la production dun discours, il faut juste viter de rduire ltre ce temps de la fixit, lunit de la fixit. Cest dire quil faut maintenir la dimension multiple du rel. 322- Lontologie du multiple Le rel dont on parle est pluriel, a fortiori le rel humain. Aug et Colleyn (04) affirment en effet l impossibilit de penser lhomme seul. Lhomme se pense au pluriel . Laction humaine est dautre part vnementielle : parmi dautres compossibles, elle est lection et affirmation de lune des voies. La complexit humaine peut mme aller jusqu la contradiction : personne nest jamais mort de contradiction (Deleuze, 72). Lexploratoire nous a dailleurs fait saisir que la contradiction est conscientise sans tre renvoye une irralit : elle est bien plutt lindice dune ralit toute humaine qui se joue ce moment l. Cest au contraire lunification du multiple en reprsentation qui intervient comme transcendance illusoire, rabattement idologique. Il faut dailleurs viter cette unification tous les niveaux. Quand lethnomthodologie ramne au sujet comme dimension Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 74. 74 ncessaire de comprhension, elle ne va pas au bout. Elle se cantonne en effet la mthode partage au fond commun de linteraction : le commun est lintelligible. Or il ne faut pas renoncer lindividu, au subjectif, et pour cela il convient de le dfinir comme multiplicit, mme sil est ncessaire dintgrer la tendance du sujet vouloir se construire unitaire. Quand nous pensons avec Aug (06) que lhomme se pense au pluriel , il faut aller au bout et penser le pluriel dans lhomme, contre la substance unique cartsienne. Ceci implique aussi de sortir de la conception de march, car celle-ci conduit concevoir lindividu comme atome social : un individu occupe une place que lautre noccupe pas, il est ds lors entit distincte des autres. Ds lors, se placer sur un plan de ralit ncessite dadopter un paradigme de la complexit. Cest dire que nous ne pourrons pas nous laisser aller la rduction. Les rductions ne sont quun placage de la pense sur le rel, les projections dune pense dun homme qui veut se retrouver dans le rel et se rendre comme matre et possesseur de la nature . Morin parle en ce cas de pense mutilante . Notre credo devient ainsi : rien nest simple, tout est rel. Concevoir les multiplicits implique ainsi de ne pas les penser rductibles quelque unit ou totalit transcendante. Cest concevoir que les lments sont ouverts sur le tout et que le tout est lui-mme ouvert. Adoirno et Brohm (91) dnoncent raison le processus qui conduit luder le multiple. Lobjet sportif ne contenant pas en lui toutes les conditions de son intelligibilit, il ncessite une approche globale de la ralit partir dune dmarche de familiarisation. La complexit apparat ainsi dans la relation objet/sujet. Or on sen dpartit souvent en substituant lobjet initial des reprsentations auxquelles on se rfre pour lui appliquer un modle dintelligibilit. Une nouvelle reprsentation de ces reprsentations conduit la totalisation. Le sport se fait ainsi reprsentation. Do le projet critique de destruction de ces reprsentations : le sport nest pas une ide pure pervertie par ses excs, mais un processus dialectique gnrant et surmontant sans cesse ses contradictions. Or si nous ne nous inscrivons plus dans une dmarche critique, nous exigeons avec Adoirno et Brohm de penser la contradiction, de maintenir lhtrognit dans lobjet. Dans cette perspective, nous vitons de rduire lthique son fondement, qui pourrait tre le dsir, lintrt ou le pouvoir. Par exemple, il ne faut pas rduire lthique au dsir de gagner ; certes, on peut dmasquer les nombreuses tentatives de faire croire quon nest pas l pour la comptition et la victoire, mais il nen reste pas moins quil y a plusieurs faons de tendre la victoire, et cest l que lthique intervient et que la question thique est intressante. Un fondement serait en tant que tel unique. A linverse, dans une perspective nietzschenne, nous considrons que la gnalogie est lhistoire des forces qui se sont accapares telle ralit : mme dans le fondement, il y a des multiplicits. La question de lefficience thique se formule ainsi : en ltat actuel des forces thiques, que font-elles sur le rel ? Qui plus est, il nous faut viter de rduire laction son sens, ou linverse le sens son actualisation. Les deux termes sont irrductibles, que nous allons tenter de comprendre dans leur connexion. Et surtout, nous nous interdisons de rduire le rel humain sa seule dimension discursive vritable, de le rabattre sur un plan formel. Cest dire quil ne faut pas prjuger de ce quest lthique : par exemple, quelle soit ncessairement droiture, cohrence, sans quoi elle nest pas thique (Aristote, ethos). Car ceci ncessite de rabattre lthique sur le regard de lautre et davoir se justifier : la volont de contrle des autres est implique sous cette dfinition arbitraire de lthique. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 75. 75 4- Les dterminations minimales de lthique efficiente Lapposition du sens thique et des actions sportives en dcoulant doit se faire sur un plan immanent, complexe et en devenir. Il sagit dexiger le plan de ralit pour ne pas utiliser un plan illusoire. Lillusion a en effet en propre de confondre deux plans : lillusion finaliste vient de la confusion des plans subjectifs et objectifs (Spinoza), lillusion personnaliste vient de la confusion de soi et des autres. Il nous faut viter de nous appuyer sur un plan qui soit rabattement du rel, rduction une de ses dimensions, et surtout sur le plan du discours et de la performativit. Cependant, cette exigence de complexit ne doit pas inhiber la recherche. Ne risque-t-on pas en effet la dislocation de la pense dans le devenir infini, ou encore la dislocation de lobjet dans le multiple infini ? Nous pourrions ds lors tre amens nous rabattre sur une thique insipide, celle du faire-comme-si qui est tout et rien, une chose et son contraire. Si elle nest pas angoissante, cest quelle est rabattue sur une unit transcendante. Le problme, cest que nous ne pouvons certes pas exiger lomniscience pour penser le dtail : ce serait abandonner toute possibilit de produire de la connaissance au sujet de lefficience thique. Do la ncessaire limitation des lments multiples, une opration qui fait cho au rasoir dOccam. Par l mme, nous procdons une limitation de notre travail, que nous devons accepter en tant que telle. Il sagit de recourir une conception de lthique qui ne soit pourtant pas une surdtermination consacrant a priori lchec dune tude sur lefficience thique. Mais sous quel critre peut-on lire certaines ralits comme appartenant au complexe defficience ? 41- Le rejet des dfinitions de lthique Nous nous dpartissons de toute dfinition a priori de lthique. Bourdieu signale le danger de lunification par le nom. Debardieu lui fait cho, qui remet en cause lutilit de la dfinition conceptuelle pour approcher le rel. Il conseille bien plutt de multiplier les points de vue : cest le pouvoir daccumulation des points de vue parcellaires qui permettra de tourner autour de lobjet, construisant un savoir toujours dpassable en fonction de nouveaux indicateurs . Ducros (02) signale galement quon ne peut penser partir de dfinitions universelles do on dduirait un sens, dans la mesure o il ny a que des champs particuliers dans notre existence, des sens irrductibles. Au sujet du sport, il prconise dailleurs de sintresser, plutt qu une dfinition, aux affinits de gestes et au dtail. Dans cette perspective, considrant que lthique efficiente a en propre dtre connecte laction, il nous faut rejeter la dfinition de lthique comme fondement, priorit absolue, facteur majeur du dclenchement et de la conduite de laction. Une telle conception tend en effet lever les valeurs qui la constituent au point den faire des irralits, faire du prtendu important quelque chose qui nimporte pas ds quil sagit dagir. Lthique comme ide premire parmi les ides et parmi les choses est une thique transcendante qui se dconnecte vite des actions concrtes. Ainsi de la notion didal : si lthique est une magnifique ide vers laquelle on tend, alors on peut vite verser dans lidalisme et lutopie, on peut vite lire la ralit effective au regard dune ide par trop abstraite et dgrader le rel pour son imperfection. Cest nourrir une idologie qui vacue le rel dun monde devenu idel. Cette ngation de la vie fait dailleurs natre lattitude inverse, contre-idologique, consistant dnoncer les idoles et les manipulations et incomptences qui se cachent derrire, ou encore rduire lthique une simple esthtique dans une conception tragique de lexistence. Si nous ne nions pas ici la potentielle vracit de telles conceptions, nous les cartons comme ne relevant aucunement de la question de lefficience. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 76. 76 Nous rejetons galement certaines prconceptions philosophiques. Cest refuser le moralisme qui dit ce qui doit tre, mais aussi le minimalisme qui impose un il faut moins de il faut . Dans leur critique du moralisme en effet, les tenants de lthique minimale (Walzer, Ogien) dterminent a priori ce que doit tre lthique et vacuent la question de la puissance thique. Notre critique de labsolutisme est dailleurs plus engage que la leur : nous considrons que les dfinitions de lthique comme systme de valeur auquel on soumet les faits pour les valuer sont vides de dterminations, puisquon peut y mettre toutes les valeurs possibles ou tous les contenus empiriques. Nous nous dpartissons en outre de toute dfinition a priori de lthique. Celle-ci se fait jour dans les dfinitions des valeurs comme celle de Baillet (01, p195) : les valeurs dsignent un ensemble de principes, de fondements, de croyances collectives, de rfrences proposes aux individus qui sincarnent dans des normes auxquelles ces derniers doivent se conformer. Eriges en systme, reprsentant lune des composantes de la culture, elles apparaissent gnralement comme un noyau dur stable, un ensemble de variables indpendantes. Ces systmes de valeurs, contraignant au sens o lentend Durkheim, simposent de lextrieur aux individus, en influant sur les reprsentations collectives, laction politique, les comportements sociaux . Une telle dfinition fait cho celle de Boudon (97), ou encore celle de Delignires et Duret (95) : les normes sont des rgles de conduite stipulant quelle est la conduite approprie pour un individu donn dans des circonstances dtermines, les valeurs sont des critres du dsirable, dfinissent les fins gnrales de laction. Les normes dfinissent le comportement appropri au niveau des usages ou de la conduite requise, au niveau des murs et des lois, elles impliquent donc lexistence de principes plus gnraux la lumire desquels leur prescription et leurs interdits peuvent tre lgitims. Cest ces principes quon tend donner, dans la socit traditionnelle, le nom de valeurs . Le problme de ces dfinitions, cest quelles renvoient lthique une abstraction. Par raction, elles peuvent donner lieu des conceptions de champ que nous voulons viter, comme celle de Bourdieu pour qui quelque chose na de valeur que dans la mesure o elle nest pas partage par tout le monde. Le second problme, cest quelles lient le sens et laction sans jamais poser la problmatique de leur lien. On est ds lors conduit penser celui-ci de faon abstraite comme nous lavions fait dans notre prcdente recherche (valeur, puis principes, puis rgles daction ; dductions, dclinaisons). Nous vitons, pour finir, de prdterminer des contenus thiques supposs en acte. Nous avons dailleurs dj rejet la conception du sport comme rvlateur de la socit, notamment de ses valeurs, ou encore celle du sport comme contre-socit car il nest pas vcu comme tel, autant du point de vue des valeurs sociales que de la continuit existentielle. Nous rejetons ici la rfrence aux valeurs traditionnelles : fair-play, monde de leffort pur, dsintress : certes elles sont l comme inconscient historique, mais il faut voir comment le prsent leur redonne un contenu. Nous refusons galement de nous rfrer aux critiques dans lesquelles le sport est conu comme violence. Messner (in Coulomb-Cabagno et Rascle, 01) prtend en effet que dans la plupart des sports populaires, latteinte de lobjectif (marquer et gagner) est fonde sur une utilisation efficace de la violence , pendant que Coulomb-Cabagno et Rascle (01) affirment que plus le niveau augmente, plus on tolre la transgression de la rgle. Baillet (01) distingue ainsi entre valeurs des amateurs (prudence et modration) et valeurs des professionnels (asctisme et absolutisme). Or notre enqute exploratoire a mis en vidence que la transgression de la rgle existe moins bas niveau dans la mesure o la rgle nest pas conscientise, voire nexiste pas. Les joueurs ne pensent pas que la rgle soit un absolu, que le sport soit un monde part. La dsillusion ne vient ainsi qu partir du moment o on a prlabor une croyance de puret. Qui plus est, le consensus des praticiens est celui de la non-violence : plutt que de dnoncer un mensonge, il nous faudrait dans cette perspective demander comment opre lthique de non-violence. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 77. 77 42- Le sens thique des acteurs Le respect de la multiplicit passe donc par celui de la facult cratrice des acteurs : il ne faut prjuger ni des catgories, ni du sens, ni de leur valeur, ni de leur connexion. A linverse, quand Pociello (99) dnonce le faible engagement universitaire dans la prospective (alors mme quil y a en la matire une demande des acteurs et dcideurs), il donne demble des exemples de prsuppositions au sujet des valeurs, ce qui revient ainsi dpossder lacteur du sens de son action. Certes quand on prjuge on peut vrifier, mais en ce cas on ne vrifie que ce quon a projet. De la mme faon, dans le questionnaire sur lequel Brchon (00) sappuie, la valeur sur laquelle on demande de se prononcer est prdfinie. Mme sil constate que le terme valeur a t galvaud , il sempresse de le dfinir de nouveau : cet oubli de lacte de cration thique peut ds lors verser dans le dbat sur la lgitimit de la dfinition. Au contraire, il nous apparat ncessaire de prendre en compte la dtermination de ce quest une valeur par les acteurs eux-mmes. Sil ne faut certes pas tomber dans le relativisme absolu, il est nanmoins ncessaire de ne pas dpsychologiser totalement. Ceci constitue dailleurs la raison de la critique des interprtations thiques auxquelles se livre Ducros (02). Ce philosophe considre que dans le geste, il y a quelque chose de plus que de la physiologie : le geste est un tant parmi les tants, mais est aussi vanescent ; le geste est un lment du monde qui a en lui quelque chose qui nest pas de ce monde, il est lapparaissant qui retourne au rang de ce qui napparat pas, sachant que lapparaissant est la condition de ce qui napparat pas. Ds lors, il considre que le geste nous renvoie lexistencial : par le geste, lhomme sapproprie les formes de son existence . Cette lecture du sport, intressante, a pourtant elle-mme le dsavantage de dsapproprier lacteur du sens conscient. Ainsi quand Ducros dcrit le smash du volleyeur, il y voit une reprise et une amplification du mouvement de la respiration humaine. Or cette description se fait dans lconomie de la multiplicit des gestes et du sens que, justement, leur donnent les joueurs, condition sine qua non de llection du smash comme geste reprsentatif du volley ball. La tendance des sciences est certes penser malgr les agents. La psychanalyse voit ainsi en lthique le masque du dsir, la censure comme prsence en soi de la collectivit htronome qui a son origine dans le tragique meurtre du pre (Freud, 12). Do sa lecture du discours thique comme porteur de symptmes. Dans le mme sens, laxiome de la critique marxiste pose qu on ne juge pas un individu sur lide quil a de lui-mme (Marx, 59). Il sagit ds lors de comprendre la conscience individuelle comme piphnomne : lthique est ainsi opium du peuple, masque de lintrt de certains dominants. On pourrait dailleurs aller jusqu dire que lthique est le masque du sujet qui a intrt suivre son dsir. Or cette posture intellectuelle fait en ralit cho une tendance naturelle, beaucoup rencontre sur le terrain : prter des intentions aux autres. Elle se fait dailleurs jour en Staps, dans la thorie des attributions causales. Celle-ci a certes une pertinence dans la conduite de lentranement, mais cest une configuration dans laquelle on sait mieux que le sportif ce qui est bien pour lui. Cest pourquoi on veut changer ses reprsentations, au sujet des causes de son chec par exemple. Ds lors, on lcoute mais il nest plus que donneur de signes au sujet des causes de son tat motionnel. Or il faut noter que ces causes ne sont pas les causes de la production relle, seulement des reprsentations. On pense dailleurs a priori quil veut absolument gagner, et si daventure il nagit pas en consquence, alors on parle dauto-handicap. Or tous les entraneurs savent quon ne peut amener le joueur son optimum sil ne porte pas sur lui son projet, son identit de joueur, sa volont dimposer tel jeu comme laccomplissant. La ncessit de considrer la production de sens thique par les acteurs est donc trs importante pour nous. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 78. 78 Le problme, cest que cette exigence du respect de la facult cratrice des acteurs nous renvoie au risque du chaos. Il y a certes ncessit ne pas dpossder les acteurs du sens de leur action si nous voulons faire une tude sur lefficience thique, mais cela nimplique pas de prendre les discours pour argent comptant : bien au contraire cela ncessite un traitement. Cest dire que nous ne pourrons identifier la matire efficiente que si nous prparons notre regard sur le terrain. Cest ce que prconise Pharo (04) qui demande la suite de Durkheim : quest-ce quun fait moral ? Si on avance que cest un fait qui prsente des problmes moraux, on en revient la question puisquil faut savoir en quoi le problme est moral. Il y a un risque de rgression. Aprs avoir formul puis rejet dautres dfinitions possibles, Pharo finit par proposer un ensemble dlments permettant de distinguer les faits moraux des autres : fait qui est ou doit tre autre en raison dune virtualit normative suppose commune, accessible la rflexivit de lagent et susceptible de le justifier (p54), entendu que la virtualit normative oblige sy conformer. Cest en effet une ncessit pour qui veut faire une tude sappuyant sur des lments empiriques : on ne peut saisir le fait moral de faon descriptive, objective, empirique si on ne sait pas dj ce quest la morale, cest--dire si on na pas de critre du fait moral (p58). On ne peut sen tenir la neutralit axiologique de Weber. Il ne sagit au demeurant pas, pour nous, dexpliquer le fait moral comme chez Durkheim, mais bien plutt de se donner les moyens de reconnatre les lments thiques pertinents sur le terrain. 43- Lthique comme bien relatif lexistence de lacteur Il nous faut donc trouver un principe de lien immanent des lments multiples non- infinis, qui les constitue en complexe dhtrognes. La dimension commune qui traverse tous les htrognes constituera le plan dimmanence. Or la dimension commune, cest la qualit efficiente, cest--dire ce qui dans laction vient du sens thique. Nous devons donc dterminer la qualit efficiente, ainsi que ses substrats htrognes. Certes, nous ne pouvons laborer une dtermination abstraite a priori de la qualit efficiente, car notre question porte justement sur lefficience. Mais il est tout fait ncessaire de formuler des dterminations minimales de lthique, a fortiori de lthique efficiente. De quoi parle-t-on quand on parle dthique efficiente ? Quelles dimensions est-ce que cela implique ? Contre les plans transcendants qui considrent le sens au regard de laction, nous voulons procder dans lordre sens/action : pour dterminer lthique efficiente, il nous faut donc partir du sens puis aller vers laction. Dans tous les dbats sur ce qui doit tre, on saccorde sur le fait que lthique est un contenu de conscience. Si Kant (75) va contre lintellectualisme moral, arguant que dans cette perspective il faudrait connatre lensemble des choses voire lensemble des consquences pour pouvoir agir, il cherche au demeurant un lment moral propre lhomme, quil trouve dans la rectitude du vouloir. Evaluer lacte, cest pour lui juger de lintention, la puret de lintention tant la preuve quon a agi par devoir. La matire de laction nest pas universelle, seule la forme de laction peut tre universelle de droit : vouloir que tout le monde agisse tel quon le fait est un principe rationnel universalisable. Or quand Scheller (13) va contre lthique imprative, craignant la ccit du devoir et avanant que lobligation na pas de valeur si loblig na pas saisi de valeur, il considre pourtant lui-mme lthique comme contenu de conscience. Dans laction, la matire de la volont est ainsi la qualit axiologique vise par son sujet dans une intuition motionnelle qui peroit la priori hirarchis des valeurs permettant lvaluation thique des actes. Qui plus est, quand Pharo (04) cherche trouver un critre de la moralit en sortant de ce dbat entre le devoir et le bien, il propose de sappuyer sur la description morale, dans le sens de lanalyse smantique : il sagit pour lui de Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 79. 79 faire la comparaison raisonne de la validit des descriptions morales disponibles et de la hirarchisation de ces descriptions valides. Ainsi, mme quand on se place du point de vue de laction, lthique ne peut tre entendue que comme contenu de conscience. Notons cependant que lthique relve du domaine de la croyance, pas du savoir, entendu que la croyance nest pas un degr moindre du savoir ou encore un faux savoir. Elle est certes une conception du rel et du devant-tre. Le contenu de conscience thique est ncessairement un bien, quelque chose qui a de la valeur. Si lthique ne relve pas dun Bien absolu do on vient et vers lequel on tend, il nen reste pas moins quelle relve ncessairement dun bien. Agir selon lthique, cest agir selon un bien particulier. Nous ne prjugeons certes pas du contenu et de la forme de ce bien : il nous faudra au contraire savoir do il vient, en quoi il constitue un bien. Nous ne pouvons au demeurant, pour les mmes raisons que celles voques ci-dessus, adopter la conception du bien comme relevant de luniversel (Kant, 88), car nous risquons de ne jamais rencontrer quelque thique que ce soit : le bien dont nous parlons est un bien relatif, pas un devoir absolu. Mais cest un bien relatif conscientis comme important, voire comme absolu, donc nous ne faisons pas de distinction radicale du bien et du devoir. Qui plus est cest un bien relatif conscientis comme important car il est relatif lexistence mme du sujet conscient ou de quelque chose laquelle il a trait. Or sans verser dans les prdterminations idologiques du sujet, nous le concevons comme conatus : ce que veut le sujet, cest perdurer dans son tre. Cette conception sied dailleurs au sujet sportif. Jeu (93) crit ainsi que ltre fondamental du sport, cest le tragique, savoir la mise en question de lexistence, cest--dire la prsence immdiate de la violence et limminence de la mort . Il y a une intensification du dsir dexistence car celui-ci est mis en jeu dans le jeu. Lthique efficiente est ds lors pour la vie, le devenir, elle nest pas iatrognse comme le prtend Brohm. Elle est relative lexistence du pratiquant, qui pour elle-mme est absolue. 44- Lthique comme bien relatif laction Si nous projetons de parler de lefficience, il faut rapporter lthique dont on parle laction. Le contenu de conscience dont on parle est en ce sens, ncessairement, une ide engage dans laction, une ide dont on sait ou croit quelle peut tre applique. Ceci renvoie lthique de responsabilit, non pas de conviction, qui resterait aux seules limites de la conscience. Lthique est en effet l art de diriger sa propre conduite (Blareau, 96), et rciproquement lobjet des actes volontaires est quelque bien pour [soi]-mme (Hobbes, 51, chap. 14). Mais si nous exigeons quthique et action soient lies, il faut savoir ce quest une action. Or lhabituelle dfinition de laction comme transformation du monde est trop faible car nimporte quel changement fait de mme : en plus, il faut y ajouter la dimension subjective proprement humaine. Le problme, cest quen considrant que leffet physique observable est cens venir dune cause non physique, on arrive tenir laction pour phnomne mystrieux : elle produit un changement effectif dans le monde physique alors que la cause nest pas naturelle. Livet (05) formule ainsi laporie : tre lorigine dune squence causale sans avoir t pralablement dtermin, cest une des conceptions de la libert. Mais le mouvement quelle dclenche a un processus dtermin . Laction implique donc la compatibilit entre dterminisme et libert. Or comment des effets dtermins peuvent-ils avoir une cause qui ne lest pas ? (p10). Dans cette perspective, lintention est parfois conue comme illusion. Deux courants sopposent ce sujet. A la suite de Wittgenstein, Anscombe (02) propose de ne pas expliquer laction par une cause naturelle ou par lintriorit, mais par les raisons dagir. La Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 80. 80 philosophie analytique veut ainsi analyser la faon dont nous parlons des choses lorsque nous en parlons de faon sense. Anscombe considre alors que lintention nest pas donne dans le vcu intime de lagent, mais dans les descriptions intentionnelles qui appartiennent au monde extrieur. Lintention thique telle que nous en parlons, premire par rapport laction, serait donc illusoire. A linverse, les courants mentalistes cherchent expliquer laction par les causes neuro-physiologiques. Dans cette perspective, Proust (05) affirme quil y a quand mme libert puisque le sujet peut choisir entre diffrents modles internes en anticipant les squences daction possible. Lintention ne serait pas illusoire : au contraire vouloir cest avoir un but saillant, savoir comment agir pour latteindre et avoir une motivation suffisante. Wegner (02) objecte certes que depuis lexprience de Libet (83) on sait que le cerveau prpare laction avant mme que le sujet ait conscience de la vouloir, mais la premire rfute en arguant que lacceptation de laction relve de la conscience du sujet. Nous pouvons dailleurs reporter cette remarque au niveau du projet de vie et de la rflexion thique. Pour sortir de ce dbat, nous pouvons concevoir lintention comme rsidu cognitif des actions, reprsentation a posteriori. Pour montrer que lintention fait corps avec le mouvement, Wittgenstein (45, 621, p228) pose certes la question : quand je lve mon bras, que reste-t-il donc quand je soustrais le fait que mon bras se lve du fait que je lve le bras ? . Mais comment alors distinguer rflexe et action ? Searle (83) propose en fait de considrer lintention propre laction comme limposition sur le mouvement des conditions de satisfaction (but atteint et processus datteinte). Dans cette ligne, Livet (05) affirme que les thories squentielles de laction arrivent des impasses, car lintention nest en fait pas le commencement de laction, mais son rsultat : la gense commune de notre motricit et de notre cognition labore progressivement une architecture cognitive et motrice qui nous permet davoir des intentions. Les architectures de plus en plus sophistiques qui font laction ont pour racine les mouvements de notre corps. Livet peut ainsi dcrire les constituants de base de laction : dabord cible, motivation et type de mouvement, puis rpertoire de rarrangements de nos postures pour les rorienter vers les mouvements qui nous demandent le moins deffort, puis rpertoire dajustements. Quand le mouvement est stimul, il lui manque ainsi, pour tre une action, dtre raccordable aux rseaux de capacit. Or, en acceptant cette conception, nous pouvons considrer la rflexivit thique comme lment de ceux-ci, partant nous laisser une chance de la placer au principe des actions. Mais si nous voulons parler defficience thique, il nous faut de surcrot nous intresser au nouveau qui se fait jour dans lthique et qui, comme source, pourrait passer laction. Sans faire fi des problmes philosophiques, nous faisons en effet lhypothse que lactivit thique est cration positive. Ogien (93) propose en ce sens de considrer que les actions ont une fonction de test. Ce que nous faisons et ce qui nous arrive na pour lui pas de diffrence de sens au niveau psychologique ou physiologique, seulement au niveau social ou moral : dire de quelquun quil agit est une attribution la troisime personne qui permet de sauver la cohrence de lensemble de concepts comme la responsabilit ou la libert. Mais cette perspective est lgitime si on considre que plus nous avons mis en place de dispositifs alternatifs, plus nous sommes responsables. Contre le point de vue de lhistorien qui ne dispose plus de ces actions exploratoires et prospectives, qui nest plus dans les actions en cours et convoque des intentions statiques, il prconise de comprendre laction au prsent : difier un plan daction est bien une activit mentale effective, mais le propre des activits mentales est quelles restent des hypothses tester dans des actions motrices effectives. Laction est mode de test et lintention permet laction dtre un test, en proposant au monde rel un ensemble dhypothses et de mthode de mise lpreuve. Au demeurant, si cette Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 81. 81 vision nous parat recevable pour lanalyse, faisant cho la mthode dductive de Popper, quen est-il dans la ralit des pratiques ? Il y a certes dans le sport de comptition une mise en doute de soi, de sa libert de jouer, mais ce simple statut de test adjoint laction parat tout fait formel. Laction nest pas seulement test des intentions thiques : au contraire il semble exister, en pratique, des diffrences defficience suivant lthique suivie. Cest ce que met en avant Jullien (05) quand il oppose les approches chinoise et europenne de laction. Celle-ci se fait sur le modle grec : pour tre efficace, je construis un modle, une forme idale dont je fais le plan et que je pose en but, puis je me mets agir en fonction de ce but. A linverse, la pense chinoise tarit les finalits, exploite les propensions, elle pense lagir humain dans le procs dengendrement. Cest un dplacement de la pense de loccasion, du Karos aristotlicien, pour la reporter en amont, lamorce. Loccasion est un rsultat. Jullien (96) prend dailleurs parti pour cette thique processive, arguant qu au stade de lactualisation des choses, le rel est devenu rigide, en mme temps quexclusif. Par l il contrecarre ce quon entreprend son gard : on est donc contraint agir, se braquer sur lui En amont de lactualisation, la ralit est encore souple et fluide. Notre efficacit dcrot mesure que se prcise le cours des choses (p156). Lactivit dont il se fait le promoteur relve de la manipulation, de lart discret de la transformation : il sagit damorcer ce qui en se dployant tendra en sens favorable. Au demeurant, si notre projet consiste sortir de la scission du sens et de laction, nous exigeons de ne recourir aucune transcendance : nous devons sortir du problme de lefficience de lintrieur. Or si la rvolution de Jullien est aise en pense, elle ncessiterait dabandonner les reprsentations des joueurs, leur mode de pense qui, sil nest pas la seule, constitue nanmoins une dimension essentielle de la capacit efficiente dont nous voulons faire ltude in situ. Il nous faut donc bien plutt pousser le processus europen son terme et comprendre laction de ce point de vue. Au final, nous proposons de considrer laction comme commerce multiple au monde, et lenregistrement thique comme commerce particulier se rabattant sur les autres. Nous appuyant sur la dfinition de laction de Laban (50) comme ensemble de relations changeantes avec quelque chose (objet, personne, partie de notre corps), nous penchons pour lide de commerces avec lespace, le temps, les agents et les vnements ; lenregistrement rsultant de ces commerces sy rabattant. Dans cette dernire opration, la rflexivit thique consiste percevoir un bien sous la catgorie de lespace, du temps, des agents, des vnements, des enregistrements. Ceci implique de concevoir un sens aux diffrents commerces, qui peuvent tre la direction pour lespace, le pass ou lavenir pour le temps, laffect ou lactivation pour les agents, laction et la raction sur ce qui arrive pour les vnements, la finalit et le jugement pour lenregistrement. Brohm et Adoirno (91) parlent en ce sens de diffrents types de temporalits : la chronologie, la chronomtrie, la chronosophie et la temporalit vcue. Comme le souligne Lahire (02), la question nest ds lors pas de savoir si lindividu est rflexif, mais dapprhender finement la part rflexive, calculatrice, planificatrice de laction et la part daction non planifie, non calcule. Dans cette perspective, nous considrons lactivit thique comme nuance conscientise adjointe aux commerces actionnels leur permettant de se raliser comme bien, entendu que ce bien relve de lexistence mme de lacteur : si lefficience thique existe, alors elle est contenu de conscience dj engag dans laction, qui donne chaque commerce actionnel une nuance particulire permettant au sujet de perdurer dans un commerce au monde changeant. Sont ainsi formules des dterminations minimales de lthique efficiente qui nous permettront de lidentifier sur le terrain. Cela nira pas, du reste, sans conscientiser les conditions ontologiques de son apparition et de sa saisie, qui dailleurs constitueront le plan dapposition des sens et des actions : cest ce quoi nous allons ds prsent nous attacher. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 82. 82 5- Sujet et monde 51- La dichotomie traditionnelle du sujet et du monde Si lefficience thique existe, nous la reprerons au sein de complexes de sens et daction. Or, entendu que nous concevons le sens thique comme manation dun sujet complexe et laction comme commerce complexe au monde, il nous est ncessaire de conceptualiser les substrats de ce complexe de sens et daction, le sujet et le monde, en tant quils sont lis, entendu que le sujet est de sens et daction autant que le monde est de sens et daction. Lthique nest en effet pas rductible une opinion, un conseil quon suit, elle est complexe par nature, engage soi, les autres, le monde. La cration de sens quelle constitue dsigne dautre part une nuance donne laction qui sadosse une vision du monde objectif et intersubjectif dans lequel se positionne et saccomplit lexistence subjective. Or ceci implique que sujet et monde soient connects en ralit. Le danger pour notre tude serait en effet de prendre acte dun abyme ontologique entre le sens et les actions, de considrer un ensemble de penses et de mots spars dun ensemble de mouvements corporels et matriels. Ce serait verser dans le sophisme ontologique de Gorgias qui spare penses, mots et choses. Mais nous ne devons certes pas nous aveugler sur la diffrence des deux registres. Car dj, nos actions chappent nos intentions (Morin, 90). Cette diffrence se retrouve dailleurs au niveau des tudes sur les valeurs : Thvenot et Boltansky (91) sattachent aux justifications et discussions, y accdant par les mots et les textes, pendant que Bourdieu cherche expliquer laction pour ensuite infrer les valeurs qui en sont les principes. Cette fracture entre le sens et les actions renvoie il est vrai celle entre le sujet et le monde, que consacre la distinction cartsienne, donnant naissance la tradition classique, entre ego cogitans et res extensa . Nous pourrions certes concevoir que le sujet thique qui revendique lautodtermination et lautonomie, qui veut suivre sa propre loi et saccomplir comme auteur de sa loi, se heurte effectivement au monde comme htronomie, obstacle jet devant lui. On pourrait ds lors considrer le sport comme nouvelle alination, et lexistence comme processus tragique o la ralisation de soi semble impossible tant le monde tel quil est nie le sujet : lefficience thique serait illusoire. Le problme se redouble en outre quand on cherche sortir de cette aporie en se rabattant sur un des plans ontologiques, lautre tant tenu pour illusoire. Ainsi du subjectivisme qui, considrant que le rel est le stable, formule sa mfiance lgard de la nuance empirique et fonde le rel sur le sujet en fondant le sens sur le sujet. Ainsi de lobjectivisme qui considre le sujet ou lintention comme illusion, de la smiologie et du structuralisme ou encore du bhaviourisme qui conoit lindividu comme somme de comportements rductibles au complexe stimulus- rponse. Il existe dailleurs une dvaluation plus dangereuse en sciences humaines, lintersubjectivisme. Cette position consiste retrouver lunit du sujet et du monde dans la socit : la socit construit le monde et le sujet, le monde du sujet nest que sa socit, le sujet du monde nest que le citoyen. 52- Le lien indissoluble du sujet et du monde En ralit, sujet et monde sont connects. La constitution de lidentit en est une premire preuve. Lhypothse que lindividu soit n ailleurs que l do il vient dtruit la prtention tre demble une identit autonome, substantielle et active, indpendante de son milieu dorigine. Dautre part, quand la modernit dmasque les illusions que le sujet sest fait sur lui-mme, la critique des structures illusoires bases sur les croyances intersubjectives Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 83. 83 conduit autant lvanescence du monde qu la propre vanescence de celui qui doute. Considrant le besoin de compltude de lindividu (mettre toute information nouvelle en adquation avec les schmas mentaux prexistants), Luminet (06) dcrit ainsi la rupture comme effondrement de la vision du monde : celle-ci fait apparatre qu lordinaire il sappuie sur la bienveillance du monde, sur le fait que monde ait du sens et quil y vaille quelque chose. Le sujet na didentit que dans un agencement : dans la solitude il perd toute identit. Ce que le sujet croit lui appartenir au plus profond, intime, voire cach, appartient en fait sa relation lenvironnement social. Cest dailleurs du point de vue de lidal dmocratique dune cit o les citoyens se donnent eux-mmes des lois auxquels ils se soumettent que lide dun sujet conu comme conscience de lui-mme (auto-rflexion) et fondant son propre destin (auto-fondation) prend toute son importance. Ces remarques corroborent en outre celles dHusserl et de Bergson, formules dans un contexte de crise de la psychologie questionnant le passage de la conscience, qui contient des images qualitatives, lespace, qui contient des mouvements quantitatifs : pour le premier, toute conscience est conscience de quelque chose, le monde est dans la conscience , et pour le second la conscience est quelque chose . Tout est donc rel, autant le sujet que le monde. Contre la distinction cartsienne du cogitans et de l extensa , et dans la ligne de Spinoza pour qui lme et le corps ne sont quune seule et mme chose, les thories de lmotion insistent ainsi sur le lien du psychique et du somatique : elles sont en effet le creuset du sens et de laction. Damasio (03) considre que les motions sont majeures dans la production du sens de la vie, mais encore que lmotion est constitutive de laction car un individu nagit que lorsque son bien-tre est prserver ou restaurer . Fridja (in Weinberg, 06) rappelle que les motions sont valuatives, que la perception de lenvironnement est colore motionnellement, ce qui donne sens la vie, pendant quAndr (06) met en avant que les motions sont de bons signaux dalarme, mais quil ne faut pas les laisser diriger la conscience tant elles sont bons serviteurs, mauvais matres . Morin (04) prcise certes que laffectivit peut immobiliser la raison, mais quelle est la seule pouvoir la mobiliser. Cette connexion du sens et de laction par lmotion est corrobore par Ria (05) : plus quune coloration, les motions constituent lessence, la direction de tout acte , elles sont un fil rouge indispensable dans lorientation de lactivit quotidienne, et en mme temps elles sont au fondement de la conscience : contre le bhaviourisme et le cognitivisme, pour qui lhomme se distingue de lanimal grce son abstraction, il propose de concevoir lhomme comme un animal particulier, le dsir tant au fondement de son activit et la rationalit tant une forme plus labore de ce processus adaptatif. 53- Un paradigme volutionniste Cette conception de lmotion nous permet de conceptualiser sujet et monde de faon maintenir leur spcificit sans les rendre ontologiquement trangers. Laffectivit a en effet en propre dtre processive. Damasio (99) avance ainsi que lactivit humaine se dfinit par la continuit de la ligne mlodique de ses tats affectifs, un ensemble de modifications transitoires de lorganisme constituant un processus continu dadaptation de lindividu son environnement physique ou social. Les affects ne dbouchent pas ncessairement sur une motion particulire, lmotion est seulement le moment saillant du processus continuel des tats affectifs. Ce processus renvoie dailleurs ce quon appelle la motivation. Thill et Fleurance (98) notent ainsi que lengagement dans lactivit sportive, motive par le but damliorer sans cesse le niveau de performance, suppose que lathlte trouve les ressources mentales ncessaires pour faire face aux exigences de la comptition. Cest dire que laffectivit est un moteur. Lhabilet des sportifs consiste ds lors adapter lactivation Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 84. 84 motionnelle, celle des entraneurs crer un climat motivationnel. Or lmotion est autant un processus physiologique que psychologique. Tout ceci pousse concevoir le sujet et le monde comme processus. Bergson (27) prouve en ce sens que le mode dexistence de lesprit est la dure, et que mme le moi est mobile, non pas support stable. Piaget parle ainsi de la personnalit comme devenir vers un quilibre jamais atteint, corrobor par Lacan pour qui les identits ne sont qualinations dans des modles, identifications ponctuelles. De mme, le monde est en perptuelle mutation, et laction qui sy droule a fortiori, qui est mobile et rend mobile. Dans un tel paradigme volutionniste, il ny a plus de distinguo nature/culture, seulement des distinctions de rgimes dvolution. Lindividu adhre certes des fixits, mais elles sont elles-mmes entits mouvantes. Honneth (91) affirme ainsi que lindividualit telle quelle se constitue au cours de la socialisation dpend de diffrentes relations de reconnaissance : limage de soi est ds lors vulnrable puisquelle dpend de la reconnaissance dautrui. Ceci fait cho au mot de Pascal : nous vivons dans lide des autres une vie imaginaire et nous nous efforons pour cela de paratre, mais on nabuse autrui quen sabusant soi-mme . Or pour Maffesoli (98), cette proprit de lidentit serait amplifie aujourdhui. On vivrait une crise due la perte dvidence reprsentationnelle : un ensemble civilisationnel na plus conscience de ce quil est . Les idaux de progrs, o rien na de sens que ce qui sert, o la valeur tient l ustensilit (Heidegger), et dautonomie, o le contrat social se construit en citoyennet partir de lautonomie de lindividu, seraient en effet en berne. Ceci conduirait remettre en cause lidentit individuelle spcifique, sexuelle, idologique, professionnelle. Lindividu sestomperait ainsi au profit de formes didentifications o il nexiste que par lautre. Dubet (93) va encore plus loin, et affirme que les sujets qui auparavant collaboraient leur rle institutionnel sen dtachent aujourdhui dans la mesure o ils se fraient un chemin parmi des lments pars et contradictoires. On ne sidentifierait donc plus qu des formes vanescentes, comme celles du champion sportif par exemple. Quand lidentification se durcit sur des formes fixes, elle est dailleurs considre comme pathologique. Ce risque existerait chez le sportif. Carrier (03) note ainsi que la dfinition identitaire est de lordre de la classification, quil sagisse dobjets, dtre vivants, dorganismes. Chacun est identifi par les caractres propres de son enveloppe et de son image (p92). Or, alors que ladulte sexualise ses relations, le sportif sautoengendre, il est homosexu, ractivant les ides infantiles de toute puissance autour de la croyance en la vrit absolue du verdict victoire/dfaite. Le sportif voudrait ainsi reprsenter la perfection de la cration humaine. Cest pourtant de sa rsistance son envotement par sa propre image [que] va dpendre, pour le sujet vivant, lpanouissement de sa sexualit et, par l, de son humanit (p99). Le problme, cest que le sportif se construit sur l image performance (Carrier, 95) : le rsultat est limage qui fixe dans le champ du visible pour le spectateur et dans le champ des sensations pour lacteur, il est la source de limage du sportif de haut niveau toujours jeune et en forme. Celle-ci est adaptation optimale notre systme : imaginaire social fascin par lui-mme dans un instant hors temps. Or pour y parvenir, le sportif est oblig de mobiliser des ressources adaptatives et de cliver le moi entre un dni du corps gnital pour maintenir linfantile et une orientation du corps gnital vers lidalisation frntique du corps. Une consquence pathologique peut ds lors tre langoisse de lendormissement ou linsomnie, dus la peur de limaginaire, de la non-matrise, de la solitude, partant de la non reconnaissance. Or quand Carrier met en avant des lments pour viter ce problme, elle prcise que lencadrement doit veiller la souplesse du passage de lactivit au repos pour garantir la continuit du sentiment dexistence : cest dire quil faut Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 85. 85 assurer les conditions de dveloppement processif de la substance vitale. Le sujet doit rester en mouvement pour continuer dexister dans un monde voluant. 54- La cration thique dans laction Le processus dvolution, du sujet autant que du monde, est justement le lieu de la cration thique. Lhomme a en effet la capacit de cration consciente de soi : lhomme est lanimal qui peut ntre pas lui-mme. Rogers (64) dit bien que lhomme nest pas seulement une machine, mais est engag dans un processus de cration de lui-mme qui donne sens la vie. Mais prcdemment le mouvement physique cre lhomme qui se crera ensuite consciemment lui-mme. Vayer et Roncin (99) montrent en ce sens limportance de laction dans le dveloppement de la personne. Pour lenfant, lactivit corporelle est le principe de toute exprience, de toute connaissance. Laction est en outre la condition du dveloppement des trois structures du systme nerveux central : la base fonctionnelle (analyse et intgration des infos), linterprtation et la finalisation des comportements. Laccession lautonomie ncessite le dveloppement, en phase de droulement de laction, de mcanisme de contrle de laction. Or cest lengagement personnel dans laction qui provoque ces rtroactions : pour que lactivit facilite le dveloppement de la personne, il faut que le sujet soit le sujet de son action, cest la notion dauto-organisation (p71). Ainsi laction, au sens gnral de prise en charge personnelle de sa conduite, peut tre dfinie comme le principe dynamique de tout dveloppement puisque cest elle qui permet dapprhender la ralit matrielle comme relationnelle, par l-mme de se reconnatre et de reconnatre lautre (p75). Cest donc par laction quon accde au sens thique. Qui plus est, lthique est elle-mme processus : la rflexivit est mouvement, retour sur soi qui modifie le commerce au monde par lequel le sujet se cre. Cest dire que lthique appartient au mouvement existentiel qui caractrise lhomme (Buytendijk), mais aussi agit sur lui. Lactivit en soi na dailleurs pas de sens immdiat pour le sujet, cest le contexte matriel et relationnel au sein duquel elle sexprime qui lui donne sens. Le sujet se cre donc un monde par son corps agissant. Le mouvement existentiel ne vise dailleurs pas lquilibre. Nous refusons donc des notions comme lhomostasie qui dsignent lactivit humaine par sa motivation maintenir lquilibre interne de lindividu, pour concevoir plus aisment lhtrostasie (Le Scanff, Legrand, 04) qui signifie un dveloppement continu, une actualisation de soi. Considrant le rapport au monde quimplique le dveloppement existentiel, il ne sagit au demeurant pas de parler en termes de besoins comme le fait Lewin (in Le Boulch, 95) : le besoin nest pas seulement li la situation organique, mais il est galement li aux caractristiques de lenvironnement qui, dans cette mesure, dtermine laction . Dans une telle perspective en effet, on est amen insister sur la ncessit de satisfaire les besoins et projets daction pour conserver lquilibre nergico-affectif. Cette conception du dsir comme besoin va en outre jusqu concevoir le projet comme besoin satisfaire. Ds lors, mme si on pense que lunit de la personne et son panouissement ne se conoivent pas en dehors de sa propre prise en charge, cest--dire de laccs lautonomie de sa conduite , on sappuie sur lide que lunit de la personne passe par la stabilit de son image, vritable invariant de la personnalit (Le Boulch, 95). Pourtant, la considration du travail thique dans et par laction ne peut prendre sens dans une fixation identitaire. Au mieux peut-on parler dun quilibre dynamique comme le font Famose et Gurin (02) : dans le cadre du dveloppement de la connaissance de soi, on veille enrichir le rapport que llve entretient avec son corps et favoriser llaboration dune image positive de soi , image qui tient un rseau de relations rciproques [entre concept de soi, attributions causales et performances] qui forme un quilibre dynamique de telle manire que tout changement de lun engendre des Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 86. 86 modifications dans les autres de faon instaurer un nouvel quilibre . Quoiquil en soit lefficience thique ne peut relever dune relation statique avec le monde, pose par un sujet identifi, et intervient bien plutt au sein dun commerce changeant entre un sujet volontaire et un environnement objectif qui sen trouvent eux-mmes changs. Ces derniers constitueront en tant que tels le plan dapposition des sens et des actions. Ceci requiert au demeurant de concevoir la faon dont la libert humaine, la source ncessaire de toute efficience thique, sinsre dans un milieu htronome : cest ce quoi nous allons nous attacher, en considrant linconscient comme envers coextensif la conscience thique. 6- Inconscients et libert 61- La prsence des inconscients Lthique est mouvance dans la ralit mouvante. La question de lefficience consiste donc demander ce que le mouvement thique peut au sujet des mouvements observables. Ceci implique certes de comprendre ce que peut un mouvement de conscience. Car avant tout, lthique relve ncessairement du conscient. Lintrt des psychologues que nous avons cits au sujet du problme de lautonomie du sujet dans la conduite de laction en est une preuve. Si lthique est source et activit du sujet au principe dactions corporelles volontaires, elle mane de la conscience particulire dun sujet, qui est sujet du sens et de laction. Quand on veut parler dthique efficiente, il est donc ncessaire de ne pas dpossder le sujet de son sens, de sa capacit produire du sens, sinon on risque de ne parler que des structures structurantes ou des rgulations de laction qui relvent dun jeu dadaptations rciproques. Si on ne prend pas en compte les raisons conscientes, on risque de sen tenir aux causes mcaniques qui sont certes effectives et efficientes, mais pas thiques. Lthique relve du volontaire, qui par del le somatique veut dterminer faire telles actions. Les conditions dexistence conditionnent la conscience, mais la conscience rflexive peut diriger activement la frquentation des conditions dexistence qui conditionnent la conscience. Spinoza note en ce sens quavoir conscience des causes de nos actions fait accder une joyeuse libert, plutt que de se fourvoyer et nier un rel difficile accepter. La ncessit de maintenir la catgorie du conscient est ainsi absolue si nous nous proposons de faire une tude sur lthique. Au demeurant, cela nimplique pas de renvoyer la notion dinconscient une irralit. On ne peut certes pas en faire lconomie et penser que la conscience humaine est absolue quant son sens et ses actions : car en ce cas, il faudrait de nouveau opposer ego cogitans et res extensa. Nous devons en ce sens prendre acte de la ralit de linconscient social. Bourdieu (97) dnonce le modle illusoire de lindividu conscient, libre et rationnel et le remplace par celui de lhabitus, conu comme produit dun apprentissage devenu inconscient qui se traduit ensuite par une aptitude apparemment naturelle voluer librement dans un milieu. Mme lesprit philosophique se voit comme pense libre et autonome, mais en ralit il est le produit dune vision du monde ancre dans une position sociale. Certes en raction aux sociologies qui se sont constitues en science en dcouvrant des rgularits, certaines approches (Weber, Crozier, Touraine, Boudon) ont cherch rintroduire la libert, laction, la marge de manuvre. Mais si nous nous situons dans cette ligne actionnaliste, nous noublions au demeurant pas les autres dterminants psychologiques, gntiques ou corporels, qui sont autant dinconscients. A notre avis, ces approches font lerreur de considrer que lindividu est un atome du social, contre le holisme, et ne voient pas la multiplicit qui le constitue. Dailleurs la tendance subsquente en rfrer un inconscient unique, envers de la libert, conduit concevoir lInconscient comme Grand Autre, alienus alinant. Do la ncessit de multiplier les inconscients pour maintenir la possibilit de la libert. On peut ainsi avancer Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 87. 87 lide dinconscient de point de vue : cest un donn auquel on ne peut accder, dans la mesure o le retour rflexif ne peut pouser le mouvement du dsir lui-mme. Morin (04) note ainsi quil y aura toujours de linconscient en nous puisque la conscience sait slectionner ce qui lui agre, la mmoire et loubli constituant des oprateurs dillusion. Il nous faut encore prendre en compte linconscient corporel. Chaque cerveau est en effet le produit dune triple volution : dabord biologique, sur des millions dannes, ensuite culturelle, qui faonne les reprsentations mentales sur plusieurs sicles, enfin individuelle, sur quelques dizaines dannes. On peut encore parler dinconscients instinctif (Darwin), cognitif ou psycho-sexuel. Merleau-Ponty (45) note dailleurs que le corps a son monde et comprend son monde sans avoir passer par des reprsentations, sans se subordonner une fonction symbolique ou objectivante . Gil (88) fait la phnomnologie dun corps, contre les conceptions qui lobjectivent, partant occultent son rle de sujet, conu comme champ pralable tous les effets ou expressions qui le disent. Il montre alors lmergence corporelle de la formation du sens en dehors des processus didentification. En rapportant cette ide dinconscient corporel au sport, nous pouvons mme considrer quen plus de ces hritages, lentranement en cre un autre. Au sujet du geste technique, Caja, Mouraret et Benet (05) crivent ainsi : limage de rfrence est inscrite au niveau des rcepteurs sensitifs ou perceptifs qui savent reconnatre le degr de tension ou dtirement des muscles ou des tendons, et renvoyer aux nerfs moteurs un influx dintensit suffisante vers les plaques motrices pour provoquer ainsi les contractions musculaires adaptes . Quil soit de lordre de linn ou de lacquis, linconscient corporel est donc une ralit que nous ne pouvons passer sous silence, pas plus que linconscient social ou de point de vue. 62- Limmanence des inconscients Si nous affirmons la ralit de linconscient, nous rejetons nanmoins lide dinconscient psychologique au sens freudien. Il ne sagit pas dalimenter les accusations actuelles formules lencontre de la psychanalyse, qui consiste mettre en avant le fait quelle ne soigne pas mais bien plutt infode au monde conomique : la psychanalyse nest pas le reprsentant de lordre tabli. Pasca (04) note en effet que si les troubles psychiques sont considrs comme dficits rparer, non plus comme conflits dont lindividu peut se librer par lanamnse rflexive et la distanciation critique, alors la psychanalyse perd sa raison dtre : sa spcificit rside pour lui dans la volont de garantir lautonomie du sujet, sa capacit lautodtermination, linverse des coaching et autres psychothrapies qui ne visent que lintgration par les patients des valeurs no-librales, partant le contrle social. Si nous nous dpartissons de la conception psychanalytique, cest cependant par le biais de la critique de sa critique du libralisme conomique. Celle-ci apparat clairement dans les mots de Dufour (04) : ce que le capitalisme veut, cest quil ny ait plus de valeur transcendante, transcendantale, morale ou symbolique qui puisse venir rguler le cycle toujours largi de lchange des marchandises. Nous sommes dans lchange flottant, gnralis. Il ny a plus de figure de lautre pour rguler lchange des monnaies. Lide de rseau dpasse celle densemble. Cette dtermination pse tellement sur lconomie symbolique et psychologique que le sujet est appel se constituer sans en passer par cet appui sur lautre . Cette critique du capitalisme met en effet en avant une des proccupations psychanalytiques : le rabattement du multiple sur lunit transcendante ou transcendantale. Or nous cherchons viter celui-ci car il reviendrait vacuer le dsir qui, effectivement, est la source dune structuration des relations en rseaux et non plus en arborescence hirarchique. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 88. 88 Mais surtout nous refusons de concevoir linconscient comme instance qui soit un hors le monde, impersonnel, refuge de la subjectivit frustre de se heurter au monde. Dans cette perspective, lthique serait, comme le rve, la satisfaction cache dun dsir refoul, par exemple celle du dsir de victoire sportive. Assoum (04) crit en effet que la psychanalyse dcouvre que le sujet est malade du bien, de celui quon lui veut et surtout de celui quil se veut au nom de lautre. Comme il est insatisfait de ce bien, il se met aller mal . Ethique et dsir sont ainsi opposs. Or nous pensons linverse avec Vayer et Roncin (99) que le vouloir inconscient est premier, qui nest pas un rsultat du refoulement dun dsir premier mais plutt vient du corps. Qui plus est nous pouvons en rfrer des conceptions plus anciennes de linconscient. De Mijolla (04) note en effet que Freud nest pas linventeur de linconscient : Spinoza (61) crit que nous sommes conscients de nos actions mais pas des causes dont elles sont issues , et Leibniz que nos grandes perceptions et nos grands apptits dont nous nous apercevons sont composs dune infinit de petites inclinations dont on ne saurait sapercevoir . Or justement, cet inconscient dont nous parlent les philosophes a la proprit dtre immanent, processus saccomplissant mme le monde. Dans cette ligne, Deleuze et Guattari (72) insistent pour rfuter la conception de linconscient comme thtre et mettre en avant celle dusine. Linconscient dont ils parlent uvre dans le manifeste, et ne relve pas du latent ou de la logique transcendantale universelle de ldipe, il met en lien des lments htrognes pour crer des agencements. Le monde devient territoire par construction inconsciente. Ceci renvoie au premier Freud (00), qui comprend le rve comme agencement des objets partiels selon les lignes de la construction inconsciente. Ainsi, dans lapproche anthropologique que nous voulons mener, il est ncessaire den rester au niveau du manifeste. Aug (06) note ce sujet que les coles fonctionnalistes et structuralistes qui se sont appuyes sur lInconscient ont cr des discours qui font de lanthropologue le grand prtre dun discours symbolique quil a lui-mme cr. Il lui apparat ds lors prfrable de parler dimplicite. Certes la conscience que les gens ont de leurs propres faits est gomtrie variable. On est conscient dune chose un moment, puis dune autre linstant daprs, on connat une situation aprs coup . Cest souligner la ralit de linconscient de point de vue. Certes il y a des rgles, mais toute la vie sociale consiste les contourner, les adapter. Or au regard de ces jeux dacteurs, la notion dinconscient uniformise et deshistorise les faits sociaux, prdisposant les anthropologues figer les ordres symboliques. De mme, Bourdieu (94) dveloppe une sociologie qui vite toute rduction utilitariste considrant les agents comme des automates intresss. Les agents sont en effet pour lui mus par des raisons conscientes, posent leurs fins et agissent de manire obtenir le maximum de profit moindre cot. Contre lide de rduction un inconscient social unique et transcendant, il met en avant quil y a des intrts multiples. Mais dun autre ct, il y a une impossibilit dire quune action peut tre dsintresse, cest--dire rgie par lthique, si on reste dans la philosophie de la conscience : derrire lintention, il y aura toujours lintention de maximiser un profit quelconque. La notion dintrt est donc ncessaire, qui intervient comme instrument de rupture davec une certaine navet quant lefficience thique. Or lintrt, cest la libido : la sociologie doit dterminer comment le monde social constitue la libido biologique (indiffrencie) en libido sociale (spcifique). Ainsi, linconscient des raisons conscientes, mme morales, cest lintrt. Celui-ci est relatif une position dans un champ non conscientis. Ainsi, lthique dsintresse vient de lintrt dune position sociale dtermine. Mais Bourdieu note que lefficience thique peut consister crer les conditions objectives pour que lintrt conscient ait comme objet luniversel. Cette conception permet den rester au manifeste (les raisons conscientes sont immanentes des positions sociales) et viter de verser dans une vision tragique de linconscient. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 89. 89 Une certaine anthropologie sportive se subsume dailleurs sous cette approche immanente des inconscients. Le Pogam (98), qui voit en Maffesoli l analyste de la socialit mergente , valorise en ce sens une approche comprhensive des pratiques banales saisissant au creux des apparences le contenu latent des symboles utiliss. Ceci constitue pour lui un respect de lacteur qui sefforce de retrouver une unicit par le rassemblement des htrognes dans le symbolique, linverse des pres fondateurs qui souponnent les pratiques et les discours et oublient le sens commun et le vcu. Cette dmarche formiste consiste ainsi mettre en valeur ce qui est, sans imposer un devoir tre, et combler la diffrence entre observateur et observ. Mais si nous saluons cette vise du latent dans le manifeste, nous exigeons de surcrot le maintien de lhtrognit dans lobjet et refusons de retrouver une unit dans et par le symbole. Celui-ci renvoie en effet linconscient dans un hors le monde, alors qu linverse nous le concevons immanent la ralit la plus effective. Ce qui est donn ncessite en outre dtre travaill, puisquil ne contient pas la conscience de tout lagencement inconscient. La recherche ne servirait dailleurs rien si ctait le cas. Nous considrons donc que linconscient immane au manifeste, mais quil relve dune connexion particulire des lments htrognes qui nest pas conscientise comme telle et quil nous faut comprendre. Linconscient de lthique efficiente, ce sont donc les ressources quelle mobilise : le corps et le monde. Lhomme nest certes pas conscient des causes de son action du seul fait quil est conscient de son action, mais on ne peut sparer totalement causes inconscientes et raisons conscientes, car sans raisons il ny a plus daction. Rciproquement, laction nest pas inconsciente au sens de machinale, mais lthique efficiente nest pas conscience pure, elle est conscience redouble, rflexivit, le corps relevant dune conscience dun degr diffrent. Reste dterminer comment la libert thique peut intervenir, au regard de cet ancrage inconscient. 63- Linconscient comme milieu de la libert Faire lhypothse quil y a une efficience thique ncessite de considrer effective la libert de lacteur en conscience et dans laction. Celle-l serait en effet illusoire si son activit tait rductible en tous points des dterminants htronomes. Nous ne pouvons au demeurant dclarer la libert, puisque ce serait postuler une libert abstraite plutt que percevoir une libert concrte immanente : la libert dcrte nest dailleurs possible quen reprsentation, dans un abandon du corps que nous avons dj compris comme cause de llusion de la question de lefficience. Or quand nous considrons lacteur dans un agencement effectif, nous actons de la prsence de linconscient : non pas un inconscient psychologique abstrait, mais un inconscient de point de vue de lthique efficiente qui comprend inconscient social et inconscient corporel. Le problme, cest quinconscient et libert peuvent tre entendus dans un rapport problmatique. Le premier nalinerait-il pas en effet la seconde ? Notons que cest la deuxime fois que nous rencontrons le problme de la libert : nous avons certes dbattu de la pertinence des positions et oppositions actionnaliste et dterministe. Bodin et Has (02) mettent dailleurs en avant que toute position paradigmatique revient prendre position par rapport la question de la libert humaine . Il sagit donc ici de formuler une conception de la libert qui ne se fasse pas dans loccultation des dterminants inconscients. De la mme faon que nous affirmons linconscient social, nous pourrions affirmer la libert par le social. Cest ce que font les thories philosophiques du contrat social quand elles considrent linstitution au regard de ltat de nature. Il sagit pour chacune dasseoir la libert humaine. Pour Hobbes (51), le naturel des hommes cest le conatus, lautoconservation. Le conatus dtermine la conscience, mme quand elle est conscience de ce conatus. La vie tant Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 90. 90 la continuit, la libert consiste accomplir sans entraves ce mouvement vital, sopposer aux obstacles extrieurs aux mouvements . Or seule la cit peut assurer la continuit. La cit vise en effet permettre la vie dtre pleinement elle-mme, dans la mesure o elle pallie le fait que la libert absolue luvre dans ltat de nature se prive des conditions de sa continuit (Hobbes, 42, chap10, 1). Pour Locke (90, 90), lavnement de la socialisation se fait galement dans la continuit de ltat de nature : linstitution dun tat civil relve dune ncessit, qui conforte la paix ngative de ltat de nature et permet de juger celui qui en viole la loi. A partir de Rousseau (55, 66) la tendance est considrer le contrat social comme transcendant eu gard ltat de nature. Dans celui-ci, aucun dsir nest en effet incombl pour qui survit. Cest la ncessit qui pousse en sortir. Il sagit dactualiser lhomme, lhumanit, que Rousseau saisit par introspection : une perfectibilit pousse les hommes sortir de ltat de nature. Il y a ainsi une base thique la constitution politique : celle-ci rpond lexigence de se conformer une nature humaine pure. Elle va en outre rendre lhomme inventif, par exemple dans la ruse de la raison propritaire. Malgr leur diffrence, les thories du contrat mettent donc toutes en relief que lhomme change une libert absolue mais fragile pour une libert relative mais stable. Ceci sera corrobor par Hegel (21) qui distingue la conception de la libert comme capacit infinie de se dfaire de toutes choses empiriquement donnes, quil nomme libert du vide , ngative et abstraite, de la libert concrte qui est actualise dans et par le droit. Celle-ci passe par des tapes successives pour se retrouver elle-mme : certes la libert ne se rsout aucune des sphres par lesquelles elle passe, puisquelles limitent la libert, mais ce sont des moments de la libert pour accder lEsprit, achvement de ltre et de la libert. La vritable libert ne va donc pas sans dterminations : lesprit est immatriel, mais a besoin dhabitudes pour vivre, or cest le droit qui donne les habitudes, par la contrainte. La libert consiste participer activement la ncessit, non pas sy opposer de faon absurde. Suivre les lois de la nature, cest vivre en accord avec elle, donc russir dans laction. De mme au sujet des lois morales : prtendre chapper aux lois morales na pas plus de sens que de prtendre chapper la pesanteur. De mme enfin pour les lois civiles : vivre pleinement, cest avoir une famille, un mtier. Notons que cette conception de la libert comme participation la ncessit tait dj prsente chez Locke (90) : lhomme est un tre qui a le droit et le devoir de juger, la capacit la loi rend possible la libert, car l o finit la loi, la tyrannie commence (202). Elle le sera en outre chez Durkheim (22) : la rgle, parce quelle nous apprend nous modrer, nous matriser, est un instrument daffranchissement et de libert . Mais cette libert nest-elle pas trop abstraite son tour ? Les contraintes ne deviennent-elles pas trop nombreuses, surtout pour certains domins ? Rousseau (66) affirme en effet quune socit nest refonde que pour autant qu chaque instant elle se refonde, ce qui suppose que le citoyen se subsume sous toutes les lois, sous peine de remettre en cause le pacte social. Tocqueville (50) affirme dailleurs que les contemporains sont incessamment travaills par deux passions ennemies : ils sentent le besoin dtre conduits et lenvie de rester libres (chap. 6). Ds lors ils se consolent dtre en tutelle, en songeant quils ont eux- mmes choisi leurs tuteurs , ce qui constitue une libert illusoire et une alination relle : la perte de la facult de penser et agir par soi-mme. Cette ide ntait en outre pas trangre Hegel (21): les Etats modernes ont cette force de laisser le principe de la subjectivit saccomplir jusqu lextrme indpendance de la particularit personnelle et de la ramener lunit substantielle . Burdeau (70) notera aussi que les hommes ont invent ltat pour ne pas obir aux hommes : il nen reste pas moins quil sagit dobir et que le sujet exerce un contrle sur soi pour constituer ltat. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 91. 91 Contre les thories du contrat, qui versent dans le socialisme, les libraux affirment dautre part quil ny a aucun besoin de recourir une thorie du contrat pour rendre compte de lorganisation sociale. Celle-ci nat de la naturelle interaction, inconsciente, de lactivit des hommes. Pour Smith (59), ceux-ci sont conduits par une main invisible accomplir la mme distribution des ncessits de la vie que celle qui aurait eu lieu si la terre avait t divise en parts gales entre ses habitants . Hume (39) avance galement que le corps social est capable dajustements spontans en matire conomique, mais que ces ajustements sont conscients, et non pas inconscients comme chez Smith. La coordination des intrts privs na pas la forme dun contrat social, cest une convention, cest--dire un ensemble dhabitudes prises progressivement. On propose ds lors daccentuer ce mouvement naturel. Ainsi de Turgot qui crit dans larticle fondation de lencyclopdie (57) : le bien gnral doit tre le rsultat des efforts de chaque particulier pour son propre intrt . La motivation la plus puissante est en ce sens lintrt individuel, dont se nourrit lintrt gnral : lEtat doit donc liminer les obstacles qui entravent laction des individus et garantir chacun de pouvoir jouir de ses efforts. Pour Mill (59) de mme, on devrait avoir libert complte et sociale dentreprendre nimporte quelle action et den supporter les consquences . Von Mises prcise dailleurs que le socialisme est mauvais car il pousse lindividu ne plus faire le calcul rationnel. Le libralisme (27) lui parat linverse tre lapplication des enseignements de la science conomique la vie sociale des hommes : il ne cherche que le bien-tre matriel car le spirituel ne peut pas venir lhomme de lextrieur, seulement de lui- mme. Le libralisme veut crer les conditions ncessaires au dveloppement de la personne. Au final, ces vises librales reprochent de concert aux gestions tatiques leur dimension collective qui conduit la passivit individuelle : or, si le flot des eaux navance pas sans cesse, celles-ci dgnrent en une masse boueuse de conformisme et de tradition (Milton). Il nous apparat au demeurant que toutes ces thories, malgr leurs diffrences, conoivent la libert comme libration. Il sagit dans un cas de se librer de linconscient corporel ou naturel qui est une libert trop brute, et dans lautre de se librer de linconscient social qui tend la socialisation et la scurisation excessive. Pour Queval (04), la libration de lhomme est dailleurs historiquement marque : aprs le basculement scientifique du 16me sicle, Rousseau comprend lhomme comme perfectible, et Kant pense sa libert contre la nature. Or une telle conception se heurte au problme de la rgression linfini : une fois une alination dpasse, il y a toujours un autre enfermement. Il nous semble dautre part que pour que la libert soit concrte, il ne faut pas seulement que sactualise une libration eu gard une htronomie, il faut encore que la libration actualise une libert conue comme homognit. Hegel crit en ce sens que la libert est seulement l o il ny a pour moi aucun autre que je ne sois moi-mme , ou encore que lhomme agit, de par sa libert de sujet, pour ter au monde son caractre farouchement tranger et ne jouit des choses que parce quil y retrouve une forme extrieure de sa propre ralit (35). Aron (38) lui fait cho : la libert, chaque instant, remet tout en jeu, et saffirme dans laction o lhomme ne se distingue plus de lui-mme . Il ne sagit au demeurant pas den revenir au narcissisme illimit de lenfant tel que le dcrit Freud (48) : ne faisant quun avec le tout, lenfant rejette hors du moi toute source de dplaisir, tout objet hassable dans la mesure o il chappe lenveloppement narcissique. Car un tel retour conduirait concevoir la socialisation comme difie sur le renoncement pulsionnel : le moi ntant assur, autonome, unitaire que vers lextrieur, dans la mesure o vers lintrieur il est sans frontires tranches, dans le Ca, il sagirait ds lors de trouver une libert existentielle dans et par la libration de cet inconscient psychologique. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 92. 92 La libert conue comme homognit ne peut tre effective que dans un milieu htrogne, pas dans un milieu abstrait. Nous concevons ds lors la libert comme capacit, puissance, qui permet lacteur de se sentir chez soi dans un monde htrogne sans rduire celui-ci. Ceci renvoie la conception de Sen (01/03) : dans la science conomique, la prcision mathmatique des noncs est pour lui alle de pair avec une remarquable imprcision du contenu. Celle-ci est relative une erreur conceptuelle : le bien-tre ne relve pas de la satisfaction dun dsir, car nos dsirs et nos capacits dprouver du plaisir sajustent la situation, en particulier lorsquil sagit de nous rendre la vie supportable dans des conditions difficiles. Ds lors, il faut prter intrt aux performances des individus, leurs capacits relles, ce que les personnes sont capables de raliser avec les biens dont elles disposent. Lobjectif du dveloppement rside donc dans lexpansion des liberts relles, pas dans laccumulation du capital. Dans cette perspective, Csikszentmihaly (04) considre que le bonheur consiste raliser des activits personnelles, atteindre un but personnel dans lequel on est engag volontairement. Avec lactivit autotlique la vie passe ainsi un autre niveau : lalination fait place lengagement, lenchantement remplace lennui, le sentiment de rsignation est chass par le sentiment de contrle, lnergie psychique nest pas oriente vers la poursuite de mcanismes extrieurs, mais utilise de faon favoriser lpanouissement de soi . Porte son degr suprieur, ceci renvoie la conception du flow selon Sligman : tre compltement engag dans une activit pour elle-mme. Le moi sefface. Le temps passe vite. Chaque action, chaque mouvement, chaque pense coule dans la prcdente. Il y a une utilisation maximale des comptences . La libert consiste ainsi, pour nous, dans la capacit. Dans un jargon dentranement, nous dirions quil ne sagit pas davoir des aptitudes, entendues comme potentialits, mais des capacits, voire des comptences, cest--dire des capacits adaptables. Il nous faut ds lors considrer les inconscients corporels, sociaux et de point de vue comme milieu et condition de la libert. La capacit relle qui constitue la libert relle nest en effet pas abstraite, mais bien plutt ncessite le corps et la socit, pour nous sportive, comme matires. Le corps est substrat de la libert, et dun point de vue social celle-ci ne consiste pas seulement pouvoir choisir sans entraves, sans interfrences dautrui, sans domination de sa part. La libration peut dailleurs devenir problmatique quand elle dbouche sur une libert du vide. La libert ne consiste donc pas sen librer, mais bien plutt accder la conscience de ces inconscients immanents. La libration, cest en fait laccession la conscience dune libert relle, la joie. Nous pouvons ds lors concevoir lefficience thique, puissance de vie, comme ce qui permet la libert de saccomplir. Il y a en effet libert quand les inconscients construisent leurs agencements, quand les inconscients ne rentrent pas en conflit au point de se neutraliser : se mettant la hauteur de ses dterminants, lthique vise leur connexion. Ds lors, si nous dsignons lthique comme conscience dun bien relatif lexistence de lacteur et laction, il nous faut prsent affirmer que les substrats du complexe defficience sont les lments de la capacit : la passion comme inconscient corporel, lhabitus comme inconscient social, lthique comme conscience rflexive. Ces lments sont tous desprit et de corps, de sens et daction, de sujet et de monde. Ils sont pour nous les constituants du plan dimmanence. Mais comment pouvons-nous les identifier sur le terrain objectif, sans en prjuger ? Quels guides peut-on utiliser pour aller vers ces substrats de lefficience, lments de la capacit ? Nous allons voir en quoi il est utile de considrer la motivation des acteurs, pour peu quon la comprenne au regard du problme de son insertion dans linstitution sportive. Ceci nous permettra dailleurs de prciser notre hypothse thorique au sujet de lefficience thique (elle est adaptation du processus motivationnel au processus institutionnel) autant que damorcer son actualisation (la motivation des acteurs nous guide vers les lments constitutifs du plan dimmanence). Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 93. 93 7- Cadre thorique : motivation et institution 71- Une conception de la motivation Si nous concevons lthique efficiente comme ide engage dans laction et qui engage lexistence de lacteur, alors lefficience thique est motrice de la perduration de lexistence de lacteur. Cest dire quelle est cratrice de libert pour lacteur, entendue comme capacit. Ceci ne peut se faire quen permettant aux inconscients qui sous-tendent celle-ci de perdurer. Ds lors, si nous voulons apposer sur un plan dimmanence des complexes de sens et daction dpositaires dune thique efficiente, il faut le faire sur le terrain de la capacit, dont les inconscients constitueront le plan dimmanence. Le problme, cest que nous ne disposons pas a priori dindicateurs de la capacit, et que nous ne pouvons rien penser qui ne viennent des acteurs eux-mmes. Or soit nous partons dune dtermination par les acteurs de ce qui relve de leur capacit, mais en ce cas il faudrait aussi leur demander de la relier au sens thique pralable, ce qui reviendrait considrer quils sont conscients de la liaison inconsciente de ces htrognes ; soit nous partons dune dtermination dune thique pour ensuite la relier une capacit, mais nous risquons de verser dans les considrations transcendantes. Il apparat donc ncessaire de trouver un lien objectif de lthique la capacit, qui au demeurant ne rduise pas lune ou lautre de ces dimensions. Nous nous appuierons en fait sur lindicateur que constitue la motivation. Elle est en effet signe de lactualisation de la libert conue comme capacit, puissance de vie qui sintensifie. Quand un acteur actualise une capacit, la droule dans laction, alors il est motiv. Dautre part la motivation est du registre du conscient : lacteur sait reconnatre quand il est motiv, et met du sens sa pratique partir de cet tat de motivation. Mais elle relve encore du registre de linconscient : quand quelquun est motiv, il ne sait pas pourquoi. Certes il est conscient dtre motiv, mais il na pas conscience des causes profondes de cet tat. Il peut se donner des explications et interprter sa motivation en termes de buts, mais ce ne sont que des reprsentations par lesquelles passe la motivation. Au demeurant, il nous faut dterminer ce que nous entendons par motivation sans la prdfinir, mais plutt dans le respect de nos principes pistmiques. Le problme cest que, comme le note Saint-Giron, la notion de motivation va des besoins physiologiques aux aspirations artistiques : la motivation ne serait-elle ds lors pas une vague notion mtaphysique, pr-scientifique, sans efficacit opratoire ? Pour viter un tel cueil, nous nous dpartissons du dbat traditionnel qui oppose deux conceptions de la motivation : la motivation vient du sujet ou elle vient de lenvironnement. Il est habituel de rapporter la motivation lacteur. Certes elle implique corps et inconscient, mais elle est alors conue comme tat de conscience du sujet, celui de la perception de lintensification du sentiment dexistence. On parle de motivation intrinsque. Cox (05) note ainsi que la motivation intrinsque exprime le plus haut degr dautodtermination : lautonomie et le contrle de soi pour agir pour son propre compte et prendre des dcisions. Molodzoff (95) affirme, dans sa prsentation synthtique des thories motivationnelles, que le sens de laction est relatif limage de soi, clef du comportement humain : tout doit tre en conformit avec limage de soi. Certes il y a eu une cration inconsciente, au fil de lexprience, de cette image qui tapisse notre conscience, mais ensuite on agit comme la personne quon croit tre. Caja, Mouraret et Benet (05) lui font cho, pour qui la motivation, tension affective qui dclenche ou inhibe une action, apparat lorsquil y a dcalage entre ce quest lathlte et ce quil voudrait tre . Ds lors, lengagement dun Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 94. 94 individu dpend de la reprsentation quil a de cette activit et de la reprsentation de lui- mme . Pour Famose (01) galement, cest le maintien, le dveloppement et la protection de lestime de soi qui influence le plus fortement le comportement motivationnel : beaucoup de ce que font les pratiquants, que ce soit conscient ou non, est dirig vers la maximalisation de leurs chances de se sentir bien vis--vis deux-mmes. Ds lors ils apprennent viter les situations dans lesquelles ils manquent de confiance en eux-mmes et dans lesquelles ils sexposent tre mauvais . Dans cette perspective, on est amen rapporter tout obstacle laccomplissement de la motivation au sujet lui-mme : le stress nest pas d une situation particulire, il est d lmotion que jaccole cette situation. Il existe seulement dans mon imagination, et cest mon esprit qui en fait une situation de crise en anticipant dhypothtiques consquences nfastes pour mon image Nos comportements sont moins conditionns par le stress que par la reprsentation de celui-ci (Molodzoff, 95, p212). Il sagit donc, pour maintenir ou augmenter la motivation, de donner sens aux tches. Lefficience thique serait en ce sens toute trouve. Le problme, cest quon en arrive vite verser dans lincantation idologique. La seconde dfinition de la motivation met laccent sur lenvironnement. Sans aller jusqu un bhaviourisme radical qui conoit que le stimulus agit et que le sujet ragit, donc que la motivation est du ct du stimulus, Lewin (40) affirme en ce sens que la motivation nest pas un tat permanent, statique, une caractristique individuelle sans rapport avec lenvironnement ; cest un processus qui met en relation lindividu et le contexte social et matriel ; le contexte offre des stimulants la motivation. On ne fait pas defforts sans objectifs prcis atteindre ni sans reprsentations de ce quapportera lobjectif atteint . De lintention laction, il y a leffort, et la motivation est le processus qui fait natre leffort ; or il ny a pas deffort sans conviction de russite, conscientisation du lien entre rsultats et rcompenses, ni prsence dun but prcis. On conoit ds lors la motivation sur le modle du besoin, dont linsatisfaction constitue un moteur. Ainsi de Benjamin (32) qui parle de pulsion primaire qui fonctionne selon une logique homostasique de rduction des tensions . Ainsi de Maslow pour qui ltre humain est m par une diversit de besoins organiss de faon hirarchique : les besoins physiologiques, puis la scurit, laffection et lacceptation par les autres, enfin la ralisation de soi. Mac Clelland lui fait cho, pour qui les besoins daccomplissement contiennent la satisfaction personnelle autant que la reconnaissance sociale, qui implique la prsence du monde. Pour Bouet (69), les motivations des sportifs relvent de besoins physiques, daffirmation de soi dans la comptition et de besoins de comptence, de stimulation, de contacts sociaux. On conoit dailleurs aujourdhui ces besoins en termes de but, ce qui rapproche de la premire conception de la motivation : les buts quun individu se fixe constituent les dterminations majeures de ses conduites, et aprs laction, lacteur compare les rsultats aux objectifs et continue ou stoppe laction. Nous considrons en fait que malgr leurs dsaccords, ces thories dfinissent la motivation de la mme faon. Quand on dsigne par motivation intrinsque celle qui conduit pratiquer pour le plaisir et la satisfaction que lon en retire, et par motivation extrinsque celle qui conduit pratiquer pour retirer quelque chose du monde, pas pour soi- mme, on subsume les deux sous lide de soustraction : le travail de retrait constitue lhomognit des deux. Les thories parlent donc des conditions de la motivation, pas delle- mme, elles la dfinissent toutes deux par son objet. En effet, les approches psychologiques rabattent les processus dont elles parlent sur le but qui sy fait jour. Quand Atkinson (56) formule lide dexpectation valence pour mettre en lien la probabilit datteindre un but et le sens de laction pour lacteur, il dfinit celui-ci comme but. Quand Nicholls (84) parle de buts motivationnels rapports au sujet (buts de tche ou de matrise, dgo ou de comptition), Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 95. 95 il prcise lui-mme quils viennent du contexte familial, scolaire ou de club. Famose (01) crit trs clairement que pour comprendre le pourquoi des comportements, la psychologie de la motivation sintresse aux motifs susceptibles de les expliquer. Il dfinit ainsi la motivation comme affectation de ses ressources afin datteindre un rsultat, le but comme reprsentation dun rsultat dsir anticip, et remarque une augmentation de lintensit si limportance du but augmente. Mme quand on veut parler de spiritualit, on le fait en objectivant un but spirituel. Cest ce que fait Laban (50) : lhomme se meut pour satisfaire un besoin. Par ses mouvements, il vise quelque chose ayant ses yeux une valeur. Il est facile de percevoir le but du mouvement dune personne si ce mouvement est dirig vers un objet tangible, mais il existe galement des mouvements qui proviennent de valeurs intangibles . Si les valeurs se distinguent des objets, elles sont au demeurant conues comme but. Or il nous semble que dfinir ainsi la motivation par son but, cest rduire celle-ci la sphre du conscient, rabattre sur le plan du conscient un processus qui ne fait que comporter du conscient. Pour pouvoir parler de la tension au but, qui certes contient le but mais ne sy rduit pas, on ne parle que du but. Celui-ci a certes lavantage dtre objectivable, mais il est abstrait. Quand par raction on cherche dcrire la motivation elle-mme et non plus son objet, la tendance est la rfrence la substance psychique freudienne, dfinie comme libido inconsciente indterminable. Freud insiste en effet sur la dimension interne-pulsionnelle de la motivation et voit en elle un facteur spcifique qui prdispose accomplir certains buts. Elle relve de linconscient, cest--dire de tout processus dont nous savons quil est prsentement activ, sans que nous sachions, dans le mme mouvement, rien dautre sur son compte (36). Certes la pulsion est une certaine quantit dnergie tendant vers une direction dtermine , mais les motivations ne font que se nouer autour dobjets (objet, personne, activit) pour atteindre un but qui nest autre que son propre accomplissement. Ainsi, Birouste (92) explique la motivation en mettant en avant que lacteur trouve dans lactivit quelque chose de trs profond, correspondant une qute trs singulire dune faon de se vivre. Le got quil a pour un lment invariant renvoie la dimension aesthsique, cest--dire ce qui de la vie pulsionnelle se dcharge, et donc se satisfait, loccasion de la vie sportive sans pour autant prendre la voie de la sensation kinesthsique, pas plus que celle de la transformation en objet esthtique. Le sujet est dailleurs sportif dans la mesure o il empche la pulsion de quitter trop rapidement le rel du corps pour saller plaquer en quelque objet sublim de la reprsentation. Champignoux (92) sappuie pour sa part sur Jung pour qui les dsirs inconscients sont les icebergs des dsirs conscients, ensemble de reprsentations symboliques qui structurent et orientent les actions vers la satisfaction de dsirs inavous. On comprend ds lors que perdre peut tre une pulsion, surtout quand on gagne sans russir. Dernier exemple de cette tendance, Queval (04) crit : la prparation des champions se qualifie et svalue. Demeure toutefois le mystre de la motivation intime de qui tend lexcellence sportive . Le palmars ne suffit pas lexpliquer. Queval recourt ds lors lide dune qute de transcendance , dun dpassement de soi comme processus pour donner sens sa vie. En effet, tre humain, cest sarracher par tous les moyens possibles ses dterminations naturelles . La libido en jeu serait ainsi une libido de condition. Le problme, cest quon ne peut alors faire lconomie du reste de la thorie freudienne. Il faut bien plutt mettre en avant que les motivations ne cessent de rentrer en conflit, posent des problmes au moi, quil lui faut rsoudre : le a est une arne de lutte entre pulsion de vie et pulsion de mort. Qui plus est, il y a chez Freud (48) une tendance concevoir le dsir comme maudit, propos de quoi lthique appartenant au sujet ne pourrait rien, si ce nest de le refouler dans une instance responsable du mal de vivre venir. Lobjet Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 96. 96 nest en effet dsir que parce quil se soustrait, mais le dsirant vit dans langoisse de perdre lamour de lobjet, dtre dans le dsaide . Pour Lacan aussi, ltre du sujet est son manque tre, le maltre du nvros tmoignant dune bance. Or le dsaide initial de ltre humain est la source originaire de tous les motifs moraux. La culture sdifie ainsi sur le renoncement pulsionnel ; aime ton prochain va contre nature. Lagression est en effet un mal en vertu de la dpendance aux autres, de langoisse devant la perte damour, puis elle est intriorise : la vertu y perd la rcompense, car plus on est vertueux, plus on saccuse du pch. La culpabilit est ainsi considre comme le sentiment le plus important du dveloppement de la culture. Celle-l pourrait dailleurs rsulter dune structuration oedipienne. Or il nous faut critiquer cette conception du dsir maudit, unifi, dpossdant le sujet du sens de son action, qui est partie du processus de motivation. Cest ce que propose Lewin (35), en dpassement de Freud : il y a pour lui guidage du processus dans le champ perceptif. Les conditions de liaison de lnergie libidinale ne sont pas dtermines par le destin mais par des valences positives ou ngatives dans le champ. Pour la psychologie dynamique, les motivations ne sauraient tre dtermines en termes de besoins fondamentaux, isolables de leurs conditions globales dmergence et de satisfaction. Nuttin (63) note en outre que lorganisme ne tend pas toujours vers une dtente complte, mais vers un optimum de tension, la cration de nouvelles tensions faisant partie du processus motivationnel et la motivation sintensifiant lapproche du but (contre lide de motivation comme processus de dcharge de tensions). Mais surtout, nous proposons de nous appuyer sur le concept de dsir que formulent Deleuze et Guattari (72) dans leur critique de la psychanalyse. Pour eux la motivation ne manque de rien, surtout pas dun objet. Quand quelque chose manque, il ny a pas de dsir, le dsir ne saccomplit pas. Si au contraire on dfinit le dsir par lobjet dsir, alors le dsir est manque de cet objet. Le monde rel se voit ds lors doubl dun autre monde : le premier ne contenant pas tous les objets, il existe un ailleurs qui contient la clef du dsir. Ceci constitue une perte du rel et de limmanence. Cest pourquoi la psychanalyse ne peut tre une science dobservation : linconscient est toujours dduit de ses effets. Or il faut linverse considrer que le dsir coule dans un agencement, cest--dire une construction inconsciente oprant mme le rel, un dcoupage des lments du monde en lments partiels seyants au dsir, ltre soi. Le processus dsirant peut par exemple mettre en lien tel bruit du rebond dune balle, telle couleur du sol et tels encouragements de lentourage. Lagencement rel peut en outre comporter la prsence dune reprsentation de quelque chose qui pourrait tre l et qui ne lest pas en ralit, en corps, mais cette reprsentation nest pas absence abstraite dun objet dsir, bien plutt elle est lment consistant par lequel passe la motivation. Le dsir se meut dans le pluriel, des reprsentations la physiologie, mais il se meut dans le rel, savoir dans lespace, le temps, les agents, les vnements et lenregistrement. Ce qui manque au dsir, cest plutt un sujet entendu comme entit immuable. Deleuze et Guattari se dsolent ainsi de voir Freud rabattre sur lunit du sujet oedipien les machines dsirantes que sont les associations libres, dcouvertes pourtant dans ltude des rves (00). Ils sinscrivent ainsi dans une perspective spinoziste qui se dpartit de toute conception finale : seul le dsir vit dtre sans but (72, p441). Nous pouvons justement concevoir lefficience thique comme rappropriation en conscience du processus du dsir inconscient : elle participe organiser le rel, le dcouper pour que le processus du dsir puisse saccomplir. 72- Une conception de linstitution dans son rapport la motivation Si lthique conduit le processus dsirant de construction dagencements, elle le fait mme le monde rel, pas dans une sphre abstraite. Or le monde, cest le monde socialis, pas Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 97. 97 une pure nature. La remarque vaut pour le sport, qui par excellence est un monde cr par les hommes. Le rapport radical aux lments, la pesanteur, la rsistance ne doit en effet pas faire oublier la prsence de lhomme qui est organisateur et adversaire, lgislateur de lois agonales qui impulsent et rgulent lopposition. Du point de vue de lindividu, jouer ncessite le regard de lautre, partant implique la prsence sociale. Or linstitution peut apparatre comme tant lhtrogne de la motivation. Elle tend en effet au statique. Les monuments humilient par leur statique dignit nos mdiocres mouvements quotidiens. Au sujet du sport, nous pouvons mettre en avant que linstitutionnalisation de la pratique pongiste seffectue depuis un sicle dans et par la classification et la codification, qui ont en propre stabiliser le rel. Les thories politiques nont dailleurs de cesse de penser le passage de la vie instinctive la vie sociale comme le moyen dassurer la stabilit des conditions dexistence. Pour Aristote en effet, toute activit tend vers un bien, donc si les hommes continuent de vivre en communaut, cest quils y trouvent un bien qui est la raison dtre de leur vie commune : or cest pour lui la scurit extrieure et la concorde intrieure. Pour Locke (90), cest le bien- tre, la scurit et la paix. Burdeau (70) dcrit ainsi le sujet exerant un contrle sur lui-mme pour constituer linstitution, qui en retour lui procure de la stabilit dans ce quil est ; il y a certes une limitation de la libert, mais un ennoblissement de lobissance. Dubet (06) rsume bien cette conception : le terme institution dsigne la plupart des faits sociaux ds lors quils sont stables, mais en plus des faits, il faut aussi considrer les cadres cognitifs et moraux dans lesquelles se dveloppent les penses individuelles, partant linstitution est tout ce qui fabrique un acteur moral chappant au seul rgne de la nature . A partir de l, nous pourrions comprendre les sportifs comme habitant linstitution par intrt, et devenant par l mme moraux. Quel intrt les y pousserait ? La stabilit individuelle : la vie nest plus un d prcaire de la nature, mais un don de la socit, puisquaprs la dfaite, on peut rejouer, donc revivre. Leuphmisation de la violence qui sy fait jour peut en outre apparatre comme une preuve du dpassement de ltat de nature sportif, o les inter-individualits sont rches. Le problme, cest que ces thories qui comprennent les institutions comme outils de libration vacuent le dsir, la motivation, ou en parlent de faon abstraite ou symbolique. Les analyses factuelles sengouffrent dailleurs dans la brche. Ainsi, pour Malinowsky (22), linstitution est la base de la culture, cest par elle quon doit tudier la socit. Il propose de le faire par lanalyse de ses six lments constitutifs : la charte ou le statut comme systme de valeur, le personnel qui la fait fonctionner suivant ces valeurs, les rgles propres linstitution, en application des valeurs, lappareil matriel, les activits, et enfin les fonctions de linstitution. Le fonctionnalisme consiste ainsi mettre jour les mcanismes qui permettent la socit de fonctionner : chaque partie a un rle dans le fonctionnement du tout, chaque chose ou ide a une fonction vitale. Thomas (93) voit ainsi dans le sport deux fonctions majeures, symboliques et de socialisation, dans la mesure o la russite na de sens que par comparaison . Or la fonction est entendue comme satisfaction dun besoin, et le besoin est pris pour le dsir. Ce que nous entendons par dsir, processus inconscient dagencement du monde qui considre louverture de celui-ci, est ainsi vacu. La rintroduction de laffect sous forme finale, telle que la font Laburthe-Tolra et Warnier (93) : la communaut de but poursuivi par les membres se traduit par le sentiment dappartenance au mme groupe , nest pas non plus pertinente puisquelle ne peut considrer le dsir pour lui-mme. Nous devons au demeurant remarquer que cette tendance est porte par les acteurs eux-mmes : Dubet (02) expose lide, partir de la lecture dune enqute o des groupes dinstituteurs, de professeurs, de formateurs, dinfirmires, de travailleurs sociaux doivent ragir aux interprtations proposes par des sociologues, que le programme institutionnel est du point de vue des acteurs une machine rduire les dimensions tragiques du travail sur autrui, le rendre cohrent et supportable. Le programme institutionnel est de nature Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 98. 98 magique parce quil transforme des valeurs et des principes abstraits en pratiques et disciplines qui sont autant de rites . Mais nous ne devons pas non plus oublier que le dsir inutile est lui aussi vital, qui na pas de fonction. Cest peu dire que cest le cas dans les activits sportives. Il nous faut donc adopter une autre conception de linstitution, qui accepte en son sein laccomplissement de la motivation. Ceci est ais quand, dune part, on considre la prtendue stabilit institutionnelle comme elle-mme en mouvement, perptuellement remise en cause par des mouvements internes et surtout externes. Les thories politiques de rfrence parlent dailleurs de corps social pour signaler cette mobilit. Pour Locke, en effet, ltat civil constitue un corps qui se meut dans une seule direction puisque le consentement de la majorit srige en loi. Rousseau (57) prcise que la socit est un corps machine et que la volont gnrale est propre un corps : celle-ci est en mouvement, puisque son action nest pas faite une fois pour toutes mais a lieu tout le temps. Nous devons dautre part mettre en relief le fait que les lments de linstitution sont spcifiquement habits par les processus dsirants. Au niveau des sous-collectivits, on sait tous les mouvements de revendication et de luttes actives : tout vide institutionnel est une brche dans laquelle sengouffrent les liberts qui veulent saffirmer, et font craquer ldifice parfois. Les dcisions politiques font dailleurs rarement voluer les choses par elles-mmes, elles sont plutt, dans leur tentative dunification du territoire, une actualisation des volutions. Nous prterons donc attention linstitution concrte et non pas sa formulation transcendante qui la statifie : nous concevrons linstituant ordinaire comme processus, devenir, construction qui dborde les textes, les lieux, les agents. Ainsi de linstitution sportive, qui sautoproclame dailleurs mouvement sportif . Ceci implique daller contre les conceptions du sport comme modlisation de la socit, reprsentation simplifie, spectacle de la concurrence et de la justice combine. Notre enqute exploratoire a dailleurs mis en avant une euphmisation de la concurrence et une absence dexigence de justice. Le sport est dans la socit comme toute autre chose, voit ses rgles voluer et tre remises en cause sur le terrain. Cest dire que motivation et institution sont certes htrognes et quil ne faut pas rduire lune lautre, mais que les deux sont processives, et que leur htrognit relve dune seule diffrence de rgime daccomplissement : la motivation relve dune construction inconsciente dagencements qui lient les objets partiels, alors que linstitution construit des ensembles qui lient les objets globaux. Le fini et le statique se retrouvent certes au niveau des lments entre lesquels se tisse la toile sociale, mais partout il y a des mouvements. 73- Motivation, institution et thique On considre souvent que la motivation a partie lie avec lthique. Il sagit de ne pas oublier laspect thique de la motivation : la motivation [de lacteur] ne doit pas tre une manipulation qui pousse lindividu adopter un comportement contraire ses convictions, sans quil puisse en juger parce quil est mal inform (Dortier, 92). Cest dire que la motivation est lie la rflexion thique de lacteur. En effet, lexistence dun individu est satisfaite quand elle a un sens . Lthique est en fait une pice du processus motivationnel. Dans la philosophie morale, la motivation est ainsi lie au dsir du bien, et lthique qui sensuit consiste le rendre possible. Pour Aristote, lhomme est principe de ses actes , donc le philosophe recherche sur la fin de ltre, dont la connaissance devrait procurer le souverain bien. Pour les hdonistes, toutes les actions sont motives par le plaisir ou labsence de douleur : Aristippe de Cyrne conoit plaisir et douleur comme mouvement lger et mouvement violent, Epicure comme repos et mouvement. Nous allons ainsi contre la conception de lthique comme limitation du dsir. Andrieu (02) fait tat dune telle morale Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 99. 99 chez le pre Didon qui influencera Coubertin : il faut se faonner par le sport une combativit qui puisse orienter contre ses instincts et permettre ainsi daller vers Dieu, la transcendance. Or cette thique qui va contre le dsir chouera dans la tentative de rvolution pdagogique en 1888, alors que la gymnastique militaire reste lpoque une valeur sre parce quelle convient aux esprits, toujours sous le coup de la dfaite militaire, qui veulent se venger et ainsi supportent aisment ordre, discipline et abngation (le dveloppement physique fait devenir un bon soldat). Cet exemple met en exergue la ncessit de comprendre lthique comme lment du dsir et non pas comme htronome au dsir, qui doit le rguler par devoir. Cest adopter une perspective spinoziste, et non pas freudienne. Cette dernire consiste opposer dsir et morale : la morale va contre les dsirs fondamentaux (oedipiens) pour fonder la vie sociale. En fait la morale est conscience du rejet du dsir : la conscience morale, cest la perception interne du rejet de certains dsirs que nous prouvons, tant entendu que ce rejet na pas besoin dinvoquer des raisons (12/13, p107). Ds lors, le dsir est refoul par la morale, cause de frustrations qui sont compenses dans le rve, accomplissement dguis dun dsir refoul , dans des activits qui subliment la pulsion sexuelle, ou qui finissent par miner la pulsion de vie du sujet. Pour Spinoza (61) linverse, le dsir est puissance de vie qui ne cherche que sa propre perduration : leffort par lequel chaque chose sefforce de persvrer dans son tre nest rien dautre en dehors de lessence actuelle de cette chose (Livre 4, proposition 7). Or personne ne sefforce de conserver son tre cause dautre chose (Livre 4, proposition 25). Le dsir, qui est lapptit avec conscience de lui-mme (proposition 9), inclut ainsi la conscience thique. Ds lors nous ne dsirons pas les choses parce que nous les trouvons bonnes, nous les trouvons bonnes parce que nous les dsirons . Cest dire que lthique est seconde par rapport au dsir. Nietzsche lui fait cho dans ces mots (86, 187) : les morales ne sont pas autre chose que le langage symbolique des passions . Mais lthique a une efficience propre, elle est lment du dsir qui peut quelque chose quant sa nature dsirante. Ltre thique peut tre dans ltat actif, cest--dire quand quelque chose se fait en nous et nous en sommes cause adquate (livre 3, dfinition 2) , cette dernire tant celle dont nous pouvons percevoir leffet clairement et distinctement par elle-mme (dfinition1). La servitude est lincapacit de lhomme gouverner ses affections, donc lthique est puissance de libert. Le dsir dont parle Spinoza nest au demeurant pas abstrait. Il saccomplit mme le monde : les affections considres en elles-mmes suivent de la mme ncessit de la nature que les autres choses singulires (livre 3), nous ptissons en tant que nous sommes une partie de la nature qui ne peut se conserver par soi sans les autres parties (livre 4, proposition 2). Lthique appartenant ce processus dsirant opre donc dans le monde. Or nous entendons ce monde comme institutionnalis. Il faut ds lors considrer lthique comme pice du processus institutionnel. Cest aller contre la conception de la distinction de la morale et de la politique, pour laquelle la morale doit demeurer au sein de la sphre prive, la vie de la cit tant rgie uniquement par le droit. Freund (65) avance ainsi que la morale rpond une exigence intrieure et concerne la rectitude des actes personnels selon les normes du devoir, alors que la politique rpond, elle, la ncessit de la vie sociale. La distinction trouve dailleurs son expression la plus radicale dans laction : la loi morale est autonome, la loi politique est htronome. Rawls (71) affirme galement que le juste ne doit pas tre subordonn au bien, sinon il devient aussi mallable que les formes du bonheur. Au demeurant, si nous projetons de parler de linstituant ordinaire, il faut considrer que la morale est affaire collective. En plus de la loi, cense maner de la volont gnrale, la morale est partage comme rfrence, qui rpond la question comment tre ensemble ? . La Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 100. 100 morale relve du bien commun, et sinscrit dans une perspective politique. Mme la sagesse populaire, porte par le peuple en son cur, a une effectivit. Lexigence morale de pouvoir dire nous dans laction est de surcrot efficiente pour la collectivit. Pour Foucault (84) le lien de la politique la morale est dailleurs marqu lavnement de la chrtient : cest en sachant bien se conduire quon saura bien conduire, le gouvernement des autres correspond au gouvernement de soi. Si on veut distinguer la sphre prive de la sphre publique, il faudrait donc plutt distinguer entre thique et morale. Lthique sinscrirait dans une perspective existentielle qui vise la vie bonne, lors que la morale relverait de la rgle et du devoir. Mais il faut remarquer un lien matriciel de lthique la morale. La morale est un paradigme pour lthique, elle porte en elle un systme de pense, et lthique se formule dans les mots et penses de la morale, mme quand elle se porte contre elle. On confond dailleurs souvent les deux, on utilise lune la place de lautre indiffremment. Il y a aussi un lien au niveau des contenus : lthique se meut vite en morale quand elle est projete sur lautre et, dun autre ct, la cration de soi implique la cration de soi comme sujet social, ce qui cre le social lui- mme. Se subsumer sous la loi de tous pour se dterminer socialement construit le social. Ethique et morale sont donc inextricablement lies. Ceci permet en outre davancer que lthique est une pice du processus institutionnel. Quand on distingue entre une morale et une thique, cest en fait pour signifier quil y a une diffrence de rgime daccomplissement entre le processus motivationnel et le processus institutionnel. Certes les deux sont lis : linstitution ne saccomplit pas si les individus ne portent pas, mme et surtout inconsciemment, cet accomplissement. Le devenir citoyen est une seconde nature pour lhomme : celui-ci a besoin et envie dtre utile, ce qui constitue aussi un principe identitaire. Toute existence dclenche une socialisation (par exemple, le bb cre la famille). Mais telle existence dclenche telle socialisation. Il existe dailleurs des difficults dintgration : ce constat la mode doit nous faire prendre conscience que lindividu saccomplit aussi de faon spcifique, pas ct de linstitution, mais en son sein. Le mode spcifique dtre soi engage un mode spcifique de devenir citoyen. Certes cette double nature est problmatique : il y a une difficult accomplir les deux sans se disloquer. Dans cette perspective, on comprend que les deux activits en conscience sont en opposition. La morale veut limiter le dsir de chacun, affirmant le bien commun comme suprieur celui de chacun ou de tel individu particulier ; de son ct, lthique veut limiter la prsence du social et affirme lexistence propre contre celle des autres, contre leur emprise sur ma propre existence. La morale se donne pour la seule, cest ce quon appelle la pression sociale. De lautre ct, chacun veut se la soumettre, tre continuellement du bon ct, ou bien entre en rvolte. Tenter de relier les deux axiologies par et dans lunit prtendue du sujet ne sert rien : laction est certes individuelle, agir pour me faire exister et agir pour nous faire exister passe par la motion du corps individuel, mais a ne doit pas faire oublier les luttes lintrieur du sujet lui-mme. Cest dire quil y a un commerce entre thique et morale, et quon ne peut rduire lune lautre. Car si lthique vient disparatre, il y a un risque dimmobilisation du sujet, et si la morale svanouit, il ny a plus dAutre, donc plus didentit ni de sujet. Au demeurant, les deux relvent, au regard des processus pris en eux-mmes, de la mme activit. Considrant la dsignation traditionnelle de lthique comme lensemble des rflexions sur le sens profond de la vie et de lactivit, nous pouvons appeler thique cette rflexivit quant aux processus daccomplissement. Ds lors, ne peut-on pas concevoir que le travail thique consiste accorder les deux processus afin de permettre laccomplissement et la perduration de chacun ? Cest lhypothse que nous faisons. Toute la question est de savoir comment lthique opre cet accord. Nous faisons une tude de terrain pour tenter de rpondre cette question. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 101. 101 Cette conception de lthique comme ide engage dans les processus institutionnel et motivationnel, qui vise leur co-adaptation, a dailleurs des chos dans la tradition philosophique. Ainsi de Rorty pour qui la tche de la philosophie est de faire accepter le rel, de le rendre sduisant afin de nous rendre confiants et nous affirmer pleinement. Par exemple, il faut tenir la transcendance pour un irrel qui est entrave lamour de soi ; ds lors la tche thique de la philosophie est de librer le dsir, de nous affranchir de notre appartenance culturelle qui prtend quil y a en nous plus que nous. Il faut substituer lidal rationnel celui dune galisation des chances daccomplissement des fantasmes idiosyncrasiques. Morin (04) affirme dailleurs quindividu/socit/espce sont lis en trinit : lindividu humain, dans son autonomie mme, est en mme temps 100% humain et 100% culturel. Il est le point dhologramme qui contient le tout (de lespce, de la socit) tout en tant irrductiblement singulier (p13). Lthique consiste justement prendre acte de cette complexit, ce qui constitue le premier degr de co-adaptation de chacune des dimensions sans laquelle personne ne peut vivre. Certes pour Freud (48), lthique est une tentation thrapeutique , un effort pour atteindre par un commandement du surmoi ce qui jusquici ne peut tre atteint que contre le travail culturel . La psychanalyse lutte ds lors contre les intransigeances du surmoi qui ne prend pas assez en compte la rsistance contre lordonnance des rgles. Or malgr la diffrence, il sagit chaque fois dadapter un processus un autre. Foucault a port au plus haut point, dans sa rflexion sur la sexualit, lexplicitation du rapport problmatique entre motivation et institution. Dans Lusage des plaisirs (84) il demande en effet : comment les sujets ont-ils t amens se reconnatre et savouer comme sujets du dsir ? Comment lindividu moderne peut-il faire lexprience de lui-mme comme sujet dune sexualit ? Quelles sont les formes du rapport soi par lesquelles les individus se constituent et se reconnaissent comme sujet ? Il introduit le concept de gouvernementalit pour parler de la jonction entre techniques de pouvoir et techniques de soi qui effectuent sur les individus, par eux-mmes, des oprations sur les corps, les mes, les penses, les conduites, de manire produire en eux une modification et atteindre un tat de perfection, de bonheur, de puret. Or ceci ne relve pas de la simple contrainte, mais bien plutt ncessite la libert des sujets. Foucault (88) ne conoit en effet pas le pouvoir comme substance, mais comme type particulier de relations entre individus. Certains hommes peuvent dterminer la conduite dautres hommes, mais jamais de faon exhaustive ou coercitive : pour quil y ait assujettissement au pouvoir, il faut quil y ait libert. Lefficience thique consiste en ce sens adapter un processus subjectif un processus intersubjectif contraignant. Dans cette perspective, Foucault comprend la morale comme code moral, ensemble prescriptif de valeurs et de rgles daction, mais aussi deuximement comme ensemble de comportements rels des individus dans le rapport au code moral, enfin comme thique, manire dont ceux-ci se constituent comme sujets moraux agissant en rfrence aux lments qui constituent le code. Au sujet de lefficience thique, il distingue dautre part entre une ontologie, dtermination de la substance thique (cest--dire dtermination dune part du sujet comme matire principale de sa conduite), une faon pour lindividu dtablir un rapport la rgle et se reconnatre li lobligation de la mettre en uvre, une asctique qui constitue la forme du travail thique, de la transformation en sujet moral de sa conduite, et enfin une tlologie, la constitution dune conduite qui mne lindividu un mode dtre. Foucault (76) note dailleurs que les sciences humaines se sont constitues en reprenant un aspect de la gouvernementalit. En matire de sexualit, on est pass dun art rotique o le matre proposait un parcours initiatique une scienta sexualis o laveu est au cur des procdures dindividuation par le pouvoir : on identifie lindividu par le discours quil est capable de produire sur lui-mme. Lhomme devient animal avouant, ce qui place la Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 102. 102 domination du ct de celui qui se tait et coute. Laveu est prtendument thrapeutique : le vrai gurit sil est dit la bonne personne. Or la discursivit scientifique sy greffe : elle codifie le faire-parler, postule une causalit gnrale et diffuse du sexe et projette darracher des aveux avant den interprter la vrit. Les sciences humaines ont rinsr les techniques de verbalisation dans un contexte diffrent, faisant delles non pas linstrument du renoncement du sujet lui-mme, mais linstrument de la constitution dun sujet. Ces considrations nous poussent tablir des principes de frquentation du terrain pour redoubler de vigilance. Nous ne prtendons aucunement navoir aucune influence sur le processus thique de constitution des sujets par eux-mmes, pas moins que sur le processus institutionnel, mais il nous faudra tenter dorienter le sens de notre prsence pour sassurer quelle ne nous empche pas de penser le problme de lefficience. Que notre dmarche influence la constitution thique des acteurs ne pose pas problme tant quelle ninhibe pas laction, qui constitue notre objet conu comme dpositaire dune certaine thique. Cest en ce lieu que nous considrerons lactivit thique dans son travail effectif dadaptation des processus motivationnel et institutionnel. Dans cette perspective, lactivit sportive semble des plus pertinentes. Elle est en effet dpositaire dune forte motivation de lacteur : sans motivation, pas daction, et lthique qui sy fait jour augmente prtendument la motivation. Qui plus est, le sport est une institution. Huizinga (51) remarquait dj la force socialisante du jeu : il procure le sentiment de vivre ensemble dans lexception. Rappelons aussi la multiplication des rgles et systmes de comptage actualisant la socit sportive. Et surtout, le sport a en lavantage de poser un rapport entre motivation et institution. Terrisse et Labridy notent que le sportif doit tre compt pour compter, ce qui constitue linstitution sportive. Mais se faire compter ncessite galement le consentement du sujet. Cest ce qui a fait croire un moment que le sport pourrait rsoudre les problmes dintgration des membres lensemble social. Wahl (04) note cette prtention linsertion par le sport en vertu de son ducation au travail, aux respect des horaires et de la hirarchie : le sport russirait l o chouent la famille, lcole, larme, les syndicats. Or il faut distinguer entre le sport et ce quon en fait. On y apprend dautre part les lments sociaux comme dans toute autre activit. Mais la force du sport, cest certes que le sport est dsir par les jeunes, donc quil permet dduquer sur le lieu du dsir : Wahl prcise ainsi que le sport est devenu le substrat de rvlation des dsirs sociaux qui ne saccomplissent plus dans la socit. Quoiquil en soit, nous raffirmons la pertinence du terrain sportif pour dvelopper notre approche comprhensive de lefficience thique, nous subsumant ainsi sous le mot de Pociello (99) : le sport comprend irrductiblement un avers motivationnel et un envers institutionnel. Pour que les gens sadonnent au sport, il faut bien quils prouvent du plaisir, y trouvent des significations et des enjeux personnels. Mais pour pratiquer, il faut squiper, il faut le spatialiser, le rglementer, le normaliser, cest--dire lorganiser (p1). Les chercheurs qui prennent le sport pour objet dtude sont irrmdiablement ports vers lun ou lautre de ces deux ples danalyse. La psychologie du pratiquant dune part, lanalyse socio-politique des organisations multinationales du spectacle sportif dautre part, dlimitent ainsi le vaste champ des sciences sociales appliques au sport. Il faut se convaincre de contrler intellectuellement cette irrductible dualit du sport. Il faut tre capable de saisir simultanment ses deux dimensions extrmes et de tenir les deux bouts du raisonnement . Puisse cette prparation pistmologique, qui fait suite la prparation psychologique, nous permettre de mener bien ltude de terrain quil nous faut ds prsent amorcer. Celle-ci sera conduite conformment tous les principes dduits qui, rappelons-le, nont t formuls qu titre de prcaution : ils doivent favoriser le reprage des complexes de sens et daction, aider la construction du plan dimmanence sur lequel les apposer pour enfin rendre possible une comprhension de lefficience thique intgrant la libert des acteurs. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 103. 103 Dduction de principes pistmiques Penser lefficience thique ncessite de penser co-extensivement lthique et les actions, et non pas lune en labsence des autres. Penser lefficience thique ncessite donc de ne pas comparer lthique et laction sans matriser le plan dapposition qui sous-tend la comparaison. La construction conscientise du plan dapposition vise conserver la ralit actionnelle autant que la ralit conceptuelle de lthique. Le plan dapposition doit rejeter la transcendance mais la rintgrer dans le plan dimmanence. Le plan dimmanence doit rejeter la fixit mais la rintgrer dans le plan dvolution. Le plan dvolution doit rejeter lunit mais la rintgrer dans le plan multiple. Les lments relatifs lefficience doivent tre identifis puis apposs sur ce plan dimmanence. Lidentification ne peut relever daucune dfinition a priori de la forme ou des contenus thiques. En ce sens, il ne faut pas aller contre ce que disent les acteurs. Il est ncessaire davoir une ide de ce quest lthique efficiente. Celle-ci est un bien relatif lexistence du sujet et laction conue comme commerce au monde. Ds lors, sujet et monde sont conus comme substrats de lefficience. Ils constituent donc le plan dimmanence et doivent tre conus sous langle de la processivit et de la multiplicit. Si les lments de lefficience sont ncessairement conscients, alors les substrats relvent ncessairement de linconscient. Non pas quils ne puissent tre conscientiss, mais ce niveau de conscience na rien voir avec la conscience rflexive thique. Le plan dimmanence est constitu par linconscient des lments du complexe defficience. Les transcendances, fixits et units sont les guides daccs cet inconscient du plan. Lefficience thique rside ncessairement dans la libert conue comme capacit. Linconscient est le lieu de la capacit. Nous faisons lhypothse que lefficience thique consiste harmoniser les inconscients pour quils puissent perdurer. Pour identifier in situ des complexes defficience, la motivation est un guide prcieux. Elle est en effet le signe dune harmonisation des inconscients corporels et sociaux. Linstitution relevant dun rgime htrogne la motivation, nous faisons lhypothse que lefficience thique consiste adapter le processus motivationnel au processus institutionnel. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 104. 104 4- Mthodologie : la construction inductive du plan dimmanence 1- La frquentation du terrain comme hypothse en acte Pour laborer une comprhension philo-anthropologique de lefficience thique, la ncessaire rflexion conceptuelle nous pousse considrer le problme entre conscient et inconscient, entre processus motivationnel et processus institutionnel. Une tude de terrain en dcoule, qui vise apposer objectivement sens thiques et actions sportives lis en ralit dans un rapport defficience, plutt que de les conscientiser la premire personne au risque de verser dans lauto-valorisation. Ce qui importe est ds lors dassurer lobjectivit du lien des lments apposs, mme sils sont reprs au sein dun milieu dinvestigation tout fait particulier. Il est ainsi ncessaire de construire un plan dapposition des sens et des actions, non pas cr ex-nihilo ni dduit thoriquement mais induit partir dune frquentation exploratoire du terrain qui soit fidle aux principes pistmiques explicits. Il ne faut surtout pas penser malgr les acteurs, ce qui implique de rentrer dans leur monde, en les coutant, sans juger, mme sil faut viter le dbat idologique. Une prconnaissance experte du terrain est donc utile, quil faudra matriser pour ne pas le considrer comme laboratoire. Qui plus est nous devons viter toute lusion de la question. Si nous abandonnons les hypothses avant daller sur le terrain (Garfinkel, 67), nous chercherons donc au demeurant maintenir le corps comme condition de son traitement : cest dire que la frquentation du terrain doit tre hypothse en acte. Concrtisant les principes pistmiques mis jour, elle fait vivre lide qu il y a une efficience thique . Une situation defficience identifie, nous pourrons tenter de la comprendre. 11- Aborder ltude Lessentiel dune dmarche scientifique rside dans la formulation dune hypothse quil sagit de tester mthodiquement. Ceci suppose quelle soit testable empiriquement, cest--dire quelle soit apte recevoir le verdict du monde quon sollicite dans lexprimentation. Cette dmarche va contre la mthode des cas favorables qui consiste tayer, voire illustrer une thse par des observations qui toujours confirment la thse avance. Elle va galement contre la tendance philosophique imaginer des cas pour lexpliquer, ou utiliser des exemples trop gnraux pour pouvoir tre tests. La dmarche consiste donc faire une observation empirique du rel dans une vise exploratoire, puis formuler une hypothse sur la loi de fonctionnement du rel observ sur la base dune rflexion inductive, avant de faire un saut logique et procder par dduction et test de lhypothse dduite. Il nous faut satisfaire cette exigence. Au demeurant, nous estimons que ce nest pas seulement le test de lhypothse qui doit avoir un statut scientifique, mais sa construction elle-mme. Si les sciences humaines ne pourront jamais avoir la rigueur exprimentale des sciences dures, il nous semble que la mthode quelles se proposent de suivre doive sappliquer au seuil de lenqute, cest--dire ds la frquentation exploratoire du terrain. Une ide formule au sujet de lobjet est certes dj engage dans un processus de construction scientifique, mais pour les sciences dures la prsence de lhumain dans la formulation de lide hypothtique est quasi nulle, alors mme que dans les sciences humaines elle est dterminante. Toute hypothse formule au sujet des hommes lest par un homme qui les observe depuis son humanit subjective : il serait problmatique doublier la possible confusion de lobjet et du sujet. La bonne question pose au monde des hommes ne peut se Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 105. 105 laisser porter par les dterminants purs ou naturels de la rflexion ou de lexploration, car ceux-ci sont bien plutt des dterminants durs et culturels. Les ides pures nexistent pas , selon le mot de Bourdieu. Une hypothse viable ne peut tre lgitime du seul fait quelle merge de lectures pertinentes et dobservations scrupuleuses : encore faut-il que celui qui les ralise soit lui-mme dans une posture lgitime, mme si elle ne prtend aucunement tre parfaite, hors le monde. Lexigence est dailleurs accrue pour nous qui avons une position dlicate au sein du milieu tudi. Cest dire quil nous faut russir le passage de lhypothse thorique (il y a une efficience thique) lhypothse pratique (formule de faon immanente au sujet de ladite efficience). Ce passage est au demeurant problmatique. Pour penser lefficience thique, nous postulons en effet quil y a une efficience thique effective. Nous proposons ds lors didentifier des complexes de sens et daction qui en sont dpositaires, avant de formuler une hypothse son sujet. Ceci ncessite de disposer dun plan dapposition des sens et des actions qui nvacue pas une des dimensions. Cest dire quil nous faut construire un plan dimmanence sur lequel nous pourrons apposer les complexes de sens et daction identifis. Lhypothse formule leur sujet deviendra ds lors pratique. Or la rflexion pistmologique nous a fait comprendre que le plan dimmanence est lui-mme constitu par les inconscients des complexes de sens et daction (sujet et monde). Ce cercle vicieux pose crment le problme du commencement. Mais il faut bien commencer. Nous pourrions ainsi envisager de considrer les sens et actions rencontrs demble sur le terrain comme guides qui conduiront au plan, avant de rinsrer les complexes de sens et daction sur ce plan dimmanence. Mais nous remarquons que nous disposons dj dun premier plan. Celui-ci est form par la connexion de la posture et du terrain, mme si pour linstant elle nest pas matrise. Construire le plan dapposition sens/action, cest construire un plan de connexion sens/action, mais aussi un plan de connexion chercheur/acteur. Ceci implique de construire le terrain et de construire la posture, avant de faire muter le terrain en objet grce au travail postural. Il faut par consquent commencer par rendre la posture et le terrain fidles aux principes pistmiques que nous avons explicits lissue des trois premires rflexions. 12- Les dterminations du terrain conformment aux principes pistmiques Le sport nest pas en lui-mme un laboratoire danalyse anthropologique. Il nest pas dpositaire de complexes de sens et dactions vidents et utilisables. Il ne constitue pas demble le plan de lhypothse quil nous faut construire. Cest au contraire sa frquentation mthodique qui va le faire muter en objet. Il ne sagit dailleurs pas doprer la seule objectivation de soi, puisque celle-ci ne peut aller sans celle du terrain, qui accueille en lui- mme le subjectif et lintersubjectif. Le terrain choisi doit donc tre fidle aux principes pistmiques formuls. Le terrain ce nest pas toute la ralit, seulement celle qui se conforme ces principes. La slection des lments au regard des principes pistmiques constitue le travail de lenqute exploratoire. Dans cette perspective, le terrain cest un ensemble de sens et dactions. Il est en effet constitu par les sens des acteurs, cest--dire des lments conscientiss, avec tout ce que cela peut comporter derreurs et de mconnaissance. Le terrain de recherche se limite dailleurs aux rencontres du championnat par quipe de la pr-rgionale costarmoricaine, un niveau de pratique comptitive o la prtention thique est forte, autant du point de vue de la dimension individuelle que de la dimension communautaire. La revendication de pratiquer au nom dune approche personnelle et lgitime du tennis de table est en effet plus forte que chez les professionnels que nous avions prcdemment suivis au Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 106. 106 sein du Golo Volley Ball (et peut parfois prendre la forme dun cri de lexistant face linstitution), et lthique propre la communaut est si prgnante quelle peut aller jusqu remettre en cause le bien-fond et lapplicabilit des rgles fdrales alors mme quon considre a priori la rgle comme le garant de lappartenance de chacun la socit pongiste. Le terrain est galement constitu par un ensemble dactions. Celles-ci sont varies et ont lieu dans diffrents agencements : salle de comptition et dentranement, place publique, mon domicile, le leur. Nous les percevons sous un angle multiple : espace, temps, vnement, enregistrement. Le terrain est par consquent galement constitu par les substrats des sens et des actions : sujet et monde. Or la rflexion pistmologique nous a conduit les penser comme processus motivationnel et institutionnel. Nous considrons donc les lments sous langle du devenir, prenant en compte montes et descentes, progressions et rgressions, projets individuels et projets de clubs. Nous avons dautre part un intrt particulier, entendant le processus motivationnel comme lieu de la capacit, pour les motions, enthousiasmes, activations des acteurs. Reprer les lments du dsir ncessite en outre de senfoncer profondment dans lexistence sportive des acteurs, partant requiert du temps et la collaboration de ceux-ci : notre terrain sera donc constitu par ceux qui auront dcid de sintgrer notre dmarche, y trouvant matire motivation. Au sujet du processus institutionnel, nous serons attentifs linstituant ordinaire. Cest dire que nous considrons les interactions concrtes des pratiquants, plutt que de nous appuyer sur les textes de linstitution globale que constitue la fdration franaise de tennis de table, ou encore la fdration internationale. Il faut au demeurant noter que les interactions concrtes sont enregistres sur les feuilles de rencontres et transmises une cellule fdrale. Ldiction de nouvelles rgles au premier juillet 2005 actualise dailleurs un nouveau dpart de linstitution globale qui influence le processus dinstitution concret et spcifique de la pr-rgionale costarmoricaine. Cest pourquoi, en plus des trois quipes adverses, lintrieur desquelles nous suivons en particulier deux joueurs, nous frquentons les runions du comit qui est ladministrateur du championnat dpartemental, ainsi quune quatrime quipe qui vient daccder au niveau suprieur. Pour ce qui est de la connexion des deux processus, le tennis de table semble tre un terrain propice car dun ct cest un sport individuel pratiqu en quipe et en club, et de lautre cest une pratique qui donne lieu une classification des quipes mais aussi un classement individuel. Notons dailleurs que la variation des ges au sein des formations (50 ans, 35 ans, 25 ans et 20 de moyenne dge entre les deux reprsentants de lquipe) assure la variation des types de motivation et de socialisation, et que lappartenance une mme entit gographique (communaut de communes de Saint- Brieuc) permet galement de prendre en compte les motivations appartenir telle quipe ne relevant pas de lobstacle gographique qui impliquerait un type de socialisation. 13- Les dterminations de la posture conformment aux principes pistmiques Il ny a pas de posture neutre, demble accorde son objet de recherche. Car dj, une hypothse sur les hommes est formule par un homme, ce qui pose le trs prgnant problme de la projection. Qui plus est, il ny a pas de posture immdiatement matrise. Laburthe-Tolra et Warnier (93) rappellent en ce sens que dans tous les cas, les htes contrlent la place occupe par lobservateur, ce qui rend ncessaire de faire lethnologie de lethnologue. Mais encore, lethnologue opre un recueil des lments sur soi : certes dans les sciences humaines, le sujet est lui-mme son propre objet, la subjectivit est le milieu mme de la connaissance . Un travail spirituel simpose donc, que met en exergue Malinowsky (22) : chaque jour, le compte rendu de la veille : un miroir des vnements, un Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 107. 107 examen de conscience, la dtermination des principes premiers de ma vie, un projet pour le lendemain . Il ne sagit pas de faire une simple chronique de lenqute, au contraire le carnet ethnographique est un instrument de travail sur soi et un exutoire pour canaliser les motions. Cest galement en ce sens que va Lvi-Strauss (73, p25) : dans lexprience ethnographique, lobservateur se saisit comme son propre instrument dobservation, il lui faut apprendre se connatre, obtenir de soi une valuation qui deviendra partie intgrante de lobservation dautres soi. Chaque carrire ethnographique trouve son principe dans des confessions, crites ou inavoues . La posture doit donc elle-mme tre fidle aux principes pistmiques explicits. Or la posture, cest un ensemble de sens et daction. Au niveau du sens, il sagit donc de maintenir la complexit, ce qui implique de ne pas se laisser aller aux objectits de la structure, aux premires synthses. Il faudra dautre part faire un travail rflexif, partant porter intrt au regard de lautre, prendre en compte le regard des joueurs sur ma posture. Au niveau des actions, la posture doit sintgrer au rel, devenir pice motivationnelle et institutionnelle de lobjet. Cest dire quil nous faut passer du statut de paria celui dlment reconnu. Le maintien de la multiplicit posturale, grce la diversification des rles (entraneur, joueur, observateur, conseiller, partenaire, adversaire), permettra dailleurs aux processus institutionnels et motivationnels objectifs de slectionner certains lments et de saccomplir travers la posture. Si certes la posture modifie le terrain, nous veillerons tre actif dans cette mutation pour quelle serve lidentification des complexes de sens et daction et la comprhension de lefficience thique qui y est luvre. Cest ainsi que la posture deviendra hypothse en acte, faisant vivre lide quil y a une efficience thique. Encore faut- il, certes, que la connexion de la posture et du terrain soit elle-mme fidle aux principes pistmiques, du point de vue du sens autant que de laction. 2- La connexion de la posture et du terrain 21- Les reprsentations et lenregistrement Le problme, cest que toute posture qui aborde un terrain cherche des repres, cest-- dire tend fixer ce qui est en mouvement. Comment ne pas projeter de fixits sur le terrain ? Il semble dlicat de proposer des rsultats qui soient fixes sans relever dun autre registre ontologique que celui de la processivit. Dun autre ct, il nous faut respecter la tendance naturelle fixer que portent les acteurs. Mais justement, au niveau du sens, nous pouvons nous appuyer sur les reprsentations qui sont luvre dans notre terrain dtude, car celles- ci ont en propre de fixer ce qui est en mouvement. Il ne sagit pas de nous attacher aux reprsentations pour sassurer du lien ontologique de la posture lobjet et sappuyer sur le fait que la pense est co-naturelle aux reprsentations (encore quil faille distinguer entre un concept et une reprsentation ordinaire). Nous sommes dailleurs confronts ici un cercle vicieux : les reprsentations sont en effet un point de dpart et un point darrive de notre tude, puisque nous voulons faire la science des reprsentations thiques dans leur rapport laction. Mais il sagit uniquement davoir une pierre de touche qui soit fidle aux principes pistmiques, qui permettra ensuite de faire un travail de terrain permettant didentifier une thique efficiente. Dans le droulement dune rencontre de tennis de table, il y a un temps spcifique la reprsentation. Lopposition sportive sachve en effet par la signature de la feuille de match et par un traditionnel pot de lamiti (troisime mi-temps) au cours duquel on commente les parties qui se sont droules, on revient sur les rencontres passes et on anticipe celles venir. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 108. 108 Aprs le prsentisme caractristique de lactivit sportive o il faut y tre, tre prsent (hic et nunc), vient le temps dun reprsentisme qui constitue galement le sport. Le spectacle sportif, qui a en propre de surligner le rel, propose en ce sens une squence finale o les joueurs et entraneurs sont amens commenter la rencontre laquelle ils ont pris part. Nous pensons ainsi que le rel sportif est constitu par quatre dimensions majeures mises en relief par les questions basiques o, quand, quoi, comment, par qui, pourquoi ? : espace- temps, vnements, agents, enregistrement. Ce dernier, o simmiscent les reprsentations thiques, est celui de la fixation et est lui-mme fix, permettant notre point de vue de sy fixer sans risquer de dnaturer lobjet, partant constitue pour nous une vritable pierre de touche. Considrant les reprsentations comme pices du rel, et non pas comme vrit ou inversement mensonges et illusions de sens, notre tude consistera ainsi initialement prendre acte de la faon dont elles mergent dans la ralit des pratiques afin de saisir le processus dans lequel elles sinsrent. Des entretiens dexplicitation conduits aprs lobservation des rencontres permettront de mettre jour plus clairement les reprsentations, partir des indices que nous aurons relevs dans le direct de la rencontre. Notons ce sujet que les entretiens devront tre conduits de faon respecter la forme dmergence des reprsentations thiques qui se font jour lors de la 3me mi-temps, et que le type dobservation qui les prcderont devront galement sinscrire dans le processus qui y fait aboutir. Il sagira pour nous de saisir initialement les invariants de la squence finale denregistrement et tenter de les reproduire dans la conduite des premiers entretiens. Cest dire que notre intervention, quelle soit passive ou active, devra sinscrire dans le devenir tudi sans le dnaturer mais bien plutt en en devenant une pice : les entretiens doivent ainsi constituer des prolongements des deux processus et non pas des occasions de discourir sur ceux-l, partant de crer nous-mmes des artefacts. Notre mthode consistera ainsi partir du mode denregistrement comme indicateur du processus tout entier, puis y revenir en rinsrant les reprsentations morales et thiques dans les processus institutionnel et motivationnel. 22- Lidologie Du point de vue des contenus de sens, il faut commencer par identifier les lments sociaux. Les besoins de connexion de la posture et du terrain y conduisent en effet. Tout devenir soi relve dun apprentissage social, et prend mme aujourdhui la forme dune injonction de la communaut panouir sa personnalit , qui plus est tout discours sur soi sappuie sur un paradigme social. De surcrot les entretiens dexplicitation que nous mnerons se feront en utilisant un dictaphone, machine sociale par excellence, instrument denregistrement qui place demble lmetteur dans une position o il croit avoir se prsenter comme personne sociale. Cest dire au final que lobjet dtude, qui en ralit est un tat du compos devenir social devenir soi, se donne de prime abord dans sa forme sociale, autant du fait de sa nature quen raison du point de vue do on le considre. Les discours spontans des joueurs qui mettent en avant le nous et le on vont dailleurs en ce sens, autant que lexpos parfaitement socialis quils utilisent quand ils sintressent des points o est problmatis le rapport entre devenir social et devenir soi : par exemple ils discourent volontiers des excuses quon doit faire quand on a eu un coup de chance , excuses qui pourraient signifier que le joueur nest pas entirement responsable de sa production (en terme de prcision de la propulsion excute) et pourtant qui ont demble une connotation sociale de respect et prennent parfois le statut dhabitude de politesse ; ou encore ils dcrivent une gestion idale du championnat qui nest que la traduction en termes sociaux, voire politiques, de leur intrt propre et de leur approche de la pratique pongiste. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 109. 109 Du point de vue du sens, cest donc lidologie qui constituera notre point de dpart. Considrant lthique comme systme intentionnellement cohrent de principes explicites et lthos comme systme objectif de dispositions, de principes pratiques, Bourdieu (82, p133) signale que par le seul fait de poser des questions, on oblige les gens passer de lthos lthique . Cest dire quune ncessit pratique de lenqute fait rencontrer ncessairement lidologie thique. Mais il considre cela comme une erreur mthodique. Bourdieu (86) va en effet contre le rcit de vie comme donne vraie du sujet, y dcelant la simulation dun ordre logique qui va dun dbut cause premire vers une fin cause finale, o les vnements ont une relation intelligible. On y fait ainsi lidologie de sa propre vie, slectionnant les lments significatifs : le rcit de vie se rapproche du modle officiel de la prsentation officielle de soi et de la philosophie de lidentit qui la sous-tend. Il prconise linverse de prendre en compte la matrice sociale, structure de la distribution des diffrentes espces de capital qui sont en jeu dans le champ considr, de reconstruire lespace social pour mettre en perspective les contenus thiques rvls. Nous devons au demeurant insister sur le fait que lidologie, notamment thique, est une ralit reprsentationnelle qui permet lactualisation dans lenregistrement du processus institutionnel et, pour partie, motivationnel. Bourdieu ne le nie certes pas, mais il considre quelle est donne, alors quau contraire cest une ralit diffuse et quil faut elle-mme la reconstruire : or il ne suffit pas de reprer les lments idologiques (idologmes), il faut encore saisir la logique inconsciente des lments. Qui plus est si nous exigeons den sortir pour bien plutt nous intresser lthos, cest--dire lefficient, nous devons le faire avec les acteurs, de lintrieur et sans les dpossder. Cest pourquoi lidologie reconstruite constitue un trs bon point de dpart au processus didentification des lments efficients. Cest ce que nous ferons en nous appuyant sur le systme du jugement, idologie thique par excellence. 3- Le systme du jugement comme point de dpart 31- Le systme du jugement Nous dsignons par systme du jugement lensemble des choses penses connotation morale (res putatio, rputation) au sujet des actions et des agents, des conditions de jeu et des vnements de jeu, qui interviennent a posteriori par rapport laction. Cette ralit anthropologique est la source dune dfinition de lthique comme systme de valeurs auquel on soumet et subordonne les faits pour les apprcier et les distinguer . Lide de systme renvoie la question de savoir quelle logique systmatique y opre, comment les lments thiques y sont lis entre eux. Lide de subordination , qui sapplique autant aux faits quaux agents qui y ont part, renvoie celle de la cration dune posture dominante par et dans lacte du jugement de valeur : le juge prend de la distance par rapport lvnement, il se veut et se voit la hauteur de la valeur qui sert le jugement, partant se valorise dans le jugement de valeur. Le systme du jugement est aussi facteur rel de socialisation : on se fdre dans le jugement, contre le bouc-missaire ou simplement dans lutilisation dun mme critre dvaluation malgr des diffrences de degr dans lvaluation. Une communaut morale globale se cre, transcendante, par del lopposition sportive. Lacte du jugement semble ainsi lgitim de par son adossement la collectivit, et pourtant il prtend implicitement la tirer de son efficience. La valeur qui se subordonne le monde est cense tre la source des actions. Un pouvoir en est retir. Le problme pour nous, cest que les sens thiques qui se font jour dans le systme du jugement relvent de lidologie thique, rabattue sur le processus actionnel effectif. Le systme du jugement a certes une efficience relative : il comble le dcalage entre ltre et le devoir tre. Par exemple, il fdre par lui-mme, par sa diffusion, plutt que par la valeur Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 110. 110 solidaire laquelle il se rfre. Le consensus ne sembarrasse pas dtre cohrent dans son usage des valeurs pour autant quil soit recr chaque fois dans et par le jugement. La libert qui sy fait jour est dans lide et le discours, pas dans laction, et ne relve pas de la capacit. Qui plus est laction ne porte plus aucune htrognit par rapport lide. A partir de louvrage de Thvenot et Boltansky (91) qui ne parle que de jugement, on voit en effet que les agents vont dans le monde o ils seront le plus grand ; or ceci implique quils changent de monde chaque fois que laction relle porte prjudice leur justification valorisante. Il ne sagit certes pas pour nous de considrer que la rectitude dans laction soit le seul mode defficience, mais penser lefficience thique ncessite de se connecter laction, non pas aux seules reprsentations de laction. Or dans le systme du jugement, les actions sont aplaties dans le monde des images. Il constitue donc bien lidologie thique, partant une pierre de touche pour nous, dont il faudra certes se dpartir. Nous le formaliserons en reprant les jugements moraux des acteurs, puis en en extirpant le critre dvaluation, qui malgr les diffrences dapprciation constitue le socle idologique commun des acteurs. 32- La ncessit de sortir du systme du jugement Identifier des complexes de sens et daction ncessite de se dpartir de lidologie thique. Cest dabord au nom de raisons thoriques, et notamment posturales. Il y a en effet une ncessit suspendre le jugement, faire une epoch (Husserl) : car quand on juge, on ne pense plus. Le jugement ne peut pas constituer le plan de lhypothse, dans la mesure o la posture ne serait pas matrise. Une dsocialisation en rsulte certes, qui pose problme puisque nous voulons nous intgrer au terrain : il est donc ncessaire de sortir du systme du jugement sans le dsintgrer. Mais des raisons objectives poussent galement en sortir, qui tiennent son rapport laction effective. Le systme du jugement dont on parle nest pas en effet un systme de justice avec verdict et application dune sentence ; le jugement y est flou, qui dsengage le juge. Certes cest une ralit anthropologique qui intervient de faon marque au moment du bilan des quipes (enregistrement, 3me mi-temps, rabattement des jugements pars survenus pendant la rencontre), mais les valeurs qui sous-tendent le jugement mergent a posteriori, par consquent ne peuvent tre la source des actions. Le jugement de laction opre dailleurs sur une reprsentation de laction, pas sur laction relle ; or laction reprsente pouse les formes de lontologie rificatrice propres aux reprsentations morales courantes, dans un systme o les valeurs les plus abstraites sont prises pour des choses videntes. Les actions sont rabattues, dans la reprsentation, sur les tables des gnralits idologiques dralises. En rsulte un systme statique, alors que laction est dynamique et ncessite dtre reprsente dans une ontologie du devenir. Des raisons empiriques commandent galement de sen dpartir. La frquentation exploratoire du terrain a en effet mis en relief une dconnexion entre valeurs du systme du jugement et actions relles. Par exemple, alors mme quils ont formul le principe il ne faut pas jouer sur le comportement , les joueurs expliquent par la suite en quoi ils le font. Ou encore ils prdiquent de ne pas prendre de temps mort car cest attenter au moral de ladversaire par des moyens dviants , alors mme quils nutilisent pas les temps morts parce quils mconnaissent leur utilisation rglementaire et leur utilit tactique. Nous avons ainsi repr des incohrences au sein dun systme qui se veut cohrent. Dailleurs au sujet des dviances identifies, on se dresponsabilise, qui plus est on met en avant un certain anti- jeunisme pour conjurer ce dficit de maturit. Et surtout, la rfrence aux vertus prsumes du systme du jugement fonctionne en cercle : une vertu tant explicite et revendique dans un entretien, nous proposons dvaluer une situation relle observe au regard de cette mme vertu. Or la rponse consiste avancer que ladite situation requiert den rfrer une autre Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 111. 111 vertu. On change par l le point de vue sur laction et conforte ainsi sa posture dominante et lgitime en matire de morale. On va ainsi toujours de laction au sens et on fonctionne sur le rgime du cercle vertueux. Ds lors, si nous posons la question de lefficience thique et quil nous faut considrer laction comme dcoulant du sens quon veut lui donner et comme accomplissement dune exigence thique, il nous faut trouver un moyen de sortir du systme du jugement qui fonctionne tout linverse. Ce que nous voulons, cest trouver un moyen daller du sens laction sans dpossder les acteurs du sens de leur action. 33- Les repoussoirs Si le systme du jugement est un bon point de dpart, cest parce quil assure la connexion de la posture et du terrain. Cest ce que soulignent Thvenot et Boltansky (91) quand ils mettent en rapport les principes dexplication des sciences sociales et les principes dinterprtation des acteurs : par exemple, le dvoilement de lintrt sous le prtendu dsintrt est une activit ordinaire des acteurs qui cherchent dvaluer une forme de justification pour en faire valoir une autre. Il convient ds lors de se maintenir dans la description au plus prt de la faon dont les acteurs eux-mmes tablissent la preuve dans la situation observe, ce qui conduit tre trs attentif aux formes de justification . Le problme pour nous, cest que cette conception sappuie sur une conception de la science comme rvlatrice, qui plus est rvlatrice de justifications potentiellement dconnectes de laction. Mais il est certain que le systme du jugement constitue un repoussoir clairement identifiable. Les reprsentations du systme du jugement ont en propre de fixer le rel, partant ratent la dynamique de laction, mais elles appartiennent en effet au rel. Cest donc une ralit sur laquelle nous pouvons nous appuyer pour la constituer en repoussoir. Il nous faut par l-mme rejeter les catgories qui sy font jour comme non efficientes quant laction tout en prenant pleine conscience de leur existence effective. Le systme du jugement ne peut rendre compte de lefficience thique, il correspond bien plutt au placage de la ralit dynamique sur les lignes dune reprsentation courante et idologise, mais lefficience thique que nous tentons de mettre jour doit pouvoir rendre compte de leffectivit du systme du jugement et de ses catgories qui crent une communaut morale en affirmant la ncessit de son existence (performativit). Cest dire quil nous faut accder au sub- reprsentatif et ante-reprsentationnel en rendant compte de lmergence dun tel systme de reprsentation qui se donne comme systme efficient. Du point de vue du sens nous disposons galement dun repoussoir identifi. Nous avons en effet repr un rejet des rgles rgulant le duel sportif, ce qui constitue une ngation de la dimension duelle et conflictuelle du sport, de la cration dingalits qui laccompagne, au profit de laffirmation de valeurs pacifiques. Les grandes valeurs sportives nont en ce sens aucun lien lactivit duelle effective. Les catgories du systme du jugement sont ainsi celles du moindre cot. Par exemple, on prfre le respect de la personne au respect de la rgle . Or le premier est un double performatif, dont le cot nest que celui du langage et du faire-comme-si, alors que le second est efficient quant laction puisquil la limite et en dtermine un type conforme. Ds lors, supporter une injustice au regard de la rgle est moins coteux que de faire face au conflit. Or lthique efficiente ne peut tre celle du moindre cot, puisquelle cote ce qui est ncessaire pour que laction se ralise. Il pourrait y avoir une thique du moindre cot, mais celle-ci serait explicite. Cette considration ne relve pas dune projection posturale, au contraire elle se fera jour dans des rvoltes individuelles qui ne peuvent se rduire la non-conformation des vnements aux valeurs du systme du jugement. Bien plutt, elles ont voir avec la tension la performance que les valeurs du systme du jugement tendent euphmiser. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 112. 112 4- La mthode pour sortir du systme du jugement 41- La variation des distances et la rintroduction de lopposition Le systme du jugement nous semblant inapte rendre compte de lefficience thique pour autant quil opre avec des catgories trop fixes (les valeurs ternelles, graves dans lairain) pour reprsenter la dynamique des actions, il nous faut trouver un moyen de sortir de cette fixation du sens pour travailler sur des catgories qui soient efficientes quant aux actions relles. Or cest le point de vue humain qui saisit les fixits dans un monde qui est ontologiquement en mouvement : dans la mesure o la distance rpartit les fixits, il semble possible de faire varier les distances laction pour faire varier les fixits, et accder ainsi des fixits moins manichennes, rendant possible la complexit et la dynamique. Cest oprer une multiplication des points de vue, ordonne mthodiquement, partir dun point de dpart qui nest pas une dfinition. Considrant la dficience du concept gnral, de lIde, de la dfinition conceptuelle pour approcher le rel, Debarbieux (03) propose ainsi de multiplier les points de vue, puis de les expliciter : cest le pouvoir daccumulation des points de vue parcellaires qui permettra de tourner autour de lobjet, construisant un savoir toujours dpassable en fonction de nouveaux indicateurs . Ceci fait cho la mthode de Bourdieu (84) qui, considrant la situation denqute comme march linguistique o sactualisent des rapports de force linguistiques et culturels, propose de faire varier la situation denqute en faisant varier la situation de march. Ces variations de point de vue ou de plan de communication correspondent ce que nous entendons par distance. Un problme rside certes dans le choix de la logique de passage dune distance une autre et dans larrt du processus de distanciation. Si la frquentation exploratoire du terrain a mis en relief une ngation du duel dans le systme du jugement, le processus de distanciation qui vise lactionnel aura ncessairement pour objectif de le rintroduire. Il nous faut rintroduire la prsence des valeurs conflictuelles qui sont expulses du systme du jugement bien-pensant alors mme que les acteurs de la pratique ont pleinement conscience de la ralit du conflit sportif. Cest dire quil nous faut passer de reprsentations morales qui nient le duel et enregistrent les dispositions grgaires comme vices des reprsentations qui en assument leffectivit. Ce passage nest pas une projection, car la comptition est relle : linstitution est pour beaucoup occupe organiser le championnat par quipe et les joueurs ont conscience de faire de la comptition. Ce passage est en outre coextensif au passage du collectif lindividuel : laction de propulsion du projectile est individuelle, le rsultat dune rencontre collective correspond laddition des rsultats individuels. Le paradoxe de notre tude, cest quelle se propose daccder au subjectif en faisant clater les figures sociales de la personne ou de lidentit, qui pour nous ne sont que des outils de reprsentation manant du social. Nous tenterons ainsi de saisir cette ncessaire dimension thique sur un unique mode relationnel : la motivation est en effet rapporte une relation, un change ou un flux dans les discours des joueurs, et le rabattement de ceux-ci sur un sujet ou une personne ne sont que des rcuprations par le devenir social, double tranchant dailleurs puisque les flux grondent sous les fixits sociales au point de pouvoir retransformer une personne en phnomne . Tous les sportifs savent bien dautre part que pendant une partie, on ne se vit aucunement comme une personne, et que le meilleur niveau quon puisse atteindre se fait dans un tat hors sujet , un tat de transe ou de flow. Or le problme mthodologique, cest que la tendance des entretenus va aller la prsentation de soi en tant Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 113. 113 que personne, puisquon sera initialement dans le reprsentationnel et que le dictaphone constitue en lui-mme un instrument denregistrement dont on a vu la connotation minemment sociale. Dun autre ct, laccs au subjectif semble des plus dlicats, et le danger serait de projeter un modle de subjectivit manant de nous-mmes. Nous avons au demeurant not que les cueils mthodologiques ou pistmiques ne devaient pas faire rater lobjet, en loccurrence la prise en compte du subjectif dans toute tude sur lthique. Il nous faut donc mettre en place une vritable stratgie qui permette daccder cette dimension irrductible au social. Vouloir accder au subjectif, cest projeter de formuler la devise des acteurs en se dpartissant des discours consensuels prcdemment identifis. Il sagit didentifier des lments thiques qui ne soient pas du mme registre que ceux identifis dans le systme du jugement. Or la prgnance du social sur le reprsentationnel nous conduit nous intresser au subreprsentatif, domaine dans lequel nous pourrons nous appuyer sur des guides thoriques : la considration des associations libres chres la psychanalyse, que reprendront Deleuze et Guattari dans la critique de cette dernire. Nous disposons en outre de guides pratiques qui pourront nous livrer certains indices permettant de diffrencier les approches individuelles, par exemple la diffrence de rapport la socialit suivant lge. Certes, la mthode a le dsavantage de ne pas assurer une galit de traitement du devenir soi des diffrents joueurs, puisque celui-ci dpendra aussi de conditions affinitaires, mais lessentiel est dy accder pour pouvoir analyser la diffrence de rgime. Les entretiens dexplicitation mens aprs chaque rencontre observe tenteront de sinscrire dans le devenir soi de chacun : ils seront mens dans des lieux apprcis par le joueur. Ils commenceront en outre par la description de la rencontre et des parties effectues au regard du bilan initial du joueur qui dira sil tait motiv ou pas. 42- Une mthode douce Au demeurant, les transformations des sens thiques ne constituent pas comme telles des donnes pertinentes et lgitimes. Il nous faut viter denregistrer des artefacts comme rsultats valides. Lintervention ne peut constituer une preuve : il faut se dpartir de lide que les choses sont telles que nous les imaginons puisquelles le deviennent quand nous y intervenons. Chaque distance doit au contraire constituer un complexe : les fixits enregistres doivent merger aux confins du devenir soi, du devenir institutionnel et du devenir postural, et tre parfaitement conscientises. La sortie du systme du jugement doit en outre sappuyer sur les acteurs, qui ne sont pas des idiots culturels . Les joueurs avec qui nous travaillons doivent dailleurs adhrer la dmarche, voire y trouver un intrt, dans la mesure o elle est longue et permanente. De notre ct, il sagira de vaincre la rsistance lcoute. Ceci implique une certaine endurance, mais encore une capacit supporter lennui. Celui-ci est mthodique. Le processus dcoute na en effet pas la logique de la dcouverte dcrite par Bachelard. Il ne constitue pas une histoire des erreurs mais bien plutt une errance dans le chaos qui ne peut aboutir aucun discours sens, qui seulement pousse vouloir sortir de ce pan indicible du processus de recherche. Le rapport au chaos se traduit par lennui comme absence de sens, suspension du processus du dsir ; or dans lexacte mesure o le divertissement est accomplissement du sens pour soi, lennui est le moyen de voir le sens pour les autres. Accder au sens pour les acteurs requiert galement de se dpartir de toute violence : il ne sagit aucunement de leur faire avouer ce que nous comprenons de la pratique sportive. Foucault (76) note dailleurs que cette tentation est lorigine de la naissance des sciences Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 114. 114 humaines : une poque o on identifie lindividu par le discours quil est capable de produire sur lui-mme, lhomme devient animal avouant et la discursivit scientifique se greffe sur la posture dominante de celui qui se tait et coute, cherchant arracher laveu avant de linterprter. Nous devrons donc tout mettre en uvre pour viter linterrogatoire. Certes, la philosophie comme savoir introspectif est sous-tendue par lhonntet, donc si nous cherchons expliciter la philosophie efficiente des joueurs, il y a ncessit aller vers lhonntet. Mais ceci devra se faire sans violence, non pas sur le modle maeutique. Nous rejetons dailleurs une autre caractristique de lentretien socratique, celle de ltonnement feint, puisque celui-ci pourrait artificiellement placer lacteur dans un excs de confiance, qui verserait dans lidologie ou dans laporie que nous mettrions en exergue. Nous rejetons galement lide dentretien clinique, qui renvoie une conception du terrain comme laboratoire. Lentretien est donc bien plutt existentiel. Dans cette perspective nous devrons tre attentifs aux dfenses de lenqut (fuites, rationalisations, refoulement), assurant lanonymat pour le motiver, mais aussi ne pas faire en sorte que lenqut cherche ne pas dcevoir. Cest dire que nous exigeons la douceur, autant dans la conduite que dans le traitement des entretiens. Il sagit de se conformer au terrain et de laisser advenir leffet (Jullien, 96) ou encore de contempler la vie, accompagner ce qui crot, et non pas activer la brutalit de la raison instrumentale (Maffesoli, 05). Notons ce sujet quil ne sagit pas dtre lafft des incohrences des discours comme le prconisent Quivy et Van Campenhoudt (88), puisque dun ct le discours de lenqut est une pense qui slabore, pas seulement lexpression dune pense, et de lautre rien ne dit que lefficience thique naccepte pas la contradiction. Nous utiliserons certes volontiers lobjection, mais la condition que lentretenu la considre comme loccasion stimulante de prciser sa perception des actions. Simposer de procder en douceur ne revient au demeurant pas rester passif. Nous avons dailleurs un but de comprhension autant que les joueurs ont un but daction. Il ne sagit donc pas de constituer une surface denregistrement pure pour viter den tre une idologiquement oriente. Il faudra certes laisser chacun dire ce quil a dire et pas ce quil devrait dire (Winter, 04), mais nous ne considrons pas que notre rle est dtre si absent que lacteur pourra dire ce quil veut plutt que de parler quelquun, ou encore de devenir une sorte de miroir. Nous serons aux cts de lacteur, mais aussi derrire, au-dessus, en face. Ainsi, nous chercherons intgrer le point de vue indigne, conscient et finaliste, mais aussi voir autre chose que ce que tout le monde voit. Il sagira de sortir de la pense finale pour aller vers laction, cest--dire dans la tension vers le but. Il sagira de ne pas faire uniquement un compte rendu des comptes rendus, mme sans jugement (indiffrence mthodologique). Le systme du jugement est certes une cration des joueurs eux-mmes, mais la reprsentation qui parachve le processus revient en effet linterrompre, puisquelle se rabat tout entire sur le processus. La cration explicite que nous visons ncessite de dsenvelopper le rel. L amour intellectuel ne suffit pas. Au final, il ne faut ni dpossder les acteurs de la production de sens, ni sacraliser leur parole. 43- Le problme du langage dans les entretiens Laccession aux lments de sens thiques ne se fera donc pas aux dpends des acteurs. Il sagira bien plutt de russir les couter. Ceci implique pour Bourdieu (93) dexpliciter tous les lments ncessaires lanalyse de la position de la personne dans lespace des points de vue sans instaurer avec elle la distance objectivante qui la rduirait ltat de curiosit entomologique. Cest adopter un point de vue proche du sien sans se faire abusivement le sujet de sa vision : cette entreprise dobjectivation participante sera russie si Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 115. 115 le chercheur parvient donner les apparences de lvidence et du naturel des constructions tout entires habites par la rflexion critique. Cest dautre part rechercher une communication non-violente o sera explicite la reprsentation que lenqut se fait de la situation denqute, et les raisons qui le poussent rentrer dans lchange, pour comprendre ce qui peut tre dit ou non. Nous pourrons ainsi viter de crer une dissymtrie sociale en occupant une position suprieure dans la hirarchie des diffrentes espces de capital, pour bien plutt tendre la proximit sociale. Cest amnager un espace de libert entendue comme capacit : celle de livrer du sens connect laction et non pas soumis la biensance du systme du jugement. Mais en plus de ces attentions posturales, nous devons tre conscients du problme plus profond de la libert quant au sens des mots. Car si le langage est certes soumis des conditions de recevabilit, il nen reste pas moins que celui qui parle a quelque libert au sujet du sens quil y met. Locke (72) signale cette libert du parlant sur la signification des mots, borne aux ides quil a. Il faut donc galement veiller ne pas nous-mmes tre violents. Si nous considrons avec Bourdieu (82) que lefficacit symbolique des mots ne sexerce jamais que dans la mesure o celui qui la subit reconnat celui qui lexerce comme fond lexercer, ou dans la mesure o il soublie comme ayant contribu la fonder par la reconnaissance quil lui accorde (p118), il ny a aucune raison que nous ne rapportions pas la vigilance nous-mmes : exigeant en effet de ne rien avancer qui ne vienne des acteurs, nous pourrions tre amens subir une certaine violence symbolique base sur la possibilit pour chaque acteur de mentir activement, de ne pas jouer le jeu de la dmarche comprhensive que nous engageons. Bourdieu parle lui-mme en ce sens de la difficult carter la revendication de singularit. Il semble ainsi que nous soyons quelque peu pigs. Hegel (07) crit que le vide des discours [vertueux] aux prises avec le cours du monde se dcouvrirait lui-mme sur le champ si seulement on devait dire ce que ces discours signifient, cest pourquoi ces significations sont supposes bien connues . Si le problme de la signification peut paratre abstrait, cest ainsi pour des raisons idologiques : le faire-comme-si on agit conformment ce quon dit va de pair avec le faire-comme-si on parle conformment ce quon pense communment. Le problme, cest que malgr notre volont de confronter les sens aux actes, nous ne pouvons pas prjuger de ceux qui sont dconnects de laction : il faut dabord nous enfoncer dans le sens prtendu des acteurs. Or lunit de la communication linguistique nest pas le symbole, le mot ou la phrase, mais la production du symbole, du mot ou de la phrase au moment o se ralise lacte de langage (Searle, 72, p52) ; preuve, pour quun bruit soit une communication, il faut que je considre que le bruiteur soit un tre qui me ressemble et quil a eu une intention. Cest dire que chaque acteur nous impose un acte illocutionnaire que nous ne pouvons nier en en retirant la substance thique. La seule chose que nous puissions faire, cest de ne pas nous laisser aller la dimension performative du langage. Brohm na de cesse de dnoncer son utilisation dans les discours sportifs, et nous devons bien reconnatre que cest quelque chose que pourrait nous imposer les acteurs. Considrons avec Austin (70) que le performatif est un verbe ordinaire, conjugu la premire personne du singulier, lindicatif prsent et la voix active, qui ne dcrit pas ce que je suis en train de faire mais propos duquel lnonciation est une action qui nest pas seulement laction de dire quelque chose. Il faut en ce cas remarquer que lnonciation semble dcrire quelque chose et fait quelque chose, ce qui pourrait ressembler de lefficience. Nous pourrions en effet nous laisser aller insidieusement celle-ci pour parler de lefficience des noncs thiques. Or la tentation est grande. Austin (56) fait en effet un Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 116. 116 plaidoyer pour une phnomnologie linguistique comme faon clairante de philosopher en matire dthique, entendu que lthique est ltude du bien et du mal en rapport avec le comportement et laccomplissement dactions : il a conscience du problme de lefficience. Qui plus est il remarque quon ne peut rduire une action au fait de faire des mouvements avec des parties du corps , mais que faire une action est abstrait. Il propose donc de faire ltude du langage ordinaire pour retrouver de la concrtude, notamment celle des excuses qui sont un bon site pour faire des recherches de terrain en philosophie : elles interviennent en effet quand il y a eu un chec dans la conduite de laction, elles peuvent donc nous clairer sur le normal. En sappuyant sur la rserve de mots dont nous disposons, qui contient des distinctions que les humains ont juges utiles de faire, il sagit ds lors pour lui dimaginer des situations et dterminer ce que nous dirions dans ces situations : en accdant la signification des expressions, nous accderons la comprhension des actions. Or que prtendons nous apporter de plus ? Il y a donc une ncessit dtre actif dans llaboration du langage. Celui-ci doit tre ce qui porte le sens et guide vers laction, mais surtout pas ce qui constitue le lien du sens laction. Nous veillerons certes ne rien formuler qui ne soit objectable par les acteurs. Popper (69) avance ainsi que de la mme faon quune thorie qui prtend parler du monde doit pouvoir tre infirme par lexprience, la socit et ses acteurs doivent pouvoir dire non aux propositions que nous faisons pour les dcrire ou les transformer. Nous ferons dailleurs, au final, un contrat de sens avec les acteurs. Mais dun autre ct nous veillerons constamment ce que le discours soit connect laction, mettant au service de cette exigence une grande connaissance du terrain, quelle soit antrieure ou due une omniprsence sur les lieux de pratique pendant toute la dure de lenqute. Ceci permettra en outre de rgler le problme de la libert de sens que possde chaque acteur. Car si nous nallons pas jusqu lide quil existe une ncessit biologique la base de toutes les conditions et rgles des langues, une grammaire universelle (Chomsky, 77), nous partons de lide que lusage rduit ce problme de lincommunicabilit. Nous veillerons en ce sens multiplier les allers-retours du sens laction pour crer, dans la dure, une sorte de langage commun avec chacun des acteurs. 5- Le processus effectif de mutation La frquentation exploratoire du terrain, fidle aux principes pistmiques mis jour dans les trois premires rflexions, vise sortir du systme du jugement pour pouvoir apposer objectivement sens thiques et actions sportives. Il sagit de construire un plan dapposition sur lequel seront rabattus les lments ayant permis son induction, mais avec les acteurs : do un ncessaire travail dentretiens, qui est autant collecte du conscient que guide vers linconscient que sont les actes. Le processus de mutation est dailleurs hypothse en acte : il porte lide que lefficience thique existe, qui est adaptation de la motivation linstitution, harmonisation des inconscients corporels et sociaux. Il sagit donc de se constituer en pice motivationnelle autant quinstitutionnelle, afin que les processus saccomplissent travers nous et puisse faire apparatre clairement les situations defficience thique. Do la construction du processus dans une variation des distances cre par la modification des conditions dentretien et dobservation. Nous en faisons ici un compte rendu. Distance 1 : entretien dexplicitation dune heure/une heure trente, en individuel, dans un lieu public (8 entretiens). Nous faisons avec le joueur, pour constituer une accroche, un retour sur un vnement pongiste observ et/ou vcu en commun : nous proposons une description libre de lvnement, puis posons des questions sur la dimension conflictuelle et la Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 117. 117 rgulation rglementaire, qui donnent lieu une valuation morale de la situation. Nous oprons ensuite un retour sur lamoralit prtendue des joueurs de notre club (Armor Ping), et notamment sur le problme rcurrent de la rgle et lexigence de respect. Ce niveau de la rputation et du consensus moral est celui du systme du jugement, reprsent par extrapolation en table du bien et du mal. Distance 2 : observation participante dun entranement en club (4 sances de 2h) et entretien crois dexplicitation juste la suite (immanent, dans la salle ou le club house, dune heure/une heure trente). Le systme du jugement ayant en effet en propre dtre adoss la communaut quil est cens crer et de constituer une posture dominante, nous nous sommes proposs de frquenter cette collectivit chez elle, dans son domaine, cest--dire l o elle domine, et de conduire des entretiens sur le mme mode collectif : ceux-ci constituent une explicitation des pratiques observes et vcues avec les entretenus, avec notamment une discussion sur le mode collectif, le fonctionnement de lquipe, un retour sur les pratiques au regard des contenus de la distance 1, un point sur louverture de la phase de championnat. Distance 3 : observation participante dune rencontre de championnat contre lquipe de pr-regionale dArmor Ping (3 rencontres de 3h30, avec une prsence de 5h) et entretiens dexplicitation individuels semi-libres quelques jours plus tard (3x 1h, et non pas 6 x 1h, en raison de labsence dun joueur par quipe). Lentranement constitue la collectivit de cur sur laquelle sappuie le systme du jugement, mais il constitue aussi un mode de pratique tendu vers la comptition, un mode de prparation aux objectifs collectifs de maintien ou de monte. Ds lors le suivi de cette rencontre sportive relle, qui a en propre dtre sans trop denjeu dans la mesure o notre quipe est trop forte, est vcu avec complicit puisque nous nous sommes prpars avec les adversaires. Je fais dailleurs tout pour tre dans le ton, que a se passe bien (axiome du systme du jugement). Pendant lentretien, nous proposons une description de la rencontre, un retour sur les vnements internes notre confrontation directe, un retour sur les lments thiques dj mis jours, et introduisons des objections, notamment sur le jugement moral de la conflictualit dArmor Ping. Distance 4 : observation neutre des rencontres opposant directement les quipes suivies (3x5h), et entretiens dexplicitation individuels la suite (6 x 1h ou 2h chez les joueurs si possible). A partir de la distance 3 qui amenait plus de discours sur le duel, mais encore en toute complicit sportive (quasi match amical), nous engageons lobservation de rencontres avec plus denjeu (empcher ladversaire de monter, se maintenir, pouvoir chambrer des personnes quon connat bien). Pendant la rencontre, nous avons une position dobservation entre le banc des deux quipes (neutralit institutionnelle, malgr la complicit que jai avec les joueurs). Les entretiens sont libres car le joueur en a lhabitude et doit mener son discours selon les lignes de sa motivation, mais il y a une prsence accrue dobjections (sous forme comique souvent) eu gard aux prtentions thiques prcdentes. La relation devient complice (conscii, conscience commune). Distance 5 : entretiens dexplicitation, si possible notre domicile (8 x 1h/2h) afin de faire un bilan de la phase, parler de la rencontre prfre du joueur et de ses dterminants, anticiper sur la deuxime phase en se positionnant sur le plan thique (volont de changement). De surcrot, nous posons des questions sur notre posture, cherchant savoir comment les joueurs se la reprsentent. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 118. 118 La deuxime phase du championnat nous permet daccentuer ce mouvement vers plus de comptition et plus de sens individuel. Ainsi : Distance 3 : observation neutre des rencontres entre les quipes suivies (2x5h) et entretien dexplicitation quelques jours plus tard. Au diapason des rencontres entre les quipes suivies et celle dArmor Ping, ces entretiens constituent la distance de la comptition relative. Distance 4 : observation de rencontres fort enjeu sportif (15h), savoir deux rencontres de monte et une rencontre de maintien (Griffon contre Plrin et Louannec, et Pordic contre Dinan), et entretiens dexplicitation la suite (6h). En parallle, observation participante de trois rencontres de rgionale (Armor Ping contre Kerhuon, Guingamp, Goudelin) fort enjeu sportif (maintien de lquipe dArmor Ping et descente de celle de Goudelin). Distance 5 : entretien dexplicitation (8h, car prsence des deux joueurs de Goudelin) qui font un bilan de la deuxime phase et une prospective pour la saison 06/07. De plus, nous nous accordons sur le portrait thique soumis chaque joueur et nous questionnons de nouveau au sujet de notre posture (quelles transformations ai-je pu crer ?). Les entretiens sont conduits sans dictaphone (machine sociale), partant sont moins socialisants, et sachvent sur un pacte oral de non-dpossession du sens. Au total, le processus de distanciation compte 60h dobservation et 60 h dentretien. Cette rpartition horaire assure lquilibre entre prise en compte du sens et prise en compte de laction. Sy ajoutent certes les entretiens avec les joueurs de Goudelin (10h) et de nombreuses discussions parallles (lors des runions du comit directeur dpartemental, au tlphone ou limproviste sur des lieux publics ou sportifs), mais nous avons galement assist dautres vnements (tournois, rencontres de rgionale sur les mmes lieux que celles de prrgionale pour voir la diffrence). Trajectoire du processus de distanciation DISTANCES ACTEURS 1-systme du jugement, rputation Collectif abstrait 2-Fondement du collectif abstrait Collectif concret Entranement 3/3-Fondement du collectif concret Collectif en opposition Equipes de comptition 4/4-Fondement du collectif en opposition Sommation des individualits Joueurs des quipes 5/5-Fondement de la sommation des individualits Individualits complexes Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 119. 119 6- Rsultats Au terme de chaque distance du processus, nous enregistrons les lments thiques conscientiss et leurs dclinaisons actionnelles prtendues. Ils sont induits sur la base de leur rcurrence dans les entretiens et observations participantes. Nous les exposerons donc au regard de leurs conditions dmergence et de lisibilit. Mais nous veillons ne jamais sacrifier le ncessaire maintien de lhtrognit des lments au profit dune clart abstraite et idelle. Cherchant rester fidles au terrain, nous ne faisons quapposer les sens et actions qui seront rutilises une fois induit le plan dapposition immanent. Certes nous en facilitons la lecture en simplifiant certains termes et en les indiquant en gras, certes nous guidons au pralable le lecteur, mais celui-ci doit tre prvenu que ds prsent, et jusqu lanalyse comprhensive des donnes, il aura faire avec des donnes exposes sans que leur lien soit immdiatement explicite, puisque justement cest ce lien qui est en question. La lecture des entretiens en annexe 1 est certes pour lui loccasion de rentrer dans le monde des acteurs considrs, mais il devra faire lexprience du chaos en matire defficience thique, cur de notre recherche. Le texte nen est donc quun compte rendu, qui au demeurant est mouvement faisant corps avec celui de la recherche, partant avec le mouvement des processus motivationnels et institutionnels qui constituent le terrain. 61- Distance 1 : Bien comme plaisir, oppos au Mal que constitue le tout performance . Ce qui apparat dans chaque entretien de cette distance constitue la substance idologique commune. Ce reprage est facilit par lutilisation des jugements formuls lencontre de ce que nous reprsentons. Ce niveau de la reprsentation consacre en effet notre association et mon exercice dentraneur comme mal sportif. Cest dire quil y a dconnexion objet/posture, dans la mesure o je reprsente le Mal pour ceux qui se considrent du ct du Bien. Celui-ci relve du plaisir, celui-l du tout performance . Nous pouvons ainsi formaliser le systme du jugement en laborant les tables du Bien et du Mal, des finalits morales et des dficiences morales, des lments qui conduisent un bon agencement (sociabilit, a se passe bien ) et des lments qui conduisent un mauvais agencement (conflictualit, a se passe mal ). Il y a en effet une forte connotation sociale du bien. Les rcurrences mettent ainsi en relief une ide. Celle-ci est claire dans la mesure o elle soppose une autre catgorie (repoussoir). Le systme du jugement est donc le rejet de quelque chose, plus que laffirmation dune autre : ce qui est ici appos est en fait oppos. Do la logique binaire de prsentation des rsultats. Ceux-ci se lisent en outre en termes finaux : par exemple il faut jouer pour le plaisir , ou encore, en empruntant les mots de Kant, agir de faon ce que la maxime de laction soit interprtable en termes de plaisir . Le lien des lments de cette table, cest donc quils sont des reprsentations la source des actes de jugements, pas de laction sportive. Il nous faudra certes par la suite oprer des mouvements dune catgorie lautre jusqu accder une catgorie complexe. Dj ce niveau, les acteurs ont conscience de circonstances attnuantes un comportement mauvais (fatigue, motion, enjeu), qui sont lies lopposition sportive. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 120. 120 BIEN commerce MAL Plaisir Beau jeu changes, spectacle (Top revers, revenir et contrer, Attaque/Dfense, vitesse) Sensations (corps, balle) bien-tre, dpense physique et dtente Connaissance de soi (concentration, matrise) soi Performance Jeu efficace (picots longs, balles molles, poussettes, lenteur) Stress, inhibition Connaissance tactique (aller contre nature, casser le jeu adverse) Solidarit Egalit, dvotion Partage des responsabilits et des tches Echauffer les autres, les laisser gagner Soutien Encouragement (modr pour ne pas dranger et pour respecter les capacits du partenaire) Reprsentation de lquipe quipiers Individualisme Consommation Expression individuelle (pendant sa partie, pas celle des coquipiers) Rivalit interne Hirarchie, problmes relationnels Rsultat individuel Sociabilit Convivialit (discussion, rencontre de personnes) Accueil des adversaires (politesse, leur laisser de la place pour schauffer) Bonne ambiance (vibrations) remise de balle et excuses adversaires Conflictualit Fermeture, srieux Incivilit, froideur Amorage de lagressivit : durcir lchauffement, mal donner la balle, mauvaises tensions : regard Flexibilit Cadrage humain : modulation de la rgle (sarranger, neutralit du bon sens) Modration comportementale (supporter la dviance, ne pas ragir) Justesse Relativisation : rles de chacun, classement, mauvaise passe, problme institution Rigidit Cadrage rglementaire (rgle inapplicable) empcher de jouer Excs, ractivit Justice (quit, rgle) absolutisation Respect Connaissance et reconnaissance de lautre, contact direct ; respect de la personne respect de ladversaire respect du matriel respect du travail des autres respect rgle Matrise de lmotion ; agir par soi, ne pas ragir aux provocations, canaliser lactivation Agressivit envers soi et la balle (cri pour se mobiliser, mais modration) Honntet (excuses quand chance) Politesse, correction Modestie (respect des origines) humain Irrespect Ignorance de la personne et de ses exigences ingrence, impolitesse ; ridiculiser Agressivit envers ladversaire et la personne (attitude, cris, poing en avant) ; dstabiliser (casser le rythme, taper du pied au service, crier, commenter, perturber) Mauvaise foi, utilisation de la rgle pour gagner (temps mort), combiner ; tricher Prtention, fiert (ne pas tre concern, prendre de haut, se la pter , faire le pro, trop srieux) Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 121. 121 62- Deuxime distance : royaume/exil (autonomie et intrinsque, htronomie et extrinsque) La seconde distance est mue par la ncessit daller par del le Bien et le Mal. Ces catgories sont en effet trop rigides pour tre la source des actions. Pour ce faire nous nous appuyons sur la communaut qui est au fondement du systme du jugement. Celui-ci est certes fond sur une logique binaire qui lit le monde en Eux/Nous : ds lors, si nous voulons sortir du jugement de lintrieur, avec les acteurs, il faut aller plus avant dans la catgorie du nous. Cest ce que nous faisons en frquentant les acteurs lentranement. Il en rsulte une certaine connexion posture/objet : jai jou avec eux et ils me parlent de leur milieu en my incluant. Les catgories identifies, celle du royaume comme milieu de lautonomie et celle de lexil comme milieu de lhtronomie, correspondent donc aux fixits de la distance entranement. La logique de leur prsentation est rfre la logique actionnelle, ses divers commerces avec le monde : espace, temps, agents, vnements, enregistrement. Ce dernier correspond dailleurs au systme du jugement et en reprend les contenus. Tous les lments sont conscientiss, pas seulement ceux de lenregistrement, mais celui-ci effectue un rabattement sur les finalits morales. Lopposition royaume/exil nest pas aussi radicale que celle entre Bien et Mal, car si on prfre tre dans son royaume, on acquiesce sur certains mouvements de dterritorialisation, de conqute, qui sont du ct de la performance. Exister, cest ainsi sortir de soi (ex-sistere), mme sil ne sagit pas de se reterritorialiser sur une terre dexil. Qui plus est lautonomie vise un coup peu lev, mais contient lenvie de dpenser, pendant que lhtronomie a un coup lev, celui de la construction, mais contient lenvie de sy retrouver. Et surtout on retrouve une certaine dynamique dans le passage dun registre de sens un autre, qui sied la dynamique de laction effective. Les catgories sont moins arrtes, dtermines. Ce sont plus des principes relatifs laction que des actions dcrites puis dvalues. Do les oppositions entre joueurs : il ny a pas dunanimit, on peut cautionner une chose ou une autre. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 122. 122 ROYAUME commerce EXIL Domicile Accs et gestion libre Isolation Occupation des installations Histoire, patrimoine Confort espace Location Dpossession Espace sans frontires Espace vide Aseptise Froideur Rythme Corps propre (fatigue, habitudes) Vcu, dure, multiplicits individuelles Prsent Coup par coup temps Chronologie Esprit Horaires, temps divis, collectif Futur Planification, diffrance Fratrie Homognit (niveaux, culture, maillots) Autochtones Conciliance Contagion agents Socit Htrognit Hirarchie Etrangers, nouveaux (recrues) Adversit, joueurs plus forts, relance Entraneur Consommation Sensations Matrise (coup fort) Simplicit Oppositions conciliantes Variations (de coup, de rythme ; jouer, parler, boire, fumer) vnements Progression Rigueur, effort Travail des dfauts, du coup faible Complexit, analytique, adaptations, thmes de jeu Oppositions coopratives avec objectif (%, qualit) puis duelles Rptition Pratique unique (Tennis de table) Praxis Plaisir Maintien de la forme et du niveau Dfouloir Identification Convivialit Ludicit enregistrement Poesis Capitalisation Classement individuel et collectif Combativit Travail Valorisation Lucidit Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 123. 123 63- Troisime distance : divertissement/ennui A cette distance, nous menons une observation participante des rencontres de championnat et un retour sur les contenus des distances 1 et 2 (explicitation) qui permet de prciser les sens en amont des actions. Les catgories identifies sont celles du divertissement (occupation) et de lennui (vide) : le divertissement est un bien (ne pas tre proccup, tre ce quon fait), relevant dune plnitude, dune densit existentielle et sociale ( il se passe quelque chose ), lors que lennui relve dun manque de quelque chose souvent relatif lexcs dune autre. Ces catgories se retrouvent dans les distances suivantes, mais sont particulirement en relief celle-ci dans la mesure o les rencontres sont dsquilibres (cart de niveau, pas denjeu collectif), cest--dire sont le lieu de manques motivationnels et institutionnels. Elles reprennent dautre part celles de royaume et dexil mais vont plus avant dans lintgration de la comptition : la tension qui fait le divertissement mane de la comptition. Cest dire que se fait ici jour une relativisation de lesprit de performance comme mal moral : il est un bien quand il est une caractristique collective. Ces catgories ont en outre une efficience. Les joueurs ont en effet conscience que les choses ne peuvent tre parfaites, donc sactivent pour densifier la ralit vcue, comblent les vides (rires, encouragements), et par l accomplissement des devenir sociaux et devenir soi, accomplissent motivation et institution. Dans la mme perspective, il faut remarquer aussi une connexion plus importante de la posture et de lobjet : notre frquentation du terrain contribue densifier le rel (discussions spontanes), et de lautre ct les joueurs occupent mon observation. Dautre part, les catgories sont construites partir de mes observations, mais celles-ci sont diriges par le regard des acteurs. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 124. 124 DIVERTISSEMENT commerce ENNUI Occupation Etre dans la salle 2 rencontres, 4 tables utilises Espace de comptition : table A et B (amnagement du temps au profit de la stabilit spatiale) Espace dentranement (tables supplmentaires) Espace dobservation (le long des aires de jeu) Espace de discussion (en retrait, mlange) espace Dispersion Sortir fumer 1 rencontre, 2 tables Tables affectes suivant lordre de la feuille 2 tables, donc rotations, donc attentes Bancs clairsems Dispersion de lensemble (organisation trop sportive, qui nuit la convivialit) Omniprsence Arriver lheure (18h30) 5 heures de prsence (45 installation, chauffement et feuille de rencontre ; 3h30 de rencontre ; 45 pour le pot de lamiti) temps Inconstance Arriver en retard (19h), en groupuscules Disputer ses parties la suite pour sclipser, voire balancer ses parties ; ne pas rester au pot de lamiti Compltude Equipe au complet 6 joueurs, titulaires, surtout les meilleurs de A et la base de B, rpartis sur la feuille la plus comptitive possible Mixit : jeunes (potentiel) et vieux (leaders, garants) Mobilisation pratiquer et matriser son jeu, sencourager sans perturber les autres parties, tre concentr, ne pas rester bloqu agents Incompltude Absents rotation de leffectif ; remplaants, touristes , livres Conflits de gnration (chec institutionnel) Dmobilisation facteurs perturbants la performance (fatigue, points faibles, jeu unilatral, stress, froid, se trouver des excuses, se parasiter) Totalit Faire toutes ses parties (lcher sur plus fort) Renvoyer toutes les balles (tenue de balle) vnements Slection Balancer ; faire les parties intressantes, les rencontres domicile, une manche sur deux Faire des fautes de remise de service Equilibre Ncessaire comptition homognit, score serr, do ambiance et commentaires au pot ( on refait le match , dtente car bonne fatigue ; score quitable au vu du scnario, dfaite attribue au collectif) Sintgrer son quipe, faire connaissance des adversaires (personnes) enregistrement Excs Excs de lun ou de lautre contre performance, cart de niveau, kermesse Faire bande part, faire le pro Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 125. 125 64- Quatrime distance (4 et 4) : optimum/minimum Cette distance est loccasion de faire une observation quidistante de rencontres enjeu. Chaque point jou est enregistr, lobjectif cest le point, donc les acteurs tendent lobjectivit. Ils ont la volont de saccomplir comme vainqueur : jouer pour perdre est absurde (na pas de sens, ni de corps). Le discours est ainsi beaucoup plus ax sur la performance et lindividu. Certes il intervient au terme dun processus de distanciation qui visait rintroduire ces catgories, mais il est tout fait port par les joueurs qui semblent dcomplexs, du fait que celui qui ils parlent ne reprsente plus le mal sportif. Ils ne sentent pas le besoin de faire contrepoids au discours de performance et se lancent volontiers dans des discussions propos de bons joueurs que jai forms. Ils font galement la critique de la routine propre linstitution prrgionale et montrent une volont de changement, de nouveaut, qui sexprime en termes de monte ou de descente sportive. Ds lors, les catgories identifies sont celles de loptimum et du minimum, qui reprennent celles de la consistance et du manque en y adjoignant une dimension performance plus prgnante. Ceci dit il ne sagit pas daller vers le maximum, car on retomberait dans la catgorisation en Bien/Mal. Il y a ainsi une reprise du systme du jugement : le mal, cest quand lautre gagne, nous empche dtre loptimum. Le minimum est ainsi un mal, mais les acteurs ont conscience de sa ncessaire existence. La logique sportive de linstitution est ainsi mise en relief, ainsi que la volont de jouer des rencontres enjeu. Do la dtermination de soi au regard du niveau sportif (SM en R1, DG en R3/R1, YR et CP en R3 Armor Ping pour augmenter leur niveau de jeu et leur classement individuel, PH en D1 pour maintenir son classement, JLC en PR malgr labsence de PH). Do galement la valorisation des facteurs de performance ( combativit, ne pas accepter la dfaite, saccrocher ; ambition, challenge, dfi ; faire parler la loi du terrain ; confiance, fiert des rsultats obtenus ; endurance, physique, dplacement ; don, talent ; engagement dans laction sans retenue car on a le droit de perdre ). Do enfin la volont de faire partie dune quipe mobilise et tendue constamment vers un objectif et dy tre utile, et la honte davoir une quipe trop faible ou incomplte trop souvent (tourisme). Cette dimension permet une connexion plus pousse de la posture et du terrain : une certaine complicit sinstalle, jai une identit dans le processus doptimisation, les acteurs me demandent de faire des commentaires directs sur leurs performances, de les conseiller, entament des discussions techniques. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 126. 126 OPTIMUM commerce MINIMUM Disposition Espace dans lequel on peut se fondre (trouver sa place) ou sisoler (se prparer) Aire de jeu comme lieu de lintensification de lactivation Stabilit des conditions de jeu (sadapter puis se construire des repres) espace Exposition Regard de lautre Inhibition car stress Changement de table (jouer dans lordre, finir sur la table de lautre groupe) Alternance Compression : manches en 11 points Endurance : rcuprer entre les points, manches, parties Matrise du rythme : lent/rapide, activit/repos ; imposer son rythme ; quand cest fini, cest fini temps Diffrance Mal dmarrer Subir un rythme htronome (temps mort rglementaire, prise de temps, parties pas dans lordre) Activit Se prparer discrtement Se tendre, se stimuler, avoir la gnac, tre agressif, ractif, avoir une vision instinctive Plaisir : matrise technique et tactique Travail : un coup (rpter), la balle (rotation), le double (entranement) Physique : faire du sport (mobilit), mais conomie pour lucidit Mental (90%): concentration, confiance, anticipation, distance lmotion, rigueur, endurance, rflexion (tactique, connaissance des autres, reprer les points faibles ; exprience) agents Ractivit Faire son pro Perdre de lnergie hors de laire de jeu Relcher la pression (excs de confiance) Fautes btes Pas dentranement Staticit, inhibition (car pression, regard de lautre) et fatigue nerveuse Ingrence Ragir, se laisser dstabiliser Cogiter (tergiverser, faire une partie trop mental) Engagement Echauffement : tre chaud Imposer, avancer Gagner vite : service, remise, premire balle (bon joueur = bon serveur, qui produit des rotations et les varie ; base du jeu et moment du pouvoir sur lautre) Etre rgulier : tenue de balle, serrer le jeu, faire faire des fautes Triche : tre efficace au service sans quil soit rglementaire (hauteur) vnements Epuisement Se fatiguer Etre accul, sous la pression de la vitesse adverse Faire des fautes de remise et de coup terminal Progression Bonne pression (longueur dondes, adrnaline, ambiance) Victoires (%, gagner pour lquipe) Classement individuel (maintien ou progression, viter la contre performance) Place dans lquipe Apprendre, progresser enregistrement Rgression Trop serr, trop mental Trop dcart ou trop sympa Toujours perdre Dclin Conflits dans lquipe Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 127. 127 65- Cinquime distance Les acteurs font ici un bilan de chacune des deux phases. Par rapport au systme du jugement, sy fait jour une complte rintroduction de lopposition, cest--dire des actions effectives. Mais lopposition est conciliante, qui comprend lopposition cooprative et lopposition duelle (jargon emprunt lentranement). Les catgories de la distance 1 (plaisir et performance) sont ainsi combines dans une prdication complexe. Cest galement le temps dune connexion terrain/posture, puisque regarder faire et parler sont dsormais actualiss comme biens par les acteurs. Mais il faut noter que nous ne sommes pas encore sortis du systme du jugement. La valorisation des catgories relatives la performance sportive ne signifie aucunement que les vertus du systme du jugement sont dsormais transformes en vices. Ces catgories taient dailleurs prsentes ds les premiers entretiens, et nous savions toute leur importance malgr les euphmisations morales dont elles faisaient lobjet. Mais elles coexistent dsormais, dans un discours complexe, avec les vertus initialement explicites, au point de parfois aller contre les valeurs pacificatrices propres au systme du jugement. Plaisir et performance, sociabilit et conflictualit sportive peuvent tre les lments combins dune morale qui tend vers un bien. Il ne faut dailleurs pas rduire le dsir au dsir de victoire et linstitution lorganisation des dsirs de victoire. Certes, le dsir de victoire est prsent, malgr le dsir de le cacher, mais ce nest pas une raison de linstituer en vrit. Ce serait passer ct de notre objet. Car si nous nous dpartissons de la culture du secret luvre dans la prrgionale, il ne faut aucunement considrer le dvoilement du secret comme connaissance. Dailleurs, la culture du secret doit tre rintgre dans lobjet, mme si elle ne constitue pas une ligne pistmique immanente. Le dsir, dautre part, ne doit nullement tre conu comme manque de son objet, manque de la victoire ; car si la victoire choue, le dsir a pu quand mme saccomplir dune certaine manire, mme si ce nest pas compltement (plnitude de certaines dfaites, got amer de certaines victoires). Lpaisseur de la motivation et de linstitution rendent la morale irrductible un systme du jugement qui soit agonal. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 128. 128 commerce Opposition cooprative ET Opposition duelle Espace Diffusion (Hors aire) Passage de lignes possible Mlange Ne pas gner (faire du bruit, tre un obstacle dans laire) ET Clart (aire) Limites, carrs et lignes droites Positions (ct de la table, arbitrage, double) Dplacements ordonns (latraux et en profondeur) Temps Extensivit Se calmer, faire la transition Progressivit de lengagement (dabord se saluer, puis faire connaissance) Jouer en semaine lentranement Vieux comme moyen, anne de transition , transmission, ducation ET Intensit Temps de jeu intensif Se prparer avant la partie Jouer le samedi soir, pas toute la journe Avenir, jeunesse, progrs, rgionale Agents Socialisme Parole Organisateur (pas de la salle, mais de la feuille, des rapports humains) Dvotion (silence, stabiliser, cimenter, loufoque, adaptation, coute, obissance) Ncessit de la rgle abstraite (orale, tout le monde arbitre) Pas de corporatisme car il conduit des oppositions trop rigides ( guerres de clochers qui ne font pas avancer ) ; do concurrence dans la famille, maintien de la cellule sociale, pas de rupture ET Egocentrisme Silence (prparation, bulle, faire le dos rond aux provocations) Joueur Vertu (excellence, accomplissement de soi) Matrise de soi (car pas de garant, de tiers) Famille, concurrence interne (dans lquipe, le championnat, les zones gographiques ; voire en soi) ; do rles : pres, frres, fils Evnements Contemplation Regarder faire Beaux changes, bons changes : pas de rduction, substance humaine, changes humains sur pied dgalit Nivellation (modration : pas niveau maximum car risque dinconstance ou de ridiculiser un adversaire ; ncessit de lquilibre des victoires et des dfaites) ET Activit Faire Echanges de coups qui aboutissent une ingalit (accomplissement de linstitution duelle) Niveau (tension la performance, pas de tourisme) Enregistrement Entretien Maintien du niveau des joueurs, quipes, classements (surtout anciens). Elus ; sommet de la dpartementale, niveau fort. Equilibre des victoires (pas de joueurs qui perdent tout le temps, place dans lquipe) Valorisation du tennis de table, du sport Partage de lobjectif de victoire ET Production Processus de production (joueurs, quipes en rgionale ; progressions) Elections ; ne pas fausser le championnat Victoires, donc dfaites (pas de matches nuls, aucun degr) Valorisation de soi, de lquipe Objectif victoire, donc dfaite de ladversaire Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 129. 129 66- Bilan du processus Logique de la dmarche La dmarche est complexe, qui rpond lexigence de sortir du systme du jugement, reprsentationnel et idologique, pour aller vers laction et vers lindividuel, mais encore celle de connecter la posture au terrain en russissant couter les gens. Nous avons prcdemment expos toutes les tapes pour mettre jour la ralit de linduction mthodique et empirique. DISTANCES ACTEURS VALEURS 1-Systme du jugement, rputation Collectif abstrait Conflictualit comme vice, sociabilit comme vertu 2-Fondement du collectif abstrait Collectif concret Entranement Exil comme vice relatif des collectifs et royaume comme vertu 3/3-Fondement du collectif concret Collectif en opposition Equipes de comptition Incompltude comme vice relatif des quipes, compltude comme bien 4/4-Fondement du collectif en opposition Sommation des individualits Joueurs des quipes Tension la performance individuelle comme bien du collectif 5/5-Fondement de la sommation des individualits Individualits complexes Notion complexe performance- convivialit, conflictualit- socialisation Logique des rsultats Les rsultats font tat dune mutation des valeurs vers des catgories qui font place lide dopposition, alors mme que celle-ci tait dcrie dans le systme du jugement. Nous sommes certes lorigine de cette mutation, puisque nous llisons comme moyen de sortir du systme du jugement. Mais nous avons tout mis en uvre pour viter de verser dans labstraction et le plaquage idel, et bien plutt assurer la connexion de notre posture au terrain. Il ne sagit pas seulement de rintgrer la notion dopposition, mais bien de savoir comment se dcline cette opposition en tant quelle est un bien conscientis par les acteurs. Ceci permet daller vers le dtail et la concrtude, partant de constituer la matire premire de notre futur travail de comprhension. Existe ainsi dans notre dmarche un principe dinclusion progressive des lments initialement dcris, qui par l mme acquirent un sens diffrent. Dj, les maux du systme du jugement se retrouvent au niveau de lenregistrement de chaque distance. Ceci est galement luvre dans la suite du processus. Au niveau de lespace en effet, lide de domicile initialement identifie comme bien relatif du collectif concret se dcline par la suite en occupation et en dispersion ; or cette dernire notion fait cho la location. De mme, loccupation se dcline en disposition/exposition, sachant que cette dernire fait cho lide de dispersion. Enfin, la disposition se dcline en diffusion et clart, cest--dire accepte en son sein lide dexposition. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 130. 130 Espace domicile location occupation dispersion disposition exposition diffusion et clart Cette mme logique se fait jour au niveau des autres dimensions. Temps rythme chronologie omniprsence inconstance alternance diffrance extensivit et intensivit Agents fratrie socit compltude incompltude activit ractivit socialisme et gocentrisme vnements consommation progression totalit slection engagement puisement contemplation et activit Enregistrement praxis poesis quilibre excs progression rgression production et entretien Logique de preuve Nous exposons les vrifications de ces rsultats en annexe afin de montrer que rien nest identifi qui ne vienne des acteurs, mme si nous ne prenons pas ce qui est dit pour argent comptant. La rcurrence est identifie partir du moment o au moins trois acteurs se font cho. Le plan dimmanence sera constitu par ce qui est prsent chez chaque acteur. Et surtout, nous nous confrontons la ncessit de montrer que les acteurs lont dit. Lexigence de preuve conduit en effet ajuster les catgories jusqu ce quelles soient fidles la ralit. Do le rejet du traitement des donnes par logiciel informatique, car nous avons opr de constants allers-retours catgories/exemplifications pour ajuster les premires. Certes les vrifications ne sont pas des mises lpreuve, mais ces confirmations sont des preuves de la fidlit des catgories, et de leur induction partir dun travail empirique et mthodique. Cette opration nous garantit contre le plaquage comme rejet de lhtrognit, contre le rabattement sur un plan idel qui consacrerait a priori un chec pour penser lefficience. Elle donne galement corps aux catgories, en mettant en avant leurs multiples nuances. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 131. 131 7- Le plan ludique comme plan dimmanence 71- La problmatisation du systme du jugement Il ne sagit aucunement pour nous de fixer la morale immanente ces bilans comme constituant la morale efficiente et au principe de laction. Les donnes organises de faon dialogique de la distance 5, pas plus que celles de la distance 1 (manichennes, qui distinguaient un nous dun vous comme un bien dun mal), ne constituent la vrit de linstitution prrgionale, vrit transcendante comme terme dun processus de recherche. Nous ne prtendons rien dmasquer, nous ne cherchons rien rvler : le fait de pouvoir dire que les discours anti-performance ntaient que les masques de la tension la performance est en effet sans valeur quant la question de lefficience thique. Dailleurs si nous disposons prsent de catgories plus complexes que celles qui se faisaient jour dans le systme du jugement, qui donc pourraient tre plus propices une tude sur lefficience thique, il nous faut au demeurant remarquer que nous restons encore dans lordre du systme du jugement pour autant que nous prenons acte de discours qui interviennent aprs laccomplissement de laction. Qui plus est, nous devons sortir du systme du jugement de lintrieur, avec les acteurs. Cest dire quil faut le rendre problmatique pour quil y ait une ncessit immanente en sortir. Nous pouvons ainsi mettre en relief la contradiction interne du systme du jugement. Non pas que laction naccepte pas des principes contradictoires, mais le systme du jugement, en tant que systme, prtend la cohrence et ne souffre pas la contradiction interne et laportique. Cest en ce sens que nous avanons que les finalits assignes la pratique dans lordre du systme du jugement sont contradictoires, en tant quelles sont estimes contradictoires par les entretenus : jouer pour le plaisir soppose jouer pour la performance, par exemple. Au demeurant, ces valeurs napparaissent plus contradictoires ds quon se rapproche avec eux de laction relle et quon ne sen tient plus son sens enregistr : pratiquer le tennis de table de comptition est relatif au plaisir et la performance, la performance ne va pas sans plaisir et le plaisir ne va pas sans performance ( cest pas drle de toujours perdre ). Cette irrductible complexit est conscientise par les entretenus pour autant quils ne la rabattent pas sur un mode de reprsentation tlologique. Celui-ci nacceptant pas la contradiction interne, il en est rduit refouler des principes rels comme mauvais. Les joueurs ont conscience des paradoxes intrinsques la pratique sportive : sy ctoient logique humaine et logique sportive, individuelle et collective, dgalit et dingalit, de libralisme et dinterventionnisme. Or ces contradictions ne sont problmatiques que pour autant quelles sont rabattues sur des reprsentations de sens qui se veulent cohrentes. Ds lors la sortie du systme du jugement est ncessaire pour ceux qui le portent. 72- Une induction fidle aux principes pistmiques Comment sortir dfinitivement du systme du jugement et ainsi pouvoir constituer un plan de lhypothse sur la base des donnes collectes dans notre dmarche ? Il nous faut intgrer les catgories reprsentationnelles identifies, mais sur un plan qui les rassemble sans exploser, linverse du systme du jugement qui ne souffre pas la contradiction interne. La problmatisation du systme du jugement commande den sortir avec une catgorie qui rassemble les lments dune morale clate alors mme quelle se voulait unitaire et cohrente. Recoller ainsi les morceaux de morale grce lintervention dune catgorie dont les joueurs ont conscience, cest crer le plan dimmanence. Cette catgorie doit tre induite Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 132. 132 selon une logique fidle aux principes pistmiques. Elle doit ainsi tre prsente toutes les distances, tre complexe et conscientise, et enfin intgrer lopposition. Ce qui saccomplit dans laction relve en effet dune thique complexe. Les valeurs finales unilatrales sont dconnectes de laction, qui ninterviennent qua posteriori dans un registre reprsentationnel qui garantit lacteur sa moralit postule. Ces ides claires et distinctes permettent ainsi de se rendre comme matre et possesseur de la nature par des actions simples et unilatrales. Cest dire quune action relle manant dune thique qui se dpartit du registre du faire-comme-si relve galement du complexe. Or cette complexit relle sub-reprsentative relve de deux lments. Dabord, il ny a pas de loisir pur, qui sopposerait la comptition : au tennis de table, on compte toujours les points, cest un lment qui participe autant du devenir institutionnel (enregistrer un rsultat) que du devenir motivationnel. Les joueurs en ont parfaitement conscience : jouer pour perdre na pas de sens, ce nest pas mal, cest absurde. Laction consiste donc toujours viser une performance, elle nest pas absolument gratuite comme les reprsentations finales le laissent entendre. Dautre part, laction relle nest pas rductible son rsultat, de la mme faon quelle nest pas rductible sa finalit morale. Cest le sens de la rvolte consensuelle lencontre dune pratique qui ne viserait que le rsultat, rcupr par une instance transcendante (linstitution globale, la fdration franaise, la ligue de Bretagne, le comit dpartemental). Lchange a une consistance irrductible son enregistrement. La complexit constitutive de lthique efficiente et de laction tient donc au rgime spcifique de tension la performance qui est luvre dans la pratique pongiste. Celui-ci fait advenir un type de rapport lautre, cest--dire accomplit un type dinstitutionnalisation propre la prrgionale : moins comptitive que la rgionale, pratique le samedi et non pas le dimanche, elle veut lire par elle-mme une quipe qui la reprsente au niveau rgional, et non pas seulement obir linstitution globale qui organise les montes-descentes. Le rgime spcifique de tension la performance accomplit galement un devenir-soi. Sortir du systme du jugement, cest donc identifier une catgorie complexe dont les joueurs ont parfaitement conscience, qui dsigne un rgime spcifique de tension la performance. Elle rassemble en outre les morceaux dune morale clate dans le systme du jugement, sans tre une catgorie qui les transcende au point de se dconnecter de laction relle : cest une catgorie immanente aux consciences. 73- Jouer comme catgorie immanente Les joueurs utilisent constamment le mot jouer pour dsigner ce mode spcifique de tension la performance. Jouer intgre les deux versants du rgime dont nous parlons. Jouer, cest en effet propulser la balle de cellulod en essayant de faire en sorte que ladversaire ne soit pas en mesure de le faire, et ainsi remporter le point. Jouer, cest galement relativiser cette tension au gain du point : ce nest quun jeu , lenjeu du gain du point ne doit pas dpasser le jeu, ce ne serait pas bien, a conduirait des mauvaises actions. Or cette relativisation de lenjeu est oriente elle-mme vers lobtention du point : jouer cest viter dtre ttanis par lenjeu et ainsi conduire une action dynamique. Ainsi jouer dsigne une action qui inclut un rgime spcifique dopposition : ni opposition duelle-grgaire, ni opposition cooprative-laborieuse, elle est bien plutt opposition conciliante. Ce constat fait cho celui de Duret (in Duret, Bodin, 03) qui met en avant, sappuyant sur une enqute mene en 95 auprs de 629 personnes relatant un bon vnement sportif et un mauvais, que la dfaite au score ne se confond pas avec la dfaite morale puisquil y a une victoire possible dans la dfaite. Il y a une forme de russite dans la tension la performance elle-mme : la Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 133. 133 valeur nest pas lie la victoire en elle-mme, mais dans le processus, la tentative de devenir un bon adversaire (Robert, Simon, 85). Lpaisseur de lchange rel, irrductible son rsultat, trouve ainsi son sens dans laccomplissement de la ludicit. Jouer relve dautre part dune axiologie qui rassemble les catgories finales clates dans le systme du jugement. Elle peut apparatre comme catgorie finale, puisque les responsables institutionnels prtendent tre l pour faire jouer , faisant cho aux joueurs motivs qui revendiquent dtre l pour jouer . Mais si jouer pour le plaisir se prsente comme une finalit, ce nest pas une finalit extrieure puisquil sagit justement de jouer pour jouer. Dautre part lopposition des catgories finales perd son caractre aportique et a priori, paralysant quant laction, pour autant quelle sexprime sur le plan du jeu : alors que jouer pour le plaisir et jouer pour la performance semblaient se contredire comme des approches irrductibles, elles se rassemblent dans le fait quelles sont toutes deux des modes spcifiques du jouer. Un certain nombre de valeurs sont ainsi distribues sur le plan du jouer ; par exemple, certains points ont plus de valeur que dautres (beaux, longs, capitaux, remis par un des adversaires). Jouer constitue donc une pierre de touche pour sortir du systme du jugement. Jouer est ainsi une valeur : elle merge dans les entretiens comme principe dexplication vident, apodictique. Alors que les valeurs finales sont aisment remises en cause, la rfrence au jeu est accompagne de conviction, de confiance, voire dmotion (intonations). Mais surtout, jouer est une catgorie forte connotation thique. En de des lois du jeu (rgles), il y a la loi du jeu, la loi du terrain , dont laccomplissement prtendument objectif concide avec une certaine moralit. Jouer peut ds lors tre lobjet dune injonction : il faut jouer . Le prcepte rcurrent il faut que a se passe bien , qui comporte en lui la possibilit que a se passe mal, saccomplit ainsi dans la ncessit du il faut jouer . Notons en ce sens que le jugement au sujet dun joueur qui joue bien est souvent suivi dun acquiescement moral : le bien moral et le bien technique de performance sont amalgams. Mais justement, il ne sagit pas dun amalgame illusoire : bien plus que de se rpartir sur les actions jouer , le bien et le mal moral consistent jouer ou ne pas jouer (djouer). Cest le sens de lexpression rcurrente jouer le jeu . Jouer nest donc pas une catgorie connotation morale, jouer cest accomplir le bien moral. En effet, bien plus que dattribuer les catgories de mauvais joueur ou de faux jeu , ce que les joueurs font cest dvaluer certaines actions et acteurs comme ne faisant pas partie du jeu . La moralit ne comble pas un vide technique comme nous avons eu tendance le penser : pour autant quelle relve de lefficience et non pas du jugement, elle est la technique, le devoir- tre dune action relle qui tend dune certaine faon la performance. Technique et morale sont en ce sens les deux faces dune mme pice ; le jeu est une morale en tant quil doit tre et une ralit technique en tant quil est. Mais jouer nest pas un idologme. Jouer dsigne des actions concrtes observables. La catgorie jouer est certes vaste et englobe moult sens et actions concrtes. Au sein de la communaut pongiste griffonne, ce nest cependant pas une catgorie illusoire, un idologme fourre-tout dont lefficience se rduirait mettre du jeu thique dans la mcanique socio-sportive (illusion dthique). Jouer au tennis de table, cest en effet se conformer des dterminations rglementaires, mme si justement le rgime spcifique de jeu de la prrgionale consiste ne pas se conformer toutes. Jouer ne peut dautre part consister vouloir perdre : un tel comportement consiste linverse ne pas jouer le jeu , il est absurde. Mais encore, jouer cest toujours jouer dune faon dtermine activement : jouer vite, plac Les valeurs finales dsignent dailleurs une faon prcise de jouer en la Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 134. 134 rabattant a posteriori sur une intention suppose tre la source dune telle faon de jouer : lamalgame est ici fait entre la fin et le moyen. Jouer nest donc pas une catgorie creuse, mais au contraire une catgorie dtermine, plurielle et complexe. Le systme du jugement peut cependant fonctionner laide de la catgorie jeu : lobjection qui pointe une action comme drogeant une valeur finale annonce, on rpond : oui, mais ce nest pas la mme chose, l a ne fait pas partie du jeu , spcifiant que la sphre dapplicabilit de la valeur annonce relevait du jeu, valeur de la valeur. Mais justement, la valeur jeu peut fonctionner dans lordre inverse : la dtermination dune faon de jouer comme devant tre est suivie dactions ralisant concrtement ce devoir tre. Jouer est dautre part une catgorie qui apparat toutes les distances, et justement chaque fois elle peut renvoyer des devoir-tre diffrents qui sont les objets de la lutte morale pour le lgitime. De la mme faon que les joueurs avaient conscience des diffrentes finalits qui peuplaient leur discours, mais pas de leur dconnexion davec laction ni de leur appartenance un systme qui se prtendait unilatral, ils ont conscience de la catgorie jouer , mais pas de la connexion quelle opre entre les diffrentes finalits qui lui sont assignes a posteriori. Ainsi jouer est une catgorie dont les joueurs ont conscience et qui satisfait nos exigences pistmiques : complexit et immanence, subjectivit et intersubjectivit, conscience et inconscience, devenir et transontologie, institution et motivation. Cette sortie du systme du jugement grce lintervention de la catgorie jouer nest donc en aucun cas une fuite hors du rel dans une mta-catgorie, une catgorie transcendante. Cest une catgorie immanente : autant devoir-tre que ralit effective. 74- Le plan ludique comme plan dimmanence La fidlit aux principes pistmiques de linduction de la catgorie jouer nous conduit la mettre au principe de la constitution du plan dimmanence. Cest sur le jeu que seront apposs les lments de sens et les lments dactions en dcoulant. Or il faut remarquer qu linjonction il faut jouer fait cho celle rcurrente dtre et de rentrer dans le jeu. Il faut en effet rentrer dans son match, tre dedans dentre de jeu, rester dedans jusquau bout . Cette ide se dcline toutes les dimensions de la performance, tant donn quil faut : physiquement, rentrer dans la balle , techniquement, rentrer ses coups, faire rentrer la balle , tactiquement, faire rentrer ladversaire dans son jeu, rentrer dans son point faible , psychologiquement, rentrer dans sa bulle . A linverse, il ne faut pas sortir de son match , sortir de son jeu , sortir du jeu (cest--dire donner une rponse ladversit qui ne fasse pas partie du jeu), sortir de la salle pour discuter et fumer au lieu dencourager son quipe. Les actions les plus valorises sont en ce sens celles qui consistent revenir la table , revenir au score , revenir dans un change mal embarqu . Le jeu est donc un intrieur et jouer le jeu consiste sy insrer. Lextriorit dsigne la sphre du non-moral. Jouer consiste donc refermer un monde sur lui-mme. Le monde ludique dsigne ainsi une ralit anthropologique complexe, dont laccomplissement constitue le critre de la moralit spcifique la prrgionale. Elle se dcline toutes les dimensions ontologiques. En effet, le jeu est un espace spcifique, trac par exemple par le complexe balle-table-raquette : lensemble de laire de jeu (dfinie par les limites de linstitution globale et par les contraintes spatiales de la table) ne constitue pas lespace ludique, on ne peut utiliser tout lespace pour jouer ; les tables annexes qui ne sont pas affectes la rencontre (qui se joue sur deux tables) ne font pas partie non plus de lespace ludique. Nous avons en outre repr une certaine identit dorganisation de lespace dans les diffrentes salles : il y a chaque fois quatre tables dans la salle, dont deux utilises Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 135. 135 pour la rencontre, une table de marque, des tables darbitrage, des bancs. Le jeu, cest aussi un temps spcifique, avec un dbut et une fin (de la rencontre, de la partie, de lchauffement) dclench et boucl par les acteurs : aux expressions on y va, on y va ? , cest parti , dentre de jeu et jusquau bout , font cho quand cest fini, cest fini et le merci qui accompagne la poigne de main qui clt la partie, voire la rencontre, ou la rdaction de la feuille de match. Ce temps spcifique pouse de trs loin les horaires rglementaires institutionnels, mais nest pas directement dirig par linstitution globale ou ses reprsentants (quand un arbitre est prsent, on ne lcoute pas). Nous avons repr une identit de temps malgr la diffrence de scnario : 3h30 de comptition, 5h de prsence ; car dj, la rencontre est joue jusquau bout et non pas arrte au score acquis (20 parties). Le jeu englobe dautre part un certain nombre dagents, qui sont comme qualifis et habilits jouer : il y a en effet une liste implicite de joueurs, ni trop forts ni trop faibles (de classs 35/40 classs 60/65), qui exclut arbitres, coaches et entraneurs, ou encore les personnes extrieures la partie joue, a fortiori extrieures la feuille de rencontre. Le jeu, cest encore un certain nombre dvnements, savoir les productions techniques, intentions tactiques et comportements qui correspondent un besoin chez lacteur, auxquels sajoutent les vnements alatoires comme les balles de chances (qui accrochent le filet ou touchent larrte de la table et crent une trajectoire difficilement ngociable par ladversaire). On rejette linverse certains comportements jugs sans liens avec les productions techniques, certaines paroles, les cassages de raquette, les recours scrupuleux la rgle (rgle du service), lutilisation du temps mort ou des temps de non-jeu. Pour finir, le jeu comprend un enregistrement oral du droulement de la partie, avec les adversaires ou seulement avec son quipe, qui inclut le scnario, la compltude des quipes, les conditions de jeu, lesprit dans lequel les parties se sont droules et linverse rejette lcrit comme dans le cas des rserves ou rclamations apposes sur la feuille de rencontre. Cest certes au niveau de lenregistrement que la ralit peut tre aplatie. Les joueurs ont conscience de lexistence du monde ludique (le stress lentre de la salle ou de laire de jeu en est un signe, surtout lors de la premire partie qui inaugure la rencontre, fait basculer dans le ludique) et en reprent les traits au cur du rel global, mais ils le dspaississent en effet ds quils leur faut y mettre un sens : ils lui donnent un sens final pour rpondre aux injonctions idologiques modernes (on joue pour). Mais ce mode de reprsentation qui pour nous est inadquat fait partie du monde ludique, en est un lment, on ne peut le nier et on ne doit pas le rduire une illusion. Les valeurs finales du systme du jugement sont ainsi les symboles du monde ludique, au sens de morceaux du monde (Fink, 66). Le jeu dsigne donc une ralit complexe qui ne correspond pas lensemble des actions qui ont lieu au cours dune rencontre ordonne par linstitution globale (fdration, ligue, comit dpartemental). Cest une ralit anthropologique immanente, une ralit trans- ontologique, un monde trac et tiss dans et travers les lments du rel objectif, qui nat chaque fois que les actions qui le font advenir sont refaites. Ds lors jouer est une faon de faire advenir le monde ludique, jouer est moral pour autant quil le fait advenir. Si on se place du point de vue du social, jouer est donc moral pour autant quil actualise la socialit ludique. Si linverse on se place du point de vue de lindividu, jouer est thique pour autant quil actualise le devenir-soi (do la frquente confusion entre moralit et victoire). Ce qui doit tre, cest tel devenir social et tel devenir soi, ds lors ce qui les fait advenir est qualifi a posteriori de moral et dthique. Entrer dans la rencontre est un droit, savoir sortir de la partie est un acte moral ( quand cest fini, cest fini ). Jouer est ainsi une faon dhabiter le monde ludique qui actualise les devoir tre sociaux et individuels, mais le monde ludique ne prexiste pas aux faons de lhabiter. Lpaisseur du monde, la Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 136. 136 consistance dont on parlait nest jamais neutre, elle est toujours habite par quelque force. Par exemple, le prcepte on napplaudit pas sur une faute de ladversaire (car la dficience dont il fait preuve nest pas relative une efficience de lautre) prtend quil y a une zone neutre de lchange (qui ne revient ni lactivit de lun, ni lactivit de lautre) ; or cette prtendue neutralit nen est pas une, puisquelle est lexpression dune habitation de la ludicit par linstitution prrgionale : au niveau national, on applaudit volontiers une faute de ladversaire car on considre quelle est due la conscience quil a de mes possibilits techniques pour gagner le point sil produit quelque chose de trop simple. Le monde ludique est donc une ralit anthropologique complexe en devenir perptuel dont ltat actuel dpend de ltat des rapports de force entre les devenirs sociaux et les devenirs individuels qui tentent de lhabiter pour advenir. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 137. 137 5- Axiologie : la construction dductive des complexes de sens et dactions 1- La dtermination de faons de jouer Notre objectif est de reprer des complexes de sens et daction sur le plan dimmanence, savoir sur le plan ludique. Ceci ne peut se faire qu partir des lments qui ont permis de crer le plan dimmanence par induction. Cest dire que nous voulons oprer un rabattement de ces lments sur le plan ludique. Il sagit pour nous de dduire les dterminations pertinentes de laxiologie, mais partir du plan dimmanence et travers les donnes collectes. Il est dautre part ncessaire de mettre en ordre ces donnes, mais il nous faut rejeter toute mise en ordre par plaquage dune logique transcendante, celle du tableau, de larbre ou de la pyramide par exemple. Vigarello (02) signale bien limportance du tableau dans limagerie du spectacle sportif, qui porte lordre le plus classique, savoir une logique labore selon lordre spatial. De la mme faon, larbre reprsente lunicit du multiple. Ces logiques ont le dfaut de nen rfrer chaque fois qu un type dordre, ce qui ne convient aucunement une tude sur lefficience thique. Celle-ci commande au contraire de maintenir la multiplicit, le devenir, lhtrognit, partant de croiser les donnes. La seule chose que nous pouvons imposer dans cette mise en ordre, cest daller du sens aux actions. En restant fidle ces principes pistmiques de multiplicit et dordre sens/action, nous dduisons lide que jouer le jeu nest pas une prdication unilatrale, quil ny a pas une seule faon de jouer le jeu , et que bien plutt il y plusieurs faons de concevoir et dactualiser la ludicit comme moralit. Cest dailleurs ce niveau quintervient la conscience thique efficiente, lactivit thique : chaque faon de jouer trace activement la limite ludo-thique. Les faons de jouer sont ainsi enregistres comme des biens relatifs et dsignent un commerce particulier avec lespace, le temps, soi-mme, la balle et ladversaire, ainsi quun enregistrement thique en termes finaux. Il sagit ds lors didentifier ces faons de jouer, partir des donnes rcoltes dans la frquentation du terrain. Elles doivent ncessairement avoir t prsentes chaque distance de notre processus de construction du plan ludique. La multiplication des points de vue (un joueur, tous, moi) et la fixation de ces catgories la distance qui consacre la connexion du sens et de laction, du terrain et de la posture, assurent la conformit des dterminations aux principes pistmiques. Bien plus, nous verrons que la dduction de ces catgories efficientes est base sur un principe gnalogique multiple : une faon de jouer est lue comme bien par les acteurs parce quelle permet autant lactualisation dune ligne de dveloppement institutionnelle que celle dune ligne de dveloppement motivationnelle. Notons dailleurs que lessentiel, cest que les catgories identifies soient traitables dans une approche comprhensive. Nous avons ainsi identifi six faons de jouer le jeu qui constituent des prdications thiques dans le sens o elles permettent dactualiser la ludicit, source de la moralit sportive. Les acteurs exigent en effet, pour raliser une thique dhumilit, de jouer son jeu , cest--dire jouer selon ses besoins et sa nature, sa propre complexion, faire valoir son jeu et non pas jouer contre lautre contre nature, user dartifices ou encore surjouer, se la jouer ( se la pter ). Il faut dautre part, pour satisfaire une thique de stabilit, jouer rgulier , ce qui signifie jouer la rgulire, non pas jouer la rglementaire ou sur le comportement, ce qui implique de jouer rgulirement et pas par intermittences. Il faut encore, au diapason dune thique dordre et de correction, jouer normalement , cest--dire pratiquer un jeu classique, connu des autres, et non pas pratiquer un jeu bizarrode, de merde, de bidouille . Il faut aussi, dans une thique de solidarit, Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 138. 138 jouer complet , cest--dire avoir un jeu complet, tre capable de faire plusieurs choses et de jouer avec plusieurs personnes, et non pas jouer sur un seul coup. Il faut, conformment une thique de franchise et douverture, jouer franc jeu cest--dire pratiquer un jeu ouvert, et non pas fausser, parasiter, casser le jeu . Pour finir, il faut jouer juste pour accomplir une thique de temprance et de justesse, voire de justice, cest--dire jouer sur la nuance, pratiquer le tennis de table comme jeu dadresse, et non pas comme un bourrin . Nous proposons au sujet de ces catgories une scrupuleuse vrification de leur pertinence (annexe 2) : corrobores par tous, elles dsignent un ensemble de sens thiques et daction effectives. Nous pouvons dsormais laborer une sixime table et sortir dfinitivement du systme du jugement. Elle fait tat dthiques formules et de faons de jouer effectives (observables) qui actualisent les devoir-tre, avec une dgradation progressive vers djouer qui constitue le mal ludique, par consquent thique. Les degrs qui sparent lide et le fait de jouer de lide et le fait de djouer constituent lpaisseur ludique, l o les actions sont irrductibles leur rsultat. La limite entre les deux ples est floue, qui dlimite le jeu du non- jeu : la limite ludique clture et ouvre sur un ailleurs. JOUER DEJOUER jouer son jeu : jouer selon ses besoins, sa nature, sa propre complexion (ncessit intrinsque), faire valoir son jeu ; valeur : naturalit, humilit. jouer contre nature , jouer contre ladversaire ( dfier ), user dartifices ou surjouer, se la jouer ( se la pter ) jouer rgulier : jouer la rgulire ( tre rglo ), pratiquer un jeu stable, donc jouer rgulirement pour stabiliser ; valeur : maturit, stabilit. mdiatiser le rapport lautre, jouer la rglementaire, jouer sur le comportement , jouer par intermittences jouer normalement : pratiquer un jeu classique ( orthodoxe , lancienne ou moderne , cest--dire connu des autres); valeur : ordre, correction. pratiquer un jeu bizarrode, de merde, de bidouille jouer intgre : pratiquer un jeu complet, tre capable de faire plusieurs choses avec les autres; valeur : solidarit, pluralisme. jouer sur un seul coup , avoir un jeu limit , casser le jeu jouer franc jeu : pratiquer un jeu ouvert; jouer avec ladversaire (immdiat du contact humain) ; valeur : franchise et ouverture fausser le jeu , parasiter le jeu , fermer le jeu , se jouer de ladversaire jouer juste : jouer sur la nuance, faire preuve dintelligence et de sens tactique ( adapter ); valeur : temprance, justesse jouer comme un bourrin Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 139. 139 Cette table constitue le bornage des donnes partir desquelles il nous faudra comprendre lefficience thique. Ce bornage est ncessaire, car le terrain dinvestigation est en perptuelle mutation. Le processus de recherche contribue dailleurs cette mobilit, et il ne faut pas risquer de prendre les changements crs pour des marques de vrit (artefacts), bien plutt il faut matriser limpact de notre intervention (appuis sur les reprsentations de ma prsence et de mon activit). Nous ne menons aucunement une recherche-action, mme si nous reconnaissons une action de la recherche. Nous bornons en ce sens le recueil des donnes une saison complte, de septembre juin (deux phases de sept journes), qui correspond une unit collective (le systme sportif sera rorganis la suite) et idiosyncrasique (une rflexion sera mene par chacun au sujet de son investissement au sein du collectif durant lt, avant la runion des quipes en septembre). Le terrain nous contraint dailleurs cette limitation prcise : parmi les acteurs avec lesquels nous avons travaill, certains changeront de club, dautres arrteront, et nous sentirons poindre une certaine lassitude quant notre dmarche, mme si certains ont compltement adhr. Mais surtout, cette table constitue un bornage pistmique. Ainsi, les donnes qui serviront lexprimentation de lhypothse ne seront pas celles venant aprs lidentification des faons de jouer, mais bien celles qui ont servi llaboration de la sixime table. Les entretiens et notes dobservation in situ exposs en annexe, les catgories et les lments actionnels apparaissent dans les tables des cinq premires distances. Toutes les donnes directement lies aux faons de jouer telles que nous les dcrivons sont en ce sens des donnes traitables, fidles aux principes pistmiques explicits. Nous ne nous retrouvons donc pas dans lordre du systme du jugement, puisque toutes les donnes relatives aux actions ont t consignes pendant les observations de rencontre. Il sagit ds lors de dduire prcisment les complexes de sens et daction partir de ces donnes. Les premiers lments axiologiques sont ici dduits par la seule explicitation de lexigence contenue dans les faons de jouer dtermines. Il sagit doprer un dsenveloppement de ce qui est contenu dans lide consciente enregistre, associ ce qui y correspond dans les actions observes entendues comme commerce avec lespace, le temps, soi-mme et les vnements. Le principe de slection des correspondances est immdiatement bas sur lexpertise acquise quant au monde ludique, mais il est mdiatement soumis une logique de vrification o le multiple intervient comme garde-fou. Nous indiquons en gras les lments que nous conserverons pour construire les complexes de sens et dactions. Lenregistrement jouer son jeu fait ainsi rfrence un certain type dactions effectivement conduites. Pour ne pas jouer contre nature, il est en effet ncessaire de ne pas subir le jeu adverse. Ceci implique un certain commerce lespace : il ne faut pas reculer, et plutt avoir les pieds bien ancrs au sol et les appuis carts pour assurer une certaine solidit. Du point de vue du temps, il faut jouer son rythme , cest--dire faire se succder des temps de jeu et de non-jeu selon ses besoins, servir et remettre le service quand on est prt. Ceci implique de ne pas faire le double. Il faut galement faire sa bulle (tre concentr), mais encore jouer linstinct , cest--dire ragir aux stimuli, donc tre attentif, aux aguets, ce qui ncessite une posture propice de lagent : la flexion du train infrieur et une tension musculaire globale. Pour finir, il faut jouer en confiance dans le commerce aux vnements, cest--dire ne pas reculer au moment du contact avec la balle, ne pas produire de flottements dans la propulsion de la balle, par consquent avoir une prhension ferme au moment du contact. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 140. 140 Les actions enregistres sous le jouer rgulier sont galement prcises. Le refus du recours la rgle qui sy fait jour commande de ne pas prendre de temps mort , donc dtre endurant. Il sagit ds lors dtre stable, donc deffectuer peu de dplacements dans lespace. Cette stabilit est assure grce une flexion lgre du train infrieur. Du point de vue des vnements, il sagit de ne pas faire de fautes, donc deffectuer des gestes basiques : contre-attaque et blocs, et de produire un jeu de maintien : renvoyer la balle do elle vient ou utiliser les statistiques (80% des balles reviennent en diagonale). Jouer normalement constitue lenregistrement de lexigence de pratiquer un jeu classique, en loccurrence offensif. Ceci implique de jouer prs de la table (ne pas reculer). La normalit dtermine galement un rythme particulier : la moyenne dun change ce niveau tant de trois allers-retours de la balle, il sagit dorganiser sa pratique sur lexcution de trois coups : service ou remise, coup de prparation ou de transition, coup terminal. Qui plus est les coups doivent tre des coups rpertoris (technique fdrale) : service coup ou lift, court ou long, remise en poussette (dfense) ou bloc, et dans lchange, top spin ou attaque. Dans ce rythme ternaire, lagent jouera en silence, ne sexprimera que sur les beaux points. Exiger de jouer complet , cest exiger de savoir faire plusieurs choses. Ceci implique dintercepter autant en coup droit quen revers, partant dtre plac en milieu de table pour pouvoir couvrir toute la latralit de la table. Bien plus, il faut savoir produire attaques et dfenses, rotations arrire et rotations avant, toucher la balle en phase descendante, mais accompagner en rotation avant et reculer en rotation arrire (couvrir la profondeur). Il faut jouer contre tous types dadversaires, donc jouer toute la partie et toute la rencontre, ce qui implique dvoluer sur un rythme lent garant de lendurance et de la rcupration pendant le point. De la mme faon, il ne faut pas tre divis par le stress, donc jouer dtendu. Exiger de jouer franc jeu , cest commander d ouvrir le jeu . Il sagit ds lors de lancer le jeu , cest--dire de jouer long en service et remise avec des services lifts ou sans effet et des services bombes, puis de jouer des changes o la balle parcourt des espaces de plus en plus vastes, jouer dans toute laire de jeu (de prs loin). Du point de vue du temps, il sagit de jouer des changes longs, et du point de vue des agents, dextrioriser ses motions. Exiger de jouer juste , cest exiger de jouer sur la nuance. Ceci implique de disposer de temps pour pouvoir percevoir et sadapter, donc jouer recul : jouer mi- distance (1,5 2 mtres de la table). Mais ceci implique galement de jouer relch et dutiliser les segments distaux (main), de jouer en toucher, donc davoir une prhension relche. Il sagit de produire des rotations. Servir avec rotation permet de savoir o reviendra la balle et anticiper. Au niveau mental, il faut veiller garder une certaine distance lvnement. Ces premiers lments axiologiques sont issus de la seule explicitation de lexigence contenue dans les faons de jouer dtermines. Il va sans dire quelles contiennent bien plus : des dterminations en amont sont contenues dans lthique, qui ne sont pas demble conscientises. Ceci nous renvoie au domaine de limplicite, de linconscient immanent, qui nous renseignera sur la trs importante dimension inconsciente des actions. De nouveaux lments doivent ainsi tre mthodiquement identifis et ordonns. Nous le ferons en considrant les inconscients des faons de jouer : la compatibilit concrte des faons de Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 141. 141 jouer, puis les biens sociaux conscientiss par les joueurs et enfin les biens relatifs leur existence propre. A chaque temps, nous dduirons de nouvelles dterminations concrtes des faons de jouer en prenant appui sur les donnes dj collectes. Nous rendrons compte de ces dterminations dans une criture qui pouse la ncessit propre chaque faon de jouer, la plaant au cur de la dduction des lments. 2- La ncessaire compatibilit des faons de jouer Les faons de jouer sont irrductibles les unes aux autres. Au demeurant, elles doivent tre compatibles les unes avec les autres, car sinon le conflit qui en rsulterait constituerait un chec du jeu et ne ferait pas advenir le monde ludique : les protagonistes des rencontres ne pourraient pas en effet tracer la limite ludique par leur activit. Notons que le problme ne relverait pas dune incompatibilit logique (celle-ci nappartenant qu largumentaire a posteriori, partant au systme du jugement), mais bien plutt du fait que lincompatibilit des faons de jouer serait inhibitrice de laction : un goulet dtranglement les empcherait de saccomplir, donc provoquerait laccomplissement du mal, que les joueurs identifient dailleurs lorsquun joueur cesse de jouer en pleine partie, casse sa raquette ou craque nerveusement (djouer). Ds lors, en identifiant les lments propres chaque faon de jouer qui la rend compatible avec les autres, nous pouvons prciser les contenus qui lactualisent et aller plus avant dans la distinction des complexes defficience. Or ces lments sont ceux qui font que la faon de jouer est conue comme une faon de bien jouer de cette faon, ce qui permet au perdant du point ou de la partie de savouer quil a moins bien actualis sa propre faon de jouer, plutt que dactualiser le mal du non ludique en pensant que les deux joueurs ont mal jou. Nous indiquons en gras les lments que nous conserverons pour construire les complexes de sens et dactions. Le bien qui est contenu dans le fait de jouer son jeu ne peut consister pratiquer un jeu anormal, bizarrode (envers de jouer normalement), qui ne consiste qu faire djouer ladversaire. Do la ncessit que son jeu soit un jeu de prise dinitiative, un jeu impos, un jeu qui en impose. Apparat ds lors la ncessit de la force, de la puissance. Ceci engage un certain type de commerces. Du point de vue de lespace, le fait quil faille choquer la balle implique daller vers la balle, daller vers lavant, donc commande une extension puissante du train infrieur. Du point de vue du temps, la puissance ncessite lexplosivit, donc un effort en anarobie alactique ; celle-ci exige une faible amplitude gestuelle chez lagent. Ce dernier doit pratiquer un jeu en prise dinitiative puissante, donc utiliser des coups comme le top spin frapp du coup droit (conu comme coup terminal) et lattaque du revers, auxquels lextension du train infrieur donne de la puissance (la propulsion part du sol, humus). Du point de vue des vnements, le jeu en prise dinitiative puissante exige de fermer le jeu, cest--dire de faire des services courts coups ou deux rebonds coups pour empcher une prise dinitiative puissante adverse. Le bien qui est contenu dans le fait de jouer rgulier ne peut consister pratiquer un jeu qui endort, partant qui inhibe, qui embourbe, embarque dans des trucs . Une telle attitude serait en effet par trop artificielle (envers de jouer son jeu), bizarre (envers de jouer normalement), parasite (envers de jouer franc jeu). Ceci implique ncessairement la vitesse, proprit intrinsque au tennis de table. Ds lors, jouer rgulier implique de jouer la table , cest--dire de se tenir prs de la table (0,5 mtre 1 mtre) et de revenir prs de la table quand on a t contraint de reculer. Du point de vue du temps, la vitesse ne peut aller contre lendurance initialement exige, donc le type deffort impliqu est lendurance- vitesse. Du point de vue des vnements, il faut galement jouer au rebond , dans la Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 142. 142 mesure o la vitesse recherche ne peut se faire dans loubli de la scurit exige initialement : intercepter au plus vite le projectile pour crer de la vitesse (ne pas se dsquilibrer en sengageant vers lavant, seulement intercepter en jouant devant soi, effectuer des liaisons rgulires qui ne dsquilibrent pas), jouer sur la vitesse de la balle adverse pour produire des trajectoires tendues, partant anticiper et tre ractif (activation importante) donc tonique (extension isomtrique des mollets pour assurer la ractivit du train infrieur). Ce faisant, il faut ncessairement se tenir face la table pour toujours avoir la balle devant soi, assurer un quilibre du coup droit et du revers, donc prendre le revers quand les balles sont au milieu de la table, et effectuer des dplacements courts ou des simples fentes. Le bien qui est contenu dans le fait de jouer normalement ne peut consister pratiquer un jeu qui nest pas le sien, qui nest pas intgr par le joueur. Do la ncessit dtre un bon exemple du jeu classique, dtre exemplaire. Ainsi la ncessit de jouer en silence est relativise par le droit dutiliser la parole pour se plaindre de la qualit de son jeu, car cest une faon de montrer quon connat bien la rfrence du jeu classique et quon peut valuer sa pratique de ce point de vue. Le commerce lespace est de mme trs net : il faut occuper la latralit de la table en fonction de la technique classique : un tiers revers et deux tiers coup droit (car il y a une amplitude plus importante en coup droit, une prise de balle sur le ct du corps). Lexemplarit implique de veiller au contrle des effecteurs, ce qui commande une amplitude moyenne des gestes ainsi que labsence daccompagnement aprs le contact avec la balle et un effort de type arobie. La ncessit de construire le jeu (sur trois coups) saccentue et intgre les rotations: premier coup coup (service ou poussette), deuxime lift (top spin), troisime tap (attaque) ; le top spin est conu comme coup de prparation. Cette construction coup/lift/tap commande de sajuster en profondeur (extension du pied). Le bien qui est contenu dans le fait de jouer complet ne peut consister pratiquer uniquement pour soi, tre une totalit referme sur elle-mme, goste. Do la ncessit dtre solidaire et dactualiser le jouer ensemble . Ainsi, il faut jouer en double. Ceci implique de jouer mi-distance (1 2 mtres de la table), de ne pas rester bloqu sur une de ses erreurs ou du partenaire, de jouer lensemble des points, donc tre disponible mentalement, faire le vide aprs chaque point. Jouer en double implique de jouer pour le partenaire, donc de varier son jeu. Mais on ne joue que dans une direction en remise de service, donc il faut axer la variation sur les rotations (coup, lift, sans effet). Mais encore, il faut jouer toutes les parties de la rencontre (y compris le double), donc il y a ncessit de rcuprer : leffort doit tre dendurance capacit. Le bien qui est contenu dans le fait de jouer franc jeu ne peut consister pratiquer un jeu trop risqu peupl de fautes directes, car la multiplication des fautes nactualiserait aucunement la ludicit. Do la ncessit dutiliser un matriel qui permet de contrler, ce qui implique de compenser ce dficit de propulsion par lengagement physique. Exiger de jouer franc jeu ncessite ainsi de jouer fond, donc de pratiquer un effort de type anarobie lactique. Jouer fond et sextrioriser, cest jouer en transe et avoir une mobilit globale du corps, avec une amplitude moyenne pour chaque segment. Ceci constitue un moyen de pratiquer un jeu spectaculaire. Jouer spectaculaire cest jouer loin de la table, faire du top sur top et de la dfense en balles hautes, ou encore lcher des coups spectaculaires, par exemple le top spin revers en ligne. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 143. 143 Le bien qui est contenu dans le fait de jouer juste ne peut consister pratiquer un jeu inconstant, car en ce cas il y aurait trop de dpendance vis--vis du jeu adverse. Do la ncessit de jouer lconomie pour rester juste. Ceci implique deffectuer peu de dplacements, partant de garder une position haute permettant dtre relch et davoir lamplitude gestuelle qui permet dviter les dplacements. Il faut galement adopter une organisation biomcanique rationnelle qui vise la progressivit de la propulsion, le passage graduel du lent au rapide. Celui-ci permet de jouer contretemps, cest--dire de diffrer la propulsion, par consquent de masquer la direction. On cherche dautre part gagner les points sans forcer, par exemple directement sur le service. 3- Gnalogie sociale des faons de jouer En quoi les faons de jouer identifies sont-elles des biens relatifs ? Pour linstant, on ne voit pas prcisment en quoi, on sait seulement que ces faons de jouer actualisent la ludicit. La question appelle donc une gnalogie. Il sagit de sinterroger sur la valeur de la valeur : quel mode dexistence dsigne ces faons de jouer comme des biens ? Or dans la mesure o les faons de jouer sont reconnues par tous les joueurs comme des biens, et quelles sont ncessairement compatibles, nous pouvons penser que la source thique est rechercher dans un mode dexistence social. Les faons de jouer ne sont dailleurs pas seulement en correspondance avec le processus institutionnel, elles sont des biens moraux parce quelles accomplissent le bien commun, le vivre ensemble : linstitution a en effet besoin que les joueurs jouent , car linstitution est l pour faire jouer ; ds lors les joueurs estiment tre l pour jouer . Bien plus, jouer le jeu cest faire en sorte que a se passe bien , o le bien dsigne la moralit et le a , linstitution concrte. Ceci renvoie la dsignation de lassociation comme personne morale , et celle du rapport dactivit comme rapport moral . Les faons de jouer accomplissent celle-la, cest la raison pour laquelle elles doivent tre. Qui plus est tel type de jeu accomplit tel type de socialisation : preuve les styles de jeu nationaux diffrent des types de jeux dpartementaux. Ainsi, les faons de jouer enregistres comme des biens le sont parce quelles actualisent des lignes prcises du processus institutionnel. Celui-ci nest en outre pas unique. Ds lors, si nous identifions les lignes de socialisation propres la prrgionale, nous pourrons une nouvelle fois prciser les contenus effectifs des faons de jouer : aprs avoir effectu ce travail didentification, il nous faudra mettre en correspondance les faons de jouer et les devenirs sociaux, et ensuite poser la question de savoir en quoi ces faons de jouer actualisent les devenirs sociaux, cest--dire en quoi elles sont des biens. 31- La dtermination de devenirs sociaux Quels sont les devenirs sociaux luvre dans linstitution pr-rgionale ? Et comment les identifier ? Il sagit certes de les comprendre en tant quils constituent les inconscients des faons de jouer que nous avons clairement identifies. Mais il est tout fait ncessaire dviter de projeter des correspondances idelles sur la ralit des interactions. Cest ce que font Boltansky et Thvenot (91) quand ils sappuient sur des guides thoriques, qui plus est symboliss dans des textes reprsentatifs. Si comme eux nous exigeons le multiple, nous exigeons galement davoir rapport au chaos, au vide de sens, comme mdiation vers linstituant ordinaire. Nous nous appuyons donc bien plutt sur des guides pratiques, qui encore une fois ne sont pas des livrets ou des manuels comme chez Boltansky et Thvenot (91) : ceux-l ne sont que des enregistrements, ne reprsentent que le moment de lenregistrement dune pratique sociale ; lessentiel nest jamais dans les livrets (Bourdieu, Chambrdon, Passeron, 67). Au contraire nous nous sommes appuys sur des guides Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 144. 144 dynamiques, au sujet desquels nous avons cherch pouser les lignes de dveloppement : il sagit du suivi des runions du comit directeur du dpartement (qui est le gestionnaire du championnat, lenregistreur et larbitre administratif), crois avec ltude dun club de rgionale qui devait initialement voluer en prrgionale. Nous avons ensuite mis en correspondance ces lignes horizontales et verticales de dveloppement social avec le processus de recherche au contact des joueurs. Notons dailleurs que tout a t men de front, le tableau suivant en rend compte. Distances CD22 TT GOUDELIN 1 AG CD22 19 juin 2005 OB et NM 2 CD CD22 16 septembre 2005 Entretien crois 3 CD CD22 16 dcembre 2005 ///////////////////// 4 CD CD22 14 avril 2006 ///////////////////// 5 AG CD22 24 juin 2006 Bilan phase 1 et phase 2 Comit Dpartemental de tennis de table des Ctes dArmor ; Assemble Gnrale ; Comit Directeur Au cours des runions du comit dpartemental, nous avons prt une attention particulire aux dbats et conflits qui se manifestaient sous la forme dune alternative o tait en jeu la dfinition dune ligne sociale. Nous avons dautre part relev laccueil favorable de nouveauts comme signe de la reconnaissance dun lment permettant laccomplissement du processus institutionnel. Dans le suivi du club nouvellement promu, nous avons eu de lintrt la continuation entre prrgionale et rgionale selon les deux joueurs suivis, et de mme que pour le comit dpartemental, un intrt aux nouveauts, cest--dire aux diffrences entre les deux niveaux. Pour dterminer les lignes de dveloppement social, nous ne conservons que les rcurrences croises. Ainsi, nous avons dduit six lignes de dveloppement du devenir institutionnel de la pr-rgionale : le devenir agonal et concurrentiel dune socit qui se construit partir du naturel intress et belliqueux de lhomme (thories de ltat de nature grgaire), le devenir stable propre toute socit qui perdure (la rgularit ne vient pas de la rgle, mais de lhabitude), le devenir normatif qui tend luniformisation, le devenir intgratif dune socit qui tend institutionnaliser tous ses agents (ne laisse pas de zone de non-droit), le devenir populaire relatif la dmocratisation et enfin le devenir raisonnable dune socit qui cherche lquilibre de ses forces. Nous proposons en annexe 2 une vrification de la dtermination de ces lignes sociales, qui met en avant lappui de celle-ci autant sur les discours des membres du comit que sur ceux du club de rgionale. Nous exposons de surcrot, ici, lanalyse des dbats qui a permis didentifier les devenirs sociaux. Ils ont en effet lavantage de montrer trs clairement la diffrenciation de lignes de dveloppement, mais encore de clarifier les dclinaisons de chacune dans leur opposition toutes les autres. 32- La co-diffrenciation des devenirs sociaux Le devenir agonal soppose tous les autres devenirs sociaux : On dbat souvent sur lorganisation du championnat dpartemental et du championnat jeune : certains demandent ce quon labore des poules gographiques (par secteur), dautres des poules le vendredi soir. Le problme, cest que ces organisations vont lencontre des qualifications sportives par niveau. Sopposent ici jouer demeure et jouer son niveau , devenir stable et devenir agonal. Le prsident de la commission sportive prconise une option dans une alternative concernant le championnat par quipe. Soit on joue cinq (au lieu de six) et on prend une Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 145. 145 amende pour quipe incomplte ; soit on appose sur la feuille de rencontre un joueur fantme qui perd ses parties, mais en plus donne des points-classements aux adversaires. En ce cas, mieux vaut tre cinq, il ne mettra pas damende la premire fois. Sopposent ici jouer au complet et jouer pour de vrai , devenir intgral et devenir agonal. On dbat sur le bien-fond de la licence promotionnelle pour les comptitions promotionnelles : soit on lestime fonde comme instrument de promotion du tennis de table et dattraction vers sa pratique ; soit on estime que les comptitions promotionnelles sont des comptitions parallles nfastes au championnat traditionnel, et que la licence traditionnelle est la seule valable pour se dvelopper. Sopposent ici le promotionnel comme diffusion et le traditionnel comme comptition, devenir populaire et devenir agonal. On dbat sur la prsence dquipes trop fortes pour le niveau dans lequel elles voluent (bons joueurs qui reprennent dans un nouveau club, non muts). Certains demandent quon les surclasse car sinon lcart de niveau est trop important ( cest aberrant, cest anti- sportif ) ; dautres estiment quon ne peut les surclasser car il ny a aucune lgitimit rglementaire (le prsident : sur quel critre on les ferait jouer au-dessus ? ). Sopposent ici rgles de qualification et jouer son niveau , devenir normatif et devenir agonal. On dbat sur la prsence de joueuses trs fortes dans le championnat dpartemental, due au fait quil ny a pas de connexion entre le championnat fminin et le championnat masculin du point de vue du brlage. Soit on considre que cest autoris et que a relve le niveau ; soit on considre que cest injuste. Sopposent ici les ingalits inhrentes la comptition et le ncessaire quilibre pour une comptition juste, devenir agonal et devenir raisonnable. Le devenir stable se diffrencie galement des autres devenirs : On dbat au sujet de la nouvelle formule du championnat individuel : soit on considre que lancienne formule tait bien, avait fait ses preuves (dirigeants); soit on considre que la nouvelle formule redynamise (techniciens). Sopposent ici lancien et le nouveau, devenir stable et devenir normatif. Dans un nouveau dbat sur licence traditionnelle/licence promotionnelle, on se prononce au sujet du dveloppement : soit on considre que la licence traditionnelle est un bien dans le sens o cest la seule vraie licence ; soit on considre que la licence promotionnelle est bonne pour lattraction avant la fidlisation. Sopposent devenir stable et devenir intgratif. A propos du site Internet du comit, soppose une conception du site comme fentre dinformation scurise (avec mot de passe, contrle des informations transmises, accs limit) et une conception du site comme site dynamique o tout membre peut modifier des informations. Sopposent ici devenir stable (scuris) et devenir populaire (gratuit). Au sujet dun problme de violence dun enfant stagiaire, on adopte deux positions : lexclure schement pour quil ny ait pas de problmes pour les autres, ou alors le rintgrer car la mission des encadrants est ducative. Sopposent ici devenir stable et devenir raisonnable. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 146. 146 Le devenir normatif est distinguable des devenirs intgratif et populaire On fait un retour sur le problme des inscriptions au championnat individuel : soit on refuse les retards pour aller vers plus de rigueur, soit on considre que lpreuve ne peut se passer de grands clubs. Sopposent ici devenir normatif et devenir intgratif. Le trsorier prend le temps de lire la totalit du rapport du commissaire aux comptes qui avalise son travail, mais fait un bilan comptable rapide car cest rbarbatif. Sopposent ici devenir normatif et devenir populaire. Certains demandent une adaptation des rgles du brlage pour le petit niveau car elles dsavantagent les petits clubs. Mais le prsident rappelle que a sappelle le championnat de France par quipes, cest pareil pour tout le monde. Il faut de la rigueur, sinon cest nimporte quoi ! . Sopposent ici lapplication et ladaptation, devenir normatif et devenir raisonnable. Le devenir intgratif se diffrencie son tour du devenir populaire : Le site du comit remplace le minitel, qui jusqualors tait impos par la fdration. On dbat sur lobligation davoir un ordinateur et un accs Internet, alors que ctait cens faciliter les saisies, tre gratuit. Sopposent ici devenir intgratif et devenir populaire. Nous navons pas de cas de conflits o devenir intgratif et devenir raisonnable sopposent. Le devenir populaire se distingue du devenir raisonnable : On dbat propos du problme de la relation aux institutions en amont : soit on pense quil faut accepter les nouvelles tches manant de la dcentralisation, soit on pense quil faut revendiquer son autonomie ( je ne vais pas me faire dicter la loi par la fd ). Sopposent ici la solidarit et lautonomie, devenir populaire et devenir raisonnable. 33- Le devenir pyramidal de linstitution prrgionale Les devenirs sociaux identifis sont certes en opposition. Nous pourrions en ce sens retrouver une scission agn/ludus (Caillois, 58) : le devenir comptitif va en effet contre lquilibre du devenir stable, la valeur sportive rsultant de lusure de la machine nergtique, et du devenir raisonnable qui vise lquit. Il soppose galement au devenir intgratif : se dterminent ainsi poesis versus praxis, inscripteur versus diffus, lectif versus galitaire, minorit agissante versus majorit dcideuse, survie dans la comptition versus ne pas jouer sa vie . Mais il y a aussi des chos et liaisons entre les devenirs : le devenir comptitif peut tre raisonnable (progressif), stable (ternel retour des comptitions), intgratif (base quantitative llection aristocratique). Notons galement que le devenir comptitif, qui amnage en son sein une activit conflictuelle, ne consacre pas lclatement du devenir social. Il faut ds lors concevoir le devenir social comme un devenir complexe : les devenirs coexistent, les forces sont en quilibre, on juge dailleurs de ltat dquilibre quand on dit que a se passe bien . Les devenirs ne se dtruisent pas, mme sils ont tendance vouloir absorber les autres. En fait ils se limitent : le devenir comptitif a par exemple une lgitimit dans la mesure o jouer agressif fait partie du jeu, mais lagressivit ne doit pas simmiscer dans les lignes du devenir stable. Ainsi, le poing lev vers ladversaire est banalis quand il merge dun joueur en mouvement (effort, combativit) et diabolis quand il vient dun Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 147. 147 joueur statique (devenir stable). Ou encore lambition juvnile est lgitime pour autant quelle ne nie pas le devenir stable des adultes, cest--dire quand elle reste progressive ( ne pas brler les tapes ). De lordre peut donc rsulter de la coexistence des devenirs. On reprsente traditionnellement lordre sportif par la figure pyramidale, signifiant par l que le sommet sdifie sur la base. Cette image ne rend au demeurant pas compte de linstitution concrte dont on parle. Elle nest pas une ralit rsultant de lagencement inconscient des devenirs multiples. Nous avons en effet mis jour une multiplicit des devenirs sociaux qui ne pouvaient se rduire au devenir agonal qui semble suivre la logique pyramidale. Comment ds lors comprendre que les acteurs, et notamment les pongistes griffons, se reprsentent linstitution comme pyramide ? Car on ne peut nier lexistence de cette reprsentation. Lorganisation socio-sportive est en effet pense sur le mode pyramidal : il y a les clubs, puis le comit, puis la ligue rgionale et enfin le fdration franaise. Sy fait jour une volont d quilibrer la pyramide, qui est galement luvre au sujet du niveau sportif : pour avoir plus de chances de former des pongistes de qualit, il faut une base quantitative. Cette rcurrence idologique a certes une efficience : lillusion cre se dont elle est illusion. A force de rpter, on finit par se comporter comme si on y croyait. Il faut noter en premier lieu que la pyramide correspond limaginaire social : elle reprsente lunit, la stabilit, la hirarchie (des valeurs, des intrts, des priorits), le systme de reprsentativit dmocratique, le rassemblement des points par le sommet. Elle pourrait dailleurs relever de ce que Jeu appelle des rmanences anthropologiques : la pyramide symbolise chez les gyptiens les rayons du soleil, elle honore le dieu soleil, et ses btisseurs ne sont pas des esclaves mais des artisans libres et comptents. La figure pyramidale serait en ce sens un moyen pratique de reprsenter le projet social. Il faut au demeurant remarquer que les acteurs, sils en rfrent volontiers lide de pyramide, en vacuent paradoxalement la dimension agonistique. Cest dans le rabattement idologique que disparat llment agonal. Pourtant au final, la pyramide nest que la reprsentation de lagonal. Cest dire quelle est devenue inconsciente de lidologie quelle porte et qui la dessine. Lagn est rfoul mais il nest pas dtruit, au contraire il est partout, constituant le moteur interne la pyramide. Cette digression, si elle napporte pas de prcisions quant aux faons de jouer effectives (qui ne relvent pas du symbolique dont on parle) a au demeurant lintrt dexpliciter linconscient du systme du jugement. Nous comprenons ds lors prsent pourquoi celui-ci vacue la dimension agonistique en rabattant la ralit des pratiques sur les lignes idologiques. La base est ds lors trouve dans le devenir stable, partir de laquelle les autres devenirs sociaux dessinent les quatre cts de la pyramide. Nous retrouvons ainsi la structure du systme du jugement (table du Bien et du Mal, distance 1) : au devenir stable correspond la valeur sociabilit, au devenir normatif, le respect ; au devenir intgratif, la solidarit ; au devenir populaire, le plaisir ; au devenir raisonnable, la flexibilit. A lagn refoul correspond la dtermination de la performance comme mal. Ceci nous conforte dans lide que pour sortir de lidologie, nous devons nous intresser aux devenirs sociaux multiples, partant leur actualisation dans les faons de jouer. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 148. 148 4- Dduction des lments axiologiques actualisant les biens sociaux Dans la mesure o nous nous intressons linstituant ordinaire, il nous faut considrer que les actions effectives actualisent celui-ci. Llection des faons de jouer comme biens trouve dailleurs sa source dans le fait quelles actualisent les devenirs sociaux que nous avons identifis, et les joueurs ont conscience des devenirs sociaux que nous avons identifis. Nous le mettons en vidence en annexe 2. Si ds lors nous mettons en correspondance les faons de jouer et les devenirs sociaux, nous pourrons prciser les premires. Nous pouvons en ce sens tablir un lien ncessaire, en ide, entre le devenir agonal et concurrentiel dune socit qui se construit partir du naturel intress et belliqueux de lHomo Sporticus et la prdication de jouer son jeu en dcoulant. Nous pouvons connecter de mme le devenir stable propre toute socit qui perdure au jouer rgulier qui en est une dclinaison, le devenir normatif au jouer normalement , le devenir intgratif dune socit qui tend institutionnaliser tous ces agents pour ne pas laisser de zone de non-droit au jouer complet , le devenir populaire au jouer franc jeu , et enfin le devenir raisonnable au jouer juste . Si la mise en correspondance des devenirs sociaux et des faons de jouer relve dune ncessit idelle, la prcision de celles-ci doit au contraire se faire sur le plan de laction. Il sagit ds lors de dcrire lactualisation concrte des lignes institutionnelles par et dans les actions ludiques dtermines comme biens : cest dire quil nous faut prciser les devenirs sociaux du point de vue de lespace, du temps, des agents, des vnements et de lenregistrement pour pouvoir dduire, partir des donnes dj connectes, les lments axiologiques propres aux faons de jouer qui actualisent ces dclinaisons. Ce travail ne pourra se faire sans sappuyer sur les joueurs : nous ne retiendrons que les caractristiques dont les joueurs ont conscience. Seulement, cest le lien entre lments institutionnels et lments ludiques qui est inconscient. Nous prsentons les rsultats de ce travail sous forme de tableau, en prenant soin de mettre en gras les lments conservs pour constituer les faons de jouer. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 149. 149 Le devenir agonal (espace/temps) devenir suspendu clture ludique : lespace de pratique est clos sur lui-mme le conflit sportif est temporaire, provisoire, se rsout dans le rsultat et la poigne de main, le rsultat et la troisime mi-temps ; le conflit sportif est suspendu de la temporalit civile et laborieuse Jouer son jeu surface de jeu limite et aire de jeu limite par des sparations ; dsignation dune table pour chaque groupe (A et B) au lieu de jouer dans lordre jouer son rythme : ne pas suivre scrupuleusement les horaires officiels (comme au travail), ni les ordres de ceux qui sautoproclament arbitres ; commencer quand on est prt et non pas lheure ou au bout des deux minutes dadaptation (agent) devenir animal le conflit sportif est lgitime sil ne se joue pas contre nature ; do conflit des interindividualits rches ; loi de la jungle do territoire dfendre (chaque demi-table est un camp , la salle loue par la commune est sa salle ) (cf espace ferm sur lui-mme) et territoire comme domaine de domination (loi du plus fort) jouer linstinct , jouer agressif : jouer vers lavant, contact en phase ascendante, prhension dure ; accrochage, donc matriel : backside Dfendre le ct de la table o lon est ; fermer le jeu : remise courte ou deux rebonds, couvrir la balle sur service lift (trajectoire basse), pour empcher la prise dinitiative adverse fermer le jeu : jouer dans une seule direction (vnements) devenir lectif comptage de points, production dun rsultat = action finalise (poesis) ; do tension un rsultat ingal et incertain ( glorieuse incertitude du sport ), donc pression du rsultat (suspens, cf espace suspendu) tre lu : jouer au sommet de la pyramide dpartementale Tendre au gain du point, donc jouer efficace : jouer sur un coup, jouer trs fort jouer tendu : tension musculaire globale jouer son classement : en confiance (enregistrement) devenir inscripteur par leur classement individuel appos sur la feuille de rencontre, les agents portent officiellement lhistoire de leurs productions agonales passes jouer son classement : 51% de russite jouer son rle : faire ses points , gagner, donc jouer en B ( son niveau ) Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 150. 150 Le devenir stable (espace/temps) devenir demeure devenir domicili : se doter dune salle spcifique de tennis de table pour pouvoir jouer demeure, se doter dun sige social. Prendre des habitudes dans son habitat. devenir traditionnel : licences traditionnelles comme objectif dvolution de la licenciation ; samedi soir comme jour officiel de comptition dpartemental Jouer rgulier jouer domicile : voluer dans des conditions stables, la mme table chaque partie, au mme ct la premire manche (le ct est rarement choisi lors du tirage initial) Pratiquer la comptition 3h30 le samedi soir toutes les deux semaines, sentraner tous les vendredi soirs (agent) devenir adulte devenir mature, quilibr ; identit devenir garanti (valuateur) : socit sans arbitres officiels Encourager, mais ne pas donner de conseils Utiliser un matriel prouv : vieux bois, fait sa main ; pas de colle rapide, qui rend le matriel instable. Avoir de lautorit, participer larbitrage en jouant (vnements) devenir scuris devenir contrl de toute socit jouer en contrle : pas de vitesse de propulsion, fixation biomcanique des segments (pas de jeu dans la mcanique corporelle) jouer en placement : pas de prise de risque, placement milieu du coup droit et du revers adverse, 2/3 de la profondeur ; jeu en diagonale (enregistrement) devenir identifi maintien des qualits (quilibre des victoires et des dfaites, niveau des quipes et des joueurs ; classement individuel comme identit sportive) ; maintien des quantits de joueurs (effectif total, pas dquipes incompltes sinon amendes) Jouer contre les mmes adversaires Etre gal soi-mme. Etre affectivement stable, contrler lmotion. Stabiliser les rapports humains (convivialit) Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 151. 151 Le devenir normatif (espace/temps) devenir ordonn espace ordonn : rgle du service (un rebond dans chaque camp), puis rgle de lchange, limite de la surface et de laire de jeu, ct de table attribu au seuil dune partie puis changement de ct aprs chaque manche ; heure des rencontres et ordre des parties dtermines par la feuille de rencontre Jouer normalement jouer sa place : jouer du ct attribu (choisi arbitrairement), la table attribue (idem) jouer son tour : locaux en A sur la feuille de rencontre, rotation trois, se prsenter en consquence (versus faire ses matches la suite et sen aller) ; marquage du dernier moment (agent) devenir mobilisateur les agents sactivent pour une cause (victoire de son quipe) devenir ordonn jouer mobilis : jouer prpar : schauffer 30 minutes avant la rencontre et physiquement deux minutes avant la priode dadaptation de la partie ; jouer impliqu : schauffer en vitesse et en mouvement pour se stimuler Schauffer avec des joueurs de son niveau et de son groupe. Schauffer en situation rgulire, mais avec dplacements (liaisons rgulires) ; dplacements latraux et en profondeur. (vnements) devenir uniforme tendance fondre les individualits dans la masse do discipline, correction et discrtion, politesse et police dans la polis ; modration jouer en tenue : short et maillot de lquipe, survtement entre les parties jouer au sommet du rebond : pas aux extrmes (= bizarrode , rebond ou phase descendante) Utiliser des revtements normaux : backside et colle rapide en coup droit jouer modrment : pas de parole, dnervement (enregistrement) devenir exemplaire exemplarit morale du sport, ducation par le sport, valorisation sociale par les rsultats sportifs ; do responsabilits et hirarchie ncessaire jouer en tenue : se tenir droit, assumer la dfaite (valorisation de la posture sportive) jouer en base de B ; jouer en prise dinitiative : top spin coup droit et revers Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 152. 152 Le devenir intgratif (espace/temps) devenir intgral omniprsence de lassociation : salle, bureau, domicile personnel permanence de lassociation Jouer complet Etre dans toute la salle jouer sur toutes les tables (salles) , donc jouer dans toutes les conditions : en crois lchauffement, sur un sol humide jouer sur toute la table : deux profondeurs : deux rebonds et longs jouer en continu : entranements, rencontres ; jouer 3h30, toute la rencontre (agent) devenir inclusif augmentation des effectifs des clubs, accueil des nouveaux (licences promotionnelles); do clectisme jouer ensemble : inclure les nouveaux joueurs en sentranant avec eux Varier son jeu en variant les partenaires (vnements) devenir consistant permanence du travail des dirigeants (gestion au quotidien) tches varies travailler ses balles, jouer lourd : prhension ferme ; produire des rotations varier son jeu : varier les rotations (enregistrement) devenir solidaire association comme rassemblement des envies et des nergies dans un but non lucratif ; unit humaine jouer ensemble : au complet (prsence de tous les membres, et notamment des leaders) Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 153. 153 Le devenir populaire (espace/temps) devenir diffus contagion de la vie publique (publicit, journaux, discussion) limitation floue de lespace : entres et sorties libres de la salle de comptition, sortie possible de laire de jeu (versus rgle) limitation floue du temps : plus de deux minutes dadaptation au seuil dune partie, dbut de la rencontre diffr Jouer franc jeu jouer expressif : extrioriser , commenter, encourager, crier jouer loin de la table : grands dplacements latraux et en profondeur dans toute laire de jeu, et mme au-del jouer bien chaud : transpirer, schauffer plus de deux minutes jouer de longs changes et prendre un long temps de rcupration (versus rgle de la continuit du jeu ) (agent) devenir festif hymne la vie (fictivit de la mort) et la vie sociale : contagion de lenthousiasme aprs les beaux points, change sur le site dynamique du comit dpartemental de tennis de table ; limitation floue des comportements (pas de dterminations strictes des dviances, pas de rclamations ou rserves crites sur la feuille de rencontre, pas de suspensions ; bien plutt, faire une rputation : chose pense sur la place publique, qui dsengage le juge) jouer enjou , joyeux : activation maximale (adrnaline, dopamine) jouer avec ladversaire : tactique connue au service du spectacle jouer simple : pas de tactique prcise ; trajectoires tendues, service et remises comme simples mises en jeu, peu de coups diffrents ; contact au sommet, puis en dbut de phase descendante (vnements) devenir gratuit activit inutile et gratuite, loisir, praxis (fin = moyen), non lucrativit associative : pas de profit, tout est rinvesti dans le circuit interne, entre gratuite aux rencontres, cot peu lev des licences et cotisations jouer avec ladversaire : donner jouer : jouer au niveau de ladversaire ; servir et remettre simplement, sans variation de rotation jouer fond : engagement physique sans retenue (enregistrement) devenir spectaculaire spectacle sportif, pratique lisible, logique manichenne des rencontres ; flou artistique (do devenir diffus) jouer en perf : jouer en livre en A (2me de A), affronter des joueurs plus forts Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 154. 154 Le devenir raisonnable (espace/temps) devenir tempr progrs technique et humain ; lquipe qualifie pour la rgionale doit pouvoir se maintenir, donc la prrgionale est une propdeutique : ncessit de ne pas brler les tapes ; quilibre des montes et descentes entre la pr et la rgionale, quilibre des dclins et des progressions (pas dingalits trop criantes) ; pas de rvolution, allons-y par tapes Jouer juste progressivit de lengagement, jouer tranquillement au dbut de la partie et plus vite sur les fins de manches (points importants) (agent) devenir mancip cascade dautonomies (Jeu); libert relative eu gard aux rgles sportives et administratives, aux instances et agents institutionnels ; moins de contraintes quen rgionale (le dimanche, loin, avec un arbitre) jouer libr : pas de contraintes strictes de dplacements ou de temps : jouer domicile , ne pas faire deffort physique, de dplacements corporels jouer libr : pas de contraintes psychologiques de pression : pas peur des consquences possibilit de servir faux, donc concentration sur lunique sensation au service ; utiliser les articulations libres : paule-poignet, tronc (vnements) devenir juste justesse : accord des forces en prsence, harmonie ; justice : quit, galit, par mdiation rgle jouer libr : pas de pression, donc rester lucide (quitude) ne pas nerver ladversaire avec matriel spcial, donc deux backsides identiques, ou avec regard donc mi-distance jouer armes gales : sur le plan culturel (pas naturel), sur le plan technique jouer mi-distance : rapport mdiat ladversaire peu de dplacements, rester qui-libr (enregistrement) devenir conscient reconnaissance de laltrit, des faons diffrentes de jouer ; information sur celles- ci ; connaissance des rsultats prcdents et des enjeux de la rencontre jouer avec sa tte : lucidit donc calme adapter son jeu : avoir conscience des forces de ladversaire, vision fine des rotations adverses, vision du dtail, donc engagement physique moindre (amplitude bras et mouvement du tronc) et position haute (Homo Erectus, magnanime) Avoir du recul, peser le pour et le contre Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 155. 155 5- Gnalogie existentielle des faons de jouer Les faons de jouer sont lues comme biens dans lexacte mesure o elles actualisent des devenirs sociaux. Considrant que linstituant ordinaire est port par les interactions effectives, il faut noter que chacun actualise chaque devenir social, sans quoi il mettrait sa propre faon de jouer en porte--faux par rapport au systme du jugement. Nous avons dailleurs construit ces tables grce au consensus qui tait luvre parmi les acteurs au sujet des devenirs sociaux et des faons de jouer. Mais il nous semble que chaque acteur a une affaire particulire, habite spcifiquement une ligne sociale. Dans la pratique en effet, les acteurs actualisent des lignes institutionnelles, mais encore des lignes motivationnelles permettant dactualiser celles-ci. Les faons de jouer sont ainsi des biens en tant quelles actualisent des devenirs sociaux, mais encore des devenirs soi actualisant de faon singulire ces devenirs sociaux. Cette observation fait dailleurs cho la ncessit pour nous, identifie lors de la rflexion pistmologique, de comprendre lefficience thique dans une approche complexe mettant en lien motivation et institution. Dans cette perspective, si nous identifions cette faon spcifique dactualiser la socialisation par lactualisation du processus de motivation, nous pourrons prciser nouvellement les complexes de sens et daction. Il nous faut pour ce faire disposer dun filtre qui spare le consensuel de lidiomatique. Or la frquentation du terrain a mis en relief une donne anthropologique pouvant le constituer : il sagit du phnomne de rvolte. Celui-ci est conforme aux principes pistmiques formuls. Il est en effet prsent chaque distance, rcurrent autant dans les entretiens que dans les observations de terrain. La rvolte est dautre part une raction observable porteuse dun sens important et dun lien inextricable du sens laction. Elle est le signe dun dficit dexistence vcue et sentie par lacteur, et le dficit semble combl par la raction spcifique elle-mme. Elle constitue ainsi une revendication que le sujet sapproprie ; le mode de revendication constitue dailleurs en lui-mme une manifestation dmotivit et dautorit que le sujet se rapporte. Elle est aussi une rupture davec la communaut et son consensus, et la communaut a conscience de cette rupture chez tel acteur. Le point de rvolte dun acteur et la faon dont il se rvolte semblent donc rvlateurs de la faon dont il exige de peupler spcifiquement la ralit socio-sportive. Cest un moyen pour le joueur de sortir du systme de jugement propre au consensus (jugement qui sadosse la collectivit). La rvolte nous semble ds lors constituer un bon indice pour reprer lthique efficiente. Ceci dautant plus quelle constitue un point de repre pistmologique et mthodologique. La rvolte se manifeste en effet dans les entretiens : cest un moment o lacteur souvre et se confie, o lmotivit et lautorit sont signes de la prsence de la revendication dtre soi. A lcoute dune rinterprtation, lacteur peut dailleurs ragir vertement pour signifier son dsaccord. Or il nous faut remarquer que le travail de thse a ncessit de ne pas nous laisser aller aux sentiments de rvolte lcoute dnoncs consensuels pour justement couter les acteurs et pouvoir saisir ledit consensus, ce qui revient encore se dpartir du systme du jugement. Ce mouvement constitue ainsi un point de connexion entre thique efficiente et recueil de celle-ci comme donne anthropologique. Il sagit ainsi dpouser le mouvement de rvolte dun acteur dans une tude de rupture ne dans la rupture et saccomplissant dans la rupture davec le systme du jugement. La question de savoir quelle est la rgle pour sarrter est relle. Le bornage de donnes proprement qualitatives ( existentielles ) et appartenant en propre lacteur ne peut en effet se faire a priori. Il nous faut bien plutt nous engager dans un processus complexe visant la satisfaction dexigences pistmiques fondes sur la non-dpossession de lacteur du Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 156. 156 savoir sur lui-mme. Si nous mettons lhypothse que par del tous les dterminismes, lthique efficiente conduit laction du sujet, alors il faut bien que le sujet soit pour quelque part producteur de son explicitation. Aprs avoir song borner les donnes au moment o notre intervention sur le terrain et auprs des acteurs aurait semble trop intrusive, risquant de produire lobjet plus que de le comprendre, nous nous sommes aperus que cet interventionnisme tait invitable et quil fallait plutt tenter de le matriser et lui donner un sens. Cest ainsi que lide naqut, synthtisant toutes nos exigences pistmiques, dachever notre travail de recueil des donnes par la ralisation dun contrat entre lacteur, lensemble des acteurs et nous-mmes. Laccord implique ainsi que lacteur se reconnaisse dans un portrait thique de sa pratique singulire, mais aussi dans la production de ce portrait (faon dont il sest montr, faon dont il sest dit). Cest lendroit de la plus haute connexion de la posture et du terrain. Il est effectu lors du dernier entretien, sur un mode oral fidle la culture sportive. Ce procd va en outre contre la culture du secret et de la rvlation du secret comme mode de connaissance, rupture qui renvoie notre refus de la transcendance, puisquil implique en effet la reconnaissance de la relativit de cette description. Le processus de production de ce portrait tant rgi par la loi de la complexit (exigences pistmiques, reconnaissance plurielle), il en dcoule ncessairement quil soit une production complexe. Ce nest pas un idal type (Weber), puisque justement il ne sagit que dune personne dcrite par nos soins apprts son service. Au contraire, cest un texte qui met en exergue la partie consciente du processus motivationnel dans linstitution, cristallin de sens. Ainsi la contradiction nest pas une objection : il ny a contradiction logique quau moment o on rabat lthique sur le plan dune axiologie et dune causalit linaires. Le processus de production du portrait a en ce sens consist crever lcran du systme de reprsentation, socle du jugement de valeur, qui consacre une pense logique et cohrente, pour tenter daccder lthique efficiente qui ne meurt aucunement sous le coup darguments de la justification, mais bien plutt saccomplit dans un rel complexe et contradictoire qui na rien voir avec le rel rationnel, simplifi, nous voulons dire rduit dans et par la reprsentation morale. Le problme dans le systme du jugement (modification des points de vue pour pouvoir se placer du bon ct, pour prserver limage de soi qui nest que le consensus intgr) nest pas en soi la constante mutation ou la possible contradiction, mais le fait que ce mouvement interdit lacteur de se confronter au sens thique de son action et laccomplissement de son thique. Dailleurs mesure que les acteurs sont plus gs, leur discours est plus complexe et comporte plus de contradictions, mais des contradictions conscientises, linverse des plus jeunes qui produisent un discours qui pouse plus volontiers les lignes de la logique consensuelle quils croient pourtant nier. Autant les lments agencs sont plus stables et fixes chez ladulte, autant le sens produit est plus fluide et coule dans des lments pluriels. Au demeurant, si ce portrait est un complexe, nous le prsentons sous la forme dune trajectoire. Non pas que ce mode de prsentation soit li une dficience de la langue incapable de ntre pas linaire, mais le trait de ce portrait est celui-l mme que les acteurs, lacteur et moi-mme reconnaissons comme tant celui qui coule entre les lments complexes que le joueur agence et qui lui revient comme trait distinctif. Do la tentative de saisie de lthique efficiente dans une formule. Cette cristallisation nest pas statification, elle est mouvement entre les fixits lues par lacteur. Le portrait est dailleurs dress en vitant la transcendance : nous ne nous appuyons aucunement sur des lments hypostasis, origine et cause de tout, mme si nous prenons en compte la situation professionnelle et familiale, physique et culturelle (savoirs, croyances) en tant quelle est conscientise par lacteur, notamment comme influant sur le rgime idiomatique de pratique pongiste. La notion de Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 157. 157 rvolte tant importante, nous le prsentons en outre au regard de celle-ci : nous partons dun certain naturel de lacteur, avant de le connecter sa docilit sociale (doxa), son registre consensuel, point de conformation au processus institutionnel ; aprs avoir peru lthique personnelle sous le jour de son intgration dune ligne de dveloppement social, nous identifions un point de rvolte, de dcrochage institutionnel, qui permet de dduire une ligne de dveloppement de soi exige donnant sens cette rvolte qui veut se soumettre le devenir social en question, cest--dire le plier son rgime motivationnel ; enfin, nous prsentons le point de raccrochage au consensus, le rgime propre de peuplement du consensus qui correspond une ncessit existentielle et seulement pas un accomplissement dsintress au service du devenir institutionnel. Dans cette criture du portrait thique, nous indiquons en gras les lments que nous conservons pour composer les complexes de sens et daction. Nous en exposons une vrification en annexes 2. 51- Jouer son jeu selon Saint-Andr (CP) Le naturel de CP, cest un physique imposant. Sa docilit consiste ne pas simposer outre mesure. Il sinterdit en effet de crier tcho chaque point , de snerver, de sadresser indument ladversaire (lui faire une remarque orale quand quelque chose le drange, le fliciter chaque point marqu, lui demander avec quel matriel il joue), dencourager tout seul (alors quon peut le faire en groupe), de simposer lchauffement vis--vis des partenaires, a fortiori des adversaires, de se la pter (dmarche, habillement, vtements ou affaires (sacs) de marque de tennis de table), enfin de coacher ou prendre des temps morts. Cette docilit vise au final ne pas parler, puisque parler, cest se la raconter , cest--dire faire preuve dun excs de confiance et attirer lattention sur soi ( je ne suis pas comme Y, lui il nen a rien foutre du regard des autres ). CP se subsume ainsi naturellement sous le jouer son jeu , puisquil sagit de jouer sans parler, sans user dartifices, et accomplit le devenir agonal dans la suspension et lexclusion de soi. La rvolte surgit quand, justement, il a affaire un joueur qui se la raconte : si un joueur se la raconte trop, jai envie de le dfoncer la table en lui mettant des pains, que le type ne touche pas la balle, quil soit cur . Cest dire quen ce cas il veut imposer sa puissance. Il ragit sur le mme registre contre sa propre production pongiste : je ne contrle pas ce que je fais, je fais des choses sans le vouloir, je fais des petites poussettes sur des balles hautes . Sous la pression du rsultat et du regard des autres qui il veut faire plaisir, il sinhibe et retient ses coups. Ds lors, il sagace de voir des joueurs plus faibles le battre (joueurs qui nont pas de puissance), snerve verbalement, voire casse des raquettes, frappe violement la balle sur le sol, balance des matches . En ce cas, il fait nanmoins en sorte quon se souvienne dun coup puissant russi. Il raffirme galement la parole : je vais mentraner , signifiant quil veut reconqurir de la puissance. Ce mode de rvolte est dpositaire dune volont dexprimer une puissance naturelle rendue instinctive par habituation (entranement, seconde nature). Cest consacrer la parole du corps et la parole par le corps : quand faire cest dire . En effet, CP est surnomm grosses cuisses : son identit corporelle est connue et reconnue par tous. Celle-ci passe aisment dans la production technique : pains coup droit et revers , top revers lchs en ligne (top spins frapps), bruit de limpact balle-raquette important en raison de la colle rapide. Or cette identit est oriente vers laccumulation de valeur sportive, qui est entendue comme revanche sur lindigence familiale : il aimerait devenir 35 ou 30 , mais en jouant comme a, pas un autre jeu, a ne me ferait pas plaisir ; moi je serais plutt comme Adrian et Thomas, attaquer tout le temps . Etre son corps, cest tre soi et gagner. Pour ce faire, il Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 158. 158 faut simposer en force. Cest comme un jeu vido auquel je joue depuis un an, faut amasser des trucs, yen a qui jouent avec de la stratgie, comme-ci, comme-a, moi tout ce que je veux cest tre le plus puissant possible pour pouvoir y aller comme un bourrin . Du point de vue des vnements, il faut donc attaquer tout le temps et de faon puissante : enlever leffet de la balle en la choquant, utiliser la colle qui aide sentir la rotation et entendre le bruit de limpact. Quand on est capable dexcuter un top spin frapp du revers, la balle doit tre prise sur le ct du corps pour plus de puissance. Il est galement ncessaire de servir en diagonale pour ne pas reprendre la balle au coude, ce qui cre des difficults de dplacement et empche dutiliser des leviers amples puissants. Tactiquement, on vise transpercer ladversaire (humilier ladversaire), ce qui implique de jouer sur le joueur, au coude, au milieu. Do la ncessit dun vrai entranement : schauffer et stirer (corps), rpter, rpter, rpter . La rptition doit faire accder des automatismes, enlever le besoin du contrle continu psychologique du geste. On pourra ainsi accder un corps instinctif : quand je connais, jy vais linstinct , je peux rentrer des supers coups mme sans faire exprs . Dailleurs, je ne rflchis pas, je ne rflchis pas pour savoir si je rflchis . Jouer linstinct vise ainsi la dsactivation du penser et la rptition lentranement vise lautomatisation (conscience immdiate, pas mdiate rflchie) et la constitution du corps comme premier territoire. Remarquons dailleurs que la rvolte tenait au fait quil tait dpossd de son corps car dpossd de son entranement cause du travail, du trajet (10 kms en vlo), l o le corps est instrument, pas corps identit. Sentraner, cest donc reconqurir son corps pongiste. Jouer son jeu, cest jouer son jeu dentranement. Cette rvolte nest au demeurant pas sans concession. Sil veut exister dans et par un corps puissant, il se laisse aisment guider par les autres, accepte une loi htronome : YR lui dit quoi faire dans laire de jeu (encouragements, coaching, temps morts pris pour lui), mais aussi dans la salle ( colle-l , les toilettes sont l , tu aurais d tchauffer avec JM ). MLM lui dit quoi faire dans la vie civile. Il ne se sent pas dpossd dune telle obissance car ils me connaissent , ce sont eux qui lui donnent son identit. Celle-ci rside dans le corps habit, pas ncessairement dirig, dcid (cf automatismes). Lessentiel est que ses productions soient matrises (cf arrter de me trouver des excuses = avouer navoir pas t matre de laction produite). Il na pas envie de diriger, seulement de bien raliser les choses prdiques, cest--dire dans son style propre (puissance). Certes, des volutions sont amorces, mais lautonomie sociale vers laquelle il tend est prmche (maison, voiture, travail, enfants). Au moment de lenregistrement, il ne faut pas se chercher dexcuses (reconnatre quon na pas t totalement matre de la situation), il faut faire silence et ne sexprimer que par le corps. On est lcoute des autres. Modeste sur son niveau, on cherche faire valoir son jeu . On cherche ainsi progresser en classement, en valeur comptitive, et pour ce faire, on joue en B. 52- Jouer rgulier selon Saint-Pierre PH est dun naturel anxieux. Au seuil dune rencontre, il regarde la feuille de composition des quipes, craignant quil y ait des joueurs moins bien classs affronter : il a peur des contre-performances. Qui plus est, il reste sous la pression dun appel pour le travail, comme cest le cas lentranement. Pour ne pas verser dans la panique, impropre accomplir la ludicit, il cultive une thique de plaisir, de lgret et de convivialit. Cest l que rside sa docilit, qui fait cho au jouer pour le plaisir, la sociabilit dans le systme du jugement. Ceci implique de se dpartir de toute rigidit, de tout rapport scrupuleux la loi, et de bien plutt cultiver la souplesse, ladaptation, la mdiation humaine en cas de conflit. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 159. 159 Quand on rencontre un problme, il est ncessaire pour lui de faire un retour en parole, davoir une discussion dadulte . Cette souplesse est fonde sur la ncessit de relativiser ( ya pas que le ping dans la vie, ya la personne dans sa totalit ), et elle est ce qui fonde la ncessaire convivialit. Il refuse dailleurs ce qui va contre : je ne vais quand mme pas aller jouer en indiv, je ne vais pas mentraner tout seul . Il vient pour les copains, les rencontres, cest un rigolard, un pro de la 3me mi-temps ( jai t bon ). Fier du ct convivial, il va vers tous quelque soit leur origine sociale ( jespre, jusqu la fin de mes jours ). Cest dire que sa priorit rside dans limmdiat du contact humain, dans la dfiance du recours la fausse neutralit qui ne rsout rien et refroidit tout. Il se subsume ainsi sous le jouer rgulier par cet amour de limmdiat et cette dfiance de la rigidit, et accomplit le devenir stable. Mais PH a des ractions moins conviviales et moins mesures quand il a un sentiment dinjustice, par exemple quand il subit une balle de chance : on dit a fait partie du jeu, mais non, a fait chier oui, on en est tous l . Cette raction est redouble dans lopposition aux rprimandes bien-pensantes de ceux qui voudraient le ramener la raison (SQ). Il sagace galement quand il est contraint de subir un rythme htronome (ladversaire prend un temps mort ou prend trop de temps entre les points) ou une variation intempestive des conditions de jeu (changement de table, lumire dans les yeux). Evidemment, il clate quand il constate un manque de soutien collectif (brouhaha, irrespect de la concentration des joueurs lors du problme contre Yvignac). Cette rvolte impulsive est rvolte de limpulsivit comme adaptation linconstance, signe dun dficit dadaptabilit et de gestion de la situation sur le mode de la mdiation initialement prdiqu. Ce mode de rvolte nous renseigne sur lthique efficiente luvre dans le jouer rgulier . Cette ractivit est en effet ncessaire la performance : jai besoin de me tendre, de gnac, sinon je ne fais rien de bon . Do la formulation dune thique de lengagement physique : jai plus de physique que beaucoup dautres, mais jai pas la palette technique ou la facult dadaptation tactique . Il lassume dailleurs : je ne vais pas faire un entranement comme avant, analytique, avec thme de jeu . La froide raison ne lui convient pas pour jouer : il se conseille de ne pas se parasiter, trop cogiter, rflchir, ce qui revient se parasiter, mais bien plutt daccder une vision instinctive, limmdiatet du regard sur la balle, la vision immdiate du 1/3 central de ladversaire (vision de la raquette, de la latralit). Il ne faut donc pas mettre trop denjeu sur chaque point (penser lenjeu freine lengagement dans laction). Cette ractivit sous-tend un rgime spcifique dexistence : la vitesse, qui sied au jouer rgulier tel que nous lavons dfini. Cest sur ce rgime quil arrive dans la salle de pratique, salue tout le monde un un, se rend la table, schauffe, se comporte hors de la table. Ce rgime constitue une rupture davec son travail o il est dans le contrle de soi et des autres, la rflexion, la concertation, la discussion, le compromis. Pour le reste, son rgime familial, sa moto, la pratique du squash, lamour du grand huit et des sensations fortes sont encore des expressions de son affinit avec les sources de vitesse. Il se pose dailleurs rarement, naime pas lennui, tre dsuvr, tre seul. Quand il fait la description de lentranement, de lchauffement ou dune partie, il utilise des expressions comme tatatata, tatatata , lucky luke , et senthousiasme davoir eu un coup de jeune . Il est donc tout fait naturel que son jeu soit bas sur la vitesse : il veut pratiquer un jeu de table (vitesse), et non pas bidouiller, reculer, et affectionne le schma : service lanc long + vitesse-placement en revers ou attaque du coup droit pour acculer ladversaire. Il veut ainsi faire faire des fautes directes en utilisant le service bombe ou deux rebonds. Mme la dfense coupe du coup droit quil excute parfois na de sens que pour revenir la Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 160. 160 table et jouer vite, linverse de la dfense coupe du revers quil ne matrise pas et ne pourrait lui permettre de revenir la table. Il se dpartit de tout ce qui pourrait freiner : je saurais casser le jeu, mais jai pas envie. Dj que je mets un soft ! . Or le soft, cest un revtement spcifique du jeu de vitesse : moins adhrent, il permet de jouer contre leffet et dtre moins sensible aux rotations et imposer la vitesse en produisant des trajectoires tendues et des balles lgrement coupes qui font faire des fautes. Avec le soft, il peut jouer dans le point faible : faire faire des fautes en coinant ladversaire dans le revers, en lempchant de bouger, en le rendant statique (faiblesse de propulsion en revers), ou le faire bouger en exploitant la faiblesse au coude coup droit. En remise, il vise casser les enchanements de ladversaire, mais cest pour imposer sa propre vitesse, et toute sa tactique vise empcher la vitesse de lautre pour imposer la sienne : il utilise les balles portes en revers pour neutraliser la vitesse adverse, puis tendre les trajectoires pour acculer ladversaire. Cette thique de vitesse est dailleurs assume jusque dans ses travers et consquences nfastes, quand les actions ne sont pas contrles : je le vois, je le vois et puis oh, non, cest parti Quel con, mais cest pas grave . Mieux vaut lmotion et ladrnaline plutt que la froide raison, le calcul de points et les combinaisons. Cette ractivit est lgitime moralement : mieux vaut un coup de gueule comme soupape une petite parole, en toute froideur, qui va dtruire. Lhumanit rside dans lmotivit et la chaleur, il ne faut pas risquer dtre psychorigide. Ainsi les cas de rvolte sont lis une frustration quant lexpression de la vitesse. Sur dautres sujets qui pourraient le gner, il ne fait pas de remarques, car le type est peut-tre sympa (convivialit). Mais quand il a affaire une balle de chance qui change de trajectoire au dernier moment, donc ne peut tre intercepte, il ragit prestement pour compenser, se stimuler plus encore, et exige expressment que lautre sexcuse, cest--dire reconnaisse quil ne matrise pas cette action dans ses consquences. Il ragit galement contre les conditions de jeu qui nuisent la concentration comme facult de vision immdiate et daction instinctive, refuse de changer de table alors mme quon lui en fait la demande directe. Ceci est d justement au fait que la stabilit est la condition de laccomplissement de la vitesse. Il a pour cette raison un besoin de scurit, de constance dans les conditions environnementales, conditions propices lexpression dune vitesse pure et corporelle : quand jtais en formation Lyon, javais besoin que tout lentourage soit stable, pour exploiter mon potentiel . Il vise ainsi le maintien de conditions de jeux stables (table, ambiance, soutien des partenaires). Do sa prfrence pour les rencontres domicile, pour les repres spatiaux et les repres affectifs et sportifs (lquipe est au complet domicile). Dans le jeu, il rejette galement le risque du changement : la prise de temps mort et lessai tactique constituent un risque de perdre son jeu, quil se dlite. Lutilisation du temps mort peut prendre du sens : il permet de respirer, partant de maintenir la condition physique comme condition de possibilit de limmdiat et de la vitesse. Ainsi son type dentranement est bas sur la rgularit : je suis un tcheron . Il rpte ses coups forts et apprcie le confort de jouer son jeu contre des partenaires dont il connat le jeu : a apporte quand mme, on dcouvre des petites adaptations (rcurrentes). Ce confort de lhabituel, il le recherche aussi dans lhabillement : cest un des seuls toujours porter sa tenue, son survtement. Do lexplicite formulation du dsir de maintenir son type de production, son niveau, son classement, son quipe. Il exige de stabiliser son jeu, son niveau et ses rsultats, donc dviter la contre performance, ce qui est plus important que de faire une performance. Pour la saison 06/07, il veut dailleurs participer au maintien de lquipe 2 de son club, ce qui lui permettra de se tendre et de maintenir son classement. Quand lexpression de la vitesse aboutit des consquences dans lesquelles il ne se reconnat pas (cest le cas quand il finit par se trouver, aprs coup, comme mauvais joueur), il conoit que Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 161. 161 limpulsivit de caractre constitue ds lors un facteur perturbant du maintien de la convivialit dont il a besoin pour exister sur le rgime de vitesse. Il vise ds lors une rcupration des excs de vitesse par la discussion amicale, loffrande de nourriture ou de bire, cherchant stabiliser les rapports humains. 53- Jouer normalement selon Saint-Jacques YR est dun naturel impulsif et tonique, et considre le tennis de table comme dfouloir pour se librer des tensions contractes lcole (terminale S). Sa docilit rside dans le fait quil a conscience de la ncessit de se contrler pour viter que se dfouler revienne snerver. Ce serait en effet contraire la morale ( pas de violence physique, cest pas mon style ; malgr lenvie de passer de lautre ct de la table et lui coller un pain ) et la performance ( je risque de faire nimporte quoi, que a vole nimporte o ). Il veut vhiculer une bonne image du club et au sein du club. Ainsi, ds la fin dun match o il sest emport, il se reprend promptement. Il accepte vite la dfaite. Conscient de son impulsivit qui peut dborder, il cultive donc une thique de modration. Par contre, quand le soutien oral est collectif, laugmentation de lactivation lui parait lgitime, cest--dire normale (cf France UGSEL). Il se subsume donc sous le jouer normalement et accomplit le devenir normatif. Il peut au demeurant se rvolter contre ce principe de modration. En effet, autant il ne va pas contre sa propre passivit dans laire de jeu (cf J7, contre-perf, ne sen nerve pas), autant il snerve oralement lencontre de la passivit de ses partenaires (booste CP, partenaires mous ou sans gnac). Le mode dintervention est immodr. Ainsi, il encourage violemment depuis le banc pour emmerder ladversaire sciemment, met de lambiance sans retenue. Il intervient dailleurs indment au regard du consensus : coache, prend des temps morts, dboule dans laire de jeu sans retenue vis--vis du joueur. Lattitude peut galement tre adopte dans laire de jeu : contre un adversaire connu (un ancien partenaire de son club prcdent), il fait des cris et gestes expressment agressifs (Chambre SM, braille sur CC) pour dcompresser et impressionner. Il ne le fait certes pas contre un adversaire inconnu ou un partenaire dentranement qui na pas t dans la mme quipe, mais il nhsite pas renvoyer une mauvaise image un adversaire quil considre agir anormalement. Cette rvolte nous renseigne sur son thique. Celle-ci accorde le primat la parole consquente et au mot dordre. En effet, cest quelquun chez qui la parole est prpondrante : il parle beaucoup, change des heures sur internet (MSN), engage la discussion avec moi, avec ses copains et lensemble des joueurs. Le ping, cest dailleurs voir des gens et parler , notamment de ping. Or la parole est pour lui le moyen davoir le beau rle dans le groupe. Il a en effet la volont de se faire remarquer publiquement par sa parole, de faire constater limpact de sa parole prtendument avertie, appuye sur un capital culturel (Entraneur Rgional, Terminale S, visite du haut niveau, membre du Conseil dadministration) et des apparences (fringues de ping, tenue de ping de marque, pas celle de lquipe ; remet son survtement demble entre chaque partie, pour rester chaud, habillement civil classieux). Il sagit en fait pour lui de devenir normateur, de jouir dune parole avise faisant autorit. Ainsi, il dirige lentranement et lchauffement avec CP ( a me gonfle, Top-top ), nonce les dfauts du partenaire, disserte sur lentranement (travail des dfauts, quilibrage, compltude, gestuelle et %), raconte sa tactique pendant un match ( tope sec ), coache sur des points prcis, file des tuyaux , annonce des temps morts, donne des informations par le biais dencouragements cods, montre des services aux plus jeunes qui veulent apprendre. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 162. 162 Ainsi le fait de se tenir dans laire de jeu sur le registre physique explosif et nerveux est un moyen dacqurir de la capacit la parole publique, tre important dans lquipe pour pouvoir la ramener . Pouvoir la ramener , cest accder au mot dordre, peut-tre reconqurir la parole paternelle disparue en la recrant soi-mme. A fortiori, devenir militaire, cest savoir faire les choses, savoir les montrer pour faire progresser les autres (et soi-mme par la mme occasion), et ainsi pouvoir donner des ordres aux autres . Au tennis de table, il veut de la mme faon pouvoir montrer les coups , ds lors nexcute que les coups quil matrise : service lift coup droit, bloc lift revers. Qui plus est, ceci implique de jouer en prise dinitiative : top spin coup droit et revers, pivot + pas crois ; revers avec jambe gauche en avant pour faciliter le pivot. La flexion du train infrieur est trs prononce pour bien montrer quil est mobile, flexion dailleurs utile pour la mise hauteur qui permet de jouer au sommet sans reculer. En effet, il ne faut pas montrer quon subit : il refuse dtre accul (soumis lautre et non pas linstitution), donc contre en coup droit quand il recule (accroupi). De plus, il faut pour lui jouer son niveau : 65/50 en B ; 55/40 en A ; lui est 60, donc joue en B, mais aussi tre un leader : jouer en base de B, donc parties rapproches, fond au milieu de la rencontre. Ce devenir autorit par et dans la parole ncessite au demeurant la reconnaissance de sa posture et de sa lgitimit. Il lui faut devenir un homme de parole, justement : les autres savent que quand je dis un truc, je le fais . Il lui faut tre consquent dans la parole : je dis je fais alors je dis tu fais pour autant que les autres le reconnaissent. Or les acteurs reconnaissent le fait quil se la joue sans fondement, qu il se la raconte un peu . Mais pour quils lui accordent un capital sympathie suffisant pour ne pas aller lencontre de ses croyances et sa posture symbolique, il sait se montrer trs sociable. Il est en effet lcoute, au point dcouter calmement le coaching de deux personnes qui se contredisent et mettre les deux choses en uvre. Il coute les conseils de modration : je sais ce quil faut faire, je sais quil ne faut pas mnerver, mais jai besoin de me lentendre dire . Il arbitre srieusement. Il joue sa place , cest--dire schauffe la table attribue pour la rencontre de son groupe, il jouer lheure , cest--dire arrive 18h30, emmne ses partenaires et fait en sorte quils arrivent lheure, il jouer son tour , cest--dire ne fait pas ses matches la suite pour partir plus tt (sortir), il joue en tenue , cest--dire porte short et maillot, survtement entre les parties, et se tient droit (valorisation de la posture sportive). Ainsi les autres joueurs affirment : au dbut, il parat un peu mas-tu-vu, mais finalement . De surcrot, il se tait quand il ne connat pas les adversaires, car sa volont est de jouer avec des copains qui le trouvent sympa pour pouvoir la ramener , en attendant davoir des responsabilits (tre un pre). 54- Jouer complet selon Saint-Jean JL est dun naturel discret. Se tenant en retrait quand il arrive dans un lieu public, il pose ses affaires dans un coin. Il veille au demeurant ne pas sisoler compltement, pour ne pas donner une image trop comptitive (chauffement physique, tirements). Sa docilit consiste sintgrer : il tient arriver lheure, chauffer les autres alors quil ne le ferait pas pour lui, il parle, il donne des conseils. Au cours dune rencontre, il exige de tout donner pour ne pas tre en butte aux reproches ( tout donner, mme physiquement, comme a je nai rien me reprocher ). Lintgration du collectif et dans le collectif se fait ainsi sur le mode solidaire. Il apprcie en ce sens lambiance et les encouragements continus, mais qui restent discrets. Il vite dintervenir pour ne pas dranger lquilibre collectif : il ne prend pas de temps mort, ne coache pas, ne fait pas Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 163. 163 dencouragements appuys et ne prend pas position lors des conflits ( jai pas la parole facile ). Il se subsume par l sous lthique solidaire du jouer complet et accomplit le devenir intgratif. Cette discrtion peut au demeurant tre mise mal. Il sen dpartit en effet chaque fois quil use dune parole intempestive. Il parle ladversaire pendant le match alors mme quon le lui reproche, il parle en catimini chaque membre de lquipe en cas de problme dans la gestion de lquipe ou de la feuille de match, il parle aux partenaires et aux adversaires de la partie quils ont jou ds la fin de la partie alors quils auraient besoin de rcuprer. De faon gnrale, il parle trs longuement de tennis de table ( mme en dehors des matches, je cause ping ) des personnes qui ne lcoutent que par politesse (cf SM il ne sarrte pas, cest un vrai passionn ). A linverse, il dsapprouve en silence ceux qui parlent de travail comme PH, ou coutent la retransmission du match de football du Stade Rennais comme PLB. Au final, la parole intempestive est impose une personne ou chaque personne tour tour, alors quil na pas la parole facile en public. Cette parole intempestive est en fait destine fuir le vide, boucher les possibles vides de conscience. Il vise tre constamment occup pour ne pas penser ses soucis (maison, femme, hpital). Pour lui, le ping cest une sortie : jouer Pordic, cest sortir de Ploufragan. Il nhsite pas dailleurs traner la salle, vient sentraner mme quand sa femme est lhpital ( cest comme a, faut shabituer sinon ), fait traner les matches dentranement pour ne pas trop attendre entre les parties (rotation sur 5 tables), fait les matches lextrieur. Pendant les rencontres, il joue en continu : hors de laire de jeu, il observe ses futurs adversaires ( mme quand je regarde ou que je parle, cest pour me mettre dedans ). Il participe toutes les parties de toutes les rencontres. Il joue en premier et en dernier (lettre A). Il joue toutes les balles : le match commence la premire balle dchauffement . Aprs les rencontres, il commente les matches, marche pour pouvoir continuer parler ses adversaires, voire les bloquer et leur obstruer la vision. Quand je sors de chez moi, je ferme la porte, toc ! Cest ping . Pouvoir tre appel tout moment comme PH pour le travail, je ne pourrais pas jouer, tre dedans. . Il ressent ainsi la ncessit dtre dedans : mme quand je parle de ping en dehors des matches, cest pour rester dedans, sinon quand tu reviens au match tes pas dedans . Il a tendance projeter cette exigence sur les autres, qui devraient tre ce quils font. Mais il vite tous les conflits, car a empcherait la lgre parole divertissante ( il faut savoir se taire tout de suite, et ne plus rien dire ). Jouer ensemble, jouer au complet, cest dautre part quelque chose qui met moins de pression sur chaque partie. La comptition nest dans ces conditions pas inhibante pour lui ( linverse de PH), il nest pas dpossd par le stress, au contraire elle est stimulante et la pression est occupante (projection : mettre les jeunes faire du sport ). Le corps sen trouve stimul. Par del la fatigue physique lie au travail et sa femme, il veut voir jusquo a peut aller , parce que jen ai besoin (cf libert positive, capacit). Or pour rester aussi occup, il lui faut maintenir son niveau (voire progresser : en 2me phase jai mme un peu progress ), se maintenir dans une quipe qui se maintient un niveau quil connat bien, avec des joueurs connus qui il peut parler. Il lui faut ainsi tre endurant, pour pouvoir continuer jouer le plus longtemps possible, pour aller au bout de la saison, de la rencontre, de la partie. Or 56 ans, il rencontre quelques problmes physiques, a du mal rcuprer. Do la ncessit de sconomiser : il ne schauffe pas ou trs peu, joue les matches espacs, ne fait pas le double quand le score le permet, prend du temps entre les points (pousser balle, aller chercher sa bouteille, discuter avec ladversaire). Pendant la partie, Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 164. 164 il lui faut imposer son rythme, cest--dire la lenteur, rendre ladversaire statique, faire faire des fautes grce sa dfense coupe du revers ( match idal sur DG) et non pas subir la vitesse qui met sous pression et fatigue. Il sagit ainsi de jouer lourd pour imposer la lenteur : accompagner les propulsions, utiliser un bois lourd, pas de colle rapide pour avoir un contact long avec la balle, transmettre du poids la balle, avoir une prhension ferme, produire des rotations. Son jeu est donc complet, hirarchis en dfense coupe revers, puis top spin coup droit, puis contre-attaque revers. Il cherche dailleurs complter son jeu : inclure des nouveaux coups grce lentranement avec des nouveaux joueurs, comme la dfense coupe revers au sommet. Cette facult de ne pas aller la limite physique (qui est son dernier registre dinvestissement, ligne de bascule vers le vide (tre vid) et lennui), cest ce quil appelle son mtier (on le lui reconnat). Il gagne grce son mtier et perd cause de son physique. Il dfinit son mtier comme capacit ne pas trop cogiter, cest--dire penser vide, donc stresser. Ds lors, lconomie physique vise ne pas aller vers cette cogitation. Il faut ds lors sappliquer ne pas perdre dnergie. La rflexion tactique y aide. Le mtier permet davoir une vision globale et de comprendre les ractions de ladversaire, mme quand il joue contre un autre. Mme quand je parle de ping en dehors des matches, cest du mtier . Or le mtier est lui-mme dans lchange, dans laction : cest en ce sens quil consiste ne pas trop cogiter , risquer le vide du temps mort. Le mtier est dans ce qui occupe et pour ce qui occupe. Je vois bien des trucs pour les autres mais je ne dis pas parce que ce nest pas moi . Le mtier est immanent, chacun son mtier. Au final, cest le mtier qui est divertissant (soccuper pour ne pas tre proccup). Le mtier quon lui reconnat est ce qui lui permet de parler une personne avec une certaine coute, il est ce qui fonde sa posture. Or si JL nen fait pas un discours, cest bien pour ne pas tre mis en dfaut. Devant moi, il doute. Ainsi, il ne prend pas de temps mort car, en fait, il ne sait pas quand le prendre, et si a marcherait. Il ne coache pas non plus par peur de dire des conneries et que les autres en prennent conscience. Bien plutt, il commente la partie a posteriori : taurais d faire atas du jeu pourtant . Cest une valeur sportive sre, qui value la production des autres. Mais il na pas de parole professorale, devant un public, un collectif, bien plutt la parole de quelquun qui a montr, pas dit, quelquun qui lui reconnat le statut de connaisseur. Do la discrtion dans le collectif, auquel son discours incarn et immanent ne rsisterait pas. 55- Jouer franc jeu selon Saint-Mathieu SM fait beaucoup de sport et est un comptiteur naturellement trs engag. Il conoit nanmoins la ncessit de lquilibre, quil cherche dans le divers et louverture aux autres. Cest sa docilit : il ny a pas que le tennis de table dans la vie, il ne faut pas tre trop absolu, il ne faut pas mettre tous ses ufs dans le mme panier, car la passion est rductrice. Il y a en effet un risque de craquage (solitude, vide, suicide) dans lengagement total unilatral. Il faut chercher un quilibre de vie par lquilibre dans la vie. Il conoit galement quil ny a pas que la performance dans le sport, quil faut relativiser la tension propre la comptition : existent aussi le plaisir du jeu, du ludique et de la convivialit, la rencontre et le respect de lautre. Dailleurs lengagement total dans la perspective comptitive contient le risque de vivre la dfaite comme mort, solitude. Il acquiert ainsi son identit dans la cit du rire : son caractre loufoque est reconnu de tous, il cultive les explosions de rire en toute visibilit, au centre du groupe. Il cultive en ce sens une thique de diffusion qui le subsume sous le jouer franc jeu et laccomplissement du devenir populaire. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 165. 165 Il se rvolte au demeurant contre lexigence de modration dans la production sonore qui accompagne le jeu, contre le ct aseptis qui est souvent demand : a mnerve quand on dit du calme Jai besoin de mexprimer, je suis comme a ; cest pas contre lautre, cest pour moi, jen ai besoin . Il exige de jouer fond . Cest pourquoi il est trs expressif : extriorise, se donne des conseils voix haute, crie sans retenue lors dune belle russite ou dun chec, se retourne vers le banc (posture), fait des bonds (utilisation de lespace arien), sautille entre les points et fait des gestes blancs pour sactiver, utilise un sifflet de carnaval pour encourager. Contre la modration de son niveau sportif, contre linhibition de sa progression potentielle (on la vinc de lquipe une, on lui dit : tas un jeu de merde, tu ne gagnes pas tout ), contre ce qui va contre sa connexion davec la logique sportive de tension au meilleur niveau possible (quipe qui ne veut pas monter, sentraner, sencourager), il prdique la rfrence au haut-niveau dont il est un enthousiaste spectateur : haut-niveau, cest la gnac, faut de lambiance !. Cest dailleurs au contact de celui-ci quil a appris jouer dans toute laire et utiliser les temps non- jeu autant que les temps de jeu : il utilise des temps morts (serviette), joue avec le banc. Contre cette identit loufoque quon lui reconnat, il rtorque : moi cest rigueur, travail, progression . Cette explosion dans la rvolte est la revendication du besoin dexplosion. Mais celle-ci nest pas explosion de rire cautionne par tous, explosion gratuite, improductive, elle est explosion finalise, annexe la production de valeur sportive. Lexplosion est un carburant pour aller plus avant dans la logique sportive (progression, haut-niveau). Dans cette qute de la performance ( je suis un chasseur ), la rigueur correspond au rassemblement du multiple (se concentrer, prparer la salle, se prparer physiquement), la finalisation rassemble les lments. Ce rassemblement est emmagasinement dnergie quil faut ncessairement laisser exploser vers lextrieur ( cocotte-minute ) ; ds lors si le milieu extrieur linhibe (remarque des autres, passivit des partenaires, grands vnements qui nen sont pas mais sont certes une grande diversit), il snerve pour expulser lnergie amasse. Tout ceci tient au fait quil considre que pour faire une chose bien , il faut savoir se concentrer sur un objectif. Son exprience lui a appris quil ne faut pas courir tous les livres, sparpiller, risquer lcartlement. Dailleurs, il na plus le physique pour tout faire. Or cette anne, faire quelque chose ce ne sera pas faire un club (chec du COB), ni sinvestir dans son boulot ( je fais mes heures ). Ce sera peaufiner sa progression de joueur : suite sa prparation physique de lt, il sest identifi des objectifs : puisque ce ne sera pas russir en quipe une ou faire monter lquipe deux, il va se consacrer des objectifs individuels. Or les moyens mis en uvre pour atteindre ses objectifs, cest de sentraner : emmagasiner le multiple, unifier, puis exploser pour avancer et produire. Un vrai entranement est en effet multiple car analytique : il contient lexercice de la technique, de la tactique, du physique, du service, des schmas de jeu, le duel, ladaptation. Son jeu, cest dailleurs 50 % de physique, 30 % de revers, 20 % de coup droit . Il est dautre part collectif, et se passe sous la direction dun entraneur (htronomie) qui entrane chacun. Il conoit enfin de sentraner lextrieur pour rencontrer de nouveaux jeux, de nouvelles salles. Mais lentranement est orient vers lunification du multiple. En comptition, il ne veut avoir affaire qu lui-mme : en match, je suis indpendant, ncoute pas le coach (jouer simple). Il ne prfre pas non plus faire le double. Son rgime nest en effet pas tactique mais un rgime de lexplosion. Or celle-ci se fait sur le plan physique, lunification est physique, lengagement est total. Si les autres ne font pas de travail physique, il le fait seul. Son jeu, cest dailleurs de ramener toutes les balles , cest--dire de ramener le multiple lunit spatiale de la table, et il laccomplit grce leffort physique. Do son ouverture Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 166. 166 du jeu : il joue sans effet et ouvre les angles. Mais il veille ne pas se faire dborder, et pour cela met ladversaire en porte--faux, joue lenvers, notamment en excutant un service revers partir du coup droit. Il adopte dautre part une position flchie pour exploser, sa vision est globale, en transe. De mme, quand il sapplique crer une varit de placement de balle ( pas de rotation ), la diversit produite est annexe la capacit physique unifiante ( prendre les balles plus tt, tre bien plac ). Il regrette que son potentiel nait pas t exploit : or le potentiel, cest bien ce multiple ramen lunit du rel. Ce quil regrette, cest bien plus quon ne lui donne pas les conditions pour laisser sexprimer sa capacit travailler dur, qui plus est dans un collectif mobilis. Il en rfre dailleurs souvent la figure militaire du collectif unifi et tendu vers un but commun. Il regrette ainsi de ne pas tre dans un groupe mobilis pour monter, o lon rassemble les nergies, unifie le collectif, laisse exploser les individualits pour crer un rsultat collectif. Il se serait volontiers accompli comme leader, de par mon jeu (confirm par DG), dun tel groupe. Il se fixe des objectifs individuels par dfaut, mais prfre le collectif. La figure militaire renvoie dailleurs lide d esprit de corps . Son affaire, cest bien le corps, le physique qui rassemble. Lexplosion revendique qui sensuit est physiologique : adrnaline. Un reproche oral linhibe, une raction corporelle le stimule. Son potentiel est physique, et il doit le subsumer sous lesprit militaire, royaume du corps. Son jeu est bas sur le physique ( se prparer, ramener toutes les balles grce leffort physique ) et pas sur la capacit intellectuelle, ladaptation tactique, ltude du matriel : je sens le jeu, je suis intuitif . Mme la lucidit est ramene une bonne condition physique ( ya pas besoin de mexpliquer longtemps (alors que les exercices), quand tes en forme le cerveau est bien irrigu ). Il accepte de sadapter aux diffrents types dchauffements (rigueur, dlire, jeu), mais il prserve toujours lunit par le corps ( tre bien chaud, transpirer, attendre que lautre demande commencer la partie ). Aprs une dfaite, il fait un retour au corps (survtement, nourriture, calme). Il aime la nouveaut (jeux, joueurs, salles, entranement) mais la gre par la compensation physique (tournois dt : prparation physique, sieste ; nouvelle salle : eau, tirements au mur). La nouveaut gre par le corps est ramene sa facult unifiante. Il sagit de faire du ramenage dans des conditions qui ne permettent pas ladversaire de le dborder (balles tendues, longues, au coude). Ainsi ce que lexplosion physique cre, construit, ce nest pas autre chose quun corps, mais cest un corps valoris. Le rsultat nest pas ramen labstrait de la valeur sportive, mais au corps. Le corps au travail cre un salaire, mais le travail sportif du corps et par le corps cre un salaire corporel. La rvolte contre le relatif se fait sur le point corporel car lengagement physique total cre un corps totalis. Cest dire quil y conquiert une identit par le corps, une unit existentielle. La cration ne pouvant tre ex-nihilo, la cration de soi ne peut ltre non plus : or son seul capital identitaire, cest son corps (orphelin, travail), auquel il cherche donner une identit. Ainsi cette identit par le corps valoris se conquiert dans le monde sportif : le corps devient sportif, connect la logique sportive, acquiert une facult la posture (dmarche, doigt lev aprs un beau point, serviette, mimiques et cris du haut-niveau ; dans la dfaite, parole plaintive). Ce nest pas un dfil de mode, cest un dfi-dfil sportif. Cest dans la posture sportive victorieuse, qui avant de laisser place une dmarche lente et assure suspend le temps et lui donne un statut dans le statique (statue/statut), que SM est le plus vivant. Le corps est du plein qui conjure le vide identitaire, cest un territoire dsormais habit par la logique posturale, dans lequel le dsir coule : dailleurs quand je suis vid compltement aprs une bonne comptition, cest l que je me sens le mieux (dpassement des limites). A linverse, livresse du multiple (lalcool) reoit le sens : fils de personne, destin ntre rien . Cette identit conquise par le corps postur Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 167. 167 ne peut au demeurant tre valoris que par lextrieur, le milieu. Il faut une caution avise du spectateur qui connat le haut-niveau ( il faut sintresser ) pour que la posture ait du sens : ainsi des regards orients vers les connaisseurs (public ou adversaire) aprs un beau point. Il se sent dailleurs valoris quand MJ lui dit : tu ne joues pas comme lentranement (cest--dire fond, au physique). Il reconnat avoir besoin de reconnaissance lie mon enfance . Do la ncessit immanente de sadapter au milieu. Si on ne reconnat pas encore sa valeur sportive par manque de culture sportive, au moins on reconnat sa valeur conviviale, en attendant que les gens sintressent leur sport pour pouvoir donner un sens ses postures et lui accorder cette identit corporelle. 56- Jouer juste selon Saint-thomas Dun naturel nonchalant, DG refuse les contraintes. Il se rend nanmoins docile dans et par une thique dadaptation, qui est pour lui matre-mot de la socit . Il sadapte en effet ladversaire : son jeu ( linverse du bourrin qui simpose en force et sentrane en rptant, il exige de pouvoir enrichir sa technique, donc possde une technique initiale plastique) et son comportement (service pas correct, reproches au partenaire de double ; tu fais avec et voil ). Il sadapte lambiance globale des matches (plaisir, rencontre, convivialit ou srieux, rigueur, comptition). Il sadapte linstitution en acceptant la rgle du service, les horaires imposs (SQ), le rle quil a dans le groupe (jouer en premier, l o il y a le plus de pression). Mais il adapte ces points pour lui-mme, de la mme faon quil sadapte ladaptation des autres joueurs. Il se subsume en ce sens sous lide du jouer juste et le devenir raisonnable . Il rejette et vite au demeurant toute contrainte constante, qui ncessiterait une soumission du corps lhtronomie. En effet, il rejette la contrainte de lentranement constant, arguant quil est Rennes pour ses tudes et a besoin de rester parfois tranquille. Do son rejet du mode de gestion des quipes base sur la prsence et linvestissement lentranement, la volont de progresser : rien prouver, je suis dans les meilleurs, avec SM on ferait une bonne base de B en R1 (exprience, double, ambiance) . Il rejette de la mme faon la contrainte de comptition constante, car ya autre chose dans la vie . Il considre que sa prsence nest pas ncessaire tous les matches, mais par contre que sa prsence est ncessaire pour les matches importants (do sa critique de labsence de SM et CC pour la monte). Il rejette encore la contrainte deffort physique constant : il ne fait pas dentranement rgulier, pas de physique, gre la dpense physiologique lors de lchauffement davant match et pendant la rencontre (sil envisage la dfaite, il ne sengage pas du tout). Il tend ainsi jouer libr , partant utiliser les articulations libres : paule-poignet, tronc. Sa nonchalance le pousse sappuyer sur un service de qualit (service en pivot, variation de rotation et de placement au service) pour gagner vite, quitte tricher (service faux) . Il utilise galement des schmas de jeu : service long dans le revers, puis carter plein coup droit, service court mou dans le coup droit, puis top spin rotation au coude. Prtendant avoir besoin dun physique de ouf pour envoyer coups de ouf , il avance son manque dentranement pour expliquer son utilisation de lconomique claquette revers ou du fait que sur les joueurs qui rentrent dedans il recule et gre moindre effort sa grande taille, et peut envoyer des gros coups droits . Cest dire que le corps doit obir sa gestion personnelle, non pas une loi htronome, qui va tendre la loi du moindre effort. Cette autonomie revendique est en fait l pour permettre daccder la constance de lidentit valorisante. DG se pense en effet comme constituant la loi du duel, de la relation Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 168. 168 ludique. Ceci ncessite dtre au-dessus de la relation ludique, en plus den faire partie intgrante, dtre un point de vue abstrait qui conoit et fait advenir la relation. Il est un esprit transcendant, qui fait en sorte que les deux joueurs passent un bon moment, soient sur la mme longueur dondes, librent les nergies, fassent du beau jeu. Il peut mme aller jusqu faire en sorte que tout le monde passe une bonne soire, dans une bonne ambiance. Il simpose ds lors une place prminente : il est juge ( cadrer le connard, montrer qui est le matre la table ), capitaine, professeur ( montrer aux autres pour les faire voluer), leader technique ou convivial. Cette place privilgie ne consiste pas tre au sommet de la pyramide, mais dj ne pas tre en-dessous, et surtout tre au centre, cest--dire au point dquilibre : si on renverse la pyramide (les valeurs hirarchiques), le point dquilibre reste le mme (triangle quilatral). Or tre au centre, cest tre valoris et constant. Do lthique de la positivation : on peut toujours trouver un intrt, cest a qui est bien dans le ping . En modifiant son point de vue sur la soire, il se rserve chaque fois une place centrale et valorisante : bon match, bonne ambiance, bonne pression, bon niveau . De son activit autonome de positivation, il rcupre une valorisation de lui-mme. Cette prservation de limage positive de soi construit la constance qui lui manque (on lui reconnat cette inconstance) et dont il a conscience : je suis inconstant dans le jeu, je peux jouer 30 sur un match et 70 sur un autre ; un coup je suis bon en coup droit, un coup en revers ; je suis magnaco-dpressif, un coup je me prends pour un dieu, un coup je me prends pour une sous-merde . Do lexigence de constance de la posture reprsente, de limage de soi positive : la constance du rapport soi comme psych, pas comme corps. Do la ncessit de ladaptation, condition de la constance de limage. 6- Rsultats : six tables de complexes de sens et daction En rassemblant tous les lments identifis dans cette axiologie, nous pouvons dsormais composer des complexes de sens et daction fidles aux principes pistmiques. Il sagit de composer des tables o sont apposs sens thiques et actions sportives en dcoulant. Les donnes sont certes rajustes, nous ne le cachons aucunement. Elles le sont pour tre analysables, qui plus est pour tre lisibles. Autant que faire ce peut, on vite en ce sens les rptitions : quand deux sources thiques sont en jeu, on ne conserve que la plus claire. La gnalogie qui correspond la ncessaire compatibilit des faons de jouer est ainsi dsigne par les devenir sociaux. Nous veillons dautre part ne pas utiliser la catgorie jouer pour dcrire laction effective, puisque jouer est le substrat des prdications thiques. Au demeurant, nous disposons dun moyen de contrle pour viter de biaiser les donnes : ne jamais rien utiliser qui ne soit annonc de faon rcurrente, diffrentes distances, par les acteurs. Nous noprons ainsi aucune slection du reprsentatif, au contraire nous identifions des lments dont le sens est dans la complexit. Tous les termes viennent donc des acteurs, lexception de certains qui interviennent pour les besoins de la clarification. Les lments de sens et dactions apposs doivent en outre tre mis en ordre. Certes, tout lment est en rapport avec tout autre : cest la multiplicit des connexions qui fait la consistance propre des tables. Mais il nous faut prsenter le tableau de faon ce quil soit lisible. Nous suivons en ce sens un ordre logique de prsentation qui va du sens laction. Ainsi, nous allons des sources thiques (gnalogie sociale et existentielle) vers le bien thique (faon de jouer et dclinaisons) vers les actions effectives qui en sont des accomplissements. Cest dire que nous allons du pourquoi au quoi, puis au comment. Le principe de la mise en ordre des donnes se fait en outre au regard de la logique des actions, dans la mesure o les sens sont plus faciles comprendre mme sils ne se suivent pas. Nous organisons donc les donnes suivant les diffrents commerces constitutifs de laction, et Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 169. 169 lintrieur de chaque commerce nous allons du statique au mouvant et du gnral au particulier. La lecture des tables peut ainsi se faire dans un mouvement qui va dune fixit lautre, de lespace vers le temps vers les agents vers les vnements vers lenregistrement. Ce dernier se rabat sur lensemble. Nous indiquons en gras les lments qui se correspondent du sens laction, pour faciliter le reprage des lments efficients. Pour dcrire le commerce spatial dcoulant des prdications thiques des faons de jouer, nous allons ainsi des positions aux dplacements. Au sujet des positions, nous allons de lextrieur vers lintrieur, dterminant lchelle de la salle la distance aux aires de jeu (prs, loin), la situation (bancs, ct, derrire) et le choix de laire de jeu (A ou B, centre ou gauche), puis lchelle de laire de jeu le rapport la table (zone de sol : prs/mi-distance/loin ; angle/face centr ou dcal), le rapport la balle (face/profil ; dessus-derrire-dessous) et le rapport son corps (haute/basse, debout/flchi). Au sujet des dplacements, nous prcisons dans la salle la staticit ou la mobilit, dans laire les dplacements en rapport la table (latraux, profondeur, circulaire ; pas simple, dcal, de course, pas chass, gliss, crois, pas saut), les dplacements en rapport la balle (mise distance et hauteur ; pied, tronc, bras), enfin ceux en rapport son corps (bonds, sautillements, gestes blancs) et les dplacements de la balle. Pour dcrire le commerce temporel dcoulant des prdications thiques des faons de jouer, nous allons des squences aux rythmes. Pour les premires nous allons galement du gnral au particulier, prenant en compte la vie, la semaine, la journe, puis lchauffement, la chronologie des parties et le temps de jeu/non jeu au cours dune partie. Au sujet des rythmes, nous prcisons la physiologie, le type deffort et le rgime de vitesse de la gestuelle (vlocit) et de la balle. Pour dcrire les commerces humains, nous allons du subjectif, donnant des prcisions au sujet de lentranement, de la prparation (technico-tactique), de lactivation nerveuse (psychologie) et enfin de la conscience, de lmotion, jusqu lintersubjectif o nous dcrivons lentranement, la prparation, le jeu en double, les encouragements, les conseils, les visions et larbitrage. Pour dcrire les commerces vnementiels, nous commenons par focaliser sur la balle : phase de contact, point de contact, temps, qualit (dur/fin), puis type et quantit de rotation et enfin matriel. Nous prcisons ensuite les types de coups utiliss (services, coups dchange) et la technique (biomcanique). Enfin, nous dcrivons le comportement de la balle en rapport la table (vitesse, direction, longueur, placement, trajectoire) et ladversaire (tactique). Pour finir, la prcision des lments du commerce denregistrement se fait dans lordre soi, quipe, puis tous les joueurs. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 170. 170 61- JOUER SON JEU GENEALOGIE ne pas jouer contre nature Ethique dhumilit AXIOLOGIE jouer son jeu ACTIONS (commerce ) devenir suspendu : clture ludique : lespace de pratique est clt sur lui- mme valeur force respect des origines, respect de la base valeur force Saint-Andr dfoncer la table valeur force jouer en B jouer concentr faire sa bulle jouer en puissance imposer son jeu jouer en puissance jouer en puissance jouer agressif ESPACE Positions Etre dans le coin gauche, pas trop en vue (dsignation dune table pour chaque groupe (A et B) au lieu de jouer dans lordre) Sisoler avant une partie pour se concentrer (se tenir dans une zone en retrait, pas sur le banc) Rester statique : ne pas reculer, ne pas sortir de laire de jeu (acceptation des limites de la surface de jeu et de la limitation dune aire de jeu par des sparations) Avoir les pieds ancrs au sol (humus), les appuis carts pour gagner en solidit (polygone de sustentation), une position flchie comme condition de lexplosivit (position basse) Couvrir 2/5me de la latralit en revers, 3/5me en coup droit (mise distance) Dplacements Rester statique, sauf pour la mise distance (longueur de lavant bras) qui optimise la puissance de la propulsion Excuter une extension du train infrieur pour produire un coup puissant (la propulsion part du sol) Choquer la balle dans la phase ascendante du rebond ; aller vers la balle, vers lavant : extension du train infrieur et dsquilibre global dans le plan de la balle devenir suspendu : le conflit sportif est temporaire, provisoire, se rsout dans le rsultat et la poigne de main, le rsultat et la troisime mi-temps ; le conflit sportif est suspendu de la temporalit civile et laborieuse corps naturel, habitus comme seconde nature valeur force jouer son rythme imposer son jeu imposer son rythme jouer en puissance TEMPS Squenciation Jouer les parties la suite (pas dans lordre de la feuille de rencontre, mais laisser le temps dune partie entre chaque) pour pouvoir sen aller et faire autre chose Schauffer peu (15) pour avoir le temps de coller et conomiser lnergie explosive Rythme Dbuter la partie et la rencontre quand on est prt (non pas lheure ou au terme des 2 dadaptation) ; servir et remettre le service quand on est prt (rcupration totale) Exploser : produire un effort en anarobie alactique, et rcuprer totalement Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 171. 171 valeur naturalit corps naturel, habitus comme seconde nature Saint-Andr rpter, rpter, rpter grosses cuisses devenir lectif : comptage de points, production dun rsultat (action finalise, poesis) ; do tension un rsultat ingal et incertain, donc pression du rsultat (suspens) Saint Andr ne pas se la raconter Saint Andr y aller comme un bourrin jouer linstinct faire sa bulle jouer tendu jouer linstinct jouer concentr faire sa bulle ACTEURS Soi Rpter lentranement pour automatiser, accder une conscience immdiate (pas rflchie), tablir la corporit comme premier territoire. Dsactiver la pense et la parole, laisser la parole au corps : bruit de limpact balle-raquette (colle rapide) Schauffer peu mais sisoler Tension musculaire : vasoconstriction, faible amplitude gestuelle pour chaque segment Ragir aux stimuli, donc tre attentif, aux aguets ; flchir le train infrieur Autres Etre centr sur soi ; ne pas faire le double Faire silence : ne pas encourager ou conseiller ; ne pas sadresser ladversaire ; ne pas revendiquer auprs de larbitre Regarder uniquement la direction la balle (pas les rotations car enlever leffet ) devenir agonal et concurrentiel dune socit qui se construit partir du naturel intress et belliqueux de lHomo Sporticus devenir lectif comptage de points, production dun rsultat (action finalise, poesis) Saint Andr y aller comme un bourrin devenir agonal attaquer tout le temps Saint-Andr pains coup droit et revers top spin revers valeur force jouer en confiance imposer son jeu jouer agressif jouer efficace jouer en puissance imposer son jeu attaquer tout le temps jouer en puissance EVENEMENTS Actions sur la balle Ne pas reculer au moment du contact, ne pas produire de flottements dans la propulsion de la balle, avoir une prhension ferme au moment du contact Entrer en contact de faon courte et en phase ascendante (choquer la balle) Ne pas faire de dtails ou perdre du temps dans le gain du point : jouer sur un coup, jouer trs fort Enlever leffet : choquer par au-dessus, production de lift par accrochage (sauf service coup). Utiliser des backsides et la colle rapide des deux cts Types de coups Excuter des coups de prise dinitiative : attaques, top spin comme coup terminal, flips. Utiliser le top spin frapp du coup droit et lattaque du revers ; si possible, excuter des tops spin revers frapps en prenant la balle sur le ct du corps Utiliser les segments puissants : extension du train infrieur, tronc, bras. Faible amplitude gestuelle des segments puissants (explosivit musculaire) Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 172. 172 devenir animal : le conflit sportif est lgitime sil ne se joue pas contre nature ; conflit des interindividualits rches ; do territoire dfendre (chaque demi-table est un camp ) et territoire comme domaine de domination (loi du plus fort) (cf clture ludique) Saint-Andr dfoncer la table imposer son jeu fermer le jeu jouer agressif jouer en puissance Actions sur la table (tactique) Excuter des services courts coups ou deux rebonds coups, faire des remises courtes ou deux rebonds, couvrir la balle sur les services lifts pour empcher la prise dinitiative adverse (laisser la balle sur la table) Servir en diagonale pour ne pas reprendre la balle au coude (car difficult de dplacement et manque damplitude) Jouer dans une seule direction : sur le joueur, au coude, au milieu, transpercer ladversaire Produire des trajectoires tendues et plongeantes (lift et fort) devenir inscripteur : par leur classement individuel appos sur la feuille de rencontre, les agents portent officiellement lhistoire de leurs productions agonales Saint-Andr ne pas se la raconter Saint-Andr faire plaisir aux autres Saint-Andr devenir 35 jouer son niveau faire valoir son jeu humilier (mettre terre) jouer son niveau jouer son rle faire valoir son jeu ENREGISTREMENT Humilit Soi Etre inscrit en B (pas en livre en A), contre des adversaires de son niveau ; n2 de B Avoir 51% de russite sur les coups forts, passer ses coups Faire silence : ne pas se trouver dexcuses, ne pas avoir le boulard , mais combler sa frustration par le craquage physique Equipe Faire ses points , gagner des matches (ne pas tre un boulet ), donc se mettre la pression (attentes et attention des autres) Ecouter les autres Tous les joueurs Progresser en classement ; gagner des points classements Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 173. 173 62- JOUER REGULIER GENEALOGIE Ide force : ne pas mdiatiser le rapport lautre Ethique de stabilit AXIOLOGIE jouer rgulier ACTIONS (commerce ) devenir domicili : se doter dune salle spcifique de tennis de table pour pouvoir jouer demeure ; do habitudes prises dans son habitat devenir demeure valeur stabilit devenir demeure jouer domicile jouer en A jouer la table jouer au rebond stabiliser son jeu jouer la table ESPACE Positions Evoluer dans des conditions stables : mme table pour les entranements et les matches (repres matriels et humains) ; mme table pour chaque partie, mme ct (ct banc) la premire manche (le ct est rarement choisi lors du tirage initial) Evoluer dans une salle exigu (proximit humaine et sportive), rester prs de laire de jeu (banc) ; peu se prparer hors aire de jeu Etre prs de la table (0,5 mtre 1 mtre) Etre face la table et centr (quilibre coup droit et revers, revers pris au milieu) Etre toujours derrire la balle (balle toujours devant) Avoir une position lgrement flchie pour assurer la solidit des appuis Dplacements Avoir des appuis stables, effectuer peu de dplacements ou effectuer des dplacements courts : pas glisss ou fentes Ne pas reculer, rester la table; revenir prs de la table en pas simple et pas de course quand on a t contraint de reculer devenir traditionnel : samedi soir comme jour officiel de comptition dpartementale Saint-Pierre confort, bloqu en A Saint-Pierre jeu de table Saint-Pierre tatata, lucky luke valeur stabilit jouer rgulirement jouer en A jouer la table jouer la table jouer au mme rythme TEMPS Squenciation Pratiquer 3h30 le samedi soir tous les 15 jours et tous les vendredi lentranement Etre positionn en deuxime de A : 19h35/19h55 versus n1; 20h55/21h15 versus n2 ou 3 ; double 21h15/21h35 ; 3me 22h15/22h35 versus n3. Aller demble la table, ne pas schauffer physiquement ni stirer hors table Rythme Intercepter la table, en vitesse Etre endurant, ne pas prendre de temps mort ; endurance vitesse Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 174. 174 Saint-Pierre tcheron devenir demeure Saint-Pierre tatata, lucky luke devenir mature et identifi Saint-Pierre confort de jouer les mmes devenir mature et identifi Saint-Pierre ne pas se parasiter repres spatiaux devenir garanti : socit sans arbitres officiels stabiliser son jeu jouer la table stabiliser son jeu stabiliser son jeu jouer la table jouer la table stabiliser son jeu ACTEURS Soi Sentraner rgulirement ; sentraner et schauffer en rgularit : rpter ses gammes pour stabiliser le pourcentage des coups de base ; sentraner au service Etre en activation importante, tre ractif, donc avoir un tonus de base lev : extension isomtrique des mollets pour assurer la ractivit du train infrieur Etre mature, donc stable affectivement, donc contrler lmotion Porter son survtement Autres Sentraner avec les mmes partenaires et adversaires Faire le double Encourager depuis le banc, mais ne pas donner de conseils (car maturit des partenaires) Avoir un rapport immdiat ladversaire. Avoir une vision immdiate : 1/3 central de ladversaire, vision de la raquette, de la latralit (panoramique), du distal vers le proximal Avoir de lautorit sur le jeu : participer larbitrage devenir scuris Saint-Pierre soft devenir mature et identifi devenir scuris valeur stabilit jouer la table jouer contre leffet stabiliser son jeu stabiliser son jeu jouer en contrle jouer en contre EVENEMENTS Actions sur la balle Entrer en contact au rebond, dans un contact court, donc avoir une prhension dure (autorit sur la balle : prhension ferme) Propulser sans rotation (sauf rotations latrales au service pour lancer le jeu de vitesse), produire des trajectoires tendues Utiliser un matriel prouv : vieux bois, fait sa main ; pas de colle rapide (qui rend instable le matriel). Utiliser un combi (backside et soft) pour matriser les rotations et faire faire des fautes sur les balles coupes et tendues Types de coups Ne pas faire de fautes, donc effectuer des gestes basiques sans vitesse de propulsion : contre-attaque et blocs (+ coup terminal et dfense coupe pour revenir la table) Oprer une fixation biomcanique des segments (pas de jeu dans la mcanique corporelle) Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 175. 175 devenir demeure Saint-Pierre immdiat Saint-Pierre ne pas risquer de perdre son jeu devenir scuris Saint-Pierre jeu de table Saint-Pierre jeu de table jouer la table jouer au rebond stabiliser son jeu jouer en contrle jouer dans le point faible jouer la table Ne pas se dsquilibrer en sengageant vers lavant, seulement intercepter en jouant devant soi. Ne pas prendre de risque dans la propulsion : intercepter au plus vite le projectile pour crer de la vitesse, utiliser la vitesse de la balle adverse, donc anticiper et tre ractif, donc tonique Effectuer des gestes avec peu damplitude, donner de limportance aux segments proximaux Actions sur la table Ne pas faire de changements tactiques, donc rgularit tactique Effectuer les mmes placements sur les mmes adversaires Produire un jeu de maintien : renvoyer la balle do elle vient (revers) puis carter (coup droit) ; ne pas ouvrir les angles. Utiliser les lois statistiques : anticiper les retours en diagonale Ne pas prendre de risque : placer au milieu du coup droit et du revers adverse, aux 2/3 de la profondeur, en diagonale Faire faire des fautes en coinant ladversaire dans le revers, en lempchant de bouger, en le rendant statique (faiblesse de propulsion en revers), ou le faire bouger en exploitant la faiblesse au coude coup droit Faire faire des fautes directes avec le service bombe ou deux rebonds (vitesse), puis avec le soft : faire faire des fautes sur coupes Imposer la vitesse : produire des trajectoires tendues Utiliser les schmas : service long + vitesse revers vers attaque coup droit ; port revers en remise pour neutraliser la vitesse adverse, puis trajectoires de plus en plus tendues pour acculer Saint-Pierre faire du sport pour la sant viter la contre performance Saint-Pierre un deux points pour mon quipe devenir identifi stabiliser son jeu jouer en A stabiliser son jeu stabiliser son jeu ENREGISTREMENT stabilit Soi Stabiliser sa sant, son niveau et ses rsultats ; tre gal soi-mme Affronter des joueurs de son niveau ou plus forts (jouer en 1er de A) Equipe Ntre ni leader ni livre ; avoir 50% de victoires Tous les joueurs Stabiliser les rapports humains (rcupration des excs propres, tre convivial) et les conditions de jeu Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 176. 176 63- JOUER NORMALEMENT GENEALOGIE ne pas faire nimporte quoi Ethique de responsabilit AXIOLOGIE jouer normalement ACTIONS (commerce ) devenir ordonn : espace ordonn : rgle du service (un rebond dans chaque camp), puis rgle de lchange, limite de la surface et de laire de jeu, ct de table attribu au seuil dune partie puis changement de ct aprs chaque manche devenir exemplaire Saint-Jacques tre un leader devenir mobilisateur valeur ordre devenir normatif jouer sa place jouer mobilis jouer dans lordre ESPACE Positions Schauffer la table attribue ; jouer du ct attribu (choisi arbitrairement) et la table attribue (dsignation dune table pour chaque groupe) Rester sur le banc (pour encouragements, coaching) quand on ne joue pas Etre en contact avec la table, donc occuper la latralit en couvrant un tiers avec le revers et deux tiers avec le coup droit (amplitude plus importante en coup droit, prise de balle sur le ct du corps) Excuter le revers avec la jambe gauche en avant pour faciliter lutilisation du coup droit (prise dinitiative) Etre prs de la table. Refuser dtre accul, donc contrer en coup droit quand on recule, en saccroupissant pour se mettre hauteur (trs flchi). Dplacements Schauffer en situation rgulire, mais avec dplacements (liaisons rgulires) ; tre trs mobile Avoir une mobilit ordonne : dplacements latraux ou pivot et pas crois, construction coup/lift/tap, donc ajustements en profondeurs (extension pied) devenir ordonn heure des rencontres et ordre des parties dtermines par la feuille de rencontre devenir ordonn Saint-Jacques tre un leader Saint-Jacques la patate jouer dans lordre jouer lheure jouer prpar jouer son tour jouer sa place jouer mobilis TEMPS Squenciation Arriver 18h30, emmener ses partenaires et faire en sorte quils arrivent lheure Schauffer 30 minutes avant la rencontre et physiquement deux minutes avant la priode dadaptation de la partie Mettre les locaux en A sur la feuille de rencontre, respecter les rotations trois, se prsenter en consquence (versus faire ses matches la suite et sen aller) Etre inscrit en base de B, en troisime de B, donc faire des parties rapproches : 19h55/20h15 versus n2; double 20h15/20h35 ; 20h55/21h15 versus n3 ; 3me 21h35/21h55 versus n3 Rythme Schauffer en vitesse et en mouvement pour se stimuler Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 177. 177 devenir ordonn devenir exemplaire valeur ordre jouer dans lordre jouer appliqu construire le jeu Marquer le dernier moment (temps darrt avant le service, prsenter clairement la balle) Annoncer des temps morts en faisant un T avec les mains Contrler les effecteurs, donc produire un effort arobie Excuter trois coups (moyenne dun change de tennis de table en prrgionale : trois changes): service ou remise, coup de prparation ou de transition, coup terminal ; puis temps de rcupration identique (arobie : effort = rcupration = 5secondes) devenir mobilisateur les agents sactivent pour une cause (victoire de son quipe) devenir uniforme : tendance fondre les individualits dans la masse ; do correction et discrtion, politesse et police dans la polis ; modration, mode, moderne Saint-Jacques cest pas normal de snerver valeur correction devenir ordonn Saint-Jacques tre un leader jouer mobilis jouer en tenue jouer en tenue jouer sa place jouer en tenue ACTEURS Soi Sentraner de faon classique : chauffement physique et technique, rgularit (critre : 3 rptitions de chaque coups). Schauffer en vitesse et en mouvement pour se stimuler Se tenir droit (valorisation de la posture sportive) ; porter le short et maillot de lquipe, le survtement entre les parties, ou porter une tenue de marque (pas celle de lquipe) Sactiver modrment, reprendre promptement lnervement ; tre silencieux, ne sexprimer que sur les beaux points Autres Sentraner et schauffer avec des joueurs de son niveau et de son groupe (B) Faire le double de B Ecouter calmement les conseils (mmes contradictoires) Regarder les positions de ladversaire par rapport la table Sur le banc, diriger les partenaires, annoncer les dfauts, encourager de faon code. devenir uniforme devenir uniforme jouer au sommet construire le jeu jouer en tenue EVENEMENTS Actions sur la balle Effectuer le contact au sommet du rebond, pas aux extrmes (rebond ou phase descendante), do flchir le train infrieur ou linverse faire une extension pour se mettre hauteur Produire des rotations : coup/lift/tap Matriel : utiliser des revtements normaux : backsides, et la colle en coup droit (pas en revers) Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 178. 178 Saint-Jacques entraneur rgional Saint-Jacques pouvoir montrer les coups Saint-Jacques tre un leader devenir exemplaire valeur ordre devenir normatif jouer classique (appliquer la norme) jouer appliqu (appliquer la consigne) jouer mobilis jouer appliqu jouer dans lordre construire le jeu Types de coups Excuter des coups rpertoris (technique fdrale) : service coup ou lift, court ou long, remise : poussette (dfense) ou bloc ; change : top spin, attaque Excuter des coups matriss : service lift coup droit, bloc lift revers. Excuter des coups en prise dinitiative : top spin coup droit et revers. Refuser dtre accul, donc contrer en coup droit quand on recule (accroupi pour mise hauteur) Contrler les effecteurs : avoir une amplitude moyenne, ne pas accompagner aprs le contact avec la balle ; ne pas acclrer Flchir le train infrieur de faon trs prononce pour bien montrer la mobilit Actions sur la table Augmentation de la vitesse de la balle au cours de lchange (coup vers lift vers tap) Excuter un premier coup coup (service ou poussette), un deuxime lift (top spin comme coup de prparation), un troisime tap (attaque de lautre ct). Variante : service lift, bloc revers, attaque coup droit Produire des trajectoires tendues pour la balle coupe, courbes pour la lifte, tendue pour la tape exemplarit morale du sport, ducation par le sport, valorisation sociale par les rsultats sportifs ; do responsabilits et hirarchie ncessaire Saint-Jacques tre important dans lquipe Saint-Jacques vhiculer une bonne image du club Saint-Jacques donner des ordres aux autres jouer en tenue jouer classique jouer sa place jouer en tenue ENREGISTREMENT responsabilit Soi Assumer la dfaite Transmettre la victoire aux partenaires (tape dans main) Se plaindre de lincohrence de son jeu (si non classique) Equipe Etre la base de B (65/50 en B ; 55/40 en A ; 60, donc joue en B) Reprsenter lquipe et le club Etre la hauteur : gagner ses parties Tous les joueurs Arbitrer srieusement Avoir une parole avise faisant autorit (meneur dhommes ; conseils, bilans ; depuis le banc) Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 179. 179 64- JOUER COMPLET GENEALOGIE ne pas jouer sur un coup, par -coups thique de solidarit AXIOLOGIE jouer complet ACTIONS (commerce ) devenir intgral : omniprsence de lassociation : salles, bureau, domicile personnel valeur pluralisme jouer partout jouer mi-distance jouer centr jouer centr ESPACE Positions Etre dans toutes les salles (domicile et extrieur), pratiquer dans toutes les conditions (notamment en crois lchauffement) Etre dans toute la salle (y compris sur le banc adverse) Se tenir mi-distance (1 2 mtres) pour pouvoir tout faire et jouer en double Etre plac milieu de table (couvrir toute la latralit de la table, couvrir les angles) Avoir une station initiale debout Dplacements Effectuer des dplacements circulaires, avec une jambe bquille (pas de dplacements latraux) Toucher en phase descendante, flchir pendant linterception (amortissement), accompagner en rotation avant et reculer en rotation arrire (couvrir la profondeur) Saint-Jean voir jusquo a peut aller devenir intgral : permanence de lassociation Saint-Jean Le match commence la premire balle dchauffement Saint-Jean mme en dehors des matches, je cause ping le ping, cest une sortie devenir intgratif Saint-Jean jai besoin de rcuprer jouer longtemps jouer en continu jouer ensemble jouer lentement TEMPS Squenciation Pratiquer le plus longtemps possible (longvit) Participer tous les entranements et toutes les rencontres, toutes les parties de la rencontre (double), tous les points de la partie et toutes les balles de lchange; ne pas prendre de temps mort rglementaire Parler du jeu hors de laire de jeu Schauffer peu, mais chauffer les partenaires Etre en premier et en dernier de A : 19h15/19h35 versus n2; 20h35/20h55 versus n1 ; faire le double de A 21h15/21h35 ; 3me 22h15/22h35 versus n3 Rythme Participer toutes les parties de la rencontre, donc ncessit de rcuprer : produire un effort en endurance capacit (long/lent), ralentir la balle, la pousser avec le pied pour rcuprer entre les points ; ne pas faire le double quand le score le permet Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 180. 180 Saint-Jean le ping, cest une sortie devenir intgratif Saint-Jean mme quand je regarde ou que je parle, cest pour me mettre dedans devenir inclusif, hospitalit augmentation des effectifs des clubs, accueil des nouveaux (licences promotionnelles); do clectisme, mixit gnrationnelle Saint-Jean cest le mtier varier son jeu jouer dtendu jouer disponible jouer en continu jouer ensemble jouer au complet jouer au mtier jouer ensemble ACTEURS Soi Sentraner et schauffer de faon varie (mme dans les 2 dadaptation) Rester calme et viter les conflits, ne pas tre divis par le stress, donc tre dtendu, sactiver modrment Sconomiser physiquement (pour viter dtre vid et de trop cogiter) Participer lensemble des points, donc tre disponible mentalement, faire le vide aprs chaque point, ne pas rester bloqu sur une de ses erreurs ou du partenaire Etre toujours occup : encourager, parler, observer (depuis le ct, debout); se prparer, faire une partie, analyser Autres Sintgrer son quipe : chauffer les autres, parler Inclure les nouveaux joueurs en sentranant et en schauffant avec eux ; schauffer en crois (parfois avec une balle pour quatre) Commencer en premier pour rcuprer et soulager les autres du stress ; faire le double Mettre moins de pression sur chaque partie, donc rester dtendu Parler intempestivement ( ladversaire pendant la partie, au partenaire la fin ; analyser sur le banc) Avoir une vision globale : observer et analyser les ractions de ladversaire, mme quand il joue contre un autre (ne pas focaliser) Arbitrer en tant conciliant devenir consistant permanence du travail des dirigeants (gestion au quotidien), tches varies devenir inclusif jouer lentement jouer lourd varier son jeu jouer ensemble EVENEMENTS Actions sur la balle Effectuer un contact long et dur en phase descendante, accrocher (imposer lenteur + double + mi-distance) Imposer la lenteur et rendre statique : produire des rotations ( travailler ses balles , surtout effet coup pour lenteur); transmettre du poids la balle, avoir une prhension ferme ; accompagner les propulsions Varier son jeu en double, mais jouer dans une direction en remise de service, donc varier les rotations (coup, lift, sans effet, dur/mou) Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 181. 181 valeur pluralisme devenir inclusif Saint-Jean tranche revers jouer lentement jouer complet varier son jeu jouer au mtier Utiliser un bois lent, pas de colle rapide pour avoir un contact long ; utiliser un backside pour accrocher Types de coups Excuter coups droits et revers, attaques et dfenses, rotations arrire et rotations avant Complter son jeu : inclure des nouveaux coups grce lentranement avec des nouveaux joueurs (dfense coupe du revers au sommet du rebond) Hirarchiser ses coups : dfense coupe du revers, puis top spin coup droit, puis contre attaque revers Effectuer des circonductions Actions sur la table Utiliser toute la table : varier les profondeurs : 2 rebonds/long pour faire faire des fautes et jouer mi- distance Rendre statique (pas dlan) : placer au centre Faire faire des fautes avec la dfense coupe revers Produire des trajectoires varies et courbes devenir solidaire association comme rassemblement des envies et des nergies dans un but non lucratif ; unit humaine Saint-Jean on tourne Saint-Jean tout donner pour navoir rien se reprocher Saint-Jean arrondir les angles a colle taurais du faire a Saint-Jean je cause ping jouer ensemble jouer longtemps jouer au mtier jouer ensemble jouer en continu ENREGISTREMENT Soi Ne pas trop sisoler (image trop comptitive) Maintenir son rang dans une quipe qui se maintient ce niveau (longvit) Avoir une tactique prlabore sur les joueurs Equipe Favoriser la prsence de tous les membres, et notamment des leaders, mais aussi la rotation des effectifs Se battre jusqu la dernire balle (cultiver labngation) Ne pas coacher, prendre de temps mort ou prendre position lors des conflits, mais parler aprs la partie pour soccuper et habiter la posture symbolique de connaisseur Tous les joueurs Avoir de longues discussions, parler du jeu en continu dans une bonne ambiance Dcouvrir de nouveaux joueurs (jeunes) Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 182. 182 65- JOUER FRANC JEU GENEALOGIE ne pas se jouer de ladversaire thique douverture AXIOLOGIE jouer franc jeu ACTIONS (commerce ) devenir diffus contagion de la vie publique (publicit, journaux, discussion) Saint-Mathieu se prparer limitation floue de lespace : entres et sorties libres de la salle de comptition, sortie possible de laire de jeu (versus rgle) Saint-Mathieu se prparer ouvrir le jeu jouer loin de la table jouer fond ESPACE Positions Sentraner lextrieur (autres salles, clubs, faire du physique) Schauffer hors aire, dans les autres aires Avoir une position flchie (qui va souvrir dans lextension) Dplacements Aller partout (bancs, autour, vestiaires) Utiliser des temps morts (serviette), aller vers le fond de laire, se retourner vers le banc (posture) Faire des changes o la balle parcourt des espaces de plus en plus vastes. Faire des grands dplacements latraux et en profondeur dans toute laire de jeu, et mme au-del Faire des bonds (extension du train infrieur ; utilisation de lespace arien) Sautiller entre les points et faire des gestes blanc pour sactiver Devenir diffus : limitation floue du temps : plus de deux minutes dadaptation au seuil dune partie, dbut de la rencontre diffr Saint-Mathieu haut niveau, ils le font valeur ouverture devenir gratuit (plaisir de la dpense) jouer fond jouer en perf jouer fond jouer fond TEMPS Squenciation Sentraner beaucoup, toute la semaine Etre bien chaud, schauffer longuement et dpasser les 2 dadaptation Etre en troisime de A : 19h55/20h15 versus n1 (perf); 20h55/21h15 versus n3 ; 3me 21h55/22h15 versus n2 Vivre les temps de jeu et les temps de non jeu : utiliser des temps morts (serviette), oprer une suspension du temps dans la posture (jouer avec le banc), se retourner vers le banc (tre expressif, faire la statue) ; (versus continuit du jeu) Rythme Faire des changes longs et fond, produire un effort en anarobie lactique (rupture) (franchir la limite des trois coups de moyenne ; six coups comme limite) ; prendre un long temps de rcupration grce lutilisation des temps morts Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 183. 183 Saint-Mathieu mon jeu, cest 50% de physique devenir gratuit : activit inutile et gratuite, loisir, praxis (fin = moyen), non lucrativit : pas de profit, tout est rinvesti dans le circuit interne devenir festif hymne la vie (fictivit de la mort) et la vie sociale : contagion de lenthousiasme aprs les beaux points Saint-Mathieu mentraner valeur ouverture Saint-Mathieu jai besoin de mexprimer devenir diffus : contagion de la vie publique Saint-Mathieu en match, je suis indpendant jouer fond extrioriser jouer joyeux jouer fond jouer fond ouvrir le jeu jouer simple ACTEURS Soi Se dpenser physiquement et transpirer (serviette) lentranement et lchauffement (pour se sentir bien) Sengager physiquement sans retenue : rassembler lnergie, puis exploser pour gagner le point (limite physiologique, repousser les limites) Jouer en transe et avec une mobilit globale du corps (bonds) Etre excessif, exploser ; crier sans retenue lors dune belle russite ou dun chec ; sactiver au maximum (adrnaline, dopamine) Autres Sentraner lextrieur : rencontrer de nouveaux joueurs, de nouveaux jeux Ne pas faire le double Extrioriser ses motions : commenter ; avoir une dmarche lente et assure entre les points et adopter une posture de victoire face au banc, ou avoir les bras ballants et une dmarche nonchalante lors de la dfaite Encourager fond (utiliser un sifflet de carnaval), donner des conseils voix haute, faire des commentaires Avoir une vision globale (pas prcise, en transe, dans les nuages) Ne pas couter le coaching Sadresser ladversaire pour arbitrer valeur ouverture devenir gratuit devenir festif ouvrir le jeu jouer avec ladversaire (donner jouer) jouer fond jouer simple EVENEMENTS Actions sur la balle Effectuer un contact long et dur au sommet, voire dbut de phase descendante (pousser la balle) Envoyer sans effet, servir et remettre simplement, sans variation de rotation, ne pas masquer (coups bas) Utiliser un bois et des backsides pas trs rapides (crer la vitesse par le corps) Types de coups Produire peu de coups diffrents : servir et remettre pour mettre en jeu, sans variation de rotations ; service lift ou sans effet et service bombe, poussettes Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 184. 184 devenir spectaculaire Saint-Mathieu ramener toutes les balles devenir festif Saint-Mathieu je suis un intuitif Saint-Mathieu ramener toutes les balles ouvrir le jeu jouer spectaculaire jouer fond ouvrir le jeu jouer avec ladversaire jouer simple ouvrir le jeu tendues, blocs, contre-attaques Pratiquer loin de la table en top sur top (franchir ladversaire) et dfendre en balles hautes, ramener les balles grce une dbauche dnergie physique, lcher des coups spectaculaires (top spin revers en ligne : ouvrir un revers : abduction, aller vers lextrieur) Avoir une amplitude moyenne pour chaque segment (car tout le corps participe), mais exploser, clater Actions sur la table Suivre une tactique connue au service du spectacle (statistique : diagonale). Ne pas suivre une tactique prcise Servir et remettre le service long dans le coup droit Ouvrir les angles ( ne pas jouer dans la raquette ) Envoyer long sur le joueur pour ne pas se faire dborder Envoyer lenvers quand ladversaire dirige : service revers en ligne, partir du coup droit (renversement des valeurs) devenir spectaculaire Saint-Mathieu je suis un chasseur Saint-Mathieu en match, je suis indpendant Saint-Mathieu quand je suis vid, cest l que je me sens le mieux Saint-Mathieu leader, de par mon jeu Saint-Mathieu haut niveau, cest la gnac, faut de lambiance il faut sintresser jouer fond jouer en perf jouer fond jouer comme untel ENREGISTREMENT Soi Ne pas feindre dtre plus faible Monter pour jouer en perf, pour apprendre, progresser ; n2 de A sur plus forts Se fixer des objectifs individuels Se dfouler, dpasser ses limites : 100%, fatigue physique, puisement Gagner un salaire corporel, une identit corporelle (posture) Equipe Etre un leader Tous les joueurs Faire des bonnes parties, se tirer la bourre Faire rfrence au haut niveau et se prendre pour un joueur de haut niveau (posture). Attendre reconnaissance et culture des autres (haut- niveau) Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 185. 185 66- JOUER JUSTE GENEALOGIE relativiser, faire la part des choses ne pas jouer comme un bourrin Ethique de temprance AXIOLOGIE jouer juste ACTIONS (commerce ) devenir mancip libert relative eu gard aux rgles sportives et administratives, aux instances et agents institutionnels ; moins de contraintes quen rgionale valeur temprance devenir mancip jouer libr jouer mi-distance jouer libr jouer lconomie ESPACE Positions Pratiquer domicile ou pas loin, sauf pour les rencontres importantes (en fonction de lenjeu) Hors de laire de jeu, se tenir au centre (en face de la table A, la table de marque) Se tenir 1,5 m ou 2 m de la table pour avoir un rapport mdiat ladversaire, grer la taille et envoyer le top spin moindre coup (conomie), avoir le temps de percevoir et sadapter Servir en pivot (distance au centre); tre gaucher Avoir une position haute Dplacements Effectuer peu de dplacements (pas de contraintes strictes de dplacements ou de temps : pas deffort physique, de dplacements corporels) ; rester qui-libr Effectuer des pas sauts (car anticipation, interception et propulsion) ou tendre le bras (donc position haute) ; pivoter (tourner autour du revers) Saint-Thomas ya autre chose dans la vie Saint-Thomas je suis inconstant devenir tempr progrs technique et humain ; lquipe qualifie pour la rgionale (devenir agonal) doit pouvoir se maintenir ce niveau, donc la prrgionale est une propdeutique, do la ncessit de ne pas brler les tapes ; quilibre des montes et descentes entre la jouer lconomie jouer libr jouer lconomie TEMPS Squenciation Ne pas sentraner ni faire de comptition constamment. Sadapter aux horaires mais adapter les horaires ; inconstance, variabilit de la prsence et de lheure de prsence Avoir une position inconstante : pas de pression, donc jouer en premier sur une rencontre pression ; sinon jouer en troisime de A (base) : 19h55/20h15 versus n2; 20h35/20h55 versus n3 ; DB A 21h15/21h35 ; 3me 21h35/2h55 versus n1 Rythme Grer la dbauche dnergie avant la rencontre (20 avec rgularit, service, puis irrgulier) et pendant une partie (si dfaite envisage, pas deffort) ; produire un effort arobie Sengager progressivement : pratiquer tranquillement au dbut de la partie et plus vite sur les fins de manches (points importants) Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 186. 186 prrgionale et la rgionale, quilibre des dclins et des progressions (pas dingalits trop criantes) ; pas de rvolution, allons-y par tapes Propulser progressivement : passer graduellement du lent au rapide, jouer contre-temps : diffrance de la propulsion, donc masquage de la direction Grer lvolution du score : enchaner les points pour engranger (gagner vite, grce au service), ralentir lors dune mauvaise passe devenir mancip devenir mancip devenir juste Saint-Thomas tu fais avec devenir conscient jouer libr jouer finement jouer relch jouer lconomie jouer avec sa tte jouer libr adapter son jeu jouer avec sa tte jouer intelligemment jouer finement jouer avec sa tte ACTEURS Soi Sentraner et schauffer de faon libre, faire des matches et de lirrgulier Etre relch pour agir sur la nuance Avoir une position haute et une organisation biomcanique rationnelle Sengager peu physiquement (utiliser lamplitude du bras et le mouvement du tronc) Rester lucide, tre calme (pas de contraintes psychologiques de pression) ; avoir le cerveau bien irrigu donc produire un effort arobie Refuser les contraintes constantes (entranement, comptition, effort) Autres Sadapter au jeu de ladversaire, mais aussi son comportement, lambiance (pour en tirer le meilleur profit) Matriser la tactique : activit interne, silence (tre la loi du duel) Avoir une vision priscopique : vision globale de ladversaire (indices dintentions), mais vision prcise des rotations (qualit et quantit) Connatre la rgle arbitrage devenir juste justesse : accord des forces en prsence, harmonie ; justice : quit, galit, par mdiation de la rgle valeur temprance devenir juste jouer finement jouer en rotations jouer en toucher jouer relch EVENEMENTS Actions sur la balle Effectuer un contact long et fin en phase descendante, avoir des points de contact multiples (circularit ; finesse, faire tourner ) Utiliser les segments distaux pour produire des rotations varies; avoir une prhension relche (finesse) Utiliser un bois allround et deux backsides identiques (pour avoir un bon toucher et ne pas nerver ladversaire avec un matriel spcial ) Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 187. 187 opposition sur le plan culturel (pas naturel), donc sur le plan technique devenir juste devenir mancip Saint-Thomas tu fais avec devenir tempr devenir conscient reconnaissance de laltrit, des faons diffrentes de jouer ; information sur celles-ci ; connaissance des rsultats prcdents et des enjeux de la rencontre adapter son jeu jouer armes gales jouer finement jouer lconomie adapter son jeu jouer libr jouer lconomie jouer lconomie jouer avec sa tte Types de coups Possder une richesse technique Servir en pivot, ce qui permet de librer les segments distaux donc de produire beaucoup de variations de rotation ; servir faux donc se concentrer sur lunique toucher Remettre les services lifts en attaque, les autres en top spin Produire des coups rotation : top spin, side-spin, dfense coupe coup droit et revers Utiliser toute lamplitude gestuelle pour viter les dplacements (reculer pour grer sa grande taille et avoir du temps pour envoyer le top coup droit ample moindre cot ; extension du bras) ; servir lanc haut pour utiliser linertie de la balle Avoir une technique initiale plastique, fluide (qui peut senrichir, sadapter au coup adverse); utiliser les articulations libres (paule-poignet, tronc) ; lcher les coups, masquer les directions Actions sur la table Produire des trajectoires courbes, une vitesse moyenne Gagner les points sur le service : servir vari : variation de rotation et de placement (piger ladversaire); servir avec rotation donc savoir o reviendra la balle et anticiper : servir long dans le revers, puis carter plein coup droit ; servir court mou dans le coup droit, puis effectuer un top spin rotation au coude devenir conscient Saint-Thomas toujours trouver un centre dintrt Saint-Thomas je suis dans les meilleurs montrer qui est le matre Saint-Thomas tu fais avec Saint-Thomas faire en sorte que tout le monde passe une bonne soire adapter son jeu jouer quilibr ENREGISTREMENT temprance Soi Se constituer en esprit transcendant, avoir du recul Etre constant dans la positivation (mise en valeur) Equipe Etre la base de A (centre de lquipe) Tous les joueurs Sadapter ladversaire Etre au point dquilibre (juge, capitaine, professeur) ; peser le pour et le contre, garder de la distance Etre un leader technique ou convivial Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 188. 188 7- La pertinence des donnes quant au problme de lefficience thique 71- La sortie du systme du jugement La dduction des complexes de sens et dactions sest faite partir dun plan dapposition et travers les donnes qui ont permis son induction. Elle conserve donc une base inductive, explicite dans le fait que la slection des correspondances multiples entre sens et actions nest fonde que sur une expertise acquise au cours de notre frquentation mthodique du terrain. La pense qui y opre nest au demeurant ni jugeante ni transcendante, et lhypothse quant au reprage des cas defficience nest ni ex-nihilo, ni dduit thoriquement. Au contraire elle est hypothse en acte permettant lmergence dune dmarche hypothtico-dductive qui va de lnonc il y a une efficience thique il y a une efficience thique luvre dans tels et tels complexes de sens et dactions . La dduction suit donc une logique propre, mais reste fidle aux principes pistmiques formuls. Le premier est ainsi le principe dimmanence. Le maintien du multiple intervient galement comme garde-fou. Ce dernier permet en effet dviter de se placer uniquement du ct du sens ou uniquement du ct de laction, partant met lpreuve de la matire une approche philosophique qui se veut respectueuse de la libert des acteurs. Ces prcautions garantissent contre llusion de la question. Il sagit notamment de ne pas poser la question du vrai, qui cherche juger de la correspondance entre une action unilatrale et un sens multiple et nuanc qui serait le produit de la rflexion thique. Le fait que nous disposions prsent de catgories opposes et rajustes constituent en outre une lgitimation a posteriori de la pertinence et de la ncessit de la mthode que nous avons adopte pour traiter la question de lefficience. Nous navons pas construit ces tables abstraitement, par interprtation : au contraire la construction du plan et la mdiation par les acteurs ont permis de ne pas biaiser les donnes. Ceci eut t possible car de notre point de vue les discours des acteurs sont porteurs derreurs quant la performance, que nous aurions pu passer sous silence. Nous avons vit ceci, autant que de prendre les propos des acteurs pour argent comptant. Dans le cas contraire nous aurions construit notre comprhension philo-anthropologique laide de donnes biaises, de catgories qui sappliquent indfiniment tous les contenus (catgorie valise), de catgories dconnectes de la pratique effective, de catgories idologiques et non pas efficientes. A linverse des catgories du systme du jugement, les faons de jouer acceptent ainsi en leur sein la contradiction. Cohabitent ainsi des biens opposs : limmdiat et le mdiat, le carr et le rond, lintensif et lextensif, lalternatif et le continu, le corps et la tte, le fort et le fin, le simple et le vari, le stable et le mouvant. Cest en fait un rajustement des catgories du bien que nous avons opr, qui accepte en son sein la substance agonale. Dans lensemble, ce rajustement va dans le sens dune acceptation de la catgorie duel, de la ncessit thique de lopposition sportive. Le passage du systme du jugement au plan defficience ne consiste pas faire une rvolution, seulement rajuster les catgories thiques (spcifier leur sens, leur logique inter et intra, redistribuer les contenus axiologiques) afin quelles soient connectes aux actions effectives. Ce rajustement est certes un effet de notre travail postural, mais les joueurs se librent joyeusement de lidologie du bien qui initialement les empchent de parler de laction pour plutt parler des rputations. Qui plus est les complexes de sens et daction, sils se construisent hors du systme du jugement, ne nient pas celui-ci. Les faons de jouer apparaissent en effet aux acteurs la conclusion de la partie ou de la rencontre. La victoire doit se faire sur un certain registre et celui-ci doit-tre marqu au moment de la conclusion, ce qui permettra de le rabattre sur lensemble de la prestation comme le systme du jugement. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 189. 189 De plus, la fin dune partie, si la consistance dune faon de jouer na pas t remplie, on comble ce manque par une attitude ou une parole au moment de lenregistrement. Nous pouvons en outre montrer, du point de vue des contenus, la pertinence de cette transmutation des valeurs du systme du jugement (table du Bien et du Mal, distance 1). Le plaisir initialement distingu de la performance et du travail quelle ncessite accepte en effet en son sein lide de travail ( travailler ses balles, ses coups ) et de rptition ( rgularit ), faisant ainsi apparatre les notions de plaisir de lidentique (confort, stabilit, tranquillit) et de la matrise, ainsi que le plaisir du rsultat : la victoire est un bien qui mane du plaisir. Ds lors, au lieu de dprcier la prtendue tendance vouloir gagner tout prix , les joueurs dprcient le fait de toujours perdre et valorisent celui de jouer son rle dans lquipe, cest--dire gagner ses parties, celui de maintenir son classement, qui sont parfois des consquences de la tension la victoire ( avoir la gnac, se tendre ) qui va contre lide de dtente (celle-ci renvoyant la passivit, mauvaise), ou encore celle de lucidit qui va contre lide de ludicit indtermine ( faire nimporte quoi ). Par consquent, la solidarit distingue initialement de la concurrence accepte en son sein lide dmulation ( tenir sa place ) et de force collective destine la victoire (solidarit relative la victoire de chacun, condition aussi de loptimum individuel). De mme, la ncessaire convivialit accomplissant la socialit est dsormais nuance par lide que la rencontre ne doit pas tre trop sympa , sous peine de perdre en motion, en adrnaline. Ainsi la flexibilit initialement distingue de la rigidit est dsigne pertinente condition de fonctionner dans un cadre (celui du jeu) qui ncessite lefficience de la rgle, de larbitrage (ingrence), du principe dquit ( armes gales, conditions stables, quilibre des victoires/dfaites ), plutt que de celui du laisser-faire (passivit), et lintgration par chacun de la discipline et de la rigueur dans les diverses propulsions cellulodales. De plus, linverse de la relativisation garantie par lesprit adulte, la mesure de lengagement peut tre lengagement sans mesure ( jouer fond ) qui caractrise la fougue juvnile, lenvie de progrs et de nouveaut. Pour finir, le respect de la personne oppose au respect de ladversaire se voit largement nuanc par lide de respect de son sport et de la tension quil demande. Le sportif nest plus une personne mais un adversaire prcis, contre lequel il faut jouer dans le point faible. Lhomme devient ainsi un animal sportif : classement, jouer agressif, territoire . Ds lors lexigence dhumilit ninterdit pas la valorisation de soi dans lquipe, du tennis de table dans le sport, du sport dans la vie. 72- Une cristallisation des exigences pistmiques Pourquoi avons-nous identifi prcisment six faons de jouer ? Il ne sagit certes pas de prtendre quelles sont les seules luvre au sein du terrain frquent. Cette dtermination typologique est au contraire relative ses conditions dmergence. Ayant fait le portrait de six joueurs, il est naturel den dduire six faons de jouer. Qui plus est chaque portrait est valid pour autant quil est accept par le joueur et par les cinq autres : cette connexion la communaut renvoie la dimension sociale qui constitue les types. Or nous avons cherch ajuster les dimensions sociales et idiosyncrasiques, ce qui rend compte de la dtermination de six lignes de dveloppement social. La multiplicit qui traverse ces faons de jouer permet ainsi de relativiser cette mise en forme des donnes brutes. Les faons de jouer se dressent donc aux confins des processus motivationnels et institutionnels, comme nous lavions pistmologiquement exig. Ni idiosyncrasies, ni normaties, elles relvent de la connexion du subjectif, de lintersubjectif et de lobjectif. Les portraits thiques labors ne rsument pas le joueur, au contraire ils prcisent un devenir social pour le faire muter en devenir impersonnel. Considrant que la substance planique relve de limpersonnel, nous Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 190. 190 pourrions dire avec le pote Ginsberg que les tables ont pour sujet la 4me personne du singulier , ou encore quelles placent lacteur en position de voile dignorance (Rawls, 71) quant la performance de chaque joueur. Limpersonnalit des faons de jouer renvoie ainsi lagentivit de Davidson (93). Quoiquil en soit, elles sont dabord du ct de lvnement : il se passe quelque chose de bien qui peut se rapporter au sujet ( jai fait ) ou linstitution ( nous avons fait ) et qui peut tre rcupr dans le systme du jugement se rabattant sur la ralit efficiente pour sen approprier la puissance dtre ( tre une personne , une socit , dans laccomplissement de cette puissance impersonnelle). Lenregistrement est en ce sens la partie dtachable qui revient au sujet comme sujet du jugement, partie qui peut se connecter aux autres symboles et constituer, dans linterconscient, une idologie. Cest dire que les faons de jouer sont galement aux confins des processus conscients et inconscients. Car si les acteurs ont conscience de tous les lments comme biens, ils nont pas conscience de leur lien : cest dailleurs lactivit inconsciente de lien des lments dans un certain ordre qui en fait quelque chose de bien. Le lien est inconscient comme cause de la cration de la valeur, il ne peut tre saisi dans le systme du jugement, cest lui qui rend celui-ci oprationnel. Mais surtout, les tables sont des complexes de sens thique et dactions sportives connectes. Les faons de jouer sont dailleurs des pratiques senses, avant dtre des faons lgitimes de gagner. Elles dterminent un sens, qui plus est un bien, selon les catgories de lespace, du temps, des agents, des vnements et de lenregistrement. Labsurde est ainsi aux frontires des faons de jouer. Mieux : le chaos, labsurde, est entre les faons de jouer. Les faons de jouer sopposent en effet aux autres par affirmation positive de leur diffrence. Tel lment vis de tel point de vue ne le sera plus depuis un autre sans quil y ait dsaccord de point de vue. Il ny a pas dopposition frontale de deux faons de jouer mais des oppositions relatives des critres particuliers. Qui plus est, certains biens se retrouvent dans plusieurs tables. Ceci montre que cest le lien qui fait la consistance. Chaque faon de jouer tisse son plan ludique dans le rel, son unit intrinsque. Le combin de toutes les faons ou de plusieurs constitue ainsi un mal. Chaque faon de jouer est ainsi un point de vie sur le plan ludique conu comme chaos, lordonne selon son vouloir pour pouvoir y vivre. Or le sens, cest la densit tablie partir du chaos. Les faons de jouer dterminent en effet un assemblage dattitudes, de frappes, de points de mouvements qui constituent une plnitude existentielle. Elles sont des constructions contre lennui. Quand les joueurs disaient jouer pour le plaisir , ils ne disaient pas autre chose que cela : le fait de jouer a un sens motionnel, cest--dire une consistance existentielle. Lthique nie linertie du monde pour affirmer la vie. Or cette densit est de sens et de corps. Elle renvoie des dterminations concrtes, non pas un systme du jugement dgoulinant dans le lien laction. Les faons de jouer sont des habitudes prises, elles sont habitats de son corps et de son environnement. Elles sont par l capacits relles, liberts effectives. Nous pouvons, reconsidrant lide quelles relvent de limpersonnel, les rapprocher de ce que Birouste et Moragus (96) appellent tat hors sujet : la pense reprsentative est suspendue, le vcu est le corps en mouvement, comme si le corps avait lui-mme un savoir du milieu dans lequel il volue. Les sportifs disent dailleurs que cest une exprience vitale, ncessaire leur quilibre : elle rassemble ltre, lui donne une unit, cest une exprience recherche pour sa fonction vitale. Si les faons de jouer constituent une typologie, celle-ci est au demeurant cre dans la pratique et est cratrice de la pratique. Notre objectif est donc de construire un concept philo- anthropologique de cette crativit ordinaire. Que peut une ide thique ? Nous pouvons dsormais questionner les donnes mthodiquement ordonnes pour tenter dy rpondre. Il sagit doprer la mutation de notre hypothse : passer de lhypothse thorique il y a une Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 191. 191 efficience thique et lefficience thique relve de ladaptation de la motivation linstitution , une hypothse pratique qui se propose de comprendre cette efficience. Or cette analyse comprhensive doit elle-mme tre fidle aux principes pistmiques du traitement de la question de lefficience. Sil ne sagit pas de comprendre le processus defficience la premire personne du singulier, il sagit au demeurant de le faire lintrieur de cette 4me personne du singulier , premire personne dune personne objective dont lthique est efficiente. Il est ainsi ncessaire, du point de vue des contenus, daller du sens singulier vers laction singulire et de penser le passage de lun lautre. Or cette comprhension qui va du sens vers laction doit elle-mme tre mouvement qui fait corps avec celui du monde considr. Cest dire que du point de vue de la posture, il sagit dlaborer une rflexion sur le mouvement (sens) pour pouvoir formuler une hypothse sur celui qui nous occupe, avant de faire lanalyse des tables (action comme commerce lespace, au temps, aux agents, aux vnements). Comme nous avions fait se succder pistmologie et mise en uvre de cette rflexion, il faut ici aller dune conception son application mthodique. Or ceci ne peut se faire malgr les acteurs : comme nous tions sortis avec eux du systme du jugement, il nous faudra sortir avec eux de la conception du mouvement comme dplacement. Nous y parviendront en poussant plus avant la dmarche hypothtico- dductive amorce dans cette partie : si lefficience thique est effective dans nos donnes, alors elle a voir avec le mouvement ; si elle a voir avec le mouvement, alors elle a voir avec le dsquilibre ; si elle a voir avec le dsquilibre, elle a voir avec le rquilibrage ; si elle a voir avec le rquilibrage, alors elle a voir avec les limites. Au final, si elle a voir avec le mouvement et avec les limites, elle a voir avec les limites excitantes. Nous cherchons donc dcrire le processus defficience qui passe par les donnes connectes au regard de cette ide. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 192. 192 6- Une analyse comprhensive de lefficience thique 1- La formulation dune hypothse au sujet de la contagion dun mouvement La question de lefficience est celle de la puissance de lthique sur la ralit des commerces ludiques avec le monde. Ceux-ci constituent un mouvement corporel volontaire. Le mouvement est le cur de laction sportive. Jouer au tennis de table consiste en effet mouvoir son corps de faon intercepter et propulser une balle de cellulod en direction dune surface de jeu dlimite et en fonction dun adversaire. Si lthique a une efficience relle, elle porte ncessairement sur ces mouvements. Se reconnatre dans son jeu, cest en ce sens se reconnatre dans les mouvements de la balle impulss par ses propres mouvements. Les premiers ayant un sens, en terme de direction, de vitesse ou de rotation par exemple, il est ais de comprendre que le mouvement corporel volontaire qui en est la source puisse lui-mme avoir un sens. On parle bien ce sujet de style de jeu pour dsigner un complexe dactions sur la balle (frapper, pousser, taper, amortir) qui crent un trajet de la balle et des ractions sur la raquette et sur ladversaire lui-mme. Chacun revendique ainsi de jouer dans son propre style, et on parle souvent de la balle de tel joueur pour dsigner les infimes particularits projectiles de celui-ci et les consquences quelles ont sur lactivit de ses adversaires directs. Ds quon inclut le regard de lautre et la socialit qui en dcoule, on parle alors de systme de jeu. On voit en ce sens le lien que les joueurs peuvent conscientiser entre lthique et un ensemble de productions techniques. La question de lefficience est donc celle du type de lien entre un sens idel et un mouvement corporel et cellulodal. Quest-ce que lthique a voir avec le mouvement ? En adoptant un point de vue physiologique, on pourrait concevoir les contractions et relchements des muscles comme cause du mouvement du squelette, et ds lors penser lthique comme partie de la commande volontaire du muscle qui transite du cerveau la plaque motrice. Il y aurait en ce sens une contagion du mouvement : le mouvement lectrique se transmet au mouvement biomcanique puis mcanique. Au demeurant, il ne sagit pas de seulement prendre acte de la correspondance entre mouvement interne de lthique et mouvement externe du corps, partant de la balle (dautant que les correspondances vont souvent dans le sens inverse : la ralit corporelle et matrielle structure la pense). Cest bien en ce sens que nous rejetons la perception wittgensteinienne qui prend acte de la correspondance entre les tats de chose et les tats de mots qui les reprsentent. Si on ne fait que reconnatre la correspondance entre un schma idel et un schma daction, on se heurte au problme de la projection idelle : la pense risque de reconnatre dans le monde ses caractristiques propres. Au contraire, il sagit dmettre une hypothse au sujet de la contagion du mouvement de lun lautre de ces htrognes. Puisque nous ne pouvons le faire dans une tude neurophysiologique par incomptence, il nous faut le faire dans une anthropologie. Nous devons donc formuler une hypothse sur le type de lien qui existe entre les variables identifies dans les tables des complexes de sens et dactions. Quand le sens change, les actions sen trouvent modifies, ds lors il sagit de prcisment comprendre comment se fait le changement et comment intervient le sens thique. Le problme, cest que la question est celle du lien entre une faon de jouer reprsente et une faon de jouer effective, un mouvement reprsent et un mouvement effectif. Il nous faut penser le lien du reprsentatif au non-reprsentatif comme inconscient corporel. Or pour travailler sur le mouvement, il est ncessaire de le reprsenter : mais si nous nous reprsentons le mouvement, ne risque-t-on pas de rester au niveau du reprsentatif, Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 193. 193 malgr toutes les tentatives de conceptualisation non-vulgaires ? Nous pourrions penser que notre effort pour ne pas penser lthique et la pratique aux dpends des acteurs nous conduit intgrer le point de vue du mouvant, partant le point de vue interne du mouvement. Mais le problme persiste, car au niveau du discours de lacteur sur sa propre pratique, on en reste au niveau du reprsentatif : preuve la dfinition du mouvement comme dplacement, du moins lmergence de ce discours partir dun systme reprsentatif qui rduit le mouvement au dplacement. Il sagit donc pour nous de penser la contagion dun mouvement en sappuyant sur les reprsentations des acteurs, mais sans en rester au niveau de la reprsentation. 2- La dfinition du mouvement comme dplacement et sa critique On se reprsente souvent le mouvement comme dplacement. Se dplacer, cest changer de place, changer de position dans lespace. Le dplacement suppose donc une fixit qui donne sens au changement, un point fixe par rapport auquel le dplac se dplace, et un plan sur lequel se rpartissent les fixits, lensemble des places. Ainsi du jargon biomcanique qui sappuie sur les plans horizontal, frontal et sagital pour analyser les mouvements et leur donner sens. Ainsi du jargon pongiste qui dsigne des types de dplacements sur une ligne de sol, des types de placement de balle dans une direction, des types de placement du corps par rapport la balle. Mme quand on parle de rotations (rvolution, mouvement de la balle sur elle-mme), on en rfre un axe de rotation et un ple de contact avec la balle. Cette conception du mouvement comme dplacement renvoie la conception aristotlicienne du mouvement comme changement, partant la dfinition du temps comme rsultant du mouvement, donc de lespace (Aristote, 91). Certes dans le dplacement il y a une notion de temporalit qui dsigne les rgimes de changement, mais le temps est second par rapport lespace. Nous pourrions ainsi coder les dimensions thiques de la faon suivante : lespace comme ensemble des places juxtaposes, le temps comme dclinaison du changement de place, lagent comme place occupe, lvnement comme dplacement et lenregistrement comme conscience de la diffrence des places. Le problme, cest que cette conception est une reprsentation qui ncessite la prsence (relle ou idelle) dun observateur du mouvement. Si pour Aristote le mouvement est perptuelle altration, cest parce quil relativise le mouvement au repre statique qui lui donne sens et y loge laltration, qui est en pense. Cest tout le sens de la critique bergsonienne. Bergson (27) rapporte cette critique la science (elle ne mesure pas le mouvement, elle compte seulement les immobilits) et la technique (le cinmatographe fait la juxtaposition des vues instantanes). Il note dans lEvolution cratrice (41) quil ny a rien dillgitime ce que lintelligence substitue le statique au mouvant, quand elle le fait pour les besoins de laction : elle se fixe utilement des buts. Mais ce sont les philosophes qui se trompent quand ils portent dans le domaine de la spculation une mthode de pense qui est faite pour laction . En effet, linsuffisance de notre perception naturelle a pouss les philosophes la complter par la conception pour combler les intervalles entre les donnes des sens : le problme, cest que le travail de conception conduit liminer du rel un grand nombre de diffrences qualitatives, dans la mesure o elle en efface certaines pour que dautres puissent devenir reprsentatives (38). Bergson propose donc plutt de senfoncer dans notre perception pour la dilater et remarque que nous percevons le mouvement comme indivisible, et que cest la rflexion qui y voit ensuite des tapes. Reprenant la critique bergsonienne, Deleuze (83) note certes que lespace parcouru divisible se distingue du mouvement indivisible. Pour aller plus avant, il conoit quon ne divise pas le mouvement sans en changer la nature. Les espaces parcourus appartiennent un Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 194. 194 mme espace homogne alors que les mouvements sont htrognes. On ne peut reconstituer le mouvement avec des positions dans lespace ou des instants dans le temps : une telle reconstitution nest possible quen joignant aux positions lide abstraite dune succession. Mais il ajoute quil est ncessaire didentifier deux illusions sur le mouvement. La premire, antique, voit le mouvement comme passage entre deux formes qui en sont le terme final (telos), moment essentiel qui en exprime la quintessence, consacrant lordre des poses ou des instants privilgis. La seconde, moderne, rapporte le mouvement linstant quelconque et consacre lquidistance des instantans, qui ne sont pas des poses car celles-ci seraient impossibles. Or ces deux illusions viennent du fait quon se donne un tout, alors mme que le mouvement ne se fait que si le tout nest pas donn, ni donnable. Le mouvement est une coupe mobile du tout, il suppose une diffrence de potentiel ; le tout en est chang. Le tout nest pas donn car il est louvert, linverse de lensemble qui est clos, qui est un ensemble de parties, qui ne se conoit que sur le plan spatial. La conception du mouvement comme dplacement est un rabattement de celui-ci sur lunique plan spatial au moment de lenregistrement. Lide est dailleurs galement prsente en Staps, qui avance quil y a toujours plus quun simple dplacement dans le mouvement effectu : on parle de kinesthsie, de proprioception ou dmotion, cest--dire dun mouvement interne dintensit. Cest tout le sens du dpassement de Marey par Demen dont parle Pociello (99). Marey, qui sappuie sur un appareillage et une logique analytique, combine des indications dynamomtriques et chronophotographiques pour comparer les forces qui agissent et les mouvements qui en rsultent. Demen se met, lui, en qute du mouvement complet, continu et arrondi . Les chronophotographies rvlent les amortis et compensations qui adoucissent les transitions, assurent la continuit et le liant quon retrouve dans le mouvement du chat. Les mouvements les plus efficaces sont aussi les plus beaux et les plus harmonieux. Do lintgration de la physiologie nerveuse, de la neuro-motricit. La loi du moindre effort apparat alors comme ce qui nous fait spontanment nous mouvoir avec aisance. Demen vise ainsi moins le dveloppement musculaire que lexaltation de la facult motrice. Notons dailleurs quen pratique, le rle de lentraneur consiste faire passer le joueur du dplacement au mouvement, faire rentrer la technique dans le corps avant de faire en sorte que le joueur sapproprie sa technique pour en faire son jeu, habite compltement ses propulsions ; cest l quinterviennent le sens du jeu, les sensations, les adaptations propres. Cest dailleurs une revendication forte chez les joueurs que de jouer librement. Cest l peut-tre que lthique agit. 3- Lpaisseur du mouvement humain Largument de la rgression linfini rend compte de la carence de la conception fixiste : lanalytique du mouvement pousse son terme conduit un dcoupage infini, par consquent une perte dpaisseur du mouvement. Or cest justement cette paisseur qui nous intresse quand on pose la question de lefficience thique : une paisseur de lchange est en effet revendique par les joueurs quand ils refusent de le voir rduit son rsultat, et cest dans ce refus que se loge une thique visant la densit existentielle et sociale. Celle-ci est trouve au sein dune ludicit rige en monde quon actualise en y rentrant et qui fournit le critre du bien. Dans cette perspective, le mouvement est ce par quoi lhomme se cre un monde. Merleau-Ponty (45) crivait ainsi que le corps est notre moyen gnral davoir un monde (p171). Porte (05) lui fait cho dans son analyse du succs des nouveaux produits sportifs : considrant la production du sens dans et par lusage, il avance que les innovations remettent en cause lusage du produit, partant posent au pratiquant la question de la Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 195. 195 signification globale quil attribue au sport. Or leur valeur ajoute repose sur leur capacit doter le pratiquant dun corps : chaque produit tient en effet un discours sur le corps, privilgie certaines postures, certains mouvements et ce faisant, dtermine un corps adquat son usage. Ds lors, il simule lexistence dun autre monde. Le processus de sens merge en outre dans le dcalage davec le monde normal. Cest encore une fois dire que le mouvement sportif est au principe de la cration dun monde qui apparat la conscience comme bien vers lequel tendre au nom de sa consistance particulire. Cette paisseur renvoie limportance capitale de la dimension temporelle vcue. Bergson parle de dure et Deleuze (83) dtermine celle-ci comme mouvement en train de se faire. Il y a donc une ncessit rintroduire le temps, qui plus est le temps vcu. Ltre du mouvement humain et vcu, cest avant tout le temps. Dans une perspective cintique, Le Boulch (95) va galement contre les tudes analytiques et propose de concevoir le mouvement intentionnel comme non-rductible une cascade de rflexes lmentaires : lanalyse limine un des constituants fondamentaux du mouvement total : sa rythmicit, cest--dire sa structure temporelle (p48). Il prconise ainsi de faire ltude des mouvements globaux organiss en vue datteindre un but. Cette rythmicit a dailleurs des substrats physiologiques. Paillard (86) met en relief quen physiologie, on conoit le mouvement comme compos de positions et dattitudes, de localisations dans un espace gomtrique et de postures, cest--dire des positions relatives des diffrentes parties du corps animes par la musculature squelettique dont lactivit soppose laction de la pesanteur. Or dans une telle conception, il manque une dimension essentielle : lme, lexpression corporelle. Wallon signale au contraire que laffectivit a un rle organisateur dans la conduite : elle oriente lactivit vers un but et lui confre une intensit consciente ou inconsciente (in Paillard, 86). Le mouvement est ainsi le substrat postural dun tat psychologique originaire. Pour en rendre compte, il faut recourir la notion de tonus : cest ce qui oriente le mouvement en lui assurant sa plasticit. Le Boulch (95, p72) crit ainsi que le niveau de tension au del du tonus de base est ce qui confre laction son intensit et son dynamisme . Vayer et Roncin (99) prcisent dailleurs que la fonction de motilit ne peut sexercer quen sappuyant sur le tonus musculaire, qui constitue la toile de fond de toute activit humaine. Nous pouvons en outre corroborer ces visions philosophiques et physiologiques par une description anthropologique. Si le mouvement de la balle est une consquence du mouvement corporel, les joueurs ne pourraient pas parler de la balle duntel comme consquence de son style propre sils sen tenaient aux paramtres objectivs de la balle et restaient sur le mme registre quant aux acteurs. Il y a le vcu et, par exemple, la vitesse ; or celle quon prend en compte nest pas la vitesse relative mais la vitesse vcue par le joueur et par ladversaire. Cest ainsi dans le rythme du mouvement que se loge lindividuation, le style volontaire : certes, il y a une utilisation particulire de segments particuliers (biomcanique), mais cest surtout le rapport temporel du commerce des segments et de la balle qui fait ce quon appelle un jeu . Etre soi, tre bien, cest ainsi agir sur un rgime de vitesse appropri ses capacits et la situation ludique. Il faut dautre part, pour rintgrer la notion proprement humaine (corps-cur- conscience), prendre en compte lide de forme propre au mouvement. En intgrant une perspective kantienne, nous pourrions certes objecter que les formes ne sont peut-tre quoprations de la pense, que la forme napparat que dans un processus de pense. Mais il faut en fait distinguer entre les formes du corps non-organique mergeant dune dlimitation par lextrieur et les formes du corps vivant dlimites de lintrieur (Simmel, in Maffesoli, 05). Cest ce que fait Bergson quand il met en relation mouvement et niveau de conscience. Dans lEnergie spirituelle (19), il distingue en effet entre une forme lmentaire, la gele Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 196. 196 protoplasmique, dformable volont et vaguement consciente si elle soriente dans le sens du mouvement, et les formes du mouvement de plus en plus efficace et de plus en plus libre qui caractrisent la prsence de la conscience. Limmobilit est associe linconscience, laquelle constitue lobjet de la science qui explique les arrts de la vie telle forme dtermine. Au contraire, la philosophie doit pour lui pouser les processus vitaux qui forment et ne sont pas forms. Cest dailleurs pour Bergson (00) ce que fait naturellement notre imagination, qui voit dans toute forme humaine leffort dune me qui faonne la matire : on rit ainsi de la grimace car on y peroit une victoire de la nature qui rsiste et veut fixer en grimace les expressions vivantes. Dans une telle perspective, nous faisons lhypothse que lefficience thique a voir avec la forme du mouvement. Si en effet les faons de jouer amorphes sont les signes dune dficience morale, cest bien que lthique est coextensive la forme. Ce raisonnement par labsurde semble dailleurs lgitime tant lthique est prcisment ce qui lutte contre labsurde. Certes, la conscience merge du mouvement, mais si nous postulons lefficience thique, nous sommes contraints de considrer que la force spirituelle est celle-l mme qui se distingue par la facult quelle a de tirer delle plus quelle ne contient. Nous parions ainsi que le cerveau thique tire de lui plus quil na, cest--dire cre, cest--dire forme. Ceci fait cho lide de formes de rseaux inhrentes au processus dautoorganisation. Nous considrons ds lors avec Bergson que pour trouver ce quil y a en nous de cration, il faut le chercher dans une certaine nuance ou qualit de laction mme, et non dans le rapport de cet acte avec ce quil nest pas et avec ce quil aurait pu tre (27, p137), cette dernire faon de voir constituant la position du libre arbitre oppos au dterminisme, dfinissant une conscience qui oscille sur place devant des possibilits. Au contraire nous voulons saisir comment la conscience humaine, qui a t forme par et dans le mouvement, lui adjoint une qualit particulire qui en modifie la forme et accomplit une densit existentielle. 4- Le mouvement comme dsquilibre 41- Dsir et dsquilibre Le problme qui nous occupe consiste donc trouver un moyen de sortir du reprsentatif qui rduit le mouvement au dplacement. Nous ne cherchons aucunement saisir une sorte dessence du mouvement, seulement viter de rabattre le mouvement sur un plan de reprsentation qui le fixe. Il faut dailleurs tenir compte de la tendance naturelle le faire, puisque cest une ralit constitutive de lobjet. Si les joueurs le font, cest parce quils ne se voient pas jouer quand ils jouent et rabattent a posteriori leur activit sur une analytique toute empreinte de lobservation extrieure des autres joueurs. Dailleurs le dplacement ne rate pas le mouvement, il est une dimension du mouvement dans lagencement o certains se reprsentent le mouvement. Le dplacement est comme une consquence du mouvement, un achvement du mouvement qui lui appartient en propre mais ne le rduit pas. Le pongiste tend intercepter la balle et tend la propulser vers la demi-table adverse, mais son mouvement existe dans la tension et ne doit pas tre rduit au moment de limpact sur sa raquette ou sur la table. Cependant quand on en rfre au complexe balle-table-raquette, il ne semble aucunement abusif de dire que la balle est dplace en direction (finalit) du camp adverse ; de ce point de vue, interceptions et propulsions relvent du dplacement. Le problme consiste donc uniquement trouver un moyen de ne pas rduire le mouvement au dplacement, rintroduire lpaisseur et la forme du mouvement humain sans dtruire la conception du mouvement comme dplacement. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 197. 197 La carence de la dfinition du mouvement comme simple dplacement, cest quelle le dfinit partir du statique, qui est linverse du mouvement. Or dans la mesure o nous voulons rapporter le mouvement lhumain et au vcu, il nous faut remarquer que le statique est sur ce registre lquilibre. Ainsi du funambule qui sexerce atteindre le statique alors mme que le milieu tend len faire scarter. Ds lors, si la tension au statique est tension lquilibre, il nous faut en conclure que le mouvement est en lui-mme dsquilibre. Entre les postures statiques qui initient et finalisent le dplacement se loge le dsquilibre rel. Le funambule accde lui-mme au statique en combinant des dsquilibres contraires. Rompre lquilibre, cest dclencher le mouvement. Nous concevons en ce sens le mouvement comme contagion de dsquilibres et postulons que cest le dsquilibre qui donne au mouvement son style, son identit, sa forme interne (Maffesoli, 05). Cette conception de la dynamique comme dsquilibre se fait dailleurs jour en anthropologie et en philosophie. Ainsi de Lvi- Strauss (55, p197-199) parlant dune tapisserie : ces lments simbriquent par dcrochements les uns sur les autres, et cest seulement sur la fin que la figure retrouve une stabilit qui confirme et dment tout ensemble le procd dynamique selon lequel elle a t excute . Ainsi de Deleuze (68, p31) indiquant que le dcorateur introduit dans le processus dynamique de la construction un dsquilibre, une instabilit, une dissymtrie, une sorte de bance qui ne seront agencs que dans leffet total. De mme pour la causalit : ce qui compte ce ne sont pas les lments symtriques, mais ceux qui manquent et ne sont pas dans la cause. La dissymtrie constitue la positivit du processus causal. Le dsquilibre est au principe du mouvement. Lindivisible, cest le dsquilibre ; ds quon le coupe, on en fait un statique. Cette conception va certes contre les habitudes de lentranement sportif o le rfrent qui donne sens aux consignes et lgitimit lentraneur est le rfrent technique, lequel donne toute importance lquilibre. Or cest en fait un quilibre global quon dsigne ainsi, qui en ralit contient toutes sortes de dsquilibres qui ne sont pas parasites du mouvement mais cur du mouvement. La technique, cest la contagion des dsquilibres, la transmission de force ne sopre pas sil ny a pas de dsquilibre. Le dsquilibre cest la vitesse vcue, cest le temps propre. Et au fond tous les ducateurs sportifs le savent bien : on met le joueur en situation dtre oblig de se dsquilibrer, le faisant jouer en mouvement, lui indiquant de ne plus toucher la table ou de ne pas jouer dun seul ct de la raquette. Dans la situation comptitive, le pongiste se dsquilibre vers la balle et transmet son propre dsquilibre corporel la balle, qui ds lors est elle-mme en dsquilibre eu gard la table, cest--dire en situation de vol arien qui peut ne pas atterrir sur la table, puis la balle qui arrive dans lautre camp dsquilibre son tour ladversaire. La chane du dsquilibre va ainsi du joueur vers la balle vers ladversaire. Mouvements projectifs et mouvement projectiles sont lis en tant quils sont dsquilibres. La balle est llment du dsquilibre, lvnement relve dun processus cellulodal du dsquilibre. Comme pour le Volley Ball o la balle est transmise de corps en corps et ne peut tre garde en quilibre par celui qui se meut, la balle de tennis de table est en lair et na que des points infimes de contact avec les lignes dquilibre. Nous pourrions certes objecter que le dsquilibre est une projection conceptuelle irrespectueuse de la reprsentation des joueurs. Mais le dsquilibre habite effectivement le mouvement ; seulement, il relve de linconscient, de cet inconscient immanent dont parle Leibniz : nos grandes perceptions et nos grands apptits dont nous nous apercevons sont composs dune infinit de petites inclinations dont on ne saurait sapercevoir . A preuve, le stress est une perception inconsciente du dsquilibre venir dans la frquentation de lhtronomie et de ladversit, qui saccompagne et se manifeste par des contractions musculaires involontaires parasites : celles-ci constituent une faon de crer du statique sur lequel sappuyer. A linverse, quand le jeu commence le joueur sengage dans le dsquilibre volontaire et le stress disparat. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 198. 198 La vie biologique est donc dsquilibre : lhomostasie nest que lquilibre de dsquilibres harmonieux, linflux nerveux est dsquilibre vers un axone, linspiration est un mouvement cr par un dsquilibre dair entre des hautes pressions et des basses pressions. Il en va de mme pour la vie psychologique. Les thories de lmotion le mettent en relief, qui considrent lmotion comme dsquilibre servant maintenir lquilibre interne en fonction des dsquilibres ns du commerce avec lenvironnement. Le dsir est processus, dsquilibre qui donne le sentiment de vie, dsquilibre qui occasionne son panchement dans le monde. Le dsir est en ce sens la dimension consciente du processus vital de dsquilibre. Cest dire que le dsquilibre est libidinal. Les lments htrognes lis dans le mouvement par le dsquilibre sont conscientiss, cest le lien homognisant des lments qui est inconscient. Ceci est d au fait que lacteur, dans sa tension la victoire, peroit lavant et lavenir plutt que dtre dans une rflexivit nuisible lefficacit. Nous adoptons ainsi une perspective vitaliste : dsir et dsquilibre constituent la substance vitale, le conatus qui ncessairement doit perdurer. Les deux sont un seul et mme processus, conu tantt du point de vue de la conscience de lauteur, tantt du point de vue de ses inconscients. 42- Equilibre et dsquilibre Le dsquilibre nest pas la chute, qui est linverse du mouvement volontaire et contrl (sauf dans le cas de la chute contrle du judo par exemple). Le dsquilibre vcu contient un rquilibrage qui est la condition de son commerce au monde. Le faux mouvement dsigne en ce sens lchec du rquilibrage. Le dsquilibre a donc toujours un sens. La balle doit ainsi se rquilibrer sur la table, sinon il y a chec du dsquilibre, donc le dsquilibre corporel qui le cre doit lui-mme se rquilibrer en fonction. Le mouvement humain consiste donc se dsquilibrer en vue de se rquilibrer, le rquilibrage donne son sens reprsentatif et final au dsquilibre moteur. Ainsi des premiers pas o lenfant se rquilibre sur une jambe, opration qui requiert lappui parental dans la mesure o le dsquilibre nest pas orient vers un rquilibrage appropri. Dans la situation sportive duelle, il sagit de dsquilibrer ladversaire de faon ce quil ne puisse pas se rquilibrer dans le sens ncessaire pour rquilibrer la balle sur la table. Le rquilibrage constitue dailleurs un profit quant au dsquilibre, le salaire qui revient au sujet ou la communaut. Ainsi de lapprentissage o il sagit justement de squencer au plus fin les dsquilibres par des reprises dquilibre, de rattraper constamment le dsquilibre cr, de multiplier les points dquilibre pour rcuprer lefficience du dsquilibre. Do lintrt du travail, notamment de la force : la force musculaire contient le dsquilibre potentiel lors que la confiance en la possibilit de rcupration rend possible le relchement. Le dsir, dimension consciente du dsquilibre, se rquilibre galement sur les lignes du rel. La honte ressentie lors dune chute involontaire en est une preuve, actant dune sparation davec lexigence dtre soi. Lacteur exige dailleurs de se rquilibrer sur le monde comme matire, mais aussi comme extriorit sociale : il se rquilibre sur les lignes sociales de la volont de saccomplir, tend lidentit et au statut. Les sports qui se rclament dun esprit et auxquels on donne crdit sont les sports qui jouent avec le dsquilibre (arts martiaux et sports extrmes), mais la ncessit est immdiate de se rquilibrer sur ses pieds, sa planche, sinon lacteur risque la blessure, la mort, la dfaite qui nont aucun sens quand on y tend. Do la prsence directe de linstitution concrte dans ce processus. Or linstitution tend lquilibre, du moins en reprsentation (monuments, statues). Ainsi de la situation sportive : la balle dsquilibre par le mouvement du joueur est rquilibre sur les lignes sociales matrielles, le dsquilibre relationnel du duel se rsout dans le serrage de main. Les Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 199. 199 reprises dappui sont orientes selon les lignes sociales et donnent au dsquilibre son sens. Il y a une affirmation de soi dans la reprise dquilibre, qui signifie quon joue avec le dsquilibre et quon ne sy perd pas ; cest aussi une affirmation du monde dans lequel on peut saccomplir. Ainsi des premiers pas : lenfant fait confiance aux parents, puis doit se faire progressivement confiance quant ses possibilits de rcupration des dsquilibres pour jouir de leur efficience. Mais il ny a pas defficience sil ny a pas initialement dsquilibre. Do une comprhension du mouvement humain comme complexe dsquilibre-quilibre. Lquilibre rsout en effet le dsquilibre mais sans le nier ou le rduire. Dans un change, il ny a pas de retour en position neutre aprs un complexe de dplacement-propulsion : lquilibre appelle un nouveau dsquilibre tant que lchange est en cours, cest--dire tant quil y a du mouvement. Lart danticiper repose sur cette facult denchaner les dsquilibres appropris. Dun autre ct, le dsquilibre habite lquilibre. La balle fait dailleurs la jonction du dsquilibre et de lquilibre dans la succession de limpact balle-raquette et de limpact balle-table. De la mme faon, il ny a aucune rduction du dsir par le social, mme si lenregistrement tend annihiler la substance dynamique du dsir et son rgime propre. Dailleurs tout est en fait en mouvement dans la nature, le statique ne sy insre qua posteriori. Montaigne disait que le monde nest quun branloire prenne. Pour Laban (50), le mouvement est essentiel pour lexistence. Partout, il y a toujours du changement. Ce mouvement incessant travers linfinit de lespace et du temps trouve son parallle dans des mouvements de plus faible amplitude et de plus courte dure. Mme les choses inanimes croissent et dcroissent . Or quand lcoulement du mouvement est arrt, il en rsulte une position. La position est relative aux mouvements passs et venir. Le mouvement prcde la fixit, et mme le mouvement rpartit les fixits : les fixits se rpartissent sur un monde mouvant. Cest dire que le dsquilibre prcde lquilibre. 5- Lhypothse quant lefficience thique sur les mouvements effectifs 51- Ethique et dsquilibre Notre hypothse, ramene sa plus simple expression, consiste avancer que le cur de laction tant le dsquilibre et lthique ayant voir avec le cur des choses, alors lthique a voir avec le dsquilibre, son efficience a pour pierre de touche, dans le mouvement, le dsquilibre qui le constitue au plus profond. Il faut penser lefficience thique au regard du dsquilibre. Il ne sagit pas de dire que lthique cre le dsquilibre, seulement que son efficience opre sur le plan du dsquilibre. Lthique intervient quand lhomme se distingue de la machine, mme squelettique, quand son mouvement ne se rduit pas une succession de statiques. Lthique organise la frquentation du monde pour que le dsir y coule sans se rpandre de faon anarchique. On joue ainsi avec le dsir sans sy perdre, cest la puissance thique sur laffect et linconscient. Une objection consiste avancer que le dsquilibre est abandon aux forces naturelles, donc ne relve pas dune activit volontaire. Mais cest une conception trop volontariste de lthique. En effet, lthique a voir avec le dsquilibre dans la mesure o elle est elle-mme dsquilibre : la volont de saccomplir dans le monde est dsquilibre vers le monde. Notons qu linverse la conception fixiste renvoie lide de posture symbolique dans lespace social, qui certes est une ralit, mais na rien voir avec lefficience. Lefficience thique dont on parle a ncessairement sa source dans une pense vivante. Penser lthique comme processus rflexif agissant, cest en outre sortir de la pense finale. Cest repousser la pense aristotlicienne au sein de laquelle une chose a son sens par sa fin, qui est une perfection (virtu). Le problme en effet, cest que la Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 200. 200 tension au but peut tre htronome du but. Certes, les faons de jouer sont des virtu, cest-- dire des consistances, mais les comprendre comme tendues vers un but ne peut se faire sans identifier le but dans la tension. Au demeurant, il ne sagit pas non plus de rejeter la pense finale des acteurs, puisque nous ne pouvons penser lefficience thique aux dpends des acteurs. La conscience est dailleurs partie du dsquilibre dont on veut parler. Il faut donc ncessairement prendre en compte le contenu de perception des acteurs. Ce que les acteurs se reprsentent, ce sont des fins, savoir des limites. En effet, la ralit des pratiques sportives a partie lie avec les limites. Ces limites sont porteuses de sens pour laction, et mme crent laction. Le sport est affaire de limites, son sens est dans la limite. Pidoux (00) note ainsi que le thme de la limite organise beaucoup des questions qui tournent autour du sport : on recherche ses limites, on dpasse celles dautrui, lvnement a une fin puisquil est limit dans lespace et dans le temps. Porte (05) prcise que le sport tant affaire de slection, il est significatif que la ligne symbolise au mieux ce tri : le champion a ainsi lart de la limite. Il y a en ce sens des limitations spatiales conscientises : celles de la salle, celles de laire de jeu (quand il ny a pas de sparations, existe au moins une ligne abstraite respecter), celles de la table comme cible, celles du filet parallle aux lignes de fond qui cre des demi-tables (camp), celles de la ligne parallle aux lignes latrales qui cre des zones de double. Il y a encore des limites temporelles : celles de la prsence la salle (5h00), celles de la rencontre (3h30 de jeu), dune partie ou encore dun change. Il y a des limites propres aux agents : certains veulent dpasser leurs limites, le meilleur niveau rsultant dailleurs dun quilibre de la tension aux diffrentes limites des facteurs de performance sappuyant sur un quilibre des tensions aux diffrentes limites des filires physiologiques ou des diffrents registres technico-tactiques. Des listes dagents qualifis sont galement luvre, qui limitent la population du championnat. On peut en outre souligner la limite qui existe entre les deux quipes : linstitution amnage en son sein une ligne de fracture qui donne sens et cre les mouvements prcisment orients. Il y a pour finir des limites propres aux vnements (11me point dune partie ou dune rencontre) et lenregistrement (feuilles de partie et de rencontre). Qui plus est, les acteurs conoivent lthique comme art des limites, activit limitative. Nous avons vu en effet que, en plus des limitations par la rgle, les acteurs dsignaient par le jeu un territoire incarnant le bien. Or la clture ludique est certes limite du pourtour qui donne sens aux actions, mais elle se rpercute galement en son sein, ou accepte en son sein des limites qui lui donnent sens. Les mouvements rels prescrits qui actualisent les devoir-tre moraux sont des dterminations de mouvements eu gard une limite ludique. Ds lors ne peut-on pas avancer lide que laxiologie consiste dterminer les lignes au sein desquelles aura lieu le dsquilibre et par rapport auxquelles il se dterminera ? Cest bien lhypothse que nous avanons : lactivit thique consiste tracer des lignes dans le rel qui donnent sens et impulsent le dsquilibre constituant le mouvement. Au demeurant, il ne sagit pas uniquement de considrer lthique comme orientant le dsquilibre vers quelque chose ou quelque fin qui lui donnerait sens. Car cette pense appartient au systme du jugement et la pense finale. Le risque, cest de rduire le mouvement lquilibre pour pouvoir le connecter lthique. De telles conceptions renvoient ncessairement la conception de lthique comme limitante, dont il nous faut nous dpartir. Ceci nest possible quen accdant une comprhension diffrente de ce quest et fait une limite. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 201. 201 52- Critique des limites limitantes Lerreur habituelle, cest de considrer une limite sur lunique registre de linterdit. Ainsi de cette dfinition de lthique, prsente par Pharo (04), comme systme dides propres aux socits humaines qui justifient les rgles et fixent des limites ou encore de cette application : la tentation de certains dinstaurer le systme amricain de ligues fermes se heurte des limites thiques (CNOSF, 06, p71). On parle en ce sens de limites intersubjectives ou subjectives auxquelles se heurtent les acteurs. La confrontation directe ne fait que renforcer ces limites. Ds lors la libert soppose lthique, du moins libert sociale et libert individuelle se contredisent : aujourdhui, laspiration la libert ne va pas de pair avec linterdit (CNOSF, 06, p71). Mais cest pour nous, une nouvelle fois, confondre libration et libert. Ainsi dun haut dirigeant politique franais qui affirme qu on cre en transgressant. Mais pour transgresser, il faut des rgles. Il faut quil y ait de lautorit, des lois. Lintrt de la limite, cest quelle permet la transgression. Sans rgle pas de transgression. Donc pas de libert. Car la libert, cest de transgresser (philo-mag n8, avril 07). Ainsi de Queval (04) qui avance quon dpasse mieux ce quon a pralablement dlimit, quon circonscrit pour mieux se librer. Il y aurait une dialectique constante entre normes et dpassement. Vigarello (04) interprte en ce sens lexcs prconis par Coubertin comme dpassement des limites par lindividu et son corps, contre les rgles communes qui bornent. Yonnet argue des sports extrmes pour parler de ce dpassement des limites. Le problme, cest que lefficience morale est prsente dans sa fonction ractive et ngative. Or la question de lefficience se pose dans la positivit. Cest dailleurs de ce point de vue quapparaissent les scissions de lthique et des actes. En en rfrant des limites limitantes on ne parle plus defficience thique puisquelles interviennent comme outil dinhibition de laction. On pourrait au demeurant objecter que le dpassement des limites relve lui-mme de lefficience thique. Queval (04) oppose un paradigme antique o le monde est reprsent comme clos, fini et finalis, au sein duquel laccomplissement de lhomme consiste se conformer cette limite qui fait tre les choses, et une modernit o les conceptions astronomiques ouvrant lide dinfini, les thories physiques abandonnant laristotlisme au profit dune mathmatisation de la nature , cest le sujet qui est consacr, partir duquel se dploie lide de progrs (p75/76) : nous serions ainsi dans une idologie qui pousse lindividu sortir de ses propres limites (p17). Cette dernire serait dailleurs relaye par le besoin des individus de chercher des limites que la socit ne met plus. Le Breton (91) explique ainsi la passion du risque : la recherche des limites est ncessaire quand on volue dans un environnement caractris par la dfaillance symbolique. La socit peine protger lindividu de ses angoisses existentielles, alors quelle est prsente sur le plan matriel et technique. Lindividu doit donc les affronter laide de ses seules ressources. La mort apparat en ce sens comme limite ultime, qui donne sa valeur la vie. Queval (04) interprte galement la libert dexcs comme accs une densit existentielle travers les limites : le dpassement de soi donne sens la vie, connecte au monde tel quil est socialement, cest--dire un progrs illimit. Le problme, cest quon considre trs vite les excs comme vices. Queval signale ainsi que le dpassement incessant de soi branle la construction identitaire, que le risque du mal tre est grand partir du moment o tre bien, cest tre mieux. La spectacularisation conduit en outre ce que le dpassement de soi serve des intrts autres que laccomplissement de soi. Ds lors, on rintroduit lthique comme sens de la mesure dans ce dpassement de soi, qui est dpassement de la condition humaine. Ainsi de Bourg (04) pour qui il y a ncessit de mettre des limites alors mme quil considre que lhomme na jamais pu accepter ses limites et que le dopage appartient ce processus existentiel et est conforme aux valeurs du sport de comptition. La sagesse redevient Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 202. 202 prudence, art des limites, qui invite lhomme matriser sa nature et rendre conforme la raison lordre de la vie en commun (Aron). Se faisant, on retombe dans la mme aporie o lthique intervient comme limite du dsir et o la libert ne peut qutre vole, dans lacte de transgression. Equilibre et dsquilibre sont de nouveau incompatibles. 53- Les lignes excitantes Or ne peut-on pas considrer les limites sous un autre jour, celui de leur positivit ? Car dj, les limites fondatrices du sport sont ce qui cre les actions, non pas ce qui les limite. Cest ce que Duflot (97) nomme lgalibert. Deleuze (83) prcise en outre que les limites peuvent tre conues de deux faons : mathmatiques, pralables lexistence des corps, ou dynamiques, allant jusquo va la puissance du corps existant. Il y a ainsi des limites qui densifient la pratique et lexistence du praticien. Birouste (92) parle daesthsie : le sportif est tacticien de la limite, il est le sujet des franges, dsireux daller au point idalement juste et harmonieux. Il habite une paisseur et une densit des seuils : le sportif densifie les seuils et habite cet espace physique et mental de la densit cre par ce travail de seuils tirs en franges . La limite nest donc pas la barrire du dsir, au contraire elle peut en tre le lieu. Mais surtout il existe une multiplicit de dterminations eu gard une limite, qui ne se rduisent pas au stoppage. Lide de transgression met en relief celle de franchissement, et on peut encore parler de contournement ou dalignement. Ainsi, nous avanons lide de ligne excitante pour parler du complexe dune ligne et dun comportement spcifique qui lui est extensif. La limite limitante est une dclinaison des limites excitantes, elle peut mme muer en limite excitante (transgresser les interdits). Les lignes excitantes dont on parle ne limitent pas mais au contraire donnent un sens au dsquilibre et la reprise dquilibre. Qui plus est elles ont une efficience certaine. A preuve les lignes traces en conscience pour se motiver : la ligne darrive est limite excitante, et le coureur pied qui, fatigu, croyant quil ne peut ni continuer ni sarrter, se sort de labsurde en se donnant des objectifs intermdiaires mme son chemin de course. Ceci renvoie lide de jeu comme obstacle sa mesure propre et librement accept ou institu, limite trace qui dclenche le mouvement, fait exister (ex-sistere, sortir de soi). On peut galement arguer des tudes sur la perception des dbutants qui voient la balle et comprennent sa trajectoire quand elle est au niveau du filet, alors que les experts la voient depuis la position de ladversaire : ces deux traages diffrents sont la source de deux comportements diffrents et de deux types de dsquilibres diffrents. Or quand on considre les tmoignages de ceux qui ont suivi par le pass une mauvaise voie et qui ont retrouv la bonne grce la pratique du sport, on comprend lthique comme voie. Lthique a donc bien affaire aux lignes, mais pas ncessairement celles qui bloquent. Nous faisons ainsi lhypothse que lactivit thique rside dans la capacit dterminer des lignes excitantes qui modifient le processus du dsir et du dsquilibre au sein desquelles elle merge. Des points du rel sont mis en relief par et dans lactivit thique, des lignes sont traces entre ces points, qui occasionnent un dsquilibre et donnent sens au mouvement. Cette activit se fait sur le mode des associations libres. Nous faisons donc lhypothse qu telle thique correspond telle lignes, mais aussi tel mouvement eu gard la ligne. A partir du processus de dsir- dsquilibre sopre une conscientisation de la voie qui permet la perduration du conatus. Les lignes excitantes sont conscientises mais tendent sestomper ds quon veut formuler une thique communicable, forge sur les lignes sociales. Lthique trace ainsi des lignes excitantes qui permettent au dsir de perdurer dans des lignes sociales. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 203. 203 6- La mthode du traitement des donnes Notre objectif est de dcrire le processus defficience luvre dans les donnes identifies. Cest proposer de mettre en mots, pour chaque faon de jouer, la chane du dsquilibre qui va de lide thique laction sportive sur un mode actif particulier, dcrire comment lesprit sportif coule dans les motions corporelles, cellulodales et comptables. Ceci ncessite de crer un point de vue o linconscient est explicit puisque le dsquilibre nest pas donn, manifeste. Mme sil est modifi par lthique, il nest pas conscientis comme tel, car le contenu de conscience relve de la tension la victoire ; in situ, on est happ par cette tension, ce dsquilibre vers la victoire. Le dsquilibre est vcu, et quand il est reprsent il est plaqu sur un plan dquilibre qui est plan social. Le rythme rel du dsquilibre est en outre trop lev pour une conscience dacteur. Mme la pense rflexive peut rater le mouvement quand elle le pense comme dplacement entre positions initiales et finales, entre lesquelles elle instaure un mouvement transitoire abstrait, au sujet duquel, dailleurs, elle na rien dire. Or ce que nous voulons cest pouvoir dterminer le mouvement, le dsquilibre. Ds lors, il nous faut dsenvelopper le dsquilibre luvre dans les lignes dquilibre. Il ne sagit pas de rvler le cach, puisque linconscient est le liant du manifeste, de ce qui se manifeste la conscience des joueurs. Il y a en ce sens ncessit ne pas renvoyer les quilibres des erreurs de la part des joueurs. A contrario de Jullien (96), il nous faut bien concilier la pense processive avec le paradigme du projet dans lequel voluent les joueurs. Do lintrt pour la ligne dquilibre et pour la pense finale. Le plan dquilibre est celui de la conscience enregistreuse, quelle soit celle a posteriori de lacteur ou celle in situ de lobservateur. La pense se rabat aisment sur le statique pour gagner en clart et en communicabilit. Tout notre problme est donc de saisir le dsquilibre au cur du plan dquilibre. Mais celui-ci peut devenir un outil mthodique : les quilibres constituent notre base empirique, nous devons aller le plus loin possible dans la pense du dsquilibre sans jamais quitter cette base de donnes. Le dsquilibre ne doit au demeurant pas tre relatif au plan dquilibre, cest linverse. Nous irons ainsi mthodiquement de la ligne dquilibre la chane des dsquilibres qui lhabite et lui donne vie, modelant et formant par l le mouvement. La premire opration consiste multiplier les statiques. Dans la multiplicit en effet, le statique explose. Nous proposons ainsi dapposer des correspondances multiples de sens et dactions quant aux positions, expositions et oppositions. Nous commencerons par les positions initiales et finales, points dquilibre et de rquilibrage qui reprsentent le point de vue de lobservateur analytique, avant de clarifier les expositions de lacteur, la faon dont il se fait apparatre quant il se conforme une faon de jouer. Puis nous prendrons en compte les oppositions comme premiers lments dynamiques. Evacuer le ngatif en matire de sport revient nier lopposition humaine qui structure la pratique sportive. Qui plus est lopposition est rupture dquilibre, on vise dailleurs dsquilibrer ladversaire dans lopposition. Dans le mode dopposition lencontre de stimuli reprs comme ngatifs, se tient ainsi un travail thique. partir des logiques positionnelles, expositionnelles et oppositionnelles, nous oprerons un dsenveloppement de sens pour y saisir la substance dynamique. Dabord, nous rintroduirons la temporalit, mode de passage dun statique lautre, comme premire consistance du mouvement. Puis nous dterminerons les formes initiales et finales luvre dans ce complexe de statiques : la forme est ce qui relie les statiques (initiaux et finaux, de diffrents ordres). Ceci fait cho la conception spinoziste : ce qui constitue la forme du corps humain consiste en ce que ses parties se communiquent leurs mouvements les unes aux autres suivant un certain rapport (61, proposition 39). Il sagira ensuite de se demander quel mouvement cre cette forme, suivant en cela la dmarche artistique telle que lentend Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 204. 204 Ravaisson (article dessin du dictionnaire pdagogique) : le secret de lart de dessiner est de dcouvrir dans chaque objet la manire particulire dont se dirige, travers son tendue, telle quune vague centrale qui se dploie en vague superficielle, une certaine ligne flexueuse qui est comme son axe gnrateur. Toute forme est la trace dun mouvement ; elle nest rien, isole du geste qui lengendre . Or ce mouvement, nous le retrouverons dans la dformation propre la forme qui se meut, se transformant sans disparatre, surtout dans lopposition lhtrogne qui laltre : il y a une dformation de mon monde par lautre mais aussi une dformation de lautre par ma propre dformation. Sortir du statique requiert en effet daller dans linformel, daccder lintervalle. Cest ce que met en relief Laban (50) pour qui, si la slection de certaines attitudes corporelles crent un style, cest bien dans la transition entre les positions quun changement dexpression est ralis, cre un style de mouvement cohrent. Les attitudes corporelles sont lies par des mouvements transitoires, la position est relative aux mouvements passs et venir. Une fois identifi ce principe de dformation, nous lrigerons en principe de dsquilibre. Nous chercherons ensuite le dterminer : il peut ltre en effet, le dsquilibre ne doit ni tre conu comme non-tre, ni tre dtermin par rapport au rquilibrage. Certes, la reprise dquilibre est effective et constitue une rcupration de la force cre par le dsquilibre. Certes, le dsquilibre dont on parle est non-chaotique. Mais rabattre le dsquilibre sur lquilibre, cest verser de nouveau dans la pense statique et finale. Nous le considrons au contraire comme processus immanent qui peut saccomplir en passant par les lments du monde. Contre Freud qui dfinit la pulsion comme processus dont nous savons quil est prsentement activ, sans que nous sachions, dans le mme mouvement, rien dautre sur son compte (36), nous pensons que le dsquilibre inconscient est dterminable en restant dans le manifeste. Nous le formulons avec un verbe intransitif (qui exprime une action du sujet, ne passant par aucun objet) et qui vient du langage ordinaire, ce qui en permet la reconnaissance par les acteurs. Nous y adjoindrons une qualit particulire relative au rythme, trouve dans le jargon de lentranement la performance. Le terme composite dterminera ainsi un mouvement propre au sujet dont il ne peut avoir conscience, puisque toute conscience est conscience de quelque chose : le sujet ne saisit que les lments relais dfinis comme biens par le processus qui les relie. Nous nous attacherons ds lors comprendre lthique comme pice du dsquilibre mis jour, le dsir comme dimension consciente du dsquilibre. Puis nous chercherons, pour enfin comprendre lefficience thique, dterminer quelle ligne excitante est trace par cette thique, partant quelle nuance est adjointe au dsquilibre. La ligne excitante nest pas limite fixe qui fixe, elle est lment du dsir prsent tous les moments du processus actionnel. La limite est le point dancrage de la dformation dans la forme. Nous serons ainsi en mesure de dcrire le processus defficience, cest--dire de mettre en mots la chane de dsquilibre inconsciente qui va de lide laction sur un mode particulier, enchanant des htrognes. Cest dire que nous aurons une double conscience, puisque nous dcrirons laction de lintrieur, mais avec conscience de linconscient du lien des htrognes. Dautre part, puisque nous cherchons dcrire au plus prcis, nous nous placerons au cur de la pratique : lchange. Le processus defficience appartient certes tout ce qui se passe relativement au jeu, mais la dfinition de celui-ci par les joueurs tend focaliser sur lchange. Cest dailleurs laction la plus intressante pour nous, car la plus consistante. L change est le cur du mouvement ludique, contient lopposition lautre mais peu recevoir toute nuanciation ou particularisation de celle-ci. Linconscient y est fortement prsent, en raison de labsorption de la conscience du joueur dans la tension au gain du point. Lchange est donc laction la plus htrogne au systme du jugement : la radicalit de la question correspond Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 205. 205 la radicalit de cette analyse. Cet change dcrit est donc comme une monade, elle comprend lensemble des actions conduites sous lefficience thique. Cest lchange type russi pour qui exige de jouer le jeu dune certaine manire : le dsir coule, le dsquilibre saccomplit, lthique est efficiente. Dans cette perspective, nous ferons se suivre dans la description du processus defficience la reprsentation thique, la perception de lenvironnement, linterception de la balle, la propulsion de celle-ci, lopposition ladversaire et lvaluation thique de cette dernire. Nous dcrirons le processus defficience laide dun tableau qui fera tat autant de la dimension inconsciente du dsquilibre identifi, cest--dire celle o les lments conscientiss ne le sont que pour des raisons inconscientes, que de la dimension active de lthique o les lments conscientiss rsultent dune cration. Tous ces lments sont des relais du dsquilibre identifi. Ce tableau est en outre construit de faon fidle aux principes pistmiques, intgrant le conscient et linconscient, le sens pour les acteurs et sa mise en perspective, les reprsentations thiques et les actions effectives. Cette description intervient ainsi comme confirmation de lhypothse avance au sujet de lefficience thique. Certes, celle-ci nest pas soumise une batterie de tests, mais elle est mise lpreuve des donnes identifies. Les faits interviennent en ce sens comme objection constante toutes conceptions de lefficience, qui ds lors doit se conformer aux donnes plutt que de se projeter sur elles. Qui plus est, la description cristallise en elle plusieurs points de vue. Cest dailleurs dans cette perspective que nous mettrons jour, la suite du tableau de chaque faon de jouer, la raison sociale de la dtermination de tel trait institutionnel comme excitante. Pourquoi en effet telle ligne excitante pour tel type de dsquilibre inconscient ? Certes, elle est continuation du dsir, pice active du dsir, mais il y en aurait dautres possibles, donc pourquoi celle-ci parmi dautres, de quelle ncessit relve cette lection ? La description ayant pour objet la chane des ncessits, il nous faut en effet rendre compte de cette ncessit : cest dire quil nous faut rendre compte de linconscient social de cette lection thique, aprs avoir dtermin linconscient corporel et dsirant. Il sagit de rendre compte du point de vue de la rflexivit sociale, aprs lavoir fait du point de vue de la rflexivit idiosyncrasique. Or nous montrerons que cette limite sociale est lue parce que cest une voie qui assure la ncessit du dsir en question : il apparat comme besoin, cest--dire comme lment du social. Cest dire que lthique adapte linstitution au dsir et le dsir linstitution. Cette explicitation intervient comme vrification, puisquelle confirme une lecture des donnes partir de points de vue divers. Notons pour finir que nous avons reproduit les tables des faons de jouer la fin des annexes 1, afin que le lecteur puisse embrasser dune mme regard les donnes traites, leur vrification (annexes 2) et leur analyse. 7- Analyse des donnes et explicitation des rsultats 71- Jouer son jeu Dans la multiplication des correspondances statiques des sens et des actions, nous accordons lintrt premier lespace. La position initiale typique de qui joue son jeu, cest lisolation. Aux prdications de faire sa bulle , jouer en B et jouer concentr correspondent en effet les actions suivantes : tre inscrit dans le groupe B donc tre dans le coin gauche, pas trop en vue (dsignation dune table pour chaque groupe (A et B) au lieu de jouer dans lordre), sisoler pour se concentrer, schauffer peu mais sisoler (se tenir dans une zone en retrait, pas sur le banc). Il faut galement rester statique : ne pas sortir de laire de jeu (acceptation des limites de la surface de jeu et limitation dune aire de jeu par des sparations), flchir le train infrieur avant la propulsion (recroquevill). La position finale Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 206. 206 adopte, cest de se retrouver au bout, en avant. Aux prdications de jouer vers lavant ou jouer agressif correspond en effet laction de choquer la balle dans la phase ascendante du rebond (aller vers la balle), ce qui ncessite daller vers lavant en oprant une extension du train infrieur et un dsquilibre global dans le plan de la balle. Le dplacement effectu consiste donc aller dun bout lautre, cest--dire traverser. Lexposition initiale consiste galement tre isol. Aux prdications de jouer son niveau , jouer son classement correspond en effet le fait dtre inscrit en n2 dans le groupe B (pas en livre en A) pour se mesurer des adversaires de son niveau. Il sagit aussi dtre lcoute des autres sans soi-mme parler : ne pas se trouver dexcuses, ne pas encourager ou conseiller, ne pas sadresser ladversaire, ne pas revendiquer auprs de larbitre. Centr sur soi, on ne fait pas non plus le double. Au demeurant, celui qui joue son jeu tend faire irruption par son corps sous le regard de lautre. Il sagit en effet de faire valoir son jeu et imposer son jeu , cest--dire faire ses points , gagner des parties et des points classement, donc progresser en classement. Le mode dexposition revient ds lors simposer, en imposer. Qui exige de jouer son jeu est en outre trs ractif par rapport aux hauteurs. Il napprcie gure en effet que quelquun puisse avoir la grosse tte , avoir le boulard , se la pter , expressions qui dsignent les attitudes altires, hautaines, comme de tenir le buste droit et davoir le col de son maillot relev, davoir une position haute pour produire des trajectoires courbes et des rotations. Ce signe occasionne une opposition active qui consiste jouer en puissance , jouer tendu pour aller contre les hauteurs. Cest dire quil faut forcer et dfoncer, aller devant avec force. En premier lieu, il sagit deffectuer le contact avec la balle dans la phase ascendante du rebond (couper la trajectoire montante). Ceci implique davoir les pieds ancrs au sol (humus), les appuis carts pour tre solide (polygone de sustentation), une position flchie comme condition de lexplosivit (position basse). Il faut galement tre dans un tat de tension musculaire globale, la source dune vasoconstriction, avoir une faible amplitude gestuelle pour chaque segment, mais utiliser les segments puissants (tronc, bras), notamment lextension du train infrieur pour assurer la puissance du coup (la propulsion part du sol). Dans le commerce la balle, il sagit denlever leffet en la choquant par au-dessus, partant de produire du lift par accrochage. Le matriel employ, cest ainsi les backside et la colle rapide des deux cts, qui permettent un jeu en prise dinitiative puissante grce lutilisation du top spin frapp du coup droit et de lattaque revers ou, si possible, du top spin revers frapp pris sur le ct du corps. Le top spin est ainsi utilis comme coup terminal. Pour empcher la prise dinitiative adverse, il faut effectuer des services courts coups ou deux rebonds coups, remettre court ou deux rebonds, couvrir la balle sur les services lifts. On veille galement servir en diagonale pour ne pas reprendre la balle au coude, ce qui occasionnerait des difficults de dplacement et un manque damplitude. Tout ceci sera au service dun jeu agressif qui consiste propulser dans une seule direction : sur le joueur, au coude, cest--dire au milieu, en son cur. Il sagit de transpercer ladversaire. Dans loptique de jouer son jeu , traverser et transpercer sont donc des actions vertueuses. Pour aller plus avant dans la rintroduction du dynamique, il est intressant de considrer le mode de passage dun statique lautre. Qui joue son jeu est en ce sens dans limmdiat. Il joue en effet ses parties la suite (pas dans lordre, mme sil laisse une partie entre chaque) pour pouvoir sen aller et faire autre chose. Il schauffe peu (15) car prend le temps de coller et ne veut pas perdre dnergie explosive. A lentranement, il rpte pour automatiser, rendre instinctif, cest--dire pour accder une conscience immdiate. Quant il Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 207. 207 pratique, il veille ainsi ragir aux stimuli, tre attentif et aux aguets, donc dsactiver la pense et la parole pour ne laisser sexprimer que la parole du corps (bruit de limpact balle- raquette grce la colle rapide). Ceci se double dune certaine brutalit. Il cherche en effet jouer sur un coup, jouer trs fort , choquer la balle dans un contact court et en phase ascendante, pour ne pas perdre de temps dans le gain du point, partant ne peroit pas les dtails et seulement la direction de la balle. Son rythme est ainsi celui de lunit temporelle : il dbute la partie et la rencontre quand il est prt (non pas lheure ou au terme des 2 dadaptation), sert et remet le service quand il est prt (rcupration totale aprs un effort explosif, en anarobie alactique). Comprenons que le type qui joue son jeu va ainsi de butte en blanc pour aller de bout en bout (point de vue de lespace), dun coup dun seul pour passer disol impos. La dtermination de ces lments nous permet daccder celle de la forme. Initialement, qui joue son jeu se vit comme bulle ( faire sa bulle , jouer concentr ). Le monde dans lequel il vit est un halo (gocentrisme). Lautre restreint sa bulle comme partie du monde, il annonce la prsence dun monde informe, celui des hauteurs. Dans lopposition sportive, il peroit ainsi les hauteurs comme altrits et les altrits comme altrations. Dpositaires de telles rectitudes verticales, le monde devient obstacle. Pour continuer dexister, il lui faut engager une dformation telle quelle puisse maintenir sa forme dans laction. Traversant et transperant, il se transforme ainsi en boule. Dans ce dsquilibre vers le monde, la bulle devient boule, la balle devient boule qui dboule. Il se met en boule, devient massif et se fortifie (jouer ramass, polygone de sustentation, vasoconstriction) pour faire plier lautre par le milieu, le dboulonner. Il refuse d tre un boulet pour son quipe (boule statique) en refusant de se soumettre qui peut avoir le boulard (boule en hauteur). Or, traverser ainsi de bulle boule sur un rythme unitaire et brutal (dun coup), cest dbouler en force. Nous identifions par consquent ce dbouler-force, principe inconscient de dformation, comme tant le dsquilibre luvre dans le complexe de sens et daction jouer son jeu . Il constitue le mode de reliance des htrognes de sens et daction. Il nous est ds lors ais de comprendre lthique comme lment de ce dsquilibre. Exiger de jouer son jeu , cest exiger de ne pas jouer contre nature. Il sagit en ce sens de rester dans sa bulle, de suivre sa ligne, dtre fidle sa gnalogie. Or cette ide verse travers le monde dress comme obstacle htronome, simpose en effet avec force en le forant brutalement, sinsre dans le monde en y dboulant. Dans un monde du corps sans ides fait irruption une ide-force. Qui exige de son jouer son jeu fore ainsi le monde pour y forger son sens. Il le fait en ligne directe et unitaire, de faon rectiligne pour rester fidle sa ligne. Cest depuis ce processus rectiligne premier que les lments rectes sont conus comme biens : ils permettent en effet au dbouler-force de saccomplir. Emanant de ce dsir- dsquilibre comme processus vital, lthique a nanmoins une dimension rflexive. Jouer son jeu est en effet la formulation axiologique dune thique dhumilit. Celle-ci est parfaitement dans la ligne du processus vital qui la sous-tend : elle met en effet en relief lhumus, le sol, lment rectiligne par excellence. Lthique dhumilit exige ainsi de rester au niveau du sol. Cest commander de se conformer une limite sociale et mondaine. Mais lthique est aussi active et cratrice. Nous pouvons en effet comprendre cette ligne de sol comme ligne excitante, savoir comme horizon. Lhorizon, cest bien cette ligne qui va au loin et qui unifie les hauteurs sur le sol (dans la perspective, point de fuite au sol). Mais lhorizon est aussi ouverture : le monde devient infini horizontal, le temps y est chronologique. Pour qui peroit lhorizon comme ligne excitante, les lments horizontaux (et non plus seulement rectes) apparaissent comme biens par lesquels il faut passer, signes travers lesquels orienter le processus dsirant, relais par lesquels il faut saccomplir. Le Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 208. 208 dbouler-force peut en effet traverser lhorizon. Ce faisant, il est activement modifi par lintgration de la qualit rasante. La bulle se contracte en se formant aux dimensions de lhorizon, une fortification en rsulte, qui permet la continuation du dsir. Lacteur se vit comme traversant le monde en restant mme le sol : il transhume. Nous pouvons donc dcrire, dans sa positivit, le processus defficience de lthique dhumilit sur le dsir- dsquilibre dbouler-force. Lefficience thique consiste ici apporter au dsquilibre la nuance rasante pour lui assurer des conditions de perduration face une adversit qui tend le dsubstancialiser. Elle se fait jour chaque temps dun change type actualisant la prdication jouer son jeu . Dbouler-force PROCESSUS DESIRANT (Inconscient thique) PROCESSUS DEFFICIENCE (Cration thique) REPRESENTATION Exigence jouer son jeu Ne pas se fourvoyer, maintenir une certaine rectitude eu gard sa propre complexion et ligne Etre et rendre humble Faire raser PERCEPTION Regarder droit devant soi, reprer les lments rectes : direction de la balle qui vient projection de soi au loin dans une seule direction Regarder lhorizon, reprer les lments horizontaux INTERCEPTION Rester sur place, ne pas reculer Toucher devant soi (2/5me revers 3/5me coup droit) A partir dune position basse et flchie, avec les pieds ancrs au sol, couper la trajectoire ascendante avec une raquette ferme PROPULSION Oprer une extension du train infrieur et un dsquilibre global dans le plan de la balle Produire une trajectoire directe comme trait qui va droit devant, envoyer un boulet Oprer une extension du train infrieur vers lavant, prs du sol Produire un top spin frapp, donc une balle lifte rasante, qui passe au raz du filet OPPOSITION Transpercer ladversaire, le dboulonner Traverser dans une seule direction : milieu Traverser en son cur, son centre de gravit : au coude Le forcer ramasser la balle terre, au fond de laire EVALUATION Passer ses coups (un par un) 51% de russite des coups forts Humilier : faire plier, mettre terre La ligne excitante horizon permet donc la continuation du dbouler-force dans linstitution. Le dbouler-force pourrait au contraire relever de la brutalit, ds lors serait socialement blam dans le systme du jugement. Mais il faut remarquer quil y aurait dautres faons dy parvenir : ledit dsquilibre pourrait saccomplir dans la rectitude, et na pas besoin pour lui-mme de la nuance rasante. Par exemple, il pourrait tre prdiqu de produire des trajectoires rectes en force grce lattaque. Pourquoi le sol est-il ds lors lu comme limite sociale concevable en ligne excitante ? Car cest une voie qui assure la ncessit du Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 209. 209 dbouler-force du point de vue de linstitution. On en a en effet besoin : si on veut une galit de condition humble (galit-humilit), il faut le dbouler-force. Chacun peut faire valoir son jeu, il y a une galit des chances, chacun simpose avec ce quil a, depuis sa ligne. Le dbouler-force assure ainsi le ct rasant, contre les hauteurs idiosyncrasiques (tailles, classements), partant une galit de principe, de condition (pour les forces brutes). 72- Jouer rgulier La position initiale typique de qui joue rgulier, cest dtre proche. Aux prdications jouer domicile , jouer la table ou jouer au rebond , correspondent en effet le fait de pratiquer dans une salle exigu (proximit humaine et sportive) et de rester prs de laire de jeu (peu se prparer hors aire de jeu, tre sur le banc et encourager ses proches), mais encore lacte de jouer prs de la table (0,5 mtre 1 mtre, sans reculer, revenir prs de la table en pas simple ou pas de course quand on a t contraint de reculer), partant davoir un rapport ladversaire immdiat, tout autant quune prise dinformation oculaire qui, allant du distal vers le proximal, vise le tiers central de ladversaire, sa raquette, sa position eu gard la latralit (panoramique). La position finale consiste, elle, tre fixe. Aux ides de jouer domicile et jouer en A correspondent en effet la recherche de conditions stables de pratique : la mme table pour les entranements et les matches (repres matriels et humains), la mme table pour chaque partie, le mme ct (ct banc) la premire manche (le ct est rarement choisi lors du tirage initial). A lexigence de jouer la table correspond le fait de jouer face la table et centr (quilibre coup droit et revers, revers pris au milieu), tre derrire la balle (balle toujours devant), avoir une position lgrement flchie pour assurer la stabilit, effectuer peu de dplacements et quand cest le cas, effectuer des dplacements courts (pas glisss ou fentes), et enfin avoir une prhension ferme. Le dplacement effectu consiste donc fixer sur le proche : accoter. Lexposition initiale consiste tre connu. Il sagit en ce sens de rester le mme dans le regard de lautre, donc de stabiliser son jeu . A cette ide correspond en ralit le fait de sentraner rgulirement et en rgularit, rpter ses gammes pour stabiliser le pourcentage des coups de base, ceci avec les mmes partenaires et, en match, les mmes adversaires. Dautre part, qui joue rgulier a toujours la mme position en A et fait le double, joue avec la mme raquette, porte le mme survtement. Son adversaire sait dautre part ce quil va faire, dans la mesure o il ne se risque pas des changements tactiques qui pourraient lui faire perdre son jeu : il pratique les mmes placements de balle sur les mmes adversaires, produit un jeu de maintien, cest--dire renvoie la balle do elle vient (revers) puis carte (coup droit), nouvre pas les angles, place au milieu du coup droit et du revers adverse, aux 2/3 de la profondeur, en diagonale (pas de prise de risque). Lexposition finale consiste tre adulte. Conformment au devenir adulte, mature et identifi, il faut en effet stabiliser son comportement , ce qui conduit en acte contrler activement ses motions pour atteindre une stabilit affective, partant rechercher tre dans la matrise et ne pas se chercher dexcuses (reconnatre quon na pas t totalement matre de la situation). Si les encouragements sont de mise, les conseils ne le sont pas car il sagit de ne pas remettre en cause la maturit des partenaires. Qui plus est, il faut avoir de lautorit sur le jeu et larbitrage (balle remettre ou pas, limite des expressions). La logique expositionnelle consiste ainsi faire cadre, tre un encadrant, lment du cadre. Qui joue rgulier est en ce sens ractif ce qui relve du fluctuant, aux vellits de dstabilisation. Il dvalue la variation des conditions de jeu (matrielles et humaines) et ses propres irrgularits (techniques et affectives). Lopposition qui en rsulte consiste obvier. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 210. 210 Il sagit en effet de jouer contre leffet , jouer en contre , jouer en contrle , cest-- dire jouer face la table et centr (quilibre coup droit et revers, revers pris au milieu), tre derrire la balle (balle toujours devant) et entrer en contact au rebond, dans un contact court, avec une prhension dure. Il lance le jeu en vitesse en cherchant faire faire des fautes directes sur le service bombe sans effet ou deux rebonds latral, mais surtout en coinant ladversaire dans le revers, en lempchant de bouger, le rendant statique (faiblesse de propulsion en revers), ou en le faisant bouger en exploitant la faiblesse au coude coup droit. Lutilisation dun matriel prouv (vieux bois, fait sa main, sans colle rapide qui rend instable le matriel) permet de ne pas faire de faute, mais surtout de produire des balles coupes gnantes grce au soft. Ainsi, de la mme faon que la logique expositionnelle relevait du cadre, la logique oppositionnelle consiste faire front. Pour aller plus avant dans la rintroduction du dynamique, il nous faut nous intresser au rythme. Cest dabord celui de la vitesse : limmdiat du jeu la table va de pair avec labsence dchauffement physique et dtirements. Le jeu bas sur la vitesse dinterception qui utilise la vitesse de la balle adverse exige dtre ractif, partant requiert une activation importante et une tonicit musculaire (extension isomtrique des mollets), une amplitude rduite et une utilisation des segments proximaux. Il sagira ainsi dimposer la vitesse en servant long et de prendre la balle au rebond en revers avant dexcuter une attaque coup droit, ou de remettre en portant la balle en revers pour neutraliser la vitesse adverse avant de produire des trajectoires de plus en plus tendues pour acculer ladversaire. Mais ce rgime se couple avec la rgularit. Jouer rgulier implique de pratiquer la comptition le samedi soir tous les 15 jours et tous les vendredi lentranement, de sentraner et schauffer en rgularit, cest--dire de rpter ses gammes pour stabiliser le pourcentage des coups de base, mais encore de sentraner au service. Le rgime de vitesse doit ainsi tre compatible avec une certaine endurance : lacteur est plac en deuxime de A, partant ne joue aucune partie trop espace ou trop rapproche (19h35/19h55 versus n1; 20h55/21h15 versus n2 ou 3 ; double 21h15/21h35 ; 3me 22h15/22h35 versus n3). Jouer rgulier, cest donc adopter un rgime dendurance-vitesse. Celui-ci est binaire, allant de lune lautre de ses composantes. La dtermination de ces lments nous permet daccder celle de la forme. Initialement, qui exige de jouer rgulier se vit comme adhrence ce qui est (proche, connu). Le monde est limmdiat, le donn, le monde est mon autre moiti, mon alter ego. Je suis une moiti du monde. Je fais cadre avec les lments ludiques, notamment la table. Ladversaire est altration en tant quil me dcolle du monde, insre dans le monde de la distance, partant de la lenteur (temps mort, mdiation de larbitrage). Il me dforme en me distendant, spare les moitis (moi/monde, coup droit/revers), me contraint reculer et utiliser une variation technico-tactique. Une instabilit en rsulte, qui peut me faire memporter. A contrario, la forme finale rsout cette dualit : elle est accroche dans lautre moiti et elle est approche des deux moitis pour faire cadre. Comprenons que ce mode de dformation binaire qui va de ladhrence lapproche/accroche consiste aller dune moiti lautre pour stabiliser entre les deux moitis, saccoter, accoter une moiti sur lautre (coup droit-revers, gauche-droite, pied-main). Or aller de lun lautre sur un rgime de vitesse, cest basculer. Nous pouvons ainsi identifier le dsquilibre luvre dans le jouer rgulier comme basculer-vitesse. Lthique propre cette faon de jouer vise refuser la mdiatisation du rapport au monde que tend lui imposer ladversit. Fidle au dsquilibre mis jour, elle bascule ainsi vers le monde avant de revenir vers soi, et ainsi faire cadre avec le monde devenu proximal. Depuis ce processus de bascule, les lments opposs (en vis--vis) sont conscientiss comme Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 211. 211 biens, car ils permettent au basculer-vitesse de saccomplir (bascule de lun lautre). Mais nous pouvons galement saisir la puissance de la rflexivit thique. Lthique de stabilit inhrente au jouer rgulier est partie du processus de dsir : elle met en effet en relief le cadre, lment oppos, lment de vis--vis. Elle commande en outre de se cadrer pour faire cadre avec le monde, partant actualiser cette ligne sociale quest le cadre. Mais lthique est active, qui permet lhabitation dsirante de cette limite sociale en la percevant comme ligne excitante : le cadre devient ligne dappuis, ensemble de segments reliant des points et repres conus comme appuis. La ligne dappui est bien ce qui permet de stabiliser. La ligne dappui permet en outre laccomplissement de la vitesse : de borne en borne, le cadre donne sens chaque temps, la vitesse saccomplit bordante lintrieur du cadre, sur les limites du cadre, sur la bordure du cadre. Aller dappui en appui permet de faire cadre, partant de stabiliser. Dans le processus defficience, les appuis sont ainsi rflexivement conus comme biens (bornes), sont des relais lis par le basculer-vitesse. Le rapprochement des appuis est lacte daccomplissement de la vitesse. Nous pouvons donc dcrire, dans sa positivit, le processus defficience de lthique de stabilit sur le dsir-dsquilibre basculer-vitesse. Lefficience thique consiste ici apporter au dsquilibre la nuance appuyante pour lui assurer des conditions de perduration. Au cours de la lecture du tableau qui suit, on bascule dun temps lautre en vis--vis. Les vis--vis tant de plus en plus rapprochs, les allers-retours de la bascule se font en vitesse. Basculer-vitesse PROCESSUS DESIRANT (Inconscient thique) PROCESSUS DEFFICIENCE (Cration thique) REPRESENTATION Exigence jouer rgulier Ne pas mdiatiser le rapport lautre Appartenir au monde Adhrer immdiatement au monde Faire cadre (adulte), se cadrer (travail, rgularit), cadrer le monde Stabiliser, appuyer PERCEPTION Regarder au plus prs, en vis--vis, percevoir les lments proximaux Reprer les points dappuis, les points cardinaux, polariser INTERCEPTION Ne pas reculer Obvier, toucher en soi (intralatral) et au rebond Effectuer des dplacements internes aux appuis (fentes et bascules) Appuyer sur les pieds (avoir des appuis fixes), appuyer sur la raquette (avoir une prhension ferme) PROPULSION Produire des trajectoires tendues et coupes (soft) Renvoyer la balle do elle vient Appuyer sur la balle avec les appuis coup droit ou revers Sappuyer sur son matriel (soft) Contrer ladversaire, sappuyer sur sa propulsion OPPOSITION Fixer ladversaire la table Acculer ladversaire sur une demi-table Appuyer o a fait mal (sur le point faible, faire faire des fautes) Fixer sur lappui droit, puis sur le gauche, puis sur les deux EVALUATION 50% de victoire, 50% de dfaites Etre un point dappui pour son quipe : stabiliser ses rsultats, tre un mtronome Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 212. 212 Lthique de stabilit assure la continuation du basculer-vitesse dans linstitution. Le cadre ne pourrait dailleurs pas tre sans vie pour tre efficient, ce qui rend ncessaire son habitation par une puissance de vie, le dsquilibre. Mais pourquoi le cadre comme continuation du basculer-vitesse, alors mme quil y aurait dautres lignes excitantes pour ce dsquilibre ? Il semble que cest une voie qui assure la ncessit du dbouler-vitesse du point de vue de linstitution. Le cadre doit en effet tre reconstruit promptement pour viter les dbordements et sadapter constamment aux pratiques humaines, qui peuvent tre dviantes. 73- Jouer normalement La position initiale typique de qui joue normalement, cest loccupation dune place. A la prdication de jouer sa place correspondent en effet les actions de schauffer la table attribue, de jouer du ct attribu (choisi arbitrairement) et la table attribue (dsignation dune table pour chaque groupe). Hors jeu il sagit de rester sur le banc pour encourager et coacher. Dans lchange, on joue un jeu offensif, donc on se tient prs de la table, occupant la latralit avec un tiers revers et deux tiers coup droit (amplitude plus importante en coup droit, prise de balle sur le ct du corps, donc revers avec jambe gauche en avant pour faciliter lutilisation du coup droit). La position finale consiste tre replac. Comprenons ds lors que celui qui joue normalement vise un certain ordre dans son commerce lespace. Le contact avec la balle se fait au sommet du rebond, pas aux extrmes (rebond ou phase descendante), ce qui requiert une flexion du train infrieur pour se mettre hauteur, ou linverse une extension pour tre au sommet. La mobilit est ordonne en fonction de ce contact au sommet : on effectue des dplacements latraux (se mouvoir en rfrence la table), des pivots suivis de pas crois, et la construction du point en coup/lift /tap commande des ajustements en profondeurs (extension des pieds). Le refus dtre accul ncessite de contrer en coup droit quand on recule, accroupi pour tre hauteur (trs flchi). Cest dire quon effectue un dplacement ordonn. Du point de vue de lexposition, il sagit dtre initialement mobilis, appliqu, exemplaire. Jouer en tenue implique ainsi de porter short et maillot de lquipe, ainsi que le survtement entre les parties, et quand ce nest pas celle de lquipe, cest une tenue de marque. Il sagit galement de tenir son corps. Ceci implique de schauffer 30 minutes avant la rencontre et physiquement deux minutes avant la priode dadaptation de la partie, schauffer en vitesse et en mouvement pour se stimuler, schauffer en situation rgulire, mais avec dplacements (liaisons rgulires). On veille au contrle des effecteurs en adoptant une amplitude moyenne, sans acclrer et en vitant daccompagner aprs le contact avec la balle. La flexion du train infrieur est trs prononce, qui montre clairement la mobilit, et linsistance se tenir droit signifie la valorisation de la posture sportive. Lactivation est moyenne, on joue en silence, ne sexprime que sur les beaux points, on coute calmement les conseils, mmes contradictoires, on transmet la victoire aux partenaires (tape dans main), et dans le cas contraire la reprise de lnervement est prompte. Lexposition finale relve, elle, de lautorit. Dans la mesure o il faut formuler le mot dordre, tre leader et capitaine, tre la hauteur, on excute des coups de prise dinitiative : top spin coup droit et revers, coups matriss (service lift coup droit, bloc lift revers). Ceci requiert de jouer son niveau (65/50 en B ; 55/40 en A), partant de sentraner et schauffer avec un joueur de son niveau, de son groupe (B). On pourra ces conditions jouer en base de B, jouer le double de B et user dune parole avise faisant autorit : conseils, bilans, direction des partenaires, annonces des dfauts, encouragements cods, arbitrage srieux. La logique expositionnelle consiste ainsi discipliner, que ce soit soi ou les autres. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 213. 213 Qui joue normalement est en outre trs ractif quant lanarchique, le dgrad. Se reprsentant vicieux le bizarrode, dcadent, dclinant, il dprcie les contacts en phase descendante, se plaint de la qualit de son jeu quand il dvie du classique. Lopposition active consiste ds lors articuler, grader. On veille jouer en tenue, jouer classique, construire le jeu, ce qui implique de sentraner dans des sances classiques (chauffement physique et technique, avec une rgularit dont le critre est la triple rptition de chaque coup), jouer avec des revtements normaux (backsides, colle en coup droit, pas en revers), excuter des coups rpertoris (technique fdrale) : service coup ou lift, court ou long, remise en poussette (dfense) ou bloc, et dans lchange top spin et attaque. Le jeu est ainsi ordonn et analytique (sur trois coups), additionnant un premier coup coup (service ou poussette), un deuxime lift (top spin) et un troisime tap (attaque de lautre ct), ou bien enchanant un service lift, un bloc revers et une attaque coup droit. La trajectoire est rigoureusement tendue sur coup, courbe sur lift, tendue sur tap. Le top spin intervient comme coup de prparation. La logique oppositionnelle consiste ainsi trs clairement structurer. Le rythme adopt est soutenu. La mobilit est importante puisquon schauffe en vitesse et en mouvements pour se stimuler. Dans lchange, il y a une augmentation de la vitesse de la balle (vers lift) et le fait dtre inscrit en base de B implique que les parties soient rapproches ( fond au coeur de la rencontre). Mais le temps est galement ordonn. On tient arriver 18h30, dailleurs on emmne ses partenaires pour faire en sorte quils arrivent lheure. Pendant la rencontre les locaux sont en A sur la feuille de rencontre, on suit les rotations trois et se prsente en consquence, vitant de faire ses matches la suite et sen aller. Le dernier moment (temps darrt avant le service, o il faut prsenter clairement la balle) est marqu, on annonce des temps morts. Le contrle des effecteurs requiert un effort arobie, donc un temps de rcupration identique au temps deffort. Cette rythmicit a en outre la spcificit dtre ternaire. La moyenne dun change de tennis de table tant de trois changes, on sy conforme en jouant trois coups : service ou remise, coup de prparation ou de transition, coup terminal. Il sagit ainsi doprer une liaison ternaire des statiques. A partir de ces lments, nous pouvons dterminer la forme du mouvement. Occupant une place en tant appliqu et mobilis, il sagit initialement dtre une place dans un ensemble ordonn, dans une hirarchie, cest--dire tre une base. Le monde est un espace balis, un temps gnalogique, un ensemble dordres (rapports hirarchiques) et de statuts, grades, niveaux enregistrs. Ladversaire altre cette forme en tant quil introduit du dsordre dans ce monde, qui par cette anarchie naissante tend lgalitaire. Ds lors, la dformation qui maintient la forme ordonne dans lhtronome consiste discipliner et structurer, articuler, cest--dire rintroduire des angles et ruptures dans les relations des lments du monde. Le rythme tant ternaire, il sagit de trianguler, produire des actions triphases. Le monde est une pyramide, la base dont on parle est triangulaire. Or nous pouvons comprendre cette forme comme consquence du dsquilibre en zigzag (ligne brise formant des angles alternativement saillants et rentrants). Le dsquilibre luvre dans le jouer normalement consiste ainsi zigzaguer. La prcision tant requise pour empcher lautre de faire nimporte quoi, on dterminera ce dsquilibre comme zigzaguer-prcision. Nous pouvons ds lors comprendre lthique comme conscience immanente ce dsquilibre. Consistant ne pas faire nimporte quoi , elle zigzague dans le monde, elle est pierre angulaire entre obir et faire obir (angles rectes). Dans le mouvement de ce processus, les lments angulaires, et mme triangulaires, sont conscientiss comme biens, points de passage, car ils permettent au processus zigzaguer-prcision de saccomplir. Nous pouvons de surcrot mettre jour son activit. Lthique de responsabilit inhrente au jouer Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 214. 214 normalement commande de se conformer lorganisation sociale hirarchique, partant au principe dascension. Mais cette ligne sociale peut apparatre comme ligne excitante : qui joue normalement peroit les sommets chaque niveau. Les sommets sont conus comme biens relier par le zigzaguer-prcision. La nuance assumante est ds lors adjointe celui-ci pour lui assurer des conditions de perduration. Nous pouvons donc dcrire, dans sa positivit, le processus defficience de lthique de responsabilit sur le dsir-dsquilibre zigzaguer- prcision. Dans la lecture du tableau, on zigzague dun temps lautre. Du point de vue de la dimension rflexive de lthique, les lments angulaires sont activement perus comme sommets par lesquels il faut passer. Zigzaguer-prcision PROCESSUS DESIRANT (Inconscient thique) PROCESSUS DEFFICIENCE (Cration thique) REPRESENTATION Exigence jouer normalement Ne pas faire nimporte quoi Construire selon la norme Trianguler, compter un, deux, trois Accder la responsabilit Subsumer, assumer, soumettre : prendre la forme du normal ( sa place ), prendre la force du normal ( la hauteur ), normaliser ( la tte de ) PERCEPTION Avoir une vision tridimensionnelle : latrale, profondeur, hauteur Sommet de ladversaire (tte), sommet de la raquette (vision de la rotation), sommet de la trajectoire INTERCEPTION Effectuer des dplacements latraux, en profondeur, et en hauteur Toucher 2/3 des balles en coup droit, 1/3 en revers (latral) Toucher la balle distance du triangle form par les avant-bras colls au corps et joints (profondeur) Toucher la balle hauteur du triangle form par les 2 pieds et la raquette (triangle en hauteur) Toucher au sommet de la trajectoire Toucher au sommet de lextension (tenue : droit + nerfs) PROPULSION Prparer, excuter, replacer le bras, avec un retour par le milieu Construire avec des coups rpertoris : remettre, prparer, conclure Suivre un rgime de flexion ternaire : flexion, extension, flexion. Sommation des coups : action circonflexe, sommation coup (revers), lift (coup droit), tap (coup droit) ; revers, pivot coup droit, attaque coup droit. OPPOSITION Viser trois directions : dans le revers, dans le coup droit, au coude ( quand lautre est dans le zig, le mettre dans le zag ) Soumettre, mettre ladversaire sous le niveau de la balle Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 215. 215 EVALUATION Evaluer la cohrence de lchange, projeter, prparer Trois rles : joueur, coache, arbitre Etre exemplaire, exemplifier Etre la hauteur sans dcrocher de la base Respecter les ascendants, assumer, soumettre les descendants (avoir lascendant sur, sommer de) Lthique de responsabilit qui trace la ligne excitante dnivel permet la continuation du dsquilibre zigzag. Car sinon, celui-ci pourrait conduire au rigorisme, la psychorigidit ou encore lgalitarisme anarchique (construction rampante, reptations fourbes). Mais il faut noter quil y aurait dautres faons den assurer la continuation. Au demeurant, celle-ci est lue parce quelle cre la ncessit du zigzag : on ne peut monter en brlant les tapes, donc il faut monter graduellement, donc en zig-zag. 74- Jouer complet La position initiale de qui joue complet, cest dtre la priphrie (pas isol). En effet, lattitude discrte fait cho la prdication de jouer mi-distance qui conduit se tenir mi-distance (1 2 mtres), toucher la balle en phase descendante (priphrie du rebond) et laccrocher (priphrie de la balle), flchir pendant la propulsion (amortissement, priphrie de la trajectoire). La position finale, cest lomniprsence. Aux ides de jouer partout et jouer complet correspondent effectivement les faits de pratiquer dans toutes les salles (domicile et extrieur), donc dans toutes les conditions (notamment en crois lchauffement), mais encore dtre dans toute la salle (y compris sur le banc adverse) et de parler du jeu hors de laire de jeu. Dans lchange, on est plac milieu de table pour couvrir toute la latralit de la table, on joue certes en phase descendante, mais on accompagne en rotation avant et recule en rotation arrire (couvrir la profondeur). Le jeu est par consquent complet : on effectue coups droits et revers, attaques et dfenses, rotations arrire et rotations avant, et on cherche complter son jeu, inclure des nouveaux coups (dfense coupe revers au sommet) grce lentranement avec des nouveaux joueurs. La balle est envoye sur toute la table, on varie les placements, on utilise les trois directions et les deux profondeurs (2 rebonds/long) pour faire faire des fautes et jouer mi-distance. Allant de la priphrie la totalit, il sagit ainsi de faire le tour, pour qui joue complet. Les circumductions qui peuplent la technique en sont des preuves. Lexposition initiale consiste tre un coquipier, une partie, un lment dvou au tout. Au principe dabngation qui commande de jouer pour lquipe correspondent en effet les actes dtre n2 de lquipe, de jouer en premier pour soulager les autres du stress, davoir une quipe complte, mais surtout de participer tous les entranements, toutes les rencontres, toutes les parties, qui plus est de faire le double, donc de jouer pour le partenaire en variant son jeu (dans une direction en remise de service, donc la variation sopre sur le plan des rotations (coup, lift, sans effet)). Au final, il sagit dapparatre comme entit fdratrice. Ainsi on veille arrondir les angles , ce qui implique de dsamorcer les conflits : larbitrage la parole est conciliante, dans la salle on veille ne pas trop sisoler (image trop comptitive), on ne coache pas, ne prend pas de temps mort, de prise de position lors des conflits. On recherche galement la prsence de tous les membres, et notamment des leaders, mais on tient la rotation des effectifs. On sintgre son quipe (chauffer les autres, parler), qui plus est on inclut les nouveaux joueurs en sentranant et en schauffant avec eux, allant mme jusqu schauffer en crois (parfois avec une balle pour quatre). Quant soi, il sagit de ne pas tre divis par le stress, partant de sconomiser physiquement (pour viter dtre vid et de trop cogiter), donc de jouer calme (activation moyenne) et Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 216. 216 dtendu. Ainsi, de la mme faon que le commerce spatial consistait faire le tour, il sagit ici de faire le tout. La ractivit se porte ds lors contre ce qui est fracture, rupture, coups. On se dpartit de tout ce qui est saillant, vitant subsquemment deffectuer des dplacements latraux, ou de rester bloqu sur une de ses erreurs ou du partenaire. Lopposition active ces vices consiste viter ou dvier ses lments frontaux. L encore, on arrondit les angles, on est centr, on effectue des dplacements circulaires, avec une jambe bquille. Dans la propulsion, il sagit de produire des trajectoires varies et courbes, mais surtout de jouer lourd pour imposer la lenteur et rendre statique, cest--dire produire des rotations grce un contact long et dur en phase descendante ( travailler ses balles ) et une transmission de poids la balle grce la prhension ferme dun bois lent et de deux backside sans colle rapide pour faciliter laccrochage. On veille ainsi rendre ladversaire statique et lui faire faire des fautes grce lutilisation dune tranche revers pour produire des balles trs coupes. La logique oppositionnelle consiste en ce sens contourner et arrondir. Qui joue complet pratique tout le temps : il participe aux entranements, aux rencontres, toutes les parties de la rencontre (double), tous les points de la partie, toutes les balles de lchange. Il ne prend pas de temps mort rglementaire, joue en premier de A, cest--dire en premier et en dernier (19h15/19h35 versus n2; 20h35/20h55 versus n1 ; DB A 21h15/21h35 ; 3me 22h15/22h35 versus n3). Il est dautre part toujours occup : il parle, observe (depuis le ct, debout), se prpare, joue, analyse, dcouvre de nouveaux joueurs (jeunes). Cette omniprsence ne va pas sans considration la longvit, partant lendurance. Dans lide de maintenir son rang dans une quipe qui se maintient son niveau, il veille se prserver : lchauffement est court (il le fait pour les partenaires), il est sur le rgime de lendurance capacit (long/lent), il vite le double quand le score le permet, et dans laire pousse la balle avec le pied pour prendre le temps daller la chercher et rcuprer entre les points. Le rythme est lent, on joue lourd pour imposer la lenteur et on use dune parole intempestive ( ladversaire pendant la partie, au partenaire la fin, lanalyse sur le banc). Le temps propre au jouer complet est ainsi un temps circulaire, infini, cyclique. La dtermination de ces lments nous permet daccder celle de la forme. Qui joue complet est un maillon, une partie du tout que constitue le monde, une partie priphrique dun systme cocentrique, un satellite dune sphre. Laltration de cette forme, cest la dsolidarisation queffectue ce qui scinde, rompt le tout, le saillant, les -coups, ladversaire qui ne simprgne pas de lensemble et divise, comme une enzyme. Un vide en dcoule. Ds lors, la dformation qui maintient la forme dans lhtronome vise la reconstitution de soi comme partie et de lensemble comme tout. Il sagit de se donner au tout (abngation) pour le rassembler, le complter, faire le tour pour refaire le tout. Cest oprer une boucle, partant circuler. Le rythme propre de ce mouvement tant celui de la lenteur et de lendurance, nous pouvons dterminer le dsquilibre du jouer complet comme circuler- endurance. Nous pouvons comprendre lthique comme lment de ce dsquilibre circulatoire, ambulatoire. Lide dviter de jouer sur un coup ou par -coups vise contourner le saillant. Elle intervient en effet comme huile paisse de graissage et de connexion, elle veille tourner autour du pot, arrondir les angles , fait dans la douceur et la rondeur. Evitant toutes frictions, elle dambule dans le monde pour faire le tout un et indivisible, le consolidant dans des circonvolutions. Depuis ce processus, les lments circulaires sont conus comme biens, car ils permettent au circuler-endurance de saccomplir. Le monde est ensemble de rouages, Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 217. 217 m par des rotations priodiques. Nous pouvons galement mettre jour lactivit thique. La ligne sociale qui apparat bnfique depuis ce dsquilibre, cest la circonfrence, le pourtour. Or lthique de solidarit lrige en ligne excitante : elle est lorbite des choses. Il sagit en effet de rendre possible lattirance des corps en densifiant leur relation par la gravitation, en les alourdissant. Le poids des choses est ainsi conu comme bien, les lments pesants sont lis par le circuler-endurance. Le monde est ensemble de pressions. Nous pouvons donc dcrire, dans sa positivit, le processus defficience de lthique de solidarit sur le dsir- dsquilibre circuler-endurance. Lefficience thique consiste ici apporter au dsquilibre la nuance gravitante pour lui assurer des conditions de perduration. Dans sa dimension rflexive, les lments circulaires sont activement perus comme orbites. Dans la lecture du tableau, on effectuera les passages en circonvolution. Circuler-endurance PROCESSUS DESIRANT (Inconscient thique) PROCESSUS DEFFICIENCE (Cration thique) REPRESENTATION Exigence jouer complet Ne pas jouer par coups Etre toujours occup Solidariser Graviter, attirer les corps PERCEPTION Avoir une vision priphrique et globale : faire un tour dhorizon des capacits Avoir toujours un contenu perceptif (jeu depuis diffrents points de vue) Avoir une vision avise (lourde de connaissances, mtier) Observer les ractions de ladversaire INTERCEPTION Effectuer des dplacements circulaires avec une jambe bquille Toucher en phase descendante Incurver le train infrieur, accompagner avec le corps Toucher en phase descendante Amortir, ralentir : accompagner la descente avec le corps PROPULSION Utiliser tout le corps Oprer des circonductions avec les diffrents segments Frotter la balle la priphrie Faire tourner la balle, produire des rotations Produire des trajectoires courbes Accompagner la propulsion Accrocher longtemps avec un bois lent tenu fermement et des revtements trs adhrents Produire de fortes rotations Alourdir la balle (effet magnus) OPPOSITION Cercler, circonscrire : placer au centre Varier les rotations Placer au centre : rendre statique, sans lan Faire plier : alourdir avec des rotations coupes EVALUATION Arrondir les angles : tourner autour du pot , a roule Faire tourner les effectifs Coincer linterlocuteur pour discuter ( il est lourd ) Intgration de tous : a colle , on compose , ambiance Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 218. 218 Lthique de solidarit permet la continuation du dsir circulatoire ( a roule ). Elle lui vite de devenir endurance lancinante. Mais il y aurait dautres moyens de continuation. Pourquoi celle-ci, ds lors ? Parce quelle assure la ncessit du circuler-endurance. En effet, assembler les corps en un seul ne peut se faire de faon centrale, puisque ce serait le faire sur un rgime monarchique, autocratique. Do la ncessit de combler les trous en souplesse et lier les lments un par un, partant sur un long temps, donc sur le registre du circuler- endurance. 75- Jouer franc jeu La position initiale de qui joue franc jeu, cest dtre lextrieur (tranger, ailleurs). A lide de jouer lextrieur correspond effectivement laction de sentraner dans les autres salles ou clubs, avec des nouveaux joueurs, dans des lieux o cultiver son physique, ou encore de schauffer hors de laire de jeu et dans les autres aires de jeu. Tout est dautre part orient lextrieur, il sagit de se dpenser physiquement, jouer bien chaud, transpirer (serviette) pour sentir un bien-tre. La position finale consiste se retrouver partout. Aux ides douvrir le jeu, jouer loin, dans toute laire, ou encore dtre un chasseur , font en effet cho les actions daller partout hors de laire de jeu (bancs, autour, vestiaires), mais encore, en utilisant les temps morts pour aller sa serviette, celle daller vers le fond de laire ou de se retourner vers le banc (posture). On joue galement de prs loin des changes o la balle parcourt des espaces de plus en plus vastes, effectue des grands dplacements latraux et en profondeur dans toute laire de jeu, et mme au-del, la mobilit du corps est globale, allant de la position flchie (qui va souvrir dans lextension) aux bonds (extension du train infrieur ; utilisation de lespace arien) ou aux sautillements entre les points et aux gestes blanc pour sactiver. La logique positionnelle consiste en ce sens sortir, franchir. Lexposition initiale, cest dtre exhib. Aux vux de franchise, ceux de jouer en perf , correspondent le fait de jouer en A sur des joueurs plus forts, sengager fond et non pas feindre dtre plus faible, se dfouler et dpasser ses limites (100%, fatigue physique, puisement), mais encore celles dencourager fond (sifflet de carnaval), conseiller voix haute, extrioriser ses motions (commenter, crier sans retenue lors dune belle russite ou dun chec), sadresser ladversaire lors de larbitrage. Lexposition finale consiste tre reconnu. Aux ides de salaire corporel, didentit corporelle ou de culture sportive correspondent ainsi la posture de victoire face au banc et la dmarche lente assure entre les points, ou les bras ballants et la dmarche nonchalante de la dfaite. Il sagit dtre reconnu comme leader, et davoir lesprit de corps, certes pas dcouter le coaching mais de cultiver les autres (haut-niveau). La logique expositionnelle consiste ainsi apparatre tel quon est : cultiver la franchise. Qui joue franc jeu est ractif ce qui lui apparat ferm. Il se dpartit du mesquin, et prfre ne pas faire le double qui occasionne un jeu rabougri. Lopposition active quil opre est par consquent celle douvrir. Aux exigences de jouer fond , spectaculaire et simple , correspond leffectuation de propulsions sans effet, notamment au service o il sagit de servir et remettre simplement pour mettre en jeu, sans variation de rotation et sans masquage (coups bas), et avec peu de varit (service lift ou sans effet et service bombe, poussettes tendues, blocs, contre-attaques). La tactique est connue, qui sert le spectacle (statistique : diagonale) : on sert et remet long et dans le coup droit de ladversaire pour ne pas fermer le jeu, on pratique le ramenage grce une dbauche dnergie physique, on produit des trajectoires tendues et on ouvre les angles ( ne pas jouer dans la raquette ). On est ainsi amen jouer loin de la table, donc faire du top sur top (franchir ladversaire) et de la dfense Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 219. 219 en balles hautes, ou encore prendre quelques risques en lchant des coups spectaculaires (top spin revers en ligne, ouvrir un revers : abduction, aller vers lextrieur). Alors que lactivation est maximale (adrnaline, dopamine) et la vision, globale (pas prcise, en transe, dans les nuages), lengagement physique sans retenue se fait en rassemblant le multiple, avant dexploser pour gagner le point. La logique oppositionnelle consiste ainsi exploser, faire passage dans tout ce qui limite. Qui joue franc jeu joue en outre fond, de faon intensive. Il sentrane beaucoup, toute la semaine (jouer lextrieur), et emmagasine ainsi beaucoup dnergie. Pour tre bien chaud, il effectue un long chauffement et dpasse les 2 dadaptation. Il prend part des changes longs et fond, donc est sur le rgime anarobie lactique (rupture). Son matriel moyennement rapide exige dailleurs cet engagement total. Mais ce rythme est parsem de suspensions du temps : les temps de jeu sont suivis de temps de non jeu, il samnage de longs temps de rcupration en utilisant les temps morts (serviette) et opre une vritable suspension du temps dans la posture (se retourne vers le banc, fait la statue), des pratiques qui vont contre le principe rglementaire de continuit du jeu. Ces temps de rcupration sont ncessaires tant il sagit de dpasser ses limites (franchir la limite des trois coups de moyenne, six coups comme limite), allant jusqu lpuisement pour accder une identit corporelle. Comprenons que le rythme est unitaire, qui ncessite un laps de temps de reconstruction. La dtermination de ces lments nous permet daccder celle de la forme. Qui joue franc jeu se peroit ainsi initialement comme potentiel nergtique, ressources multiples prtes tre mobilises (avoir du cur, de lnergie revendre). Le monde est extranit, contenant les vivres en expansion. Laltration de cette forme, cest la limitation, linhibition quintroduit ladversit comme obstacle. Ds lors, la dformation qui maintient la forme dans lhtronome rsulte de lexplosion de lobstacle, de son clatement. Qui joue franc jeu se reconnat ainsi dans les morceaux, comme celui qui lui aussi mtabolise les nutriments pour devenir nergie rayonnante. Or le dsquilibre qui cre cette forme, cest le jaillissement. Considrant le rgime intensif qui le caractrise, nous pouvons ainsi identifier le dsquilibre luvre dans cette faon de jouer comme jaillir-intensit. Nous pouvons ds lors comprendre lthique comme lment de ce dsquilibre. Lthique douverture est une thique jaillissante sactualisant dans une multitude de mots, thique exhibe et expose franchement dans tous les sens. Dans loptique o il ne faut pas fermer le jeu , tout ce qui relve de lextrieur est ainsi un bien conscientis. Mais on peut galement saisir son efficience. Lthique douverture tient en effet les frontires, lignes sociales, comme biens, marges loin du centre auxquelles il faut tendre. Mais elle les considre comme ligne excitante : elles sont des seuils, des passages, des portes (janus), et non pas des cltures. En rsulte une certaine marginalisation, excentricit. Nous pouvons donc dcrire, dans sa positivit, le processus defficience de lthique douverture sur le dsir-dsquilibre jaillir-intensit. Lefficience thique consiste ici apporter au dsquilibre la nuance excentrante pour lui assurer des conditions de perduration. Dans sa dimension rflexive, les lments limitatifs sont activement perus comme passages. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 220. 220 Jaillir-intensit PROCESSUS DESIRANT (Inconscient thique) PROCESSUS DEFFICIENCE (Cration thique) REPRESENTATION Exigence jouer franc jeu Ne pas se jouer de ladversaire (tre franc, safficher lextrieur) Concevoir les extrieurs comme biens Ouvrir (franchir) Excentrer, rendre excentrique Concevoir les seuils frontaliers comme biens PERCEPTION Avoir une vision globale du champ devant soi Percevoir derrire les lignes de sparation (filet, ligne de fond de table, sparations des aires de jeu) Avoir une vision en transe, sans limites Percevoir les trous, passages INTERCEPTION Toucher loin de la table et lextrieur du sol (en lair) Toucher loin du corps, du centre de gravit, en extension PROPULSION Excuter des coups en dehors de lchange (jeu blanc, sautiller) Envoyer la balle loin de la raquette Abduction, extension. Franchir le polygone de sustentation, se replacer ailleurs Envoyer sans effet : sans centre de rotation OPPOSITION Utiliser des temps morts, hors de lchange Envoyer des balles longues (hors de la table), lancer le jeu Extrioriser : tre expressif, pousser des cris Exporter, dporter Placer la balle l o ladversaire nest pas (pas dans la raquette, dans lintervalle) Coups spectaculaires, spectacle de lopposition : poing lev EVALUATION Communiquer avec les extrieurs, le banc, le public, les journalistes, avec moi Etre vid, avoir dpass les limites (de laire, du temps, de la physiologie) Etre expressif, excentrique ; dire beaucoup de mots ; semballer sur lavenir, de nouvelles performances Lthique douverture permet la continuation du dsquilibre jaillir-intensit. Elle vite en effet quil soit la source dune explosion en son sein, implosion, ou dun puisement des ressources. Mais il y en aurait dautres possibles. Pourquoi celle-ci ? Car elle assure la ncessit du dsquilibre jaillir-intensit. En marge, il doit en effet y avoir le marginal, lexcentrique, sinon linstitution na plus dailleurs, donc plus de respiration ou dchange avec lextrieur, qui plus est son cur napparat plus confortable. Dun autre ct, la ncessit de librer les tensions est complte par lide quelle doit tre faite en marge pour ne pas occasionner lanarchie. 76- Jouer juste La position initiale typique, cest la distance (amplitude, hauteur). Qui joue juste se tient en effet distance de la table (1,5 2 mtres), recul pour grer sa taille et avoir le temps pour percevoir et sadapter, et utilise toute son amplitude gestuelle pour viter les dplacements (extension du bras). Il adopte galement une position haute, pratique les Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 221. 221 services lancs haut et le service en pivot (distance au centre). Sa position finale, cest lquidistance (centre). Hors de laire de jeu, il est au centre (en face de la table A), la table de marque. Visant le point dquilibre et la justesse, il ne joue qu domicile ou prs, sauf quand il y a des rencontres importantes puisque jouer juste ncessite de sadapter en fonction de lenjeu. De la mme faon, il effectue peu de dplacements, refuse les contraintes strictes de dplacements ou de temps, reste qui-libr, utilise donc les pas sauts ou lextension du bras. La logique positionnelle consiste converger, aller lpicentre. Lexposition initiale, cest dapparatre libre. Jouer libr implique de refuser les contraintes constantes, de sentraner et schauffer librement, cest--dire en faisant des matches et de lirrgulier. On sadapte au jeu de ladversaire, mais aussi son comportement, lambiance (pour en tirer le meilleur profit), aux horaires mais aussi on adapte les horaires, on se permet une inconstance quant sa prsence et son heure de prsence. Sans pression, on peut jouer en premier sur les rencontres enjeux, aussi bien quen troisime de A, en base. Lexposition finale consiste se montrer mesur (gestion). Pour faire preuve de relativit et de temprance, on cherche rester lucide, donc calme (pas de contraintes psychologiques de pression) et jouissant dun cerveau bien irrigu, ce qui implique de grer la dbauche dnergie avant la rencontre (20 : reg, service, irr) et pendant une partie (si dfaite envisage, pas deffort). On positive constamment, on est dans la mdiation, le contrle de lmotion, de la ractivit. On veille ne pas nerver ladversaire avec le regard, mais on se pose comme tant la loi du duel, on matrise la tactique (activit interne, silence) et on se met au point dquilibre (juge, capitaine, professeur, leader technique ou convivial, arbitre ayant une connaissance de la rgle). La logique expositionnelle consiste ainsi temprer. Qui joue juste est ainsi ractif lunique, lunilatral, au sens unique. Il peroit comme vices la force, limposition, le frontal, le bourrin, lapplication ou le plaquage, qui sexpriment dans le sans effet, lunilatral et lunidirectionnel. Son opposition active consiste donc multiplier. Il faut en effet jouer en toucher, jouer sur la nuance, donc jouer relch, partant utiliser une technique initiale plastique, fluide (qui peut senrichir, sadapter au coup adverse), utiliser les articulations libres (paule-poignet, tronc), et surtout les segments distaux (main) pour produire des rotations varies. La prhension du bois allround porteur des deux backsides identiques est relche (finesse), le contact avec la balle est long et fin en phase descendante, les points de contact sont multiples. La position requise est haute, qui permet une organisation biomcanique rationnelle, mais aussi une vision priscopique (vision globale de ladversaire, indices dintentions, autant que vision prcise des rotations en matire de qualit et de quantit). Le service en pivot permet beaucoup de variations de rotation pour gagner les points sur le service (piger ladversaire) ou en anticipant le retour (service long dans le revers, puis carter plein coup droit, ou service court mou dans le coup droit, puis top spin rotation au coude). La logique oppositionnelle rside dans laction de dmultiplier. Qui joue juste volue de faon progressive. Il joue tranquillement au dbut de la partie et plus vite sur les fins de manches (points importants). Il est galement sur le mode de la diffrance : il diffre son arrive, il diffre ses propulsions. Qui plus est, il veille sconomiser, sengageant modrment (amplitude bras et mouvement du tronc) et grant le score (enchaner les points pour engranger (gagner vite grce au service), ralentir lors dune mauvaise passe). La dtermination de ces lments nous permet daccder celle de la forme. Celui qui joue juste se peroit initialement comme cerveau, cest un centre de traitement qui soupse les choses, les possibles, en leur attribuant justement une valeur. Le monde est ds lors lensemble des possibles, des potentialits. Laltration cest lhomognisation qui peut Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 222. 222 lui tre impose par une unicit de linformation simposant par la force : cette adversit dforme dans lexacte mesure o elle impose limpossibilit de choisir, oblige sengager dans une seule voie, partant ne permet plus la mise en relief de valeur plus hautes, plus dignes. Ds lors, la dformation qui maintient la forme dans lhtronome consiste mettre en rseau, rticuler, cest--dire diviser ladversaire (non pas en lui enlevant quelque chose mais au contraire en lenrichissant), qui plus est crer le relief. Il sagit donc de dmultiplier, de dployer, dtirer. Or le dsquilibre qui cre cette forme tire, cest londuler. Dans un monde homognis, qui joue juste ondule pour crer des variations. Le rgime propre de cette faon de jouer tant la progressivit et lendurance, nous pouvons dterminer le dsquilibre qui lanime comme onduler-souplesse. Nous pouvons ds lors comprendre lthique comme lment de ce dsquilibre. Lthique de temprance, sadaptant et se dployant, ondule dans le monde. Les hauts et creux sont dautre part conus comme biens et on exige de maintenir les possibles, le multiple. Nous pouvons galement comprendre lefficience thique au regard de ce dsquilibre. Lthique de temprance met certes en relief les mdianes, lignes sociales, comme biens. Mais elle peut galement les percevoir comme ligne excitante, savoir mdiatrice, modratrice, ligne de dploiement. Ce faisant, lthique adjoint au dsquilibre la nuance oscillante, lisant les oscillations de part et dautre de la mdiane comme biens. Les nuances compossibles sont des biens. Nous pouvons donc dcrire, dans sa positivit, le processus defficience de lthique de temprance sur le dsir-dsquilibre onduler-souplesse. Lefficience thique consiste ici apporter au dsquilibre la nuance oscillante pour lui assurer des conditions de perduration. Dans sa dimension rflexive, les lments hauts et bas sont activement perus comme biens. Au cours de la lecture du tableau, on verra les passages alternatifs des haut et bas, le dploiement de lamplitude la finesse. Onduler-souplesse PROCESSUS DESIRANT (Inconscient thique) PROCESSUS DEFFICIENCE (Cration thique) REPRESENTATION Exigence jouer juste Ne pas jouer comme un bourrin Maintenir la hauteur, la dignit, lexcellence Temprer : considrer la mdiane comme bien Osciller : nuances, dmultiplier, finesse (quilibre) PERCEPTION Observer les dtails Etre conscient des possibilits tactiques Vision priscopique (du global aux dtails) INTERCEPTION Excuter des gestes amples Dmultiplier son corps (segments multiples), coup droit et revers, et les points de contact avec la balle PROPULSION Utiliser les segments distaux et fins : main Produire des rotations Aller progressivement du lent vers le rapide Masquer le point de contact et produire diverses rotations Masquer la direction de la trajectoire OPPOSITION Ecarter dune position de contrle Ajuster Jouer au coude : multiplier le choix pour ladversaire et le mettre en porte faux EVALUATION Positiver Niveler par le haut Peser le pour et contre, discuter Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 223. 223 Lthique de temprance assure la continuation du dsquilibre onduler souplesse. Elle lui vite de devenir rigide ou trop ample, ou encore linverse tourbillonnant. Mais pourquoi cette nuance oscillante lui est-elle adjointe et pas une autre ? Car cette thique assure la ncessit de londuler souplesse. La ncessit de lamplitude est en effet relativise par celle de la modration de lamplitude des valeurs. Linstitution a besoin du cap, de lquilibre, de la mdiatrice. Si elle vit de ses ingalits internes, de ses diffrences de potentiels qui font vivre (oscillation : +/-), celles-ci ne doivent pas tre trop importantes. Do le recours londuler pour assurer la souplesse des diffrences. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 224. 224 7- Conclusions 1- Une conceptualisation de lefficience thique 11- Une dmarche philo-anthropologique Poser la question de lefficience thique engage une approche philosophique complexe. Celle-ci ne vise certes pas rduire la fracture entre ide interne et action externe, puisquau contraire elle participe dune perspective spinoziste o esprit et corps sont une seule et mme chose conus sous des points de vue diffrents. Nous avons ainsi refus de poser le problme de la libert, sous-jacent celui de lefficience, dans les termes de Livet (05, p10) : comment des effets dtermins peuvent-ils avoir une cause qui ne lest pas ? . Il sagit en effet dune fausse question, car pour opposer cause et effet on en rfre deux conceptions diffrentes de la dtermination : la cause efficiente nest pas indtermine, bien plutt elle est dtermine par elle-mme pour constituer une libert concrte. Mais nous avons rencontr le problme philosophique du commencement : comment commencer penser lefficience thique si nous avons conscience du fait que le lien du sens aux actions est souvent biais ? Les discours finaux et transcendants ne semblent en effet pas pouvoir passer limmanence des actes effectifs. Ce constat ncessite de replacer lthique dans le monde, partant considrer les thiques formules par les acteurs. Ceci ne peut aller sans gard la subjectivit de ces derniers. Cest dailleurs du point de vue du sujet que la scission du sens et des actes napparat pas, alors quelle se fait jour quand on prte des intentions aux autres. La scission potentielle se pose ds lors comme subjectif versus objectif : alors quen science on se trouve devant des prsupposs objectifs qui peuvent tre limins par une axiomatique rigoureuse, les prsupposs philosophiques sont subjectifs autant quobjectifs (Deleuze, 68, p169). Il a donc fallu oprer la destruction de limage dune pense qui se prsuppose elle- mme, la gense de lacte de penser dans la pense elle-mme (p182). Lpistmologie de la question de lefficience visait ainsi accder une pense immanente non-reprsentative. Mais il ne sagissait pas de faire table rase des prjugs, rendre par dcret lme vierge face au mystre du rel, comme lindique Bachelard (38) dans sa critique de la philosophie. Celui-ci oppose en effet la science comme connaissance mdiate, rsultant de modifications des principes de la connaissance, et linstinct conservatif de la philosophie qui pose un esprit pourvu de toutes les catgories indispensables pour comprendre le rel. La philosophie qui dcouvre les vrits premires naurait ds lors pas dgard au contingent de lobjet, alors que la science serait formative, rsultant dune modification psychologique contre une connaissance antrieure : pour inventer, la science prend un autre point de vue sur le phnomne, et comme il lui faut lgitimer son invention, elle pense le phnomne en critiquant le phnomne des autres, partant formule les objections en objets et les critiques en lois. Bien au contraire, il sagissait pour nous de crer les conditions cognitives dune comprhension de lefficience thique, et pour ce faire partir des prjugs, des jugements moraux de la pense reprsentative pour accder une pense non-reprsentative. Il sagissait justement de prendre un autre point de vue sur le point de vue pour sortir de la pense finale. Cest proposer de faire une philo-anthropologie dont lobjet est de sens et daction, la posture de rflexion conceptuelle et de frquentation des acteurs. Pour viter de poser la question de savoir sil y a ou non une vraie thique sportive, entendu quen ce cas elle doit tre efficiente quant aux actions effectives, notre dmarche a en Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 225. 225 outre consist postuler quelle existe. Ctait se donner les moyens de poser radicalement la question de lefficience : si lthique existe, que fait-elle ? Il ne sagissait aucunement dadopter une posture lgitimiste, puisquau contraire nous cherchons sortir du dbat idologique. Il sagissait bien plutt de crer les conditions dune objectivation de lefficience thique, ce qui implique de considrer dans une dmarche complexe sens et actions, conscient et inconscient, motivation et institution. A partir de ce point de vue construit avec les acteurs, en veillant ne pas les dpossder du sens de leur pratique, nous avons cherch comprendre en quoi consiste lefficience du sens thique sur les pratiques. La conceptualisation qui en mane nest pas abstraite, mais bien plutt sest forge dans un processus de recherche qui toujours sest confront lexigence empirique : ne jamais rien avancer qui ne vienne des acteurs et ne soit constatable en ralit. Le corps et laltrit interviennent ici comme ce qui force la pense penser contre ses tentations unifiantes et transcendantes. La description de la ralit des pratiques au regard de lide ainsi construite et la vrification des lments en sont une preuve. Notre approche comprhensive a ainsi aboutit une description. Celle-ci a dailleurs pour but de faire comprendre en faisant intgrer une conscience thique agissante. On pourrait ds lors douter que les rsultats soient scientifiques. En effet, la description se fait avec des termes qui portent une dimension valuative. Alors mme que nous prtendions en faire un repoussoir mthodique, nous ne serions pas sortis du systme du jugement. Mais il faut noter dune part que nous nous dpartissons du jugement en tant quil est systme, superstructure dconnecte de lefficience, et dautre part que nous navons aucunement lambition de purifier le vocabulaire utilis de tout lment prescriptif. Il sagit au contraire de sinstaller dans certaines valuations des acteurs pour en dcrire, de lintrieur, le dcoulement dans laction. Mais lesdits rsultats ne seraient-ils quun simple pralable lexplication ? Une propdeutique la formulation dune hypothse testable ? Nous pourrions en ce sens projeter de voir jusquo les catgories mises jour fonctionnent en ralit. Notre dmarche serait-elle ainsi prscientifique ? Nous distinguons au contraire avec Dilthey entre sciences de la nature qui expliquent et sciences humaines qui comprennent, cest--dire laborent un mode dintelligibilit compatible avec la libert. Cette distinction fait dailleurs cho celle que fait Kant entre jugements dterminants qui dterminent du particulier sur la base de lois gnrales et jugements rflchissants qui recherchent de la gnralit dans les particularits de lexprience vcue. Mais pour finir, notre dmarche ne serait-elle pas la seule utilisation dune mthode idale-typique wbrienne, laquelle vise concilier gnral et particulier avant dlaborer une modlisation, qui elle est le vritable objectif scientifique et que nous natteignons pas ? A cela nous rpondons que nos faons de jouer ne sont pas une fiction qui aide la frquentation du terrain, comme chez Weber. De plus notre description nest pas un moyen mais un but. Certes nous navons procd aucune exprimentation rigoureuse, qui plus est reproductible dans le temps avec les mmes donnes. On serait ainsi oblig de nous croire sur parole . Les vrifications exposes peuvent dailleurs apparatre unilatrales, puisquil sagit chaque fois de confirmer lappui sur les acteurs. Ceci pourrait constituer un retour au prjug dnonc par Bachelard. Bakker, Whiting et Van Der Brug (92) indiquent ainsi que lesprit veut maintenir les choses simples : on focalise sur la frquence plus que sur la probabilit, on retient les informations qui confirment une opinion, on traite une question en fonction de ce quon possde accidentellement, donc les informations les plus accessibles jouent un rle dmesur. Nous pourrions ainsi nous voir objecter que cette exposition ne constitue aucunement une vrification scientifique, mais bien plutt une collecte de cas favorables. Nous ne prsentons effectivement aucun lment qui pourrait aller contre ce que Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 226. 226 nous avanons. Alors mme que nous nous dpartissons des conceptions psychanalytiques, nous tombons sous le coup de lobjection popprienne leur encontre (comment mettre lpreuve le fait que toute angoisse a une origine sexuelle ?) : comment soumettre des tests scientifiques notre thse au sujet de lefficience thique ? Cependant notre travail se veut avant tout approche comprhensive dune ralit empirique, au regard dune question quil ne faut pas luder malgr la difficult de son traitement scientifique. Nous avons dailleurs montr les risques dlusion. Certes, lhypothse il y a une efficience thique est testable, mais pour autant quon prjuge de lefficience. De plus, prjuger va contre lexigence dcoute de ce quest lthique pour les acteurs. Au pire, on ne ferait que mettre nos prjugs lpreuve de ceux des acteurs, alors quil sagit pour nous de faire corps avec le monde plutt que de le mettre distance pour le tester ; le test irait en ce sens contre le principe damour intellectuel (Bourdieu, 93). Au contraire, une vritable approche comprhensive ncessite de passer par les acteurs, sachant que leurs propos thiques sont mis lpreuve de notre observation des faits. Lexigence de ne pas luder la question commande en effet de construire tous les lments de mthode. Nous nous constituons ainsi mthodiquement en intermdiaire qui permet de relier sens et action. Le processus est ttonnant, qui sachve une fois que le lien est fait sur un plan qui nest plus celui du systme du jugement. Alors nous disparaissons de la relation entre sens des acteurs et actions des acteurs, nayant plus qu expliciter ses modalits avant de les analyser. La seule preuve laquelle nous soumettons les propos des acteurs sur leur pratique, cest donc celle des faits vcus en commun, au sein du processus de sortie du systme du jugement. Nos conceptions philo-anthropologiques sont donc nes au contact des donnes empiriques. Jamais une ide nest dcroche de sa base empirique, au contraire elle se cre dans des allers-retours de lide sa dclinaison concrte, et relve dajustements constants. Qui plus est la multiplication des points de vue qui est la source du recueil des donnes relativise cette tendance avancer des preuves qui ne sont pas des preuves. Nous sommes dans le multiple, et non pas dans la preuve unilatrale. Les exemplifications sont en outre par elles-mmes tout fait critiquables, autant du point de vue du sens que du point de vue du nombre. Si nous nindiquons pas le pourcentage de vrification dune catgorie, cest pour viter toute pratique illusoire qui ne ferait que mimer les signes extrieurs de la science. Mais surtout, cette exigence de vrification a constitu un moteur du processus de production des rsultats. Une catgorie est en effet induite sur la base de sa rcurrence. Elle est rencontre in situ, dans les entretiens, et souvent mise en relief par la charge motionnelle quelle porte. Or nous soumettons cette lecture immdiate du monde une logique mdiate de vrification. Cette exigence de la preuve a ainsi t luvre dans le travail dinduction, a occasionn nombre dajustements et dallers-retours de linduction la vrification. La dmarche va contre la pense unifiante ou le plaquage catgoriel, contre la hirarchisation htive ou le plaquage logique qui lit tel lment comme catgorie et tel autre comme dclinaison. Elle est philo-anthropologique. Mais les rsultats ne seraient-ils pas ds lors trop particuliers, ancrs quils sont dans un terrain par trop singulier (pratiques de sens et daction dans le tennis de table briochin, au cours de la saison 2005/2006) ? La spcificit des thiques et des pratiques renverrait en ce sens une spcificit de lide. Mais il faut noter que nous apportons une certaine modlisation de lefficience thique : elle est nuance adjointe certains points du commerce au monde que constitue le dsquilibre propre au mouvement qui la sous-tend. Certes laction est processus dynamique en constante redfinition en fonction des rsultats, moyens, vnements intermdiaires : la situation est dynamique et lacteur est en mouvement. Mais Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 227. 227 ceci ne va pas contre notre thse sur lefficience thique, puisque la nuance dont on parle est saisie au sein dlments htrognes lis dans un processus dynamique. Cest dailleurs le rapport lhtrogne qui constitue laspect prouvant de notre travail. En rsulte certes une certaine irrgularit : nous avons conscience que la complexit cre de possibles relchements (certaines dmarches sloignent dune dfinition dure de la science) et des ruptures dans lcriture (les textes vont du philosophique lanthropologique et aux staps). Du liant est au demeurant trouv entre rflexion et description dans le discours indirect libre. Qui plus est, la globalit se retrouve autant dans lide que dans le texte, labors partir dun dsenveloppement de sens (sortie du systme du jugement) et dune reconstruction par couches (gnalogie). Au final, cest donc surtout la mthode labore qui est reproductible : toute nouvelle recherche prcisera ainsi la conceptualisation de lefficience thique partir de donnes nouvelles. 12- Une ide complexe Cest dans cette perspective que nous avons pu avancer que lthique est pice du dsir, du processus motivationnel. Elle est le langage symbolique des passions (Nietzsche). Si certes elle est lment conscient du dsir, elle nest pas conscience de soi comme lment du dsir, elle nest pas conscience de ses causes passionnelles. Au contraire, elle est conscience mergente au sein des sources inconscientes que sont le corps et le social. Lthique est en ce sens mouvement parce quelle nat dans le mouvement. Le mouvement prexiste sa conscience. Dans une perspective vitaliste, nous concevons le mouvement comme anima, vie, qui est la source de lmergence de la conscience. Le dveloppement de la conscience est dpendant du mouvement corporel. Ce sont ainsi les actions effectives qui crent les capacits conscientes daction, partant lefficience thique. Dans lexprience chaotique du monde sont en effet dcouverts de faon contingente certains dsquilibres enregistrs comme biens en fonction du plaisir qui y est associ, ou mieux, en fonction du sentiment dexistence qui saccrot. La conscience thique est ainsi mouvement idel immanent un mouvement corporel. Mais elle dispose galement dune puissance propre sur les mouvements objectifs : cest dans cette activit que nous distinguons son efficience. Si lthique nest pas cause et quelle est effet, elle est du moins effet puissant. Lthique est en effet llment conducteur du dsir dans linstitution : la conscience ne connat pas en amont les causes de la dtermination des lments qui lui apparaissent comme biens, mais elle peroit en aval le chemin prendre pour continuer de lier ces biens, cest-- dire pour faire perdurer le processus du dsir au sein de linstitution. Lthique nest pas conscience de ses causes passionnelles, mais elle est conscience du bien des effets de ses causes. La conscience qui nat dans le mouvement devient ainsi thique par le travail quelle effectue : dans un monde qui ne lui est plus chaotique, mais bien plutt cod et rgularis, elle recre pour elle-mme les conditions de son accomplissement. Lefficience thique tient en ce sens son travail sur les lments du monde. Dans un milieu par trop htronome, le dsir ne saccomplit pas. Le chaos renvoie linhibition ou la fatigue, le cosmos renvoie au statique, au moteur immobile. Au lieu de cela, le dsir coule dans le chaosmos (Deleuze, Guattari, 91). Lthique travaille chaos et cosmos pour y insuffler la vie. Elle rticule ce qui se donne entier, indiffrent au dsir. Elle opre ainsi une dterritorialisation, une transformation du territoire social qui permet lcoulement du dsir. Linsistance thique sur une dimension institutionnelle redistribue les lignes du territoire et permet lcoulement du dsir. Il sagit en effet de transformer une ligne sociale en ligne daccomplissement du dsir, ligne excitante, voie qui lie les lments htrognes conscientiss comme biens ; linconscient est la cause du fait que ces lments sont reconnus comme biens lier au fil de laction. Lthique modifie le Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 228. 228 dsquilibre en tant quelle cre la ligne excitante, car elle exige par l de lier selon un certain ordre et une certaine forme des lments htronomes dans lordre du social. Le mouvement devient ainsi dtermin par la faon dont le joueur relie les lments sociaux (par exemple la balle, la table, le filet et ladversaire) : il est dsquilibre de lun lautre, au regard dune ligne excitante qui donne forme ce dsquilibre. Homognisant les lments htrognes dtermins comme biens en leur donnant une forme commune, lthique adjoint ainsi une nuance particulire au mouvement qui les relie. Lefficience thique est en ce sens une affaire de perception. Son activit est en tant que telle perceptive. Elle nopre qu certains moments du processus actionnel, ne cre pas laction effective ex-nihilo, mais elle insiste sur certains points du commerce au monde. Au demeurant, cette perception est gorge de rflexion. Elle peroit dans son inconscient, non pas ce qui la fait tre ainsi, mais ce qui dans le monde lui permettra de perdurer. Or elle est rflexive dans le sens o elle adapte ainsi le dsir linstitution. La conscience thique fait en effet porter une attention particulire des lments du monde comme cosmos pour y retrouver la frquentation du monde comme chaos. Dans cette perspective, le conscient nest certes qu certains points de laction, il est perception de points entre lesquels il y a mouvement et que le mouvement doit relier selon une certaine nuance. Mais cette intermittence ne constitue pas une perte du mouvement. En effet, elle est perception immanente au mouvement. La particularit de cette perception vient de ce quelle est dj une pice du processus actionnel. Deleuze (83) crit ainsi que si le monde sincurve autour du centre perceptif, cest dj du point de vue de laction. Par lincurvation, les choses me tendent leur face utilisable, en mme temps que ma raction retarde, devenue action, apprend les utiliser. Percevant les choses, je saisis laction virtuelle quelles ont sur moi en mme temps que laction possible que jai sur elles. En fait la perception dispose de lespace dans lexacte mesure o laction dispose du temps (Bergson, 97, p183). Tant que la conscience ne rabat pas le temps sur lespace, elle a en ce sens une activit effective dans sa prise rflexive sur lespace qui conditionne le processus temporel de laction. Du point de vue de la perception, ides thiques et actions sportives sont ainsi embrasses dans une mme vise. Ce faisant, lthique rend ncessaire linstitution laccomplissement du dsir, le dsquilibre. Celui-ci devient anamorphe linstitution code du sport : les buts ne sont que des points de passage dans le langage du dsir, mais ils peuvent apparatre comme finalit, cest--dire comme lments institutionnels. Cette ncessit nest pas alination du dsir, mais condition de son accomplissement. Lthique cre les conditions sociales de la ncessit du dsir. Lthique est certes le langage symbolique des passions , mais cest une formulation efficiente, la condition dacceptation du dsquilibre : le bien est conu comme besoin et comme finalit, lexpression du dsir en forme de besoin rend le dsquilibre ncessaire. Lthique porte le dsquilibre aux conditions ontologiques du social pour que celui-ci ne ltouffe pas. Si le dsir napparaissait pas ncessaire, alors le jugement moral a posteriori le condamnerait. Lefficience thique nest pas assignation de fins atteindre, qui consacreraient larrt du processus, mais dtermination de points de passages interprtables comme fins. Ceci renvoie la thse de Kant (88), qui pose la question de savoir comment appliquer une loi de la libert dans un monde de la causalit naturelle : il sagit, dans la production dun schme par limagination transcendantale, de transformer la loi morale en loi naturelle, dimaginer que la loi morale est loi de la nature, investit tous les lments physiques. Le concept defficience se raccroche en outre aisment la tradition philosophique de lthique comme bon usage des passions : lthique confre la passion de gagner non pas un but mais une bonne forme passionnelle. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 229. 229 Mais lthique accomplit galement linstitution : elle la rouvre constamment et y insuffle la vie sans quoi triompheraient les forces inertiques demprisonnement de la vie. Le dsir est cela mme qui a construit linstitution sportive, mais celle-ci a en effet tendance rabattre le rsultat sur le processus, na de cesse de le fixer. Elle tarit le dsir, le dsir a tendance samenuiser. Do la ncessit dune thique de plus en plus forte. Car si le flot des eaux navance pas sans cesse, celles-ci dgnrent en une masse boueuse de conformisme et de tradition (Milton, 44). Au sein de linstitution, la praxis est constamment mue en poesis : lthique lui rend sa gratuit. Linstitution en train de se faire ncessite le dsir comme moteur, mais elle ne cesse aussi de le nier par son activit denregistrement qui la construit fortement : lthique est alors ce qui rend au dsir sa force motrice. Qui plus est lthique vite la friction du dsir et du social. Elle permet la transformation du moi ( je suis le bien ) en soi ( linstitution maccepte comme forme du bien ). Certes lintgration des postures se fait de lextrieur, par mimtisme, mais cette adaptation aux lignes dquilibre ncessite une structuration intrieure. Il faut ainsi considrer que le dsquilibre est toujours habit par une force thique (ladulte cadre lenfant). Chaque dsquilibre prserve son existence par le fait mme davoir une forme, cest--dire par le fait mme dtre habit par une force thique. Il ny a pas de dsquilibre abstrait. Si nous en avons dtermin certains par un verbe intransitif, ctait pour le mettre en relief. Mais il faut considrer que le dsquilibre est toujours dans des formes, que lthique est toujours prsente, quelle vienne du social (morale) ou du sujet qui sagence des espaces de libert dans le social (thique). Au final, la rflexivit thique relve de lambivalence : elle rsiste au cosmos statique autant quau chaos dynamique, elle cre le chaosmos. 2- Discussion 21- Les discours sportifs Cette conceptualisation de lefficience thique, construite mthodiquement partir de lidentification du systme du jugement dont il faut se dpartir, constitue en elle-mme un moyen solide pour sortir du dbat idologique. Celui-ci opre sur lunique plan de lquilibre, dvaluant le dsquilibre qui seul est capable de rendre compte du lien des htrognes. Les apologues du sport ne font en effet que montrer, quand ils y arrivent, la correspondance des quilibres dides et dactions. Pour assurer la connexion des unes aux autres, ils versent dailleurs aisment dans lincantation. Mais la critique de cette posture limite, qui nest que contre-idologie. Si elle sattache certes montrer la scission des plans dquilibre, elle se voile la face quant aux dsquilibres rels dans son jugement du mouvement sportif. Do son incapacit saisir la substance sportive. Brohm voit en effet en elle une entreprise mortifre, iatrognse sportive : les sportifs qui se dfoncent pour se raliser se ralisent en fait dans la dfonse, cest--dire se dtruisent dans un processus de thanatose prolonge (in Brohm, Baillette, 95, p294). Cest pour lui le dsquilibre quentrane la spcialisation sportive qui est mortifre. Il semble pourtant que la vie est en elle-mme dsquilibre, qui cherche perdurer. Au final, les deux partis considrent lthique comme quilibre et dnoncent le dsquilibre chez ladversaire. Or si lefficience thique existe, elle ne peut ltre sans gard au dsir vritable, pendant conscient du dsquilibre propre au corps affectivo-pulsionnel (Moscovici, 91). Lefficience thique se comprend au regard du processus singulier du dsir, auquel elle adjoint activement une certaine nuance. A contrario, nous pouvons rhabiliter ici la rfrence symbolique De Coubertin. Dans son uvre de construction du no-olympisme, celui-ci a en effet conscience du dsquilibre quand il oppose pulsion vitale et technique sportive : lantinomie des sports Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 230. 230 entre eux est peu explicite puisquils reposent tous sur le mme soubassement de joie musculaire et de dveloppement corporel pralable. Leur pidestal psycho-physiologique est identique. Mais les sportifs du 19me taient convaincus que la technique dun sport tait contraire celle dun autre (Coubertin, 10). Il assimile en outre dsir et dsquilibre, prcisant que lexercice cesse dtre sportif quand il cesse dtre passionnel (lettre olympique du 27/04/19, in Dury, 94). Mais cet effort appelle contrainte sur soi : il est donc agent de perfectionnement moral et social . Coubertin conoit ainsi les lignes excitantes quand il met en avant le lien du dsir au sens et au cap (31) : son action sera bienveillante ou nuisible selon le parti quon saura en tirer et la direction dans laquelle on laiguillera. Lathlte peut mettre en jeu les passions les plus nobles et les plus viles, il peut dvelopper le dsintressement et le sentiment de lhonneur comme lamour du gain . Il a dautre part conscience de la diffrence entre ligne sociale et ligne excitante : le sport, selon le mot dun universitaire, tait une rcration et ne devait rien tre dautre. Lopinion suivait encore lornire (p51). Tout le problme pour Coubertin est ainsi, dans sa manipulation olympique, de changer les lignes sociales pour donner la passion sportive et son esprit un lieu dcoulement qui ne constitue pas un fourvoiement : je revins sans cesse sur lexistence dune gographie sportive distincte de la gographie politique (p121). Au demeurant, il veille ce que lthique soit formulable en termes finaux, nous voulons dire sociaux : si le sport fortifie, il apaise galement. A condition de demeurer un adjuvant et de ne point devenir un but . Largument du simple repos est ici la conscience claire que le sport est dsir qui ragence linstitution, et se meut ainsi son niveau, cest--dire en but. Cest pour ces raisons que Jeu (94) souligne que Coubertin prend conscience de la sensibilit dune poque et est capable de lexprimer : notons quil lui adjoint les nuances qui sont autant de conditions dacceptation du dsquilibre, par exemple de lexcs, par une socit visant lordre. Nous pouvons dautre part reconsidrer lapproche historique, qui constitue souvent un point dappui pour les protagonistes du dbat dides. Ainsi de lopposition de Brohm et de Jeu, ainsi des recours aux jeux grecs, aux sports anciens ou au no-olympisme. Faire une histoire des sports, cest ainsi faire une histoire des forces dhabitation du dsquilibre et une histoire des techniques habites par le dsquilibre. Cest bien ce que conseille de faire Andrieu (02) : on a imagin tort que le sport tait porteur de valeurs en soi, or le sport nest quune orientation de lactivit humaine et cest lorientation qui donne sens, donc pour comprendre le sens, il faut le replacer dans son temps et comprendre toutes les influences qui veulent orienter le sport suivant des idologies propres . Sil sagit de voir comment les forces dquilibre cherchent orienter les dsquilibres, il faut galement sintresser la faon dont les dsquilibres habitent les quilibres. Ainsi de Queval, qui considre que lhistoire du sport est lhistoire du jeu avec les rgles, avec les limites. Le problme, cest quelle sappuie de nouveau sur une conception statique de lthique, dontologique et non pas comprhensive : il faut un comit dthique spcifique lexprimentation humaine dans le sport, et qui ne rflchisse pas seulement sur la tricherie. La question va au-del du sport, elle porte sur la bio-thique. Il faudrait pouvoir anticiper et proposer des limites. Que lon arrte de dire quil y a des gentils et des mchants et que lon sinterroge sur ce que le dopage signifie du point de vue de lvolution humaine. Noublions pas que chez lhomme, la dfinition de la culture est de sarracher la nature . Alors quelle veut sortir du systme du jugement, elle conoit les limites comme termes du processus thique, partant retombe dans le systme du jugement. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 231. 231 22- Neurologie et sociologie Cest galement au regard du systme du jugement que nous pouvons faire tat dune critique quant aux rfrences neurologiques en matire dthique. Il ne sagit surtout pas de prendre position dans le dbat propos de la pertinence des neurosciences en thique, en les accusant de dterminisme ou de rductionnisme. Elles sont videmment utiles. Mais si elles ne semblent pas absurdes de droit, elles paraissent biaises de fait. La neuro-thique part en effet de la localisation de zones du cerveau impliques dans le jugement moral (lobes frontaux et temporaux), mais encore de lidentification des neurones miroirs, neurones actifs aussi bien quand le sujet ralise une action que quand il regarde quelquun dautre raliser une action. Ces neurones permettent de dtecter les tats mentaux des autres par analogie avec la perception des sens. Or ces rfrences interviennent promptement comme argument de lgitimation de lefficience du systme du jugement : on peut savoir ce que pense tel acteur et tre assur que cette pense est au principe de laction, donc le jugement moral est pertinent quand il juge de laction en valuant lintention, et peut prtendre tre lui-mme au principe de laction. Au demeurant, cet argument est bas sur la pense des correspondances, et pour sassurer de la connexion des correspondants on en rfre des phnomnes mentaux et corporels rapports lunit. Laction nest ds lors pas considre comme phnomne complexe, gorg du multiple des nuances empiriques. Qui plus est la pense prtendue morale et efficiente est elle-mme linaire : elle rsulterait dun mode de transmission unitaire de linformation, dun mode oui/non qui va du cerveau la plaque motrice. On pense en effet de faon linaire la chane de la mtamorphose de linflux vers la motricit osto-musculaire, la transformation chimique, partant la diffrence de potentiel et le principe de dpolarisation. Alors mme quon parle de rseau neuronal, nous navons trouv dans les crits aucun cho sur lide de forme de liaison des synapses dans le rseau neuronal, de type de parcours dans le systme neuronal. Celui-ci est dailleurs dcrit partir du neurone comme forme atomique, lment ultime. Pourtant la voie rticulaire semble tre la seule qui puisse rendre compte des styles daction les plus fins. Ainsi, lobjection qui consiste rtorquer que la considration du multiple nest pas garante de la sortie de la pense des correspondances, nous pouvons rpondre que si la forme dorganisation dans le multiple est fine, alors la correspondance est riche, partant ne peut relever dune projection sur le rel, mais surtout que le passage de lide laction revt la mme forme que chacun des mouvements idels et corporels. Cette tendance ne considrer que les plans dquilibre se fait galement jour dans les approches sociologiques. Or il nous semble que penser les formes sociales ncessite de ne pas mettre de ct le dsir, partant le dsquilibre comme forme corporelle. Parsons (51) explique la stabilit de lordre social, mais passe sous silence la ncessaire continuation du dsir, partant lautre dimension du travail thique. Il considre en effet lintgration des motivations des acteurs dans des modles normatifs qui rglent les conduites et les apprciations rciproques : nous partageons des valeurs qui nous dpassent et nous gouvernent, nous avons tendance, pour viter langoisse et les sanctions, nous conformer aux rgles sociales, comme sous limpulsion dun surmoi. Or il oublie de penser lthique comme travail rflexif qui cherche se rapproprier les faons dtre intgres par habituation sociale. De la mme faon, Thvenot et Boltansky (91) rintroduisent une certaine dynamique en parlant dun ordre des grandeurs plutt que dun ordre des valeurs, mais ils laissent de ct le dsir, dynamique htrogne, partant ne montrent pas la domination possible des justifications sur les dsirs. Ainsi, alors mme quils prtendent en rfrer aux objets, ils ne parlent que des ides. Nous considrons linverse que la prsence du corps rel force penser le dsquilibre, non pas dans une pense dialectique qui viserait le dpassement, mais dans une pense qui respecterait lhtrognit. Touraine (in Duret, Augustini, 93) indique encore que Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 232. 232 la question le sport peut-il socialiser ? requiert danalyser les modles de socialisation auxquels se rfre le sport, mais ninsiste pas sur la ncessit danalyser lhabitation spcifique des modles sociaux par les formes de dsir. Quand Duret et Augustini (93) lui font cho, proposant trois figures thoriques de la socialisation, qui correspondent trois faons plus ou moins autonomes de transformer la contrainte externe en motivation personnelle, ils ne pensent pas de faon cxtensive la transformation de linstitution par le sujet. Pour finir, aprs avoir labor le portrait robot du champion (Thomas, 93) ou un espace des sports (Pociello, 96), il faudrait comprendre comment les approches idiosyncrasiques corroborent ces traits sociaux. Les sciences neurologiques auxquelles nous faisions rfrence mettent dautre part en avant quau niveau neuronal, ralit et fictivit ne se distinguent pas. Or il faut remarquer quil en va de mme du point de vue du dsir : celui-ci peut saccomplir dans le virtuel, du moment que sy font jour des points de passage. Cest encore le cas pour linstitution, o les agents peuvent faire comme sils agissaient conformment la loi consensuelle. Mais ceci ne va pas sans retour du rel : dans le premier cas linstitution vient barrer le dsir, et dans lautre le dsir vient manquer (il y a rupture entre travail et salaire, partant aucune continuit). Comprenons ds lors quune dmarche qui vise le rel doit rester dans la tension entre les deux. Quand Balandier (71) affirme que la socit est plus produite que reproduite, il nous faut prciser que la reproduction se fait au niveau de lenregistrement qui se rabat sur la production : ce qui reproduit, cest la ncessit denregistrer les actions, qui plus est en termes finaux, mais la reproduction ne peut tre comprise sans avoir gard aux dsquilibres. Il nous semble ainsi quune sociologie sportive doive ncessairement penser lthique dans la tension entre motivation et institution. Pociello prconisait en ce sens de considrer avers et envers du sport. Cest en outre ce que font Chappuis et Thomas (88) quand ils tudient lquipe sportive. Dans cette communaut ferme, les relations sont plus intenses car directes : il y a une compression de laffect. Do la ncessit de lthique pour adapter les affects linstitution quipe. Dun autre ct, on peut constater une dperdition dnergie due la baisse de responsabilit, partant de la motivation. Do la ncessit du sens pour augmenter la motivation, puisque lexistence dune personne est satisfaite quand elle donne du sens laction. Or cette production individuelle de sens ncessite de lespace de libert entre les membres dun groupe, et cette libert ncessite de la scurit, cest--dire linstitution. Lthique est donc bien co-adaptation du dsir au social, qui permet chaque processus de perdurer. Qui plus est les deux auteurs mettent en avant que la limite sociale est une barrire lpanchement du dsir : la victoire est en effet la finalit naturelle de lquipe, mais conue comme fin elle peut entraner la peur de perdre. Il faudrait donc continuer en cette voie, en noubliant pas de montrer le dtail de lactivit thique, les diffrences dactions allant de pair avec les diffrences de conception. 3- Applications Au moment de conclure, lexigence de penser ensemble sens thique et action sportive doit perdurer. Lobjectivation vise dans notre travail ne doit en ce sens pas soustraire la vise objective cette contrainte. Au contraire, le sens contenu dans la conceptualisation doit tre la source dun savoir faire particulier. Il sagit ici de proposer des applications dcoulant du sens mis jour. Nous le ferons dans le registre du sens, savoir celui de lthique, et dans celui de laction, savoir lentranement sportif. Ceci apparat utile quand on considre lactualit sportive. De la prolifration des philosophies de laction comptitive, nous retiendrons certes que quelque chose de lordre de lesprit y est loeuvre. Mais le constat ne peut aller sans lucidit quant la mystification des discours qui, par leur transcendance, se Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 233. 233 conforment vite lidologie propre aux pouvoirs dominants. Conceptualiser lefficience thique, cest donc donner aux sportifs une chance de conqurir un verbe capable de rendre compte de la pratique relle qui cherche se bonifier sans cesse. Cest poser les bases dune spiritualisation relle des pratiques. Cest donner aux entraneurs un matriau pour agir sur lagir plutt que de cadrer lagir pour en rcuprer le produit. Cest fonder une morale sportive qui propose aux acteurs de donner lexemple par leur pratique plutt que par des discours dsubstancialiss renvoyant une mta-pratique. Cest nuire aux incantations solidaires et fraternelles qui masquent les violences relles de la comptition et, bien plus, la scission entre sport de base et sport de haut niveau faite par les directions techniques nationales qui, conscientes des exigences du haut niveau, semblent passer sous silence celles des peuples et de lme. Cest enfin donner au mouvement sportif la possibilit relle de se proccuper de la rinsertion des sportifs de haut niveau. 31- Lthique sportive Le concept defficience mis jour constitue en ce sens un outil dvaluation. Rpondant un des enjeux de notre recherche, la conceptualisation explicite constitue en effet un critre de distinction entre faire-comme-si et faire-au-mieux en matire dthique. Lthique du faire-comme-si est unitaire, demble accorde linstitution, elle ne propose pas de travail de linstitution, partant masque le dsir rel m en intrt. Le faire-comme-si vise le rsultat, le statique. A linverse, le faire-au-mieux propose des moyens de concilier dsir et environnement. Lide thique efficiente est ainsi engage en quelque chose, immanente un processus objectif, elle fait tat des nuances qui donnent au dsir des moyens de perdurer dans sa fonction motrice. Lide dfendue dans cette thse permet ainsi de jauger des prtentions thiques et de leur applicabilit. Elle constitue par l mme un moyen dlever le systme du jugement, une opration qui peut-tre simpose avec ncessit aujourdhui. Faisant cho aux considrations de Tocqueville ( plus les conditions deviennent gales, moins les hommes sont individuellement forts, plus ils se laissent aisment aller au courant de la foule et ont de la peine se tenir seuls dans une opinion quelle abandonne , 50), Fumaroli crit (00) en ce sens que le paradoxe de la dmocratie, cest quelle exacerbe lindividualisme tout en vidant lindividu de sa substance et de son autonomie . Lomniprsence de la majorit et de ses flatteurs conduirait ainsi lhomme se dresponsabiliser. Cest pourquoi Chovaux, Coutel et Nuytens (03) mettent en avant lintrt particulier de lthique, entendue comme dmarche rflexive qui sapplique aux actes, pratiques et jugements qualifis de moraux , dans les temps dmocratiques. Car lhomme dmocratique, dans une priode o rgne la fascination pour largent, est tent de se librer du souci altruiste et de lexigence thique. Les tensions constitutives de linquitude morale ne lui sont plus videntes. Pigeassou confirme (04), qui prtend qu analyser la notion dthique relve de lanthroposociologie, laquelle leffondrement des idologies redonne une actualit et un pouvoir heuristique . Notre comprhension de lefficience thique est dautre part un outil de cration. Elle indique comment crer des points de passage pour le dsir, qui ds lors a la capacit sintgrer lenvironnement, cest--dire se raliser. Il ne sagit pas de crer le dsir, mais daccomplir ou de modifier les processus dsirants. En reprant les relais dun dsquilibre quon a identifi au pralable, dans les expriences passes, on peut mme compter ractiver une faon de les lier, cest--dire un dsir particulier. Lefficience thique consiste agir en amont, avant que la situation ne sactualise, avant que le rel ne devienne trop rigide comme le prconise Jullien (96). Qui plus est la perspective propose permet de crer des discours qui nhumilient pas, qui ne cassent pas le processus du dsir. Elle vite de verser dans le Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 234. 234 paternalisme sans pour autant passer sous silence la ncessit de fournir un effort pour actualiser les prtentions dans un processus htronome celles-ci. Elle met distance tout kantisme trop rigide qui pousse reprer lintrt et aller contre pour tre sr daller dans lintrt des autres, partant daller dans le dsintrt. Vitaliste, elle nalimente pas les discours dpositaires de jugements de la vie, creusets des pouvoirs pris sur lexistence des autres, mais commande daccder la puissance, partant la joie, en adjoignant lusage des passions une forme porte la hauteur des dterminants de lacteur. Elle peut ainsi aller contre la position de lidiot qui, pris dans des urgences perptuelles, se voit contraint de considrer que ce qui importe importe peu. Elle peut nuire la btise. Elle peut aller contre les ravages du systme de concurrence, o lorganisation pyramidale soumet les intrts individuels lalimentation de son existence suprastructurelle. Du moment o certains agents saperoivent des souffrances quils sinfligent mutuellement, partant sorganisent et rglementent leur opposition, il se trouve en effet toujours quelque autre pour profiter de la situation, accder la place du dessus. Cette place concentrant le sens du systme, celui-ci est de nouveau renforc. Sans proposer de reconstruire un systme galitaire qui se priverait du moteur de lintrt individuel, lthique peut intervenir comme instrument de resubstancialisation du systme de comptition, contre lide de comptition absurde et infinie. Elle peut dans la mme perspective fournir quelque moyen de lutter contre la violence. Morin crit (le Monde, 13.11.90, in Duret, Augustini, 93) que celle-ci est pour les jeunes le moyen de vivre autre chose quils ne savent pas exprimer parce quil ny a pas, sur le march, didologie capable de leur fournir des perspectives . Or sil sagit certes de mettre jour des perspectives, elles ne sauraient tre formules uniquement dans des termes idologiques, bien plutt elle doit proposer des ouvertures, dans les lignes sociales, un type de dsquilibre identifi. De la mme faon, si Castoriadis et Lefort (in Legros, Truong, 07) prconisent de crer des institutions qui donnent corps au projet dmancipation, il faut rappeler que ceci nest viable que pour autant que les crs soient des relais de dsquilibres qui forment le processus dans le sens de la libert. 32- Lentranement Le produit de cette approche comprhensive permet galement de reconsidrer la pratique des entraneurs. Maintenir pour le sport la possibilit dtre un art ncessite en effet de lutter contre le processus de socialisation fixiste (rsultats, scores, classements, prvalence du pass) qui tend faire du sport un lieu de marquage et demprisonnement des corps. Or les entraneurs, ceux qui vont dune reprsentation du jeu lorientation des joueurs, peuvent y avoir quelque efficience. Il faudrait quils veillent ne pas se cantonner la technique fixiste ou la fixation dobjectifs. Percevoir des fixits peut en effet conduire fixer lacteur, qui ds lors se ttanise : entre lui et sa fixation se tient un lien trop dur. Au lieu de cela, la pense du dsquilibre permet de rebrancher lintervention technique sur les processus vitaux. Cest dailleurs une tendance naturelle : quand le sportif na plus dobjectifs, puisquil a atteint ceux quil stait proposs, on invente lide de record pour le remettre en mouvement vers quelque chose quil na encore jamais atteint. Or il faut noter que du point de vue de la mthode, trouver les dsquilibres naturels dun joueur, nous voulons dire inconscients, ncessite de faire tout linverse que ce que nous avons lhabitude de faire : la tendance est au plaquage dun modle technique sur un joueur, la projection dune morne norme sur un corps vivant. Cette dmarche permet certes de conforter lentraneur dans son pouvoir symbolique, qui agit sur le corps des autres, mais naugmente en rien sa puissance propre. Il faut donc bien plutt, sans mettre de ct la technique et prner le laisser-faire, considrer les points de fixation Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 235. 235 techniques comme points de passage du dsquilibre propre au joueur. Le mode de liaison des fixits, tous les stades, constitue en effet la substance vivante du geste sportif. Au niveau de la formation, il sagira ainsi de faire dcouvrir au joueur les dsquilibres, dans le mme temps o lapprentissage technique proposera de multiples possibilits au joueur dactiver son dsquilibre. Pour identifier le dsquilibre dun joueur, il convient dautre part de sappuyer sur plusieurs parties au cours desquelles il a eu le sentiment de bien jouer et de se sentir vivant, puis de saisir le discours tenu leur propos comme continuation de ce dsquilibre. La dtermination du dsquilibre peut tre faite au moyen dun verbe intransitif, sans ncessit. Une fois identifi, le vecteur de dsquilibre comme mode spcifique de liaison des lments fixes devra toujours tre respect dans la construction des exercices. Au niveau de la performance optimale, il sagira de constituer un systme de jeu en rhizome, o chaque coup fix peut se mettre en rapport avec un autre pour constituer une liaison dsquilibrant ladversaire, et non pas arborescent o la multiplicit des coups est ramene lunit abstraite et fige, trop lisible pour ladversaire. Il sagit, comme le prconise Jullien (96) dans sa rfrence la stratgie chinoise, de faire adopter une disposition sans en adopter soi-mme, de rester disponible, de se conformer, se mouler dans la situation. Mais il ne sagit pas de devenir totalement passif, par consquent il faut identifier les lignes de dsquilibre mais aussi dquilibre : par exemple, identifier la base de confiance de ladversaire qui vise nous rendre statique et quil faut se rapproprier. En comptition, le coach veillera galement maintenir le dsquilibre dans le contenu des consignes quil adresse un joueur qui cherche rester en vie, faire perdurer sa libert de jouer. Poizat (in Ria, 05) rappelle en outre que la prparation psychologique, qui avant se faisait en rfrence un athlte froid et sans affect, est aujourdhui un vrai suivi psychologique, labor sur la base des expriences passes, qui vise la configuration motionnelle optimale, dans la mesure o motion, action et cognition sont indissociables, o les choix tactiques sont fonctions des motions. Enfin, au sujet de la rinsertion des sportifs de haut niveau, proccupation trop rcente, il sagira didentifier les dsquilibres qui peuplaient leur activit, sources des joies et sentiments dexistence, avant dimaginer de nouvelles voies de leur accomplissement, en accord avec lthique du sportif. Une telle pratique pourrait constituer un moyen de lutte contre les pratiques toxicomanes qui se font parfois jour au soir des carrires des sportifs. 4- Gntique de la thse : dsquilibre et thique de la recherche La question nest pas celle, traditionnelle, de la dontologie (faut-il informer les acteurs ? ne risque-t-on pas de choquer les lecteurs ?). Le principe de ne rien avancer qui ne vienne des acteurs relevait certes dun amour intellectuel (Bourdieu, 93), mais il tait avant tout mthodique. La question est ici, encore, celle de lefficience. Une mthode qui ne pourrait rien faire pour elle-mme ferait en effet la preuve de son inefficience. Si nous prtendons apporter des lments propices une application concrte, il faut en faire la preuve au sujet de notre propre travail. Il ne sagit plus dexpliciter la question sur un mode final comme dans la gnalogie de la question de lefficience, mais de comprendre la thse sur un mode rflexif. Cest dire quil nous faut saisir, dans cet ensemble de mots et de paragraphes, de sens et dactions dcriture, quel dsquilibre inconscient est luvre et quelle nuance lui adjoint lthique de recherche. Pour y parvenir, nous suivrons la mme mthode que celle de lanalyse des complexes de sens et dactions identifis dans notre travail : au regard des donnes textuelles que constitue la thse, nous mettrons jour les positions, expositions et oppositions initiales et finales, puis le rythme qui a cours dans le passage des unes aux autres, avant didentifier la forme et le principe de dformation qui caractrise celui-ci. Le dsquilibre sera galement formul au moyen dun verbe intransitif, et nous pourrons ds Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 236. 236 lors comprendre lthique de recherche comme pice de ce dsquilibre. Enfin, nous exposerons comment celle-ci y a adjoint une nuance. Nous pourrons ainsi nous mettre la hauteur de nos propres dterminants et proposer en connaissance de cause une nouvelle perspective et un nouveau projet de recherche. Les positions initiales de ce texte sont des composs. Elles font en effet tat dune exigence et dun rejet : dans lintroduction, la distinction davec lapologie est commande lors que la position contre-idologique est carte, la question de lefficience est pose dans le mme temps o le plan idologique est rejet, une approche comprhensive est prconise dans le mme temps o les lusions traditionnelles de la question sont repousses. Cette structuration binaire se fait dailleurs jour dans la suite du texte : exigence de construction dun plan dapposition et rejet des plans transcendants, exigence dune ontologie du devenir et du multiple et rejet de lindtermination thique, exigence dune connexion avec les reprsentations valuatives et rejet du systme du jugement, exigence dune reprsentation du mouvement et rejet des reprsentations spatiales du mouvement. Or les positions finales consistent toutes avancer une ide qui fasse preuve de lintgration de ce qui avait prcdemment t rejet : lexplicitation de lefficience thique doit par exemple porter en elle les contenus du systme du jugement mis distance. Les positions finales sont donc elles- mmes composes. Cest dire que la logique positionnelle consiste rintgrer le rejet pour maintenir une certaine dualit dans ce qui est positivement avanc. Du point de vue de lexposition, le texte va certes du conceptuel au descriptif, de la thorie lempirie. Mais il effectue plus prcisment le passage dune pense dialectique qui commande le dpassement de lopposition une pense dialogique qui intgre lopposition. Ce qui soppose dans le premier cas, ce sont des ides, et dans le second ce sont une vise thorique et des mouvements corporels. Il semble ainsi que la logique oppositionnelle fonctionne sur le mme registre que la prcdente : initialement port contre toutes transcendances, notamment reprsentationnelles, notre travail consiste au final les rintroduire dans la description empirique. Cest dire quune pense immanente enlve aux lments htronomes leur caractre transcendant. Au final, le passage des statiques se fait toujours sur le rgime de lopposition et de la rintgration de lopposition. Au demeurant, si les statiques sont tous des composs, le rythme de liaison des uns aux autres nest pas binaire mais unitaire. Le texte est en effet compos de sept parties, elles-mmes composes de sept sous parties. Il sagit en ce sens daccder lindivisible, au nombre premier, et non pas lunit divisible. Ce rgime unitaire de passage aux lments et au tout se fait en outre par lintermdiaire du rejet et de la rintgration de lhtronome : cest dire quil y a dans ce texte une certaine diffrance dans lintgration. A partir de lidentification de ces logiques et rythmes de passage, nous pouvons dterminer la forme du texte. Initialement dialectique, puisquil sagit de dpasser les positions apologtiques et critiques sans nier leur existence, le texte prend la forme finale dun discours indirect libre. Dans notre discours est en effet pris un autre discours, celui des acteurs. Lnonciation du joueur est prise dans un nonc qui dpend lui-mme dune autre nonciation, la ntre. Or les deux points de vue irrductibles ne sont pas dissocis dans le compos, au contraire ils sont partie intgrante dun indivisible. Ds lors le discours indirect libre contient une perception objective, vue par quelquun dextrieur, et une perception subjective, vue par quelquun qui fait partie de lensemble. Ce mode dexpression crite est bien la marque dun dsquilibre. Deleuze (83) crit ainsi que ce nest pas la mtaphore qui est lacte fondamental du langage en tant quelle homognise le systme, cest le discours indirect libre en tant quil tmoigne dun systme htrogne, toujours en dsquilibre. Le Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 237. 237 discours indirect libre nest pas justiciable de catgories linguistiques, car celles-ci ne concernent quun systme homogne. Au contraire il y a un ddoublement du sujet dans le langage, partant une oscillation de la personne entre deux points de vue sur elle-mme. Au final, cette description de laction la 4me personne du singulier nest pas en correspondance avec le rel, mais elle est mouvement qui fait pice avec le mouvement rel dcrit. Notre thse a une forme mouvante. Nous pouvons en ce sens dduire la dformation qui consiste aller dune forme dialectique celle du discours indirect libre : cest celle du plissement. Le compos des antinomiques, plutt que de se rsoudre dans un dpassement synthtique, se maintient en effet en compos o lun se plisse sur lautre. Ainsi lexigence se plisse sur le rejet, la thorie se plisse sur lempirie, limmanence se plisse sur la transcendance, le conscient se plisse sur linconscient. Dans ce texte annonc comme mouvement, lhypothse thorique se plisse sur lhypothse pratique, linduction des complexes de sens et daction se plisse sur la dduction des lments dpositaires de lefficience thique. Le rythme propre du dsquilibre luvre dans le texte nous conduit le dterminer comme plisser-diffrance. Nous pouvons ds lors lire le mouvement du texte de ce point de vue : un paragraphe se plisse sur le suivant pour en constituer un autre, une sous-partie se plisse sur la suivante, une partie se plisse sur la suivante. Bien plus, nous pouvons comprendre lthique de recherche qui a anim ce travail comme pice de ce dsquilibre. Ainsi, lthique de complexit, dans lexigence de considration multiple, relve dun mouvement qui va dun point de vue lautre. Sensuit la perception de la ncessit de ne pas se sclroser sur une position dans un dbat idologique, o lon pourrait vite devenir comdien de son idal . Sensuit la perception de la ncessit doprer un va-et-vient de la thorie lempirie, o lune se plisse sur lautre. Dautre part lthique de cration qui vise la consistance, linverse de la critique qui scinde, cherche faire grandir la pense en la gorgeant des lments du monde : commandant de tout crer pour ne pas tre ouvrier de la philosophie (Nietzsche), elle ne saccomplit pas partir de lexploitation de ceux qui crent les outils et de leur travail, bien au contraire elle cherche les rintgrer sans les dpossder. Quelles ont t les lignes sociales investies, qui ont permis la perduration du plisser- diffrance ? Cest dabord le milieu pongiste dpartemental : partir de la culture de haut- niveau, il sagissait de rintgrer les reprsentations des joueurs de base. Cest ensuite le milieu universitaire : partir de la culture philosophique, il sagissait de rintgrer les exigences empiriques et pistmiques propres au travail universitaire. Or il faut galement apercevoir que tout ceci tait dirig vers le fait de rintgrer ces milieux : la ligne excitante activement trace par lthique de complexit et par celle de consistance, formule dans et par lthique dimmanence, cest donc lentre. Il sagissait en effet dvoluer dans lintervalle entre les deux milieux. Il sagissait denquter dans lintervalle entre les quipes et entre les coquipiers. Il sagissait de penser dans lintervalle entre disciplines conceptuelles et approches empiriques. Il sagissait dentrer dans chaque milieu en rentrant en soi ce qui en constitue la loi. Lthique dimmanence, mergeant certes du plisser-diffrance inconscient comme principe de vie, adjoint en outre celui-ci la qualit entrante en dterminant lentre comme ligne excitante : celle-ci lit lentrisme comme bien, partant les intervalles thoriques et empiriques comme points de passage relier, qui permettent laccomplissement du plisser- diffrance comme conatus. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 238. 238 5- Ouvertures Lentrisme en question ncessite toujours une multiplicit. Nous avons mis jour que nos positionnements relevaient ainsi du compos. Le problme, cest que la multiplicit au sein de laquelle nous avons volu a t trouve par et dans lopposition. Nous avons en ce sens eu besoin dun repoussoir comme instrument du multiple, alors mme que nous exigeons la cration. Cest dire que celle-ci nest pas pur positif, et que bien plutt elle sappuie sur des altrits fictives. Certes lthique de complexit met distance langoisse de la sclrose ou de linfatuation, commande laller-retour dun point de vue lautre pour viter les dterminations, dvalue les dbats o lessentiel postural nest jamais avou, mais lentrisme conduit faire perdurer quelque peu lesprit dialectique plutt que daccder une vraie immanence. Celle-ci requiert peut-tre daccepter la finitude, sans quoi aucune cration ne sera possible, qui ne sappuierait pas sur un repoussoir. Nous nous proposons ds lors de ne plus nous constituer comme premier terme du pli, dont le second serait un lment htronome rig en oppos, mais bien plutt de rintgrer de relles altrits qui permettront au plisser-diffrance de perdurer. Or par got pour certaines questions et par conscience de leurs actuels enjeux, nous projetons dores et dj de nous intresser deux objets htrognes. Il sagit du monde et des femmes, ou mieux du corps du monde et du corps des femmes, et non plus du corps homogne de lhomme qui a constitu notre matire. Ces deux infinis htrognes seront points de passage de notre dsquilibre de recherche, qui consistera plisser entre monde et femmes. Cest proposer de faire une cologie et une gyncologie dans un mme mouvement de recherche afin de faire perdurer en toute conscience un mode de penser inconscient. Reste trouver un plan de connexion de ces deux objets htrognes, qui ici ne peut tre que problmatique : cest ce dont nous allons rendre compte. 6- Une cologie Si les objets en question sont en mesure de satisfaire aux conditions inconscientes de production qui nous concernent, ils sont en outre tout fait pertinents au plan de la conscience et dune rflexion communicable au sujet de lthique sportive. La prtention cologique du sport est en effet trs grande. Les tenants du mouvement olympique ne veulent rater aucune actualit morale : lenvironnement est un enjeu nouveau et international, qui comme le sport na pas de frontires, donc celui-ci doit formuler des normes dorganisation et prodiguer une ducation lenvironnement (CNOSF, 06, p83). Or cette prtention est problmatique. Une perspective critique le met videmment en relief. On peut en effet douter de lvidente capacit du mouvement sportif tre agent cologique, au regard des affinits quil a avec le no-libralisme. Comment peut-il y avoir une cologie sportive, alors mme que la logique de comptition est ce qui aujourdhui dtruit hommes et terre ? Le sport qui se prtend dpositaire dun monde universel ne risque-t-il pas dautre part de dsubstancialiser lide de monde ? Zizek (07) affirme en effet que nous sommes en train de parvenir une poque sans monde, car le capitalisme nest pas un monde, ni mme une civilisation, mais une machine neutre et universelle qui fonctionne dans tous les mondes, quil soit hindouiste, chrtien ou bouddhiste . Mais dun point de vue apologtique, la prtention cologique semble galement paradoxale. On peut certes louer la capacit du sport reprendre les lignes dvolution conomique sans tre aveugle ni impuissant ses excs. On peut mme dire quil ralise lidal moral de les rapporter lhumaine condition, puisque la comptition qui le structure est le royaume du gratuit (faisant cho ses racines aristocratiques). Toujours est-il que, justement, la prtention cologique requiert de renoncer au crdo humaniste qui avait Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 239. 239 germ dans les idologies de progrs pour laisser la place la nature. Sil ne faut donc pas perdre le monde humain au profit dune machine universelle, il ne sagit pas de verser dans lanthropocentrisme. Cest dailleurs ce que mettent en avant les tenants de lthique environnementale. White (67) avance ainsi que, sous linfluence de la philosophie grecque et de la thologie judo-chrtienne, les thiques occidentales sont devenues anthropocentristes : la valeur exclusive est lhomme, la nature nen a pas. Il faudrait aujourdhui penser autrement : considrer un nouvel objet (le monde non-humain comme sige de valeurs), une nouvelle temporalit (le futur), une nouvelle chelle spatiale (limmensit), une nouvelle qualit de laction humaine (la modification de lordre naturel), et pour ce faire employer une nouvelle mthode, non pas analytique mais holiste, qui ne spare pas la partie du tout, le sujet de lobjet, le fait de la valeur. On parle ainsi de biocentrisme (Regan, 83) : un tre est dou de valeur intrinsque sil est sujet dune vie , a un bien pour lui-mme (certaines actions ou circonstances lui sont profitables). Il sagit dans cette perspective de dpasser lcologie comme discours sur lhabitat (ekos, la maison, lhabitat), o le monde risque dtre le bailleur du locataire quest lhomme, pour accorder le primat un discours qui prend en compte lhtronomie fondamentale du monde. Or, dans cette perspective, le sport comme cration dun monde referm sur lui-mme pourrait apparatre comme seule laboration par les hommes dune possibilit datteindre dans leur interrelation une plnitude existentielle, par exemple dans la victoire, et absolument pas celle de rorganiser la frquentation dun environnement valoris pour lui-mme. On pourrait au demeurant avancer que la morale nest quhumaine, remettant en cause toute cosophie (Naess, 89). Si lhomme peut quelque chose, cest par une thique efficiente qui aiderait le monde assurer une perduration dans son tre. La position anti- anthrocentrique est en effet contradictoire puisque ce sont des humains qui posent des valeurs intrinsques la nature. De plus lobjet des thiques environnementales nest pas la nature seule, puisque les problmes sont causs et rsoudre par un homme qui doit mettre en place une relle conomie de laction cologique, un calcul des cots et bnfices. Le sport pourrait dans cette perspective apparatre comme une faon de mettre le monde en perspective cologique : la gestion cologique de lactivit sportive serait analogue tout autre thique environnementale. Mais le problme dune thique humaine, trop humaine est pourtant de perdre le sens de laltrit, partant de louverture au monde cens tre son lieu defficience. Le risque est ds lors de mettre en parallle un monde ferm et une thique de fermeture pour en assurer la connexion. On a certes vu que le sport pouvait tre considr comme clt sur lui- mme, servant ds lors de laboratoire. La morale cologiste est dautre part sous-tendue par une mtaphysique de la finitude : elle sappuie inconsciemment sur une clture spatiale (la nature est la terre) et temporelle (le futur est une projection linaire de ltat prsent). Elle active ainsi un certain mythe de ltat stationnaire, idal dhomostasie fluctuant autour de lquilibre. De plus, elle vhicule une problmatique des limites (physiques et biologiques, sociales, techniques) prsentes comme ontologiques, dont la transgression doit conduire une catastrophe qui est juste punition. Cest dire quon retombe dans une conception limitative de lefficience thique. Or la nature est bien plutt univers en expansion, plein de ressources. Zizek (07) affirme ainsi que le rle du philosophe est de crer un concept de monde : il doit aborder le problme cologique en dmystifiant la vision romantique qui voit la nature comme mouvement circulaire quilibr que la dmesure de lhomme perturbe, car la nature est elle-mme dmesure et folie, nous dirons ouverte et infinie. Qui plus est il faut prendre en compte la crativit humaine et son utilisation des limites excitantes dans sa tentative thique de perduration du dsir. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 240. 240 Au final, la question cologique ncessite un rapport constant laltrit. On voit en ce sens comment la prtention thique et cologique du mouvement sportif commande de dterminer ce quest le monde dans lequel il sinsre et quelle veut transformer, sous peine de verser une nouvelle fois dans lincantation idologique et auto-valorisante. Mais il ne sagit pas non plus de considrer le monde comme transcendance, grand absolu humiliant toute capacit daction concrte et relative. Cest ce quoi peut conduire une thorie critique, qui en cela nest que contre-idologie. La rvolution cologique comme violence envers les hommes est ainsi violence envers un monde que se proposent de soigner les hommes. Ainsi, de la mme faon que nous montrons en introduction quapologie, critiques et analyses conceptuelles faisaient fi de la question de lefficience, il semble quelles aient tendance occulter dans leur vise cologique la pense de laltrit. Cest pour sortir de laporie considre que nous proposons de faire intervenir la question fminine. 7- Une gyncologie La question cologique peut en ce sens tre plisse sur celle de la fminit. Celle-ci est altrit immanente au monde des hommes. Si nous ne pensons aucunement que les femmes ont toujours t absentes de la place publique (directement ou indirectement), nous ne pouvons passer sous silence lactuelle tendance lexpansion institutionnelle de la fminit. Or celle-ci saccompagne dune modification des rapports entre dsir et social, non parce que la fminit a le monopole du dsir, mais parce que linstitution qui tend lunit accueille en son sein une multiplicit nouvelle qui la restructure. Le fminisme souligne et encourage en ce sens la rintroduction du dsir dans linstitution. Critique du monisme freudien dans lequel il ny a de libido que masculine, il met en relief la contingence des conditions de la domination masculine, partant la relativise. Il ny a certes pas de libido naturelle, absolue, que rprimerait dailleurs la socit (cest la critique foucaldienne de l hypothse rpressive ), mais lhomme a perdu la connaissance instinctive de la sexualit : cest dans la socialisation quil apprend ce quil a faire sexuellement. On peut ds lors imaginer refondre les conditions de laccomplissement libidinal. Le fminisme a ainsi permis llargissement de la notion du politique, qui comprend dsormais la famille et la sexualit par exemple, et de son efficience, qui donne un rle lEtat dans la structuration des rapports de genre. La limite du public et du priv est redfinie. La fminit est partout dans linstitution concrte, qui ragence profondment les relations de pouvoir. Par del le fminisme, Paperman et Laugier (06) avancent dailleurs que la question de la fminit est le moyen de poser la question du singulier en thique, de redonner la voix lintime et la sensibilit pour assurer lentretien dun monde humain. Elles dfinissent ainsi la force de lthique du care comme capacit nous faire imaginer quoi pourrait ressembler une thique concrte et sa faon de nous faire toucher ce que nous perdons lorsque nous ignorons la pluralit et la particularit des expressions humaines. La sensibilit devient dans cette perspective la condition de possibilit de la justice, non plus une simple dose dans la justice. La question de la fminit constituant une rouverture du social, nous faisons lhypothse quelle occasionne une rouverture du rapport humain au monde. Sy insrer, cest se donner les moyens de penser une cologie immanente et concrte. Une conception immanente des pratiques effectives qui intgrerait lthique efficiente des femmes constituerait ainsi le cur dune tude qui voudrait comprendre comment le rapport sportif au monde peut aller de pair avec la prtention cologique. Nous avons en effet vu que le monde sportif se voulait monde ferm par dcision morale : tracer les limites dun monde dans lequel on sinsre est lacte ludo-thique. Certes cette morale est habite par le dsir, voire nen est Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 241. 241 quune expression. Jeu (93) prtend dailleurs que par le sport, lhomme ralise un dsir fondamental : se sentir chez soi dans le monde . Mais comment la frquentation sportive du monde pourrait-elle tre cologique, alors que le monde est univers en expansion ? Ce que nous mettons ici en vidence, cest que le chez soi peut aller contre le monde , ds quon entend celui-ci comme univers. Ds lors, lthique fminine peut apparatre immanente des processus de dsir diffrents, mais encore une rouverture de linstitution qui considre un type dhabitation du monde diffrent, plus ouvert, et qui laisserait place une cologie vritable. Lavantage, cest doccasionner une ouverture laltrit sans nier lhumanit, bien plutt en la trouvant en son sein, mais en vitant galement lintrospection. Et surtout, penser la fminit est un exercice de pense de laltrit qui justement sied aux approches cologiques. Le corps est en effet ce qui force la pense penser, parfois contre elle-mme. Le corps des femmes en serait un moyen encore plus avanc, qui empche de verser dans une nouvelle transcendance, celle de lillusion du corps homogne du monde qui ne serait quune projection du corps homogne de lhomme. Mais il ne sagit pas de retomber dans la pense des correspondances qui mettrait en parallle ouverture la fminit et ouverture au monde. Une telle perspective sappuierait sur un prjug trop lourd : llection de la femme comme bien cologique, comme figure de la perduration de la vie ou de lentretien de la demeure. Il sagit une nouvelle fois dviter lapologtique. Nous nidentifierons pas non plus femme et territoire comme le fait Maffesoli (05) : si nous acceptons devoir rentrer dans un paradigme motionnel , voire considrer qu aujourdhui nous ne sommes plus dans la verticalit mais dans quelque chose de plus horizontal o la fminitude a sa part , nous ne pouvons identifier linvagination du sens lintervention du creux, du territoire, de lespace . Ceci reviendrait remplacer indment lcologie par la gyncologie. Il faut dautre part sapercevoir que la fminit est un objet dlicat penser. Levinas exige ainsi de ne pas penser cette altrit comme inverse de la masculinit. Notons dailleurs que homme dsigne en ce cas une abstraction, donc que la femme qui sy opposerait serait elle-mme abstraite (F = 1/H). Ce nest pas en pensant un contre-machisme quon va sortir de lanthropocentrisme. Car ce serait oublier la place des femmes dans la construction de ltat actuel de linstitution, partant de notre rapport au monde. Or une certaine tradition de pense considre souvent que lhistoire politique sest faite sans fminit, alors que celle-ci a toujours construit linstitution et le rapport au monde. Il ne faut donc pas non plus penser la fminit comme inverse de lorthodoxie. Cest notre avis pire que de penser la fminit comme inverse de lhumanit. Mme domine, la femme avait commerce au monde. Il ne sagit donc pas, encore une fois, daccder une catgorie fminit qui soit garante par elle-mme dun rapport au monde meilleur en gnral, partant cologique en particulier. Il sagit seulement de reprer, dans les conditions actuelles, un commerce alternatif au monde. La fminit dj existante est en effet engage dans un processus dexpansion au sein des lignes institutionnelles. Ce processus constituant un changement de nature, elle doit redfinir son habitat, son processus dhabitation. Ds lors, si laction est comprise comme commerce au monde, nous pouvons nous proposer de saisir une dimension fminine de laction qui contienne une habitation diffrente. Cest bien le lien objectif de lthique fminine ses accomplissements dans laction concrte quil sagirait de penser. Le plissage de la question cologique sur celle de la fminit permettrait ainsi une mise en branle de lidentit humaine pour viter dtre humain, trop humain sans verser dans la transcendance, mais la condition de faire passer la question comment sinclure dans le monde pour bien y vivre sans le dtruire ? quel type defficience alternatif peut assurer les conditions de sa propre perduration en assurant celles de son lieu de rception ? . Ainsi Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 242. 242 en matire sportive, il ne sagit pas de questionner les raisons de larrt de la pratique par les femmes, supposant que cest li une entre dans la fminit, ou mieux dans la maternit, qui saffirment dans larrachement ce monde machiste quest le sport. Car en ce cas lthique ne serait aucunement considre au regard de son efficience quant laction, partant pourrait verser dans la contre-idologie. Cest au contraire la dimension fminine de laction quil faut sintresser. Ds lors, il y a ncessit de passer par les femmes. Il faudrait encore partir du systme du jugement. Par exemple, en tennis de table, les femmes produisent souvent des trajectoires tendues, alors quon pourrait penser linverse, puisque la fminit est souvent identifie dans les lignes courbes des mouvements ; quand une fille produit des rotations, on dit dailleurs quelle joue comme un garon . Toute la question serait ds lors daccder un sens immanent et connect la pratique pour sortir de ces prjugs. Ceci implique de ne pas lire le machisme comme repoussoir, mais bien dlaborer une pense diffrente dans la confrontation aux sens et actions spcifiquement fminins. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
  • 243. 243 8 - Bibliographie 1- Ouvrages Nous indiquons la date de la premire parution entre parenthses, la suite de celle de louvrage cit. Dans le texte, nous indiquons la date originelle. ADAM, Paul. La morale des sports. Paris : la Librairie mondiale. 1907. 473 p. ADOIRNO, Jacques. BROHM, Jean-Marie. Anthropologie du sport. Perspectives critiques. Actes du colloque international. Quel Corps ? 1991. 371 p. ADORNO, Thodore Wiesengrund. Dialectique ngative. Paris : Payot. 1978 (1966). 340 p. ALTHUSSER, Louis. Pour MARX. Paris : Maspro. 1971. 238 p. AMODO, Gilles. BOLLE DE BAL, Marcel. En France : sociabilits et formes de pratiques sportives. Paris : ESKA. 2003. 247p. ANDRIEU, Gilbert. Du sport aristocratique au sport dmocratique. Paris : Actio. 2002.159p. ANSCOMBE, Gertrude Elizabeth Margaret. Lintention. Paris : Gallimard. 2002. 158 p. ARENDT, Hannah. Journal de pense. (1950/1973). Paris : le Seuil. 2005. ARENDT, Hannah. La crise de la culture. Huit exercices de pense politique. Paris : Gallimard. 1972 (1968). 380 p. ARISTOTE. Physique. Paris : Vrin. 1991. 336 p. ARISTOTE. Ethique Nicomaque. Paris : Vrin. 1983. 578 p. ARNAUD, Lionel. Politique sportive et minorits ethniques. Paris : Lharmattan. 2000. 314p. ARNAUD, Pierre. La naissance du mouvement sportif associatif en France. Lyon : PUF. 1986. 424 p. ARON, Raymond. Introduction la philosophie de lhistoire. Paris : Gallimard. 1938. 353 p. AUDI, Paul. Supriorit de lthique. Paris : Flammarion. 2007. 344 p. AUGE, Marc. Le mtier danthropologue. Sens et libert. Paris : Galile. 2006. 68 p. AUGE, Marc. COLLEYN Jean-Paul. Lanthropologie. Paris : PUF. 2004. 127 p. AUSTIN, John Langshaw. Quand dire, cest faire. Paris : le Seuil, 1970 (1962). 183 p. BAUMAN, Zygmunt. Liquid Modernity. Cambridge : Polity Press. 2000. BACHELARD, Gaston. La formation de lesprit scientifique. Paris: Vrin, 1989 (1938). 260p. BAILLET, Dominique. Les grands thmes de la sociologie du sport. Paris : Lharmattan, 2001. 256 p. BALANDIER, Georges. Sens et puissance. Les dynamiques sociales. Paris : PUF. 1971. 336p BAKKER, F.C. WHITING, H.T.A. VAN DER BRUG H. Psychologie et pratiques sportives. Paris : Vigot. 1992. 214 p. BAUMAN, Zygmut. La vie liquide. Rodez : Le Rouergue - Chambon. 2006. 202 p. BELMIHOUD, Tayeb. Une balle pour la paix. Football, sport sacr ? Paris : Editions traditionnelles. 2005. 99 p. BENJAMIN, Walter. La sagesse du corps. 1932. BERGSON, Henri. Matire et mmoire. Paris : PUF. 1965 (1897). 280 p. BERGSON, Henri. Le rire. Paris : PUF. 1900. 157 p. BERGSON, Henri. Lnergie spirituelle. Paris : PUF. 1964 (1919). 214 p. BERGSON, Henri. Essai sur les donnes immdiates de la conscience. Paris : PUF. 1927 (1991). 180 p. BERGSON, Henri. La pense et le mouvant. Paris : PUF. 1938. 291 p. BERGSON, Henri. Lvolution cratrice. Paris : PUF. 1991 (1941). 309 p. BERTHELOT, Jean-Michel. Lintelligence du social, le pluralisme explicatif en sociologie. Paris : Puf, 90. Bozzi, Frdric. Jouer le jeu : une approche comprhensive de l'efficience thique - 2009 tel-00416381,version1-14Sep2009
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